Ordre : définition de ordre


Ordre : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ORDRE, subst. masc.

I. − Disposition, relation intelligible entre les choses.
A. − Rapport intelligible, satisfaisant aux exigences de l'esprit, pouvant être saisi ou institué entre différents éléments. L'intelligence comme la beauté se plaît à contempler: or, le miroir de l'intelligence, c'est le nombre. De là vient le goût que nous avons tous pour la symétrie; car tout être intelligent aime à placer et à reconnaître de tout côté son signe qui est l'ordre (J. de Maistre, Soirées St-Pétersb.,t.2, 1821, p.128).L'ordre, c'est la raison, c'est la vérité (Boucher de Perthes, Création,t. 5, 1838-41, p.251):
1. Elles [la Musique et l'Architecture] semblent vouées à nous rappeler directement, −l'une la formation de l'univers, l'autre, son ordre et sa stabilité; elles invoquent les constructions de l'esprit, et sa liberté qui recherche cet ordre, et le reconstitue de mille façons; elles négligent donc les apparences particulières dont le monde et l'esprit sont occupés ordinairement, plantes, bêtes et gens... Valéry, Eupalinos,1923, p.84.
[Constr. avec un compl. prép. de ou un adj. spécifiant l'orig. ou la nature des relations d'ordre] Ordre du coeur, de l'esprit; ordre physique, vital. Dieu reconnu a priori pour expliquer le monde, les idées pour faire comprendre les réalités, la raison pour dominer l'expérience (...), les vérités intelligibles devançant dans l'ordre logique les vérités expérimentales, ne sont-ce pas tous les traits de l'idéalisme? (Ozanam, Philos. Dante,1838, p.227).Il y a (...) un ordre du corps. Mais il est manifeste que cet ordre n'est pas purement biologique. Il s'est fait sans les mots, contre les mots; pourtant il ne peut être aveugle (Sartre, Sit. I,1947, p.214):
2. Ce n'est (...) pas sur la répétition des mêmes jugements, ni sur l'assentiment unanime ou presque unanime, qu'est fondée uniquement notre croyance à certaines vérités; elle repose principalement sur la perception d'un ordre rationnel d'après lequel ces vérités s'enchaînent... Cournot, Fond. connaiss.,1851, p.115.
B. − Disposition, succession régulière, constatée ou instituée.
1.
a) Rapport de succession, classification obéissant à une règle ou à une convention. Ordre des matières, des sujets; ordre des différentes parties dans un exposé, un ouvrage; objets entassés sans ordre; classer des objets dans un ordre artificiel. Les mots échouent à prendre des postures nouvelles, qu'aucune réalité intérieure ne détermine; ils se présentent nécessairement dans l'ordre familier où la mémoire les a reçus (Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899, p.288).Les troupeaux, suivant l'ordre des saisons, ont passé des hauteurs à la plaine et vice versa (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p.82):
3. ... on ne saurait établir un ordre entre des termes sans les distinguer d'abord, sans comparer ensuite les places qu'ils occupent; on les aperçoit donc multiples, simultanés et distincts; en un mot, on les juxtapose, et si l'on établit un ordre dans le successif, c'est que la succession devient simultanéité et se projette dans l'espace. Bergson, Essai donn. imm.,1889, p.86.
[Constr. avec un compl. prép. de ou un adj. indiquant le principe classificateur] Ordre d'arrivée, de départ; ordre d'inscription; ordre d'entrée en scène; classer des objets par ordre de grandeur, de taille, de prix; ordre d'importance, de préférence; ordre décroissant. Il y a trois choses qui mènent les actions humaines. Les voici, par ordre montant de puissance: la passion, l'intérêt, la vanité (Goncourt, Journal,1864, p.85).Si l'on a pu disposer les nombres en ordre croissant, c'est (...) parce qu'il existe entre eux des rapports de contenant à contenu, et qu'on se sent capable d'expliquer avec précision en quel sens l'un est plus grand que l'autre (Bergson, Essai donn. imm.,1889p.16):
4. Les anciens savaient déjà que le destin (...) était, non pas tant une fatalité, conduisant notre vie selon un chemin calculé par quelque divinité, mais avant tout une subtile liaison entre tous les moments d'une même vie; ces moments, qui nous apparaissent ordinairement, dans un ordre de succession chronologique, comme isolés les uns des autres, sont entre eux dans un rapport interne, assez semblable à l'unité d'un développement musical. Béguin, Âme romant.,1939, p.113.
Ordre alphabétique. Ordre de succession suivant la classification des lettres de l'alphabet. Tests de persévérance: exécuter un travail long et fastidieux, comme trouver trente épingles cachées dans une boîte de son; classer de nombreux mots par ordre alphabétique (Mounier, Traité caract.,1946, p.17).
Ordre chronologique. Classification d'événements ou d'objets suivant leur succession dans le temps. Classer une correspondance, des documents par ordre chronologique. J'ai tracé un tableau rapide des révolutions que quelques écrivains français ont fait faire aux goûts littéraires de 1795 à 1810 (...). Je rappellerai ici les noms de ces écrivains en les plaçant dans un ordre chronologique (Delécluze, Journal,1827, p.373).Il existait un document fixant par ordre chronologique les diverses mesures à prendre en cas de tension politique (Joffre, Mém.,t.1, 1931, p.208).
Ordre hiérarchique. Classification selon laquelle chaque terme est subordonné au suivant en fonction d'une norme établie. Après avoir passé par le bien absolu, on retrouve les biens illusoires et partiels, mais dans un ordre hiérarchique qui fait qu'on ne se permet la recherche de tel bien que dans la limite permise par le souci de tel autre (S. Weil, Pesanteur,1943, p.60).
b) Spécialement
DROIT
DR. CIVIL. ,,Ensemble d'héritiers légitimes qui, considérés collectivement, excluent un ensemble d'autres héritiers, également pris d'une manière collective, ou qui se trouvent exclus par eux`` (Cap. 1936). Ordre de succession. Il y a quatre ordres d'héritiers: 1oles descendants du défunt; 2ole père, la mère, les frères et soeurs et descendants d'eux; 3oles ascendants autres que les pères et mères; 4oles collatéraux autres que les frères et soeurs et descendants d'eux (Cap. 1936).
PROCÉDURE. Procédure amiable ou judiciaire, tendant à régler la répartition du prix de vente d'un ou de plusieurs immeubles d'un débiteur entre ses créanciers privilégiés et hypothécaires, d'après le rang de leurs privilèges et hypothèques (d'apr. Cap. 1936). Ordre amiable, consensuel (ou conventionnel), ordre judiciaire; distribution par voie d'ordre.
LING. Ordre et construction de la phrase. Il suffit de retourner l'ordre des mots pour avoir leur sens retourné (Éluard, Donner,1939, p.173):
5. La construction est (...) la première partie de la syntaxe. Elle en est la plus importante, et celle dont l'utilité est la plus universelle; car il n'y a pas une circonstance dans le langage, quel qu'il soit, où il ne faille pour le rendre intelligible, établir un ordre quelconque entre les signes qui le composent... Destutt de Tr., Idéol. 2,1803, p.171.
Ordre grammatical (ou canonique); ordre logique; ordre psychologique. Dans une langue donnée, quand il existe une certaine liberté dans l'ordre des mots, on parle d'ordre grammatical ou ordre canonique pour celui qui est le plus conforme aux règles générales de la langue; d'ordre logique pour celui qui paraît conforme à la démarche supposée de la pensée; d'ordre psychologique pour celui qui résulte de l'état d'esprit de celui qui parle (Ling.1972).
HIST. DE LA GRAMM. Ordre habituel (ou usuel, ou direct); ordre occasionnel (ou inverse). Sans préjuger de la valeur de l'ordre, on appelle parfois habituel ou usuel, ou direct celui que l'on constate normalement dans un type de phrase donné, occasionnel ou inverse celui qui apparaît comme exceptionnel par rapport au premier (Mar. Lex.1933).Ordre naturel* des mots.
MATH. Rapport de succession obéissant à une loi. Ordre de valeurs croissantes, décroissantes; ordre des nombres entiers; ordre sériel*.
Relations d'ordre. ,,Relations asymétriques et transitives auxquelles satisfont des couples d'éléments d'un ensemble ordonné`` (Uv.-Chapman 1956).
Statistiques d'ordre (ou de rang). Fonctions des observations tenant compte de leur rang et de leur valeur dans une série ordonnée, ou simplement des rangs (d'apr. Mor. 1968). On utilise les statistiques d'ordre lorsque les observations peuvent être rangées par ordre croissant ou décroissant, ou lorsque les mesures ne peuvent se faire que sur une échelle ordinale. Dans ce cas, peu importe la valeur absolue d'une observation, seul son numéro d'ordre intervient dans la statistique (Thinès-Lemp.1975).
c) Loc. Ordre du jour. Liste des sujets classés à la suite les uns des autres dans l'ordre où ils doivent être abordés et examinés par une assemblée délibérante. Voter, demander l'ordre du jour; être à l'ordre du jour; inscrire une question à l'ordre du jour. L'ordre du jour avoué était de discuter la continuation de la grève; mais, en réalité, on attendait Pluchart, on comptait sur un discours de lui, pour enlever l'adhésion en masse à l'Internationale (Zola, Germinal,1885, p.1337).L'ordre du jour, qu'on avait lu à l'Officiel, était de tout repos, on continuerait les discussions sur les constructions navales (Barrès, Cahiers,t.5, 1906, p.62).
Mettre à l'ordre du jour. Inscrire une question parmi celles qui doivent être discutées. (Dict. xixeet xxes.).
Passer à l'ordre du jour. Revenir à la discussion des questions inscrites après refus d'aborder une question non inscrite. La commission des pétitions fera sans doute son rapport sur celle-ci dans une des prochaines séances. Il serait bien regrettable si elle n'était point prise en considération, et si la chambre passait à l'ordre du jour (Borel, Champavert,1833, p.199).
P. méton. Résolution adoptée par une assemblée délibérante. Ordre du jour motivé; ordre du jour de confiance, de défiance.
(Être, mettre) à l'ordre du jour; faire partie de l'ordre du jour. Figurer parmi les questions d'actualité, parmi les préoccupations du moment. La question de la propriété et du communisme a été constamment à l'ordre du jour de l'Europe selon le conseil du Manifeste (Jaurès, Ét. soc.,1901, p.xxxii).La crise ne fait que commencer et se traduit moins par la lutte pour la paix, qui est à l'ordre du jour dans toute l'Europe, que par la perspective prochaine du krach de la paix civile entre les classes (Barrès, Cahiers,t.11, 1917, p.276).
En partic. Figurer parmi les questions de l'actualité gouvernementale, dont le gouvernement s'occupe tout particulièrement. (Dict. xixeet xxes.).
2.
a) Disposition, distribution dans l'espace conforme à une loi, à des règles. Objets rangés par ordre de grandeur, de taille. Tout le long [de la cave] s'étendaient des rayons, et sur ces rayons étaient couchées des bouteilles dans un ordre admirable (Erckm.-Chatr., Ami Fritz,1864, p.17).Leur danse [des douze jeunes filles] était voluptueuse, molle et sans ordre apparent, bien que toutes les figures en fussent réglées d'avance (Louys, Aphrodite,1896, p.141).Un ordre s'ébauchait dans la cohue des vagues (Queffélec, Recteur,1944, p.128).Au XVIIesiècle, la lettre, seule, le plus souvent, italique ou romaine, compacte ou aérée, emplit la page de ses noirs bataillons en ordre régulier (Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p.13).
b) Spécialement
α) Dans le domaine des Beaux-Arts.L'ordre et les proportions. Dans son acception plus restreinte, la composition n'est autre chose que l'ordonnance, c'est-à-dire l'art de mettre en ordre les éléments du tableau (Ch. Blanc, Gramm. arts dessin,1876, p.496).
β) ART MILIT. Disposition d'une troupe sur le terrain. Ordre dispersé, profond, mince; ordre en ligne, en colonne par deux. Il fallait que toute l'armée se rassemblât sur son extrême droite: opération dangereuse, si les neiges n'eussent pas alors couvert les débouchés des Alpes. Le passage de l'ordre défensif à l'ordre offensif est une des opérations les plus délicates (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t.1, 1823, p.348).On comprenait qu'il était fier d'un si bel ordre de marche: une colonne de trois lieues et demie, c'était magnifique (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t.2, 1870, p.186).
Ordre serré. Formation des unités militaires strictement définie par les règlements pour la progression ou le défilé, indépendamment des considérations tactiques du combat. Alignement, rassemblement en ordre serré; mouvements exécutés en ordre serré. La brigade Jonack s'engage (...). Elle présente une mince ligne de tirailleurs suivie par des bataillons en ordre serré, incapables de manoeuvrer (Foch, Princ. guerre,1911, p.206).
Ordre de bataille. Rang, position assigné(e) aux différents corps de l'armée pour se présenter au combat. [Berthelot] me proposa (...) pour préparer la bataille prochaine, de modifier l'ordre de bataille ainsi que les limites des zones d'action de la 4earmée (Joffre, Mém.,t.1, 1931, p.384).Rang assigné pour figurer dans les prises d'armes et les défilés. J'admirais l'ordre de bataille, les dispositions par sections, la course au pas gymnastique, les changements de front, les mouvements des centres et des ailes (Reybaud, J. Paturot,1842, p.170).
P. méton. Document précisant l'organisation du commandement et la répartition des unités suivant leur dispositif stratégique ou tactique. Un de ces tableaux, sous une couverture intitulée en belle écriture ronde: ordre de bataille sur le front de Verdun au 20 mars 1916, et annexes, donnait la répartition des unités (...) telle qu'elle se présentait effectivement au 20 mars (Romains, Hommes bonne vol.,1938, p.191).
Au fig. ou p. métaph. Les dernières applications de la photographie −qui couchent aux pieds d'une cathédrale toutes les maisons qui nous parurent si souvent, de près, presque aussi hautes que les tours, font successivement manoeuvrer comme un régiment, par files, en ordre dispersé, en masses serrées, les mêmes monuments (Proust, Guermantes 2,1921, p.365).
MAR. Ordre de convoi, de file, de front. Formation de navires en rangs serrés. (Dict. xixeet xxes.).
AVIAT. Escadrille en ordre triangulaire (Dict. xixeet xxes.).
C. − Organisation satisfaisante et rationnelle.
1. Disposition, manière de ranger, d'arranger les choses, de déterminer leur place de la façon qui semble la plus satisfaisante, la plus fonctionnelle. Aimer l'ordre; avoir le goût, le souci de l'ordre; le bon ordre d'une maison; mettre de l'ordre dans une pièce, dans sa chevelure. Dans ce navire, tout était propre, luisant, frotté; il y régnait un ordre admirable, un arrangement minutieux des plus petits détails (Sue, Atar-Gull,1831, p.2).Un ordre merveilleux règne autour d'elle; il semblerait que les choses se classent et s'accommodent ainsi toutes seules, par la seule vertu de sa présence (Gobineau, Pléiades,1874, p.86):
6. Dans une armoire, seul un pauvre d'âme pourrait mettre n'importe quoi. Mettre n'importe quoi, n'importe comment, dans n'importe quel meuble, marque une faiblesse insigne de la fonction d'habiter. Dans l'armoire vit un centre d'ordre qui protège toute la maison contre un désordre sans borne. Là règne l'ordre ou plutôt, là l'ordre est un règne. L'ordre n'est pas simplement géométrique. L'ordre s'y souvient de l'histoire de la famille. Bachelard, Poét. espace,1957, p.83.
P. méton. Qualité d'une personne qui a le souci de l'organisation, du rangement. Manquer d'ordre. Louise a beaucoup d'ordre et de soin. Jamais elle n'égare son mouchoir, ni ses rubans. C'est une grande qualité que l'ordre et tous les enfants devraient ressembler à Louise (Frapié, Maternelle,1904, p.119).
[En fonction de déterm.] Homme, femme d'ordre. Personne d'ordre, de grand bon sens et de grand coeur, ma tante doublait exactement son mari (Gide, Si le grain,1924, p.414).
Être en ordre. Être rangé, disposé convenablement; être en état de fonctionner. (Re)mettre qqc. en (bon) ordre; (re)mise en ordre; (re)mettre de l'ordre dans qqc. (Fait d')organiser, ranger, disposer (de nouveau) convenablement. (Re)mettre sa chambre, ses dossiers en ordre; mettre sa comptabilité en ordre; mettre de l'ordre dans ses comptes, dans ses livres. Les Maheu se montraient reconnaissants envers leur logeur, son linge était lavé, raccommodé, ses boutons recousus, ses affaires mises en ordre (Zola, Germinal,1885, p.1274).Quand il eut mis toutes choses en ordre et comme il voulait qu'elles fussent pour dormir pendant son absence, il s'habilla proprement (R. Bazin, Blé,1907, p.271).Je passai ma cravate noire, je donnai un coup de brosse à mes cheveux, gestes derniers d'une mise en ordre tardive (Proust, Guermantes 2,1921, p.390).
En partic. [Le compl. désigne un organisme, un service, une affaire] (Re)mettre en état de bon fonctionnement, (ré)organiser. (Re)mettre de l'ordre dans une administration, un service. Il n'y avait qu'à attendre que le général Pau ait pris son commandement et remis les choses en ordre (Joffre, Mém.,t.1, 1931, p.259).Permettre au commandant la remise en ordre des unités dont la nature même de la bataille avait dissocié tous les liens (Joffre, Mém.,t.1, 1931p.476).
Loc. Mettre ses affaires en ordre. Prendre des dispositions pour régler sa succession. (Dict. xixeet xxes.). P.ext. Se préparer à la mort (Dict. xixeet xxes.).
Mettre (bon) ordre à qqc. Remédier à une situation fâcheuse ou défectueuse. Je me défiais des écarts de l'imagination: j'y mis bon ordre (Fromentin, Dominique,1863, p.244).Il ne fallait pas que la vie fût si facile pour moi, il y a quelqu'un qui s'est chargé d'y mettre bon ordre (Claudel, Père humil.,1920, ii, 2, p.521).
Mettre, donner, apporter (bon) ordre à qqc. (vx). Pourvoir à quelque chose en prenant toutes les dispositions nécessaires. (Dict. xixeet xxes.).
(Machine) en ordre de marche. En état de fonctionner. Une efficacité surveillée, tendue, alertée, se retrouvait, se rassemblait autour de nous à travers le noir; je la sentais nouer ses rênes dans mes mains, crépiter avec les intervalles exacts d'une machine en ordre de marche (Gracq,Syrtes, 1951, p.62).
2. Organisation, présentation des idées ou des faits de façon logique ou rationnelle (notamment dans le domaine du raisonnement, de l'argumentation). Sentiments difficiles à mettre en ordre. Le marquis avait besoin d'un chef d'état-major qui mît un ordre clair et facile à saisir dans toutes ses affaires d'argent (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p.264).C'est cette science à la dernière heure qui gêna, perdit Clemenceau (...) Ribot de sa place lui fit des objections, qu'il ne comprit même pas très bien. Cependant il avait dérangé l'ordre de son discours (Barrès, Cahiers,t.5, 1906, p.124).J'essayais de mettre un peu d'ordre dans mes idées pour me préparer à une entrevue délicate (GracqSyrtes, 1951, p.45).
[En fonction de déterm.] Esprit d'ordre. J'annonçais (...) cet esprit d'ordre et d'activité qui tient lieu de l'intelligence des affaires (Nodier, Fée Miettes,1831, p.86).
En partic., vx. Méthode. (Dict. xixeet xxes.).
Loc. Par ordre. Méthodiquement. −Ma parole, elle est à lier, s'écria Cadignan, stupéfait. Tu n'as pas un grain de bon sens, Mouchette, avec tes phrases de roman. Il bourra lentement sa pipe, l'alluma, et dit: −Procédons par ordre. Quel ordre? Combien d'autres avant lui nourrirent cette illusion de prendre en défaut une jolie fille de seize ans, tout armée? (Bernanos, Soleil Satan,1926, p.82).
D. − Ensemble de règles, de lois.
1. Ensemble de lois régissant l'univers. L'ordre naturel est la loi d'une chose conforme à sa nature (Cousin, Philos. écoss.,1857, p.223).L'artiste qui prétend maintenir les lois de la beauté et manifester une pensée négatrice de toutes lois, trouble l'ordre profond des choses. Dans le réel tout se tient; qui proscrit l'ordre et la vérité dans la pensée doit les proscrire dans le style (Massis, Jugements,1923, p.275):
7. ... étant enfant je croyais à l'ordre du monde, je veux dire par là que je me figurais que tout était comme il devait être, que des lois justes gouvernaient la société entière; et peu à peu, je découvris avec un sentiment d'inquiétude qui dure encore, que le monde était en proie à une folie générale, que rien n'était solide, que tout était suspect, et que nous vivions dans un état voisin du chaos. Green, Journal,1942, p.211.
En partic. Principe de causalité, de finalité, lois déterminant l'organisation, l'évolution du monde considéré comme la manifestation d'une volonté organisatrice ou comme une propriété de la matière. [Malebranche] est aussi l'auteur de la belle théorie de l'ordre universel et immuable, en vertu duquel Dieu n'a pas à changer à tout moment les lois qu'il a données une fois pour toutes à la nature (Cousin, Hist. gén. philos.,1861, p.456).L'heure vient où sur les ruines de ce qui reste encore de l'ancien ordre chrétien, le nouvel ordre va naître qui sera réellement l'ordre du monde, l'ordre du prince de ce monde, du prince dont le royaume est de ce monde (Bernanos, M. Ouine,1943, p.1494):
8. [Dieu] a mis sa ressemblance auguste dans l'ordre admirable qui est la forme de la Création; il a laissé son vestige dans les êtres qui la composent, en leur donnant, selon leur degré de perfection, un instinct qui les fait contribuer pour une part proportionnelle à l'ordre général. Ainsi, une impulsion puissante fait courir chaque créature dans une direction déterminée à travers la grande mer de l'existence, dilate le feu, condense la terre, fait battre les coeurs, éveille les esprits. Ozanam, Philos. Dante,1838, p.162.
Loc. C'est dans l'ordre (des choses). C'est une chose normale, prévisible, inévitable. Les anciens sentoient, nous avons vu que cela n'étoit pas dans l'ordre, et nous raisonnons. Les sensations avoient des bornes nécessaires; mais, pour nous, notre marche est illimitée (Senancour, Rêveries,1799, p.235):
9. ... Charles, pour la première fois se révoltant, prit la défense de sa femme, si bien que Madame Bovary mère voulut s'en aller. Elle partit dès le lendemain, et, sur le seuil, comme il essayait à la retenir, elle répliqua: −Non, non! Tu l'aimes mieux que moi, et tu as raison, c'est dans l'ordre. Flaub., MmeBovary,t.2, 1857, p.125.
Rem. On relève employée dans ce sens, la loc. c'est dans l'ordre commun: En faisant pénitence de mon innocence, j'aurais préparé ma rentrée au conseil. C'eût été mieux dans l'ordre commun (Chateaubr., Mém., t.3, 1848, p.255).
P. ext. L'ordre des choses. Situation générale, ensemble d'événements. Bénissons l'ordre actuel des choses, auquel nous devons les avantages d'une navigation intérieure de plus de 500 lieues (...) dans le cours de laquelle on ne rencontre d'autre interruption que ce portage (Crèvecoeur, Voyage,t.2, 1801, p.189).
Il est dans l'ordre, c'est dans l'ordre de + inf., que + subj. Il est normal, prévisible, inévitable de..., que... Il n'est pas dans l'ordre de faire ses amis de gens insupportables; mais il faut les supporter, les souffrir (Dupanloup, Journal,1876, p.61).
2. Organisation sociale; ensemble des lois et des institutions régissant une société (dans ses composantes politiques, économiques, juridiques, etc.). Ordre moral, politique, social; ordre établi, existant; nouvel ordre économique mondial, nouvel ordre monétaire. À travers la diversité des régimes politiques, le nouvel ordre bourgeois créé par la Révolution se développe. Voici que sous l'Empire, sous la Restauration, le système économique de la bourgeoisie, fondé sur la concurrence illimitée, commence à produire ses effets (Jaurès, Ét. soc.,1901, p.141).Vais-je devoir croire pour ne pas désespérer de moi-même que le capitalisme est un ordre éternel, capable de sanctifier comme un Dieu toutes les trahisons qu'on commet en son nom? Va-t-il falloir croire aux ordures de l'ordre? (Nizan, Conspir.,1938, p.242):
10. En juin 36, j'ai rendu visite aux employés du Louvre qui «occupaient» leur magasin. Ils étaient ahuris de joie (...) l'acte d'audace inouï qu'ils venaient d'accomplir (imaginez ce que représente pour un «calicot» une grève avec occupation) leur faisait entrevoir pour la première fois que l'ordre des choses qui les contraignait à travailler toute la journée, toute la vie, pour un salaire dérisoire, à trembler devant le chef de rayon, etc., n'était pas le seul ordre possible, qu'il leur appartenait de le modifier, qu'eux aussi pouvaient espérer le bonheur. Ils venaient de découvrir la possibilité du bonheur: ils en étaient comme ivres. Vailland, Drôle de jeu,1945, p.172.
HIST. (Seconde Guerre mondiale). Ordre nouveau. Les vainqueurs provisoires du continent européen s'efforcent de construire ce qu'ils appellent un ordre nouveau (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p.570).
Nouvel ordre européen. Il y a eu trois camps de prisonniers français en Pologne: Graudenz, Rawaruska et Kobjercyn (...) [ils] réunissaient tous ceux dont la conduite ne laissait plus d'espoir qu'ils pussent un jour rallier le «nouvel ordre européen» (Ambrière, Gdes vac.,1946, p.299).
DR. Ordre public. ,,Ensemble des institutions et des règles destinées à maintenir dans un pays le bon fonctionnement des services publics, la sécurité et la moralité des rapports entre les particuliers`` (Cap. 1936). Contraire à l'ordre public; troubler l'ordre public. C'est quand l'État est en danger, c'est quand l'ordre public est troublé, qu'il faut demander à la justice et aux lois un appui contre la révolte (Scribe, Bertrand,1833, iv, 5, p.198).L'ordre public et la sécurité des citoyens ne demandaient que la garantie des possessions; pourquoi la loi a-t-elle créé des propriétés? (Proudhon, Propriété,1840, p.203).Le maintien de l'ordre public appartient exclusivement à l'autorité française (De Gaulle, Mém. guerre,1954p.560).
P. méton. Stabilité sociale, respect des institutions en vigueur, de la hiérarchie sociale. Partisan de l'ordre. La France, sous un ordre apparent, est toujours en révolution (Michelet, Journal,1856, p.309).Comme ils [des sergents de ville] arrêtaient les voitures pour ne laisser passer personne, le jeune homme traversait, sans en avoir besoin, pensant faire plaisir à ces soutiens de l'ordre (Montherl., Bestiaires,1926, p.395):
11. «Le parti de l'ordre a toujours été le même» dit Renan. C'est l'organisation des maîtres du monde, profitant de l'ordre établi (...). C'est le parti des plus forts, où toutes les puissances sociales se concentrent. Avec la loi pour théorie, avec la force pour ultima ratio, il fera jouer tous les ressorts pour garder la possession d'État. Clemenceau, Vers réparation,1899, p.IV.
En partic. Absence de troubles dans la rue. Maintien de l'ordre; maintenir, faire régner l'ordre; forces de l'ordre (v. force I C 2). Il y eut des scènes sanglantes; des barricades se formèrent, et les troupes envoyées pour rétablir l'ordre furent obligées de faire feu (Chateaubr., Mém.,t.3, 1848, p.295).
[P. allus. hist.] L'ordre règne à Varsovie. Les Prussiens entreront dans Paris et «l'ordre régnera à Varsovie»! (Flaub., Corresp.,1871, p.216):
12. Vous serez consigné quatre jours pour me poser des questions ridicules! Cette petite exécution fit son effet: on n'insista pas davantage, et les hommes, traînant leurs sabots, leurs gamelles au poing et leurs pains sous l'aisselle, s'en allèrent achever leurs repas où ils purent, sur le pied de leurs lits ou sur l'appui des fenêtres. Une fois de plus l'ordre régnait dans Varsovie. Courteline, Train 8 h 47,1888, 1repart., VI, p.74.
Service d'ordre. Formation de police ou formation militaire destinée à maintenir l'ordre, à réprimer les troubles. Les casques du service d'ordre qui s'établissait luirent un peu sous un vague soleil (Aragon, Beaux quart.,1936, p.260).P. anal. Groupe de personnes assurant la sécurité et le déroulement sans troubles et sans heurts d'une cérémonie, d'une manifestation, d'un rassemblement. Quand le salon devenait trop plein, la dame d'honneur chargée du service d'ordre donnait de l'espace en guidant les habitués dans un immense hall (Proust, Guermantes 2,1921, p.456).Est-ce vrai, dit MmeBeurdeley, qu'on craint des incidents pour la représentation? −Oh! répliqua le couturier, il y a un discret service d'ordre (Aragon, Beaux quart.,1936p.214).
[En fonction de déterm.] Ma mère était une femme d'ordre et de hiérarchie (Maupass.,Contes et nouv., t.2, MllePerle, 1886, p.637).En vivant publiquement avec deux femmes sous le même toit, vous l'homme d'ordre, vous le défenseur des principes, vous rompez en visière à toutes les lois morales (Flers, Caillavet,M. Brotonneau, 1923, iii, 5, p.21).
3. Conformité à un règlement, à une norme; respect du règlement, de la discipline. À Metz la fermentation diminue aussi, et (...) il y a lieu d'espérer que l'ordre se rétablira dans tous les régiments (Marat, Pamphlets,C'est un beau rêve, 1790, p.231):
13. En vain avais-je suggéré que le tourniquet soit tourné d'une manivelle irrégulière, et les lames de zanzi recherchées pour leur tonalité incertaine. Gaston Litaize avait voulu tout faire rentrer dans l'ordre, et les objets avaient résisté. L'exécution elle-même sentait la baguette, la férule de l'interprétation mesurée. Schaeffer, Rech. mus. concr.,1952, p.25.
Rappel à l'ordre
Admonestation adressée à une personne pour lui rappeler ce qu'il convient de dire ou de faire dans des circonstances données, ou pour lui rappeler un règlement. Jadis, on pouvait bavarder en pleine rue; les joueurs d'échecs et les acteurs, les membres du Conseil d'État et les ombres du Palais-Royal ne craignaient aucun coup de trompe, aucun dérapage, aucun rappel à l'ordre des agents (Fargue, Piéton Paris,1939, p.90).
Peine disciplinaire appliquée par le président d'une assemblée délibérante à un membre qui n'en respecte pas le règlement. Si un membre de l'assemblée trouble l'ordre, il y est rappelé nominativement par le président; s'il insiste, le président ordonne d'inscrire au procès-verbal le rappel à l'ordre (Règlement Ass. nat.,1849, p.18).Peines prononcées par le président seul: ce sont le rappel à l'ordre et le rappel à l'ordre avec inscription au procès-verbal. Ces sanctions sont purement morales et ont la valeur d'une réprimande (Vedel, Dr. constit.,1949, p.412).
Rappeler qqn à l'ordre
Rappeler quelqu'un à ce qu'il convient de dire ou de faire dans une circonstance donnée; rappeler un règlement. S'il se donnait, en étude, une demi-heure de relâche, il passait cette demi-heure à montrer à tous son oisiveté, se levant vingt fois de place, se faisant constamment rappeler à l'ordre par le surveillant (Larbaud, F. Marquez,1911, p.52).Des petites filles malingres, rappelées à l'ordre par une tape, se tordaient le cou vers la table merveilleuse (Cocteau, Enfants,1929, p.72).Vidame fit claquer sa langue contre ses dents, à petits coups secs, comme l'on fait pour rappeler à l'ordre une personne qui s'égare (Duhamel, Suzanne,1941, p.269).
[Le suj. désigne le président d'une assemblée délibérante] Infliger une peine disciplinaire à un membre qui ne respecte pas le règlement. Le président, et lui seul, peut rappeler à l'ordre tout député qui est responsable d'un désordre quelconque (Lidderdale, Parlement fr.,1954, p.164).
À l'ordre! [Cri par lequel les membres d'une assemblée invitent le président à infliger le rappel à l'ordre à l'un de leurs collègues] Presque tous montèrent sur les bancs, et, le poing tendu, vociféraient: «Athée! aristocrate! canaille!» pendant que la sonnette du président tintait sans discontinuer et que les cris «À l'ordre, à l'ordre!» redoublaient (Flaub., Éduc. sent.,t.2, 1869, p.132).
II. − Catégorie, classe d'êtres ou de choses, rang dans un ensemble organisé, une série ou une classification.
A. − Catégorie, classe distinguée par les caractères propres des éléments qui la composent.
1. Catégorie, classe de faits ou d'idées appartenant à un domaine particulier.
[Constr. avec un adj. indiquant la nature de la catégorie ou de la classe] Ordre anatomique, chimique, cosmique, didactique, historique, intellectuel, juridique, matériel, physiologique. Il s'agit donc d'une crise générale des valeurs. Rien n'y échappe, ni dans l'ordre économique, ni dans l'ordre moral, ni dans l'ordre politique. La liberté elle-même cesse d'être de mode (Valéry, Variété III,1936, p.223).Dans l'ordre imaginaire, il devient normal que l'éléphant, l'animal immense, sorte d'une coquille de limaçon (Bachelard, Poét. espace,1957, p.107).
[Constr. avec un compl. prép. de indiquant la nature de la catégorie ou de la classe] Ordre de la connaissance, de la morale, de la pensée; ordre des sciences. Un ordre de sensations et de raisonnements qui est tout à fait inaccessible à notre éducation et à nos habitudes (Nodier, Fée Miettes,1831, p.61).Il y a eu dans mon adolescence un ordre de faits très important pour mon avenir (J. Bousquet, Trad. du sil.,1935, p.39).Dans l'ordre des arts plastiques comme dans celui de l'érudition, les publications de l'Institut d'Égypte, les découvertes d'Herculanum renouvellent la connaissance de l'antiquité (Valéry, Variété IV,1938, p.103).
P. ext. Espèce, sorte, nature. Chose de même ordre, du même ordre; de tout ordre. Nous connaissons deux réalités d'ordre différent, l'une hétérogène, celle des qualités sensibles, l'autre homogène, qui est l'espace (Bergson, Essai donn. imm.,1889, p.83).La morale se forme donc, se transforme et se maintient pour des raisons d'ordre expérimental: ce sont ces raisons seules que la science de la morale entreprend de déterminer (Durkheim, Divis. trav.,1893, p.xxxviii).Quant aux tiroirs du bureau, ceux de gauche étaient consacrés à des actes publics, à des contrats, aux affaires en cours, tandis que ceux de droite (...) semblaient plutôt réservés à des questions d'ordre personnel (Martin du G., Thib.,Mort père, 1929, p.1325).
Loc. Dans le même ordre, dans un autre ordre d'idées; suivant cet ordre d'idées. De ce point de vue, d'un point de vue différent; suivant ce point de vue. Il serait assez intéressant de faire la coupe de tous les étages d'une maison, le facteur frappant à la porte, etc. (...) en suivant cet ordre d'idées, (...) je voudrais voir la coupe verticale d'une femme prude, offensée par un mot leste (Goncourt, Journal,1861, p.891).Si j'invoque le souvenir de ces petites libéralités, c'est à titre de simples circonstances atténuantes. Dans le même ordre d'idées et avant d'aborder la narration de mes malheurs, qu'il me soit permis de rappeler mon inébranlable attachement aux principes qui nous régissent (Courteline, Gend. sans pitié,1899, 2, p.158).
Spécialement
MATH. Ordre d'un groupe. ,,Cardinal de l'ensemble de ses éléments`` (Bouvier-George Math. 1979).
THÉOL. Ordre de la nature. État de l'homme considéré indépendamment de la grâce et de la vie surnaturelle (d'apr. Marcel 1938). Ordre de la grâce ou ordre surnaturel. État de l'homme par rapport à la grâce, à son élévation surnaturelle par Dieu (d'apr. Marcel 1938). L'unité de Dieu, premier principe dans l'ordre de la nature et dans l'ordre de la grâce; Dieu créateur et rédempteur, auteur de l'Ancien Testament et du Nouveau, à la fois juste et bon, qui a tiré du néant tout ce qui existe en dehors de lui, sans en excepter la matière (Théol. cath.t.4, 11920, p.1036).
2. Dans le domaine des Beaux-Arts.Ensemble architectural formé par les parties saillantes d'un édifice (colonnes, entablement, piédestal) caractéristiques d'un style. Ordre corinthien, ionique; ordre composite. Huit colonnes d'ordre dorique, sans base, soutiennent les côtés, et dix autres le fronton (Nerval, Filles feu,Isis, 1854, p.654).Une jolie rotonde composée de quatre péristyles en saillie, ornée de huit pilastres d'ordre toscan, le tout couronné par une galerie circulaire aux quatre colonnes accouplées soutenant vingt arcades (Fargue, Piéton Paris,1939, p.28).
P. méton. Partie d'un édifice construit dans tel ordre d'architecture. Il prisait les belles proportions des hôtels qui dressaient leurs ordres classiques, leurs portiques et leurs frontons entre cour et jardin (A. France, Vie fleur,1922, p.322).
Rem. Ordre ne s'applique qu'à l'archit. gr. ou rom. et aux styles qui en sont dérivés.
P. anal. [En parlant d'un objet quelconque] Style. C'était une de ces coiffures d'ordre composite, où l'on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond (Flaubert dsLar. Lang. fr.).
3. SC. NAT. [Dans les classifications systématiques, notamment en bot. et en zool.] Division intermédiaire entre la classe et la famille. Ordre des conifères; ordre des primates. Sans l'immense consommation qui se fait, dans la nature, des animaux qui composent les premiers ordres du règne animal, ils accableroient bientôt et peut-être anéantiroient, par les suites de leur énorme multiplicité, les animaux plus parfaits qui forment les dernières classes et les derniers ordres de ce règne (Lamarck, Philos. zool.,t.2, 1809, p.14).
B. − Catégorie, classe de personnes établie par l'attribution d'un rang dans une hiérarchie ou la soumission à des règles.
1.
a) [Dans une société hiérarchisée divisée en plusieurs catégories ou classes sociales] Classe regroupant certains citoyens. Le Sénat, peu à peu éliminé de la marche des affaires par les empereurs, en tant qu'assemblée politique, reste l'expression d'une classe ou ordre sénatorial qui maintient sa participation au gouvernement tandis que se développe l'ordre équestre (chevaliers), grande pépinière des fonctionnaires impériaux (P. Grimal, La Civilisation romaine,Paris, Arthaud, 1962, p.482).
En partic. [Sous l'Ancien Régime] Chacune des trois classes composant la société française (noblesse, clergé et tiers état). N'est-il pas trop certain que l'ordre noble a des privilèges, des dispenses, même des droits séparés des droits du grand corps des citoyens? (Sieyès, Tiers état,1789, p.31).Enfin arriva ce jour tant désiré de l'ouverture des états (...). Les divers ordres du royaume revêtus des habits de leur état, la pompe de la religion (...), le roi revêtu des ornemens de la royauté, tout concourait à présenter le plus imposant des spectacles (Sénac de Meilhan, Émigré,1797, p.1585).
b) DR. Chacune des quatre classes d'héritiers légitimes établies par la loi d'après le degré de parenté avec le défunt (v. supra I B 1 b).
2. Groupe, association de personnes obéissant à des règles religieuses, morales, professionnelles.
a) Communauté de personnes dont les membres, après avoir prononcé des voeux solennels, vivent dans l'état religieux sous l'observance d'une règle. P. ext. Toute communauté religieuse. Ordre de Saint-Benoît, des Carmélites; ordre cistercien; ordres monastiques, mendiants; abbé, chef, supérieur d'un ordre; règle, observance, habit d'un ordre. [J']endossai de nouveau la soutane pour entrer comme surveillant et professeur adjoint de sixième à l'institution Saint-Pierre, à Cervins (...) le supérieur appartenait à l'ordre des prêtres du Sacré-Coeur de Cervins (Billy, Introïbo,1939, p.165).V. enseignant II A 1 ex. de Gobineau et idée ex. 30.
Tiers-ordre. Association affiliée à un ordre religieux, formée de fidèles vivant dans le monde ou de réguliers menant la vie de la communauté. Tiers-ordre séculier; tiers-ordre régulier. Le premier Tiers-Ordre remonte à S. François d'Assise, qui après avoir fondé les Frères Mineurs et les Clarisses, établit en 1221 un troisième Ordre pour les chrétiens vivant dans le monde (Foit.11968).
b) Compagnie religieuse et militaire créée au Moyen Âge pour combattre les infidèles ou pour remplir une fonction hospitalière. Ordre du Temple (des Templiers), des Chevaliers Teutoniques; Ordre de Saint Jean de Jérusalem (devenu Ordre de Malte); Maître, Grand-Maître d'un Ordre. Ce voeu [de célibat] n'étoit pas général dans les ordres militaires chrétiens. Les chevaliers de S. Jacques-de-l'épée, en Espagne, pouvoient se marier; et dans l'ordre de Malthe, on n'est obligé de renoncer au lien conjugal, qu'en passant aux dignités de l'ordre (Chateaubr., Génie,t.2, 1803, p.473).La force de l'Ordre teutonique qui couvrait de tours carrées flanquées de poivrières aiguës la Bavière et les Sept Montagnes (Faure, Hist. art, 1912, p.306).
c) Compagnie d'honneur instituée par un souverain ou un état, constituée par un ancien ordre de chevalerie ou créée, et dans laquelle on est admis soit par la naissance soit par le mérite ou les services rendus. Ordre de Saint-Michel, de la Toison d'Or, de la Jarretière, du Saint-Esprit:
14. Les uniformes surtout fatiguaient l'oeil de leurs broderies; les ordres étrangers, les plaques de pierreries, les grands cordons, tous les aigles allemands, toutes les jarretières anglaises, les toisons d'or et les couronnes de fer, les Cincinnatus et les Nicham Iftihar se déployaient sur les fracs civils ou militaires et formaient comme autant de ruisseaux d'or et d'argent... Reybaud, J. Paturot,1842, p.227.
[En France] Association honorifique dans laquelle l'État nomme les citoyens dont il veut récompenser les mérites personnels. Ordre de la Légion d'Honneur; Ordre des Arts et Lettres; Ordre (national) du Mérite; Ordre de la Libération (v. libération A 1 b β hist. ex. de De Gaulle).
P. méton. Décoration, insigne de l'appartenance à un ordre. Avoir l'ordre de la Légion d'Honneur. (Dict. xixeet xxes.).
d) Organisme institué par une loi, chargé d'assurer la réglementation, la discipline et la défense de certaines professions libérales et auquel les membres de la profession sont tenus d'adhérer. Ordre des architectes, des avocats, des médecins; Conseil de l'ordre. V. bâtonnat ex.
C. − Catégorie, classe distinguée du point de vue de la valeur attribuée aux éléments qui la composent. Faits d'un ordre plus important; intuition d'ordre supérieur. Vers huit heures, on soupait avec entrée, rôti, entremets, salade et dessert: on faisait une partie, et l'on allait se coucher. Il y a toujours eu à Paris des soupers d'un ordre plus relevé, et qui commençaient après le spectacle (Brillat-Sav., Physiol. goût,1825, p.246).Pour les harmoniques d'ordre élevé le nombre des vibrations tend vers une limite finie (H. Poincaré, Valeur sc.,1905, p.206).
De premier ordre. De première qualité, excellent. Il peut réciter par coeur un nombre plus ou moins grand de fragments des poètes et, enfin, (...) il ajoute à cela d'avoir une belle écriture, ce qui est ici un mérite de premier ordre (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1856, p.252).Je vous dis que vous avez là une chatte de premier ordre! (J.-R. Bloch, Dest. du S.,1931, p.45):
15. Mais de tous ses mots, le plus goûté le fut par Françoise qui, encore plusieurs années après, ne pouvait pas «tenir son sérieux» si on lui rappelait qu'elle avait été traitée par l'ambassadeur de «chef de premier ordre», ce que ma mère était allée lui transmettre comme un ministre de la Guerre, les félicitations d'un souverain de passage après «la revue». Proust, J. filles en fleurs,1918, p.483.
De/du second ordre. Moyen, de qualité, d'importance moyenne. Je trouve des qualités charmantes au talent de M. de Musset; mais enfin, comme vous le dites vous-même, le total forme un talent du second ordre (Tocqueville, Corresp.[avec Gobineau], 1844, p.74).La signature de la paix, qui occupa beaucoup plus l'opinion en France à cette époque, n'est aujourd'hui qu'un souvenir de second ordre, un événement passager qui n'eut point de stabilité, qu'on eut bientôt à considérer comme non avenu (Sand, Hist. vie,t.2, 1855, p.2).S'ensevelir ici dans une vie de province qui n'a pas les attraits d'une sous-préfecture de second ordre? (Sardou, Rabagas,1872, i, 10, p.26).
De troisième, quatrième ordre; du dernier ordre. Inférieur, de dernière qualité, médiocre. [Beethoven] préférera s'adresser à des poètes de second ordre, ou de troisième (Rolland, Beethoven,t.1, 1937, p.162).Une philosophie générale sur l'homme, la vie et ses problèmes, dignes d'un journaliste de troisième ordre (Marrou, Connaiss. hist.,1954, p.103).
De l'ordre de. Équivalent à, du genre de. Une «dépêche de Berlin» relatant les effroyables pertes russes en matériel de guerre, (...) se termine ainsi: «Quant aux pertes bolcheviques en hommes, le 13 février, dans ce secteur, elles ont été de l'ordre de mille, alors que les Allemands ne perdaient que onze hommes en tout et pour tout!» (Gide, Journal,1943, p.194).Un prélèvement de longueur quelconque (de l'ordre de quelques secondes à une minute par exemple) (Schaeffer, Rech. mus. concr.,1952, p.203).
Ordre de grandeur. Catégorie d'importance. À les entendre, l'expérience religieuse de W. James est l'ouvrage pascalien de notre siècle. Cette assimilation, malgré ce qu'elle a de grossier, n'est point pour nous déplaire; elle accuse, par son exagération même, le danger de Pascal. Certes, nous sommes, avec lui, dans un autre ordre de grandeur (Massis, Jugements,t.1, 1923, p.287).Théoriquement du moins, matière et forme ne sont pas si opposées: de l'espace dans de l'espace, telles seraient nos architectures de matière, à cela près que l'ordre de grandeur enlève toute commune mesure à ces deux espaces, leur confère des qualités sensorielles, donc esthétiques, sans aucun rapport (Schaeffer, Rech. mus. concr.,1952p.51).V. grandeur I B 1 ex. de J. Rostand.
D. − RELIG. Degré, grade dans la hiérarchie cléricale dans les Églises catholique et orthodoxe. Ordres ecclésiastiques; ordres mineurs (ordres de portier, lecteur, exorciste, acolyte); ordres majeurs (ordres de sous-diacre, diacre, prêtre). Un jeune homme (...) qui, entraîné par une irrésistible vocation, se destine à devenir bientôt prêtre des Missions étrangères, vient de m'adresser, au moment de recevoir les ordres majeurs et de prononcer le voeu suprême, une lettre qui m'a beaucoup ému (Coppée, Bonne souffr.,1898, p.69).Ma santé n'étant pas solide et m'ayant obligé plusieurs fois à prendre des congés, je ne fus pas appelé aux quatre ordres mineurs dans le délai normal (Billy, Introïbo,1939, p.76).V. anagnoste ex. 3.
Sacrement de l'ordre, l'ordre. Sacrement conférant le pouvoir d'exercer les fonctions ecclésiastiques, plus particulièrement la prêtrise. Conformément au système protestant de l'universel sacerdoce des fidèles, les novateurs étaient obligés de nier le sacrement de l'ordre. Il n'est pas question de sacrement d'ordre dans l'Évangile; c'est le «fanatique» Denys l'aréopagite qui l'a inventé. Tous les baptisés sont prêtres (Théol. cath.t.14, 11938, p.559).Les rites essentiels du sacrement de l'ordre comportent aujourd'hui la porrection des instruments, qui n'existait pas jadis (Théol. cath.t.14, 11938p.569).
Entrer dans les ordres. Se faire prêtre. Le pauvre garçon devint amoureux d'une jeune fille qui mourut dans un accident de chemin de fer. Il crut son coeur brisé à jamais et (...) pensa ne pouvoir moins faire que d'entrer dans les ordres. Il serait frère prêcheur (Aymé, Jument,1933, p.39).
III. − Commandement, injonction.
A. − Acte par lequel une autorité commande de faire quelque chose; ensemble d'injonctions, de dispositions impératives. Ces instants (...) n'étaient réellement consacrés qu'à recevoir le matin, ou congédier le soir, ceux de sa maison [de Napoléon] qui avaient des ordres directs à prendre de lui (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t.1, 1823, p.397).Il allait des uns aux autres. Chacun invoquant des ordres supérieurs le renvoyait sans l'écouter (Peisson, Parti Liverpool,1932, p.19):
16. C'est alors qu'il donne l'ordre fou, l'ordre jugé délirant, absurde, imbécile et despotique par le peuple et par tout son entourage. Dare-dare, il dépêche vers le navire qu'il présume contaminé la barque du pilote et quelques hommes, avec l'ordre pour le Grand-Saint-Antoine d'avoir à virer de bord tout de suite, et de faire force de voiles hors de la ville, sous peine d'être coulé à coups de canon. Artaud, Théâtre et son double,1938, p.20.
SYNT. Ordre écrit, verbal; ordre exprès, formel, impératif; ordre de grève, d'emprisonnement, de réquisition, de mobilisation; intimer un ordre, l'ordre à qqn de faire qqc.; dire, crier un ordre; transmettre un ordre, les ordres; exécuter, recevoir, suivre un ordre; exécuter un ordre à la lettre, au pied de la lettre; obéir aux ordres; enfreindre, transgresser un ordre; contrevenir, désobéir aux ordres; se conformer, se soumettre, se plier aux ordres; vos désirs sont des ordres.
1. Locutions
a) Verbe (+ prép.) + ordre
Agir sur ordre. Agir en exécutant un ordre reçu d'un supérieur et non de sa propre initiative. (Dict. xixeet xxes.).
Avoir, recevoir ordre de + inf.Avoir reçu la mission, la consigne de. La garde du palais est confiée au colonel Koller, qui a ordre de repousser la moindre attaque par la force (Scribe, Bertrand,1833, iv, 5, p.199).Je reçus ordre de me porter sur eux [les ennemis] et de les déloger (Vogüé, Morts,1899, p.256).
Avoir qqn/qqc. à ses ordres. Avoir quelqu'un/quelque chose sous son autorité, à sa disposition. Il m'apprit (...) que le lendemain matin j'aurois à mes ordres une voiture, un cocher et deux domestiques (Fiévée, Dot Suzette,1798, p.125).Les gens d'affaires, voyant toujours Grandet prêt à tout, pouvaient imaginer qu'il avait à ses ordres une fée ou un démon (Balzac, E. Grandet,1834, p.73).
Avoir qqn sous ses ordres. Avoir quelqu'un comme subordonné. Un homme si important... qui a sous ses ordres quarante employés et deux patrons (Flers, Caillavet, M. Brotonneau, 1923, ii, 2, p.12).Deux gars qu'on a sous ses ordres depuis au moins deux ans, ça se reconnaît à autre chose qu'à la figure... ça se reconnaît à la taille, à l'allure (Vercel, Cap. Conan,1934, p.101).
Donner ordre de + inf., que + subj.Donner la mission, la consigne de. Je donne ordre qu'il soit fait un supplément de 20000 francs par mois à ta cassette, pendant ton voyage, à compter du 1eravril (Napoléon Ier, Lettres Joséph.,1808, p.158).Lorsqu'il aperçut l'immonde vieille (...), le roi se souvint de sa promesse et donna ordre qu'on ouvrît une des chambres de granit à la juive, et qu'on l'y laissât prendre autant d'or qu'elle en pourrait porter (Gautier, Rom. momie,1858, p.316).L'ennemi se saisit de cet homme et lui donne ordre de recueillir toutes les armes, sous peine de mort (Alain, Propos,1921, p.328).
Être aux ordres (de qqn). Être, se mettre à disposition, se soumettre aux ordres (de quelqu'un). L'armée active de Sardaigne (...) était commandée par le général autrichien Colli, qui lui-même était aux ordres du général Beaulieu (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t.1, 1823, p.346).Mes comparses, les rois de France, étaient à mes ordres et n'attendaient qu'un signe pour me donner les leurs (Sartre, Mots,1964, p.108).
Être sous les ordres de qqn. [Dans une hiérarchie] Être le subordonné de quelqu'un. À partir du moment où tu es sous mes ordres, mets-toi bien dans la tête que tu n'as plus rien à toi (Sartre, Mains sales,1948, 3etabl., 4, p.113).
b) Prép. + ordre
À vos ordres! [Formule utilisée pour signifier que le locuteur est aux ordres, disposé à exécuter les ordres d'un supérieur] J'espère que vous allez continuer à nous en servir de bonnes, sur Paris. Ici, on n'est plus au courant, vous savez. −À vos ordres, mon commandant, dit Morhange (Benoit, Atlant.,1919, p.59).
P. ext. ou p. plaisant. Wil, je vous retiens pour ma partie de trictrac... Wil: C'est donc une revanche que vous voulez... vous l'aurez... à vos ordres (Sue, Atar-Gull,1831, p.25).Allons, mauvais sujet, reprit-elle, invitez vite une de ces demoiselles et faites-nous vis-à-vis. −À vos ordres, duchesse!... Il s'inclina plaisamment, pirouetta sur ses talons et revint bientôt avec une danseuse (Theuriet, Mariage Gérard,1875, p.11).
Avec ordre de + inf.En ayant l'ordre de. [Nana] dînait avec Lucy Stewart, Caroline Héquet, Maria Blond, en compagnie de messieurs écorchant le français, payant pour être amusés, les prenant à la soirée avec ordre d'être drôles, si blasés et si vides, qu'ils ne les touchaient même pas (Zola, Nana,1880, p.1451).
Jusqu'à nouvel ordre. Jusqu'à ce qu'un nouvel ordre, une nouvelle disposition vienne préciser ou modifier la situation. Jusqu'à nouvel ordre, entendez bien ceci: quand je verrai cette croix, vous serez le fils cadet de mon ami le duc de Chaulnes (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p.227).
P. ext. En l'état actuel des choses. Un fait social, (...) telle est et restera, du moins jusqu'à nouvel ordre, la cause de cette répartition [de l'habitat et des cultures] singulièrement exclusive, qui ne répond à rien d'impératif dans les conditions physiques (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p.192).
Par ordre
Suivant l'ordre, en respectant un ordre. La dernière exécution qui fut faite aux Halles en 1477, fut celle du malheureux duc de Nemours, dont les enfans, placés sous l'échafaud par ordre du cruel Louis XI, furent couverts du sang de leur père (Jouy, Hermite,t.4, 1813, p.288).C'était cette heure où dans les cafés, par ordre supérieur, on retardait alors le plus possible le moment de donner la lumière (Camus, Peste,1947, p.1306).
[Le plus souvent en abr. P.O.] Mention précédant la signature d'un subordonné agissant au nom d'un supérieur. La délégation de signature par ordre (p.o.) a, en général, un sens plus restrictif que par autorisation (Spr.1967).
Sur l'ordre de qqn. En obéissant à l'ordre de quelqu'un, en se conformant à la volonté de quelqu'un. Elle avait fui Smolensk en poste, sur l'ordre exprès de son mari, au moment où il y arrivait, derrière la garde (Adam, Enf. Aust.,1902, p.80).
2. Au fig. ou p. métaph. Les ordres de la providence. [Les généraux, les maréchaux] chacun selon sa nature, sa race, son arme ou son emploi, vivent dans l'avenir et se tiennent aux ordres du destin (Valéry, Variété IV,1938, p.67).
3. P. méton. Document écrit spécifiant une mission, une consigne. J'ouvris la pendule, et j'en tirai vivement l'ordre cacheté (Vigny, Serv. et grand. milit.,1835, p.48).Je suis bien jeune, monsieur, pour que l'on veuille m'écouter; il faudrait un ordre écrit de votre main (Stendhal, Chartreuse,1839, p.64).Dans deux jours (...) nous partons. Nous quittons le bordj. Nous nous enfonçons là-bas, vers le sud. L'ordre ministériel est arrivé hier matin (Benoit, Atlant.,1919, p.10).
ADMIN. Ordre de virement*, de paiement*; ordre de reversement*.
B. − Dans le domaine comm. et financier
1. Décision déterminant une opération commerciale. Ordre d'expédier, de livrer; ordre d'expédition, de livraison. Pereire sortait de son salon, il laisse tomber comme par mégarde, en tirant un mouchoir de sa poche, un ordre d'achat (Goncourt, Journal,1865, p.134).Son notaire de Montreuil a déjà l'ordre de vente de la ferme des Charmettes, moulin et tout (Bernanos, Soleil Satan,1926, p.73).Si (...) nous donnons en bourse des ordres d'achat, les coupons touchés ne nous consoleront pas de l'effritement ininterrompu des valeurs (Mauriac, Noeud vip.,1932, p.305).
Absol. Commande. Passer ses ordres; feuilles d'ordres. Des Grassins vint prendre les ordres de son client au moment où la famille était à table (...). −Mangez tranquillement, Grandet, dit le banquier. Nous causerons. Savez-vous ce que vaut l'or à Angers, où l'on en est venu chercher pour Nantes? Je vais en envoyer (Balzac, E. Grandet,1834, p.165).
En partic.
Ordre de bourse. Mandat d'acheter ou de vendre une valeur en bourse donné à un intermédiaire accrédité. Avez-vous donné l'ordre de bourse pour mes Suez? −Non, l'attention de la Bourse est retenue en ce moment par les valeurs de pétrole. Mais il n'y a pas lieu de se presser étant donné les excellentes dispositions du marché (Proust, Fugit.,1922, p.631).
Ordre lié. V. lié II A 2 b.
Ordre (à cours) limité. Ordre de bourse qui ne doit être exécuté qu'à partir d'un cours déterminé par le client. Les ordres à cours limité sont valables pour le mois courant et jusqu'à la fin du mois suivant, s'ils sont donnés après le 25 du mois courant (Boud.-Frabot1970).
Ordre au comptant*. Ordre au mieux*. Ordre à prime*. Ordre à terme*.
2. Endossement (d'un billet, d'un chèque, d'une lettre de change). Mettre un ordre, à l'ordre de qqn, son ordre au dos d'un billet; hypothèque à ordre; titre à ordre. Billet du 30 avril dernier, souscrit par Séchard fils, ordre Lucien de Rubempré 2 mai. Compte de retour: 1037 fr 45 c (Balzac, Illus. perdues,1843, p.596).Lheureux (...) dicta un (...) billet, par lequel Bovary déclarait devoir payer à son ordre, le 1erseptembre prochain, la somme de mille soixante et dix francs (Flaub., MmeBovary,t.2, 1857, p.53).Voici, sous ce pli, une traite de 1600 fr à vue à l'ordre de ta mère sur Mallet frères (Hugo, Corresp.,1865, p.489).
Billet* à ordre.
Payable, payer à l'ordre de. [Mention inscrite sur les effets de commerce et les chèques afin de permettre leur cessibilité par endossement] (Dict. xxes.).
C. − Dans le domaine milit.
1. Prescription impérative, écrite ou verbale, d'exécuter une mission. Ordre d'attaque, d'attaquer, de bombardement, de bombarder, de faire feu, d'ouvrir le feu. Lanrezac en vint à me dire qu'il n'avait pas reçu d'ordre écrit lui prescrivant d'attaquer (Joffre, Mém.,t.1, 1931, p.332).
Ordre préparatoire. Ordre prescrivant à une troupe de s'organiser et de prendre les mesures nécessaires en vue de l'exécution d'une mission. J'obtins l'autorisation du ministre d'envoyer un ordre préparatoire à tous les corps d'armée, qui partit le 1eraoût à une heure du matin (Joffre, Mém.,t.1, 1931, p.224).
Ordre d'exécution. Ordre commandant l'exécution d'une mission annoncée par un ordre préparatoire. L'état-major de l'armée fit aussitôt partir les ordres d'exécution relatifs aux trois premières mesures (Joffre, Mém.,t.1, 1931p.209).Je vous donnerai, alors, l'ordre général d'exécution de l'opération que vous déclencherez quand vous voudrez, en tenant compte des suggestions du commandement britannique (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p.646).
Ordre de route*. Ordre de mobilisation. «Vraisemblablement, l'ordre de mobilisation sera lancé aujourd'hui 1eraoût dans l'après-midi. Faites procéder immédiatement à toutes opérations intérieures de nature à faciliter mobilisation» (Joffre,, Mém.,t.1, 1931, p.224).
Ordre de poursuite*.
2.
a) Vx. Réunion au cours de laquelle un chef militaire donnait ses ordres. Aller à l'ordre. N'y avait-il rien de nouveau à l'ordre? (Ac.).
b) Ordre du jour. Ensemble des instructions, des ordres d'un chef militaire pour la journée; p. méton, diffusion de ces instructions. Le sergent-major donne lecture de l'ordre du jour adressé le 10 mars par le général en chef aux soldats de Verdun (Bordeaux, Fort de Vaux,1916, p.96).Outre la vaste diffusion donnée à l'ordre du jour du 25 août 1941, on prit donc soin, dans certains stalags, de faire signer aux prisonniers une note par laquelle ils reconnaissaient en avoir reçu communication (Ambrière, Gdes vac.,1946, p.199).
Ordre général de l'armée, du corps d'armée, de la division, de la brigade, du régiment. Ordre du jour des commandants de ces unités. (Dict. xxes.).
Citation à l'ordre du jour ou, p. ell., citation à l'ordre d'une unité. Mise à l'ordre du jour d'un militaire ou d'une unité pour sa conduite exemplaire. Citation à l'ordre du jour de l'armée; citation à l'ordre du régiment. Capitaine lorsque la guerre éclate, il est nommé chef de bataillon le 24 août 1914. Comment il a commandé son bataillon, une citation à l'ordre de l'armée le montre (Bordeaux, Fort de Vaux,1916p.164).Je vous demande de m'adresser, d'urgence, la première liste de propositions pour la Croix de la Libération, Médaille Militaire et citations à l'ordre des Forces Françaises Libres (De Gaulle, Mém. guerre,1954p.680).
Citer qqn à l'ordre du jour, à l'ordre d'une unité; citer à l'ordre de la Nation. Il contait à Aurelle la mort de son fils, un splendide garçon, trois fois cité à l'ordre de l'armée. Il en parlait avec un orgueil et une résignation vraiment admirables (Maurois, Sil. Bramble,1918, p.115).
3. Mot d'ordre. Ensemble de deux expressions secrètes constituant un signal de reconnaissance. Nous regardions une sentinelle que la patrouille quittait, après l'échange du mot d'ordre (Adam, Enf. Aust.,1902, p.92).
P. ext. Consigne, résolution commune aux membres d'un parti, d'une association, d'un groupe quelconque. C'est une sorte de mot d'ordre convenu entre les amis les plus influents de la liberté et des intérêts du peuple, que l'égalité est une chimère! (Proudhon, Propriété,1840, p.155).«Pas de quartier!» C'était le mot d'ordre des deux côtés (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t.2, 1870, p.266).Les mesures les plus strictes s'étendaient à toutes les couches de la population. Produire et se priver, tels étaient les mots d'ordre (Ambrière, Gdes vac.,1946, p.340).Pour tous, union et discipline. Voilà le mot d'ordre plus nécessaire que jamais (De Gaulle, Mém. guerre,1954p.536).
Prononc. et Orth.: [ɔ ʀdʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Classe ou rang dans un ensemble organisé 1. a) ca 1100 «les différents degrés auxquels élève le sacrement qui confère le pouvoir d'exercer les fonctions ecclésiastiques, en particulier la prêtrise» (Roland, éd. J. Bédier, 3639); 1280 antrer en ordre (Charta... in Chartul. S. Petri de Monte ds Du Cange, s.v. ordo 6); 1763 entrer dans les ordres (Bachaumont, Mém., p.255); b) ca 1135 «groupe de personnes vivant en communauté sous l'observance d'une règle, après avoir prononcé des voeux solennels» (Couronnement Louis, éd. Y. G. Lepage, rédaction AB, 516); 2. 1155 «nom donné aux classes dans lesquelles sont répartis les citoyens d'une société hiérarchisée» (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 6024: l'ordre de sun parage); en partic. ca 1355 «chacune des 3 classes qui composaient la société française avant la Révolution de 1789» la concorde des ordres (Bersuire, fo97 ds Littré); cf. 1585 (N. Du Fail, Contes d'Eutrapel ds OEuvres facétieuses, éd. J. Assézat, t.1, p.269: les trois ordres d'Eglise, Noblesse et le tiers estat du peuple); 3. 1174 «compagnies de caractère religieux et militaire, créées surtout à l'époque des croisades, pour soigner les pèlerins ou combattre les Infidèles» (Etienne de Fougères, Marières, éd. R. A. Lodge, 147: Haute ordre fut Chevalerie); 4. ca 1223 «catégorie de faits ou d'idées que l'esprit distingue par des caractères propres» ordre de mariage (Gautier de Coinci, Miracles Vierge, éd. F. Koenig, I Mir. 22, 10); en partic. 1657-62 «catégorie de valeurs qui ne sauraient être comparées à celles d'une autre catégorie» (Pascal, Pensées, éd. L. Lafuma, 308, p.540); 1674 l'ordre de la nature (Malebranche, Rech. vér., V, 1 ds Littré); 5. ca 1223 «catégorie d'êtres ou de choses considérés du point de vue de la valeur qu'on leur attribue» (Gautier de Coinci, op. cit., II Mir. 26, 568); 1654 une âme de premier ordre (Guez de Balzac ds G. Guillaume, J. L. Guez de Balzac et la Prose fr., Paris, 1927, p.381); 1851 du même ordre de petitesse (Cournot, Fond. connaiss., p.179); 6. début xiiies. «chacune des neuf classes hiérarchiques dans lesquelles sont répartis les anges» les nuef ordenes des angeles (Maurice de Sully, Homélies, éd. C. A. Robson, 23, ligne 27); 7. 1360 «compagnie d'honneur instituée par un souverain ou par un État, dans lequel on était admis du fait de sa naissance, des services rendus, etc.» d'où fin xives. «insigne, décoration remise aux membres de cette compagnie» (Froissart, Chron., éd. L. Mirot, XII, 250: [des] seigneurs qui portent une orde des chevaliers d'outremer); cf. ca 1500 (Commynes, Mém., éd. J. Calmette, I, p.195: [il] portoit l'ordre de la Jarrectière); 8. 1556 archit. chapiteaux d'ordre composite (Ph. de Lorme, Pièces justificatives, XII ds M. Roy, Artistes et monuments de la Renaissance en France, I, 272); 9. av. 1594 «organisme créé en vue d'assurer la réglementation et la défense d'une profession libérale» ordre [des avocats] (Pasquier, Lettres [éd. 1619], t.1, livre 7, p.420, à Monsieur de Basmaison [mort en 1594)); 10. 1779 «division de la classification des êtres vivants» (Buffon, Hist. nat. des oiseaux, Paris, Imprimerie royale, p.215); 11. 1936 dr. «chacune des quatre classes d'héritiers légitimes» (Cap.). B. Relation intelligible 1. a) 1119 «rapport de succession qui obéit à une loi» l'ordre des questïuns (Philippe de Thaon, Comput, 2518 ds T.-L.); xves. ordre iherarchique (v. hiérarchique); 1734 ordre chronologique (Dubos, Hist. crit. monarchie fr., p.507); b) 1771 pol. ordre du jour «liste des questions qu'une assemblée délibérante doit examiner au cours d'une séance, classées dans l'ordre où elles doivent être discutées» (d'apr. Mack., p.118); cf. 1789 (Régl. du 29 Juill., ch. I, 6 ds Brunot t.9, p.772, note 1); 1818 fig. être à l'ordre du jour «être la préoccupation du moment» (Maine de Biran, Journal, p.175); 1822 remettre qqc. à l'ordre du jour «remettre à la mode» (Obs. modes, 30 nov., VII, 528); 2.ca 1145 «détermination de la place des choses, manière de les arranger d'une façon satisfaisante pour l'esprit» .XV. degrez en ordre (Wace, Conception ND, éd. W. Ray-Ashford, 574); a) ca 1500 donner ordre à qqc. «prendre des dispositions en vue de» (Commynes, op. cit., p.125); 1538 mettre ordre à qqc. «pourvoir à quelque chose; l'organiser» (Est.); 1609 mettre bon ordre à qqc. «remédier à une situation défectueuse» (Régnier, Satire, XI, 27 ds OEuvres compl., éd. G. Raibaud); b) 1540 mettre ordre à ses affaires (Amadis, 36 ds IGLF); 1727 choses mises en ordre (Marivaux, Indig. philos., p.294); 3. 1155 «relation intelligible qui peut être saisie entre plusieurs termes» (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 11265: cunta Tot en ordre le visïun); 4. fin xiies. «succession, disposition dans l'espace conforme à une règle» par ordre assises (Béroul, Tristan, éd. A. Ewert, 4136); en partic. 1540 milit. marchons en bon ordre (Amadis, 91); 1690 ordre de bataille (Fur.); 5. 1174-76 «ensemble de lois qui régissent la nature» (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 4824); 1580 l'universel ordre des choses (Montaigne, Essais, éd. Villey-Saulnier, I, XIV, p.55); 1580 l'ordre naturel (B. Palissy, Disc. admin., p.286 ds IGLF); 1768 c'est dans l'ordre (Barthe, Fausses infidélités, scène II, p.14); 6. 1314 «organisation, enchaînement des idées ou des faits qui obéit à des exigences logiques ou rationnelles» l'ordre de l'art (H. de Mondeville, fo90 verso ds Littré); en partic. a) 1672 «méthode» (Molière, Femmes sav., III, 2); b) 1746 ordre des mots (Condillac, Essai or. con., p.98: il change l'ordre des mots d'une période); c) 1956 math. relation d'ordre (Uv.-Chapman); 7. a) ca 1500 «qualité d'une personne qui aime le rangement» (Commynes, op. cit., II, 273); 1690 homme d'ordre (Fur.); 1770 esprit d'ordre (Raynal, Hist. philos. pol., p.233); d'où b) 1527 en ordre «se dit d'une personne convenablement vêtue» (Loyal serviteur, ch. 54, ds Hug.); 8. a) ca 1500 «système des lois et des institutions qui régit une société» (Commynes, op. cit., I, 10: le mauvais ordre et justice qu'il faisoit en son royaulme); en partic. 1725 l'ordre public (Montesquieu, Discours, Discours rentrée parlem. de Bordeaux, p.46); 1761 ordre social (Rousseau, Nouv. Héloïse, t.3, p.243); b) ca 1660 «stabilité sociale résultant du respect des lois» maintenir l'ordre (Esp[rit] ds Trév. 1704); cf. 1776 le maintien de l'ordre (Condillac, Comm. gouverner, p.64); 9. 1507 dr. ordre de droit «procédure amiable ou judiciaire qui permet de répartir le prix d'un immeuble entre les créanciers hypothécaires, suivant l'ordre d'ancienneté de leurs inscriptions» (Coutumes du Bailliage de Touraine, chap.XX, I ds Nouv. Coutumier gén., éd. Bourdot de Richebourg, IV, 612); 1936 répartition par voie d'ordre «id.» (Cap., s.v. distribution par contribution); 10 1665 «respect du règlement, situation conforme à une règle» aller dans l'ordre (Molière, Am. méd., II, 3); 1751 rentrer dans l'ordre (Abbé Prévost, Clar. Harlowe, p.253); 1754 rappeler qqn à l'ordre (Bonnet, Essai psychol., p.110). C. Commandement 1. ca 1225 «acte par lequel une personne, une autorité commande à quelqu'un de faire quelque chose» (Reclus de Molliens, Miserere, éd. A. G. Van Hamel, LXXVII, 4); a) av. 1546 donner ordre que (L. Labé, I, 43 ds IGLF); 1679 avoir ordre de (Bossuet, Hist., III, 6 ds Littré); 1686 recevoir l'ordre de (Id., Le Tellier, ibid.); b) 1720 [faire qqc., agir] sur les ordres de qqn (Hamilton, Fleur d'Epine, p.252); c) 1734 avoir sous ses ordres (Dubos, Hist. crit. monarchie fr., p.26); 1734 être sous les ordres de qqn (Id., ibid., p.49); d) 1737 avoir qqc. à ses ordres (Le Sage, Gil Blas, p.1121: il y aura toujours un carosse à vos ordres); 1751 avoir qqn à ses ordres (Duclos, Mém. Hist. moeurs, p.124); 2. a) 1675 «acte qui détermine une opération commerciale» (J. Savary, Le Parfait négociant, Paris, t.1, p.138); 1903 ordre de Bourse (Nouv. Lar. ill.); 1936 ordre au mieux (Cap. [1930 cours au mieux (Lar. comm.)]); b) 1675 «endossement d'un billet» (J. Savary, op. cit., p.145); 1771 billets à ordre (Helvétius, De l'homme, p.52); 1903 mention à l'ordre de (Nouv. Lar. ill.); 3. 1684 «réunion au cours de laquelle les militaires viennent prendre leurs instructions» (Dangeau, I, 12, 12 mai ds Littré); 1755 ordre du jour «ensemble des instructions d'un chef militaire pour la journée ou publication qui est faite par son ordre» (Argenson, Journ. mém., p.303: le général se contenta de porter à l'ordre du jour que les ivrognes ne monteraient pas à la tranchée); 4. 1686 «mot d'ordre» (Dangeau, I, 378 ds Littré); 1793 mot d'ordre (La Martelière, Robert, II, 5, p.21); 5. 1690 «document comportant la mission à exécuter» il a son ordre par écrit (Fur.); en partic. 1690 milit. (ibid.: Il est venu ordre sur ordre de faire marcher l'armée); 1903 ordre de route (Nouv. Lar. ill.). Empr. au lat. class. ordo «rang, rangée; classe de citoyens, succession; distribution régulière» (d'où les sens nouv. en fr.) d'apr. les formes des cas obliques; le sens de «prescription» s'est développé parallèlement à celui de «prescrire» qu'a pris ordonner*; pour ordre du jour dans le domaine pol. (B 1 b), l'hyp. d'une formation à partir de l'angl. order of the day (Bl.-W.1-5, FEW t.7, p.408a, note 4, Barbier ds Mod. Lang. R. t.16 1921, p.146) se heurte au fait que l'expr. angl. n'est att. qu'en 1792 dans un texte relatif au vocab. de la Révolution fr., où elle est la trad. du fr. ordre du jour, trad. favorisée par le fait que ordre y est employé au sens de l'angl. order (lui-même empr. au fr. au xiiies.). qui, dès le xves. avait le sens de «procédure réglementaire, usage établi» puis au xviiies. celui de «marche à suivre dans la conduite des débats dans une assemblée», sens qui subsiste encore dans l'expr. order of the day (v. Rey-Gagnon Anglic.); le genre du mot a été fluctuant jusqu'au xviies.: l'initiale vocalique a fait qu'il a été souvent fém. Fréq. abs. littér.: 25481. Fréq. rel. littér.: xixes.: a)43280, b) 30182; xxes.: a) 28703, b) 38003. Bbg. Brunet (L.). Du Style au service de l'ordre. Déf. Lang. fr. 1979, no100, pp.21-24. _ Colloquio Internaz. del L. I. E. 2. 1977. Ordo. Roma, 1979, pp.279-345, 371-407, 425-470. _ Dub. Pol. 1962, pp.357-360. _ Marcellesi (Chr.). Retour aux sources: qq. aspects du vocab. de l'informat. In: [Mél. Guilbert (L.)]. Paris, 1979, pp.177-180. _Quem. DDL t.1, 11, 16. _Robinet (A.). Lexicogr. philos. d'ordre de la nature. R. internat. de philos. 1978, no124/125, pp.238-259. _Sauvé (M.). L'Ordre du jour ou les ordres du jour? Meta. 1977, t.22, pp.274-277.

Ordre : définition du Wiktionnaire

Nom commun

ordre \ɔʁdʁ\ masculin

  1. Arrangement raisonné et logique, disposition régulière des choses les unes par rapport aux autres.
    • Les rois sont dans l’ordre moral ce que sont les monstres dans l’ordre physique. L’histoire des rois est le martyrologe des nations. — (Henri Grégoire, Séance de la Convention du 22 septembre 1792)
    • Car la menace ne suffit pas pour faire régner l’ordre. Il y faut aussi suffisamment de droit et de progrès pour obtenir le consentement des peuples. — (Pour un autre monde ; Un autre chemin, motion pour le congrès socialiste de Dijon du 16 au 18 mai 2003)
    • Il n’y a point d’ordre dans ce discours.
  2. (En particulier) En termes de procédure.
    • Ordre des créanciers : État qu’on dresse de tous les créanciers d’une personne, d’une succession, pour les payer suivant leurs privilèges, la date de leur hypothèque, etc.
    • Il est le premier créancier en ordre, le second en ordre.
    • Dans cet ordre, tel avoué est le poursuivant.
    • Instance, sentence d’ordre.
    • Il y a un arrêt d’ordre.
    • Il est des derniers créanciers, il ne viendra pas en ordre utile.
  3. Demande impérative ; consigne d'une hiérarchie.
    • […] ; mais , le jeune martyr étant resté aussi ferme devant les tortures que devant les séductions mondaines, le khalife donna l’ordre de trancher tour à tour avec le glaive chacun de ses membres meurtris ; l’ordre barbare fut obéi. — (« Martyre de saint Pelayo », extrait de Raguel, apud Florez, t. XXIII, page 233, en pièce justificative dans Histoire d'Espagne depuis les premiers temps historiques jusqu'à la mort de Ferdinand VII, par Eugène Rosseeuw Saint-Hilaire, tome 3, Paris : chez Pitois-Levrault & Cie , 1838, page 506)
    • Le capitaine Arbogast avait raison quand, hier soir, à l'apéritif, il nous disait :
      « Dans l’Armée, il ne faut pas se presser; quand on a reçu l’ordre, eh bien ! il faut attendre le contre-ordre. »
      — (Louis Alibert, Méhariste, 1917-1918, Éditions Delmas, 1944, page 20)
    • J’étais aux ordres de mademoiselle Mori, qui était aux ordres de monsieur Saito, et ainsi de suite, avec cette précision que les ordres pouvaient, en aval, sauter les échelons hiérarchiques. — (Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements, Éditions Albin Michel S.A., 1999, page 7)
    • Faut que tu te lèves, que tu te tapes le R.E.R., que tu répondes pas quand le patron te donne des ordres pour taffer un truc de merde. Trop relou. — (Rodophe Bléger, Aux larmes sauvageons !, Éditions Erinnyes, 2012, page 24)
  4. Loi ou règle établie par la nature, par l’autorité, par les bienséances, par l’usage, etc.
    • Oui, nous nous avouons les ennemis de l’ordre, de cet ordre qui ne profite qu’à ceux qui, à force d’exploitation et de roueries, sont parvenus à empiler des millions dans leur coffre-fort. — (Virginie Barbet, dans le journal Égalité du 13 mars 1869 ; cité par Oscar Testut, L’Internationale, 1871)
    • […] il comprit qu’arrivait une époque où l’univers se désorganisait effroyablement, où c’en était fini de la sécurité, de l’ordre, de l’habitude… — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 392 de l’éd. de 1921)
    • […] mais, il est traditionnel dans la Marine française qu’un Commandant peut transgresser les ordres et courir tous les risques pour secourir des vies en danger. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • La fin de la guerre froide a permis une floraison d'études sur le nouveau monde, le nouvel ordre international, l’universalisation du libéralisme ou le clash des civilisations. Les avions qui ont foncé sur les tours de New York dans le ciel bleu d'un beau matin de septembre ont jeté le doute sur tous ces exercices. — (Thérèse Delpech, L'ensauvagement, part. 3 : Le monde en 2015, Éditions Grasset & Fasquelle, 2005, page 185)
    • Ce que vous faites là est dans l’ordre, n’est pas dans l’ordre.
    • Il n’est pas dans l’ordre que les enfants meurent avant leurs parents.
    • Cela est dans l’ordre de la nature, de la Providence.
    • Selon l’ordre de la nature.
    • L’ordre social fut ébranlé par cette révolution.
    • Cette question intéresse tout l’ordre social.
    • Ordre de choses : Système, régime, ensemble de choses.
    • Se dit particulièrement d’un système de gouvernement, d’administration.
    • L’ancien ordre de choses.
    • Le nouvel ordre de choses.
    • L’ordre de choses établi.
  5. Tranquillité ; discipline ; subordination aux règles établies.
    • Les fusils partaient, des étrangers étaient tués. L’ordre revenu, on punit quelque fellahs en guise d’exemple. Son père, dont le caractère était vif, périt dans la répression. — (Out-el-Kouloub, Zaheira, dans « Trois contes de l’Amour et de la Mort », 1940)
  6. Régularité ; exactitude ; économie.
    • Ce ministre a rétabli l’ordre dans les finances de l’État.
    • Cet homme a mis, a remis de l’ordre dans ses affaires.
    • Il a mis ses affaires en ordre.
    • C’est pour le bon ordre.
    • Mettre ordre à, donner ordre à : S’occuper de, pourvoir à, remédier à.
    • Voilà une mauvaise affaire, mettez-y ordre, donnez-y ordre.
    • Vous serez ruiné si vous n’y donnez ordre.
    • J’y mettrai bon ordre.
  7. En parlant d’une maison, d’un appartement, etc., arrangement, état des choses qu’ils contiennent.
    • Sa maison, son appartement, sa chambre est bien en ordre, n’est pas en ordre.
    • Avoir de l’ordre.
  8. Degré ; rang ; classe.
    • Lorsque la constitution française reconnaissait un ordre de noblesse privilégiée, la femme noble qui épousait un roturier dérogeait à la noblesse et devenait roturière. — (L’Institut : Journal des académies et sociétés scientifiques de la France & de l’Étranger, 2e section, 5e année, janvier-février 1840, n° 49-50, page 6)
    • Les cafés de Madrid nous semblent, à nous autres habitués au luxe éblouissant et féerique des cafés de Paris, de véritables guinguettes de vingt-cinquième ordre ; la manière dont ils sont décorés rappelle avec bonheur les baraques où l’on montre des femmes barbues et des sirènes vivantes, mais ce manque de luxe est bien racheté par l’excellence et la variété des rafraîchissements qu’on y sert. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, Charpentier, 1859)
    • Un talent de premier ordre.
    • Répertoire du théâtre de second ordre.
    • Ordre d’idées : Ensemble d’idées, classe particulière d’idées relatives à un objet déterminé.
    • Cette réflexion est étrangère à la question, elle appartient à un autre ordre d’idées.
    • Ordre hiérarchique : Les différents degrés de dignité, d’autorité dans l’église, et, par extension, dans tous les corps qui comportent des rangs, des grades, des pouvoirs différents subordonnés les uns aux autres.
    1. Se dit spécialement des neuf classes, autrement appelées chœurs, dans lesquelles on suppose que les anges sont distribués.
      • Les neuf ordres des anges.
      • L’ordre des séraphins, des chérubins.
  9. (Religion) Chacun des degrés de la hiérarchie ecclésiastique.
    • Les ordres sacrés.
    • Recevoir les ordres.
    • Donner, conférer les ordres.
    • Les ordres mineurs : Portier, lecteur, exorciste, acolyte.
    • Les ordres majeurs : Le sous-diaconat, le diaconat et la prêtrise.
    • Entrer dans les ordres : Se faire prêtre, moine ou religieuse.
    • Le Sacrement de l’ordre et, absolument, l’ordre : Le sacrement de l’église par lequel l’évêque confère à celui qui le reçoit le pouvoir de remplir les fonctions ecclésiastiques.
    • « As-tu jamais songé à entrer dans les ordres ? » demanda-t-il.
      Joseph secoua la tête avec force.
      « Non, dit-il jamais.
      – Moi, fit David en joignant les mains par un geste qui déjà annonçait l’homme d’Église, je vais commencer mes études de théologie dès que j’aurai mon diplôme. »
      — (Julien Green, Moïra, 1950, réédition Le Livre de Poche, pages 64-65)
  10. (Religion) Congrégation de personnes s’engageant à vivre sous une règle religieuse.
    • L’ordre de l’Oratoire […] fut obligé d’y renoncer ; et l’attachement du P. Lami au cartésianisme lui valut dans cet ordre les mêmes persécutions qu’eut à souffrir dans la Compagnie de Jésus le P. André comme malebranchiste. — (Jules Simon, Œuvres de Descartes (Introduction), édition Charpentier à Paris, 1845)
    • Les Visitandines, comme on sait, étaient le plus doux des ordres ; inactives, elles attendaient la visite du divin Époux; leur vie molle était très-propre à faire des visionnaires. — (Jules Michelet, Du prêtre, de la femme, de la famille, 3e éd., Hachette & Paulin, 1845, page 94)
    • Il n’y avait pas encore de déclin appréciable dans l’influence des ordres soufis. L’hostilité que leur manifestaient les wahhabites avait peu de poids en dehors de l’Arabie centrale. — (Albert Hourani, Histoire des peuples arabes, traduit de l’anglais par Paul Chemla, Éditions du Seuil, 1993, page 413)
  11. (Religion) (Militaire) Compagnie dont les membres font vœu de vivre sous de certaines règles ou s’y obligent par serment.
    • Ordre de chevalerie, des templiers.
    • L’ordre des hospitaliers ou de Saint-Jean de Jérusalem, appelé dans les derniers temps l’ordre de Malte.
    • L’ordre Teutonique, de Saint- Jacques.
  12. (Par extension) Compagnies honorifiques de chevalerie, que des souverains ou des états ont instituées et dans lesquelles on est admis en raison de sa naissance, de ses services, de son mérite.
    • L’ordre de Saint-Michel, du Saint-Esprit, de Saint-Louis.
    • L’ordre de la Légion d’honneur, de la Toison d’or, de la Jarretière, de l’Annonciade.
    • Chevalier, officier, commandeur de tel ordre.
  13. (Par extension) Collier, ruban ou autre insigne d’un ordre de chevalerie.
    • Le roi a envoyé son ordre à tel prince, a donné l’ordre à un tel.
    • Il porte l’ordre de la Toison d’or, l’ordre de la Jarretière.
    • Être décoré de plusieurs ordres.
    • À l’église, Octave s’absorbe dans la contemplation du haut catafalque sur lequel reposent, comme la dépouille mince et dorée d’un grand insecte, l’uniforme et les ordres du défunt. — (Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux, 1974, collection Folio, page 207)
  14. Classes subordonnées entre elles qui composent un état, une corporation.
    • Il y avait à Rome l’ordre des patriciens, l’ordre des chevaliers et l’ordre plébéien.
    • En France, les états étaient composés de trois ordres, l’ordre du clergé, l’ordre de la noblesse, l’ordre du tiers état.
    • Tous les ordres de l’empire vinrent faire à Nabussan des remontrances. — (Voltaire, Zadig ou la Destinée, XXI. Les yeux bleus, 1748)
    • L’ordre des avocats : L’ensemble des avocats exerçant auprès d’une juridiction et inscrits sur le tableau.
    • L’ordre des médecins, des ingénieurs.
    • Le conseil de l’ordre : Le conseil de discipline de l’ordre des avocats.
  15. Ce qui est enjoint, commandé à quelqu’un par une autorité supérieure.
    • Le crédit s’effondra dans un tourbillon affolé d’ordres de vente. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 412 de l’éd. de 1921)
    • À l’instant où von Greim transmet l’ordre de Hitler d’ouvrir une brèche dans les lignes russes avec l’aviation, le pavillon rouge des Soviets flotte sur les trois-quarts de Berlin. — (Georges Blond, L’Agonie de l’Allemagne 1944-1945, Fayard, 1952, page 326)
    • Il l’a fait sans ordre, il l’a fait par mon ordre.
    • Il a fait cela par ordre.
    • Suivre les ordres qu’on a reçus.
    • Jusqu’à nouvel ordre.
    • L’ordre est changé.
    • J’attends vos ordres.
    • Je suis à vos ordres.
    • On lui a envoyé l’ordre de combattre.
    • Porter les ordres de quelqu’un.
    • Recevoir, exécuter l’ordre de quelqu’un.
    • Expédier des ordres.
    • Vos moindres désirs sont des ordres pour moi.
    • Ordres de service.
    • Ordre de mobilisation.
  16. (Militaire) Ellipse de mot d’ordre, mot qu’un chef donne à ceux qui sont sous ses ordres pour qu’ils puissent se reconnaître entre eux, en opposition au mot de ralliement.
    • Le général donne l’ordre.
    • Aller à l’ordre.
    • Prendre, envoyer l’ordre.
  17. (Militaire) Moment de la journée où le général distribue ses ordres à son armée.
    • N’y avait-il rien de nouveau à l’ordre ?
    • Venir aux ordres : En parlant des domestiques d’une maison.
    • Ordre du jour se dit également des publications qui se font par ordre du général.
    • Une mesure par la voie de l’ordre.
    • Cet avis, ce trait de bravoure a été mis à l’ordre de l’armée.
    • Il a été cité à l’ordre du jour de l’armée, de la division, du régiment.
    • Il a été mis, pour ses services exceptionnels, à l’ordre de la nation.
  18. (Finance) Endossement ou écrit succinct que le propriétaire d’un billet ou d’une lettre de change met au dos de cet effet pour en faire le transfert à une autre personne qui en devra recevoir le montant.
    • La clientèle étant réfractère à ces prix, supérieurs de 50 % à ceux qui se pratiquaient au début du mois de septembre, les acheteurs restent dans l’expectative et ne passent leurs ordres que par petits paquets et au jour le jour. — (Le Progrès agricole et viticole, 1929, vol. 92, page 360)
    • Mettre un ordre, son ordre au dos d’un billet.
    • Billet à ordre : Billet payable à la personne qui y est dénommée, ou à telle autre personne qu’il lui conviendra de substituer à sa place.
    • Je paierai à un tel ou à son ordre : Formule d’un billet à ordre.
  19. (Architecture) Proportion, disposition, ornements qui distinguent la colonne et l’entablement, dans les diverses manières de construire les édifices.
    • Il y a cinq ordres d’architecture, le toscan ou Rustique, le dorique, l’ionique, le corinthien et le composite.
    • L’ordre corinthien a un caractère d’élégance et de richesse.
    • Le corps principal de la maison était resserré entre deux hauts pavillons, que haussait encore, sous leurs grands toits d’ardoises, un ordre démesuré de piliers ioniques. Et à cette disposition se reconnaissait l’art de l’architecte Leveau, qui avait construit en 1650 le château de Joinville-Sur-Oise pour ce riche Mareuilles, créature de Mazarin et complice heureux du surintendant Fouquet. — (Anatole France, Le Lys rouge, 1894, réédition Le Livre de Poche, pages 315-316)
  20. (Biologie) (Classification phylogénétique) Taxon qui regroupe les familles qui présentent le plus de similitudes entre elles.
    • Le tigre est un mammifère de l’ordre des carnivores.
    • Les ordres sont en général des subdivisions de classes, et les familles des subdivisions d’ordres.
    • Indiquer, déterminer la classe et l’ordre auxquels appartient un animal, une plante.
  21. Estimation.
    • Donnez moi un ordre de grandeur.
  22. (Franc-maçonnerie) Position du corps qui tient lieu de signe de reconnaissance.
    • À l’ordre, mes sœurs et mes frères !
  23. (Franc-maçonnerie) Groupement de loges qui se veut plus universel qu’une obédience.
    • Voila encore une pépite du trésor maçonnique. Ce n'est pas un simple club (même si cet aspect n'a rien d'infamant), mais un immémoriel ordre initiatique, c'est-à-dire une sodalité où, dans la fraternité, l'on s'emploie à déchiffrer le « chiffre » du monde où l'on vit, hic et nunc. — (Michel Maffesoli, Le Trésor caché : Lettre ouvertes aux Francs-Maçons et à quelques autres, Éditions Léo Scheer, 2015)
    • L’Ordre Maçonnique Mixte International « Le Droit Humain » est le plus ancien groupe de loges mixtes au monde.
  24. (Mathématiques) Relation binaire réflexive, antisymétrique et transitive.
    • L’ensemble des nombres réels est totalement ordonné par la relation d’ordre ≤ (“inférieur ou égal à”).
  25. (Théorie des graphes) Nombre de sommets d’un graphe.
    • La cardinalité de S est appelé l’ordre du graphe. — (B. Niewenglowski, E. Humbert, Georges Papelier, Revue de mathématiques spéciales : Volume 107, Numéros 1 à 5, Librairie Vuibert, 1996)
  26. (Théorie des nombres) Désigne une fonction simple et régulière avec laquelle on compare une fonction arithmétique, c’est-à-dire définie sur les nombres entiers naturels, qui est de comportement irrégulier.
    • La fonction logarithme est un ordre moyen pour la fonction arithmétique de Dirichlet comptant le nombre de diviseurs d’un entier naturel.
    • La fonction logarithme du logarithme est un ordre normal pour la fonction arithmétique comptant le nombre de facteurs premiers distincts d’un nombre naturel.
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Ordre : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ORDRE. n. m.
Arrangement, disposition régulière des choses les unes par rapport aux autres. Ordre naturel. Ordre nécessaire. L'ordre admirable que Dieu a mis dans l'univers. L'ordre et l'enchaînement des causes. L'ordre des pensées, des mots. Il n'y a point d'ordre dans ce discours. Suivre l'ordre des temps. Mettre ses papiers en ordre. Intervertir l'ordre. Ranger, disposer, placer les choses dans un meilleur ordre. Tenir en ordre. Remettre en ordre. Procéder par ordre. Ordre chronologique. Ordre alphabétique. Ordre des matières. Ordre de marche, ordre de bataille, La disposition selon laquelle une armée doit être rangée pour marcher ou pour combattre. Marcher en ordre de bataille se dit des Troupes lorsqu'elles marchent dans le même ordre où elles combattraient. En termes militaires, Ordre mince, Disposition suivant laquelle une troupe est rangée sur un front très étendu, avec très peu de profondeur. Ordre profond, Disposition suivant laquelle une troupe est rangée sur une grande profondeur. Ordre oblique, Disposition d'après laquelle une armée ou un corps de troupes engage le combat par l'une de ses ailes, en refusant l'autre aile à l'ennemi. En termes de Procédure, Ordre des créanciers, État qu'on dresse de tous les créanciers d'une personne, d'une succession, pour les payer suivant leurs privilèges, la date de leur hypothèque, etc. Il est le premier créancier en ordre, le second en ordre. Dans cet ordre, tel avoué est le poursuivant. Instance d'ordre. Sentence d'ordre. Il y a un arrêt d'ordre. Il est des derniers créanciers, il ne viendra pas en ordre utile.

ORDRE, dans un sens général, signifie Loi, règle établie par la nature, par l'autorité, par les bienséances, par l'usage, etc. Ce que vous faites là est dans l'ordre, n'est pas dans l'ordre. Il n'est pas dans l'ordre que les enfants meurent avant leurs parents. Cela est dans l'ordre de la nature, de la Providence. Selon l'ordre de la nature. Il n'est pas dans l'ordre qu'on soit juge dans sa propre cause. Je ne vous demande rien qui ne soit dans l'ordre. C'est un ordre établi, un ordre invariable. Ne rien changer à l'ordre des choses. L'ordre social, Les règles qui constituent la société. Les fondements de l'ordre social. L'ordre social fut ébranlé par cette révolution. Cette question intéresse tout l'ordre social. Ordre de choses, Système, régime, ensemble de choses. Il se dit particulièrement d'un Système de gouvernement, d'administration. L'ancien ordre de choses. Le nouvel ordre de choses. L'ordre de choses établi.

ORDRE, en parlant d'un État, d'une province, d'une ville, d'une armée, signifie Tranquillité, discipline, subordination aux règles établies. L'ordre public. La police est chargée d'établir, de maintenir l'ordre, le bon ordre, de veiller au bon ordre. Ce général a rétabli l'ordre dans l'armée. L'ordre a été troublé quelque temps dans cette province, dans cette ville. L'ordre règne dans tout le pays. Faire rentrer les rebelles dans l'ordre. Le parti de l'ordre. Partisan de l'ordre. Un homme d'ordre. Il se dit aussi en parlant des Finances d'un État, de la fortune, des affaires d'un particulier, et signifie Régularité, exactitude, économie. Ce ministre a rétabli l'ordre dans les finances de l'État. Cet homme a mis, a remis de l'ordre dans ses affaires. Il a mis ses affaires en ordre. C'est pour le bon ordre. Mettre ordre à, donner ordre à, S'occuper de, pourvoir à, remédier à. Voilà une mauvaise affaire, mettez-y ordre, donnez-y ordre. Vous serez ruiné si vous n'y donnez ordre. J'y mettrai bon ordre.

ORDRE se dit aussi en parlant d'une Maison, d'un appartement, etc., et désigne l'Arrangement, l'état des choses qu'ils contiennent. Sa maison, son appartement, sa chambre est bien en ordre, n'est pas en ordre. Avoir de l'ordre. Il signifie encore Degré, rang, classe. Un talent de premier ordre. Un esprit du dernier ordre. Un ouvrage d'un ordre supérieur. Répertoire du théâtre de second ordre. Ordre d'idées, Ensemble d'idées, classe particulière d'idées relatives à un objet déterminé. Cette réflexion est étrangère à la question, elle appartient à un autre ordre d'idées. Ordre hiérarchique, Les différents degrés de dignité, d'autorité dans l'Église, et, par extension, dans tous les corps qui comportent des rangs, des grades, des pouvoirs différents subordonnés les uns aux autres.

ORDRE se dit spécialement des Neuf classes, autrement appelées Chœurs, dans lesquelles on suppose que les anges sont distribués. Les neuf ordres des anges. L'ordre des séraphins, des chérubins. Il se dit aussi de Chacun des degrés de la hiérarchie ecclésiastique. Les ordres sacrés. Recevoir les ordres. Donner, conférer les ordres. Les ordres mineurs, Les ordres de portier, de lecteur, d'exorciste et d'acolyte. Les ordres majeurs, Le sous-diaconat, le diaconat et la prêtrise. Entrer dans les ordres, Se faire prêtre. Le Sacrement de l'Ordre et, absolument, l'Ordre, Le sacrement de l'Église par lequel l'évêque confère à celui qui le reçoit le pouvoir de remplir les fonctions ecclésiastiques.

ORDRE désigne aussi une Congrégation de personnes s'engageant à vivre sous une règle religieuse. Ordre religieux. L'ordre de Saint-Benoît, de Saint-Bernard, des Frères prêcheurs, des Frères mineurs. Le chapitre général de l'ordre s'est tenu en tel endroit. Fondateur de l'ordre. Les règles d'un ordre. Un général d'ordre. Tiers ordre se dit d'une Association de personnes vivant dans le monde, mais affiliées à un ordre religieux et en suivant certaines règles.

ORDRE désigne aussi une Compagnie dont les membres font vœu de vivre sous de certaines règles ou s'y obligent par serment. Ordre militaire. Ordre de chevalerie. Ordre des Templiers. L'ordre des Hospitaliers ou de Saint-Jean de Jérusalem, appelé dans les derniers temps l'ordre de Malte. L'ordre Teutonique. L'ordre de Saint-Jacques. Il se dit aussi de Certaines compagnies honorifiques de chevalerie, que des souverains ou des États ont instituées et dans lesquelles on est admis en raison de sa naissance, de ses services, de son mérite. L'ordre de Saint-Michel. L'ordre du Saint-Esprit. L'ordre de Saint-Louis. L'ordre de la Légion d'honneur. L'ordre de la Toison d'or. L'ordre de la Jarretière. L'ordre de l'Annonciade. Chevalier, officier, commandeur de tel ordre. Il se dit, par extension, du Collier, du ruban ou d'un autre insigne d'un ordre de chevalerie. Le roi a envoyé son ordre à tel prince, a donné l'ordre à un tel. Il porte l'ordre de la Toison d'or, l'ordre de la Jarretière. Être décoré de plusieurs ordres. Il se dit aussi des Différentes classes subordonnées entre elles qui composent un État, une corporation. Il y avait à Rome l'ordre des patriciens, l'ordre des chevaliers et l'ordre plébéien. En France, les États étaient composés de trois ordres, l'ordre du clergé, l'ordre de la noblesse, l'ordre du tiers état. L'ordre des avocats, L'ensemble des avocats exerçant auprès d'une juridiction et inscrits sur le tableau. Le conseil de l'ordre, Le conseil de discipline de l'ordre des avocats.

ORDRE désigne aussi Ce qui est enjoint, commandé à quelqu'un par une autorité supérieure. C'est à lui à donner l'ordre. Donner les ordres, des ordres, ses ordres. Un ordre écrit. Un ordre verbal. Un ordre exprès. D'ordre du roi. Les ordres du Ciel. Être soumis aux ordres de la Providence. Il l'a fait sans ordre, il l'a fait par mon ordre. Il a fait cela par ordre. Suivre les ordres qu'on a reçus. Jusqu'à nouvel ordre. L'ordre est changé. J'attends vos ordres. Je suis à vos ordres. On lui a envoyé l'ordre de combattre. Porter les ordres de quelqu'un. Recevoir, exécuter l'ordre de quelqu'un. Expédier des ordres. Vos moindres désirs sont des ordres pour moi. Ordres de service. Ordre de mobilisation. En termes militaires, Mot d'ordre, et elliptiquement Ordre, Mot qu'un chef donne à ceux qui sont sous ses ordres pour qu'ils puissent se reconnaître entre eux. Le général donne l'ordre. Aller à l'ordre. Prendre l'ordre. Envoyer l'ordre. Porter l'ordre aux capitaines. Avance à l'ordre! En ce sens, le Mot d'ordre s'oppose au Mot de ralliement. Voyez MOT.

ORDRE désigne encore, en termes militaires, le Moment de la journée où le général distribue ses ordres à son armée. N'y avait-il rien de nouveau à l'ordre? On dit, dans le même sens, Venir aux ordres, en parlant des Domestiques d'une maison.

ORDRE ou, plus souvent, Ordre du jour se dit également des Publications qui se font par ordre du général. Faire connaître une décision, une mesure par la voie de l'ordre, c'est-à-dire de l'ordre du jour. On dit aussi dans ce sens Cet avis, ce trait de bravoure a été mis à l'ordre de l'armée. Il a été cité à l'ordre du jour de l'armée, de la division, du régiment. Il a été mis, pour ses services exceptionnels, à l'ordre de la nation. Ordre du jour se dit, dans les assemblées délibérantes, du Travail dont on doit s'occuper en séance à la date du jour. Mettre à l'ordre du jour. Passer à l'ordre du jour, dans le langage parlementaire ou dans les sociétés d'affaires, signifie Reprendre la suite des questions dont on doit parler ce jour-là. Nous avons épuisé l'ordre du jour, levons la séance. On écarta cette proposition et on passa à l'ordre du jour. Demander le passage à l'ordre du jour. Ordre du jour motivé, Résolution par laquelle une assemblée, en passant à l'ordre du jour, exprime un jugement favorable ou défavorable sur la proposition incidente qui lui a été soumise. Quand la résolution n'est accompagnée d'aucun considérant, elle s'appelle Ordre du jour pur et simple. Par extension, Être à l'ordre du jour se dit d'une Chose qui, dans le moment présent, occupe le public, qui est l'objet de ses discussions. Cette question est à l'ordre du jour. Rappel à l'ordre, Sorte de blâme que le président d'une assemblée inflige à l'un des membres qui a manqué au règlement ou aux convenances. On dit dans le même sens Rappeler à l'ordre. On le dit aussi, dans le langage courant, pour Faire observer à quelqu'un une incorrection.

ORDRE, en termes de Banque, de Commerce, d'Affaires, signifie Endossement ou écrit succinct que le propriétaire d'un billet ou d'une lettre de change met au dos de cet effet pour en faire le transfert à une autre personne qui en devra recevoir le montant. Mettre un ordre, son ordre au dos d'un billet. Billet à ordre, Billet payable à la personne qui y est dénommée, ou à telle autre personne qu'il lui conviendra de substituer à sa place. Je paierai à un tel ou à son ordre est la Formule d'un billet à ordre.

ORDRE, en Histoire naturelle, désigne Une des principales divisions admises dans la classification des animaux, des végétaux, etc. Les ordres sont en général des subdivisions de classes, et les familles des subdivisions d'ordres. Indiquer, déterminer la classe et l'ordre auxquels appartient un animal, une plante. En termes d'Architecture, il se dit de Certaines proportions, de certaines dispositions et de certains ornements qui distinguent la colonne et l'entablement, dans les diverses manières de construire les édifices. Il y a cinq ordres d'architecture, le Toscan ou Rustique, le Dorique, l'Ionique, le Corinthien et le Composite. L'ordre corinthien a un caractère d'élégance et de richesse.

EN SOUS-ORDRE, loc. adv. Subordonnément. Voyez SOUS-ORDRE.

Ordre : définition du Littré (1872-1877)

ORDRE (or-dr') s. m.

Résumé

  • 1° Disposition des choses selon des rapports apparents et constants, simples ou complexes.
  • 2° Ordre de succession, ordre dans lequel on hérite des biens, des dignités, de la couronne d'un défunt.
  • 3° Ordre du jour dans les assemblées délibérantes, travail dont l'assemblée doit s'occuper dans ce jour.
  • 4° Disposition d'une troupe militaire.
  • 5° En astronomie, mouvement suivant la série des signes.
  • 6° Bonne administration.
  • 7° Arrangement d'une maison, d'une campagne, etc.
  • 8° Loi générale, règle générale dépendant de la nature, de l'autorité, de l'usage.
  • 9° En histoire naturelle, nom donné à des groupes plus ou moins nombreux de végétaux ou d'animaux.
  • 10° L'ordre social.
  • 11° Discipline et subordination.
  • 12° Ordre de choses, l'ensemble des conditions au milieu desquelles on se trouve ; régime de gouvernement.
  • 13° Ordre d'idées, système d'idées, classe d'idées.
  • 14° Nom donné aux différentes classes subordonnées entre elles qui composent un État, une corporation.
  • 15° Les neuf classes ou chœurs dans lesquels les anges sont divisés.
  • 16° Il se dit des rangs qu'occupent entre eux les esprits, les personnes, les ouvrages.
  • 17° Espèce, catégorie.
  • 18° En mathématique, ordre se dit pour degré.
  • 19° Compagnie dont les membres font vœu de vivre sous certaines règles.
  • 20° Compagnie de chevalerie instituée par quelque souverain en forme de confrérie.
  • 21° Sacrement de l'Église qui confère le pouvoir de remplir les fonctions ecclésiastiques.
  • 22° En architecture, proportions et ornements qui distinguent la colonne et l'entablement dans la construction des édifices.
  • 23° Prescription, injonction.
  • 24° Le mot que l'on donne tous les jours aux gens de guerre pour distinguer les amis des ennemis.
  • 25° Dans le commerce, endossement d'un billet ou d'une lettre de change.
  • 26° Par ordre, successivement.
  • 27° En sous-ordre.
  • 1Disposition des choses selon des rapports apparents et constants, simples ou complexes. Ainsi sur chaque auteur il trouve de quoi mordre ; L'un n'a point de raison, et l'autre n'a point d'ordre, Régnier, Sat. X. Instruis-moi seulement de l'ordre de tes crimes, Corneille, Théod. IV, 1. Il paraît que les hommes sont dans une impuissance naturelle et immuable de traiter quelque science que ce soit dans un ordre absolument accompli ; mais il ne s'ensuit pas de là qu'on doive abandonner toute sorte d'ordre, Pascal, Espr. géom. I. Cet ordre [celui de la démonstration géométrique], le plus parfait entre les hommes, consiste non pas à tout définir ou à tout démontrer, ni aussi à ne rien définir ou à ne rien démontrer, mais à se tenir dans le milieu de ne point définir les choses claires et entendues de tous les hommes, et de définir toutes les autres, Pascal, ib. Parce que cet art [de démontrer] consiste en deux choses principales, l'une de prouver chaque proposition en particulier, l'autre de disposer toutes les propositions dans le meilleur ordre, Pascal, ib. Fragm. I. Le cœur a son ordre, l'esprit a le sien, qui est par principes et démonstrations, le cœur en a un autre ; on ne prouve pas qu'on doit être aimé, en exposant d'ordre les causes de l'amour, Pascal, Pens. VII, 19, éd. HAVET. L'homme est visiblement fait pour penser… et l'ordre de la pensée est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin, Pascal, ib. XXIV, 53. Jésus-Christ, saint Paul ont l'ordre de la charité, non de l'esprit ; car ils voulaient échauffer, non instruire… cet ordre consiste principalement à la digression sur chaque point qui a rapport à la fin, pour la montrer toujours, Pascal, ib. VII, 19. Il me semble qu'il donnera un bon tour, un bon ordre à toute chose, Sévigné, 562. J'arrive ici où je trouve une lettre de vous, tant j'ai su donner un bon ordre à notre commerce [correspondance], Sévigné, 56. Je crois tout simplement et en un mot que l'ordre est la volonté de Dieu : quand les choses sont comme elles doivent aller, c'est sa volonté ; je ne connais point d'autre ordre, Sévigné, 25 août 1680. Le rapport de la raison et de l'ordre est extrême ; l'ordre ne peut être remis dans les choses que par la raison, ni être entendu que par elle : il est ami de la raison et son propre objet, Bossuet, Conn. I, 8. L'ordre est une espèce de vie de l'univers, Bossuet, Élévat. sur myst. XII, 10. Vous avez découvert toutes ses menées [du pécheur] et reconnu distinctement tout l'ordre du crime, Bossuet, Sermons, Jugement dernier, 2. Par où il [Jurieu] montre qu'il ne sait pas même qu'il y a un ordre entre les lois naturelles, les moindres cédant aux plus grandes, Bossuet, 4e avert. 5. Dieu veut l'ordre dans ses ouvrages : ce que nous concevons clairement être conforme à l'ordre, Dieu le veut ; et ce que nous concevons clairement être contraire à l'ordre, Dieu ne le veut pas, Malebranche, Rech. vér. éclairc. liv. I, t. IV, p. 72, dans POUGENS. Pourquoi vous arrive-t-il, en me servant, moi qui aime l'ordre et qui n'ai rien fait que dans l'ordre, d'être si souvent hors de l'ordre ? Bourdaloue, Exhort. sur l'observation des règles, t. I, p. 207. Cette impatience téméraire de la plupart des jeunes gens… qui se dispensent de l'ordre du temps et de la raison, pour monter précipitamment aux premiers tribunaux, Fléchier, le Tellier. J'entends chanter de Dieu les grandeurs infinies ; Je vois l'ordre pompeux de ses cérémonies, Racine, Ath. II, 7. Venait-il [Dieu] renverser l'ordre des éléments ? Sur ses antiques fondements Venait-il ébranler la terre ? Racine, ib. I, 4. Il ne garde plus d'ordre en ses discours confus, Campistron, Andronic, V, 10. De ce grand sacrifice ainsi l'ordre est réglé, Voltaire, Fanat. IV, 3. Au milieu de ces saccagements et de ces destructions que nous observons dans l'espace de neuf cents années, nous voyons un amour de l'ordre qui anime en secret le genre humain et qui a prévenu la ruine totale, Voltaire, Mœurs, 197. En général ordre veut dire arrangement, soit des choses, soit des mots, Dumarsais, Œuv. t. III, p. 353. L'ordre nous plaît, la raison m'en paraît bien simple : c'est qu'il rapproche les choses, qu'il les lie, et que, par ce moyen, facilitant l'exercice des opérations de l'âme, il nous met en état de remarquer sans peine les rapports qu'il nous est important d'apercevoir dans les objets qui nous touchent, Condillac, Conn. hum. II, II, 4. Le défaut d'ordre ne plaît que par intervalles, et il n'y a point de règles pour en assurer le succès ; Montaigne est donc bien heureux d'avoir réussi, et l'on serait bien hardi de vouloir l'imiter, Condillac, ib.

    Mettre en ordre, ranger suivant un ordre convenable. Esdras mit en ordre les livres saints, Bossuet, Hist. I, 8. Le style n'est que l'ordre et le mouvement qu'on met dans les pensées, Buffon, Disc. de réception.

    Mettre ordre, donner ordre, apporter ordre, donner bon ordre, mettre bon ordre, c'est-à-dire pourvoir à, soit pour procurer, soit pour empêcher, soit pour arranger. Et de se conserver elle mit si bon ordre…, Régnier, Sat. X. Cependant donnons ordre à notre sûreté, Mairet, Soliman, III, 16. J'y donnerai bon ordre, Corneille, Nic. IV, 3. Moi, je vais donner ordre à le bien recevoir, Corneille, Sertor. I, 3. Donnons ordre au présent ; et, quant à l'avenir, Suivant l'occasion nous saurons y fournir, Corneille, ib. II, 4. Cependant que Félix donne ordre au sacrifice, Corneille, Poly. II, 1. Ils disaient qu'il était temps à présent de donner ordre aux armées, Perrot D'Ablancourt, Tac. 36. Nous y mettrons bon ordre, La Fontaine, Mandr. Je le dirai à monsieur Purgon, afin qu'il mette ordre à cela, Molière, Mal. im. I, 1. Si vous n'y donnez ordre, nous serons obligés d'en avertir le pape, Pascal, Prov. X. Ce fut un embarras où l'on donnera ordre promptement, Sévigné, 411. M. de Rochebonne s'en va dans ses terres pour donner ordre à ses affaires, Sévigné, 11 oct. 1673. Il [M. d'Avaux] me demanda si vous aviez reçu votre cordon bleu… il me dit que les autres l'avaient, et que, comme on oubliait beaucoup de choses, il allait mettre quelque ordre à ce retardement, Sévigné, 19 janv. 1689. Je ne sais comme M. de la Reynie, qui entend si bien la police, n'a point donné ordre à ces sortes de trahisons, Sévigné, 4 sept. 1680. Un homme est malade en son lit ; on le vient avertir de donner ordre à ses affaires au plus tôt, Bossuet, 2e sermon, Compass. de la Ste Vierge, Préambule. Il y a bien de l'apparence que ce malheur vous arrivera, si vous n'y donnez ordre, Fontenelle, Lett. galant. II, 14.

    Fig. Il [lord Rochester] ne saurait que faire de la [lus jolie créature de la cour ; car il y a longtemps que ses débauches y ont mis ordre, Hamilton, Gramm. 9.

    Mettre, donner ordre que, faire en sorte que. Donnez ordre qu'il règne ; elle vous en conjure, Corneille, Nicom. II, 3. Je mettrai ordre que mon carrosse soit tout prêt pour vous mener à la foire, Molière, l'Av. II, 6. Je donnerai ordre qu'on vous envoie nos méditations, Bossuet, Lett. Corn. 160. Mlle Hubert fut chargée de mettre ordre le plus discrètement qu'elle pourrait, que ces fréquentes et longues conversations n'eussent pas de suite, Hamilton, Gramm. 9.

    Mettre ordre de, avec le verbe à l'infinitif. …On se prépara pour la chasse d'après-dînée, et l'on mit ordre d'avoir des concerts d'instruments pour le lendemain, Bussy-Rabutin, Hist. amour. des Gaules, p. 196 (Amsterd. 1671).

    Mettre ordre à sa conscience, remplir tous les devoirs moraux ou religieux qu'on avait plus ou moins négligés. Tout ce qu'on disait là-dessus dans la chaire chrétienne, ne l'avait pas empêché de se promettre qu'il mettrait ordre à sa conscience avant ce dernier moment, Massillon, Avent, Mort du péch.

  • 2Ordre de succession, ordre dans lequel on hérite des biens, des dignités, de la couronne d'un défunt. L'ordre de succession étant une des choses qu'il importe le plus au peuple de savoir, le meilleur est celui qui frappe le plus les yeux, comme la naissance et un certain ordre de naissance, Montesquieu, Esp. V, 14. Terme de jurisprudence. Ordre entre créanciers, ordre des créanciers, acte qui règle l'ordre dans lequel chaque créancier prend part à la distribution du prix provenant de la vente des immeubles du débiteur. Il est le premier créancier en ordre. Instance d'ordre. Sentence d'ordre. Ouvrir l'ordre. Il s'est fait colloquer en ordre, dans l'ordre.
  • 3Ordre du jour dans les assemblées délibérantes, travail dont l'assemblée doit s'occuper dans le jour. Sur une table étaient inscrites les matières dont le conseil devait s'occuper, c'est ce que nous appelons l'ordre du jour, Lévesque, Instit. Mém. scienc. mor. et polit. t. IV, p. 160.

    Grand ordre du jour, les affaires qui ont le plus d'importance ; petit ordre du jour, celles qui en ont moins et qu'on traite les premières.

    Passer à l'ordre du jour sur une proposition, la rejeter et reprendre la discussion qui est à l'ordre du jour.

    Demander l'ordre du jour, demander qu'on écarte une proposition et qu'on reprenne la discussion courante. J'ai sur toutes les requêtes Demandé l'ordre du jour, Béranger, Ventru.

    Rappeler à l'ordre, rappel à l'ordre, sorte de blâme que le président d'une assemblée inflige à un des membres qui s'écarte des convenances ou des règlements parlementaires.

    Elliptiquement, à l'ordre ! à l'ordre ! cris dans une assemblée pour demander au président de rappeler un orateur à l'ordre.

  • 4 Terme militaire. Disposition d'une troupe. M. de Bouillon était vaillant, et savait parfaitement tous les ordres de la guerre, La Rochefoucauld, Mém. 378. Ils [les Romains] savaient profiter admirablement de tout ce qu'ils voyaient dans les autres peuples de commode pour les campements, pour les ordres de bataille…, Bossuet, Hist. III, 6. Nous voyons… ces Romains… l'emporter sur les Gaulois, parce qu'ils savaient choisir de meilleures armes, se ranger dans un meilleur ordre…, Bossuet, ib. III, 6. Il range les soldats d'Acaste, marche à leur tête et s'avance en bon ordre vers les ennemis, Fénelon, Tél. I. Ils combattent sans ordre, Fénelon, ib. X. Nous avons manqué d'ordre et non pas de vertu, Voltaire, Scythes, IV, 8.

    Ordre de marche, ordre de bataille, la disposition d'une armée pour marcher, pour combattre. Marcher en ordre de bataille, se dit des troupes lorsqu'elles marchent dans l'ordre où elle combattraient.

    Terme de tactique. Ordre mince, disposition d'une troupe offrant un front étendu et peu de profondeur. Ordre profond, disposition inverse, où la troupe offre beaucoup de profondeur et peu de front. Ordre oblique, disposition d'une troupe engageant le combat par une de ses ailes, et refusant l'autre aile.

    Terme de marine. Arrangement des vaisseaux d'une armée navale, qui varie selon les circonstances.

    Ordre de front, celui dans lequel les bâtiments sont rangés sur une ligne perpendiculaire à la direction de la route.

  • 5 Terme d'astronomie. Mouvement selon la série des signes, mouvement qui suit de droite à gauche les constellations du zodiaque, en commençant par le Bélier, le Taureau, etc.
  • 6Ordre, bonne administration des finances d'un État, de la fortune, des affaires d'un particulier. Tout est facile à un amant : don Carlos en un jour donna ordre à ses affaires, Scarron, Rom. com. II, 14. Si la présence de l'abbé vous paraît nécessaire à donner quelque ordre dans vos affaires, Sévigné, 13 mai 1672. Pour mes affaires de Nantes, j'y donne de bons ordres, elles vont leur chemin, Sévigné, 24 juill. 1689. Nous donnons à tout les meilleurs ordres que nous pouvons, Sévigné, 3 mai 1680. Nous allons remettre les meilleurs ordres que nous pourrons à nos terres, Sévigné, Mercr. des cendres, 1680. L'éloquence s'est épuisée à louer la sagesse de ses lois et l'ordre de ses finances [de Louis XIV], Bossuet, Mar.-Thér. Le commerce, la navigation et le bon ordre, avec une paix profonde, avaient rendu Jérusalem la plus riche ville de l'Orient, Bossuet, Hist. II, 4. Un des premiers soins de Darius, quand il se vit sur le trône, fut de régler l'état des provinces, et de mettre l'ordre dans les finances, Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. III, p. 50, dans POUGENS. Je veux pourtant songer à mettre ordre à mon bien, Avant qu'un prompt trépas m'en ôte le moyen, Regnard, le Légat. I, 4. L'ordre et la règle lui tiennent lieu d'épargne ; il s'enrichit de ce qu'il a dépensé, Rousseau, Hél. V, 2. Je ne cesserai de vous crier : de l'ordre, de l'ordre ; sans ordre tout devient incertain ; rien ne se fait, ou tout se fait à la hâte et mal, Raynal, Hist. phil. XIX, 6.

    Fig. Donne pour ce grand jour [le jour de la mort], donne ordre à tes affaires, Pour ce grand jour, le comble ou la fin des misères, Corneille, Imit. I, 4.

    Avoir de l'ordre, bien régler ses affaires, s'en rendre bien compte, ne pas dépenser plus qu'on a.

    En un sens contraire : manquer d'ordre.

    Avoir de l'ordre, manquer d'ordre, se dit aussi de l'arrangement matériel des choses, appartements, papiers, objets, livres.

  • 7Ordre se dit de l'arrangement d'une maison, d'un appartement, d'un jardin, etc. Sa chambre est en bon ordre. Il aime l'ordre. Tout est chez lui mal en ordre. La déesse en entrant, qui voit la nappe mise, Admire un si bel ordre, et reconnaît l'Église, Boileau, Lutr. I.
  • 8Ordre, loi générale, règle générale, dépendant de la nature, de l'autorité, de l'usage, etc. Il est dans l'ordre que les parents meurent avant leurs enfants. C'est un ordre établi. Ce que vous faites là n'est pas dans l'ordre, selon l'ordre de la nature. Et cet affreux devoir dont l'ordre m'assassine, Corneille, Cid, III, 4. Et l'ordre du destin qui gêne nos pensées N'est pas toujours écrit dans les choses passées, Corneille, Cinna, II, 1. Et l'ordre des traités règle tout dans leur cœur [des princesses], Corneille, Rodog. III, 4. Et suivant le vieil ordre en Syrie usité, Corneille, ib. V, 2. Tel est ton ordre [ô fortune] aux biens que tu nous fais : Tu nous caresses, tu nous frappes, Tu viens à nous, tu nous échappes, Et tu ne t'arrêtes jamais, Rotrou, Antig. III, 1. L'ordre de Dieu ; il ne faut adorer que son ordre, Pascal, Pens. XXIV, 63 ter. Je souffre ces maux comme étant dans l'ordre de la Providence, Sévigné, 423. Je voudrais bien me plaindre au père Malebranche des souris qui mangent tout ici, cela est-il dans l'ordre ? quoi, de bon sucre, du fruit, des compotes ! Sévigné, 446. Je sens mille fois plus l'amitié que j'ai pour vous que vous ne sentez celle que vous avez pour moi ; c'est l'ordre, et je ne m'en plains pas, Sévigné, 20 sept. 1695. Voilà l'ordre des conseils de Dieu, tels que lui-même nous les a révélés pour nous apprendre à le craindre, à l'adorer, à l'aimer, à l'attendre avec foi et patience, Bossuet, Hist. II, 3. Louis XIII rendit au ciel son âme juste et pieuse, et il parut que notre ministre était réservé au roi son fils ; tel était l'ordre de la Providence, Bossuet, le Tellier. Que je méprise ces philosophes qui, mesurant les conseils de Dieu à leurs pensées, ne le font auteur que d'un certain ordre général d'où le reste se développe comme il peut ! Bossuet, Mar.-Thér. Si cet état était pour vous de l'ordre de Dieu, si vous ne l'aviez pas choisi vous-même…, Bourdaloue, Dominic. 1, État du mariage, 71. Dans l'ordre des conseils de Dieu, la plus grande partie du monde devait avoir la pauvreté pour partage, Bourdaloue, Myst. Nativ. de J. C. t. I, p. 29. Tout ce qui arrive sur la terre est de l'ordre de Dieu, Bourdaloue, Dominic. 1, Affliction des justes, 131. Que le sérail soit désormais fermé, Et que tout rentre ici dans l'ordre accoutumé, Racine, Baj. II, 2. Si je n'avais eu que deux ou trois galanteries tout au plus, cela était dans l'ordre, Fontenelle, Alex. Phryné. Il n'y a ici que M. de Valville qui pourrait l'accompagner, et il ne serait pas dans l'ordre qu'il partît avec elle, Marivaux, Marianne, VI.

    L'ordre commun, la loi commune aux choses. Quelques faits qui sortent de l'ordre commun, Massillon, Carême, Salut.

    Ordre physique, astronomique, etc. les lois physiques, astronomiques, etc.

    L'ordre de la nature, les lois qui constituent l'ensemble de ce qu'on nomme la nature. Quels faits sont dans l'ordre de la nature ? Rousseau, Ém. IV.

    Terme de théologie. L'ordre de la nature se dit par opposition à l'ordre de la grâce, où Dieu accorde aux hommes des secours particuliers. Il faut conclure que les passions sont de l'ordre de la nature, puisqu'elles ne peuvent être de l'ordre de la grâce, Malebranche, Rech. vér. V, 1. Dans l'ordre de la nature, c'est à l'âme de conserver le corps ; mais dans l'ordre de la grâce, c'est le corps de Jésus-Christ qui conserve notre âme, Bourdaloue, Myst. très saint Sacrem. t. I, p. 521.

  • 9 Terme d'histoire naturelle. Nom donné à des groupes plus ou moins nombreux de végétaux ou d'animaux, et souvent employé comme synonyme de famille, subdivision. Il [le perroquet amazone] appartient à l'ordre des amazones par le rouge qu'il a sur le fouet des ailes, Buffon, Ois. t. XI, p. 302.

    Particulièrement, en zoologie, subdivision immédiate d'une classe d'animaux.

    Terme de chasse. Se dit pour race. Un bel ordre de chiens.

  • 10L'ordre social, les règles qui constituent la société. Les fondements de l'ordre social. Cet ordre par lequel la société subsiste est ce qu'on appelle le gouvernement de la société, Dumarsais, Lib. Égl. gall. part. I, max. 1.

    Ordre public, ensemble des règles qui font la sûreté de la société. Liberté, ordre public, devise adoptée par le gouvernement de juillet.

    Ordre moral, les lois sur lesquelles repose la morale. Il y a quelque ordre moral partout où il y a sentiment et intelligence, Rousseau, Ém. IV. Ordre, discipline et subordination dans un État, dans une province, dans une ville, dans une armée, dans un corps ou établissement quelconque. Faire rentrer les mutins dans l'ordre. L'ordre a été troublé. Rétablir l'ordre. L'ordre et la discipline militaire s'augmentent avec les armées, Bossuet, Mar.-Thér. Comme il ne suffit pas d'entendre la guerre si on n'a un sage conseil pour l'entreprendre à propos, et tenir le dedans de l'État dans un bon ordre…, Bossuet, Hist. III, 6. Apprenant à toutes les congrégations chrétiennes, qu'elles n'ont rien de plus beau ni de plus nécessaire que l'ordre, qui en est l'âme et l'unique fondement, Bossuet, Règl. pour les filles de la prop. de la foi, Préf. Plein des maximes d'honneur et de probité dont il savait toutes les lois, il retenait la noblesse dans l'ordre, Fléchier, Duc de Mont. Les citoyens d'une ville bien policée jouissent de l'ordre qui y est établi, sans songer combien il en coûte de peines à ceux qui l'établissent ou le conservent, Fontenelle, d'Argenson. Auguste (c'est le nom que la flatterie donna à Octave) établit l'ordre, c'est-à-dire une servitude durable, Montesquieu, Rom. 13. C'est l'ordre qui constitue l'état social, et c'est la loi qui établit et qui maintient l'ordre, Cambacérès, Instit. Mém. scienc. mor. et pol. t. III, p. 6. Moscou vide ne lui offre plus aucune prise ; il dit que c'est un malheur sans doute, mais que ce malheur est bon à quelque chose ; qu'autrement il n'aurait pu établir l'ordre dans une si grande ville…, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 11.

  • 12Ordre de choses, l'ensemble des conditions au milieu desquelles on se trouve. La voilà dans un nouvel ordre de choses ; la voilà sujette à de nouveaux engagements, à de nouveaux devoirs ; et son cœur, qui n'était qu'à nous, se doit maintenant à d'autres affections, Rousseau, Hél. II, 18.

    Par extension. Ordre de choses, système de gouvernement. L'ancien ordre de choses. Le nouvel ordre de choses.

  • 13Ordre d'idées, système d'idées, classe particulière d'idées relatives à un même objet.
  • 14Nom donné aux différentes classes subordonnées entre elles qui composent un État, une corporation. Quiconque aime l'Église doit aimer l'unité ; et quiconque aime l'unité doit avoir une adhésion immuable à tout l'ordre épiscopal dans lequel et pour lequel le mystère de l'unité se consomme, Bossuet, Bourgoing. Il [Dieu] a voulu imprimer dans l'ordre et dans l'office des pasteurs le mystère de l'unité de l'Église, Bossuet, ib. L'uléma, qui est le clergé des Turcs, est un corps formidable, mais non pas ce que nous appelons un ordre de la nation, Voltaire, Mœurs, 83. Il y avait trois ordres parmi les Gaulois : les druides, les chevaliers et le peuple, Condillac, Hist. anc. III, 8. Elle [Christine] offensa les deux ordres extrêmes du royaume : le clergé, dont elle bravait l'autorité, et l'ordre des paysans dont elle choquait les préventions, D'Alembert, Mém. Christ. Œuv. t. IV, p. 55, dans POUGENS.

    À Rome, les ordres, le sénat, les chevaliers et la plèbe. Les juges furent pris dans l'ordre des sénateurs, jusqu'au temps des Gracques, Montesquieu, Esp. XI, 18. On ne rend point dans un moment aux ordres de l'État le respect qui leur a été ôté si longtemps, Montesquieu, Rom. 15.

    Les ordres, se dit absolument des trois classes de membres dont se composaient les états en France avant la Révolution : 1° l'ordre du clergé ; 2° l'ordre de la noblesse ; 3° l'ordre du tiers état. Chaque ordre se divisait en plusieurs classes.

    L'ordre hiérarchique, les divers degrés de pouvoir et d'autorité subordonnés les uns aux autres, tant dans le gouvernement politique que dans celui de l'Église. Les sociétés, les familles, les républiques, les États, l'Église même et les divers corps de la hiérarchie qui la composent, sont autant d'ordres que Dieu a établis dans le monde, Bourdaloue, Fête des saints, Myst. t. II, p. 402.

    L'ordre des avocats, la compagnie des avocats inscrits sur le tableau. Je n'ai pas l'honneur d'être de l'ordre des avocats ; mais je suis de l'ordre de ceux qui aiment la vérité et l'équité, Voltaire, Polit. et législ. Supplém. aux causes célèbres.

    Conseil de l'ordre, le conseil de discipline de l'ordre des avocats.

  • 15Les neuf classes ou chœurs dans lesquels les anges sont divisés. L'ordre des séraphins, des chérubins. Un ange du premier ordre. Il [le Sauveur] a couru après [la nature humaine] d'une course précipitée, sautant les montagnes, c'est-à-dire les ordres des anges, comme il est écrit aux Cantiques, Bossuet, Sermons, Bonté, 1.
  • 16Il se dit des rangs qu'occupent entre eux les esprits, les personnes, les ouvrages. Ce livre est une composition du premier ordre. Leurs âmes à tous deux, d'elles-mêmes maîtresses, Sont d'un ordre trop haut pour de telles bassesses, Corneille, Poly III, 1. Ceci s'adresse à vous, esprits du dernier ordre, La Fontaine, Fabl. V, 16. Si Mme la Dauphine croit que tous les hommes et toutes les femmes aient autant d'esprit que cet échantillon, elle sera bien trompée ; c'est en vérité un grand avantage que d'être du premier ordre, Sévigné, 405. Aimez-moi toujours, ma chère belle ; mais ne mesurez jamais les autres amitiés à la vôtre ; vous avez un cœur du premier ordre, dont personne ne peut approcher, Sévigné, 16 nov. 1689. J'ai rencontré Mme de Schomberg, qui m'a dit très sérieusement qu'elle [Mme de Marans] était du premier ordre, et pour la retraite, et pour la pénitence, n'étant d'aucune sorte de société et refusant même les amusements de la dévotion, Sévigné, 5 janv. 1674. Il y a des âmes d'un ordre supérieur à ses lois [de l'amour], à qui il ne peut inspirer des sentiments indignes de leur rang, Bossuet, Mar.-Thér. Que si nous pouvons obtenir ces avantages extérieurs que la folle ambition des hommes a mis à un si grand prix, notre cœur s'enfle tellement que nous regardons tous les autres comme étant d'un ordre inférieur, Bossuet, Gornay. Un homme libre et qui n'a point de femme… peut s'élever au-dessus de sa fortune, se mêler dans le monde… cela est moins facile à celui qui est engagé ; il semble que le mariage met tout le monde dans son ordre, La Bruyère, II. Glycère… se fait céler… souvent pour ses amis qu'elle resserre dans leur ordre, sans leur rien permettre de ce qui passe l'amitié, La Bruyère, III.
  • 17Espèce catégorie. L'éclat des grandeurs… la grandeur des gens d'esprit… la grandeur de la sagesse qui n'est nulle part sinon en Dieu… ce sont trois ordres différents en genres, Pascal, Pens. XVII, 1, édit. HAVET. Ces deux puissances [l'Église et la royauté] d'un ordre si différent ne s'unissent pas, mais s'embarrassent mutuellement quand on les confond ensemble, Bossuet, Reine d'Anglet. Il n'y a rien dans l'ordre des créatures qui soit plus uni à la majesté divine que la sainte Vierge, Bossuet, 2e serm. Compass. Ste Vierge, 1. Dans l'ordre de la fécondité, l'autruche semble encore appartenir de plus près à la classe des quadrupèdes qu'à celle des oiseaux ; car elle est très féconde et produit beaucoup, Buffon, Ois. t. II, p. 247. Mes preuves sont d'un ordre surnaturel, Rousseau, Ém. IV.
  • 18 Terme de mathématique. Courbe du second, du troisième, etc. ordre, courbe dont l'équation est du second, du troisième, etc. degré.

    Infiniment petit du second ordre, quantité infiniment petite par rapport à une autre qui est déjà infiniment petite et que l'on qualifie d'infiniment petit du premier ordre. On dit semblablement infiniment petit du 3e, du 4e ordre, etc.

  • 19Compagnie dont les membres font vœu de vivre sous certaines règles.

    Ordre religieux, militaire. Le chapitre général de l'ordre. L'ordre des templiers. L'ordre des hospitaliers, ou de Saint-Jean de Jérusalem, appelé dans les derniers temps l'ordre de Malte. L'ordre Teutonique fut souverain ; l'ordre de Malte l'est encore, et le sera longtemps, Voltaire, Mœurs, 97. L'ordre des Chartreux, établi près de Grenoble à la fin du XIe siècle, seul ordre ancien qui n'ait jamais eu besoin de réforme, Voltaire, ib. 139. La prodigieuse multiplication des ordres monastiques, qui, après avoir été dans les beaux jours de l'Église l'asile de l'humilité et de la pénitence, sont devenus si souvent depuis le repaire de l'ignorance et de la fainéantise, D'Alembert, Éloges, Fleury.

    Les ordres religieux peuvent se distinguer en quatre grandes catégories : 1° les moines proprement dits, qui comprennent l'ordre de Saint-Basile et celui de Saint-Benoît, avec toutes ses branches, Cluny, les camaldules, les chartreux, etc. tous antérieurs au XIIIe siècle ; 2° les chanoines réguliers qui suivent la règle de Saint-Augustin, et auxquels se rattachèrent deux ordres illustres, celui de Prémontré et celui de la Merci ; 3° les frères ou religieux mendiants, comprenant les dominicains, les franciscains, les carmes, les augustins, les servites, etc. et tous les ordres créés du XIIIe au XVIe siècle ; 4° enfin les clercs réguliers, forme affectée exclusivement aux ordres créés au XVIe siècle et depuis, tels que les jésuites, les théatins, les barnabites, etc.

    Dans l'ordre de Saint-François, le premier ordre était l'ordre fondé par saint François d'Assise et composé des frères mineurs ; le second ordre fut l'ordre des filles qui embrassèrent la règle de Saint-François d'Assise sous la conduite de sainte Claire ; le tiers ordre comprenait des hommes et des femmes vivant dans le monde, même dans le mariage, qui s'obligeaient par vœu à une vie véritablement chrétienne et à l'observation de la règle de Saint-François autant que leur état le permettait.

    La différence des quatre branches de l'ordre de Saint-François consiste en barbe et pièce [les capucins], pièce sans barbe [les récollets], barbe sans pièce [les piquepuces], et ni pièce ni barbe [les cordeliers].

    Congrégations de plusieurs maisons unies sous un chef immédiatement soumis au pape, pour ne faire qu'un corps, ou un ordre religieux. Avant la fondation de Cluny, quoique tous les moines suivissent la règle de Saint-Benoît, chaque abbaye était indépendante de l'autre et soumise à son évêque ; depuis Cluny elle ne relevait plus que du pape. Ordre blanc, les chanoines réguliers de Saint-Augustin.

    Ordre noir, les bénédictins.

    Ordre gris, celui des religieux de Cîteaux.

  • 20Compagnie de chevalerie instituée par quelque souverain en forme de confrérie. L'ordre du Saint-Esprit. L'ordre de Saint-Louis. L'ordre de la Légion d'honneur. L'ordre de la Jarretière. L'ordre de Saint-Michel, institué par Louis XI, en 1469, se soutint avec éclat sous les règnes de Charles VIII, de Louis XII, de François Ier et de Henri II, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuv. t. IV, p. 201, dans POUGENS. Les ordres de chevalerie, qui jadis étaient des preuves de vertu, ne sont maintenant que des signes de la faveur des rois, Rousseau, Gouv. de Polog. ch. 13.

    Autrefois, en France, chevalier des ordres du roi, chevalier de Saint-Michel et du Saint-Esprit. Chevalier de l'ordre du roi, chevalier de Saint-Michel, et, simplement, chevalier de l'ordre, chevalier du Saint-Esprit. Vous apprendrez aujourd'hui, ma fille, que le roi nomma hier soixante et quatorze chevaliers de l'ordre, dont je vous envoie la liste, Sévigné, 490. Le roi a parlé à M. de Soubise et lui a dit qu'il lui offrait l'ordre, Sévigné, ib.

    Collier, ruban, ou autre marque d'un ordre de chevalerie. Être décoré de plusieurs ordres. Le roi a envoyé son ordre à tel prince. Vous aurez vos ordres, et votre cordon avec la croix, comme les autres ; vous serez tous traités également, soit qu'un chevalier vous donne l'ordre, soit qu'on vous permette de le porter, en attendant la réception, Sévigné, 497. Son extérieur est simple ; je n'ai vu aucun ordre sur ses habits, Al. Duval, Menuisier de Livonie, II, 2.

    L'ordre des Coteaux, voy. COTEAU. Ce singulier prélat [Lavardin, évêque du Mans], qui avait établi l'ordre des Coteaux, Voltaire, Dict. phil. Ordination.

  • 21Sacrement de l'Église qui confère le pouvoir de remplir les fonctions ecclésiastiques. Il faut donc entrer dans les ordres sacrés, et l'on y entre, pourquoi ? est-ce pour avoir le précieux avantage d'offrir le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ ? c'est à quoi l'on ne pensait guères, Bourdaloue, Exhort. Dign. et dev. des prêtres, t. I, p. 359. Un canon du premier concile de Tours excommunie tout prêtre qui aurait conservé sa femme après avoir reçu les ordres, Chateaubriand, Génie, I, I, 8.

    On divise les ordres en ordres séculiers ou petits ordres, et en ordres sacrés ou ecclésiastiques ou grands ordres. Les petits ordres ou les quatre moindres ordres, ou les quatre mineurs, sont l'ordre de portier, l'ordre de lecteur, l'ordre d'exorciste et l'ordre d'acolyte. Les grands ordres sont les ordres de sous-diacre, de diacre et de prêtre.

    Ordre de prières, le canon de la messe.

    L'ordre romain, livre très ancien (du IXe siècle) concernant les cérémonies de l'Église.

  • 22 Terme d'architecture. Proportions et ornements qui distinguent la colonne et l'entablement dans la construction des édifices. Il y a cinq ordres, le dorique, l'ionique, le corinthien, le composite, et le toscan ou rustique. Je ne vois point d'ordre asiatique ou égyptien ; ce qui donnerait assez lieu de douter si la symétrie, les mesures, les proportions des colonnes, des pilastres et des autres ornements, régnaient parfaitement dans ces anciens édifices, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 419, dans POUGENS. L'ordre par excellence, l'ordre dorique, qui est le véritable canon de l'architecture, Quatremère de Quincy, Instit. Mém. Hist. et litt. anc. t. II, p. 271. Cet esprit d'harmonie manifeste surtout dans l'architecture des Grecs par l'invention des ordres, invention particulière à ce peuple, ID. ib. p. 270.

    Ordre attique, nom donné à un petit ordre de pilastres qui ont une corniche architravée pour entablement.

    Ordre caryatique, celui qui a des figures de femmes pour colonnes.

    Ordre composé, toute composition d'architecture qui est différente des cinq ordres.

    Ordre persique, celui qui a, au lieu de colonnes, des figures d'esclaves.

    Ordre français, s'est dit d'un genre de colonnes corinthiennes, dont le chapiteau est orné de fleurs de lis, aigles, coqs, etc.

    Ordre proto-dorique, nom qu'on a donné quelquefois à la colonne polyédrique des Égyptiens. Le pilier rectangulaire aux belles proportions [de l'architecture égyptienne archaïque] amène bientôt à la colonne polyédrique ; et, à la XIIe dynastie, les tombeaux de Beni-Hassan fournissent le parfait modèle de cet ordre admirable que Champollion avait nommé proto-dorique, Guigniaut, Rapport sur le progrès des études relatives à l'Égypte et à l'Orient, p. 51.

  • 23Prescription, injonction. Et, pour régler mes vœux, ai-je votre ordre à prendre ? Molière, D. Garc. III, 3. Vous violez les ordres les plus saints que Dieu ait imposés aux hommes, Pascal, Prov. XII. Mon fils doit aller à Rennes prendre les ordres de M. de Chaulnes, Sévigné, 558. Sûrement M. de Vendôme [gouverneur] n'ira point [en Provence] ; M. de Pompone me l'a dit avec plaisir : tous les ordres s'adressent à M. de Grignan, Sévigné, 380. Ils [les de Chaulnes]avaient un architecte avec eux, et allaient donner leurs ordres à des ajustements et même des dérangements si considérables, que ce château, que nous trouvions déjà si beau, ne sera pas reconnaissable, Sévigné, 1er mai 1680. Il se trouve parmi les Romains plus de gens punis pour avoir combattu sans en avoir ordre, que pour avoir lâché le pied et quitté leur poste, Bossuet, Hist. III, 6. Lorsqu'on le crut en meilleur état [le prince de Condé], et que le duc d'Enghien [son fils], toujours partagé entre les devoirs de fils et de sujet, était retourné par son ordre auprès du roi, Bossuet, Louis de Bourbon. Il leur donne [à son fils et à sa belle-fille] ses derniers ordres, où tout respirait la piété, Bossuet, ib. Justice qui fait semblant d'être vigoureuse à cause qu'elle résiste aux tentations médiocres… mais qui tombe et disparaît tout à coup lorsqu'on allègue, sans ordre même et mal à propos, le nom de César, Bossuet, le Tellier. Les lois de cette milice [romaine] étaient dures, mais nécessaires ; la victoire était périlleuse et souvent mortelle à ceux qui la gagnaient contre les ordres, Bossuet, Hist. III, 6. Le diligent officier qui porte ses ordres, Bossuet, Louis de Bourbon. J'ai ouï dire à notre grand prince, qu'à la journée de Nordlingue, ce qui l'assurait du succès, c'est qu'il connaissait M. de Turenne, dont l'habileté consommée n'avait besoin d'aucun ordre pour faire tout ce qu'il fallait, Bossuet, Louis de Bourbon. Quand le sage chancelier reçut l'ordre de dresser ce pieux édit qui donne le dernier coup à l'hérésie [révocation de l'édit de Nantes], Bossuet, le Tellier. Allons, par des ordres contraires, Révoquer d'un méchant les ordres sanguinaires, Racine, Esth. III, 8. Par mes ordres trompeurs tout le peuple excité, Racine, Brit. IV, 2. Suivez de point en point ces ordres importants, Racine, Athal. V, 3. Il donnait tranquillement tous les ordres pendant que le pilote était troublé, Fénelon, Tel. I. Pygmalion donna ordre de renvoyer les troupes, Fénelon, ib. III. Il avait ordre de le conduire à Salente, Fénelon, ib. XI. Il [Antiochus] donna à Lysias, qu'il laissait pour gouverner en son absence, la moitié de toute son armée, avec ordre d'exterminer la nation juive, et de donner leur pays à d'autres peuples, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 669, dans POUGENS. [Dans un état despotique] il ne sert de rien d'opposer les sentiments naturels, le respect pour un père, la tendresse pour ses enfants et ses femmes, les lois de l'honneur, l'état de la santé ; on a reçu l'ordre, et cela suffit, Montesquieu, Esp. III, 10. À cette nouvelle, Napoléon retrouve le feu de ses premières années ; mille ordres d'ensemble et de détail, tous différents, tous d'accord, tous nécessaires, jaillissent à la fois de son génie impétueux, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 11.

    Ordre se prend aussi dans le sens passif pour l'ordre qu'on a reçu. Je sais quel est mon ordre, et si j'en sors ou non, Corneille, Nicom. III, 3. L'ordre de Fourbin est d'obéir à M. de Chaulnes, Sévigné, 16 août 1675.

    Jusqu'à nouvel ordre, jusqu'à ce qu'un nouvel ordre soit donné. Dites-lui que je lui défends de paraître devant moi jusqu'à nouvel ordre, Genlis, Mme de Maintenon, t. II, p. 218, dans POUGENS.

    Par ordre, par une injonction d'une autorité supérieure. Cet avis a été inséré par ordre dans les journaux. Que ne travailles-tu pour le théâtre ? je te promets de faire jouer par ordre la première pièce que tu feras, Al. Duval, Jeunesse du duc de Richel. II, 5.

    Par ordre, placé sur les affiches de théâtre devant la composition du spectacle, indique que le souverain a l'intention d'aller le soir même au spectacle.

  • 24Le mot que l'on donne tous les jours aux gens de guerre pour distinguer les amis des ennemis. Prendre l'ordre. Envoyer l'ordre. 2 sept. 1686 : Les Siamois allèrent à Maintenon voir les travaux qu'on y fait ; on leur fit voir toute l'infanterie sous les armes ; les officiers les saluèrent de la pique, et l'on prit l'ordre d'eux ; enfin on leur rendit toutes sortes d'honneurs, Dangeau, I, 378. 20 novembre : Ils donnaient l'ordre partout, et, au lieu de nommer le nom d'un saint, ils disaient quelque sentence à la mode de leur pays, et même ils disaient fort spirituellement et presque toujours par rapport à la ville où ils étaient, Dangeau, I, 419.

    Le mot de l'ordre, et, plus ordinairement, le mot d'ordre, le mot que l'on donne de cette façon.

    Avancez à l'ordre, est dit par la sentinelle à la patrouille qui doit avancer pour dire le mot d'ordre, et se faire ainsi reconnaître.

    Fig. Mot d'ordre, résolution commune que prend un parti, une compagnie, et à laquelle tous les membres obéissent. Le mot d'ordre des partis. N'obéir à aucun mot d'ordre.

    Le moment de la journée où le général distribue ses ordres à son armée. Le roi dit à l'ordre qu'il ferait marcher son armée le lundi suivant pour aller camper sur la Haisne, Dangeau, I, 12, 11 mai 1684. L'intendant avait beau lui porter ses plaintes [à Turenne] contre le pillage de ses troupes en Lorraine], il répondait froidement : je le ferai dire à l'ordre, Voltaire, Lett. Colini, 21 oct. 1767.

    Aller, venir à l'ordre, aller, venir chez un chef de service pour prendre le mot d'ordre ou l'ordre du service. Le hasard fit que j'allai seul à l'ordre chez M. de Luxembourg, Saint-Simon, 11, 128.

    Il se dit aussi des publications qui se font par ordre du général. Cet avis, ce trait de bravoure a été mis à l'ordre. Mettre à l'ordre un soldat, un officier pour sa belle conduite.

  • 25 Terme de commerce. Endossement d'un billet ou d'une lettre de change, ainsi dit parce que l'endossement est un ordre, un commandement de faire le transport d'une somme à un tiers qui en devra recevoir le montant. Mettre un ordre, son ordre au dos d'un billet.

    Billet à ordre, billet payable à la personne à l'ordre de laquelle il est fait ou transmis. Je payerai à un tel ou à son ordre, est la formule d'un billet à ordre.

  • 26Par ordre, loc. adv. Successivement. Eh bien ! qu'est-ce ? m'as-tu tout parcouru par ordre ? Molière, Amph. III, 2. Il [saint Luc] est le seul qui promet à la tête de son Évangile de raconter les choses [de la cène] par ordre, Bossuet, Euch. III, 7. L'un [Turenne], dès qu'il parut dans les armées, donne une haute idée de sa valeur, et fait attendre quelque chose d'extraordinaire, mais toutefois s'avance par ordre, et vient comme par degrés aux prodiges qui ont fini le cours de sa vie…, Bossuet, Louis de Bourb. Daniel… vit par ordre, à diverses fois et sous des figures différentes, quatre monarchies sous lesquelles devaient vivre les Israélites, Bossuet, Hist. II, 4.

    D'ordre, suivant un certain ordre. En exposant d'ordre les causes de l'amour, Pascal, Pens. VII, 19, édit. HAVET.

  • 27En sous-ordre, loc. adv. Voy. SOUS-ORDRE.

REMARQUE

Au XVIIe siècle, on faisait ordre féminin, quand il signifiait les sacrements de l'Église : les saintes ordres. Aujourd'hui il est exclusivement masculin.

HISTORIQUE

XIe s. Ordres nen ont [les clercs] ne en lor chefs couronés, Ch. de Rol. CCLXVI.

XIIe s. D'un seul mesfait ne deit nuls huem dous feis perir ; Quant li clers pert sun ordre, nel puet hum plus hunir, Th. le mart. 28. En dous ordres de gent est faite sainte iglise ; Del pueple et del clergié ele est faite e asise, ib. 79. Se j'en ooie novele au reperier, Toutes vos ordres [qualité de prêtre] n'i auroient mestier, Que n'en feïsse les testes reoignier, Li coronemens Looys, v. 1982.

XIIIe s. Ainsi ont no ministre cest ordre [monastique] devisé, Berte, XLV. Tout ensemble dire ne puis, Mès tout vous conterai par ordre, la Rose, 703. Sor totes autres ordres doit on mult honorer L'ordre de mariage, et amer, et garder, Rutebeuf, 243. Tout li muebles que je aurai, demourront après mon decet à l'abbé et covant devant dis, et se je antroie an ordre aussi, Du Cange, ordo.

XIVe s. Et ce soit fait en quelque maniere que l'ordre de l'art le commande, H. de Mondeville, f° 90, verso. Pourquoy au jour d'uy il [les tribuns] s'efforcent de troubler la concorde des ordres, Bercheure, f° 97. Se rendi en l'ordre de Premonstré moyne blanc, Hist. litt. de la Fr. t. XXV, p. 502.

XVe s. Ne voilà pas Guillaume de Hainaut qui, puis un peu de temps, a pris le bleu gertier [jarretière] pour sa chausse lier, qui est l'ordre et enseigne des Anglois, Froissart, III, IV, 50. Et fut en deux batailles et en plusieurs rencontres et sieges, accompaignant son pere ; et desja se monstra fier et courageux et principalement à tenir ordre, où il se delectoit aigrement, monstrant qu'il estoit prince et seigneur apparent, et se faisoit craindre, De la Marche, Mém. p. 70, dans LACURNE. Perrotin estant plevy en fiance à une jeune fille, et cuidant icelle espouser, et recevoir l'ordre de mariage, Du Cange, ordo. Les princes de l'empire, encores que l'empereur fust homme de peu de vertus, y donneroient ordre [empêcheraient les conquêtes que prétendait faire le duc de Bourgogne], Commines, IV, 1. Pour remontrer au roy le mauvais ordre et injustice qu'il faisoit en son royaulme, Commines, I, 2. Commença à marcher le conte de Charolois, laissant, comme j'ay dit, toute ordre par avant devisée, Commines, I, 3. Et s'estoient faits freres d'ordre, car il portoit la toison et le dit duc portoit la jartiere, Commines, III, 6. Et se je estoye recogneu, si seroit honte à chevalerie, que ung homme fut trouvé en l'ordre, qui telz parlers auroit dit, Perceforest, t. VI, f° 38.

XVIe s. Seullement, envoya qui ameneroyt en ordre les legions…, Rabelais, Garg. I, 47. Tous furent receuz entre les ordres [rangs], et là ruez par terre, Rabelais, ib. I, 48. Panurge meit deux selles d'armes des chevaliers en telle ordre que elles servirent de landiers, Rabelais, Pant. II, 26. Je y donneray bon ordre, ou bastons fauldront on monde, Rabelais, ib. III, 28. Il n'y a ordre que nous pretendions d'estre du corps de Christ, nous abandonnant à toute licence, et menant une vie dissolue, Calvin, Inst. 191. J'espere que Dieu me donnera la grace de vous faire quelque service, au moins de ne rien gaster de la bonne ordre que jusques icy le roy de Navarre a tenue, Marguerite de Navarre, Lett. 88. Je ne saurois faire escuse qui seult couvrir la faulte d'avoir receu ung si grant heur [la visite du roi] en si mauvais ordre, Marguerite de Navarre, ib. 129. La distribution et ordre de son convoi, Montaigne, I, 17. Sans ordre et propos, Montaigne, I, 33. L'ordre de Saint Michel a esté longtemps en credit parmy nous, Montaigne, II, 64. [L'éléphant] s'estant defendu jusques à n'en pouvoir plus, n'y voyant plus d'ordre, … casse ses dens contre les arbres, La Boétie, 29. [Syracuse] estant pressée par les guerres, inconsideréement ne mettant ordre qu'au danger, esleva Denis le premier, La Boétie, 33. Eh bien ! dit le coutelier, l'appelant monsieu, car il le voyoit bien en ordre [bien mis], Despériers, Contes, 83. Le légat n'use de ses facultez qu'après avoir juré par ses sainctes ordres de…, P. Pithou, 11. Ilz se voyoient de tous costez enfermez, sans ordre [moyen] d'en pouvoir eschapper, Amyot, Fab. 16. Il n'y avoit ordre de sauver la Grece, sinon en combatant par mer, Amyot, Arist. 22. Ilz voulurent une autre fois essayer la fortune en meilleure ordre et meilleur esquippage que devant, Amyot, Nicias, 37. Le pont du Gar est d'ordre tuscan…, De Serres, 753. Il y a trente ans et plus que vous tenez l'un des premiers lieux entre ceux de nostre ordre [des avocats] en vostre païs, Pasquier, Lett. t. I, p. 420.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ORDRE. Ajoutez :
28Marchandise d'ordre, en fait de soie, marchandise de premier rang. Voici, d'après le Moniteur des soies, les dernières nouvelles du marché des soies à Lyon : la marchandise d'ordre fait assez bonne contenance ; elle se défend aussi bien que lui permet son peu d'abondance ; mais les prix des mérites secondaires et courants commencent à fléchir, Journ. offic. 20 nov. 1871, p. 4554, 2e col.
29Il s'est dit pour moyen de faire quelque chose. Monsieur le Grand me commanda de faire des vers… je fis ce que je pus pour m'en excuser, mais il n'y eut ordre, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne. Il n'y avait ordre de manier le pinceau, Malherbe, ib. Le bruit du cirque me vint aux oreilles, et lors il n'y a plus d'ordre de dormir : il faut que je me réveille, Malherbe, ib.
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Ordre : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

ORDRE, s. m. (Métaph.) la notion métaphysique de l’ordre consiste dans le rapport ou la ressemblance qu’il y a, soit dans l’arrangement de plusieurs choses coexistentes, soit dans la suite de plusieurs choses successives. Comment prouveroit-on, par exemple, qu’Euclide a mis de l’ordre dans les élemens de Géométrie ? Il suffit de montrer qu’il a toujours fait précéder ce dont l’intelligence est nécessaire, pour comprendre ce qui suit. Cette regle constante ayant déterminé la place de chaque définition & de chaque proposition, il en résulte une ressemblance entre la maniere dont ces définitions & ces propositions coexistent, & se succedent l’une à l’autre.

Tout ordre détermine donc la place de chacune des choses qu’il comprend, & la maniere dont cette place est déterminée, comprend la raison pourquoi telle place est assignée à chaque chose. Que l’ordre d’une bibliothéque soit chronologique, c’est-à-dire, que les livres se suivent conformément à la date de leur édition, aussi-tôt chacun a sa place marquée, & la raison de la place de l’un, contient celle de la place de l’autre.

Cette raison énoncée par une proposition s’appelle regle. Quand la raison suffisante d’un certain ordre est simple, la regle est unique ; quand elle peut se résoudre en d’autres, il en résulte pluralité de régles à observer. Si je me contente de ranger mes livres suivant leurs formes, cette regle unique dispose de la place de tous les volumes. Mais si je veux avoir égard aux formes, aux reliures, aux matieres, à l’ordre des tems, voilà plusieurs regles qui concourent à déterminer la place de chaque livre. Dans ce dernier cas l’observation des regles les plus importantes doit préceder celle des moins considérables. Les régles qui doivent être observées ensemble, ne sauroient être en contradiction, parce qu’il ne sauroit y avoir deux raisons suffisantes opposées d’une même détermination, qui soient de la même force. Il peut bien y avoir des contrariétés de regles, ou collisions qui produisent les exceptions ; mais dans ce cas, on sent toujours qu’une regle est plus étendue & plus forte que l’autre. Les regles ne doivent pas non plus se déterminer réciproquement ; car alors c’est un embarras superflu. Une regle qui est déja supposée par une autre, reparoît inutilement à part.

L’ordre qui est lié à l’essence des choses, & dont le changement détruiroit cette essence, est un ordre nécessaire : celui dont les regles peuvent varier sans détriment essentiel, est contingent. L’ordre des côtés d’un triangle, ou de toute autre figure est un ordre nécessaire. Il n’en est pas de même de celui des livres d’un cabinet, des meubles d’un appartement. L’ordre qui y regne est contingent ; & plusieurs bibliothéques, appartemens, jardins peuvent être rangés différemment, & se trouver dans un bon ordre.

Il y a défaut dans l’ordre, toutes les fois qu’une chose n’est pas à la place que les regles lui destinent. Mais si certaines choses sont susceptibles d’être rangées de diverses manieres, ce qui est défaut dans un ordre, ne sauroit être censé tel dans un autre ordre.

L’opposé de l’ordre, c’est la confusion, dans laquelle il n’y a ni ressemblance entre l’arrangement, les simultanés, & l’enchaînure des successifs, ni regles qui déterminent les places.

Pour connoître un ordre, il faut être au fait des regles qui déterminent les places. Combien de gens se mêlent de juger du gouvernement d’un état, des opérations d’une compagnie, ou de telle autre manœuvre, & qui en jugent en aveugles, parce qu’ils ne connoissent point le plan secret, & les vues qui déterminent la place de chaque démarche, & la soumettent à un ordre caché, sans la connoissance duquel, telle circonstance, détachée de tout le système, peut paroître extraordinaire, & même ridicule. Combien voit-on de gens dont l’audacieuse critique censure le plan physique ou moral de l’univers, & qui prétendent y trouver des désordres. Pour faire sentir ces désordres, qu’ils commencent par étaler la notion de l’ordre qui doit regner dans l’univers, & qu’ils démontrent que celle qu’ils ont conçue est la seule admissible. Et comment pourroient-ils le faire, ne connoissant qu’un petit coin de l’univers, dont ils ne voient même que l’écorce ? Celui-là seul qui est derriere le rideau, & qui connoît les moindres ressorts de la vaste machine du monde, l’Etre suprème qui l’a formé, & qui le soutient, peut seul juger de l’ordre qui y regne.

Quand il reste des déterminations arbitraires qui laissent certaines choses sans place fixe, il y a un mélange d’ordre & de confusion, & l’un ou l’autre domine à proportion du nombre des places déterminées ou à déterminer.

Les choses qui n’ont aucune différence intrinséque peuvent changer de place entre elles, sans que l’ordre soit altéré, au-lieu que celles qui différent intrinséquement ne sauroient être substituées l’une à l’autre. Quand on dérange une chambre, dans laquelle il n’y a, par exemple, qu’une douzaine de chaises pareilles ; il n’est pas nécessaire que chaque chaise retourne précisément à la place où elle étoit. Mais si les meubles de cet appartement sont inégaux, qu’il y ait sopha, lit, ou telle autre piece disproportionnée à d’autres, on ne sauroit mettre le lit où étoit une chaise, &c.

C’est l’ordre qui distingue la veille du sommeil ; c’est que dans celui-ci tout se fait sans raison suffisante. Personne n’ignore les bisarres assemblables qui se forment dans nos songes. Nous changeons de lieu dans un instant. Une personne paroît, disparoît & reparoît. Nous nous entretenons avec des morts, avec des inconnus, sans qu’il y ait aucune raison de toutes ces révolutions. En un mot, les contradictoires y ont lieu. Aussi la fin d’un songe n’a souvent aucun rapport avec le commencement ; & il en résulte que la succession de nos idées en songe, n’ayant point de ressemblance, la notion de l’ordre ne s’y trouve pas ; mais pendant la veille, chaque chose a sa raison suffisante ; la suite des idées & des mouvemens se développe & s’exécute conformément aux lois de l’ordre établi dans l’univers, & la confusion ne s’y trouve jamais au point d’admettre la coexistence des choses contradictoires.

Ordre, en Géométrie, se dit en parlant des lignes courbes, distinguées par le différent degré de leur équation. Les lignes droites, dont l’équation ne monte qu’au premier degré, composent le premier ordre ; les sections coniques, le second ordre, parce que leur équation monte au second degré, & ainsi des autres.

M. Newton a fait un ouvrage intitulé, énumération des lignes du troisieme ordre. Voyez Courbe.

On se sert quelquefois du mot de degré au lieu de celui d’ordre : ainsi on dit une courbe ou une ligne du troisieme degré, pour une ligne du troisieme ordre. Voyez Degré, Courbe & Genre.

Ordre s’emploie aussi en parlant des infinis & des infiniment petits ; ainsi on dit infini du second ordre, pour dire une quantité infinie par rapport à une autre qui est déjà infinie elle même : infiniment petit du second ordre, pour dire une quantité infiniment petite par rapport à une autre qui est déjà infiniment petite elle-même, & ainsi de suite : sur quoi voyez Infini & Différenciel. On dit de même équation différencielle du premier, du second, &c. ordre, pour dire une équation où les différencielles sont du premier, du second ordre. &c. Voyez Équation. (O)

Ordre, (Jurisprud. canon.) est le sixieme des sacremens de l’Eglise catholique, qui donne un caractere particulier aux ecclésiastiques lorsqu’ils se consacrent au service de Dieu.

La tonsure cléricale n’est point un ordre, c’est seulement une préparation pour parvenir à se faire promouvoir aux ordres.

L’ordre a été institué par J. C. lorsqu’il dit à ses disciples : Sicut misit me pater, & ego mitto vos..... Insufflavit & dicit eis, accipite Spiritum Sanctum, &c. Joann. xx. v. 21.

Mais comme J. C. & l’Eglise n’ont point donné à tous les clercs un pouvoir égal, il y a dans le clergé différens degrés que l’on nomme ordres ; & ces degrés sont ce qui composent la hiérarchie ecclésiastique.

Suivant l’usage de l’église latine, on distingue deux sortes d’ordres ; savoir les ordres mineurs ou moindres, & les ordres sacrés ou majeurs.

Les ordres mineurs ou moindres sont au nombre de quatre ; savoir l’office de portier, celui de lecteur, celui d’exorciste & celui d’acolythe.

Les ordres majeurs ou sacrés sont le soudiaconat, le diaconat & la prêtrise : l’épiscopat est encore un degré au-dessus de la prêtrise.

Les évêques reçoivent la plénitude du sacerdoce avec le caractere épiscopal, voyez Consécration & Évêque. Ils sont aussi les seuls qui puissent donner à l’Eglise des ministres par le sacrement de l’ordre.

L’imposition des mains de l’évêque est la matiere du sacrement de l’ordre ; la priere qui répond à l’imposition des mains en est la forme.

L’ordre imprime sur ceux qui le reçoivent un caractere indélébile, qui les rend ministres de J. C. & de son Eglise d’une maniere irrévocable.

L’ordination d’un prêtre se fait par l’évêque, en mettant les deux mains sur la tête de l’ordinant, & en récitant sur lui des prieres. Les prêtres qui sont présens lui imposent aussi les mains ; l’évêque lui met les ornemens du sacerdoce ; il lui consacre les mains par dedans avec l’huile des cathécumenes ; & après lui avoir fait toucher le calice plein de vin, & la patene avec le pain, il lui donne le pouvoir d’offrir le saint sacrifice. Le nouveau prêtre célebre avec l’évêque ; après la communion l’évêque lui impose une seconde fois les mains, & lui donne le pouvoir de remettre les péchés.

Tous les prêtres reçoivent dans l’ordination le même pouvoir ; cependant ils n’en ont pas toujours l’exercice : ainsi un prêtre qui n’a point de bénéfice à charge d’ames, ne peut confesser & absoudre hors le cas de nécessité, sinon en vertu d’un pouvoir spécial de l’évêque.

Pour l’ordination d’un diacre, l’évêque met seulement la main sur la tête de l’ordinant, en disant recevez le Saint-Esprit ; ensuite il lui donne les ornemens de son ordre, & le livre des Evangiles.

Il n’y a point d’imposition des mains pour le soudiaconat ; l’évêque donne seulement à l’ordinant le calice vuide avec la patene, le revêt des ornemens de son ordre, & lui donne le livre des épîtres.

Ceux qui ont reçu les ordres sacrés ne peuvent plus se marier ; on accorde quelquefois des dispenses à ceux qui n’ont que le soudiaconat, mais ces exemples sont rares.

Les ordres mineurs se conférent sans imposition des mains, & seulement par la tradition de ce qui doit servir aux fonctions de l’ordinant ; ainsi l’évêque donne au portier les clés, au lecteur le livre de l’église, à l’exorciste le livre des exorcismes, à l’acolythe il fait toucher le chandelier, le cierge & les burettes.

Ceux qui ont reçu les ordres mineurs peuvent quitter l’état de cléricature & se marier sans dispense.

Le concile de Trente exhorte les évêques à rétablir les fonctions des ordres mineurs, & à ne les faire remplir que par des clercs qui aient reçu l’ordre auquel elles sont attachées ; mais ce réglement n’a point eu d’exécution. Les fonctions des quatre ordres mineurs sont le plus souvent remplies par de simples clercs, ou même par des laïques revêtus d’habits ecclésiastiques ; de sorte qu’on ne regarde plus les ordres mineurs que comme une cérémonie nécessaire pour parvenir aux ordres supérieurs.

Il faut néanmoins excepter la fonction des exorcismes, laquelle par un usage établi depuis long-tems dans l’Eglise, est reservée aux prêtres, lesquels ne peuvent même exorciser les possédés du démon, sans un pouvoir spécial de l’évêque, parce qu’il est rare présentement qu’il y ait des possédés, & qu’il y a souvent de l’imposture de la part de ceux qui paroissent l’être.

L’ordination ne se réitere point, si ce n’est quand on doute si celui qui a conféré les ordres à un clerc, étoit véritablement évêque, ou bien s’il avoit ordonné prêtre quelqu’un qui n’auroit point été baptisé ; dans ce dernier cas, on commence par donner le baptême, & ensuite tous les ordres inférieurs au sacerdoce.

Si l’évêque avoit omis l’imposition des mains à l’imposition d’un prêtre ou d’un diacre, on ne réitere pas pour cela toute l’ordination ; mais il faut que celui qui a été ordonné suspende les fonctions de son ordre jusqu’à ce que la cérémonie omise ait été suppléée aux premiers quatre-tems. Mais si l’évêque avoit omis de prononcer lui-même les prieres qu’il doit dire, il faudroit réiterer l’ordination.

Celui qui a reçu les ordres d’un évêque excommunié, ne peut en faire les fonctions jusqu’à ce qu’il en ait obtenu la dispense.

Un évêque qui s’est démis de son évêché, sans renoncer à la dignité épiscopale, peut donner les ordres quand il en est prié par un autre évêque.

Il n’est pas permis à un évêque de donner les ordres hors de son diocese, même à ses diocésains, si ce n’est par la permission de l’ordinaire du lieu : celui qui ordonne autrement est suspens pour un an de la collation des ordres ; & celui qui a été ainsi ordonné, suspens de ses fonctions jusqu’à ce que l’évêque l’ait relevé de la suspense.

Suivant le droit canonique, l’évêque ordinaire d’un clerc pour l’ordination, est celui du diocese où il est né, ou dans le diocese duquel il a son domicile ou un bénéfice.

Le concile de Trente permet aussi à un évêque d’ordonner un clerc qui a demeuré 3 ans avec lui, pourvû qu’il lui confere aussitôt un bénéfice.

Mais les évêques de France, dans les assemblées du clergé de 1635 & 1665, sont convenus de n’ordonner sans démissoire, que les clercs originaires de leur diocese : ce qui s’observe assez exactement, quoiqu’il n’y ait pas de loi qui ait revoqué l’ancien usage.

Les religieux doivent être ordonnés par l’évêque du diocese où est leur monastere ; ce qui ne peut se faire néanmoins sans le consentement de leur supérieur régulier.

En l’absence de l’évêque, son vicaire général, & pendant la vacance de l’évêché, le chapitre de la cathédrale, peuvent donner des démissoires pour les ordres. Voyez Démissoire.

Le pape est en possession d’ordonner les clercs de quelque diocese que ce soit, sans le consentement de leur évêque.

Les ordres mineurs se peuvent donner tous les dimanches & fêtes ; mais les ordres majeurs ne se donnent qu’aux quatre-tems, le samedi saint, ou le samedi d’avant le dimanche de la Passion : les ordres majeurs ne peuvent être conférés en d’autres tems, si ce n’est par dispense du pape, ce qu’on appelle une dispense extra tempora.

Ceux qui ont reçu les ordres sacrés hors les tems prescrits par l’Eglise, sont suspens des fonctions de leur ordre jusqu’à ce qu’ils aient obtenu une dispense du pape. L’évêque qui a ordonné hors les tems prescrits, est punissable pour cette contravention.

On observoit autrefois des interstices entre chaque ordre mineur ; présentement dans la plûpart des dioceses, l’évêque les donne tous quatre en un même jour, & même souvent en donnant la tonsure.

Pour ce qui est des ordres sacrés, il n’est pas permis d’en conférer deux en un même jour, ni eu deux jours consécutifs ; l’évêque qui auroit ainsi ordonné un clerc, demeureroit suspens du droit de conférer les ordres, & le clerc suspens de ses fonctions, jusqu’à ce qu’ils aient été relevés de la suspense.

Ces regles ne furent pas observées par Photius, lequel dans le ix. siecle fut mis à la place du patriarche Ignace ; les évêques le firent passer en six jours par tous les degrés du sacerdoce. Le premier jour, on le fit moine, parce qu’alors l’état monachal faisoit en Orient un degré de la hiérarchie ecclésiastique ; le second jour, on le fit lecteur ; le troisieme, soudiacre, puis diacre, prêtre, & enfin patriarche.

On en usa de même pour Humbert, dauphin de Viennois, auquel Clément VI. donna tous les ordres sacrés en un même jour.

Pour être promû aux ordres il faut avoir les qualités nécessaires, telles que la vertu, la piété, la conduite réguliere, la vocation ; il faut aussi n’être point irrégulier. Voyez Irrégularité.

Le concile de Trente veut aussi que l’on ne donne les ordres mineurs qu’à ceux qui entendent le latin, & dont les progrès font espérer qu’ils se rendront dignes des ordres supérieurs.

Quant à l’âge nécessaire, en France les évêques ne donnent les ordres mineurs qu’à ceux qui ont 18 ou 19 ans ; l’âge fixé pour le soudiaconat est de 22 ans commencés, pour le diaconat 23, & pour la prêtrise 24 ans commencés ; le pape accorde quelquefois des dispenses d’âge. Celui qui seroit ordonné avant l’âge nécessaire sans dispense, seroit suspens des fonctions de son ordre jusqu’à ce qu’il eût l’âge légitime.

Avant d’admettre un clerc aux ordres, on lui fait subir un examen sur les choses qu’il doit savoir, selon son âge & le degré auquel il aspire.

On observe aussi en France d’obliger les clercs de demeurer quelque tems au séminaire avant de se présenter à l’ordination.

Il est d’usage de publier au prône de la paroisse, le nom de celui qui se présente pour les ordres sacrés, & l’on ordonne à ceux qui y sauroient quelque empêchement de le venir déclarer.

Autrefois on n’ordonnoit aucun clerc sans lui donner un titre ; présentement pour les ordres sacrés il faut que l’ordinant ait un bénéfice ou un titre clérical. Voyez Titre clérical.

L’évêque donne à celui qui est ordonné des lettres d’ordres ou ordination, signées de lui ; & l’on tient registre de ces lettres.

Il y a des bénéfices qui requierent dans le titulaire un certain ordre, comme de diaconat ou de prêtrise ; l’ordre peut être requis à lege ou à fondatione, voyez Bénéfice. Voyez la collection des conciles, les mémoires du clergé, les lois ecclésiastiques de d’Hericourt. (A)

Ordre, (Jurisprud.) qu’on appelle état en Normandie, est un jugement qui fixe le rang dans lequel les créanciers opposans au decret, doivent être payés sur le prix des biens saisis réellement, & sur les deniers provenans des baux judiciares.

En quelques endroits, comme en Lorraine, au parlement de Bordeaux & en Angoumois, l’ordre se fait avant l’adjudication par decret, afin de ne vendre des biens qu’autant qu’il en faut pour payer les créanciers. A Paris, & presque partout ailleurs, l’ordre ne se fait qu’après l’adjudication.

En Normandie on fait d’abord un état du prix des baux judiciaires, pour voir pareillement s’il y a de quoi payer les créanciers sans vendre le fonds ; ailleurs on ne fait qu’un seul ordre.

En quelques endroits on ne fait l’ordre que quand le prix est consigné ; en d’autres on le commence aussitôt après l’adjudication.

Quand le decret est délivré, le procureur du poursuivant leve au greffe un extrait du nom des opposans, & celui de leur procureur ; il prend ensuite avec eux l’appointement sur l’ordre, qui est un appointement en droit à écrire & produire : il doit bien prendre garde de n’omettre aucun des créanciers opposans ; car s’il en omettoit un qui pût être utilement colloqué, il seroit responsable de sa créance.

Huitaine après la signification de l’appointement, le poursuivant fournit ses causes & moyens d’opposition, & fait sa production.

Le procureur plus ancien des opposans, lequel en cette matiere est regardé comme leur syndic, contredit toutes les productions ; ce qui n’empêche pas que chaque opposant n’ait aussi la liberté de contredire en son particulier.

L’instance d’ordre étant instruite, on juge ; & par le jugement on fait l’ordre, ce que l’on appelle sentenne d’ordre, ou arrêt d’ordre, si c’est en cour souveraine.

On colloque dans l’ordre, en premier les créanciers privilegiés, chacun suivant le rang de leur privilege ; en second lieu les créanciers simples hypothécaires, chacun suivant le rang de leur hypothéque ; en troisieme lieu les créanciers chyrographaires.

Les créanciers colloqués utilement dans l’ordre, vont toucher leur paiement aux saisies réelles, ou aux consignations, suivant que leur paiement est assigné sur l’un ou sur l’autre.

Au châtelet on nomme un commissaire pour faire l’ordre.

Il y a encore divers usages sur cette matiere dans différens tribunaux. Voyez le traité de la vente des immeubles par decret par M. d’Hericourt, les questions de Bretonnier, au mot Decret.

Bénéfice d’ordre ou de discussion, est une exception accordée à la caution pour ne pouvoir être poursuivie avant que le principal obligé ait été discuté. Voyez Caution, Discussion, Fidejusseur. (A)

Ordre religieux, (Hist. ecclésiast.) congrégation, société de religieux, vivans sous un chef, d’une même maniere, & sous un même habit.

On peut réduire les ordres religieux à cinq classes : Moines, Chanoines, Chevaliers, Mendians, & Clercs réguliers. On sait que l’ordre de S. Basile est le plus célebre de l’Orient, & l’ordre de S. Benoît un des plus anciens de l’Occident. L’ordre de S. Augustin se divise en chanoines réguliers & en hermites de S. Augustin. Quant aux quatre ordres des religieux mendians, qui ont été tant multipliés, ils ne parurent que dans le xiij. siecle.

Laissons au P. Helliot tous les détails qui concernent les ordres religieux, & traçons seulement en général leur origine & leurs progrès, non pas néanmoins avec des protestans prévenus, mais avec M. l’abbé Fleury, dont l’impartialité égale les lumieres.

La naissance du monachisme est de la fin du iij. siecle. Saint-Paul qui vivoit en CCL, Saint-Antoine & Saint-Pacôme, sont les premiers religieux chrétiens d’Egypte, & on les reconnoît pour les plus parfait de tous ceux qui leur succéderent. Cassien qui nous a donné une description exacte de leur maniere de vie, nous apprend qu’elle renfermoit quatre principaux articles : la solitude, le travail, le jeûne & la priere. Leur solitude ne consistoit pas seulement à se séparer des autres hommes, mais à s’éloigner des lieux fréquentés, & habiter des deserts. Or, ces deserts n’étoient pas, comme plusieurs s’imaginent, de vastes forêts, ou d’autres terres abandonnées, que l’on pût défricher & cultiver : c’étoient des lieux non-seulement inhabités, mais inhabitables : des plaines immenses de sables arides, des montagnes stériles, des rochers, & des pierres. Ils s’arrêtoient aux endroits où ils trouvoient de l’eau, & y bâtissoient leurs cellules de roseaux ou d’autres matieres légeres ; & pour y arriver, il falloit souvent faire plusieurs journées de chemin dans le desert. Là, personne ne leur disputoit le terrein ; il ne falloit demander à personne la permission de s’y établir.

Le travail des mains étoit regardé comme essentiel à la vie monastique. La vocation générale de tout le genre humain est de passer ses jours à quelques fonctions sérieuses & pénibles. Les plus grands saints de l’ancien testament ont été pâtres, & laboureurs. Le travail de ces premiers religieux tendoit, d’une part, à éviter l’oisiveté & l’ennui qui en est inséparable ; & d’autre part, à gagner de quoi subsister sans être à charge à personne. Ils prenoient à la lettre ce précepte de Saint Paul : « Si quelqu’un ne veut point travailler, qu’il ne mange pas non plus ». Ils ne cherchoient ni glose ni commentaire à ce précepte ; mais ils s’occupoient à des travaux compatibles à leur état : comme de faire des nattes, des corbeilles, de la corde, du papier, ou de la toile. Quelques-uns ne dédaignoient pas de tourner la meule. Ceux qui avoient quelques pieces de terre, les cultivoient eux-même : mais ils aimoient mieux les métiers que les biens en fonds, qui demandent trop de soins, & attirent des procès.

Ces religieux jeûnoient presque toute l’année, ou du moins se contentoient d’une nourriture très frugale. Ils réglerent la quantité de leur pain à 12 onces par jour, qu’ils distribuoient en deux repas ; l’un à none, l’autre au soir. Ils ne portoient ni cilice ni chaîne ou carcan de fer ; car pour les disciplines & flagellations, elles n’avoient pas encore été imaginées. Leurs austérités consistoient dans la persévérance en une vie uniforme & laborieuse ; ce qui est plus convenable à la nature, que l’alternative des rudes pénitences avec le relâchement.

Leur priere étoit réglée avec la même sagesse. Ils prioient en commun deux fois en 24 heures ; le soir & la nuit. Une partie étant de bout, chantoit un pseaume au milieu de l’assemblée ; & les autres écoutoient dans le silence, sans se fatiguer la poitrine ni le reste du corps. Leurs dévotions étoient de même goût, si on ose le dire, que les ouvrages des anciens Egyptiens, grandes, simples & solides. Tels étoient ces premiers moines si fort estimés par S. Basile & S. Jean-Chrysostome.

La vie monastique, en s’étendant par toute la chrétienté, commença à dégénerer de cette premiere perfection. La regle de S. Benoît nous apprend qu’il fut obligé d’accorder aux religieux un peu de vin, & deux mêts outre le pain, sans les obliger à jeûner toute l’année. Cependant, voyez combien la serveur s’est rallentie, depuis qu’on a regardé cette regle comme d’une sévérité impraticable ! Voyez, dis-je, combien ceux qui y ont apporté tant de mitigations, étoient éloignés de l’esprit de leur réelle vocation ; tant il est vrai que la nature corrompue ne cherche qu’à autoriser le relâchement !

On vit bientôt après des communautés de clercs mener une vie approchante de celle des religieux de ce tems-là : on les nomma chanoines ; & vers le milieu du vij. siecle, Chrodegang, évêque de Metz, leur donna une regle : ainsi voilà deux sortes de religieux dans le vij. siecle ; les uns clercs, les autres laïcs ; on sait quelles en ont été les suites.

Au commencement du ix. siecle, les religieux de S. Benoît se trouverent très-éloignés de l’observance de la regle de leur institut. Vivans indépendans les uns des autres, ils reçurent de nouveaux usages qui n’étoient point écrits, comme la couleur, la figure de l’habit, la qualité de la nourriture, &c. & ces divers usages furent des sources d’orgueil & de relâchement.

Dans le x. siecle, en 910, Guillaume, duc d’Aquitaine, fonda l’ordre de Clugny, qui sous la conduite de l’abbé Bernon, prit la regle de S. Benoît. Cet ordre de Clugny se rendit célebre par la doctrine & les vertus de ses premiers abbés ; mais au bout de deux cens ans, il tomba dans une grande obscurité, & l’on n’y vit plus d’homme distingué depuis Pierre le vénérable.

Les deux principales causes de cette chute furent les richesses, & la multiplication des prieres vocales. Le mérite singulier des premiers abbés de Clugny leur procura des dons immenses, qu’ils eussent mieux fait de refuser, s’ils avoient sérieusement réfléchi sur les suites de leur opulence. Les moines de Clugny ne tarderent pas de faire la meilleure chere possible en maigre, & de s’habiller des étoffes du plus grand prix. Les abbés marcherent à grand train ; les églises furent bâties magnifiquement, & richement ornées, & les lieux réguliers à proportion.

L’autre cause du relâchement fut la multiplication de la psalmodie & des prieres vocales. Ils ajouterent entr’autres choses, à la regle de S. Benoît l’office des morts, dont ils étoient les auteurs. Cette longue psalmodie leur ôtoit le tems du travail des mains ; & Pierre le vénérable fut trompé par les préjugés de son siecle, en regardant le travail corporel comme une occupation servile. L’antiquité n’en jugeoit pas ainsi ; & sans parler des Israélites, on sait que les Grecs & les Romains s’en faisoient honneur.

Deux cens ans après la fondation de Clugny, saint Bernard fonda l’ordre religieux de Citeaux ; mais il faut avouer que son zele ne fut pas assez reglé par la discrétion. Il introduisit dans l’observance de Citeaux une nouveauté, qui dans la suite, contribua beaucoup au relâchement ; je veux dire, la distinction des moines du chœur & des freres lais. Jusqu’au xj. siecle, les moines se rendoient eux-mêmes toutes sortes de services, & s’occupoient tous des mêmes travaux.

Saint Jean-Gualbert institua le premier des freres-lais dans son monastere de Valombreuse, fondé vers l’an 1040. On occupa ces freres-lais des travaux corporels, du ménage de la campagne, & des affaires du dehors. Pour priere, on leur prescrivit un certain nombre de pater ; & afin qu’ils s’en pussent acquitter, ils avoient des grains enfilés, d’où sont venus les chapelets. Ces freres étoient vêtus moins bien que les moines, & portoient la barbe longue, comme les autres laïcs. Les Chartreux, les moines de Grandmont, & ceux de Citeaux ayant établi des freres-lais, tous les ordres religieux venus depuis, ont suivi leur exemple : il a même passé aux religieuses ; car on distingue chez elles, les filles du chœur, & les sœurs converses

Cette distinction entre les religieux a fait beaucoup de mal. Les moines du chœur, voyant les freres-lais au-dessous d’eux, les ont regardes comme des hommes grossiers, & se sont regardés eux-mêmes comme des seigneurs ; c’est en effet ce que signifie le titre de dom, abrégé de dominus, qui en Italie & en Espagne, est encore un titre de noblesse que la regle de saint Benoît donnoit à l’abbé seul dans le xj siecle.

D’un autre côté, les freres-convers, qu’on tenoit fort bas & fort soumis, ont voulu souvent dominer, comme étant plus nécessaires pour le temporel que le spirituel supposé ; car il faut vivre avant que de prier & d’étudier.

Depuis ce tems, les moines abandonnerent plus que jamais le travail des mains, & quelques uns d’eux crurent que l’étude étoit la seule occupation qui pût leur convenir ; mais ils ne se bornerent pas à l’étude de l’Ecriture sainte, ils embrasserent toutes sortes d’études ; celle des canons & du droit civil, qui ne devoient pas être de leur ressort, & celle de la Médecine, encore moins. Rigord, moine de S. Denys étoit physicien, c’est-à-dire médecin du roi Louis-le-Gros, dont il a écrit la vie. Si ces moines commencerent ces sortes d’études par charité, ils les continuerent par intérêt, pour gagner de l’argent, comme auroient fait des séculiers. Le concile de Reims tenu par le pape Innocent III. en 1131, nous l’apprend, c’est, dit ce concile, au canon VI, l’avarice, qui les engage à se faire avocats, & à plaider des causes justes & injustes sans distinction. C’est l’avarice qui les engage à mépriser le soin des ames, pour entreprendre la guérison des corps, & arrêter leurs yeux sur des objets dont la pudeur défend même de parler.

Le concile de Latran tenu en 1215, voulant remédier à l’extrême relâchement des communautés religieuses de l’un & de l’autre sexe, ordonna la tenue des chapitres généraux tous les trois ans : mais ce remede a eu peu d’effet ; parce que d’ailleurs les chapitres généraux ont de grands inconvéniens. La dissipation inséparable des voyages est plus grande ; & plus ces chapitres sont grands, plus grande est la dépense, qui oblige à faire des impositions sur les monasteres, source de plaintes & de murmures. Enfin, quel a été le fruit de ces chapitres ? de nouveaux réglemens & des députations de visiteurs pour les faire exécuter ; c’est-à-dire, une multiplication odieuse de voyages & de dépenses, comme l’a fait voir l’expérience de quatre siecles.

Le même concile de Latran défendit de nouvelles religions, c’est-à-dire de nouveaux ordres ou congrégations. Cette défense étoit très-sage, très-avantageuse à l’état, & conforme à l’esprit de la pure antiquité. Les divers ordres religieux sont autant de petites églises jalouses l’une de l’autre dans l’Eglise universelle. Il est moralement impossible qu’un ordre estime autant un autre institut que le sien, & que l’amour propre ne pousse pas chaque religieux à préférer singulierement l’institut qu’il a choisi, à souhaiter à sa communauté plus de richesses & de réputation qu’à toute autre, & à se dédommager ainsi de ce que la nature souffre à ne rien posséder en propre. Les moines aiment tant leur ordre, parce que leur regle les prive des choses, sur lesquelles les passions ordinaires s’appuient. Reste donc cette passion pour la regle même qui les afflige. De-là tant d’activité, de procès & de disputes si vives entre les ordres religieux sur la préséance & les honneurs.

Le concile de Latran avoit donc très-sagement défendu d’instituer de nouvelles religions ; mais son decret a été si mal observé, ainsi que celui du concile de Lyon, tenu soixante ans après pour en réitérer la défense ; que depuis ces deux conciles, il s’est plus établi de nouveaux ordres, que dans tous les siecles précédens.

Si les inventeurs des nouveaux ordres qu’on nomme religieux mendians, n’étoient pas canonisés pour la plûpart, on pourroit les soupçonner de s’être laissé séduire à l’amour propre, & d’avoir voulu se distinguer par leur raffinement au-dessus des autres. Mais sans préjudice de leur sainteté, on peut librement attaquer leurs lumieres ; & le pape Innocent III. avoit raison de faire difficulté d’approuver le nouvel institut de saint François. En effet, il eût été plus utile à l’Eglise que les papes & les évêques se fussent appliqués sérieusement à réformer le clergé séculier, & le rétablir sur le pié des trois premiers siecles, sans appeller au secours ces troupes étrangeres ; en sorte qu’il n’y eût que deux genres de personnes consacrées à Dieu, des clercs destinés à l’instruction & la conduite des fideles, & un petit nombre de moines séparés du monde, & appliqués uniquement à prier & travailler en silence.

Mais comme au xiij. siecle, l’on étoit touché des desordres que l’on avoit devant les yeux, l’avarice du clergé, son luxe, sa vie molle & voluptueuse qui avoit gagné les monasteres rentés, l’on crut devoir admettre des hommes qui renonçoient à la possession des biens temporels en particulier, & en commun. Ainsi l’on goûta beaucoup l’institut des freres Mineurs, & autres nouveaux moines, qui choisirent la mendicité jusques-là rejettée par les plus saints religieux. Le vénérable Guigues traite d’odieuse la nécessité de quêter ; & le concile de Paris tenu en 1212, veut que l’on donne de quoi subsister aux religieux qui voyagent, pour ne les pas réduire à mandier à la honte de leur ordre. Saint François lui-même avoit ordonné le travail à ses disciples, ne leur permettant de mandier qu’à la derniere extrémité ; & dans son testament, il leur fait une défense expresse de demander au pape aucun privilége, & de donner aucune explication à sa regle. Cependant peu de tems après sa mort, les freres Mineurs assembles au chapitre de 1230, obtinrent du pape Grégoire IX. une bulle qui déclare qu’ils ne sont point obligés à l’observation de son testament, & qui explique la regle en plusieurs articles. Ainsi le travail des mains si recommandé dans l’Ecriture, & si bien pratiqué par les premiers moines, est devenu odieux, & la mendicité odieuse auparavant, est devenue honorable.

J’avoue que les freres Prêcheurs & les freres Mineurs, négligeant dans l’enfance de leurs ordres, les bénéfices & les dignités ecclésiastiques, se rendirent célebres par leurs études dans les universités naissantes de Paris & de Boulogne ; & sans examiner quel étoit au fond ce genre d’étude qu’ils cultiverent, il suffit qu’ils y réussissoient mieux que les autres. Leur vertu, la modestie, l’amour de la pauvreté, & le zele de la propagation de la foi, contribuerent en même tems à les faire respecter de tout le monde. De-là vient qu’ils furent si-tôt favorisés par les papes, qui leur accorderent tant de priviléges, & chéris par les princes & par les rois. Saint Louis disoit, que s’il pouvoit se partager en deux, il donneroit aux freres Prêcheurs la moitié de sa personne, & l’autre aux freres Mineurs.

Mais sans discuter ici la matiere de la pauvreté évangélique, que les freres Mendians ont fort mal connue, tenons-nous-en à l’expérience. Trente ans après la mort de saint François, on remarquoit déja un relâchement extrème dans les ordres de sa fondation. J’en citerai seulement pour preuve, le témoignage de saint Bonnaventure, qui ne peut être suspect. C’est dans la lettre qu’il écrivit en 1257, étant général de l’ordre, à tous les provinciaux & les custodes. Cette lettre est dans ses opuscules, tome II. page 352. Il se plaint de la multitude des affaires pour lesquelles ils requéroient de l’argent, de l’oisiveté de divers freres, de leur vie vagabonde, de leurs importunités à demander, des grands bâtimens qu’ils élevoient ; enfin, de leur avidité des sépultures & des testamens. Je ne dirai qu’un mot sur chacun de ces articles.

Les freres Mendians, sous prétexte de charité, se mêloient de toutes sortes d’affaires publiques & particulieres. Ils entroient dans le secret des familles, & se chargeoient de l’exécution des testamens, ils prenoient des députations pour négocier la paix entre les villes & les princes. Les papes sur-tout leur donnoient volontiers des commissions, comme à des gens sans conséquence, qui voyageoient à peu de frais, & qui leur étoient entierement dévoués : ils les employoient même quelquefois à des levées de deniers.

Mais une chose plus singuliere que toute autre, c’est le tribunal de l’inquisition dont ils se chargerent. On sait que dans ce tribunal, contraire a toute bonne police, & qui trouva par-tout un soulevement général, il y a capture de criminels, prison, torture, condamnations, confiscations, peines infamantes, & si souvent corporelles par le ministere du bras séculier. Il est sans doute bien étrange de voir des religieux, faisant profession de l’humilité la plus profonde, & de la pauvreté la plus exacte, transformés tout d’un coup en juges criminels, ayant des appariteurs & des familiers armés, c’est-à-dire, des gardes & des trésors à leur disposition, se rendant ainsi terribles à toute la terre.

Je glisse sur le mépris du travail des mains, qui attire l’oisiveté chez les Mendians comme chez les autres religieux. De-là la vie vagabonde de plusieurs, & que saint Bonnaventure reproche à ces freres, lesquels, dit-il, sont à charge à leurs hôtes, & scandalisent au lieu d’édifier. Leur importunité à demander, ajoute le même saint, fait craindre la rencontre de nos freres comme celle des voleurs. En effet, cette importunité est une espece de violence, à laquelle peu de gens savent résister, surtout à l’égard de ceux dont l’habit & la profession ont attiré du respect ; & d’ailleurs, c’est une suite naturelle de la mendicité ; car enfin il faut vivre. D’abord, la faim & les autres besoins pressans font vaincre la pudeur d’une éducation honnête ; & quand une fois on a franchi cette barriere, on se fait un mérite & un honneur d’avoir plus d’industrie qu’un autre à attirer les aumônes.

La grandeur & la curiosité des bâtimens incommodent nos amis qui fournissent à la dépense, & nous exposent aux mauvais jugemens des hommes. Ces freres, dit Pierre des Vignes, qui dans la naissance de leur religion, sembloient fouler aux piés la gloire du monde, reprennent le faste qu’ils ont méprisé ; n’ayant rien, ils possedent tout, & sont plus riches que les riches mêmes. Quant à leur avidité des sépultures & des testamens, Matthieu Paris l’a peinte en ces mots : « Ils sont soigneux d’assister à la mort des grands au préjudice des pasteurs ordinaires : ils sont avides de gain, & extorquent des testamens secrets, ils ne recommandent que leur ordre, & le préferent à tous les autres ».

Le relâchement fit encore dans la suite de plus grands progrès chez les freres Mineurs, par le malheureux schisme qui divisa tout l’ordre, entre les freres spirituels, & ceux de l’observance commune. Le pape Célestin, dont le zele étoit plus grand que la prudence, autorisa cette division, en établissant la congrégation des pauvres hermites, sous la conduite du frere Libérat.

Les anciens religieux étant tombés dans le mépris depuis l’introduction des Mendians, ce mépris les excita à tâcher de relever chez eux les études ; mais comme on n’imaginoit pas alors qu’on pût bien étudier ailleurs que dans les universités, on y envoyoit les moines ; ce qui fut une nouvelle source de dépravation par la dissipation des voyages, la fréquentation inévitable des étudians séculiers, peu réglés dans leurs mœurs pour la plûpart, la vanité du doctorat, & des autres grades, & les distinctions qu’ils donnent dans les monasteres. D’ailleurs, ils recevoient en argent leur nourriture & leur vestiaire ; ils sortoient sans permission, mangeoient en ville chez les séculiers, & s’y cachoient. Ils avoient leur pécule en propre, couchoient dans des chambres particulieres, empruntoient de l’argent en leur nom, & se rendoient caution pour d’autres.

Il seroit trop long d’examiner les sources du relâchement, de la dégradation, & de la multiplication des religieux. Nous dirons seulement qu’une des causes les plus générales du relâchement qui regne chez eux, est la légereté de l’esprit humain, & la rareté d’hommes fermes, qui perséverent long-tems dans une même résolution. On a tâché de fixer l’inquiétude naturelle par le moyen des vœux ; mais ces vœux mêmes sont téméraires, & mal imaginés. Les récréations introduites dans les derniers tems, seroient peut-être convenables, si elles consistoient dans le mouvement du corps, la promenade, ou un travail modéré.

Les austérités corporelles si usitées dans les derniers siecles, ont fait plus de mal que de bien : ce ne sont pas des signes de vertu ; on peut sans humilité & sans charité marcher nud pié, porter la haire, ou se donner la discipline. L’amour propre qui empoisonne tout, persuade à un esprit foible qu’il est un saint, dès qu’il pratique ces dévotions extérieures ; & pour se dédommager de ce qu’il souffre par-là, il s’imagine aisément pouvoir faire une espece de compensation, comme cet italien qui disoit : Que veux-tu, mon frere ? un peu de bien, un peu de mal, le bon Dieu nous fera miséricorde.

Mais les exemptions ne sont pas une des moindres causes du relâchement des religieux ; & les inconvéniens en sont sensibles : le pouvoir du pape à cet égard, n’est fondé que sur les fausses décrétales, que le pontife de Rome peut tout. Les exemptions sont une occasion de mépriser les évêques & le clergé qui leur est soumis. C’est une source de division dans l’Eglise, en formant une hiérarchie particuliere.

L’humilité est entierement tombée par les distinctions entre les freres. Un général d’ordre se regarde comme un prélat & un seigneur ; & quelques-uns en prennent le titre & l’équipage. Un provincial s’imagine presque commander à tout le peuple de sa province ; & en certains ordres, après son tems fini, il garde le titre d’exprovincial.

Depuis que le travail des mains a été méprisé, les religieux rentés se sont abandonnés la plûpart à la paresse dans les pays chauds, & à la crapule dans les pays froids. Tant de relâchemens a nui à tous les Chrétiens catholiques, qui ont cru pouvoir se permettre quelque chose de plus que les moines. L’affoiblissement de la Théologie morale est venu de la même source. Les casuistes qui étoient presque tous religieux, & religieux mendians, gens peu séveres envers ceux dont ils tirent leur subsistance, ont excusé la plûpart des péchés, ou en ont facilité les absolutions. Cette facilité est nécessaire dans les pays d’inquisition, où le pécheur d’habitude, qui ne veut pas se corriger, n’ose toutefois manquer au devoir paschal, de peur d’être dénoncé, excommunié, au bout de l’an déclaré suspect d’hérésie, & comme tel poursuivi en justice : aussi est-ce dans ces pays, qu’ont vécu les casuistes les plus relâchés.

Les nouvelles dévotions introduites par divers religieux, ont concouru au même effet, de diminuer l’horreur du péché, & de faire négliger la correction des mœurs. On peut porter gayement un scapulaire, dire tous les jours le chapelet, ou quelque oraison, sans pardonner à son ennemi, restituer le bien mal acquis, ou quitter sa concubine. Des pratiques qui n’engagent point à être meilleur, sont aisément reçues. De-là vient encore la dévotion simplement extérieure qu’on donne au saint Sacrement. On aime bien mieux s’agenouiller devant lui, ou le suivre en procession, que se disposer à communier dignement.

Nous supprimons les détails de cette jalousie éclatante qui regne entre divers ordres religieux ; la division entre les Dominiquains & les Franciscains ; la haine entre les moines noirs & les moines blancs ; Chaque ordre se rallie sous un étendart opposé. Tous enfin ont l’esprit du corps qui animant leurs sociétés particulieres, ne procure aucun bien à la société générale.

Concluons donc avec saint Benoît, qu’il n’est peut-être pas nécessaire qu’il y ait des ordres religieux dans l’Eglise ; ou du-moins, que ceux qui ont pris le parti de s’y dévouer, bien-loin de se relâcher, doivent tendre nécessairement à une plus grande perfection. Le bienheureux Gigues chartreux, déclare en conséquence, que l’institut religieux qui admet le moins de sujets, est le meilleur ; & que celui qui en admet le plus, est le moins estimable.

Si cette réflexion est juste, que devons-nous penser de leur multiplicité ? Je ne dirai rien de leur opulence, sinon qu’elle commença très-promptement, & qu’elle étoit déja prodigieuse dans les viij. & ix. siecles. ils ont toujours acquis depuis, & ils acquierent encore. Quant au nombre incroyable de sujets qu’ils possedent, c’est assez d’observer que la France en nourrit plus de cent mille dans des monasteres ou couvens ; l’Italie n’en a pas moins ; & les cloîtres en Espagne tiennent lieu d’une mortalité qui détruit insensiblement la nation. Ces familles éternelles où il ne naît personne, dit l’auteur de l’esprit des Lois, & qui subsistent perpétuellement aux dépens du public, ont des maisons toujours ouvertes, comme autant de goufres, où s’ensevelissent les races futures. Le Chevalier de Jaucourt.

Ordre d’un état, (Droit Polit.) on appelle ordres dans un état, différentes classes & assemblées des hommes, avec leurs différens pouvoirs & privileges. Il n’est pas possible de détruire & de changer essentiellement les ordres d’un état, tandis que l’esprit & le caractere du peuple demeurent dans la pureté & la vigueur de son origine ; mais ils seroient essentiellement altérés, si l’esprit & le caractere du peuple étoit perdus ; cette altération des ordres entraîneroit plus certainement la perte de la liberté, que s’ils étoient anéantis. (D. J.)

Ordre blanc ; on appelle ordres blancs dans l’église romaine les ordres religieux, dont les membres sont vêtus de blanc, tels que les chanoines réguliers de S. Augustin, autrement Génovefains, les Prémontrés, les Trinitaires ; & par opposition on appelle ordres noirs ceux qui sont tous vêtus de noir, tels que les Bénédictins, les Augustins, &c. Voyez Ordre.

Ordre militaires, (Hist. mod.) les ordres militaires sont certains corps de chevaliers, institués par des rois ou des princes, pour donner des marques d’honneur & faire des distinctions dans leur noblesse.

Il y a eu en France quatre ou cinq ordres de chevalerie purement militaires.

Charles Martel institua l’ordre de la genette, qui ne dura point.

S. Louis fonda en 1269 l’ordre du navire & du croissant, qui fut aussi de courte durée.

En 1350 le roi Jean institua l’ordre de l’étoile, en faveur des plus grands seigneurs ; la devise étoit monstrant regibus astra viam, par allusion à l’étoile des mages : cet ordre dont le siége étoit à Saint-Ouen près Paris, s’avilit dans la suite par le trop grand nombre de chevaliers, & fut abandonné aux chevaliers du guet.

En 1389 Charles VI. fonda l’ordre de la ceinture de l’espérance, dont on ne sait aucun détail.

En 1469. Louis XI. institua l’ordre de S. Michel, parce que celui de l’étoile étoit tombé en discrédit. Il fixa le nombre des chevaliers à trente-six, & ce fut au traité de Noyon, que Charles-Quint & François I. se donnerent mutuellement l’un l’ordre de la toison, l’autre celui de S. Michel, mais François II. en 1559 ayant créé à la fois dix-huit chevaliers de S. Michel, cette promotion commença à avilir cet ordre. Les marques d’honneur, dit M. de Sainte-Palaye, sont la monnoie de l’état ; il est aussi dangereux de la hausser à l’excès que de la baisser.

Enfin, l’an 1693 est la date de l’institution de l’ordre de S. Louis.

Loin d’entrer dans les détails sur ces divers ordres, je me borne à deux réfléxions.

1°. Les ordres militaires de chevalerie, comme ceux du temple, ceux de malthe, l’ordre teutonique & tant d’autres, sont une imitation de l’ancienne chevalerie qui joignoit les cérémonies religieuses aux fonctions de la guerre. Mais cette espece de chevalerie fut absolument différente de l’ancienne. Elle produisit en effet les ordres monastiques & militaires fondés par les papes, possédant des bénéfices, astreints aux trois vœux des moines. De ces ordres singuliers, les uns ont été grands conquérans, les autres ont été abolis pour leurs débauches ou leur puissance ; d’autres ont subsisté avec éclat.

2°. Les souverains ont dans leur main un moyen admirable de payer les services considérables que les sujets ont rendus à l’état, en honneurs, en dignités, & en rubans, plutôt qu’en argent ou autres semblables récompenses. « Ç’a été, dit Montagne, une belle invention, & reçûe en la plûpart des polices du monde, d’établir certaines marques vaines & sans prix, pour en honorer & récompenser la vertu ; comme sont les couronnes de laurier, de chêne, de myrte, la forme de certain vêtement, le privilege d’aller en coche par ville, ou de nuit avec flambeau, quelque assiette particuliere aux assemblées publiques, la prérogative d’aucuns surnoms & titres, certaines marques aux armoiries, & choses semblables, de quoi l’usage a été diversement reçu, selon l’opinion des nations, & dure encore. Nous avons pour notre part & plusieurs de nos voisins, les ordres de chevalerie qui ne sont établis qu’à cette fin. Il est beau de reconnoître la valeur des hommes, & de les contenter par des payemens qui ne chargent aucunement le public, & qui ne coûtent rien au prince, & ce qui a été toujours connu par expérience ancienne, & que nous avons autrefois aussi pû voir entre nous, que les gens de qualités avoient plus de jalousies de telles récompenses, que de celles où il y avoit du gain & du profit, cela n’est pas sans raison & sans apparence. Si au prix qui doit être simplement d’honneur, on y mêle d’autres commodités & de la richesse, ce mélange au lieu d’augmenter l’estimation, il la ravale, & en retranche...... La vertu embrasse & aspire plus volontiers à une récompense purement sienne, plutôt glorieuse qu’utile ; car à la vérité les autres dons n’ont pas leur usage si digne, d’autant qu’on les emploie à toutes sortes d’occasions. Par des richesses on satisfait le service d’un valet, la diligence d’un courier ; le danser, le voltiger, le parler, & les plus vils offices qu’on reçoive : voire & le vice s’en paye, la flaterie, le maquerélage, la trahison ; ce n’est pas merveille, si la vertu reçoit & desire moins volontiers cette sorte de monnoie commune, que celle qui lui est propre & particuliere, toute noble & généreuse ». (D. J.)

Ordre militaire ; c’est en France l’ordre de S. Louis que Louis XIV. établit en 1693, pour récompenser les officiers de ses troupes, & leur donner une marque de distinction particuliere sur les autres états. Ceux qui sont revêtus de cet ordre font appellés chevaliers de S. Louis : ils portent à la boutonniere de leur habit & sur l’estomac une croix d’or, sur laquelle il y a l’image de S. Louis, elle y est attachée avec un ruban couleur de feu.

Il y a dans l’ordre de S. Louis huit grands-croix & vingt-quatre commandeurs. Les grands-croix portent leur croix attachée à un ruban large de couleur de feu qu’ils mettent en écharpe ; & outre cela, ils portent une croix en broderie d’or sur leur habit & sur leur manteau. Pour les commandeurs, ils portent aussi leur croix en echarpe, mais ils n’en ont point de brodée sur leurs habits. Le roi est le grand maître de cet ordre, M. le Dauphin en est revêtu, & tous les héritiers présomptifs de la couronne doivent la porter.

Il y a des commandeurs qui ont 4000 l. de pension & d’autres 3000 liv. il y a aussi un nombre de simples chevaliers qui ont des pensions, mais elles sont moins considérables. (Q)

Ordre de Calatrava, (Hist. des ordres.) je n’ajoute qu’un mot ; cet ordre n’est plus aujourd’hui ni religieux ni militaire, puisqu’on peut s’y marier une fois, & qu’il ne consiste que dans la jouissance de plusieurs commanderies en Espagne. Voyez Calatrava, Ordre de. (D. J.)

Ordre du Chardon ou de S. André, (Hist. mod.) est un ordre militaire d’Ecosse, institué, à ce que disent quelques-uns, par Hungus ou Hungo, roi des Pictes, après la victoire qu’il remporta sur Athelstan. Voyez Chevalier.

La légende porte, que pendant la bataille, une croix de S. André, patron d’Ecosse, apparut à Hungus qui en conçut un bon augure, décora son étendart de la figure de cette croix ; & après le gain de la bataille, institua un ordre de chevaliers, dont le collier est d’or entrelacé de fleurs de chardons & de branches de ruë.

Au bas du collier pend une médaille sur laquelle on voit l’image de S. André, ayant sa croix sur la poitrine avec cette devise, nemo me impunè lacesset, personne ne me défie impunément.

D’autres racontent differemment l’origine de cet ordre, & nous assurent qu’il fut institué après la conclusion d’une paix entre Charles VII, roi de France, d’une part, & le roi d’Écosse de l’autre.

L’abbé Justiniani remonte plus haut, & prétend qu’il fut institué par Achaius I, roi d’Écosse en 809, lequel après avoir conclu une alliance avec Charlemagne, prit pour sa devise le chardon avec ces mots, nemo me impunè lacesset, laquelle devise est effectivement celle de l’ordre : il ajoute que le roi Jacques IV. renouvella cet ordre, & le mit sous la protection de S. André.

L’ordre n’est composé que de douze chevaliers, & du roi qui en est le chef & le souverain ; ils portent un ruban verd au bas duquel pend un chardon d’or couronné dans un cercle d’or, avec l’inscription de la devise. (H)

Ordre de d’Eléphant, est un des ordres militaires des rois de Dannemark ; on l’appelle ainsi, parce que ses armes sont un éléphant. Il y a bien des sentimens sur l’origine de l’institution de cet ordre. Mennenius & Hocpingius l’attribuent à Christien IV. qui fut elu roi en 1584 ; Selden & Imhof à Frederic Il elu en 1542 ; Gregorio Leti à Frederic I. qui regna vers 1530, Berhard Rebolledus à Jean I. qui commença à regner en 1478 ; Bechman & Ianus Bicherodrus soutiennent que Camit VI. en est le premier instituteur, & que c’est aux croisades qu’il en faut rapporter l’origine. Il est certain qu’en 1494. l’ordre de l’éléphant subsistoit. Cet ordre s’appella d’abord l’ordre de sainte Marie, & celui de l’éléphant sous Christien I. ce qui donna occasion à son institution, fut une action courageuse de quelques-uns des Danois qui tuerent un éléphant dans une guerre que Canut soutint contre les Sarrasins. Cet ordre a toujours été sous la protection de la sain e Vierge, & s’appelle encore à présent l’ordre de sainte Marie. Au dessous de l’éléphant pend une image de la sainte Vierge, environnée de rayons. Plusieurs princes augmenterent cet ordre. Frederic II. créa beaucoup de chevaliers à la cérémonie de son couronnement. Christien V. en fit autant, & l’orna beaucoup : les chevaliers portent un collier d’où pend un éléphant d’or, émaillé de blanc, le dos chargé d’un château d’argent, maçonné de sable. L’éléphant est porté sur une terrasse de sinople, émaillée de fleurs. Les rois de Dannemark ne font point de chevaliers de l’éléphant que le jour de leur couronnement.

Ordre du S. Esprit, est un ordre de chevalerie institué par Henri III. en 1579, il devoit être composé de cent chevaliers seulement. Pour y être admis, il falloit faire preuve de trois races de noblesse. Le grand maître & les commandeurs sont revétus les jours de cérémonies, de longs manteaux, faits à la façon de ceux qui se portent le jour de S. Michel. Ils sont de velours noir, garnis tout-autour d’une broderie d’or & d’argent qui représente des fleurs de lis, & forme des nœuds d’or entre trois divers chiffres d’argent, & au-dessus de ces chiffres, de ces nœuds & de ces fleurs de lis, il y a des flammes d’or semées de part en part. Ce grand manteau est garni d’un mantelet de toile d’argent verte, couverte d’une broderie semblable à celle du grand manteau, excepté qu’au lieu de chiffres, il y a des colombes d’argent. Ces manteaux & mantelets sont doublés de satin jaune orangé, ils se portent retroussés du côté gauche, & l’ouverture est du côté droit. Le grand maître & les commandeurs portent des chausses & des pourpoints blancs, façonnés à leur discrétion ; ils ont un bonnet noir surmonté d’une plume blanche, & mettent à découvert sur leurs manteaux le grand collier de l’ordre qui leur a été donné lors de leur réception.

Le chancelier est vétu de même que le commandeur, excepté qu’il n’a pas le grand collier, mais seulement la croix cousue sur le devant de son manteau, & celle d’or pendante au col. Le prevôt, le grand trésorier & le greffier ont aussi des manteaux de velours noir & le mantelet de toile d’argent verte, qui ne sont brodés que de quelques flammes d’or. Ils portent aussi la croix de l’ordre cousue & celle d’or pendante au col ; le héraut & huissiers ont des manteaux de satin & le mantelet de velours verd, bordé de flammes comme ceux des autres officiers. Le héraut porte la croix de l’ordre avec son émail pendue au col, & l’huissier une croix de l’ordre, mais plus petite que celle des autres officiers.

Les prélats, commandeurs & officiers portent la croix cousue sur le côté gauche de leurs manteaux, robes & autres habillemens de dessus. Le grand maître qui est le roi la porte aux habillemens de dessous, au milieu de l’estomac quand bon lui semble, & en ceux de dessus au côté gauche de même grandeur que les commandeurs. Elle est faite en forme de croix de malte en broderie d’argent, au milieu il y a une colombe figurée, & aux angles des rais & des fleurs de lis brodées en argent. C’est un des statuts irrévocables de l’ordre, de porter toujours la croix aux habits ordinaires avec celle d’or au col pendante à un ruban de soie, de couleur bleu céleste, & l’habit aux jours destinés. Les cardinaux, prélats, commandeurs & officiers portent aussi une croix de l’ordre pendante au col & au même ruban. La croix est de la forme de celle de malte, toute d’or, émaillée de blanc par les bords, & le milieu sans émail : dans les angles il y a une fleur de lis ; mais sur le milieu ceux qui sont chevaliers de l’ordre de S. Michel, en portent la marque d’un côté, & de l’autre une colombe. Les cardinaux & les prélats qui ne sont point de cet ordre portent une colombe des deux côtés.

Le collier de l’ordre du S. Esprit est d’or fait à fleurs de lis avec trois différens chiffres entrelacés de nœuds de la façon de la broderie du manteau. Il est toujours du poids de deux cens écus ou environ, sans être enrichi de pierreries ni d’autres choses. Les commandeurs ne le peuvent vendre, engager ni aliéner, pour quelque nécessité ou cause que ce soit, parce qu’il appartient à l’ordre & lui revient après la mort de celui qui le portoit. Avant que de recevoir l’ordre du S. Esprit, les commandeurs reçoivent celui de S. Michel ; c’est pourquoi leurs armes sont entourées de deux colliers. En 1664. le roi fixa le nombre des chevaliers à cent. Les officiers sont le chancelier & garde des sceaux, le prévot & grand maître des cérémonies, le grand trésorier, le greffier, les intendans, le généalogiste de l’ordre, le roi d’armes, les hérauts & les huissiers. Les chevaliers portent le cordon bleu de droite à gauche, & les pairs ecclésiastiques en forme de collier pendant sur l’estomac.

Ordre de la Table ronde, (Histoire de la Chevalerie.) ordre de chevalerie célebre dans les ouvrages des écrivains de romans, qui en attribuent l’institution au roi Arthur. Quoiqu’on ait bâti divers récits fabuleux sur ce fondement, il ne s’ensuit point que l’institution de cet ordre doive entierement passer pour chimérique ; il n’est pas contre la vraissemblance, qu’Arthur ait institué un ordre de chevalerie dans la Grande-Bretagne, puisque dans le même siecle, Théodoric, roi des Ostrogots, en avoit institué un en Italie. Arthur a été sans doute un grand capitaine ; c’est dommage que ses actions ayent servi de base à une infinité de fables qu’on a publiées sur son sujet, au lieu que sa vie méritoit d’être écrite par des historiens sensés. (D. J.)

Ordre teutonique, (Hist. mod.) est un ordre militaire & religieux de chevaliers. Il fut institué vers la fin du xij. siecle, & nommé teutonique, à cause que la plûpart de ses chevaliers sont allemands ou teutons. Voyez Chevalier & Ordre.

Voici l’origine de cet ordre. Pendant que les Chrétiens, sous Guy de Lusignan, faisoient le siege d’Acre, ville de la Syrie, sur les frontieres de la Terre-sainte, auquel siege se trouvoient Philippe-Auguste roi de France, Richard roi d’Angleterre, & quelques seigneurs allemands de Bremen & de Lubec, on fut touché de compassion pour les malades & blessés qui manquoient du nécessaire, & on établit un espece d’hôpital sous une tente faite d’un voile de navire, où l’on exerça la charité envers les pauvres soldats.

C’est ce qui fit naître l’idée d’instituer un troisieme ordre militaire, à l’imitation des templiers & des hospitaliers. Voyez Templier & Hospitalier.

Ce dessein fut approuvé par le patriarche de Jérusalem, par les évêques & archevêques des places voisines, par le roi de Jérusalem, par les maîtres du temple & de l’hôpital, & par les seigneurs & prélats allemands qui se trouvoient pour lors dans la Terre-sainte.

Ce fut du consentement commun de tous ces personnages, que Frédéric duc de Souabe, envoya des ambassadeurs à son frere Henri roi des Romains, pour qu’il sollicitât le pape de confirmer cet ordre nouveau. Celestin III. qui gouvernoit l’Eglise, accorda ce qu’on lui demandoit, par une bulle du 23 Février 1191 ou 1192 ; & le nouvel ordre fut appellé l’ordre des chevaliers teutoniques de l’hospice de sainte-Marie de Jérusalem.

Le pape leur accorda les mêmes privileges qu’aux templiers & aux hospitaliers de S. Jean, excepté qu’il les soumit aux patriarches & autres prélats, & qu’il les chargea de payer la dixme de ce qu’ils possédoient.

Le premier maître de l’ordre, Henri de Walpot, élu pendant le siege d’Acre, acheta, depuis la prise de cette ville, un jardin où il bâtit une église & un hôpital, qui fut la premiere maison de l’ordre teutonique, suivant la relation de Pierre de Duisbourg, prêtre du même ordre. Jacques de Vitry s’éloigne un peu de ce fait historique, en disant que l’ordre teutonique fut établi à Jérusalem, avant le siege de la ville d’Acre.

Hartknoch, dans ses notes sur Duisbourg, concilie ces deux opinions, en prétendant que l’ordre teutonique fut institué d’abord à Jérusalem par un particulier, allemand de nation ; que cet ordre fut confirmé par le pape, par l’empereur & par les princes pendant le siege d’Acre ; & qu’après la prise de cette ville, cet ordre militaire devint considérable & se fit connoître par tout le monde.

S’il est vrai que cet ordre fut institué d’abord par un particulier, auquel se joignirent ceux de Bremen & de Lubec, qui étoient alors dans la ville de Jérusalem, on ne peut savoir au juste l’année de son origine.

L’ordre ne fit pas de grands progrès sous les trois premiers grands-maîtres, mais il devint extrèmement puissant sous le quatrieme, nommé Hermand de Saltz, au point que Conrade, duc de Mazovie & de Cujavie, lui envoya des ambassadeurs pour lui demander son amitié & du secours, & pour lui offrir & à son ordre, les provinces de Culm & de Livonie, avec tous les pays qu’ils pourroient recouvrer sur les Prussiens idolâtres qui désoloient ses états par des incursions continuelles, & auxquels il opposa ces nouveaux chevaliers, parce que ceux de l’ordre de christ ou de Dobrin, qu’il avoit institués dans la même vue, étoient trop foibles pour exécuter ses desseins.

De Saltz accepta la donation, & Gregoire IX. la confirma. Innocent publia une croisade pour aider les chevaliers teutons à réduire les Prussiens. Avec ce secours l’ordre subjugua, dans l’espace d’un an, les provinces de Warmie, de Natangie & de Barthie, dont les habitans renoncerent au culte des idoles ; & dans le cours de 50 ans, ils conquirent toute la Prusse, la Livonie, la Samogitie, la Poméranie, &c.

En 1204 le duc Albert institua l’ordre des chevaliers porte-glaives, qui fut uni ensuite à l’ordre teutonique, & cette union fut approuvée par le pape Gregoire IX. Voyez Porte-glaives.

Waldemar III. roi de Danemarck, vendit à l’ordre la province d’Estein, les villes de Nerva & de Wessamberg, avec quelques autres provinces.

Quelque tems après, une nouvelle union mit de grandes divisions dans l’ordre : cette union se fit avec les évêques & les chanoines de Prusse & de Livonie, lesquels en conséquence prirent l’habit de l’ordre, & partagerent la souveraineté avec les chevaliers dans leurs diocèses.

L’ordre se voyant maître de toute la Prusse, il fit bâtir les villes d’Elbing, Marienbourg, Thorn, Dantzic, Konisberg, & quelques autres. L’empereur Frédéric II. permit à l’ordre de joindre à ses armes l’aigle impérial, & en 1250 S. Louis lui permit d’écarteler de la fleur-de-lis.

Après que la ville d’Acre eût été reprise par les Infideles, le grand-maître de l’ordre teutonique en transfera son siege à Marienbourg. A mesure que l’ordre croissoit en puissance, les chevaliers vouloient croître en titres & dignités ; de sorte qu’à la fin, au lieu de se contenter, comme auparavant, du nom de freres, ils voulurent qu’on les traitât de seigneurs ; & quoique le grand-maître Conrade Zolnera de Rotestein se fût opposé à cette innovation, son successeur Conrade Wallerod, non-content de favoriser l’orgueil des chevaliers, se fit rendre à lui-même des honneurs qui ne sont dûs qu’aux princes du premier ordre.

Les rois de Pologne profiterent des divisions qui s’étoient mises dans l’ordre : les Prussiens se revolterent ; & après des guerres continuelles entre les chevaliers & les Polonois, les premiers céderent au roi Casimir la Prusse supérieure, & conserverent l’inférieure, à condition de lui en faire hommage.

Enfin, dans le tems de la réformation, Albert, marquis de Brandebourg, grand-maître de l’ordre, se rendit luthérien, renonça à la dignité de grand-maître, détruisit les commanderies, & chassa les chevaliers de la Prusse.

La plûpart des chevaliers suivirent son exemple, & embrasserent la réformation : les autres transfererent le siege du grand-maître à Margentheim ou Mariendal en Franconie, où le chef-lieu de l’ordre est encore aujourd’hui.

Ils y élurent pour leur grand-maître Walter de Cromberg, intenterent un procès contre Albert, que l’empereur mit au ban de l’empire : cependant l’ordre ne put jamais recouvrer ses domaines ; & aujourd’hui les chevaliers ne sont tout-au-plus que l’ombre de ce qu’ils étoient autrefois, n’ayant que trois ou quatre commanderies, qui suffisent à-peine pour faire subsister le grand-maître & ses chevaliers.

Pendant que l’ordre teutonique étoit dans sa splendeur, ses officiers étoient le grand-maître, qui faisoit son séjour à Mariendal, & qui avoit sous lui le grand-commandeur, le grand-maréchal, résidant à Conigsberg, le grand-hospitalier, résidant à Elbing, le drapier, chargé de fournir les habits, le trésorier vivant à la cour du grand maître, & plusieurs autres commandeurs, comme ceux de Thorn, de Culm, de Brandebourg, de Conigsberg, d’Elbing, &c.

L’ordre avoit aussi des commandeurs particuliers dans les châteaux & dans les forteresses, des avocats, des pourvoyeurs, des intendans, des moulins, des provisions, &c.

Waisselms, dans ses annales, dit que l’ordre avoit 28 commandeurs de villes, 46 de châteaux, 81 hospitaliers, 35 maîtres de couvens, 40 maîtres d’hôtels, 37 pourvoyeurs, 93 maîtres de moulins, 700 freres ou chevaliers pour aller à l’armée, 162 freres de chœur ou prêtres, 6200 serviteurs ou domestiques, &c.

Les armes de l’ordre teutonique sont une croix partie de sable chargée d’une croix potencée au champ d’argent. Saint Louis, roi de France, avoit permis d’y joindre quatre fleur-de-lis d’or ; & anciennement elles faisoient partie de leur blason, mais peu-à-peu ils ont négligé & enfin abandonné cette marque d’honneur.

Ordre de la toison d’or, (Hist. mod.) order of the golden fleece, est un ordre militaire institué par Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne en 1429. Voyez Ordre.

Il a pris son nom de la représentation de la toison d’or, que les chevaliers portent au bas d’un collier, composé de fusils & de pierres à feu. Le roi d’Espagne est le chef & grand-maître de l’ordre de la toison, en qualité de duc de Bourgogne. Le nombre des chevaliers est fixé à trente & un. On dit qu’il fut institué à l’occasion d’un gain immense que le duc de Bourgogne fit sur les laines. Les Chimistes prétendent que ce fut pour un mystere de chimie, à l’imitation de cette fameuse toison d’or des anciens, qui, selon les initiés dans cet art, n’étoit autre chose que le secret de l’élixir écrit sur la peau d’un mouton.

Olivier de la Marche dit qu’il remit en mémoire à Philippe I. archiduc d’Autriche, pere de l’empereur Charles V. que Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne, son aïeul, avoit institué l’ordre de la toison d’or, dans la vue de celle de Jason, & que Jean Germain, évêque de Châlons sur Saône, & chancelier de l’ordre, étant venu sur ces entrefaites, le fit changer de sentiment, & déclara au jeune prince que cet ordre avoit été institué en mémoire de la toison de Gédéon. Mais Guillaume, évêque de Tournai, qui étoit aussi chancelier de l’ordre, prétend que le duc de Bourgogne eut pour objet la toison d’or de Jason, & celle de Jacob ; c’est-à-dire, ces brebis tachetées de diverses couleurs que ce patriarche eut pour sa part, suivant l’accord qu’il avoit fait avec son beau-pere Laban ; ce qui a donné lieu à ce prélat de faire un gros ouvrage en deux parties. Dans la premiere, sous le symbole de la toison de Jason, il parle de la vertu de magnanimité dont un chevalier doit faire profession ; & sous le symbole de la toison de Jacob, de la vertu de justice.

Paradin a suivi ce sentiment, en disant que le duc voulut insinuer que la conquête fabuleuse que l’on dit que Jason fit de la toison d’or, n’étoit autre chose que la conquête de la vertu, qu’on ne peut acquérir sans vaincre les monstres horribles, qui sont les vices & les affections désordonnées.

Dans la premiere institution, les chevaliers portoient un manteau d’écarlate fourré d’hermine. Maintenant leur habit de cérémonie est une robe de toile d’argent, un manteau de velours cramoisi rouge, & un chaperon de velours violet. La devise est, pretium non vile laborum, qui semble faire allusion aux travaux que Jason & ses compagnons surmonterent pour enlever la toison, & dont elle fut le prix.

Ordre de bataille, c’est la disposition ou l’arrangement des troupes de l’armée pour combattre. Voyez Armée.

On a donné (article Armée) l’ordre ordinaire sur lequel les troupes sont mises en bataille, c’est-à-dire, sur deux lignes avec des reserves, la cavalerie également distribuée aux aîles, & l’infanterie au centre. Dans cet ordre les bataillons & les escadrons forment des lignes tant pleines que vuides ; les troupes de la seconde ligne sont placées derriere ou en face des intervalles de celle de la premiere.

Comme ces intervalles, lorsqu’ils sont égaux au front des bataillons & des escadrons, augmentent considérablement le front de l’armée, M. le maréchal de Puysegur prétend qu’il faut les réduire à dix toises pour les bataillons, & à six pour les escadrons. Voyez Intervalle. Dans cet état, toutes les parties de l’armée étant plus réunies, il en résulte plus de force pour l’ordre de bataille. Mais on peut encore le rendre plus formidable en combattant en ligne pleine. Voyez Armée & Ligne pleine. Ce dernier ordre a cependant un inconvénient, c’est que si la ligne pleine est rompue, il est presque impossible de rétablir le désordre : mais en formant derriere une seconde ligne, comme une espece de reserve partagée en plusieurs grandes parties propres à soutenir la premiere dans les endroits où elle peut être forcée, ou a de cette maniere, l’avantage d’attaquer l’ennemi dans un ordre plus fort, & celui de pouvoir remédier, comme dans l’ordre en lignes tant pleines que vuides, aux accidens qui peuvent arriver à la premiere ligne.

L’usage ordinaire de mettre la cavalerie aux aîles, & l’infanterie au centre, n’est pas généralement approuvé, parce qu’alors chaque armée, ou chaque espece de troupe est abandonnée à sa propre force ; c’est-à-dire, que la cavalerie ne soutient point l’infanterie, & celle-ci la cavalerie. Voyez Infanterie.

Montecuculi, le chevalier Folard, M. de Santa-Crux, M. de Puysegur & plusieurs autres militaires habiles, auxquels cet inconvénient n’a point échappé, ont proposé différentes manieres d’y remédier. Suivant le célébre commentateur de Polybe, il faut mêler dans l’ordre de bataille la cavalerie & l’infanterie, de maniere que ces différentes troupes occupent alternativement des parties de chaque ligne ; que la cavalerie de la seconde soit derriere l’infanterie de la premiere, & cette même troupe de la seconde ligne derriere la cavalerie qui est en premiere ligne. Par cet arrangement les deux différentes especes de troupes de l’armée se soutiennent réciproquement. Ce mélange devient d’autant plus important, que la cavalerie de l’ennemi est en plus grand nombre & meilleure que celle qu’on peut lui opposer. Voyez sur ce sujet les élémens de Tactique, où l’on est entré dans un grand détail sur la maniere de faire le mélange de la cavalerie & de l’infanterie dans l’ordre de bataille.

Il est difficile de fixer des regles générales & constantes pour l’arrangement des troupes dans l’ordre de bataille. Cet ordre, comme le dit Onosander, doit être relatif à l’espece d’armes, de troupes & des lieux qu’occupe l’ennemi. L’habileté du général consiste à regler ses dispositions selon les circonstances dans lesquelles il trouve l’armée opposée. Le coup d’œil doit lui faire prendre dans le moment le parti le plus avantageux, suivant la situation de l’ennemi. Si l’on s’apperçoit qu’il ait mis ses principales forces au centre, ou aux aîles, on doit s’arranger pour lui opposer plus de résistance dans ces endroits, & faire en sorte que chaque espece de troupe soit opposée à celles de même nature de l’armée qu’on veut combattre.

Il est aisé de s’appercevoir par le simple exposé de ces principes, que les ordres de bataille doivent varier d’une infinité de manieres. Mais malgré leur nombre & leur diversité, il y a certaines regles qui servent de base à ces différens ordres, & dont on ne peut s’écarter sans inconvénient : voici en quoi elles consistent.

1°. Il faut toujours que les aîles de l’armée soient à l’abri des entreprises de l’ennemi. Une aîle détruite expose le reste à l’être également ; car il est très-difficile de se soutenir contre une attaque de front & de flanc.

Pour éviter cet inconvenient, la méthode ordinaire est d’appuyer les aîles à quelque fortification naturelle qui les garantisse d’être tournées ou enveloppées ; comme par exemple, à un marais reconnu pour impratiquable, à une riviere qu’on ne peut passer à gué, à un bois bien garni d’infanterie, à un village bien fortifié, à des hauteurs dont le sommet est occupé par de bonnes troupes, de l’artillerie, &c.

Il est évident que les aîles de l’armée dans cette disposition, ne peuvent guere éprouver de danger de l’ennemi ; mais comme cette espece de fortification est permanente, & que l’armée peut être obligée d’avancer ou de reculer, il arrive que si elle change de terrein, elle perd la protection de ses aîles. Pour éviter cet inconvenient M. le chevalier de Folard propose de les couvrir par des colonnes d’infanterie ; ces colonnes pouvant suivre tous les mouvemens de l’armée, elles forment une espece de fortification ambulante dont les aîles sont par-tout également protégées. Cette façon de les couvrir est beaucoup plus avantageuse que celle qu’on suit ordinairement, qui ne devroit avoir lieu que lorsqu’on est attaqué par l’enemi dans un bon poste qu’on ne pourroit abandonner sans s’affoiblir. « La situation naturelle, dit Montecuculi, peut, à la vérité, assurer les flancs ; mais cette situation n’étant pas mobile, & n’étant pas possible de la traîner après soi, elle n’est avantageuse qu’à celui qui veut attendre le choc de l’ennemi, & non à celui qui marche à sa rencontre, ou qui va le chercher dans son poste ».

2°. Il faut éviter d’être débordé par l’armée ennemie, ou, ce qui est la même chose, lui opposer un front égal, en observant néanmoins de ne pas trop dégarnir la seconde ligne, & de se conserver des réserves pour soutenir les parties qui peuvent en avoir besoin.

Lorsqu’il n’est pas possible de former un front égal à celui de l’ennemi, il faut encore plus d’attention pour couvrir les aîles : outre les colonnes de M. le chevalier de Folard, qui sont excellentes dans ce cas, on peut y ajouter des chevaux de frise, des chariots, ou quelqu’autre espece de retranchement que l’ennemi ne puisse ni forcer ni tourner.

3°. Chaque troupe doit être placée sur le terrein qui convient à sa maniere de combattre. Ainsi l’infanterie doit occuper les lieux fourrés ou embarrassés, & la cavalerie ceux qui sont libres & ouverts.

4°. Lorsqu’il y a des villages à portée de la ligne que l’ennemi ne peut pas éviter, on doit les fortifier, les bien garnir d’infanterie & de dragons pour rompre les premiers efforts de l’ennemi ; mais ces villages doivent être assez près de la ligne pour en être soutenus, & pour que les troupes puissent la rejoindre, si elles sont obligées de les abandonner.

Si les villages sont trop éloignés pour la communication des troupes avec le reste de l’armée, & que l’ennemi, en s’y établissant, puisse y trouver quelque avantage pour fortifier son armée, on doit les raser de bonne heure ; ne point se contenter d’y mettre le feu, qui ne fait que détruire les portes & les toîts des maisons, mais renverser les murailles qui peuvent servir de couvert & de retranchement aux troupes ennemies.

5°. Observer que toutes les parties de l’armée aient des communications sûres & faciles pour se soutenir réciproquement, & que les réserves puissent se porter par-tout où leur secours pourra être nécessaire : on doit aussi avoir attention de les placer de maniere que les troupes ne puissent point se renverser sur elles, & les mettre en desordre, & qu’il n’y ait point de bagage entre les lignes ni derriere, qui incommode l’armée dans ses mouvemens.

6°. Profiter de toutes les circonstances particulieres du champ de bataille, pour que l’armée ne présente aucune partie foible à l’ennemi : un général doit considérer le terrein qu’occupe son armée, comme une place qu’on veut mettre en état de défense de tous côtés ; l’artillerie doit être placée dans les lieux les plus favorables pour causer la plus grande perte qu’il est possible à l’ennemi.

7°. Comme, malgré la bonne disposition des troupes, il arrive dans les batailles des événemens imprévus qui décident souvent du succès, on doit prendre de bonne heure toutes les précautions convenables pour qu’aucune troupe ne soit abandonnée à elle-même, & se ménager des ressources pour soutenir le combat ; ensorte que, s’il faut céder, on ne le fasse au-moins qu’après avoir fait usage de toutes ses forces. C’est pourquoi on ne sauroit trop insister sur la nécessité des réserves. Si le centre, ou l’une des aîles a plié, la seconde ligne ou les réserves, peuvent rétablir l’affaire ; mais il faut pour cet effet des troupes fermes, valeureuses, bien exercées dans les manœuvres militaires, & conduites par des officiers habiles & expérimentés. Alors on peut rétablir le premier desordre, & même faire perdre à l’ennemi l’espérance de la victoire qu’un premier succès auroit pû lui donner. Voyez Guerre. Il est important que le champ de bataille soit bien connu, afin de juger des lieux propres à chaque espece de troupe, selon les différens endroits où l’on peut les employer.

8°. Pour soutenir plus sûrement l’armée & la rendre encore plus respectable à l’ennemi, les redoutes en-avant, fortifiées d’un fossé & placées judicieusement, sont d’un excellent usage. Elles doivent être garnies d’un nombre suffisant d’artillerie & de soldats, pour n’être point emportées par une premiere attaque. Si quelque partie de l’armée se trouve enfoncée, les troupes des redoutes doivent prendre l’ennemi en flanc & de revers, & lui causer une grande perte ; elles ne peuvent guere manquer de le gêner dans ses mouvemens, de les rendre plus lents, & de donner le tems aux corps qui ont plié de se rallier pour le repousser. M. le maréchal de Saxe faisoit grand cas des redoutes dans ces circonstances. M. le marquis de Santa-Crux, qui a écrit avant cet illustre général, en parle également d’une maniere très-avantageuse dans ses réflexions militaires.

Il est difficile de ne pas penser sur ce sujet comme ces célebres auteurs. Car les redoutes ont cet avantage d’assurer la position de l’armée, de maniere qu’elle a différens points d’appui ou de réunion, capables d’arrêter les premiers efforts de l’ennemi, & de protéger par leur feu l’armée qui les soutient.

9°. S’il y a quelque partie de l’armée qu’on veuille éviter de faire combattre, on doit la couvrir d’une riviere, d’un marais, ou, au défaut de cette fortification naturelle, de chevaux de frise, puits, retranchemens, &c. de maniere que l’ennemi ne puisse pas en approcher. Ainsi supposant qu’on se propose d’attaquer par la droite, & que, pour la fortifier, on soit obligé de dégarnir sa gauche, on la couvre de maniere que l’ennemi ne puisse point en approcher, & l’on fait alors à la droite les plus grands efforts avec l’élite de ses troupes.

Il est évident que de cette maniere un général peut s’arranger pour ne combattre qu’avec telle partie de son armée qu’il juge à propos.

Il y a des situations où le général peut juger que toutes les parties de la ligne de l’ennemi ne seront pas également en état de combattre. Dans ce cas, son attention doit être de dégarnir les endroits les moins exposés pour fortifier ceux qui le sont plus. Mais ce mouvement doit être caché autant qu’il est possible à l’ennemi ; car, s’il s’apperçoit de cette manœuvre, il en use de même, & tout devient alors égal de part & d’autre.

On peut voir dans M. de Feuquiere qu’un général voyant l’ennemi dégarnir sa droite pour fortifier sa gauche, ne put être engagé à en user de même pour fortifier sa droite, qu’il garda toûjours la même disposition : d’où il arriva que les troupes de cette droite se trouvant attaquées par la gauche opposée, très supérieure en nombre, ne put, malgré l’extrème valeur des corps les plus distingués qui y étoient placés, se soutenir contre le grand nombre qu’ils avoient à combattre.

10°. Une attention encore très-importante dans la disposition des troupes en bataille, c’est de conserver toûjours derriere la seconde ligne & les réserves, un espace de terrein assez étendu pour que les troupes ne soient point gênées dans leurs manœuvres ; que si, par exemple, la premiere ligne est forcée de plier, elle trouve derriere la seconde assez de place pour se rallier & se reformer. Sans cette attention, la déroute de la premiere ligne ne peut guere manquer d’occasionner celle de toute l’armée.

Telles sont en général les principales observations qui peuvent servir de base à la disposition des troupes dans l’ordre de bataille : la nature du terrein doit décider de leur arrangement particulier. C’est pourquoi on ne peut trop s’appliquer à le connoître parfaitement, pour en tirer tous les avantages qu’il peut procurer.

Les anciens comptoient sept dispositions générales des armées pour combattre ; elles sont rapportées par Vegece, liv. III. ch. xx.

La premiere, est celle du quarré long, que nous avons donné à l’article Armée. Voyez ce mot. Ceux qui sont habiles dans la science des armes, dit Vegece, ne la jugent point, cette disposition, la meilleure, parce que dans l’étendue que l’armée occupe il ne se rencontre pas toûjours un terrein égal qui lui permette de marcher également ; ayant ainsi des parties plus avancées les unes que les autres, & formant une espece de ligne courbe, il arrive souvent qu’elle est rompue ou percée. D’ailleurs cet ordre a l’inconvenient, si l’ennemi est supérieur, d’exposer l’armée à être prise en flanc & battue à l’une ou l’autre des aîles, ce qui entraîne la défaite du centre ou du corps de bataille. Vegece prétend qu’il ne faut se servir de l’ordre dont il s’agit ici, que lorsque par la bonté & la supériorité des troupes, on est en état de tourner l’ennemi par ses deux aîles & de l’enfermer de tous côtés : il est d’autant plus desavantageux que les troupes en ligne ont de plus grands intervalles entr’elles. L’armée, pour peu qu’elle soit considérable, présente alors un front d’une longueur excessive ; toutes ses différentes parties sont trop éloignées les unes des autres pour se soutenir mutuellement. La seconde ligne qui est dans un ordre aussi foible, répare rarement le desordre de la premiere ; & comme le succès du combat dépend presque toûjours par cette raison de celui de la premiere ligne, il paroît que pour fortifier cet ordre autant qu’il est possible, il faut, comme on l’a deja dit, combattre en ligne pleine & fortifier cette ligne par des réserves de cavalerie & d’infanterie.

La seconde disposition générale est l’ordre oblique ou de biais. Dans cet ordre on engage le combat avec l’aîle droite, pendant que l’autre se refuse à l’ennemi. Cette disposition peut servir à faire remporter la victoire à un petit nombre de bonnes troupes, qui sont obligées d’en combattre de plus nombreuses.

Pour cet effet, les deux armées étant en présence & marchant pour se charger, on tient sa gauche (si l’on veut faire combattre sa droite) hors de la portée des coups de l’ennemi, & l’on tombe sur la gauche de l’armée opposée avec tout ce qu’on a de plus braves troupes, dont on a eu soin de fortifier sa droite.

On tâche de faire plier la gauche de l’ennemi, de la pousser, & même de l’attaquer par-derriere.

Lorsqu’on peut y mettre du desordre & la faire reculer, on parvient aisément avec le reste des troupes qui soutiennent l’aîle qui a engagé le combat, à remporter la victoire, & cela sans que le reste de l’armée ait été exposé.

Si l’ennemi se sert le premier de cette disposition, on fait passer promptement à la gauche la cavalerie & l’infanterie qui est en réserve derriere l’armée, & l’on se met ainsi en état de lui résister.

Cet ordre de bataille est regardé par tous les auteurs militaires comme un des meilleurs moyens de s’assurer de la victoire. C’est, dit M. le chevalier de Folard, tout ce qu’il y a de plus à craindre & de plus rusé dans la Tactique.

On peut voir dans l’art de la guerre de M. le maréchal de Puysegur, le cas qu’il faisoit de cet ordre. Comme la charge des troupes doit se faire de front & non pas obliquement, cet illustre auteur observe que la partie avancée de la ligne oblique, destinée à charger l’ennemi, doit prendre une position parallele au front qu’elle veut attaquer, dans le moment qu’elle se trouve à portée de tomber sur lui. Les autres parties de la ligne doivent alors se mettre en colonne pour soutenir celle qui a commencé l’attaque, & avoir attention de se tenir toûjours hors de la portée du fusil de la ligne ennemie.

Ce même auteur donne dans son livre une disposition pour l’attaque du poste de M. de Mercy à Nordlingen. Montécuculi propose aussi le même ordre dans ses principes sur l’art militaire : « Si l’on veut, dit cet habile général, avec son aîle droite, battre la gauche de l’ennemi, ou au contraire, on mettra sur cette aîle le plus grand nombre & les meilleures de ses troupes, & on marchera à grands pas de ce côté-là, les troupes de la premiere & de la seconde ligne avançant également, au lieu que l’autre aîle marchera lentement, ou ne branlera point du tout ; parce que tandis que l’ennemi sera en suspens, ou avant qu’il s’apperçoive du stratagème, ou qu’il ait songé à y remédier, il verra son côté foible attaqué par le fort de l’ennemi, tandis que sa partie la plus forte demeure oisive, & est au désespoir de ne rien faire ». S’il se rencontre de ce côté-là quelque village, Montécuculi conseille d’y mettre le feu, pour empêcher l’ennemi d’attaquer cette aîle, & lui ôter la connoissance de ce qui se passe.

M. le marquis de Santa-Crux qui admet dans le cinquieme volume de ses réflexions militaires, cette même disposition de combattre, lorsque l’on a des troupes qui ne sont pas également bonnes, observe trois choses qu’il est bon de rapporter ici en peu de mots.

La premiere, c’est qu’il faut commencer de loin à incliner insensiblement la marche de l’aîle où l’on a mis ses meilleures troupes.

La seconde, qu’il faut toûjours mettre les troupes sur lesquelles on compte le plus vis-à-vis les foibles de l’ennemi.

Et la troisieme, « qu’il faut choisir le terrein le plus avantageux pour l’aîle qui doit attaquer, & couvrir l’autre, si la chose est possible, par un ravin, un canal, un bois, ou une montagne, afin que ces obstacles détournent les ennemis de vouloir vous attaquer par ce côté-là. Lorsque ces avantages ne se rencontrent pas, on peut couvrir cette aîle par des chevaux de frise, des tranchées ou retranchemens de charrettes, beaucoup d’artillerie ».

La troisieme disposition ne differe de la précédente, qu’en ce qu’on engage le combat par la gauche, au lieu de le faire par la droite.

La quatrieme disposition consiste à engager le combat par les deux aîles, en tenant le centre éloigné de l’ennemi.

Pour réussir dans cette disposition sans craindre pour l’infanterie, qui se trouve pour ainsi dire abandonnée de la cavalerie : voici ce qu’il faut faire selon M. le maréchal de Puységur, qui entre à ce sujet dans un détail un peu plus circonstancié que Vegece.

« Quand les armées sont à cinq ou six cens pas au plus l’une de l’autre, il faut que celle qui est supérieure en cavalerie fasse doubler le pas à ses aîles pour aller attaquer celles de l’ennemi, & qu’en marchant, son aîle droite se jette un peu sur sa gauche, pour déborder par les flancs celles qu’elles vont attaquer, en se tenant un peu obliques pour ne pas trop approcher les escadrons qui joignent l’infanterie, afin de les obliger par-là de se déplacer s’ils veulent vous venir attaquer. Alors s’ils le font, il s’ensuivra qu’ils ne seront plus protégés de l’infanterie. Dans ce cas il est constant que tout l’avantage est pour l’armée dont les aîles iront attaquer ; & comme ces charges de cavalerie sont bien-tôt décidées avant que les lignes de l’infanterie en soient venues aux mains, le combat aux aîles sera fini ».

M. de Puysegur ajoute qu’il y a plusieurs exemples de batailles dans lesquelles les aîles de cavalerie se sont ainsi chargées avant l’infanterie : mais il croit que cela est arrivé plutôt par hasard que par dessein, & il en donne une raison bien naturelle, c’est que la cavalerie allant plus vîte que l’infanterie, si ceux qui la conduisent ne la contiennent pas dans sa marche, elle est plutôt aux mains que l’infanterie.

Comme il est assez ordinaire, lorsque la cavalerie a ainsi battu celle de l’ennemi, qu’elle s’emporte toute à la poursuivre, & qu’elle compte le combat fini pour elle. M. de Puysegur observe, « que ceux qui sont habiles & qui ont des troupes dressées n’en laissent aller qu’une partie pour empêcher l’ennemi de se rallier, & qu’avec le surplus ils vont aider leur infanterie à battre celle de l’ennemi en la prenant par les flancs & par-derriere ».

La cinquieme disposition ne differe guère de la quatrieme, on couvre seulement le centre par des troupes légeres qui empechent l’ennemi d’en approcher. Cette précaution le met plus en sureté, & quel que soit l’évenement de l’attaque qui se fait par les aîles, il n’est pas absolument abandonné à lui-même.

Observons à cette occasion que les anciens faisoient de leurs troupes légeres un usage différent de celui que nous faisons des nôtres. Elles consistoient particulierement en archers & en frondeurs : ces troupes couvroient, dans l’ordre de bataille, celles qui étoient destinées à combattre de pié ferme, elles servoient à commencer le combat. Après qu’elles avoient lancé leurs traits sur l’ennemi, elles se retiroient par les intervalles des troupes en bataille, pour aller se placer derriere & agir suivant les différentes occasions : ainsi le centre dans la disposition dont il s’agit étant couvert de ces gens de trait, trouvoit une protection qui le mettoit à couvert d’une attaque brusque.

La sixieme disposition est presque semblable à la seconde & à la troisieme. Dans cet ordre on choque pour ainsi dire l’armée ennemie perpendiculairement avec une aîle fortifiée des meilleures troupes, & on tâche de la percer & de la mettre en désordre. Suivant Vegece & M. le maréchal de Puysegur, cette disposition est la plus avantageuse pour ceux qui étant inférieurs en nombre & en qualité de troupes, sont obligés de combattre.

Pour former cet ordre, l’armée étant en bataille, & s’approchant de l’ennemi, il faut joindre votre aîle droite à celle de la gauche de l’armée opposée, & combattre cette derniere aîle avec vos meilleures troupes, dont vous devez avoir garni votre droite. Pendant ce combat on doit tenir le reste de la ligne à peu-près perpendiculaire au front de l’armée ennemie : si par ce moyen on peut la prendre en flanc & par derriere, il est difficile qu’elle puisse éviter d’être battue ; car votre position presque perpendiculaire au front de cette armée, l’empêche d’être secourue par son aîle droite & par le centre. Cet ordre est assez souvent celui qu’il convient de prendre, selon Vegece & M. le maréchal de Puysegur, quand il s’agit de combattre dans une armée.

M. le chevalier de Folard prétend que ce fut sur cet ordre qu’Epaminondas combatit à Leuctres & à Mantinée ; mais au-lieu qu’à Leuctres il étoit tombé sur l’une des aîles de l’armée ennemie, à Mantinée il dirigea son attaque sur le centre, assuré, dit Xénophon, qu’avec ses meilleures troupes il enfonceroit l’ennemi, & qu’après avoir fait jour à la bataille, c’est-à-dire au centre, il donneroit l’épouvante au reste.

On peut voir dans le traité de la Colonne de M. le chevalier de Folard, la description & les plans qu’il donne de ces deux batailles.

Enfin la septieme & derniere disposition générale de Vegece, ne consiste guère qu’à se conformer au terrein pour mettre l’armée en état de se soutenir contre l’ennemi en profitant de tout ce qui peut assurer sa position, soit par des fortifications naturelles ou artificielles.

Il est évident que les sept dispositions précédentes peuvent être réduites à cinq, comme nous l’avons déjà observé dans les élémens de Tactique ; car la seconde, la troisieme & la sixieme peuvent être regardées comme la même disposition ou le même ordre. À l’égard de l’usage qu’on peut faire de ces différens ordres, il dépend des circonstances dans lesquelles on se trouve obligé de combattre. Les anciens ne s’attachoient point à les observer scrupuleusement. La science de la guerre leur en fournissoit de particuliers suivant les occasions ; ils savoient suppléer au nombre par la bonté de l’ordre de bataille, & déconcerter l’ennemi par des manœuvres inattendues, en changeant leur ordre de bataille au moment du combat. Ces manœuvres dont l’exécution étoit prompte & facile, parce que les généraux prenoient eux-mêmes le soin d’exercer & de discipliner leurs troupes, les faisoient souvent triompher du plus fort ; mais il n’y a que la science & le génie militaire qui puissent produire ces ressources : jamais la simple pratique de la guerre ne fera imaginer ces chefs-d’œuvres de conduite qu’on admire dans Scipion & Annibal, dans plusieurs autres généraux de l’antiquité, & dans quelques modernes, tels que les Condé, les Turenne, les Luxembourg, les Créqui, &c. La pratique, comme on l’a déjà dit ailleurs, ne peut donner ni le génie ni la science de la guerre ; le premier est à la vérité un don de la nature que l’art ne donne point, mais l’autre est le fruit d’une étude longue, sérieuse & réfléchie. Cette étude fournit des idées qu’il seroit fort difficile de se procurer soi-même ; par son secours on se fait un amas de préceptes & d’exemples qu’on peut appliquer ensuite selon les occasions ; c’est pourquoi nous pensons qu’on peut tirer un très-grand avantage des ordres de bataille qu’on trouve dans les historiens & dans les auteurs militaires, & cela soit qu’ils ayent été exécutés ou qu’ils soient de pure imagination, comme le sont la plûpart de ceux que M. le chevalier de Folard a insérés dans son commentaire sur Polybe. Ce n’est pas dans la vûe d’imiter absolument ces dispositions qu’on doit les étudier, mais pour en saisir l’esprit, & pour examiner la maniere dont ils répondent au but que leurs auteurs se proposoient.

On n’entrera point ici dans un plus grand détail sur ce qui concerne les ordres de bataille : cette matiere pour être traitée avec toute l’étendue dont elle est susceptible, exigeroit une espece de volume. On s’est renfermé dans les observations les plus générales & les plus essentielles. On renvoie ceux qui voudront des détails plus circonstanciés & plus étendus, à Vegece, au commentaire sur Polybe du chevalier de Folard, aux Mémoires militaires de M. Guischard, qu’il faut absolument mettre à la suite du précédent ouvrage, qui le rectifie dans beaucoup d’endroits, & qui donne des idées plus exactes de la Tactique des anciens. À ces ouvrages on fera très bien de joindre l’Art de la guerre de M. le maréchal de Puysegur, les Mémoires de Montecuculi, les Réflexions militaires de M. le marquis de Santacrux, les Mémoires de M. le marquis de Feuquieres, les Rêveries ou Mémoires sur la guerre de M. le maréchal de Saxe, &c. À l’égard de l’ordre particulier de chaque espece de troupe pour combattre, voyez Évolution ; voyez aussi Phalange & Légion.

Ordre, dans l’Art militaire, se dit du mot que l’on donne tous les jours aux troupes, voyez Mot. Ainsi aller à l’ordre, c’est aller recevoir ou prendre le mot : c’est aussi aller recevoir du général ou du commandant les ordres qu’il a à donner pour tout ce qu’il juge à propos de faire exécuter concernant le service.

À l’armée le lieutenant général de jour prend l’ordre du général ; il le donne au maréchal de camp de jour, qui le distribue au major général de l’infanterie, au maréchal des logis de la cavalerie, au major général des dragons, au général des vivres, au capitaine des guides, & au prevôt de l’armée.

Les majors de brigade de l’infanterie reçoivent l’ordre du major général, & ceux de cavalerie & de dragons du maréchal des logis de la cavalerie & du major général des dragons. Dans les places le commandant donne l’ordre & le mot au major de la place, qui le donne ensuite aux majors & aides-majors des régimens. Voyez Mot. (Q)

Ordre de marche, de bataille, &c. (Marine.) Voyez Évolutions navales.

Ordre, en terme de Commerce, de billets & de lettres de change, est un endossement ou écrit succinct que l’on met au dos d’un billet ou d’une lettre de change, pour en faire le transport & le rendre payable à un autre.

Quand on dit qu’une lettre ou billet de change est payable à un tel ou à son ordre, c’est-à-dire que cette personne peut, si bon lui semble, recevoir le contenu en cette lettre, ou en faire le transport à un autre en passant son ordre en faveur de cet autre. Voyez Endossement.

Ordre, parmi les négocians, signifie aussi le pouvoir & commission qu’un marchand donne à son correspondant ou commissionnaire de lui faire telles & telles emplettes, à tel ou tel prix, ou sous telle autre condition qu’il lui prescrit ; un commissionnaire ou correspondant qui fait quelque chose sans ordre, ou qui va au-delà de l’ordre que lui a donné son commettant, est sujet à désaveu. Voyez Commissionnaire & Correspondant.

Ordre se dit encore de la bonne regle qu’un marchand tient dans le maniement de ses affaires, écritures &c. les livres d’un marchand qui ne sont pas tenus en bon ordre, ne peuvent faire foi en justice. Diction. de commerce.

Ordre, s. m. (Archit.) c’est un arrangement régulier de parties saillantes, dont la colonne est la principale pour composer un bel ensemble. Un ordre parfait a trois parties principales, qui sont le piédestal, la colonne & l’entablement. Cependant, suivant que les circonstances le demandent, on fait des colonnes sans piédestal, & on y substitue une plinthe ; cela n’empêche pas qu’on ne dise qu’un bâtiment est construit selon un tel ou tel ordre, quoiqu’il n’y ait point de colonnes, pourvû que sa hauteur & ses membres soient proportionnés aux regles de cet ordre. L. C. Sturm prétend qu’il n’y a eu d’abord que deux ordres, dont le roi Salomon a fait usage du plus beau pour son temple & de l’autre pour son palais, & que les Corinthiens se sont ensuite appropriés le premier & les Doriens le second ; qu’après cela on en a inventé un qui tient le milieu entre ces deux ordres, & qu’on appelle l’ionien ; que les peuples Toscans en Italie ont contrefait l’ordre dorique, quoique d’une maniere plus simple & plus massive, & que c’est de-là que s’est formé l’ordre toscan.

Ces quatre ordres, le toscan, le dorique, l’ionique & le corinthien, sont les seuls que les Grecs ayent connu ; aussi Vitruve ne parle point de cinquieme ordre. Les Romains ont enfin composé un nouvel ordre de l’ionique & du corinthien, qu’on appelle communément le romain ou le composite. Louis XIV. avoit promis une récompense considérable à celui qui inventeroit un sixieme ordre. Cette promesse mit toutes les imaginations en feu ; mais quoiqu’on se soit donné beaucoup de peine, on n’a rien découvert qui mérite l’approbation des connoisseurs ; car ou l’on a avancé des absurdités qu’on ne sauroit admettre dans l’architecture, ou l’on n’a rien présenté qui ne fût déja compris dans les quatre ordres décrits par Vitruve, & qui n’appartînt à l’ordre composé, dont les Romains ont donné le premier exemple. Cela devoit être, selon Vilalpande, puisqu’on avoit voulu trouver un ordre plus beau que le corinthien qui, selon lui, vient de Dieu immédiatement. Prenant sa pieuse conjecture pour une vérité, Sturm, dans la recherche qu’il a faite d’un nouvel ordre, en a trouvé un inférieur au romain & au corinthien, mais plus beau que l’ionique. Voyez Ordre allemand.

Parmi les architectes italiens, Vignole, Palladio & Scamozzi se sont particulierement distingués à faciliter l’usage des ordres. Vignole sur-tout a rendu cet usage beaucoup plus facile qu’il n’étoit avant lui par une regle générale, qui sert à déterminer toutes les parties des colonnes. Cette regle est telle, le piédestal est toujours le tiers, & l’entablement le quart de toute la colonne. Ainsi en divisant l’endroit où l’on veut mettre la colonne en dix-neuf parties égales, on en donne quatre au piédestal, douze à la colonne, & trois à l’entablement. Si l’on ne veut point de piédestal, on divise cet endroit en cinq parties, dont on donne une à l’entablement & quatre à la colonne. C’est à cause de cette division facile que la plûpart des ouvriers suivent les regles de cet architecte : mais sur quoi sont-elles fondées ?

Palladio est de tous les Architectes celui qui a su le mieux joindre les membres des ordres ; & Scamozzi est singulierement estimé par la proportion qu’il leur a donnée. Nicolas Goldman dans son traité de stylométrîs, & dans ses institutions d’Architecture, a tâché de remplir ces trois objets. M. Perrault a donné un très-bel ouvrage sur les ordres, intitulé : Ordonnance des cinq especes de colonnes. Roland Fréard de Chambray, Charles-Philippes Dieussard, François Blondel & Seyler ont publié des éclaircissemens sur les cinq ordres. L’ouvrage de ce dernier auteur peu connu est intitulé : Parallelismus architectorum celebriorum : mais il faut décrire par gradation du simple au composé les ordres que nous avons considérés jusqu’ici sous un point de vûe général.

Ordre toscan. C’est le premier, le plus simple & le plus solide de tous les ordres, la hauteur de sa colonne est de sept diametres pris par le bas. Cette solidité ne comporte ni sculpture, ni autre ornement ; aussi son chapiteau & sa base ont peu de moulures, & son piédestal qui est fort simple, n’a qu’un module de hauteur. On n’emploie cet ordre qu’aux bâtimens qui demandent beaucoup de solidité, comme sont les portes des forteresses, des ponts, des arsenaux, des maisons de force, &c. On garnit souvent ses colonnes de bossages ou de pierres entrecoupées, qui sont ou piquées également par-tout, ou trouées comme des pierres rongées, ou du bois vermiculaire, qu’on appelle rustique vermiculé ; mais cet usage n’est pas approuvé par tous les Architectes.

L’ordre, dont nous venons de parler, est de l’invention des Latins, on le nomme toscan, parce qu’il a pris son origine dans la Toscane.

Ordre dorique. Cet ordre est plus ancien que l’ordre toscan, quoiqu’on le place le second, parce qu’il est plus délicat, & en quelque façon plus composé que celui-ci. Vitruve rapporte dans son architecture, liv. IV. chap. iij. que Dorus, roi d’Achaïe, s’en est servi le premier pour un temple qu’il éleva à Argos en l’honneur de Junon ; mais on n’y avoit observé qu’une mesure arbitraire. Les Athéniens ayant voulu employer cet ordre dans un temple qu’ils consacrerent à Apollon, crurent que le rapport de la hauteur d’un homme à la longueur de son pié étoit la proportion la plus convenable. Or la longueur du pié d’un homme étant la sixieme partie de sa hauteur, on donna à la colonne de cet ordre six de ses diametres. Le P. Vilalpande le trouve trop beau pour en faire honneur aux hommes ; il croit qu’il vient immédiatement de Dieu. Il en donne les raisons dans son commentaire sur le prophete Ezéchiel, tome III. Mais sans nous arrêter à ces puérilités, fixons le caractere de l’ordre dorique.

La hauteur de la colonne est de huit diametres ; elle n’a aucun ornement ni dans son chapiteau, ni dans sa base, & la frise est ornée de triglyphes & de métopes.

Les Architectes ont toujours trouvé de grandes difficultés sur la division exacte qu’on doit observer dans cet ordre, parce que l’axe de la colonne doit l’être en même tems du triglyphe qui est au-dessus, & que les entreglyphes ou métopes doivent toujours former un quarré exact. Ces circonstances leur ont paru souvent impossibles dans tous les entre-colonnemens, & sur-tout dans les colonnes accouplées. Le même inconvénient a lieu dans les édifices quarrés. Aussi les plus célebres ont été réduits ou à faire des fautes aux bâtimens dans lesquels ils ont employé cet ordre, ou à omettre tout-à-fait les triglyphes dans la frise ; deux extrémités fâcheuses, qu’il n’appartient qu’à des habiles gens de concilier.

Les anciens ont consacré cet ordre à l’héroïsme. En conséquence ils en ont fait hommage à leurs divinités mâles, telles que Jupiter, Apollon, Hercule, &c. & ils en ont décoré leurs temples. C’est pourquoi on l’emploie fort convenablement aux monumens, aux bâtimens héroïques, aux portes des villes, aux arsenaux, &c.

Ordre ionique. Cet ordre tire son nom de l’Ionie, province d’Asie. C’est le second des Grecs, qui l’ont inventé pour orner un temple consacré à Diane. Il n’est ni si mâle que le dorique, ni si solide que le toscan : sa colonne a neuf diametres de hauteur, son chapiteau est orné de volutes, & sa corniche de denticules.

Dans son origine, cet ordre n’avoit que huit diametres de la colonne, parce qu’ils avoient voulu le proportionner selon le corps d’une femme, comme ils avoient proportionné l’ordre toscan suivant le corps d’un homme. Poussant plus loin l’imitation, ils copierent les boucles de leurs cheveux : ce qui donna lieu aux volutes, & enfin ils cannelerent la colonne pour imiter les plis de leurs vêtemens. Voyez l’architecture de Vitruve, liv. IV. chap. j.

Ordre corinthien. C’est, selon les époques de l’invention des ordre, le second ordre, &, selon la proportion la plus délicate, le dernier des quatre. Il fut inventé à Corinthe par Callimaque, sculpteur athénien. Voyez Acanthe & Chapiteau. Son chapiteau est orné de deux rangs de feuilles, & de huit volutes qui en soutiennent le tailloir ; sa colonne a dix diametres de hauteur, & sa corniche est ornée de modillons. Vilalpande, toujours pieux dans ses origines, soutient que les Grecs ont pris cet ordre au temple de Jérusalem, & que par conséquent Dieu l’avoit révélé au roi Salomon.

Ordre composite. Cet ordre est ainsi nommé, parce que son chapiteau est composé de deux rangs de feuilles du corinthien, & des volutes de l’ionique ; on l’appelle italique ou romain, parce qu’il a été inventé par les Romains. Ce fut dans le tems qu’Auguste donna la paix à toute la terre : sa colonne a dix diametres de hauteur, & sa corniche est ornée de denticules ou modillons simples.

Ordre Allemand. C’est un ordre de l’invention de L. C. Sturm, qui l’appella d’abord ainsi ; mais ayant fait attention qu’il ne lui convenoit point de disposer du nom d’une nation, il lui donna un nom plus modeste, celui d’ordre nouveau : son chapiteau a un seul rang de feuilles, & seize volutes ; ce qui est une nouveauté fort naturelle, car ou les autres chapiteaux sont sans feuilles, ou ils en ont deux rangs ; mais cette simplicité produit-elle un effet agréable ? C’est-ce dont les Architectes jugeront par la lecture des chapitres x. & xj. de la maniere d’inventer toutes sortes de bâtimens de parade du même Sturm, inventeur de l’ordre allemand, où il donne les desseins des parties inférieures & supérieures.

Ordre attique, petit ordre de pilastres de la plus courte proportion, qui a une corniche architravée pour entablement comme l’ordre, par exemple, du château de Versailles au-dessus de l’ionique du côté du jardin.

Telles sont les proportions de l’ordre attique : sa hauteur, en y comprenant son piédestal & sa corniche, a ordinairement la moitié de la hauteur de l’ordre sur lequel il est élevé, soit qu’il y ait des piédestaux ou non. Cette hauteur se divise ainsi : le piédestal a le quart de toute la hauteur : les trois autres quarts se divisent en quatorze parties, qui sont autant de modules. On prend deux de ces parties, dont l’une est pour la base y compris le listeau, l’autre pour le chapiteau ; & on donne un module à la hauteur de la corniche, de sorte qu’il reste dix modules pour la hauteur du fût du pilastre, y compris l’astragale du chapiteau. M. Jacques-François Blondel a publié sur ces proportions une dissertation dans l’architecture françoise, t. I. p. 83, qui mérite d’être lue.

L’ordre attique étoit connu des anciens, mais il étoit différent de celui que nous venons de définir. Pline, dans son Histoire naturelle, liv. XXXVI. dit que les colonnes de cet ordre étoient quarrées. M. Perrault, d’après la description de Pline, & sur quelques desseins que M. Demonceaux lui avoit communiqués, & que celui-ci avoit fait d’après plusieurs chapiteaux trouvés dans des ruines ; M. Perrault, dis-je, donne, dans sa traduction de l’architecture de Vitruve, page 133, le dessein de cet ordre qui est tel : le chapiteau a un collier ou gorgerin, avec un rang de feuilles, un rondeau, un ove, une plate-bande, une gueule renversée, & un listeau. Le fût est quarré, & par-tout d’une égale épaisseur. Le bas de la colonne consiste dans une plinthe, un thore, un listeau, une cymaise dorique, & un rondeau.

Ordre caryatique. C’est un ordre qui a des figures de femmes à la place de colonnes. Voyez Caryatides. Il y a un ordre de cette espece au gros pavillon du Louvre, dont les caryatides sont de M. Jacques Sarrazin, sculpteur du roi.

Ordre composé. C’est un ordre arbitraire & de pur caprice, qui n’a aucun rapport avec les cinq ordres d’architecture. Tel est l’ordre du dedans dans l’église de S. Nicolas du Chardonnet à Paris : les chapiteaux des huit colonnes dans la chapelle de Gadagne, dans l’église des Jacobins à Lyon, sont d’ordre composé, & ils sont tous différens les uns des autres. On voit encore à Rome des ordres composés dans les ouvrages d’Architecture du Cavalier Baromini.

Ordre françois, ordre dont le chapiteau est composé d’attributs relatifs à la nation françoise, comme des têtes de cocqs, de fleurs de lys, de pieces des ordres militaires, &c. & qui a les proportions corinthiennes. Il y a un ordre françois dans la grande galerie de Versailles : il est du dessein de M. le Brun, premier peintre du roi.

Ordre gothique. C’est un ordre si éloigné des proportions & des ornemens antiques, que ses colonnes sont ou trop massives en maniere de piliers, ou aussi menues que des perches avec des chapiteaux sans mesures, taillés de feuilles d’acanthe épineuse, de choux, de chardons, &c.

Ordre persique. C’est un ordre dorique qui a des figures d’esclaves persans au lieu de colonnes, pour porter l’entablement. On voit dans le parallele de l’Architecture antique avec la moderne de M. de Chambray, un de ces esclaves qui porte un entablement dorique, & qui est copié d’après l’une des deux statues antiques des rois des Parthes, lesquelles sont aux côtés de la porte du salon du palais Farnese à Rome. Telle est l’origine de l’ordre persique : Pausanias, roi des Lacédémoniens, ayant défait les Perses, les vainqueurs éleverent des trophées des armes de leurs ennemis, qu’ils représenterent ensuite chargés des entablemens de leurs maisons. Voyez l’Archit. de Vitruve, liv. I. chap. j.

Ordre rustique, ordre qui est avec des refends ou bossages. Tels sont les ordres du palais de Luxembourg à Paris.

Je n’ajoute qu’un mot à ce détail de Daviler sur les ordres d’Architecture.

Les curieux voyageurs qui nous ont donné le bel ouvrage des ruines de Palmyre en 1753, remarquent que dans la diversité des ruines qu’ils ont vûes en parcourant l’Orient, ils ont eu occasion d’observer que chacun des trois ordres grecs a eu son période à la mode. Les plus anciens édifices ont été doriques ; à cet ordre a succédé l’ionique, qui semble avoir été l’ordre favori, non-seulement en Ionie, mais par toute l’Asie mineure, le pays de la bonne Architecture dans le tems de la plus grande perfection de cet art. Ensuite le corinthien est venu en vogue, & la plûpart des édifices de cet ordre qui se trouvent en Grece semblent postérieurs à l’établissement des Romains dans ce pays-là : enfin a paru l’ordre composé accompagné de toutes les bisarreries, & alors on sacrifia entierement les proportions à la pature & à la multiplicité mal entendue des ornemens. (D. J.)

Ordre, ce mot, en Vénerie, signifie l’espece ou les qualités des chiens : on dit un bel ordre de chiens.

Ordre, la tour d’ (Géog.) on appelloit ainsi le phare que les Romains avoient éleve à Boulogne-sur-mer, pour servir de guide aux vaisseaux. M. de Valois l’appelle, je ne sai pourquoi, turris ordinis ; car ni le mot françois ordre, ni le latin ordo, ne sont l’origine d’une pareille dénomination. Ce phare est nommé odraüs pharus dans la vie de saint Folcuin, évêque de Terouanne ; c’est donc d’Odraüs que paroît venir le mot d’ordre, qu’on donne à cette tour ; mais on ignore également & la signification, & l’étymologie de ce mot odraüs. (D. J.)

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Étymologie de « ordre »

Étymologie de ordre - Wiktionnaire

(1080) Du latin ordo (« rang, rangée ; classe de citoyens, succession ; distribution régulière ») avec un \r\ épenthétique. Le sens d’« ordre religieux » fut premier. Le sens d’« arrangement logique » apparaît en 1155.
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Étymologie de ordre - Littré

Bourg. odre ; Berry, orde, espèce, famille : ce chien est de la bonne orde ; prov. orde, horde, orden ; esp. orden ; port. ordem ; ital. ordine ; du lat. ordinem, ordre. Corssen (Beitr. p. 108) voit dans ordo le suffixe don, qui est dans dulce-do, cupido, et la racine or, de oriri ; comparez ὄρνυμι, faire aller ; sanscr. ar, rĭnōmi, se mettre en mouvement, aller : ordo serait donc la mise en mouvement, la façon d'aller.

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Phonétique du mot « ordre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
ordre ɔrdr play_arrow

Citations contenant le mot « ordre »

  • Les forces de l’ordre ont là aussi répliqué avec d’abondants tirs de gaz lacrymogène et dispersé la foule. La police a confirmé qu’un homme avait été poignardé et que le suspect avait été retenu par les manifestants avant d’être arrêté par les forces de l’ordre. Le mouvement s’est amplifié à Portland lorsque des policiers fédéraux sont arrivés mi-juillet. , Etats-Unis : Plusieurs villes américaines touchées par des affrontements entre manifestants et policiers
  • Les souterrains ont été fermés sur ordre de la sous-préfecture. Courrier picard, Les visites des muches de Bouzincourt annulées jusqu’à nouvel ordre
  • Des affrontements violents ont encore éclaté ce vendredi à Portland dans l'Orégon entre manifestants et forces de l'ordre, en marge des rassemblements contre le racisme et les violences policières. euronews, A Portland, nouveaux affrontements avec les forces de l'ordre | Euronews
  • L'existence de cet ordre de bâtisseurs de ponts créée par Bénézet a été reprise et popularisée par nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) d'auteurs au XVIIe siècle Théophile Raynaud et Charles du Fresne, sieur du Cange (Une cange est un bateau léger, étroit et rapide, mesurant entre 16 et 20 mètres de long, qui servait aux voyages sur le Nil.), au XIXe siècle Frédéric Godefroy et Eugène Viollet-le-Duc (Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc (Paris, 27 janvier 1814 - Lausanne (Suisse), 17 septembre 1879) est un architecte français, connu surtout pour ses restaurations de constructions...), au début du XXe siècle Ulysse Chevalier et Jean Jules Jusserand. L'autre hypothèse est celle de Châteaubriand, après sa venue à Avignon, en 1802. En se basant sur un certain nombre d'ouvrages qu'il découvrit chez l'imprimeur-libraire Chambeau, il se persuada de l'existence d'un Ordre des frères pontifes (Les frères pontifes auraient été un ordre religieux fondé à partir d'une association pieuse inspirée par Bénézet d'Avignon après la construction du pont médiéval...). Il situa sa fondation sur les bords de la Durance, où ces moines auraient construit les ponts de Bonpas puis d'Avignon, avant d'essaimer dans toute l'Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent eurasiatique, voire comme...). Techno-Science.net, 🔎 Ordre des frères pontifes - Définition et Explications
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  • Ecrire, c’est mettre en ordre ses obsessions. De Jean Grenier / Albert Camus
  • Quoique très ami de l’ordre, je suis anarchiste. De Pierre Joseph Proudhon
  • L’ennui suit l’ordre et précède la tempête. De L. Langanesi
  • Intimer un ordre c'est intimider un regard. De Napoléon Bonaparte
  • Il faut faire de l'ordre avec du désordre. De Marc Caussidière
  • Le monde n’a pas besoin qu’on y mette de l’ordre ; le monde est ordre, incarné. C’est à nous de nous harmoniser avec cet ordre. De Henry Miller
  • La littérature ne modifie pas l'ordre établi, mais les hommes qui établissent cet ordre. De Ilya Ehrenbourg / A la rencontre de Tchekhov
  • La vie crée l'ordre, mais l'ordre ne crée pas la vie. De Antoine de Saint-Exupéry / Pilote de guerre
  • L'ordre des causes se confond avec l'ordre des faits. De Hippolyte Taine
  • L’anarchie, c’est l’ordre. De Anonyme / Paroles de Mai 68
  • L'ordre : caractère créatif du rangement... De Pierre Dehaye / Naître est une longue patience
  • Entreprendre consiste à changer un ordre existant. De Joseph Schumpeter
  • L'ordre est une tranquillité violente. De Victor Hugo
  • Un parti d'ordre ou de stabilité et un parti de progrès ou de réforme sont, tous deux, des éléments nécessaires d'une saine condition de vie politique. John Stuart Mill, Sur la liberté, 2 On Liberty, 2
  • Ingres aurait, dit-on, introduit l'ordre dans le repos ; moi, je voudrais, au-delà du pathos, introduire l'ordre dans le mouvement. Paul Klee, Journal, septembre 1914 Tagebuch
  • L'ordre règne à Varsovie. François Horace, comte Sebastiani de la Porta, Le Moniteur
  • Il n'est rien au monde […] d'aussi utile que l'ordre, ni d'aussi beau. Xénophon, d'Athènes, Économique, VIII, 3 (traduction Chantraine)
  • L'ordre et la connexion des idées sont la même chose que l'ordre et la connexion des choses. Baruch Spinoza, L'Éthique, Livre II
  • Tout classicisme suppose un romantisme antérieur L'ordre suppose un certain désordre qu'il vient réduire. Paul Valéry, Variété, Situation de Baudelaire , Gallimard
  • Notre esprit est fait d'un désordre, plus un besoin de mettre en ordre. Paul Valéry, Mauvaises Pensées et autres, Gallimard
  • Mais comment donc rénover, comment restaurer l'ordre sans tout d'abord instaurer le désordre ? Victor Segalen, Peintures, Plon
  • Le désordre est le meilleur serviteur de l'ordre établi. Jean-Paul Sartre, Le Diable et le Bon Dieu, Gallimard
  • L'ordre ne crée pas la vie. Antoine de Saint-Exupéry, Carnets, Gallimard
  • Quand l'ordre est l'injustice, le désordre est déjà un commencement de justice. Romain Rolland, Le Quatorze Juillet, Albin Michel
  • La plus haute perfection de la société se trouve dans l'union de l'ordre et de l'anarchie. Pierre Joseph Proudhon, Qu'est-ce que la propriété ?
  • Mon naturel me contraint à chercher et aimer les choses bien ordonnées, fuyant la confusion qui m'est contraire et ennemie comme est la lumière des obscures ténèbres. Nicolas Poussin, Correspondance
  • Il faut tout de même voir qu'il y a des ordres apparents qui sont les pires désordres. Charles Péguy, Notre jeunesse, Gallimard
  • On a beau se donner du mal, l'ordre est le plus fort et retrouve toujours ses droits. Roger Nimier, Le Hussard bleu, Gallimard
  • C'est le jour des révolutions que les choses rentrent dans l'ordre. Henry Millon de Montherlant, Les Jeunes Filles, Gallimard
  • Je suis l'homme du rétablissement de l'ordre, et non d'un rétablissement de l'ancien ordre. Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, Lettre au major de Mauvillon
  • Il n'y a pas d'ordre véritable sans la justice. Roger Martin du Gard, Les Thibault, l'Été 1914 , Gallimard
  • Je vois dans l'Europe une barbarie attentivement ordonnée, où l'idée de la civilisation et celle de l'ordre sont chaque jour confondues. André Malraux, La Tentation de l'Occident, Grasset
  • Pour étudier l'ordre, il ne faut pas étudier le désordre. Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont, Poésies, II
  • Les ordres contemplatifs sont les paratonnerres de la société. Georges Charles, dit Joris-Karl Huysmans, En route, Plon
  • La liberté n'est pas au commencement mais à la fin. La liberté est le fruit du bon ordre. Pierre Gaxotte, Thèmes et variations, Propos sur la liberté , Fayard
  • La politique n'étant qu'un enchaînement de conséquences, toute vérité isolée devient un mensonge dans l'ordre social. Joseph Fiévée, Correspondance et relations avec Bonaparte
  • Il y a une folie organisatrice qui est l'ennemie jurée de l'ordre. Georges Duhamel, Vie des martyrs, Mercure de France
  • Le désir d'ordre est le seul ordre du monde. Georges Duhamel, Cécile parmi nous, Mercure de France
  • Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. Assemblée nationale constituante, Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, Article X
  • L'ordre est le plaisir de la raison : mais le désordre est le délice de l'imagination. Paul Claudel, Le Soulier de satin, Avertissement , Gallimard
  • Mon désir n'est pas de créer l'ordre, mais le désordre au contraire au sein d'un ordre absurde, ni d'apporter la liberté, mais simplement de rendre la prison visible. Paul Claudel, Conversations dans le Loir-et-Cher, Gallimard
  • On ne fait point sortir les autres de l'ordre sans avoir en soi quelque principe de désordre ; et celui qui, même involontairement, est la cause de quelque malheur ou de quelque crime, n'est jamais innocent aux yeux de Dieu. François René, vicomte de Chateaubriand, Les Natchez
  • L'ordre et les dieux meurent dès qu'un seul homme a poussé son accomplissement jusqu'au terme de la liberté. Maurice Blanchot, Faux Pas, Gallimard
  • Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté. Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, l'Invitation au voyage
  • Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l'obéissance il assure l'ordre ; par la résistance il assure la liberté. Émile Chartier, dit Alain, Propos d'un Normand, tome IV , Gallimard

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Traductions du mot « ordre »

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Synonymes de « ordre »

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