Ténébreux : définition de ténébreux, ténébreuse


Ténébreux, ténébreuse : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

TÉNÉBREUX, -EUSE, adj. et subst.

I. − Adjectif
A. − Qui est plongé dans une obscurité plus ou moins profonde. Synon. noir, obscur, sombre; anton. clair, lumineux.
1. [En parlant d'un élément naturel] Envahi, obscurci par les ténèbres. Ciel ténébreux; nuit ténébreuse. Il parle tout seul; il verse son âme dans l'air froid et ténébreux de la nuit (Baudel., Paradis artif., 1860, p. 327).Ils regardaient la plaine, essayant d'y deviner les rivières et les fermes. Elle était à demi ténébreuse; l'obscurité se tassait au ras du sol (Arland, Ordre, 1929, p. 468).
2. [En parlant d'un lieu] Où la lumière du jour ne pénètre pas ou très peu. Antre, chambre, couloir, forêt, maison, pièce, puits ténébreux. C'est l'histoire des animaux vivant dans les cavernes ténébreuses, et qui perdent la vue à force de ne pas s'en servir (Gide, Paludes, 1895, p. 118).Avec sa main libre, il plongeait alors, affairé, en diverses cachettes, et à droite et à gauche dans la ténébreuse boutique (Céline, Voyage, 1932, p. 171).
Rem. Dans ces accept., ténébreux évoque une idée de peur, d'insécurité, d'inconfort; ainsi le trouve-t-on souvent associé à d'autres adj. tels que froid, glacé, humide, inconnu, lugubre, morne, sinistre: Le taudis où son regard plongeait en ce moment était abject, sale, fétide, infect, ténébreux, sordide (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 885).
3. [P. méton. du subst.]
a) Qui se passe dans les ténèbres; qui vit la nuit. Sa face Était comme le champ d'un combat ténébreux (Hugo, Fin Satan, 1885, p. 931).Le plus uni sentier paraissait dangereux. On sentait s'éveiller partout ce qui vivait d'une existence ténébreuse (Gide, Immor., 1902, p. 449).
b) Qui est dû aux ténèbres. Et la veilleuse que l'on me concède ne fait qu'augmenter mon angoisse ténébreuse, ma mère étant redescendue (Jammes, Nuits qui me chantent, 1928, p. 17).
c) Privé de lumière, plongé dans les ténèbres de la cécité:
Contemple-les, mon âme; ils sont vraiment affreux [les aveugles], Pareils aux mannequins; vaguement ridicules; Terribles, singuliers comme les somnambules; Dardant on ne sait où leurs globes ténébreux. Baudel., Fl. du Mal, 1860, p. 160.
4. P. ext.
a) [En parlant d'un espace de temps] Jours, hiver ténébreux; semaine ténébreuse. Les enfants eurent peur dans les chambres qui avaient l'odeur de l'hiver et de ces longs mois ténébreux où personne ne pénètre dans la maison fermée (Mauriac, Nouv. Bloc-Notes, 1958, p. 43).
b) [En parlant d'une couleur] Très foncé, sombre, noir. Ses beaux yeux languissants, d'une couleur ténébreuse et indécise, ressemblaient à des violettes chargées encore des lourds pleurs de l'orage (Baudel., Poèmes prose, 1867, p. 100).
[Qualifie une matière, un végétal] Sapins lourds, ténébreux, dévalant, dont les branches Suspendent dans l'air bleu de vertes avalanches (Noailles, Éblouiss., 1907, p. 185).La vaste bibliothèque couleur de bois ténébreux ciré (Arnoux, Zulma, 1960, p. 266).
[En parlant d'un cours d'eau] D'une profondeur obscure. Le fleuve lent et ténébreux coulait, où s'embourbaient les constellations, qu'il ne charriait pas avec lui (Arnoux, Roi, 1956, p. 353).
[Précédé d'un nom de couleur dont il renforce la précision] Un gris ténébreux. Des minéraux, il passait aux coquilles (...) à toutes ces variations du rose dans une fonte de porcelaine, depuis la pourpre ténébreuse jusqu'au rose mourant, à la nacre noyant le prisme dans son lait (Goncourt, Man. Salomon, 1867, p. 429).
B. − Au fig.
1. Domaine intellectuel
a) [En parlant d'un lang., d'un ouvrage] Qui manque de clarté, d'intelligibilité, qui mériterait des éclaircissements. Synon. abscons, nébuleux, obscur.Livre ténébreux. Oh! que voilà des discours ténébreux, maussades et mal appropriés à la fête que nous célébrons aujourd'hui (A. France, Opin. J. Coignard, 1893, p. 99).Il y a (...) une mosquée caduque et blanche, et deux synagoguesoù, paraît-il, de jeunes lévites en sont encore à étudier le ténébreux Talmud (Loti, Galilée, 1896, p. 73).
[P. méton. du subst.] Auteur, écrivain ténébreux. Qui s'exprime en termes obscurs. En espagnol ou en anglais, je peux (...) me saouler des auteurs les plus abscons comme les plus ténébreux (Aymé, Confort, 1949, p. 21).
b) Qui n'a pas été entièrement élucidé par l'intelligence humaine ou par les progrès de la science. Qu'es-tu, ténébreuse philosophie? Tu es pour moi comme les cris des insectes rampants dans les cachots (Saint-Martin, Homme désir, 1790, p. 59).Nous pénétrions d'un degré de plus dans le monde ténébreux de l'atome (Michelet, Insecte, 1857, p. xxxii).
c) Que l'éloignement dans le temps rend obscur et difficilement explicable. Une époque ténébreuse. Ces hommes des forêts qui vivaient ici dans les temps, dans les temps incalculés et ténébreux (Loti, Ramuntcho, 1897, p. 11).
2. Domaine affectif, mor.
a) [En parlant d'une pers. ou de l'un de ses attributs]
α) Qui est d'une humeur sombre, mélancolique, taciturne. Jésus marche à grands pas en frissonnant comme eux, Triste jusqu'à la mort, l'œil sombre et ténébreux (Vigny, Destinées, 1863, p. 164).Ce n'était plus le beau monstre accroupi au visage anxieux et ténébreux (A. Daudet, Nabab, 1877, p. 263).
β) Mystérieux, énigmatique. Un garçon de figure aimable et d'une expression quelque peu ténébreuse et énigmatique (Arnoux, Solde, 1958, p. 29).
b) [En parlant d'une manifestation de l'âme ou de la nature hum.] Dont on peut difficilement saisir le sens profond et caché; qui échappe à l'entendement humain. Synon. insondable, impénétrable.Qui lui révélerait le secret de cette âme ténébreuse? (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 248).Chez les symbolistes, le « rêve » perd ses profondeurs ténébreuses pour n'être plus que ce monde artificiel dans lequel on se réfugie (Béguin, Âme romant., 1939, p. 389).
3. Domaine soc.
a) [En parlant d'un fait, d'une affaire] Qui n'a pas été parfaitement élucidé, où règnent encore des incertitudes, des obscurités. Mystère ténébreux; accusation, affaire, vérité ténébreuse. C'est ici sans doute l'épisode le plus obscur de cette ténébreuse histoire [l'Affaire Dreyfus] (Bernanos, Gde peur, 1931, p. 321).De tout temps, la police a eu tendance (...) à attribuer les morts ténébreuses, ou simplement douteuses, au suicide (L. Daudet, Police pol., 1934, p. 159).
b) [En parlant d'une époque, d'une situation] Rempli d'incertitude, qui se présente sous un jour sombre, menaçant. L'avenir est encore bien ténébreux et je suis comme vous, il m'inquiète (Flaub., Corresp., 1875, p. 221).Cette crise [la guerre de 14-18] longuement préparée par une quantité d'illusions, et qui laisse après elle tant de problèmes, d'énigmes et de craintes, une situation plus incertaine, les esprits plus troublés, un avenir plus ténébreux qu'ils ne l'étaient en 1913 (Valéry, Regards sur monde act., 1931, p. 30).
c) Privé des lumières et des progrès de la science. Le ténébreux Moyen Âge. Pendant plusieurs siècles, l'histoire n'est qu'un chaos dégoûtant qui à peine mérite d'être connu. Cette époque ténébreuse ne fournit rien non plus ni en morale ni en belles-lettres (Laclos, Éduc. femmes, 1803, p. 477).
C. − [L'idée du mal, contenue dans le subst. ténèbres (v. ce mot C) est dominante]
1. [En parlant d'une pers.] Qui agit dans l'ombre, dont les desseins ne sont ni très clairs, ni très purs. Il n'y eut jamais événement plus sinistre et plus mystérieux. Ascanio: Une chose ténébreuse faite par des hommes ténébreux (Hugo, L. Borgia, 1833, i, 1repart., 1, p. 6).
En partic. [En parlant de sa conduite] Trouble, douteux. Ce juif allemand à l'origine ignoble, au passé ténébreux, est devenu l'une des puissances secrètes du régime (Bernanos, Gde peur, 1931, pp. 272-273).
2. [En parlant d'un acte, d'un comportement, d'un projet] Qui est dicté par un esprit de malveillance, un désir de nuire. But ténébreux; action, manœuvre, vie ténébreuse. Le baronnet sir Williams eût tressailli d'aise s'il eût pu assister à cette scène, en voyant jusqu'à quel point ses plans ténébreux réussissaient (Ponson du Terr., Rocambole, t. 2, 1859, p. 241).J'étais monté dans leur gondole sans aucun dessein ténébreux. Vous savez bien que, si j'avais eu des desseins ténébreux, je ne me gênerais pas pour les dire (Gide, Ainsi soit-il, 1951, p. 1201).
[En parlant d'une instit., d'une idéol., d'une doctrine] L'art est une thérapeutique. Il nous débarrasse d'un despotisme ténébreux (Cocteau, Poés. crit. II, 1960, p. 228).
3. RELIG., MÉTAPHYS.
a) [En parlant des profondeurs de l'âme, de la nature hum.] Où se forment les idées engendrant le bien et surtout le mal. Quand je l'ai lu, je ne sais pas même si je n'ai pas entendu son ricanement [du diable] au fond de mon âme, dans ce coin ténébreux où se logent les mauvaises pensées, la conscience du mal, tous les péchés jeunes et vieux, qui, lorsqu'on parle d'innocence, poussent un rire cynique et effronté (M. de Guérin, Corresp., 1833, p. 74).Ce cœur ténébreux de l'homme, qui, selon l'expression de Pascal, est creux et plein d'ordure (Thibaudet, Hist. litt., 1936, p. 320).
b) [Corresp. à ténèbres II B 3 et 4] Ange ténébreux. Le prince des Esprits, d'une voix oppressée, De la Vierge timide expliquait la pensée. Éloa, sans parler, disait: Je suis à toi; Et l'Ange ténébreux dit tout haut: Sois à moi! (Vigny, Poèmes ant. et mod., 1837, p. 59).Monde, séjour ténébreux. Il forçait l'essaim invisible et hideux Des noirs esprits du mal, rois des ténébreux mondes, À se précipiter dans les bêtes immondes (Hugo, Fin Satan, 1885, p. 815).Puissances ténébreuses. Notre destinée dépend de notre nature inférieure, et (...) nous sommes les esclaves des puissances ténébreuses de notre être (Amiel, Journal, 1866, p. 433).
II. − Substantif
A. − Masc. sing. [À valeur d'abstr. ou de coll.]
1. (Tout) ce qui est sombre, obscur, mal défini, inexpliqué, mystérieux. Le ténébreux, l'embrouillé, le vaporeux, le pénible me sont abominables (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 476).
2. (Tout) ce qui pousse l'homme à faire le mal. Tout réside (...) dans la spéculation effrénée sur la faim qu'a l'homme d'inventer, de croire, de bâtir le compliqué, le pervers, le ténébreux (Gracq, Beau tén., 1945, p. 145).
B. − [En parlant de l'humanité]
1. [P. oppos. à lumineux] Individu vivant dans les ténèbres de l'ignorance et de l'obscurantisme. La vraie division humaine est celle-ci: les lumineux et les ténébreux. Diminuer le nombre des ténébreux, augmenter le nombre des lumineux, voilà le but. C'est pourquoi nous crions: enseignement! science! (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 194).
2. [P. oppos. à voyant] Homme, sois le néant. Dieu fait du ténébreux le bourreau du voyant (Hugo, Fin Satan, 1885, p. 830).
C. − [À propos d'un homme]
1. Homme à l'air sombre et mélancolique. Je suis le ténébreux,le veufl'inconsolé, Le prince d'Aquitaine à la tour abolie (Nerval, Chimères, 1854, p. 693).
Au fém., rare. Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse, Au fond d'un monument construit en marbre noir, (...) le ver rongera ta peau comme un remords (Baudel., Fl. du Mal, 1857, p. 56).
2. Jeune homme cherchant à séduire les femmes par un comportement taciturne ou mélancolique cher aux romantiques. Causant avec Flaubert de la mode des amoureux, du changement de ce avec quoi on séduit les femmes, du renouvellement, à chaque dizaine d'années, de l'allure du séducteur, nous trouvons que le ténébreux de 1830 n'est plus de mise (Goncourt, Journal, 1860, p. 726).
En partic., p. plaisant. Beau ténébreux. [P. réf. au récit chevaleresque d'Amadis de Gaule qui se retira dans la solitude par dépit amoureux] Quelle différence avec ce beau ténébreux frisé au petit fer qui lui était apparu [à la jeune femme] un soir récitant son Credo entre deux candélabres! (A. Daudet, Femmes d'artistes, 1874, p. 54).J'ai eu le temps de voir que MlleAimée Lanthenay rit en bavardant avec Duplessis, et fait des grâces pour lui. Attends, beau ténébreux, demain ou après, il y aura une chanson sur toi, ou des calembours faciles, ou des sobriquets, ça t'apprendra à séduire MlleAimée (Colette, Cl. école, 1900, p. 29).
REM. 1.
Ténébreusement, adv.a) [Corresp. à supra I A] D'une manière ténébreuse; dans les ténèbres. Il allait ainsi ténébreusement. Il ressemblait aux êtres de nuit tâtonnant dans l'invisible et souterrainement perdus dans les veines de l'ombre (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 531).Le chevet de sa grande ville aux étroites fenêtres ogivales se détachait ténébreusement violacé sur l'argent blafard du couchant (E. de Goncourt, Zemganno, 1879, p. 21).b) [Corresp. à supra I B] D'une manière obscure, cachée, secrète, perfide. Rappelez-vous (...) le coup monté par un subordonné et par un espion ténébreusement conseillé (Clemenceau, Iniquité, 1899, p. 137).Cette perspective d'un incident si ténébreusement machiné continuait, certes, de l'épouvanter (Bourget, Actes suivent, 1926, p. 102).
2.
Ténébrosité, subst. fém.,vieilli, littér. Caractère de ce qui est ténébreux, sombre, obscur. La Ténébrosité de la métaphysique n'effraie point certains esprits qui ne sont que subtils et froids, et qui croient avancer quand ils ne font que percer des ombres encore plus profondes (MercierNéol. Suppl.1801).Ténébrosité des espaces (Bloy, Désesp., 1886, p. 21).
Prononc. et Orth.: [tenebʀø], fém. [-ø:z]. Ac. 1718: tenebreux; dep. 1740: ténébreux. Étymol. et Hist. A. « Plein de ténèbres, sombre » a) ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 814: Halt sunt li pui e li val tenebrus); 1remoit. xiies. tenebruses ewes (Psautier de Cambridge, éd. Fr. Michel, XVII, 11); b) ca 1100 « (des yeux) plongés dans les ténèbres, qui n'y voient plus » (Roland, 2896). B. Fig. 1. en parlant d'un inanimé a) ca 1175 « sombre, triste » (Benoit de Ste-Maure, Chron. ducs de Normandie, 14181 ds T.-L.: la destinee ... Haïe e pesme e tenebrose); 1588 jours poisans et tenebreux (Montaigne, Essais, III, 5, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 842); b) av. 1680 « difficile à comprendre, à élucider » philosophie tenebreuse (Le chevalier de Méré d'apr. Rich. 1680); c) fin xviies. « obscur, perfide » esprit ténébreux de discorde (Fléchier d'apr. Besch. 1845); 1767 complots ténébreux (Voltaire, Triumvirat, I, 2); 2. en parlant d'une pers. a) av. 1278 « laid » (Marques de Rome, 55 c 4 ds T.-L.: ge sui lede et tenebreuse); b) 1555 empl. subst. le beau Tenebreux en parlant d'Amadis de Gaule rebuté par Oriane (Premier 1. d'Amadis de Gaule mis en fr. par Nicolas de Herberay, Paris, V. Sertenas, II, p. XXVII vo: Mon filz [dit l'ermite à Amadis] vous estes jeune et de belle taille, ce nonobstant vostre vie est tenebreuse ... je veux que vous soyez nommé, le beau Tenebreux), de là 1657-59 faire le Beau tenebreux [en parlant du Maréchal de La Force] (Tallemant des Réaux, Historiettes, éd. R. Adam, t. 1, 1960, p. 104); 1718 ténébreux « mélancolique, sombre » (Ac.); c) ca 1590 l'homme terrestre ignorant et tenebreux (Montaigne, op. cit., II, 12, p. 568); d) 1677 « qui cache des manœuvres coupables » un Coquin tenebreux (Boileau, Ep., IX ds Œuvres, éd. F. Escal, 1966, p. 135); e) fin xviies. « de compréhension difficile, obscur » (Fénelon, Héraclite ds DG: On appelait Héraclite le philosophe ténébreux, parce qu'il ne parlait jamais que par enigme). Empr. au lat.tenebrosus « obscur, sombre »; à basse époque, fig. « (en parlant d'une personne) obscur, de compréhension difficile » (déb. iiies. Tertullien, à propos d'Héraclite); « (en parlant d'une chose) obscur »: tenebrosa iniquitas; tenebrosae interpretationes (ive-ves. St Augustin ds Blaise Lat. chrét.). Fréq. abs. littér.: 1 069. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 544, b) 2 183; xxes.: a) 1 392, b) 1 220. Bbg. Vidos (B. E.). Archivum Romanicum. 1930, t. 14, p. 145 (s.v. ténébrosité). − Wind 1928, p. 176, 205 (id.).

Ténébreux, ténébreuse : définition du Wiktionnaire

Adjectif

ténébreux

  1. Qui est sombre, obscur.
    • Les voiles ténébreux de la nuit.
    • Un bois ténébreux.
  2. (En particulier) Qui est relatif à l’enfer ou aux enfers.
    • Il n'y a dans l’empire souterrain ni moissons, ni riches vignobles; on y voit le farouche Cerbère, et le hideux nocher du Styx. C'est là que les joues meurtries, et les cheveux consumés par les flammes, la pâle troupe des Ombres erre autour des lacs ténébreux. — (Élégies de A. Tibulle, traduction nouvelle par M. Valatour, livre 1, élégie 10, Paris : chez C.L.F. Panckouke, 1836, p. 65)
    1. (Figuré) Qui est obscur, qui s’enveloppe d’obscurité.
      • Les tramways, les chemins de fer, les bacs à vapeur avaient cessé de circuler, et seule la lumière des flammes éclairait la route des fugitifs affolés dans cette ténébreuse confusion. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 243 de l’éd. de 1921)
      • Il lui arrivait même de s'émerveiller de la facilité, de la promptitude avec laquelle il avait illuminé ces arcanes, hier encore ténébreux et rébarbatifs. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 116)
    2. (En particulier) Qualifie une époque où l’histoire est obscure et incertaine.
    3. Qualifie une personne d'aspect mélancolique.
      • Il a l’air sombre et ténébreux.

Forme d’adjectif

ténébreuse \te.ne.bʁøz\

  1. Féminin singulier de ténébreux.

Forme d’adjectif

ténébreuse \te.ne.bʁøz\

  1. Féminin singulier de ténébreux.
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Ténébreux, ténébreuse : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TÉNÉBREUX, EUSE. adj.
Qui est sombre, obscur. Les voiles ténébreux de la nuit. Un bois ténébreux. Il s'emploie aussi figurément et signifie Qui est obscur, qui s'enveloppe d'obscurité. Une ténébreuse affaire. Un complot ténébreux. Une conduite ténébreuse. Des manœuvres ténébreuses. Une époque ténébreuse, Une époque où l'histoire est obscure et incertaine. En termes de Poésie, Le séjour ténébreux, L'enfer. Il est sombre et ténébreux, il a l'air sombre et ténébreux se dit d'un Homme sombre et mélancolique.

Ténébreux, ténébreuse : définition du Littré (1872-1877)

TÉNÉBREUX (té-né-breû, breû-z') adj.
  • 1Où il n'y a aucune clarté. Fussiez-vous dans ces terres ténébreuses dont il est parlé dans l'Écriture…, Bossuet, Anne de Gonz. Du plus saint appareil la ténébreuse horreur, Les autels, les serments, tout enchaîne Séide, Voltaire, Fanat. III, 5. J'ai couru m'enfoncer dans ces bois ténébreux, Legouv. Épichar. et N. I, 3.

    Poétiquement, le séjour ténébreux, l'enfer.

    Fig. L'audace d'une femme, arrêtant ce concours, En des jours ténébreux a changé ces beaux jours, Racine, Athal. I, 1. Quel espoir si flatteur, ou quels heureux destins, De vos jours ténébreux ont fait des jours sereins ? Voltaire, Zaïre, I, 1.

  • 2 Fig. Qui est enveloppé comme sous des ténèbres, qui ne porte aucune lumière à l'esprit. Ce sont ceux qui ont le plus d'esprit, qui se rebutent le plus aisément des méthodes ténébreuses, Dumarsais, Œuv. t. I, p. 101. Nos ténébreuses querelles théologiques ne bornent pas au dedans du royaume le tort et le mal qu'elles nous causent, D'Alembert, Œuv. t. v, p. 134. Rien n'est plus ténébreux que l'histoire de cette immense contrée [Afrique] ; le chaos commence à se débrouiller à l'arrivée des Carthaginois, Raynal, Hist. phil. XI, 4.
  • 3Il se dit des auteurs qui rendent obscur le sens de leurs pensées. On appelait Héraclite le philosophe ténébreux, parce qu'il ne parlait jamais que par énigme, Fénelon, Héracl.
  • 4Qui est devenu obscur par le temps. Ceux qui, avant que son livre [de Guérin du Rocher] parût, ont été d'un avis différent du sien sur quelques points de la ténébreuse antiquité, Voltaire, Mél. litt. Hist. temps fabul.

    Les temps ténébreux de l'histoire, les temps où l'histoire est incertaine, peu connue.

  • 5 Fig. Difficile à pénétrer. Ô promesse ! ô menace ! ô ténébreux mystère ! Racine, Athal. III, 8. La part que j'ai prise, messieurs, à cette affaire qui n'a jamais été ténébreuse pour moi, Voltaire, Pol. et lég. Procès Morangiès, 4° lett. En paraissant dormir le gouvernement veille ; Ténébreux dans sa marche, il poursuit son chemin, Ducis, Othello, II, 7.

    Il est sombre et ténébreux, il a l'air sombre et ténébreux, se dit d'un homme sombre et mélancolique.

  • 6 Fig. Il se dit des actions mauvaises qui s'enveloppent de ténèbres. L'infâme calomnie, avec perversité, Répand ses ténébreux scandales, Voltaire, Jean qui pleure, etc. Demeurez ; écoutez leurs complots ténébreux, Voltaire, Triumv. I, 2. Les preuves les plus ténébreuses, les témoignages les plus suspects leur ont suffi pour se décider en mal sans autre vérification, Rousseau, 2e dial.

    Fig. Un coquin ténébreux, un homme qui cache avec soin ses manœuvres coupables. Ce n'est plus qu'un cœur bas, un coquin ténébreux, Boileau, Ép. IX. Celui-là… N'est pour moi qu'un maraud sinistre et ténébreux, Hugo, Ruy Blas, I, 2.

    Dans le style soutenu, l'esprit ténébreux de discorde, le démon de la discorde. Souvenez-vous de ce temps de désordre et de trouble, où l'esprit ténébreux de discorde confondait le droit avec la passion, le devoir avec l'intérêt, la bonne cause avec la mauvaise, Fléchier, Tur.

  • 7 S. m. Le beau Ténébreux, dans les romans de chevalerie, se dit d'Amadis, qui, désespéré des rigueurs de la belle Oriane, vécut comme un sauvage dans une solitude.

    Il se dit, par plaisanterie, des amoureux qui ont quelque raison de cacher leurs entreprises galantes. Je n'ai qu'une chose à faire, c'est d'entonner là [près d'une femme peu contente de son mari] la cantilène consolatrice que gazouille depuis un an ce beau Ténébreux, Ch. de Bernard, Un acte de vertu, § VI.

REMARQUE

Cette personne a le visage ténébreux ou brun ; l'un et l'autre sont bien reçus, Marg. Buffet, Observ. p. 32, 1668. Cette locution n'est plus d'usage.

HISTORIQUE

XIe s. Halt sunt li pui, e li val tenebrus, Ch. de Rol. LXIII. Turnez ses oilz [ses yeux sont tournés], mult li sunt tenebros, ib. CCIV.

XIVe s. Une fosse… Obscure, tenebreuse, machonnée, effortie, Baud. de Seb. VI, 27.

XVe s. Et faisoit si noir, si brun et si tenebreux, qu'on ne veoit devant soi un arpent loin, Froissart, II, III, 99.

XVIe s. Le patient a les yeux tenebreux, n'oyant point…, Paré, VIII, 12. Mes yeux estoient couverts d'un voile tenebreux, Ronsard, 810. Ay je pas veu en Platon ce divin mot, que nature n'est rien qu'une poesie enigmatique, comme, peult estre, qui diroit une peincture voilée et tenebreuse ? Montaigne, II, 280.

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Étymologie de « ténébreux »

Étymologie de ténébreux - Wiktionnaire

Du latin tenebrosus → voir ténèbres et -eux.
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Étymologie de ténébreux - Littré

Prov. tenebros ; esp. et ital. tenebroso ; du lat. tenebrosus, de tenebræ, ténèbres.

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Phonétique du mot « ténébreux »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
ténébreux tenebrø play_arrow

Citations contenant le mot « ténébreux »

  • Tout d’abord introduite au grand public québécois via Dare To Care Records, l’autrice-compositrice-interprète rock a, depuis, pris le pari de l’indépendance (de label, mais aussi en studio) et ça s’entend sur ce maxi combinant les meilleurs éléments de sa discographie à ce jour : un goût prononcé pour le blues, le rock, les ambiances enfumées, un penchant pour la pop et, bien sûr, des textes ténébreux (sans vendre de punch, ceux-ci sont souvent d’actualité ces jours-ci). Survivante à tous les niveaux, Kandle se tient toujours debout. Une artiste à (re)découvrir.  Le Journal de Montréal, Alanis Morissette revient de loin... et en grand | JDM
  • Pour aller avec cette peinture noire mate, l'auto dispose aussi d'une multitude de pièces en fibres de carbone, y compris le spoiler avant, les prises d'air sur le capot, le couvercle du coffre arrière, les rétroviseurs extérieurs et le diffuseur arrière. Bref, il y a beaucoup de carbone ! Histoire de compléter le look ténébreux de cette Huayra, elle repose sur un ensemble de jantes Centerlock noires brillantes avec des étriers de freins blancs pour contraster avec le reste. Turbo.fr, Pagani Huayra Roadster : la Batmobile des supercars
  • On se frotte les yeux en entrant au Dresden Room. Il semblerait que cet établissement, vaste et ténébreux comme une caverne, offre l’une des ombres les plus fraîches et l’un des silences les plus épais de tout Los Angeles. Voilà des prestations qui tiennent du miracle quand, à 11 heures du matin, le soleil s’amuse déjà à cogner à coups de gourdin sur tous les crânes et les carrosseries qui passent. Les Inrockuptibles, Un tremblement de terre et un café avec Beck à Los Angeles, en 1996
  • Beau brun ténébreux, Olivier séduit d'abord la productrice d'Antenne 2, Jacqueline Joubert, qui l'engage comme speakerin à seulement 23 ans. À l'époque, Olivier porte les cheveux longs. À son arrivée, le jeune homme n'imagine pas une seconde que cette coupe puisse plaire dans le milieu des médias. Au contraire, la productrice l'encourage à s'assumer tel qu'il est et lui confie qu'il a été pris pour son "côté prince italien". , Olivier Minne : Ce petit débardeur qui a fait polémique à la télévision - Purepeople
  • Ça fait des siècles que je ne suis plus sur le marché, et quand je l’étais, ma stratégie numéro Un pour séduire était de m’asseoir dans le coin le plus reculé d’un bar et de boire de la bière jusqu’à ce qu’une fille se dise : « Oh, mais qui est ce beau ténébreux assis là-bas dans le noir ? » Le Journal de Montréal, La leçon de séduction de mononcle Richard | JDM
  • L'argot, c'est la langue des ténébreux. De Victor Hugo / Les Misérables
  • L'homme fut sûrement le voeu le plus fou des ténèbres ; c'est pourquoi nous sommes ténébreux, envieux et fous sous le puissant soleil. De René Char / Feuillets d'Hypnos

Images d'illustration du mot « ténébreux »

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Traductions du mot « ténébreux »

Langue Traduction
Corse scuru
Basque iluna
Japonais
Russe тьма
Portugais sombrio
Arabe داكن
Chinois 黑暗
Allemand dunkel
Italien buio
Espagnol oscuro
Anglais dark
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Synonymes de « ténébreux »

Source : synonymes de ténébreux sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « ténébreux »



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