La langue française

Monsieur

Sommaire

  • Définitions du mot monsieur
  • Étymologie de « monsieur »
  • Phonétique de « monsieur »
  • Citations contenant le mot « monsieur »
  • Images d'illustration du mot « monsieur »
  • Traductions du mot « monsieur »
  • Synonymes de « monsieur »
  • Antonymes de « monsieur »

Définitions du mot monsieur

Trésor de la Langue Française informatisé

MONSIEUR, subst. masc. sing.,MESSIEURS, subst. masc. plur.

I. − [Sans déterm. (du moins au sing.)]
A. − HIST. ou vx
1. [Titre employé sous l'Ancien Régime pour s'adresser avec civilité à un homme de bonne condition sociale (mais dont la position ne requiert pas qu'on l'appelle «monseigneur») ou pour le désigner] Mon oncle, monsieur le Marquis, se charge de tous les frais nécessaires pour l'installer (Sénac de Meilhan,Émigré,1797, p.1665).Vauquelin fut d'une grâce parfaite, il vint avec Monsieur de Lacépède, son collègue à l'Institut (Balzac,C. Birotteau,1837, p.204).
2. HISTOIRE
a) Monsieur de + nom de diocèse.[Titre employé pour s'adresser à l'évêque du diocèse ou pour le désigner] Monsieur de Condom, Monsieur de Meaux, Monsieur de Cambrai. (Dict. xixeet xxes.).
b) Monsieur de + nom de ville.[Titre employé pour désigner le bourreau de la ville] Monsieur de Paris (Dict. xixeet xxes.).
c) Emploi abs. [Titre employé pour désigner le frère puîné du roi ou s'adresser à lui (v. madame I B 2)] La reine-mère, la reine et Monsieur, frère du roi, avaient aussi leurs musiques particulières (Grillet,Ancêtres violon,t.2, 1901, p.48).
d) Prune* de Monsieur.
e) Au plur., emploi abs. [Titre employé pour s'adresser aux membres du parlement, d'une cour de justice, d'une académie, ou pour les désigner] Un de messieurs. L'avis de messieurs (Ac.).
Messieurs de Port-Royal (p. ell. Messieurs). Tel autre raisonnait ainsi: l'hérétique n'est jamais chaste; or, ces messieurs et ces dames de Port-Royal sont hérétiques; donc... (Bremond,Hist. sent. relig.,t.4, 1920, p.310).
B. − Usuel
1. [Appellation employée pour s'adresser civilement à tout homme, quelle que soit sa condition ou pour le désigner] Allons, messieurs, bon voyage, dit le comte aux deux amis en leur tendant à chacun une main (Dumas père, Monte-Cristo,t.1, 1846, p.557):
1. − Vous arrive-t-il de la voir passer dans la rue? C'étaient les questions rituelles, qu'il posait sans se lasser. − Écoutez, monsieur. J'ai suffisamment de travail pour ne pas m'occuper de ce qui se passe dans la rue. Simenon,Vac. Maigret,1948, p.150.
Au sing., pop. et fam. Mon bon/cher monsieur. Laure! Mais elle avait onze enfants, mon bon monsieur! (Pailleron,Monde où l'on s'ennuie,1869, ii, 1, p.97).Vraiment, mon cher Monsieur, je suis vraiment las d'admirer qu'il sorte tant de choses (...) d'un cerveau qui ne les savait pas contenir (Valéry,Variétés IV,1938, p.179).
a) [Suivi d'un nom ou d'un prénom] Soyez le bienvenu, monsieur Kobus, soyez le bienvenu (Erckm.-Chatr.,Ami Fritz,1864, p.43).M. Thibault se lamentait sur la situation (Martin du G.,Thib.,Cah. gris, 1922, p.597).
Argot
Monsieur Lebon. Celui qui se fait arrêter par la police (sans être forcément coupable) (d'apr. France 1907, Cellard-Rey 1980).
Monsieur Jules (vx). La brigade des moeurs (d'apr. France 1907).
b) Vieilli. [Suivi d'un nom de parenté] Adieu donc, mon pauvre Carolo, embrasse pour moi monsieur mon neveu et pense à ton vieux (Flaub.,Corresp.,1864, p.134).C'est bien ennuyeux. Déjà monsieur votre oncle m'a dit à peu près la même chose (Montherl.,Célibataires,1934, p.890).
2. Monsieur le + subst.
a) [La pers. exerce une fonction conférant une certaine autorité ou occupe un certain rang dans la hiérarchie soc.] Monsieur le président; Monsieur le ministre; Monsieur le professeur. Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur, l'assurance de notre considération la plus distinguée (Goncourt,Journal,1860, p.697).Regardez-les, Monsieur le Maire (Giraudoux,Intermezzo,1933, i, 3, p.20).Je venais voir M. le juge, fit-elle (Bernanos,Crime,1935, p.835).
P. iron. Monsieur l'exécuteur des hautes oeuvres, jusqu'au revoir, dans un mois au plus tard (Borel,Champavert,1833, p.195):
2. ... vous autres, messieurs les pharmaciens, vous êtes continuellement fourrés dans votre cuisine, ce qui doit finir par altérer votre tempérament. Flaub.,MmeBovary,t.2, 1857, p.21.
b) [La pers. occupe un rang ou une fonction dans la hiérarchie relig.] Ha! çà, j'espère, César, que tu inviteras au dîner monsieur l'abbé Loraux? (Balzac,C. Birotteau,1837, p.192).Monsieur le curé, je n'en use guère [de la religion]; mais, ne pas en avoir du tout, ça ne me va pas (R. Bazin,Blé,1907, p.235).Pour l'étude de cette question, Mrle chanoine Pinte a réalisé un appareil en s'inspirant des idées émises par le professeur Otto Mécheels (R. Thiébaut,Fabric. tissus,1961, p.90).
c) [La pers. occupe un rang dans la hiérarchie milit.] Messieurs les officiers. Je suis accablée. Tenez, monsieur l'amiral, c'est une lettre du duc de Bragance (Lemercier,Pinto,1800, ii, 2, p.48):
3. Il vient à moi. − Vous permettez que je dîne avec vous, monsieur le colonel? − Votre Excellence ne peut pas me faire un plus vif plaisir. Farrère,Homme qui assass.,1907, p.340.
Rem. En principe, une femme dit monsieur le colonel, un homme mon colonel (v. mon + nom de grade).
d) P. ext. [Avec un subst. servant à qualifier] Je parie, monsieur l'homme profond, que vous n'avez pas deviné ce que vous êtes allé faire en Angleterre (Stendhal,Rouge et Noir,1830, p.277).Il m'appela d'un ton goguenard: «Venez, monsieur l'Allemand, vous n'êtes pas de trop (...)» (About,Roi mont.,1857, p.148):
4. Ce qu'organisent vos amis messieurs les communistes (...), ce 5erégiment, si ce n'est pas la Reichswehr, c'est pourtant sérieux. Mais avec quelles armes l'armeront-ils lorsqu'il sera un corps d'armée? Malraux,Espoir,1937, p.578.
P. iron. Et Venture approcha la table que le comte avait demandée. − Monsieur l'assassin, dit courtoisement celui-ci en regardant Venture, un homme vulgaire romprait le marché qu'il vient de faire avec vous (Ponson du Terr.,Rocambole,t.3, 1859, p.524).
e) Emploi abs.
α) [Appellation employée notamment par les gens de maison pour s'adresser au maître de maison ou pour le désigner] Madame Codomat (...): Marthe, est-ce que monsieur est rentré? La cuisinière: Non, madame. Il n'est pas encore rentré (Tr. Bernard, M. Codomat,1907, ii, 1, p.158):
5. Après cinq minutes, le domestique vient me dire que Monsieur ne peut me recevoir. Il a du monde et ne saurait se déranger. Bloy,Journal,1892, p.46.
β) Arg. Tenancier d'une maison close (d'apr. Bruant 1901).
3. Monsieur + subst.[Appellation employée pour désigner un homme dont le travail ou la fonction est liée à la réalité à laquelle réfère le subst. ou (plus rarement) pour s'adresser à lui] Monsieur bons offices, chômage; M. énergies nouvelles. Il y a six ans, les prostituées en colère manifestaient, occupaient les églises, s'exprimaient sur leurs difficultés dans les journaux, et le gouvernement nommait un «Monsieur Prostitution» (Le Monde,3 avr. 1981, p.15, col. 1).
HIST. Monsieur Veto. [Appellation désignant Louis XVI sous la Constituante. (Dict. xxes.)]
4. Poét. ou fam. [Monsieur le + subst. masc., s'emploie pour personnifier la réalité désignée par le subst.] J'avais improvisé ceci: «Messieurs les chats et messieurs les voleurs, s'il y a des chats et s'il y a des voleurs, messieurs les chats, ne me griffez pas! Messieurs les voleurs, ne me faites pas peur!» (Jacob,Cornet dés,1923, p.10).Le feu [de la forge] est de plus en plus vif. Ce n'est plus le petit arbre de corail, c'est Monsieur le feu et parfois, dans une brusque colère, c'est Sa Seigneurie la flamme (Giono,Triomphe vie,1941, p.278).
II. − [Précédé d'un déterm. ou en emploi attributif]
A. − [Avec valeur qualificative]
1. Homme de condition aisée, généralement citadin, pouvant avoir une situation de notable. Vivre en monsieur. C'est un bon enfant, dit-il [le domestique] (...) mais c'est jeune, ça ne sait pas tenir son rang. Nous autres gens du commun, nous n'aimons pas ça; si nous étions élevés en messieurs, nous nous conduirions en messieurs (Sand,Corresp.,1830, p.90).Mais pour en savoir plus, bernique! Aucun de ces messieurs du canton ne le connaît (Bernanos,Crime,1935, p.729):
6. − Monsieur!... reprit-il en souriant... je ne suis pas un monsieur. On m'appelle Michel, et plus communément Michel le charpentier, parce que c'est mon état. Nodier,Fée Miettes,1831, p.65.
Fam. Gros monsieur. Personnage important et riche. Synon. gros bonnet*, huile.Lui, gros monsieur désormais, tenait son magot, caché quelque part (Zola,Débâcle,1892, p.565).
Loc., vx. Faire le monsieur. Faire l'homme important et influent. Je suis content de mon éditeur, il est actif, il ne fait pas le monsieur (Balzac,Lettres Étr.,1833, p.62).
En partic., vx. Homme, généralement riche, entretenant une femme. C'était une fille entretenue en dispute avec son monsieur, lequel est un ci-devant jeune homme répétant toujours trois ou quatre fois sa phrase (Stendhal,Corresp.,1819, p.162).Virginie a maintenant un monsieur chez lequel elle va deux fois par semaine (Zola,Assommoir,1877, p.394).
2. Gén. au plur. [Monsieur + compl. spécifiant (le domaine d')une fonction sociale] Personne ayant le pouvoir de décision dans un domaine donné. Les messieurs du jury, de la censure. Un roi qui dise: «Dès que ces messieurs de la marine affirment qu'il n'y a pas assez d'eau dans le chenal, je dois le croire» (Alain,Propos,1921, p.215).Ces messieurs du Parquet savent que vous êtes ici... Cela m'étonnerait qu'ils n'insistent pas pour vous voir (Simenon,Vac. Maigret,1948, p.104).
Messieurs de la Cour; Messieurs de l'Académie. À Messieurs les Membres de l'Académie de Besançon. Paris, ce 30 juin 1840 (Proudhon,Propriété, 1840, p.119).
P. ell. Il faudra parler aujourd'hui, parler à ces messieurs qu'on ne connaît pas, parler devant trente paires de petites oreilles malveillantes (Colette,Cl. école,1900, p.217).
Grand monsieur. Homme de grande valeur intellectuelle et/ou morale. C'est un grand monsieur. Le voilà qui est en train de passer pour un des grands messieurs littéraires de ce siècle (Goncourt,Journal,1887, p.726).
3. Homme d'apparence respectable, quel qu'il soit et dont on ne connaît pas le nom. Le monsieur du cinquième. − Personne ne vient donc? − Personne, excepté ce jeune monsieur qui est venu une fois (Dumas fils, Dame Cam.,1848, p.43).
Vieilli. Petit monsieur. Enfant d'une classe sociale où se porte le titre de «Monsieur» (d'apr. Littré). Je l'aurais mieux aimé en petit Breton; mais non, il est tout en blanc, le fils d'Yves, avec une longue robe brodée et des noeuds de ruban, comme un petit monsieur de la ville (Loti,Mon frère Yves,1883, p.194).Eux, nous connaissaient bien et nous gratifiaient au passage d'obséquieux: «Bonjour, mon petit monsieur» (H. Bazin,Vipère, 1948, p.44).
B. − [Avec simple valeur désignative]
1. Homme quelconque. −«Est-ce qu'elle est toujours avec un certain Arnoux?» − «Je n'en sais rien,» dit Cisy. «Je ne connais pas ce monsieur!» (Flaub.,Éduc. sent.,t.2, 1869, p.26).
En partic. [Dans le lang. des enfants] Me donnerez-vous aussi du bonbon, comme ce monsieur, pour vous avoir souhaité la bonne fête? (Krüdener,Valérie,1803, p.73).
Joli monsieur. V. joli II A.Vilain* monsieur.
2. [Pour marquer une opposition de sexe]
a) Individu de sexe masculin. Synon. homme.Je ne savais pas encore la différence qu'il y avait entre une dame et un monsieur, et je croyais que les enfants naissaient sous les choux (Vallès,J. Vingtras,Enf., 1879, p.20).
b) Au plur.
[En appos. à un subst. désignant un lieu pour indiquer qu'il est réservé aux hommes] Salon messieurs, p. ell. messieurs. Anton. dames.
SPORTS (tennis, tennis de table). Double-messieurs, simple messieurs. Match opposant des adversaires hommes deux à deux ou un à un. Un match de double-messieurs se résume en une lutte pour la conquête du filet (H. Cochet,Le Tennis,Paris, P.U.F., 1964, p.94).
En partic. [Avec un compl. déterminatif] Type d'homme. Faire le monsieur qui n'a rien compris. Père n'est pas un monsieur à qui l'on pose des questions (Mauriac,Mal Aimés,1945, ii, 2, p.189).Oh! oh! un monsieur-j'ordonne (Arnoux,Zulma,1960, p.41).Il s'agit d'une présence anonyme, délibérément privée de personnalité. C'est monsieur-tout-le-monde que l'auteur-comédien [Pierre Étaix] a voulu incarner, vous, moi, le voisin du dessus ou l'inconnu croisé dans le métro (J. de Baroncellids Le Monde,27 févr. 1966, p.14).
3. Par personnification. Hier soir il y avait grande société sur ce toit, précisément à l'entrée de votre fenêtre. C'étaient cinq chats. Vous savez que quand ces messieurs content fleurette... (Toepffer,Nouv. genev.,1839, p.119).Vous ai-je dit que j'avais des oiseaux chinois?... J'ai de même un petit monsieur du Sénégal, qui est gris avec un collier rouge (Mmede Chateaubr., Mém. et lettres,1847, p.236).
REM. 1.
Messieurs-dames, subst. masc. plur.a) [Appellation employée pour s'adresser à un groupe où se trouvent au moins un homme et une femme] Par ici messieurs-dames! Un garde s'approcha d'eux: − On ferme, messieurs-dames! − Il n'est que temps, répondit Gilbert (Arland,Ordre,1929, p.208).b) [Avec un déterm.] Groupe d'au moins un homme et une femme. Je viens voir si ces messieurs-dames ressemblent bien aux portraits de ma collection de timbres (Fargue,Piéton Paris,1939, p.205).
2.
Mess, subst. masc.,arg., vx. Agent de la sûreté, policier. Pour affiner fafiots et carme, Chassons loin du mess, du gendarme. Pour gagner billets et or, Trichons loin de l'agent et du gendarme (Hogier-Grison,Monde où l'on triche,2esérie, 1886, p.181).
3.
Mons, subst. masc.,vx. [Appellation fam. et dédaigneuse employée p. abrév. pour «monsieur»] Mais il me semble que mons Guillaume n'attend pas que la mort soit mise en terre pour en conter à l'enfant, et prendre son inscription (Sand,Jeanne,1844, p.154).
4.
Msieu, subst. masc.,fam. [Appellation employée surtout par les enfants, à la place de «monsieur»] La voix de la bonne sortit des profondeurs du sous-sol: − V'là, M'Sieu, qué qui faut? (Maupass.,Pierre et Jean,1888, p.416).− Tu veux une sucette? − Voui msieu. − Et ton petit camarade? − Voui msieu, dit Lucas. Des Cigales achète des sucettes (Queneau,Loin Rueil,1944, p.44).
Prononc. et Orth.: [məsjø], [me-]. Att. ds Ac. dep. 1694 (le plur. dep. 1718). Abrév. Mr, M. (sing.), Mrs, MM. (plur.) ds Ac. 1835, 1878; M. (sing.), MM. (plur.) ds Ac. 1935. Pas d'abrév. dans les suscriptions ou formules de politesse de la corresp. (d'apr. Lar. Lang. fr.). Au sing. Littré: [mɔ-] ,,ou souvent aussi`` [mə-]; DG: [mə-], vieilli [mɔ-]. Rob.: ,,L'ancienne prononciation mo-sieu (...) ne s'emploie plus que par plaisanterie``; graph. mossieu (Verlaine, Œuvres compl., t.5, Confess., 1895, p.28): [mɔ ̃-] > [mɔ-] > [mə-] par affaiblissement, le mot étant gén. empl. comme proclitique ou interj. Midi: [musju] moussiou (A. Daudet, Nabab, 1877, p.49). Étymol. et Hist. 1. 1297 monsor «titre donné par déférence, civilité à un homme d'une condition un peu élevée; celui à qui l'on donne ce titre» (Fontevr., anc. tit., A. Maine-et-Loire ds Gdf. Compl.), subsiste a) pour désigner tout homme de quelque importance 1592 faire le monsieur (Monluc, Commentaires, éd. P. Courteault, t.2, p.422); b) 1653 «homme qui se distingue par son éducation, son apparence, son travail» (B. Palissy, Recepte, éd. A. France, p.112); 2. a) ca 1480 «titre de politesse donné à tout homme (ou en parlant de lui)» (Guillaume Coquillart, Monologue du puys, éd. M. J. Freeman, p.312, 256); ca 1515 avec un nom de fonction (Gringore, Vie Monseigneur St Louis, éd. A. de Montaiglon et J. de Rothschild, t.2, p.205: monsieur le Prevost); 1552 avec une épithète iron. (Du Bellay, Discours sur la louange de la vertu, éd. H. Chamard, t.4, p.147, 58: monsieur le sage); 1792 avec un mot qui exprime une particularité du personnage (24 déc. ds la Sté des Jacobins, éd. F.-A. Aulard, t.4, p.619: M. Veto); b) 1585 désigne un homme, un inconnu (Du Fail, Contes et discours d'Eutrapel, éd. J. d'Assézat, t.2, p.32); 3.spéc. terme hist. a) fin xves. «titre donné aux frères puînés des princes de sang» (Georges Chastellain, Chron., éd. Kervyn de Lettenhove, t.2, p.234); 1583-90 «titre du frère aîné du roi» (Brant., Cap. Fr., t.II, p.383 ds La Curne); b) ca 1500 «titre donné à un évêque» (André de La Vigne, Voyage de Naples, éd. A. Slerca, II, 366: monsieur de Moncaillier), supplanté par monseigneur*; c) au plur. «membres d'une assemblée» 1505 messieurs les prelatz (Gringore, Folles entreprises, t.1, p.96); 1532 Messieurs de la court (en parlant des membres du Parlement) (Rabelais, Pantagruel, éd. V. L. Saulnier, chap.9 bis, p.62, 174-5; d) 1829 arg. police plur. ces messieurs «le bourreau et ses aides» ds Esn.; 1866 monsieur de Paris «bourreau» (Delvau); 4. 1532 «maître de maison» (Marot, Epître au roi, éd. C. A. Mayer, XXV, p.173, 38). Comp. de mon* et de sieur*. Fréq. abs. littér. Monsieur: 28399. Messieurs: 6757. Fréq. rel. littér. Monsieur: xixes.: a) 44920, b) 56554; xxes.: a) 45249, b) 24926. Messieurs: xixes.: a) 12279, b) 11860; xxes.: a) 10898, b) 5347. Bbg. Cling (M). Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs... Contrastes. 1981, no2, pp.7-14. _ Darm. 1877, 125-126. _ Lew. 1968, pp.118-119. _ Manczak (W.). La Disparition de l'anc. fr. «moillier < mulierem». R. Ling. rom. 1966, t.30, p.177. _ Quem. DDL t.7, 12, 18.

Wiktionnaire

Nom commun

monsieur \mə.sjø\ masculin (pour une femme on dit : madame)

  1. Appellation permettant de s’adresser de façon polie à un homme (un client, un professeur, un passant, etc.).
    • Bonjour, monsieur !
    • On s'est habitué, de notre temps, à mettre monseigneur devant un nom propre, à dire monseigneur Dupanloup, monseigneur Affre. C'est là une faute de français ; le mot « monseigneur » ne doit s'employer qu'au vocatif ou devant un nom de dignité. En s'adressant à M. Dupanloup, à M. Affre, on devrait dire : monseigneur. En parlant d'eux, on devrait dire : monsieur Dupanloup, monsieur Affre, monsieur ou monseigneur l'archevêque de Paris, monsieur ou monseigneur l'archevêque d'Orléans. — (Ernest Renan, Souvenirs d’enfance et de jeunesse, 1883, collection Folio, page 154.)
    • Autant pour moi monsieur le directeur, autant pour moi. Si ça continue, c'est moi qui vais finir par pleurer ! Mais rassurez-vous, juste des larmes d’expert-comptable, monsieur le directeur. — (Emmanuelle Ménard, Deux jours comme l'hiver, page 41, L'Harmattan, 2012)
  2. Homme dont on ne connaît pas le nom (par opposition à dame, madame).
    • Un monsieur et une dame passent devant moi, interrompant leur conversation pour que je ne les entende pas, comme s’ils me refusaient l’aumône de ce qu’ils pensent. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    • Un monsieur, courant, une serviette sous le bras, le heurta sans ménagements et l’arracha à son hébétude. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 21)
    • Il n’y a plus rien
      Que les pères et les mères
      Que ceux qui t’ont fait
      Que ceux qui ont fait tous les autres
      Que les « monsieur »
      Que les « madame »
      — (Léo Ferré, « Il n’y a plus rien »)
  3. Terme courtois pour un homme (par opposition à dame et demoiselle).
    • Mais super, super catholique pratiquante : les scouts, les rallyes, les premières communions, les jupes bleu marine, les cols Claudine, les talons plats, les madeleines confectionnées pour les vendre à la kermesse de monsieur le curé. — (William Rejault, Tous ces jours sans toi, Plon, 2010)
  4. Le chef, le maître de maison, dans le langage des domestiques.
    • Vous demandez monsieur, il est sorti.
  5. Homme qui a les dehors d’un bourgeois, dont le langage et les manières annoncent quelque éducation.
    • Il est venu un monsieur vous demander.
  6. Personnage d’un rang important (→ voir grand monsieur).
    • Leur père, le Granger, gros cultivateur, mi-paysan, moitié monsieur ayant, comme on dit, du foin dans ses bottes, était bien avec toutes les grosses légumes du canton […] — (Louis Pergaud, Deux Veinards, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Pourtant, ils étaient tous accourus pour contempler ce spectacle insolite : une robuste Ford transportant dans la petite bourgade des « messieurs de Paris », puis fonçant en pleine lande en broyant au passage les cades et les genévriers. — (Pierre Rousseau, La Terre, ma Patrie, collection "Savoir', librairie Arthème Fayard, 1947, page 145)
    • Oui, c’est le maître. Il faut que ce soit queuque gros, gros Monsieur, car il a du dor à son habit tout depis le haut jusqu’en bas ; et ceux qui le servont sont des Monsieux eux-mesmes ; et stapandant, tout gros Monsieur qu’il est, il serait, par ma fique, nayé, si je n’aviomme esté là. — (Molière Dom Juan ou Le Festin de pierre acte 2, scène première)
  7. (Ancien patois normand) Nom donné, par antiphrase, au cochon.
  8. Dans le Bas-Maine, nom donné autrefois au vin.
    • Au XVIe siècle encore, chez nos voisins la bière était la boisson du peuple et des domestiques « comme moins chère et plus commune » (Traité du Sidre, par Paulmier, 1573), et le cidre la boisson de luxe réservée aux maîtres. Nous avons vu qu'il en était tout différemment dans le Bas-Maine, à cette époque où le vin était appelé « Monsieur », et le cidre « Gilles du Pommain, breuvage de maczons ». — (A. Angot, Le cidre, son introduction dans le pays de Laval, 1889.)
  9. (Péjoratif) (Mépris ironique) Un homme quelconque.
    • Jusqu’aux cravates, au petit nœud suavement bloqué par une épingle dans l’échancrure du col, jusqu’au feu d’un vrai diam’ et au cuir mat du bracelet-montre, on sentait ces messieurs soucieux de leur mise. — (Francis Carco, Images cachées, Éditions Albin Michel, Paris, 1928)
    • La Condamine avait exigé aussitôt de Hugo un quart-de-cercle tout semblable pour Bouguer et lui-même, et Godin n’avait pu s’y opposer, mais depuis monsieur faisait bande à part et ne communiquait plus ses résultats comme il en avait été connu. — (Patrick Drevet, Le Corps du monde, Seuil, 1997, page 173, ISBN 2020323117)
    • On aurait pu se demander si Joseph n’avait pas seulement parlé pour lui seul, pour s’entendre dire ce qu’il venait de découvrir: le mot de la fin en matière des monsieurs Jo. — (Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique, 1950, Folioplus classiques, page 77, ISBN 207030728X)
  10. (Absolument) (Histoire) (France) Aîné des frères du roi dans l’Ancien Régime.
    • La maison de Monsieur.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MONSIEUR. (ON se prononce E et R ne se prononce pas.) n. m.
Pluriel : MESSIEURS. Qualité, titre que l'on donne à celui ou à ceux à qui on parle ou à qui on écrit, par déférence, par civilité. Monsieur, soyez le bienvenu. Présentez-moi à ces messieurs. On en fait aussi précéder, par politesse, le nom d'un homme vivant. On écrit alors, le plus souvent, par abréviation, au singulier M. et au pluriel MM.

MESSIEURS se disait autrefois absolument, au parlement et dans les autres cours souveraines. Un de messieurs. L'avis de messieurs. Il se dit encore des Membres de nos cours et tribunaux. Messieurs de la Cour.

MONSIEUR se dit, par les domestiques d'une maison, du Chef, du maître de cette maison. Vous demandez monsieur, il est sorti.

MONSIEUR sert aussi à désigner Tout homme dont le langage et les manières annoncent quelque éducation. Il est venu un monsieur vous demander. C'est un monsieur se dit de Quelqu'un qui a les dehors d'un bourgeois. Pop., Il fait le monsieur, Il fait l'homme de conséquence. Il est devenu un gros monsieur, Il a fait fortune, il a acquis une situation importante. C'est un beau monsieur, Il est élégamment vêtu. Fam., C'est un vilain monsieur, se dit d'un Homme peu estimable. Fam., Mon petit monsieur se dit à quelqu'un qu'on traite de haut. Que veut donc ce petit monsieur?

MONSIEUR se joint quelquefois à un terme de reproche. Monsieur l'insolent.

MONSIEUR, employé absolument, s'est dit de l'Aîné des frères du roi. La maison de Monsieur. Prune de Monsieur, Sorte de prune ronde, d'un beau violet. Monsieur de Paris, Le bourreau.

Littré (1872-1877)

MONSIEUR (mo-sieu, ou souvent aussi me-sieu ; l'r ne se lie jamais : mo-sieu et ami ; monsieur rime avec les mots en eur, mais c'est une rime qui n'est que pour les yeux et qui doit être bannie ; car on prononce toujours mosieu) ; au pluriel, MESSIEURS, (mè-sieû ; l's se lie : mè-sieu-z et amis) s. m.
  • 1Titre qui, avant la Révolution, ne se donnait qu'à certaines classes de la société. Exercez-la, monsieur, et gouvernez le prince, Corneille, Cid, I, 6. Monsieur, on tient conseil, et le roi vous demande, Rotrou, Antig. I, 5. Il me déplaît par trop d'être le rat de cave de mon frère et de le voir monsieur, Dancourt, Retr. des off. SC. 2. Ils l'appelèrent monsieur dans la conversation ; le bonhomme, à ce terme, se retourna, s'imaginant qu'ils parlaient à quelqu'un qui venait et qu'il ne voyait pas, Marivaux, Pays. parv. 1re part. Il [le duc d'Orléans] ne s'opposa point à l'habitude que le parlement avait prise de l'appeler toujours monsieur, tandis qu'il écrivait au chancelier monseigneur, et tandis que tous les corps de la noblesse des états provinciaux donnaient le titre de monseigneur au régent, Voltaire, Hist. parl. ch. LIX.

    Un petit monsieur, un enfant d'une classe où se porte le titre de monsieur. Enfermez un petit monsieur et un petit paysan dans une chambre…, Rousseau, Ém. II.

    Familièrement. Il fait le monsieur, il fait bien le monsieur, il fait l'homme de conséquence. Bientôt les devoirs, les affaires, un bagage à porter m'ont forcé de faire le monsieur et de prendre des voitures, Rousseau, Confess. II.

    Monsieur de, avec un nom de ville, se disait de l'évêque du diocèse dont cette ville est la capitale. Monsieur de Condom, monsieur de Meaux, noms successifs de Bossuet (au lieu de monsieur, on dit aujourd'hui monseigneur). Ce que je sais en général du clergé, c'est qu'ils ont beaucoup paru cette année ; et ils ont traité le pape, comme monsieur de Rome, fort familièrement, Sévigné, 453. Pourquoi monsieur de Meaux ne dit-il mot ? Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 10 mars 1702. Il sera libre aux archevêques et évêques d'ajouter à leur nom le titre de citoyen ou celui de monsieur ; toutes autres qualifications sont interdites, Art. XII des articles organiques (Concordat)

  • 2Le pluriel est messieurs. Je vous respecte trop, vous et messieurs vos parents, pour être amoureux de vous, Molière, G. D. I, 6.

    Des messieurs, des hommes d'une classe où se porte le titre de monsieur. On ne souffre pas qu'ils deviennent des messieurs, Rousseau, Hél. VI, 10. Nous ne prétendons pas être traités en messieurs, Rousseau, Ém. III.

    Messieurs se disait autrefois absolument, au parlement et dans les autres cours souveraines. Un de messieurs. Il [le roi de Prusse] appelle M. de Morival [condamné dans l'affaire d'Abbeville] auprès de lui… cela vaut mieux, ce me semble, que d'aller se mettre à genoux à Paris devant messieurs, et de leur avouer qu'on est un impie qui vient faire entériner sa grâce, Voltaire, Lett. d'Alembert, 7 juill. 1775. De sorte qu'encore aujourd'hui l'émétique demeure proscrit par un arrêt [du parlement], et que M. Silva [célèbre médecin d'alors] ne laisse pas d'en ordonner à messieurs, quand ils sont tombés en apoplexie, Voltaire, Lett. la Condamine, 22 juin 1734. Voilà nos messieurs du parlement qui recommencent leur train, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 23 févr. 1776.

    On dit aussi messieurs d'autres compagnies que les anciennes cours souveraines de France. Je ne pouvais espérer que messieurs de Berne reconnussent ouvertement l'injustice qu'ils m'avaient faite, Rousseau, Confess. XI. Je fus condamné dès l'heure dans l'esprit de messieurs, dès que l'homme du roi m'eut appelé pamphlétaire, Courier, Pamphlet des pamphlets.

    Au XVIIe siècle, messieurs de la religion réformée, les ministres protestants. Après plus d'un siècle de contestations avec messieurs de la religion prétendue réformée, Bossuet, Expos. doctr. cath. 1.

    Ces messieurs, au XVIIe siècle, en parlant des solitaires de Port-Royal. Elle [la mère Angélique] demande qu'est-ce qu'on a servi aux capucins, quel pain et quel vin on leur a donnés ? la tourière lui répond qu'on leur a donné du pain blanc et du vin des messieurs, Racine, Lett. à l'auteur des Hérésies imaginaires.

  • 3Titre de simple civilité qu'on donne depuis longtemps par bienséance à un homme à qui l'on parle ou de qui l'on parle. Oui, monsieur. Cette lettre, monsieur et cher confrère, est pour… Cher monsieur, Mon cher monsieur, se met en tête de lettres adressées à des personnes avec qui on a une liaison assez intime. Je vous prie, messieurs… Messieurs les membres du Corps législatif. On ne donne point le nom de monsieur aux auteurs qui sont morts il y a déjà quelque temps ; ainsi on dit Amyot, du Bartas, Ronsard, et non pas monsieur Amyot, monsieur du Bartas, monsieur Ronsard, Vaugelas, Rem. not. Th. Corn. t. I, p. 268, dans POUGENS. Au lieu de dire rustiquement, mon père, comme le menu peuple, on dit monsieur, cela a plus de dignité, Marivaux, Pays. parv. 1re part. Je dis toujours le grand Corneille, qui a pour nous le mérite de l'antiquité, et je dis monsieur Racine et monsieur Despréaux, parce qu'ils sont presque mes contemporains, Voltaire, Aux aut. nouv. Parnasse. C'était un ordre de monsieur son père de faire venir monsieur son fils à Paris, Voltaire, Jeannot et Colin. Après ma mort, toutes ces inepties deviendront autant de faits incontestables, parce que monsieur l'un et monsieur l'autre, et madame celle-ci et mademoiselle celle-là, tous gens de la plus haute probité, les auront attestées, Rousseau, Lett. à M. de St Germain, 26 févr. 1770.

    Ces messieurs, les gens dont on parle. Je priai qu'on fît venir un chirurgien : il y a de ces messieurs-là dans tous les quartiers, Marivaux, Pays. parv. 5e part. Voltaire… écrivait : Ô sagesse du ciel, je te crois très profonde ; Mais à quels plats tyrans as-tu livré le monde ? et dans une prose non moins édifiante : " Les fidèles sujets qui combattent pour ces messieurs-là [les rois], sont de terribles imbéciles ", J. de Maistre, Corresp. St-Pétersbourg, 1811. Tandis que tout Paris [dans les journées de juillet] se jonchait de merveilles, Ces messieurs tremblaient dans leur peau, Barbier, Iambes, Curée.

    Donner le monsieur à quelqu'un, le traiter de monsieur, ne pas le nommer tout court sans faire précéder son nom de monsieur. Il [Langleviel] parle de messieurs de Maurepas, Chauvelin, Machault, Berrier en les nommant par leurs noms sans y mettre le monsieur, et il en parle avec un ton d'autorité qui fait rire, Voltaire, Dict. phil. Quisquis, Langleviel.

    Mon bon monsieur, se dit à quelqu'un avec un ton de flatterie, mais familier. Mon bon monsieur, Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l'écoute, La Fontaine, Fabl. I, 2.

  • 4Monsieur sert encore à désigner tout homme dont le langage et les manières annoncent quelque éducation. Il est venu un monsieur vous demander. Faites entrer ce monsieur. Je la vis hier dans le bois de Vincennes, en grande conversation avec un monsieur que je ne connais point, Hauteroche, le Coch. 2. J'ai trouvé, en arrivant ici, un petit jeune monsieur que j'ai vu quelquefois avec vous, Dancourt, Maison de camp. SC. 24.

    On le dit aussi au pluriel en cet emploi. Les deux messieurs Thomas. Que cette lettre soit commune aux deux messieurs qui ont eu la bonté…, Rousseau, Lett. à Meuron, 23 mars 1765. À propos de la bibliothèque, ne sachant le nom des messieurs qui en sont chargés…, Rousseau, Lett. à Moultou, 25 avr. 1762.

    C'est un beau monsieur, il est élégamment vêtu.

    Par antiphrase, un beau monsieur, un homme qui déplaît, qui est insupportable. Et que nous ne puissions à rien nous divertir, Si ce beau monsieur-là n'y daigne consentir, Molière, Tart. I, 1.

    Familièrement. C'est un vilain monsieur, c'est un homme difficile à vivre, d'humeur maussade, ou qui fait quelque chose de répréhensible.

    Un gros monsieur, un homme fort à son aise. Femmes, filles, valets, gros messieurs, tout enfin, Allait, comme autrefois demander son destin, La Fontaine, Fabl. VII, 15. Ceux [les parents] du loup, gros messieurs, l'ont fait apprendre à lire, La Fontaine, ib. XII, 17. Mon fermier du Buron, qui est un gros monsieur, qui a part dans les fermes, Sévigné, 598. Tous les plus gros messieurs me parlaient chapeau bas, Racine, Plaid. I, 1.

  • 5Monsieur se dit, par les domestiques d'une maison, du chef, du maître de cette maison. Vous demandez monsieur, il est sorti. Ah ! remets-toi promptement en la même posture, c'est encore notre monsieur, Hauteroche, Crisp. médec. II, 4. Notre monsieur va toujours mal vêtu ; cela fait mal juger de ses affaires, Brueys, Avoc. Patel. I, 2. Prie monsieur, de ma part, de passer un moment ici, Beaumarchais, Mère coupable, IV, 10.

    Absolument Le maître de la maison, dans la bouche d'autres personnes que les domestiques de la maison. Monsieur est-il chez lui ? je voudrais lui parler.

    Il se dit aussi par une femme qui parle de son mari à un domestique. Avertissez monsieur que le déjeuner est servi.

    Souvent, aujourd'hui, dans la bourgeoisie, une femme dit monsieur en parlant de son mari à d'autres qu'à des domestiques ; c'est mal dit et désagréable.

  • 6Monsieur se dit par mauvaise humeur ou par reproche en parlant de quelqu'un. Je fais ce que je peux et monsieur se fâche. Monsieur ne songe à rien, monsieur dépense tout, Monsieur court, monsieur se repose… Elle en dit tant, que monsieur à la fin Vous la renvoie à la campagne, La Fontaine, Fabl. VII, 2. De le frapper je suis las ; Mais dans ses dents monsieur gronde…, Béranger, Maître d'école.

    Il se dit aussi, dans des reproches, dans la colère, à quelqu'un de la famille qu'on n'a pas l'habitude d'appeler monsieur. Monsieur mon fils, par quelle aventure est-il mention de vous dans tout ceci ? Regnard, Sérénade, 8.

  • 7 Par mépris, mon petit monsieur. Que veut donc ce petit monsieur ? Mais, mon petit monsieur, prenez-le un peu moins haut. - Ma foi, mon grand monsieur, je le prends comme il faut, Molière, Mis. I, 2. Ma foi, j'aurais joué ce petit monsieur l'auteur, qui se mêle d'écrire contre les gens qui ne songent pas à lui, Molière, l'Impromptu, 3. Ils [les séducteurs] courent de conquête en conquête ; ces petits messieurs ne se croient de mérite qu'à proportion de leur perfidie, Lamotte, Magnifique, II, 2. Je suis persuadée que ce petit monsieur-là ne vous convient point, Marivaux, Fauss. confid. II, 11. Dame ! vous l'avez appelé petit monsieur ; et un petit monsieur c'est justement et à point un freluquet, Marivaux, le Préj. vaincu, sc. 8.
  • 8Monsieur se joint quelquefois à un terme d'injure. Ce n'est pas ce que je vous dis, monsieur le sot.
  • 9Monsieur employé absolument, l'aîné des frères du roi (avec une majuscule). Mon rang et ma beauté [le frère de Louis XIV encore enfant] partout se font connaître ; Et, petit que je suis, je ne laisse pas d'être Tout le plus grand Monsieur qui soit, Benserade, Ballet de la nuit, 1re part. 7e entrée. Que dites-vous du mariage de Monsieur ?… vous comprenez bien la joie qu'aura Monsieur d'avoir à se marier en cérémonie, Sévigné, 76. Je loue madame de Chaulnes d'avoir appris l'amitié à Monsieur ; c'est une science que les personnes de l'élévation de Monsieur n'ont pas le bonheur de connaître, Sévigné, 3 févr. 1695.
  • 10 Terme de verrerie. Nom donné, comme par excellence, aux gentilshommes de race verrière, qui avaient seuls le privilége de travailler au verre, sans déroger.
  • 11Titre qu'on donnait aux saints dans le moyen âge. Où l'oraison de monsieur saint Julien à Renaud d'Ast produisit un grand bien, La Fontaine, Orais.
  • 12Prune de Monsieur (avec une majuscule), sorte de prune ronde d'un beau violet.

    Nom d'une nuance de la couleur violette. Des robes prune de Monsieur.

    On dit aussi monsieur, par abréviation, pour la prune et l'arbre qui la produit ; alors il fait au pluriel des monsieurs et non des messieurs. Ce monsieur produit beaucoup de fruit. Ces monsieurs sont excellents.

    PROVERBE

    Monsieur vaut bien madame, ou madame vaut bien monsieur, se dit pour exprimer que le mari et la femme se valent, ordinairement en un sens ironique, signifiant que l'un ne vaut pas mieux que l'autre ; et fig. quand on soutient que deux personnes sont d'un mérite égal, ou même que l'on compare deux choses.
    Il ne faut point douter qu'on ne dise de lui et d'elle, que madame vaut bien monsieur, Scarron, Lett. Œuvr. t. I, p. 164. Donc, à votre calcul, Ô ma très digne femme, Monsieur, tout bien compté, ne vaut pas bien madame, Molière, Sgan. 6.

REMARQUE

1. Monsieur et cher cousin, etc. en tête d'une lettre ne vaut rien ; il faut dire monsieur mon cher cousin ou bien monsieur tout court, De Caillières, 1690. Aujourd'hui on dit : Monsieur et cher cousin, et formules analogues.

2. On écrit souvent par abréviation Mr ou M. pour monsieur, et Mrs ou MM. pour messieurs.

HISTORIQUE

XIVe s. Si com Avicence la mist [l'anatomie], et si com el pot [peut] mix [mieux] estre estraite de lui par moi et par aucuns messiours, H. de Mondeville, f° 4.

XVe s. Estes vous point, à cause de vos vaillances et que l'on vous dit monsieur et de nouvel chevalier, changié ? Petit J. de Saintré, p. 509, dans LACURNE. Plus grands monsieurs qu'ils ne sont, Les 15 joyes du mariage, p. 97, dans LACURNE.

XVIe s. Le roy François l'aimoit fort, et estoit de ses grands favoris ; si que, voulant un jour un peu abuser de cette faveur, il se mit à appeler le roy monsieur, ainsi que faisoit M. de Vendosme ; mais le roy luy dit que c'estoit tout ce qu'il pouvoit permettre à M. de Vendosme son aisné, et qu'il ne le vouloit pas permettre au puisné…, Brantôme, Cap. franç. t. I, p. 370. Il faut noter de lui [M. de Brissac], qu'en Piedmont, parmy sa grandeur et ses grands respects, jamais par tout il ne se fit appeler monsieur sans queue, comme nous avons veu plusieurs en France qui, abusans un peu de leurs grandeurs, permettoient fort bien, voire le commandoient, qu'ils ne fussent appelez que monsieur simplement en leurs gouvernements, Brantôme, ib. t. II, p. 301. Il n'y a presque gentilhomme de la France, qui ne pensast avoir fait tort à sa noblesse, s'il n'estoit appelé par ses enfans monsieur, au lieu de ce doux nom de pere, Pasquier, Rech. livre VIII, p. 670, dans LACURNE. Encore mettons-nous en usage ce mot de monsieur pour les princes d'une façon particuliere, car jamais nous n'appelons un prince monsieur, cela est pour le commun des gens de remarque ; mais, si nous les appelons par leurs propres noms, nous en usons en ceste façon : François monsieur duc d'Alençon ; Henry monsieur prince de Condé, Pasquier, ib. VIII, p. 670. Ainsi s'en va Ledict valet… Et vous laissa monsieur dormir son saoul, Qui au resveil n'eut sceu finer d'un soul : Ce monsieur-là, sire, c'estoit moi-mesme, Marot, Épître au roi. Monsieur de trois au boisseau ou de trois à une espée, Cotgrave Aujourd'hui monsieur, demain mouscheur, Cotgrave À la journée de Serisolles, monsieur d'Anguien essaya deux fois de se donner de l'espée dans la gorge, desesperé de la fortune du combat qui se porta mal à l'endroict où il estoit, Montaigne, II, 31.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

MONSIEUR, au pluriel MESSIEURS, (Hist. mod.) terme ou titre de civilité qu’on donne à celui à qui on parle, ou de qui on parle, quand il est de condition égale, ou peu inférieure. Voyez Sieur. Ce mot est composé de mon & de sieur. Borel dérive ce mot du grec χυριος, qui signifie seigneur ou sire, comme si on écrivoit moncyeur.

Pasquier tire l’étymologie des mots sieur & monsieur du latin senior, qui signifie plus âgé ; les Italiens disent signor, & les Espagnols senor, avec l’n tildé, qui équivaut à ng dans le même sens, & d’après la même étymologie ; les adresses des lettres portent à monsieur, monsieur, &c. L’usage du mot monsieur s’étendoit autrefois plus loin qu’à présent. On le donnoit à des personnes qui avoient vécu plusieurs secles auparavant ; ainsi on disoit monsieur S. Augustin & monsieur S. Ambroise, & ainsi des autres saints, comme on le voit dans plusieurs actes imprimés & manuscrits, & dans des inscriptions du xv. & du xvj. siecles. Les Romains, du temps de la république, ne connoissoient point ce titre, qu’ils eussent regardé comme une flatterie, mais dont ils se servirent depuis, employant le nom de dominus d’abord pour l’empereur, ensuite pour les personnes constituées en dignité : dans la conversation ou dans un commerce de lettres, ils ne se donnoient que leur propre nom ; usage qui subsista même encore après que César eut réduit la république sous son autorité. Mais la puissance des empereurs s’étant ensuite affermie dans Rome, la flatterie des courtisans qui recherchoient & la faveur & les bienfaits des empereurs, inventa ces nouvelles marques d’honneur. Suétone rapporte qu’au théâtre un comédien ayant appellé Auguste seigneur, ou dominus, tous les spectateurs jetterent sur cet acteur des regards d’indignation, ensorte que l’empereur défendit qu’on lui donnât davantage cette qualité. Caligula est le premier qui ait expressément commandé qu’on l’appellât dominus. Martial, lâche adulateur d’un tyran, qualifia Domitien dominum deumque nostrum ; mais enfin, des empereurs ce nom passa aux particuliers. De dominus on fit dom, que les Espagnols ont conservé, & qu’on n’accorde en France qu’aux religieux de certains ordres.

Monsieur dit absolument, est la qualité qu’on donne au second fils de France, au frere du roi. Dans une lettre de Philippe de Valois, ce prince, parlant de son prédécesseur, l’appelle monsieur le roi. Aujourd’hui personne n’appelle le roi monsieur, excepté les enfans de France. Voyez Sire.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « monsieur »

(1314) Du mot Monsieur, lequel a perdu sa majuscule et est devenu nom commun malgré la présence du mon qui est lui-même un déterminant. Apparenté à seigneur et sire.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Mon, et sieur. Sieur est une forme contracte de seigneur ; monsieur signifie donc proprement monseigneur ; c'est pour cela que, parlant des saints, des princes, on disait : Monsieur saint Julien, François monsieur [c'est-à-dire monseigneur] duc d'Alençon. Monsieur est le régime dont messire est le nominatif.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « monsieur »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
monsieur mœsjø

Citations contenant le mot « monsieur »

  • L’intellectuel est un monsieur qui fait relier les livres qu’il n’a pas lus. De L. Langanesi
  • https://www.capital.fr/entreprises-marches/monsieur-eyraud-cest-le-houdini-des-fonds-propres-tacle-mourad-boudjellal-1376223 Capital.fr, "Monsieur Eyraud, c'est le Houdini des fonds propres", tacle Mourad Boudjellal - Capital.fr
  • Si je pouvais seulement sortir de ma peau pendant une heure ou deux ! Si je pouvais être ce monsieur qui passe ! Alfred de Musset, Fantasio, I, 2, Fantasio
  • Dieu est un vieux monsieur qui adore se faire prier. De Alexandre Breffort
  • Un piéton est un monsieur qui va chercher sa voiture. De Frédéric Dard / Les Pensées de San-Antonio
  • Mais monsieur Ouille, pas avec votre poncho ! De Jean-Marie Poiré / Extrait des dialogues des Visiteurs (1993) Béatrice à Jacouille
  • L'Etat, c'est un monsieur prêteur et malgracieux assis derrière un guichet. De Anatole France / Monsieur Bergeret à Paris
  • Un orateur : un monsieur qui dit des choses vagues avec la dernière violence. De Maurice Donnay
  • Un conteur est un monsieur qui, ne sachant pas écrire, débite prétentieusement des balivernes. De Joris-Karl Huysmans
  • Un polyglotte est un monsieur qui parle plusieurs langues avec une seule. De Serge Mirjean

Images d'illustration du mot « monsieur »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « monsieur »

Langue Traduction
Anglais sir
Espagnol señor
Italien signore
Allemand herr
Chinois 先生
Arabe سيدي
Portugais senhor
Russe сэр
Japonais お客様
Basque jauna
Corse signore
Source : Google Translate API

Synonymes de « monsieur »

Source : synonymes de monsieur sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « monsieur »

Partager