La langue française

Mollesse

Sommaire

  • Définitions du mot mollesse
  • Étymologie de « mollesse »
  • Phonétique de « mollesse »
  • Citations contenant le mot « mollesse »
  • Images d'illustration du mot « mollesse »
  • Traductions du mot « mollesse »
  • Synonymes de « mollesse »
  • Antonymes de « mollesse »

Définitions du mot mollesse

Trésor de la Langue Française informatisé

MOLLESSE, subst. fém.

A. − Caractère d'une chose molle, d'un corps mou.
1. Caractère de ce qui est doux au toucher et qui s'enfonce ou cède à la pression. Sa main, d'une mollesse si humide au simple toucher, avait quelquefois des pressions brutales (Flaub., 1reÉduc. sent., 1845, p.179).Il chercha tous les coins de mollesse et de fraîcheur de ce lit si bon (Benjamin, Gaspard, 1915, p.87):
1. Et quand, la pluie passée, les branches seules ruisselèrent, alors chacun ôtant ses souliers, ses sandales, palpa de ses pieds nus cette terre mouillée dont la mollesse était voluptueuse. Gide, Nourr. terr., 1897, p.233.
BEAUX-ARTS (peint., sculpt.). Représentation des chairs dans leur élasticité, leur souplesse. En Besnard revit Boucher. Comparez (...) cette sensualité rose et or, cette mollesse riante où se décèle une nervosité souple, un jeu secret des muscles, (...) tout cela c'est Boucher, c'est Fragonard (Mauclair, De Watteau à Whistler, 1905, p.42).
2. P. anal.
a) Caractère d'une forme dont les traits sont adoucis par des lignes arrondies et sans tranchant. Madame Laprat-Teulet était une petite personne blême, qu'on croyait toujours voir à travers une gaze, tant ses traits avaient de mollesse (A. France, Orme, 1897, p.200).Le visage, comme le corps, tend à la mollesse et à la rotondité des formes (Mounier, Traité caract., 1946, p.218).
b) BEAUX-ARTS, LITT., vieilli. Douceur, fluidité du style, de l'expression, du trait. Mollesse du pinceau. Ces vers, qui d'ailleurs ne manquent ni d'abandon, ni de mollesse, ne se trouvent point dans l'auteur anglois (Chateaubr., Génie, t.1, 1803, p.389).Ses descriptions [de Rousseau] sont moins pompeuses que celles de Buffon, mais elles ont plus de charme. Il y a plus de grâce, de douceur, de mollesse dans son style (Chênedollé, Journal, 1815, p.74).
B. − Au fig. Caractère d'une personne molle. Synon. atonie.
1. Langueur, apathie physique ou intellectuelle. Salammbô était envahie par une mollesse où elle perdait toute conscience d'elle-même (Flaub., Salammbô, t.2, 1863, p.44):
2. Elle entra, demanda une bouteille de liqueur douce, un hot-dog et, aussitôt assise seule dans une cabine, alluma une cigarette. Presque à la première bouffée, une sensation de mollesse la gagna. Bloy, Bonheur occas., 1945, p.312.
Caractère d'un geste, d'un mouvement dont la lenteur ou la souplesse traduisent cette apathie. Tout doucement elle cherchait à se dégager de son bras, mais avec tant de mollesse que Stephen n'avait pas grand-peine à la retenir (Karr, Sous tilleuls, 1832, p.184).Les arbres se balançaient avec mollesse (Gobineau, Nouv. asiat., 1876, p.164):
3. Anne qui se mélange au drap pâle et délaisse Des cheveux endormis sur ses yeux mal ouverts Mire ses bras lointains tournés avec mollesse Sur la peau sans couleur du ventre découvert. Valéry, Alb. vers anc., 1900, p.89.
P. anal., ÉCON. Baisse de l'activité économique. Mollesse du commerce, des affaires. La lourdeur des impôts sur le revenu, une forte poussée de l'épargne étaient, selon les spécialistes, les principales explications de cette «mollesse de la consommation» (L'Express,21 sept. 1970)
2. Absence de volonté, de détermination. La mollesse, l'incurie de certains chefs (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t.2, 1823, p.313).Il s'était acoquiné aux Charmettes, par mollesse et pour sa commodité (Guéhenno, Jean-Jacques, 1948, p.221):
4. D'une mollesse d'enfant, incapable d'une résolution, il avait adopté ce modus vivendi qui consiste à se laisser aller au petit bonheur de l'existence et à s'en remettre au bon Dieu du soin de trancher les questions dès l'instant qu'elles se présentent avec quelque nuance d'embarras. Courteline, Ronds-de-cuir, 1893, 2etabl., 2, p.72.
BEAUX-ARTS, LITT. Manque de fermeté, de vigueur dans l'expression d'une oeuvre littéraire, musicale ou plastique. [Joe Smith] possède la faculté extraordinaire de jouer ses solos avec une douceur délicieuse sans jamais tomber dans la mollesse (Panassié, Jazz hot, 1934, p.107).
P. méton. Dans la scène du pavillon, il y a des mollesses, des longueurs. Ça n'est pas assez intense (Flaub., Corresp., 1859, p.308).
3. Laxisme, excès d'indulgence. Tous accusaient Barca de s'être conduit avec mollesse. Il aurait dû, après sa victoire, anéantir les mercenaires (Flaub., Salammbô, t.2, 1833, p.14).
4. Sybaritisme, mode de vie facile et voluptueux. Mmede Lambert savait qu'à la date où elle écrivait, le danger pour cette jeunesse guerrière était bien plutôt dans le trop de dissolution et de mollesse (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t.4, 1851, p.221):
5. Que Pascal haïsse tout ce qui pourrait le séparer de Jésus-Christ, et en particulier les satisfactions des sens, la mollesse, ce qui s'appelle aujourd'hui le confort, cela est commun à tous les saints, comme aussi l'amour de la maladie et de la pauvreté... Mauriac, Pascal et sa soeur, 1931, p.232.
Prononc. et Orth.: [mɔlεs]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1200 molece «manque de vigueur, de fermeté morale» (Moralités sur Job, 306, 22 ds T.-L.); b) xves. molicie «moeurs relâchées, vie voluptueuse» (Chron. et hist. saint. et prof., Ars. 3515, fo153 roet fo157 rods Gdf.); c) début du xvies. molice «confort» (Fossetier, Cron. Marg., ms. Brux., I, fo181 vo, ibid.); d) 1551 au plur. mollicies «faits qui manifestent un relâchement moral» (D. Sauvage, Trad. de Léon Hebrieu, 34 d'apr. Vaganay ds Hug.); e) av. 1570 mollice «souplesse d'expression, caractère peu rigide (d'une langue)» (Bonivard, Adv. et dev. des leng., éd. 1849 ds Gdf.); f) 1652 «manque de vigueur et de fermeté dans l'expression» (Guez de Balzac, Socrate chrét. disc., 7 ds Littré); g) 1764 «douceur, délicatesse, nuance dans l'expression» (Voltaire, Commentaires Corneille, Rem. Pertharite, II, 5, ibid.); h) 1767 mollesse de pinceau (Diderot, Salon de 1767, Œuvres, t.XIV, p.371 d'apr. Pougens, ibid.); 2. 1erquart xiiies. moleche «manque de consistance, de fermeté (d'un corps, ici la chair)» (Reclus de Molliens, Charité, 221, 5 ds T.-L.); 3. ca 1260 molesce «faiblesse de caractère» (Ménestrel de Reims, 7, ibid.). Dér. de mou*, mol*, molle* (suff. -esse1*), les formes molicie, molice, mollicie, molice étant directement adaptées du lat. mollitia «mollesse». Le retard relatif des premières attest. du mot accrédite l'hyp. d'une dérivation plutôt qu'une évolution anc. à partir de mollitia (FEW t.6, 3, p.51b). Fréq. abs. littér.: 545. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1001, b) 976; xxes.: a) 791, b)463.

mollesse désigne parfois la qualité d'une chose (la mollesse des contours), mais est surtout vivant au sens de « manque de vitalité, paresse »

Wiktionnaire

Nom commun

mollesse \mɔ.lɛs\ féminin

  1. État de ce qui est mou.
    • La mollesse et la dureté des corps. - La mollesse des chairs est une marque d’une débile constitution.
  2. (Quelquefois) Température douce et molle, en parlant du climat.
  3. Complexion, tempérament mou, en parlant des personnes.
    • La mollesse de sa complexion l’expose à beaucoup de maladies.
  4. (Sculpture) L’imitation vraie de la flexibilité, de la morbidesse des chairs.
  5. (Peinture) Défaut de fermeté dans le maniement du pinceau.
  6. (Figuré) Manque de vigueur et de fermeté dans le caractère, dans la conduite, dans les mœurs.
    • Babylone, si longtemps plongée dans une mollesse oisive, devint le théâtre d'une guerre civile affreuse. — (Voltaire, Zadig ou la Destinée, XVI. Le basilic, 1748)
    • Les voilà qui m'entourent ; les voilà qui me contemplent ; les voilà qui me disent en leurs provocations : « Jeune dieu d'Amour, enseigne aux nymphes bocagères la mollesse et le désir, l'inconstance et la passion , le sourire et le sérieux. » — (Jules Janin, La fin d'un monde et du neveu de Rameau, Paris : chez E. Dentu, 1873, p. 49)
    • Eh! oui, il était grossier ce césarien. Il n'en toisait pas moins, non sans bonheur, les mollesses, les fluctuations du grand seigneur …. — (Joseph Caillaux, Mes Mémoires, I, Ma jeunesse orgueilleuse, 1942, p.62)
  7. Excès d’indulgence.
    • La mollesse de ce père a perdu ses enfants.
  8. Délicatesse d’une vie efféminée.
    • Vivre dans la mollesse. - La mollesse des sybarites.
    • J’aime le luxe, et même la mollesse,
      Tous les plaisirs, les arts de toute espèce,
      La propreté, le goût, les ornements :
      Tout honnête homme a de tels sentiments.
      — (Voltaire, Le Mondain, 1736)
  9. (En littérature) Manque de fermeté.
    • Mollesse du style.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MOLLESSE. n. f.
État de ce qui est mou. La mollesse et la dureté des corps. La mollesse des chairs est une marque d'une débile constitution. Il se dit aussi quelquefois en parlant du Climat et signifie Température douce et molle. Il se dit, en parlant de la Complexion, du tempérament des personnes. La mollesse de sa complexion l'expose à beaucoup de maladies. En termes de Peinture et de Sculpture, La mollesse des chairs, L'imitation vraie de la flexibilité, de la morbidesse des chairs. La mollesse du pinceau, Le défaut de fermeté dans le maniement du pinceau.

MOLLESSE signifie, au figuré, Manque de vigueur et de fermeté dans le caractère, dans la conduite, dans les mœurs. Agir avec mollesse. Il a fait preuve d'une grande mollesse, de beaucoup de mollesse en cette circonstance. Cette affaire a été conduite avec mollesse. Il signifie aussi Excès d'indulgence. La mollesse de ce père a perdu ses enfants. Il signifie encore Délicatesse d'une vie efféminée. Vivre dans la mollesse. La mollesse des Sybarites. La mollesse asiatique. Il se dit aussi, en Littérature, d'un Manque de fermeté. Mollesse du style.

Littré (1872-1877)

MOLLESSE (mo-lè-s') s. f.
  • 1Qualité de ce qui est mou. La mollesse et la dureté des corps. La mollesse des chairs est l'indice d'une mauvaise constitution. La terre est partout, et jusqu'à des profondeurs considérables, composée de couches parallèles et de matières qui ont été autrefois dans un état de mollesse, Buffon, Hist. nat. Preuv. théor. terre, Œuvr. t. II, p. 25.
  • 2En parlant du climat, température douce et molle. La mollesse de ce climat.
  • 3En parlant de la complexion, du tempérament des personnes, défaut de résistance. J'ai vu Sous un faste imposant des corps dont la mollesse Faisait mentir le fer qui chargeait leur faiblesse, Delavigne, Paria, I, 1.
  • 4Il se dit de la prononciation, de l'articulation de certaines lettres. Toutes les fois qu'il n'y a point d'i devant les ll, la prononciation ne prend point cette mollesse [l'articulation des ll mouillées], le Théâtre de P. Corn. Préface, édit. de 1682.

    Douceur, en parlant d'une langue, non sans une sorte de faiblesse. Lorsque son sujet demande de l'élévation, on est étonné comment la mollesse de la langue italienne prend un nouveau caractère dans ses mains [du Tasse] et se change en majesté et en force, Voltaire, Ess. poés. épiq. ch. 7.

  • 5En littérature, douceur de pensées et de style, accompagnée d'un certain abandon gracieux. On reconnaît dans Racine [en une scène analogue à celle de Corneille] la même idée, les mêmes nuances que dans Corneille ; mais avec cette douceur, cette mollesse, cette sensibilité, et cet heureux choix des mots qui portent l'attendrissement dans l'âme, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Pertharite, II, 5.

    Il se dit de la danse dans le même sens. Le caractère de la musique était exprimé tour à tour par la précision et la mollesse des mouvements, Staël, Corinne, VI, 1.

  • 6 En termes de peinture et de sculpture, la mollesse des chairs, l'imitation vraie de la flexibilité, de la souplesse des chairs.

    La mollesse du pinceau, le défaut de fermeté dans le maniement du pinceau. Cela est d'une négligence, d'une mollesse de pinceau, d'une paresse de tête qui fait pitié, Diderot, Salon de 1767, Œuvr. t. XIV, p. 371, dans POUGENS.

    Il se dit du style dans un sens analogue. Que prétend la faiblesse étudiée de ce langage forcé [les paraphrases de l'Écriture sainte], cette violente expression qui met les lecteurs à la torture, pour ne produire que de la mollesse et de l'afféterie ? Guez de Balzac, Socrate chrét. disc. 7.

  • 7 Fig. Manque de vigueur et de fermeté dans le caractère, dans la conduite. Cette indigne mollesse et ces lâches défenses Sont des punitions qu'attirent mes offenses, Corneille, Poly. II, 6. N'avez-vous point de honte avec votre mollesse ? Et se peut-il qu'un homme ait assez de faiblesse Pour laisser à sa femme un pouvoir absolu ? Molière, Femmes sav. II, 9. Il ne faut point manquer à de telles grâces [l'action de Dieu sur l'âme], ni les recevoir avec mollesse, Bossuet, Anne de Gonz. Si son âme vaincue avait quelque mollesse, Mon devoir et ma foi soutiendraient sa faiblesse, Voltaire, Orphel. IV, 4. Ce fut surtout de cette mollesse de conscience que me guérit mon nouvel état, Marmontel, Mém. X.

    Il se dit aussi au pluriel, en ce sens. Heureux pourtant et favorisé jusqu'à la fin, puisqu'il lui fut donné [à Bernis] par ses derniers sacrifices, de pouvoir racheter et expier en quelque sorte les mollesses de ses débuts, Sainte-Beuve, Causeries, 11 avr. 1853.

    Excès d'indulgence. Est-ce que vous voulez qu'un père ait la mollesse De ne savoir pas faire obéir la jeunesse ? Molière, Éc. des f. V, 7. Nous ne lui saurons jamais gré de sa complaisance… nous aimerons toujours mieux après tout sa dureté même que sa mollesse, Bourdaloue, Carême, I, Jugem. dern. 248.

  • 8Délicatesse d'une vie efféminée, mœurs efféminées. Des plaisirs criminels les damnables mollesses, Corneille, Imit. I, 1. Comme il ne perdit pas ses jeunes années dans la mollesse et la volupté, il n'a pas été contraint de passer les dernières dans l'oisiveté et dans la faiblesse, Fléchier, Turenne. …Deux imprudentes princesses Qui passaient tous les jours dans de vaines mollesses, Perrault, Contes, l'Adroite princesse. Un roi déjà vaincu par sa propre mollesse, Racine, Alex. II, 2. Il s'endort, il s'éveille au son des instruments, Son cœur nage dans la mollesse, Racine, Esth. II, 9. Les grands qui vivent dans la mollesse, Fénelon, Tél. XII. Ce faste, ces mollesses, ces soupçons, ces cruautés, ces colères, ces emportements furieux contre tes amis, Fénelon, Dial. des morts, I, 24. Philippe, déjà vieux, raffine sur la propreté et sur la mollesse, La Bruyère, XI. L'expérience confirme que la mollesse ou l'indulgence pour soi et la dureté pour les autres n'est qu'un seul et même vice, La Bruyère, IV. La délicatesse et la mollesse étaient portées si loin [à Sybaris], qu'on écartait sévèrement de la ville tous les ouvriers qui faisaient trop de bruit en travaillant, Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. III, p. 476, dans POUGENS. Il fut élevé comme la plupart des Parisiens, avec trop de mollesse, D'Olivet, Hist. Acad. t. II, p. 175, dans POUGENS. Elle n'a point trouvé la pompe et la mollesse Dont la cour des Tarquins enivra sa jeunesse, Voltaire, Brutus, I, 2. …La mollesse est douce et sa suite est cruelle, Voltaire, Zaïre, I, 2. …Qui, passant du carnage aux bras de la mollesse…, Voltaire, Triumv. V, 2. Ces moments dangereux perdus dans la mollesse, Voltaire, Henr. X.

    Sorte de déité que crée la poésie. L'air qui gémit du cri de l'horrible déesse [la Discorde], Va jusque dans Cîteaux réveiller la Mollesse ; C'est là qu'en un dortoir elle fait son séjour ; Les plaisirs nonchalants folâtrent à l'entour : L'un pétrit dans un coin l'embonpoint des chanoines ; L'autre broie en riant le vermillon des moines, Boileau, Lutr. II.

HISTORIQUE

XIIe s. Par roide destrenzon [effort] laveir tot ce que de molece naist en la pense [pensée], Job, p. 449.

XIIIe s. Quant Salhedin vit et pierchut sa moleche et sa nicheté, si li manda par plusieurs fois bataille, Chr. de Rains, 5.

XVIe s. La mollice de la soye, Rabelais, Garg. I, 13. L'on sent une mollesse et inondation à l'endroit de la dite contusion, Paré, VIII, 5.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MOLLESSE. Ajoutez : - REM. Mollesses au pluriel, dans le sens de vie efféminée, n'est cité que de Perrault. Il y en a un excellent exemple de Corneille : Des plaisirs criminels les damnables mollesses, Imit. I, 54.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MOLLESSE, s. f. (Morale.) délicatesse d’une vie effeminée, fille du luxe & de l’abondance ; elle se fait de faux besoins que l’habitude lui rend nécessaires ; & renforçant ainsi les liens qui nous attachent à la vie, elle en rend la perte encore plus douloureuse. Ce vice a l’inconvénient de redoubler tous les maux qu’en souffre, sans pouvoir donner de solides plaisirs. Nourris dans ses bras, plongés dans ses honteux délices, nous regardons les mœurs de quelques peuples de l’antiquité comme une belle fable ; & ces peuples regarderoient les nôtres comme un songe monstrueux : nous ne sommes point la race de ces robustes Gaulois, qui s’étoient endurcis aux pénibles travaux de la campagne. Ils passoient leurs jours à cultiver la terre, sous les yeux d’une mere vigilante ; & rapportoient eux-mêmes leurs moissons, lorsque le soleil finissant sa course, tournoit l’ombre des montagnes du côté de son lever ; delioit le joug des bœufs fatigués, & ramenoit le repos aux laboureurs :

Mais que n’alterent point les tems impitoyables !
Nos peres plus gâtés que n’étoient nos ayeux,
Ont eu pour successeurs des enfans méprisables,
Qui seront remplacés par d’indignes neveux.


(D. J.)

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Étymologie de « mollesse »

Prov. molleza, moleza ; port. molleza ; ital. mollezza ; du lat. mollitia, de mollis, mou.

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(Date à préciser) Dérivé de mol avec le suffixe -esse.
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Phonétique du mot « mollesse »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
mollesse mɔlɛs

Citations contenant le mot « mollesse »

  • La Mollesse, oppressée, Dans sa bouche à ce mot sent sa langue glacée, Et, lasse de parler, succombant sous l'effort, Soupire, étend les bras, ferme l'œil et s'endort. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, Le Lutrin
  • Le rassemblement, ce n'est pas la mollesse, c'est la fermeté. De François Bayrou / J’ai une question à vous poser - 26 Février 2007
  • Depuis la mollesse d'une éponge mouillée jusqu'à la dureté d'une pierre ponce, il y a des nuances infinies. Voilà l'homme. De Honoré de Balzac / La peau de chagrin
  • Le défaut d'ambition, dans les grands, est quelquefois la source de beaucoup de vices ; de là le mépris des devoirs, l'arrogance, la lâcheté et la mollesse. De Vauvenargues / Réflexions et maximes
  • Mais le géant des logiciels souffre en parallèle de la crise économique liée au coronavirus. «Les ventes de licences ont continué à ralentir, notamment auprès des petites et moyennes entreprises, et LinkedIn a été affecté par la mollesse du marché de l'emploi et par les coupes dans les budgets publicitaires des annonceurs», note le communiqué. Le Temps, La croissance de Microsoft a profité de la pandémie - Le Temps
  • Sur une plage venteuse de Nairn, au nord de l’Écosse, une tren­taine de mili­tants écolo­gistes du mouve­ment formé en mai 2018 se sont rassem­blés ce jeudi pour protes­ter contre la mollesse des États à répondre à la crise clima­tique, avant la réunion des ministres des finances du G20 samedi en Arabie saou­dite. Ulyces, En Écosse, des manifestants mettent la tête dans le sable pour dénoncer l’inaction climatique
  • Pas de vague, comme d’habitude, alors que s’étendent les territoires perdus de la République jusqu’au cœur de Paris, ce qui ne s’était jamais produit jusqu’alors. On reprochait à la gauche au pouvoir de faire preuve de mollesse face à la délinquance. Mais depuis qu’Emmanuel Macron est à l’Élysée, la situation a grandement empiré. Aujourd’hui, les citoyens, les policiers, les pompiers doivent battre leur coulpe et baisser les yeux. C’est Assa Traoré qui mène le bal. Les racialistes et autres indigénistes se révoltent avec la bienveillance de nombreux politiques et médias. Opinion Internationale, Tirs de mortier dans Paris depuis le 14 juillet. L’édito de Michel Taube - Opinion Internationale
  • La bienveillance serait un signe de mollesse, le summum de la mièvrerie. Didier van Cauwelaert, lui, y voit au contraire une « arme absolue » pour « ramollir l'arsenal de l'adversaire ». Mieux, le Prix Goncourt 1994 considère cet état d'esprit comme « la seule réponse à la crise morale que traversent nos sociétés » où tout se radicalise. Lui pratique ce sentiment sans peur et sans modération. Il le montre dans un livre pétillant et charmeur, La bienveillance est une arme absolue (L'Observatoire). Récit autobiographique autant que petite philosophie de vie, cet essai est un bel hommage aux « illuminés », inconnus ou célèbres, qui ont éclairé le cheminement de l'écrivain : son père, Sacha Guitry, Jean Anouilh, Félicien Marceau, Michel Legrand et tant d'autres. Un acte de gratitude de 268 pages. Didier van Cauwelaert a raison de cultiver ce que les pisse-froid lui reprochent. Ça lui va bien au teint. Voici, en avant-première, quelques extraits de son livre. Le Point, Didier van Cauwelaert : la bienveillance n'est pas la mollesse ! - Le Point
  • J'ignore l'origine de ces cauchemars. Je n'ai évidemment jamais voté à droite, je n'y ai même jamais songé. J'ai longtemps voté pour le PS, avant qu'il ne soit vampirisé par le couple Royal-Hollande, dont je n'ai jamais goûté les extravagances exaltées de l'une pas plus que la mollesse rondouillarde de l'autre –couple infernal, attelage maudit, bêtise à tous les niveaux–, si bien que j'ai papillonné deci delà, tantôt vaguement écolo, d'autres fois séduit par le verbe mélenchonien, vagabondage électoral toujours circonscrit à la gauche de l'échiquier politique. Slate.fr, En vieillissant, j'ai peur de finir par voter à droite | Slate.fr

Images d'illustration du mot « mollesse »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « mollesse »

Langue Traduction
Anglais softness
Espagnol blandura
Italien morbidezza
Allemand weichheit
Chinois 柔软度
Arabe نعومة
Portugais suavidade
Russe мягкость
Japonais 柔らかさ
Basque leuntasuna
Corse dulcezza
Source : Google Translate API

Synonymes de « mollesse »

Source : synonymes de mollesse sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « mollesse »

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