Pudeur : définition de pudeur


Pudeur : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PUDEUR, subst. fém.

A. −
1. Disposition, propension à se retenir de montrer, d'observer, de faire état de certaines parties de son corps, principalement celles de nature sexuelle, ou de montrer, d'observer, de faire état de choses considérées comme étant plus ou moins directement d'ordre sexuel; attitude de quelqu'un qui manifeste une telle disposition. Synon. pudicité; anton. indécence, impudeur, impudicité.Pudeur chaste, comique, émouvante, évidente, excessive, farouche, naturelle; pudeur d'autruche; défaut, manque de pudeur. Toujours l'idée qu'un homme l'accoucherait, l'avait révoltée. C'était en elle une pudeur maladive de femme coquette (Zola, Joie de vivre, 1884, p. 1080).Les fenêtres sont grillées jusqu'à mi-hauteur par de petites lattes de frêne, comme la pudeur musulmane l'exige (Farrère, Homme qui assass., 1907, p. 104).L'on se soulageait partout et n'importe où, dans les rues comme dans les champs, sans pudeur aucune (Green, Journal, 1953, p. 224):
1. ... il avait connu une distinguée et charmante fille qui (...) avait fait naufrage et était restée dix-huit jours sur un radeau. Elle confessait qu'au bout de trois ou quatre jours, toute pudeur était évanouie et que l'on faisait ses besoins l'un devant l'autre... Goncourt, Journal, 1888, p. 801.
Expr. fam. Père la pudeur. Homme dont la morale s'effarouche facilement. (Dict. xixeet xxes.).
DR. Attentat*, outrage* à la pudeur; attenter* à la pudeur (de qqn).
[Avec un compl.]
[indiquant ce qui manifeste la pudeur] Cette pornocratie qui depuis trente ans a fait reculer en France la pudeur publique (Proudhon, Pornocratie, 1865, p. 3).
[indiquant ce qu'on retient de faire, de dévoiler] Il est beaucoup plus contre la pudeur de se mettre au lit avec un homme qu'on n'a vu que deux fois, après trois mots latins dits à l'église, que de céder malgré soi à un homme qu'on adore depuis deux ans (Stendhal, Amour, 1822, p. 51).N'y a-t-il donc que la pudeur du corps? Pourquoi la pudeur de l'âme n'existerait-elle pas? « J'hésite à montrer ces nudités à mon directeur », dit-elle (Vigny, Journal poète, 1843, p. 1204).Les filles de treize à quinze ans, celles qui n'avaient encore ni peur de l'homme, ni pudeur corporelle (Colette, Chambre d'hôtel, 1940, p. 40).
2. Gén. au plur. Manifestation de pudeur. La pièce n'est qu'un prétexte pour mettre en scène, à chaque acte, un salon de bordel. Rien que des pudeurs d'actrices déshabillées à coups de ciseaux, des jupons courts et des corsets de rien (Goncourt, Journal, 1860, p. 864).Elle avait des délicatesses de sentiment, rares comme ses dentelles, avec des amulettes sur la peau et des pudeurs dans la dépravation (Flaub., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 209).
B. −
1. Disposition, propension à se retenir de montrer, d'observer, de faire état de ce qui met en jeu (ou d'agir lorsque cela met en jeu) quelque chose qui touche de près à la personnalité, à la vie intime de quelqu'un, ou à l'essence de quelque chose; attitude de quelqu'un qui manifeste une telle disposition. Synon. décence, honte, réserve, retenue; anton. impudeur, inconvenance, indécence.Il était travaillé d'une pudeur, l'idée qu'on pourrait dévisager la jeune fille, l'aborder, plaisanter peut-être lui causait un insupportable malaise (Zola, L'Œuvre, 1886, p. 112).Tous les vrais musiciens d'église ont éprouvé cette sorte de pudeur devant le texte sacré (Potiron, Mus. église, 1945, p. 115).Une pudeur, une gaucherie, une inhibition irrépressibles l'empêchaient de les importuner (Arnoux, Double chance, 1958, p. 213):
2. Quel dommage qu'un métier comme le nôtre ne fasse au fond qu'une part si médiocre à l'inspiration! Il y a en moi quelque chose, une sorte de préjugé − pis encore − un respect humain, une pudeur, voilà le mot − oui, une pudeur imbécile qui me retient d'utiliser franchement un rêve. Bernanos, Crime, 1935, p. 833.
SYNT. Pudeur admirable, aimable, altière, charmante, craintive, étrange, extrême, fière, gênante, hypocrite, indéfinissable, invincible, naïve, ombrageuse, orgueilleuse, première, profonde, sauvage, simple, singulière, suprême, timide, touchante, vaine, véritable, vraie; fausse, grande pudeur.
Sans pudeur. Sans vergogne. Anton. honteusement (v. ce mot B).Le fabricant (...) sacrifie toujours sans pudeur et sans scrupule à ses calculs les intérêts de la population (Monopole et impôt sel, 1833, p. 9).En Amérique, les politiciens gaspillent sans pudeur de gros impôts (Sorel, Réflex. violence, 1908, p. 78).Une pléiade de dessinateurs (...) démarquent sans pudeur l'œuvre des artistes d'autrefois (Viaux, Meuble Fr., 1962, p. 161).
a) [Avec un compl. indiquant ce qui manifeste de la pudeur]
[Le compl. est adnominal] La pudeur de l'écrivain consiste à dévoiler le faux, et l'impudeur à dévoiler le vrai! (Lamart., Nouv. Confid., 1851, p. 7).Souvent il ne perd pas un seul de vos mouvements; mais il fait le mort, comme les insectes. Cette pudeur d'esprit est belle (Alain, Propos, 1923, p. 556).Une pudeur d'homme presque toujours plus délicate, plus sincère que la nôtre (Colette, Pays. et portr., 1954, p. 40).
[Le compl. est un adj.] . Quant à Jos-Mari (...) par timidité et par pudeur virile, il cachait lui-même ses obscurs débats (Peyré, Matterhorn, 1939, p. 245).D'autres comme la Suisse ou les États-Unis d'Amérique, lui opposent une sorte de pudeur constitutionnelle (Mounier, Traité caract., 1946, p. 126).
b) [Avec un compl. indiquant ce qu'on se retient de faire, de dévoiler]
[Le compl. est une prop. inf.] Un vieux cœur qui s'éprend d'un jeune être éprouve une pudeur à lui témoigner le besoin qu'il a de lui (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1501).
Loc. Avoir/n'avoir pas de (la) pudeur de + inf. Il y entra et ne vit pas dix personnes dans cette salle immense. Il eut quelque pudeur de se trouver là (Stendhal, Chartreuse, 1839, p. 95).Et n'ont-ils [les Français] donc pas de pudeur de montrer ainsi leur âme nue (Toulet, Tendres mén., 1904, p. 172).Certains avaient bien la pudeur de balbutier quelques regrets (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 561).
Loc. Avoir/n'avoir pas la pudeur à l'endroit/vis-à-vis de qqc. En raison de la minime somme engagée par eux au début de l'entreprise, [ils] ne touchaient que très peu (...). C'est ce que la comtesse ignorait, Arnica ayant, de même qu'Amédée, grande pudeur à l'endroit du porte-monnaie (Gide, Caves, 1914, p. 764).
c) [Avec un compl. indiquant l'origine de la pudeur] Il s'arrête au seuil [de la mosquée] M. Fromentin a de ces pudeurs d'éducation et de nature (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 7, 1864, p. 116).Elle ne faisait aucune allusion à la possibilité de rencontrer Christophe. Par pudeur de souvenir et par fierté, elle ne pouvait se résoudre à le revoir (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1504).Grandeur d'âme. Le mot tombe, lentement, sur nos pudeurs de sentiment (L. Febvre, Blondel, [1940] ds Combats, 1953, p. 375).
d) [Subst. exprimant ce par quoi se manifeste la pudeur + de pudeur] Instinct, sentiment de pudeur. Des larmes de pudeur, qui roulèrent entre les beaux cils de MmeHulot, arrêtèrent net le garde national (Balzac, Cous. Bette, 1846, p. 11).MmeLeuillet fit un petit « oh! » de pudeur et se cacha encore plus étroitement dans la poitrine de son mari (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Vengeur, 1883, p. 913):
3. ... il s'aperçut alors que la main de Praileau tremblait assez fort, et par un mouvement de pudeur instinctive, il recula comme s'il eût vu quelque chose qu'il ne devait pas voir. Green, Moïra, 1950, p. 27.
2. Gén. au plur. Marque(s), expression(s) de pudeur. Entre inconnus qui s'abordent, la politesse se libère aisément des pudeurs inutiles (Estaunié, Ascension M. Baslèvre, 1919, p. 104).L'indifférence du moment présent à l'égard des pudeurs et réticences du dernier siècle reçoit aussi, dans ce livre, l'une de ses illustrations les plus complètes (Arts et litt., 1936, p. 42-3):
4. Tout s'avouait ensemble, tout ruisselait: les aveux confus brisés de pudeurs, les incises, les retours sur soi-même, les arrêts subits, suivis d'analyses pour expliquer son cas. Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 459.
Prononc. et Orth.: [pydœ:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1542 « appréhension de ce qui peut porter atteinte à la dignité personnelle, au respect de soi-même » (P. de Changy, Instit. de la femme chrest., p. 213 ds Gdf. Compl.); 2. a) 1580 « appréhension, gêne devant les réalités sexuelles » (Montaigne, Essais, II, 15, éd. P. Villey et V. L. Saulnier, p. 615); b) 1635 spéc. « vertu d'une femme chaste » (Corneille, Médée, I, 4); c) 1690 « la décence telle qu'elle est définie par les convenances ou les règles d'une société donnée » (Fur.: le Magistrat doit empêcher ce qui est contre la pudeur et l'honnesteté publique); 3. a) 1606 « sentiment d'honneur » (Guillaume du Vair, Suassion de l'arrest pour... la loi salique, 513 ds Actions... oratoires, éd. R. Radouant, p. 126: tous ceux qui se disent encores François et qui ont quelque reste de pudeur); b) 1673 « retenue qui empêche de manifester ses sentiments, ses idées » (Boileau, Epîtres, III, 5 ds Œuvres, éd. F. Escal, p. 110: Si toûjours dans leur ame [des Protestants] une pudeur rebelle, Prests d'embrasser l'Eglise, au Presche les rappelle); 4. a) 1607 « sentiment de honte, de confusion devant ce qui peut choquer, blesser la délicatesse » (E. Pasquier, Recherches de la France, Paris, Laurent Sonnius, p. 651... (chose pleine de honte et de pudeur) Ogine veusve de Charles, convola en secondes nopces avecq Aldebert); b) 1668, 27 déc. « modestie; peur des louanges excessives » (Chapelain, A. M. de Gronovius ds Lettres, éd. Ph. Tamizey de Larroque, t. 1, p. 610b). Empr. au lat.pudor, pudoris « sentiment de réserve, de retenue, de honte, de délicatesse; honneur; honte, déshonneur, opprobre ». Fréq. abs. littér.: 1 907. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 2 895, b) 2 849; xxes.: a) 2 912, b) 2 361.

Pudeur : définition du Wiktionnaire

Nom commun

pudeur \py.dœʁ\ féminin (pluriel à préciser)

  1. Honte honnête, mouvement excité par l’appréhension de ce qui blesse ou peut blesser la décence, la modestie, l’honnêteté.
    • Elle a remis une robe ; elle me cache tous les beaux secrets qu’elle cache à tous ; elle est rentrée dans le deuil de sa pudeur. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    • Élevées au contact des animaux, initiées dès leur plus jeune âge aux « mystères du sexe », elles n'étaient pas paralysées par la pudeur : elles étaient franches du collier. — (Alain Derville, Quarante générations de Français face au sacré: essai d'histoire religieuse de la France (500-1500), p.245, Presses Universitaires du Septentrion, 2006)
    • Elle était plus que nue. Elle n'avait plus de chapeau, plus de vêtements et plus aucune pudeur. Plutôt que de filer se rhabiller dans la remise située derrière la petite scénette, elle a commencé à avancer en direction du bar... — (Arnaud Le Guilcher, Capitaine frites, éd. Robert Laffont, 2016)
    • Épargnez, ménagez, respectez la pudeur de cette jeune fille.
  2. Discrétion, retenue ou délicatesse qui empêche de dire, d’entendre ou de faire certaines choses sans embarras.
    • Puis, elle avait cette extrême délicatesse de la femme, cette ravissante pudeur de sentiment qui consiste à taire une plainte inutile, à ne pas prendre un avantage quand le triomphe doit humilier le vainqueur et le vaincu. — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
    • Il a eu la pudeur de ne point me parler de son aventure.
    • Il a eu assez peu de pudeur pour s’adjuger lui- même la meilleure part.
    • C’est un homme qui loue tout le monde sans pudeur.
    • Ne lui donnez pas tant de louanges en face, ménagez, épargnez sa pudeur.
    • C’est un homme sans pudeur, C’est un homme qui ne rougit de rien.
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Pudeur : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PUDEUR. n. f.
Honte honnête, mouvement excité par l'appréhension de ce qui blesse ou peut blesser la décence, la modestie, l'honnêteté. Pudeur virginale. C'est un reste de pudeur qui l'a retenu. C'est avoir perdu toute pudeur que d'oser agir ainsi. Il n'a aucune pudeur. Épargnez, ménagez, respectez la pudeur de cette jeune fille. Rougir de pudeur. La pudeur paraît sur son visage. Des discours qui offensent, qui blessent la pudeur. Il se dit encore d'une Sorte de discrétion, de retenue ou de délicatesse qui empêche de dire, d'entendre ou de faire certaines choses sans embarras. Rougir de pudeur. Il a eu la pudeur de ne point me parler de son aventure. Il a eu assez peu de pudeur pour s'adjuger lui-même la meilleure part. C'est un homme qui loue tout le monde sans pudeur. Ne lui donnez pas tant de louanges en face, ménagez, épargnez sa pudeur. C'est un homme sans pudeur, C'est un homme qui ne rougit de rien.

Pudeur : définition du Littré (1872-1877)

PUDEUR (pu-deur) s. f.
  • 1Honte honnête causée par l'appréhension de ce qui peut blesser la décence. Pudeur, dont on ne s'est servi que depuis M. Desportes, qui en a usé le premier, à ce que j'ai entendu dire, Vaugelas, Rem. t. II, p. 979, dans POUGENS. Elle tombe, et, tombant, range ses vêtements ; Dernier trait de pudeur même aux derniers moments, La Fontaine, Filles de Minée. La nature a mis en nous la pudeur, c'est-à-dire la honte de nos imperfections, Montesquieu, Esp. XVI, 12. Mais je vois la pudeur s'avancer sur sa trace ; Ah ! qui peut séparer la pudeur de la grâce ? Delille, Imag. III. Et la pudeur enfin est la grâce de l'âme, Delille, ib.

    Fig. Tous mes écrits, enfants d'une chaste candeur, N'ont jamais fait rougir le front de la pudeur, Gilbert, Mon apologie.

  • 2Honte honnête causée par l'appréhension de ce qui peut blesser la modestie, l'honnêteté. La femme sainte et pleine de pudeur est une grâce qui passe toute grâce, Sacy, Bible, Ecclésiastique, XXVI, 19. La vraie chasteté de l'âme, la vraie pudeur chrétienne est de rougir du péché, Bossuet, Mar.-Thér. Je veux dans la satire un esprit de candeur, Et fuis un effronté qui prêche la pudeur, Boileau, Art p. II. Une noble pudeur à tout ce que vous faites Donne un prix que n'ont point ni la pourpre ni l'or, Racine, Esth. III, 4. Quelle aimable pudeur sur leur visage est peinte ! Racine, ib. I, 2. Les hommes corrompus n'ont aucune pudeur, et ils sont toujours prêts à toutes sortes de bassesses, Fénelon, Tél. XI. Ainsi que l'honneur, La générosité, madame, a sa pudeur, Dufrény, Réconc. norm. IV, 4.

    Homme sans pudeur, homme qui ne rougit de rien.

  • 3Chasteté, en parlant d'une femme. Mais la pudeur peut tout sur l'esprit d'une fille, Corneille, Théod. II, 7. Vous qu'il prit à témoins d'une immortelle ardeur, Quand, par un faux serment, il vainquit ma pudeur, Corneille, Médée, I, 4. De l'austère pudeur les bornes sont passées, Racine, Phèd. III, 1.
  • 4Sorte de discrétion, de retenue, de modestie qui empêche de dire, d'entendre ou de faire certaines choses sans embarras. Il [l'ami] cherche vos besoins au fond de votre cœur ; Il vous épargne la pudeur De les lui découvrir vous-même, La Fontaine, Fabl. VIII, 11. Vous… Qui ne pûtes jamais écouter sans pudeur La louange la plus permise, La Fontaine, ib. X, 15. Si toujours dans leur âme [des ministres protestants] une pudeur rebelle, Près d'embrasser l'Église, au prêche les rappelle, Boileau, Ép. III. … Votre fils me défend de poursuivre ; Je l'affligerais trop si j'osais achever ; J'imite sa pudeur et fuis votre présence, Racine, Phèd. v, 3. Moi-même, je l'avoue avec quelque pudeur… Ce nom de roi des rois et de chef de la Grèce Chatouillait de mon cœur l'orgueilleuse faiblesse, Racine, Iph. I, 1. Il n'accepte la place qu'en faisant bien sentir la noble pudeur qu'il avait de succéder à un des premiers géomètres de l'Europe, lui qui ne s'était nullement tourné de ce côté là, Fontenelle, Dangeau.

    La pudeur des lois, le respect que les lois inspirent. L'autorité établie pour maintenir l'ordre et la pudeur des lois, méritée par les excès qui les violent [remise entre les mains de ceux qui les violent en récompense de leurs excès], Massillon, Petit car. Exemples.

HISTORIQUE

XVIe s. Utile decence de nostre virginale pudeur, si elle pouvoit interdire ceste descouverte, Montaigne, III, 5.

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Pudeur : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PUDEUR, s. f. (Morale.) c’est une honte naturelle, sage & honnête, une crainte secrette, un sentiment pour les choses qui peuvent apporter de l’infamie. Les femmes qui n’ont plus que le reste d’une pudeur ébranlée, ne font que de foibles efforts pour leur défense. Celles qui ont effacé de leur front jusqu’aux moindres traces de pudeur, l’éteignent bientôt entierement dans le fond de leur ame, & déposent sans retour le voile de l’honnêteté. La pudeur au contraire, fait passer une femme qui en est remplie par-dessus les outrages attentés contre son honneur ; elle aime mieux se taire sur ceux qui l’ont outragée, lorsqu’elle n’en peut parler qu’en mettant au jour des actions & des expressions qui seules allarment sa vertu.

L’idée de la pudeur n’est point une chimere, un préjugé populaire, une tromperie des lois & de l’éducation. Tous les peuples se sont également accordés à attacher du mépris à l’incontinence des femmes ; c’est que la nature a parlé à toutes les nations. Elle a établi la défense, elle a établi l’attaque, & ayant mis des deux côtés des desirs, elle a placé dans l’un la témérité, & dans l’autre la honte. Elle a donné aux individus pour se conserver de longs espaces de tems, & ne leur a donné pour se perpétuer que des momens. Quelles armes plus douces que la pudeur, eût pû donner cette même nature au sexe qu’elle destinoit à se défendre ?

Les desirs sont égaux, disent les disciples d’Antisthène : mais, répond M. Rousseau, y a-t-il de part & d’autre mêmes raisons de les satisfaire ? Que deviendroit l’espece humaine, si l’ordre de l’attaque & de la défense étoit changé ? l’assaillant choisiroit au hasard des tems où la victoire seroit impossible ; l’assailli seroit laissé en paix, quand il auroit besoin de se rendre, & poursuivi sans relâche, quand il seroit trop foible pour succomber ; enfin le pouvoir & la volonté toujours en discorde, ne laissant jamais partager les desirs, l’amour ne seroit plus le soutien de la nature, il en seroit le destructeur & le fléau.

Si les deux sexes avoient également fait & reçu les avances, la vaine importunité n’eût point été sauvée ; des feux toujours languissans dans une ennuyeuse liberté, ne se fussent jamais irrités ; le plus doux de tous les sentimens eût à peine effleuré le cœur humain, & son objet eût été mal rempli. L’obstacle apparent qui semble éloigner cet objet, est au fond ce qui le rapproche. Les desirs voilés par la honte, n’en deviennent que plus séduisans ; en les gênant, la pudeur les enflamme ; ses craintes, ses détours, ses réserves, ses timides aveux, sa tendre & naïve finesse, disent mieux ce qu’elle croit taire, que la passion ne le dit sans elle ; c’est elle qui donne du prix aux faveurs & de la douceur aux refus. Le véritable amour possede en effet ce que la seule pudeur lui dispute ; ce mélange de foiblesse & de modestie, le rend plus touchant & plus tendre ; moins il obtient, plus la valeur de ce qu’il obtient en augmente, & c’est ainsi qu’il jouit à la fois de ses privations & de ses plaisirs.

Pourquoi, réplique-t-on, ce qui n’est pas honteux à l’homme le seroit-il à la femme ? pourquoi l’un des deux sexes se feroit-il un crime de ce que l’autre se croit permis ? Je réponds encore avec M. Rousseau, que les conséquences ne sont pas les mêmes des deux côtés. Les austeres devoirs de la femme dérivent de ce point qu’un enfant doit avoir un pere. J’ajoute enfin qu’ainsi l’a voulu la nature ; c’est un crime d’étouffer sa voix.

S’il est vrai que l’honnêteté est la crainte secrette de l’ignominie, & qu’en même tems presque toutes les nations du monde anciennes & modernes ont cru devoir observer les regles de l’honnêteté & de la pudeur, il seroit bien absurde de les violer dans la punition des crimes, qui doit toujours avoir pour objet le rétablissement de l’ordre.

Les orientaux qui ont exposé des femmes à des éléphans dressés par un abominable genre de supplice, ont-ils voulu faire violer la loi par la loi ?

Un ancien usage des Romains défendoit de faire mourir les filles qui n’étoient pas nubiles. Tibere trouva l’expédient de les faire violer par le bourreau avant que de les envoyer au supplice ; tyran subtil & cruel, il détruisoit les mœurs pour conserver les coutumes.

Lorsque la magistrature japonnoise a fait exposer dans les places publiques les femmes nues, & les a obligées de marcher à la maniere des bêtes, elle a fait frémir la pudeur ; mais lorsqu’elle a voulu contraindre une mere, lorsqu’elle a voulu contraindre un fils… elle a fait frémir la nature.

Il y a d’autres pays où par le climat, le physique de l’amour a presque une force invincible, l’attaque y est sure, la résistance nulle. C’est ainsi que les choses se passent à Patane, à Bantam, & dans les petits royaumes de Guinée. Quand les femmes, dit M. Smith, y rencontrent un homme, elles le saisissent, & le menacent de le dénoncer à leur mari, s’il les méprise ; mais dans ce pays là, les deux sexes ont perdu jusqu’à leurs propres lois. Il est heureux de vivre dans nos régions tempérées, où le sexe qui a le plus d’agrément embellit la société, & où les femmes pudiques se réservant aux plaisirs d’un seul, servent encore à l’amusement de tous. Barbeyrac. Esprit des lois. J. J. Rousseau. (D. J.)

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Étymologie de « pudeur »

Étymologie de pudeur - Littré

Lat. pudorem. Pudeur, d'après Vaugelas (voy. ci-dessus au n° 1) a été employé pour la première fois par Desportes.

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Étymologie de pudeur - Wiktionnaire

Emprunté au latin pudor (« sentiment de honte, réserve, modestie, timidité »).
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Phonétique du mot « pudeur »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
pudeur pydœr play_arrow

Citations contenant le mot « pudeur »

  • Le tribunal de Haïfa a condamné jeudi l’acteur israélien Moshe Ivgy, reconnu coupable en janvier dernier d’attentat à la pudeur sur une femme, à six mois de travaux d’intérêt général, quatre ans après les premières accusations portées contre lui. The Times of Israël, L'acteur Moshe Ivgy condamné à 6 mois de TIG pour attentat à la pudeur | The Times of Israël
  • Le tribunal correctionnel de Liège a condamné mercredi un Liégeois âgé de 80 ans à quatre années d’emprisonnement pour des attentats à la pudeur commis sur son petit-fils. La victime avait subi des attouchements de son grand-père de ses six à huit ans. Selon les membres de sa famille, le prévenu aurait fait des dizaines de victimes durant plus de 50 ans. Mais ces autres faits, étouffés ou prescrits, n’ont pas été traduits en justice. sudinfo.be, Liège: quatre ans de prison pour attentats à la pudeur sur son petit-fils
  • Le comédien et animateur Edgar Fruitier a été déclaré coupable de deux chefs d’accusation pour attentats à la pudeur au palais de justice de Longueuil mercredi matin. Journal Métro, Justice: Edgar Fruitier déclaré coupable d'attentats à la pudeur
  • Considérée comme une vertu politique, la pudeur est, avec la justice, un principe d’équilibre. Elle rend « possible l’ordre politique » et crée « un lien d’amitié et d’union ». Elle est à la fois la honte éprouvée lorsqu’on commet une injustice, la modestie vis-à-vis de soi et l’honnêteté envers autrui.  , Pudeur | Philosophie Magazine
  • Le procureur général du Roi près la Cours d’appel de Casablanca a annoncé, mercredi, que le juge d’instruction a ordonné la mise en détention préventive du journaliste Omar Radi, suite à l’interrogatoire préliminaire, en vue de poursuivre l’enquête concernant les accusations qui pèsent sur lui dans deux affaires relatives à l’attentat à la pudeur avec violence et viol et à la réception de fonds étrangers dans le dessein de porter atteinte à la sécurité intérieure de l’État et d’entreprendre des contacts avec des agents de pays étrangers en vue de nuire à la situation diplomatique du Maroc. Atlasinfo, Omar Radi placé en détention préventive pour atteinte à la pudeur et viol - Atlasinfo
  • La pudeur sexuelle est un progrès sur l'exhibitionnisme des singes. De Rémy de Gourmont
  • La pudeur est le parfum de la volupté ; la satiété est l'arôme du dégoût. Et la pudeur accroît la volupté, comme la satiété l'écoeure. De André Suarès / Voici l'homme
  • Les femmes attachent de l'importance à la pudeur physique pour avoir moins à se soucier de la pudeur morale. De Etienne Rey
  • On reconnaît l'aristocrate à la pudeur, au respect qu'il a pour la pudeur d'autrui. De Félix Leclerc / Carcajou ou le diable des bois
  • Le mérite a sa pudeur comme la chasteté. De Charles Pinot Duclos / Considérations sur les moeurs de ce siècle
  • La pudeur est une question d'éclairage. De Etienne Rey / De l'Amour de Stendhal
  • L'ironie est la pudeur de l'humanité. De Jules Renard / Journal
  • La pudeur est née avec l'invention du vêtement. De Mark Twain / En suivant l'équateur
  • Une femme sans pudeur est comme un plat sans sel. De Proverbe arabe
  • Devenir cynique, voilà le comble de la pudeur.
  • La pruderie est l'hypocrisie de la pudeur. De Nicolas Massias
  • La pudeur est la ruine de la courtisane. De Proverbe sanskrit
  • La pudeur a inventé les ornements. De Joseph Joubert / Pensées
  • La pudeur se cache derrière notre sexe. De Francis Picabia / Ecrits
  • La pudeur est le parfum de la volupté. Isaac Félix, dit André Suarès, Voici l'homme, Albin Michel
  • Frère, n'est-ce pas là la femme que tu veux : Complètement pudique, absolument obscène, Des racines des pieds aux pointes des cheveux ? Germain Nouveau, Sonnets du Liban, Musulmanes , Gallimard
  • [Ne pas] offenser la pudeur des divinités du songe. Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval, Notes manuscrites
  • La pudeur leur va si bien quand elles en ont, si bien quand elles n'en ont plus, que je ne conçois guère de femmes qui ne désirent pas en avoir. Paul Morand, Fermé la nuit, Gallimard
  • La pudeur sied bien à tout le monde ; mais il faut savoir la vaincre et jamais la perdre. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Mes pensées
  • Les affections profondes ressemblent aux honnêtes femmes ; elles ont peur d'être découvertes, et passent dans la vie les yeux baissés. Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale
  • L'amour véritable s'enveloppe toujours des mystères de la pudeur, même dans son expression, car il se prouve par lui-même ; il ne sent pas la nécessité, comme l'amour faux, d'allumer un incendie. Honoré de Balzac, Les Petits Bourgeois

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Traductions du mot « pudeur »

Langue Traduction
Corse pudore
Basque apaltasun
Japonais 慎み深い
Russe скромность
Portugais modéstia
Arabe تواضع
Chinois 谦虚
Allemand bescheidenheit
Italien modestia
Espagnol modestia
Anglais modesty
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Synonymes de « pudeur »

Source : synonymes de pudeur sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « pudeur »



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