La langue française

Orgueil

Définitions du mot « orgueil »

Trésor de la Langue Française informatisé

ORGUEIL, subst. masc.

I.
A. − Présomption, estime exagérée, amour excessif de soi-même, qui fait que l'on est persuadé de sa propre excellence, que l'on se juge supérieur aux autres. Les philosophes qui, pour l'orgueil et la sécheresse continuèrent les théologiens, décidèrent qu'il n'avait pas d'âme (Michelet,Peuple,1846, p.238).Disraëli (...) forme le projet (...) de devenir le plus grand homme qui ait jamais existé (...). On connaît l'orgueil fou d'un Byron, la mégalomanie d'un Hitler, d'un Goebbels, d'un Mussolini, greffée sur une jeunesse humiliée (Mounier,Traité caract.,1946, p.598):
1. Un adage sacré dit que l'orgueil est le commencement de tous nos crimes; (...) et de toutes nos erreurs. C'est lui qui nous égare en nous inspirant un malheureux esprit de contention qui nous fait chercher des difficultés pour avoir le plaisir de contester, au lieu de les soumettre au principe prouvé... J. de Maistre,Soirées St-Pétersb.,t.1, 1821, p.304.
Subst. + d'orgueil.Homme d'orgueil. Homme qui est rempli d'orgueil. Le ciel de turquoise morte surveille la ruine des hommes d'orgueil qui voulurent en tenter l'escalade (Cocteau,Maalesh,1949, p.117).Politique d'orgueil. Politique qui est remplie d'orgueil. Ainsi, des deux côtés [France-Allemagne] la politique d'orgueil (...) de taquinerie et d'arrogance semble reprendre (Jaurès,Eur. incert.,1914, p.27).
SYNT. Orgueil démesuré, immense, indomptable, ombrageux; insolent, stupide, vif orgueil; abattre, blesser, briser, flatter, humilier, mortifier, offenser, vaincre l'orgueil de qqn; avoir un orgueil de fer; être bouffi, ivre, perdu d'orgueil; se gonfler, se piquer d'orgueil; tomber du haut de son orgueil.
En partic. [Cette estime considérée chez une pers. qui se glorifie avec excès d'avantages qui lui viennent de ses origines, de son rang social, etc.] Suffisance, morgue, superbe. L'orgueil des princes. Ces nobles, se dit la soubrette, ont l'air d'être sortis de la propre cuisse de Jupiter; au moindre mot, leur orgueil se dresse sur les ergots, et ils ne peuvent, comme les vilains, digérer l'insulte (Gautier,Fracasse,1863, p.222).
Spécialement
1. PSYCHANAL. ,,Hypertrophie du Moi et surestimation personnelle`` (Pel. Psych. 1976). L'orgueil (...) est un des éléments de la constitution paranoïaque et il fait le lit de la méfiance, de l'interprétation et des idées de persécution (Lafon1963).
2. MOR., RELIG. Défaut, esprit, vice d'orgueil; infernal, maudit, noir orgueil. Orgueil et humilité s'opposent donc comme le non et le oui, −celui-là qui est l'esprit de refus, la mortelle satisfaction d'une âme endurcie, blindée, cuirassée de contentement et entièrement insensible aux valeurs (Jankélévitch,Les Vertus et l'Amour,1970, p.661):
2. Le problème métaphysique de l'orgueil, de l'hybris, que les Grecs ont aperçu (...) a été un des thèmes essentiels de la théologie chrétienne (...). L'orgueil consiste à ne trouver sa force qu'en soi, il retranche celui qui l'éprouve d'une certaine communion des êtres, du même coup il tend à la briser, il joue comme un principe de destruction. G. Marcel,Position et approches concrètes du mystère ontologique,1967, p.74.
[P. réf. à la Bible, Prov. 16-18] Orgueil de Lucifer, de Satan. Isaïe compare le roi de Babylone à Lucifer, qui est tombé du ciel sur terre à cause de son orgueil (Théol. cath.t.4, 11920, p.361).
Péché d'orgueil. Le premier des sept péchés capitaux. Les péchés capitaux, a-t-il dit: il n'en a qu'un, lui, mais le père de tous les autres, l'orgueil! Par orgueil, il criera pour vous; par orgueil il vous trahira (Dumas père, Darlington,1832, i, 5, p.63).Ma fille, mon enfant, gardons-nous du péché d'orgueil. Nous sommes faits comme les autres. Nous sommes des chrétiens comme les autres. Nous eussions été comme eux (Péguy,Myst. charité,1910, p.129).
B. − Fierté, sentiment noble inspiré par une juste confiance, l'estime légitime de soi ou des autres. Orgueil maternel, national; noble, respectable orgueil; donner de l'orgueil à qqn. L'ame accroît sa force par l'orgueil même de sa force; dès qu'elle s'estime, elle peut tout (Senancour,Rêveries,1799, p.81).Je condamne ta vanité, mais non pas ton orgueil, car si tu danses mieux qu'une autre, pourquoi te dénigrerais-tu en t'humiliant devant qui danse mal? Il est une forme d'orgueil qui est amour de la danse bien dansée (Saint-Exup.,Citad.,1943, p.864):
3. Christophe oubliait donc tous ses griefs contre son père, et il s'évertuait à trouver des raisons de l'admirer (...) il rayonnait d'orgueil, quand il entendait admirer son talent de virtuose, ou quand Melchior racontait, en les amplifiant, les éloges qu'il avait reçus. Rolland,J.-Chr.,Aube, 1904, p.43.
Avec orgueil. Avec fierté. Contempler, regarder qqn/qqc. avec orgueil. Souvent il se disoit avec orgueil: «C'est mon gendre!...» (Balzac,Annette,t.2, 1824, p.140).Le commandant Desbarres (...) montrait avec orgueil (...) la croix d'honneur donnée par l'empereur lui-même (...) pendant la retraite de Russie (Maupass.,Contes et nouv.,t.2, Rosier MmeHusson, 1887, p.690).
(Avoir son) petit orgueil (fam.). (Éprouver une) satisfaction d'amour-propre. Corbie ouvrit les armoires, en tira des verres et une bouteille d'eau-de-vie, faisant le service avec le petit orgueil d'un homme qui montre qu'il est de la maison (Duranty,Malh. H. Gérard,1860, p.129).
Mettre un certain, tout son orgueil à faire qqc. Mettre (...) son amour-propre à... Gavarni nous parle (...) de ce temps où éditeurs, graveurs, artistes mettaient un certain orgueil à faire quelque chose de propre (Goncourt,Journal,1857, p.364).Il y avait surtout le fils d'un entrepreneur forain (...) qui mettait son orgueil à rester dernier de la classe (Gide,Si le grain,1924, p.424).
Subst. + d'orgueil.Sentiment d'orgueil. Il venait d'obtenir pour lui le ruban de la légion d'honneur. Félicité pleura. Son mari décoré! Son rêve d'orgueil n'était jamais allé jusque là (Zola,Fortune Rougon,1871, p.295):
4. Les petits plaisirs d'orgueil qu'il récoltait quotidiennement, l'empressement qu'il rencontrait aux cérémonies mineures où il représentait son ministre, la considération des officiers généraux, la poignée de main des sénateurs ventrus, faisaient à Simon cette apparence satisfaite. Druon,Gdes fam.,t.1, 1948, p.181.
P. anal. [Le compl. de nom désigne un arbre, un édifice] Aspect imposant, majesté de quelque chose. L'orgueil des palais. L'Escurial étend son orgueil de granit (Verlaine,Poèmes saturn.,1866, p.89).La maison était entourée de vieux sycomores laissés libres de tout temps. Ils étaient d'une santé et d'un orgueil magnifiques. Les troncs bosselés de muscles roux s'élançaient vers le ciel avec tant de puissance qu'ils soulevaient la terre dans leurs racines (Giono,Que ma joie demeure,1935, p.252).
II. − (Être l')orgueil de qqn/de qqc.(Être pour quelqu'un/quelque chose une) satisfaction d'amour-propre, (un) sujet de fierté, légitime ou non. Être l'orgueil d'une personne, d'un pays, d'un groupe; son fils, l'orgueil de la famille. N'avez-vous pas (...) un fils que tout le monde nous envierait, un fils qui est notre orgueil, notre gloire, notre avenir? (Scribe,Bertrand,1833, ii, 2, p.150).Général Koenig! Sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil (De Gaulle,Mém. guerre,1954, p.671).
III. − TECHNOL. ,,Grosse cale de pierre ou de bois servant de point d'appui à un levier`` (Barb.-Cad. 1963).
REM.
Orgueillite, subst. fém.,rare. Accès, crise d'orgueil. Souffrir, être atteint d'une orgueillite aiguë. Encore une crise d'orgueillite, chez les Charles Gide, tantôt. Une bouffée de vantardise (à propos de mes représentations en Allemagne) (Gide,Journal,1907, p.239).
Prononc. et Orth.: [ɔ ʀgoej]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Fin du xes. orgolz cas suj. «sentiment exagéré qu'on a de sa valeur» (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 56); ca 1100 orgoill cas rég. (Roland, éd. J. Bédier, 1773); b) ca 1100 «sujet de fierté» (ibid., 3315); c) 1637 (en bonne part) «sentiment justifié de sa dignité» (Corneille, Le Cid, II, 2, var. du vers 99); 2. 1376 «cale de bois ou de pierre qui, insérée sous un levier, lui sert de point d'appui» (Modus et Ratio, 124, 77 ds T.-L.). De l'a. b. frq. *urgol «fierté», dér. d'un adj. signifiant «excellent», cf. l'a. b. all. urgôl «excellent», l'a. h. all. urguol «id.» et l'ags. orgel, orgol subst. «fierté» (NED). V. FEW t.17, p.416a. Fréq. abs. littér.: 6576. Fréq. rel. littér.: xixes.: a)9936, b) 9327; xxes.: a) 9916, b) 8525. Bbg. Darm. Vie 1932, p.53, 192. _Quem. DDL t.11.

Wiktionnaire

Nom commun

orgueil \ɔʁ.ɡœj\ masculin

  1. Vanité qui porte à se mettre au-dessus des autres. Opinion très avantageuse, le plus souvent exagérée, qu’une personne a de sa valeur personnelle aux dépens de la considération due à autrui.
    • Tels sont surtout les comédiens, les musiciens, les orateurs et les poètes. Moins ils ont de talent, plus ils ont d’orgueil, de vanité, d’arrogance. Tous ces fous trouvent cependant d’autres fous qui les applaudissent; […]. — (Érasme; Éloge de la folie, 1509. Traduction de Thibault de Laveaux en 1780)
    • Le désir de vivre cède à l’orgueil, la plus impérieuse de toutes les passions qui maîtrisent le cœur de l’homme. — (Robespierre, Discours sur la peine de mort, le 30 mai 1791 au sein de l’Assemblée constituante)
    • O détestable orgueil ! Non il n’est point de vice
      Plus funeste aux mortels, plus digne de supplice.
      Voulant tout asservir à ses injustes droits,
      De l’humanité même il étouffe la voix.
      — (Philippe Néricault Destouches, Le Glorieux, Lycante, Acte IV, sc.3)
    • Être du Tout-Paris inspire immédiatement à celui qui a cet honneur un orgueil sans bornes. Il méprise autour de lui — même dans ses amis et connaissances — quiconque n’en est pas ; […]. — (Anatole Claveau, Le Tout-Paris, dans Sermons laïques, Paris : Paul Ollendorff, 1898, 3e éd., p.22 & 23)
    • Il y a une différence entre l’orgueil et la vanité. L’orgueil est le désir d’être au-dessus des autres, c’est l’amour solitaire de soi-même. La vanité au contraire, c’est le désir d’être approuvé par les autres. Au fond de la vanité, il y a de l’humilité; une incertitude sur soi que les éloges guérissent. — (Henri Bergson,  Référence nécessaire,)
    • J’imagine que le pessimisme grec provient de tribus pauvres, guerrières et monta­gnardes, qui avaient un énorme orgueil aristocratique, mais dont la situation était par contre fort médiocre; […]. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, 1908, p.15)
    • Monsieur Hector y découvre moins d’originalité réelle qu’un orgueil bien assis, une volonté de contemption toute proche de l’irrespect. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • L’orgueil, l’épicentre de la bêtise. — (Marie-Ève Sévigny, Intimité et autres objets fragiles, Triptyque, 2012, page 18)
    • (Animisme/Métonymie) L'orgueil blessé est prêt à de grands sacrifices pour se venger. — (Mathieu Ricard, Plaidoyer pour l'altruisme, NiL, Paris, 2013, p. 391)
  2. (Péjoratif) Légitime fierté qui éloigne de la bassesse.
    • […] ses yeux étaient si brillants de ce premier orgueil qu’éprouve l’homme à son premier triomphe, il était si beau et si fier de son bonheur, […]. — (Alexandre Dumas, Othon l’archer, 1839)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ORGUEIL. (GUEIL se prononce comme DEUIL.) n. m.
Excès d'estime de soi-même qui porte à se mettre au-dessus des autres. Orgueil insupportable. Orgueil insensé. Être plein, enflé, bouffi d'orgueil. Être fou d'orgueil. Rabattre l'orgueil de quelqu'un. Avoir des mouvements d'orgueil. L'orgueil perçait à travers son apparente modestie. Elliptiquement, L'orgueil de sa naissance, de ses richesses, de ses belles actions, L'orgueil que lui inspire sa naissance, etc. Il se prend aussi quelquefois en bonne part et alors il désigne un Sentiment noble et élevé, une légitime fierté qui éloigne de toute sorte de bassesse. J'ai l'orgueil de croire que je ne suis pas indigne de votre estime. Être l'orgueil de, faire l'orgueil de, Être le sujet d'une fierté légitime. Par ses beaux succès, ce jeune homme fait l'orgueil de sa famille.

Littré (1872-1877)

ORGUEIL (or-gheull', ll mouillées) s. m.
  • 1Sentiment, état de l'âme où naît une opinion trop avantageuse de soi-même. L'orgueil n'est pas toujours la marque des grands cœurs, Corneille, Suréna, V, 1. L'orgueil se dédommage toujours et ne perd rien, lors même qu'il renonce à la vanité, La Rochefoucauld, Max. 33. L'orgueil ne veut pas devoir, et l'amour-propre ne veut pas payer, La Rochefoucauld, ib. 228. La nature, qui a sagement pourvu à la vie de l'homme par la disposition admirable des organes du corps, lui a sans doute donné l'orgueil pour lui épargner la douleur de connaître ses imperfections et ses misères, La Rochefoucauld, ib. Prem. pens. n° 12. L'orgueil qui naît des qualités spirituelles est de même genre que celui qui est fondé sur des avantages extérieurs, Nicole, Ess. de mor. 1er traité, ch. 1. Tout ce qui est au monde ou concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie, Pascal, Pens. XXIV, 32, éd. HAVET. Jésus-Christ est un Dieu dont on s'approche sans orgueil, et sous lequel on s'abaisse sans désespoir, Pascal, ib. XVII, 7. La misère persuade le désespoir, l'orgueil persuade la présomption ; l'incarnation montre à l'homme la grandeur de sa misère par la grandeur du remède qu'il a fallu, Pascal, ib. XII, 14. Ils n'ont pu fuir ou l'orgueil ou la paresse, qui sont les deux sources de tous les vices, Pascal, ib. XII, 11. Ô hommes… vos maladies principales sont l'orgueil qui vous soustrait de Dieu, la concupiscence qui vous attache à la terre, Pascal, ib. XII, 2. Orgueil contre-pesant toutes nos misères : ou il cache ses misères, ou, s'il les découvre, il se glorifie de les connaître, Pascal, ib. II, 2. M. d'Aix doit être bien content que M. d'Arles lui quitte la place ; appelle-t-on cela de l'orgueil ? c'en est un au moins qui contente fort celui de M. l'archevêque d'Aix : ces deux orgueils, dont l'un demeure et l'autre s'en va, s'accommoderont fort bien ensemble, Sévigné, 4 déc. 1689. Les enfers où il [Alexandre] porte la peine éternelle d'avoir voulu se faire adorer comme un Dieu soit par orgueil, soit par politique, Bossuet, la Vallière. Elle croyait voir partout dans ses actions un amour-propre déguisé en vertu… ainsi Dieu l'humiliait par ce qui a coutume de nourrir l'orgueil, Bossuet, Anne de Gonz. L'œil qui monte toujours, Bossuet, Marie-Thér. Vous allez voir une reine qui, à l'exemple de David, attaque de tous côtés sa propre grandeur et tout l'orgueil qu'elle inspire, Bossuet, ib. Saint Augustin définit l'orgueil une perverse imitation de la nature divine, Bossuet, 1er sermon, Nativité, fragment d'un autre sermon. L'âme regarde ces honneurs que le monde vante ; et aussitôt elle en voit le fond, elle voit l'orgueil qu'ils inspirent, et découvre dans cet orgueil et les disputes et les jalousies et tous les maux qu'il entraîne, Bossuet, la Vallière. L'orgueil est l'endroit le plus vif du cœur ; pour peu qu'on y touche, la douleur nous fait jeter de hauts cris, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 106. Cet homme qui défendait les villes de Juda, qui domptait l'orgueil des enfants d'Ammon et d'Esaü, Fléchier, Turenne. Mais, pour un vain bonheur qui vous a fait rimer, Gardez qu'un sot orgueil ne vous vienne enfumer, Boileau, Art p. II. Je l'ai trouvé [Mardochée] couvert d'une affreuse poussière, Revêtu de lambeaux, tout pâle ; mais son œil Conservait sous la cendre encor le même orgueil, Racine, Esth. II, 1. Dois-je au superbe Achille accorder la victoire ? Son téméraire orgueil, que je vais redoubler, Croira que je lui cède, Racine, Iph. IV, 8. C'en est fait : mon orgueil est forcé de plier, Racine, Esth. III, 5. Que son farouche orgueil le rendait odieux ! Racine, Phèdre, III, 1. Il faut définir l'orgueil une passion qui fait que, de tout ce qui est au monde, l'on n'estime que soi, La Bruyère, Théophraste, XXIV. L'orgueil, qui vous tient lieu de raison, fait peut-être que les mœurs au dehors paraissent égales et uniformes, Massillon, Carême, Inconst. C'est le chef-d'œuvre de la plus sincère modestie que d'avouer de l'orgueil et les imprudences de cet orgueil, Fontenelle, Saurin. Notre orgueil nous met si vite au fait de celui des autres, Marivaux, Marianne, XIe part. Nous nous connaissons tous si bien en orgueil, que personne ne saurait nous faire un secret du sien, Marivaux, Pays. parv. part. 4. L'orgueil, joint à une vaste ambition, à la grandeur des idées, produisit chez les Romains les effets que l'on sait, Montesquieu, Esp. XIX, 9. L'orgueil des petits consiste à parler toujours de soi ; l'orgueil des grands est de n'en jamais parler, Voltaire, Dict. phil. Quisquis, Langleviel. Il se peut que Cicéron, qui d'ailleurs avait souvent vu le peuple romain, le peuple roi, lui applaudir et lui obéir, et qui était remercié par des rois qu'il ne connaissait pas, ait eu quelques mouvements d'orgueil et de vanité, Voltaire, Dict. phil. Orgueil. Piron seul eut raison, quand dans un goût nouveau Il fit ce vers heureux digne de son tombeau : Ci-gît qui ne fut rien ; quoi que l'orgueil en dise, Humains, faibles humains, voilà votre devise, Voltaire, la Vanité. L'orgueil est le premier des tyrans ou des consolateurs, Duclos, Consid. mœurs, 10. L'orgueil humilié et rampant est toujours de l'orgueil, Duclos, ib. 13. On a bien raison de dire : quand l'orgueil arrive, la pauvreté n'est pas loin, Picard, Manie de briller, III, 18.

    Orgueil de…, orgueil inspiré par. Madame, ignorez-vous que l'orgueil de l'empire…, Racine, Bajaz. II, 1. Nous ne connaissons point l'orgueil de la naissance, Voltaire, Fanat. I, 2.

  • 2En bonne part, sentiment noble, élevé, qui inspire une juste confiance en son propre mérite. J'ai l'orgueil de croire que je ne suis pas indigne de votre amitié, Dict. de l'Acad. Leur orgueil foule aux pieds l'orgueil du diadème, Voltaire, Brutus, I, 4. Plutôt que jusque-là j'abaisse mon orgueil, Je verrais sans pâlir les fers et le cercueil, Voltaire, Zaïre, I, 1. J'ai pensé qu'un guerrier, jaloux de sa puissance, Peut mettre l'orgueil même à pardonner l'offense, Voltaire, Alz. IV, 2. Soyez béni, mon Dieu, vous qui daignez me rendre L'innocence et son noble orgueil, Gilbert, Derniers vers.

    Faire l'orgueil de, être l'orgueil de, être un sujet d'orgueil pour. Elle fait tout l'orgueil d'une superbe mère, Racine, Iphig. II, 1. La fille d'Alpéric, l'orgueil de l'Helvétie, Masson, Helv. III. Un chêne antique, orgueil des paisibles hameaux, Baour-Lorm. dans GIRAULT-DUVIVIER.

  • 3Il se dit aussi des choses qui ont le caractère de l'orgueil. J'aurais peine à souffrir l'orgueil de ses reproches, Corneille, Médée, II, 5. Il abaisse à nos pieds l'orgueil des diadèmes, Corneille, Cinna, III, 4. Et c'est là que, fuyant l'orgueil du diadème, Lasse de vains honneurs…, Racine, Esth. I, 1. L'orgueil de vos attraits pense tout asservir, Voltaire, Marianne, II, 2. Moi, que je flatte encor l'orgueil de sa beauté, Voltaire, Alz. IV, 1.
  • 4Faste, pourpre. Le luxe qui l'entoure, dont les pauvres et ses créanciers ont souffert ; l'orgueil de ses édifices, que le bien de la veuve et de l'orphelin, que la misère publique a peut-être élevés, Massillon, Avent, Mort du péch.
  • 5 Terme de construction. Cale de bois, de pierre, ou de toute autre matière dure, qui fait dresser la tête d'un levier employé à soulever un corps quelconque et en soutient l'effort. On peut trouver aussi que l'Académie, en prodiguant les proverbes, a trop épargné certains termes usités des artisans, et qui font des images ou peuvent en fournir… Furetière avait raison de regretter le nom énergique d'orgueil, employé par les ouvriers pour désigner l'appui qui fait dresser la tête du levier, et que les savants appelaient du beau mot d'hypomochlion, Villemain, Préface du Dict. de l'Académie, 1835.

REMARQUE

Scribe a employé le pluriel dans sa comédie du Puff, II, 3 : " J'aurais mieux aimé ne voir chez moi que de bonnes gens, et mon salon est le rendez-vous de tous les orgueils, de tous les ressentiments littéraires. " C. Delavigne avait déjà employé ce pluriel dans le Paria : " Que d'orgueils révoltés ! " et Duviquet, dans l'examen critique de cette pièce, disait : " C'est la première fois que j'ai vu le mot orgueil employé au pluriel ; et je doute qu'il fût possible à M. Delavigne d'autoriser ce pluriel par quelques exemples. " Duviquet se trompait ; on voit dans une phrase de Mme de Sévigné, qu'il est question de deux orgueils. Le pluriel est aussi dans J. Marot.

SYNONYME

ORGUEIL, VANITÉ. L'orgueil fait que nous nous estimons nous-mêmes au delà de ce qui est. La vanité fait que nous voulons être estimés d'autrui.

HISTORIQUE

XIe s. Consels d'orguill n'est dreiz que à plus mont [monte], Ch. de Rol. X. Veez l'orgoil de France la loée, ib. CCXL.

XIIe s. …comment soit Ses grans orgueus [son grant orgueil] abaissez et maumis, Ronc. p. 30. Quant cil est morz qui m'a tolu l'orguel…, ib. p. 102. Pleine d'orgueil et dame sans guerdon, Couci, II. …Tout ce ne lo-je mie [je ne conseille] ; Que trop sembleroit estre orgoil et desverie, Sax. XXII.

XIIIe s. Ha ! frere, vos orgiols vous grevera encore et fera de mescief, Ch. de Rains, p. 206. La premiere avoit non Orguex, L'autre qui ne valoit pas miex Fu apelée Vilenie, la Rose, 965.

XVe s. Grand orgueil est tantost mué, Chartier, Poésies, p. 720.

XVIe s. Vaincu avez le More et son armée ; Genes soubmis, ses orgueilz abbatuz, Marot, J. v, 65. Ceux qui condamnent les autres par orgueil, il avient après que Dieu les condamne par justice, Lanoue, 72. À orgueil ne manque de couvre deuil, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 228. Il n'est orgueil que de pauvre enrichi, Cotgrave Orgueil n'a pas bon œil, Cotgrave Ainsi l'orgueil de Rome est à ce point levé, Que d'un prestre, tout roi, tout empereur bravé, Est marchepied fangeux ; on void, sans qu'on s'estonne, La pantoufle crotter les fleurs de la couronne, D'Aubigné, Tragiques, Misères.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

ORGUEIL, sub. masc. ORGUEILLEUX, adj. (Morale.) L’orgueil est une opinion excessive de son propre mérite ; c’est un sentiment qui consiste à s’estimer soi-même plus que les autres ou sans raison, ou sans sujet suffisant ; & dans cette prévention à les mépriser mal-à-propos. Je dis sans raison, & c’est alors une folie : j’ajoute & sans sujet suffisant, parce que quand quelqu’un a légitimement acquis un droit qui lui donne une prééminence par-dessus les autres, il est maître de faire valoir ce droit & de le maintenir, pourvu qu’il évite un mépris injurieux vis-à-vis de ses inférieurs. Mais le bon sens, la réflexion, la philosophie, la foiblesse humaine, l’égalité qui est entre les hommes, doivent servir de préservatifs contre l’orgueil, ou du-moins de correctifs de cette passion ; c’est ce qui fait dire spirituellement à l’auteur des maximes, que l’orgueil ne monte dans l’esprit de quelqu’un, que pour lui épargner la douleur de voir ses imperfections. (D. J.)

Orgueil, (Architect.) c’est une grosse cale de pierre, ou un coin de bois, que les ouvriers mettent sous le bout d’un levier ou d’une pince, pour servir de point d’appui, ou de centre de mouvement d’une pesée, ou d’un abattage. (D. J.)

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Étymologie de « orgueil »

(980, Passion), orgolz, puis (1080, Chanson de Roland) orgoill et (1130, Eneas) orgueil. Du vieux-francique *urgôli « fierté » (cf. ancien haut allemand urguol « remarquable, excellent »), romanisé en *urgolius, qui a remplacé le latin classique superbia « orgueil, fierté » (espagnol orgullo, italien orgoglio, portugais orgulho, occitan orguèlh).
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Wallon, orgou, ôrgou ; anc. liégeois, orgowe ; provenç. orguelh, erguelh, orguoil, orgoil, argull ; catal. orgull ; espagn. orgullo ; portug. orgulho ; ital. orgoglio ; anc. ital. argoglio ; de l'anc. haut allem. urguol, remarquable, insigne, urgilo, orgueilleux ; anglo-sax. orgel, orgueilleux. L'anc. haut all. se décompose en ur, us, répondant au lat. ex, et guol, gil, gal, pétulant, luxuriant.

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Phonétique du mot « orgueil »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
orgueil ɔrgœj

Citations contenant le mot « orgueil »

  • Quand orgueil chevauche devant, Honte et dommage suivent de près. De Proverbe français
  • Recevoir sans bouffée d'orgueil, perdre sans déchirement. Marc Aurèle en latin Marcus Annius Verus, puis Marcus Aurelius Antoninus, Pensées, VIII, 33 (traduction A. I. Trannoy)
  • La pitié sans orgueil n'appartient qu'à la femme. Ivan Sergueïevitch Tourgueniev, Étranges Histoires, l'Abandonnée
  • Mon orgueil pervertit tout. De Martine Le Coz / Céleste
  • Il y a deux degrés d'orgueil : l'un où l'on s'approuve soi-même ; l'autre où l'on ne peut s'accepter. Celui-ci est probablement le plus raffiné. Henri Frédéric Amiel, Journal intime, 27 octobre 1853
  • L'orgueil est la même chose que l'humilité : c'est toujours le mensonge. Georges Bataille, Le Coupable, Gallimard
  • Dieu est nommé pour le seul être que l'on puisse adorer en soi sans être enchaîné par l'orgueil. René Daumal, Lettres à ses amis, Gallimard
  • Le comble de l'orgueil, c'est de se mépriser soi-même. Gustave Flaubert, Carnets
  • Les scrupules sont fils de l'orgueil le plus fin. saint François de Sales, Maximes, sentences et pensées
  • Mon orgueil s'est coloré avec la pourpre de ma honte. Jean Genet, Journal du voleur, Gallimard
  • La vanité, c'est l'orgueil des autres. Sacha Guitry, Jusqu'à nouvel ordre, M. de Brunhoff
  • La modestie n'est qu'une sorte de pudeur de l'orgueil. Marcel Jouhandeau, De la grandeur, Grasset
  • On s'humilie par orgueil. On accepte d'être humilié par humilité. Robert Mallet, Apostilles, Gallimard
  • Il y a des gens qui ne dépouillent jamais leur orgueil. Leurs fautes, s'ils les passent en revue, c'est à cheval. Paul Masson, Cité par Willy dans l'Année fantaisiste, 1893
  • On peut désirer par amour-propre d'être délivré de l'amour-propre, comme l'on peut souhaiter l'humilité par orgueil. Pierre Nicole, Essais de morale, Des diverses manières dont on tente Dieu
  • […] L'orgueil est plein de silence […]. Charles-Louis Philippe, Lettres de Jeunesse, Lettre à Mme Kenty , Gallimard
  • C'est l'orgueil qui fait dire non, et la faiblesse oui. La modestie peut également dire les deux sans passion. Pierre Reverdy, En vrac, Éditions du Rocher
  • On est orgueilleux par nature, modeste par nécessité. Pierre Reverdy, En vrac, Éditions du Rocher
  • La vanité fait plus d'heureux que l'orgueil. Antoine Rivaroli, dit le Comte de Rivarol, Discours sur l'homme intellectuel et moral
  • L'orgueil amène l'écrasement. De Proverbe français
  • Quand la faim croît, l’orgueil décroît. De Proverbe italien
  • Trop d’humilité est demi-orgueil. De Proverbe yiddish
  • La louange affermit notre orgueil, cependant que notre orgueil nous certifie la sincérité de la louange. De Jean Rostand / De la vanité
  • La vanité est l’écume de l’orgueil. De Alphonse Karr
  • Le diable essuie sa queue avec l’orgueil du pauvre. De Proverbe espagnol
  • La charité est souvent un fruit de l’orgueil. De Alfonso Di Lernia
  • L'orgueil est le consolateur des faibles. De Vauvenargues / Réflexions et Maximes
  • L’homme est l’orgueil du cèdre emplissant le roseau. De Victor Hugo / Les Contemplations
  • Le plus farouche orgueil naît surtout à l'occasion d'une impuissance. Paul Valéry, Moralités, Gallimard
  • On se sauve de tout par l'orgueil. De Gustave Flaubert / Louise Colet - 23 Mai 1852
  • Plaire à soi est orgueil ; aux autres, vanité. De Paul Valéry / Mélange
  • L'humilité est le contrepoison de l'orgueil. De Voltaire / Dictionnaire philosophique
  • Le Canada s’est longtemps enorgueilli d’avoir la meilleure cote de crédit qui soit. Et pour cause : ce bulletin financier parfait, aux yeux des agences mondiales de crédit, n’est réservé qu’à un groupe très restreint de pays en excellente santé financière. La Presse, L’orgueil du Canada

Images d'illustration du mot « orgueil »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « orgueil »

Langue Traduction
Anglais pride
Espagnol orgullo
Italien orgoglio
Allemand stolz
Chinois 自豪
Arabe فخر
Portugais orgulho
Russe гордость
Japonais 誇り
Basque harrotasuna
Corse orgogliu
Source : Google Translate API

Synonymes de « orgueil »

Source : synonymes de orgueil sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « orgueil »

Orgueil

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