Sombre : définition de sombre


Sombre : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

SOMBRE, adj.

A. −
1. [En parlant d'un lieu] Qui reçoit peu de lumière; où la lumière, la clarté n'est pas intense. Synon. noir, obscur.Un coin sombre (dans une pièce); habiter un appartement, une maison sombre; un escalier, une ruelle sombre. Le val était profond, vert, plein d'ombre et d'eaux vives. De hautes collines boisées et sombres (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p. 236):
1. Je ressens une impression d'autant plus pénible que la pièce où nous sommes est sombre et que les figures y prennent des déformations fantastiques... Elle n'est éclairée, cette pièce, que par une étroite fenêtre qui s'ouvre sur une cour crasseuse... Mirbeau,Journal femme ch., 1900, p. 67.
[P. méton.] J'entendis un bruit de béquilles et de pas qui résonnait dans la sombre profondeur du corridor et s'approchait lentement (France,Pt Pierre, 1918, p. 138).
P. métaph. Au-delà de la vie, à l'issue de cette sombre vallée qui s'appelle la mort, se trouve un lieu plein de mystère, un lieu d'où nul n'est jamais revenu (Monod,Sermons, 1911, p. 210).Faut-il (...) voir dans ces histoires de dragons ailés et dévorants comme la vague tradition, jaillie du gouffre sombre des temps révolus, d'une faune de cauchemar (Dévigne,Légend. de Fr., 1942, p. 18).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Synon. obscurité, pénombre.Le temps était toujours au sombre dehors. Les nuages bas passaient en sifflant dans les peupliers nus (Giono,Batailles ds mont., 1937, p. 126).Dans le sombre d'une loge, un bras pur de femme se lève (Mauriac,Journal 2, 1937, p. 120).
Coupe sombre. V. coupe2I A 2 a.
2) [En parlant de la source émettant ou réfléchissant la lumière] Qui éclaire mal; qui donne peu de clarté. Synon. faible, pâle.Il n'est pas nécessaire qu'il y ait au-dessus des groupes du Greco des anges surhumains et spectraux qui s'élèvent, ou derrière ses Christ pendus d'énormes nuées grisâtres qui l'isolent de l'univers, la sombre lueur est partout dans les fronts levés, les orbites creuses, la terre aride et les habits de velours noir (Faure,Hist. art, 1921, p. 67).
[P. méton.;] [en parlant du temps qu'il fait, d'une période de l'année] Novembre sombre et sale n'est pas un très bon mois pour voir Prague. Je vous conseillerais plutôt janvier qui est toujours clair et ensoleillé (Claudel,Corresp.[avec Gide], 1910, p. 182).Si pendant la nuit il a fait un temps sombre et couvert, s'il n'y a ni gelée ni brouillard, ni pluie du matin, partir au point du jour est le meilleur (La Hêtraie,Chasse, vén., fauconn., 1945, p. 155).
Loc. verb. Il fait sombre. Il fait peu clair. Il faisait sombre et bleu sous les platanes (Sartre,Sursis, 1945, p. 59).
3) [En parlant d'un matériau] Qui laisse peu filtrer la lumière. Au musée, des verres doubles. Cela expliquerait comment ces vitraux si éclatants sont si sombres. Ils retiennent la lumière, ne la transmettent pas (Michelet,Journal, 1835, p. 214).
4) [En parlant d'une couleur, de son intensité ou de son éclat] Qui est foncé, tirant sur le brun ou le noir; qui est peu éclatant. Synon. foncé, terne; anton. clair2, vif4, brillant1, lumineux3.Bleu, rouge sombre; ton, couleur sombre; lierre, forêt, verdure sombre; des vêtements sombres. Le campo de l'Isla Menor, à trente kilomètres de Séville, s'étendait à perte de vue, couvert d'une herbe grasse, au vert profond et presque sombre (Montherl.,Bestiaires, 1926, p. 406).Les assises de couleurs (...) se détachaient (...) galets d'un gris sec, laisse de mer bai brun ou noir sombre, galets mouillés jaune pâle, gris avec des reflets (Queffélec,Recteur, 1944, p. 95).
En partic., rare. [En parlant de la couleur de la peau, du teint d'une pers.] Une jeune noire rehausse de quelques turquoises son incomparable vêtement de peau sombre (Colette,Jumelle, 1938, p. 26).
[P. méton.] Le XVIIemarque sa préférence pour les peintures (Poussin, Rembrandt), tandis que le XVIIIen'a de goût que pour la lumière et la couleur. Si le XIXeest un siècle sombre, la réaction s'affirme au XXedans tous les domaines (Musées Fr., 1950, p. 21).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Couleur sombre. Anton. clair, clarté.Tourner, virer au sombre. Là-bas, là-bas, entre Soumana et Yakidji, le sombre des nuages se résout en traînées grisâtres, qui unissent à la terre le ciel (Maran,Batouala, 1921, p. 58):
2. Chez Seurat, tout contour d'objet est régulièrement déterminé par le contraste d'un clair et d'un sombre; chacune de ces valeurs extrêmes se dégradant aussitôt pour aller chercher la valeur contraire à l'autre extrémité du plan dont elle constitue le point de départ. Arts et litt., 1935, p. 30-8.
B. − Au fig.
1.
a) [En parlant d'une pers., de son humeur, de son caractère] Qui est empreint de tristesse, de mélancolie; qui manifeste du pessimisme. Synon. mélancolique, morne, morose, sinistre, taciturne, ténébreux; anton. gai, joyeux.Un caractère, une humeur sombre; un esprit, une imagination sombre; (être plongé) dans une sombre rêverie, de sombres pensées, de sombres réflexions. Il jouait sur une scène, se drapant (...) dans le manteau du bandit qui est un banni. Il était sombre, amère, fatal, maudit, damné, funèbrement passionné et passionnément funèbre! (L. Ménard,Rêv. païen, 1876, p. 10).− Sous quel uniforme cacherai-je mon cœur trop gros? Il paraîtra toujours. Jacques se sentait redevenir sombre. Il savait bien que pour vivre sur terre il faut en suivre les modes et le cœur ne s'y porte plus (Cocteau,Gd écart, 1923, p. 96).
[P. méton.;] [en parlant d'un trait de la pers.] Un regard sombre. Il avait des choses confidentielles à nous dire. Il avait la figure sombre et défaite. En le voyant, nous eûmes peur. − Un malheur?... interrogea Rouletabille. − Non, pas encore! (G. Leroux,Parfum, 1908, p. 28).Une vieille gravure anglaise représente l'arrestation d'un homme: un officier, l'œil sombre, saisit l'épaule du malheureux, alors qu'un soldat, armé d'une hallebarde, fonce sur celui-ci (Encyclop. éduc., 1960, p. 256).
[Dans le domaine des activités intellectuelles, de la vie mor. ou soc.] Dîner, repas sombre et silencieux. Le désir est la source impure d'où l'on tire parfois des romans sombres et poétiques, et si l'on essaie de purifier la source, plus de romans (Green,Journal, 1946, p. 51).La musique très lourde et très sombre, l'éclairage voilé et les parfums absorbants me dépaysaient (Gracq,Syrtes, 1951, p. 95).
[Dans le domaine de la vie affective et psychique] (Être en proie à) une sombre terreur, un sombre désespoir; avoir une sombre délectation, jubilation. Jamais plus qu'à présent, il n'avait exercé sur elle de sombre fascination (Carco,Homme traqué, 1922, p. 173).Elle pensa: « Quel dommage! Pourquoi a-t-il fallu qu'il m'aime, de cet amour sombre et mauvais? (...) » (Genevoix,E. Charlebois, 1944, p. 183).[Avec une valeur d'intensif] C'est la faute de mon caractère violent, exagéré, fantasque! Je passe du plus sombre découragement aux plus futiles espérances: à fond de cale, et, l'instant d'après, emballé jusqu'aux nues! (Martin du G.,Thib., Cah. gr., 1922, p. 622).Carnot, averti par un délateur, prit en mains la répression et, dès lors, poursuivit avec un sombre acharnement ses anciens compagnons de lutte (Lefebvre,Révol. fr., 1963, p. 471).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Caractère sombre, ce qui est sombre, triste. Vous (...) semez des figures sans nombre; Mêlez le fort au doux et le riant au sombre (Delille,Homme des champs, 1800, p. 142).Tous mes souvenirs, mon enfance et mes jeux, Rien ne peut animer le sombre de ma vie; La riante couleur à mes doigts est ravie, Le ton noir et brumeux domine en mes tableaux (Barbier,Ïambes, 1840, p. 150).
Loc. Au plus sombre de. Au moment le plus triste de. Cette photographie dans une chambre d'Essendiéras montre Lavallière, au plus sombre de sa gloire terrestre (Mauriac,Journal 2, 1937, p. 119).
b) [En parlant d'une pers., d'une vie] Qui est difficile à comprendre, qui est peu clair. La Science nous prouve, par A plus B, que nous ne sommes (...) qu'une vermine provisoire. Ceci soit dit pour ces persifleurs, vous savez? pour ces sombres écrivains qu'il faut relire plusieurs fois si l'on veut pénétrer la véritable signification de ce qu'ils disent (Villiers de L'I.-A.,Contes cruels, 1883, p. 242).J'ai mené ma vie d'exilé, poussière, quoi! Danse d'atome, (que tout cela (...) me paraît confus, et sombre, et embrouillé, oui, ce fut ma vie!) (Claudel,Père humil., 1920, i, 2, p. 498).
2. [En parlant d'un inanimé]
a) [Domaine plus ou moins abstr.] Qui est empreint de tristesse, d'inquiétude ou de désespoir. Sombre dimanche. Elle entrait chaque jour dans le dortoir, à la nuit tombante, et sa seule présence était un soulagement aux appréhensions des blessés, qui redoutent tant ces heures sombres, où les cauchemars, la fièvre, les douleurs, les étouffements, font sournoisement l'assaut des lits (Benjamin,Gaspard, 1915, p. 102).De meurtre en meurtre, de catastrophe en catastrophe, où aboutirons-nous? Chaque année semble un peu plus sombre que la précédente (Green,Journal, 1934, p. 236).
b) Qui est marqué par des événements malheureux ou qui est chargé de menaces. Éprouver un sombre pressentiment; de sombres avertissements, présages, perspectives. Je faillis céder au rire insane, méchant, qui nous guette (...) au cours de la représentation d'une sombre tragédie, ou pendant un grave discours (Colette,Chambre d'hôtel, 1940, p. 123).L'extension précoce aux ganglions, l'aggravation rapide ne tardent pas à révéler la nature cancéreuse de l'affection et à faire porter le plus sombre pronostic (Quillet Méd.1965, p. 504).
c) [Domaine de la perception, des sens]
α) [En parlant d'un arôme, d'une odeur forte, pénétrante ou âcre] Il y en a [de la rue] au fond de la tisane qu'elle remue avec la cuiller et toute l'odeur du fenouil est étouffée soudain sous la sombre odeur de cette suie des seigles malades (Giono,Gd troupeau, 1931, p. 221).Et je déplorais qu'une paresse, née du sombre arome de l'opium et de l'heure tardive, me retînt encore de gagner mon lit (Colette,Ces plais., 1932, p. 13).
β) PHONÉT. Voyelle sombre. Anton. voyelle claire*.Une voyelle sombre est une voyelle acoustiquement grave, comme [u] de jour ou de loup, et toutes les voyelles vélaires (Ling.1972).
γ) [Notamment, p. réf. à la voix, au timbre, aux sons] Sans clarté, grave. D'une voix sombre. Vous oubliez cette phrase poignante de la Huitième Symphonie (qui d'ailleurs est tout entière dominée par le Cor soutenu des sombres colorations de la contrebasse) (Claudel,Fig. et parab., 1936, p. 166).Le tumulte sombre du travail des hommes grondait toujours (Giono,Batailles ds mont., 1937, p. 343).
[P. méton.] Il déclamait d'un organe sombre et cabochard (Arnoux,Zulma, 1960, p. 294).
[Avec une valeur adv.] − T'es un artilleur? (...) − Non, dit Olivier, je suis du 140 y paraît. − 140, 140? répéta l'homme de sa voix qui chantait sombre parce qu'il parlait avec l'accent de la montagne (Giono,Gd troupeau, 1931, p. 93).
C. − Toujours antéposé. [En parlant d'une pers. ou d'une chose; fonctionnant comme superl. pour renforcer un terme injurieux ou dépréciatif] Triste, déplorable, lamentable, louche. Synon. sinistre.Sombre brute! Sombre crétin! J'ai toujours tenu pour de sombres imbéciles les gens qui disent que le peuple allemand ne voulait pas la guerre (Barrès,Cahiers, t. 11, 1917, p. 218).C'est une sombre connerie, toute cette histoire! Bien sûr qu'ils existent ces camps. C'est ignoble, et c'est nécessaire (Beauvoir,Mandarins, 1954, p. 338).
Prononc. et Orth.: [sɔ ̃:bʀ ̥]. Homon., formes de sombrer1 à 3. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1374 Nord sombre cop « meurtrissure » (6 mars, Reg. de la loy, Arch. Tournai ds Gdf.) − 1604 [éd.] (Cout. d'Anapes, Coutum. gén., II, 923, ibid.); 2. 1530 « qui donne peu de clarté » (Palsgr., pp. 307b et 648a: Le temps est sombre ... il fait sombre); 1606 nuit sombre (Nicot qui cite Du Bellay); 1611 subst. « ce qui est peu éclairé » (Larivey, Fidèle, I, 8 ds Gdf. Compl.: au sombre de la nuict); 1863 sylvic. coupe sombre « coupe peu importante (p. oppos. à coupe claire) » (Littré, s.v. coupe); puis par contresens 1910 coupe sombre « réduction importante de personnel » (Lar. pour tous, s.v. coupe); 3. 1545 adj. « où manque la sérénité, empreint d'une tristesse tragique ou menaçante » (Farce des cinq sens ds Anc. Th. fr., éd. Viollet le duc, t. 3, p. 305: je vous prometz de cueur non sombre Que nul de vous je ne vueil nuire, Se grant fortune ne m'encombre); 4. 1694 (Ac.: On appelle, Couleurs sombres, Les couleurs qui sont moins esclatantes que les autres, et qui tirent sur le brun); 5. 1855 (Littré-Robin Add.: Sombre ou sombré - Voix sombrée, timbre sombre); 1933 voyelles sombres (Mar. Lex., s.v. voyelle); 6. 1868 sert à déprécier sombre mystificateur (Lautréam., Chants Maldoror, Poésies I ds Rob., s.v. loustic, citations). Mot prob. plus anc. (cf. ca 1179 le subst. dér. essombre « ténèbres; ombre » Renart, éd. M. Roques, I, 2313 et 2556, à l'aide du préf. es-, v. 2, du lat. ex-) d'orig. obsc.; p. -ê. dér. d'un anc. verbe *sombrer « faire de l'ombre », du b. lat. subumbrare « couvrir d'ombre » dans des textes scripturaires de 400 et viiies. ds Cor.-Pasc., v. aussi Blaise Lat. chrét., dér. du lat. class. umbrare « couvrir d'ombre, faire de l'ombre », de umbra « ombre », préf. sub- marquant la position inférieure, v. FEW t. 12, p. 375 et G. Straka ds Homenaje a Alonso Zamora Vicente, I, 1988, pp. 282-287; cf. l'esp. sombra « ombre » xiiies. ds Al., altér. du lat. umbra « ombre » sous l'infl. de sol « soleil », solombra « ombre » 1250 ds Cor.-Pasc. p. oppos. de sol y sombra « soleil et ombre », et l'a. prov. solumbrar « ombrager, mettre à l'ombre, reposer » xives. ds Rayn., de la même orig. lat. sous l'infl. de sol « soleil ». Fréq. abs. littér.: 9 160. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 12 573, b) 18 155; xxes.: a) 14 037, b) 10 057. Bbg. Picoche (J.). Struct. sém. du lex. fr. Paris, 1986, p. 120. − TLF. Notes de lexicogr. crit. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1986, t. 25, n o1, p. 278.

Sombre : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

SOMBRE, adj.

A. −
1. [En parlant d'un lieu] Qui reçoit peu de lumière; où la lumière, la clarté n'est pas intense. Synon. noir, obscur.Un coin sombre (dans une pièce); habiter un appartement, une maison sombre; un escalier, une ruelle sombre. Le val était profond, vert, plein d'ombre et d'eaux vives. De hautes collines boisées et sombres (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p. 236):
1. Je ressens une impression d'autant plus pénible que la pièce où nous sommes est sombre et que les figures y prennent des déformations fantastiques... Elle n'est éclairée, cette pièce, que par une étroite fenêtre qui s'ouvre sur une cour crasseuse... Mirbeau,Journal femme ch., 1900, p. 67.
[P. méton.] J'entendis un bruit de béquilles et de pas qui résonnait dans la sombre profondeur du corridor et s'approchait lentement (France,Pt Pierre, 1918, p. 138).
P. métaph. Au-delà de la vie, à l'issue de cette sombre vallée qui s'appelle la mort, se trouve un lieu plein de mystère, un lieu d'où nul n'est jamais revenu (Monod,Sermons, 1911, p. 210).Faut-il (...) voir dans ces histoires de dragons ailés et dévorants comme la vague tradition, jaillie du gouffre sombre des temps révolus, d'une faune de cauchemar (Dévigne,Légend. de Fr., 1942, p. 18).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Synon. obscurité, pénombre.Le temps était toujours au sombre dehors. Les nuages bas passaient en sifflant dans les peupliers nus (Giono,Batailles ds mont., 1937, p. 126).Dans le sombre d'une loge, un bras pur de femme se lève (Mauriac,Journal 2, 1937, p. 120).
Coupe sombre. V. coupe2I A 2 a.
2) [En parlant de la source émettant ou réfléchissant la lumière] Qui éclaire mal; qui donne peu de clarté. Synon. faible, pâle.Il n'est pas nécessaire qu'il y ait au-dessus des groupes du Greco des anges surhumains et spectraux qui s'élèvent, ou derrière ses Christ pendus d'énormes nuées grisâtres qui l'isolent de l'univers, la sombre lueur est partout dans les fronts levés, les orbites creuses, la terre aride et les habits de velours noir (Faure,Hist. art, 1921, p. 67).
[P. méton.;] [en parlant du temps qu'il fait, d'une période de l'année] Novembre sombre et sale n'est pas un très bon mois pour voir Prague. Je vous conseillerais plutôt janvier qui est toujours clair et ensoleillé (Claudel,Corresp.[avec Gide], 1910, p. 182).Si pendant la nuit il a fait un temps sombre et couvert, s'il n'y a ni gelée ni brouillard, ni pluie du matin, partir au point du jour est le meilleur (La Hêtraie,Chasse, vén., fauconn., 1945, p. 155).
Loc. verb. Il fait sombre. Il fait peu clair. Il faisait sombre et bleu sous les platanes (Sartre,Sursis, 1945, p. 59).
3) [En parlant d'un matériau] Qui laisse peu filtrer la lumière. Au musée, des verres doubles. Cela expliquerait comment ces vitraux si éclatants sont si sombres. Ils retiennent la lumière, ne la transmettent pas (Michelet,Journal, 1835, p. 214).
4) [En parlant d'une couleur, de son intensité ou de son éclat] Qui est foncé, tirant sur le brun ou le noir; qui est peu éclatant. Synon. foncé, terne; anton. clair2, vif4, brillant1, lumineux3.Bleu, rouge sombre; ton, couleur sombre; lierre, forêt, verdure sombre; des vêtements sombres. Le campo de l'Isla Menor, à trente kilomètres de Séville, s'étendait à perte de vue, couvert d'une herbe grasse, au vert profond et presque sombre (Montherl.,Bestiaires, 1926, p. 406).Les assises de couleurs (...) se détachaient (...) galets d'un gris sec, laisse de mer bai brun ou noir sombre, galets mouillés jaune pâle, gris avec des reflets (Queffélec,Recteur, 1944, p. 95).
En partic., rare. [En parlant de la couleur de la peau, du teint d'une pers.] Une jeune noire rehausse de quelques turquoises son incomparable vêtement de peau sombre (Colette,Jumelle, 1938, p. 26).
[P. méton.] Le XVIIemarque sa préférence pour les peintures (Poussin, Rembrandt), tandis que le XVIIIen'a de goût que pour la lumière et la couleur. Si le XIXeest un siècle sombre, la réaction s'affirme au XXedans tous les domaines (Musées Fr., 1950, p. 21).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Couleur sombre. Anton. clair, clarté.Tourner, virer au sombre. Là-bas, là-bas, entre Soumana et Yakidji, le sombre des nuages se résout en traînées grisâtres, qui unissent à la terre le ciel (Maran,Batouala, 1921, p. 58):
2. Chez Seurat, tout contour d'objet est régulièrement déterminé par le contraste d'un clair et d'un sombre; chacune de ces valeurs extrêmes se dégradant aussitôt pour aller chercher la valeur contraire à l'autre extrémité du plan dont elle constitue le point de départ. Arts et litt., 1935, p. 30-8.
B. − Au fig.
1.
a) [En parlant d'une pers., de son humeur, de son caractère] Qui est empreint de tristesse, de mélancolie; qui manifeste du pessimisme. Synon. mélancolique, morne, morose, sinistre, taciturne, ténébreux; anton. gai, joyeux.Un caractère, une humeur sombre; un esprit, une imagination sombre; (être plongé) dans une sombre rêverie, de sombres pensées, de sombres réflexions. Il jouait sur une scène, se drapant (...) dans le manteau du bandit qui est un banni. Il était sombre, amère, fatal, maudit, damné, funèbrement passionné et passionnément funèbre! (L. Ménard,Rêv. païen, 1876, p. 10).− Sous quel uniforme cacherai-je mon cœur trop gros? Il paraîtra toujours. Jacques se sentait redevenir sombre. Il savait bien que pour vivre sur terre il faut en suivre les modes et le cœur ne s'y porte plus (Cocteau,Gd écart, 1923, p. 96).
[P. méton.;] [en parlant d'un trait de la pers.] Un regard sombre. Il avait des choses confidentielles à nous dire. Il avait la figure sombre et défaite. En le voyant, nous eûmes peur. − Un malheur?... interrogea Rouletabille. − Non, pas encore! (G. Leroux,Parfum, 1908, p. 28).Une vieille gravure anglaise représente l'arrestation d'un homme: un officier, l'œil sombre, saisit l'épaule du malheureux, alors qu'un soldat, armé d'une hallebarde, fonce sur celui-ci (Encyclop. éduc., 1960, p. 256).
[Dans le domaine des activités intellectuelles, de la vie mor. ou soc.] Dîner, repas sombre et silencieux. Le désir est la source impure d'où l'on tire parfois des romans sombres et poétiques, et si l'on essaie de purifier la source, plus de romans (Green,Journal, 1946, p. 51).La musique très lourde et très sombre, l'éclairage voilé et les parfums absorbants me dépaysaient (Gracq,Syrtes, 1951, p. 95).
[Dans le domaine de la vie affective et psychique] (Être en proie à) une sombre terreur, un sombre désespoir; avoir une sombre délectation, jubilation. Jamais plus qu'à présent, il n'avait exercé sur elle de sombre fascination (Carco,Homme traqué, 1922, p. 173).Elle pensa: « Quel dommage! Pourquoi a-t-il fallu qu'il m'aime, de cet amour sombre et mauvais? (...) » (Genevoix,E. Charlebois, 1944, p. 183).[Avec une valeur d'intensif] C'est la faute de mon caractère violent, exagéré, fantasque! Je passe du plus sombre découragement aux plus futiles espérances: à fond de cale, et, l'instant d'après, emballé jusqu'aux nues! (Martin du G.,Thib., Cah. gr., 1922, p. 622).Carnot, averti par un délateur, prit en mains la répression et, dès lors, poursuivit avec un sombre acharnement ses anciens compagnons de lutte (Lefebvre,Révol. fr., 1963, p. 471).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Caractère sombre, ce qui est sombre, triste. Vous (...) semez des figures sans nombre; Mêlez le fort au doux et le riant au sombre (Delille,Homme des champs, 1800, p. 142).Tous mes souvenirs, mon enfance et mes jeux, Rien ne peut animer le sombre de ma vie; La riante couleur à mes doigts est ravie, Le ton noir et brumeux domine en mes tableaux (Barbier,Ïambes, 1840, p. 150).
Loc. Au plus sombre de. Au moment le plus triste de. Cette photographie dans une chambre d'Essendiéras montre Lavallière, au plus sombre de sa gloire terrestre (Mauriac,Journal 2, 1937, p. 119).
b) [En parlant d'une pers., d'une vie] Qui est difficile à comprendre, qui est peu clair. La Science nous prouve, par A plus B, que nous ne sommes (...) qu'une vermine provisoire. Ceci soit dit pour ces persifleurs, vous savez? pour ces sombres écrivains qu'il faut relire plusieurs fois si l'on veut pénétrer la véritable signification de ce qu'ils disent (Villiers de L'I.-A.,Contes cruels, 1883, p. 242).J'ai mené ma vie d'exilé, poussière, quoi! Danse d'atome, (que tout cela (...) me paraît confus, et sombre, et embrouillé, oui, ce fut ma vie!) (Claudel,Père humil., 1920, i, 2, p. 498).
2. [En parlant d'un inanimé]
a) [Domaine plus ou moins abstr.] Qui est empreint de tristesse, d'inquiétude ou de désespoir. Sombre dimanche. Elle entrait chaque jour dans le dortoir, à la nuit tombante, et sa seule présence était un soulagement aux appréhensions des blessés, qui redoutent tant ces heures sombres, où les cauchemars, la fièvre, les douleurs, les étouffements, font sournoisement l'assaut des lits (Benjamin,Gaspard, 1915, p. 102).De meurtre en meurtre, de catastrophe en catastrophe, où aboutirons-nous? Chaque année semble un peu plus sombre que la précédente (Green,Journal, 1934, p. 236).
b) Qui est marqué par des événements malheureux ou qui est chargé de menaces. Éprouver un sombre pressentiment; de sombres avertissements, présages, perspectives. Je faillis céder au rire insane, méchant, qui nous guette (...) au cours de la représentation d'une sombre tragédie, ou pendant un grave discours (Colette,Chambre d'hôtel, 1940, p. 123).L'extension précoce aux ganglions, l'aggravation rapide ne tardent pas à révéler la nature cancéreuse de l'affection et à faire porter le plus sombre pronostic (Quillet Méd.1965, p. 504).
c) [Domaine de la perception, des sens]
α) [En parlant d'un arôme, d'une odeur forte, pénétrante ou âcre] Il y en a [de la rue] au fond de la tisane qu'elle remue avec la cuiller et toute l'odeur du fenouil est étouffée soudain sous la sombre odeur de cette suie des seigles malades (Giono,Gd troupeau, 1931, p. 221).Et je déplorais qu'une paresse, née du sombre arome de l'opium et de l'heure tardive, me retînt encore de gagner mon lit (Colette,Ces plais., 1932, p. 13).
β) PHONÉT. Voyelle sombre. Anton. voyelle claire*.Une voyelle sombre est une voyelle acoustiquement grave, comme [u] de jour ou de loup, et toutes les voyelles vélaires (Ling.1972).
γ) [Notamment, p. réf. à la voix, au timbre, aux sons] Sans clarté, grave. D'une voix sombre. Vous oubliez cette phrase poignante de la Huitième Symphonie (qui d'ailleurs est tout entière dominée par le Cor soutenu des sombres colorations de la contrebasse) (Claudel,Fig. et parab., 1936, p. 166).Le tumulte sombre du travail des hommes grondait toujours (Giono,Batailles ds mont., 1937, p. 343).
[P. méton.] Il déclamait d'un organe sombre et cabochard (Arnoux,Zulma, 1960, p. 294).
[Avec une valeur adv.] − T'es un artilleur? (...) − Non, dit Olivier, je suis du 140 y paraît. − 140, 140? répéta l'homme de sa voix qui chantait sombre parce qu'il parlait avec l'accent de la montagne (Giono,Gd troupeau, 1931, p. 93).
C. − Toujours antéposé. [En parlant d'une pers. ou d'une chose; fonctionnant comme superl. pour renforcer un terme injurieux ou dépréciatif] Triste, déplorable, lamentable, louche. Synon. sinistre.Sombre brute! Sombre crétin! J'ai toujours tenu pour de sombres imbéciles les gens qui disent que le peuple allemand ne voulait pas la guerre (Barrès,Cahiers, t. 11, 1917, p. 218).C'est une sombre connerie, toute cette histoire! Bien sûr qu'ils existent ces camps. C'est ignoble, et c'est nécessaire (Beauvoir,Mandarins, 1954, p. 338).
Prononc. et Orth.: [sɔ ̃:bʀ ̥]. Homon., formes de sombrer1 à 3. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1374 Nord sombre cop « meurtrissure » (6 mars, Reg. de la loy, Arch. Tournai ds Gdf.) − 1604 [éd.] (Cout. d'Anapes, Coutum. gén., II, 923, ibid.); 2. 1530 « qui donne peu de clarté » (Palsgr., pp. 307b et 648a: Le temps est sombre ... il fait sombre); 1606 nuit sombre (Nicot qui cite Du Bellay); 1611 subst. « ce qui est peu éclairé » (Larivey, Fidèle, I, 8 ds Gdf. Compl.: au sombre de la nuict); 1863 sylvic. coupe sombre « coupe peu importante (p. oppos. à coupe claire) » (Littré, s.v. coupe); puis par contresens 1910 coupe sombre « réduction importante de personnel » (Lar. pour tous, s.v. coupe); 3. 1545 adj. « où manque la sérénité, empreint d'une tristesse tragique ou menaçante » (Farce des cinq sens ds Anc. Th. fr., éd. Viollet le duc, t. 3, p. 305: je vous prometz de cueur non sombre Que nul de vous je ne vueil nuire, Se grant fortune ne m'encombre); 4. 1694 (Ac.: On appelle, Couleurs sombres, Les couleurs qui sont moins esclatantes que les autres, et qui tirent sur le brun); 5. 1855 (Littré-Robin Add.: Sombre ou sombré - Voix sombrée, timbre sombre); 1933 voyelles sombres (Mar. Lex., s.v. voyelle); 6. 1868 sert à déprécier sombre mystificateur (Lautréam., Chants Maldoror, Poésies I ds Rob., s.v. loustic, citations). Mot prob. plus anc. (cf. ca 1179 le subst. dér. essombre « ténèbres; ombre » Renart, éd. M. Roques, I, 2313 et 2556, à l'aide du préf. es-, v. 2, du lat. ex-) d'orig. obsc.; p. -ê. dér. d'un anc. verbe *sombrer « faire de l'ombre », du b. lat. subumbrare « couvrir d'ombre » dans des textes scripturaires de 400 et viiies. ds Cor.-Pasc., v. aussi Blaise Lat. chrét., dér. du lat. class. umbrare « couvrir d'ombre, faire de l'ombre », de umbra « ombre », préf. sub- marquant la position inférieure, v. FEW t. 12, p. 375 et G. Straka ds Homenaje a Alonso Zamora Vicente, I, 1988, pp. 282-287; cf. l'esp. sombra « ombre » xiiies. ds Al., altér. du lat. umbra « ombre » sous l'infl. de sol « soleil », solombra « ombre » 1250 ds Cor.-Pasc. p. oppos. de sol y sombra « soleil et ombre », et l'a. prov. solumbrar « ombrager, mettre à l'ombre, reposer » xives. ds Rayn., de la même orig. lat. sous l'infl. de sol « soleil ». Fréq. abs. littér.: 9 160. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 12 573, b) 18 155; xxes.: a) 14 037, b) 10 057. Bbg. Picoche (J.). Struct. sém. du lex. fr. Paris, 1986, p. 120. − TLF. Notes de lexicogr. crit. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1986, t. 25, n o1, p. 278.

Sombre : définition du Wiktionnaire

Adjectif

sombre \sɔ̃bʁ\ masculin et féminin identiques

  1. Qui est peu éclairé ; qui reçoit peu de lumière ; qui est obscur.
    • Aucune lumière n’était demeurée ni dans les chambres basses ni dans les corridors ; de temps en temps seulement un éclair livide illuminait les appartements sombres d’un reflet bleuâtre qui disparaissait aussitôt. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, vol. I, ch. II ; Calmann Lévy éditeurs, Paris, 1886, page 17)
  2. Qui est moins éclatant, qui est plus foncé que les autres, en parlant d’une teinte, d’une couleur.
    • […] puis il […] se coiffa d’un toquet de velours noir sans plume ni pierreries, s’enveloppa d’un manteau de couleur sombre […] — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, vol. I, ch. II ; Calmann Lévy éditeurs, Paris, 1886, page 15)
    • […] je regardais les gens entrer dans la cour, les hommes en redingotes sombres, les femmes long voilées de noir. — (Octave Mirbeau, Contes cruels : Mon oncle)
  3. (Figuré) Qui est mélancolique, morne, taciturne ou chagrin.
    • Son appartement, comme son costume, était celui d’une veuve. Tout y était d’un caractère sombre : étoffes, murailles, meubles. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, vol. I, ch. VI ; Calmann Lévy éditeurs, Paris, 1886, page 60)
    • Elle avait gardé cet étrange caractère sombre et silencieux qui était devenu le sien depuis le départ de Jacques. — (Isabelle Eberhardt, Yasmina, 1902)
    • […] et debout près de la barre, Jean Donnard, grave et sombre, se signa, comme il avait coutume de faire chaque fois qu’il partait vers le large. — (Octave Mirbeau, Contes cruels : Les Eaux muettes)
    • Nous trouvons ici de plus sombres pressentiments ; l’auteur se demande même si notre humanité atteindra sa véritable fin […] — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, chap. VII (« La Morale des producteurs »), 1908, p. 326)
  4. Qui est inquiétant ou menaçant.
    • Émile doit rejoindre, dès dix heures du matin, au deuxième jour de la mobilisation. Il est désolé. Les plus sombres pressentiments le poignent. — (Isabelle Rimbaud, Dans les remous de la bataille, vol.1 : 28 juillet-28 août 1914, Le Mercure de France, 15 Juillet 1916)
    • […] insensiblement la sombre humeur qu’on voyait sur leurs traits s’atténuait, s’effaçait. De menaçants, ils devenaient gouailleurs, puis doucereux, entreprenants. — (Francis Carco, Images cachées, Éditions Albin Michel, Paris, 1928)
    • La Conspiration des Poudres consomma pour longtemps la ruine du catholicisme en Angleterre. Le papisme devint lié, dans les esprits, à de sombres images de complot contre la sûreté de l’État […] — (André Maurois, Histoire d’Angleterre, Fayard, 1937, p. 392)

Nom commun

sombre \sɔ̃bʁ\ masculin

  1. (Rare) Partie d’une chose qui est plus sombre que le reste.
    • Il faut distinguer le sombre du clair.

Forme de verbe

sombre \sɔ̃bʁ\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de sombrer.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de sombrer.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de sombrer.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de sombrer.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif présent de sombrer.
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Sombre : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SOMBRE. adj. des deux genres
. Qui est peu éclairé, qui reçoit peu de lumière, qui est obscur. Cette maison est bien sombre. Dans une forêt sombre. Un temps sombre. Une nuit sombre. Il fait sombre, Le temps est sombre. Il fait sombre dans cet appartement, Cet appartement est peu éclairé, mal éclairé. Couleur, teinte sombre, Couleur, teinte qui est moins éclatante, plus foncée que les autres. En termes de Poésie, Les royaumes sombres, les rivages sombres, les sombres bords, Les enfers, selon la croyance des anciens païens. Coupe sombre. Voyez COUPE.

SOMBRE signifie, au figuré, Qui est mélancolique, morne, taciturne, chagrin. Un esprit sombre. Un caractère, une humeur sombre. Un visage sombre. Il a l'air bien sombre. Une imagination ardente et sombre. Des idées sombres. De sombres pensées. Vous êtes bien sombre aujourd'hui. Il signifie encore, en parlant des Choses, Qui est inquiétant, menaçant. Un avenir sombre.

Sombre : définition du Littré (1872-1877)

SOMBRE (son-br') adj.
  • 1Qui reçoit peu de lumière, peu éclairé. Une chambre sombre. Oh ! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles ! La Fontaine, Fabl. XI, 4. Et le temps aujourd'hui Est sombre tout cela me donne un peu d'ennui, Collin D'Harleville, Vieux célib. II, 2. J'aimais le beffroi des alarmes… Les vitraux éclatants ou sombres, Hugo, Odes, II, 3.

    Il fait sombre, le temps est sombre.

    Fig. Dites le vrai, monseigneur, ne fait-il pas plus sombre à Munster, depuis que Mme de Longueville n'y est plus ? Voiture, Lett. 195.

    Il fait sombre dans cet appartement, cet appartement est peu éclairé.

    Fig. Que son intelligence est épaisse, et qu'il fait sombre dans son âme ! Molière, Préc. 6.

    Terme d'eaux et forêts. Coupe sombre, voy. COUPE 1, n° 2.

    Substantivement. Ne faire qu'apparoir dans sa maison, s'évanouir et se perdre comme un fantôme dans le sombre de son cabinet, La Bruyère, VII. Les Juifs avaient le goût du sombre et du grand dans leurs édifices, Chateaubriand, Itin. part. 4.

  • 2Qui est d'une teinte plus ou moins brune ou noirâtre. Cet oiseau a un plumage sombre. La gorge et tout le dessous du corps jusqu'aux jambes, d'un roux sombre moucheté de brun, Buffon, Ois. t. VII, p. 258. Les airs étaient sereins ; des soleils radieux Semaient de leurs traits d'or le bleu sombre des cieux, Saint-Lambert, Sais. IV.

    Couleur sombre, couleur peu éclatante et qui tire sur le brun.

    Lumière sombre, lumière qui éclaire mal. Quand de sombres clartés qu'on ne discerne pas Attirent dans le bois et ses yeux et ses pas, Brébeuf, Phars. VI. Déjà le jour plus sombre, Dans les eaux s'éteignant, va faire place à l'ombre, Boileau, Lutr. II.

    Fig. Du chagrin le plus noir elle [Esther] écarte les ombres, Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres, Racine, Esth. II, 7.

  • 3Obscur, ténébreux. Impitoyables sœurs, Parques dont les ciseaux S'acquièrent chaque jour des triomphes nouveaux, Fleuves toujours brûlants, demeures toujours sombres, Brébeuf, Phars. VI. Dès que la nuit plus sombre Aux crimes des mortels viendra prêter son ombre, Voltaire, Zaïre, IV, 7. La sombre éternité, sans terme dans son cours, Enveloppait le temps qui mesure nos jours, Bernis, Relig. veng. I.

    Par extension. Leurs jours les plus brillants [des riches] ont les plus sombres nuits ; Souvent mille terreurs y jettent mille alarmes, Corneille, Imit. III, 12.

    Fig. Obscur, difficile à comprendre. Il est certains esprits dont les sombres pensées Sont d'un nuage épais toujours embarrassées, Boileau, Art p. I. Si elle [l'étude de l'histoire ancienne] se bornait à la stérile connaissance des faits de l'antiquité et à la sombre recherche des dates et des années où chaque événement s'est passé, Rollin, Hist. anc. Préf.

    Poétiquement. Les sombres bords, les royaumes sombres, les rivages sombres, les enfers, le séjour des morts, suivant la croyance des anciens. Il a vu le Cocyte et les rivages sombres, Racine, Phèdre, II, 4. Puisque Thésée a vu les sombres bords, En vain vous espérez qu'un dieu vous le renvoie, Racine, ib. II, 5.

  • 4 Fig. Sur qui il ne luit aucun rayon de joie, de vivacité, de satisfaction. Et Sextus devenu tout sombre et tout confus, Brébeuf, Phars. VI. Et nous avons passé tout ce temps en récits Capables d'affliger les plus sombres esprits, La Fontaine, Fill. de Minée. [L'envie] Du mérite éclatant cette sombre rivale, Boileau, Art p. IV. Philippe II n'avait jamais combattu ; il n'était après tout qu'un tyran laborieux, sombre et dissimulé, Voltaire, Mœurs, 174. Il [Leibnitz] était sombre, et passait souvent les nuits dans un fauteuil, Diderot, Opin. des anc. phil. (Leibnitzianisme). Le reste du jour il fut silencieux et sombre, Staël, Corinne, XX, 2.

    Il se dit des choses. Que son visage est sombre et plein d'émotion ! Corneille, Poly. III, 2. Zoon plaisait aux yeux… Son peu d'esprit, son humeur sombre Rendaient ces talents mal placés, La Fontaine, Filles de Minée. Voilà les vraies réflexions d'une personne qui passe une partie de sa vie seule dans de grands bois, où les réflexions ne peuvent être que sombres et solides, Sévigné, 19 juin 1680. Le vice toujours sombre aime l'obscurité, Boileau, Ép. IX. Quel est ce sombre accueil et ce discours glacé ? Racine, Bajaz. III, 6. Enfin, depuis deux jours, la superbe Athalie Dans un sombre chagrin paraît ensevelie, Racine, Athal. I, 1. Quelques philosophes en Angleterre, sous la sombre administration de Cromwell, s'assemblèrent pour chercher en paix des vérités, Voltaire, Louis XIV, 31. La fureur de la guerre civile [en Angleterre] était nourrie par cette austérité sombre et atroce que les puritains affectaient, Voltaire, ib. 180. Il y a dans ce sujet [le Paradis perdu] je ne sais quelle horreur ténébreuse, un sublime sombre et triste qui ne convient pas mal à l'imagination anglaise, Voltaire, Ess. poés. ép. 9. Son silence n'avait rien de sombre ni de désobligeant, Mme Riccoboni, Œuv. t. III, p. 354, dans POUGENS. Honte à toi, femme à l'œil sombre, Dont les funestes amours Ont enseveli dans l'ombre Mon printemps et mes beaux jours ! Musset, la Nuit d'oct. Je te bannis de ma mémoire, Reste d'un amour insensé, Mystérieuse et sombre histoire, Musset, ib.

    Substantivement. Le sombre, tristesse, mécontentement. Dès que le roi fut assis, il remarqua promptement le sombre qui y régnait [dans le conseil], Saint-Simon, 263, 15.

  • 5 Terme de musique. Voix sombre, voy SOMBRÉE.
  • 6 S. m. Sombre à deux raies, espèce de couleuvre.

HISTORIQUE

XIIIe s. Des maus qu'el [la luxure] fet ne sai le nombre ; La somme en est en une essombre, En une reculée obscure, Rutebeuf, II, 40.

XVIe s. Nous aurons de la pluye tantost, car le temps devient sombre soudaynement, Palsgrave, p. 648. La sagesse qui a les siens [ses effets et ses fruits] doux, sombres, internes et peu visibles, Charron, Sagesse, II, Préface. Celuy qui frappe autruy de sombre coup, sans sang…, Coust. gén. t. II, p. 933.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

SOMBRE. Ajoutez :
7 Terme forestier. Coupe sombre, voy. COUPE 1, n° 2.

Il ne faut pas confondre la coupe sombre, qui a pour but le réensemencement, avec les nettoiements et les éclaircies. La coupe de réensemencement est dite sombre, parce que les étalons ligneux qui produiront la semence doivent être nombreux et former un couvert suffisant, suivant les essences de peuplement, Ch. Becquet, Mém. d'agricult. 1870-71, p. 82.

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Sombre : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

SOMBRE, adj. (Gram.) qui n’est pas assez éclairé de la lumiere du jour, & où l’on a peine à discerner les objets. On dit un lieu sombre, un tems sombre ; & au figuré, une humeur sombre, un homme sombre, un air sombre.

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Étymologie de « sombre »

Étymologie de sombre - Wiktionnaire

(1530) Du bas latin subumbrare composé de sub- (« sous ») et umbrare (« faire de l’ombre »), via l’ancien verbe sombrer (« faire de l’ombre »). (1374) sombre coup, « meurtrissure ».
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Étymologie de sombre - Littré

Catal. espagn. et portug. sombra, ombre. On tire ce mot de sub-umbrare, supposant une forme so-ombrar ; le fait est que le provençal a sotz-umbrar, ombrager ; il a aussi solombrar, dans le même sens, et l'anc. espagn. offre solombra, ombre, qu'on a interprété par le latin solis umbra, interprétation que Diez rejette, préférant y voir une altération de sotz-ombrar. Mais la forme française essombre donne un autre indice : elle représente ex-umbra, où ex a un sens de renforcement, comme dans exoine, dans esseuler, et signifie lieu obscur. Il se peut que sombre, qui est aussi substantif, n'en soit que la contraction. On trouve au XVe siècle un adjectif sombreuse qui signifie triste, lugubre : Les menestriers encommencerent à bondir en sombreuse, en signifiance de desconfiture, Perceforest, t. IV, f° 57.

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Phonétique du mot « sombre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
sombre sɔ̃br play_arrow

Citations contenant le mot « sombre »

  • En 1983, une chanson à l’apparence un peu sombre a pourtant fait danser tout l’été : Sweet Dreams, d’Eurythmics. Chanson sombre, car Annie Lennox, la chanteuse du groupe, est complètement déprimée au moment où elle l’écrit. Avec son partenaire musical, Dave Stewart, elle a l'impression que la musique n'est pas faite pour elle. Leur premier album a fait un flop. Alors le duo crée Sweet Dreams : en deux couplets et c’est tout, Annie Lennox parle de ce rêve - vivre de sa musique - qu’elle n’arrive pas à réaliser.  Europe 1, "Sweet Dreams", la chanson sombre d'Eurythmics devenue tube de l'été
  • POINTS FAIBLES Sur son tableau noir de professeur, Michel Onfray écrit à la craie un chant teinté de peine et de mélancolie. Lucide dans le bonheur des retrouvailles, parfois sombre, son récit raconte la nature spoliée, l’usine fermée, l’école maltraitée, un  antan enfui, une quête du temps abandonné qui se meurt dans l’oubli. Atlantico.fr, "Lectures d'été" : "Le chemin de la Garenne" de Michel Onfray, pèlerinage lucide et sombre sur le chemin de l’enfance | Atlantico.fr
  • Le 17 juillet, Michel Onfray était l’invité de l’émission web Thinkerview. Pendant près de 2h30, il a longuement disserté sur l'actualité politique et la France de Macron. Parmi les thèmes abordés, celui du déclin de l'Occident. Retour sur les sombres prédictions du philosophe normand. Valeurs actuelles, “L’Occident va disparaître” : Onfray livre sa sombre vision du “monde d'après” sur Thinkerview | Valeurs actuelles
  • La science est obscure - peut-être parce que la vérité est sombre. De Victor Hugo / Faits et croyances
  • Dans les plis de leur dogme ils ont la sombre nuit. De Victor Hugo / L'Art d'être grand-père
  • L'heure la plus sombre est celle qui vient juste avant le lever du soleil. De Paulo Coelho / L'Alchimiste
  • La gloire, astre tardif, lune sereine et sombre Qui se lève sur les tombeaux. De Victor Hugo / Toute la lyre
  • Le nuage est sombre mais ce qui en tombe est de l’eau pure. De Proverbe afghan
  • A l'approche de l'orgasme, le discours sombre. De Radovan Ivsié / L'Archibras
  • Plus grande est notre fortune Et plus sombre est notre sort. De Robert Desnos / Le Bain avec Andromède
  • Quand il y a sept timoniers sur huit marins, le navire sombre. De Proverbe chinois
  • Ne confondez pas le sombre avec l'obscur. L'obscur accepte l'idée de bonheur ; le sombre accepte l'idée de grandeur. De Victor Hugo / Philosophie prose
  • Le soleil brille toujours après une nuit sombre. De Ngugi wa Thiong`o / Enfant, ne pleure pas
  • L’endroit le plus sombre est juste sous la bougie. De Proverbe coréen
  • Le monde semble sombre quand on a les yeux fermés. De Proverbe indien
  • Le vice, toujours sombre, aime l'obscurité. De Nicolas Boileau / Epitre VIII
  • L'endroit le plus sombre est sous la lampe. De Proverbe chinois
  • La nuit la plus sombre a toujours une fin lumineuse. De Anonyme

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Traductions du mot « sombre »

Langue Traduction
Corse scuru
Basque iluna
Japonais
Russe тьма
Portugais sombrio
Arabe داكن
Chinois 黑暗
Allemand dunkel
Italien buio
Espagnol oscuro
Anglais dark
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Synonymes de « sombre »

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Antonymes de « sombre »


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