La langue française

Étaler

Définitions du mot « étaler »

Trésor de la Langue Française informatisé

ÉTALER1, verbe trans.

I.− [L'étalement se fait dans l'espace]
A.− Exposer pour la vente des marchandises en les plaçant les unes à côté des autres, en plein air sur un étal ou dans un magasin. Du reste, pourquoi étalez-vous tant de marchandises? C'est bien fait, si l'on vous vole (Zola, Bonh. dames,1883, p. 642).
Absol., vieilli. Les marchandes qui étalaient au carreau des halles, sur l'emplacement où était situé le pilori, payaient une redevance annuelle à l'exécuteur de la prévôté et vicomté de Paris (Balzac, Œuvres div.,t. 1, 1824-30, p. 305):
1. Il y a une grande quantité de ces orfèvres; ils étalent peu : tout est renfermé dans de petites cassettes qu'ils ouvrent quand on leur demande un bijou. Lamartine, Voy. en Orient,t. 2, 1835, p. 226.
Emploi pronom. à sens passif. Cette place, destinée au commerce, était bordée de comptoirs et de magasins où s'étalaient des marchandises de toute espèce (Thierry, Récits mérov.,t. 1, 1840, p. 350).
Au fig. et fam. Étaler sa marchandise. ,,Tirer vanité de ce que l'on fait, de ce que l'on a de rare, de singulier, en faire parade`` (Ac. 1835-1932).
Rem. En arg., cette expr. a pris le sens de « montrer ses seins ou son derrière » (cf. France 1907).
B.− P. ext.
1. [Sans idée d'ostentation]
a) [L'obj. désigne une pluralité ou un ensemble d'inanimés concr.] Exposer, étendre sur une surface plane.
α) [En les éparpillant pour les (faire) voir, les montrer] Étaler des objets, des livres, des papiers sur une table, sur le sol. En un instant, je gagnai cent cinquante ou deux cents louis, que j'étalais devant moi et sur lesquels elle fixait des yeux ardents (Dumas fils, Dame Cam.,1848, p. 252):
2. L'autre [la vieille], antique, ridée (...) disposa sur la table ses cartons sales. Elle faisait des tas, les ramassait, étalait de nouveau les cartes en murmurant des mots qu'on ne distinguait point. Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Misti, 1884, p. 910.
Étaler son jeu. Déposer ses cartes sur la table pour les montrer aux autres joueurs. Mmede Savageat lance une carte, Gabrielle étale son jeu (Bernstein, Secret,1913, p. 17).Au fig. Montrer clairement ses intentions. Je ne demande comme vous qu'à étaler mon jeu. Ce que je cherche! Je l'ai déjà dit : la cause du suicide de MmeClapain, rien de plus (Estaunié, MmeClapain,1932, p. 271).
Étaler des papillons. Les présenter, ailes déployées, dans les boîtes de collection (cf. H. Bazin, Vipère, 1948, p. 121).
β) [En les déployant largement ou entièrement] Étaler une couverture, des draps sur un lit, une lessive, un tapis; étaler un journal, une carte de géographie sur une table. Le paon lui étale en roue sa queue brillante (Bern. de St-P., Harm. nature,1814, p. 328).On étala des nappes sur l'herbe, on déballa vaisselle et victuailles (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 277).Cf. affectation1ex. 9.
Littér. [Le suj. désigne un élément naturel] L'arbre étale son feuillage; le rhododendron étale sa fleur. L'homme [dans Homère] s'épanouit tout entier, harmonieusement et avec aisance, comme ces platanes, ces orangers (...) qui étalent la rondeur de leurs dômes (Taine, Voy. Ital.,t. 1, 1866, p. 56).
SYNT. Étaler sa jupe, sa robe sur ses genoux; barbe étalée sur la poitrine; cheveux étalés sur l'oreiller.
Emploi pronom. à sens passif. Partout, ensuite, s'étalaient des merveilles, les tapis de la Mecque aux reflets de velours (Zola, Bonh. dames,1883p. 471).
[Le suj. désigne un élément du paysage] Issoudun s'étale du nord au sud sur un coteau qui s'arrondit vers la route de Châteauroux (Balzac, Rabouill.,1842, p. 363).La rivière s'étalait parfois sur de longues grèves plates où le soleil ruisselait (Moselly, Terres lorr.,1907, p. 97).
Péj. [Le suj. désigne un livre] [Le] grand Meaulnes, dont l'intérêt se dilue; qui s'étale sur un trop grand nombre de pages (Gide, Journal,1933, p. 1149).
γ) [En disposant en couche mince (un produit semi-liquide, une matière à la fois compressible et extensible)] Étaler du beurre sur du pain; étaler des couleurs, des fards, de la peinture; étaler un onguent sur une plaie. La plus rustique façon [d'accommoder les rillettes] consiste à les étaler avec du beurre, sur du pain de maïs préalablement rôti (Huysmans, Oblat,t. 1, 1903, p. 115).Elle lui prit la chaussure des mains. Il allait sur le cuir jaune étaler du cirage noir (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 211).
Emploi pronom. à sens passif. Cette peinture s'étale bien. Une rougeur s'étale sur sa joue [d'une jeune fille] comme la buée sur un vase d'eau fraîche (Renard, Journal,1910, p. 1131).
P. anal. Étaler du foin pour le faire sécher. Ces plantes entassées ne sécheront pas, il faut les étaler sur cette table (Ac.1798-1932).
b) [L'obj. désigne une pers.]
α) Rare et fam. Étaler qqn.Le faire tomber à terre de tout son long. D'un coup de poing il l'a étalé (Littré).Un coup de poing a suffi pour l'étaler par terre (Ac.1932).
Usuel, emploi pronom. réfl. S'étendre de tout son long à terre, notamment à la suite d'une chute, d'un mouvement involontaire. S'étaler sur le dos, sur le ventre. Faire un faux pas et s'étaler (Zola, Page amour,1878, p. 839).Ma main se retourne, s'étale à plat ventre, elle m'offre à présent son dos. Un dos argenté, un peu brillant − on dirait un poisson (Sartre, Nausée,1938, p. 129):
3. L'une d'elles [des branches] accroche son fichu. Elle se jette en avant pour le retrouver, bute contre une souche, s'étale de tout son long. Bernanos, Mouchette,1937, p. 1270.
β) S'étaler (dans un siège, etc.). Prendre ses aises à demi-allongé et en prenant une place démesurément large. S'étaler dans un fauteuil. Synon. partiels s'allonger, s'étirer.Vais m'étaler dans mon lit et lire les mémoires de Bassompierre (Barb. d'Aurev., Mémor. 2,1838, p. 283):
4. Et nouant ses bras mollement en couronne au-dessus de sa tête, elle se laissait aller sur les oreillers et s'étalait joliment sur sa chaise longue, la taille dénouée, le corps abandonné avec une grâce coquette et douloureuse. Goncourt, R. Mauperin,1864, p. 313.
Emploi abs. Le sans-gêne d'un voisin qui s'étale, s'élargit contre la balustrade de la loge voisine, m'indigne (Gide, Journal,1912, p. 373).
Au fig. S'installer dans le confort. Je veux m'étaler à mon tour, avoir un chez-moi confortable, mon automobile, des domestiques, et n'être plus obligé de me contenter, en tout et partout, de la seconde classe (Larbaud, Barnabooth,1913, p. 347).
2. [Emploi intensif avec une idée de mise en valeur et/ou d'ostentation au fig.] Montrer sous toutes ses faces, sous tous ses aspects et avec abondance une chose dans laquelle on se complaît ou qu'on veut faire valoir.
a) [En la faisant paraître avec éclat aux yeux de tous] La nature étale ses charmes, ses couleurs. Les bonnes étalaient des tabliers éclatants de blancheur (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 342).Cf. cimaise ex. 4 :
5. Les champs de fleurs, autour des petites maisons basses, étalaient leur parure chatoyante, une fête, une orgie de couleurs blanches, rouges, vertes et violacées, sous un brutal soleil d'août. Van der Meersch, Empreinte dieu,1936, p. 252.
Emploi pronom. à sens passif. Nom qui s'étale en gros caractères dans un journal. La Vérité [journal] où (...) votre nom grossit chaque semaine et s'étale dès maintenant en première page? (Breton, Manif. Surréal.,1930, p. 127).
P. anal., emploi pronom. réfl. [En parlant d'une pers.] Quelle inconvenance! Des mariés de quatre jours, cela se cache, ne traîne pas dans les rues, ne s'étale pas dans des salons, ne s'affiche pas avec une mère de la jeune mariée (Colette, Sido,1929, p. 15).
Péj. [En la faisant paraître avec ostentation, fatuité, en en faisant étalage, parade] Étaler ses bijoux, son luxe, ses richesses; étaler son érudition; étaler du grec. Il aime trop à étaler son esprit, son savoir (Ac.1798-1932).Les poitrines découvertes des femmes, qu'elles étalent là comme les officiers leurs uniformes (Stendhal, Amour,1822, p. 261).Il sait le détail de ses mérites, il les étale, il en fait tapage (Barrès, Homme libre,1889, p. 188).
Emploi pronom. à sens passif. Ici, cela regorge de familles. La maternité s'y étale, une sorte de maternité animale et poussinière (Goncourt, Journal,1864, p. 64).
P. anal. [En parlant d'une pers.] Synon. partiels se faire mousser, se faire valoir, se pavaner.Les femmes ne devinent pas un homme, c'est tout au plus si elles le comprennent; encore faut-il qu'il s'étale au grand jour, qu'il se pavane en leur présence, qu'il se fasse un commentaire à son usage (Janin, Âne mort,1829p. 148).
b) [En développant des arguments en faveur d'une idée, en la faisant valoir] Étaler son approbation. Laurent (...) dressait des embûches, calculait les mauvaises chances, étalait les avantages qu'il aurait à être assassin (Zola, Th. Raquin,1867, p. 54).Elle s'étend interminablement sur ses études, étale les raisons qui l'ont fait l'enlever à l'École Alsacienne (Gide, Journal,1902, p. 131).
Emploi pronom. à valeur subjective. S'étaler sur qqc.Parler d'abondance de quelque chose. S'étaler sur tel sujet. Puis [il] s'étale sur la saleté et l'infection de Planche, sa bête d'horreur (Goncourt, Journal,1852, p. 79).
c) [En dévoilant ce qui était tenu caché] Preuve étalée au grand jour; étaler sa passion, ses sentiments, sa vie. Étaler son existence (cf. M. de Guérin, Corresp.1832, p. 46).Le scandale, la honte étalée devant tout Paris (Druon, Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 142):
6. Ce fut comme si l'on étalait à nu devant le jeune homme les secrets de son propre cœur. La figure de cette élue, ainsi qu'avait fait son chant, le révéla à lui-même, et le conduisit aux sources de sa vie... Barrès, Jard. Oronte,1922, p. 34.
Spéc. Étaler un scandale, un divorce. On demande que les scandales de la vie conjugale ne soient point étalés devant les tribunaux (Sorel, Réflex. violence,1908, p. 362).
Emploi pronom à sens passif. Le vice s'étale impunément dans ce pays (Ac.1932).
II.− Mod. [L'étalement se fait dans le temps] Répartir dans le temps sur une plus longue période qu'il ne semblerait naturel ou normal de prime abord. Étaler les congés, des paiements, des dates de rendez-vous, l'application d'un plan.
Emploi pronom. à sens passif. Livre (...) qui s'étale (...) sur un long espace de temps (cf. Gide, Journal,1933, p. 1150).
Rem. 1. Sens et syntagmes attestés ds Rob., Dub., Lar. encyclop., Lar. Lang. fr. 2. On relève ds la docum. étaloir, subst. masc. Planche sur laquelle on étend les papillons de collection pour les faire sécher. Les « étaloirs » de liège où séchaient les machaons (Colette, Sido, 1929, p. 160). Attesté ds Littré, Guérin 1892, Nouv. Lar. ill.-Lar. Lang. fr., Quillet 1965.
Prononc. et Orth. : [etale]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1200 astaler trans. « assigner une place, installer » (Dialogues Grégoire, 64, 20 ds T.-L.); 2. xives. trans. « exposer des marchandises à vendre » (Recueil de documents relatifs à l'hist. de l'industr. drapière en Flandre, publ. par G. Espinas et H. Pirenne, t. 1, p. 334); 3. 1376-77 intrans. « se montrer avec ostentation » (J. Le Fèvre, Respit de la mort, éd. G. Hasenohr, 1780), attest. isolée; 4. 1550 etaller « montrer; déployer » (Ronsard, Odes, I, XVII, 41, éd. P. Laumonier, t. 1, p. 150); 5. 1690 étalé « (d'une personne) qui s'est allongé avec nonchalance » (Fur.); 1819 s'étaler (Boiste); 6. 1819 s'étaler « tomber » (ibid.); 1864 étaler « faire tomber » (Littré); 7. 1819 « étendre sur une grande surface en une couche fine » (Boiste); 8. 1932 dans le temps (Céline, Voyage, p. 328). Dér. de étal*; dés. -er.

ÉTALER2, verbe trans.

A.− MARINE
1. [Le suj. désigne un navire] Opposer une résistance égale à la force des éléments; se maintenir contre. Étaler un coup de vent :
L'alarme régnait, notre vaisseau était le premier bâtiment d'un grand port qui eût osé mouiller dans la rade dangereuse où nous étalions la marée. Chateaubr., Mém.,t. 1, 1848, p. 263.
Emploi abs. Le vent était bon pourtant (...) mais les courants le contrariaient, et c'est à peine si le brick étalait (Verne, Enf. Cap. Grant,t. 3, 1868, p. 35).Cf. aussi Charcot, « Pourquoi-Pas? », 1910, p. 55.
P. ext. Étaler un bâtiment, un navire. Se maintenir à la même vitesse que lui, ne pas se laisser distancer (d'apr. Littré; cf. également Ac. 1932).
2. [Le suj. désigne une pers.] Étaler une voie d'eau. L'empêcher de progresser dans un compartiment envahi, à l'aide de pompes, etc. (d'apr. Littré, Gruss 1952).
B.− Au fig. et fam. (supra emploi abs.). Se maintenir dans une situation délicate ou difficile. Arriver à étaler. En se serrant les côtes, on arriverait à étaler, tous les deux (Bourdet, Sexe faible,1931, p. 443).Nous pouvions étaler six mois... soutenir plusieurs sièges en règle... On était pourvu!... Épicerie! Bibine! Margarine!... Absolument tout! (Céline, Mort à crédit,1936, p. 608).Sens attesté ds Quillet 1953 : Ce commercant arrive juste à étaler, il gagne juste assez pour vivre et couvrir ses frais.
Prononc. et Orth. : [etale]. Ds Ac. 1932. Étymol. et Hist. 1678 étaler la marée (Guillet, III). Dér. de étale* adj.; dés. -er.
STAT. − Étaler1 et 2. Fréq. abs. littér. : 2 271. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 898, b) 5 032; xxes. : a) 3 837, b) 3 032.

Trésor de la Langue Française informatisé

ÉTALER1, verbe trans.

I.− [L'étalement se fait dans l'espace]
A.− Exposer pour la vente des marchandises en les plaçant les unes à côté des autres, en plein air sur un étal ou dans un magasin. Du reste, pourquoi étalez-vous tant de marchandises? C'est bien fait, si l'on vous vole (Zola, Bonh. dames,1883, p. 642).
Absol., vieilli. Les marchandes qui étalaient au carreau des halles, sur l'emplacement où était situé le pilori, payaient une redevance annuelle à l'exécuteur de la prévôté et vicomté de Paris (Balzac, Œuvres div.,t. 1, 1824-30, p. 305):
1. Il y a une grande quantité de ces orfèvres; ils étalent peu : tout est renfermé dans de petites cassettes qu'ils ouvrent quand on leur demande un bijou. Lamartine, Voy. en Orient,t. 2, 1835, p. 226.
Emploi pronom. à sens passif. Cette place, destinée au commerce, était bordée de comptoirs et de magasins où s'étalaient des marchandises de toute espèce (Thierry, Récits mérov.,t. 1, 1840, p. 350).
Au fig. et fam. Étaler sa marchandise. ,,Tirer vanité de ce que l'on fait, de ce que l'on a de rare, de singulier, en faire parade`` (Ac. 1835-1932).
Rem. En arg., cette expr. a pris le sens de « montrer ses seins ou son derrière » (cf. France 1907).
B.− P. ext.
1. [Sans idée d'ostentation]
a) [L'obj. désigne une pluralité ou un ensemble d'inanimés concr.] Exposer, étendre sur une surface plane.
α) [En les éparpillant pour les (faire) voir, les montrer] Étaler des objets, des livres, des papiers sur une table, sur le sol. En un instant, je gagnai cent cinquante ou deux cents louis, que j'étalais devant moi et sur lesquels elle fixait des yeux ardents (Dumas fils, Dame Cam.,1848, p. 252):
2. L'autre [la vieille], antique, ridée (...) disposa sur la table ses cartons sales. Elle faisait des tas, les ramassait, étalait de nouveau les cartes en murmurant des mots qu'on ne distinguait point. Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Misti, 1884, p. 910.
Étaler son jeu. Déposer ses cartes sur la table pour les montrer aux autres joueurs. Mmede Savageat lance une carte, Gabrielle étale son jeu (Bernstein, Secret,1913, p. 17).Au fig. Montrer clairement ses intentions. Je ne demande comme vous qu'à étaler mon jeu. Ce que je cherche! Je l'ai déjà dit : la cause du suicide de MmeClapain, rien de plus (Estaunié, MmeClapain,1932, p. 271).
Étaler des papillons. Les présenter, ailes déployées, dans les boîtes de collection (cf. H. Bazin, Vipère, 1948, p. 121).
β) [En les déployant largement ou entièrement] Étaler une couverture, des draps sur un lit, une lessive, un tapis; étaler un journal, une carte de géographie sur une table. Le paon lui étale en roue sa queue brillante (Bern. de St-P., Harm. nature,1814, p. 328).On étala des nappes sur l'herbe, on déballa vaisselle et victuailles (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 277).Cf. affectation1ex. 9.
Littér. [Le suj. désigne un élément naturel] L'arbre étale son feuillage; le rhododendron étale sa fleur. L'homme [dans Homère] s'épanouit tout entier, harmonieusement et avec aisance, comme ces platanes, ces orangers (...) qui étalent la rondeur de leurs dômes (Taine, Voy. Ital.,t. 1, 1866, p. 56).
SYNT. Étaler sa jupe, sa robe sur ses genoux; barbe étalée sur la poitrine; cheveux étalés sur l'oreiller.
Emploi pronom. à sens passif. Partout, ensuite, s'étalaient des merveilles, les tapis de la Mecque aux reflets de velours (Zola, Bonh. dames,1883p. 471).
[Le suj. désigne un élément du paysage] Issoudun s'étale du nord au sud sur un coteau qui s'arrondit vers la route de Châteauroux (Balzac, Rabouill.,1842, p. 363).La rivière s'étalait parfois sur de longues grèves plates où le soleil ruisselait (Moselly, Terres lorr.,1907, p. 97).
Péj. [Le suj. désigne un livre] [Le] grand Meaulnes, dont l'intérêt se dilue; qui s'étale sur un trop grand nombre de pages (Gide, Journal,1933, p. 1149).
γ) [En disposant en couche mince (un produit semi-liquide, une matière à la fois compressible et extensible)] Étaler du beurre sur du pain; étaler des couleurs, des fards, de la peinture; étaler un onguent sur une plaie. La plus rustique façon [d'accommoder les rillettes] consiste à les étaler avec du beurre, sur du pain de maïs préalablement rôti (Huysmans, Oblat,t. 1, 1903, p. 115).Elle lui prit la chaussure des mains. Il allait sur le cuir jaune étaler du cirage noir (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 211).
Emploi pronom. à sens passif. Cette peinture s'étale bien. Une rougeur s'étale sur sa joue [d'une jeune fille] comme la buée sur un vase d'eau fraîche (Renard, Journal,1910, p. 1131).
P. anal. Étaler du foin pour le faire sécher. Ces plantes entassées ne sécheront pas, il faut les étaler sur cette table (Ac.1798-1932).
b) [L'obj. désigne une pers.]
α) Rare et fam. Étaler qqn.Le faire tomber à terre de tout son long. D'un coup de poing il l'a étalé (Littré).Un coup de poing a suffi pour l'étaler par terre (Ac.1932).
Usuel, emploi pronom. réfl. S'étendre de tout son long à terre, notamment à la suite d'une chute, d'un mouvement involontaire. S'étaler sur le dos, sur le ventre. Faire un faux pas et s'étaler (Zola, Page amour,1878, p. 839).Ma main se retourne, s'étale à plat ventre, elle m'offre à présent son dos. Un dos argenté, un peu brillant − on dirait un poisson (Sartre, Nausée,1938, p. 129):
3. L'une d'elles [des branches] accroche son fichu. Elle se jette en avant pour le retrouver, bute contre une souche, s'étale de tout son long. Bernanos, Mouchette,1937, p. 1270.
β) S'étaler (dans un siège, etc.). Prendre ses aises à demi-allongé et en prenant une place démesurément large. S'étaler dans un fauteuil. Synon. partiels s'allonger, s'étirer.Vais m'étaler dans mon lit et lire les mémoires de Bassompierre (Barb. d'Aurev., Mémor. 2,1838, p. 283):
4. Et nouant ses bras mollement en couronne au-dessus de sa tête, elle se laissait aller sur les oreillers et s'étalait joliment sur sa chaise longue, la taille dénouée, le corps abandonné avec une grâce coquette et douloureuse. Goncourt, R. Mauperin,1864, p. 313.
Emploi abs. Le sans-gêne d'un voisin qui s'étale, s'élargit contre la balustrade de la loge voisine, m'indigne (Gide, Journal,1912, p. 373).
Au fig. S'installer dans le confort. Je veux m'étaler à mon tour, avoir un chez-moi confortable, mon automobile, des domestiques, et n'être plus obligé de me contenter, en tout et partout, de la seconde classe (Larbaud, Barnabooth,1913, p. 347).
2. [Emploi intensif avec une idée de mise en valeur et/ou d'ostentation au fig.] Montrer sous toutes ses faces, sous tous ses aspects et avec abondance une chose dans laquelle on se complaît ou qu'on veut faire valoir.
a) [En la faisant paraître avec éclat aux yeux de tous] La nature étale ses charmes, ses couleurs. Les bonnes étalaient des tabliers éclatants de blancheur (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 342).Cf. cimaise ex. 4 :
5. Les champs de fleurs, autour des petites maisons basses, étalaient leur parure chatoyante, une fête, une orgie de couleurs blanches, rouges, vertes et violacées, sous un brutal soleil d'août. Van der Meersch, Empreinte dieu,1936, p. 252.
Emploi pronom. à sens passif. Nom qui s'étale en gros caractères dans un journal. La Vérité [journal] où (...) votre nom grossit chaque semaine et s'étale dès maintenant en première page? (Breton, Manif. Surréal.,1930, p. 127).
P. anal., emploi pronom. réfl. [En parlant d'une pers.] Quelle inconvenance! Des mariés de quatre jours, cela se cache, ne traîne pas dans les rues, ne s'étale pas dans des salons, ne s'affiche pas avec une mère de la jeune mariée (Colette, Sido,1929, p. 15).
Péj. [En la faisant paraître avec ostentation, fatuité, en en faisant étalage, parade] Étaler ses bijoux, son luxe, ses richesses; étaler son érudition; étaler du grec. Il aime trop à étaler son esprit, son savoir (Ac.1798-1932).Les poitrines découvertes des femmes, qu'elles étalent là comme les officiers leurs uniformes (Stendhal, Amour,1822, p. 261).Il sait le détail de ses mérites, il les étale, il en fait tapage (Barrès, Homme libre,1889, p. 188).
Emploi pronom. à sens passif. Ici, cela regorge de familles. La maternité s'y étale, une sorte de maternité animale et poussinière (Goncourt, Journal,1864, p. 64).
P. anal. [En parlant d'une pers.] Synon. partiels se faire mousser, se faire valoir, se pavaner.Les femmes ne devinent pas un homme, c'est tout au plus si elles le comprennent; encore faut-il qu'il s'étale au grand jour, qu'il se pavane en leur présence, qu'il se fasse un commentaire à son usage (Janin, Âne mort,1829p. 148).
b) [En développant des arguments en faveur d'une idée, en la faisant valoir] Étaler son approbation. Laurent (...) dressait des embûches, calculait les mauvaises chances, étalait les avantages qu'il aurait à être assassin (Zola, Th. Raquin,1867, p. 54).Elle s'étend interminablement sur ses études, étale les raisons qui l'ont fait l'enlever à l'École Alsacienne (Gide, Journal,1902, p. 131).
Emploi pronom. à valeur subjective. S'étaler sur qqc.Parler d'abondance de quelque chose. S'étaler sur tel sujet. Puis [il] s'étale sur la saleté et l'infection de Planche, sa bête d'horreur (Goncourt, Journal,1852, p. 79).
c) [En dévoilant ce qui était tenu caché] Preuve étalée au grand jour; étaler sa passion, ses sentiments, sa vie. Étaler son existence (cf. M. de Guérin, Corresp.1832, p. 46).Le scandale, la honte étalée devant tout Paris (Druon, Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 142):
6. Ce fut comme si l'on étalait à nu devant le jeune homme les secrets de son propre cœur. La figure de cette élue, ainsi qu'avait fait son chant, le révéla à lui-même, et le conduisit aux sources de sa vie... Barrès, Jard. Oronte,1922, p. 34.
Spéc. Étaler un scandale, un divorce. On demande que les scandales de la vie conjugale ne soient point étalés devant les tribunaux (Sorel, Réflex. violence,1908, p. 362).
Emploi pronom à sens passif. Le vice s'étale impunément dans ce pays (Ac.1932).
II.− Mod. [L'étalement se fait dans le temps] Répartir dans le temps sur une plus longue période qu'il ne semblerait naturel ou normal de prime abord. Étaler les congés, des paiements, des dates de rendez-vous, l'application d'un plan.
Emploi pronom. à sens passif. Livre (...) qui s'étale (...) sur un long espace de temps (cf. Gide, Journal,1933, p. 1150).
Rem. 1. Sens et syntagmes attestés ds Rob., Dub., Lar. encyclop., Lar. Lang. fr. 2. On relève ds la docum. étaloir, subst. masc. Planche sur laquelle on étend les papillons de collection pour les faire sécher. Les « étaloirs » de liège où séchaient les machaons (Colette, Sido, 1929, p. 160). Attesté ds Littré, Guérin 1892, Nouv. Lar. ill.-Lar. Lang. fr., Quillet 1965.
Prononc. et Orth. : [etale]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1200 astaler trans. « assigner une place, installer » (Dialogues Grégoire, 64, 20 ds T.-L.); 2. xives. trans. « exposer des marchandises à vendre » (Recueil de documents relatifs à l'hist. de l'industr. drapière en Flandre, publ. par G. Espinas et H. Pirenne, t. 1, p. 334); 3. 1376-77 intrans. « se montrer avec ostentation » (J. Le Fèvre, Respit de la mort, éd. G. Hasenohr, 1780), attest. isolée; 4. 1550 etaller « montrer; déployer » (Ronsard, Odes, I, XVII, 41, éd. P. Laumonier, t. 1, p. 150); 5. 1690 étalé « (d'une personne) qui s'est allongé avec nonchalance » (Fur.); 1819 s'étaler (Boiste); 6. 1819 s'étaler « tomber » (ibid.); 1864 étaler « faire tomber » (Littré); 7. 1819 « étendre sur une grande surface en une couche fine » (Boiste); 8. 1932 dans le temps (Céline, Voyage, p. 328). Dér. de étal*; dés. -er.

ÉTALER2, verbe trans.

A.− MARINE
1. [Le suj. désigne un navire] Opposer une résistance égale à la force des éléments; se maintenir contre. Étaler un coup de vent :
L'alarme régnait, notre vaisseau était le premier bâtiment d'un grand port qui eût osé mouiller dans la rade dangereuse où nous étalions la marée. Chateaubr., Mém.,t. 1, 1848, p. 263.
Emploi abs. Le vent était bon pourtant (...) mais les courants le contrariaient, et c'est à peine si le brick étalait (Verne, Enf. Cap. Grant,t. 3, 1868, p. 35).Cf. aussi Charcot, « Pourquoi-Pas? », 1910, p. 55.
P. ext. Étaler un bâtiment, un navire. Se maintenir à la même vitesse que lui, ne pas se laisser distancer (d'apr. Littré; cf. également Ac. 1932).
2. [Le suj. désigne une pers.] Étaler une voie d'eau. L'empêcher de progresser dans un compartiment envahi, à l'aide de pompes, etc. (d'apr. Littré, Gruss 1952).
B.− Au fig. et fam. (supra emploi abs.). Se maintenir dans une situation délicate ou difficile. Arriver à étaler. En se serrant les côtes, on arriverait à étaler, tous les deux (Bourdet, Sexe faible,1931, p. 443).Nous pouvions étaler six mois... soutenir plusieurs sièges en règle... On était pourvu!... Épicerie! Bibine! Margarine!... Absolument tout! (Céline, Mort à crédit,1936, p. 608).Sens attesté ds Quillet 1953 : Ce commercant arrive juste à étaler, il gagne juste assez pour vivre et couvrir ses frais.
Prononc. et Orth. : [etale]. Ds Ac. 1932. Étymol. et Hist. 1678 étaler la marée (Guillet, III). Dér. de étale* adj.; dés. -er.
STAT. − Étaler1 et 2. Fréq. abs. littér. : 2 271. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 898, b) 5 032; xxes. : a) 3 837, b) 3 032.

Wiktionnaire

Verbe

étaler \e.ta.le\ transitif ou pronominal 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’étaler)

  1. Exposer en vente, dans une boutique ou dans quelque autre lieu, des marchandises, des denrées, etc. C’est ce sens du verbe qui a donné détaler.
    • Étaler des chaussures, des draps, des toiles, des livres.
    • (Absolument)Les marchands n’ont pas encore étalé.
    • Il est défendu d’étaler les jours de fêtes.
  2. Mettre à plat sur une table, sur le sol, sur une muraille, etc., une chose ou plusieurs choses de même nature.
    • Presque aussitôt, en un décolletage inélégant, Bert se penchait au-dessus de la table, sur laquelle il étalait une liasse de plans. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 397 de l’éd. de 1921)
    • Il fit venir un marchand et le pria d'estimer le tout. Il y en avait bien pour une cinquantaine de mille livres. Le marchand étala trente-deux mille livres sur la table. — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
    • La neige n’avait pas tenu sur le béton de Bobigny. Une boue crasseuse s’était étalée sur le macadam. — (François-Xavier Ajavon, J’ai infiltré un stage de citoyenneté, sur RING : News, culture & société (www.surlering.com), le 24 mai 2010)
    • Pendant qu'elles discutent, le blond pisseux disparaît progressivement sous le produit que la coiffeuse étale sur la chevelure à l'aide d'un pinceau. — (Stéphane Hurel, Tatouée du dragon, Éditions Le Manuscrit, 2004, p. 78)
    • Étaler son jeu : Montrer toutes ses cartes, les étendre sur la table.
  3. (Figuré) (Familier) Étendre sur le sol, de plein gré ou involontairement, en parlant de personnes.
    • Un coup de poing a suffi pour l’étaler par terre.
    • En faisant un faux pas, il s’est étalé tout de son long.
    • Étalons-nous sur l’herbe pour nous reposer.
    • (On dit dans un sens à peu près analogue:) S’étaler dans un fauteuil.
  4. (Figuré) Montrer avec ostentation.
    • Chez les nations de langue anglaise Hitler et Goering ont été aisément reconnus comme des cas pathologiques étalant leur anormalité dans chacun de leurs actes, dans tous les gestes de leur vie. — (E. L. Woodward, Les origines de la guerre, Oxford University Press, éd. 1944, p.26)
    • Car plus d'une fois, dans des dîners, des réunions, des bridges, quelque bélître patriotard avait étalé devant lui du mépris pour les « Français d’importation ». — (Vercors, La marche à l'étoile, éditions de Minuit, 1943, éd. 1946, p.60)
    • Puisqu'il faut tout avouer, je descendrai en moi jusqu'au tréfonds, j'en remuerai la lie et j'en étalerai la pestilence. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954, p. 48)
  5. (Marine) Se tenir étale contre.
    • Étaler la marée : Se tenir au mouillage en dépit de la marée contraire.
    • Étaler le vent, étaler le courant : Lui opposer une force égale à la sienne.
    • Étaler un navire : L’égaler en vitesse.
    • Étaler une voie d'eau : Évacuer autant d'eau qu'il n'en rentre par la voie d'eau.
  6. (Vieilli) On dit aussi intransitivement :
    • La mer étale : La mer ne monte ni ne descend (la mer est étale).
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÉTALER. v. tr.
Exposer en vente, dans une boutique ou dans quelque autre lieu, des marchandises, des denrées, etc. Étaler des chaussures, des draps, des toiles, des livres. Absolument, Les marchands n'ont pas encore étalé. Il est défendu d'étaler les jours de fêtes. Fig. et fam., Étaler sa marchandise, Tirer vanité de ce qu'on fait, de ce qu'on a de rare, de singulier, en faire parade. Il signifie aussi Mettre à plat sur une table, sur le sol, sur une muraille, etc., une chose ou plusieurs choses de même nature. Étaler une carte de géographie. Ces plantes entassées ne sécheront pas, il faut les étaler sur cette table. Étalez ces bijoux, afin qu'on les voie mieux, qu'on en juge mieux. Étaler son jeu, Montrer toutes ses cartes, les étendre sur la table. Il se dit aussi figurément et familièrement des Personnes qui, de leur plein gré ou involontairement, sont étendues sur le sol. Un coup de poing a suffi pour l'étaler par terre. En faisant un faux pas, il s'est étalé tout de son long. Étalons-nous sur l'herbe pour nous reposer. On dit dans un sens à peu près analogue S'étaler dans un fauteuil. Il signifie encore figurément Montrer avec ostentation. Cette femme étale tous ses joyaux. Étaler un grand luxe. Il aime trop à étaler son esprit, son savoir. Le vice s'étale impudemment dans ce pays. Il s'emploie aussi dans le sens de Se tenir étale contre. Étaler la marée, Se tenir au mouillage en dépit de la marée contraire. Étaler le vent, Lui opposer une force égale à la sienne. Étaler un navire, L'égaler en vitesse. On dit aussi intransitivement : La mer étale, La mer ne monte ni ne descend.

Littré (1872-1877)

ÉTALER (é-ta-lé) v. a.
  • 1Exposer pour vendre. Les marchands étalent leurs marchandises les plus nouvelles.

    Fig. et familièrement. Étaler sa marchandise, tirer vanité de ce qu'on sait, de ce qu'on possède.

    Absolument. L'endroit du Pirée où les marchands étalent, La Bruyère, Théoph. XXIII.

    Fig. Le savant qui ne parle que pour instruire les autres, et qu'autant qu'ils veulent être instruits, fait une grâce ; au lieu que, lorsqu'il ne parle que pour étaler, on lui fait une grâce si on l'écoute, Fontenelle, Louville. Gens à qui une communion ne coûte qu'une journée de gêne et de réserve, qui ce jour-là ne jouent pas, n'étalent pas, ne médisent pas, ne s'assemblent pas, Massillon, Avent, Disp. à la comm.

  • 2Étendre, déployer. Étaler une carte de géographie. Étaler une robe. Il étale son cordon bleu ou le cache par ostentation, La Bruyère, IX. Étalant toutes deux l'or, la pourpre et l'hermine, Delille, Géorg. IV.

    Étaler son jeu, montrer toutes ses cartes.

    Disposer sans ordre, mais de manière à faire voir. Étaler des livres sur un bureau.

  • 3Faire voir, montrer avec l'idée d'éclat, de solennité. J'ai horreur de leur infamie, car ils étalent ici partout leur mollesse et leur lâcheté, Perrot D'Ablancourt, Lucien, t. I, dans RICHELET. Ainsi [flatteuses voluptés] n'espérez pas qu'après vous je soupire ; Vous étalez en vain vos charmes impuissants, Corneille, Poly. IV, 2. Il [Dieu] étale à son tour des revers équitables, Par qui les grands sont confondus, Corneille, ib. Celle que j'étale N'est pas tant qu'il vous semble une vertu brutale, Corneille, Nicom. III, 2. Quelque ravage affreux qu'étale ici la peste…, Corneille, Œd. I, 1. Par ce trait de magnificence Le prince à ses sujets étalait sa puissance, La Fontaine, Fabl. VII, 7. Elle m'étale avec plaisir toute sa belle âme, Sévigné, 433. La fortune, trompeuse en toute autre chose, est du moins sincère en ceci, qu'elle ne nous cache pas ses tromperies ; au contraire, elle les étale dans le plus grand jour, Bossuet, 2e serm. pour le 4e dim. de carême, II. Dans le moment fatal Où j'étale à ses yeux les pleurs de mon rival, Racine, Bérén. III, 4. Le monde étale des prospérités ; le monde ne fait pas d'heureux, Massillon, Dauphin. Égisthe… Étalerait en vain l'orgueil de sa naissance, Voltaire, Mérope, I, 3. Un des premiers qui étala dans la chaire une raison toujours éloquente, fut le P. Bourdaloue vers 1668, Voltaire, Louis XIV, 33. Jamais écrivain n'avait étalé des idées politiques, en prose, aussi fortement que Corneille les approfondit en vers, Voltaire, Comment. sur Cinna, II, 1. Quand j'étale à tes yeux ton crime et ma misère, Ducis, Othello, III, 5.

    Présenter. …Le sénat Dont plus de la moitié piteusement étale Une indigne curée aux vautours de Pharsale, Corneille, Pomp. I, 1.

    Fig. En parlant de choses qui étalent pour ainsi dire. …La perte de sa vie Étalera sa gloire et ton ignominie, Corneille, Cinna, IV, 7. Ce discours vous fera paraître un de ces exemples redoutables qui étalent aux yeux du monde sa vanité tout entière, Bossuet, Reine d'Anglet. Les spectacles pompeux que ces bords nous étalent, Racine, Iphig. I, 1. L'Angleterre, si fertile en beautés, étalait ce qu'elle avait de plus rare dans la cour du roi, Hamilton, Gramm. 8. Le petit terrain où nous étions étalait les charmes d'un séjour riant et champêtre, Rousseau, Hél. IV, 17.

  • 4Il se dit quelquefois dans le sens de faire paraître sur le théâtre. Ces beautés étaient de mise en ce temps-là et ne le seraient plus en celui-ci… elles ont fait leur effet en ma faveur, mais je me ferais scrupule d'en étaler de pareilles à l'avenir sur notre théâtre, Corneille, Cid, Exam. Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages Où tout Paris en foule apporte ses suffrages, Boileau, Art p. III. Qui sait bien ce que c'est qu'un prodigue, un avare, Un honnête homme, un fat, un jaloux, un bizarre, Sur une scène heureuse il peut les étaler, Boileau, ib.
  • 5Exposer en un langage qui fait valoir les choses. Et d'abord leur étale Tout ce que la faveur départ aux favoris, Régnier, Sat. XI. …Quoi que nous étale un langage si doux, Elle a tout fait pour elle, et n'a rien fait pour nous, Corneille, Rodog. II, 4. J'ai voulu de Léonce étaler le courage, Corneille, Héracl. III, 2. Ils tombèrent sur la morale ; Il n'est pas besoin que j'étale Tout ce que l'un et l'autre [Hippocrate et Démocrite] dit, La Fontaine, Fabl. VIII, 26. Que j'allais à tes yeux étaler de merveilles ! Boileau, Épît. IV. Je ne me propose pas cependant de vous étaler ici l'histoire de cet événement, Massillon, Avent, Jugement. En vain ta politique Vient m'étaler ici ce tableau fanatique, Voltaire, Fanat. I, 4. Phénix voulut lui représenter que c'était avilir la magistrature à pure perte et jeter un comique extravagant sur tout le cérémonial de la cour que d'aller en grand appareil étaler du phébus à un petit marmot, avant qu'il le pût entendre ou du moins y répondre, Rousseau, Reine fantasque. Comme un jour il [Platon] étalait à leurs yeux [des prêtres égyptiens] les anciennes traditions de la Grèce…, Barthélemy, Anach. Introd. part II, sect. 1re.
  • 6Faire parade, déployer avec vanité. [Ces secours]… Qu'avec tant de pompe à vos yeux elle étale, Corneille, Nicom. IV, 2. Plus soigneux d'étaler de l'érudition et de jeter en l'air de grands mots, que de parler avec précision dans leurs décrets, Bossuet, Var. XII, § 32. Jusque-là je vous laisse étaler votre zèle, Racine, Iphig. I, 2.
  • 7 Populairement, jeter par terre. D'un coup de poing il l'a étalé.
  • 8S'étaler, v. réfl. Se montrer avec ostentation. Tant sa présomption incessamment le presse De venir s'étaler aux pieds de sa maîtresse, Scarron, D. Japhet d'Arm. III, 2. Mais on ne peut souffrir ces bruyants téméraires, Sur la scène du monde ardents à s'étaler, Voltaire, la Vanité. Il aimait à s'étaler noblement aux yeux des voisins, Rousseau, Confess. VI.

    Être montré avec ostentation. Plus savant que moi, du moins de cette science qui s'étale, Rousseau, Ém. v.

  • 9S'étendre. S'étaler sur l'herbe.

    Familièrement, prendre une posture trop abandonnée. Il ne faut pas s'étaler comme cela sur son fauteuil.

    Populairement. S'étaler, se laisser tomber. Il faisait très glissant, et il s'est étalé.

    Se dit des métaux qui s'étendent sur des corps durs à l'aide de fondants, de mordants.

    Être étalé, déployé. J'ai une grande carte qui s'étale facilement. Son cordon s'étale sur sa poitrine.

HISTORIQUE

XIIIe s. Se vos volés là fors aler En cest jardin pour estaler [pour vous y tenir], Cort D'Art. Ms. de St Germain, dans LACURNE.

XVIe s. Il fait soudain ses vaisseaux envoiler, Guinder au mast, les verges estaler, Du Bellay, J. IV, 38, verso. Un medicament a charge d'aller droict aux reins, sans estaler ailleurs ses operations, Montaigne, III, 218. Après avoir estalé les noms des plus grands Romains, Montaigne, I, 267.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ÉTALER. Ajoutez : - REM. Dans le moyen âge, étaler a eu un sens singulier ; il a signifié cracher : XIVe s. Faites le malade estaler en un bacin [cracher, par euphémisme étaler le crachat], Mss. 503, Bibl. de Montpellier. Li malades ki poi ad de salive e ne pot estaler, ço est mal signe, ib.

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Étymologie de « étaler »

La racine du mot vient du vieux bas-vieux-francique *stal (« position, demeure ») qui a formé au xiiie siècle en ancien français le verbe astaler (« assigner à une place »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Étal.

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Phonétique du mot « étaler »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
étaler etale

Évolution historique de l’usage du mot « étaler »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « étaler »

  • La femme est la meilleure vitrine pour étaler la richesse d'un négociant. De René Lobstein / Les Douze Douzains du négoce
  • Il faut étaler au théâtre la passion de l'amour dans toute sa force, ou ne pas la traiter. De Louis-Sébastien Mercier
  • Zèle. Maladie nerveuse qui afflige les jeunes et les inexpérimentés. Passion qui ne s’élance que pour mieux s’étaler. De Ambrose Bierce / Le dictionnaire du Diable
  • La passion est un excès de vie, un excès de lumière, impossible à étaler dans un quotidien. De Tahar Ben Jelloun / Entretien avec Catherine Argand - Mars 1999
  • Chaque fois qu'on peut dire quelque chose en quatre mots, c'est pas la peine de s'étaler. De Jean Yanne / Première - Mars 1999
  • Revoilà donc les Français ramenés une fois de plus au rang de moutons, malgré la stupéfiante évidence du remède à leurs maux de transports. Il suffirait que les entreprises d'un même quartier s'entendent pour étaler leurs horaires d'ouverture pour que leurs collaborateurs n'affluent pas tous en même temps.   Challenges, étaler les horaires de bureau pour limiter la congestion - Challenges
  • Or, dans sa récente autobiographie “L’heure est venue”, Gérard Costa vient d’étaler bien d’autres aspects d’une existence qui ne se limita pas à sa présence, durant 38 saisons, au sein de la commission hors stade du comité haut-savoyard d’athlétisme. Laquelle ne fut qu’une parenthèse dans la vie de ce personnage unanimement apprécié dans la vallée de l’Arve autant qu’au cœur du bassin annécien ! , Santé | Les deux vies de Gérard Costa, greffé du foie
  • Ce mode de versement permet habituellement d’étaler le paiement des taxes municipales sur 12 mois consécutifs. La Ville de Drummondville permettra l’utilisation du mode de versements égaux pour le nombre de mois restants, allant jusqu’à février 2021 pour le compte de taxe de l’année en cours. L'Express, Taxes municipales : il sera possible d’étaler le paiement en versements égaux - L'Express

Traductions du mot « étaler »

Langue Traduction
Anglais spread out
Espagnol extender
Italien sparsi
Allemand verteilen
Chinois 扩散;传播开
Arabe ينتشر
Portugais espalhar
Russe разложить
Japonais 広がる
Basque hedatzen
Corse sparse
Source : Google Translate API

Synonymes de « étaler »

Source : synonymes de étaler sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « étaler »

Étaler

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