Âpre : définition de âpre


Âpre : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ÂPRE, adj.

A.− [En parlant d'une chose qui affecte les sens] Dont les inégalités produisent une impression peu agréable.
1. [Vue ou toucher] Des rochers âpres; un climat, un vent âpre :
1. La présence continuelle de ces tableaux de destruction; la lutte contre les animaux féroces, qui viennent sans cesse disputer à l'homme l'empire de ces lieux désolés; enfin les intempéries d'un ciel âpre et rigoureux, et des saisons qui ne se succèdent que pour amener de nouveaux désastres : tout, en un mot, n'y concourt-il point à nourrir, dans le cœur, des sentiments malheureux et des projets sanguinaires? Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'homme, t. 2, 1808, p. 123.
[En parlant de l'aspect d'un paysage] :
2. La moisson terminée, les tiges des avoines et des blés revêtaient le sol d'une toison hérissée. Ce fut, cette fois, la Lorraine ingrate, celle dont la nudité revêt aux yeux habitués un âpre accent de misère et de sauvage poésie, celle qui ne lasse pas avec ses landes pierreuses, ses maigres friches, ses peupliers grêles rangés en lignes parallèles, ondulant à l'horizon. Les villages ressemblaient à cette terre, étant nus et pauvres comme elle. Moselly, Terres lorraines,1907, p. 246.
ANAT. HUM. Ligne âpre. Saillie rugueuse qui marque longitudinalement la face postérieure du fémur :
3. Le bord postérieur [du fémur] seul est très accusé, il est saillant, rugueux et forme la ligne âpre qui se divise à ses deux extrémités; la lèvre externe donne insertion au vaste externe, la lèvre interne au vaste interne et l'interstice à plusieurs muscles, dont le grand adducteur de la cuisse. Rud.1962.
Rem. Cf. encore T. Gautier (Albertus, 1833, p. 131) : ,,langue âpre et dure`` (en parlant d'un matou) et Michelet (L'Insecte, 1857, p. 296) : ,,dent âpre, aiguë`` (en parlant d'abeilles).
BOT. [En parlant d'une plante, des parties d'une plante] Dont la surface irrégulière est désagréable au toucher :
4. L'odeur délicieuse était surtout au point où la pêche a tenu à l'arbre, au point générateur. Cette pêche n'est pourtant qu'une enveloppe du noyau producteur, si fortement, si rudement accidenté, étonnamment âpre, fort, dur. Michelet, Journal,1859, p. 484.
2. [En parlant de ce qui affecte les autres sens : goût, odorat, ouïe] Qui produit une impression de rudesse. Un fruit, un parfum, un son âpre :
5. Au-dessous du chemin et au-dessus, les arbres résineux de la montagne semaient leurs aromates dans l'air. Les pins, les thuyas et les térébinthes semblaient brûler un encens âpre et rustique sur le passage de Mary-Ann. Elle aspirait avec un bonheur visible cette largesse odorante de la nature. About, Le Roi des montagnes,1857, p. 59.
6. Il en tire quelques litres D'un vin âpre, aigre, dur, sur À faire grincer les vitres, À déconcerter l'azur; Une piquette hérétique, Un infâme reginglard, ... Ponchon, La Muse au cabaret,Le Vin du pape, 1920, p. 80.
7. Cette voix âpre, hargneuse et disséquante, dont Augustin a palpé le mordant pendant tout le déjeuner, elle se fait entendre adoucie d'amitié. Malègue, Augustin,t. 2, 1933, p. 102.
B.− Au fig.
1. CHASSE. [En parlant d'un animal]
Âpre à la curée. [En parlant d'un chien]
Rem. 1. Attesté ds Ac. 1835, 1878, Besch. 1845, Lar. 19e, Nouv. Lar. ill., Littré, DG, Rob. 2. S'emploie aussi p. anal. à propos d'une pers. (cf. Balzac, Eugénie Grandet, 1834, p. 232).
Âpre à la proie. [En parlant d'un oiseau, particulièrement d'un faucon] :
8. Il [le rossignol] est bon, il est féroce. Je m'explique. Son cœur est tendre pour les faibles et les petits; donnez-lui des orphelins, il s'en charge, les prend à cœur, mâle et vieux, il les nourrit, les soigne attentivement, comme ferait une femelle. D'autre part il est extrêmement âpre à la proie, engloutissant et avide; ... Michelet, L'Insecte,1857, p. 251.
2. [En parlant de pers., de leur caractère, de leur comportement]
a) Qui manifeste un attachement excessif pour les biens matériels ou moraux :
9. ... on disait qu'il avait la tête dure, et que les vérités célestes ne pouvaient percer son crâne épais. Il était âpre et avare, et tout à fait enfoncé dans les intérêts matériels. Il ne pensait qu'à acheter des maisons. A. France, Le Lys rouge,1894, p. 139.
Âpre au gain :
10. De qui l'état tire-t-il le plus clair de ses revenus? N'est-ce pas justement de cette petite bourgeoise, âpre au gain, dure au pauvre comme à elle-même, enragée à l'épargne? Bernanos, Journal d'un Curé de campagne,1936, p. 1083.
Rem. Âpre peut s'employer dans cette accept. en loc. libre, constr. soit avec la prép. à (cf. T. Gautier, Le Capitaine Fracasse, 1863, p. 74 : âpre au butin; Sully Prudhomme, La Justice, 1878, p. 250 : âpre au labour), soit avec la prép. en (Michelet, Le Peuple, 1846, p. 66 : âpre en affaire); Flaubert (Correspondance, 1846, p. 303) parle des femmes (...) âpres [= « avides »] de l'homme qu'elles aiment.
b) Qui manque d'aménité ou de modération notamment dans ses rapports avec autrui. Un caractère, un cœur âpre; un homme âpre à la vengeance :
11. Ces mécomptes, après avoir usé la présidente de Marville, qui ne s'abusait pas d'ailleurs sur la valeur de son mari, la rendaient terrible. Son caractère, déjà cassant, s'était aigri. Plus vieillie que vieille, elle se faisait âpre et sèche comme une brosse pour obtenir, par la crainte, tout ce que le monde se sentait disposé à lui refuser. Mordante à l'excès, elle avait peu d'amies. Balzac, Le Cousin Pons,1847, p. 33.
Rem. Âpre peut s'employer dans cette accept. en loc. libre constr. avec la prép. à (cf. hommes (...) âpres à la vengeance [Leconte de Lisle, Poèmes tragiques, Le Chapelet, 1886, p. 65]).
c) [En parlant d'un sentiment, d'une impression] Qui exerce une forte emprise sur l'esprit. Une joie âpre, un âpre désespoir :
12. Certes, ce monde est vieux, presque autant que l'enfer. Bien des siècles sont morts depuis que l'homme pleure Et qu'un âpre désir nous consume et nous leurre, Plus ardent que le feu sans fin et plus amer. Le mal est de trop vivre, et la mort est meilleure, ... Leconte de Lisle., Poèmes barbares,Le Vœu suprême, 1878, p. 228.
13. Outre cet attrait de l'inconnu et du mystère, il exerce sur moi ce charme âpre, puissant, dominateur, de la force. Et ce charme − oui ce charme − agit de plus en plus sur mes nerfs, conquiert ma chair passive et soumise. (...). C'est en moi un désir plus violent, plus sombre, plus terrible même que le désir qui, pourtant, m'emporta jusqu'au meurtre, ... Mirbeau, Le Journal d'une femme de chambre,1900, p. 272.
d) [En parlant d'une manière d'agir, de penser, de s'exprimer] Un combat, un livre, un ton âpre :
14. ... reprenant, à mon tour, le livre écrit un an auparavant, je le trouvai âpre, dogmatique, sectaire et dur. Ma pensée, dans son premier état, était comme un fardeau branchu, qui s'accrochait de tous les côtés. Mes idées, trop entières pour la conversation, étaient encore bien moins faites pour une rédaction suivie. Renan, L'Avenir de la sc.,1890, p. III.
Rem. L'emploi subst. « ce qui est âpre » est rare. Cf. Claudel, Art poét., 1907, p. 166 : ,,les mains (...) chargées d'apprécier le mou et le résistant, l'âpre et le poli.`` − « Personnes âpres ». Cf. Montherlant, Malatesta, 1946, III, 5, p. 497 : ,,je suis fatigué (...) des âpres.``
PARAD. 1. (Quasi-) synon. abrupt, acariâtre, acerbe, acéré, acide, âcre, agressif, anguleux, aride, austère, autoritaire, brûlant, brut, brutal, caustique, corrosif, cruel, cupide, fruste, grossier, heurté, impérieux, incisif, incommode, inexorable, intolérant, intransigeant, pénible, raboteux, raide, rapace, râpeux, rauque, rêche, revêche, tranchant, vindicatif. 2. Anton. aplani, caressant, courtois, débonnaire, délicieux, élégant, généreux, insipide, mielleux, moelleux, plaisant, raffiné, suave, uni, velouté.
PRONONC. ET ORTH. : [ɑ:pʀ ̥]. Fér. 1768 rappelle : ,,on écrivait autrefois aspre``.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. a) 1130-50 fig. aspre « (d'une chose) pénible » (Couronnement Louis, éd. E. Langlois, Paris, 1961, 329 : Si vienent doi message, Qui li aportent unes noveles aspres); 1155 « violent » (Wace, Brut, 7784 ds Keller, Etude sur le voc. de Wace, p. 272 : Es vus bataille de rechief, Aspre mellee e estur grief); b) 1130-50 « (d'une pers.) violent, ardent » (Couronnement Louis, éd. E. Langlois, Paris 1961, 401); 1453 « qui se porte avec trop d'ardeur à qqc., avide, cupide » (Monstrelet, Chron. II, 205 ds Gdf. Compl. : Aspres au pillage); 2. a) 1164 « qui présente des aspérités, rude au toucher » (Chr. de Troyes, Erec et Enide, éd. W. Foerster, Amsterdam 1965, 6668-72 : mantiaus [...] Listez d'orfrois roides et aspres); b) 1200-1210 « qui cause une sensation désagréable » (J. Renart, G. de Dole, éd. Servois, 2326 ds T.-L. : vin [...] aspre; 1751 gramm. esprit âpre « esprit rude » (Encyclop.)). Empr. au lat. asper « rugueux, dur », au sens 2 a (Ennius, Trag. 309 ds TLL s.v., 808, 7); au sens 2 b « âpre au goût (d'un vin) » (Caton, Agr., 109, ibid., 810, 5); au sens 1 a « dur, pénible » (Plaute, Capt. 497, ibid., 811, 1); d'une bataille (Salluste, Iug., 48, 1, ibid., 811, 66); au sens 1 b « dur, violent » (Lucilius, 1009, ibid., 813, 16).
STAT. − Fréq. abs. littér. : 1 454. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 629, b) 3 548; xxes. : a) 2 664, b) 1 289.
BBG. − Baulig 1956. − Forest. 1946. − Gottsch. Redens. 1930, p. 284. − Gramm. t. 1 1789. − Littré-Robin 1865. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 135, 199. − Noter-Léc. 1912. − Nysten 1824.

Âpre : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ÂPRE, adj.

A.− [En parlant d'une chose qui affecte les sens] Dont les inégalités produisent une impression peu agréable.
1. [Vue ou toucher] Des rochers âpres; un climat, un vent âpre :
1. La présence continuelle de ces tableaux de destruction; la lutte contre les animaux féroces, qui viennent sans cesse disputer à l'homme l'empire de ces lieux désolés; enfin les intempéries d'un ciel âpre et rigoureux, et des saisons qui ne se succèdent que pour amener de nouveaux désastres : tout, en un mot, n'y concourt-il point à nourrir, dans le cœur, des sentiments malheureux et des projets sanguinaires? Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'homme, t. 2, 1808, p. 123.
[En parlant de l'aspect d'un paysage] :
2. La moisson terminée, les tiges des avoines et des blés revêtaient le sol d'une toison hérissée. Ce fut, cette fois, la Lorraine ingrate, celle dont la nudité revêt aux yeux habitués un âpre accent de misère et de sauvage poésie, celle qui ne lasse pas avec ses landes pierreuses, ses maigres friches, ses peupliers grêles rangés en lignes parallèles, ondulant à l'horizon. Les villages ressemblaient à cette terre, étant nus et pauvres comme elle. Moselly, Terres lorraines,1907, p. 246.
ANAT. HUM. Ligne âpre. Saillie rugueuse qui marque longitudinalement la face postérieure du fémur :
3. Le bord postérieur [du fémur] seul est très accusé, il est saillant, rugueux et forme la ligne âpre qui se divise à ses deux extrémités; la lèvre externe donne insertion au vaste externe, la lèvre interne au vaste interne et l'interstice à plusieurs muscles, dont le grand adducteur de la cuisse. Rud.1962.
Rem. Cf. encore T. Gautier (Albertus, 1833, p. 131) : ,,langue âpre et dure`` (en parlant d'un matou) et Michelet (L'Insecte, 1857, p. 296) : ,,dent âpre, aiguë`` (en parlant d'abeilles).
BOT. [En parlant d'une plante, des parties d'une plante] Dont la surface irrégulière est désagréable au toucher :
4. L'odeur délicieuse était surtout au point où la pêche a tenu à l'arbre, au point générateur. Cette pêche n'est pourtant qu'une enveloppe du noyau producteur, si fortement, si rudement accidenté, étonnamment âpre, fort, dur. Michelet, Journal,1859, p. 484.
2. [En parlant de ce qui affecte les autres sens : goût, odorat, ouïe] Qui produit une impression de rudesse. Un fruit, un parfum, un son âpre :
5. Au-dessous du chemin et au-dessus, les arbres résineux de la montagne semaient leurs aromates dans l'air. Les pins, les thuyas et les térébinthes semblaient brûler un encens âpre et rustique sur le passage de Mary-Ann. Elle aspirait avec un bonheur visible cette largesse odorante de la nature. About, Le Roi des montagnes,1857, p. 59.
6. Il en tire quelques litres D'un vin âpre, aigre, dur, sur À faire grincer les vitres, À déconcerter l'azur; Une piquette hérétique, Un infâme reginglard, ... Ponchon, La Muse au cabaret,Le Vin du pape, 1920, p. 80.
7. Cette voix âpre, hargneuse et disséquante, dont Augustin a palpé le mordant pendant tout le déjeuner, elle se fait entendre adoucie d'amitié. Malègue, Augustin,t. 2, 1933, p. 102.
B.− Au fig.
1. CHASSE. [En parlant d'un animal]
Âpre à la curée. [En parlant d'un chien]
Rem. 1. Attesté ds Ac. 1835, 1878, Besch. 1845, Lar. 19e, Nouv. Lar. ill., Littré, DG, Rob. 2. S'emploie aussi p. anal. à propos d'une pers. (cf. Balzac, Eugénie Grandet, 1834, p. 232).
Âpre à la proie. [En parlant d'un oiseau, particulièrement d'un faucon] :
8. Il [le rossignol] est bon, il est féroce. Je m'explique. Son cœur est tendre pour les faibles et les petits; donnez-lui des orphelins, il s'en charge, les prend à cœur, mâle et vieux, il les nourrit, les soigne attentivement, comme ferait une femelle. D'autre part il est extrêmement âpre à la proie, engloutissant et avide; ... Michelet, L'Insecte,1857, p. 251.
2. [En parlant de pers., de leur caractère, de leur comportement]
a) Qui manifeste un attachement excessif pour les biens matériels ou moraux :
9. ... on disait qu'il avait la tête dure, et que les vérités célestes ne pouvaient percer son crâne épais. Il était âpre et avare, et tout à fait enfoncé dans les intérêts matériels. Il ne pensait qu'à acheter des maisons. A. France, Le Lys rouge,1894, p. 139.
Âpre au gain :
10. De qui l'état tire-t-il le plus clair de ses revenus? N'est-ce pas justement de cette petite bourgeoise, âpre au gain, dure au pauvre comme à elle-même, enragée à l'épargne? Bernanos, Journal d'un Curé de campagne,1936, p. 1083.
Rem. Âpre peut s'employer dans cette accept. en loc. libre, constr. soit avec la prép. à (cf. T. Gautier, Le Capitaine Fracasse, 1863, p. 74 : âpre au butin; Sully Prudhomme, La Justice, 1878, p. 250 : âpre au labour), soit avec la prép. en (Michelet, Le Peuple, 1846, p. 66 : âpre en affaire); Flaubert (Correspondance, 1846, p. 303) parle des femmes (...) âpres [= « avides »] de l'homme qu'elles aiment.
b) Qui manque d'aménité ou de modération notamment dans ses rapports avec autrui. Un caractère, un cœur âpre; un homme âpre à la vengeance :
11. Ces mécomptes, après avoir usé la présidente de Marville, qui ne s'abusait pas d'ailleurs sur la valeur de son mari, la rendaient terrible. Son caractère, déjà cassant, s'était aigri. Plus vieillie que vieille, elle se faisait âpre et sèche comme une brosse pour obtenir, par la crainte, tout ce que le monde se sentait disposé à lui refuser. Mordante à l'excès, elle avait peu d'amies. Balzac, Le Cousin Pons,1847, p. 33.
Rem. Âpre peut s'employer dans cette accept. en loc. libre constr. avec la prép. à (cf. hommes (...) âpres à la vengeance [Leconte de Lisle, Poèmes tragiques, Le Chapelet, 1886, p. 65]).
c) [En parlant d'un sentiment, d'une impression] Qui exerce une forte emprise sur l'esprit. Une joie âpre, un âpre désespoir :
12. Certes, ce monde est vieux, presque autant que l'enfer. Bien des siècles sont morts depuis que l'homme pleure Et qu'un âpre désir nous consume et nous leurre, Plus ardent que le feu sans fin et plus amer. Le mal est de trop vivre, et la mort est meilleure, ... Leconte de Lisle., Poèmes barbares,Le Vœu suprême, 1878, p. 228.
13. Outre cet attrait de l'inconnu et du mystère, il exerce sur moi ce charme âpre, puissant, dominateur, de la force. Et ce charme − oui ce charme − agit de plus en plus sur mes nerfs, conquiert ma chair passive et soumise. (...). C'est en moi un désir plus violent, plus sombre, plus terrible même que le désir qui, pourtant, m'emporta jusqu'au meurtre, ... Mirbeau, Le Journal d'une femme de chambre,1900, p. 272.
d) [En parlant d'une manière d'agir, de penser, de s'exprimer] Un combat, un livre, un ton âpre :
14. ... reprenant, à mon tour, le livre écrit un an auparavant, je le trouvai âpre, dogmatique, sectaire et dur. Ma pensée, dans son premier état, était comme un fardeau branchu, qui s'accrochait de tous les côtés. Mes idées, trop entières pour la conversation, étaient encore bien moins faites pour une rédaction suivie. Renan, L'Avenir de la sc.,1890, p. III.
Rem. L'emploi subst. « ce qui est âpre » est rare. Cf. Claudel, Art poét., 1907, p. 166 : ,,les mains (...) chargées d'apprécier le mou et le résistant, l'âpre et le poli.`` − « Personnes âpres ». Cf. Montherlant, Malatesta, 1946, III, 5, p. 497 : ,,je suis fatigué (...) des âpres.``
PARAD. 1. (Quasi-) synon. abrupt, acariâtre, acerbe, acéré, acide, âcre, agressif, anguleux, aride, austère, autoritaire, brûlant, brut, brutal, caustique, corrosif, cruel, cupide, fruste, grossier, heurté, impérieux, incisif, incommode, inexorable, intolérant, intransigeant, pénible, raboteux, raide, rapace, râpeux, rauque, rêche, revêche, tranchant, vindicatif. 2. Anton. aplani, caressant, courtois, débonnaire, délicieux, élégant, généreux, insipide, mielleux, moelleux, plaisant, raffiné, suave, uni, velouté.
PRONONC. ET ORTH. : [ɑ:pʀ ̥]. Fér. 1768 rappelle : ,,on écrivait autrefois aspre``.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. a) 1130-50 fig. aspre « (d'une chose) pénible » (Couronnement Louis, éd. E. Langlois, Paris, 1961, 329 : Si vienent doi message, Qui li aportent unes noveles aspres); 1155 « violent » (Wace, Brut, 7784 ds Keller, Etude sur le voc. de Wace, p. 272 : Es vus bataille de rechief, Aspre mellee e estur grief); b) 1130-50 « (d'une pers.) violent, ardent » (Couronnement Louis, éd. E. Langlois, Paris 1961, 401); 1453 « qui se porte avec trop d'ardeur à qqc., avide, cupide » (Monstrelet, Chron. II, 205 ds Gdf. Compl. : Aspres au pillage); 2. a) 1164 « qui présente des aspérités, rude au toucher » (Chr. de Troyes, Erec et Enide, éd. W. Foerster, Amsterdam 1965, 6668-72 : mantiaus [...] Listez d'orfrois roides et aspres); b) 1200-1210 « qui cause une sensation désagréable » (J. Renart, G. de Dole, éd. Servois, 2326 ds T.-L. : vin [...] aspre; 1751 gramm. esprit âpre « esprit rude » (Encyclop.)). Empr. au lat. asper « rugueux, dur », au sens 2 a (Ennius, Trag. 309 ds TLL s.v., 808, 7); au sens 2 b « âpre au goût (d'un vin) » (Caton, Agr., 109, ibid., 810, 5); au sens 1 a « dur, pénible » (Plaute, Capt. 497, ibid., 811, 1); d'une bataille (Salluste, Iug., 48, 1, ibid., 811, 66); au sens 1 b « dur, violent » (Lucilius, 1009, ibid., 813, 16).
STAT. − Fréq. abs. littér. : 1 454. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 629, b) 3 548; xxes. : a) 2 664, b) 1 289.
BBG. − Baulig 1956. − Forest. 1946. − Gottsch. Redens. 1930, p. 284. − Gramm. t. 1 1789. − Littré-Robin 1865. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 135, 199. − Noter-Léc. 1912. − Nysten 1824.

Âpre : définition du Wiktionnaire

Adjectif

âpre \ɑpʁ\ masculin et féminin identiques

  1. Qui, par sa rudesse ou son âcreté, produit une sensation désagréable aux organes du toucher, de l’ouïe ou du goût.
    • Un vent froid et rude, ce vent qui avait glacé sa jeunesse, traversait la fosse grillée et cadenassée des vautours; une bise plus âpre et plus douloureuse encore soufflait dans la cage des colombes. — (Victor Hugo, Les Misérables, II, 8, 9 ; 1862)
    • Le froid est extrêmement âpre.
    • Une voix rude et âpre.
    • Ce vin est très âpre à la langue.
  2. Qui a des aspérités, des inégalités rudes et incommodes.
    • Il nous mena par des chemins âpres et raboteux.
    • Grâce aux mille et mille charretées de terre employées à la butte de cent cinquante pieds de haut et d’un demi-mille de circuit, le plateau de Mont-Saint-Jean est aujourd’hui accessible en pente douce ; le jour de la bataille, surtout du côté de la Haie-Sainte, il était d’un abord âpre et abrupt. — (Victor Hugo, Les Misérables, II, 1, 6 ; 1862)
  3. (Figuré) Qui est sévère, dur, violent.
    • Ainsi on ne pourrait plus contester qu'il y ait une opposition absolue entre le syndicalisme révolutionnaire et l’État ; cette opposition prend en France la forme particulièrement âpre de l’antipatriotisme, […]. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, 1908, p.152)
    • Tous les actes extérieurs de sa vie, son âpre ambition, sa rude soif de l'or, tout cela n'était qu'un moyen et non un but. — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
    • Son devoir de soldat allait commencer, et, comme il avait été sans doute un âpre paysan, il allait devenir un âpre combattant. — (Remy de Gourmont, Pendant l'Orage, Mercure de France, 1915, p. 25)
    • La laïcité est engagée dans une lutte âpre et décisive contre le cléricalisme. L’État se bat contre l'Église. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  4. Qui se porte avec trop d’ardeur ou d’avidité, à quelque chose.
    • Nous blâmons l’Église quand elle est saturée d’intrigue, nous méprisons le spirituel âpre au temporel ; mais nous honorons partout l’homme pensif. — (Victor Hugo, Les Misérables, II, 7, 8 ; 1862)
    • C'est une race vigoureuse et résistante, assez travailleuse, patiente dans l'adversité, âpre au gain et peu scrupuleuse dans le choix de ses moyens, […]. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 233)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Âpre : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÂPRE. adj. des deux genres
. Qui par sa rudesse ou son âcreté produit une sensation désagréable aux organes du toucher, de l'ouïe ou du goût. Ce corps est âpre au toucher. Le froid est extrêmement âpre. Des sons âpres. Une voix rude et âpre. Ce vin est très âpre à la langue. Voilà des poires bien âpres. Il signifie aussi Qui a des aspérités, des inégalités rudes et incommodes. Il nous mena par des chemins âpres et raboteux. Il signifie figurément Qui est sévère, dur, violent. Il lui fit une réprimande fort âpre. C'est un homme qui a l'esprit âpre et austère, l'humeur âpre. Le combat, la querelle fut des plus âpres. Il a aussi le sens de Qui se porte avec trop d'ardeur à quelque chose. C'est un homme âpre à l'argent. Il est âpre au gain. Il est âpre au jeu, à la chasse. Prov. et fig., Cet homme est âpre à la curée, Il est très avide d'argent, de places.

Âpre : définition du Littré (1872-1877)

ÂPRE (â-pr') adj.
  • 1Qui cause une impression désagréable, soit sur le goût, soit sur l'ouïe, soit sur le toucher, par la rudesse de son action ou par les inégalités de surface. Un fruit âpre. Un corps âpre au toucher. Un chemin âpre et difficile. Une voix rude et âpre.

    Poétiquement. Ses yeux creux pleins d'un feu âpre et farouche, Fénelon, Tél. III.

  • 2 Fig. Sévère, dur, violent. âpre vertu, Corneille, Hor. II, 3. âpre jalousie, Corneille, Sertor. I, 1. Et je garde, au milieu de tant d'âpres rigueurs, Mes larmes aux vaincus et ma haine aux vainqueurs, Corneille, Hor. I, 1. L'âpre déplaisir, Corneille, Pomp. IV, 1. Aux plus âpres tourments un chrétien est en butte, Corneille, Poly. I, 1. Qu'un si charmant abus serait à préférer à l'âpre vérité qui vient de m'éclairer, Corneille, Héracl. III, 1. Et cet âpre courroux, quoi qu'elle en puisse dire, Ne s'obstinera point au refus d'un empire, Racine, Alex. III, 3. [L'hymen] y joint [à l'amour], dit Climène, une âpre jalousie, La Fontaine, Filles de Min. La haine devenait plus âpre, Bossuet, Hist. I, 10. Leur âpre austérité que rien ne peut gagner, N'est dans ces cœurs hautains que la soif de régner, Voltaire, Brut. I, 4.
  • 3Difficile. Quelques grandes difficultés qu'il y ait à se placer à la cour, il est encore plus difficile et plus âpre de se rendre digne d'y être placé, La Bruyère, 8.
  • 4Cupide, avide. Homme âpre. âpre au gain. Les curés les plus durs, les plus âpres à exiger leurs droits, sont ceux qui vivent d'une manière plus sordide et plus indécente, Massillon, Disc. Syn. Avarice.

    On dit d'un chien : Il est âpre à la curée, c'est-à-dire, il est avide, vorace. Fig. Il se dit aussi d'un homme avide d'argent et de places.

    On dit qu'un faucon est âpre à la proie, quand il se sert vigoureusement du bec et des ongles.

HISTORIQUE

XIIe s. Ne feras mès pechié qui te soit aspre, Li coronements Looys, V. 395. Or ne leroie, por nul home que saiche, Ne por paien, tant soit ne fier ne aspre…, ib. V. 402. [Espines] poignans et aspres qui ne peuvent florir, Ronc. p. 155. Un plus aspre juïse [jugement] par temps vous eslirons, ib. p. 199. Jà de plus aspre mort nel pouvez justicier, ib. p. 200. Car veez cum li peres chastie sun enfant Par mult dulce parole e par aspre e mordant, E mainte feiz le bat de la verge trenchant, Th. le mart. 78.

XIIIe s. Se il dient que en cesti cloistre l'en peut mener aspre vie pour l'ame sauver, Joinville, 288.

XIVe s. Car il sont d'assalir si aspre et si engrant, Qu'il ne doubtent la mort un denier valissant, Baud. de Seb. IV, 231.

XVe s. Et que en leur partie ils fissent bonne guerre et aspre aux Anglois, Froissart, II, II, 13. [Les] autres jours se faisoit la guerre tant aspre qu'il estoit possible, Commines, I, 11. Celluy qui leur est voisin, s'il est fort et aspre, ilz le laissent vivre ; mais s'il est foible, il ne sçait où se mettre, Commines, V, 18.

XVIe s. L'aspre condemnation du peuple romain contre les soldats…, Montaigne, I, 55. Quelle affection peult estre plus aspre et plus juste, que celle des amis de Pompeius [assistant à sa mort] ? Montaigne, I, 63. Le soleil estant extremement aspre, Montaigne, II, 193. Voilà, ce me semble, qu'on devroit respondre à ces gens qui sont si aspres au sang, Lanoue, 84. Qui estoient plus aspres à ceste curée qu'un chiquanaux à gripper, Lanoue, 141. Des rochers forts aspres à monter, Amyot, Cam. 44. Et estimoit on qu'il deviendroit si aspre en son courroux qu'il seroit bien malaisé de l'appaiser, Amyot, Fab. 21. À la fin il devint un peu trop aspre et trop ardent à acquerir, Amyot, Caton, 45. La guerre sourdit forte et aspre de tous costez à Demetrius, Amyot, Démétr. 61. Un feu aspre, Paré, XXVI, 4.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « âpre »

Étymologie de âpre - Littré

Asper ; provenç. aspre ; espagn. aspero ; ital. aspro.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de âpre - Wiktionnaire

(XIIe siècle) Du latin asper (« rocailleux »), par l'intermédiaire de l'italien aspro.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « âpre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
âpre apr play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « âpre »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « âpre »

  • Culture Maison | Journaliste au web de France Culture, Hélène Combis vous invite à vivre au rythme lancinant d'un huis clos familial et paysan, au milieu d'une nature qui aurait pu être peinte par Giono. Découvrez "La Femme qui rit", âpre roman québécois de Brigitte Pilote, sur nos destinées humaines malmenées. France Culture, Devenez captif de "La Femme qui rit", un puissant huis clos familial
  • En mars dernier, nous avions organisé dans nos pages une rencontre entre Caroline Fourest et Rokhaya Diallo, pour faire discuter deux féminismes et deux antiracismes qui s’affrontent ouvertement dans le débat public. Tout au long de la conversation, et malgré l’âpre franchise de l’échange, a subsisté un non-dit. Alors que Rokhaya Diallo se vit, pense et parle en tant que Noire, Caroline Fourest rechignait à être renvoyée à son statut de Blanche et ne semblait pas voir que ce refus pouvait être perçu comme une limite à son antiracisme. La discussion a achoppé sur une aporie, chacune manifestant aux yeux de l’autre, et pour des raisons exactement inverses, une forme de racisme dissimulé. L'Obs, Le Blanc, cet être fragile

Images d'illustration du mot « âpre »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « âpre »

Langue Traduction
Anglais bitter
Source : Google Translate API

Synonymes de « âpre »

Source : synonymes de âpre sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « âpre »


Mots similaires