Abandon : définition de abandon


Abandon : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ABANDON, subst. masc.

I.− [L'agent est toujours une pers.] Action de rompre le lien qui attachait une personne à une chose ou à une personne.
A.− [Le verbe correspondant serait à l'actif; l'obj. est introd. par la prép. de ou un adj. poss. (ex. 7)]
1. [L'obj. est une chose]
DR. (le lien ant. avec l'obj. était un lien de propriété). Action de renoncer à la possession d'un bien :
1. De la cession de biens. 1265. La cession de biens est l'abandon qu'un débiteur fait de tous ses biens à ses créanciers, lorsqu'il se trouve hors d'état de payer ses dettes. 1266. La cession de biens est volontaire ou judiciaire. Code civil,1804, p. 228.
2. ... chez les peuples civilisés (...) la vie domestique (...) a des devoirs qui imposent perpétuellement le sacrifice de ces droits. Mais l'abandon qu'on en fait est volontaire, généreux, honorable; il devient ainsi une possession, une jouissance et un bien de plus. J. Joubert, Pensées,1824, p. 239.
Rem. 1. Noter l'expr. faire l'abandon de (ex. 1 et 2). 2. Dans l'ex. 1, un obj. second est introd. par la prép. à (à ses créanciers), qui désigne la pers. en faveur de laquelle est faite la renonciation. 3. Abandon prend un sens partic. dans la lang. de la Bourse : ,,Acte par lequel l'acheteur renonce à un marché conclu en consentant à payer la prime.`` (Littré).
En marge ou en dehors de la lang. du dr. (le lien ant. avec l'obj. était un lien moral).Action de cesser de s'occuper d'une chose à laquelle on était lié par l'intérêt qu'on lui portait, par un engagement, etc. :
3. Abandon de poste. (Terme de législation militaire.) Ac. Compl.1842.
4. Il a fallu près d'un siècle pour que le service rendu par Louis-Philippe fût compris et apprécié. En 1831, sa renonciation à la Belgique passa pour une trahison, un lâche abandon des traditions révolutionnaires et napoléoniennes. J. Bainville, Histoire de France,1924, p. 170.
5. Il ne voulait pas de ces larmes, elles n'avaient pour lui aucun sens. (...) C'étaient comme des larmes versées en vain. La simple acceptation, l'abandon de la lutte inutile, le geste qui avoue la défaite, s'offre au vainqueur, cela seul eût ouvert la vraie source des pleurs, et il redoutait plus cette délivrance qu'aucun supplice. G. Bernanos, L'Imposture,1927, p. 376.
6. Il existe un scandaleux écart, une scandaleuse distance entre ce qu'énonce la philosophie et ce qui arrive aux hommes en dépit de sa promesse; (...) Elle n'est jamais là où l'on aurait besoin de ses services. Elle est, ou plutôt paraît, démissionnaire. Il faudra même parler d'abandon de poste, de trahison. P. Nizan, Les Chiens de garde,1932, p. 53.
7. En lui [le mysticisme chrétien] se manifeste un étonnant équilibre entre l'agir et le pâtir, entre la possession du monde et son abandon, entre le goût des choses et leur mépris. P. Teilhard de Chardin, Le Milieu divin,1955, p. 144.
Rem. Le domaine auquel appartient l'obj. est gén. pol. ou milit.; une nuance dépréc. (exprimable par des adj. comme lâche : cf. ex. 4) s'attache à la rupture du lien moral. La lang. de l'escrime connaît un emploi techn. non appréc. : ,,Mouvement par lequel on quitte le fer soit en marchant, soit en prenant le plus long pour aller aux parades.`` (Ac. Compl. 1842); plus récemment la lang. du sport a donné une nouvelle vitalité à l'emploi de ce subst., p. ex. dans la lang. de la boxe : être battu par abandon par oppos. à être battu aux points, être battu par disqualification de l'arbitre; la même lang. connaît aussi la constr. de abandon avec un compl. déterminatif indiquant l'agent de l'abandon, ex. : [le combat de boxe] devait durer jusqu'à l'abandon d'un des 2 hommes (La Vie au grand air, 11 déc. 1909).
2. [L'obj. est une pers.] Action de cesser de s'occuper de qqn à qui on était lié par un lien d'affection ou d'obligation. (Nuance péj. comme dans l'accept. précédente).
a) [La pers. obj. est différente de l'agent] :
8. Tristesse grandissante de la maison. Chez la maîtresse, comme une perception de l'abandon qui se fait autour d'elle, du lâchage des peintres, qui y viennent comme à une corvée; de la désertion des ambitions, qui renoncent à cette maison qui ne mène à rien. E. et J. de Goncourt, Journal,1868, p. 456.
9. Il a subi le délaissement de son père, l'abandon de Dieu, la sécheresse et le désert des dérélictions absolues... J. Malègue, Augustin ou le Maître est là,t. 2, 1933, p. 474.
b) [La pers. obj. est la même que l'agent (abandon de soi)] :
10. Elle [Nana] ... tuait le temps à des plaisirs bêtes, dans son unique attente de l'homme ... et, au milieu de cet abandon d'elle-même, elle ne gardait guère que le souci de sa beauté ... É. Zola, Nana,1880, p. 95.
11. Le peu qu'il a de doctrine politique ou sociale est commandé par ce même besoin pathétique de se livrer à l'ennemi, de livrer son âme. Ce que les niais qui l'entourent appellent indépendance, hardiesse, n'est que le signe visible, bien que méconnu, de sa morose nostalgie de l'abandon total, d'une définitive liquidation de lui-même. Tout ennemi de la cause qu'il prétend servir a déjà son cœur; ... G. Bernanos, L'Imposture,1927, p. 315.
12. Cette collaboration avec l'Allemagne, si souhaitable, si souhaitée par nous en un temps où le grand nombre, où l'opinion la considéraient comme impie (je veux dire en 1918), qu'elle nous soit aujourd'hui proposée, imposée, par ceux-là mêmes qui la tenaient hier pour inadmissible; qu'elle devienne pour nous un gage de la défaite, un témoignage d'abandon de soi, d'abdication, de reniement ... C'est ce qui met la conscience (la mienne du moins) à la torture. A. Gide, Journal,1942, p. 123.
[Le subst. est suivi d'un compl. d'obj. second. indiquant la pers. en faveur de qui se fait l'abandon (notamment dans la lang. de la mor. ou de la relig.), avec une nuance appréc. ou dépréc. suivant l'échelle des valeurs du suj. parlant] :
13. ... c'est bien plus par leurs défauts que par leurs qualités qu'on gouverne les hommes. Personnalité, goût pour l'argent, amour de la domination, tous ces penchants se fortifient quand une femme, en les connaissant, ne cesse de nous reprocher notre générosité, notre oubli de nous-mêmes, notre abandon à la volonté des autres. G. de Staël, Lettres inédites à Louis de Narbonne,1792, p. 44.
14. De tous les port-royalistes, Du Guet est celui peut-être dont les lettres conviennent le mieux par la netteté de la doctrine à tous les stricts chrétiens selon Saint Paul. Il professe l'abandon pur et simple de tout l'homme à la merci de Dieu ... Ch.-A. Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 4, 1859, p. 508.
Rem. Chez les mystiques, qui parlent de l'abandon à la volonté de Dieu, la nuance appréc. l'emporte; chez les historiens de ces derniers la nuance peut être plus ambiguë (cf. ex. 14, où à la merci introduit un élément critique à l'égard de l'abandon).
[Dans la lang. de l'amour, en parlant d'une femme, l'obj. second. restant gén. implicite; la nuance est dépréc.] :
15. ... Octave Pouret était le conquérant audacieux, l'esprit net, résolu à demander aux femmes la royauté de Paris, tombé en pleine bourgeoisie gâtée, faisant là une terrible éducation sentimentale, passant du refus fantasque de l'une au mol abandon de l'autre, ... É. Zola, Le Docteur Pascal,1893, p. 110.
16. ... la femme qui se débattait en le suppliant, sur le plancher où ils étaient tombés, puis sur ce lit, et ce consentement soudain, cet incompréhensible abandon : elle avait cédé tout à coup; ... J. Green, Moïra,1950, p. 225.
B.− [Le verbe corresp. serait au passif; l'agent reste gén. implicite; valeur toujours péj.] État résultant de l'action de délaisser.
1. [L'obj. est une chose] :
17. Ce n'était plus l'ancienne campagne d'abandon, de saleté et de misère où les paysans croupissaient depuis des siècles, dans l'entêtement borné de la routine et de la haine. É. Zola, Travail,1901, p. 261.
De là l'expr. : (laisser) à l'abandon, Expr. qui s'applique souvent aux choses, mais aussi aux pers. et aux anim. :
18. Il fallait laisser le temps, aux caractères effacés, de reparaître, ne pas chercher à les former. Laissant donc mon cerveau, non pas à l'abandon, mais en jachère, je me livrai voluptueusement à moi-même, aux choses, au tout, qui me parut divin. A. Gide, L'Immoraliste,1902, p. 399.
Rem. La valeur péj. peut être soulignée par des adj. comme triste.
2. [L'obj. est une pers.] :
19. ... le profond néant de sa faiblesse, toute fuite fermée, aucun appui, son abandon, son isolement, ces pensées et mille autres l'avaient accablée. V. Hugo, Notre-Dame de Paris,1832, p. 524.
Rem. gén. L'action de rompre affectant une chose ou une pers. dans sa totalité, abandon (qui contient cette notion) se trouve fréquemment empl. avec des adj. comme total, complet, et à un degré de fréquence moindre, avec les adj. entier et absolu.
II.− Action de laisser aller son corps, son cœur, son esprit, etc. à leur pente naturelle, (avec suggestion de l'effet qui en résulte).
Rem. Ce sens se rattache au sens I A 2 b : le verbe corresp. serait à l'actif, l'obj. désigne la même pers. que l'agent; il s'agit d'un cas part. de l'abandon de soi avec insistance sur l'impression produite.
L'effet produit peut être désagréable :
20. La Faustin est couchée sur une chaise longue, sans être habillée, dans le négligé, l'abandon d'une femme mal en train ... E. de Goncourt, La Faustin,1882, p. 254.
Il est habituellement envisagé comme agréable (éventuellement déterminations intensives ou qualitatives par des adv. de quantité ou des adj. comme complet, entier, confiant); il s'applique volontiers à la parole :
21. Abandon, se dit aussi en parlant des discours, des ouvrages, des manières, etc. d'Une sorte d'abondance facile, de négligence aimable, qui exclut toute recherche, tout effort, toute affectation. Il y a dans cette partie de son discours un heureux abandon. Elle a dans ses manières un abandon séduisant. Ac.1798.
22. Je m'étonne d'être si content de moi-même et des autres hommes avec lesquels je me suis trouvé aujourd'hui en rapport et en accord; point de méfiance, beaucoup d'abandon et aussi d'indiscrétion et d'imprudence. Maine de Biran, Journal,1819, p. 246.
23. Cette femme a dans ses manières un abandon séduisant. Le maintien, les gestes de cette actrice ont un gracieux abandon, un doux abandon. Il a dans la conversation le plus aimable abandon. On trouve dans cet ouvrage, dans l'exécution de ce tableau un heureux abandon. Ac.1835.
24. Madame et Mesdemoiselles Katchiflisse sont les trois personnes les plus célèbres de Syrie pour leur beauté et pour le charme des manières, mélange piquant de la réserve asiatique avec le gracieux abandon des femmes grecques, et la politesse accomplie des femmes les plus élégantes de l'Europe ... A. de Lamartine, Voyage en Orient,1835, p. 269.
25. ... une femme s'exprimant bien, mais parlant comme on écrit, sans abandon, avec une garde, sans rien de la liberté, ni du charme, ni du laisser-aller charmant de la femme; (...) E. et J. de Goncourt, Journal,1858, p. 476.
26. Les deux hommes étaient d'accord. Il suffisait, pour en avoir la certitude, de voir la détente physique qui s'était produite chez l'un et chez l'autre, l'abandon, l'espèce de lassitude qui suit un entretien mouvementé. R. Bazin, Le Blé qui lève,1907, p. 145.
Rem. Une nuance de confiance peut s'ajouter : ,,Il m'a parlé avec abandon.`` (Ac. 1835).
Au lieu d'une manière d'être de la personne elle-même, il peut s'agir, p. ext., d'une manière d'être de choses qui, comme les vêtements, en expriment le goût :
27. ... ses habits, de couleur bleue et de forme austère, n'avaient jamais ni recherche, ni couleurs éclatantes, ni négligence, ni abandon dans les plis. A. de Lamartine, Nouvelles confidences,1851, p. 18.
Ou de la manière d'écrire (style) ou de peindre :
28. [Rivarol] avait senti la nécessité de retremper la langue, de lui donner plus de franchise, plus de mouvement et d'abandon, de créer en peignant. Ch.-J. de Chênedollé, Journal,1822, p. 118.
29. Il n'est pas de composition plus rigoureuse que « le règne de Flore », (...) il n'en est pas qui respire mieux le naturel ou qui simule mieux l'abandon. A. Lhote, Peinture d'abord,1942, p. 60.
Prononc. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [abɑ ̃dɔ ̃]. Enq. : /abãdõ/. 2. Hist. − Le mot abandon, issu du syntagme a bandon par agglutination* (cf. étymol. et Pope 1961, § 606), apparaît sous sa forme actuelle dès son entrée dans la lang., au xiies. On relève une var. graph. abandum (cf. étymol. 2), forme latinisée, le suff. -um ayant la même prononc. [õn] que la finale de abandon (cf. Beaul. t. 1 1927, p. 120 et 194).
ÉTYMOL. − Corresp. rom. : esp., port. abandono; prov. abandoun, abandou; ital. abbandono < fr. abandon. 1. 2emoitié xiies. abandon fere « remettre, céder » (Chrét. de Troyes, Erec, éd. Förster, 4423 ds T.-L. : Quant abandon n'an avez fet, Qui avoir le porra, si l'et); 1165 a abandon estre « être à la disposition, à la merci de » (Aliscans, éd. Guessard et Montaiglon, 93 ds T.-L. : N'avrai en France vaillant un esperon, Ne soit Guillaume tout a son abandon); av. 1167 metre en abandon « mettre à disposition » (Marie de France, Lais, éd. Warnke, Eliduc, 644 ds T.-L. : Tuz les aveirs de sa maisun Li met li reis en abandun); 2. 1191 « caution, gage mis à la disposition du créditeur par son débiteur, consistant en biens meubles ou immeubles » terme jur. (Charte de coutume de Saint-Quentin ds Du Cange s.v. abandum, forme abandon; déjà en 1158 forme abandum). Issu du syntagme a. fr. (mettre) a bandon « mettre à disposition. livrer » (cf. Cligès, éd. Micha, CFMA, 184 : qu'a bandon ses tresors li met), bandon signifiant à l'orig. « pouvoir, puissance » (Rol., éd. Bédier, 2703 : Trestute Espaigne iert hoi en lur bandun) (cf. du point de vue sém. lat. médiév. bannum « proclamation du seigneur dans sa juridiction entraînant la main-mise de son autorité, l'octroi de sa protection » : bannum mittere, ponere, concedere, largiri, in bannum mittere ds Du Cange s.v. bannum1, Mittellat. W. s.v., 1343, 40 sq.). Le dér. bandon est issu du croisement des 2 rad. ban- (frq. *bannjan « bannir ») et band- (frq. *bandjan « faire signe »), auquel il est fait appel pour bannir et bannière (cf. lat. médiév. bandum « bannum » et bandire « bannire »; Du Cange s.v. bandum2; Gam. Rom. I, 160-161). L'hyp. de bandon dér. du fr. ban (Bl.-W.4) est impossible, le suff. -don n'étant pas attesté; le dér. de ban est banon, terme jur. norm. dep. 1337 (Gdf.). L'hyp. de EWFS2qui fait remonter abandon à abandonner < a ban donner est improbable, ce dernier syntagme n'étant pas attesté (doner a abandon invoqué par EWFS2n'est attesté qu'au xiiies., 2 ex. ds T.-L.). HIST. − 1. Les emplois actif et passif sont anc. quand l'obj. est une chose; on retiendra parmi eux : a) « libre disposition » dans les expr. être, mettre a (a)bandon, faire abandon de (xiieau xvies.). D'où « permission » (Froissart, XIV, éd. Pléiade, p. 727 : l'abandon du piller et rober...avoient), sens qui disparaît par la suite, et « abondance » (Marguerite de Navarre : En mon païs croist en grand abandon tres cher encens), sens qui n'apparaît plus au xviies.; b) « gage mis à la disposition du créditeur par son débiteur » (Du Cange s.v., Charte Saint Quentin, 1195); ce sens subsiste jusqu'au xxes. 2. L'emploi avec un obj. personnel semble dater du xviies. : a) emploi passif : Molière, Tartuffe, I, 1, vers 39-40; b) emploi actif : Fur. 1960, s.v., avec obj. second. et nuance péj. (« débauche »); Ac. 1798 : ,,abandon de soi-même``, avec également nuance péj. (« oubli de soi blâmable »); cependant dès Ac. 1798 apparaît aussi le passage de la valorisation dépréc. à la valorisation appréc. qui semble lié à l'évolution du concept de nature / naturel. L'emploi mystique, qui remonte au Moy. Âge (xiiies., cf. T.-L., Chev. Cygne, 109) a une valeur appréc.; il se développe au xviies. 3. L'expr. à l'abandon (sens passif) n'apparaît qu'au xviies., mais sera par la suite très usitée.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 2 224. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 2 810, b) 2 969; xxes. : a) 3 279, b) 3 497.
BBG. − Barr. 1967. − Blanche 1857. − Chabat 1875-76. − Dupin-Lab. 1846. Éd. 1913. − Galiana Astronaut. 1963. − Gramm. 1789. − Gruss 1952. − Heinim 1963. p. 66. − Jal 1848. − Lafon 1963. − Le Clère 1960. − Marcel 1938. − Math. 1967. − Porot 1960. − Réau-Rond. 1951. − Romeuf 1956-58. − Sill. 1965. − Soé-Dup. 1906. − Spr. 1967. − St-Edme 1824-28. − Théol. cath. 1909. − Will. 1831.

Abandon : définition du Wiktionnaire

Nom commun

abandon \a.bɑ̃.dɔ̃\ masculin

  1. État d’une personne, d’une chose abandonnée.
    • Ce vieillard est dans le plus affreux abandon.
    • Il mourut dans l’abandon.
    • Il laisse sa maison dans un abandon, dans un état d’abandon qui en augmente tous les jours la dégradation.
    • Son absence et l’abandon de sa maison, de sa terre, ont achevé de le ruiner.
    • L’abandon de ses amis l’a consterné.
  2. Action d’abandonner, de délaisser.
    • Presque partout dans le département, l'abandon des campagnes a causé un recul de l'olivier et parfois même de la vigne, submergés par la croissance spontanée des pins. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • De nombreux abandons d’animaux de compagnie ont lieu chaque année.
    • Son absence et l’abandon de sa maison, de sa terre, ont achevé de le ruiner.
    • L’abandon de ses amis l’a consterné.
  3. Acte de renoncer à une qualité, un emploi ou un poste.
  4. Fait de renoncer à une cause, une croyance.
    • L'abandon de la foi.
  5. Fait de renoncer à un parti, un engagement.
    • La crise d’un parti politique s’est traduite par une série d'abandons des militants.
  6. (Par extension) Renonciation à la possession, à la jouissance d’une chose.
    • Il a fait sans hésiter l’abandon de sa fortune et même de sa vie.
    • Il consent à l’abandon de ses droits.
    • Le chrétien vit dans un parfait abandon à la Providence, à la volonté de Dieu.
  7. Fait de renoncer à une candidature dans une élection ou un concours.
    • Les élections ont été marquées par l'abandon d’un des candidats.
  8. (Droit) Don, renonciation à un droit, abandon de famille.
    • Il a souhaité l'abandon de ses biens.
  9. (Droit) Acte par lequel un débiteur abandonne tous ses biens à ses créanciers, pour se mettre à l’abri de leurs poursuites.
    • Il a fait abandon de biens.
    • Commissaire à l’abandon de biens.
  10. (Figuré) Sans contrainte. En toute confiance.
    • Elle et sa meilleure amie se sont parlées avec abandon.
    • Il m’a parlé avec abandon, avec un entier abandon.
    • Il m’a touché par l’abandon qu’il a mis dans ses discours, dans ses confidences.
  11. En parlant des manières, des discours, des ouvrages d’esprit et des productions des arts, pour exprimer une sorte de facilité, de négligence heureuse qui exclut toute recherche, toute affectation, et ne laisse jamais sentir l’effort, ni le travail.
    • Cette femme a de l’abandon dans ses manières, un gracieux abandon.
    • Il a dans la conversation le plus aimable abandon.
    • On remarque dans le style de cet auteur une sorte d’abandon.
  12. En bourse, acte par lequel l’acheteur renonce a un marché conclu en consentant à payer la prime.
  13. (Psychologie) Rupture des liens affectifs et matériels qui attachent un individu à son entourage plus ou moins proche.
    • Mais une attente l’énervait : celle du courrier. Il avait télégraphié à Paris et écrit à Fontainebleau pour qu’on lui renvoyât ses lettres. Il ne recevait rien, et la sensation d’un grand abandon commençait à l’oppresser. — (Guy de Maupassant, Notre cœur, 3e partie, ch. I, 1890)
  14. (Québec) Terrain en jachère.
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Abandon : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ABANDON. n. m.
État d'une personne, d'une chose abandonnée. Ce vieillard est dans le plus affreux abandon. Il mourut dans l'abandon. Il laisse sa maison dans un abandon, dans un état d'abandon qui en augmente tous les jours la dégradation. Il est dans l'abandon de Dieu. Il signifie aussi Action d'abandonner. Son absence et l'abandon de sa maison, de sa terre, ont achevé de le ruiner. L'abandon de ses amis l'a consterné. Il s'emploie de même au sens moral et signifie Oubli blâmable de soi, de ses intérêts, oubli de ses devoirs. Pourquoi cet abandon de vous-même? Cet abandon de vos intérêts nous désole. Par extension, il signifie Renonciation à la possession, à la jouissance d'une chose. Il a fait sans hésiter l'abandon de sa fortune et même de sa vie. Il consent à l'abandon de ses droits. Le chrétien vit dans un parfait abandon à la Providence, à la volonté de Dieu. Abandon de biens, en termes de Droit, Acte par lequel un débiteur abandonne tous ses biens à ses créanciers, pour se mettre à l'abri de leurs poursuites. Il a fait abandon de biens. Commissaire à l'abandon de biens. On dit dans le même sens Cession de biens.

ABANDON se dit aussi en parlant des manières, des discours, des ouvrages d'esprit et des productions des arts, pour exprimer une Sorte de facilité, de négligence heureuse qui exclut toute recherche, toute affectation, et ne laisse jamais sentir l'effort, ni le travail. Cette femme a de l'abandon dans ses manières, un gracieux abandon. Il a dans la conversation le plus aimable abandon. On remarque dans le style de cet auteur une sorte d'abandon. Il se prend quelquefois dans la signification de Confiance entière. Il m'a parlé avec abandon, avec un entier abandon. Il m'a touché par l'abandon qu'il a mis dans ses discours, dans ses confidences.

À L'ABANDON, loc. adv. Sans soin, sans précaution. Ce jardin a été laissé à l'abandon. Tout va à l'abandon.

Abandon : définition du Littré (1872-1877)

ABANDON (a-ban-don) s. m.

On verra à l'Étymologie quelle est la série réelle des significations.

  • 1Remise entre les mains de… L'abandon à la Providence. Il faut tout trancher par l'abandon envers Dieu, Bossuet, Lett. Corn. I. [Elle] lui gagnerait le cœur d'un prince libéral, Et de tous ses trésors l'abandon général, Corneille, Méd. II, 2.
  • 2 Terme de droit. Cession, acte par lequel un débiteur délaisse ses biens à ses créanciers. Il a fait à ses créanciers l'abandon de ses terres.
  • 3Facilité dans le discours, simplicité, négligence heureuse. Parler avec abandon. Cette femme a dans ses manières un abandon séduisant. Gracieux abandon. Doux abandon. On trouve dans l'exécution de ce tableau un heureux abandon. Rock en son lyrique abandon Dit qu'il dévore la couronne Dont Phébus lui promit le don. Apparemment Phébus lui donne Une couronne de chardon, Millevoye, Épigr.
  • 4Confiance entière. Il m'a parlé avec abandon, avec un entier abandon. Dans l'abandon de sa vive amitié, Hier à son rival Montfort s'est confié, Delavigne, V, Sic. I, 2. Et dans ce trouble heureux dont j'aimais l'abandon, Delavigne, Paria, I, 2.
  • 5Action d'abandonner. L'abandon des intérêts communs. Or ce péché ne peut être mieux puni que par l'abandon de Dieu, Bourdaloue, Carême, t. I, p. 212. Et de ses intérêts un si grand abandon, Corneille, Sert. IV, 2. Ce sont là de ces exemples rares et terribles de la justice de Dieu sur les hommes ; et s'il y en a eu sur la terre, ils prouvent seulement jusqu'où peut aller quelquefois son abandon et la puissance de sa colère, Massillon, Car. évid. de la loi. Il y aurait un lâche abandon de moi-même à souffrir qu'on me déshonore, Voltaire, dans Laveaux.
  • 6État d'une personne ou d'une chose abandonnée. Ce vieillard est dans l'abandon. L'homme sent alors son néant, son abandon, Pascal, édit. Cousin. Mes mains désespérées Dans ce grand abandon seront plus assurées, Voltaire, Œd. IV, 4.

    Abandon a le sens actif et le sens passif. L'abandon des amis peut également signifier ou qu'on abandonne ses amis ou qu'ils nous abandonnent. L'abandon du sénat, l'abandon où le sénat est laissé, et l'abandon où il laisse. Il faut donc, toutes les fois qu'on se servira de cette construction, prendre garde à l'amphibologie et, s'il reste du doute sur le sens, changer la tournure.

  • 7À L'ABANDON, loc. adv. Sans soins, sans réserve. Camp à l'abandon. Son enfant fut à l'abandon. Il laissa ses terres à l'abandon. On le logea et on lui mit toute la maison à l'abandon. Tout l'occident est à l'abandon, Bossuet, Hist. III, 7. Comme un pays laissé à l'abandon, Bossuet, Polit. Vous laisserez à l'abandon votre santé et votre vie, Bossuet, Dév. 2. Tu laisses aller tes affaires à l'abandon, Molière, Mal. imag. 1er interm. L'épargne de mon père entièrement ouverte, Lui met à l'abandon tous les trésors du roi, Corneille, Méd. II, 4. Mais je m'étonne fort de voir à l'abandon Du prince Héraclius les droits avec le nom, Corneille, Hér. II, 8. A l'une ou l'autre enfin votre âme à l'abandon Ne lui pourra jamais refuser ce pardon, Corneille, Perth. IV, 1. Après avoir… mis à l'abandon ton pays désolé, Régnier, Ép. I. L'œil farouche et troublé, l'esprit à l'abandon, Régnier, Sat. II.
  • 8 Terme de bourse. Acte par lequel l'acheteur renonce à un marché conclu en consentant à payer la prime.

HISTORIQUE

XIIIe s. Va, si li di qu'il vigne [vienne] à mei ; M'amor li metrai à bandun, Marie de France, I, 488. Mais tost s'en parte à habandon, Fabl. et Cont. anc. I, 70. Amis, ques [quel] hom es-tu ? Di moi com tu as nom, Qui le sepulcre Dieu baises si à bandon ? Ch. d'Ant. I, 184. Et li bourgeois le rechurent [reçurent] volentiers et lui mirent à abandon cor et avoir et ville, Chr. de Reims, 230. Nuls hom ne peut penre [prendre] de son plege [gage] par abandon, sans soi plaindre à justice, Beaumanoir, XLIII, 13.

XVe s. Et mettrons tout le royaume à vostre abandon, Froissart, I, I, 14. Vous perdez le temps ; car, sur l'abandon de nos testes, les Escots s'en sont allés très devant mie nuit, Froissart, I, I, 44.

XVIe s. De tout autre butin il y avoit une quantité si grande que ou l'on n'en faisoit compte, ou on le consommoit en tout abandon, Amyot, Lucul. 25. Comme le vent souffle à son abandon Le duvet blanc du vieux chenu chardon…, Amyot, Morales, t. IV, p. 444.

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Étymologie de « abandon »

Étymologie de abandon - Littré

Provenç. abandon ; espagn. abandono ; ital. abandono. Par les exemples historiques on voit que abandon est un mot composé de à et bandon. Bandon, en vieux français et en provençal, signifie permission, autorisation, décret ; il répond à un mot bas-latin bando, bandonis, de même signification que bandum, band en danois, bannen en allemand, ordre, prescription ; et en définitive c'est simplement une autre forme de notre mot ban (voy. ce mot). Dès lors on voit la série des significations : mettre à bandon, c'est mettre à permission, à autorité ; c'est donc remettre, céder, confier, laisser aller et finalement délaisser.

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Étymologie de abandon - Wiktionnaire

De l’ancien français mettre à bandon (« laisser au pouvoir de »), bandon étant issu des deux radicaux germaniques ban (« proclamation ») et band(a) (« signal, étendard d’un corps de troupe »), qu'on retrouve croisés dans le mot ban.
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Phonétique du mot « abandon »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
abandon abɑ̃dɔ̃ play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « abandon »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « abandon »

  • Plus d’une centaine d’associations, organisations et réseaux de la région arabe lancent une campagne pour l’annulation de la dette et l’abandon des accords de libre-échange pour sortir de la crise exacerbée par le Covid-19. Un premier webinaire a lieu jeudi 25 juin 2020 par les initiateurs de cette initiative sur l’abandon des accords de ” libre-échange “, à 19h heure Maroc, Tunisie et Londres, 20h heure France, et 18h heure Mali. Webmanagercenter, Covid-19 : Appel à l'annulation de la dette et l'abandon des accords de libre-échange | Webmanagercenter
  • Quand la science-fiction abandonne les récits de fin du monde pour un optimisme subversif Le Monde.fr, Au Royaume-Uni, abandon des poursuites contre quatre anciens tradeurs dans le cadre de l’affaire Euribor
  • Après un printemps agité, les beaux jours reviennent, et avec eux la promesse de vacances d’été bien méritées. Mais, si en raison de la crise sanitaire, certains vacanciers doivent revoir leurs plans, une chose, elle, ne change pas. Cette année encore, de nombreux animaux seront abandonnés sur le chemin des vacances… Widoobiz, Lutte contre l'abandon : APRR s'engage au côté de la SPA - Widoobiz
  • « Certaines collectivités n’ont pas de nouvelles de 10 à 15 % de leurs effectifs ! Une commune d’Ile-de-France vient de lancer une procédure d’abandon de poste contre 150 agents ! », faisait savoir en début de mois Gaëtan Huet, consultant chez Partenaires finances locales, à la Gazette. La Gazette des Communes, En temps de crise, "abandon de poste" ou "refus de travailler"?
  • Samedi 27 juin sera la Journée mondiale contre l’abandon des animaux. Marie-Dominique Privé a reçu Nicole Sainjon, Présidente de la SPA de Bergerac France Bleu, Comment sensibiliser contre l'abandon des animaux de compagnie avec la SPA de Bergerac
  • L’abandon d’un système de défense antimissile américain contesté pourrait laisser place à l’acquisition d’une capacité de frappe préventive. L'Humanité, Derrière l’abandon par le Japon d’un système de défense antimissile américain, le choix d’une stratégie agressive | L'Humanité
  • Les ventes sur internet d'animaux, parfois à prix cassés, sont aussi source d'abandons, selon la présidente de la Fondation. "Souvent, ce sont des animaux qui arrivent par importation, de trafics d'animaux, venus d'usine à chiot dans les pays de l'Est", raconte-t-elle. "C'est la porte ouverte à l'abandon puisque ce sont des animaux qui ont été sevrés trop tôt, qui arrivent la moitié du temps malades… La personne qui se fait avoir sur un site, quand elle ne peut plus le garder, qu'elle se rend compte qu'il a des problèmes de comportement, de santé et autres, c'est évident qu'elle l'abandonne." Europe 1, "La porte ouverte à l'abandon" : comment lutter contres les achats compulsifs d'animaux ?
  • L'art poétique, la mécanique romanesque obéissent à d'autres règles que celles du savoir. L'abandon, la mesure. De Jean Rouaud / Entretien avec Catherine Argand - Décembre 1996-Janvier 1997
  • Chaque progrès dans l'art d'écrire ne s'achète que par l'abandon d'une complaisance. De André Gide / Journal
  • Un instant de tendre abandon ne diffère d'un attentat à la pudeur que par l'absence de gendarme. De René Clair
  • La pudeur n'est qu'un artifice qui confère plus de valeur à l'abandon. De Henri de Régnier / Lui ou les Femmes et l'Amour
  • Les larmes sont un don. Souvent les pleurs, après l’erreur ou l’abandon, Raniment nos forces brisées. De Victor Hugo / Les Feuilles d’automne
  • Seul ceux qui souffrent de l'ennui et de l'abandon peuvent justement se comprendre. De Marie-Anna Roy / Le Pain de chez nous
  • L’ambition extérieure a pour condition une sorte de désespoir ou d’abandon de l’ambition intérieure. De Paul Valéry
  • Le plus gros abandon de souveraineté, c’est celui de la souveraineté monétaire. De Thomas Piketty / Le Nouvel Observateur, 29 janvier 2015
  • Je veux un pays de solidarité et pas d'abandon. De François Bayrou / Meeting de Caen - 1 Mars 2007
  • L’admiration est un abandon heureux de soi-même, l’envie une revendication malheureuse du moi. De Sören Kierkegaard / Traité du désespoir
  • La cuisine, c’est comme l’amour, on y pénètre avec abandon ou pas du tout. De Harriet Van Horne
  • Le plus complet abandon règne dans l'amour. De Louis Aragon / Littérature - Décembre 1920
  • La nature féminine est un abandon sous forme de résistance. De Sören Kierkegaard / Le journal du séducteur
  • L'abandon fait le larron. De Marguerite de Navarre / L'Heptaméron

Images d'illustration du mot « abandon »

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Traductions du mot « abandon »

Langue Traduction
Portugais abandono
Allemand aufgabe
Italien abbandono
Espagnol abandono
Anglais abandonment
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Synonymes de « abandon »

Source : synonymes de abandon sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « abandon »



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