Dame : définition de dame


Dame : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

DAME1, DAM2, subst. fém. et interj.

DOMAINE DE LA PERSONNE ET/OU DE L'ACTIVITÉ HUMAINE
I.− Subst. fém.
A.− Personne adulte du sexe féminin.
1. [P. oppos. à homme, pers. adulte du sexe masc.] Femme adulte mariée ou non.
a) SOCIÉTÉ CIVILE et MILIT. Femme d'un certain rang social ou accomplissant certaines tâches sous la direction ou au service de dames d'un certain rang.
α) HIST. et SOCIÉTÉ
Membre de la noblesse. Dame châtelaine, dame du château. Comme une dame et un seigneur de l'ancien temps (Zola, Rêve,1888, p. 50).Tout roulait entre gens des montagnes, loin du curé, du magister et des dames de domaine (Pourrat, Gaspard,1922, p. 226):
1. Pauvre innocente qui se croit déjà dame et châtelaine, avec des comtes et des barons, et un page pour lui porter la queue de sa robe!... Bernanos, Sous le soleil de Satan,1926, p. 71.
[Avec poss.] Notre dame la duchesse demande à parler à notre seigneur le duc (Hugo, L. Borgia,1833, 2, part. 1, 1, p. 80).
La dame de ... (suivi du nom du lieu dont elle est suzeraine). Elle, cette dame de Beaumont, cette comtesse de Beaumont (elle était comtesse) (Barb. d'Aurev., Mémor. A... B...,1864, p. 438).La dame du lieu (cf. Chateaubr., Génie,t. 2, 1803, p. 73).
HIST. [En parlant des filles du roi de France] Synon. Madame.Le roi avait au bal prétendu donner le pas à Mllede Lorraine sur des dames de France (Guéhenno, Jean-Jacques,1952, p. 280):
2. ... et le faisant lever, elle le mena à la reine sa mère. Les ambassadeurs furent charmés de la manière, de la contenance, de la grâce et de l'esprit de cette jeune fille de France : ils disaient entre eux qu'elle serait une noble et excellente dame. Barante, Hist. des ducs de Bourgogne,t. 2, 1821-24, p. 142.
[P. oppos. au sens ancien du terme demoiselle A 1] On l'appelle mademoiselle, quoiqu'elle ait été mariée. Le nom de dame était encore réservé aux femmes nobles. Et elle reste demoiselle (Michelet, Insecte,1857, p. 395).
[Noblesse du xixes. et noblesse contemporaine] Femme de haute naissance chargée de certaines fonctions auprès de la reine, des princesses royales. Dans sa maison, entourée de ses gentilshommes et de ses dames, elle [la princesse de la maison de France] fait observer l'étiquette la plus rigoureuse (A. France, Lys rouge,1894, p. 137).
Dame d'atour(s). Dame chargée de la toilette. Telle dame d'atour de Madame sœur (Staël, Consid. Révol. fr.,t. 2, 1817, p. 228).
Dame de compagnie. Le bon neveu René chambellan du prince Louis, sa femme dame de compagnie de la princesse, etc. (Sand, Hist. vie,t. 2, 1855, p. 81).
Dame d'honneur. Première dame de la suite de la souveraine et des princesses royales. Il [l'empereur] nous a nommé quelques-unes des personnes qu'on lui avait proposées pour dames d'honneur : la princesse de Vaudémont; une Mmede la Rochefoucauld (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 195):
3. ... James nous conduisit chez deux de ses amis locaux, qui auraient pu être une dame d'honneur et un chambellan pauvre de la reine Victoria réduits à l'indigence. Blanche, Mes modèles,1928, p. 181.
Dame du palais. J'ai raconté à l'empereur l'anecdote de sa nomination de dame du palais (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823p. 642).
P. ext. [Usage commun à la haute bourgeoisie et à la noblesse] Dame du monde. Me voyant extrêmement riche, le but de ma vie était de devenir une dame titrée (Stendhal, L. Leuwen,t. 3, 1836, p. 400).Depuis quand voit-on la suivante avoir la préséance sur la dame? (Gautier, Fracasse,1863, p. 87).Quelques ouvrages de dévotion pour dames du monde (Maurras, Avenir Intellig.,1905, p. 49).
Femme qui se comporte comme une dame de la haute société. Oh! oh! la Rate est fringuée en dame (Colette, Entrave,1913, p. 95).Dans son idée, je dois devenir une dame (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1250)Faire de quelqu'une une dame. Lui permettre d'accéder au rang de dame. Le seul voisinage de l'or paternel (...) a fait des dames de ces campagnardes (Maupassant, Mont-Oriol,1887, p. 86).Emploi adj. En cotillon de dessous, elles avaient un air très républicain, sauf de visage qui restait très dame sous la coiffure (Giono, Hussard,1951, p. 220).
P. anal.
Personne exerçant une profession d'un certain rang ou dans des maisons d'un certain rang :
4. Je sais qu'une indiscrétion a été faite alors que j'étais au front et, naturellement, par une femme, ma femme trop heureuse de soumettre au maître les plaquettes que j'avais publiées, (...) et de papoter et d'intriguer (...) avec l'amie de Rémy de Gourmont, sa vieille égérie de toujours et sa plus récente inspiratrice, Mme de C... et miss B... (...) et d'intéresser de si grandes dames de lettres au sort de son mari-soldat. Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 320.
[Suivi du nom du métier] Les plus connues de ces dames de théâtre (Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Masque, 1889, p. 1165).Ces dames les institutrices sont très aimables (Colette, Cl. école,1900, p. 42).[Suivi du nom d'une institution] Une de ses dernières affections fut pour Mademoiselle Verrières, dame de l'Opéra (Sand, Hist. vie, t. 1, 1855, p. 33).Le ministre avait cédé la place à une dame de la Comédie Française (Druon, Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 107).
Dame de compagnie. Femme au service d'un particulier (homme ou femme) pour lui tenir compagnie et faire les honneurs de la maison. Nous ne réussissons pas à trouver une dame de compagnie pour ma pauvre maman! (Flaub., Corresp.,1872, p. 17).Elle se dépensa sans compter, tint la maison de ses parents, à Meudon puis à Paris, se fit gouvernante, infirmière, majordome, dame de compagnie, servante, sans pouvoir désarmer l'agacement muet de sa mère (Sartre, Mots,1964, p. 10).
P. ext. Dame de comptoir (vieilli). Femme chargée de la caisse et de la vente dans certains établissements. La dame de comptoir du café qu'il fréquentait (Flaub., 1reÉduc. sent.,1845, p. 185).Je prenais, sur l'offre d'une des dames du comptoir, un bonbon extrait d'un des vases de verre entre lesquels elles trônaient (Proust, Temps retr.,1922, p. 826).Dame de vestiaire, de lavabo. Préposée au vestiaire, aux toilettes. On ne répond pas, dit la dame du lavabo (Nizan, Conspir.,1938, p. 12).Elsa (...) parla très fort à la dame du vestiaire (Sagan, Bonjour tristesse,1956, p. 146).
[En parlant d'une pers. à qui l'on s'adresse sous l'appellation Madame] Cette dame. On demande au Marquis, par quel hasard cette dame, qu'il appelle madame la Duchesse, attend dans la cour sans entrer (Sénac de Meilhan, Émigré,1797, p. 1625).La dame en question est MmeAdam. D'Osmoy m'a dit qu'elle était plus puissante que tous les ministres (Flaub., Corresp.,1878, p. 84).
En partic. Femme du monde qui consacre une partie de son temps à des œuvres pieuses ou charitables. Il en est une [passion] surtout que nos dames de paroisse déguisent assez mal sous les apparences de dévotion dont elles cherchent à les couvrir (Jouy, Hermite,t. 2, 1812, p. 30).Un petit salut de protection comme en ont, à l'adresse des malheureux, les dames des bonnes œuvres (Breton, Manif. Surréal.,2eManif., 1930, p. 124).
Dame de charité. L'actrice se présenta avec la juste mesure d'aisance, avec la distinction accomplie d'une jeune dame de charité introduite chez une personne de son rang (Vogüé, Morts,1899, p. 327).
Dame patronnesse. Dame patronnesse de trois crèches et de douze œuvres recommandées par le cardinal-archevêque (A. France, Orme,1897, p. 63):
5. ... on apprit que Mme Charmet était dame de charité, dame patronnesse de plusieurs œuvres de bienfaisance, et qu'elle était chargée de distribuer aux pauvres les revenus d'une grande fortune. Ponson du Terrail, Rocambole,t. 2, 1859, p. 76.
Péj., par dérision
Femme entretenue d'apparence bourgeoise. Dame du demi-monde. L'entreteneur de la dame (Goncourt, Journal,1896, p. 964).
[P. allus. au roman de Dumas] Dame au(x) camélia(s). Vieilli. Il faudrait un rude limier pour trouver le rembucher d'une dame aux camélias (Poulot, Sublime,1872, p. 119).Croyez-vous toujours qu'il y a des dames au camélia (Aragon, Rom. inach.,1956, p. 221).
[P. allus. iron. à la dame du Lac du roman de Lancelot] Dame du lac. Arg. des gens de lettres, vieilli. Demi-mondaine qui cherche ses conquêtes au Bois de Boulogne, autour du lac :
6. En désignant, sous le nom de cocottes, les élégantes du demi-monde, nous employons une expression vieillie, car depuis la dernière exhibition de Longchamp, ces charmantes dépensières s'appellent : les dames du Lac. Avenel, Les Calicots,1866, p. 129.
Fille publique, souvent de luxe. Dame de petite vertu. Synon. prostituée.Aucune de ces « dames » [de la maison de prostitution] ne lui cherchait misère [à Élisa] (E. de Goncourt, Élisa,1877, p. 45).Méfie-toi des dames de la rue, des dames qui font un métier de leurs charmes (Duhamel, Jard. bêtes sauv.,1934, p. 45).Ces messieurs-ci vivent du travail de ces dames-là (Camus, Chute,1956, p. 1477).
Petite dame (vieilli et pop.). Compagne attitrée et entretenue. Petites dames en chambre, modestes et jouant un rôle de veuve (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 131).J'(...) ai appris que M. Xavier Frontenac, au vu et au su de toute la ville, entretenait une petite dame (Mauriac, Myst. Frontenac,1933, p. 41).
β) HIST. et EXPR. LITTÉR.
[Emprunt à la théorie et au vocab. de l'amour courtois] Femme noble à laquelle se consacrait un chevalier. La dame de ses pensées; servir sa dame; porter le chiffre, les couleurs de sa dame. Synon. amie, maîtresse.Les accusations publiques d'inconstance, de félonie envers sa dame étaient suivies d'arrêts quelquefois sanglans (Jouy, Hermite,t. 3, 1813, p. 6).Le respect attendri du bon chevalier de la Manche pour sa dame Dulcinée (Vogüé, Morts,1899, p. 149):
7. Le gentilhomme qui accomplit un exploit pour sa dame lui paraissait diminuer par là son exploit : il était choqué par ces fadaises, et détestait l'état d'esprit qui place l'homme, l'homme fort et raisonnable, sous la suprématie de la déficience féminine. Montherlant, Les Bestiaires,1926, p. 417.
P. ext. Femme à laquelle un troubadour, un ménestrel offre ses hommages et son amour. Servir sa dame et sa patrie, C'est le devoir d'un troubadour (Nadaud, Chansons,1870, p. 342).
Mod., p. iron. ou plais. Synon. dulcinée.La dame de mes pensées était une belle personne qui habitait la même maison que nous (Toepffer, Nouv. genev.,1839, p. 478).Après avoir écrit cinq pages enflammées à la dame de son cœur (Flaub., 1reÉduc. sent.,1845, p. 67).
Usage rhét. Dame + abstraction personnifiée.Dame fortune, dame justice, dame nature. Dame convoitise en a rendu plusieurs traîtres à leurs souverains seigneurs (Barante, Hist. ducs Bourg.,t. 3, 1821-24, p. 24).Dame police n'est pas très crédule de sa nature (Vidocq, Vrais myst. Paris,t. 7, 1844, p. 18).
Var. Notre Dame la grammaire (Hugo, Cromwell,1827, p. 35).Autre dame imposante, l'Histoire (Valéry, Lettres à qq.-uns,1945, p. 79).L'espoir de la victoire et d'une nouvelle grandeur pour « notre dame la France » (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 132).
b) RELIG. et SOCIÉTÉ RELIG.
α) Notre-Dame. La Vierge Marie en tant que souveraine protectrice des hommes. Dame du ciel. Leurs grandes ailes [des anges] palpitent de joie à ce glorieux couronnement qui fait Dame du paradis l'humble servante du Seigneur (Gautier, Guide Louvre,1872, p. 89).
P. méton. Église vouée à Notre-Dame. Notre-Dame de Paris. Les porches latéraux de Notre-Dame de Chartres, de la cathédrale de Bourges (Viollet-le-Duc, Archit.,1872, p. 238).
β) Souvent au plur. Religieuse ayant prononcé ses vœux perpétuels et appartenant à un monastère ou à un couvent comportant une hiérarchie de ses membres. Les dames de la Visitation, du Sacré-Cœur.
Dame de chœur. Religieuse qui a sa place dans les hautes stalles du chœur (p. oppos. à novice et à converse). Synon. professe.Les dames de chœur vivaient en patriciennes (Sand, Hist. vie,t. 4, 1855, p. 155).Les religieuses de tout âge, de tout air, de toute corpulence, les mères et les novices, les converses et les dames de chœur, les paysannes et les nobles (...) toutes gardant ce même air de restriction, de surveillance de soi et d'autrui contre l'infinie variété des périls (Malègue, Augustin,t. 1, 1933, p. 113).
c) MYTH., FOLKL. Fée. Les fées étaient des dames aussi bien que les saintes; mais des dames voluptueusement parées (A. France, Vie littér.,t. 3, 1891, p. 246).Pour ces dames-fées qui sont trop rieuses (Barrès, Cahiers,t. 10, 1914, p. 255).
La dame du Lac. Fée protectrice de Lancelot.
La dame blanche. Être surnaturel dans les anciennes croyances celtes et allemandes. C'est la dame blanche qui passe sous les voûtes (Hugo, Rhin,1842, p. 338):
8. Aussi peu qu'il soit habité des fées, chacun sent aux brouillards de son cœur sourdre les sources du celtisme. J'ai vu la dame blanche éternellement sous mes yeux, depuis ma petite enfance; ... Barrès, Mes Cahiers,t. 9, 1912, p. 295.
d) Usuel. Personne adulte du sexe féminin. Une jeune, vieille dame; une dame âgée, entre deux âges. Synon. femme.L'almanach des dames (Hugo, Corresp.,1822, p. 341).Son vieux coupé de dame dont les chevaux marchaient au pas (Morand, Londres,1933, p. 168).
SYNT. Articles, confection, vêtements pour dames; coiffeur pour dames; compartiment de dames seules, toilettes de dames; faire des ouvrages de dame.
[Dans un lang. courtois, auj. senti comme vieilli ou pop.] Être aimé des dames; plaire aux dames (Ac.1798-1932).Les graces d'un cavalier et de sa dame (Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 297).Et ensuite il ne trouve rien de mieux à faire que d'aller vite occuper une place laissée libre! Au lieu de la laisser à une dame! (Queneau, Exerc. style,1947, p. 14).
Pop. ou fam. [Dans la formule de salutation] Messieurs dames. Ici, ... ssieurs et dames, nous sommes à la hauteur de la galerie des rois (Martin du G., Devenir,1909, p. 41).Bsoir msieurs dames, dit Pierrot (Queneau, Pierrot,1942, p. 169).
[Avec le dém. ces] Ces monsieur dame auront froid, dit l'aubergiste (Arland, Ordre,1929, p. 315).Ces messieurs-dames exagéraient (Triolet, Prem. accroc,1945, p. 220).
Rem. Pour l'oppos. ternaire « femme mariée, femme célibataire, monsieur », voir madame.
2. [P. oppos. à demoiselle* B, personne non mariée] Femme mariée, et p. ext. femme d'un certain âge.
a) Épouse de bourgeois fortuné ou appartenant à une classe sociale supérieure. Une belle, digne, noble dame; les dames de la bourgeoisie, de la ville. Les dames de Paris vous regarderaient comme une servante (Maupass., Une Vie,1883, p. 243).Il était autre que tous ces gens-là, ces « messieurs », ces « dames », ces « riches » (Guéhenno, Jean-Jacques,1950, p. 161):
9. Une ville dont tous les habitants, même les plus pauvres, étaient des messieurs et des dames, et avaient droit à la soie noire, comme les citoyens romains à la toge. Et quelle capitale! Larbaud, A. O. Barnabooth,1913, p. 207.
[Dans des syntagmes avec adj. antéposé]
Belle dame. Il va d'ailleurs beaucoup dans le monde (...) chez les belles dames (Guéhenno, Jean-Jacques,1952, p. 281).[En appellatif] Votre serviteur, belle dame! (Balzac, Homme d'affaires,1845, p. 414).
Grande dame. Voilà un homme (...) qui aura fait rire toute une génération de grandes dames et de grisettes (Champfl., Avent. MlleMariette,1853, p. 221).Il ne songe pas que les lettres de la jeune et belle grande dame ont dû brûler les mains de sa vieille maîtresse (Guéhenno, Jean-Jacques,1950, p. 195).
Vraie dame. Il fallait aller chez une vraie dame, si l'on voulait peindre une dame (Huysmans, Art mod.,1883, p. 42):
10. Cela se raidit, cela fait la fière, cela veut se conduire comme une vraie dame, prendre des responsabilités et cela jouait à la poupée hier encore et au premier chagrin cela courait se jeter dans les jupes de sa maman. Anouilh, La Répétition,1950, IV, p. 110.
Dame de la maison, du logis (vx). Synon. de maîtresse de maison.Je vous suppose interné dans un salon bourgeois et prenant le café, après dîné, avec le maître de la maison, la dame de la maison et ses demoiselles (Baudel., Art romant.,1867, pp. 458-459).La dame du logis a des rentes sur l'État, une comptabilité irréprochable, et, si elle tient à quelque chose, c'est à la considération (Bourget, Nouv. Essais psychol.,1885, p. 33).
b) [En style noble de petit bourgeois] Épouse de petit bourgeois.
α) HIST. [En parlant de femmes du peuple, membres de certaines corporations, qui, dans certaines circonstances, pouvaient être reçues à la Cour] Capable enfin de porter sans trembler la parole au Roi au nom des Dames de la Halle, Angélique Madou recevait Gigonnet avec un profond respect (Balzac, C. Birotteau,1837, p. 347):
11. ... et l'on voyait accourir par le Pont-Vieux les dames de la halle et des lavoirs, avec des broches, des pelles, des pincettes, des battoirs et des chaudrons d'eau de Javel; ... A. France, L'Île des pingouins,1908, p. 301.
β) Usuel. Épouse. Synon. femme.
[Suivi d'un nom propre]
[Nom de famille] La dame veuve une telle (Ac.1835-1932).L'affaire du sieur Ragoulleau et de la dame Morin (Balzac, Goriot,1835, p. 192).
[Prénom] Je n'ai pas revu dame Solange (Duhamel, Maîtres,1937, p. 270).
[Avec un poss.] Vieilli, pop. ou région. M. Rastoil, sa dame et sa demoiselle, passeraient la nuit chez les Paloque (Zola, Conquête Plassans,1874, p. 1211).Voulez-vous me permettre de vous offrir... des bonbons, pour votre dame et votre demoiselle? (T. Bernard, M. Codomat,1907, I, 7, p. 158).Des consommateurs se serrent la main sans se connaître, mais il y a des années qu'ils viennent là avec leurs dames (Fargue, Piéton Paris,1939, p. 43).
[En appellatif] Fam. Synon. Madame.
[Dans des syntagmes, gén. avec le poss. ma] Vous êtes bien difficile à confesser, ma belle dame (Balzac, Gobseck,1830, p. 414).Figurez-vous, ma pauvre chère dame (Arland, Ordre,1929, p. 220).
[Suivi du prénom] Dame Jeanine, un vieux comme moi, tanné par les orages, ne se trompe pas (Zola, Ouragan,1901, I, 1, p. 458).« Pauvre, pauvre chère dame Thérèse... » (Martin du G., Thib.,Été 14, 1936, p. 198).
P. anal. et gén. p. iron. [En parlant d'animaux dont le nom est fém. ou en parlant de la femelle] Dame belette. Par le chant du rossignol, j'ai vu la dame rossignol ivre d'amour et de chanson nocturne, s'abandonner à la danse aurorale des feuilles (Giono, Eau vive,1943, p. 116).
c) [Dans le lang. d'un domestique] La patronne. En voyant son ancienne dame, la mère Archambauld se confondit en prévenances (A. Daudet, Jack,t. 2, 1876, p. 272).Adèle elle-même tapait sur l'ancienne demoiselle de sa dame (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 269).
B.− JEUX
1. P. méton. [P. réf. à I A 1 a α] Figure représentant une dame souveraine.
a) JEU DE CARTES. Deuxième figure du jeu (après le roi, avant le valet), représentant une reine couronnée. Dame de pique, de trèfle. Synon. reine.Il a brelan de dames (Ac.1835-1878).Un jeu de cartes patriotique dans lequel aux rois, aux dames, aux valets de l'ancien régime, il substituait des Génies, des Libertés, des Égalités (A. France, Dieux ont soif,1912, p. 16).Un peu jeune pour la dame de cœur [Angèle], mais la dame de son tableau [à de Vere] n'a rien à voir avec la nourrice des jeux de cartes ordinaires (Butor, Passage Milan,1954, p. 170):
12. ... ils jouèrent au whist, le soir, au café du Commerce, mais son œil triste déshabillait la reine de trèfle ou la dame de carreau, tandis que le problème des jambes absentes dans ces figures à deux têtes embrouillait tout à fait les images écloses en sa pensée. Maupassant, Contes et nouvelles,t. 1, Bombard, 1884, p. 973.
SYNT. Avoir une tierce, une quatrième, une quinte à la dame; avoir un quatorze de dames; écarter une dame; jouer une dame.
La dame de pique. P. méton. fam. les cartes, le jeu. Aimer, courtiser, peloter la dame de pique. Aimer les cartes. Être un parfait honnête homme (...) ennemi de la dame de pique (Feuillet, Honn. d'artiste,1890, p. 65).Après la dame du comptoir assez dodue et fort appétissante, il consacrait ses loisirs à la dame de pique (France1907).
b) JEU D'ÉCHECS. Seconde pièce du jeu en valeur (après le roi), qui représente une reine couronnée et qui seule peut marcher en tous sens, à moins d'être arrêtée par une autre pièce. Dame blanche, noire. Synon. reine.Donner échec au roi et à la dame (Ac.1798-1878) :
13. ... mon fou était ici, mon cavalier là, j'ai fait échec à la dame. le docteur. − Et moi, avec la tour, je prends la dame. Dumas père, Richard Darlington,1832, I, 1, p. 23.
(Aller) à dame. Mener un pion jusqu'à la dernière rangée de cases de l'échiquier (côté adversaire) où il prend la valeur d'une dame (cf. Ac. 1798-1878).
2. JEU DE DAMES
a) Au sing. ou au plur. Pièce du jeu.
α) Chacune des pièces rondes et plates du jeu, appelé pour cette raison, jeu de dames (infra b). Dame touchée, dame jouée (Ac. 1835, 1878). Synon. pion.Pour le jeu de dames à la polonaise, celui qui se joue encore actuellement, on se sert d'un damier à cent cases et l'on emploie vingt dames ou pions (D'Allemagne, Récr. et passe-temps,1904, p. 54).
(Aller) à dame. Mener un pion jusqu'à la dernière rangée de cases du damier (côté adversaire) où il prend une valeur spéciale et est surmonté d'un pion de même couleur, signalant cette valeur (infra β) :
14. jacobus. − C'est à vous, madame. madame d'ermel. − Vous le faites exprès, hein? (...) une, deux, trois, et à dame! jacobus. − C'est inouï! ... Feuillet, Scènes et proverbes,1851, p. 258.
P. ext., au fig., pop. et vieilli. Aller, partir à dame. Tomber (parce que l'acquisition d'une dame par un joueur laisse présumer la défaite de l'autre joueur). J'y ai mis un de ces trimball'ments qu'il en a été à dame (Bruant1901, p. 106).
β) Spéc. Pion qui, étant allé à dame, a été surmonté d'un autre pion, et peut marcher en diagonale à toute distance. La dame se déplace comme le pion dans le sens des diagonales. De plus, elle a la faculté de franchir une ou plusieurs cases libres, pourvu que ce soit en ligne droite, et de reculer dans les mêmes conditions (Alleau1964).
b) P. méton., au plur. Jeu pratiqué à deux sur un damier* de 100 cases avec 20 pions blancs posés sur quatre rangées pour l'un des joueurs et 20 pions noirs pour l'autre. Les dames; dames à la polonaise; faire une partie de dames. Paisibles joueurs de dames et de dominos (Jouy, Hermite,t. 2, 1812, p. 236).Partant des points sur lesquels toute l'année ils étaient disséminés en tirailleurs ou comme des pions au jeu de dames (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 675).Quand il ne jouait pas à la manille, c'était au billard ou aux dames (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 33).
Dames à la française (vx ou auj. dans les pays anglo-saxons). Jeu pratiqué sur un damier de 64 cases avec 12 pions disposés sur trois rangées pour chaque joueur (cf. D'Allemagne, loc. cit.).
P. métaph. Une partie de dames où les pions étaient des hypothèses politiques (Martin du G., Thibault,Été 14, 1936, p. 133).
P. méton. Jeu de dames. Le damier et les pièces du jeu. Les chariots (...) sont chargés de tables de jeu de trictrac, de jeux d'échecs et de dames, de sixains de cartes (Jouy, Hermite,t. 1, 1811, p. 55).Ils étaient (...) installés sur leurs talons devant un jeu de dames (Fromentin, Été Sahara,1857, p. 114).
Rem. On aurait pu envisager une deuxième entrée pour le jeu de dames, mais les interférences sont si nombreuses qu'il a été jugé plus logique de rattacher ces emplois aux autres sens du mot dame1.
3. P. anal. (de I B 2 a α) [Au trictrac et au jacquet] Chacun des disques dont on se sert pour jouer (analogues aux pions du jeu de dames, mais gén. de taille supérieure). Faire avancer les dames, placer une dame sur une flèche (Alleau1964, s.v. jacquet).Quand toutes les dames d'un joueur sont passées dans la case où étaient empilées, au début, celles de l'adversaire, elles sont retirées du jeu (Alleau1954, s.v. trictrac).
C.− [Pour désigner d'autres éléments]
1. Dame(-)d'onze(-)heures. Plante dont les fleurs sont ouvertes de onze à quinze heures environ. Synon. sc. ornithogale en ombelle.Elle [une fleur] s'appellera la Dame d'onze heures (Colette, Pays et portr.,1954, p. 255).
2. [Dans des expr. désignant une bouteille ou divers contenus]
Dame-Jeanne. Cf. ce mot.
Dame blanche (arg.). Bouteille de vin blanc. Une dame blanche! dit Gugusse au patron (...) Et du meilleur! (Larchey, Dict. hist. arg.,1878, p. 132).
Dame verte. (pop.). Absinthe. On a un peu calomnié la pauvre dame verte (Larch.Nouv. Suppl. Larg.1889, p. 78).Tombé dans la misère par suite d'un trop grand amour pour la dame verte (Larch.Nouv. Suppl. Larg.1889, p. 78).
3. ART. CULIN. Dame blanche. Dessert consistant en glace à la vanille nappée de crème au chocolat (cf. Cuisine moderne et vieilles recettes, Tournay, 1962, p. 169).
II.− Interj., fam., vieilli. [parfois sous la forme dam].
A.− [Exclamation marquant la surprise, l'assentiment du locuteur (par rapport à une chose ou à une assertion)] Mais, dame oui, dame non. Synon. parbleu, pardi.Dam, je ne sais pas, monsieur (Halévy, Mar. d'am.,1881, p. 173).Dame! (...) petit mot, tout gros de sous-entendus, d'arrière-pensées, de potins (Richepin, Césarine,1888, p. 190):
15. « Formidable! ... C'est vous qui faites la cuisine, mademoiselle? » − « Dame! » − « Mes compliments! » La fille daigna sourire. Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 399.
[Exclamation renforçant une déclaration] Dis donc, Fanny, te rappelles-tu un déjeuner ici (...) c'est loin, dam! (A. Daudet, Sapho,1884, p. 28).Mais sa mort, dame! il l'a soignée, rien n'y manque (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1193):
16. − Parce que je voulais crever assez vite dame! tout simplement! et nom de Dieu! bien sûr que non que je veux point mourir! Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 395.
B.− [Interj. dont l'emploi supposant une relation log. entre ce qui précède et ce qui suit, donne à l'énoncé une valeur de concl. ou sert de charnière du discours] Dame! à force de poser au poitrinaire, on finit par se figurer qu'on l'est réellement (A. Daudet, Femmes d'artistes,1874, p. 55).
Rem. Ds la docum. on trouve 2 attestations de bé dame! : « eh bien, dame! » Bé dame, alors, c'est le plus malin des deux qui roule l'autre! (Huysmans, Sœurs Vatard, 1879, p. 126). Bé dame! Eh bien, oui (Rougé, Folkl. Touraine, 1943, s.v. dame). Bél. 1957 atteste également ,,Bédame! Bien dame!``
Prononc. et Orth. : [dam]. Ds Ac. 1694-1932. Pour l'interj., Nouv. Lar. ill. et Lar. 20econsacrent à dam une vedette de renvoi à dame. Cf. aussi ds la docum. : Ah dam! nous sommes si bêtes, nous aut' pésans! que nous finissons par entendre les bêtes (Balzac, Paysans, 1844, p. 34). Cf. également bé dame! et bédame! (supra II B rem.). Étymol. et Hist. I. A. 1. Ca 1050 dama appellation d'une femme mariée, de haut rang (Alexis, éd. Chr. Storey, 148); 2. ca 1175 « épouse » (Chr. de Troyes, Chevalier Lyon, 5701 ds T.-L.); fin xiies. lang. courtois « femme aimée » (Chastelain de Couci, Chansons, éd. A. Lerond, I, 20 et passim); ca 1200 p. ext. s'applique également à des personnes n'appartenant pas à la noblesse (Doon de la Roche, 3266 cité ds A. Grisay, G. Lavis, M. Dubois-Stasse, Les Dénominations de la femme dans les anc. textes littér. fr., 1969, p. 134); 3. ca 1220 Nostre Dame « la Vierge » (G. de Coincy, Miracles, éd. F. Kœnig, I Pr 2, 12); 4. xiiies. titre donné à une abstraction (Mariage des sept ars, version anonyme, éd. A. Långfors, 210 : damme Théologie). B. 1508 jeu (D'Amerval, Diablerie, éd. Ch.-Fréd. Ward, p. 606 : jeu d'echecz ou des dames). II. 1665 interj. (Molière, Dom Juan, III, 1). I A du lat. class. domina, domna « maîtresse de maison; épouse; amie, maîtresse; souveraine »; le développement particulier du -o- s'explique par le fréquent emploi proclitique du mot, notamment devant les noms propres. I B ext. de I A p. réf. à l'idée de reine aux échecs et aux cartes et p. allus. au fait que le pion qui a traversé tout le damier au jeu de dames, peut se déplacer d'un nombre illimité de cases diagonalement, comme la reine aux échecs. II de Notre-Dame!, en invocation à la Vierge. Fréq. abs. littér. : 12 258. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 13 534, b) 24 974; xxes. : a) 23 776, b) 12 899. Bbg. Capelovici (J.). Monsieur, madame, mademoiselle. Vie Lang. 1961, p. 602. − Deninon (P.). Dame oui! Déf. Lang. fr. 1968, no45, pp. 11-12. − Maniu (N.). À propos d'une étymol. fr. : dame. Lang. et litt. 1948, t. 4, pp. 200-207. − Pauli 1921, p. 45. − Pohl (J.). Contribution à l'hist. de qq. mots. Arch. St. n. Spr. 1969, t. 205, no5, p. 363. − Quem. 2es. t. 3 1972. − Riegler (R.). Wasserjungfer und Wiesel. Archivum romanicum. 1925, t. 9, p. 210. − Sain. Lang. par. 1920, p. 272; Sources t. 1 1972 [1925], p. 171. − Saint-Jacques (B.). Sex, dependency and language. Linguistique. Paris. 1973, t. 9, p. 95. − Tichy (O.). K Etimologiim francouzských interjekci. Casopis pro moderni filologii. 1958, t. 40, pp. 216-217.

DAME2, subst. fém.

[DOMAINES TECHNIQUES]
A.− TECHNOL. Instrument servant à tasser un sol ou à paver, formé d'un corps lourd s'élargissant vers le bas et muni, dans sa partie supérieure, soit d'une barre horizontale, soit de deux poignées permettant son maniement. Synon. demoiselle, hie.On peut les affermir [les terrains tourbeux] en les lardant de piquets (...) qu'on enfonce (...) au moyen d'une dame à quatre mains (Bricka, Cours ch. de fer,t. 1, 1894, p. 131).
Dame de fonte. Dame du bitumier, masse en fonte qui s'emploie chaude pour pilonner les aires en plâtre, l'asphalte, etc. On battait le sol des aires avec une grosse dame de fonte (Giono, Joie,1935, p. 451).
B.−
1. P. ET CH.
a) Massif de maçonnerie, digue qu'on laisse de distance en distance pendant le creusement d'un canal pour retenir l'eau hors du chantier (cf. Ac. 1835-1932).
b) Cône de terre laissé d'espace en espace dans une tranchée pour servir de mesure de profondeur (cf. Ac. 1932).
Rem. Ces 2 sens sont aussi attestés ds la plupart des dict. gén. à partir de Besch. 1845, de même que ds Chesn. 1857, Bouillet 1859, Bach.-Dez. 1882.
2. MÉTALL. Les laitiers et la fonte s'accumulent au fond du creuset; les premiers s'écoulent par-dessus la paroi du creuset qu'on appelle dame (Wurtz, Dict. chim., t. 1, 2evol., 1870, p. 1436).
C.− MAR., au plur. ,,Ouverture en forme de demi-lune, du calibre d'un manche d'aviron, et qui est aménagée dans le plat bord d'une embarcation pour servir de point d'appui au manche de l'aviron pendant la nage [navigation]`` (Le Clère 1960). Synon. demoiselle, tolets.Les avirons restèrent suspendus sur leurs dames (Verne, Vingt mille lieues,t. 2, 1870, p. 55).En voici un [bateau pliant] avec deux avirons et dames de nage (Bourget, Enf. morte,1928, p. 121):
... il [M. Dufour] plaisanta sur le mot « dames », dont on désigne les deux montants qui retiennent les avirons, disant que les canotiers, et pour cause, ne sortaient jamais sans leurs dames. Maupassant, Contes et nouvelles,t. 1, Une Partie de campagne, 1881, p. 375.
Prononc. et Orth. : [dam]. Ds Ac. 1932. Étymol. et Hist. I. A. 1270 dam « digue » (Actes français du comté de Flandre, éd. R. Mantou, Liège, 1972, p. 433) − 1442 dam (Cartulaire de l'abbaye de Marquette ds Romania, t. 68, 1944-45, p. 196). B. 1. 1690 dame « partie de terre conservée en travers d'un canal qu'on creuse » (Marquis de Sourches, Mémoires, t. 3, p. 383 ds Fr. mod., t. 17, p. 220); 2. 1694 « cônes de terre laissés dans les fouilles pour servir de témoins lors du métré des déblais » (Corneille); 3. 1752 « partie de terre restée debout au centre des fourneaux de mine qui ont fait explosion » (Trév.); 4. 1757 « pièce de pierre ou de fonte dans un creuset de haut fourneau » (Encyclop. t. 7, p. 150 b, s.v. forge). II. 1743 « instrument servant à damer » (Le Blond, Traité d'artillerie, p. 89). III. 1783 mar. (Encyclop. méthod. Mar. d'apr. FEW t. 3, p. 125 b); 1831 « cheville de fer destinée à empêcher le câble de glisser; tolet destiné à retenir les avirons » (Will.). I empr. d'abord au m. néerl. dam « digue » (dep. 1165 ds Grimm2t. 6, 146), puis de nouv. au néerl. à la fin du xviies., prob. par l'intermédiaire de Hollandais travaillant dans le nord de la France à l'assèchement de marais, Valkh., pp. 29-30. Le terme de fonderie est peut-être empr. à l'all. (FEW t. 15, 2, p. 53 a), cf. Grimm2t. 6, 149, 40. II de dame1p. réf. à la forme de cet outil constitué d'un morceau de bois conique qu'on soulève au moyen de deux anses. III orig. obsc. : pour Jal1ce mot remonte au néerl. dam, le terme de mar. étant une extension du sens de « digue » dans la mesure où la cheville fait obstacle au mouvement du câble alors que FEW t. 3, p. 125 b le considère comme une extension de dame1p. allus. obscène au mouvement de l'aviron entre les deux consoles.

Dame : définition du Wiktionnaire

Nom commun 1

dame \dam\ féminin

  1. Femme qui appartient à la noblesse.
    1. Celle qui possédait une seigneurie avec autorité et commandement sur des vassaux.
      • Haute et puissante dame.
    2. (Chevalerie) Femme à laquelle un chevalier consacrait ses soins et ses exploits.
      • Porter une écharpe aux couleurs de sa dame.
    3. Titre donné aux religieuses des abbayes et ainsi qu’aux chanoinesses.
      • Les dames de Remiremont.
      • Les deux religieuses qui faisaient le service de l’infirmerie, dames lazaristes comme toutes les sœurs de charité, s'appelaient sœur Perpétue et sœur Simplice. — (Victor Hugo, Les Misérables, I, 7, 1 ; 1862)
    4. Titre que l’on donnait par honneur aux femmes.
      • Dame d’honneur, dame d’atour, dame du palais, femmes qui remplissaient diverses fonctions auprès des reines ou des princesses.
    5. Femme d’un rang social élevé.
      • […] ; mais il ne donnait pas à l’entretien une attention si soutenue qu’il ne se détournât parfois pour lancer un regard sur le groupe de dames au centre duquel resplendissait la reine de Navarre. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre I)
      • Pour emprunter des locutions vulgaires qui ont le mérite de dire avec un seul mot une idée qu’une page suffirait à peine à exprimer, madame Magloire avait l’air d'une paysanne et mademoiselle Baptistine d’une dame. — (Victor Hugo, Les Misérables, I, 2, 2 ; 1862)
      • Thackeray a dit quelque part qu’une dame anglaise bien élevée est la plus complète des œuvres de Dieu sur la terre. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. III, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
    6. Terme courtois pour une femme mariée, ou pour toute femme adulte (par opposition à demoiselle).
      • Un monsieur et une dame passent devant moi, interrompant leur conversation pour que je ne les entende pas, comme s’ils me refusaient l’aumône de ce qu’ils pensent. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
      • Je suis installé à côté d’une dame un peu maigre, […]. C’est une actrice demi-célèbre, qui fut jadis maîtresse de plusieurs grands écrivains et qui débine avec frénésie. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 213)
      • Un réconfort moral nous attendait pourtant là-bas puisque nous y avons retrouvé des Vouzinois, une dame accompagnée de sa fille et de son gendre. — (Marie-Gabrielle Copin-Barrier, Robert-Espagne, une tragédie oubliée : une femme de gendarme raconte, page 42, L’Harmattan, 2009)
      • « Mais pourquoi toi d’abord ?
        — Parce que je suis une dame. Voilà pourquoi. »
        — (Les Aristochats, 1970)
    7. (Populaire) Femme, épouse.
      • Passez le bonjour à votre dame.
  2. (Par extension) Toute femme.
    • Au musée des Arts Anciens du Namurois, la dame du guichet fut instantanément conquise par notre petite fille. « Comme elle est mignonne ! Une vraie arsouille ! » roucoulait-elle. — (Harry Pearson, Un géant au Plat Pays: Séjour chez les Belges, traduit de l'anglais par Sylvain Gilmont & Laure Harmegnies, Avin/Hannut : Editions Luce Wilquin, 2003)
  3. (Jeux) Pièce de nombreux jeux de pions ou de cartes. Note : on préfère dame au synonyme reine pour pouvoir abréger avec une lettre différente de roi.
    1. (Jeu de dames) Pièce constituée par deux pions l’un sur l’autre pouvant se déplacer sur tout le damier.
      • Il ne me reste qu’une dame et deux pions.
    2. (Jeu d’échecs) Reine, pièce du jeu d’échecs.
      • Comme pièces, il ne me reste qu’une dame et un fou.
    3. (Cartes à jouer) Reine, élément d’un jeu de cartes.
      • Si deux joueurs abattent un brelan, celui de la valeur la plus haute l’emporte. Celui toutefois, qui a la chance d’obtenir un brelan de Valets, dénommé le favori, l’emporte sur tous les autres brelans, même ceux des As, des Rois ou des Dames. — (Frans Gerver, Le guide Marabout de Tous les Jeux de Cartes, Verviers : Gérard & C°, 1966, page 89)
    4. Pièce du jacquet, de trictrac, de backgammon.
      • Je bats ta dame à vrai et je remplis mon grand jan.
  4. Allégorie d’une construction, d’une institution dont le substantif est au féminin.
    • Il était donc urgent de ne plus fouiller mais aussi – voire avant tout – de restaurer et de protéger les œuvres et les lieux, Pompéi cumulant les problèmes d’une cité antique, auguste dame âgée de deux millénaires, et ceux d’une ville touristique moderne. — (Pierre Barthélémy, Pompéi, inépuisable trésor archéologique, Le Monde. Mis en ligne le 10 décembre 2019)
    • Dame Justice a pris un sérieux coup de vieux.
    • Le design de cette moto demeure celui d’une grande dame de la route.
  5. Outil de travaux publics, muni de deux anses, ou doté d’un manche, servant à tasser le sol ou à enfoncer des pavés.
    • La terre a été battue à l’aide d’une dame en fonte.
  6. (Marine) Ellipse de « dame de nage ». (Par extension) Désigne un tolet à fourche.
    • La dame de nage pivotante a été brevetée par Michael Davis en 1875.
    • Il avait rossé en course plus d’un Anglais, jadis, à Joinville ; et il plaisanta sur le mot « dames », dont on désigne les deux montants qui retiennent les avirons, disant que les canotiers, et pour cause, ne sortaient jamais sans leurs dames. — (Guy de Maupassant , Une partie de campagne, dans La maison Tellier, 1891, collection Le Livre de Poche, page 191.)

Nom commun 2

dame \dam\ féminin

  1. Digue, ou pièce de maçonnerie, installée sur un cours d’eau pour permettre la construction d’un ouvrage.
    • La réparation de l’écluse commencera dès la mise en place de la dame.
  2. Ellipse de « dame de mine ». Mur de terre formé par l’explosion simultanée, autour de lui, d’explosifs.
    • Il reste à effondrer la dame.
  3. Élément de fortification Vauban, construction cylindrique en pierre empêchant la progression d’un ennemi sur un batardeau (élément de fortification fermant le fossé d’une fortification pour en réguler le niveau de l’eau).
  4. Petit cône de terre laissé en place dans une fouille et qui servira de repère pour effectuer le métrage.
  5. (Métallurgie) Muret incliné situé à la partie basse du creuset et par dessus lequel les laitiers s'écoulent.
  6. (Métallurgie) Plaque en fonte sur laquelle s'écoulent les laitiers.
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Dame : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DAME. n. f.
Celle qui possédait une seigneurie avec autorité et commandement sur des vassaux. Haute et puissante dame. Notre-Dame, Nom donné par les chrétiens à la Sainte Vierge. On le donne par ellipse aux églises et aux fêtes qui lui sont consacrées. Notre-Dame de Paris. La Notre-Dame d'août. Il est aussi un Simple titre que l'on donnait par honneur aux femmes de qualité. Les dames de la cour. On dit ironiquement Elle fait la dame, elle fait la grande dame. Dame d'honneur, dame d'atour, dame du palais, Femmes de qualité qui remplissaient diverses fonctions auprès des reines ou des princesses Les dames de France, Les filles du roi. Voyez MADAME. Dame de compagnie. Voyez COMPAGNIE. C'était pareillement un Titre donné aux religieuses des abbayes et de certaines autres communautés, ainsi qu'aux chanoinesses. Les dames de Fontevrault. Les dames de Poissy. Les dames de Remiremont. On dit encore Les dames du Sacré-Cœur. Dames du chœur, Religieuses qui siègent dans les hautes stalles du chœur, à la différence des novices, qui sont dans les stalles basses, et des sœurs converses qui n'ont été reçues que pour le service de la maison. Dames de charité, se dit des Dames qui, dans l'étendue d'une paroisse, forment une association chargée de recueillir et de distribuer les aumônes. Il est également le Titre qu'on donne à toutes les femmes mariées. Une jeune dame. C'est une fort aimable dame. En termes de Procédure, La dame une telle. La dame veuve une telle. Ladite dame s'engage, etc. Il se prend aussi dans un sens plus général et s'étend à Toutes les femmes et à toutes les filles. Être aimé des dames. Plaire aux dames. Les dames de la ville. Il désignait particulièrement, dans le langage de la Chevalerie, la Femme à laquelle un chevalier consacrait ses soins et ses exploits. Il a rompu des lances pour sa dame. La dame de ses pensées. Porter une écharpe aux couleurs de sa dame. Les dames de la halle, Les marchandes de la halle, qui étaient admises sous ce titre chez le roi et chez les princes à certaines époques et à l'occasion de certains événements. En termes de Botanique, Dame d'onze heures, Plante liliacée à fleurs blanches qui ont l'extérieur des pétales vert. Il se dit figurément, en termes de jeu de Cartes, de Chacune des quatre cartes sur lesquelles est peinte la figure d'une dame. La dame de pique. La dame de cœur. La dame de trèfle. La dame de carreau. Avoir une tierce, une quatrième, une quinte à la dame. Il désigne, en termes de jeu d'Échecs, la Pièce du jeu la plus considérable après le roi. Dame blanche. Dame noire. On l'appelle aussi Reine. Il se dit aussi de Chacune des pièces rondes et plates avec lesquelles on joue sur un échiquier au jeu appelé, du nom de ces pièces, Jeu de dames, ou simplement Les dames. Jouer aux dames. Faire une partie de dames. Il se dit également des Pièces de même figure, mais ordinairement plus grandes, dont on se sert au jeu de Trictrac et à quelques autres jeux analogues. Poser une dame sur une flèche. Lever une dame. Battre une dame. Aller à dame, Pousser une pièce jusqu'aux dernières cases du côté de celui contre qui on joue, ce qui donne à cette pièce une marche particulière et plus avantageuse. En termes de Canotage, il se dit du Support de l'aviron, et, en termes de Ponts et Chaussées, de la Sorte de hie à deux anses qui sert au paveur à battre le sol ou à enfoncer les pavés. Dans ces deux acceptions, on dit aussi DEMOISELLE.

Dame : définition du Littré (1872-1877)

DAME (da-m') s. f.
  • 1Titre qu'on donnait à la femme d'un seigneur, d'un châtelain, d'un chevalier, d'un gentilhomme, par opposition aux femmes mariées de la bourgeoisie qui ont porté pendant longtemps le nom de demoiselles.

    Fig. Le hibou fut trop heureux de se cacher dans son trou et d'épouser la chouette qui fut une digne dame du lieu, Fénelon, t. XIX, p. 45.

    Titre qu'on donnait à la femme qui possédait une seigneurie.

    Celle qui a la seigneurie, l'autorité. Surtout soyez de vous la maîtresse et la dame, Régnier, Sat. XII.

    Brevet de dame, brevet par lequel le roi conférait à une fille de qualité, non mariée, le titre de dame.

    Notre-Dame, nom donné par les chrétiens à la sainte Vierge.

  • 2La femme noble à laquelle un chevalier consacrait ses soins. Combattre, mourir pour sa dame. La dame de ses pensées. Ces hommes qui prêtaient foi et hommage à leur Dieu, leur dame et leur roi, Chateaubriand, Génie, I, II, 2. Ah ! si ma dame me voyait, disait Fleuranges en montant le premier à l'assaut, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuvres, t. IV, p. 173, dans POUGENS.

    La femme à qui l'on rend d'assidus hommages. Être dévoué, fidèle à sa dame. Quand on aime une dame sans égalité de condition…, Pascal, Amour.

  • 3Aujourd'hui, titre donné à toute femme mariée qui n'est pas de la dernière classe. C'est une dame fort estimable.

    Devenir dame, se marier.

  • 4 Par civilité et politesse, dame se dit de toutes les femmes, qu'elles soient mariées ou non. Être poli avec les dames. Dans ce bal, les toilettes des dames étaient fort élégantes. Rien ne pèse tant qu'un secret ; Le porter loin est difficile aux dames ; Et je sais même sur ce fait Bon nombre d'hommes qui sont femmes, La Fontaine, Fabl. VIII, 6.

    Grande dame, dame appartenant à la haute société. C'est une grande dame. Faire la grande dame, affecter un luxe et des airs au-dessus de sa condition.

    Dame galante, femme d'une conduite légère.

    En courant la bague, en jouant à la paume, on disait que la première course, le premier coup étaient pour les dames, c'est-à-dire pour faire honneur aux dames, sans que le coup fût compté pour la course du prix ou pour le gain de la partie. Cela s'appelait à la paume Les dames, et à la dague La course pour les dames.

    Ce mot s'est employé souvent quand on parle des femmes de l'antiquité. Les dames carthaginoises coupèrent leurs cheveux en une nécessité publique pour faire des cordages aux navires. Répondez-moi, seigneur, comme dame romaine, Corneille, Sertor. II, 2. … Qu'on l'honore ici, mais en dame romaine, C'est-à-dire un peu plus qu'on n'honore la reine, Corneille, Pomp. III, 4. Étant fille de Scipion l'Africain et veuve de Tibérius Gracchus, qui avait été deux fois consul et censeur, elle rejeta ses offres, et crut qu'il était plus honorable pour elle d'être une des premières dames de Rome, que d'être reine de Libye avec Phycon, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. IX, p. 296, dans POUGENS. Son avidité, par des lois inhumaines, Impose des tributs jusqu'aux dames romaines, Voltaire, Triumv. IV, 2.

  • 5Titre d'honneur ou d'office donné à certaines femmes. Les dames de France, les filles du roi.
  • 6Titre donné à certaines religieuses et aux chanoinesses. Les dames du Sacré-Cœur. Les dames de Longchamp. Les dames chanoinesses de Remiremont. Les dames du chœur, les mères qui siégent au chœur, par opposition aux sœurs converses et aux novices.

    Dames de charité, dames qui, dans l'étendue d'une paroisse, d'un quartier, forment une association chargée de recueillir et de distribuer les aumônes. Nos compliments à vos dames de la charité ; elles m'ont bien remercié de ce que vous avez fait pour elles, Maintenon, Lett. d'Aubigné, 15 oct. 1682.

    Dame du lit, dame du palais, dame d'honneur, dame d'atour, dame de compagnie, femmes de qualité qui remplissent diverses fonctions auprès des reines et des princesses.

    Fig. Plus l'obstacle est puissant, plus on reçoit de gloire, Et les difficultés dont on est combattu, Sont les dames d'atour qui parent la vertu, Molière, l'Étour. V, 11.

    Dame de compagnie, se dit aussi d'une dame qui demeure dans une maison pour y tenir compagnie à une autre dame ou pour faire les honneurs de la maison d'un homme âgé, et qui, bien que payée pour cela, est dans une sorte d'égalité avec les maîtres de la maison.

  • 7On se servait, et on se sert encore, mais rarement, de ce mot par civilité en parlant aux femmes du petit peuple, et en y ajoutant leur nom propre : Dame Barbe, faites-moi ce plaisir, je vous prie ; de là il est passé dans le langage familier et le style badin. Car la dame Indignation Est une forte passion, Régnier, Ép. III. Du palais d'un jeune lapin Dame belette, un beau matin, S'empara : c'est une rusée, La Fontaine, Fabl. VII, 16.

    Les dames de la halle, la corporation des marchandes de fruits, de légumes ou de poissons.

    Terme de pratique. La dame une telle. La susdite dame.

  • 8Dames blanches, êtres surnaturels dans les anciennes croyances des Écossais et des Allemands.
  • 9Figure du jeu de cartes. La dame de cœur. La dame de pique. Un brelan de dames.
  • 10Aux échecs, la pièce la plus considérable après le roi, et qui réunit les deux marches du fou et de la tour, c'est-à-dire qu'elle peut parcourir tout l'échiquier, soit carrément, soit en diagonale, à moins qu'une autre pièce ne l'arrête. On dit également la reine. Parbleu ! Dorval a perdu sa dame ; il joue son roi, je prends sa dame, Goldoni, Bourru bienfais. I, 7.

    Aller à dame, se dit, aux échecs, d'un pion qui, poussé jusqu'au dernier rang des cases de l'adversaire, devient dame et remplace la dame qui avait été perdue auparavant dans le cours de la partie. Chez les unes [nations], le roi [aux échecs] peut faire deux pas, chez d'autres il n'en fait qu'un ; ici on va à dame, là on n'y va pas, Voltaire, Sing. 31.

  • 11Jeu de dames, jeu qui se joue sur l'échiquier avec 24 petites rondelles toutes semblables, les unes blanches, les autres noires. Chaque joueur en a douze. Le jeu de dames à la polonaise, beaucoup plus usité aujourd'hui, se joue sur un damier ou échiquier de 100 cases ; il y a alors 40 rondelles, et chaque joueur en a 20. Ces rondelles s'appellent en général des dames, mais plus exactement des pions. La dame est le pion mené sur une des cases de la rangée qui est du côté de l'adversaire ; on le couvre d'un autre pion d'entre ceux qui ont été déjà pris, et alors il peut parcourir tout le damier en diagonale comme la reine ou dame des échecs, au lieu de faire un pas seulement comme les pions ordinaires. Cette circonstance, empruntée au jeu des échecs, est probablement l'origine du nom de jeu de dames, jeu que l'on prétend avoir été inventé à Paris, vers l'époque de la régence, par un Polonais qui s'y trouvait alors.

    Aller à dame, mener un pion à dame, conduire un de ses pions sur une des cases de la dernière rangée du côté de l'adversaire ; on dit alors que le pion devient dame damée, ou, simplement, dame. Prendre une dame. Battre une dame, la mettre en prise.

    Aux échecs et aux dames, dame touchée, dame jouée, c'est-à-dire que, dès qu'on a touché une pièce, on est obligé de la jouer.

  • 12Au jeu de trictrac, nom des rondelles avec lesquelles on joue. Dame découverte, dame placée seule sur une flèche. Dame surnuméraire. la 3e dame placée sur une case déjà faite. Dame passée, celle qui ne peut plus servir à faire le plein.

    Dames rabattues, sorte de jeu différent du trictrac, mais qui se joue avec les mêmes pièces.

  • 13Nom vulgaire de différents oiseaux : le grèbe huppé, l'effraye, la hulotte, la mésange.

    Belle-dame ou bonne-dame, nom d'un papillon.

  • 14 Terme de botanique. Dame d'onze heures, plante liliacée à fleurs blanches qui ont l'extérieur des pétales vert.

    Belle-dame ou bonne-dame, l'arroche des jardins.

  • 15Masse dont se servent les paveurs et autres ouvriers pour battre et enfoncer. On dit plutôt demoiselle ; le nom propre est hie.

    Pièce de fonte qui ferme la porte du creuset dans les grosses forges.

  • 16 Terme de marine. Nom de deux chevilles de fer plantées sur l'arrière d'une embarcation de chaque côté d'un grelin pour le fixer.

    Doubles tolets plats servant à retenir les avirons qui n'ont pas d'estropes.

  • 17 Terme d'astrologie judiciaire. On dit d'une planète qui domine dans un thème céleste, qu'elle est dame de l'ascendant.
  • 18En langage de matrones, chargées jadis de faire des rapports, dame signifiait la partie moyenne de la membrane hymen.

HISTORIQUE

XIe s. Pur sa bealté dames lui sont amies, Ch. de Rol. LXXV.

XIIe s. Et tantes dames veuves de lor maris, Ronc. p. 72. Mais à dame de valor Doit on penser nuit et jor, Couci, I. Et se je truis [trouve] ma dame o le douz nom Pleine d'orgueil et dame sans guerdon, ib. II. Bele dame me prie de chanter, ib. X. Aussi comme en la mer est puissanz la baleine, Sur tous autres poissons est dame et chastelaine, Sax. XX. Les gentix dame, chascune ot son sautier, Et si faisoient le dame Dieu mestier [le service du Seigneur Dieu], Raoul de Cambrai, 52.

XIIIe s. Dame, ce dist Pepins, on ne doit pas douter, Berte, III. [La serve] En la chambre s'en va [à] Berte sa dame dire, ib. XI. De tel geu, com l'en fait des mains, Estoit-ele dame et il mestre. Lai de l'ombre. Et n'est de nulle riens certaine, Ains met les amans en grant paine, Et se fait d'aus [d'eux] dame et mestresse, Mains en deçoit par sa promesse, la Rose, 4083. Se li empereres de Romme, Sous qui doivent estre tuit homme, Me daignoit voloir prendre à fame, Et faire moi du monde dame…, ib. 8860. Se elle est dame, qu'ele y envoit chevalier, et s'ele est demoiselle, que elle y envoit escuier, Beaumanoir, XXIX, 19. Et lor disoit que les autres bones viles s'estoient accordées privéement, qu'eles ne vcloient plus estre en obeissance du seigneur, et seroit cascune vile dame de soi, Beaumanoir, XXX, 63. À vous toz faiz-je ma clamor D'ypocrisie, Cousine germaine Heresie, Qui bien à la terre saisie ; Tant est grant dame, Qu'ele en enfer metra mainte ame, Rutebeuf, 203. Wide chambre fait fole dame, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 213. On sert le chien por le seignor ; Et por l'amor le chevalier Baise la dame l'escuier, Herbers, Dolopathos, dans LEROUX DE LINCY, t. II, p. 489.

XVe s. Et [les Gantois à Dam] mirent femmes et enfants prisonniers dedans le moustier, et proprement ils firent entrer les dames chevaleresses, Froissart, II, II, 232. Sa dame de mere lui acordoit tout ce qu'il disoit…, Froissart, I, I, 100. … Et obeiroient à li comme à leur dame, et à son fils comme à leur seigneur, Froissart, I, I, 9. À ce propos raconte Valere de Scipion que il fit Rome dame de Carthage et du pays d'Afrique, Bouciq. III, ch. 13.

XVIe s. Dame qui moult se mire peu file, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 213.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. DAME.
1Ajoutez : Notre-Dame, voy. NOTRE-DAME.

REMARQUE

1. Une locution de mauvais usage est de dire sa dame pour sa femme : Il est venu avec sa dame.

2. Dans les chemins de fer, aux arrêts, on lit : Côté des dames, Côté des hommes. Il faudrait côté des femmes, ou, si l'on dit côté des dames, il faudrait dire côté des messieurs.

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Dame : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

DAME, f. f. (Hist. nat.) Voyez Pie.

Dame, s. f. (Hist. mod.) titre autrefois très-distingué, très-honorable parmi nous, & qu’on n’accordoit qu’aux personnes du premier rang. Nos rois ne le donnoient dans leurs lettres qu’aux femmes des chevaliers ; celles des écuyers les plus qualifiés étoient simplement nommées mademoiselle : c’est pourquoi Françoise d’Anjou étant demeurée veuve avant que son mari eût été fait chevalier, n’est appellée que mademoiselle. Brantome ne donnoit encore que le titre de mademoiselle à la sénéchale de Poitou sa grand-mere. Il parleroit différemment aujourd’hui que la qualification de madame est devenue si multipliée, qu’elle n’a plus d’éclat, & s’accorde même à de simples femmes de bourgeois. Tous les mots qui désignent des titres, des dignités, des charges, des prééminences, n’ont d’autre valeur que celle des lieux & des tems, & il n’est pas inutile de se le rappeller dans les lectures historiques. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Dame du Palais, (Hist. de France.) titre d’office chez la reine de France avec pension. François I. introduisit les femmes à la cour, & la reine Catherine de Médicis, les filles d’honneur qu’elle employa comme un moyen des plus propres à servir ses desseins, à amuser les grands, & à découvrir leurs secrets. Enfin en 1673 la triste aventure de mademoiselle de *****, une des filles d’honneur de la reine mere Anne d’Autriche, dont le malheur est connu par le sonnet de l’avorton, donna lieu à un nouvel établissement. « Les dangers attachés à l’état de fille dans une cour galante & voluptueuse », dit M. de Voltaire dans ses Anecdotes de Louis XIV. « déterminerent à substituer aux douze filles d’honneur qui embellissoient la cour de la reine, douze dames du palais ; & depuis, la maison des reines de France fut ainsi composée ». Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Dame, en Architecture : on appelle ainsi dans un canal qu’on creuse, les digues du terrein qu’on laisse d’espace en espace pour avoir de l’eau à discrétion, & empêcher qu’elle ne gagne les travailleurs.

On nomme aussi dames de petites langues de terre couvertes de leur gazon, qu’on pratique de distance en distance pour servir de témoins de la hauteur des terres qu’on a fouillées afin d’en toiser les cubes ; alors on les appelle témoins. (P)

Dame ou Demoiselle, (Fortification.) est une piece de bois ayant des bras, que l’on tient à deux mains, pour battre & refouler la terre ou le gazon qui se mettent dans le mortier. Voyez Mortier.

Les paveurs se servent du même instrument pour affermir les pavés des rues & des cours après qu’ils sont placés. Celui-ci est un gros bloc de bois dont l’extrémité est un peu allégie ; sa tête est ceinte d’une bande de fer, & armée en-dessous de gros clous de fer.

Dame est encore une partie de terre qui reste comme isolée entre les fourneaux des mines qui ont joüé. (Q)

Dame Jeanne, s. f. (Marine.) Les matelots appellent ainsi une grosse bouteille de verre couverte de nattes, qui sert à mesurer sur les vaisseaux marchands les rations de la boisson de l’équipage ; elle tient ordinairement la douzieme partie d’une barique, c’est-à-dire dix-sept à dix-huit pintes. (Z)

Dame Lopre, s. f. (Marine.) On donne ce nom en Hollande à une sorte de petit bâtiment dont on se sert dans ce pays pour naviguer sur les canaux & sur les autres eaux internes.

Cette sorte de bâtiment a ordinairement cinquante ou cinquante-cinq piés de long de l’étrave à l’étambord, sur une largeur de onze à douze piés. On lui donne quatre pieds de creux depuis les vaigres du fond jusqu’au bordage où les dalots sont percés, & cinq pieds derriere le côté du banc où le mât touche, qui regarde l’arriere.

A l’égard de la queste qu’on donne à ces sortes de bâtimens, le charpentier se regle à la vûe ; cependant le plus qu’on leur en peut donner est le meilleur.

On fait la quille d’une seule piece, d’un pié de large sur quatre à cinq pouces d’épais. (Z)

* Dame, s. f. (grosses forges.) c’est une piece d’environ un pié de hauteur, qui ferme la porte du creuset qui donne dans la chambre, à la réserve d’un espace d’environ sept à huit pouces, qu’on appelle la coulée & par lequel passe toute la fonte contenue dans le creuset.

* Dame (Jeu.) On donne ce nom à de petites tranches cylindriques de bois ou d’ivoire qui sont peu épaisses, qui ont à-peu-près pour diametre le côté d’un quarreau du damier, & dont on se sert pour joüer aux dames. Il y en a de deux couleurs ; un des joüeurs prend les dames d’une couleur, & l’autre joüeur les dames de l’autre couleur. Voyez Dames, (Jeu de) & Damier.

* Dames, (Jeu de) Le jeu de dames se joüe avec les dames. Voyez les art. Dame & Damier. Il y a deux sortes principales de jeu de dames ; on appelle l’un les dames françoises, & l’autre les dames polonoises. Aux dames françoises, chaque joüeur a douze dames ; aux dames polonoises, vingt. On commence le jeu par placer ses dames.

Aux dames françoises le joüeur A place ses douze dames sur les douze quarreaux ou cases a, b, c, d, &c. & le joüeur B, les douze siennes sur les douze cases 1, 2, 3, 4, 5, &c. fig. 1. Chaque joüeur joue alternativement. Lorsque le joüeur A a poussé une de ses dames, le joüeur B en pousse une des siennes. Les dames ne font qu’un pas ; elles vont de la case où elles sont, sur les cases vuides de même couleur qui leur sont immédiatement contigues par leurs angles, sur la bande qui est immédiatement au-dessus : d’où l’on voit qu’une dame quelconque ne peut jamais avoir que deux cases au plus à choisir. Au bout d’un certain nombre de coups, il arrive nécessairement à une des dames du joüeur A ou B, d’être immédiatement contigue à une des dames du joüeur B ou A. Si c’est au joüeur A à joüer, & que la dame M soit contigue à la dame N du joüeur B, ensorte que celle ci ait une case vuide par-derriere elle, la dame M se placera dans la case vuide, & la dame N sera enlevée de dessus le damier. S’il y a plusieurs dames de suite en avancant vers le fond du damier, placées de maniere qu’elles soient toutes séparées par une seule case vuide contigue, la même dame M les enlevera toutes, & se placera sur la derniere case vuide. Ainsi dans le cas qu’on voit ici, fig. 2. la dame M enlevera les dames 9, 7, 5, 3, & s’arrêtera sur la case δ. Quand une dame est arrivée sur la bande d’en-haut de l’adversaire, on dit qu’elle est arrivée à dame : pour la distinguer des autres on la couvre d’une autre dame, & elle s’appelle dame damée. La dame damée ne fait qu’un pas, non plus que les autres dames, mais les dames simples ne peuvent point reculer ; elles avancent toûjours ou s’arrêtent, & ne prennent qu’en avant : la dame damée au contraire avance, recule, prend en avant, en arriere, en tout sens, tout autant de dames qu’elle en rencontre séparées par des cases vuides, pourvu qu’elle puisse suivre l’ordre des cases sans interrompre sa marche. Que cet ordre soit ici en avançant, là en reculant, la dame damée prend toûjours ; au lieu que quand elle n’est pas damée, il faut que l’ordre des dames prises soit toûjours en avançant ; elles ne peuvent jamais faire un pas en arriere. Ainsi, fig. 3. la dame damée M prend les dames 1, 2, 3, 4, 5, &c. au lieu que la dame simple ne pourroit prendre que les dames 1, 2. Si on ne prend pas quand on a à prendre, & qu’on ne prenne pas tout ce qu’on avoit à prendre, on perd la dame avec laquelle on devoit prendre, soit simple, soit damée ; cela s’appelle souffler : votre adversaire vous souffle & joue, car souffler n’est pas joüer. Le jeu ne finit que quand l’un des joüeurs n’a plus de dame ; c’est celui à qui il en reste qui a gagné.

Les dames polonoises se joüent comme les dames françoises, mais sur un damier polonois, c’est-à-dire à cent cases, & chaque joüeur a vingt dames. Les dames polonoises simples avancent un pas seulement, comme les dames françoises simples ; mais elles prennent comme les dames damées françoises, & les dames damées polonoises marchent comme les fous aux échecs : elles prennent d’un bout d’une ligne à l’autre toutes les dames qui se trouvent séparées les unes des autres par une ou plusieurs cases vuides ; passent sans interrompre leur marche, d’un seul & même coup, sur toutes les lignes obliques, tant qu’elles rencontrent des dames à prendre, & ne s’arrêtent que quand elles n’en trouvent plus. On souffle aussi à ce jeu les dames simples & damées ; & on perd ou gagne, comme aux dames françoises, quand on manque de dames ou qu’on en garde le dernier.

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Étymologie de « dame »

Étymologie de dame - Littré

Bourguig. daime ; provenç. dama, et plus habituellement dompna, domna, dona et par abréviation na, et encore dons ; espagn. doña et dueña ; ital donna ; du latin domina. Le changement de l'o en a n'est pas très rare dans l'ancien français : en pour on, dam pour dom, etc. On trouve quelquefois dome : XIIIe s. L'aumone que ma dome Teeline aveit fait à De [Dieu] e aus hospitaulers, Bibl. des Ch. 3e série, t. V, p. 87.

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Étymologie de dame - Wiktionnaire

(Nom 1) Du latin domina (« maîtresse de maison »).
(Nom 2) Du moyen néerlandais dam (« digue »).
(Interjection) Abréviation de « Notre-Dame ! » ou de « dame Dieu ! » (« Seigneur Dieu ! »).
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Phonétique du mot « dame »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
dame dam play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « dame »

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Citations contenant le mot « dame »

  • Pionnière de l'océanographie, première femme à embarquer sur un navire scientifique, écologiste avant l'heure, Anita Conti, dans les années 1930, était en avance sur son temps. Celle qu'on surnommait la dame de la mer a dédié sa vie à l'océan. Voici son histoire. France Culture, Anita Conti, la dame de la mer
  • Avec l’intégration et la succession des interviews de Patrick Chauvet, le recteur et archiprêtre de Notre-Dame, celui de Madame Hidalgo, ou même celui d’un général des armées chargé de coordonner l’ensemble des travaux, nous voilà plongés dans un véritable documentaire. Journal du Geek, Visitez Notre Dame en réalité virtuelle avec FlyView | Journal du Geek
  • Le corps momifié d'une dame de 64 ans a été découvert mercredi à son domicile par un huissier de justice, rue Jean-Baptiste-Chiariny, près du stade des Costières. Son voisin de palier témoigne.  midilibre.fr, Nîmes : le voisin de la dame retrouvée morte dans son appartement trois ans après témoigne - midilibre.fr
  • Vénus, une belle et bonne dame, était la déesse de l’amour ; Junon, une terrible mégère, la déesse du mariage, et toujours elles furent ennemies mortelles. De Jonathan Swift
  • Première dame dans un pays, ce n'est pas un emploi, c'est un rôle. De Hillary Clinton / Campagne Electorale 2000
  • La vérité est une dame que l'on replonge volontiers dans son puits après l'en avoir tirée. De Daniel Darc
  • Une vieille dame qui s'amuse ne se déplace pas dans l'espace comme une vieille dame que la vie pousse sans raison, ainsi qu'un joueur blasé son pion sur l'échiquier. De Noëlle Châtelet / La Femme coquelicot
  • Un homosexuel est un homme qui a souvent des états dame. De Marc Escayrol / Mots et grumots
  • La lanterne, cette grosse dame hydropique qui ne sort que le soir. De Jules Renard / Journal 1893 - 1898
  • Comment peut-on empêcher une grosse dame de chanter quand on a oublié sa mitraillette ? De Groucho Marx / Mémoires d’un amant lamentable
  • La lune, une vieille dame qui n’a pas d’oreilles. De Paul Claudel / Journal
  • La véritable ménagère est à la fois une esclave et une dame. De Proverbe serbo-croate
  • Une vraie dame est celle qui ne montre jamais ses dessous de façon non délibérée. De Lilian Day
  • Dans la vie comme aux échecs, on peut bien céder une tour, mais non la dame. De Antoine de Rivarol
  • Avec le matelas multispire, on peut dormir à côté de la dame aux camélias. De Francis Blanche
  • Celui qui prend la vieille femme aime l’argent plus que la dame. De Proverbe français
  • Grammaire : vieille dame qui a toujours ses règles. De Anonyme
  • Sais-tu pas bien qu'en cœur de noble dame Loger ne peut ingratitude infâme ? Clément Marot, Élégie, I

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Traductions du mot « dame »

Langue Traduction
Corse signora
Basque andre
Japonais レディ
Russe леди
Portugais senhora
Arabe سيدة
Chinois 淑女
Allemand dame
Italien signora
Espagnol dama
Anglais lady
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Synonymes de « dame »

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Antonymes de « dame »


Mots similaires