La langue française

Bassesse

Sommaire

  • Définitions du mot bassesse
  • Étymologie de « bassesse »
  • Phonétique de « bassesse »
  • Évolution historique de l’usage du mot « bassesse »
  • Citations contenant le mot « bassesse »
  • Traductions du mot « bassesse »
  • Synonymes de « bassesse »
  • Antonymes de « bassesse »

Définitions du mot « bassesse »

Trésor de la Langue Française informatisé

BASSESSE, subst fém.

A.− Rare. [Correspond aux sens A et B de bas adj.] État de ce qui est situé en un lieu bas; état de ce qui est petit; état de ce qui est de moindre valeur :
1. L'enfant (...) ignore qu'il est lord Clancharlie (...). Cela tient à la bassesse de l'âge et à la petitesse de mémoire qu'il avait quand il a été vendu et acheté, étant à peine âgé de deux ans. Hugo, L'Homme qui rit,t. 3, 1869, p. 7.
2. Dans ce temps-là on ne gagnait pour ainsi dire rien. Les salaires étaient d'une bassesse dont on n'a pas idée. Et pourtant tout le monde bouffait. Péguy, L'Argent,1913, p. 1103.
3. L'enfer est ce qui est bas, non pas per accidens, mais per se, d'une bassesse essentielle, qui exclut toute capacité à l'ascension et dont la réalité physique ne fait que condenser sous nos pieds l'image. Claudel, Un Poète regarde la Croix,1938, p. 230.
Rem. Emploi signalé comme ,,vx`` ou ,,peu usité`` dans Lar. 19e, Littré, Nouv. Lar. ill., et Rob. Guérin 1892 se borne à mentionner l'emploi; les autres dict. ne le mentionnent pas ou disent que le mot ne s'emploie (plus) qu'au figuré.
Au fig. État d'une personne ou d'une chose qui est à un bas niveau.
1. État d'infériorité, de déchéance, indignité de la nature humaine :
4. ... le Dieu-cause de la philosophie du sens commun aime le monde, s'en occupe, le gouverne; il répond par des bienfaits à nos prières; il peut donc être touché, nous avons dans notre bassesse quelque action sur cette grandeur infinie. J. Simon, La Relig. naturelle,1856, p. 203.
5. Dans ces soirs de splendeur pacifique où l'on souffre À sentir sa bassesse et sa pauvreté d'homme, ... On a des mots d'enfant qui pleurent et supplient Vers ce vaste univers qu'on voudrait croire Dieu. Ch. Guérin, Le Cœur solitaire,Fenêtres, à M. Magre, 1904, p. 55.
2. [Du point de vue soc.] Bas niveau, infériorité sociale. Bassesse de la naissance :
6. Il est juste de dire que ces esclaves privilégiés [les commandeurs] (...) joignant à la bassesse de leur condition l'insolence de leur autorité, trouvaient un malin plaisir à l'accabler de travail [l'esclave]... Hugo, Bug-Jargal,1826, p. 52.
7. « Messieurs les Jurés, l'horreur du mépris, que je croyais pouvoir braver au moment de la mort, me fait prendre la parole. Messieurs, je n'ai point l'honneur d'appartenir à votre classe, vous voyez en moi un paysan qui s'est révolté contre la bassesse de sa fortune. » Stendhal, Le Rouge et le Noir,1830, p. 482.
B.− [Au sens moral]
1. État de ce qui est bas moralement; manque de grandeur.
a) État d'une personne dont le comportement, les pensées, les sentiments sont bas, vils; manque d'élévation dans les sentiments, les pensées, etc. :
8. ... ce qu'il y a de plus étonnant dans les hommes et de plus inépuisable en eux, c'est encore leur bassesse et leur platitude. Sainte-Beuve, Causeries du lundi,t. 2, 1851-62, p. 363.
9. Un fait qui indique la profondeur et la précocité de la corruption de la jeunesse, c'est qu'on en voit qui se réunissent à trois ou quatre pour entretenir, à frais commun, une femme. Cette communauté est le dernier degré de la bassesse. Proudhon, La Pornocratie,1865, p. 247.
10. ... vous n'ignorez pas plus que moi l'égoïsme, la bassesse et la lâcheté de la classe moyenne. A. France, La Révolte des anges,1914, p. 129.
11. Ébloui par le journal de Virginia Woolf (...). Il y a chez elle un mépris de toute bassesse, de toute vulgarité. Quand elle est méchante, elle sait l'être avec hauteur. Green, Journal,1950-54, p. 228.
[Suivi d'un déterminatif] :
12. ... certes j'attaquais avec violence : 1. Les instituteurs hervéistes; 2. Certains instituteurs qui, à mon avis, − et c'eût été l'avis d'un libre penseur comme M. Renan − apportent dans les questions religieuses une ignorance et une bassesse d'esprit vraiment insupportables. Barrès, Mes cahiers,t. 7, 1908, p. 7.
13. Parlant de mon film [les Enfants terribles] le Herald déclare que la neige de la bataille des boules de neige, la neige de mon enfance, veut dire : cocaïne. Je cite cela comme un chef-d'œuvre du genre, de bassesse d'âme et de niaiserie. Cocteau, Essai de critique indirecte,1932, p. 194.
Vx, coll. Ceux qui ont de la bassesse :
14. ... la conversation [avec le Général de Budberg] nous ayant menés au Roi de France, je trouvai l'occasion naturelle de réfuter le sophisme de la bassesse et de la poltronnerie qui ne cessent de prêcher aux grandes puissances qu'elles le compromettraient en reconnaissant le Roi de France... J. de Maistre, Correspondance,t. 2, 1796-1821, p. 187.
b) Caractère bas, vil de quelque chose :
15. Jamais il [Étienne] n'avait tant réfléchi, il se demandait pourquoi son dégoût, le lendemain de la furieuse course au travers des fosses; et il n'osait se répondre, des souvenirs le répugnaient, la bassesse des convoitises, la grossièreté des instincts, l'odeur de toute cette misère secouée au vent. Zola, Germinal,1885, p. 1460.
Spéc. [En parlant du lang., d'une œuvre littér., d'un tableau, etc.] Manque de grandeur, vulgarité :
16. ... Il [Beyle] reprochait aux Flamands et même aux Vénitiens la trivialité des formes et la bassesse de l'expression. Mérimée, Portraits hist. et littér.,1870, p. 185.
17. ... comment, dans la bassesse de notre langue, désigner l'ineffable immersion d'une âme en Dieu? Huysmans, En route,t. 1, p. 146.
Au plur. Choses de caractère bas, vil :
18. Oh! Que de bassesses inédites je devine dans la carrière de ce Monsieur [de Lescure] − Rien que par ses bassesses imprimées, ses épîtres de chien couchant au Figaro, qui l'a fouaillé! E. et J. de Goncourt, Journal,1864, p. 97.
19. ... j'ai peur que ma « conversion » ne soit qu'à demi sincère, qu'elle ne dure qu'un instant et que je retombe dans les bassesses et les platitudes de la vie et du Dieu des bonnes gens. Ce doit être si dur de vivre sans idéal, sans foi et partant sans espérance! Bernanos, Lettres inédites,1905, p. 1730.
2. Action basse, vile, honteuse. Commettre une bassesse. Synon. vilenie :
20. − La suprême loi, c'est la justice. − Quand il seroit prouvé qu'on serviroit les intérêts terrestres d'un peuple par une bassesse ou par une injustice, on seroit également vil ou criminel en la commettant; ... Mmede Staël, De l'Allemagne,t. 4, 1810, p. 298.
21. Eh bien! écoutons un Père de l'église, écoutons Massillon : « Que de bassesses pour parvenir! Il faut paraître, non pas tel qu'on est, mais tel qu'on nous souhaite. » Courier, Pamphlets pol.,Procès de Paul-Louis Courier, 1821, p. 117.
22. 12 août. Popelin, l'émailleur de faux émaux anciens, vient d'être décoré. Il l'a été par mille petites bassesses : celles que je connais me donnent l'idée de celles que je soupçonne. Mais sa plus belle invention est celle-ci. Un mendiant, pour attendrir l'aumône, pince son enfant pour le faire pleurer; lui, Popelin, a pincé son fils pour qu'il fît rire la princesse. E. et J. de Goncourt, Journal,1869, p. 535.
Rem. Dans certains cas (cf. ex. suiv.) bassesse possède à la fois le sens signalé sous B 1 et celui signalé sous B 2 (supra) :
23. Au début du siècle passé, les romantiques se frappaient le cœur où ils voyaient le siège du génie. Maintenant, ils se frappent les parties. On se demande jusqu'où et à quelle bassesse descendra le génie. Aymé, Le Confort intellectuel,1949, p. 206.
Prononc. : [bɑsεs] ou [ba-]. Durée mi-longue sur [ɑ] dans Barbeau-Rodhe 1930. Buben 1935, p. 63, § 55 note qu'il y a hésitation entre [ɑ] post. et [a] ant. dans bassesse, basset, basson. Cf. aussi Mart. Comment prononce 1913, p. 35.
Étymol. ET HIST. − 1. Début xiies. « partie basse » (Psautier d'Oxford, éd. Fr. Michel, LXII, 9 : il enterrunt ès basseces de la terre; serunt livret ès mains de glaive) − xviies., Pascal dans Littré; 2. a) ca 1195-1200 « état inférieur » (Roman de Renart, éd. M. Roques, XIV, 14195 : L'an dist bien : de si haut si bas; Et bien sovent de la bassece Remonte l'en bien en hautesce); b) début xviies. « infériorité de condition, caractère roturier » (Montchrestien, Les Tragédies, éd. Petit de Julleville, Aman, p. 256 dans IGLF Litt. : La Majesté pompeuse autant que la bassesse Du peuple contemptible est vive à la tristesse); 3. 1633 « grossièreté de style » (Corneille, Mélite, préf. 49, éd. Pierre Lièvre, t. 1, ibid. : ma façon d'écrire étant simple et familière, la lecture [de Mélite] fera prendre mes naïvetés pour des bassesses); 4. 1644-45 « action basse, vile » (Corneille, Rodogune, III, 3 dans Littré : Celles de ma naissance ont horreur des bassesses); 5. av. 1662 « manque d'élévation des sentiments, dégradation morale » (Pascal, Pensées, Section VII, « Œuvres Complètes », éd. Brunschvicg dans IGLF Litt. : Bassesse de l'homme, jusques à se soumettre aux bêtes, jusques à les adorer). Dér. de l'adj. bas*; suff. -esse*; en concurrence avec basseté attesté du début xiiies. (Renclus de Molliens, Miserere, éd. van Hamel, 270, 10 dans T.-L.) au début xviies. (1611, Cotgr.), et basseur attesté du xives. (J. Corbichon, Propriet. des choses ds Gdf.) au début xviies. (1611, Cotgr.).
STAT. − Fréq. abs. littér. : 904. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 549, b) 1 468; xxes. : a) 1 371, b) 910.

Wiktionnaire

Nom commun

bassesse \bɑ.sɛs\ ou \ba.sɛs\ féminin

  1. (Péjoratif) Vice qui porte à des sentiments, à des actions, à des procédés indignes d’un honnête homme ou d’un homme de cœur.
    • Bassesse d’âme.
    • Bassesse de cœur.
    • Bassesse de sentiments.
    • Il s’est conduit avec bassesse.
    • Louer avec bassesse.
    • Il y a de la bassesse dans toutes ses actions.
  2. (Par extension) Les sentiments, les actions mêmes qui marquent la bassesse d’âme.
    • […] ; mais l’auteur, revoyant Paris après de longs voyages, croyait impossible d’obtenir un succès sans faire des bassesses auprès des journaux. Or, quand on fait tant que de faire des bassesses, il faut les réserver pour le premier ministre. — (Stendhal, De l’Amour, 1re préface de 1826)
  3. Trivialité ignoble, choquante.
    • La bassesse d’une pensée, d’une expression.
    • Cette bassesse de termes, de style contraste avec la dignité du sujet.
  4. (Vieilli) Basse naissance ; condition très obscure.
    • La petite étrangère s’appelait Ernestine. Elle était allemande, et ne paraissait pas née dans la bassesse. — (Marie-Jeanne Riccoboni, Histoire d’Ernestine, 1762, édition Œuvres complètes de Mme Riccoboni, tome I, Foucault, 1818)
    • Entre amants il n’est plus ni grandeur ni bassesse,
      Je sais rendre un berger digne d’une déesse.

      — (Gabriel Gilbert, Les Amours de Diane et d’Endymion, Prologue ; Guillaume de Luyne libraire, Paris, 1657, page 2)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BASSESSE. n. f.
Vice qui porte à des sentiments, à des actions, à des procédés indignes d'un honnête homme ou d'un homme de cœur. Bassesse d'âme. Bassesse de cœur. Bassesse de sentiments. Il s'est conduit avec bassesse. Louer avec bassesse. Il y a de la bassesse dans toutes ses actions. Il se dit, par extension, des Sentiments, des actions mêmes qui marquent la bassesse d'âme. Ce serait une bassesse que de consentir à cela. Il a fait une bassesse, cent bassesses. Il se dit encore d'une Trivialité ignoble, choquante. La bassesse d'une pensée, d'une expression. Celle bassesse de termes, de style contraste avec la dignité du sujet. Il se dit aussi en parlant d'une Basse naissance, d'une condition très obscure. La bassesse de son extraction, de son origine. La bassesse de sa condition.

Littré (1872-1877)

BASSESSE (bâ-sè-s') s. f.
  • 1État de ce qui est peu élevé, au propre. Il y a un certain degré de hauteur et un certain degré de bassesse que le mercure n'outre-passe presque jamais [dans un baromètre], Pascal, Fragment, sect. 3e.

    Peu usité en ce sens.

  • 2 Fig. Manque d'élévation dans les sentiments. Pour que nous n'agissions pas avec bassesse. Il y a de la bassesse à faire le bien pour en tirer bénéfice. Un cœur noble ne peut soupçonner en autrui La bassesse et la malice, Racine, Esth. III, 9. Tant de férocité, de bassesse et de rage, Tout est mon crime enfin, mais tout est votre ouvrage, Brifaut, Ninus II, III, 7. Le vers se sent toujours des bassesses du cœur, Boileau, Art poét. IV.
  • 3Action basse. Commettre une bassesse. C'est une bassesse de… Ce qui me paraît la dernière des bassesses. Celles de ma naissance ont horreur des bassesses, Corneille, Rodog. III, 3. Le maître qui prit soin d'instruire ma jeunesse Ne m'a jamais appris à faire une bassesse, Corneille, Nicom. II, 3. Et j'irais l'abuser d'une fausse promesse ! Je me parjurerais ! et par cette bassesse…, Racine, Baj. II, 5. Il n'y avait point de bassesses que les rois ne fissent pour obtenir le titre d'allié des Romains, Montesquieu, Rom. 6.
  • 4Abaissement, infériorité. Ce n'est pas là ce que l'apôtre appelle la douceur du zèle et de la charité : c'est plutôt une bassesse de courage que rien ne réveille et n'élève, Massillon, Conférences, Vices.

    En bonne part. Si ce discours vous plaît et vous semble fort, sachez qu'il est fait par un homme qui s'est mis à genoux auparavant et après, pour prier cet être infini et sans parties, auquel il soumet tout le sien, de se soumettre aussi tout le vôtre, pour votre propre bien et pour sa gloire, et qu'ainsi la force s'accorde avec cette bassesse, Pascal, dans COUSIN.

  • 5Rang peu élevé, obscurité de la naissance ou de la condition. Reprocher à quelqu'un la bassesse de sa naissance. Ils ne cessaient de ravaler ce prince à cause de sa bassesse et de sa pauvreté, Vaugelas, Q. C. IV, 1. Elle [Marie] se souvient que, tandis que le Seigneur néglige toutes les autres filles de Juda, il daigne jeter les yeux sur la bassesse de sa servante, la choisir et la combler de dons et de grâces, Massillon, Avent, Concept. de la Vierge. Votre grand Marius naquit dans la bassesse, Corneille, Sertor. II, 2. Que la fortune ne tente donc pas de nous tirer du néant ni de forcer la bassesse de notre nature, Bossuet, Duch. d'Orl.
  • 6Qualité du style bas, trivialité. Bassesse de style, de langage. Quoi que vous écriviez, évitez la bassesse, Boileau, Art poét. I. Seuls dans leurs doctes vers ils pourront vous apprendre Par quel art sans bassesse un auteur peut descendre, Chanter Flore, les champs, Pomone, les vergers…, Boileau, ib. II.

HISTORIQUE

XIIIe s. Ma substance est es basseces de terre, Psautier, f° 168.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

BASSESSE.
1Ajoutez :

Fig. La bassesse des biens corporels, Racine, Lexique, éd. P. Mesnard.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

* BASSESSE, abjection (Gramm.) termes synonymes, en ce qu’ils marquent l’un & l’autre l’état où l’on est : mais si on les construit ensemble, dit M. l’abbé Girard, abjection doit précéder bassesse, & la délicatesse de notre langue veut que l’on dise, état d’abjection, bassesse d’état.

L’abjection se trouve dans l’obscurité où nous nous enveloppons de notre propre mouvement, dans le peu d’estime qu’on a pour nous, dans le rebut qu’on en fait, & dans les situations humiliantes où l’on nous réduit. La bassesse, continue le même auteur, se trouve dans le peu de naissance, de mérite, de fortune & de dignité.

Observons ici combien la langue seule nous donne de préjugés, si la derniere reflexion de M. l’abbé Girard est juste. Un enfant, au moment où il reçoit dans sa mémoire le terme bassesse, le reçoit donc comme un signe qui doit réveiller pour la suite dans son entendement les idées de défaut de naissance, de mérite, de fortune, de condition, & de mépris : soit qu’il lise, soit qu’il écrive, soit qu’il médite, soit qu’il converse, il ne rencontrera jamais le terme bassesse, qu’il ne lui attache ce cortége de notions fausses ; & les signes grammaticaux ayant cela de particulier, en morale sur-tout, qu’ils indiquent non seulement les choses, mais encore l’opinion générale que les hommes qui parlent la même langue, en ont conçûe, il croira penser autrement que tout le monde & se tromper, s’il ne méprise pas quiconque manque de naissance, de dignités, de mérite & de fortune ; & s’il n’a pas la plus haute vénération pour quiconque a de la naissance, des dignités, du mérite & de la fortune ; & mourra peut-être, sans avoir conçû que toutes ces qualités étant indépendantes de nous, heureux seulement celui qui les possede ! Il ne mettra aucune distinction entre le mérite acquis & le mérite inné ; & il n’aura jamais sû qu’il n’y a proprement que le vice qu’on puisse mépriser, & que la vertu qu’on puisse loüer.

Il imaginera que la nature a placé des Êtres dans l’élévation, & d’autres dans la bassesse ; mais qu’elle ne place personne dans l’abjection ; que l’homme s’y jette de son choix, ou y est plongé par les autres ; & faute de penser que ces autres sont pour la plûpart injustes & remplis de préjugés, la différence mal-fondée que l’usage de sa langue met entre les termes bassesse & abjection, achevera de lui corrompre le cœur & l’esprit.

La piété, dit l’auteur des Synonymes, diminue les amertumes de l’état d’abjection. La stupidité empêche de sentir tous les desagrémens de la bassesse d’état. L’esprit & la grandeur d’ame font qu’on se chagrine de l’un, & qu’on rougit de l’autre.

Et je dis moi que les termes abjection, bassesse, semblent n’avoir été inventés que par quelques hommes injustes dans le sein du bonheur, d’où ils insultoient à ceux que la nature, le hasard, & d’autres causes pareilles n’avoient pas également favorisés ; que la Philosophie soûtient dans l’abjection où l’on est tombé, & ne permet pas de penser qu’on puisse naître dans la bassesse ; que le philosophe sans naissance, sans bien, sans fortune, sans place, saura bien qu’il n’est qu’un être abject pour les autres hommes, mais ne se tiendra point pour tel ; que s’il sort de l’état prétendu de bassesse qu’on a imaginé, il en sera tiré par son mérite seul ; qu’il n’épargnera rien pour ne pas tomber dans l’abjection, à cause des inconvéniens physiques & moraux qui l’accompagnent ; mais que s’il y tombe, sans avoir aucun mauvais usage de sa raison à se reprocher, il ne s’en chagrinera guere & n’en rougira point. Il y a qu’un moyen d’éviter les inconvéniens de la bassesse d’état & les humiliations de l’abjection, c’est de fuir les hommes, ou de ne voir que ses semblables. Le premier me semble le plus sûr, & c’est celui que je choisirois.

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Étymologie de « bassesse »

(Date à préciser) Dérivé de basse avec le suffixe -esse.
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Bas. Basseur est, dans l'ancienne langue, beaucoup plus usité, surtout au XVIe siècle.

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Phonétique du mot « bassesse »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
bassesse basɛs

Évolution historique de l’usage du mot « bassesse »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « bassesse »

  • C'est bêtise de déprécier son ennemi avant le combat, et bassesse de l'amoindrir après la victoire. De Johann Wolfgang von Goethe
  • La bassesse du socialisme, c'est de poursuivre, non pas le plus grand bien, mais le moindre mal. De Paul-Jean Toulet / Les trois impostures
  • Le vers se sent toujours des bassesses du cœur. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, L'Art poétique
  • Il faut reconnaître que les hommes de l'aristocratie française ont presque toujours su dépenser l'argent très élégamment : ils n'ont fait de bassesses que pour en avoir. Abel Bonnard, L'Argent, Hachette
  • Il n'y a que deux grands courants dans l'histoire de l'humanité : la bassesse qui fait les conservateurs et l'envie qui fait les révolutionnaires. Jules Huot de GoncourtEdmond Huot de Goncourt, Journal, Fasquelle
  • Le sceptique doit être reconnaissant aux Napoléons des progrès qu’ils ont fait faire à la bassesse humaine. De Edmond et Jules de Goncourt
  • La bassesse est le plus sûr moyen de parvenir. Isaac Félix, dit André Suarès, Idées et visions, Émile-Paul
  • Ce n'est pas sans raison, ô Richesse, que les hommes t'honorent plus que tout : tu t'accommodes si aisément de la bassesse. Théognis, de Mégare, Élégies, I, 523-524 (traduction J. Carrière)
  • La bassesse est le plus sur moyen de parvenir. De André Suarès / Idées et visions
  • La suprême bassesse de la flatterie, c'est d'encourager l'ingratitude. De Victor Hugo / Océan
  • Rien n'invite à la dignité comme le souvenir d'une bassesse inopérante. De Jean Rostand / Pensées d'un biologiste
  • L'athéisme n'existe que dans la froideur, l'égoïsme et la bassesse. De Madame de Staël / Corinne, ou l'Italie
  • Le sceptique doit être reconnaissant aux Napoléon des progrès qu'ils ont fait faire à la bassesse humaine. Jules Huot de GoncourtEdmond Huot de Goncourt, Journal, Fasquelle
  • Personne ne rougit d'être bas à la cour. Paul Henri Thiry, baron d'Holbach, Morale universelle
  • Il est mauvais de penser aux hommes en fonction de leurs bassesses. André Malraux, L'Espoir, Gallimard
  • Il n'y a rien de si laid que la bassesse dans un vieillard. Prosper Mérimée, Lettres, à Mme de Montijo, 8 octobre 1847
  • La bonté manifestée par un salaud déçoit autant que la bassesse commise par un homme de grand idéal. De M. Aguéev / Roman avec cocaïne
  • La révélation de la bassesse ravit toujours la foule. Il est petit comme nous, il est vil comme nous !... De Alexandre Pouchkine
  • Internet c’est avoir toute la sagesse et toute la bassesse du monde au bout des doigts. De Benoît Gagnon
  • Rien ne me répugne comme lorsque les gens fraternisent parce que chacun voit dans l'autre sa propre bassesse. De Milan Kundera / La plaisanterie
  • Espérons l'impossible, car c'est peut-être une bassesse que de mettre son espoir en lieu sûr. De Natalie Clifford Barney / Pensées d'une Amazone
  • L'adolescence est une emphase : elle est sensible à la bassesse, plus encore qu'à l'erreur. De Jean-Michel Michelena / C'est une grave erreur que d'avoir des ancêtres forbans
  • Le principe de tous les maux pour l’homme, de la bassesse, de la lâcheté, ce n’est pas la mort, mais plutôt la crainte de la mort. De Epictète
  • Un coeur noble ne peut soupçonner en autrui La bassesse et la malice Qu'il ne sent point en lui. De Jean Racine / Esther
  • Oui, il s’était lancé dans la course, avec le soutien de plusieurs intellectuels, et, disait-il, le parrainage de plus de 500 maires. Ce qui a été largement démenti depuis. Quoi qu’il en soit, Coluche a renoncé. Bigard pas encore. Il est dans cette phase où la fébrilité augmente, où des sondeurs le flattent, où l’inquiétude qu’il suscite chez d’autres candidats lui fait croire à son importance, et où la bassesse de ses attaques (contre Emmanuel Macron, par exemple), n’a pas encore lassé. Sauf que, pour arriver à l’Elysée, il ne suffit pas d’insulter les autres. Le vulgaire, qu’il revendique, permet peut-être de tout dire, de dénoncer des complots, pas de faire un quinquennat. On l’a vu, avec l’épisode des Gilets jaunes qui se sont fracassés sur les élections européennes : la politique est un métier. On peut la détester, la traîner dans la boue, jurer comme Bigard que ce sont tous des « tocards », la réalité est plus dure, sérieuse, stricte, exigeante. Président, c’est une tension permanente. Candidat, aussi. Et c’est mécaniquement faire des millions de déçus, des millions d’adversaires (très mauvais pour la carrière d’un artiste). Disons que, pour un comique ou un animateur télé, ce serait un … putain de risque. Europe 1, Jean-Marie Bigard en 2022 : la tentation du trublion en politique
  • « Éric Piolle multiplie les rumeurs et la bassesse des attaques personnelles contre moi, en prétendant en être victime selon la méthode grenobloise bien connue des groupuscules de l’extrême gauche qui sont toujours à l’œuvre dans cette campagne. Éric Piolle termine sa campagne comme il l’a commencé, en grand menteur. Au Dauphiné Libéré, il explique que Grenoble est sa priorité le jour et dans "Libération" et "Le Monde" il ne cache aucunement son ambition personnelle d’être le candidat des Verts et de l’extrême gauche à l’élection présidentielle. Jamais on aura assisté à un tel écart entre le vrai et le faux, à une telle triche dans une élection municipale. » , Elections municipales | Grenoble : pour Alain Carignon, « Éric Piolle termine sa campagne comme il l’a commencé, en grand menteur »
  • La section du PCF Fontaine Rive gauche du Drac a tenu à réagir rappelant qu’elle « décline toute responsabilité concernant les affiches collées ces derniers jours et signées par un collectif de citoyens fontainois mobilisés et s’étonne des attaques outrancières de Franck Longo et Laurent Thoviste qui semblent perdre leur calme. Nous rappelons que tracts et affiches anonymes ne sont pas dans nos pratiques et que la signature du Parti communiste y a toujours figuré, y compris durant les jours sombres de l’occupation. Nous n’avons pas pour habitude de substituer la bassesse au débat politique, et axons notre combat, entre autres, contre la politique de ceux qui, au fil des gouvernements, ont notamment aggravé les inégalités, détruit les droits sociaux et mis à mal les services publics. Nous n’avons sûrement pas de leçon de déontologie à recevoir de Franck Longo qui est allé jusqu’à mettre notre maire Jean-Paul Trovero aux enchères sur Le Bon Coin. Sans doute ne supporte-t-il pas que son appartenance à la droite de M. Carignon et de M. Fillon lui soit rappelée. De même que son adhésion à la politique du gouvernement d’Emmanuel Macron, confirmée par son alliance avec Laurent Thoviste qui a reçu au premier tour l’investiture officielle du parti du président de la République. Depuis 75 ans, les communistes à Fontaine ont œuvré à faire élire des listes de rassemblement à gauche ouvertes à des citoyens sans parti. Nous ne pouvons que nous réjouir d’être partie prenante de la liste “Oser une planète commune écologique et solidaire”. Portée par Jean-Paul Trovero, rejoint par Sophie Romera, elle rassemble l’ensemble des partis de gauche et écologistes. Nous sommes convaincus qu’elle est celle qui répond le mieux aux besoins des habitantes et habitants ». , Politique | Le PCF de Fontaine décline toute responsabilité dans les collages
  • S’il est vrai que la roue de l’histoire tourne et que personne ne peut l’arrêter, il est grand temps de mettre un terme définitif à certains comportements qui sont de nature à escroquer sans état d’âme et au mépris de la loi des paisibles citoyens qui ne demandent qu’à être mis dans leurs droits. Le feuilleton de l’exploitation de l’homme par l’homme au Restaurant « Le Relax et le Night-club Byblos » a fait couler beaucoup d’encre, de salive et d’énergie. Il continue de défrayer la chronique au point où les gens se demandent si on en connaitra un jour l’épilogue. Aujourd’hui, la situation va de mal en pis avec la complicité harmonieuse des différents responsables des services concernés pour le contrôle du fonctionnement desdites entreprises. Travailler dans le Relax et BYBLOS, est devenu un véritable enfer. Les employés souffrent de bassesse de salaire, du non-respect de durée de travail et de manque de considération. , Restaurant relax et night-club Byblos :Une vraie «mafia» entretenue par Moussa Tanouss! - Bamada.net

Traductions du mot « bassesse »

Langue Traduction
Anglais baseness
Espagnol bajeza
Italien bassezza
Allemand gemeinheit
Portugais baixeza
Source : Google Translate API

Synonymes de « bassesse »

Source : synonymes de bassesse sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « bassesse »

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