La langue française

Défense

Définitions du mot « défense »

Trésor de la Langue Française informatisé

DÉFENSE1, subst. fém.

A.− [Correspond à défendre I A] Action de défendre en combattant.
1.
a) Usuel. Action de défendre quelqu'un ou de se défendre contre une attaque, action de résister. Anton. attaque.Tirer son épée pour sa défense personnelle (Las Cases, Mémor., Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 275):
1. ... qui aurait la lâcheté de contempler quelque assassinat dans la rue, sans accourir à la défense de l'égorgé qui est son frère. Sainte-Beuve, Volupté,t. 2, 1834, p. 210.
2. La défense de Roland et la défense de Léonidas prennent pour l'imagination cette figure : une garde à la frontière. Thibaudet, Réflexions sur la litt.,1936, p. 212.
En partic. [Dans le cas d'une entreprise galante] :
3. Débats-toi, défends-toi. Qu'il est beau de voir la première défense que la vertu oppose à l'amour. Giraudoux, Pour Lucrèce,1944, II, 2, p. 110.
Expr. et loc. Légitime défense, défense légitime. Action de repousser par la force un injuste agresseur, en accomplissant un acte interdit par la loi pénale. Il ne m'est pas arrivé une seule fois de tuer un homme, hors le cas de légitime défense (Balzac, Méd. camp.,1833, p. 99).Se mettre en défense, en état de défense. S'organiser contre une attaque, prendre une attitude défensive :
4. Près de lui [della Rebbia], était son fusil chargé et armé, comme s'il s'était mis en défense contre une personne qui l'attaquait en face au moment où une autre le frappait par derrière. Mérimée, Colomba,1840, p. 48.
b) Emplois spéc.
ÉQUIT. Résistance opposée par un cheval à son cavalier. Il aurait presque voulu que le cheval recommençât une défense pour la volupté de lutter avec lui (Montherl., Bestiaires,1926, p. 417).
SP. Action de défendre son camp :
5. Alors que dans la défense individuelle stricte, chaque joueur est responsable de son adversaire direct, dans la défense de zone, chaque joueur prend en charge l'adversaire qui se présente dans la surface de terrain qui lui est plus spécialement impartie. J. Mercier, Le Football,1966, p. 63.
P. méton. Ensemble des joueurs chargés de cette opération. L'équipe (...) confiante que les trois hommes de la défense feront ce qu'il faut (Montherl., Olymp.,1924, p. 299).
c) Emplois fig. :
6. ... Monsieur, vous, en qui j'ai surpris quelquefois des mouvements de franchise et de justice, prenez en main la défense de votre siècle et de la vérité! Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin,t. 1, 1811, p. 281.
P. méton. Moyens de défense. Mon âme sans défense N'a point contre ses yeux cherché de résistance (Chénier, Élégies,1794, p. 82):
7. Son père [de Maxence] avait nourri son esprit, mais non son âme. Les premiers troubles de la jeunesse la trouvèrent démunie, sans défense contre le mal, sans protection contre les sophismes et les piperies du monde. Psichari, Le Voyage du centurion,1914, p. 5.
Locutions
Avoir de la défense (fréquemment empl. dans un tour négatif). Être capable de résister aux difficultés, aux railleries, aux sollicitations. Synon. se défendre.Vous n'avez pas plus de défense qu'un enfant (Bernanos, Joie,1929, p. 617).La radio surprend les gens à table ou dans leurs lits, au moment qu'ils ont le moins de défense (Sartre, Sit. II,1948, p. 291):
8. Il est bon à grand'chose, votre fils! C'est un fameux cadeau que nous avons eu là! Il est toujours battu par les polissons. Il n'a pas de défense contre leurs tas de farces. Quel innocent! On ne peut rien lui faire faire. Duranty, Le Malheur d'Henriette Gérard,1860, p. 236.
Faire une belle défense. Résister longtemps à une sollicitation. Peut-être que les femmes sont principalement soutenues par l'orgueil de faire une belle défense (Stendhal, Amour,1822, p. 83).
Arg. ,,Combinaison avantageuse, filon`` (Esn. 1966); cf. Simonin, Simonin ill., 1957, p. 108.
SYNT. Défense de l'Église, de l'empire (français), de la patrie, de la république, du royaume, de la société; défense de la culture, des droits, des intérêts, de la liberté/des libertés, de la religion, de la vérité; défense de (ou contre) l'ennemi, contre le danger; attaque et défense; geste, plan de défense; défense commune, naturelle, républicaine, sociale; la meilleure, sa propre défense; livrer sans défense; assurer, contribuer à, entreprendre, organiser la défense.
2. En partic. Action de défendre un lieu contre une attaque militaire. La résistance du fort de Vaux sert un dessein plus vaste que la défense d'un coin de sol (Bordeaux, Fort de Vaux,1916, p. 4).
P. méton. Ensemble du dispositif mis en œuvre pour se défendre d'un ennemi. D'homicides guerriers, poussés par la vengeance, Inondent tout-à-coup le palais sans défense (Baour-Lormian, Ossian,1827, p. 148).Je veux que la place soit mise en état de défense absolue (G. Leroux, Parfum,1908, p. 55):
9. En 1863, après une lutte longue et meurtrière, les Maoris occupaient une grande position fortifiée sur le haut Waikato, à l'extrémité d'une chaîne de collines escarpées, et couverte par trois lignes de défense. Des prophètes appelaient toute la population maorie à la défense du sol et promettaient l'extermination des « pakeka », c'est-à-dire des blancs. Verne, Les Enfants du capitaine Grant,t. 3, 1868, p. 84.
En partic., souvent au plur. Ouvrage d'art destiné à fortifier un lieu contre une attaque. La vieille forteresse dont les défenses gothiques avaient encore bonne apparence (Gautier, Fracasse,1863, p. 359):
10. Aucune défense devant nous, pas un pieu, pas un fil de fer. Des bosses, des trous, une terre lacérée où germaient des débris, et, à douze cents mètres, le bois qu'il fallait enlever, morne pépinière de troncs déchiquetés. Dorgelès, Les Croix de bois,1919, p. 281.
MAR. Objet (ballon, pneu, etc.) protégeant le bordé d'une embarcation contre les chocs et les frottements (cf. Barber. 1969).
SYNT. Défense de la capitale, des côtes, du front, du pays, du sol, du territoire, de la ville; défense aérienne, anti-aérienne; mesures, moyen, organisation, ouvrages, préparatifs, système, travaux de défense.
Défense (nationale). Ensemble des moyens militaires mis en œuvre pour défendre l'intégrité du territoire national et assurer la sécurité de la population. Comité de (la) Défense nationale; conseil (supérieur) de la Défense; ministre de la Défense. Photographier des pièces secrètes intéressant la Défense nationale (Clemenceau, Iniquité,1899, p. 26).
HIST. Gouvernement de la Défense nationale. Gouvernement provisoire de la France de septembre 1870 à février 1871. La bataille des gardes nationaux de la Commune et de la Défense Nationale (Goncourt, Journal,1871, p. 783).
Défense passive. Dispositif de sécurité utilisé en temps de guerre pour assurer la protection de la population civile :
11. Ledit ingénieur des P.T.T. venait de se distinguer quelques jours auparavant, pendant un essai d'obscurcissement de Paris par la défense passive, en allumant des feux de bengale sur les marches du Sacré-Cœur. Abellio, Heureux les pacifiques,1946, p. 235.
3. P. anal., MÉD. et SC. HUM. Résistance d'un individu à des agressions physico-chimiques, biologiques ou bio-psychiques.
a) PHYSIOL. Résistance de l'organisme à une agression interne ou externe. Réaction de défense. Dans sa défense contre le tréponème pâle, l'organisme travaille surtout du foie (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 257).Contre les parasites et les microbes, cette défense [des tissus] reste parfois sans résultats (E. Garcin, Guide vétér.,1944, p. 13).
b) PSYCHANAL. et PSYCHOL. Opposition inconsciente de l'individu à tout ce qui menace l'intégrité de sa personnalité. Instinct, mécanismes, réflexe(s) de défense. Une réaction de défense et comme une riposte de la personnalité (J. Bousquet, Trad. du silence,1935-36, p. 52).
B.− P. ext. et au fig. [Correspond à défendre I A 2] Action de défendre par la parole ou par l'écrit.
1. Usuel. Action de défendre quelqu'un ou quelque chose contre une accusation. Voilà ce que je dis à la critique pour ma défense (Janin, Âne mort,1829, p. 18).
Prendre la défense de. Prendre parti pour. Personne n'ose prendre la défense de cet infâme trafic [la traite des nègres] (Say, Écon. pol.,1832, p. 230).La fameuse séance du Sénat où Sainte-Beuve a pris la défense de Renan (Flaub., Corresp.,1867, p. 291).
2. DROIT
a) Action de défendre en justice. La défense d'un accusé. Les garanties de défense des détenues (Goncourt, Journal,1862, p. 1149).
P. méton.
Moyens de justification mis en œuvre par la personne qui défend. Dire pour, préparer sa défense. Avez-vous quelque chose à ajouter à votre défense? (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 328).Le Poittevin fut chargé de présenter la défense et moi de soutenir l'accusation (Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Le Voleur, p. 1228).
Partie qui défend et ceux qui l'assistent. Avocat, droits de la défense. Entendre le témoin que la défense avait caché jusqu'ici (Champfl., Bourgeois Molinch.,1855, p. 211).Il s'est tourné vers les jurés, puis vers la défense, puis vers le public (Martin du G., J. Barois,1913, p. 382).En partic. Avocat. La défense agitait triomphalement les manches de sa robe (A. France, Crainquebille,1904, p. 27).
b) Au plur. Donner, fournir des défenses (Ac.1798-1932).Répondre par écrit et par ministère d'avoué à la demande de sa partie. Synon. conclusions en défenses (Cap. 1936).
C.− [Correspond à défendre I C] Injonction (à quelqu'un) de ne pas faire quelque chose. Synon. interdiction.C'était expressément défendu; mais ils éludèrent la défense (Dumas père, Monte-Cristo,t. 2, 1846, p. 711).J'avais pris, malgré la défense du docteur, un cachet de véronal (Mauriac, Nœud vip.,1932, p. 175).
[Souvent empl. sans déterm. et/ou dans des phrases nom.] Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d'entrer » (Hugo, Légende,t. 1, 1859, p. 50).Quand on mangeait, défense d'ouvrir la bouche (Taine, Notes Paris,1867, p. 86).
Littér. Faire défense de. Interdire de. Je lui ai fait défense (...) d'assister Madame de Lauingen (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 18).On retourna son portrait contre le mur et fit défense de prononcer son nom (Sartre, Mots,1964, p. 3).
SYNT. Défense absolue, expresse, formelle; défense d'entrer, de fumer; enfreindre une défense.
En partic., DR., souvent au plur. ,,Jugement qui défend de procéder, de passer outre à l'exécution de quelque chose`` (Ac. 1798-1932). Obtenir, faire lever, faire signifier des défenses (Ac. 1798-1932). On obtint défense de laisser paraître ces deux éloges (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 5, 1859, p. 316).
Arg. ,,Interdiction de séjour`` (Esn. 1966).
P. ext., BÂT. Corde de sûreté à laquelle s'attache un couvreur pour travailler sur un toit dangereux (cf. Chabat 1881).
Prononc. et Orth. : [defɑ ̃:s]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. A. 1. Mil. xiies. « action de se défendre en justice » defense de plait (Lois de Guillaume le Conquérant, éd. J. E. Matzke, § 47); 1249 « moyens employés pour défendre sa cause » (Coutumes d'Amiens ds Bartsch, La Langue et la litt. fr., Paris, 1887, 452, 22) cf. 1595 (Montaigne, Essais, éd. A. Thibaudet, livre 1, chap. 3, p. 41 : Sans les [ses braves capitaines] vouloir seulement ouïr en leurs defences); en partic. 1851 « l'accusé et ses avocats » (Cournot, Fondem. connaiss., p. 423 : affirmé par l'accusation, nié par la défense); 2. a) 1176 « action de se défendre (d'un sentiment) » (Chr. de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 521); 1177-78 « id. (dans un combat) » (Id., Chevalier Charrette, éd. M. Roques, 874); b) 1176 « moyens utilisés pour se défendre (ici créneaux) » (Id., Cligès, 1832 : desfanses de la tor). B. a) 1165-70 « objection » metre desfanse (Id., Erec et Enide, éd. M. Roques, 1747); b) 1177 « injonction de ne pas faire quelque chose » (Id., Chevalier Lion, éd. M. Roques, 1668). Empr. au b. lat. defensa « défense », part. passé subst. fém. de defendere, défendre*. Bbg. La Landelle (G. de). Le Lang. des marins. Paris, 1859, p. 192.

DÉFENSE2, subst. fém.

ZOOL. Longue dent saillante (incisive ou canine) de certains animaux mammifères. Défense d'éléphant :
1. Les défenses du sanglier d'Éthiopie sont d'un ivoire à-peu-près semblable à celui de l'hippopotame. Dans le sanglier ordinaire on ne voit point de stries (...). L'ivoire des défenses du morse est compact, susceptible d'un poli presque aussi beau que celui de l'hippopotame, mais sans stries : la partie moyenne de la dent est formée de petits grains ronds placés pêle-mêle... Cuvier, Leçons d'anat. comp.,t. 3, 1805, p. 106.
2. Des centaines de défenses, de toutes tailles et de toutes couleurs, alignées côte à côte, les plus grandes pour les pianos : défenses du Congo ou du Soudan, ivoires fossiles marqués encore par la dent du crocodile; dents d'hippopotames destinées au Japon, dents de sangliers sauvages... Morand, Londres,1933, p. 309.
Prononc. et Orth. : [defɑ ̃:s]. Ds Ac. 1694-1798 au plur.; ds Ac. 1835-1932 au singulier. Étymol. et Hist. 1585 [éd.] (Paré, Le Livre des Animaux, chap. 16 ds Œuvres, éd. J.-F. Malgaigne, t. 3, p. 751 : Les Sangliers aiguisent pareillement leurs defenses pour assaillir ou se defendre). Spécialisation de sens de défense1* (cf. le sens A 2 b).
STAT. − Défense1 et 2. Fréq. abs. littér. : 3 948. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 4 843, b) 3 826; xxes. : a) 5 293, b) 7 423.

Wiktionnaire

Nom commun

défense \de.fɑ̃s\ féminin

  1. Action de défendre, de se défendre.
    • Pourquoi porter des chapeaux et des vêtements, quand la pigmentation de la peau est la meilleure défense contre le soleil des tropiques […]? — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Et l’avarice, considérée comme un péché par l’Église catholique, est devenue le signe d’une défense intelligente contre la surconsommation. — (Alain Rey, Les radins savent gérer leur argent, dans 60 millions de consommateurs, hors-série n°151, oct.-nov. 2010)
    • S’armer pour la commune défense, pour sa propre défense.
    • Être dans le cas de légitime défense.
    • Se mettre en défense, en état de défense, Se mettre en état de se défendre.
  2. (Militaire) Action ou manière de défendre une place, un poste, etc., de s’y défendre.
    • Belgrade est une ville ouverte, car son ancienne forteresse turque ne peut pas être considérée comme un ouvrage de défense moderne. — (Rodolphe Archibald Reiss, Comment les Austro-Hongrois ont fait la guerre en Serbie, 1915)
    • La ville avait la réputation d’être imprenable ; son château s’élevait à l’est et la ceinture de murailles qui entourait la cité venait s’y attacher; des portes, des bastions, des fossés formaient un respectable appareil de défense. — (Gustave Fraipont, Les Vosges, 1895)
    • Nos grandes places de guerre, Strasbourg et Metz, les véritables boulevards de notre défense, n'avaient été ni armées, ni approvisionnées. — (Général Ambert, Récits militaires : L’invasion (1870), p. 124, Bloud & Barral, 1883)
    • Après le « mur murant » de 1786, les fortifications de 1840 ont été démolies pierre par pierre, et la terre de leurs glacis à servi à combler les fossés de défense dont on l'avait tirée. — (Jean Valmy-Baysse, La curieuse aventure des boulevards extérieurs, Éditions Albin-Michel, 1950, p. 243)
    • Faire une belle défense, résister longtemps à quelque proposition, à quelque sollicitation, etc.
  3. (Politique) Gestion de l’armée et de la marine.
    • Le ministère de la Défense.
    • Dépenses de défense.
  4. (Au pluriel) Fortifications, ce qui sert à garantir, à couvrir une place.
    • Les bases des tours visigothes sont carrées ou ont été grossièrement arrondies pour recevoir les défenses du Ve siècle. — (Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888)
    • Démolir les défenses d’une place.
  5. (Eaux et forêts) Ce bois est en défense: Il est en tel état de force qu’on n’a plus besoin d’empêcher les bestiaux d’y aller.
  6. (Droit) Action de défendre quelqu’un contre une accusation soit en justice, soit dans les rapports sociaux.
    • La défense de sa cause.
    • Prendre la défense de l’accusé.
    • Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?
    • On ne voulut point écouter ma défense.
    1. (Droit) Ce qu’on répond, par écrit et par ministère d’avoué, à la demande de sa partie.
      Donner, fournir, faire signifier ses défenses.
  7. Chacune des deux longues dents, canines ou incisives, qui sortent de la bouche de certains mammifères et dont ils se servent pour se défendre.
    • Les défenses du sanglier, de l’éléphant.
  8. (Couvreur) Corde de sûreté, utilisée par les couvreurs pour s'attacher.
  9. Prohibition, interdiction. Il est défendu de, il est interdit de.
    • M. le représentant diplomatique de France en Chine a obtenu du taotaï la défense d'exporter de Chine des cartons de graines de vers à soie qui ne porteraient pas le sceau consulaire. — (Sériciculture, dans Le Mémorial d'Aix, dimanche 24 janvier 1869, 33e année, n°4, p.1)
    • Défenses sont faites à tous cantiniers de recevoir et de garder dans leur maison aucune guildive, sans la permission du juge de police. — (Recueil des lois de l’Île Maurice et de ses dépendances, annoté par John Rouillard, V.1, page 204, 1866)
    • Défense de fumer, défense d’uriner, défense de marcher dans la pelouse, défense de parler au conducteur.
  10. (Droit) Interdiction de procéder.
    • Jugement, arrêt de défense, de défenses, ou simplement Défenses, jugement qui défend de procéder, de passer outre à l’exécution de quelque chose.
    • Obtenir des défenses.
    • Faire lever des défenses.
  11. (Marine) À l’origine sac tressé rempli de vieux cordages, qui placé entre un navire et le quai, ou entre deux navires, avait pour but de protéger la coque contre les chocs, de nos jours elles sont en plastique ou en caoutchouc, parfois on utilise des vieux pneus.
  12. (Sport) Ensemble des défenseurs d’une équipe dans un sport collectif.
  13. (Héraldique) Meuble représentant la défense (cf. définition (7)) d’un animal dans les armoiries. Elle est représentée détachée du corps de l’animal. Il est généralement nécessaire de blasonner le nom de l’animal.
    • Écartelé au 1 et au 4 d’azur, à la bande d’argent, chargée de trois défenses de sanglier de sable, accompagnée de deux roues à quatre rais du second émail; au 2 et au 3, coupé d’or et d’argent, à l’aigle de sable languée, membrée et couronnée de gueules, brochante, qui est de la famille Friches-Doria → voir illustration « armoiries avec des défenses »
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DÉFENSE. n. f.
Action de défendre, de se défendre. Prendre les armes pour la défense de son pays, de la religion. S'armer pour la commune défense, pour sa propre défense. Être dans le cas de légitime défense. Se mettre en défense, en état de défense, Se mettre en état de se défendre. Il se dit particulièrement, en termes de Guerre, de l'Action ou de la Manière de défendre une place, un poste, etc., de s'y défendre. La défense de cette place lui fut confiée. Traité de l'attaque et de la défense des places fortes. Ligne de défense. Fig. et fam., Faire une belle défense, Résister longtemps à quelque proposition, à quelque sollicitation, etc. Au pluriel, il se dit de Ce qui sert à garantir, à couvrir une place. Démolir les défenses d'une place. Fam., Il n'est pas de défense ou Il n'a pas de défense, Il ne sait pas se défendre contre les railleurs, la malveillance, la séduction. En termes d'Eaux et Forêts, Ce bois est en défense, Il est en tel état de force qu'on n'a plus besoin d'empêcher les bestiaux d'y aller. Il se dit spécialement de l'Action de défendre quelqu'un contre une accusation soit en justice, soit dans les rapports sociaux. La défense de sa cause. Prendre la défense de l'accusé. Il fut chargé de la défense de cet accusé. Qu'avez-vous à dire pour votre défense? On ne voulut point écouter ma défense. Il signifie, en termes de Procédure, Ce qu'on répond, par écrit et par ministère d'avoué, à la demande de sa partie. Donner, fournir, faire signifier ses défenses. Il se dit en outre de Chacune des deux longues dents, canines ou incisives, qui sortent de la bouche de certains quadrupèdes et dont ils se servent pour se défendre. Les défenses du sanglier, de l'éléphant. Il signifie encore Prohibition, interdiction. On lui a fait défense de récidiver. Défense expresse de passer en tel endroit, de toucher à telle chose. Spécialement, en termes de Procédure, Jugement, arrêt de défense, de défenses, ou simplement Défenses, Jugement qui défend de procéder, de passer outre à l'exécution de quelque chose. Obtenir des défenses. Faire lever des défenses.

Littré (1872-1877)

DÉFENSE (dé-fan-s') s. f.
  • 1Action de défendre quelqu'un ou quelque chose ou de se défendre. Sa défense contre ceux qui l'assaillaient donna le temps de venir à son secours. Jamais on n'a fait la guerre avec une force plus inévitable, puisqu'en méprisant les saisons, il a ôté jusqu'à la défense à ses ennemis, Bossuet, Marie-Thér. J'aime un amour facile et de peu de défense, Régnier, Ép. II. Elle n'avait rien fait qu'en sa juste défense, Corneille, Rodog. III, 1. Il n'a pour sa défense Que les pleurs de sa mère et que son innocence, Racine, Andr. I, 4. Il prend l'humble sous sa défense, Racine, Esth. I, 5. La veuve en sa défense [la protection de Dieu] espère, Racine, ib. III, 3. Elle a senti d'abord un peu de répugnance ; Mais, vous voyant, son cœur n'a plus fait de défense, Regnard, Ménechmes, III, 8. L'Égypte aimait la paix parce qu'elle aimait la justice, et n'avait de soldats que pour sa défense, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. I, p. 91. Aussi le reçoit-il [le coup mortel] peu s'en faut sans défense, De Belloy, Gaston et B. I, 1. La cavalerie française eut l'honneur de cette journée ; l'attaque y fut aussi acharnée que la défense opiniâtre ; elle eut plus de mérite, n'ayant à employer que le fer contre le fer et le feu, Ségur, Hist. de Napol. VI, 2.

    Se mettre en défense, se mettre en état de se défendre. Être en défense, être en état de se défendre. Menacé, il se mit en défense. C'est en vain qu'on se met en défense, Corneille, Poly. IV, 3. Ceux qui se mirent en défense, et il y en eut peu, furent taillés en pièces, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. VI, p. 378, dans POUGENS. Eh bien ! ferme Caton, Rome est-elle en défense ? Voltaire, Catil. I, 6.

    Être hors de défense, n'être plus en état de se défendre.

    Embrasser la défense de, se déclarer le défenseur de. Lisez. Jugez après cette insolence Si nous devons d'un traître embrasser la défense, Racine, Baj. IV, 6.

    Terme de manége. Action d'un cheval qui se défend.

    Terme de blason. Un hérisson roulé est un hérisson en défense.

    Terme d'eaux et forêts. Ce bois est en défense, il est assez crû pour qu'on puisse sans dommage y laisser aller les bestiaux.

  • 2Ce qui sert à la défense. Rome sans défense du côté de ses empereurs, Bossuet, Hist. III, 7. Sans gardes, sans défense, il marche à cette fête, Racine, Andr. IV, 3. Sa beauté pouvait tout ; mon âme sans défense N'a point contre ses yeux cherché de résistance, Chénier, Élég. 35.

    Longue dent qui sort de la bouche de quelques animaux, et qui leur sert de moyen de défense ou d'attaque. Les défenses d'un sanglier, d'un éléphant. Ce vieux sanglier n'a plus qu'une défense. On connaît les défenses de l'éléphant ; elles grossissent quelquefois au point d'acquérir chacune un poids d'environ cent vingt livres, Bonnet, Contempl. nat. 12e part. ch. 46.

    Corde à laquelle le couvreur s'attache pour travailler sur un toit dangereux.

    S. f. plur. Terme d'histoire naturelle. Ensemble des moyens de se protéger dont sont pourvus les végétaux ou les animaux.

    Moyens employés pour protéger les jeunes plants contre tout ce qui pourrait les blesser, ou leur nuire de quelque façon.

    Terme de marine. Bouts de mâts et câbles qu'on laisse pendre au côté des vaisseaux, pour empêcher qu'ils ne se touchent lorsqu'ils sont trop près l'un de l'autre ; et longues perches qui servent à repousser les brûlots dans un combat.

  • 3Action de défendre une place. Ce général a fait une belle défense. Il brûle ses faubourgs pour faire une belle défense, Hamilton, Gramm. 8. Les impériaux ne pourront jamais oublier cette vigoureuse défense de Mézières contre eux, Fénelon, Dial. des morts mod. Bourbon, Bayard.

    Fig. et familièrement. Faire une belle défense, résister longtemps à des propositions tentantes, à des sollicitations pressantes. Il fit la plus belle défense ; mais, de mon côté, je m'obstinai si fort qu'il fallut me céder et recevoir mes cent écus, Marmontel, Mém. liv. I.

    Place en état de défense, place bien fortifiée.

    Cette place est de défense, elle peut soutenir un siége.

    S. f. pl. Nom donné à tous les ouvrages d'une place de guerre, qui servent à couvrir ou à défendre les postes. Ruiner les défenses d'une place. On avait abattu avec les béliers les principales défenses, Vaugelas, Q. C. liv. IV, ch. 4.

  • 4Ensemble des moyens par lesquels on repousse une accusation ou une demande en justice.

    Au plur. Terme de procédure. Ce qu'on répond, par écrit et par ministère d'avoué, à la demande de sa partie. Faire signifier ses défenses. Donner ses défenses, Patru, Plaidoy. 6, dans RICHELET.

    Défenses est quelquefois synonyme de conclusion.

    Au sing. Exposition et développement des moyens qu'une partie emploie pour appuyer sa cause. La défense est présentée par un avocat. Sa défense de M. de Portes est digne de Démosthène, Rousseau, Conf. X.

    La situation de celui qui se défend ou qui défend un autre. On oppose la défense à l'accusation.

  • 5 Par extension, justification, excuse. Et l'État défendu me parle en ta défense, Corneille, Cid, IV, 3. Contre ces charges, prince, avez-vous des défenses ? Rotrou, Vencesl. IV, 6.
  • 6Injonction de ne pas faire une chose. Avec défense de plus enseigner une telle doctrine, Pascal, Prov. 6. Les défenses que Dieu a faites de l'homicide, Pascal, ib. 13. La défense, j'ai peur, sera trop tard venue, Molière, Mélic. I, 5. Il y eut défense de sacrifier ailleurs, Bossuet, Hist. II, 4. Et malgré vos défenses Je n'ai pu résister à ses justes instances, Brifaut, Ninus II, I, 3.

    Jugement, arrêt de défense, de défenses, ou, simplement, défenses, jugement qui défend de passer outre à l'exécution de quelque chose. Faire signifier des défenses.

  • 7Latte croisée que l'on suspend avec une corde à une maison, pour avertir les passants qu'il ne faut pas passer auprès, de peur de recevoir quelque débris qui tombe.
  • 8 Terme de vénerie. Rangée d'hommes pour empêcher les loups de passer, et les forcer de se précipiter dans les filets.

HISTORIQUE

XIe s. Defense de plaid, Lois de Guill. 45.

XIIIe s. Se vus plest, à vus parlerai, Jà defense ne garderai, Lai del desiré. Se nous lessons nos deffenses que l'en nous a baillées à garder, nous sommes honnis, Joinville, 222. Les Sarrazins se ferirent en la ville, là où il ne trouverent nulle deffense ; car elle n'estoit pas toute close, Joinville, 277. Et quant sa gent virent que le roy metoit deffense en li, il pristrent cuer, Joinville, 227.

XVe s. Ces chevaliers et leurs gens estoient tous rangés devant la porte et montroient bonne defense, Froissart, II, II, 57. Il fit assaillir ceux qui defendoient, et traire si ouniement [sans interruption] que à peine n'osoit nul apparoir aux defenses pour la defendre, Froissart, I, I, 207.

XVIe s. C'est de toy, Dieu très haut, De qui attendre faut Vray secours et defense, Marot, IV, 231. Ouyr des accusés en leurs deffenses, Montaigne, I, 19. Ils feirent deffense expresse, sur peine de mort, que…, Montaigne, I, 233. Tuer une beste innocente et sans deffense, Montaigne, II, 131. On ne peut tenir riviere en garenne ou defense, s'il n'y a titre ou prescription, Loysel, 237. La garenne est de defense, tant pour la chasse que pour la pesche et le pascage, Loysel, 238. Il feit planter au dessus de son pont des defenses de grosses pieces de bois que l'on ficha à force au fond de la riviere, Amyot, César, 30. Mourir pour la defense de son païs, Amyot, Solon, 56. Se mettre en defense, Amyot, Publ. 35. Ils en faisoient assés pour offense, non pour defense, D'Aubigné, Conf. II, 5. Les sangliers aiguisent pareillement leurs defenses, Paré, Animaux, 16.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

DÉFENSE.
3Ajoutez :

Terme de fortification. Ligne de défense d'un front bastionné, ligne qui joint l'angle saillant d'un bastion à l'angle de flanc du bastion opposé.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

Defense de soi-même, (Religion, Morale, Droit nat. & civ.) action par laquelle on défend sa vie, soit par des précautions, soit à force ouverte, contre des gens qui nous attaquent injustement.

Le soin de se défendre, c’est-à-dire de repousser les maux qui nous menacent de la part d’autrui, & qui tendent à nous perdre ou à nous causer du dommage dans notre personne, est une suite nécessaire du soin de se conserver, qui est inspiré à chacun par un vif sentiment de l’amour de soi-même, & en même tems par la raison. Mais comme il résulte souvent un conflit apparent entre ce que l’on se doit & ce que l’on doit aux autres, par la nécessité où l’on se trouve contraint, ou de repousser le danger dont on est menacé, en faisant du mal à celui qui veut nous en faire ; ou de souffrir un mal considérable, & quelquefois même de périr : nous allons tâcher d’indiquer comment on a droit de ménager la juste défense de soi-même dans l’état naturel & dans l’état civil.

On se défend ou sans faire du mal à l’aggresseur, en prenant des précautions contre lui ; ou bien en lui faisant du mal jusqu’à le tuer, lorsqu’il n’y a pas moyen de se tirer autrement du péril : car quelque injuste que soit l’entreprise d’un aggresseur, la sociabilité nous oblige à l’épargner, si on le peut, sans en recevoir un préjudice considérable. Par ce juste tempérament on sauve en même tems les droits de l’amour propre & les devoirs de la sociabilité.

Mais quand la chose est impossible, il est permis dans certaines occasions de repousser la force par la force, même jusqu’à tuer un injuste aggresseur. Les lois de la sociabilité sont établies pour la conservation & l’utilité commune du genre humain, & on ne doit jamais les interpréter d’une maniere qui tende à la destruction de chaque personne en particulier. Tous les biens que nous tenons de la nature ou de notre propre industrie, nous deviendroient inutiles, si lorsqu’un injuste aggresseur vient nous en dépouiller, il n’étoit jamais juste d’opposer la force à la force ; pour lors le vice triompheroit hautement de la vertu, & les gens de bien deviendroient sans ressource la proie infaillible des méchans. Concluons que la loi naturelle, qui a pour but notre conservation, n’exige point une patience sans bornes, qui tendroit manifestement à la ruine du genre humain. Voyez dans Grotius les solides réponses qu’il fait à toutes les objections contre le droit de se défendre.

Je dis plus : la loi naturelle ne nous permet pas seulement de nous défendre, elle nous l’ordonne positivement, puisqu’elle nous prescrit de travailler à notre propre conservation. Il est vrai que le Créateur y a pourvû par l’instinct naturel qui porte chacun à se défendre, ensorte qu’on péchera plûtôt de l’autre côté que de celui ci ; mais cela même prouve que la juste défense de soi-même n’est pas une chose absolument indifférente de sa nature, ou seulement permise.

Il est vrai cependant que non-seulement l’on peut dans l’état de nature, mais que l’on doit même quelquefois renoncer aux droits de se défendre. De plus, on ne doit pas toûjours en venir à la derniere extrémité contre un injuste aggresseur ; il faut au contraire tâcher auparavant de se garantir de ses insultes par toutes autres voies plus sûres & moins violentes. Enfin la prudence & la raison veulent encore que l’on prenne le parti de se tirer d’affaire en souffrant une légere injure, plûtôt que de s’exposer à un plus grand danger en se défendant mal-à-propos.

Mais si dans l’état naturel on a droit de repousser le danger présent dont on est menacé, l’état civil y met des bornes. Ce qui est légitime dans l’indépendance de l’état de nature, où chacun peut se défendre par ses propres forces & par les voies qu’il juge les plus convenables, n’est point permis dans une société civile, où ce droit est sagement limité. Ici on ne peut légitimement avoir recours pour se défendre, aux voies de la force, que quand les circonstances seules du tems ou du lieu ne nous permettent pas d’implorer le secours du magistrat contre une insulte qui expose à un danger pressant notre vie, nos membres, ou quelqu’autre bien irréparable.

La défense naturelle par la force a lieu encore dans la société civile, à l’égard des choses qui, quoique susceptibles de réparations, sont sur le point de nous être ravies, dans un tems que l’on ne connoît point celui qui veut nous les enlever, ou qu’on ne voit aucun jour à espérer d’en tirer raison d’une autre maniere ; c’est pour cela que les lois de divers peuples, & la loi même de Moyse, permettoient de tuer un voleur de nuit. Dans l’état civil, comme dans l’état de nature, après avoir pris toutes les précautions imaginables, mais sans succès, pour nous garantir des insultes qui menacent nos jours, il est alors toûjours permis de se défendre à main armée contre toute personne qui attaque notre vie, soit qu’elle le fasse malicieusement & de propos délibéré, ou sans en avoir dessein ; comme, par exemple, si l’on court risque d’être tué par un furieux, par un fou, par un lunatique, ou par un homme qui nous prend pour un autre auquel il veut du mal ou qui est son ennemi. En effet, il suffit pour autoriser la défense de sa vie, que celui de la part de qui on est exposé à ce péril, n’ait aucun droit de nous attaquer, & que rien ne nous oblige d’ailleurs à souffrir la mort sans aucune nécessité.

Il paroît même que les droits de la juste défense de ses jours ne cessent point, si l’aggresseur injuste qui veut nous ôter la vie par la violence, se trouve être un supérieur : car du moment que ce supérieur se porte malicieusement ou de propos déliberé à cet excès de fureur, il se met en état de guerre avec celui qu’il attaque ; de sorte que l’inférieur prêt à périr, rentre dès-lors dans les droits de la nature.

Nous avons dit ci-dessus que l’on peut se défendre à main armée, pour prévenir la perte de quelque membre de notre corps. En effet, les lois civiles, d’accord avec les lois naturelles, n’obligent point les citoyens à se laisser mutiler, plûtôt que de prévenir les effets d’une pareille violence : car comment s’assûrer qu’on ne mourra pas de la mutilation ou de la blessure ? & le législateur peut-il favoriser les entreprises d’un scélérat, quoique par ses entreprises il n’ôte pas nécessairement la vie ?

La défense de l’honneur autorise pareillement à en venir aux dernieres extrémités, tout de même que si l’on étoit attaqué dans la perte de ses membres ou dans sa propre vie. Le bien de la société demande que l’honneur du sexe, qui est son plus bel ornement, soit mis au même rang que la vie, parce que c’est un acte infâme d’hostilité, une chose irréparable, qui par conséquent autorise l’action de se porter dans ce moment aux dernieres extrémités contre le coupable : l’affront est d’autant plus grand, qu’il peut réduire une femme vertueuse à la dure nécessité de susciter de son propre sang des enfans à un homme qui agit avec elle en ennemi.

Mais, d’un autre côté, il faut bien se garder de placer l’honneur dans des objets fictifs, dans de fausses vûes du point d’honneur, qui sont le fruit de la barbarie, le triomphe de la mode, dont la raison & la religion condamnent la vengeance, parce que ce ne sont que des outrages vains & chimériques qui ne peuvent véritablement deshonorer. L’honneur seroit sans contredit quelque chose de bien fragile, si la moindre insulte, un propos injurieux, ou insolent, étoit capable de nous le ravir. D’ailleurs, s’il y a quelque honte à recevoir une insulte ou un affront, les lois civiles y ont pourvû, & nous ne sommes pas en droit de tuer un aggresseur pour toute sorte d’outrage, ni de nous faire justice à notre fantaisie.

Pour ce qui est des biens, dans l’indépendance de l’état de nature, on peut les défendre jusqu’à tuer l’injuste ravisseur, parce que celui qui veut les enlever injustement à quelqu’un, ne se montre pas moins son ennemi que s’il attentoit directement à sa vie ; mais dans une société civile, où l’on peut avec le secours du magistrat recouvrer ce qui aura été pris, les hommes n’ont jamais la permission de défendre leurs biens à toute outrance, que dans les cas rares où l’on ne peut appeller en justice le ravisseur qui s’en empare avec violence dans certaines conjonctures, & sans que nous ayons d’autres moyens de les défendre que la force ouverte, qui concourt en même tems au bien public : c’est pour cette raison qu’il est permis de tuer un corsaire, un voleur de nuit ou de grand chemin.

Voilà pour ce qui regarde la défense de soi-même, de ses membres & de ses biens contre ceux qui les attaquent. Mais il y a un cas où l’aggresseur même acquiert à son tour le droit de se défendre ; c’est lorsqu’il offre la réparation du dommage, avec toutes les sûretés nécessaires pour l’avenir : alors si la personne offensée se porte contre lui à une injuste violence, elle devient elle-même aggresseur, eu égard aux lois naturelles & civiles qui lui défendent cette voie, & qui lui en ouvrent d’autres.

Les maximes que nous venons d’établir, se déduisent visiblement des principes de la raison ; & nous pensons que les préceptes de la religion chrétienne, ne contiennent rien qui y soit contraire. Il est vrai que Notre-Seigneur nous ordonne d’aimer notre prochain comme nous-mêmes ; mais ce précepte de Jesus-Christ est un précepte général, qui ne sauroit servir à décider un cas particulier & revêtu de circonstances particulieres, tel qu’est celui où l’on se rencontre, lorsqu’on ne peut satisfaire en même tems à l’amour de soi-même & à l’amour du prochain.

Si toutes les fois qu’on se trouve dans le même danger qu’une autre personne, on devoit indispensablement se résoudre à périr pour la sauver, on seroit obligé d’aimer son prochain plus que soi-même. Concluons que celui qui tue un aggresseur dans une juste défense de sa vie ou de ses membres, est innocent. Mais concluons en même tems qu’il n’y a point d’honnête homme qui se voyant contraint de tuer un aggresseur, quelqu’innocemment qu’il le fasse, ne regarde comme une chose fort triste cette nécessité ou il est réduit.

Entre les questions les plus délicates & les plus importantes qu’on puisse faire sur la juste défense de soi-même, je mets celle d’un fils qui tue son pere ou sa mere à son corps défendant : surquoi voyez Parricide.

Quant aux droits que chacun a de défendre sa liberté, je m’étonne que Grotius & Puffendorf n’en parlent pas ; mais M. Loke établit la justice & l’étendue de ce droit, par rapport à la défense légitime de soi-même, dans son ouvrage du gouvernement civil. Enfin le lecteur curieux de s’éclairer complettement sur cette matiere, peut consulter avec fruit Puffendorf, droit de la nature & des gens ; Gundlingius, jus naturæ & gentium ; & Wollaston, ébauche de la religion naturelle. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Défense, (Jurispr.) ce terme a plusieurs significations : on entend par-là quelquefois la prohibition portée par une loi, par un jugement, ou autre acte de faire quelque chose. (A)

Défense, est aussi tout ce que l’on employe pour soûtenir son droit : on appelle défense péremptoire, celle qui tranche toute difficulté. (A)

Défenses, sont une procédure que le procureur du défendeur signifie, contenant sa réponse sur le fond de la demande formée contre lui. Ce qui caractérise ces défenses proprement dites, est qu’après les qualités en ces termes, un tel défendeur contre un tel demandeur, on met ces mots : dit pour défenses, &c. Les exceptions different des défenses en ce que les premieres sont sur la forme, au lieu que les défenses sont sur le fond. Quand le défendeur fournit des exceptions déclinatoires ou dilatoires, il faut y statuer préalablement avant de pouvoir obliger le défendeur à fournir des défenses. Lorsque le défendeur n’a point d’exception à proposer, ou que l’on y a satisfait, ou statué autrement, il doit fournir ses défenses dans le délai de l’ordonnance ; autrement on peut prendre contre lui un défaut faute de défendre. Dans les défenses, doivent être employées les fins de non-recevoir, nullités des exploits, ou autres exceptions péremptoires, s’il y en a, pour y être préalablement fait droit. Le demandeur peut, si bon lui semble, fournir des repliques aux défenses : mais elles ne sont pas nécessaires ; car dès qu’il y a eu des défenses fournies, on peut porter la cause à l’audience. L’usage des dupliques, tripliques, additions premieres & secondes, & autres écritures semblables, a été abrogé par l’ordonnance, qui défend aux juges d’y avoir égard, & de les passer on taxe. Dans les tribunaux où le ministere des procureurs n’est pas nécessaire, le défendeur n’est pas non plus obligé de fournir de défenses. A l’échéance de l’assignation, les parties peuvent se présenter à l’audience, où le défendeur propose verbalement ses exceptions, défenses, & autres moyens. (A)

Défenses ; arrêt de défenses, sentence ou autre jugement de défenses, qu’on appelle communément défenses simplement, sont des jugemens portant défenses d’exécuter une sentence, soit indéfiniment ou jusqu’à ce qu’il en ait été autrement ordonné. (A)

Défenses par atténuation, sont des exceptions en matiere criminelle, proposées par l’accusé pour détruire les preuves & moyens dont se sert l’accusateur, pour prouver que l’accusé a commis le crime dont est question.

Ces sortes de défenses ont été abrogées par le tit. xxiij. de l’ordonnance criminelle, art. 1. mais l’accusé peut répondre par requête signifiée, avec copie de ses pieces justificatives, sans néanmoins que le défaut de donner une telle requête de la part de l’accusé, puisse retarder le jugement du procès. Ibid. art. 3. (A)

Défenses au contraire, c’est une clause que l’on insere dans des jugemens qui contiennent quelque réglement provisoire, sans statuer sur les incidens formés respectivement par les parties ; par exemple sur un appel, lorsque l’intimé soûtient que l’appellant est non-recevable, & que sans statuer sur les fins de non-recevoir, on appointe les parties : en ce cas le même jugement joint les fins de non-recevoir de l’intimé, défenses au contraire, c’est-à-dire que le juge réserve aussi à l’appellant la liberté de proposer ses défenses contre les prétendues fins de non-recevoir ; de maniere que par cette clause clause les choses restent entieres, & que l’appointement ne fait aucun préjugé ni pour ni contre les fins de non-recevoir. (A)

Défenses generales, sont des lettres de chancellerie, ou un jugement obtenu par un débiteur contre tous ses créanciers pendant un tems, pour faire omologuer le contrat qu’il a fait avec la plus grande partie d’entr’eux, ou pour faire entériner les lettres de répi qu’il a obtenues.

Ceux qui ont obtenu de telles défenses, ne peuvent plus être consuls, administrateurs d’hôpitaux, échevins, ni parvenir à aucunes charges ou fonctions publiques, à moins qu’ils n’obtiennent des lettres de réhabilitation, & ne prouvent qu’ils ont depuis entierement payé leurs créanciers. Voy. Répi, & l’ordonn. de 1673. tit. jx. (A)

Défenses (sentence de), voyez ci-devant Défenses, arrêt de défenses. (A)

Défense (la), dans la guerre des siéges, est la résistance que font les troupes enfermées dans une place qux attaques de l’ennemi. (Q)

Défenses, en terme de Fortification, se dit de tout ce qui sert à conserver & à couvrir les ouvrages & les soldats qui défendent une place. Ainsi les parapets, les flancs, les demi-lunes, & tous les autres ouvrages de la place, en sont les défenses. Voy. Parapet, Flanc, &c.

On appelle particulierement les défenses d’un ouvrage, les parties d’un autre ouvrage ou du même, par lesquelles le premier est défendu. Ainsi on dit que les flancs sont les défenses du bastion ; les faces, celles des demi-lunes, &c.

Lorsque le canon a battu ces sortes d’ouvrages, de maniere qu’ils ne peuvent plus couvrir les soldats, ni avoir d’embrasures, on dit que les défenses de la place sont ruinées.

Il y a deux sortes de défenses ; savoir, la défense de front, & celle de flanc.

La défense de front est commune à tous les ouvrages : c’est celle que font les soldats placés sur les parties saillantes de l’ouvrage, comme celle des soldats placés sur les faces du bastion, qui ne peuvent tirer devant eux qu’à une certaine distance du pié du revêtement.

La défense de flanc est celle qui découvre le flanc des soldats qui attaquent un ouvrage : c’est la plus essentielle de la fortification, & elle est infiniment préférable à la défense de front.

Pour le prouver, soit ADC (Pl. I. de Fort. fig. 3.) la coupe ou le profil d’une enceinte formée d’un rempart & l’un parapet : le soldat qui est placé derriere le parapet en A, ne peut à cause de l’épaisseur AD du parapet, découvrir le pié C du revêtement CD ; il ne peut même découvrir la campagne qu’à l’extrémité B du prolongement de la partie supérieure AD du parapet : ainsi la défense directe de cette enceinte ne commence qu’au point B, ensorte que l’espace CB n’est point défendu. La défense de flanc n’a pas cet inconvénient ; elle découvre toute la longueur des parties qu’elle défend, & c’est elle qui contribue, pour ainsi dire, uniquement à la défense des ouvrages.

La défense de flanc peut être de deux especes, savoir directe ou oblique.

Elle est directe, lorsque les parties qui servent de flancs sont à-peu-près perpendiculaires à celles qu’ils défendent ; & elle est oblique, quand ces parties sont dans une situation oblique, ou inclinée à l’égard des parties défendues.

Ainsi, dans les systèmes de M. de Pagan & de M. de Vauban, où le flanc est à-peu-près perpendiculaire à la ligne de défense, les flancs défendent directement les faces des bastions opposés, parce que le soldat en s’appuyant ou en se plaçant parallelement au côté intérieur du parapet des flancs, découvre devant lui les faces qu’il doit défendre.

Dans les systèmes d’Errard, de Marolois, du chevalier de Ville, &c. où le flanc fait un angle aigu avec la ligne de défense, la défense est oblique, attendu que le soldat placé sur le flanc, ne peut découvrir la face du bastion opposé qu’en se mettant de côté, dans une posture gênante, & qui demande de l’attention. Cette sorte de défense est généralement méprisée, parce que l’expérience fait voir dans les attaques, que les soldats tirent toûjours vis-à-vis d’eux, sans se donner la peine de se placer de côté pour tirer sur l’ennemi : ainsi la défense oblique ne doit être employée que lorsqu’on ne peut faire autrement, ou que le soldat est peu exposé à l’ennemi, comme dans les tenailles du fossé, sur-tout dans les simples, qui n’ont qu’une défense très-oblique. Voyez Tenailles. (Q)

Défense des Places, c’est l’art de resister aux attaques de l’ennemi, qui veut s’emparer de la ville par un siége en forme. V. Attaque, Siége, &c.

Cette partie de l’art militaire étoit beaucoup plus parfaite chez les anciens que chez les modernes : il étoit ordinaire, avant l’invention de la poudre à canon, de voir des villes médiocres se défendre plusieurs années. L’usage du canon & des mines a donné depuis une si grande supériorité à l’attaque, que les villes les plus fortes & les mieux défendues ne peuvent guere se soûtenir plus de deux ou trois mois, malgré la défense d’une nombreuse & courageuse garnison.

Il est aisé de conclure de-là, que notre fortification actuelle a besoin d’une rectification, qui remette plus d’équilibre entre la défense & l’attaque. Depuis la fortification avec des bastions, c’est-à-dire depuis que la poudre a fait substituer le canon aux anciennes machines avec lesquelles on battoit les places, la fortification a fait peu de progrès. Les ingénieurs se sont occupés d’abord de la disposition & de la grandeur des angles, & des autres parties du bastion. Lorsque la nombreuse artillerie employée dans les siéges a rendu ces sortes de considérations peu importantes, ils ont pris le parti de s’attacher à augmenter les dehors : ce qui occasionne une dépense excessive dans la fortification, & qui exige d’ailleurs de fortes garnisons dans les places. Tout cela ne demande ni une grande capacité, ni un grand effort de génie. Il s’agiroit de trouver quelque expédient pour empêcher l’ennemi d’approcher des places, & d’en détruire les ouvrages aussi aisément qu’il le fait aujourd’hui : car il faut convenir que le peu de résistance des villes fortes ne mérite assûrément pas la dépense qu’on a faite pour les fortifier. Il n’est point de simple enceinte formée seulement d’un rempart, d’un fossé, & d’un chemin-couvert, que des troupes courageuses ne puissent défendre trois semaines ou un mois. Or si les villes fortifiées avec le plus de dépense ne peuvent faire qu’une aussi courte défense, l’argent de leur construction pourroit être employé plus utilement. Les défauts de notre fortification moderne sont plus aisés à sentir qu’à corriger : mais pour donner des vûes nouvelles qui remédient à sa foiblesse, il est important de bien se convaincre d’abord de cette foiblesse ; c’est le premier pas pour aller en avant. Voyez Fortification.

On propose dans les différentes académies de l’Europe, des prix pour ceux qui traitent le plus savamment des questions d’Astronomie, de Physique, &c. plusieurs souverains font la dépense de ces prix : ne pourroit-on pas aussi en proposer pour perfectionner notre fortification ? On demandera peut-être quel seroit le tribunal qui pourroit en juger ? Une académie militaire, composée des officiers généraux les plus habiles & les plus distingués par leurs connoissances dans l’art de la guerre, & des ingénieurs dont les talens sont les plus recommandables. Il est certain qu’un tel établissement pourroit servir à augmenter nos connoissances sur la fortification, & même sur la Tactique ; & que l’exécution d’un projet de cette espece, ne pourroit que faire beaucoup d’honneur au souverain qui voudroit y donner quelque attention.

Nous n’avons point, dit M. le chevalier de Folard, de lois qui obligent les gens de guerre, à étudier les Sciences qui ont rapport à leur profession. Nous ne voyons ni académies ni écoles militaires, ni champ de Mars ; aucun monarque n’a pensé à un tel établissement : néanmoins ces académies seroient aussi utiles à plusieurs puissances de l’Europe, & aussi glorieuses aux souverains que toutes les autres que l’on a établies ; dans celles-ci on fait des découvertes ; en feroit-on moins dans la science de la guerre ? y trouveroit-on moins dequoi s’occuper ? car elle n’est point isolée & séparée des autres sciences, &c. » Prés. du VI. vol. du comment. sur Polybe.

L’école militaire que le Roi vient d’établir, renouvellera les anciennes écoles de Tactique des Grecs & des Romains. Le plan qui sera suivi dans l’éducation des cinq cents gentilshommes qui y seront élevés, pourra servir à détruire l’ancien préjugé qui fait croire que la valeur seule fait l’homme de guerre, & le faire céder insensiblement au goût des études militaires qu’on fera dans cette école. Voyez Ecole militaire.

Défense du Chemin couvert : lorsque l’ennemi travaille à se loger sur le glacis, il faut redoubler les sorties, & les soûtenir avec plus d’opiniâtreté. On le peut sans inconvénient, à cause de la facilité de la retraite. Lorsque la sortie est rentrée, on met le feu aux fourneaux & caissons, qui dérangent beaucoup l’ennemi. Les fourneaux bien disposés, doivent endommager ses logemens ; aussi-tôt qu’ils ont joüé, on peut tomber sur l’ennemi : c’est un moment favorable pour le surprendre en desordre, & pour détruire toûjours quelque partie de ses travaux. Cette sorte de manœuvre doit être répétée très-souvent pour fatiguer l’ennemi, & reculer la prise du chemin couvert.

Lorsque l’ennemi est à portée de s’en emparer de vive force, il faut s’apprêter à le bien recevoir : un double rang de palissades dans le chemin couvert, peut lui augmenter la difficulté de s’y établir ; celles du second rang doivent être un peu plus basses que celles du premier, afin que l’ennemi ne puisse pas s’en appercevoir. Ces deux rangs doivent être éloignés l’un de l’autre de quatre à cinq piés, pour que l’ennemi ne puisse pas sauter dans le chemin couvert par-dessus. Entre ces deux rangs de palissades, on peut pratiquer un petit fossé ; la plûpart des grenades de l’ennemi y tomberont, & leur effet sera moins dangereux pour les troupes du chemin couvert. Il ne faut pas manquer de bien retrancher les places d’armes, soit en élevant dans l’intérieur de la place d’armes, & parallelement à ses faces, un parapet au pié duquel on conduit un petit fossé, soit par de simples rangs de palissades qui empêcheront toûjours l’ennemi d’y pénétrer aussi aisément qu’il le feroit sans cela. On met dans chaque place d’armes un ou deux tonneaux de poudre, avec du plomb, & les armes de main nécessaires pour la défense du chemin couvert.

On prépare toutes les batteries pour les mettre en état de faire un grand feu sur l’ennemi lorsqu’il travaillera à son logement ; toutes les parties de la place qui ont vûe sur le chemin couvert, doivent être garnies de troupes pour faire aussi feu sur l’assiégeant. On doit seulement ne pas en garnir les parties qui sont vis-à-vis les places d’armes, afin que ceux qui sont dedans ne soient pas exposés à être fusillés par ceux de la place.

On peut être instruit par des deserteurs du jour où l’ennemi doit faire son attaque : on peut aussi faire observer ses mouvemens par des hommes placés dans le haut des clochers de la ville ; & lorsqu’on s’apperçoit d’un grand mouvement de troupes dans les tranchées, qu’elles en paroissent plus remplies qu’à l’ordinaire, on doit s’attendre à une prochaine attaque. La proximité des travaux de l’ennemi doit aussi faire juger de ce qu’il peut entreprendre ; tout cela réuni ensemble peut faire prendre les arrangemens convenables pour le bien recevoir.

Lorsqu’on s’apperçoit que les assiégeans sortent de leurs tranchées, on fait sur eux un feu continuel de mousqueterie & de toutes les batteries qui peuvent les découvrir. Ce feu leur fait perdre bien du monde avant que de parvenir aux palissades. Les deux rangs qu’ils en trouvent dans le chemin couvert, les empêchent de s’y jetter brusquement. Il faut qu’ils les fassent briser & rompre successivement à coups de hache ; & pendant ce travail, le feu de la place, qui doit être servi avec la plus grande vivacité, cause une grande perte d’hommes à l’ennemi. Lorsqu’après une longue résistance on se trouve trop pressé de l’ennemi, on lui abandonne le chemin couvert, & on se retire dans les places d’armes ; & pendant qu’il travaille à son logement, il se trouve en butte au feu de la place, qui le voit directement, & à celui des places d’armes qui lui découvrent le flanc ; ensorte que sa perte s’augmente de plus en plus. Si l’on a des fourneaux préparés, comme nous le supposons, on les fait joüer, après avoir laissé l’ennemi travailler pendant quelque tems à ses logemens, & fait agir sur lui tout le feu de la place ; ensuite de quoi l’on sort brusquement des places d’armes, & profitant du desordre dans lequel il ne peut manquer d’être, on lui fait abandonner tout le chemin couvert.

Si l’on ne peut pas empêcher l’ennemi de faire quelque logement sur la crête du chemin couvert, ou ce qui est la même chose, sur le haut du glacis, on tâche de l’empêcher de le prolonger, & de lui disputer le plus long tems qu’on le peut les places d’armes. Les fougasses y doivent être employées avec succès, & répétées un grand nombre de fois, si le terrein le permet. Lorsque l’assiégeant a une fois bien établi son logement, & qu’il le soûtient avec attention, il ne lui faut plus que du tems pour l’étendre & se rendre entierement maître du chemin couvert. Les chicannes des assiégés ne peuvent qu’en retarder la prise, sans pouvoir l’empêcher absolument.

Ces sortes d’attaques de vive force sont extrèmement meurtrieres, & leur succès n’est pas toûjours certain. Les alliés, qui en 1708 attaquerent le chemin couvert de Lille de cette maniere, y eurent plus de 2000 hommes de tués & 2667 blessés ; & ils ne pûrent se loger que sur deux angles saillans, qui ne se trouverent pas défendus d’un si grand nombre de troupes que les autres. En 1713 M. le maréchal de Villars fit attaquer de même le chemin couvert de Fribourg ; il vint à bout de s’y établir par la grande valeur des troupes qu’il y employa : mais cette action coûta 1500 hommes tués ou blessés. Le seul régiment d’Alsace y perdit ses quatre capitaines de grenadiers, & il eut 643 hommes tant tués que blessés. La méthode de se rendre maître du chemin couvert par la sape, est infiniment moins meurtriere & plus sûre ; & suivant M. le maréchal de Vauban, elle ne peut guere retarder la prise du chemin couvert que de quatre ou cinq jours.

Supposons présentement que l’ennemi prenne le parti de s’emparer du chemin couvert par la sape, & qu’il éleve des cavaliers de tranchée pour plonger dans le chemin couvert : il faut en retarder l’exécution par toutes les chicannes que l’on pourra imaginer ; car lorsque ces cavaliers sont bien établis, le séjour du chemin couvert devient trop dangereux. Il faut par des fourneaux arrêter l’ennemi à chaque pas, le fatiguer par un grand feu, & ne lui abandonner le terrein que pié, à pié, en se défendant derriere chaque traverse, & dans les places d’armes autant qu’on peut le faire sans trop s’exposer, & que la retraite n’est point coupée.

Défense des breches, c’est la résistance qu’on fait à l’ennemi, pour l’empêcher d’y monter & de se rendre maître de l’ouvrage dont il s’est ouvert l’entrée par les mines ou par le canon ; ou bien c’est la maniere de résister à l’assaut de l’ennemi. Voyez Assaut.

On peut empêcher l’ennemi de monter à l’assaut, s’il est en état de le faire avant qu’on soit préparé à le recevoir, en entretenant un grand feu au pié des breches, avec des artifices & toutes sortes de matieres combustibles.

A Turin, les ennemis firent par ce moyen différer l’assaut pendant plusieurs jours, aux pieces du front de l’attaque. On doit, lorsque l’ennemi se présente au pié de la breche, lui jetter une grande quantité de grenades, de sacs à poudre, pour mettre du desordre parmi ses troupes : des bouteilles de terre ou de verre remplies de poudre, entortillées de quatre ou cinq bouts de mêche allumée, peuvent aussi faire beaucoup de mal à l’assiégeant. On peut encore semer ou répandre une grande quantité de poudre sur la breche, lorsque l’ennemi est prêt de monter à l’assaut, & y jetter, lorsqu’il y monte, des mêches allumées ou des charbons ardens pour mettre le feu à cette poudre ; la flamme s’élevera d’abord & pourra brûler & mettre hors de combat un grand nombre de ceux qui se trouveront sur la breche. Il est bon de jetter aussi dans la breche quantité de herses à longues pointes, c’est-à-dire piquées par des clous dont les pointes s’élevent beaucoup de la herse : pour que l’ennemi ne puisse pas les ôter, il faut les attacher avec des chaînes, ou au moins avec de grosses cordes. Il faut aussi être munis de chausse-trapes, en semer la breche, & avoir quantité de chevaux-de-frise & des hérissons de la longueur des breches ; ce sont des grosses poutres ou des arbres armés de pointes fort longues, attachés avec des chaînes ou des cordes, ensorte que si le canon en rompt une, ils soient retenus par les autres. On les fait rouler sur les breches avec des rouleaux ; ils dérangent beaucoup l’ennemi en tombant sur lui lorsqu’il monte à l’assaut. Des bombes attachées aussi avec des bouts de chaînes, pour ne les laisser aller que jusqu’aux endroits où l’on peut le plus endommager l’ennemi, sont aussi excellentes. On leur met des fusées beaucoup plus courtes qu’à l’ordinaire, afin que leur effet se fasse plus promptement. Les fascines goudronnées, les barils foudroyans, tout doit être employé pour empêcher l’ennemi de s’établir sur la breche.

Lorsque l’ennemi, franchissant tous ces obstacles, se présente enfin au haut de la breche, on met le feu aux fourneaux pratiqués sous la breche pour la faire sauter, & l’on place des chevaux-de-frise sur toute la largeur de la breche. Les troupes se mettent derriere, où elles continuent de faire un grand feu sur l’ennemi, pendant qu’il fait ses efforts pour pénétrer dans l’ouvrage ; & lorsqu’il commence à y pénétrer, le premier rang des troupes qui le défendent, & que l’on doit avoir armé de faux emmanchées de revers, de pertuisannes ou hallebardes, doit tomber sur l’ennemi, & en faire un grand carnage, étant soûtenues des autres troupes : mais enfin si l’ennemi à force de monde trouve le moyen de faire abandonner la breche, on se retire dans le retranchement, d’où l’on fait encore sur lui un feu très-violent : & lorsqu’on le voit en état de forcer ce retranchement, on fait retirer dans la place les canons & autres munitions qu’on peut encore y avoir ; & enfin si l’on a des fourneaux, on les fait sauter en se retirant, pour causer toute la perte & tout le dérangement qu’on peut à l’ennemi.

Une chose qui mérite bien de l’attention, & qui peut beaucoup servir à faire trouver de la difficulté à l’ennemi pour monter à l’assaut ou s’établir sur la breche par le moyen de la sape, c’est d’avoir attention de déblayer les décombres de la breche. On le peut dans le fossé sec assez facilement : à l’égard du fossé plein d’eau, l’entreprise est plus difficile ; mais aussi dans ce dernier cas, la breche est plus aisée à défendre que dans le premier, parce que l’ennemi qui ne peut arriver au pié que par le pont de fascines pratiqué dans le fossé, lequel pont n’a guere que dix ou douze piés de large, ne peut pas se présenter sur la breche avec un aussi grand front que dans le fossé sec, ce qui donne plus de facilité de le repousser aux troupes qui défendent l’ouvrage attaqué.

Défense des petites Villes & des Châteaux. On se trouve souvent dans la nécessité, à la guerre, de soûtenir de petits postes qui n’ont nulles fortifications, mais qui servent à garder des passages pour la sûreté des convois ou munitions de guerre & de bouche, qu’on fait venir pour l’armée, ou à empêcher l’ennemi d’approcher du lieu où l’armée est campée, ou enfin qui servent de retraite aux troupes pendant le quartier d’hyver, & qui sont à portée de pouvoir se rassembler promptement & aisément lorsqu’il en est besoin.

Lorsque l’on se trouve enfermé dans un tel lieu, où l’on peut être insulté d’un moment à l’autre, on doit d’abord s’assûrer des portes, & travailler pour en défendre l’approche à l’ennemi. Pour cet effet, il faut construire une petite demi-lune de terre vis-à-vis la porte d’entrée, & une autre devant celle de sortie ; s’il y a d’autres portes, il faut les faire murer. Si le lieu n’a pas de fossé, ou qu’il en ait de fort mauvais, on peut les mettre en état, & même, lorsqu’il y a une assez grande quantité de monde dans le lieu, y ajoûter un bon chemin couvert.

Si le poste ne mérite pas qu’on fasse ce travail, ou que l’on n’ait pas assez de monde pour pouvoir le soûtenir, il ne faut au moins rien négliger pour n’être point surpris dans le poste. Il faut ensuite relever les murailles dans les endroits où elles sont démolies ou abattues, & veiller exactement à ce qu’il n’approche aucun parti ennemi pour reconnoître le lieu.

Il faut pendant le jour faire rouler des patrouilles dans les environs du poste ; garder avec grande attention toutes ses avenues ; faire la ronde toutes les nuits avec grande attention, & ne laisser, sous aucun prétexte, approcher personne des portes afin d’empêcher qu’on y attache le petard. S’il y a quelques petites tours auprès des portes, comme il est d’usage d’y en avoir, il faudra y percer des crénaux pour pouvoir tirer sur le petardier en cas de besoin, & faire feu sur ceux qui approcheront de la porte. Lorsqu’on a lieu de craindre d’être petardé, & qu’on n’a ni le loisir ni le monde nécessaire pour construire quelques petits dehors de terre vis-à-vis les portes, on doit mettre derriere la porte une grande quantité de terre & de fumier mêlé avec de la terre, ce qui diminue l’effet du pétard.

Il faut aussi dans ces sortes de cas avoir une grande provision de chevaux-de-frise, ou ce qui seroit la même chose, avoir de grands arbres dont les grosses branches soient coupées en pointes. On s’en servira en cas de besoin, pour se retrancher contre l’ennemi & pour l’empêcher de pénétrer dans le lieu.

La sentinelle qui est au-dessus de la porte doit, pendant la nuit, prêter l’oreille avec la plus grande attention pour écouter tout ce qui se passe dehors : & comme l’ennemi prend ordinairement des nuits fort obscures, où il fait beaucoup de vent, pour s’emparer par surprise des portes dont il s’agit ; on pourroit pour plus grande sûreté mettre quelques tourtereaux ou autre composition d’artifice vis-à-vis les portes pour éclairer pendant la nuit. Par cette précaution il seroit fort difficile à l’ennemi de parvenir à faire attacher le petard aux portes. S’il y a des machicoulis au-dessus de la porte, comme il y en a encore assez communément dans les anciens châteaux, la sentinelle doit avoir auprès d’elle de fort grosses pierres, qu’elle doit jetter sur le petardier pour tâcher de l’écraser. Lorsqu’on prend toutes ces précautions, il est bien difficile d’être forcé par une petite troupe dans les lieux dont il s’agit ici.

Si l’on craint que l’ennemi veuille tenter de se rendre maître du lieu par l’escalade, il faut, lorsque le lieu est entouré de simples murailles, disposer tout-autour de grosses poutres pour les faire tomber sur les échelles lorsque l’ennemi montera dessus, lesquelles le feront tomber dans le fossé. On doit aussi avoir des crocs ou des fourches, pour pousser les échelles en-bas, avec ceux qui sont dessus.

Des créneaux ou meurtrieres placées dans différens endroits du mur, ne peuvent que faire un très bon effet dans ces sortes d’occasions. Des artifices aussi préparés pour jetter dans le fossé sur ceux qui s’apprêtent à monter à l’escalade, sont d’un grand usage en pareil cas : lorsqu’on est bien préparé pour recevoir l’ennemi, il est bien difficile que son entreprise puisse lui réussir.

Dans toutes ces sortes de défenses on suppose qu’il ne s’agit point de résister à un corps d’armée considérable, mais à des détachemens particuliers, qui n’ont ni canon ni mortiers pour battre le lieu dont ils veulent s’emparer. En se défendant comme on vient de le dire, on oblige l’ennemi, ou d’abandonner le projet de prendre le poste, ou d’y revenir avec plus d’appareil, ce qui doit lui causer beaucoup de retardement, & le mettre souvent hors d’état d’exécuter son dessein. Elem. de la guerre des sieges, tome III. (Q)

Défense. On dit en terme de Blason, qu’un hérisson est en défense, pour dire qu’il est roulé & en peloton, comme il a coutume de se rouler pour empêcher qu’on le prenne. (V)

Défenses ou Boute-hors. (Marine.) Ce sont des bouts de mâts, longs de quinze à vingt piés, que l’on attache en saillie à l’avent ou à l’arriere du vaisseau pendant le combat, pour repousser & éloigner un brûlot, ou empêcher qu’un autre vaisseau ne puisse vous aborder. On peut s’en servir dans un mouillage pour empêcher le choc d’un vaisseau qui dériveroit sur un autre.

On donne aussi ce nom à des bouts de mâts, de cables, ou de cordes qu’on laisse pendre le long des côtés du vaisseau, pour empêcher l’effet du choc contre un autre bâtiment ; au lieu de bouts de cables, on se sert quelquefois de fagots qu’on laisse pendre le long du flanc.

Les petits bâtimens se servent ordinairement de bouts de cables pour défenses. Voyez Cordes de défenses.

Défenses pour chaloupes. Ce sont des pieces de bois endentées deux à deux ou trois à trois sur les préceintes du vaisseau, & qui servent à conserver les chaloupes contre les préceintes & les têtes des chevilles de fer quand on les embarque, ou quand il faut les mettre à l’eau. Voyez le Dict. de Trév. (Z)

Défense, (Couvreurs.) est une corde à laquelle ces ouvriers s’attachent lorsqu’ils vont sur quelque toict où il y a du danger : il se dit aussi d’une corde au bout de laquelle ils suspendent une latte, & la laissent pendre de dessus les toicts pour avertir les passans dans la rue qu’ils travaillent sur la maison.

Défense ; on appelle en Manege défense d’un cheval, la maniere dont il résiste à ce qu’on demande de lui.

Défenses, (Venerie.) Ce sont les grandes dents d’en bas du sanglier.

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Étymologie de « défense »

Provenç. et espagn. defensa ; ital. aifensa ; du latin defensa, du supin defensum, de defendere, défendre. On trouve, en outre, dans les anciens textes, defension et defendement.

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Du latin defensa (« défense, protection »), déverbal de defendere construit avec le préfixe de- (« hors de ») et du verbe archaïque fendere (« attaquer ») dont est issu offendere (« offenser ») par exemple.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « défense »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
défense defɑ̃s

Évolution historique de l’usage du mot « défense »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « défense »

  • Un énorme éléphant n'a pas toujours d'énormes défenses. De Proverbe africain
  • Ne te mêle pas d'aider l'éléphant à porter ses défenses. De Proverbe siamois
  • Moi je me suis suicidé en état de légitime défense. De Jean Giono / La femme du boulanger
  • Confiez au passé sa propre défense, à l'avenir son propre accomplissement. De Benjamin Constant
  • La nationalisme est une attitude de défense, rendue nécessaire par la faiblesse de l'Etat. De Jacques Bainville / Journal
  • Ne pas essayer de porter les défenses de l'éléphant. De Suphasit Phra Ruang / Pensées
  • La morale est une défense contre les crimes qui déjà ont été commis. De Helge Krog
  • La défense la plus sûre contre la tentation, c'est la lâcheté. De Mark Twain
  • Dormir. Légitime défense du parlementaire. De Jacques Mailhot / La Politique d'en rire
  • Ma femme est sans défense : heureusement pour elle, on la confondrait avec un éléphant. De Pierre Doris
  • Le nationalisme moderne est une réaction de défense contre l'emprise brutale de la civilisation. De Franz Kafka
  • La femme est sans défense, mais non pas sans attaque. De Jean Prévost / Les Caractères
  • Tout est bon pour la défense, excepté la lâcheté. Robert Brasillach, Journal d'un homme occupé, Les Sept Couleurs
  • L'éléphant meurt, mais ses défenses demeurent. De Proverbe africain
  • Après une cérémonie militaire, Akar et Guler sont allés au Commandement de coopération,  défense et sécurité, et de formation, aide et consultation, fondé dans le cadre également du consensus.   , Le ministre turc de la Défense en visite en Libye | TRT Français
  • L'énergie, élément indispensable à toutes les activités de la défense: allant de l'électricité pour les infrastructures aux carburants pour la mobilité des forces en opération. Mais dans un contexte marqué par la transition énergétique et l'accroissement des tensions sur les ressources pétrolières, le ministère des Armées a élaboré une stratégie énergétique de défense pour réduire sa dépendance aux produits pétroliers. Florence Parly, ministre des Armées présentera son plan d'action ce 3 juillet. RFI, France: la stratégie énergétique de la défense

Images d'illustration du mot « défense »

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Traductions du mot « défense »

Langue Traduction
Anglais defense
Espagnol defensa
Italien difesa
Allemand verteidigung
Chinois 防御
Arabe دفاع
Portugais defesa
Russe защита
Japonais 防衛
Basque defentsa
Corse difesa
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Synonymes de « défense »

Source : synonymes de défense sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « défense »

Défense

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