Distinction : définition de distinction


Distinction : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

DISTINCTION, subst. fém.

A.− [Correspond à distinguer A et à distinct] Action de distinguer, de déterminer, dans un être ou une chose, ce qui les rend différents (d'un autre être ou d'une autre chose).
1. Rare, domaine sensoriel :
1. ... nous comprendrions encore mieux combien est accessoire et accidentel, dans l'acte de la vision, le phénomène de la distinction des couleurs dont l'échelle serait renversée par un simple déplacement des points qui correspondent au « maximum » d'intensité de chacune des teintes élémentaires. Cournot, Essai sur les fondements de nos connaissances,1851, p. 153.
2. Usuel
a) Action de séparer nettement un être ou une chose, d'un autre être ou d'une autre chose; p. méton. résultat de cette opération, fait d'être distingué, classe distinguée. Distinction capitale, essentielle, fondamentale, radicale; établir, fonder une distinction.
[Concerne des réalités abstr.] Distinction du droit et du fait, de l'essence et de l'existence, entre l'intelligence et l'instinct :
2. Un savant ecclésiastique du temps, le docteur Lowde, l'ayant accusé publiquement d'affaiblir par son système la distinction du bien et du mal, Locke au lieu de se fâcher : « le brave homme a raison, dit-il... » Cousin, Hist. de la philos. du XVIIIes.,t. 1, 1829, p. 78.
[Concerne des réalités concr.] Bible imprimée sans distinction de versets :
3. ... cette passion qui, pendant ses séjours à Jutigny, s'était tout d'abord étendue à la fleur, sans distinction ni d'espèces ni de genres, avait fini par s'épurer, par se préciser sur une seule caste. Huysmans, À rebours,1884, p. 116.
[Concerne une pers. (un trait, un caractère ou un attribut de cette pers.) ou un groupe de pers.] Faire distinction de l'ami et de l'ennemi (Ac.1798-1932).Il fit transporter les blessés sans distinction de Français ou d'ennemis (Ac.1878-1932).Sans distinction de personnes.
[Le compl. prép. désigne ce qui fonde ou marque une différence entre les pers.] Sans distinction d'âge ni de sexe, de grade. La distinction des rangs, (...) l'infériorité de la naissance (Duras, Édouard,1825, p. 173).Exaspérer chez les classes le sentiment de leur distinction (Benda, Trah. clercs,1927, p. 122):
4. Il s'agit simplement d'obliger les juges français, civils ou militaires, à appliquer à tous les citoyens, sans distinction de croyances religieuses, les lois en vertu desquelles ils prononcent leurs arrêts. Clemenceau, Vers la réparation,1899, p. 7.
b) En partic., domaine intellectuel.Action de séparer nettement les divers sens qu'un mot ou une proposition peuvent recevoir. Il y a ici une distinction importante à faire; il se tira d'affaire par une distinction subtile (Ac.1835-1932).
B.− [Correspond à distinguer B et à distingué]
1. Vieilli. Singularité ou supériorité qui place (quelqu'un ou quelque chose) à part ou au-dessus des autres. La distinction de la naissance. Synon. éclat, grandeur.
Usuel. Marque d'estime, d'honneur qui distingue le mérite ou le rang d'une personne et la désigne à l'attention respectueuse d'autrui. Distinction honorifique. Synon. faveur, privilège, prérogative.La maréchale était la personne la plus infatuée de l'avantage d'une haute naissance, et des distinctions attachées à son rang (Sénac de Meilhan, Émigré,1797, p. 1581).Il détestait les distinctions nobiliaires (Staël, Considér. Révol.,t. 1, 1817, p. 241).
En partic. Synon. de décoration (militaire, civile, religieuse).Voir collier ex. 9.
2. Emploi gén. abs. Manières élégantes dans le langage, la tenue qui distinguent une personne des autres. Exquise, extrême, rare distinction; cachet de distinction; manquer de distinction. Synon. classe, élégance.Une femme aristocratique et son sourire fin, la distinction de ses manières et son respect d'elle-même m'enchantent (Balzac, Peau chagr.,1831, p. 109).Une certaine distinction d'esprit et de manières (France, Orme,1897, p. 220).Une gentille jeune fille, qui se piquait de distinction aristocratique (Rolland, J.-Chr.,Révolte, 1907, p. 514).
P. anal. [En parlant du style, de l'expression] Cette distinction native du style, ces nuances délicates et fines font plaisir à étudier (Amiel, Journal,1866, p. 74).
Loc. adj. [En parlant d'une pers.] De distinction. Synon. distingué.Les étrangers de distinction ont rempli mes salons magnifiquement décorés (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 446).J'ai fréquenté plusieurs anglais de distinction (About, Roi mont.,1857, p. 108).Célébrer sur le ton de la plus haute distinction une sorte de culte des morts (Fargue, Piéton Paris,1939, p. 252).
Prononc. et Orth. : [distε ̃ksjɔ ̃]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1170 « état de ce qui est distingué, différencié » (Rois, éd. F. R. Curtius, 3elivre, V, 12, p. 121 : destinctiuns); b) 1585 « subtilités de l'esprit » (Noel du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, p. 237 : subtilités, finesses, distinctions aigues); c) 1670 « supériorité qui place au-dessus du commun » (Bossuet, Duch. d'Orl. ds Littré); d) 1687 « marque d'estime, d'honneur » (Mmede La Fayette, La Princesse de Clèves, éd. Cazes, 87); 2. 1831 « manières élégantes dans le langage ou la tenue » (Balzac, loc. cit.). Empr. au lat. class.distinctio « action de distinguer, différence, séparation, honneur ». Fréq. abs. littér. : 2 618. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 4 176, b) 3 977; xxes. : a) 2 798, b) 3 756.

Distinction : définition du Wiktionnaire

Nom commun

distinction \dis.tɛ̃k.sjɔ̃\ féminin

  1. Action de séparer nettement une chose d’une autre.
    • Que le nombre important de naissances illégitimes soit une marque d'immoralité, je le veux bien ; encore est-il qu'il faut faire des distinctions et examiner si ce n'est pas plutôt un signe d'irrégularité que d'immoralité. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • La distinction que l'on fait entre un astéroïde et une planète est purement arbitraire puisque fondée uniquement sur la dimension. — (Barry Williams (traduit par Claude Lafleur), L'astrologie confrontée aux progrès de l'astronomie, dans Le Québec sceptique, n°24, p.41, décembre 1992)
  2. (En particulier) Indication, séparation des divers sens qu’une proposition peut recevoir.
    • La casuistique dont Pascal s'est tant moqué n'était pas plus subtile et plus absurde que celle que l'on retrouve dans les polémiques entre ce qu'on nomme les écoles socialistes : Escobar aurait eu quelque peine à se reconnaître au milieu des distinctions de Jaurès ; […]. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence Chap.II, La décadence bourgeoise et la violence, 1908)
    • Mais ces distinctions hypothétiques sont dépourvues de fondement solide, et après avoir beaucoup varié sur la classification de l’hydrophobie, presque tout restait encore à faire pour la bien connaître. — (L.-J. Bégin, commentant le « Nouveau traité de la rage » de L.-F. Trolliet, dans le Journal complémentaire du dictionnaire des sciences médicales, tome 9, Paris : chez C.-L.-F. Panckoucke, 1821, page 66)
    • Il se tira d’affaire par une distinction subtile.
  3. Opération de l’esprit par laquelle on distingue une chose d'une autre.
    • La distinction des pensées ou connoissances, en médiates & immédiates prouve encore moins la prétendue imperceptibilité des pensées. — (Règles du Bon Sens, dans les Œuvres de Messire Antoine Arnauld, tome 40, page 175, 1780)
    • En outre, la distinction opérable / inopérable se complique, certains cancers inopérables peuvent devenir accessibles à l’exérèse si celle-ci est couplée à la radiothérapie. — (Patrice Pinell, Naissance d'un fléau: histoire de la lutte contre le cancer en France (1890-1940), Éditions Métailié, 1992, page 321)
  4. Action de mettre une différence entre des personnes ou des choses, ou d’avoir égard à la différence qui est entre elles.
    • Supprimé en 1870, rétabli par l'Assemblée nationale, le cautionnement est de nouveau supprimé pour tous les journaux sans distinction, par la loi de 1881. — (Alexandre Zévaès, Histoire de la Troisième République 1870 à 1926, Éditions Georges-Anquetil, 1926, p.198, note de bas de page)
    • Faire distinction de l’ami et de l’ennemi.
    • Je fais grande distinction entre l’un et l’autre.
  5. Ce qui établit ou indique une différence entre des personnes ou des choses.
    • La distinction des rangs.
    • Les distinctions sociales.
    • Toutes ces distinctions disparurent.
  6. Prérogative, honneur ou marque de préférence, d’estime ou d’égard.
    • Il aime les distinctions très flatteuses.
    • Traiter quelqu’un avec distinction.
  7. Bon ton, élégance ou dignité des manières.
    • Un air de distinction.
    • Il a beaucoup de distinction.
    • Il manque de distinction.
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Distinction : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DISTINCTION. n. f.
Action de séparer nettement une chose d'une autre. Écrire tout à la suite, sans distinction de chapitres, ni d'alinéas. Bible imprimée sans distinction de versets. Il signifie particulièrement Indication, séparation des divers sens qu'une proposition peut recevoir. Il y a ici une distinction importante à faire. Il se tira d'affaire par une distinction subtile. Les distinctions de la dialectique. La distinction du bien et du mal, Opération de l'esprit par laquelle on distingue ce qui est bon de ce qui est mauvais. Il signifie aussi Action de mettre une différence entre des personnes ou des choses, ou d'avoir égard à la différence qui est entre elles. Faire distinction de l'ami et de l'ennemi. Apercevoir tout le monde sans distinction. Je fais grande distinction entre l'un et l'autre. Il fit transporter les blessés sans distinction de Français ou d'ennemis. Faites la distinction de mes droits d'avec les siens. Il se dit également de Ce qui établit ou indique une différence entre des personnes ou des choses. La distinction des rangs. Les distinctions sociales. Toutes ces distinctions disparurent. Cette distinction n'est qu'apparente. Il signifie encore Prérogative, honneur, marque de préférence, d'estime, d'égard. Il aime les distinctions. Distinction très flatteuse. Traiter quelqu'un avec distinction. Il se dit aussi du Bon ton, de l'élégance, de la dignité des manières. Un air de distinction. Il a beaucoup de distinction. Il manque de distinction.

DE DISTINCTION. Locution qu'on emploie comme une sorte de qualificatif, en parlant d'une Personne qui s'est distinguée dans son état par son mérite. Un officier de distinction, de grande distinction. Cela se dit également des Personnes distinguées par la naissance ou par les dignités. Des personnes de distinction. Un personnage de la plus haute distinction.

Distinction : définition du Littré (1872-1877)

DISTINCTION (di-stin-ksion ; en vers, de quatre syllabes) s. f.
  • 1Action de distinguer. Il fait transporter les blessés sans distinction de Français ou d'ennemis, Massillon, Or. fun. Conty. Tu sais trop la distinction des péchés véniels d'avec les mortels, Bossuet, Marie-Thér. Si vous savez faire la distinction de l'état des uns et des autres, Bossuet, Anges. Dans la guerre la distinction entre le héros et le grand homme est délicate, La Bruyère, II. Vous me trouverez sur les livres de Platon, qui traitent de la spiritualité de l'âme, de la distinction d'avec le corps, ou la plume à la main pour calculer les distances de Saturne et de Jupiter, La Bruyère, VI. D'où est venue dans l'Église cette distinction de ceux qui sont du monde d'avec ceux qui n'en sont pas ? Massillon, Car. Samar. Si l'Évangile avait des distinctions à faire…, Massillon, ib. Immut. L'universalité, jointe à l'éminence des vertus guerrières, était le caractère de distinction de l'invincible Condé, Bouhours, Nouv. rem. Rien n'y manque que l'intelligence et le pinceau de Rubens, la magie de l'art, la distinction des plans, Diderot, Salon de 1767, Œuvres, t. XV, p. 40, dans POUGENS.

    La distinction du bien et du mal, connaissance morale de ce qui est bon et de ce qui est mauvais.

  • 2 Terme de logique. Explication des sens divers d'une proposition. Par le moyen d'une distinction, il échappera à la difficulté qu'on lui fait. Vous n'avez pu désavouer cela, mais vous y faites une distinction, Pascal, Prov. 18. On a vu un semblable succès de l'opinion de tuer pour des médisances ; car elle est aujourd'hui arrivée à une permission pareille sans aucune distinction, Pascal, ib. 13. Que d'inutiles questions, Que de distinctions frivoles ! Chaulieu, Contre l'esprit. Les distinctions du dialecticien sont utiles dans le cours de la vie, Diderot, Opin. des anc. phil. (pyrrhonisme phil.) . Entre le conseil, l'approbation et le silence, n'est-il point de distinction à faire ? Diderot, Règne de Claude et Nér. I, § 76.

    Terme de droit canonique. Titre contenant plusieurs questions.

  • 3Ce qui établit une préférence, une prérogative. La distinction des rangs. Traiter quelqu'un avec distinction. Les distinctions qui plaisent à ceux qui les reçoivent offensent les autres, Trévoux. De quelque superbe distinction que se flattent les hommes, ils ont tous une même origine, et cette origine est petite, Bossuet, Duch. d'Orl. Il y avait entre eux des distinctions extérieures qui empêchaient qu'on ne prît la femme du praticien pour celle du magistrat et le roturier ou le simple valet pour le gentilhomme, La Bruyère, VII. Il n'y a que les distinctions qui affligent dans les communautés, parce qu'elles humilient, Maintenon, Lett. Mme Glapion, 31 mars 1700. C'était une grande distinction, lorsque quelqu'un pouvait avoir le bonheur d'entretenir un moment Pythagore, Fénelon, Pyth. Toutes les petites distinctions furent pour lui, Voltaire, Zadig, 10. Content de son sort, il ne désirait ni fortune ni distinctions ; et il n'en avait point obtenu, parce qu'il est plus commode de les accorder à ceux qui les demandent qu'à ceux qui savent les mériter, Condorcet, d'Alembert.

    Un officier de distinction, officier remarqué pour son mérite.

    Un personnage de distinction, personnage d'un rang élevé.

    Emploi, charge de distinction, emploi important, honorable.

    En un sens ironique et défavorable. À quelles marques peut-on ici vous reconnaître, qu'à des distinctions de crime et d'ignominie ? Massillon, Car. Passion.

  • 4Ce qui, dans la tenue, a un caractère d'élégance, de noblesse et de bon ton. Avoir de la distinction, un air de distinction. La distinction des manières.

    Ce sens paraît être récent ; car on ne le trouve pas dans les auteurs anciens.

HISTORIQUE

XIIe s. E mustrad [et il montra] le ordenement e les destinctiuns des pruveires [prêtres] e des diacnes e des ordenez, Rois, 244.

XIVe s. Et sont moult de gens qui glorifient et honorent indifferentement sans distinttion et les bons et les malvès, Oresme, Eth. 122.

XVe s. Ay je dit en mon prologue, que je traicteray de noblece de courage, chevalerie et sagece, en distinction de trois parties, Christine de Pisan, Charles V, I, ch. 3.

XVIe s. Il faut lors observer l'autre distinction entre les crimes et fautes plus legieres, Calvin, Instit. 989. Sans distinction de parenté [sans regarder à la parenté], Montaigne, I, 114. Le philosophe Antisthene ostoit toute distinction entre leur vertu [des femmes] et la nostre, Montaigne, III, 388. Au paravant les chevaliers romains seoient pesle mesle parmy le menu peuple ainsi que chascun se rencontroit, et le premier qui y meit distinction fut M. Otho, Amyot, Cicéron, 16.

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Distinction : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

DISTINCTION, s. f. (Métaph.) La distinction en général est la négation d’identité. Ainsi une chose est distinguée d’une autre, dès-là qu’elle n’est pas la même. Il y a une grande différence entre distinction, séparation, & diversité. Car, par exemple, le corps & l’ame sont distingués, & cependant ils ne sont pas séparés dans l’homme : Pierre & Paul sont distingués, encore qu’ils n’ayent pas une différente nature. La distinction est précisément la négation d’identité, comme nous venons de le voir ; au lieu que la séparation est la négation d’unité, & la diversité la négation de similitude.

Les Philosophes sont fort embarrassés pour assigner une marque caractéristique de la distinction des êtres. Les uns assignent la capacité que les êtres ont d’être séparés mutuellement ; les autres la font consister dans tout ce qui exclut l’unité numérique. Mais comment concilier cela avec la Trinité & la reproduction du corps de J. C. dans l’Eucharistie ; ces deux mysteres qui étonnent & confondent notre raison ?

La distinction est une source féconde de disputes entre les Thomistes & les Scotistes. Où les premiers ne découvrent qu’un être, les seconds ont le secret d’y en appercevoir une infinité. La grande maxime des Scotistes, c’est de multiplier les êtres à mesure qu’ils multiplient les idées. Or comme il n’y a point d’être, quelque simple qu’il soit, qui n’offre une foule d’idées partielles ; aussi n’y a-t-il point d’être où ils ne découvrent une infinité d’êtres distingués. Dieu, tout simple qu’il est, est donc pour les Scotistes un être des plus composés. Autant d’attributs, autant d’êtres distingués réellement. Il n’y a pas jusqu’aux idées abstraites de leur esprit qu’ils ne réalisent. Les genres, les especes, les différences, les propriétés, les accidens, sont autant de petites entités qui vont se placer d’elles-mêmes dans tous les êtres. Moyennant ce système, il n’y a point d’être dans tout l’univers qui ne renferme une infinité d’ordres d’infini, élevés les uns sur les autres. Ce que la divisibilité des parties à l’infini est à la matiere, la multitude d’êtres à l’infini l’est même aux esprits : & ce qu’il y a de singulier, c’est que des entités toutes spirituelles s’allient dans ce système avec les êtres les plus matériels, s’il est permis de parler ainsi : car que sont autre chose ce qu’on appelle dans l’école degrés métaphysiques ? y a-t-il d’être qui n’ait ses degrés métaphysiques ; & si, comme le prétendent les Scotistes, tous ces degrés existent réellement dans les objets, je ne vois pas comment ils pourroient se défendre d’enter sur la matiere, des entités purement spirituelles & indivisibles. Voilà, à proprement parler, en quoi consiste le foible de leur système. Les Thomistes plus sensés prodiguent moins les êtres : ils n’en voyent que là où ils apperçoivent des idées totales & complettes. Voyez Degré, &c.

La distinction en général est de deux sortes, réelle, & mentale, autrement de raison. La premiere suppose des êtres qui ne sont pas les mêmes, indépendamment de ce que l’esprit en pense ; & la seconde, des choses que l’esprit distingue, quoiqu’elles soient réellement les mêmes. Telle est la distinction qui se trouve entre une chose & son essence, entre son essence & ses propriétés.

Les Scotistes, autrement les Réalistes, admettent trois sortes de distinctions réelles ; l’une pour les êtres qui peuvent exister séparément, comme le corps & l’ame ; l’autre pour deux êtres, dont l’un peut être séparé de l’autre, sans que cela soit réciproque entr’eux, comme la substance & l’accident qui la modifie ; la troisieme enfin, pour les êtres qui ne sont tous deux que des modalités. La premiere de ces distinctions s’appelle réelle majeure, la seconde mineure, & la troisieme la plus petite ; comme si la distinction étoit susceptible de plus & de moins.

La distinction mentale ou de raison est de deux sortes ; l’une est dite distinction rationis ratiocinantis ; & l’autre rationis ratiocinatæ, comme l’on parle dans les écoles. La premiere est celle que l’esprit met dans les choses, sans qu’il y ait en elles aucun fondement qui autorise une telle distinction : telle seroit, par exemple, la distinction qui se trouve entre Cicéron & Tullius. Comme cette distinction ne roule que sur des mots, ceux qui en sont les défenseurs sont appellés nominaux. Un de leurs chefs est Okam, cordelier anglois, qui vivoit dans le quatorzieme siecle. Ils entroient dans un grand détail des mots, s’appésantissoient scrupuleusement sur toutes les syllabes ; c’est ce qui leur attira le reproche injurieux de vendeurs de mots, ou marchands de paroles. Cette secte s’éleva vers la fin du onzieme siecle. Ils prétendoient être sectateurs de Porphire & d’Aristote ; mais ils ne commencerent à° porter le nom de nominaux que du tems d’Okam : ils furent les fondateurs de l’université de Léipsik. On trouve encore aujourd’hui beaucoup de philosophes qui se piquent d’être nominaux.

La distinction de raison raisonnée, rationis ratiocinatæ, est celle que l’esprit met dans les choses, lorsqu’il y a une raison légitime pour cela. Le fondement de cette distinction est de deux sortes : ou il est extrinseque, & c’est alors la variété des effets qui donne naissance à la distinction ; ou il est intrinseque, & c’est alors l’excellence d’une vertu qui produit différens effets. Si l’on considere cette distinction du côté de la chose, elle est appellée virtuelle ; mais si on l’envisage par rapport à l’esprit, elle retient le nom de distinction de raison raisonnée. Considérée sous le premier rapport, c’est moins une distinction, que le fondement d’une distinction : considérée de la seconde maniere, c’est une vraie distinction appuyée sur un fondement réel. On appelle autrement cette distinction thomistique, du nom des Thomistes.

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Étymologie de « distinction »

Étymologie de distinction - Littré

Provenç. distinctio, distinzion ; espagn. distincion ; ital. distinzione ; du latin distinctionem, de distinctum, supin de distinguere, distinguer.

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Étymologie de distinction - Wiktionnaire

(Siècle à préciser) Du latin distinctio.
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Phonétique du mot « distinction »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
distinction distɛ̃ksjɔ̃ play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « distinction »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « distinction »

  • Le président Recep Tayyip Erdogan a affirmé que la Turquie a accueilli tout le monde sans faire de distinction raciale, religieuse, linguistique ni ethnique. , « Nous avons accueilli tout le monde en Turquie sans faire de distinction raciale ni ethnique » | TRT Français
  • L'engagement d'Assa Traoré, qui milite contre les violences policières, a été remarqué outre-Atlantique. La sœur d'Adama Traoré, décédé en 2016 à l'âge de 24 ans suite à son interpellation à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise), va recevoir ce dimanche le prix du BET International Global Good Award aux États-Unis : elle recevra un prix pour son "engagement pour le bien-être de la communauté noire mondiale". Cette distinction revient en général aux "personnalités publiques qui utilisent leur plateforme pour la responsabilité sociale et la bonté, tout en démontrant un engagement pour le bien-être de la communauté noire mondiale".  ladepeche.fr, Violences policières : la militante française Assa Traoré va recevoir une distinction aux États-Unis - ladepeche.fr
  • La distinction entre l’Europe du Nord, présumée vertueuse, et celle du Sud, dite gaspilleuse, est fausse et inutile. Chaque euro dépensé dans le budget communautaire rapporte le double à un Néerlandais ou à un Autrichien. La pandémie, choc symétrique, a eu un impact asymétrique sur les Etats membres de l’Union. Tous verront leur croissance et l’emploi réduits, mais l’ampleur des conséquences économiques et sociales sera différente selon les pays. Faute d’une réponse commune, forte, solidaire et rapide, c’est le marché intérieur qui sera en danger, pas tel ou tel Etat membre. Plus on attendra une réponse, plus longue sera la crise et plus profonde la douleur. Le Monde.fr, « La distinction entre l’Europe du Nord et du Sud est fausse et inutile »
  • C’est l’ensemble de l’apprentissage qu’il faut porter. À l’université, on ne fait pas de distinction, on considère que tous les apprentis ont leur place dans l’entreprise. Soyons plus ambitieux, ouvrons certaines aides aussi aux Masters et aux écoles d’ingénieurs. La Croix, « Accompagner l’ensemble des apprentis, sans faire de distinction »
  • Le peuple déjeune, la bourgeoisie dîne, la noblesse soupait. L'estomac se lève plus ou moins tard chez l'homme selon sa distinction. De Edmond et Jules de Goncourt / Journal
  • Grammaire. Système de pièges délibérément préparé pour faire trébucher l'autodidacte, tout au long du chemin sur lequel il progresse vers la distinction. De Ambrose Bierce / Le Dictionnaire du Diable
  • Le sourire est le signe le plus délicat et le plus sensible de la distinction et de la qualité de l'esprit. De Charles-Augustin Sainte-Beuve / Mes poisons
  • La distinction entre le vrai et le faux s’applique aux idées, non aux sentiments. Un sentiment peut être superficiel, il ne sera jamais menteur. De Arthur Koestler / La Corde raide
  • Il y a un monde de différence entre faire une chose et y penser. Sans cette distinction, la vie serait impossible. De Paul Auster / Léviathan
  • Tous les hommes sont égaux. Il n'y a de véritable distinction que la différence qui peut exister entre eux. De Henry Monnier / Grandeur et décadence
  • La télévision est un système de communication où la distinction est devenue suspecte et l’approximation banale. De Alain Bentolila / Le Figaro, 14 février 2015
  • De quelque superbe distinction que se flattent les hommes, ils ont tous une même origine, et cette origine est petite. De Jacques-Bénigne Bossuet / Oraison funèbre de la duchesse d'Orléans
  • Excentricité. Méthode de distinction si peu coûteuse que les sots l'utilisent pour accentuer leur incapacité. De Ambrose Bierce / Dictionnaire du diable
  • La douleur, comme la mort, ne fait pas de distinction de classes, de religions, d'âges, de conditions. De Gilbert Louvain / La Catherine de Montréal
  • Ne pas s’occuper des autres, c’est toute la distinction ; s’en occuper, c’est toute la politesse. De Edmond et Jules de Goncourt
  • La distinction entre le passé, le présent, le futur n'est qu'une illusion, aussi tenace soit-elle. De Albert Einstein
  • La distinction du sacré et du profane semble plus étanche ailleurs qu’en France. De Antoine Compagnon / le Monde des Livres, 16 janvier 2015
  • La distinction réelle se fait entre adaptés et inadaptés : le reste est littérature. De Fernando Pessoa / Le livre de l’intranquillité
  • Les Chevaliers de l'Ordre National évitent soigneusement d'abréger cette distinction. De Alain Doutriac / Pensées de sel
  • Il n'y a que les domestiques qui savent reconnaître les gens distingués. Jules Huot de GoncourtEdmond Huot de Goncourt, Journal, Fasquelle

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Traductions du mot « distinction »

Langue Traduction
Corse distinzione
Basque bereizketa
Japonais 区別
Russe различие
Portugais distinção
Arabe تمييز
Chinois 区别
Allemand unterscheidung
Italien distinzione
Espagnol distinción
Anglais distinction
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Synonymes de « distinction »

Source : synonymes de distinction sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « distinction »


Mots similaires