Monter : définition de monter


Monter : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

MONTER, verbe

I. − Emploi intrans.
A. − [Le suj. désigne un être vivant]
1. Se déplacer dans un mouvement ascendant; s'élever dans un espace sans limites précises. Un oiseau monte dans l'air. Un grand nuage d'oiseaux monte droit, vers l'aigre hauteur de l'air, se saoule de vent pur, retombe, remonte, tourbillonne, crie (Giono, Colline, 1929, p.159):
1. Le premier qui a mis des paroles à de la musique, était un barbare mal organisé qui, ne pouvant élever son âme à la hauteur de la musique, a voulu l'abaisser jusqu'à lui et s'est servi des paroles comme on se sert du plomb pour faire tomber l'alouette qui, joyeuse, monte au ciel en chantant. Karr, Sous tilleuls, 1832, p.168.
[En parlant d'un oiseau de vol] Monter sur la queue, sur l'aile. ,,S'élever à la verticale, ou s'incliner sur une aile et s'élever par le mouvement de l'autre`` (Lar. Lang. fr.).
Faire monter un oiseau. Le forcer à prendre son envol. Le moment était venu: on tira quelques coups de fusil pour faire monter les hérons puis on décoiffa les faucons, et chacun des cavaliers qui les tenaient les lança (Nerval,Voy. Orient,t.2, 1851, p.109).
[En parlant de l'Ascension du Christ, (des âmes) des morts] Monter au ciel. Gagner le ciel. Toi-même, n'as-tu pas été homme? C'est la douleur qui t'a fait Dieu; c'est un instrument de supplice qui t'a servi à monter au ciel, et qui t'a porté les bras ouverts au sein de ton père glorieux (Musset, Confess. enf. s., 1836, p.371):
2. Le corbillard des riches est avancé Fils de Saint Louis montez au ciel La séance est terminée Tout ce joli monde se retrouvera là-haut Près du bon Dieu des flics Dans la cour du grand dépôt Prévert, Paroles, 1946, p.88.
Expr. fig. Monter au septième ciel. Parvenir au parfait bonheur. Il paraît que l'article du Journal de Genève sur son compte l'a fait monter au septième ciel (Amiel, Journal, 1866, p.266).
2. Se rendre dans un endroit situé plus haut que là où l'on se trouve. Monter à/dans son appartement, sa chambre; monter au cinquième (étage), au grenier, au sommet, au temple. Ces jours-là, Dominique montait à son cabinet (Fromentin, Dominique, 1863, p.27).À l'heure où M. Jérôme prenait sa valériane, Noémi monta chez lui (Mauriac, Baiser Lépreux,1922, p.191).
Monter au Capitole*. Triompher. Donnez-moi un général qui, après avoir vaincu nos ennemis, puisse monter au Capitole, et lever vers les dieux des mains pures et innocentes (Robesp., Discours, Sur la guerre, t.8, 1792, p.147).
Fam. Monter là-haut (à l'étage supérieur); p. pléonasme, monter en haut (chez soi):
3. Le Carso, c'est du roc. Pas de tranchées. Il faut des sacs à terre. Les Autrichiens, eux, avaient préparé des organisations défensives. Et puis c'est plein de cavernes. Pour monter là-haut, les Italiens avaient des petits cheminements abrités de sacs à terre. Barrès, Cahiers, t.11, 1916, p.169.
Absol. Montez! Faites monter. Elle entra dans le corridor où s'ouvrait la porte du laboratoire. Il y avait contre la muraille une clef étiquetée capharnaüm. − Justin! cria l'apothicaire, qui s'impatientait. − Montons! Et il la suivit (Flaub.,MmeBovary,t.2, 1857, p.169).
Monter avec (un homme, un client) ou, absol., monter. Se rendre dans une chambre pour y faire l'amour, généralement dans les conditions de la prostitution. Ces étrangers (...) se demandent: «Avec lequel des deux hommes va monter la plus jeune des deux femmes?» (Colette, Entrave, 1913, p.39).
Monter + inf. (avec ou sans prép.).Je vis la maison de la soeur du Tasse, et l'escalier par où le malheureux poète, déguisé en pèlerin, monta pour chercher un refuge contre l'égarement de son coeur (Quinet, All. et Ital., 1836, p.213).La mère de Jos-Mari monta chercher pour la visiteuse un pot de confitures de myrtilles (Peyré, Matterhorn, 1939, p.84).− Anne n'est pas là, dis-je. − Monte voir si elle est prête, dit mon père (Sagan, Bonjour tristesse, 1954, p.55).
3. S'élever
a) pour se trouver plus haut. Synon. grimper.Monter sur/à un arbre, à l'arbre; monter sur une chaise; monter à/sur une échelle; monter par un escalier. Des enfants, des femmes les accompagnaient, des hommes montaient sur les bancs pour leur crier des souhaits enflammés de victoire (Zola, Débâcle, 1892, p.577).J'arrangerais moi-même les cordons des rideaux qui se cassent, si je n'avais pas des étourdissements quand je monte sur un escabeau (Montherl., Célibataires, 1934, p.808).
Au fig. Monter à l'arbre; faire monter qqn à l'arbre. V. arbre I C.
b) pour être à un niveau où l'on est plus ou mieux en vue. Monter sur le billard, sur une table d'opération; monter sur l'échafaud, sur un piédestal, sur les planches, sur le théâtre, sur le trône; monter au pinacle, à la tribune. Il monte sur le pont et fait siffler l'ordre d'assembler tous les matelots (Baudry des Loz., Voy. Louisiane, 1802, p.93):
4. Quoi (...) vous [MgrSibour] montez dévotement en chaire et (...) vous étalez devant de tristes et faibles humains la corruption de leur nature, vous la leur faites toucher du doigt! Delacroix, Journal, 1854, p.144.
c) pour se rendre plus grand. Synon. se dresser, se hausser.Monter sur les pointes. Il vint assister à mon bain; me fit monter sur mes échasses; se disputa avec un des marins, et avec un monsieur grinchu qui disait que, en sortant de l'eau, je l'avais éclaboussé (Gyp,Souv. pte fille,1928, p.219).
Au fig. Monter sur ses ergots. V. ergot A 1 a.
4. HORTIC. [En parlant de végétaux; souvent au passé] Parvenir au stade de la montaison. Ces laitues ont monté, elles ne sont plus bonnes à manger (Agric.1977).
Au fig. Monter en graine. V. graine A 2.
5. Se déplacer pour se trouver dans un endroit stratégique ou à une place décisive pour l'action engagée. Monter à l'abordage; monter en piste; monter à l'assaut; monter aux créneaux; monter au front, en ligne et, absol., monter. Le bataillon commandé par le frère aîné montait à l'assaut presque à l'instant même et à la première décharge des insurgés (Goncourt, Journal, 1894, p.635).C'était du blanc que buvait mon Hector. Pour monter aux tranchées, et il avait pas tort (Aymé, Uranus, 1948, p.264).
SPORTS (tennis). Monter au filet. Maintenez la pression, ne songez qu'au score; c'est le seul recours des faibles de la raquette. Ne montez jamais au filet trop vite; laissez à votre adversaire le temps d'exécuter un lob. Ne courez jamais sur le lob adverse, criez: «Out!» À la rigueur, criez: «Dehors!» (Le Monde, 3 mai 1981, p.1).
6. Prendre place sur (un animal) ou dans (un véhicule). Synon. enfourcher, s'embarquer, s'installer.Monter à bicyclette; monter à cheval, en amazone, à califourchon, en croupe, à cru (absol. monter; au fig. monter sur ses grands chevaux, v. cheval B 4 c); monter en voiture, dans une voiture, sur un bateau, à bord, en avion, dans le train. Le jeune lieutenant, responsable de la vie de son ami, empêche le père de sa maîtresse de se sauver, en le forçant à rentrer dans sa prison au moment où il étoit prêt à monter dans la barque préparée pour le délivrer (Staël, Allemagne, t.3, 1810, p.168).Sur ces entrefaites, un agent de la police arriva, elle tendit ses mains aux menottes, et quand tout fut prêt, elle traversa la foule, monta dans un fiacre, et disparut lentement au milieu des huées et de l'indignation publique (Janin, Âne mort, 1829, p.152).− Pardon, madame. Il la dépassa en s'inclinant, monta dans son auto qui commença à s'enfoncer dans la foule, à contre-courant cette fois (Malraux, Cond. hum., 1933, p.241).
Rem. Monter en avion, en voiture, en train, indique que l'on a pris place dans un véhicule, dans un engin en tant que passager, conducteur ou pilote. Monter dans n'implique pas nécessairement une idée de transport.
7. [En parlant de provinciaux se rendant notamment dans la capitale] Aller du sud au nord. En 1905 ou 1906, oui, il n'aurait tenu qu'à lui [Sangnier] de l'attirer et de me retenir comme il fit de tant d'autres; car c'était avant que je ne monte à Paris et j'étais un enfant spirituellement abandonné (Mauriac,Nouv. Bloc-Notes,1961, p.338).
8. [En parlant d'un ensemble de pers., d'une collectivité] Monter à ou, en emploi pronom., se monter à.S'élever au nombre de. Notre troupe montait à vingt-quatre personnes, la leur à plus de cinquante militaires (Sand, Mauprat, 1837, p.63).On recrutait aussi parmi leur jeunesse quelques miliciens pour manier par délégation cette même trique. Les effectifs de la milice se montaient à douze hommes (Céline, Voyage, 1932, p.188).
9. Au fig.
a) Accéder à un degré supérieur d'une hiérarchie. Monter en première division; monter dans la classe supérieure. Il montait d'un échelon, il entrait dans cette bourgeoisie exécrée, avec des satisfactions d'intelligence et de bien-être, qu'il ne s'avouait pas (Zola, Germinal, 1885, p.1328).Vous me croyez un peu fou... Oh! je ne me plains pas. Je monte en grade, en somme. D'abord, vous m'aviez pris pour un nigaud (Audiberti, Quoat, 1946, 1ertabl., p.32):
5. Rien ne peut se faire simplement chez les gens qui montent d'un étage social à un autre. Ni madame Birotteau, ni César, ni personne ne pouvait s'introduire sous aucun prétexte au premier étage. Balzac, C. Birotteau, 1837, p.193.
Absol. Un écrivain qui monte. Un écrivain qui gagne en notoriété. Infra I B 6 b.La jeunesse qui monte, les générations qui montent. Celles qui parviennent à l'âge adulte, qui prennent de l'autorité. Tout ce qui nous est arrivé, au moins que cela serve à cette jeunesse qui monte (Péguy, Argent, 1913, p.1300).
b) Monter comme une soupe au lait; faire monter qqn; au passif ou en emploi pronom. être monté ou se monter contre. (Se) mettre en colère. Le fait est qu'il est horriblement monté contre madame la duchesse (Stendhal, Chartreuse, 1839, p.278).
c) [Dans un sens moral ou spirituel] Absol. S'élever, progresser. «Là où Dieu vous appelle, il faut monter,» avait dit l'autre. Il était appelé. «Monter ou se perdre!» Il était perdu (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p.122).Pour le Barrès de trente-cinq ans la religion est encore une vieille histoire absurde et qui concerne les nigauds. Mais il changera sur ce point et, en avançant, l'idée qu'il se faisait de l'homme se nuancera aussi (...). À partir d'une certaine heure (la mort de son neveu Charles Demange) Barrès n'a cessé de monter (Mauriac, Mém. intér., 1959, p.132).
10. Surenchérir.
a) JEUX DE CARTES. Jouer une carte d'une valeur supérieure à celles qui ont été abattues. En cours de jeu, on est tenu de fournir la couleur demandée, si on en possède; on peut, au choix, monter ou ne pas monter, sauf à l'atout où on est obligé de le faire (Dict. des jeux, Paris, Tchou, 1964, p.41, s.v. belote).
b) COMM. (vente aux enchères). Monter sur qqn, loc. fam.
Rem. ,,Expression à n'utiliser que si le contexte indique clairement que l'action se situe à l'hôtel Drouot`` (Paris-Match, 31 oct. 1964, p.46 ds Quem. DDL t.20).
B. − [Le suj. désigne une chose]
1. Se déplacer dans un mouvement ascendant; s'élever dans l'air ou dans l'espace. Le rideau monte. Le soleil montait sur un ciel pur et couvrait de ses rayons tout le flanc oriental de la montagne (Verne, Île myst., 1874, p.93).L'orage monte de nouveau; il couvre bientôt tout le ciel d'un grand voile menaçant, que les éclairs déchirent en tous sens (Loti, Journal intime, 1878-81, p.91).Au crépuscule, le vent s'apaise, une brume légère monte du sol saturé (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p.159):
6. Barca commença à entendre des moteurs d'avions − à nous? à eux? Tout près de l'endroit où tirait le fusil-mitrailleur, une fusée monta dans le ciel magnifique. Le train blindé cessa de tirer. Malraux, Espoir, 1937, p.488.
P. anal.
[En parlant de tout ce qui peut affecter nos sens et notre sensibilité: sons, odeurs, sentiments] Et, du comptoir, des tonneaux, de toute la salle, montait une odeur liquoreuse, une fumée d'alcool qui semblait épaissir et griser les poussières volantes du soleil (Zola, Assommoir, 1877, p.404):
7. Lorsque M. le curé, sous les yeux surpris du sacristain Faublas, défit sa chasuble noire et parut se diriger vers la chaire (...) un sourd grondement monta des profondeurs de l'église, qui ressemblait moins à un murmure d'impatience qu'à cette sorte de gémissement arraché au dormeur enseveli dans son rêve. Bernanos, M. Ouine, 1943, p.1483.
[En parlant de réactions physiologiques, des effets dus à certaines émotions] Les larmes montent aux yeux; la colère monte aux joues. Maria attendait sa venue depuis plusieurs semaines déjà. Une demi-heure plus tôt le bruit de pas au dehors lui avait fait monter le sang aux tempes, et voici pourtant que la présence de celui qu'elle attendait la frappait comme une surprise émouvante (Hémon, M. Chapdelaine, 1916, p.82).L'exaltation montait à la tête, enivrait comme un alcool (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p.232):
8. Heure magique lorsque la première jeunesse monte peu à peu des profondeurs où elle ne reviendra jamais plus, jaillit ainsi qu'une grande fleur vénéneuse à la surface de la conscience, monte au cerveau, comme un poison. Bernanos, M. Ouine, 1943, p.1409.
Expressions
Fam. Sentir la moutarde (me, lui...) monter au nez. Sentir que l'on va s'emporter. − Il l'aura oublié en chemin de fer... − Ah! Vous ne connaissez pas mon mari, madame. Elle eut un rire bref, offensant, et, d'une voix cinglante: «On le lui a volé.» Louise sentait la moutarde lui monter au nez (Dabit,Hôtel Nord,1929, p.159).
Le vin monte à la tête. Enivrer. Les émanations du gros bleu et des vins de liqueur délicatement nuancés lui montent à la tête (Barbusse, Feu, 1916, p.153).
2. Partir d'un point bas pour aboutir à un point haut. Quatre grandes feuilles, sur la table, témoignent de ma hâte à écrire, non moins que le désordre du manuscrit, où l'écriture monte et descend (Colette, Vagab., 1910, p.278).Le tam-tam (...) gravissait, en se riant, l'étendue sans route qui monte vers les villages bleus (Maran, Batouala, 1921, p.158).Lentement, avec un tas de ruses, nous sommes arrivés à sortir de la foule au milieu d'une rue qui montait vers Montmartre (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.188).
3. Gagner en hauteur (en parlant de constructions); croître en hauteur (en parlant de plantes). Monter à telle hauteur. Les vieilles maisons croulent, les maisons neuves montent (Hugo, Misér., t.1, 1862, p.521):
9. Les roses (...) cachaient déjà ses pieds repliés dans l'herbe. Les roses montaient à ses genoux, couvraient sa jupe, la noyaient jusqu'à la taille... Zola, Faute Abbé Mouret, 1875, p.1338.
P. anal. Recouvrir jusqu'à une certaine hauteur. Des chaussettes qui montent à mi-mollets. Elle aperçut tous les Homais, grands et petits, avec des tabliers qui leur montaient jusqu'au menton et tenant des fourchettes à la main (Flaub., MmeBovary, t.2, 1857, p.93).
4. [En parlant du mouvement ascendant des fluides] Atteindre une hauteur plus élevée, un niveau plus haut. La mer montait et venait à nous (Michelet, Journal, 1831, p.90):
10. ... tout à coup, au mugissement sourd de la réalité qui commençait à lui arriver comme le bruit de la marée montante, il se dressa sur son séant, prêta l'oreille, et promena autour de lui un regard étonné. Le bruit se rapprochait, la marée montait toujours. Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p.177.
Monter sur, à la surface de. Venir à la surface de. Il plongea dans la bassine le gros boudin couleur de rouille et des bulles d'air montèrent à la surface de l'eau: «Encore un trou! (...)» (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.220).
Au fig. En vous écrivant, j'ai senti la tristesse qui montait sur la gaieté comme l'huile sur l'eau; il faut la laisser tranquille (J. de Maistre, Corresp., 1811, p.64).
5. MUS. Passer du grave à l'aigu. La voix, le ton monte. Lang. cour. [En parlant d'un son, d'un bruit] Augmenter de hauteur, et souvent dans un contexte de colère et de passion. Sa voix était comme montée d'un ton, elle riait d'un rire plus sonore (Bourget, Crime am., 1886, p.218).Ces petites églises où les esprits s'échauffent, ces enceintes où le ton monte, où les valeurs s'exagèrent, ce sont de véritables laboratoires pour les lettres (Valéry, Variété IV, 1938, p.18).
6. Augmenter, croître en quantité, en intensité, en valeur; atteindre telle ou telle valeur.
a) [En parlant de ce qui est mesurable] Monter à tel prix; les enchères, les prix montent; le baromètre monte. L'entretien de ses trois arpents montait à deux mille francs (Hamp, Champagne, 1909, p.138):
11. Le temps presse. En marche vers seize ans, en marche vers quinze ans, en marche vers quatorze ans... Ces chiffres montent, jour par jour, semaine par semaine, mois par mois, ils montent contre elle, ainsi que nos têtes et nos épaules. H. Bazin, Vipère, 1948, p.178.
Emploi pronom. Additionnées, leurs économies se montaient à cent quatre-vingt-huit francs, qu'ils partagèrent (Martin du G., Thib., Cah. gr., 1922, p.629).
b) [En parlant de ce qui n'est pas mesurable] La ferveur montait. C'était sans doute une folle imprudence d'aller m'égarer au monde des vivants, moi qui m'étais fait un nid sous les myrtes: tant pis! Je cessai de me défendre contre cette joie qui montait. Oui: ce soir même je répondrais oui (Beauvoir,, Mandarins, 1954p.216).
Son étoile monte. La renommée (de quelqu'un) grandit. Autour de chaque général dont l'étoile monte, le Paysan du Danube [P.-L. Courier] voit se fermer une antichambre (Maurois, Mes songes, 1933, p.95).
II. − Emploi trans.
A. − [Monter implique une notion d'élévation]
1. Parcourir en s'élevant, grimper, faire l'escalade de. Monter les marches, les degrés d'un escalier; monter un escalier, deux étages, une côte, une pente, une rampe; monter trois cordes à la force du poignet. J'ai monté le Saint-Gothard à une heure du matin, par une lune sublime; j'y ai vu le lever du soleil dans les neiges (Balzac, Lettres Étr., t.1, 1837, p.392).Je montai sans me presser la rue de la Montagne Sainte-Geneviève (Duhamel, Confess. min., 1920, p.147):
12. La diligence de Bordeaux à Paris venait avec rapidité, les voyageurs allaient sans doute en descendre pour monter cette longue côte à pied. Balzac, Illus. perdues, 1843, p.702.
Monter la garde (v. descendre la garde, s.v. garde1I A 2 d). Se rendre à un poste (à l'origine situé en hauteur) pour garder. Trois sentinelles montaient la garde le long des barbelés pour nous interdire toute communication avec l'extérieur (Ambrière, Gdes vac., 1946, p.295).
2. Prendre place sur le dos d'un animal; utiliser comme monture. Monter un cheval. Le chevaucher. Monter un cheval en course:
13. L'accessoiriste, ex-prix du Conservatoire, jouera sa polonaise de concours, et notre jeune et grave admirateur, se souvenant qu'il était l'an dernier, lieutenant de hussards, montera en haute école le meilleur canasson d'un manège voisin... Colette, Belles sais., 1945, p.66.
HIPP., emploi abs. Le jockey de galop monte très court et «en triangle», c.-à-d. qu'il maintient son équilibre par trois points d'appui: les étriers, les genoux et les rênes (Chambry,Équitation,1970ds Petiot 1982).
P. anal. Monter un navire. Prendre place dans une embarcation; en partic., être à bord en tant que commandant. [Madame Leseigneur:] − (...) Monsieur de Rouville, mon mari, est mort à Batavia (...). Il montait une frégate de cinquante-six canons (Balzac, Bourse, 1832, p.106).J'aperçus une autre barque (...). L'homme qui la montait unit ses efforts aux nôtres (Maupass., Sur l'eau, 1888, p.91).
3. [En parlant du cheval et d'autres quadrupèdes mâles] Couvrir (la femelle). (Dict. xixeet xxes.).
4. Porter, mettre
a) Porter, mettre dans un endroit plus élevé, à plus grande hauteur. Monter le courrier; monter l'eau d'un puits (puiser). Le général n'est pas là?... Non? Je vais en profiter pour voir si on monte mes malles! (Feydeau, Dame Maxim's, 1914, iii, 5, p.59).Elle restait très tard dans sa chambre où on lui montait son petit déjeuner (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p.78):
14. Le départ de Tarascon, le port de Marseille, la traversée, le prince monténégrin, les pirates, tout se brouillait et roulait dans sa tête... Il fallut le monter à sa chambre, le désarmer, le déshabiller... Déjà même on parlait d'envoyer chercher un médecin... A. Daudet, Tartarin de T., 1872, p.64.
Monter une horloge; vx et p. ext. monter une montre. Remonter le mécanisme d'une horloge, d'une montre. Rodolphe mit les vases dans une armoire; et comme le propriétaire était venu pour monter la pendule arrêtée, le poëte le pria de n'en rien faire (Murger, Scènes vie boh., 1851, p.267).
Monter + inf. (avec ell. du compl. d'obj. dir.).Monter à boire (pour monter qqc. à boire). Jean: Merci!... (À part). Elle me monte à boire, comme l'autre!... Elle était mieux tout à l'heure! (Guitry, Veilleur, 1911, i, p.8).
b) Porter, mettre à un niveau plus haut; accroître la valeur, la force, l'intensité, la consistance de quelque chose. Monter les prix, les vitesses; monter en régime:
15. Les petits télégraphistes cherchaient, comme des rats, un trou pour livrer leurs télégrammes aux mareyeurs. Les siens lus, Marie Legagneux monta le prix du lot de dix francs en dix francs et l'enleva à six cents, sur un magnifique coup de gosier du crieur qui ferma un œil pour mieux ouvrir la bouche: − Six cents francs!... C'est ven... du!... Hamp, Marée, 1908, p.24.
Monter une information. ,,Lui donner une importance plus forte que celle qu'elle aurait normalement méritée`` (Voyenne 1967). Il [un journaliste] m'a dit qu'il espérait que tout irait bien pour moi (...) et il a ajouté: «Vous savez, nous avons monté un peu votre affaire. L'été, c'est la saison creuse pour les journaux. Et il n'y avait que votre affaire et celle du parricide qui vaillent quelque chose» (Camus, Étranger, 1942, p.1184).
Monter en épingle. V. épingle B 1 d.
Spécialement
ART CULIN. Monter une mayonnaise; monter des blancs en neige; monter une sauce au beurre. Ajouter un filet de vinaigre ou de jus de citron, un peu de sel et un peu de poivre blanc. Monter la sauce au fouet, en lui ajoutant, d'abord goutte à goutte, puis en filet, la valeur de 3 décilitres d'huile. De temps en temps, pour rompre le corps de la sauce si elle devenait trop épaisse, lui ajouter quelques gouttes de vinaigre (ou de jus de citron) (Lar. mén.1926, s.v. sauce, rubrique mayonnaise, p.1081).
MUS. Monter un instrument de musique. Le mettre à un ton, à un diapason plus haut. (Dict. xixeet xxes.).
PEINT. Monter une couleur. Lui donner une intensité plus vive. (Dict. xixeet xxes.).
Au fig. Monter la tête à qqn, monter qqn. Exciter une personne contre une autre, enflammer l'imagination de quelqu'un. Ce débat, cette résistance m'avaient encore plus exalté, avaient monté ma tête, redoublé mes forces. Rien ne me coûte. Je franchis tous les obstacles (Dusaulx, Voy. Barège, t.1, 1796, p.139).
Emploi pronom. Se monter le cou, la tête ou absol. se monter; fam. se monter le bonnichon, le bourrichon*. S'irriter ou nourrir des illusions. Non!... − cria Chiffon qui se montait peu à peu, − un homme n'a le droit de sentir que le tabac!... (Gyp, Mar. Chiffon, 1894, p.265).Je ne voudrais pas, mon lieutenant, que vous me preniez pour un homme qui se monte la tête (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p.124).
Au passif. Être (très) monté. Être irrité contre ou excité par. Et s'exaltant, très monté par la présence des dames, il appuyait son dire sur des faits (A. Daudet, Tartarin Alpes, 1885, p.228).
B. − [Monter implique une notion d'agencement, d'assemblage, de mise au point]
1. Assembler les divers éléments d'un objet en vue de son utilisation. Monter une armoire, une charpente, un échafaudage, une baraque foraine; monter une tente; monter une ligne de pêche; appareil à monter (soi-même). Renaud, qui passe quatorze ans, ne songe qu'à monter et démonter des moteurs (Colette, Mais. Cl., 1922, p.251).
Emploi pronom. passif. Une tente-abri d'un nouveau modèle, se montant et se démontant à la minute (A. Daudet, Tartarin de T., 1872, p.44).
Spécialement
BIJOUT. Monter une pierre, un diamant sur une bague. Enchâsser dans une monture. Faire monter de faux diamants? son mari finirait par s'en apercevoir (Balzac, Fille Ève, 1839, p.173).
CHAUSS. Monter les bouts, monter les emboîtages. ,,Galber tout ou partie de la tige sur la forme en utilisant le prêtant de la peau, et lui donner une fixation provisoire ou définitive`` (Chauss. 1969).
CIN., PHOT. Monter un cliché, une estampe. Mettre dans un cadre, sous verre. Monter un film. Procéder au montage d'un film. Il y aura une certaine stupeur dans les services de l'usine de Vincennes lorsqu'on saura que le «patron» conseille aux metteurs en scène... de «monter» eux-mêmes leurs bandes (Le Temps, 30 juin 1918, p.3, col.1 ds Giraud 1956).
IMPR. Monter une page. Mettre en place les éléments qui composent une page d'imprimerie. (Dict. xixeet xxes.).
MUS. Monter un instrument à cordes (guitare, harpe, violon, etc.). Le garnir de ses cordes (Dict. xixeet xxes.). Qui pourra adresser assez de cantiques à l'olive? N'est-ce pas d'elle que vient l'huile de joie dont l'élu saint a été oint par prédilection? Olive, Olive, monte tes instruments à dix cordes, fais-nous entendre ta voix bienfaisante (Saint-Martin,Homme désir,1790, p.208).
THÉÂTRE. Monter une pièce de théâtre. En préparer la représentation, la porter à la scène. Il choisissait fort bien ses pièces (...) il avait déjà monté, entre autres ouvrages qu'on n'avait pas vus ailleurs, l'Alchimiste de Ben Jonson, le premier Faust de Goethe (A. France, Vie fleur, 1922, p.548).
TISS. Monter un métier. Disposer la chaîne sur le métier. Autour d'elle tout disait ses grâces, ses jeux, ses talents (...); un métier à broder où était montée une étoffe de satin (A. France, Dieux ont soif, 1912, p.102).
SC. EXP. Monter une expérience, une manipulation; au fig. monter une manip.
2. Au fig. Organiser, mettre en oeuvre, combiner. Monter une affaire, une entreprise, une expédition; monter un complot, un coup. Il n'apportait rien. Elle recevait sept cent mille francs de dot. Il les utilisa (...) à monter une fabrique de limonade (Van der Meersch,Invas. 14,1935, p.308).
Expr. fam.
Monter le cou(p) à qqn. Abuser quelqu'un (v. monter un bateau, s.v. bateau2). Vous savez maintenant qu'elle est une menteuse, et ne vous laissez pas «monter le coup» par elle (Verlaine, Corresp., 1894, p.231).
Monter qqc. de toutes pièces. Inventer complètement sans aucun rapport avec la réalité. Synon. forger.Le monde moderne est inventé, a été inventé, monté, de toutes pièces, par les juifs sur nous et contre nous (Péguy, Notre jeun., 1910, p.180).
C. − [Monter implique une notion d'équipement] Pourvoir de tout le nécessaire. Le père Grandet pensait alors à se marier, et voulait déjà monter son ménage. Il avisa cette fille rebutée de porte en porte (Balzac, E. Grandet, 1834, p.30).La grosse affaire fut de monter la maison (Zola, Nana, 1880, p.1349).
Monter un cavalier. Fournir monture et équipement. (Dict. xixeet xxes.).
Emploi pronom. Se monter en linge, en livres, etc.; absol. se monter. Les surveillants généraux, qui se montent des bibliothèques avec les romans confisqués aux élèves, vous donneront à entendre que, pour commencer à avoir du talent, un auteur doit être mort depuis soixante-quinze ans (Larbaud, F. Marquez, 1911, p.148).
Rem. gén. 1. Région. ou sens vieilli. Faire des tas de/avec. Un homme et une jeune femme montaient les regains sur les deux tapis verts qui encadraient l'allée (La Varende, Cavalier seul, 1956, p.15). 2. Aux temps comp. empl. transitivement, monter se conjugue avec avoir; empl. intransitivement, monter traduisant un mouvement se conjugue avec être, traduisant le résultat d'un mouvement, il se conjugue avec avoir: je suis monté dans ma chambre; cette salade a monté; le fleuve a monté.
Prononc. et Orth.: [mɔ ̃te], (il) monte [mɔ ̃:t]. Att. ds Ac. 1694. Étymol. et Hist. I. Intrans. A. Le suj. désigne un animé 1. a) fin du xes. «se déplacer dans un mouvement de bas en haut, se transporter vers un lieu plus haut que celui où l'on était, s'y placer» (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 465); 1694 montant «ascension verticale du faucon» (Ac.); b) 1680 monter à l'assaut (Rich., s.v. assaut); c) 1949 «aller du sud vers le nord» (Montherl., Demain, I, 1, p.706: monter à Paris); 2. a) fin du xes. «se placer sur le dos d'un animal» (Passion, 26); ca 1100 absol. (Roland, éd. J. Bédier, 92); 1538 monter à cheval (Est. d'apr. FEW t.6, 3, p.113a); b) 1690 «prendre place dans ou sur un véhicule» (Fur.); 3. ca 1140 «progresser, accéder à un degré supérieur d'une hiérarchie, avancer dans l'échelle sociale» (Geffrei Gaimar, Histoire des Anglais, éd. A. Bell, 2285); 4. a) 1174 monter en ire «se mettre en colère» (Guernes de Pont-Ste-Maxence, S. Thomas, 1496 ds T.-L.); 1695 montant «charme, entrain, piquant» (Regnard, Le Bal, 4 ds Littré); de nouv. 1844 (Sainte-Beuve, Portr. femmes, p.260); b) 1866 faire monter qqn «provoquer la colère de quelqu'un» (Delvau); 5. 1963 «jouer une carte supérieure à celles qui ont été antérieurement mises dans le même pli» (Lar. encyclop.). B. Le suj. désigne un inanimé 1. a) ca 1100 «augmenter, atteindre un degré plus élevé (en parlant de ce qui n'est pas mesurable)» (Roland, 228); 1694 montant «goût relevé, saveur piquante» (Ac.); b) 1690 «croître en quantité, en intensité (en parlant de ce qui est mesurable)» (Fur.: le bled monte, il encherit); 2. a) ca 1155 «atteindre un niveau plus élevé (en parlant de liquides, etc.)» (Wace, Brut, 9558 ds T.-L.); av. 1188 montant «mouvement de bas en haut (de la mer)» (Partonopeus de Blois, éd. J. Gildea, 7617); 1296 «pièce verticale dans une construction, une charpente» (doc., Tournai ds Gdf. Compl.); b) 1178 monter en la teste «enivrer (en parlant du vin)» (Renart, éd. E. Martin, XIV, 338); 1668 monter à la tête «id.» (Molière, L'Avare, III, 1); c) ca 1200 «affecter la partie supérieure du corps (en parlant de réactions organiques, d'émotions)» (Mort Garin, 230 ds T.-L.); d) ca 1265 «s'élever dans les airs, être porté à une certaine hauteur» (Brunet Latin, Trésor, éd. F. J. Carmody, p.89); e) 1553 «croître en hauteur (en parlant d'une plante)» (Bible, s.l., impr. Jean Gerard, Exode 9g d'apr. FEW t.6, 3, p.106b); f) 1689 «se propager vers le haut (en parlant de sons, d'odeurs)» (Racine, Esther, I, 1); g) 1690 «être en pente, s'étendre d'un point bas vers un point haut» (Fur.); h) 1690 «atteindre telle ou telle hauteur (en parlant d'une robe)» (ibid.); 1800 montante «culotte» (P. Leclair, Hist. brig. et assass. Orgères, p.130); 1835 montant «pantalon» (Raspail ds Le Réformateur, 20 sept., p.2); 1836 montante «échelle» (Vidocq, Voleurs, t.1, p.275); 3. ca 1155 mus. «passer du grave à l'aigu» (Wace, Brut, 10423 ds T.-L.); 4. 1255-71 «s'élever à un certain chiffre, au total de» (Rutebeuf, Vie Ste Elisabeth, 654 ds Œuvres compl., éd. E. Faral et J. Bastin, t.2, p.121); 1675 montant «chiffre auquel s'élève un compte» (Savary, Le Parfait négociant, 1, 312 d'apr. FEW t.6, 3, p.114a). II. Trans. 1. ca 1140 «parcourir de bas en haut, gravir (ce qui est en pente)» (Pèlerinage Charlemagne, éd. G. Favati, 133); 2. a) ca 1150 au fig. (Charroi Nîmes, éd. D. McMillan, 648: la loi Dieu essaucier et monter); b) 1170 «mettre (un instrument de musique) un ton plus haut» (Horn, 2811 ds T.-L.); c) 1174 monter qqn «accroître la valeur (de quelqu'un)» (Guernes de Pont-Ste-Maxence, S. Thomas, 2963, ibid.); d) 1588 monter qqc. «id. (de quelque chose)» (Montaigne, Essais, III, 5, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p.871); e) 1690 monter une couleur (Fur.); 3. a) ca 1155 «faire monter quelqu'un à cheval» (Wace, op. cit., 7063 ds T.-L.); b) ca 1230 «mettre, placer quelque chose à une plus grande hauteur» (Eustache le Moine, 155, ibid.: Et li hom[me] lor braies monterent); de nouv. 1690 (Fur.); c) 1690 «transporter quelque chose dans un endroit plus élevé» (ibid.); d) 1926 monter une sauce (Lar. mén., s.v. sauce, p.1081a); 4. a) 1174-78 (Étienne de Fougères, Manières, éd. R. A. Lodge, 840: sa fame ou sa file li monte); b) 1763 «couvrir (la femelle), chez les quadrupèdes» (Buffon, Hist. nat. des quadrupèdes, t.7, p.243 ds Littré); 5. a) ca 1185 «utiliser comme monture (un animal)» (Hue de Rotelande, Ipomédon, éd. A. J. Holden, 3564); b) 1680 monter un navire «servir comme marin sur (un navire)» (Rich.); 6. a) ca 1223 (bien, mal) monté «pourvu d'une (bonne, mauvaise) monture» (Gautier de Coinci, éd. V. F. Koenig, II Mir 19, 365); b) ca 1400 monter qqn «pourvoir quelqu'un des choses nécessaires» (Quinze joies de mariage, XI, 12, éd. J. Rychner, p.82); c) 1671 «pourvoir (un cavalier) d'une monture et de son équipement» (Pomey); 7. a) 1306 monter une arbalestre «tendre le ressort (d'une arbalète)» (Joinville, S. Louis, éd. N. L. Corbett, § 377); b) 1690 monter une montre (Fur.); 8. a) 1576 «assembler, ajuster les différentes parties (de quelque chose), pour permettre de l'utiliser» (P. de Brach, Poem., fo99 vods Gdf. Compl.); b) 1718 «enchâsser (une pierre précieuse) dans une monture» (Ac.); c) 1798 monter une pièce de théâtre (ibid.); d) 1802 «organiser, mettre sur pied, combiner» (Henrion, Les Amours de la Halle, 21 ds Quem. DDL t.19); 9. a) 1608 se monter de parole «s'emporter» (M. Régnier, Satire VIII, 214 ds Œuvres compl., éd. G. Raibaud, p.89); b) 1796 monter la tête à qqn (Dusaulx, loc. cit.); c) 1798 être monté «être mal disposé, irrité» (Ac.). Du b. lat. *montare, dér. de mons, montis (v. mont). Fréq. abs. littér.: 18671. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 19764, b) 33063; xxes.: a) 32428, b) 25321. Bbg. Quem. DDL t.9. _ Sandmann (M.). Monter à cheval... Rom. Jahrb. 1962, t.13, pp.20-30. _ VlădutA-CunitAă (A.). Rem. sur qq. verbes de mouvement causatifs en roum. et fr. B. de la Soc. roum. de ling. et fr. 1974, t.10, pp.15-22.

Monter : définition du Wiktionnaire

Verbe

monter \mɔ̃.te\ intransitif ou transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Se déplacer vers le haut, se transporter dans un lieu plus élevé, s’élever, gravir, grimper.
    • D’un étage à l’autre, c’était un remue-ménage incessant de paras, qui montaient et descendaient, chassant devant eux des Musulmans,[…], le tout dans un grand bruit de bottes, d’éclats de rire, de grossièretés et d’insultes entremêlés. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
    • La nouvelle était montée de la Vallée comme un influenza. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Georges poussa la porte, ouverte comme d’habitude. Il traversa à pas comptés le hall au carrelage glissant, trop bien astiqué, et commença de monter l'escalier. — (Laurent Adler, À fleur de peau, Paris : Éditions de Paris, 1956)
    • Tout le gréement était couvert de givre et de glace que je dus casser en montant dans la mâture. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Je monte sur le pont et aperçois dans la nuit très noire les nombreuses lumières d’un vapeur qui s’éloigne. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil, tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Il va falloir redescendre. Je trouve ça plus dur que de monter. Il paraît que le record de descension est de cinquante-cinq minutes. — (Amélie Nothomb, Ni d’Ève ni d’Adam, Albin Michel, Paris, 2007, p. 126)
  2. S’élever en l’air.
    • Enfin, comme à dessein de le rendre plus complexe, des odeurs de caroube, de denrées coloniales, de goudron, d'air marin arrivaient puissamment du port et se mêlaient à celles qui montaient des pavés et des caves. — (Francis Carco, Brumes, Éditions Albin Michel, Paris, 1935, page 42)
    • Il n’y a pas d’oiseau qui monte aussi haut que l’aigle. — Les flammes montaient au-dessus des plus hautes maisons.
  3. Se placer et se déplacer dans un véhicule.
    • Les passagers sont priés de monter en voiture.
  4. (En particulier) Aller à bord d’un navire, embarquer.
    • Je suis monté sur le yacht, dit Gaspard, et je suis allé aux Bermudes. — (André Dhôtel, Le Pays où l’on n’arrive jamais, 1955)
  5. (Suivi de à ou de sur) Se mettre sur un animal ou un véhicule.
    • Je monte souvent à cheval.
  6. Augmenter en élévation ; croître ; s’accroître.
    • Le sentier montait toujours, puis, après avoir grimpé trois raidillons particulièrement escarpé, le décor changea brusquement. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Après Zoza, la route monte vers Sorbollano en longeant la rivière : le lieu est idéal pour les amateurs de pêche et de canoë-kayak. — (Petit Futé : Corse - 2014, page 278)
    • L’eau est montée d’un mètre à cause de la pluie.
  7. (Figuré) Croître en valeur, augmenter jusqu’à un certain point.
    • Des marchands d’un champagne dont la médiocrité n’était dépassée que par son prix qui ne cessait de monter, ne se préoccupaient plus, à Montmartre comme à Montparnasse, que d’adapter les soi-disants plaisirs de Paris à des images étrangères et le plus souvent chromolithographiques. — (Jean Valmy-Baysse, La curieuse aventure des boulevards extérieurs, Éditions Albin-Michel, 1950, page 237)
  8. (Figuré) S’élever dans la société.
    • Monter en grade, monter au grade de capitaine.
  9. (Sport) (Militaire) Se déplacer soi-même physiquement bien à l’intérieur du camp adverse.
    • Les arrières et le goal sont montés lors du dernier corner du match de foot.
    • Trois batteries prussiennes ouvrirent le feu pendant que la cavalerie montait à l’assaut.
  10. (Sport) (Figuré) Accéder au niveau supérieur.
    • Après de nombreuses saisons en deuxième division l’OGC Nice a enfin réussi à monter en première division.
  11. (Musique) Aller du grave à l’aigu.
    • Ce chanteur monte jusqu’au do.
  12. (Figuré) (Familier) Subir la phase ascendante de l’effet d’une drogue.
  13. (Botanique) → voir monter en graine
  14. (Suivi de à) Avoir une certaine élévation.
    • Ce bâtiment monte à plus de 30 mètres.
  15. (Figuré) (Suivi de à) Atteindre une certaine valeur.
    • Le total de ces sommes monte à cent mille francs.
  16. (Figuré) (Pronominal, suivi de à) Se dit d’un total composé de plusieurs sommes, de plusieurs nombres.
    • Les dégâts se montent à plus de sept-cent-mille-cinq-cent-huit milliards deux-cent-nonante-huit millions d’euros.
  17. (Québec) Aller dans une direction parallèle à un grand cours d’eau (généralement le fleuve Saint-Laurent), en amont.
    • Quand on part de Québec, on dit que l’on monte à Montréal.
  18. Voyager en direction du nord.
    • Arrivé à l’âge adulte, ce jeune Provençal monta à Paris pour rencontrer le monde qu’il recherchait.
  19. (Transitif) Transporter quelque chose dans un endroit plus élevé.
    • Tu veux bien monter mes affaires, s’il te plaît ?
  20. Disposer, ajuster, assembler, joindre ou réunir les différentes pièces d’un ouvrage.
    • Evans prend possession de l’unique lit et s’y fourre entre deux édredons, tandis que je monte mon lit de voyage et m’y enroule dans mon plaid. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 94)
  21. (Par extension) Construire un objet.
    • J’ai monté cette table tout seul à partir de rien.
  22. (Par extension) (Audiovisuel) Assembler bout à bout plusieurs plans, issus du tournage, pour former des séquences qui formeront à leur tour un film.
  23. (Par extension) Établir, garnir de choses nécessaires.
    • Une fois construite, il est nécessaire de monter correctement la maison.
    • Monter un régiment de cavalerie. : Lui donner des chevaux.
  24. (Par extension) Élaborer, organiser.
    • Nous montons un spectacle.
    • Monter ce projet fut difficile.
    • Le coup avait été monté des mois à l’avance.
    • L’impératrice suscita un delator qui monta un dossier d’accusation : il était reproché à la jeune femme d’avoir consulté des astrologues sur la destinée du mariage de Claude et Agrippine. — (Pierre Renucci, Claude, Perrin, Paris, 2012, page 142)
  25. (Cuisine) Battre afin de faire gonfler une préparation, de lui faire prendre du volume et de la consistance.
    • Couper la selle d’agneau en tranches fines, les dresser sur un plat chaud et napper avec la cuisson montée au beurre. — (300 recettes Avec les jeunes restaurateurs de France, Brunétoile, 1986, 5e édition, janvier 1989, page 201)
    • Faire monter la mayonnaise.
    • Monter les œufs en neige.
  26. Escalader.
    • Vous vous sentirez des âmes de dandy en montant le superbe escalier Napoléon III qui mène vers le lounge proprement dit, appelé le Salon Rouge en référence à la couleur des banquettes aux formes origamiques. — (Petit Futé Paris 2017)
    • Monter une pente.
  27. Saillir une femelle (la féconder).
  28. Se placer sur un animal pour se faire porter.
    • Le 16 nous montâmes à cheval de bonne heure, et cherchâmes nos compagnons le long du ruisseau. — (Zebulon Pike, Voyage au Nouveau-Mexique: à la suite d'une expédition ordonnée par le gouvernement des États-Unis, traduit de l'anglais par M. Breton, tome 1, Paris : chez D'Hautel, 1812, page 297)
    • Nous avons déjà relevé les qualités et les défauts des chevaux marocains. […]. La castration ne se pratique pas, et on ne monte généralement que les étalons. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 231)
    • Il avait fait à peine une centaine de pas qu’il vit un cavalier qui venait au trot. Et même, il menait par la bride quelque chose qui devait être le cheval échappé. En effet, Angelo reconnut son cheval. L’homme montait comme un sac de cuillers. — (Jean Giono, Le hussard sur le toit, 1951, réédition Folio Plus, page 55)
  29. Mettre en colère.
    • — Jérôme n’est pas un méchant homme, tu verras ; c’est le chagrin, c’est la peur du besoin qui l’ont monté.— (Hector Malot, Sans famille, 1878, Dentu E., 1887)
  30. (Informatique) Rattacher un périphérique à l’arborescence des répertoires pour le rendre accessible au système d’exploitation.
    • On peut utiliser la commande UNIX mount pour monter une clé USB, un cédérom ou un disque dur.
  31. (Sénégal) Aller au travail[1].
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Monter : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MONTER. (Il se conjugue le plus ordinairement avec le verbe ÊTRE, mais, dans certains cas indiqués par l'usage, on l'emploie aussi avec le verbe AVOIR.) v. intr.
Se déplacer de bas en haut, en parlant des Êtres animés. Monter vite, facilement. Monter avec peine. Monter lentement. Monter plus haut. C'est un pays inégal, on ne fait que monter et descendre. Monter sur un arbre, à un arbre, au haut d'un arbre. Monter à une échelle. Il est monté à sa chambre. Notre-Seigneur est monté au ciel. Monter chez quelqu'un. J'entends monter quelqu'un. Monter à l'autel. Monter sur une hauteur, sur une montagne. Monter sur un escabeau, sur une chaise. Il est hors d'haleine pour avoir monté trop vite. Fig., Monter sur le trône, Devenir roi ou reine. Fig., Monter sur le théâtre, sur les planches, Se faire comédien. Il signifie aussi Se mettre sur un animal, dans un véhicule. Monter à cheval, en voiture, en avion, à bicyclette. Ce jeune homme apprend à monter à cheval. Monter en croupe, Se placer à cheval derrière quelqu'un. Prov. et fig., Monter sur ses grands chevaux, Prendre les choses avec hauteur, montrer de la sévérité dans ses paroles. Monter sur un vaisseau, S'embarquer sur un vaisseau. Monter en chaire, Prêcher. En termes de Guerre, Monter à l'assaut, Attaquer une place forte, une position dont l'ordre est de s'emparer. Prov., fig. et pop., Monter sur ses ergots, Élever sa voix et son geste avec chaleur et audace.

MONTER signifie aussi, figurément, S'élever, dans l'ordre moral. Monter au faîte des honneurs. Monter dans l'échelle sociale. Cet officier est monté en grade.

MONTER signifie encore, en parlant des Choses, Être porté de bas en haut, s'élever. La flamme montait au-dessus des plus hautes maisons. Les vapeurs, les fumées du vin montent au cerveau. Ce vin monte à la tête. Le sang, la rougeur me montent au visage. La fièvre monte. La sève monte aux arbres. Le brouillard monte. Il s'emploie, figurément, dans le même sens. Les prières du juste, les cris des innocents qu'on persécute montent vers le ciel. Monter jusqu'aux cieux. Le cri de son peuple est monté jusqu'à lui. Prov. et fig., Monter aux nues, Avoir un immense succès. Cette pièce est montée, a monté aux nues. Le soleil, les astres montent sur l'horizon, Ils s'élèvent ou paraissent s'élever sur l'horizon.

MONTER signifie, en termes de Musique, Passer du grave à l'aigu. La voix monte par tons et par demi-tons.

MONTER signifie encore Augmenter de hauteur, de niveau, croître, grandir. Cette route monte doucement. En ce moment la marée monte rapidement. La Seine a monté de plusieurs centimètres. Cet arbre monte trop. Fig., Le luxe est monté au plus haut degré. Sa dépravation, sa cruauté montèrent au comble. Sa vanité, depuis ce petit succès, monte à un tel point qu'il en est ridicule. Le baromètre monte, Le mercure qui est dans le tube du baromètre monte. On dit de même Le thermomètre monte, a monté. Cette plante monte en graine, Elle a crû jusqu'au point d'avoir des graines, elle n'est plus bonne à manger, et dans peu elle produira de la graine. Fig. et fam., Cette fille monte en graine. Voyez GRAINE.

MONTER signifie, en outre, Hausser de prix, croître en valeur. Le blé est monté à un prix qu'il n'avait encore jamais atteint. Les enchères ont monté très haut. Faire monter bien haut des meubles, des livres dans une vente publique. Ces actions ont beaucoup monté.

MONTER signifie encore S'élever, atteindre un total. Toutes ces sommes montent, se montent à cent mille francs. Le mémoire de cet entrepreneur monte à tel chiffre. La dépense ne montera pas bien haut. Les frais de son procès ont monté à tant. Dans la supputation d'un compte : Le tout montant à dix mille francs.

MONTER, transitivement, signifie Parcourir de bas en haut, gravir. Monter une montagne. Monter les degrés. Il a monté l'escalier. Monter un cheval, Être monté sur un cheval. Il monte un cheval blanc. Ce cheval ne se laisse pas monter facilement. Monter un cheval signifie aussi S'en servir habituellement. Voilà le cheval que je monte. Il signifie encore Mener un cheval. C'est ce piqueur qui a monté mon cheval. Je monte moi-même mes chevaux. Adjectivement, Officier monté, Officier qui est à cheval. Infanterie montée. Monter un vaisseau, Le commander, servir à son bord. Le contre-amiral montait le vaisseau le Formidable. Monter la garde se dit d'une Troupe de gens armés qui vont faire la garde en quelque endroit. C'est à telle escouade à monter la garde. Il se dit aussi de Chaque soldat qui est de service dans un poste pour un temps déterminé. J'ai monté ma garde hier.

MONTER signifie aussi Porter en haut, hisser. Monter une malle. Monter le blé au grenier. Il signifie encore Mettre à un niveau, à un ton plus élevé. Monter la mèche d'une lampe. On a monté ce violon trop haut. Ce tableau est très monté en couleurs, Il est d'une couleur très vigoureuse. Fig., Il s'est monté au ton de la plus haute éloquence. Le ton auquel a monté la discussion. Fig. et fam., Monter la tête à quelqu'un, Monter quelqu'un, Exciter, exalter quelqu'un. Sa tête s'est montée. Cet homme se monte aisément.

MONTER, transitivement, signifie aussi Accroître, augmenter. Monter son train et sa dépense.

MONTER signifie encore, transitivement, Dresser, assembler, ajuster les pièces. Monter une machine, un mécanisme. Monter un ouvrage de serrurerie, de menuiserie, etc. Monter une armoire, un buffet. Monter une porte de fer, une balustrade. Monter un fusil. Monter une charpente. Monter un lit. Monter un diamant, Le sertir. Ce diamant est bien monté, mal monté. Monter une estampe, La mettre sous verre, dans un cadre. Monter un métier, Placer et tendre sur le métier l'étoffe, la toile, le canevas, la chaîne, le fil, la soie, etc., pour travailler. Monter un violon, une harpe, une guitare, un piano, Y mettre des cordes, y remettre de nouvelles cordes. On dit en ce sens Ce violon est bien, est mal monté, Les cordes en sont bonnes, en sont mauvaises. Adjectivement, Pièce montée. Plat monté. Voyez PIÈCE, PLAT. Monter une horloge, une montre, un réveille-matin, etc., En bander les ressorts, ou en rehausser les contrepoids. On dit aussi Remonter. Fig., en termes de Théâtre, Monter un opéra, un drame, En préparer la représentation.

MONTER signifie encore, figurément, Dresser, organiser, préparer. Monter un coup. Monter une entreprise. Monter une cabale. Adjectivement et figurément, Coup monté. Voyez COUP. Par extension, il signifie aussi Fournir, pourvoir de tout ce qui est nécessaire. Monter son ménage. Sa maison est montée sur un pied trop coûteux. Je me suis monté en linge. Se monter en argenterie, en livres. Monter un cavalier, Lui fournir le cheval et l'équipement. Être bien monté, mal monté, Être monté sur un bon, sur un mauvais cheval. Fig. et fam., Être bien monté, mal monté, se dit de Quelqu'un qui est de bonne, de mauvaise humeur. Vous êtes aujourd'hui bien mal monté. Je l'ai trouvé très mal monté à votre égard.

Monter : définition du Littré (1872-1877)

MONTER (mon-té) v. n.

Résumé

  • 1° Aller en un lieu plus haut que celui où l'on était.
  • 2° Monter chez quelqu'un, aller dans son logis situé au premier étage ou plus haut.
  • 3° Monter à cheval.
  • 4° Monter à l'assaut.
  • 5° Monter en voiture, monter sur un vaisseau.
  • 6° Monter sur un trône, monter au trône.
  • 7° Monter dans la chaire, en chaire.
  • 8° Monter sur le Parnasse, sur le théâtre.
  • 9° Monter à un tribunal.
  • 10° S'élever dans l'air ; voler, en termes de fauconnerie.
  • 11° La mer monte, le vent monte ; un navire monte sur la lame.
  • 12° Il se dit de l'ascension d'un liquide.
  • 13° Grandir et s'élever, en parlant des végétaux.
  • 14° Monter sur l'horizon, en parlant des astres.
  • 15° Avoir trop d'élévation.
  • 16° Passer à un poste, à un grade plus élevé.
  • 17° Obtenir quelque chose d'élevé.
  • 18° Faire impression sur la tête, en parlant de ce qui est capiteux.
  • 19° Prendre l'essor vers le ciel, en parlant de certaines choses abstraites ou morales.
  • 20° Atteindre un degré élevé, en parlant des choses morales.
  • 21° Aller du grave à l'aigu.
  • 22° Hausser de prix, croître en valeur.
  • 23° Faire un total.
  • 24° V. a. Parcourir, en s'élevant, en passant d'un lieu bas à un lieu haut.
  • 25° Porter, transporter quelque chose en haut, l'y élever.
  • 26° Monter un cheval.
  • 27° Synonyme de s'allier, s'accoupler.
  • 28° Monter un navire, y être embarqué.
  • 29° Monter la garde, la tranchée.
  • 30° Monter un cavalier, lui fournir un cheval ; fournir de ce qui est nécessaire.
  • 31° Monter une horloge.
  • 32° Disposer les pièces d'une machine ; et fig. monter une cabale, un coup.
  • 33° Mettre en place, en parlant des pièces d'un navire.
  • 34° Monter un théâtre, une pièce.
  • 35° Monter un instrument de musique.
  • 36° Accroître, élever.
  • 37° En peinture, monter sa couleur.
  • 38° Monter la tête à quelqu'un.
  • 39° V. réfl. Se monter, être gravi.
  • 40° Recevoir un cavalier, en parlant du cheval.
  • 41° Se procurer un cheval.
  • 42° Être mis en place, en parlant des pièces d'un appareil ; et fig. se modeler.
  • 43° S'élever, se hausser.
  • 44° Il se dit des choses qui croissent, s'augmentent.
  • 45° Former un certain total.
  • 1Aller en un lieu plus haut que celui où l'on était. Monter à une échelle. Monter à un arbre, sur un arbre. Les écureuils montent au haut des arbres. En allant du bord de la mer vers l'intérieur on monte toujours. Allons donc les voir faire, et montons à la tour, Corneille, Pomp. I, 4. Où est le Seigneur, qui nous a fait monter de la terre d'Egypte, qui nous a conduits par le désert au travers d'une terre inhabitée et inaccessible ? Sacy, Bible, Jérémie, II, 26. Ceux qui ont vu l'exécution [de la Brinvilliers] disent qu'elle a monté sur l'échafaud avec bien du courage, Sévigné, 17 juill. 1676. Ils montent au sommet de la fatale église, Boileau, Lutr. III. La trop courte beauté monta sur des patins ; La coquette tendit ses lacs tous les matins, Boileau, Ép. IX. Et moi je suis montée en haut de la muraille, Racine, Théb. III, 3. Il [Démosthène] vint à bout de vaincre tous ces obstacles [difficultés à parler], en mettant dans sa bouche de petits cailloux et prononçant ainsi plusieurs vers de suite à haute voix sans s'interrompre ; et cela même en marchant et en montant par des endroits fort roides et fort escarpés, Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. V, p. 534, dans POUGENS. Ennuyée, elle avait monté dans sa chambre, Rousseau, Conf. II. Non, je me livrerai tout seul à ma fortune, J'oserai sans pâlir monter dans la tribune, Chénier M. J. Gracq. I, 5. Une espèce de rampe en terrasse [à Sparte]… c'était peut-être le chemin par où l'on montait à la citadelle, qui ne devint très forte que sous les tyrans de Lacédémone, Chateaubriand, Itin. 1re part. Sortez de vos débris antiques, Temples que pleurait Israël ; Relevez-vous, sacrés portiques ; Lévites, montez à l'autel, Lamartine, Méd. I, 10. Il monte, et l'horizon grandit à chaque instant ; Il monte, et devant lui l'immensité s'étend… Jusqu'au sommet suprême où son œil enchanté S'empare de l'espace et plane en liberté, Lamartine, ib. II, 13.

    Populairement et fig. Monter sur ses ergots, s'emporter, parler audacieusement, impérieusement.

    Fig. Monter sur des échasses, se guinder.

    Fig. Monter au ciel, passer de cette vie à celle des bienheureux. Fils de saint Louis, montez au ciel, Paroles attribuées au confess. de Louis XVI sur l'échafaud.

    Fig. et populairement. Monter aux nues, se mettre en colère.

    Terme de marine. Monter, c'est, au moyen des enfléchures qui terminent les haubans, comme les échelons traversent une échelle, s'élever à la hune, aux barres de perroquet, etc.

  • 2Monter chez quelqu'un, aller dans son logis, situé au premier étage ou plus haut. J'entends monter quelqu'un ; viens, ne nous montrons pas, Hauteroche, Espr. follet, II, 5. Montons chez Éliante, attendant sa venue, Molière, Mis. V, 1.

    Familièrement, on dit en un sens analogue, par pléonasme : montez en haut. Il monte en haut, et fait à la donzelle Son compliment, comme homme bien appris, La Fontaine, Orais.

  • 3Monter à cheval, se mettre sur un cheval. Il monta à cheval et partit.

    Par extension. Monter à cheval, manier un cheval, lui faire faire le manége.

    Monter en croupe, se placer à cheval derrière quelqu'un. Un fou… En vain monte à cheval pour tromper son ennui ; Le chagrin monte en croupe, et galope avec lui, Boileau, Ép. V.

    Fig. Monter sur ses grands chevaux, prendre les choses avec hauteur ; locution tirée de l'usage des chevaliers, qui, allant en guerre, avaient deux chevaux, l'un plus petit sur lequel ils faisaient la marche, l'autre plus grand et plus fort sur lequel ils montaient pour le combat.

    Fig. Il le faut faire monter sur l'ours, se dit d'un enfant qui a peur.

    Populairement et fig. monter à l'arbre, par métaphore prise des ours du Jardin des Plantes, se laisser exciter à la colère, à l'espérance, etc. par quelqu'un qui se moque de vous. On dit en ce sens d'une manière absolue : je vais le faire monter.

  • 4Monter à l'assaut, attaquer une place afin de l'emporter de vive force.

    Monter à la brèche, assaillir la brèche.

  • 5Monter en voiture, entrer dans une voiture.

    Monter dans les carrosses du roi, ou, simplement, monter dans les carrosses, être admis à l'honneur de monter dans les carrosses du roi.

    Monter sur un vaisseau, sur un bateau, se mettre dans un vaisseau, dans un bateau. Nous sommes montés dans le bateau à six heures par le plus beau temps du monde, Sévigné, 425. On se présentait en foule pour monter sur les nouvelles flottes destinées aux voyages des Indes, Raynal, Hist. phil. I, 9.

    Monter sur mer, s'embarquer.

  • 6Monter sur un trône, aller de marche en marche s'asseoir sur un trône. Aussitôt sur un trône éclatant de rubis L'imposteur monte, orné de superbes habits, Boileau, Sat. X.

    Fig. Monter au trône, sur le trône, devenir roi ou reine. Seigneur, montez au trône et commandez ici, Corneille, Pomp. III, 2. Néron monta sur le trône à dix-huit ans, Diderot, Claude et Nér. II, 50.

  • 7Monter dans la chaire, monter les degrés qui conduisent à la chaire d'une église.

    Fig. Monter en chaire, prêcher. Ou bien montez en chaire ; et là, comme un docteur, Allez de vos sermons endormir l'auditeur, Boileau, Sat. I.

  • 8 Fig. Monter sur le Parnasse, composer des vers, se livrer à la poésie.

    Monter sur le théâtre, sur les planches, se faire comédien. …Le théâtre abhorré Fut longtemps de la France un plaisir ignoré ; De pèlerins, dit-on, une troupe grossière En public à Paris y monta la première, Boileau, Art p. III. Voilà un bel honneur pour un empereur romain que de monter sur le théâtre comme un bouffon, Fénelon, Dial. des morts anc. Dial. 46.

    Monter sur les tréteaux, se faire bateleur.

  • 9Monter à un tribunal, monter les degrés de l'estrade où un tribunal est placé.

    Fig. Le premier tribunal où il monta fut celui de sa conscience, Fléchier, Lamoign.

    Fig. Monter aux tribunaux, devenir juge. Cette impatience téméraire de la plupart des jeunes gens… qui se dispensent de l'ordre du temps et de la raison, pour monter précipitamment aux premiers tribunaux du royaume, Fléchier, le Tellier.

    Très populairement et absolument. Monter, comparaître comme accusé devant le tribunal correctionnel ou la cour d'assises. Il a eu des malheurs, il a monté.

  • 10S'élever dans l'air. Il n'y a point d'oiseau qui monte plus haut que l'aigle. Le ballon monta lentement. La flamme montait plus haut que les maisons. …L'encens qui monte et s'évapore Jusqu'au trône du Dieu que la nature adore, Lamartine, Méd. I, 16. L'Espagnol a blessé l'aigle des Asturies… Hérissé, l'oiseau part, et fait pleuvoir le sang, Monte aussi vite au ciel que l'éclair en descend, Vigny, Éloa, III.

    Terme de fauconnerie. Voler. Monter sur l'aile, se dit de l'oiseau, quand il s'incline sur une des ailes, et s'élève principalement par le mouvement de l'autre. Monter à l'essor, se dit des jeunes oiseaux qui s'essayent à voler, et qui commencent à tenter de hauts vols.

  • 11 Terme de marine. La mer monte pendant le flux. La superstition et l'orgueil, qui persuadent aux grands qu'indépendamment de l'ordre général, ils sont l'objet d'une attention particulière de la Providence, firent publier que la mer n'était pas montée si haut qu'à l'ordinaire pour laisser les princes approcher du pont, Duclos, Œuv. t. II, p. 392.

    Activement. Ô flots, que vous savez de lugubres histoires !… Vous vous les racontez en montant les marées, Hugo, Rayons et ombres, XLII.

    On dit que le vent monte ou remonte, quand il se rapproche du nord.

    Un navire monte bien sur la lame, quand il se comporte bien par une grosse mer debout.

  • 12Monter se dit de l'ascension d'un liquide dans des tuyaux, dans un bassin, etc. Le mercure qui monte dans un thermomètre. La séve monte aux arbres. Dans un réservoir, dans un bassin qui n'a point d'écoulement, l'eau monte de manière à se trouver de niveau, soit avec sa source, soit avec le point où l'on en a détourné le cours. Le baromètre monte, c'est-à-dire le mercure qui est dans le baromètre s'élève. On dit de même : le thermomètre monte.

    Monter se dit aussi d'un liquide que la chaleur ou une autre cause gonfle et élève. Le lait chauffé monte. Cette solution se gonflait, montait comme le lait, et se serait répandue, si le feu avait été un peu trop poussé, Diderot, Peint. en cire, Œuv. t. XV, p. 856, dans POUGENS. À mesure que la crème monte, lever ce qui est monté avec une écumoire, Genlis, Maison rust. t. II, p. 104, dans POUGENS. Vous fouettez les blancs [d'œufs], jusqu'à ce qu'ils soient bien montés, Genlis, ib. t. II, p. 91.

    Il se dit d'un cours d'eau dont le volume s'accroît et le niveau s'exhausse. La rivière a monté d'un pied.

  • 13Monter se dit des végétaux qui grandissent et s'élèvent. Cet arbre monte trop, on le laisse trop croître.

    Cette plante monte en graine, dans peu elle produira de la graine ; locution provenant de ce que, dans beaucoup de plantes herbacées, la laitue, par exemple, la tige ne commence à s'élever qu'au moment de la floraison, et n'achève son évolution que concurremment avec la formation des graines. Ces laitues ont monté, elles ne sont plus bonnes à manger.

    Fig. et familièrement. Monter en graine, prendre des années, en parlant des filles pour qui se passent le temps et les chances de se marier.

  • 14Les astres, le soleil montent sur l'horizon, ils s'élèvent, se rapprochent du zénith. Et le char vaporeux de la reine des ombres Monte et blanchit déjà les bords de l'horizon, Lamartine, Médit. I, 1.

    Le soleil monte tous les jours, se dit lorsque le soleil s'approche tous les jours de plus en plus de notre zénith.

  • 15Ce mur monte trop haut, il a trop d'élévation.

    Ce mur, ce collet d'habit, cette robe, etc. montent trop haut, ils ont trop de hauteur.

    On dit dans le sens contraire : ce mur, ce collet, etc. ne montent pas assez haut.

  • 16 Fig. Passer à un poste, à un degré au-dessus de celui qu'on occupait. Il était sergent, il est monté à la sous-lieutenance. Il était lieutenant et il est monté au grade de capitaine. Cet officier a monté en grade. Cet écolier était en troisième, il est monté en seconde. Dedans Saint-Innocent il se fit secrétaire ; Après, montant d'état, il fut clerc d'un notaire, Corneille, l'Illus. com. I, 3. Il [M. Hunauld] était monté à la place d'associé dans le mois d'août 1741, Mairan, Éloges, Hunauld. C'est de cette manière laborieuse et tardive que M. Petit vint à bout d'apprendre assez de latin et de belles-lettres pour pouvoir monter en philosophie, Mairan, Éloges, Petit.
  • 17 Fig. Obtenir quelque chose d'élevé. Que trouvez-vous, madame, ou d'amer ou de rude à voir qu'un tel bonheur n'ait plus d'incertitude ; Et, quand dans quatre jours vous devez y monter, Quel importun chagrin pouvez-vous écouter ? Corneille, Tite et Bérén. I, 1. Le fidèle… Fuyant des vanités la dangereuse amorce, Aux honneurs appelé, n'y montait que par force, Boileau, Lutr. VI. C'est encore beaucoup tirer de notre ami, si, ayant monté à une grande faveur, il est encore un homme de notre connaissance, La Bruyère, VIII. La lumière a quelque chose de si divin qu'on serait tenté d'en faire un degré pour monter à des substances encore plus pures, Voltaire, Dict. phil. Feu. Mais, pour monter à lui [dieu], notre esprit abattu Doit emprunter d'en haut sa force et sa vertu, Lamartine, Méd. I, 28. Oui, mon âme se plaît à secouer ses chaînes : Déposant le fardeau des misères humaines, Laissant errer mes sens dans ce monde des corps, Au monde des esprits je monte sans efforts, Lamartine, ib. I, 28.

    Monter au faîte des honneurs, parvenir aux plus grandes dignités.

    Absolument. Quiconque est ébloui de ce degré éminent où la naissance et la fortune l'ont placé, c'est dire qu'il n'était pas fait pour monter si haut, Massillon, Pet. car. Human. Avec nos passions formant sa vaste trame, Celui-là fonde un trône, et monte pour tomber, Lamartine, Méd. II, 19. La dernière campagne A fait monter bien haut le roi François premier, Hugo, Hernani, I, 3.

  • 18Monter se dit des substances capiteuses qui font impression sur le cerveau. Le vin pur monte à la tête, Molière, l'Avare, III, 2. Le péril est comme le vin, il monte à la tête, Staël, Corinne, XII, 2.

    On dit de même : le feu, le sang, la rougeur me montent au visage. Ces mots ont fait monter la rougeur sur son front, Racine, Athal. III, 3.

    Par extension. Il se dit des passions en un sens analogue. Ce fut alors, dame ! ne vous déplaise, Que, le courroux lui montant au cerveau, Il s'en allait, enfonçant son chapeau, Mettre l'alarme en tout le voisinage, La Fontaine, Rémois. Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte ; Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte, Molière, Tart. III, 2. Un établissement si manifeste du fanatisme où l'on veut que chacun juge de sa foi par son goût, c'est-à-dire qu'il prenne pour inspiration toutes les pensées qui lui montent dans le cœur, en un mot qu'il appelle Dieu tout ce qu'il songe, Bossuet, 3e avert. § 26. La jalousie lui monte d'abord à la tête comme une vapeur maligne, Hamilton, Gramm. 8.

  • 19Il se dit de choses morales ou abstraites que l'on suppose prendre leur essor vers le ciel. Ses péchés sont montés jusqu'au ciel, et Dieu s'est ressouvenu de ses iniquités, Sacy, Bible, Saint Jean, Apocal. XVIII, 5. Et le cri de son peuple est monté jusqu'à lui, Racine, Esth. I, 1. Puissent jusques au ciel vos soupirs innocents Monter comme l'odeur d'un agréable encens ! Racine, ib. I, 2. Quelle fut la première voix que votre cœur fit monter vers le Seigneur ? Massillon, Carême, Prière 2. Que leurs vœux jusqu'à toi montent avec les miens ! Voltaire, Œd. I, 1. Montez donc vers le ciel, montez, encens qu'il aime, Soupirs, gémissements, larmes, sanglots, blasphème… Montez, allez frapper les voûtes insensibles Du palais des destins, Lamartine, Méd. I, 7.
  • 20 Fig. Atteindre un degré élevé, au sens moral, avec un nom de chose pour sujet. Le luxe monte tous les jours. Il verra, le perfide, à quel comble d'horreur De mes ressentiments peut monter la fureur, Corneille, Médée, I, 5. Ne vous offensez pas d'ouïr parler en maître, Grande reine ; ce n'est que pour punir un traître, Criminel envers vous d'avoir trop écouté L'insolence où montait sa noire lâcheté, Corneille, Sert. V, 7. Vois leur constance au milieu de leurs gênes, Monter plus haut, plus on les fait languir, Corneille, Imit. III, 19. Le perfide ! à quel point son insolence monte ! Racine, Thèb. I, 6.
  • 21 Terme de musique. Aller du grave à l'aigu, par intervalles conjoints ou disjoints. Ce chanteur monte jusqu'à l'ut. Leur voix [des grands pluviers], qui s'entend de très loin, est un son plaintif semblable à celui d'une flûte tierce et prolongé sur trois ou quatre tons en montant du grave à l'aigu, Buffon, Ois. t. XV, p. 169. Monter par quintes ou ajouter un dièse, Grétry, Méth. pour prélud. p. 91, dans POUGENS.
  • 22 Fig. Hausser de prix, croître en valeur. Le blé a monté jusqu'à trente francs l'hectolitre. La rente monte, toutes les valeurs ont monté. Quand le prix du blé montera progressivement, disait Necker, sans doute il réglera le prix de l'industrie et de tous les salaires, Marmontel, Mém. XI.
  • 23Monter, faire un total. À ce Turnus dont le bien monte à dix mille écus, à bon compte, Scarron, Virg. VII. Les préparatifs de cette guerre durèrent trois ans ; l'armée de terre ne montait pas à moins de trois cent mille hommes, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 251, dans POUGENS. Mille familles peut-être sont à l'aumône par cette banqueroute, qu'on fait monter à près de 40 millions, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 13 déc. 1782. On fait monter à deux cent mille le nombre des sauvages encore errants dans le Brésil, Raynal, Hist. phil. IX, 28.

    Dans la supputation d'un compte : le tout montant à tant. Toutes les sommes montant à celle de tant.

    Ce mémoire monte bien haut, il en coûtera beaucoup pour l'acquitter.

    Cette dépense n'a pas monté bien haut, elle a peu coûté.

  • 24 V. a. Parcourir en s'élevant, en passant d'un lieu bas à un lieu haut. Monter une côte. Montez, le fer en main, les rochers du Tymole, Rotrou, Antig. II, 4. De l'auguste chapelle ils montent les degrés, Boileau, Lutr. III.

    Monter, remonter un fleuve, une rivière, se rapprocher de leur source.

  • 25Porter, transporter quelque chose en haut, l'y élever. Monter le blé au grenier. On monte les gros fardeaux avec des grues.

    Fig. …Après un tel bonheur, Deux ans les ont montés au haut degré d'honneur, Corneille, l'Illus. com. IV, 10. Est-ce là cette gloire et ce haut rang d'honneur Où le devait monter l'excès de son bonheur ? Corneille, ib. V, 5.

    Fixer à un point plus élevé. Il faut monter un peu ce cadre.

    Ce jupon, ce pantalon ne sont pas assez montés, ils ne sont pas attachés assez haut.

  • 26Monter un cheval, être monté sur un cheval. Bucéphale ne souffrait point qu'aucun qu'Alexandre le montât ; et, quand il le sentait approcher, il se mettait à genoux, Vaugelas, Q. C. VI, 5. Elle monte un cheval écumant, Fénelon, Tél. XXIII.

    Fig. Les Français, abattus, bistournés par Napoléon, se laissent ferrer et monter à tous venants, Courier, Lett. X.

    Monter un cheval à nu, le monter sans selle, sans éperon et sans couverture. On dit aussi monter à poil ou à cru.

    Monter un cheval, s'en servir habituellement et aussi l'instruire, le dresser.

    Monter entre les piliers, se dit de l'élève qui monte le sauteur.

    Monter par haut, se dit de la manière de faire travailler les sauteurs, qui, s'élevant plus haut que terre à terre, manient à courbettes, à croupades, etc.

  • 27Synonyme de saillir ; se dit surtout de l'accouplement du cheval et de la jument. De vieux chevaux qui n'avaient plus la force de monter la jument sans l'aide du palefrenier, Buffon, Quadrup. t. VII, p. 243.
  • 28Monter un navire, y être embarqué. Avec moins de cent hommes qui restaient de deux mille sept cents dont la flotte était montée, Voltaire, Louis XV, 27.

    Particulièrement, monter un vaisseau, le commander. Monter la garde, faire la garde en quelque endroit.

    Monter sa garde, passer au poste le temps voulu par le service.

    Fig. Monter la garde autour de, surveiller activement.

    Monter la tranchée, faire la garde dans la tranchée. Il a monté la tranchée, il rend compte du siége à son oncle comme un vieil officier, Sévigné, 469.

  • 30Monter un cavalier, lui fournir un cheval et l'équipement.

    Par extension et par similitude avec la fourniture qu'on fait d'un cheval, fournir un établissement ou une personne de tout ce qui lui est nécessaire. Monter une imprimerie de ses presses. Monter une personne en linge. La manière dont son ménage était monté était précisément celle que j'aurais choisie, Rousseau, Confess. III. Il faut que je songe à monter ma maison, Picard, Ricochets, I, 21.

  • 31Monter une horloge, une montre, un réveille-matin, un tournebroche, etc. en rehausser les contre-poids ; ce qui a été cause qu'on s'est servi du mot monter, par extension, pour dire : bander les ressorts sans plus songer à l'ancien mécanisme qui consistait à hausser les poids. Une montre lorsqu'elle est montée, Descartes, Pass. I, 6.

    Fig. On disait d'elle que son mari la montait à la cour tous les matins comme une horloge, Saint-Simon, 243, 236.

  • 32Disposer les pièces d'une machine, d'un appareil de manière qu'ils puissent fonctionner, servir. Un miroir de douze pieds de largeur sur six pieds de hauteur ne laisse pas d'être une grosse machine embarrassante et difficile à mouvoir, à monter et à maintenir, Buffon, Hist. min. Introd. part. Expos. Œuv. t. VII, p. 223. L'ouvrier qui monte la machine et la fait marcher, Rousseau, Contr. II, 7.

    Fig. Monter une cabale, préparer une cabale. Monter un coup, une affaire.

    Fig. et familièrement. Monter une garde à quelqu'un, lui faire une vive réprimande ; locution qui paraît se rattacher à garde d'épée (voy. GARDE 1, n° 14)

    On dit dans le même sens populairement : monter une gamme à quelqu'un ; mais cela n'est pas bon : c'est chanter une gamme qu'il faut, voy. GAMME.

    Populairement, monter une scie, organiser contre quelqu'un un ennui que chacun répète.

    Monter une partie, prendre des dispositions pour une partie, faire des invitations.

    Monter un métier, accommoder et tendre sur le métier l'étoffe, la toile, le canevas, la chaîne, le fil, etc. pour travailler.

    Monter un diamant, le mettre en œuvre.

    Monter une estampe, la mettre sous verre, dans un cadre.

    Monter un bouquet, disposer les fleurs d'une manière régulière et agréable à l'œil.

    Monter un bonnet de femme, en disposer les parties, les ornements. Puisque je monte vos bonnets, vous pouvez bien faire mes robes, Comte de Caylus, Hist. de M. Guillaume, Œuv. t. X, p. 21, dans POUGENS.

    On dit de même : monter un habit, une chemise.

    Monter une perruque, coudre les mèches de cheveux par rangées symétriques.

    Monter une pièce d'étain, la battre sur l'enclume nue, en faisant tourner à mesure la pièce sur elle-même.

    Monter un squelette, attacher l'un avec l'autre les différents os dans l'ordre et la position naturelle.

    Monter un ouvrage d'orfévrerie, de serrurerie, de menuiserie, etc. en assembler les pièces les unes avec les autres. Monter des pendants d'oreille. Monter un buffet. Monter une balustrade. Monter une charpente. Monter un lit. Ce collier [de porcelaine] était monté sur un fil de la racine du tremble, Chateaubriand, Natchez, liv. II.

    Terme d'imprimerie. Monter une casse, la dresser sur le rang.

    Terme militaire. Monter le bivac, arranger un bivac pour passer la nuit.

    Monter une batterie, mettre tous les canons d'une batterie sur leurs affûts, et les ranger de manière à pouvoir s'en servir.

    Terme de jeux. Monter une impériale, réunir les points nécessaires pour former et marquer une impériale.

  • 33Mettre en place, quand il s'agit des pièces d'un navire. Monter le gouvernail, les pompes, etc. Lorsque toutes les pièces de ce vaisseau [un certain modèle] seront entièrement achevées, il faudra que vous le fassiez monter deux, trois ou quatre fois en votre présence, et que vous ne vous étonniez pas si, dans les premières fois, les charpentiers sont longtemps, parce que, dans l'usage, ils s'apprendront à le monter dans le temps nécessaire, Colbert à Arnoul, 1678, dans JAL.

    Terme de pêche. Monter un filet, le garnir de cordes, de flottes, de plombées, le mettre en état de servir.

  • 34Monter un théâtre, le dresser pour qu'on puisse y jouer. Pour tromper leur douleur mortelle, Soudain un théâtre est monté, Béranger, Nègres.

    Monter une pièce, faire les répétitions et les préparatifs nécessaires pour la mise en scène et la représentation. Nous vous attendons pour la répétition : don Japhet d'Arménie, que nous montons avec tous ses agréments, Picard, Vieux comédien, SC. 7.

  • 35Monter un violon, une harpe, une guitare, un piano, y mettre de nouvelles cordes au ton qu'elles doivent avoir.

    Ce violon est bien, est mal monté, les cordes en sont bonnes, en sont mauvaises.

    Poétiquement et fig. Monter sa lyre, se disposer à faire des vers. L'amour en sa faveur avait monté ma lyre, Voltaire, Épître 4.

    Monter un instrument de musique, en hausser le ton. Monter un instrument au ton d'un autre.

    On dit dans le même sens : monter une corde de violon, de harpe, etc.

    Fig. Montez votre génie au ton que demande votre sujet, Mercure, 1717, dans DESFONTAINES. À monter aisément ma lyre sur ce ton, Piron, Métrom. III, 9.

  • 36Accroître, élever. Monter son train et sa dépense.
  • 37 Terme de peinture. Monter sa couleur, rendre la couleur de son tableau plus vigoureuse qu'on n'avait fait d'abord.
  • 38 Fig. et familièrement. Monter la tête à quelqu'un, ou, simplement, le monter, lui inspirer quelque idée qui s'empare de lui jusqu'à l'exalter. Je trompai ma mère qui ne découvrit que sur le point de l'exécution que j'avais monté mon père à ne se laisser point entamer, Saint-Simon, 1, 22. Un voyageur qui s'est bien monté la tête, doit être un peu confondu, quand il trouve, en arrivant dans la rue des Trépieds, les tracasseries de son village, Chateaubriand, Itin. 1re part.

    Il faut bien distinguer, monter la tête qui signifie exciter, inspirer, et monter à la tête qui se dit d'une liqueur capiteuse ou d'une passion qui enivre.

  • 39Se monter, v. réfl. Être gravi. La côte se monta péniblement.
  • 40Recevoir un cavalier, en parlant du cheval ou autre bête de somme. Ce cheval se monte difficilement.
  • 41Se monter, se procurer un cheval. Et qu'au contraire, encore qu'il connût son dessein [d'assassiner le duc de Guise], il [Coligny] lui donna [à Poltrot] vingt écus à une fois, et cent écus à une autre pour se bien monter, Bossuet, Var. X, § 54.

    Par extension. Se monter en, se fournir de. Se monter en argenterie, en meubles, en linge.

  • 42Il se dit des pièces d'un appareil qu'on dispose. Cette machine se montera quand on voudra.

    Fig. Se modeler, se régler. Rebours s'était sûrement monté sur le marquis de Mascarille ; il l'outrait encore, Saint-Simon, 134, 240. Je me monte aisément à un train de vie quand il est volontaire, Rousseau, Conf. VI.

  • 43 Fig. S'élever, se hausser. Il s'est monté à un ton qu'il ne soutiendra pas. Les hommes se montent naturellement au niveau de leurs espérances, Mirabeau, Collection, t. III, p. 27.

    Absolument. S'exciter, prendre des sentiments de colère, d'opiniâtreté, etc. Quand son imagination se monte. Mais cet autre à la fin se monte de parole, Régnier, Sat. VIII. Quand la tête se monte, l'imagination la mieux réglée devient folle comme un rêve, Beaumarchais, Mar. de Figaro, III, 5. L'esprit de l'armée se monte à tel point que…, Corresp. du gén. Klinglin, I, 182.

  • 44Il se dit aussi des choses qui croissent, s'augmentent. Vos frères sont vainqueurs quand nous sommes trahis ; Et, voyant le haut point où leur gloire se monte, Vous regardez fort peu ce qui nous vient de honte, Corneille, Hor. III, 6. À moi ? mes vanités jusque-là ne se montent, Corneille, la Suiv. III, 6.
  • 45Former un certain total. Son armée se montait à vingt mille hommes. Mon bien se monte à tant : tenez, voilà le vôtre, Boileau, Sat. X. …à quoi vont les revenus du comte ? - Je ne saurais vous dire à quoi cela se monte, Destouches, Glorieux, IV, 8. Les rentes sur l'hôtel de ville ne se montaient qu'à près d'onze millions, Voltaire, Louis XIV, 4.

    PROVERBE

    Qui monte la mule, la ferre.

REMARQUE

1. Monter se conjugue avec l'auxiliaire être, quand il marque l'état : il est monté dans sa chambre depuis une heure ; avec l'auxiliaire avoir, quand il exprime l'acte : il a monté quatre fois à sa chambre dans la journée. La rivière a monté de 10 centimètres depuis hier.

2. Monter à un arbre, monter sur un arbre. On monte à un arbre pour dénicher des oiseaux. On monte sur un arbre pour se placer parmi les branches, à dessein soit de cueillir des fruits, soit de se cacher, soit de mieux voir.

3. On monte en chaire pour prêcher ; on monte dans une chaire pour l'examiner. On monte en voiture pour partir ; on monte dans une voiture pour y examiner quelque chose.

HISTORIQUE

XIe s. Conseil d'orguil n'est dreiz que à plus munt, Ch. de Rol. X. Cil sont muntez [à cheval], qui le message firent, ib. VII. En som [au sommet de] la tour muntée est Bramimonde, ib. CCLXVI.

XIIe s. Après ces moz [il] a son cheval monté, Ronc. 56. Lors est montez li rois sor un cheval, ib. 135. Tost les degrés de marbre est montez au donjon, Sax. XI. De grant outrage faire nuls hom ne monteplie ; Ainz [mais] se monte et essauce qui son cuer umelie, ib. XXXII. Car li reis est vers mei munté en si grant ire…, Th. le mart. 36. Ultre mesure [il] en est orguilluz e muntez, ib. 74. Or [que] me lait [laisse] Diex en tel honor monter, Couci, VI.

XIIIe s. [Ils] Orent Berte montée sur un palefroy bai, Berte, VII. Ha Diex ! je cuidoie estre montée en si haut pris, ib. XX. Il est propre nature des aigues [eaux], que eles montent tout comme eles avalent, Latini, Trésor, p. 115. Et atendirent tant que li vens devers els monta mout durement, Villehardouin, XCV. Lignages se pot diviser en quatre parties : la premiere partie en montant si comme mes pere et mere…, Beaumanoir, XIX, 2. Et tant monterent les paroles que li hons de poesté dona au forestier une bafe [soufflet], Beaumanoir, XXX, 89. Or avint ainsi que tout li meuble que l'en apporta à l'ostel du legat ne monterent que à six mille livres, Joinville, 216. Vile orde garce, à vous que monte, Dist-ele, de moi contrester ? la Rose, 20922. Car de nule riens ge n'ai honte, Se tele n'est qu'à pechié monte, ib. 6984. Et quant aucuns à honor monte Par son sens ou par sa proesce, ib. 248. Ains vous dirai que tout ce monte [ce que tout cela signifie], Ainçois que je fine mon conte, ib. 985. Sire Ysengrin, de vostre honte, Por le cuer bieu, à moi que monte ? Ren. 20412. Le vin est montez en la teste à Primaut, tant en a beü, ib. 3196. Le dit bailliage qui est de vostre droit et à vous monte d'avoir et tenir, Ass. de Jérus. Préface.

XIVe s. Cyrurgie est exposée et deffenie de diverses gens selonc ce qui leur monste es testes ou selonc divers regars, H. de Mondeville, f° 34.

XVe s. Si vint tout à pied messire Hervé jusques à Abbeville ; là se monterent ; mais le dit messire Hervé estoit si travaillé qu'il ne pouvoit souffrir le chevaucher, Froissart, I, I, 214. Si monterent ledit roi et ses gens au port de Douvres et vinrent sur une avesprée à Calais, Froissart, I, I, 327. Et estoit toujours bien monté de bons coursiers, de doubles roncins et de gros palefrois, Froissart, I, I, 324. À toi qu'en monte, si je lui blasme ses folies ?… - à moi qu'en monte ? dit l'archer ; il en monte assez ; car il est compaing à mon maistre, Froissart, II, II, 235. Quarante des mieux courants et plus experts de leur ost, et les mieux montés, Monstrelet, II, 19. Tant lui fus gracieux Que s'elle eust dit : donne-moy de la lune, J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieux, Villon, Ballade. Gadifer n'avoit par tout son corps ne sur ses membres piece entiere, mais estoit tout son corps deshaché d'espée, ensorte que la plus grant piece ne montoit la paulme [n'était aussi grande que la paume de la main], Perceforest, t. V, f° 12.

XVIe s. La doreure seulement monta à plus de sept millions deux cent mille escus, Amyot, Publ. 29. Il n'y avoit ny aucuns passans, ny batteaux montans ou avallans, Amyot, ib. 35. Des rochers fort aspres à monter, Amyot, Cam. 44. Cela le faisoit encore plus arrogamment monter en gloire et en presumptueuse opinion de soy mesme, Amyot, Fab. 13. Du commencement il ne feit que se rire de leurs remonstrances ; mais puis après il monta en cholere, et se courrouça à bon esciant à eux, Amyot, Timol. 6. Monter un chameau, Montaigne, I, 366. La vertu qui sera montée à tel poinct, que de non seulement mespriser la douleur…, Montaigne, II, 118. Le mur est soubdain monté et clos, Montaigne, III, 130. Montant le prix de la place, nous montons le prix et le desir de la conqueste, Montaigne, III, 50. Il semblera peut-estre que ceste foule [taxe] soit petite ; mais je pense qu'elle se monte plus de douze cent mille livres par an, Lanoue, 105. Et afin que ces nobles et anoblis eussent moyen de se monter et entretenir, Lanoue, 226. La mer montoit et remplissoit le canal, D'Aubigné, Hist. II, 298. Ung coche doublé de velours cramoisy, et monté de quatre grandes cavalles de Turquie, Carloix, VIII, 28. Plusieurs plantes se perdent par hastiveté, s'en montans trop tost en tige pour faire graine, De Serres, 509. Monter au grenier sans chandelle, Cotgrave Qui plus haut monte qu'il ne doit, de plus haut chet [tombe] qu'il ne voudroit, Cotgrave Il faudra… que je monte, par maniere de dire, les bestes brutes en chaire, pour vous enseigner votre nature et condition, La Boétie, Servit. volont.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MONTER.
22Ajoutez :

Terme de turf. Un cheval monte, quand, perdant quelqu'une de ses qualités, la proportion dans laquelle on pariait contre lui augmente. Si un cheval valait 7 contre 1, et qu'on le cote 8 ou 9 contre 1, il monte en même temps que sa valeur baisse.

REMARQUE

Ajoutez :

4. Il avait froid ; il a monté se chauffer chez son directeur ; manière populaire de parler.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Monter : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

MONTER, (Gram.) ce verbe a un grand nombre d’acceptions, il est tantôt actif, tantôt neutre. On dit monter à cheval ; la mer monte ; monter une pendule ; cet instrument est monté trop haut ; ce mur monte au-dessus du voisin ; monter la garde ; monter un vaisseau ; monter en graine ; monter en couleur ; monter une machine ; la somme de ces nombres monte haut ; les astres montent sur l’horison ; il est monté sur le théâtre ; le luxe est monté à un haut excès ; la voix de l’innocence est montée au ciel ; il est monté de cette classe à une autre avec distinction ; le blé monte, &c. d’où l’on voit que dans presque toutes ces acceptions il exprime ou simplement ou figurément l’action de passer d’une situation à une plus élevée. Voyez les articles suivans.

Monter, dans le Commerce, signifie augmenter de prix, devenir plus cher : en ce sens on dit, le blé monte beaucoup ; on n’a jamais vû le vin monter si haut en si peu de tems.

On se sert aussi de ce terme pour exprimer les encheres considérables qui se mettent sur une chose qu’on vend au plus offrant : cette tapisserie a beaucoup monté. Diction. de Comm.

Monter, en terme de Compte, signifie ce à quoi peut aller le produit de plusieurs sommes particulieres réunies ensemble pour n’en faire qu’un total : ces quatre articles montent à deux mille huit cens trente livres. Id. ibid.

Monter la tranchée, (Art militaire.) c’est dans l’attaque des places entrer de service à la tranchée pour la garantir ou la défendre. Voyez Tranchée.

Monter la garde, la tranchée, à la breche, &c. signifie être de service, être de garde dans les tranchées, aller à la breche. Voyez Garde & Tranchée.

Monter un canon, un mortier, &c. c’est le mettre sur son affut ou en élever la bouche. Voyez Canon, Mortier. Chambers.

Monter au vent, (Marine.) c’est louvoyer pour prendre l’avantage du vent.

Monter le gouvernail, c’est attacher le gouvernail à l’étambord par le moyen des roses & des vitres : on fait le contraire quand on le démonte.

Monter, v. n. in Musique, vocem intendere, c’est faire succéder les sons du grave à l’aigu, ou du bas en haut : cela se présente à l’œil par notre maniere de noter. Voyez Clé, Lignes, Portée

Monter, en terme de Bijoutier, c’est proprement l’action d’assembler & de souder toutes les pieces qui entrent dans la composition d’un ouvrage. On commence, dans une tabatiere, par exemple, par la batte : l’on dresse d’abord deux pans, voyez Dresser, que l’on a eu soin de laisser plus grands pour avoir de quoi limer ; on les lie ensemble avec du fil de fer ; on les mouille avec de l’eau & un pinceau ; on met les paillons, voyez Paillons, & l’on soude à la lampe avec un chalumeau, voyez Lampe & Chalumeau. On fait la même chose pour toutes les parties d’une tabatiere les unes après les autres, c’est-à-dire que si la boîte est à huit angles de huit morceaux, on n’en fait plus que quatre, de quatre deux, & de deux le contour entier de là boîté.

Monter, en Boisselerie, c’est couvrir l’ouvrage, comme un soufflet, de la couleur qu’il plaît à l’ouvrier de choisir.

Monter, (Coutellerie.) c’est assembler les parties d’un ouvrage, c’est quelquefois emmancher, comme aux couteaux de table, & autres instrumens semblables, c’est ajuster la lame, le ressort & les côtes, & les fixer solidement aux couteaux de poche ; le monter en général est une opération qui se fait lorsque toutes les pieces sont prêtes, & ce n’est pas une des plus aisées ; c’est en vain qu’un ouvrier aura bien forgé, bien limé, bien émoulu, & bien poli toutes les pieces ; inutilement il leur aura donné une belle proportion, s’il leur ôte la grace, ou s’il gâte le tout par un mauvais assemblage.

Monter, en terme de Layetier, c’est assembler toutes les parties d’une piece, & en faire le tout que l’ouvrier s’étoit proposé.

Monter à cheval, l’art de, (Arts modernes.) Voyez Cheval, Équitation, Manege

C’est assez de dire ici que Benjamin de Hanniquez introduisit le premier à la cour de France, sur la fin du xvj. siecle, les rudimens de l’art de monter à cheval.

Le sieur Pluvinel, gentilhomme du Dauphiné, ouvrit ensuite à la noblesse du royaume des leçons de cet art, qu’il avoit apprises lui-même à Naples, sous J. B. Pignatelli. A son retour Henri de France, duc d’Anjou, le fit son premier écuyer ; ensuite Henri IV. lui donna la direction de sa grande écurie : après la mort de ce prince il mit à cheval Louis XIII. & mourut à Paris en 1620, ayant donné au public son livre de l’art du Manege.

Soleisel (Jacques de), gentilhomme du Forès, né dans une de ses terres en 1617, suivit l’inclination qu’il avoit pour le manege, & en montra les exercices avec un grand succès : c’est lui qui est l’auteur du parfait Maréchal, livre original de son tems, & qui brilloit encore sous Louis XIV. Il z aussi augmenté le beau livre du manege de M. le duc de Nevcastle, dont il adopta la méthode : il mourut en 1680, âgé de 65 ans. (D. J.)

Monter à cheval, Monter un cheval, (Gram.) quand on va d’un lieu à l’autre, ou que l’on s’exerce dans un même lieu, sans avoir égard à la qualité du cheval : on dit monter à cheval ; je montai hier à cheval avant le jour ; il monte tous les matins à cheval ; les médecins lui ont ordonné de monter à cheval pour sa santé. Quand on a égard à la qualité du cheval, & qu’on parle d’un cheval, ou de plusieurs chevaux particuliers, on dit monter un cheval ; je n’ai jamais monté de cheval plus rude ; les Académistes de la Guériniere montent d’excellens chevaux ; je montai hier un cheval d’Espagne admirable. (D. J.)

Monter sur cire, opération de metteur-en-œuvre, qui consiste à assembler toutes les pieces d’un ouvrage quelconque, & à les ranger sur la cire, selon l’élévation & l’inclination qu’elles doivent avoir toutes montées. Il y a fort peu d’ouvrages de metteur-en-œuvre qui ne soit composé d’un nombre considerable de parties séparées, quelquefois même de métaux differens, tels que les aigrettes, les nœuds, les colliers, &c. dans lesquels souvent il y a des pierres de couleurs entremêlées, & à qui il faut des sertissures d’or. L’ouvrier prépare séparément tous les morceaux de son ouvrage, conformément à son dessein, & lorsque tous les chatons & ornemens sont disposés, il prend une plaque de tôle, sur laquelle il y a un bloc de cire ; on donne à cette cire avec l’ébauchoir la forme en relief du dessein ; sur ce bloc ramolli l’ouvrier pose toutes ses pieces, chatons, ornemens, &c. chacune dans l’ordre que lui est assigné ; il donne à chacune d’elles l’élévation ou l’inclinaison qu’elle doit avoir en les enfonçant plus ou moins dans la cire ; & de cette opération dépend le goût & la grace d’un ouvrage, parce qu’il ne sort plus de-là que pour être mis en terre, voyez Mettre en terre, pour être arrêté par la soudure ; & que toutes ces pieces une fois soudées, il n’est pas possible d’en changer le mouvement.

Monter, en terme d’Orfevre, on dit monter un ouvrage, quand on assemble & qu’on joint toutes les pieces par le moyen de la soudure. Voyez Soudure.

Monter une perruque, terme de Perruquier, qui signifie coudre avec une aiguille les tresses de cheveux sur la coëffe ou rézeau, pour en faire une perruque.

Pour monter une perruque, l’ouvrier commence par assujettir sur une tête de bois un ruban qui doit faire le bord de la perruque, ensuite il ajuste sur cette tête un rézeau qu’il coud sur le ruban, après quoi il applique un autre ruban par-dessus la coëffe ou rézeau depuis le front jusqu’à la nuque du cou ; cela fait, il commence à coudre les tresses de cheveux sur la coëffe, en commençant par les bords, & continuant ainsi tout-au-tour à placer les autres rangs les uns après les autres, jusqu’à ce que la coëffe soit entierement couverte de tresses. Voyez l’article Perruquier.

Monter, en terme de Planeur, se prend pour l’action de recommencer à planer une piece enfoncée ; les coups de marteau sont moins sensibles dans cette seconde opération, & la piece par-là plus facile à finir.

Monter le métier, (Rubanier.) c’est le garnir généralement de tout ce qui lui est nécessaire, mais plus particulierement y passer le patron ; ainsi on dit monter ou démonter le métier, lorsque l’on passe ou dépasse le patron.

Monter, en terme de Raffinerie, n’est autre chose que de porter de main en main par les tracas de l’empli dans les greniers les formes que l’on a emplies. On ne monte ordinairement que le soir du même jour de l’empli, ou le lendemain matin. Voyez Empli & Tracas.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « monter »

Étymologie de monter - Littré

Mont ; provenç. montar ; catal. muntar ; espagn. et ital. montar.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de monter - Wiktionnaire

(Siècle à préciser) Du bas latin montare (« monter », au sens de « mettre en hauteur »), dérivé de mons, montis (« montagne, mont »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « monter »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
monter mɔ̃te play_arrow

Conjugaison du verbe « monter »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe monter

Citations contenant le mot « monter »

  • Avec le réchauffement en cours, une imposante étendue de glaces préoccupe particulièrement les climatologues : l'inlandsis de l'Antarctique est. Il pourrait faire monter le niveau mondial des océans de 4 mètres s'il venait à fondre entièrement, d'après l'analyse de son passé. Science-et-vie.com, La fonte des glaces de l'Antarctique oriental pourrait faire monter la mer de 4 mètres - Science & Vie
  • À Venise, le poids des touristes est un paramètre de logistique important, notamment pour les gondoliers qui doivent les promener à la force de leur bras. De plus en plus lourds, les vacanciers ne pourront désormais plus monter à six dans les embarcations mais à cinq. SudOuest.fr, Gondole à Venise : trop lourds, les touristes devront monter moins nombreux
  • Lorsque le baobab s'écroule, la chèvre peut y monter pour brouter quelques feuilles. De Massa Makan Diabaté / Le Coiffeur de Kouta
  • Si vous n'aimez pas les cercueils, on vous fera monter de la bière. De Pierre Dac / Signé Furax : le boudin sacré
  • C’est plus beau d’essayer de monter que d’être en haut. De Robert Walser
  • Le singe n’est jamais trop vieux pour monter à l’arbre. De Proverbe bamiléké
  • Un jour suffit pour faire monter ou descendre toutes les fortunes humaines. De Sophocle / Ajax
  • Le difficile n’est pas de monter, mais en montant de rester soi. De Jules Michelet / Le Peuple
  • On ne détourne pas un avion sans monter dedans. De Frédéric Beigbeder / 99 francs
  • Vous ne pouvez obliger les soufflés à monter deux fois. De Alice Roosevelt Longworth
  • La vanité fleurit, mais sans monter en graine. De Proverbe espagnol
  • Suicide : monter au ciel par une corde de pendu. De Jules Renard
  • Rien n'oblige davantage à monter que la volonté de faire monter les autres. De Pie XII

Images d'illustration du mot « monter »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « monter »

Langue Traduction
Corse ascendite
Basque ascender
Japonais 昇る
Russe восходить
Portugais subir
Arabe يصعد
Chinois 上升
Allemand aufsteigen
Italien salire
Espagnol subir
Anglais ascend
Source : Google Translate API

Synonymes de « monter »

Source : synonymes de monter sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « monter »



mots du mois

Mots similaires