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Grandeur

Variantes Singulier Pluriel
Féminin grandeur grandeurs

Définitions de « grandeur »

Trésor de la Langue Française informatisé

GRANDEUR, subst. fém.

I. − [Correspond à grand I]
A. − Caractère de ce qui est grand par ses dimensions, de ce qui dépasse la norme ou la mesure ordinaire. La grandeur de Goliath (DG). Ce sobriquet de Carlone était caractéristique (...). On sait que la terminaison en one exprime la grandeur et la grosseur (Sand, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 194) :
1. ... la solidité et on dirait presque la sincérité des monuments éclate encore mieux par leur grandeur et par leur masse; c'est pourquoi on peut aller jusqu'à dire que la beauté architecturale dépend beaucoup de la masse dressée. C'est presque la seule beauté des pyramides, et l'on dit que ce n'est pas peu... Alain, Beaux-arts,1920, p. 175.
Loc. adv. Du haut de sa grandeur. D'une façon hautaine, avec un air de supériorité. Regarder qqn du haut de sa grandeur. Le beau Mistral, fier comme le roi David, lui disait [à la vieille] du haut de sa grandeur : « Laissez, laissez, la mère... les poètes, tout leur est permis... » (A. Daudet, Trente ans Paris,1888, p. 175).
B. −
1. Caractère de ce qui est susceptible de varier en taille ou en importance et qui, de ce fait, se prête aux mesures. Synon. taille, proportions, importance.La grandeur d'un logis, d'un bois, d'un étang, d'un parc (Ac.). La distance diminue la grandeur des objets : les esprits inférieurs n'ont jamais été frappés par les hommes de génie (Staël, Lettres jeun.,1786, p. 94).Des expériences de Köhler ont montré que dans la perception des grandeurs, l'interprétation de la distance est une fonction très primitive (Ruyer, Conscience,1937, p. 76).
Ordre de grandeur. La vie est microscopique, et tous les processus qui la caractérisent se déroulent dans un monde dont l'ordre de grandeur est le millième de millimètre (J. Rostand, La Vie et ses probl.,1939, p. 17).
Loc. Grandeur nature. ,,Se dit en art de toute imitation, d'un être ou d'un objet reproduit dans ses dimensions réelles`` (Adeline, Lex. termes art, 1884). Il ne lui restait pour toute fortune que le portrait en pied, grandeur nature, de la belle Esther, grand'mère d'Alexis, peint par son mari (Triolet, Prem. accroc,1945, p. 100).Grandeur naturelle. Même sens. La statue est en bois, de grandeur naturelle (Verlaine, Œuvres compl., t. 2, Amour, 1888, p. 25).Grandeur d'exécution. ,,Se dit des modèles de sculpture, plans et dessins d'architecture ou de mécanique représentant des objets dans la vraie dimension où ils doivent être exécutés`` (Adeline, Lex. termes art, 1884). Le dessinateur chromiste travaille toujours d'après une maquette grandeur d'exécution du modèle à reproduire (Chelet, Lithogr.,1933, p. 67).
2. En partic.
a) Aspect mesurable de quelque chose. La longueur, le volume sont des grandeurs; grandeur variable; grandeur scalaire*, vectorielle*. Les grandeurs géométriques (Taine, Intellig., t. 2, 1870, p. 344).On peut faire tourner une droite jusqu'à ce qu'elle revienne à sa première position; ce demi-tour est une grandeur de rotation toujours égale à elle-même (Alain, Propos,1922, p. 355) :
2. ... une grandeur continue quelconque comporte une expression numérique aussi approchée qu'on le veut, puisqu'elle tombe nécessairement entre deux grandeurs susceptibles d'une expression numérique exacte, et dont la différence peut être rendue aussi petite qu'on le veut. Cournot, Fond. connais.,1851, p. 287.
b) Quantité qui mesure (l'intensité d'un phénomène). MM. Renaux et Bonpain ont imaginé un appareil (...) qui transmet en vraie grandeur les variations du niveau [d'eau de la chaudière] (Ser, Phys. industr.,1890, p. 154).La vitesse avec laquelle il [le papier filtre] rosit, fournit une indication de la grandeur d'émission d'eau (Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 1, 1931, p. 233).
ASTRON. Éclat relatif des étoiles. Synon. magnitude.Étoile de première, de deuxième grandeur; échelle des grandeurs. Les plus faibles étoiles visibles à l'œil nu sont de sixième grandeur (Muller1966).
P. métaph., loc. adj. De première grandeur. De première, de haute importance. C'est assez dire que je ne considère pas tes démêlés avec ta femme comme des événements de première grandeur et que tes variations d'humeur ne dérangeront pas le cours de ma vie (Aymé, Quatre vérités,1954, p. 130).
C. − P. ext. Caractère de ce qui est important par la quantité, le nombre, la portée. Le roi [Louis XVI] entrait alors dans la royauté comme dans un temple, avec tremblement, avec une sorte d'horreur sacrée devant la grandeur de ses devoirs (Goncourt, Journal,1864, p. 63).C'est dans la grandeur croissante des armements que je me flatte de découvrir un lointain présage de paix universelle (A. France, Opinions J. Coignard,1893, p. 180) :
3. ... il demeure bien constant que les sommes absorbées par les dépenses de l'État sont une cause continuelle d'appauvrissement, et que par conséquent la grandeur des revenus nécessaires pour faire face à ces dépenses, est un mal sous le rapport économique. Mais s'il est visible que la grandeur de ces revenus est nuisible à la richesse nationale, il n'est pas moins manifeste qu'elle est encore plus funeste à la liberté politique, parce qu'elle met dans les mains des gouvernants de grands moyens de corruption et d'oppression. Destutt de Tr., Comment. sur Espr. des lois,1807, p. 244.
II. − [Correspond à grand II]
A. −
1. Éclat prestigieux qui résulte de la puissance, l'autorité, la gloire. Grandeur d'un État, d'un règne, d'un roi; la grandeur de Dieu. Il me paraissait beau (...) d'être l'officier d'Alfred de Vigny (...). J'avais lu passionnément Servitude et Grandeur militaires (A. France, Vie fleur,1922, p. 436).Assurer la pleine et entière restauration de l'indépendance et de la grandeur de la France (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 194) :
4. ... la Philosophie de l'Histoire est peut-être le livre allemand écrit avec le plus de charme. On n'y trouve pas la même profondeur d'observations politiques que dans l'ouvrage de Montesquieu, sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains; mais comme Herder s'attachoit à pénétrer le génie des temps les plus reculés, peut-être que la qualité qu'il possédoit au suprême degré, l'imagination, servoit mieux que toute autre à les faire connoître. Staël, Allemagne, t. 3, 1810, p. 311.
2. Le plus souvent au plur. Pouvoir, dignités, honneurs qui appartiennent à ceux qui occupent un rang éminent dans la société. Méraut lui donnait des nouvelles de sa nièce, de sa vie à Saint-Mandé, lui apportait le reflet de ses grandeurs (A. Daudet, Rois en exil,1879, p. 202) :
5. La princesse de Silistrie jeta partout les hauts cris, se répandit sur les grandeurs de Saint-Loup, et clama que si Saint-Loup épousait la fille d'Odette et d'un juif, il n'y avait plus de faubourg Saint-Germain. Proust, Albertine disparue,1922, p. 164.
P. méton. M. Viennet n'est pas de ceux qui se plaisent à attaquer les faibles et les grandeurs qui semblent en péril (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 12, 1866, p. 441).
PATHOL. Délire de grandeur. ,,Conviction délirante qu'un sujet se fait de sa propre importance, en croyant par exemple qu'il est extrêmement riche, puissant, d'origine royale, etc.`` (Méd. Biol. t. 2 1971) :
6. ... il [Nerval] écrit à MmeAlexandre Dumas qu'il s'est flatté d'être l'un des prophètes et voyants prédits par l'Apocalypse! Mais peut-être devrait-on rattacher le délire de grandeur à la déformation du précoce et tout normal désir de gloire. Durry, Nerval,1956, p. 48.
Folie des grandeurs. ,,Synon. de mégalomanie`` (Méd. Biol. t. 2 1971). Une même folie des grandeurs déchaîne d'énormes caravansérails et des maisons bourgeoises, encombrées de sculptures économiques et tapageuses (Barrès, C. Baudoche,1909, p. 8).
3. Titre honorifique donné autrefois à certains hauts personnages, en particulier aux évêques. Vous voilà monsignor, et de la Grandeur à l'Éminence il n'y a qu'un pas, et entre l'Éminence et la Sainteté il n'y a que la fumée d'un scrutin (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 67).La lettre de Sa Grandeur Monseigneur l'évêque de Tourcoing avait été rendue publique le 14 janvier (A. France, Anneau améth.,1899, p. 419).
B. − Domaine moral et intellectuel.Haut degré d'élévation, de noblesse. Grandeur morale, spirituelle; grandeur d'une idée, d'un idéal, d'une cause; caractère plein de grandeur. Ce qui fait la grandeur de l'homme, c'est qu'il préfère la vérité à lui-même (Cousin, Hist. philos. mod., t. 2, 1847, p. 10).Il avait rendu sa grandeur à l'amour (Guéhenno, Jean-Jacques,1952, p. 275).
Grandeur d'âme. Magnanimité. Il surmonta par grandeur d'âme sa propre douleur pour soulager celle de ses amis (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 2, 1842, p. 11).
C. − Domaine de l'art.Caractère noble, élevé, puissant (du style, de l'inspiration, etc.). Le beau et mâle tableau, cette Justice divine poursuivant le crime! quelle grandeur simple de composition! quelle sérénité pathétique (Goncourt, Art xviiies., t. 2, 1880, p. 416).À peine Michel-Ange et Raphaël sont-ils morts que déjà (...) la grandeur se mue en emphase, la tendresse en mièvrerie, (...) l'abondance en redondance (Mauclair, De Watteau à Whistler,1905, p. 120) :
7. Sa messe en si mineur [de J.S. Bach], ses oratorios de la passion selon Saint Mathieu et celle selon Saint Jean (...) sont des monuments musicaux d'une solidité inébranlable dans lesquels la grandeur du style, l'abondance de l'invention (...) seront toujours des modèles de pure beauté... Rougnon1935, p. 312.
Prononc. et orth. : [gʀ ɑ ̃dœ:ʀ]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. A. a) 1155 « caractère de ce qui a des dimensions supérieures à la moyenne » (Wace, Brut, 1071 ds T.-L.); b) 1remoitié xiies. « puissance, splendeur (ici de Dieu) » (Psautier Cambridge, éd. Fr. Michel, 144, 5). B. ca 1165 « étendue, dimensions » (B. de Ste-Maure, Troie, 2997 ds T.-L.). C. a) 1559 plur. « actions d'éclat » (Amyot, Vies, Alex. le grand ds Gdf. Compl.); b) 1640 « honneurs » (Corneille, Cinna, IV, 3, v. 1261). Dér. de grand*; suff. -eur1*. Fréq. abs. littér. : 5 463. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 9 478, b) 6 787; xxes. : a) 6 375, b) 7 674.

Wiktionnaire

Nom commun - français

grandeur \ɡʁɑ̃.dœʁ\ féminin

  1. Étendue, taille en hauteur, en longueur, en largeur, etc.
    • Ce vase est de la grandeur convenable.
    • Des tableaux de différentes grandeurs.
    • La grandeur d’un logis, d’un bois, d’un étang, d’un parc.
    • La grandeur d’une province.
  2. (Astronomie) Mesure de l’éclat des étoiles fixes.
    • Sirius est une étoile de première grandeur.
  3. (Mathématiques) Quantité susceptible d’augmentation et de diminution.
  4. (Figuré) Fierté dédaigneuse
    • Regarder quelqu’un du haut de sa grandeur.
  5. Chose qui surpasse la plupart des autres choses du même genre.
    • Quand on remonte de Toul vers le Nord-Ouest, le paysage n'est pas sans grandeur. Ce sont de larges creux boisés ; et la vue découvre à vingt ou trente kilomètres quelque crête plus sévère. — (Alain, Souvenirs de guerre, page 9, Hartmann, 1937)
    • La grandeur d’une perte, d’un sacrifice, d’un péril.
    • La grandeur du courage.
    • La grandeur de cette conception étonne.
  6. (En particulier) Puissance unie à la majesté.
    • Le paysage était d'une indicible grandeur. De tous côtés surgissaient des montagnes plongeant à pic dans la mer, tandis que leurs cimes neigeuses se perdaient dans les nuages; […]. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 31)
    • La grandeur des rois. — La grandeur souveraine. — Il travaillait dès lors à sa future grandeur.
    • Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des romains.
  7. (En particulier) Pouvoir, dignité, honneur.
    • Les soucis, les ennuis de la grandeur.
    • Mépriser les grandeurs de ce monde.
    • L’éclat, le néant des grandeurs.
    • Avoir le goût des grandeurs.
    • La folie des grandeurs.
  8. Noblesse, élévation.
    • Mon chagrin vient de là : combien sont rares ceux qui atteignent la fin de leur vie avant d'avoir montré l'extrémité de leur grandeur. — (André Gide, Retouches à mon "Retour de l'U.R.S.S.", 1937)
    • En effet, une société qui se paie de généreux programmes sans égard à la capacité des prochaines générations de faire de même manque singulièrement de grandeur. — (« Le remboursement de la dette publique au Québec doit-il être une priorité? » in Argument, vol. xx, n° 1, automne-hiver 2017-2018, p. 77)
  9. Titre d’honneur qu’on donnait au XVIe et au XVIIe siècles, à tous les grands seigneurs qui ne prenaient point le titre d’altesse ou d’excellence. Ce titre se donnait récemment encore aux évêques.
    • […]; vous avez pu constater que, sauf un lopin de terre où le jardinier sème des plants de carottes et de choux pour la table de sa Grandeur, tout le jardin est inculte ; […]. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
  10. (Métrologie) Nombre ou référence qui décrivent de façon quantitative un phénomène, un corps ou une substance.
    • La grandeur longueur a pour unité de base le mètre.
    • La grandeur masse a pour unité de base le kilogramme.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

GRANDEUR. n. f.
Étendue en hauteur, en longueur, en largeur, etc. Ce vase est de la grandeur convenable. Des tableaux de différentes grandeurs, de toutes les grandeurs, de toute grandeur. La grandeur d'un logis, d'un bois, d'un étang, d'un parc. La grandeur d'une province. Il se dit, en termes d'Astronomie, des Différences d'éclat des étoiles fixes. Sirius est une étoile de première grandeur. Étoile de troisième grandeur. Il se dit absolument, en termes de Mathématiques, de Tout ce qui est susceptible d'augmentation et de diminution. Fig., Regarder quelqu'un du haut de sa grandeur, Le regarder avec une fierté dédaigneuse. Il se dit aussi en parlant de Certaines choses physiques ou morales qui surpassent la plupart des autres choses du même genre. La grandeur d'une entreprise. La grandeur d'une perte, d'un sacrifice, d'un péril. La grandeur du courage. La grandeur de cette conception étonne. Il se dit particulièrement de la Puissance unie à la majesté. La grandeur, les grandeurs de Dieu. La grandeur des rois. La grandeur souveraine. Il travaillait dès lors à sa future grandeur. Grandeur naissante. Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains. Il se dit absolument, dans une acception plus restreinte, du Pouvoir, des dignités, des honneurs; et alors on l'emploie très souvent au pluriel. Les soucis, les ennuis de la grandeur. Mépriser les grandeurs de ce monde. L'éclat, le néant des grandeurs. Naître au sein des grandeurs. Avoir le goût des grandeurs. La folie des grandeurs. Il se dit encore pour Noblesse, élévation, dignité. Grandeur d'âme. Il n'y a, dans cette conduite, ni sagesse ni grandeur. Il a un air de grandeur qui impose. Les expressions ne répondent pas à la grandeur du sujet. Il est quelquefois un Titre d'honneur qu'on donnait au XVIe et au XVIIe siècle, en parlant ou en écrivant, à tous les grands seigneurs qui ne prenaient point le titre d'Altesse ou d'Excellence. Ce titre se donnait récemment encore aux évêques. Monseigneur, il plaira à Votre Grandeur. Il a suivi les instructions de Votre Grandeur.

Littré (1872-1877)

GRANDEUR (gran-deur) s. f.
  • 1Dimension de ce qui est grand. La grandeur d'un parc, d'un vase. Ces deux hommes sont de même grandeur. Nous avons beau être convaincus… que tel astre qui ne nous paraît qu'un point dans le ciel, surpasse sans proportion toute la grandeur de la terre, Bossuet, Connaiss. III, 13.

    Familièrement et fig. Regarder du haut de sa grandeur, avoir à l'égard des autres des manières de supériorité.

    Terme d'astronomie. Grandeur se dit pour caractériser les différences d'éclat des étoiles fixes. Sirius est une étoile de première grandeur, c'est-à-dire dont l'éclat est le plus grand. Étoile de troisième grandeur. Les six premières grandeurs comprennent toutes les étoiles visibles à l'œil nu, A. Guillemin, le Ciel, p. 376. Mais l'emploi des télescopes les plus puissants permet aujourd'hui d'apercevoir des étoiles d'un éclat beaucoup plus faible, et qui peut descendre jusqu'à la 16e et à la 17e grandeur, ID. ib. C'est celle [l'étoile] d'un puissant monarque !… Va, mon fils, garde ta candeur ; Et que ton étoile ne marque Par l'éclat ni par la grandeur, Béranger, Étoiles qui filent.

    Terme de mathématique. Quantité, tout ce qui est susceptible d'augmentation ou de diminution. Euclide définit ainsi les grandeurs homogènes : les grandeurs, dit-il, sont dites être de même genre, lorsque l'une étant plusieurs fois multipliée peut arriver à surpasser l'autre, Pascal, Espr. géom. sect. 1.

  • 2Il se dit quelquefois pour longueur. La grandeur du voyage l'effraye.
  • 3 Fig. Importance, étendue, intensité. La grandeur de son crime et de mon déplaisir, Corneille, Poly. III, 3. Permettez, madame, que j'estime La grandeur de l'amour par la grandeur du crime, Corneille, Sertor. V, 4. Le rang de l'offensé, la grandeur de l'offense, Corneille, Cid, II, 1. Et sans cela, comment les justes auraient-ils des péchés cachés ? comment serait-il véritable que Dieu seul en connaît et la grandeur et le nombre ? Pascal, Prov. IV. Le duc d'Ormond avait la confiance et l'estime de son maître ; il en était digne par la grandeur de ses services, l'éclat de son mérite et de sa naissance, Hamilton, Gramm. 6. Nécessité effrayante pour des particuliers, surtout en considérant la grandeur des fonds qu'exigent ces entreprises, Raynal, Hist. phil. V, 35.
  • 4Puissance, pouvoir, dignités, honneurs, magnificence. Cette grandeur [de la terre] périt, j'en veux une immortelle, Corneille, Poly. IV, 3. Il y a dans le monde deux sortes de grandeur ; car il y a des grandeurs d'établissement et des grandeurs naturelles ; les grandeurs d'établissement dépendent de la volonté des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer certains états et y attacher certains respects… les grandeurs naturelles sont celles qui sont indépendantes de la fantaisie des hommes, parce qu'elles consistent dans les qualités réelles et effectives de l'âme ou du corps, qui rendent l'une ou l'autre plus estimable, comme les sciences, la lumière de l'esprit, la vertu, la santé, la force, Pascal, Grands, 2e disc. Le peuple, qui vous admire, ne connaît pas peut-être ce secret, il croit que la noblesse est une grandeur réelle, et il considère presque les grands comme étant d'une autre nature que les autres, Pascal, Grands, 1er disc. Nous déplorerons éternellement… qu'une princesse si chérie de tout l'univers ait été précipitée dans le tombeau, pendant que la confiance de deux si grands rois l'élevait au comble de la grandeur et de la gloire ; la grandeur et la gloire ? pouvons-nous encore entendre ces noms dans ce triomphe de la mort ? Bossuet, Duch. d'Orl. À la grandeur conviennent les choses grandes ; à la grandeur la plus éminente, les choses les plus grandes, c'est-à-dire les grandes vertus, Bossuet, Polit. V, IV, 2. La très chrétienne maison de France… après sept cents ans d'une royauté établie, sans compter ce que la grandeur d'une si haute origine fait trouver ou imaginer aux curieux observateurs des antiquités, Bossuet, Marie-Thér. Nous élever des grandeurs visibles et mortelles aux grandeurs invisibles et éternelles, Bourdaloue, Myst. Ascens. de J. C. t. I, p. 403. Nul n'éleva si haut la grandeur ottomane, Racine, Baj. II, 1. On ne partage point la grandeur souveraine ; Et ce n'est pas un bien qu'on quitte et qu'on reprenne, Racine, Théb. I, 5. Plaignez ma grandeur importune ; Maître de l'univers, je règle sa fortune… Cependant de mon cœur je ne puis disposer, Racine, Bérén. III, 1. La grandeur est comme certains verres qui grossissent tous les objets ; tous les défauts paraissent croître dans ces hautes places où les moindres choses ont une grande conséquence, Fénelon, Tél. XI. Il laissait au prince Menzicoff représenter par la magnificence du favori la grandeur du maître, Fontenelle, Czar Pierre. L'union d'Isabelle et de Ferdinand prépara la grandeur de l'Espagne, Voltaire, Mœurs, 145. Ces califes tremblants dans leurs tristes grandeurs, Voltaire, ib. I, 2.

    Absolument. Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux, La Fontaine, Phil. et Baucis. Vous… Ferez monter aux grandeurs tous les vôtres, La Fontaine, Herm. Elle vous dit par ma bouche et par une voix qui vous est connue, que la grandeur est un songe, la joie une erreur, la jeunesse une fleur qui tombe, et la santé un nom trompeur, Bossuet, Marie-Thér. À qui, Dieu tout-puissant, donnez-vous les grandeurs ! Voltaire, Sémiram. I, 3.

  • 5Il se dit aussi de Dieu. Tel est le premier état de la religion, qui dure jusqu'à Abraham, où, pour connaître les grandeurs de Dieu, les hommes n'avaient à consulter que leur raison et leur mémoire, Bossuet, Hist. II, 2. Mais, Seigneur, parce qu'en châtiant les hommes, vous ne cherchez point précisément à faire éclater votre grandeur toute puissante, et qu'il vous suffit de leur faire sentir les effets de votre grandeur souveraine…, Bourdaloue, Carême, Sur la paix chrétienne. J'entends chanter de Dieu les grandeurs infinies, Racine, Athalie, II, 7.
  • 6Élévation et noblesse morales. La grandeur de l'homme est grande, en ce qu'il se connaît misérable ; un arbre ne se connaît pas misérable ; c'est donc être misérable que de se connaître misérable ; mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable ; toutes ces misères-là mêmes prouvent sa grandeur, Pascal, Pensées, art. I, 3, édit. LAHURE, 1860. La vraie grandeur… se courbe par bonté vers ses inférieurs et revient sans effort dans son naturel, La Bruyère, II. La fausse grandeur est farouche et inaccessible ; comme elle sent son faible, elle se cache, ou du moins ne se montre pas de front, et ne se fait voir qu'autant qu'il faut pour imposer et ne paraître point ce qu'elle est, je veux dire une vraie petitesse, La Bruyère, II. Si la vraie grandeur consiste à avoir reçu un puissant génie et s'en être servi pour s'éclairer soi-même et les autres, un homme comme M. Newton est véritablement le grand homme, Voltaire, Dict. phil. Fr. Bacon, II. Il n'y a pas moins de grandeur à supporter de grandes injustices qu'à faire de grandes actions, Voltaire, Lett. Villette, juin 1765. À servir sans murmure ils mettent leur grandeur, Voltaire, Alz I, 1. Que vous importent les discours du peuple ? la vraie grandeur ne consiste-t-elle pas à faire le bien, même en s'exposant à l'ignominie ? Diderot, Règne de Claude et Nér. II, 107. Mais de ces sages vains confondons l'imposture ; De leur règne fameux retraçons la peinture ; Et que mes vers, enfants d'une noble candeur, Éclairent les Français sur leur fausse grandeur, Gilbert, 18e siècle.

    Un air de grandeur, un ton, des manières qui affectent la grandeur. S'ils [mes vers] osent quelquefois prendre un air de grandeur, Seront-ils point traités par vous de téméraires ? La Fontaine, Fabl. VIII, 4.

    Grandeur d'âme, qualité d'une âme grande. Mais tant de grandeur d'âme est au-dessus de moi, Voltaire, Alz. V, 7. Il est évident par ce qui suit, que l'opinion de Sénèque est la pure doctrine de Zénon, qui regardait la grandeur d'âme comme incompatible avec la crainte et les chagrins, Diderot, Claude et Néron, II, 52.

  • 7Grandeur se dit quelquefois, dans le style élevé ou dans le style plaisant, pour personne grande en dignité, en puissance. Rendons-lui donc visite ; et comme ambassadeur, Proposez cet hymen vous-même à sa grandeur, Corneille, Nicom. II, 4. Sire Jupin, dit-il, prends mon vœu, le voilà ; C'est un parfum de bœuf que ta grandeur respire, La Fontaine, Fabl. IX, 13. Mais ce voluptueux [un grand], à ses vices fidèle, Cherche pour chaque jour une amante nouvelle ; La fille d'un bourgeois a frappé sa grandeur, Gilbert, Mon apolog.

    Titre honorifique employé pour tous les grands seigneurs qui ne prenaient point le titre d'Altesse ou d'Excellence (on met un g majuscule). Vous devez dire : Votre Grandeur saura. - Votre Grandeur saura ! c'est donc un géant, ce secrétaire d'État, Marivaux, Double inconst. III, 2.

    Titre qui a été donné aux évêques depuis 1630. Monseigneur, il plaira à Votre Grandeur…

SYNONYME

GRANDEUR D'ÀME, MAGNANIMITÉ. Ces deux mots sont exactement synonymes, puisque magnanimité vient du latin magnus animus, grande âme. La seule différence qu'on puisse entrevoir, c'est que magnanimité a plus de magnificence et d'emphase.

HISTORIQUE

XIIe s. …Quels est ta duzur, Ta poesté e ta grandurs, Benoit de Sainte-Maure, II, 2165.

XIIIe s. Dunc s'est li asnes purpenseiz, Ke melx dou chien vaut il asseiz E de biauté e de grandor, Marie de France, Fable 16. De la grandor dou ciel et de la terre, Latini, Trésor, p. 126.

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Étymologie de « grandeur »

De grand avec le suffixe -eur[1].
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Grand.

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Phonétique du mot « grandeur »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
grandeur grɑ̃dœr

Fréquence d'apparition du mot « grandeur » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « grandeur »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « grandeur »

  • Les scrupules et la grandeur ont été de tous temps incompatibles.
    Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz — Mémoires
  • La grandeur, pour se faire reconnaître, doit souvent consentir à imiter la grandeur.
    Jean Rostand — Pensées d'un biologiste
  • L'homme voudrait être égoïste et ne peut pas. C'est le caractère le plus frappant de sa misère et la source de sa grandeur.
    Simone Weil — La Pesanteur et la Grâce, Plon
  • On ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois, et remplissant tout l'entre-deux.
    Blaise Pascal — Pensées, 353 Pensées
  • O âme, pour qui rien n'existait de trop grand !
    Paul Claudel — Tête d'or, III, le roi , Mercure de France
  • Les âmes grandes sont toujours disposées à faire une vertu d'un malheur.
    Honoré de Balzac — Illusions perdues
  • L'épée est l'axe du monde et la grandeur ne se divise pas.
    Charles de Gaulle — Vers l'armée de métier, Plon
  • La grandeur d’un homme peut se mesurer à la grandeur des choses qui l’angoissent.
    Anonyme
  • La pardon couronne la grandeur.
    Hazrat Ali
  • Quiconque court après la grandeur voit la grandeur le fuir ; quiconque fuit la grandeur, voit la grandeur courir après lui.
    Le Talmud — Pesakhim
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Traductions du mot « grandeur »

Langue Traduction
Anglais greatness
Espagnol grandeza
Italien grandezza
Allemand ehrgeizig
Chinois 伟大
Arabe عظمة
Portugais grandeza
Russe величие
Japonais 偉大
Basque handitasuna
Corse grandezza
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Synonymes de « grandeur »

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Antonymes de « grandeur »

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Grandeur

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