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Reine

Variantes Singulier Pluriel
Féminin reine reines

Définitions de « reine »

Trésor de la Langue Française informatisé

REINE, subst. fém.

A. −
1. Épouse d'un roi. La reine Marie-Antoinette; le roi et la reine; reine douairière; belle, jeune reine; la feue reine; Sa Majesté la reine; la chambre, le fauteuil, le lit de la reine. C'est là que repose une princesse de Lorraine, reine de France, épouse de Henri III (Jouy, Hermite, t. 1, 1811, p. 165).
2. Femme exerçant sous sa propre autorité le pouvoir souverain dans un royaume. La reine Élisabeth; la reine d'Angleterre; grande reine; être reine. Le prince consort Albert, mari de la reine Victoria (Grandjean, Orfèvr. XIXes., 1962, p. 15).
3. Reine(-)mère. Mère du roi ou de la reine qui règne. [Un diamant] orne la couronne qu'a portée la reine-mère d'Angleterre au couronnement d'Élisabeth II (Metta, Pierres préc., 1960, p. 69).
4. En compos. Impératrice-reine. V. impératrice rem. 3.
5. Constr. partic., loc. (faisant allus. aux caractéristiques partic. − beauté, majesté, richesse, intelligence, etc. − qu'on prête aux reines ou présentant un rapport avec une reine déterminée).
a) Empl. adj. Qui a certaines caractéristiques qu'on prête à une reine. Une miniature charmante de Marie [Stuart] (...) l'air moins reine et plus humain que sur la gravure qu'on vend partout dans Edimbourg (Michelet, Journal, 1834, p. 144).En entrant je la vis, ma future maîtresse, À côté du génie un peu reine et déesse (Sainte-Beuve, Livre d'am., 1843, p. 38).
b) [En parlant (d'une partie) du corps, d'une attitude, d'un objet] De reine. Qui a certaines caractéristiques qu'on prête à une reine, aux objets qui lui sont propres; qui est digne d'une reine. Air, port de reine; linge de reine. Elle se redressa, elle eut une dignité de reine offensée, en disant: − Qu'est-ce qu'il lui prend, à ce cochon-là? (Zola, Nana, 1880, p. 1296).Cette femme vivante au corps de reine était à moi (Jouve, Scène capit., 1935, p. 245).
c) En reine. À la manière d'une reine; autant, aussi bien qu'une reine; avec éclat, avec majesté. Traiter qqn en reine. Tu parles toujours en reine, ma bonne petite sœur (Sand, Consuelo, t. 2, 1842-43, p. 181).
d) [Dans une compar. indiquant un summum] Danser, vivre comme une reine. La chanteuse lui paraissait belle comme une reine, avec ses bracelets, ses pendeloques et la queue mouvante de sa jupe (Huysmans, Sœurs Vatard, 1879, p. 140).Il entama l'éloge d'Amédée, dit qu'elle serait avec lui heureuse comme une reine (Huysmans, Sœurs Vatard, 1879, p. 296).
e) À la reine. [Qualifie qqc. d'élégant, de raffiné ou ayant un rapport avec une reine déterminée]
Herbe* à la reine.
ART CULIN. Coulis ou purée de volaille à la reine (Gdes heures cuis. fr., Carême, 1833, p. 131). Bouchée à la reine. Petit vol-au-vent. Viens (...). Tu mangeras une purée de marrons, je ne te dis que ça, et il y aura sept petites bouchées à la reine (Proust, Guermantes 1, 1920, p. 488).ARTS. Porcelaine à la reine/Reine. Porcelaine fabriquée dans une manufacture qui avait reçu la protection de la reine Marie-Antoinette. Il avait, subtil amateur, discerné, parmi les objets saisis, un pot à eau de porcelaine à la Reine (A. France, Orme, 1897, p. 192).Siège (chaise, fauteuil) à la reine. Siège dont le dossier, de forme ovale et de plan droit, fut adopté par la reine Marie Leczinska. Le type de siège le plus répandu est celui qui s'inspire des chaises dites « à la reine » (Viaux, Meuble Fr., 1962, p. 171).
6. P. méton., JEUX. [La personne de la reine sert de réf. à des pièces de jeux] ÉCHECS. Seconde pièce du jeu, après le roi, représentant de façon parfois stylisée, une reine. Dès le début de la dernière [partie d'échecs] j'avais perdu ma reine par inadvertance (Amiel, Journal, 1866, p. 444).CARTES. Synon. rare de dame1.V. ce mot ex. 12.
B. − P. anal. (de souveraineté, de majesté; l'anal. porte sur des femmes ou sur des animaux, des végétaux, des choses de genre fém.).
1. [Le subst. désigne une pers. de sexe fém.]
a) Celle qui domine quelqu'un, quelque chose, qui l'emporte sur les autres au sein d'un groupe, dans un lieu, dans une situation donnée, par différentes qualités. Reine de l'élégance, de la fête, de la mode. Maison, dont j'étais, maintenant, la reine et la fée (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p. 136).Reine des gaffeuses, ne dites pas cela devant Sophie (Cocteau, Parents, 1938, ii, 1, p. 231).
b) En partic.
Femme qui règne sur le cœur d'un homme, femme aimée d'un homme. L'arrivée aux Ternes, dans ce bonheur inexprimable d'y établir ma reine (Michelet, Journal, 1857, p. 348).[L'homme à femmes] sera toujours prêt à sacrifier ses devoirs et ses intérêts à un rendez-vous avec la reine du moment (Bourget, Physiol. amour mod., 1890, p. 48).
Empl. hypocor. Sans doute que je suis un homme sans lumière et sans beauté Mais je vous aime, mon ange, ma reine, ma chérie! (Claudel, Annonce, 1912, ii, 3, p. 55).
Jeune fille élue par un groupe pour le représenter pendant un temps déterminé. Grand banquet qui réunissait autour de la Reine des Reines des Marchés plusieurs députés et conseillers municipaux (Barrès, Cahiers, t. 5, 1907, p. 240).Au cours de la soirée, il sera procédé à l'élection de la reine de Provence (...) par un jury de vedettes, présidé par la reine de Paris (Combat, 19-20 janv. 1952, p. 2).
Reine de beauté. Jeune femme choisie comme étant la plus belle dans une assemblée, un concours de beauté (v. miss C). En 1839 Lord Eglinton avait organisé un tournoi sur ses terres (...). Une des amies de Dizzy, Lady Seymour, avait été la Reine de Beauté (Maurois, Disraëli, 1927, p. 151).
Reine de mai. Petite fille ou jeune fille qui se trouve en tête du cortège ou que l'on promène lors des fêtes traditionnelles de mai. C'est en chantant que les enfants (...) promènent leur reine de mai (Menon, Lecotté, Vill. Fr., 1, 1954, p. 105).
Reine de la fève (vieilli), reine. Quand on tire les rois, celle qui trouve la fève dans le gâteau ou celle qui est choisie par le roi, celui qui a trouvé la fève:
Chaque année, M. Chantal était roi (...) et il proclamait reine MmeChantal. Aussi, fus-je stupéfait en sentant dans une bouchée de brioche quelque chose de très dur qui faillit me casser une dent (...) Chantal s'écria en battant des mains: « C'est Gaston. C'est Gaston. Vive le roi! vive le roi! » (...) Chantal reprit: « Maintenant, il faut choisir une reine. » (...) Je tendis mon verre à la reine (...) tout le monde cria: « La reine boit! la reine boit! » Maupass., Contes et nouv., t. 2, MllePerle, 1886, pp. 629-631.
Reine du bal. Femme qui ouvre le bal; femme pour qui est donné le bal; femme la plus brillante du bal. Il était impossible d'avoir plus de succès. Elle était la reine du bal (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 288).
Poét. La reine des nuits, des ombres. La lune. Le soleil a cédé l'empire À la pâle reine des nuits (Lamart., Médit., 1820, p. 188).V. ombre1I D ex. de Lamartine.
c) RELIG. CHRÉT. La reine du Ciel, des anges, des Apôtres, des Confesseurs, des Martyrs, des Vierges. La Vierge Marie. Quand ils invoquèrent la Reine des Apôtres, la Reine des Martyrs, la Reine des Confesseurs, tous tombèrent à genoux dans les feuilles mortes (Coppée, Bonne souffr., 1898, p. 75).Les cloches jouent un vieil air de menuet en l'honneur de la Reine du Ciel (Barrès, Cahiers, t. 13, 1920, p. 36).
2. Animal, végétal, chose qui domine, l'emporte sur les autres au sein d'un groupe, dans un lieu donné, par ses qualités propres.
a) [Chez les insectes sociaux (fourmis, termites, guêpes et surtout abeilles)] Femelle féconde unique d'une colonie, d'une ruche. Reine d'abeilles, des abeilles; reine termite. Les fourmis sont en grand émoi: L'âme du nid, la reine est morte (Rollinat, Névroses, 1883, p. 234).J'ai plus d'une fois, comme tout amateur d'abeilles, fait venir d'Italie des reines fécondées (Maeterl., Vie abeilles, 1901, p. 61).
b) [Le subst. désigne une plante ou un fruit] La laitue est la reine des salades (Gressent, Potager mod., 1863, p. 773).
La reine des fleurs. La rose. Voyez la reine des fleurs, formée de portions sphériques, teinte de la plus riche des couleurs, contrastée par un feuillage du plus beau vert, et balancée par le zéphir (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p. 259).
En partic. [Entre dans la dénom. de certaines plantes] Reine(-)des(-)bois. Synon. aspérule* odorante, muguet* des bois, petit muguet*.Baube: (...) Les étoiles brillent en haut. Violaine: Plus que Parfondeval n'est étoilé de reines-des-bois (Claudel, Violaine, 1892, iv, p. 549).V. reine(-)des(-)prés, reine-marguerite.
c) [Le subst. désigne une chose concr.] La grande colonie de Saint-Domingue. Cette reine des Antilles (Baudry des Loz., Voy. Louisiane, 1802, p. 315).La reine de la circulation était, bien entendu, la diligence! (P. Rousseau, Hist. techn. et invent., 1967, p. 252).
La petite reine. La bicyclette. Alors commence l'ère des classiques, qui vont consacrer le triomphe de la petite reine: Bordeaux-Paris (1891), Paris-Roubaix, Paris-Tours (1896) (Comment parlent les sportifsds Vie Lang.1952, p. 137).
Empl. adj. Cité reine. La volute (...) va devenir reine (Fillon, Serrurier, 1942, p. 26).
En compos. En ce jour solennel, la ville-reine est, dès le matin, environnée d'un nuage d'encens (Brillat-Sav., Physiol. goût, 1825, p. 306).
d) [Le subst. désigne une chose abstr.] L'opinion, reine du monde. L'amour (...) est la reine de toutes les passions (Nerval, Filles feu, Angélique, 1854, p. 554).La mécanique analytique est la reine des sciences (Valéry, Variété IV, 1938, p. 116).
Empl. adj. XVIIIesiècle, époque triomphale de la sensibilité reine? (L. Febvre, Sensibilité et histoire, [1941] ds Combats, 1953, p. 235).
En compos. L'une de ces idées, de ces idées-reines (Thibaudet, Princes lorr., 1924, p. 115).
REM.
Réginal, -ale, -aux, adj.Qui est le propre d'une reine, qui en a certaines caractéristiques (souveraineté, majesté). Cet astre réginal, cette splendide étoile toute seule au bandeau du ciel transparent (Claudel, Soulier, 1929, 1rejournée, 7, p. 681).
Prononc. et Orth.: [ʀ εn]. Homon. raine, rêne, renne. Ac. 1694: reine, reyne; dep. 1718: reine. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 reïne « femme d'un souverain » (Roland, éd. J. Bédier, 634); 2. ca 1160 raïne « souveraine » (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 1524); 1559 Royne mère (Du Bellay, Divers jeux rustiques, éd. Ad. van Bever, p. 259); 1680 à la reine (Rich., s.v. pain); 3. a) ca 1145 reïne désigne la Vierge (Wace, Conception N.-D., éd. W. R. Ashford, 117); b) 1377 royne de la fevre « celle qui tire la fève dans sa part de gâteau (le jour des Rois) » (Rec. Joursanvaux ds le Cabinet historique, 1871, p. 122); c) ca 1380 roine (du jeu d'échecs) (Jean Lefèvre, trad. La Vieille, éd. H. Cocheris, p. 80); 1690 reyne (d'un jeu de cartes) (Fur.); 4. a) ca 1250 reïne « celle qui domine » (Joufroi de Poitiers, éd. P. B. Fay et J. L. Grigsby, 226); b) 1907 reine-bicyclette « bicyclette » (Almanach Hachette pour 1908); 1911 petite reine (La Montagne, numéro 3, mars, p. 155 ds Quem. DDL t. 22); 5. 1751 reine « femelle féconde unique dans la ruche ou essaim, chez les abeilles » (Encyclop. t. 1, p. 18a). Du lat. regina « reine », dér. de rex, regis, roi*. Cf. le m. fr. regine « id. » 1465-92 ([Jean Molinet], Myst. de St Quentin, éd. H. Chatelain, 12608) − 1512, J. Marot, Poème inédit, éd. G. Guiffrey, vers 797, p. 111. Fréq. abs. littér.: 6 176 (reine-mère: 41). Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 14 272, b) 7 224; xxes.: a) 7 781, b) 5 534. Bbg. Quem. DDL t. 4, 9, 13, 16, 20.

Wiktionnaire

Nom commun - français

reine \ʁɛn\ (France) ou [ʁɛ̃ːn] (Québec) féminin (pour un homme, on dit : roi)

  1. (Noblesse) Reine régnante, dirigeante d’un pays, appelé « royaume ». Son mari est souvent appelé « prince consort ».
    • Vous pouvez alléguer que mon peu de fortune autant que mes goûts m’interdisent de porter des bagatelles qui ne conviennent qu’à des reines ou à des courtisanes. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1855)
    • Déjà, vers la fin du XVe siècle, la reine Isabelle la Catholique, sollicitée par les Cortès d’atténuer tout au moins le danger des corridas en ordonnant d’embouler les cornes des taureaux, s’y était refusée. — (Robert Courau, Histoire pittoresque de l’Espagne, volume 2, Plon, 1962, page 342)
  2. Reine consort, épouse du roi.
    • Je suis reine, répliqua Isabelle. Si je n’ai pas le bonheur, au moins j’ai un sceptre et un royaume que je respecte. — (Maurice Druon, Les Rois maudits, tome 1, « Le Roi de fer »)
    • On dirait que rien ne s'est passé depuis l'heureux temps où les reines toisaient leurs hussards cornemusistes du centre sévère de leurs faces-à-main. C'étaient les soupapes de l'Empire, et le monde allait aussi bien que possible. — (Charles-Albert Cingria, Florides helvètes, Porrentruy : Aux Portes de France, 1944, rééd. dans Florides helvètes et autres textes, Lausanne : L’Age d’Homme, 1993, page 108)
  3. (Figuré) Femme affichant une prestance ou une beauté qui lui vaut l’attention ou les soins de tout son entourage.
    • Née en 1889, ma mère ne tarda pas à envoûter les reporters par sa beauté qui d’emblée faisait d’elle la reine des bals des débutantes. Elle avait de quoi les séduire, ainsi costumée en sultane, un petit fez rouge sur la tête, ou en duchesse emperruquée, toute de blanc vêtue […]. — (Christopher Lee, Le Seigneur du désordre : autobiographie, Camion noir, 2013, chapitre 6)
    • Cette femme a un port de reine.
    • Belle comme une reine.
    • C’était elle la reine du bal.
  4. (Figuré) Femme en l’honneur de qui a lieu un événement.
    • C’est la reine de la fête, la reine du bal.
  5. Personne ou réalité qui domine dans un milieu donné.
    • L’opinion est la reine du monde.
    • La beauté est la reine des cœurs.
    • L’infanterie est la reine des batailles.
  6. (Figuré) Personne ou réalité présentée comme symbole d’excellence en son genre.
    • Rome fut appelée la reine des cités.
    • La rose est la reine des fleurs.
  7. (Zoologie) Seule femelle fertile d’une colonie d’animaux eusociaux comme les abeilles, les fourmis ou les termites, et dont la fonction principale est de pondre des œufs.
    • Ce dernier, qui a plusieurs ruches à la maison, a mentionné qu’il n’était pas rare, au printemps, de voir des colonies se séparer, alors qu’un groupe d’abeilles suit une reine afin de trouver une nouvelle demeure. — (Raphaël Lavoie, Il trouve 15 000 abeilles dans sa voiture en revenant de faire l’épicerie, 24heures.ca, 1er avril 2021)
    • La reine produit des phéromones capitales dans la vie de la colonie.
  8. (Échecs) Pièce la plus puissante aux échecs.
    • Dans ce problème, la promotion du pion en reine n’est pas le meilleur coup.
    • Échec à la reine.
    • Sacrifier sa reine.
  9. (Cartes à jouer) Une des trois cartes à visages d’un jeu de cartes.
    • Reine de cœur, à vous l’honneur.
  10. Pizza tomate, jambon, champignons, mozzarella.
    • Une top-pizza , le mec c’est vraiment le top-cuisinier, toujours avec des top-recettes, genre reine, ou margherita. — (Vincent Ravalec, Vol de sucettes: suivi de Recel de bâtons et autres nouvelles, J'ai lu, 2016, page 135)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

REINE. n. f.
Femme de roi, ou Princesse qui de son chef possède un royaume. Reine régnante. Reine mère. Reine régente. Reine douairière. La feue reine. La reine du ciel, la reine des anges, La Sainte Vierge. Fam., Cette femme a un port de reine, Elle a un maintien noble et majestueux. Bouchée à la reine, Sorte de petit vol-au-vent pour une personne. La reine du bal, Celle pour qui on donne le bal. La reine de la fève, Celle qui a la fève dans sa part de gâteau, le jour des Rois, ou que le roi de la fève a choisie pour reine. On dit de même : La reine de la mi-carême. La reine des reines.

REINE s'emploie figurément pour désigner Celle qui domine dans un milieu donné. L'opinion est la reine du monde. La beauté est la reine des cœurs. L'infanterie est la reine des batailles. Il se dit aussi figurément de La plus excellente en son genre. Rome fut appelée la reine des cités. La rose est la reine des fleurs. Au jeu des Échecs, il désigne la Pièce qui est moins grande que le roi et qui est la seconde du jeu. La reine des abeilles, La femelle, ordinairement unique, qui se trouve dans une ruche. Reine-des-prés, Nom vulgaire de la spirée ulmaire. Des reines-des-prés.

Littré (1872-1877)

REINE (rê-n' ; au XVIe siècle, la prononciation hésitait entre reine et roine qu'on prononçait rouène et que H. Estienne recommandait) s. f.
  • 1Femme de roi. Combien de fois a-t-elle remercié Dieu de deux grandes grâces : l'une de l'avoir faite chrétienne… l'autre de l'avoir faite reine malheureuse ! Bossuet, Reine d'Anglet. Quoiqu'elle [la fille de Pharaon] sût que selon la coutume de ces temps, il y eût, pour la magnificence de la cour [de Salomon], soixante reines et un nombre infini de femmes et de jeunes filles, elle sentit que seule elle avait le cœur, Bossuet, Polit. X, V, 1. Il est vrai que tout le poids de l'autorité et toute la grandeur de l'État est en la personne des rois ; mais on peut dire que la discipline des mœurs et le succès de la piété dans la cour est en la personne des reines, Fléchier, Mar.-Thér. C'est autour des reines que se range et que se réunit ordinairement tout l'esprit du siècle, le désir de plaire, l'envie de parvenir, le plaisir de voir et d'être vue, Fléchier, ib. Dès qu'elle entrait dans la maison de Dieu, n'oubliait-elle pas qu'elle était reine ? Fléchier, ib. Soyez reine, dit-il ; et, dès ce moment même, De sa main sur mon front posa son diadème, Racine, Esth. I, 1. Sous le règne de Louis VII, on nommait prince du royaume l'héritier présomptif de la couronne, les filles de France avaient le nom de reine au lieu de celui de madame, qui ne leur fut donné que du temps de Philippe Auguste, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuv. t. IV, p. 82.

    La reine mère, la reine qui est mère du roi.

    Familièrement. Cette femme a un port de reine, une taille, un maintien noble.

    Comme une reine, d'une façon éclatante. Vêtue comme une reine. Vous aurez vu votre tante au Saint-Esprit, et vous aurez été reçue comme une reine, Sévigné, 23.

  • 2Princesse qui gouverne un royaume. La reine Élisabeth. Victoria, reine d'Angleterre. Une reine est suspecte à l'empire romain, Racine, Bérén. III, 3.
  • 3La reine du ciel, la reine des anges, la sainte Vierge.

    La reine des enfers, Proserpine.

    La reine des ombres, la Lune. Et le char vaporeux de la reine des ombres Monte et blanchit déjà les bords de l'horizon, Lamartine, Médit. I.

    Reine se dit de différentes personnifications. C'est en vain que les aveugles enfants d'Israël dressaient une table à la fortune et lui sacrifiaient ; ils l'appelaient la reine du ciel, la dominatrice de l'univers, Bossuet, Politique, VII, VI, 5. Reine des longs procès, dit-il [à la Chicane], dont le savoir Rend la force inutile et les lois sans pouvoir, Boileau, Lutr. V. Reine des flots, sur ta barque rapide Vogue en chantant, au bruit de longs échos ; Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide, Le ciel sourit : vogue, reine des flots, Béranger, Prisonnier.

  • 4 Fig. Celle qui domine par quelques qualités éminentes. Tant qu'ils ne sont qu'amants, nous sommes souveraines, Et jusqu'à la conquête ils nous traitent de reines ; Mais après l'hyménée ils sont rois à leur tour, Corneille, Poly. I, 3. Reine de tous les cœurs, elle met tout en armes, Racine, Alex. I, 1.

    Autrefois, la reine du bal, celle qui commençait le bal ; aujourd'hui, celle pour qui on le donne ; la plus élégante. Mme de la C***, reine du bal et de la fête, était fort parée, Fontenelle, Lett. gal. II, 19. Cette femme, qui avait au plus vingt ans, eût été proclamée la reine du bal, s'il était d'usage de mettre aux voix la souveraineté de la grâce et de la beauté, Ch. de Bernard, la Chasse aux amants, § 1.

    On dit de même : la reine de la fête. Cette jeune fille, couronnée de roses et mieux parée encore que ses compagnes, c'est la reine de la fête, Genlis, Veillées du chât. t. II, p. 30, dans POUGENS.

    La reine de la fève, celle qui, le jour des Rois, a eu une part de gâteau où se trouve la fève, ou celle que le roi de la fève choisit pour reine.

    Familièrement. C'est la reine des femmes, se dit d'une femme pleine de vertus et de bonnes qualités.

    Familièrement et fig. Celle qui règle, gouverne quelque chose. Vous, la reine efficiente de la santé des autres, ayez soin de la vôtre, Sévigné, à Mme de Grignan, 16 oct. 1689.

    La reine des incidents, celle qui soulève plus qu'aucune autre des incidents. Si je n'avais pas été la reine des incidents, par la peur que j'avais de conclure [le mariage de Mlle de Sévigné], Sévigné, 9 août 1671.

  • 5 Fig. Il se dit de ce qui exerce un empire comparé à l'empire des reines. La beauté est reine des cœurs. Cette grande ville [Tyr] semble nager au-dessus des eaux, et être la reine de la mer, Fénelon, Tél. III. On crie contre les philosophes, on a raison ; car, si l'opinion est la reine du monde, les philosophes gouvernent cette reine, Voltaire, Lett. d'Alembert, 8 juill. 1765. Avez-vous vu la reine de l'aurore [Constantinople], La cité merveilleuse, épouse des sultans ? P. Lebrun, Voy. de Grèce, IV, 1.
  • 6La plus excellente en son genre, en parlant de choses. La rose est la reine des fleurs. Si la justice est la reine des vertus morales, elle ne doit point paraître seule, Bossuet, Sermons sur la justice, 1. Le Seigneur a détruit la reine des cités [Jérusalem], Racine, Athal. III, 7.
  • 7Terme du jeu d'échecs. La principale pièce après le roi. [Bustos] Défend sur le damier sa reine menacée, Et l'échec véritable est loin de sa pensée, P. Lebrun, le Cid d'And. II, 8.
  • 8 Familièrement. Il se dit quelquefois en s'adressant à une femme à qui on reconnaît quelque empire d'affection. La comtesse : Mais quel droit avez-vous sur moi ? - Le marquis : Quel droit, ma reine ? Le droit de bienséance avec celui d'aubaine, Regnard, le Joueur, II, 4. À vous parler sans fard, Ma reine, au rendez-vous vous venez un peu tard, Destouches, Glor. I, 2.
  • 9La femelle, ordinairement unique, qui se trouve dans les ruches des abeilles. Des 30 à 35 mille mouches dont une ruche est souvent fournie, la reine est la seule qui engendre, Bonnet, Contempl. nat. XI, 26. Cette reine est, à la lettre, la mère de tout son peuple ; elle pond pendant le cours de l'année 30, 40 ou 50 mille œufs, Bonnet, 1er mém. abeilles.
  • 10Reine des prés, nom vulgaire du spiraea ulmaria, L. dite aussi belle des prés.

    Reine des bois, l'asperula odorata, ou muguet des bois.

  • 11Reine des vergers, espèce de pêche qui vient bien en plein vent, et qui est aussi bonne que les pêches d'espalier les meilleures. Elle est bonne aussi en espalier.
  • 12Reine-papillon, l'œil de paon ou le paon du jour.
  • 13Reine des carpes, nom vulgaire et spécifique de la carpe reine des carpes, qui diffère de la carpe commune, appelée généralement carpe.

    Reine des serpents, espèce de boa.

  • 14Pain à la reine, espèce de petit pain au lait.
  • 15Herbe à la reine, ancien nom du tabac.
  • 16Ceinture de la reine, voy. CEINTURE.

HISTORIQUE

XIe s. Atant i vint reïne Bramimonde, Ch. de Rol.

XIIIe s. La roïne ne fit pas que courtoise, Qui me reprist, ele et ses fiex li rois, Quesnes, Romanc. p. 83. Après mourut sa fame la royne au vis clair, Berte, III.

XIVe s. Reine très excellens, la plus noble du monde, Girard de Ross. Au début. Puisque les roynes de France sont mariées, elles ne lisent jamais seules lettres closes, se elles ne sont escriptes de la propre main de leur mary, Ménagier, I, 4.

XVIe s. Le danger est icy sy grant, que je n'ouse escripre au roy ny à la roine, Marguerite de Navarre, Lett. 96. La roine continue sa bonne santé, Marguerite de Navarre, ib. L'amour de la justice Et de la pieté, ces deux puissantes sœurs, Ces deux filles du ciel, les roynes des grands cœurs, Deportes, Tombeau de Desportes. Elle se battoit avec une autre qui lui dit : Ha ! chienne, tu veux faire ici de la royne d'Égypte [égyptienne, bohémienne]. - Tu as menti, dit elle, je suis femme de bien, Moyen de parvenir, au chap. intitulé diette. Pourquoi ha on laissé le mot regulier et uzité de royne pour dire reine ? Des Autels, dans LIVET, la Gramm. franç. p. 125. Avecques raison l'appelle [la coutume] Pindarus, à ce qu'on m'a dict, royne et emperiere du monde, Montaigne, I, 115.

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Étymologie de « reine »

Du latin rēgīna de même sens, signifiant aussi « princesse, grande dame ».
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Provenç. regina, reina, reyna ; espagn. reina ; ital. regina, reina, du lat. regina, féminin de rex (voy. ROI). Dans l'ancien français, le mot était de trois syllabes, reïne dans l'Ouest, roïne dans le centre ; c'est de l'Ouest que vient la prononciation actuelle, comme c'est au XIVe siècle qu'il a commencé à être de deux syllabes.

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Phonétique du mot « reine »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
reine rɛn

Fréquence d'apparition du mot « reine » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « reine »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « reine »

  • Si Zeus voulait donner une reine aux fleurs, la rose régnerait sur toutes.
    Sappho
  • L'opinion est la reine du monde, parce que la sottise est la reine des sots.
    Chamfort — Maximes et pensées, caractères et anecdotes
  • On remarque depuis assez longtemps que les représentants de la reine, tant au fédéral qu’au provincial, ont une fâcheuse tendance à devenir des tyrans et ont un grave penchant pour le gaspillage de fonds publics. Abolir cette fonction désuète, qui nous coûte cher collectivement, serait un pas vers la modernité de l’appareil gouvernemental. Cela fait trop longtemps que cette décision aurait dû être prise.
    La Presse — Réactions à l’éditorial « La reine ne peut pas faire de harcèlement au travail »
  • Les abeilles ont leur reine et les cigognes leur conducteur.
    Proverbe danois
  • L'imagination est la reine du vrai, et le possible est une des provinces du vrai.
    Charles Baudelaire — Curiosités esthétiques
  • Si l'opinion est la reine du monde, les philosophes gouvernent cette reine.
    Voltaire — Lettre à D'Alembert
  • La confession est la reine des preuves.
    Proverbe latin
  • Si vous touchez aux maths, vous ne devez être ni pressés, ni cupides, fussiez-vous roi ou reine.
    Euclide
  • Ici je ne suis plus la reine, je suis moi.
    Marie-Antoinette — Biographie de Marie-Antoinette d’Autriche
  • Une maîtresse est reine, une femme est esclave.
    Proverbe portugais
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Traductions du mot « reine »

Langue Traduction
Anglais queen
Espagnol reina
Italien regina
Allemand königin
Chinois 女王
Arabe الملكة
Portugais rainha
Russe королева
Japonais 女王
Basque erregina
Corse queen
Source : Google Translate API

Synonymes de « reine »

Source : synonymes de reine sur lebonsynonyme.fr

Combien de points fait le mot reine au Scrabble ?

Nombre de points du mot reine au scrabble : 5 points

Reine

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