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Conquête

Définitions du mot « conquête »

Trésor de la Langue Française informatisé

CONQUÊTE, subst. fém.

Action de conquérir; résultat de cette action.
A.− Domaine milit.[Le compl. désigne un territoire, un peuple] Action de conquérir par les armes. La conquête du Mexique par les Espagnols (Chénier, Poèmes, L'Amérique, 1794, p. 107).Il [Charlemagne] fit la conquête de l'Italie, de la Hongrie et de l'Autriche (Say, Traité d'écon. pol.,1832, p. 473):
1. ... lorsque, dans le neuvième siècle, Édouard tenta la conquête du pays de Galles, il ne put l'asservir qu'en faisant massacrer tous les bardes : mais il ne put anéantir leurs chants, qui perpétuèrent dans ces contrées la haine du vainqueur et l'amour de l'indépendance. Baour-Lormian, Ossian,Darthula, 1827, p. 27.
SYNT. a) Conquête(s) + adj. : conquête normande, romaine; conquêtes récentes, successives. Adj. + conquête(s) : belle, dernière, grandes, nouvelle(s) conquête(s). b) Conquête(s) + prép. + subst. : conquête(s) du monde, (des, du, d'un) pays, des Romains, de la terre. Subst. + prép. + conquête(s) : esprit de conquête(s). L'esprit de conquête qui a la guerre pour instrument (Hugo, Le Rhin, 1842, p. 454). Fureur, gloire, guerre(s) de conquête(s); victoires et conquêtes. c) Verbe + conquête(s) : achever, entreprendre la conquête; marcher à la conquête.
Absol. Les guerres, les révoltes, les révolutions, la conquête (J. de Maistre, Des Constitutions pol. et des autres institutions hum.,1810, p. 30).
P. méton. Ce qui est conquis. Napoléon... Il faut se servir de ses conquêtes pour conquérir (A. Dumas Père, Napoléon Bonaparte,1831, III, 1, p. 53):
2. Après la prise de Veyes, le peuple veut quitter un territoire malsain pour aller habiter sa conquête. Il en est détourné par les patriciens qui, à Veyes, n'auraient pas pu voler des terres. Stendhal, Promenades dans Rome,t. 1, 1829, p. 216.
P. anal. Action de conquérir, de gagner quelque chose (sur quelque chose); p. méton. ce qui est conquis.
[À propos d'un animal] ... cheval (...) la plus belle conquête que l'homme ait faite sur la nature (Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin,1813, p. 200).
[Le compl. désigne des éléments naturels] La conquête du feu (Ménard, Rêveries d'un païen mystique,1876, p. 116).La conquête de la végétation marine (Zola, La Joie de vivre,1884, p. 863).Une conquête comme celle de la Paroi Nord du Matterhorn (Peyré, Matterhorn,1939, p. 124).L'ascension d'un pic ou (...) la conquête de l'air (Teilhard de Chardin, Le Phénomène humain,1955, p. 347).La conquête de l'espace (Goldschmidt, L'Aventure atomique,1962, p. 274).
[Le compl. désigne des biens matériels sans intérêt milit. partic.]
[Le compl. désigne des terrains] Cette conquête de la terre sur l'eau [les dessèchements des marais hollandais] (Michelet, Sur les chemins de l'Europe,1874, p. 318).P. méton. La plaza Mayor (...) la seule conquête en terrain plan de cette ville suspendue au flanc de la roche (T'Serstevens, L'Itinéraire espagnol,1933, p. 228).
[Le compl. désigne des produits de la terre] La conquête du sucre, de l'indigo et du coton (Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène,t. 1, 1823, p. 651).La cerise, conquête de Lucullus dans le royaume de Pont (Brillat-Savarin, Physiol. du goût,1825, p. 266).La précieuse conquête des feuilles de mûrier (Champfleury, Les Souffrances du professeur Delteil,1853, p. 29).En Californie, à la conquête de l'or (A. France, Pierre Nozière; 1899, p. 21).P. méton. Si tu peux dérober quelques fleurs (...) Redescends vite avec l'odorante conquête (M. de Guérin, Poésies,Les Bords de l'Arguenon, 1839, p. 101).
B.− P. métaph., au fig., domaine des valeurs hum.Action de conquérir quelque chose, quelqu'un par un déploiement de qualités d'ordre social, moral, intellectuel ou affectif.
1. Domaine des valeurs soc.La conquête des pouvoirs publics par un parti, (...) la conquête du pouvoir politique par une classe (Maritain, Humanisme intégral,1936, p. 228).La conquête des fonctions publiques, des postes d'influence, des emplois administratifs (De Gaulle, Mémoires de guerre,1959, p. 239).
SYNT. Conquête(s) + subst. : conquête(s) des libertés, (du/des) loisir(s), de la révolution.
P. méton. Conquêtes sociales. Ranger l'arbitraire et l'injustice au nombre des plus précieuses conquêtes de la libération sociale (Aymé, Uranus,1948, p. 165).Les vraies conquêtes bourgeoises : l'universalité des lois, la liberté d'expression, l'habeas corpus (Sartre, Situations II,1948, p. 275).
2. Domaine des valeurs morales.Conquête(s) morales. L'homme (...) engagé dans la poursuite d'un bonheur (...) dont la conquête est le terme de la vie morale (Gilson, L'Esprit de la philos. médiév.,t. 2, 1932, p. 126).La vocation de la personne humaine (...) la conquête d'une vraie liberté (Maritain, Humanisme intégral,1936p. 197).L'unité personnelle est une conquête de caractère moral (Mounier, Traité du caractère,1946, p. 582).
En partic., domaine relig.Conquête spirituelle. Précieuse et invincible énergie, digne d'être consacrée à la conquête du ciel (Montalembert, Hist. de Ste Élisabeth de Hongrie,1836, p. LXXX).Le christianisme voit (...) dans la conquête du salut l'éternelle rançon du péché originel (É. Faure, L'Esprit des formes,1927, p. 131).
P. méton. Le saint, le sage, le héros, sont des conquêtes sur la condition humaine (A. Malraux, Les Voix du silence,1951, p. 631).
3. Domaine des valeurs intellectuelles et artistiques.Conquêtes intellectuelles, conquêtes de l'esprit. La Renaissance française, cette conquête, cette énorme conquête, cette énorme acquisition de culture (Péguy, Victor-Marie, Comte Hugo,1910, p. 812):
3. Derrière la Grèce, s'avançait à cette conquête intellectuelle de Rome le monde oriental qui s'était fondu avec la Grèce dans Alexandrie. Michelet, Introd. à l'histoire universelle,1831, p. 418.
P. méton. Le roman est presque une conquête de l'art moderne (Hugo, Correspondance,1860, p. 331).L'hypnotisme est la plus belle conquête de la science moderne (L. Daudet, Les Morticoles,1894, p. 148).
4. Domaine des valeurs affectives.[Le compl. désigne le cœur d'une pers.; p. méton. cette pers. elle-même]
a) Domaine des relations amicales.Sansfin (...) savait amuser un salon et faire la conquête d'un maître de château (Stendhal, Lamiel,1842, p. 52).Mademoiselle Gilbert, que j'adorais, et qui avait fait la conquête de tout le monde − même de grand-mère (Gyp, Souvenirs d'une petite fille,1927, p. 101).
b) Domaine des sentiments amoureux.Quand d'un cœur amoureux Vous prisiez la conquête (Béranger, Chansons,t. 2, 1829, p. 18).La vanité satisfaite d'une conquête de femme à étaler (Lamartine, Raphaël,1849, p. 160):
4. N'était-ce pas elle qui, dès sa première rencontre avec Antoine, avait jeté son dévolu sur lui, vaincu ses résistances, fait patiemment sa conquête? R. Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 114.
P. méton. Homme, femme conquis(e). Si vous n'avez été la conquête que d'un seul homme, vous n'aurez rien à vous reprocher (Balzac, Correspondance,1822, p. 178).Cette femme (...), une conquête charmante pour Eugène (Soulié, Les Mémoires du diable,t. 2, 1837, p. 67).
En partic., péj. Homme, femme facile à conquérir. Une femme (...) une des conquêtes de passage de son ami (Murger, Scènes de la vie de bohème,1851, p. 289).Hélène leur amena sa dernière conquête, un garçon de Véteuil (Zola, Madeleine Férat,1868, p. 119).Quant au militaire et à sa poule (...). Le soldat et sa conquête étaient partis (Queneau, Pierrot mon ami,1942, p. 172):
5. Cousin, quand vous aurez assez de quelque conquête des faubourgs, envoyez-la donc chez sire Maurice. Il est malsain de vivre sans femme, pour un homme qui a, comme lui, le cou court et les mains velues. Musset, Lorenzaccio,1834, I, 4, p. 107.
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃kεt]. Enq. : [kõket]. Ds Ac. 1694 et 1718 sous l'anc. forme conqueste; ds Ac. 1740-1932 sous la forme moderne. Étymol. et Hist. 1. Ca 1160 « ce qui est conquis » (Benoit, Ducs de Normandie, éd. C. Fahlin, II, 25743); 2. fig. 1637 « personne conquise » (Corneille, Le Cid, IV, 5). Fém. de conquêt*. Fréq. abs. littér. : 2 452. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 4 450, b) 2 064; xxes. : a) 2 855, b) 3 807. Bbg. Gir. t. 2 Nouv. Rem. 1834, p. 23.

Wiktionnaire

Nom commun

conquête \kɔ̃.kɛt\ féminin

  1. Action de conquérir ; la chose conquise elle-même.
    • Avant la conquête française, la Kabylie ne connaissait pas d'autre mode de répression que la vengeance privée et les Kabyles n'étaient pas de mauvaises gens. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.VI, La moralité de la violence, 1908, p.256)
    • Depuis sa conquête par César et jusqu'à la fin du Ve siècle, la Gaule n'a été qu'une terre romaine, entièrement latinisée et son histoire se confond avec celle de Rome. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours - Avant-propos, 1937)
    • Je tirai sur la manette des gaz; le moteur répondit avec une docilité touchante, et nous voici partis à la conquête du ciel. — (Dieudonné Costes & Maurice Bellonte, Paris-New-York, 1930)
    • À l'état naturel, les résineux comme les feuillus ont une grande puissance de conquête et une grande longévité. — (Henri Gaussen, Géographie des Plantes, Armand Colin, 1933, p.16)
    • En mai 1925, Amundsen était parti en avion à la conquête du Pôle Nord, et la plus grande inquiétude régnait sur son sort. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Avant que le califat omeyyade de Damas n'eût cédé la place aux Abbassides de Bagdad, en 750, les conquêtes arabes avaient unifié politiquement une grande partie du monde, de l'Espagne à l'Inde. — (Panayiotis Jerasimof Vatikiotis, L’Islam et l’État, 1987, traduction d’Odette Guitard, 1992)
    • (Figuré)D'abord réservées aux scientifiques, les Pyrénées ont ensuite accueilli un tourisme prudent en attendant les pyrénéistes, ivres de conquêtes. — (André Lasserre, Petite histoire de la Bigorre, Éditions Cairn, 2015)
  2. (Spécialement) (Histoire) (Canada) Prise de possession, par les armes (1759-1760) puis par traité (1763), du territoire de la Nouvelle-France par l'Empire britannique. → voir Conquête
    • Doit-on parler d'une « conquête » pour décrire les événements de 1754-1760 ou encore de 1763?
      Dans la perspective des Canadiens, le terme
      conquête n'est pas trop fort. Les Français ne l'aiment pas. Je ne sais pas quel mot ils préfèrent, d'ailleurs. Je pense qu'ils n'aiment tout simplement pas le souvenir du traité de Paris de 1763. — (Denis Vaugeois et Stéphane Savard, Entretiens, Boréal, Montréal, 2019, p. 133)
  3. (En particulier) Action de séduire, en parlant de l’amour, de la sympathie, voire, comme dans le sens 1, la personne séduite elle-même.
    • […] ; mais vous avez certainement fait sa conquête, car ce n'est probablement pas pour moi qu'il passe sous nos fenêtres deux fois par jour depuis que vous êtes ici... Certes, il vous aime. — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
    • Certes Casanova n'est pas impie, n'est pas un démon, ne provoque ni Dieu ni les hommes. […]. Enfin il se contente de conquêtes faciles. — (Denis de Rougemont, Comme toi-même : Essais sur les Mythes de l'Amour, Albin Michel, 1961, note n°1, p.114)
    • Décidément, on s’y perdait avec les conquêtes de ce Don Juan de l’opérette. — (Jo Barnais [Georges Auguste Charles Guibourg, dit Georgius], Mort aux ténors, ch. XIX, Série noire, Gallimard, 1956, p. 174)
    • Le coureur de jupons ne sait plus se tenir :
      En sa ligne de mire, une femme, messires !
      Courant comme un heureux vers sa douce conquête
      On le soupçonne d’être un as de la quéquette !
      Un mythe qui pourrait bien vite s'écrouler […].
      — (Cassiopée M.D., Profilage (Portraits professionnels): Sociologie du monde du travail, Mon Petit Éditeur, 2013, page 26)

Forme de verbe

conquête \kɔ̃.kɛt\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent de conquêter.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent de conquêter.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent de conquêter.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent de conquêter.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de conquêter.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CONQUÊTE. n. f.
Action de conquérir ou Chose conquise. Faire la conquête d'un pays. Garder ses conquêtes. Étendre ses conquêtes. Agrandir son État par des conquêtes. Pays de conquête. Fig., Les paisibles conquêtes de la religion. De nouvelles conquêtes étendent chaque jour le domaine de la science. Vivre comme dans un pays de conquête, Vivre à discrétion. Il se dit dans un sens particulier, en parlant de l'Amour, de la sympathie. La conquête d'un amant. Elle fait tous les jours de nouvelles conquêtes. Cet homme a des qualités aimables, il a fait ma conquête.

Littré (1872-1877)

CONQUÊTE (kon-kê-t') s. f.
  • 1Action de conquérir. Ils iront sans frayeur de conquête en conquête, Corneille, Sertor. V, 1. La conquête des Gaules porte au plus haut point la gloire et la puissance de César, Bossuet, Hist. III, 6. Je pourrais aisément faire la conquête de cette île, Fénelon, Tél. XII. A-t-on de l'univers affermi la conquête ? Voltaire, Triumv. I, 4. Dans le dessein de priver de pauvres citoyens et de braves soldats de la part qui leur était si légitimement acquise dans les terres de conquête, Vertot, Révol. rom. liv. III, p. 254. Ce n'est pas que, dans le cours de ses conquêtes passées, il n'eût pris plusieurs places, Voltaire, Charles XII, liv. VIII.

    Vivre comme dans un pays de conquête, vivre à discrétion, sans gêne.

  • 2Résultat de la conquête ; terre, ville conquise. Napoléon perdit toutes ses conquêtes. Mais quoi ? Rien ne remplit Les vastes appétits d'un faiseur de conquêtes, La Fontaine, Fabl. VIII, 27.
  • 3 Fig. De ces mêmes forfaits vous serez la conquête, Corneille, Sertor. V, 4. Il a fait de l'État une juste conquête, Corneille, Cinna, II, 1. Ceux qui travaillent à la conquête des âmes, Bossuet, Or. 7. Et s'il nous est permis d'expliquer les sentiments du Sauveur par les sentiments humains, il s'émeut plus sensiblement sur les pécheurs convertis qui sont sa nouvelle conquête, mais il réserve une plus douce familiarité aux justes, qui sont ses anciens et perpétuels amis, Bossuet, Marie-Thér. Et l'on porta sa tête aux pieds de Médicis, Conquête digne d'elle et digne de son fils, Voltaire, Henr. II.

    Terme d'horticulture. Conquête se dit quelquefois d'une variété nouvelle d'une plante qu'on obtient par des semis.

    Faire la conquête de quelqu'un, lui inspirer de la sympathie. Cet homme a des qualités aimables, il a fait ma conquête. Sa générosité lui fit une autre conquête, Bossuet, Hist. I, 8.

  • 4Victoire qui s'obtient sur un cœur, dans les relations amoureuses, et aussi personne conquise. C'est une jeune et jolie personne qui fera bien des conquêtes. Tant qu'ils ne sont qu'amants, nous sommes souveraines, Et jusqu'à la conquête ils nous traitent de reines, Corneille, Poly. I, 3. Oui, qu'un d'eux me l'apporte [la tête de Rodrigue], et je suis sa conquête [je me donne à lui], Corneille, Cid, IV, 5. Et mes ardents souhaits de voir punir son change Assurent ma conquête à quiconque me venge, Corneille, Perthar. II, 1. Après tant de hauts fait il m'est bien doux, seigneur, De voir sous les lauriers qui vous couvrent la tête Un si grand conquérant être encor ma conquête, Corneille, Nicom. I, 1. La dernière main que met à sa beauté Une femme allant en conquête, Est un ajustement des mouches emprunté, La Fontaine, Fabl. IV, 3. La Middleton fait impunément de nouvelles conquêtes, Hamilton, Gramm. 7. Pauline commence à faire des conquêtes, Sévigné, 583. Hé bien, mes soins vous ont rendu votre conquête [en parlant de Pyrrhus], Racine, Andr. III, 2. Allons, n'envions plus son indigne conquête, Racine, ib. II, 1. Non que de sa conquête il paraisse flatté, Racine, ib. II, 1. Mener en conquérant sa nouvelle conquête, Racine, ib. V, 1. Où vous n'osez aller mériter ma conquête, Racine, ib. IV, 3. Mais s'il eût dit : voyez quelle est votre conquête ; Je suis un jeune dieu, beau, galant, libéral, Daphné, sur ma parole, aurait tourné la tête, Fontenelle, Sonnet. Une belle ne partage avec personne l'honneur de ses conquêtes, elle ne doit rien qu'à elle-même, Fontenelle, Dial. des morts, Alex. et Phryné. D'un autre cependant Jocaste est la conquête, Voltaire, Œdipe, II, 3. Lise, ne fais plus de conquêtes Pour le bonheur de tes sujets, Béranger, Polit. Mais non, c'est la coquette Du village voisin Qui m'offre une conquête En corset de basin, Béranger, Rêverie.

    Familièrement. Avoir, se donner des airs de conquête, prendre des airs avantageux et comme si on allait plaire à toutes les femmes qui se présenteront.

HISTORIQUE

XIIIe s. Si auroit le quart de toute la conqueste et dedens la cité et defors, Villehardouin, CI.

XVIe s. Le refus que luy feirent les Macedoniens de passer outre à la conqueste des Indes, Amyot, Alex. 21.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

CONQUÊTE, s. f. (Droit des gens.) acquisition de la souveraineté par la supériorité des armes d’un prince étranger, qui réduit enfin les vaincus à se soûmettre à son empire.

Il est très-important d’établir le juste pouvoir du droit de conquête, ses lois, son esprit, ses effets, & les fondemens de la souveraineté acquise de cette maniere. Mais pour ne point m’égarer faute de lumieres dans des chemins obscurs & peu battus, je prendrai des guides éclairés, connus de tout le monde, qui ont nouvellement & attentivement parcouru ces routes épineuses, & qui me tenant par la main m’empêcheront de tomber.

On peut définir le droit de conquête, un droit nécessaire, légitime, & malheureux, qui laisse toûjours à payer une dette immense pour s’acquitter envers la nature humaine.

Du droit de la guerre dérive celui de conquête, qui en est la conséquence. Lorsqu’un peuple est conquis, le droit que le conquérant a sur lui suit quatre sortes de lois : la loi de la nature, qui fait que tout tend à la conservation des especes ; la loi de la lumiere naturelle, qui veut que nous fassions à autrui ce que nous voudrions qu’on nous fît ; la loi qui forme les sociétés politiques, qui sont telles que la nature n’en a point borné la durée ; enfin la loi tirée de la chose même.

Ainsi un état qui en a conquis un autre, le traite d’une des quatre manieres suivantes ; ou il continue à le gouverner selon ses lois, & ne prend pour lui que l’exercice du gouvernement politique & civil ; ou il lui donne un nouveau gouvernement politique & civil ; ou il détruit la société & la disperse dans d’autres ; ou enfin il extermine tous les citoyens.

Les deux premieres manieres sont conformes au droit des gens que nous suivons aujourd’hui. J’observerai seulement sur la seconde, que c’est une entreprise hasardée dans le conquérant de vouloir donner ses lois & ses coûtumes au peuple conquis : cela n’est bon à rien, parce que dans toutes sortes de gouvernemens on est capable d’obéir. Les deux dernieres manieres sont plus conformes au droit des gens des Romains ; sur quoi l’on peut juger à quel point nous sommes devenus meilleurs. Il faut rendre hommage à nos tems modernes, à la raison présente, à la religion d’aujourd’hui, à notre philosophie, à nos mœurs. Nous savons que la conquête est une acquisition, & que l’esprit d’acquisition porte avec lui l’esprit de conservation, & d’usage, & non pas celui de destruction.

Les auteurs de notre droit public fondés sur les histoires anciennes, étant sortis des cas rigides, sont tombés dans de grandes erreurs : ils ont donné dans l’arbitraire ; ils ont supposé dans les conquérans un droit, je ne sai quel, de tuer ; ce qui leur a fait tirer des conséquences terribles comme le principe, & établir des maximes que les conquérant eux-mêmes, lorsqu’ils ont eu le moindre sens, n’ont jamais prises. Il est clair que lorsque la conquête est faite, le conquérant n’a plus le droit de tuer, puisqu’il n’est plus dans le cas de la défense naturelle, & de sa propre conservation.

Ce qui a fait penser ainsi nos auteurs politiques, c’est qu’ils ont cru que le conquérant avoit droit de détruire la société ; d’où ils ont conclu qu’il avoit celui de détruire les hommes qui la composent ; ce qui est une conséquence faussement tirée d’un faux principe : car de ce que la société seroit anéantie, il ne s’ensuivroit pas que les hommes qui la forment dussent aussi être anéantis. La société est l’union des hommes, & non pas les hommes ; le citoyen peut périr, & l’homme rester.

Du droit de tuer dans la conquête, les politiques ont tiré le droit de réduire en servitude ; mais la conséquence est aussi mal fondée que le principe.

On n’a droit de réduire en servitude, que lorsqu’elle est nécessaire pour la conservation de la conquête. L’objet de la conquête est la conservation : la servitude n’est jamais l’objet de la conquête ; mais il peut arriver qu’elle soit un moyen nécessaire pour aller à la conservation.

Dans ce cas, il est contre la nature de la chose que cette servitude soit éternelle ; il faut que le peuple esclave puisse devenir sujet. L’esclavage dans la conquête est une chose d’accident : lorsqu’après un certain espace de tems toutes les parties de l’état conquérant se sont liées avec celles de l’état conquis, par des coûtumes, des mariages, des lois, des associations, & une certaine conformité d’esprit, la servitude doit cesser. Car les droits du conquérant ne sont fondés que sur ce que ces choses-là ne sont pas, & qu’il y a un éloignement entre les deux nations, tel que l’une ne peut pas prendre confiance en l’autre.

Ainsi le conquérant qui réduit le peuple en servitude, doit toûjours se reserver des moyens (& ces moyens sont sans nombre) pour l’en faire sortir le plûtôt qu’il est possible.

Ce ne sont point là, ajoûte M. de Montesquieu, des choses vagues, ce sont des principes, & nos peres qui conquirent l’empire Romain les pratiquerent. Les lois qu’ils firent dans le feu, dans l’action, dans l’impétuosité, dans l’orgueil de la victoire, ils les adoucirent : leurs lois étoient dures, ils les rendirent impartiales. Les Bourguignons, les Goths & les Lombards vouloient toûjours que les Romains fussent le peuple vaincu : les lois d’Euric, de Gondebaud & de Rotharis, firent du Barbare & du Romain des concitoyens.

Au lieu de tirer du droit de conquête des conséquences si fatales, les politiques auroient mieux fait de parler des avantages que ce droit peut quelquefois apporter au peuple vaincu. Ils les auroient mieux sentis, si notre droit des gens étoit exactement suivi, & s’il étoit établi dans toute la terre. Quelquefois la frugalité d’une nation conquérante l’a mis en état de laisser aux vaincus le nécessaire que leur ôtoit leur propre prince. On a vû des états opprimés par les traitans, être soulagés par le conquérant, qui ne se trouvoit pas dans les engagemens ni les besoins qu’avoit le prince legitime. Une conquête peut détruire des préjugés nuisibles, & mettre, si on ose le dire, une nation sous un meilleur génie. Quel bien les Espagnols ne pouvoient-ils pas faire aux Mexicains, & par leurs conquêtes destructives quels maux ne leur firent-ils pas ? Je supprime les détails sur les regles de conduite que doivent observer les divers états conquérans, pour le bien & la conservation de leurs conquêtes ; on les trouvera dans l’illustre auteur de l’esprit des lois.

Il y auroit plusieurs remarques à faire sur la conquête considérée comme un moyen d’acquérir la souveraineté ; je dois encore me borner aux principales.

1°. La conquête considérée en elle-même, est plûtôt l’occasion d’acquérir la souveraineté, que la cause immédiate de cette acquisition. La cause immédiate de l’acquisition de la souveraineté, c’est toûjours le consentement du peuple ou exprès ou tacite : sans ce consentement l’état de guerre subsiste toûjours entre deux ennemis, & l’on ne sauroit dire que l’un soit obligé d’obéir à l’autre : tout ce qu’il y a, c’est que le consentement du vaincu est extorqué par la supériorité du vainqueur.

2°. Toute conquête légitime, suppose que le vainqueur ait eu un juste sujet de faire la guerre au vaincu ; sans cela la conquête n’est pas elle-même un titre suffisant ; car on ne peut pas s’emparer de la souveraineté d’une nation par la loi du plus fort, & par la seule prise de possession, comme d’une chose qui n’est à personne. Que l’on ne parle point de la gloire du prince à faire des conquêtes, sa gloire seroit son orgueil ; c’est une passion, & non pas un droit légitime. Ainsi lorsqu’Alexandre porta la guerre chez les peuples les plus éloignés, & qui n’avoient jamais entendu parler de lui, certainement une pareille conquête n’étoit pas un titre plus juste d’acquérir la souveraineté, que le brigandage n’est un moyen légitime de s’enrichir. La qualité & le nombre des personnes ne changent point la nature de l’action ; l’injure est la même, le crime est égal.

Mais si la guerre est juste, la conquête l’est aussi ; car premierement elle est une suite naturelle de la victoire, & le vaincu qui se rend au vainqueur, ne fait que racheter sa vie. D’ailleurs, les vaincus s’étant engagés par leur faute dans une guerre injuste, plûtôt que d’accorder la juste satisfaction qu’ils devoient, ils sont censés avoir tacitement consenti d’avance aux conditions que le vainqueur leur imposeroit, pourvû qu’elles n’eussent rien d’injuste ni d’inhumain.

Que faut-il penser des conquêtes injustes, & d’une soumission extorquée par la violence ? Peut-elle donner un droit légitime ? Puffendorf (Liv. VII. ch. vij.) répond qu’il faut distinguer, si l’usurpateur a changé une république en monarchie, ou bien s’il a dépossedé le légitime monarque. Dans le dernier cas, il est indispensablement obligé de rendre la couronne à celui qu’il en a dépouillé, ou à ses héritiers, jusqu’à ce que l’on puisse raisonnablement présumer qu’ils ont renoncé à leurs prétentions, & c’est ce qu’on présume toûjours, lorsqu’il s’est écoulé un tems considérable sans qu’ils ayent voulu ou pû faire effort pour recouvrer la couronne.

Le droit des gens admet donc une espece de prescription entre les rois ou les peuples libres, par rapport à la souveraineté ; c’est ce que demande l’intérêt & la tranquillité des sociétés. Il faut qu’une possession soutenue & paisible de la souveraineté, la mette une fois hors d’atteinte, autrement il n’y auroit jamais de fin aux disputes touchant les royaumes & leurs limites, ce qui seroit une source de guerres perpétuelles, & à peine y auroit-il aujourd’hui un souverain qui possedât l’autorité légitimement.

Il est effectivement du devoir des peuples de résister dans les commencemens à l’usurpateur de toutes leurs forces, & de demeurer fideles à leur souverain ; mais si malgré tous leurs efforts leur souverain a du dessous, & qu’il ne soit plus en état de faire valoir son droit, ils ne sont obligés à rien de plus, & ils peuvent pourvoir à leur conservation.

Les peuples ne sauroient se passer de gouvernement ; & comme ils ne sont pas tenus de s’exposer à des guerres perpétuelles pour soutenir les intérêts de leur premier souverain, ils peuvent rendre légitime par leur consentement le droit de l’usurpateur ; & dans ces circonstances, le souverain dépouillé doit se consoler de la perte de ses états comme d’un malheur sans remede.

A l’égard du premier cas, si l’usurpateur a changé une république en monarchie, s’il gouverne avec modération & avec équité, il suffit qu’il ait regné paisiblement pendant quelque tems, pour donner lieu de croire que le peuple s’accommode de sa domination, & pour effacer ainsi ce qu’il y avoit de vicieux dans la maniere dont il l’avoit acquise : c’est ce qu’on peut appliquer au regne d’Auguste ; ou si l’on ne veut pas lui en faire l’application, on ne doit pas moins recevoir notre maxime, que par laps de tems,

Les usurpateurs des provinces
En deviennent les justes princes
En donnant de plus justes lois.

Que si au contraire le prince qui s’est rendu maître du gouvernement d’une république l’exerce tyranniquement ; s’il maltraite les citoyens & les opprime, on n’est point alors obligé de lui obéir ; dans ces circonstances la possession la plus longue n’emporte autre chose, qu’une longue continuation d’injustice.

Au reste, rien ne doit mieux corriger les princes de la folie des usurpations & des conquêtes lointaines, que l’exemple des Espagnols & des Portugais, & de toutes autres conquêtes moins éloignées, que leur inutilité, leur incertitude & leurs revers. Mille exemples nous apprennent combien peu il faut compter sur ces sortes d’acquisitions. Il arrive tôt ou tard qu’une force majeure se sert des mêmes moyens pour les enlever à celui qui les a faites, ou à ses enfans. C’est ainsi que la France perdit sous le regne de Jean, ce que Philippe Auguste & S. Louis avoient conquis sur les Anglois, & qu’Edouard III. perdit les conquêtes qu’il avoit lui-même faites en France. On vit ensuite un des successeurs d’Edouard (Henri V.) réparer avantageusement toutes les pertes de ses prédécesseurs, & enfin les François à leur tour, recouvrer peu de tems après tout ce que ce prince leur avoit enlevé.

Les conquêtes se font aisément, parce qu’on les fait avec toutes ses forces & qu’on profite de l’occasion ; elles sont difficiles à conserver, parce qu’on ne les défend qu’avec une partie de ces forces. L’aggrandissement des états d’un prince conquérant, montre de nouveaux côtés par où on peut le prendre, & on choisit aussi pour cet effet des conjonctures favorables. C’est le destin des héros de se ruiner à conquérir des pays qu’ils perdent ensuite. La réputation de leurs armes peut étendre leurs états ; mais la réputation de leur justice en augmenteroit la force plus solidement. Ainsi comme les monarques doivent avoir de la sagesse pour augmenter légitimement leur puissance, ils ne doivent pas avoir moins de prudence afin de la borner. Art. de M. le Ch. de Jaucourt.

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Étymologie de « conquête »

Féminin de conquêt ; provenç. conquesta ; espagn. et ital. conquista.

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(XIIe siècle) conqueste. Du latin populaire *conquaesita, féminin substantivé de *conquaesitus, participe passé de *conquaerĕre « conquérir », réfection du latin classique conquīrĕre « conquérir ».
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « conquête »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
conquête kɔ̃kɛt

Évolution historique de l’usage du mot « conquête »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « conquête »

  • L'écriture la plus noble conquête de l'homme. De Elsa Triolet / La Mise en mots
  • Il n'y a point de grand conquérant qui ne soit grand politique. François Marie Arouet, dit Voltaire, Essai sur les mœurs, De l'Orient et de Gengis-Kan
  • La Grèce conquise conquit son farouche vainqueur et porta les arts au sein du Latium rustique. Horace en latin Quintus Horatius Flaccus, Épîtres, II, I, 156
  • Les hommes manquent plus de conquêtes par leur maladresse que par la vertu des femmes. De Ninon de Lenclos
  • Libérer l’Ecole, c’est achever la plus belle des conquêtes de la Révolution française. De Paul Bert
  • La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire. De Gaston Bachelard / La Psychanalyse du feu
  • La sérénité est une conquête. De André Maurois
  • La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux animal, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats. Georges Louis Leclerc, comte de Buffon, Histoire naturelle, De l'homme
  • Il neigeait, on était vaincu par sa conquête. Pour la première fois l'aigle baissait la tête. Victor Hugo, Les Châtiments, l'Expiation, V, 13
  • L'art n'est pas une imitation mais une conquête. Isaac Félix, dit André Suarès, Goethe, le grand Européen, Émile-Paul
  • L'homme est la plus piètre conquête du cheval. De Jules Feller
  • Les plus nobles conquêtes sont celles des coeurs et des affections. De Cardinal de Richelieu
  • Une des phases nécessaires de toute conquête, grande ou petite, c'est que les conquérants se querellent entre eux pour la possession et le partage des biens des vaincus. De Augustin Thierry / Histoire de la conquête de l'Angleterre
  • Le cheval est la plus noble conquête que l’homme ait jamais faite. De Georges-Louis Leclerc de Buffon / Histoire Naturelle
  • L'esclavage dans la conquête est une chose d'accident. De Montesquieu / L'esprit des lois
  • Le loisir, voilà la plus grande joie et la plus belle conquête de l'homme. De Rémy de Gourmont
  • La plus noble conquête du cheval, c'est la femme. De Alfred Jarry / Pensées Hippiques
  • L'amour, la quête. Le mariage, la conquête. La nuit de noces, la quéquette. Le divorce, l'enquête. De Helen Rowland
  • En amour, il n'y a que la conquête et la rupture qui soient intéressantes ; le reste n'est que du remplissage. De Maurice Donnay
  • L’UMR prête à repartir en conquête argusdelassurance.com, L’UMR prête à repartir en conquête
  • Après trois siècles d’esclavagisme et de traite transatlantique, les puissances européennes, alors en pleine industrialisation, entreprennent, au XIXe siècle, la conquête du continent africain. Les sociétés locales sont alors organisées suivant des modèles plus ou moins centralisés. Selon Honoré Kabongo Mbiye, docteur en histoire de l’université de Lubumbashi, leur résistance à la colonisation fut notamment entravée par leur incapacité à coordonner une riposte. Toutefois, quelques grands chefs africains s’efforcèrent de regrouper des forces et parvinrent à contrarier et à ralentir l’avancée européenne. Ce fut le cas du Soudan à la Somalie, en passant par l’Éthiopie, l’Afrique du Nord ou encore le Sénégal, le Dahomey et le Ghana, marqué par des heurts violents entre Britanniques et Ashantis pendant des décennies. Avec force détails, l’auteur revient, dans ce court traité documenté, sur les grands moments de ces résistances entre 1850 et 1935, et pendant les indépendances (1950-1960), qui, pour la plupart, restent méconnues des jeunes générations. Le Monde diplomatique, Les résistances africaines à la conquête et à l’occupation coloniales de leur continent (XIXe- XXe siècles) (Le Monde diplomatique, juillet 2020)

Images d'illustration du mot « conquête »

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Traductions du mot « conquête »

Langue Traduction
Anglais conquest
Espagnol conquista
Italien conquista
Allemand eroberung
Chinois 征服
Arabe غزو
Portugais conquista
Russe покорение
Japonais 征服
Basque konkista
Corse cunquista
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Synonymes de « conquête »

Source : synonymes de conquête sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « conquête »

Conquête

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