Élever : définition de élever


Élever : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ÉLEVER1, verbe trans.

I.− [La notion dominante est celle d'une hauteur bien en vue ou d'un accroissement de valeur] Faire monter quelque chose, ou plus rarement quelqu'un, d'un niveau à un autre situé plus haut, de manière qu'elle soit bien ou mieux en vue ou qu'elle acquière une valeur supérieure.
A.− [La montée est physique]
1. [Le point de départ exclut l'idée de degré ou ne se situe pas déjà à une certaine hauteur]
a) [Avec une idée de mouvement] Mettre, porter vers le haut. Élever les mains, la tête, les yeux. Il éleva sa bougie pour vérifier la pancarte (Huymans, Oblat,t. 1, 1903, p. 240).Les roues ruisselantes qui tournent, (...) au fil du fleuve pour en élever l'eau bienfaisante (Barrès, Jard. Oronte,1922, p. 1):
1. Heureux cet homme [Siméon] qui prit l'enfant Jésus dans ses bras, qui l'éleva dans ses deux mains, le petit enfant Jésus, comme on prend, comme on élève un enfant ordinaire... Péguy, Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc,1910, p. 44.
[Souvent avec un compl. de direction ou de but indiquant jusqu'où, vers quoi un objet est élevé] Cette noble crapule élevait les bras vers le ciel (Courteline, Train 8 h 47,1888, 1repart., 7, p. 87).[Il] éleva le bougeoir au-dessus de sa tête (Bernanos, Imposture,1927, p. 518):
2. ... et quand le wagon s'arrêta, elles [mes amies] me poussèrent, elles me hissèrent sans trop pleurer, comme si elles m'élevaient simplement à la hauteur où la vitesse de la terre n'emporte plus ... Giraudoux, Suzanne et le Pacifique,1921, p. 25.
Emploi pronom. réfl. S'élever en l'air, dans les airs. Les goëlands s'élèvent à perte de vue (Nodier, J. Sbogar,1818, p. 114).Grimper par ruse au lieu de s'élever par force (E. Rostand, Cyrano,1898, II, 8, p. 92).
MAR., loc. verbales. [Le suj. désigne une embarcation] S'élever à la lame. Céder facilement à l'action de la lame qui soulève le navire. Il [le Pourquoi-Pas?] s'élève admirablement à la lame (J.-B. Charcot, «Pourquoi-Pas?» 1910, p. 363).S'élever en latitude, en longitude. S'écarter de l'équateur, du premier méridien. La première [frégate] s'élèvera jusqu'au parallèle intermédiaire entre 16 et 17 degrés (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 17).S'élever au/ dans le vent. Avancer dans la direction d'où souffle le vent. Notre beau navire (...) se mit (...) à tirer des bordées pour s'élever dans le vent (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 174).
En partic. [L'objet désigne une construction] Faire monter à partir du sol. Élever un autel, un échafaud, une statue, un temple; élever autel contre autel*. Synon. bâtir, construire, dresser, ériger.Élever une belle petite maison chaude et solide (Hémon, M. Chapdelaine,1916, p. 189).Les habitants d'Oberkalbach ont promis d'élever un monument sur la tombe de notre camarade (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 196).
Emploi pronom. à sens passif. Maintenant, les murs s'élevaient au premier étage (Zola, Bonh. dames,1883, p. 596).Sur la table, les fruits se dressaient en pyramides, et les gâteaux s'élevaient en monuments (Maupass., Pierre et Jean,1888, p. 398).
GÉOM. Élever une perpendiculaire. La tracer, à partir d'un point donné, perpendiculairement à une droite ou à un plan. Le parallélisme supposé de toutes les perpendiculaires élevées de la surface terrestre (Proudhon, Propriété?1840, p. 138).
Rem. Quand la notion d'aspect progressif-perfectif de « bien en vue » est absente, le verbe est p. ex. lever (Lever les bras/élever les bras) ou construire (élever une statue/construire une cabane). Quand il s'agit d'objets à soulever, ,,élever suppose plus d'efforts et une opération plus difficile [que lever]`` (Laf. 1878).
b) Littér. [Le mouvement est fictif]
Dresser à partir du sol :
3. Par les temps clairs et tempérés, nous poussions jusqu'au Jardin des plantes ou jusqu'au Trocadéro qui élevait alors, au bord de la Seine, dans la solitude, sa colline verte et fleurie. France, Le Petit Pierre,1918, p. 101.
Souvent en emploi pronom. [Souvent suivi d'un compl. de direction ou de but indiquant jusqu'où, vers quoi l'objet s'élève] Se dresser de toute sa hauteur. Le mont Hymète s'élevoit à l'orient comme revêtu d'une robe d'or (Chateaubr., Martyrs,t. 2, 1810, p. 221).D'énormes rochers arides et perlés qui s'élevaient jusqu'aux nues (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 151).Du milieu de ces rocailles s'élevait un pin noir et tors (Claudel, Connaiss. Est,1907, p. 35).
P. anal. [Le suj. désigne un végétal ou un inanimé concr.] Tenir à une certaine hauteur. Cyprès qui élèvent leurs têtes pyramidales au-dessus des portiques de la mosquée El-Aksa (Lamart., Voy. Orient,t. 1, 1835, p. 454).Les cyprès élèveront leurs branches entre ces falots agrandis (Lhote, Peint. d'abord,1942, p. 135).
Emploi pronom. à sens passif. L'ombrelle rouge de la femme s'élevait dans les feuillages avec un mouvement altier (Chardonne, Épithal.,1921, p. 253).
2. [Le point de départ est déjà situé à une certaine hauteur ou sur un objet comportant des degrés; le verbe est gén. suivi d'un compl. de mesure indiquant de combien de degrés est monté l'objet] Faire monter plus haut. Synon. exhausser, surélever.La tour carrée qu'il a fallu élever d'un étage au-dessus du toit de la maison (Lamart., Tailleur pierre,1851, p. 392).Il faudrait élever la barricade de cinquante centimètres (Malraux, Espoir,1937, p. 537).
B.− Au fig. [La montée concerne des valeurs]
1. [Valeurs physiques ou financières, correspondant à des réalités comptables, mesurables; le point de départ est déjà situé à une certaine hauteur] Augmenter. Élever le prix, le taux, la température. Je ne puis pourtant élever les salaires, sans faire faillite (Zola, Terre,1887, p. 369).On a élevé le prix du pain et, demain sans doute, on sera forcé de l'augmenter encore (Coppée, Bonne souffr.,1898, p. 40).Le produit transféré permet à l'emprunteur d'élever son produit réel global (Perroux, Écon. XXes.,1964, p. 381).
[Avec un compl. prép. de mesure indiquant à combien est élevé l'objet] On avait élevé ses appointements à neuf mille francs (Zola, Bonh. dames,1883, p. 655).L'Allemagne élevait le même budget de 85 à 137 millions (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. 166).
ALG. Élever un nombre à la seconde, à la troisième puissance. ,,Le carrer, le cuber`` (Ac. 1835-1932). Élever un nombre au carré.
P. métaph. Il [Mallarmé] a essayé, pensai-je, d'élever enfin une page à la puissance du ciel étoilé (Valéry, Variété II,1929, p. 181).J'ai élevé la géométrie et l'algèbre à une puissance inconnue, inespérée (Arnoux, Seigneur,1955, p. 113).
2. [Valeurs mor.; le point de départ exclut l'idée de degré ou ne se situe pas déjà à une certaine hauteur]
a) Élaborer progressivement, mettre sur pied. Synon. bâtir, construire.Il [Lamennais] est fort tranquille à La Chênaie, élevant son grand ouvrage, l'immense pyramide sous laquelle il veut se coucher (M. de Guérin, Corresp.,1834, p. 174).La religion qui, dans l'enfance de l'humanité, a élevé l'édifice de la morale (Sorel, Réflex. violence,1908, p. 336).
b) [Avec une idée d'hostilité] Chaque seconde élevait un mur entre lui et moi (Vigny, Mém. inéd.,1863, p. 119).Élever une barrière infranchissable entre le monde des phénomènes (...) et celui des choses en soi (Bergson, Essai donn. imm.,1889, p. 180).
P. ext. Faire surgir, faire naître dans un esprit d'opposition. Élever des soupçons. Élever des difficultés relativement à des retards (Balzac, Corresp.,1840, p. 44).Il était impossible d'élever le moindre doute (Benoit, Atlant.,1919, p. 234).
3. [Valeurs mor.; l'obj. est déjà à un certain degré de valeur, de noblesse]
a) [Le suj. et l'obj. désignent une pers.]
[Gén. suivi d'un compl. prép. indiquant à quoi la pers. est élevée] Porter dans un haut rang, dans un rang supérieur. Élever sur le trône, aux charges, aux honneurs, au plus haut rang. Tout le rêve de la démocratie est d'élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois (Flaub., Corresp.,1871, p. 287).Nous mettrons Eugénie à la porte, à moins que nous ne l'élevions à la dignité d'intendante générale de la maison (Miomandre, Écrit sur eau,1908, p. 83).
Emploi pronom. Je n'aurais pas désiré m'élever au rang de profès (Huysmans, Oblat,t. 2, 1903, p. 265).[Ils] avaient mis cent ans à s'élever au trône (Bainville, Hist. Fr.,t. 1, 1924, p. 51).V. ambition ex 2.
Attribuer la supériorité, l'avantage sur les autres. Élever quelqu'un au-dessus des autres (Ac.1798-1932).
P. exagér. Élever qqn aux nues. En faire un éloge excessif. Emploi pronom. Un danseur qui, en Italie, s'était élevé jusqu'aux nues (Berlioz, Grotesques mus.,1869, p. 40).
P. métaph., emploi pronom. Se mettre au-dessus des autres par orgueil. Synon. s'enorgueillir :
4. ... je cessai de m'élever dans mon orgueil au-dessus de mes compagnons d'infortune, je m'humiliai devant Dieu et j'acceptai de lui l'abaissement où j'étais réduit en vivant parmi eux. Sand, Lélia,1839, p. 372.
Emploi pronom. réfl. Faire en sorte qu'on soit placé à un niveau social plus haut, plus important, dans une société hiérarchisée. M'élever au-dessus de ma condition princière et sortir du néant et du Gotha (Larbaud, Barnabooth,1913, p. 307).Il faut toujours à l'homme, pour s'élever parmi ses semblables, une petite chance supplémentaire (Druon, Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 112):
5. Je n'ai plus le courage de m'élever au-dessus de la classe médiocre ou infime dans laquelle je suis rangé par l'opinion des hommes avec qui je suis en rapport. J'ai dans la société comme dans les conseils un ton timide, un air humble qui tend à me ravaler de plus en plus. Maine de Biran, Journal,1818, p. 141.
b) [Le suj. désigne une pers.; l'obj. désigne un inanimé] Accorder une place bien en vue, une importance nouvelle à. Élever la boulangerie à la hauteur d'une institution nationale (Renard, Journal,1887, p. 7).Élever en quelque sorte la brique à la dignité de la pierre (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 162).Élever au rang d'idoles le rond de cuir du bureaucrate (Faure, Esprit formes,1927, p. 263).
Emploi pronom. à sens passif. Les tragédies en prose qui s'élèvent au-dessus du genre du drame (Staël, Allemagne,t. 3, 1810, p. 172).Le dessin ne peut s'élever au portrait (Alain, Beaux-Arts,1920, p. 292).
c) [Le suj. désigne une pers.; l'obj. désigne une faculté ou une attitude de cette pers.] Porter plus haut dans l'ordre intellectuel, moral ou spirituel. Le vin (...) élevait son âme au-dessus des élans de passion qu'il avait (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 242).Leconte de Lisle éleva le niveau de l'intelligence artistique (Barrès, Cahiers, t. 2, 1898-1902, p. 269):
6. Je veux que ceux qui suivent mon cours emportent, de leur bref contact avec moi, autre chose que quelques connaissances exactes; je fais le rêve d'élever leur niveau moral, d'exalter leurs personnalités, de marquer à jamais ces âmes qui s'offrent à l'empreinte : et vraiment je crois obtenir un résultat qui n'est pas indigne de tout mon effort. Martin du Gard, Jean Barois,1915, p. 263.
[Avec un compl. indiquant le but] Élever son cœur, son esprit, son âme à Dieu, vers Dieu. ,,Porter ses pensées, ses désirs vers Dieu`` (Ac. 1798-1932).
Emploi pronom. réfl. [Suivi d'un compl. prép. indiquant au-dessus de quoi, jusqu'où, vers quoi la pers. s'élève] Elle est incapable de s'élever jusqu'à comprendre Wilfrid (Gobineau, Pléiades,1874, p. 264).Ils s'élevèrent à des considérations sur l'origine du monde (Flaub., Bouvard,t. 1, 1880, p. 90).Voyons, il faudrait s'élever au-dessus de cela, tâcher de planer un peu, se débarrasser des contingences (Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1908, p. 325).
P. anal. [Le suj. désigne une forme d'expr.] Haydn lui paraissait [à Chenavard] avoir le style comique, le style de la comédie; il s'élève rarement jusqu'au pathétique (Delacroix, Journal,1854, p. 160).
Emploi pronom. à sens passif. Devenir moralement plus grand. Au lieu de s'élever par elle [la beauté], il [le voluptueux] jouit de la rabaisser aux amours lascives (Sainte-Beuve, Volupté,t. 1, 1834, p. 88).Par la foi l'homme veut s'élever et s'élève en effet (Alain, Beaux-arts,1920, p. 95).
d) [Le suj. désigne un inanimé abstr.; l'obj. désigne une pers. ou un aspect de cette pers.] Porter à des sentiments plus élevés. Élever l'esprit. Synon. ennoblir, fortifier.Nobles textes qui élèvent l'âme (Montherl., Malatesta,1946, IV, 9, p. 533).
Emploi pronom. J'ai senti mon âme s'élever au contact de la vôtre (Sand, Lélia,1839, p. 464).Il faut se rendre digne. Il faut s'élever! Il faut s'ennoblir (Dupanloup, Journal,1876, p. 97):
7. Les souffrances que lui cause [à l'amour] l'objet aimé le font grandir et s'élever tant qu'il peut s'élever et grandir encore, mais lorsque, émanant tous ses parfums, riche de fleurs, profond de racines et large d'ombrage, il est monté jusqu'à la hauteur où Dieu lui a permis d'atteindre... Flaubert, 1reÉducation sentimentale,1845, p. 202.
8. ... il n'y a rien au monde qui s'embellisse plus aisément qu'une âme. Il n'y a rien au monde qui s'élève plus naturellement et s'ennoblisse plus promptement. Maeterlinck, Le Trésor des humbles,1896, p. 251.
Rem. On rencontre ds la docum. élevant, ante en emploi adj. Qui élève. L'action élevante et illuminante du Christ (Teilhard de Ch., Milieu divin, 1955, p. 182).
C.− Emplois pronom. spécifiques
1. [La montée est celle de réalités sensibles]
a) [Avec une idée de mouvement; souvent accompagné d'un compl. avec prép. de marquant l'orig.] Monter. La flamme, la fumée s'élève. Une fine poussière s'élevait des planchers (Zola, Bonh. dames,1883, p. 631).Les vapeurs violettes de l'aube s'élevaient des rues silencieuses (Louÿs, Aphrodite,1896, p. 163):
9. Quand la nuit vient, sous le hangar, une buée embrasée commence à s'élever, un brouillard qui s'exhale des rangs des briques, filtre le long des murs, quelque chose de rouge qui danse au-dessus de la bouche du four comme la brume du soleil sur l'aire. Pesquidoux, Chez nous,1923, p. 200.
10. Les deux femmes, levées tôt, commençaient de préparer le petit repas du matin. L'odeur du pain rôti et du café s'élevait d'un étage à l'autre, passait sous les portes mal jointes et tourmentait les dormeurs. Duhamel, Chronique des Pasquier,Le Désert de Bièvres, 1937, p. 100.
[À propos d'un ciel découvert ou dans lequel les nuages sont hauts] Le temps s'élève. Le temps s'éclaircit, se met au beau. Synon. le temps se dégage, se lève.Le temps s'élevait un peu. On eût dit que le soleil allait se montrer (Alain-Fournier, Meaulnes,1913, p. 197).
b) [Le mouvement est fictif] Commencer à se manifester. Un bruit, un chant, une clameur s'élève; s'élever brusquement, confusément. Synon. naître, surgir, survenir.Le soir, un fort coup de vent s'éleva (Lamart., Voy. Orient,t. 1, 1835, p. 67).Le rire d'Aristide s'éleva de nouveau (Duranty, Malh. H. Gérard,1860, p. 79).
Au fig. Une colère, une protestation s'élève. Une effroyable jalousie s'élevoit dans son cœur (Balzac, Annette,t. 2, 1824, p. 66).Des murmures désapprobateurs s'élevèrent contre l'oblat (Barrès, Colline insp.,1913, p. 178).Aucune menace ne s'élevait plus contre mon bonheur (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 581).
[Avec un suj. apparent] Il s'élève une discussion, une dispute. Il s'élevait en lui violemment, mille imaginations, mille désirs (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 145).Il s'élevait des controverses sans fin (Rolland, J. Chr., Adolesc., 1905, p. 233).
2. P. anal. [La montée est celle d'un prix, d'une quantité comptable ou non; gén. suivi d'un compl. prép. indiquant à combien s'élève la chose] Atteindre une certaine somme, un certain chiffre. Synon. se monter à.Les profits (...) s'élevèrent à 60 millions (Say, Écon. pol.,1832, p. 510).Autrefois, à la bibliothèque nationale, les demandes de livres, qui ne s'élevaient pas au delà de deux à trois cents, étaient montées depuis dix ans à dix-sept cents (Goncourt, Journal,1893, p. 400).La température s'élevait brusquement à 39,5 degrés (Martin du G., Thib.,Épil., 1940, p. 887).Les pertes s'élevèrent à plus de 3 000 tués, blessés, disparus (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 45).
II.− [La notion dominante est celle d'une progression en intensité, de manière que ce qui monte soit bien ou mieux perçu]
A.− [Intensité physique; le suj. désigne une pers., l'obj. désigne son expr. orale]
1. Élever le ton, la voix
a) Prendre la parole. Un des interprètes éleva la voix et dit : « Où est le soleil? » (Chateaubr., Natchez,1826, p. 109).
b) Parler plus haut, plus fort. MmePaloque perdit toute mesure; elle éleva le ton, elle cria (Zola, Conquête Plassans,1874, p. 1078).Avec le plus grand calme, sans élever ni baisser la voix (Bernanos, Joie,1929, p. 540).Il fit une pause, puis reprit, sans élever le ton (Martin du G., Thib.,Mort père, 1929, p. 1259).
c) MUS. Élever le ton d'un morceau. ,,Transposer un morceau pour qu'il soit exécuté sur un ton plus haut que celui dans lequel il a été composé`` (Ac. 1835-1932).
2. Emploi pronom. Prendre de l'ampleur, faire plus de bruit. Quelques rires éclatèrent, le murmure augmenta, les voix s'élevèrent (Balzac, Peau chagr.,1831, p. 68).
B.− Au fig. [Intensité morale]
1.
a) Élever le ton, la voix. Parler avec suffisance ou autorité. Il ne vous convient pas d'élever ici la voix (Ac.1835-1932).
Emploi pronom. Même sens. Il enfle le ton, veut s'élever (Barrès, Cahiers,t. 5, 1906-07, p. 33).
b) Élever une protestation, la voix contre, pour, en faveur de qqn ou de qqc. Prendre hautement parti pour ou contre. Loin de moi la pensée d'élever la voix sur des points qui échappent à ma compétence (Gide, Voy. Congo,1927, p. 744).
Emploi pronom. S'élever pour, contre
[Le suj. désigne une pers.] Même sens. Les victimes dont la voix s'élevait contre toi (Sand, Lélia,1833, p. 294).Le procureur s'est élevé avec violence contre cette question (Camus, Étranger,1942, p. 1187).
[Le suj. désigne un inanimé abstr.] Porter témoignage pour, contre. Les preuves qui s'élèvent contre l'accusé (Ac.1835-1932).
2. Élever son cri, sa plainte, sa prière vers. Faire monter vers. Élever au Seigneur une courte prière d'actions de grâces (Mérimée, Jacquerie,1828, p. 21).
Emploi pronom. Mes cris t'éveilleront, et mon humble prière s'élèvera vers toi, comme l'encens du soir (Lamart., Médit.,1820, p. 201).
3. Élever le niveau, le ton d'un débat, d'une discussion. Leur donner plus de dignité, leur donner un tour plus noble. Une manière d'élever le débat à la fin de ses discours (Camus, Homme rév.,1951, p. 222).
Prononc. et Orth. : [elve], (j')élève [elε:v], ou bien, avec harmonie vocalique, [elve] et [εlε:v], ou bien, d'apr. la syllabation manifeste, [εlve] (et, indifféremment, [elε:v] ou [εlε:v]). Dans [elve] et [εlve] les 2 principes s'appliquent l'un aux dépens de l'autre, au profit de l'harmonie dans le premier, de la syllabation dans le second. Cette situation est compatible avec la discussion ds Buben 1935, § 14, qui admet, en ce qui concerne le rôle de la syllabation, l'hésitation (cas gén.; dans le cas partic. de élever il prononce [elve], sans qu'on puisse considérer qu'il donne le pas à l'harmonisation vocalique). Grammont Prononc. 1958, p. 41, en revanche, n'envisage pas d'exception à la règle d'harmonisation (voir les formes [εlve] et [elε:v] contraires à la règle). [elve], forme « lente », proche de [eləve], p. oppos. à [εlve], forme « rapide », éloignée de [eləve], répond par là-même à un style plus soutenu. Enq. : /elev/ (il) élève. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Cf. élever2. Bbg. Gottsch. Redens. 1930, p. 2, 9, 313, 348.

ÉLEVER2, verbe trans.

Assurer à un être vivant un développement continu, depuis sa naissance ou à partir d'un moment relativement proche de sa naissance, jusqu'à un certain degré d'accomplissement.
A.− [L'obj. désigne un être humain]
1. [L'obj. désigne en partic. l'enfant envisagé du point de vue biol., l'enfant en bas âge; le subst. corresp. est soins (donnés)] Donner à un enfant les soins nécessaires à son développement physique. Élever à la brochette*. Deux enfants, des fœtus venus avant terme, que l'on élevait sous de la ouate (Zola, Œuvre,1886, p. 279):
1. Tu étais si petit, à ta naissance, que le chirurgien croyait que tu ne vivrais pas. Mais je savais bien que Dieu me ferait la grâce de te conserver. Je t'élevai de mon mieux, ne ménageant ni les soins ni la dépense. France, Les Dieux ont soif,1912, p. 22.
2. Semer le blé, cuire le pain, presser le vin, faire des enfants, les élever, travailler pour nourrir sa famille, voilà qui n'est pas du jeu, qui est vrai, qui donne un sens à la vie... Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 157.
Emploi pronom. à sens passif. Des enfants drus, de la belle graine de solognots, qui s'élevaient sans maladies (Genevoix, Raboliot,1925, p. 228).
2. [L'obj. désigne un enfant d'âge plus avancé ou un adolescent; le subst. corresp. est éducation] Former et développer un être jeune du point de vue moral et spirituel en vue de son existence personnelle et sociale d'adulte. Être élevé dans un collège, un couvent, par/chez les jésuites. Synon. éduquer.Élever tes enfants dans la religion catholique (Renard, Journal,1902, p. 777).Il avait été élevé dans le culte de la liberté (Rolland, J. Chr.,Buisson ard., 1911, p. 1286):
3. − La comtesse mène une vie héroïque, lui dis-je [à Gobseck]. Elle s'est consacrée à l'éducation de ses enfants qu'elle a parfaitement élevés. Balzac, Gobseck,1830, p. 436.
Rem. On rencontre ds la docum. élevable, adj. Susceptible d'être élevé. Cette femme, on espère bien l'élever, la faire à soi et pour soi, mais, il se trouve souvent qu'avec un heureux instinct et de la docilité, elle n'est point élevable. Ces éducations tardives qu'on essaie de donner aux fortes races du peuple, moins malléables et plus dures, ont rarement prise sur elles (Michelet, Peuple, 1846, p. 286).
B.− [L'obj. désigne un animal; le subst. corresp. est élevage] S'occuper de la reproduction, du développement et de l'entretien des animaux domestiques. Élever du bétail, des oiseaux, des poules. Il [Lambert] entreprit d'élever des vers à soie (Stendhal, H. Brulard,t. 1, 1836, p. 168).Florentin faisait pousser des dahlias et élevait des pintades (Alain-Fournier, Meaulnes,1913, p. 225).
P. anal., vieilli. [L'obj. désigne une plante, un arbre] S'occuper de la reproduction, du développement et de l'entretien d'une plante ou d'un arbre. Élever un petit rosier du Bengale (Stendhal, Amour,1822, p. 206).Les aubergines, les navets, et du cresson de fontaine, qu'il avait voulu élever dans un baquet (Flaub., Bouvard,t. 1, 1880, p. 31).
Rem. 1. Bien que sous élever2se cache l'image de faire grandir, donc d'un mouvement dans le sens de la hauteur, cette image est trop peu directement perceptible pour que ses emplois se laissent grouper sous élever1. 2. Dans les 2 emplois A et B supra, le degré d'accomplissement peut être suggéré soit par l'âge inhérent au sens du mot objet (élever un enfant, un adolescent; élever des veaux, des vaches laitières) soit par un compl. circ. de temps. J'ai été élevée jusqu'à l'âge de sept ans chez ma grand'mère (Duras, Édouard, 1825, p. 135).
Prononc. et Orth. : Cf. élever1. Étymol. et Hist. 1. 1remoitié xiies. « porter plus haut » [elevata est magnificentia tua super caelos] (Psautier Oxford, éd. Fr. Michel, VIII, 2); 2. id. esleverent li flum lur voiz [elevaverunt vocem suam] (Id., ibid., xcii, 4); 3. ca 1170 (Rois, éd. E. R. Curtius, p. 6, I, I, 7 : le humble eslieve); 4. fin xiiies. « amener un enfant à son plein développement » (A. de La Halle, Roi de Sicile, éd. E. de Coussemaker, p. 285, 95). Dér. de lever*; préf. é-*.
STAT. − Élever1 et 2. Fréq. abs. littér. : 11 872. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 24 149, b) 15 797; xxes. : a) 14 559, b) 12 664.

Élever : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ÉLEVER1, verbe trans.

I.− [La notion dominante est celle d'une hauteur bien en vue ou d'un accroissement de valeur] Faire monter quelque chose, ou plus rarement quelqu'un, d'un niveau à un autre situé plus haut, de manière qu'elle soit bien ou mieux en vue ou qu'elle acquière une valeur supérieure.
A.− [La montée est physique]
1. [Le point de départ exclut l'idée de degré ou ne se situe pas déjà à une certaine hauteur]
a) [Avec une idée de mouvement] Mettre, porter vers le haut. Élever les mains, la tête, les yeux. Il éleva sa bougie pour vérifier la pancarte (Huymans, Oblat,t. 1, 1903, p. 240).Les roues ruisselantes qui tournent, (...) au fil du fleuve pour en élever l'eau bienfaisante (Barrès, Jard. Oronte,1922, p. 1):
1. Heureux cet homme [Siméon] qui prit l'enfant Jésus dans ses bras, qui l'éleva dans ses deux mains, le petit enfant Jésus, comme on prend, comme on élève un enfant ordinaire... Péguy, Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc,1910, p. 44.
[Souvent avec un compl. de direction ou de but indiquant jusqu'où, vers quoi un objet est élevé] Cette noble crapule élevait les bras vers le ciel (Courteline, Train 8 h 47,1888, 1repart., 7, p. 87).[Il] éleva le bougeoir au-dessus de sa tête (Bernanos, Imposture,1927, p. 518):
2. ... et quand le wagon s'arrêta, elles [mes amies] me poussèrent, elles me hissèrent sans trop pleurer, comme si elles m'élevaient simplement à la hauteur où la vitesse de la terre n'emporte plus ... Giraudoux, Suzanne et le Pacifique,1921, p. 25.
Emploi pronom. réfl. S'élever en l'air, dans les airs. Les goëlands s'élèvent à perte de vue (Nodier, J. Sbogar,1818, p. 114).Grimper par ruse au lieu de s'élever par force (E. Rostand, Cyrano,1898, II, 8, p. 92).
MAR., loc. verbales. [Le suj. désigne une embarcation] S'élever à la lame. Céder facilement à l'action de la lame qui soulève le navire. Il [le Pourquoi-Pas?] s'élève admirablement à la lame (J.-B. Charcot, «Pourquoi-Pas?» 1910, p. 363).S'élever en latitude, en longitude. S'écarter de l'équateur, du premier méridien. La première [frégate] s'élèvera jusqu'au parallèle intermédiaire entre 16 et 17 degrés (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 17).S'élever au/ dans le vent. Avancer dans la direction d'où souffle le vent. Notre beau navire (...) se mit (...) à tirer des bordées pour s'élever dans le vent (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 174).
En partic. [L'objet désigne une construction] Faire monter à partir du sol. Élever un autel, un échafaud, une statue, un temple; élever autel contre autel*. Synon. bâtir, construire, dresser, ériger.Élever une belle petite maison chaude et solide (Hémon, M. Chapdelaine,1916, p. 189).Les habitants d'Oberkalbach ont promis d'élever un monument sur la tombe de notre camarade (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 196).
Emploi pronom. à sens passif. Maintenant, les murs s'élevaient au premier étage (Zola, Bonh. dames,1883, p. 596).Sur la table, les fruits se dressaient en pyramides, et les gâteaux s'élevaient en monuments (Maupass., Pierre et Jean,1888, p. 398).
GÉOM. Élever une perpendiculaire. La tracer, à partir d'un point donné, perpendiculairement à une droite ou à un plan. Le parallélisme supposé de toutes les perpendiculaires élevées de la surface terrestre (Proudhon, Propriété?1840, p. 138).
Rem. Quand la notion d'aspect progressif-perfectif de « bien en vue » est absente, le verbe est p. ex. lever (Lever les bras/élever les bras) ou construire (élever une statue/construire une cabane). Quand il s'agit d'objets à soulever, ,,élever suppose plus d'efforts et une opération plus difficile [que lever]`` (Laf. 1878).
b) Littér. [Le mouvement est fictif]
Dresser à partir du sol :
3. Par les temps clairs et tempérés, nous poussions jusqu'au Jardin des plantes ou jusqu'au Trocadéro qui élevait alors, au bord de la Seine, dans la solitude, sa colline verte et fleurie. France, Le Petit Pierre,1918, p. 101.
Souvent en emploi pronom. [Souvent suivi d'un compl. de direction ou de but indiquant jusqu'où, vers quoi l'objet s'élève] Se dresser de toute sa hauteur. Le mont Hymète s'élevoit à l'orient comme revêtu d'une robe d'or (Chateaubr., Martyrs,t. 2, 1810, p. 221).D'énormes rochers arides et perlés qui s'élevaient jusqu'aux nues (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 151).Du milieu de ces rocailles s'élevait un pin noir et tors (Claudel, Connaiss. Est,1907, p. 35).
P. anal. [Le suj. désigne un végétal ou un inanimé concr.] Tenir à une certaine hauteur. Cyprès qui élèvent leurs têtes pyramidales au-dessus des portiques de la mosquée El-Aksa (Lamart., Voy. Orient,t. 1, 1835, p. 454).Les cyprès élèveront leurs branches entre ces falots agrandis (Lhote, Peint. d'abord,1942, p. 135).
Emploi pronom. à sens passif. L'ombrelle rouge de la femme s'élevait dans les feuillages avec un mouvement altier (Chardonne, Épithal.,1921, p. 253).
2. [Le point de départ est déjà situé à une certaine hauteur ou sur un objet comportant des degrés; le verbe est gén. suivi d'un compl. de mesure indiquant de combien de degrés est monté l'objet] Faire monter plus haut. Synon. exhausser, surélever.La tour carrée qu'il a fallu élever d'un étage au-dessus du toit de la maison (Lamart., Tailleur pierre,1851, p. 392).Il faudrait élever la barricade de cinquante centimètres (Malraux, Espoir,1937, p. 537).
B.− Au fig. [La montée concerne des valeurs]
1. [Valeurs physiques ou financières, correspondant à des réalités comptables, mesurables; le point de départ est déjà situé à une certaine hauteur] Augmenter. Élever le prix, le taux, la température. Je ne puis pourtant élever les salaires, sans faire faillite (Zola, Terre,1887, p. 369).On a élevé le prix du pain et, demain sans doute, on sera forcé de l'augmenter encore (Coppée, Bonne souffr.,1898, p. 40).Le produit transféré permet à l'emprunteur d'élever son produit réel global (Perroux, Écon. XXes.,1964, p. 381).
[Avec un compl. prép. de mesure indiquant à combien est élevé l'objet] On avait élevé ses appointements à neuf mille francs (Zola, Bonh. dames,1883, p. 655).L'Allemagne élevait le même budget de 85 à 137 millions (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. 166).
ALG. Élever un nombre à la seconde, à la troisième puissance. ,,Le carrer, le cuber`` (Ac. 1835-1932). Élever un nombre au carré.
P. métaph. Il [Mallarmé] a essayé, pensai-je, d'élever enfin une page à la puissance du ciel étoilé (Valéry, Variété II,1929, p. 181).J'ai élevé la géométrie et l'algèbre à une puissance inconnue, inespérée (Arnoux, Seigneur,1955, p. 113).
2. [Valeurs mor.; le point de départ exclut l'idée de degré ou ne se situe pas déjà à une certaine hauteur]
a) Élaborer progressivement, mettre sur pied. Synon. bâtir, construire.Il [Lamennais] est fort tranquille à La Chênaie, élevant son grand ouvrage, l'immense pyramide sous laquelle il veut se coucher (M. de Guérin, Corresp.,1834, p. 174).La religion qui, dans l'enfance de l'humanité, a élevé l'édifice de la morale (Sorel, Réflex. violence,1908, p. 336).
b) [Avec une idée d'hostilité] Chaque seconde élevait un mur entre lui et moi (Vigny, Mém. inéd.,1863, p. 119).Élever une barrière infranchissable entre le monde des phénomènes (...) et celui des choses en soi (Bergson, Essai donn. imm.,1889, p. 180).
P. ext. Faire surgir, faire naître dans un esprit d'opposition. Élever des soupçons. Élever des difficultés relativement à des retards (Balzac, Corresp.,1840, p. 44).Il était impossible d'élever le moindre doute (Benoit, Atlant.,1919, p. 234).
3. [Valeurs mor.; l'obj. est déjà à un certain degré de valeur, de noblesse]
a) [Le suj. et l'obj. désignent une pers.]
[Gén. suivi d'un compl. prép. indiquant à quoi la pers. est élevée] Porter dans un haut rang, dans un rang supérieur. Élever sur le trône, aux charges, aux honneurs, au plus haut rang. Tout le rêve de la démocratie est d'élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois (Flaub., Corresp.,1871, p. 287).Nous mettrons Eugénie à la porte, à moins que nous ne l'élevions à la dignité d'intendante générale de la maison (Miomandre, Écrit sur eau,1908, p. 83).
Emploi pronom. Je n'aurais pas désiré m'élever au rang de profès (Huysmans, Oblat,t. 2, 1903, p. 265).[Ils] avaient mis cent ans à s'élever au trône (Bainville, Hist. Fr.,t. 1, 1924, p. 51).V. ambition ex 2.
Attribuer la supériorité, l'avantage sur les autres. Élever quelqu'un au-dessus des autres (Ac.1798-1932).
P. exagér. Élever qqn aux nues. En faire un éloge excessif. Emploi pronom. Un danseur qui, en Italie, s'était élevé jusqu'aux nues (Berlioz, Grotesques mus.,1869, p. 40).
P. métaph., emploi pronom. Se mettre au-dessus des autres par orgueil. Synon. s'enorgueillir :
4. ... je cessai de m'élever dans mon orgueil au-dessus de mes compagnons d'infortune, je m'humiliai devant Dieu et j'acceptai de lui l'abaissement où j'étais réduit en vivant parmi eux. Sand, Lélia,1839, p. 372.
Emploi pronom. réfl. Faire en sorte qu'on soit placé à un niveau social plus haut, plus important, dans une société hiérarchisée. M'élever au-dessus de ma condition princière et sortir du néant et du Gotha (Larbaud, Barnabooth,1913, p. 307).Il faut toujours à l'homme, pour s'élever parmi ses semblables, une petite chance supplémentaire (Druon, Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 112):
5. Je n'ai plus le courage de m'élever au-dessus de la classe médiocre ou infime dans laquelle je suis rangé par l'opinion des hommes avec qui je suis en rapport. J'ai dans la société comme dans les conseils un ton timide, un air humble qui tend à me ravaler de plus en plus. Maine de Biran, Journal,1818, p. 141.
b) [Le suj. désigne une pers.; l'obj. désigne un inanimé] Accorder une place bien en vue, une importance nouvelle à. Élever la boulangerie à la hauteur d'une institution nationale (Renard, Journal,1887, p. 7).Élever en quelque sorte la brique à la dignité de la pierre (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 162).Élever au rang d'idoles le rond de cuir du bureaucrate (Faure, Esprit formes,1927, p. 263).
Emploi pronom. à sens passif. Les tragédies en prose qui s'élèvent au-dessus du genre du drame (Staël, Allemagne,t. 3, 1810, p. 172).Le dessin ne peut s'élever au portrait (Alain, Beaux-Arts,1920, p. 292).
c) [Le suj. désigne une pers.; l'obj. désigne une faculté ou une attitude de cette pers.] Porter plus haut dans l'ordre intellectuel, moral ou spirituel. Le vin (...) élevait son âme au-dessus des élans de passion qu'il avait (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 242).Leconte de Lisle éleva le niveau de l'intelligence artistique (Barrès, Cahiers, t. 2, 1898-1902, p. 269):
6. Je veux que ceux qui suivent mon cours emportent, de leur bref contact avec moi, autre chose que quelques connaissances exactes; je fais le rêve d'élever leur niveau moral, d'exalter leurs personnalités, de marquer à jamais ces âmes qui s'offrent à l'empreinte : et vraiment je crois obtenir un résultat qui n'est pas indigne de tout mon effort. Martin du Gard, Jean Barois,1915, p. 263.
[Avec un compl. indiquant le but] Élever son cœur, son esprit, son âme à Dieu, vers Dieu. ,,Porter ses pensées, ses désirs vers Dieu`` (Ac. 1798-1932).
Emploi pronom. réfl. [Suivi d'un compl. prép. indiquant au-dessus de quoi, jusqu'où, vers quoi la pers. s'élève] Elle est incapable de s'élever jusqu'à comprendre Wilfrid (Gobineau, Pléiades,1874, p. 264).Ils s'élevèrent à des considérations sur l'origine du monde (Flaub., Bouvard,t. 1, 1880, p. 90).Voyons, il faudrait s'élever au-dessus de cela, tâcher de planer un peu, se débarrasser des contingences (Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1908, p. 325).
P. anal. [Le suj. désigne une forme d'expr.] Haydn lui paraissait [à Chenavard] avoir le style comique, le style de la comédie; il s'élève rarement jusqu'au pathétique (Delacroix, Journal,1854, p. 160).
Emploi pronom. à sens passif. Devenir moralement plus grand. Au lieu de s'élever par elle [la beauté], il [le voluptueux] jouit de la rabaisser aux amours lascives (Sainte-Beuve, Volupté,t. 1, 1834, p. 88).Par la foi l'homme veut s'élever et s'élève en effet (Alain, Beaux-arts,1920, p. 95).
d) [Le suj. désigne un inanimé abstr.; l'obj. désigne une pers. ou un aspect de cette pers.] Porter à des sentiments plus élevés. Élever l'esprit. Synon. ennoblir, fortifier.Nobles textes qui élèvent l'âme (Montherl., Malatesta,1946, IV, 9, p. 533).
Emploi pronom. J'ai senti mon âme s'élever au contact de la vôtre (Sand, Lélia,1839, p. 464).Il faut se rendre digne. Il faut s'élever! Il faut s'ennoblir (Dupanloup, Journal,1876, p. 97):
7. Les souffrances que lui cause [à l'amour] l'objet aimé le font grandir et s'élever tant qu'il peut s'élever et grandir encore, mais lorsque, émanant tous ses parfums, riche de fleurs, profond de racines et large d'ombrage, il est monté jusqu'à la hauteur où Dieu lui a permis d'atteindre... Flaubert, 1reÉducation sentimentale,1845, p. 202.
8. ... il n'y a rien au monde qui s'embellisse plus aisément qu'une âme. Il n'y a rien au monde qui s'élève plus naturellement et s'ennoblisse plus promptement. Maeterlinck, Le Trésor des humbles,1896, p. 251.
Rem. On rencontre ds la docum. élevant, ante en emploi adj. Qui élève. L'action élevante et illuminante du Christ (Teilhard de Ch., Milieu divin, 1955, p. 182).
C.− Emplois pronom. spécifiques
1. [La montée est celle de réalités sensibles]
a) [Avec une idée de mouvement; souvent accompagné d'un compl. avec prép. de marquant l'orig.] Monter. La flamme, la fumée s'élève. Une fine poussière s'élevait des planchers (Zola, Bonh. dames,1883, p. 631).Les vapeurs violettes de l'aube s'élevaient des rues silencieuses (Louÿs, Aphrodite,1896, p. 163):
9. Quand la nuit vient, sous le hangar, une buée embrasée commence à s'élever, un brouillard qui s'exhale des rangs des briques, filtre le long des murs, quelque chose de rouge qui danse au-dessus de la bouche du four comme la brume du soleil sur l'aire. Pesquidoux, Chez nous,1923, p. 200.
10. Les deux femmes, levées tôt, commençaient de préparer le petit repas du matin. L'odeur du pain rôti et du café s'élevait d'un étage à l'autre, passait sous les portes mal jointes et tourmentait les dormeurs. Duhamel, Chronique des Pasquier,Le Désert de Bièvres, 1937, p. 100.
[À propos d'un ciel découvert ou dans lequel les nuages sont hauts] Le temps s'élève. Le temps s'éclaircit, se met au beau. Synon. le temps se dégage, se lève.Le temps s'élevait un peu. On eût dit que le soleil allait se montrer (Alain-Fournier, Meaulnes,1913, p. 197).
b) [Le mouvement est fictif] Commencer à se manifester. Un bruit, un chant, une clameur s'élève; s'élever brusquement, confusément. Synon. naître, surgir, survenir.Le soir, un fort coup de vent s'éleva (Lamart., Voy. Orient,t. 1, 1835, p. 67).Le rire d'Aristide s'éleva de nouveau (Duranty, Malh. H. Gérard,1860, p. 79).
Au fig. Une colère, une protestation s'élève. Une effroyable jalousie s'élevoit dans son cœur (Balzac, Annette,t. 2, 1824, p. 66).Des murmures désapprobateurs s'élevèrent contre l'oblat (Barrès, Colline insp.,1913, p. 178).Aucune menace ne s'élevait plus contre mon bonheur (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 581).
[Avec un suj. apparent] Il s'élève une discussion, une dispute. Il s'élevait en lui violemment, mille imaginations, mille désirs (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 145).Il s'élevait des controverses sans fin (Rolland, J. Chr., Adolesc., 1905, p. 233).
2. P. anal. [La montée est celle d'un prix, d'une quantité comptable ou non; gén. suivi d'un compl. prép. indiquant à combien s'élève la chose] Atteindre une certaine somme, un certain chiffre. Synon. se monter à.Les profits (...) s'élevèrent à 60 millions (Say, Écon. pol.,1832, p. 510).Autrefois, à la bibliothèque nationale, les demandes de livres, qui ne s'élevaient pas au delà de deux à trois cents, étaient montées depuis dix ans à dix-sept cents (Goncourt, Journal,1893, p. 400).La température s'élevait brusquement à 39,5 degrés (Martin du G., Thib.,Épil., 1940, p. 887).Les pertes s'élevèrent à plus de 3 000 tués, blessés, disparus (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 45).
II.− [La notion dominante est celle d'une progression en intensité, de manière que ce qui monte soit bien ou mieux perçu]
A.− [Intensité physique; le suj. désigne une pers., l'obj. désigne son expr. orale]
1. Élever le ton, la voix
a) Prendre la parole. Un des interprètes éleva la voix et dit : « Où est le soleil? » (Chateaubr., Natchez,1826, p. 109).
b) Parler plus haut, plus fort. MmePaloque perdit toute mesure; elle éleva le ton, elle cria (Zola, Conquête Plassans,1874, p. 1078).Avec le plus grand calme, sans élever ni baisser la voix (Bernanos, Joie,1929, p. 540).Il fit une pause, puis reprit, sans élever le ton (Martin du G., Thib.,Mort père, 1929, p. 1259).
c) MUS. Élever le ton d'un morceau. ,,Transposer un morceau pour qu'il soit exécuté sur un ton plus haut que celui dans lequel il a été composé`` (Ac. 1835-1932).
2. Emploi pronom. Prendre de l'ampleur, faire plus de bruit. Quelques rires éclatèrent, le murmure augmenta, les voix s'élevèrent (Balzac, Peau chagr.,1831, p. 68).
B.− Au fig. [Intensité morale]
1.
a) Élever le ton, la voix. Parler avec suffisance ou autorité. Il ne vous convient pas d'élever ici la voix (Ac.1835-1932).
Emploi pronom. Même sens. Il enfle le ton, veut s'élever (Barrès, Cahiers,t. 5, 1906-07, p. 33).
b) Élever une protestation, la voix contre, pour, en faveur de qqn ou de qqc. Prendre hautement parti pour ou contre. Loin de moi la pensée d'élever la voix sur des points qui échappent à ma compétence (Gide, Voy. Congo,1927, p. 744).
Emploi pronom. S'élever pour, contre
[Le suj. désigne une pers.] Même sens. Les victimes dont la voix s'élevait contre toi (Sand, Lélia,1833, p. 294).Le procureur s'est élevé avec violence contre cette question (Camus, Étranger,1942, p. 1187).
[Le suj. désigne un inanimé abstr.] Porter témoignage pour, contre. Les preuves qui s'élèvent contre l'accusé (Ac.1835-1932).
2. Élever son cri, sa plainte, sa prière vers. Faire monter vers. Élever au Seigneur une courte prière d'actions de grâces (Mérimée, Jacquerie,1828, p. 21).
Emploi pronom. Mes cris t'éveilleront, et mon humble prière s'élèvera vers toi, comme l'encens du soir (Lamart., Médit.,1820, p. 201).
3. Élever le niveau, le ton d'un débat, d'une discussion. Leur donner plus de dignité, leur donner un tour plus noble. Une manière d'élever le débat à la fin de ses discours (Camus, Homme rév.,1951, p. 222).
Prononc. et Orth. : [elve], (j')élève [elε:v], ou bien, avec harmonie vocalique, [elve] et [εlε:v], ou bien, d'apr. la syllabation manifeste, [εlve] (et, indifféremment, [elε:v] ou [εlε:v]). Dans [elve] et [εlve] les 2 principes s'appliquent l'un aux dépens de l'autre, au profit de l'harmonie dans le premier, de la syllabation dans le second. Cette situation est compatible avec la discussion ds Buben 1935, § 14, qui admet, en ce qui concerne le rôle de la syllabation, l'hésitation (cas gén.; dans le cas partic. de élever il prononce [elve], sans qu'on puisse considérer qu'il donne le pas à l'harmonisation vocalique). Grammont Prononc. 1958, p. 41, en revanche, n'envisage pas d'exception à la règle d'harmonisation (voir les formes [εlve] et [elε:v] contraires à la règle). [elve], forme « lente », proche de [eləve], p. oppos. à [εlve], forme « rapide », éloignée de [eləve], répond par là-même à un style plus soutenu. Enq. : /elev/ (il) élève. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Cf. élever2. Bbg. Gottsch. Redens. 1930, p. 2, 9, 313, 348.

ÉLEVER2, verbe trans.

Assurer à un être vivant un développement continu, depuis sa naissance ou à partir d'un moment relativement proche de sa naissance, jusqu'à un certain degré d'accomplissement.
A.− [L'obj. désigne un être humain]
1. [L'obj. désigne en partic. l'enfant envisagé du point de vue biol., l'enfant en bas âge; le subst. corresp. est soins (donnés)] Donner à un enfant les soins nécessaires à son développement physique. Élever à la brochette*. Deux enfants, des fœtus venus avant terme, que l'on élevait sous de la ouate (Zola, Œuvre,1886, p. 279):
1. Tu étais si petit, à ta naissance, que le chirurgien croyait que tu ne vivrais pas. Mais je savais bien que Dieu me ferait la grâce de te conserver. Je t'élevai de mon mieux, ne ménageant ni les soins ni la dépense. France, Les Dieux ont soif,1912, p. 22.
2. Semer le blé, cuire le pain, presser le vin, faire des enfants, les élever, travailler pour nourrir sa famille, voilà qui n'est pas du jeu, qui est vrai, qui donne un sens à la vie... Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 157.
Emploi pronom. à sens passif. Des enfants drus, de la belle graine de solognots, qui s'élevaient sans maladies (Genevoix, Raboliot,1925, p. 228).
2. [L'obj. désigne un enfant d'âge plus avancé ou un adolescent; le subst. corresp. est éducation] Former et développer un être jeune du point de vue moral et spirituel en vue de son existence personnelle et sociale d'adulte. Être élevé dans un collège, un couvent, par/chez les jésuites. Synon. éduquer.Élever tes enfants dans la religion catholique (Renard, Journal,1902, p. 777).Il avait été élevé dans le culte de la liberté (Rolland, J. Chr.,Buisson ard., 1911, p. 1286):
3. − La comtesse mène une vie héroïque, lui dis-je [à Gobseck]. Elle s'est consacrée à l'éducation de ses enfants qu'elle a parfaitement élevés. Balzac, Gobseck,1830, p. 436.
Rem. On rencontre ds la docum. élevable, adj. Susceptible d'être élevé. Cette femme, on espère bien l'élever, la faire à soi et pour soi, mais, il se trouve souvent qu'avec un heureux instinct et de la docilité, elle n'est point élevable. Ces éducations tardives qu'on essaie de donner aux fortes races du peuple, moins malléables et plus dures, ont rarement prise sur elles (Michelet, Peuple, 1846, p. 286).
B.− [L'obj. désigne un animal; le subst. corresp. est élevage] S'occuper de la reproduction, du développement et de l'entretien des animaux domestiques. Élever du bétail, des oiseaux, des poules. Il [Lambert] entreprit d'élever des vers à soie (Stendhal, H. Brulard,t. 1, 1836, p. 168).Florentin faisait pousser des dahlias et élevait des pintades (Alain-Fournier, Meaulnes,1913, p. 225).
P. anal., vieilli. [L'obj. désigne une plante, un arbre] S'occuper de la reproduction, du développement et de l'entretien d'une plante ou d'un arbre. Élever un petit rosier du Bengale (Stendhal, Amour,1822, p. 206).Les aubergines, les navets, et du cresson de fontaine, qu'il avait voulu élever dans un baquet (Flaub., Bouvard,t. 1, 1880, p. 31).
Rem. 1. Bien que sous élever2se cache l'image de faire grandir, donc d'un mouvement dans le sens de la hauteur, cette image est trop peu directement perceptible pour que ses emplois se laissent grouper sous élever1. 2. Dans les 2 emplois A et B supra, le degré d'accomplissement peut être suggéré soit par l'âge inhérent au sens du mot objet (élever un enfant, un adolescent; élever des veaux, des vaches laitières) soit par un compl. circ. de temps. J'ai été élevée jusqu'à l'âge de sept ans chez ma grand'mère (Duras, Édouard, 1825, p. 135).
Prononc. et Orth. : Cf. élever1. Étymol. et Hist. 1. 1remoitié xiies. « porter plus haut » [elevata est magnificentia tua super caelos] (Psautier Oxford, éd. Fr. Michel, VIII, 2); 2. id. esleverent li flum lur voiz [elevaverunt vocem suam] (Id., ibid., xcii, 4); 3. ca 1170 (Rois, éd. E. R. Curtius, p. 6, I, I, 7 : le humble eslieve); 4. fin xiiies. « amener un enfant à son plein développement » (A. de La Halle, Roi de Sicile, éd. E. de Coussemaker, p. 285, 95). Dér. de lever*; préf. é-*.
STAT. − Élever1 et 2. Fréq. abs. littér. : 11 872. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 24 149, b) 15 797; xxes. : a) 14 559, b) 12 664.

Élever : définition du Wiktionnaire

Verbe

élever \e.lə.ve\ ou \el.ve\ transitif ou pronominal 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’élever)

  1. Mettre plus haut, porter plus haut, rendre plus haut.
    • La région que nous parcourons est une vaste plaine monotone, sans arbres et presque sans reliefs, qui s'élève insensiblement à fur et à mesure que nous avançons. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 36)
    • A un appel de sonnette on plaçait les plats et tout ce qui était nécessaire sur un monte-charge qui s’élevait jusqu’à la salle à manger et redescendait aussitôt. — (André Dhôtel, Le Pays où l'on n’arrive jamais, 1955)
    • Les filaos géants, à l'écorce rugueuse et noire, étaient très nombreux et s'élevaient vers la voûte de feuillage comme des piliers de cathédrale. — (Michel Lemoine, L'autre univers de Simenon : guide complet des romans populaires publiés sous pseudonymes, Liège,C.L.P.C.F., 1991, page 166)
    • Ce terrain s’élève en amphithéâtre.
  2. (Figuré) Porter vers ce qui est plus grand que soi, en parlant de ses pensées, de son âme, de ses désirs.
    • Élever son cœur, son esprit, son âme à Dieu,
  3. (Figuré) Fortifier, ennoblir, en parlant de l’âme, de l’esprit.
    • Il faut bien noter aussi que lorsqu’elle célèbre des Saints, elle s’élève et diffère ; alors elle s’exhausse dans une flambée d’âme ; […]. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • La lecture de cet ouvrage élève l’esprit. — Dans la contemplation de la nature, l’âme s’élève.
    • (Par analogie) Élever les sentiments, le courage. — Son style s’élève quelquefois.
  4. (Figuré) Investir de quelque dignité, placer dans un haut rang, rendre supérieur en pouvoir, en fortune, en gloire.
    • La faveur l’a élevé de bien bas.
    • Élever quelqu’un aux charges, aux dignités, aux honneurs ; l’élever au plus haut rang.
    • (Pronominal) S’élever à force d’intrigues. — S’élever par son mérite aux plus hautes dignités.
  5. (Figuré) Augmenter de quantité, de prix, de valeur.
    • Élever le prix des denrées. — Le prix de cette marchandise s’est élevé à cent francs.
    • Élever le taux de l’intérêt. — Élever la valeur d’une monnaie.
    • Élever la température d’un lieu, d’un liquide. — Le thermomètre s’est élevé à vingt degrés.
  6. Faire construire.
    • Celle-ci, mariée à un ingénieur du P.-L.-M., vivait avec ses trois enfants, dans une maisonnette que le ménage avait fait élever, après la guerre, sur un lotissement de Brunoy. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • Élever une statue à un grand homme. — Élever un obélisque.
  7. (Figuré) Opposer, proposer ou faire naître, en parlant de doutes, de scrupules, de difficultés.
    • Vous élevez là une difficulté, une chicane bien étrange.
    • Élever des doutes sur la réalité d’un fait.
  8. Nourrir un enfant, entretenir son existence jusqu’à ce qu’il ait acquis une certaine force.
    • Si Joséphine ne se mariait pas, elle continuerait à « turbiner » pour la maison, la vieille élèverait le mioche, et lui, le patron, empocherait la galette que le Pape, de gré ou de force lui remettrait. — (Louis Pergaud, Joséphine est enceinte, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Cette femme a eu plusieurs enfants, mais elle n’a pu en élever aucun. — Cet enfant est faible, il sera malaisé à élever.
  9. (Par analogie) Nourrir et protéger des animaux ou des plantes pour favoriser leur croissance.
    • Les paons sont difficiles à élever.
    • J’ai eu de la peine à élever ces plantes, ces fleurs, ces arbres.
  10. (Figuré) Instruire ; former par l’éducation.
    • Son père, […], est surnommé « Camélinat le Rouge » pour ses convictions républicaines. Cet austère paysan a élevé ses enfants dans l’aversion de la monarchie, puis de l’Empire. — (Rosa Moussaoui, Zéphyrin Camélinat (1840-1932) Un long chemin, de la commune au communisme, dans L'Humanité, 7 septembre 2011)
    • Élever la jeunesse, l’élever dans le respect des lois.
    • Il fut élevé dans un collège de province.
  11. (Pronominal) (En particulier) S’enorgueillir.
    • Celui qui s’élève sera abaissé.
  12. (Pronominal) (Figuré) Présenter, développer sur un sujet.
    • S’élever à de hautes considérations sur l’actualité politique.
    • (Figuré) S’élever à la conception d’un ordre général de l’univers.
    • S’élever aux notions, aux idées d’ordre, de justice. — L’esprit de l’homme peut-il s’élever jusque-là ?
  13. (Pronominal) (Figuré) Avoir la valeur, le prix de.
    • Le total s’élève à plus de vingt mille francs. — Leur nombre ne s’élevait pas à plus de dix mille.
  14. (Pronominal) Se former ; survenir ; naître. Note : Se dit tant au propre qu’au figuré.
    • Quelques polémiques se sont élevées au sujet de l’existence d’une race de chèvre aborigène en Belgique. — (Paul Diffloth, Zootechnie : Chèvres, porcs, lapins , Encyclopédie agricole J. B. Baillière, & fils, 4e éd., 1918, p.62)
    • A cet instant, dans le passage, d’autres voix s’élevèrent, accompagnées d’un martèlement de pas précipités. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • Ils n’avaient pas dépassé la boutique de l’épicier, vers la mer, que le tonitrument de l’autre bal, celui qui était de ce côté-ci du fleuve, s’éleva à son tour. — (Marguerite Duras, Les Petits chevaux de Tarquinia, p.112, Gallimard, 1968)
    • Il y avait foule. Derrière la haie de soldats qui s’effrangeaient devant le carré réservé à l’échafaud commença à s’élever un brouhaha. — (Ivan Tourgueniev, L’Exécution de Troppmann, avril 1870, traduction française de Isaac Pavlovsky, publiée dans ses Souvenirs sur Tourguéneff, Savine, 1887)
  15. (Pronominal) S’opposer ou se déclarer contre quelqu’un ou contre ce qu’il propose.
    • Si Gobineau a été l'objet du dégoût, de la crainte, de l’ostracisme de nos « rationalistes », c'est qu'il s'est élevé à la fois contre leurs faux raisonnements et contre leur absurde principe de la primauté de la raison : […]. — (Louis Thomas, Arthur de Gobineau, inventeur du racisme (1816-1882), Paris : Mercure de France, 1941, p.33)
  16. (Pronominal) Accuser quelqu’un, porter témoignage contre lui.
    • Les preuves qui s’élèvent contre l’accusé.
  17. (Pronominal) (Sens passif) Être dressé.
    • Au dessus, le pan de mur s’élevait en triangle comme un fronton, la bordure ornée de dorure. — (Delphine Renard, Tu choisiras la vie, Grasset, 2013, chapître 26)
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Élever : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÉLEVER. v. tr.
Mettre plus haut, porter plus haut, rendre plus haut. Ce tableau est trop bas, il faudrait l'élever. Élevez davantage cette lampe. Ce mur n'a que trois mètres, il faut l'élever d'un mètre. Élever des eaux pour faire des jets d'eau, des cascades. Ce terrain s'élève en amphithéâtre. S'élever en l'air. Nous vîmes s'élever un nuage de poussière. Les vapeurs qui s'élèvent de la terre. Élever la voix, élever le ton, Parler plus haut qu'à l'ordinaire; et, figurément, Parler avec hauteur. Il ne vous convient pas d'élever ici la voix. Fig., Élever la voix pour quelqu'un, en faveur de quelqu'un, contre quelqu'un, Parler hautement, ouvertement en faveur de quelqu'un, ou à son désavantage. Leur voix s'est élevée en faveur de l'innocent. On dit, dans un sens analogue, Élever une protestation. En termes de Musique, Élever le ton d'un morceau, Transposer un morceau pour qu'il soit exécuté sur un ton plus haut que celui dans lequel il a été composé. Par analogie, Élever le ton d'une discussion, d'un débat. Fig., Élever son cœur, son esprit, son âme à Dieu, Porter ses pensées, ses désirs vers Dieu. Une âme qui s'élève à Dieu. On dit également Élever son âme, ses pensées vers Dieu. Fig., Élever l'âme, l'esprit, Les fortifier, les ennoblir. La lecture de cet ouvrage élève l'âme. Dans la contemplation de la nature, l'âme s'élève. On dit dans un sens analogue Élever les sentiments, le courage. Son style s'élève quelquefois. Il signifie au figuré Investir de quelque dignité, placer dans un haut rang, rendre supérieur en pouvoir, en fortune, en gloire. La faveur l'a élevé de bien bas. Dieu élève les uns et abaisse les autres. On dit, dans le même sens, Élever quelqu'un aux charges, aux dignités, aux honneurs; l'élever au plus haut rang. S'élever à force d'intrigues. S'élever par son mérite aux plus hautes dignités. Fig., Élever quelqu'un au-dessus des autres, Lui attribuer la supériorité, l'avantage sur les autres. Il l'a élevé au-dessus de tous les autres. On dit, par exagération dans un sens analogue, Élever quelqu'un aux nues, Lui donner des louanges excessives. Élever une chose au rang d'une autre, Lui attribuer, ou lui donner une importance égale, le même mérite. Il a, par ses découvertes, élevé cette science au rang des sciences exactes. Il signifie encore figurément Augmenter de quantité, de prix, de valeur. Élever le prix des denrées. Le prix de cette marchandise s'est élevé à cent francs. Élever le taux de l'intérêt. Élever la valeur d'une monnaie. Élever la température d'un lieu, d'un liquide. Le thermomètre s'est élevé à vingt degrés. En termes de Mathématiques, Élever un nombre à la seconde puissance, à la troisième puissance, etc., Le carrer, le cuber. Il signifie en outre Faire construire. Élever un bâtiment, un mur, un pavillon. Élever une statue à un grand homme. Élever un obélisque. Fig., Élever autel contre autel. Voyez AUTEL. En termes de Géométrie, Élever une perpendiculaire, D'un point pris sur une ligne, tracer une perpendiculaire à cette ligne. Il signifie aussi figurément Opposer, proposer ou faire naître, en parlant de Doutes, de scrupules, de difficultés. Vous élevez là une difficulté, une chicane bien étrange. Élever des doutes sur la réalité d'un fait. Il signifie encore Nourrir un enfant, entretenir son existence jusqu'à ce qu'il ait acquis une certaine force. Cette femme a eu plusieurs enfants, mais elle n'a pu en élever aucun. Cet enfant est faible, il sera malaisé à élever. Élever par charité. Il se dit, dans un sens analogue, en parlant des Animaux, et même des arbres et des plantes. Les paons sont difficiles à élever. J'ai eu de la peine à élever ces plantes, ces fleurs, ces arbres. Il signifie au figuré Instruire, former par l'éducation. Élever la jeunesse, l'élever dans la crainte de Dieu. Il a été élevé dans la religion catholique. Il fut élevé dans un collège de province. S'élever signifie particulièrement S'enorgueillir. Celui qui s'élève sera abaissé. Fig., S'élever à de hautes considérations sur un sujet, Présenter, développer sur un sujet de hautes considérations. Fig., S'élever à la connaissance de Dieu, aux notions, aux idées d'ordre, de justice. S'élever à la conception d'un ordre général de l'univers, etc., se dit de Ceux que le perfectionnement de l'intelligence et l'habitude de la réflexion ont mis en état de comprendre l'existence de la Divinité, le besoin de l'ordre, de la justice, etc. On dit aussi L'esprit de l'homme ne peut s'élever jusque-là, Il n'est point donné à l'homme de comprendre cela. Fig., Cette somme, ce nombre, etc., s'élève à tant, Monte à tant, est de tant. Le total s'élève à plus de vingt mille francs. Leur nombre ne s'élevait pas à plus de dix mille.

S'ÉLEVER signifie encore, tant au propre qu'au figuré, Se former, survenir, naître. Il s'éleva une tempête. Un orage s'est élevé tout à coup. Il s'éleva un bruit dans l'assemblée. Une dispute, une sédition s'est élevée. En ce temps-là il s'éleva des sectes nouvelles, des hérésies. Il parvint à dissiper les soupçons qui s'étaient élevés. Des doutes s'élevèrent dans mon esprit. S'élever contre quelqu'un, Se déclarer contre lui, contre ce qu'il propose. Dès qu'il eut ouvert son avis, tout le monde s'éleva contre lui. Il signifie aussi Accuser quelqu'un, porter témoignage contre lui. Les preuves qui s'élèvent contre l'accusé. Dans le langage de l'Écriture, Mon péché s'élèvera contre moi. Le participe passé

ÉLEVÉ, ÉE, s'emploie très souvent comme adjectif et signifie alors Haut. Un lieu élevé, fort élevé. Les montagnes les plus élevées. À un taux élevé. Une température élevée. Il se dit aussi, figurément, pour Éminent, supérieur, noble, généreux. Un homme élevé en dignité. Être né dans un rang élevé. Être d'une condition élevée. Des idées, des considérations d'un ordre très élevé. Âme élevée. Esprit élevé. Sentiments élevés. Style élevé, Style noble. Cette expression ne s'emploie que dans le style élevé. Il se dit aussi de Celui, de celle qui a été formé par l'éducation. Un enfant bien élevé, mal élevé. On dit aussi, Il n'est pas élevé, en parlant de Quelqu'un qui n'a point reçu d'éducation, qui a des manières grossières.

Élever : définition du Littré (1872-1877)

ÉLEVER (é-le-vé. La syllabe le prend un accent grave quand la syllabe qui suit est muette : j'élèverai) v. a.
  • 1Faire monter plus haut, porter plus haut. Élever un mur d'un mètre. Ce tableau est trop bas, il faut l'élever. Élever des eaux par le moyen d'une pompe. À ces paroles, la mère, élevant vers le ciel ses mains tremblantes, Genlis, Veillées du chât. t. II, p. 386, dans POUGENS.

    Le soleil élève les vapeurs, il les attire hors de la terre ou de la mer et les fait monter.

    Terme de marine. Élever un bâtiment, se rapprocher de lui ; locution qui vient de ce que, sur mer, à mesure qu'on s'approche d'un objet, il s'élève sensiblement sur l'horizon.

    Fig. Pour t'élever de terre, homme, il te faut deux ailes, La pureté du cœur et la simplicité, Corneille, Imit. II, 4. Le coup à l'un et l'autre en sera précieux, Puisqu'il t'assure en terre en m'élevant aux cieux, Corneille, Polyeucte, V, 4. C'est à toi d'élever tes sentiments aux miens, Corneille, Hor. IV, 7. Pendant que la nature nous tient si bas, que peut la fortune pour nous élever ? Bossuet, Duch. d'Orl. Pour vous élever au comble de la joie, Racine, Théb. I, 3. Une chute si belle élève sa vertu, Racine, Alex. IV, 2. Il semble que le ciel T'élève en ce moment au-dessus d'un mortel, Voltaire, Mérope, IV, 4. Le projet d'élever les établissements danois dans l'Inde à plus de prospérité qu'ils n'en avaient eu, a occupé ensuite les esprits, Raynal, Hist. phil. V, 4.

  • 2Porter quelqu'un à un haut rang. Louis XIV éleva Colbert au ministère. Ses services l'ont élevé au plus haut rang. Conte-moi tes vertus, conte-moi tes hauts faits, Et tout ce qui t'élève au-dessus du vulgaire… Ma faveur fait ta gloire et ton pouvoir en vient, Elle seule t'élève et seule te soutient, Corneille, Cinna, V, 1. Telle fut la reine dans tout le cours de sa vie ; Dieu l'avait élevée sur le trône, afin qu'elle honorât sa religion, Fléchier, Marie-Thér. Dans l'espoir d'élever Bérénice à l'empire, Racine, Bérén. II, 1. Nul n'éleva si haut la grandeur ottomane, Racine, Baj. I, 1. Ai-je donc élevé si haut votre fortune Pour mettre une barrière entre mon fils et moi ? Racine, Brit. I, 2. Ils ne pensent point à établir ou à élever leur famille : ils sont populaires, simples, modestes, sans faste…, Rollin, Traité des Ét. 2e part. ch. I, art. 2.
  • 3Exalter, vanter, préconiser. On ne l'entend jamais De ce charmant héros élever les hauts faits, Th. Corneille, Ariane, II, 1. À la fin tous ces jeux que l'athéisme élève, Boileau, Art p. II.

    Élever quelqu'un jusqu'aux nues, le vanter à l'excès. Les combats d'Ulysse et sa sagesse furent élevés jusqu'aux cieux, Fénelon, Tél. I.

  • 4Inspirer des sentiments élevés. Si, après avoir ouï un endroit [d'un ouvrage] plusieurs fois, nous ne sentons point qu'il nous élève l'âme, Boileau, Long. ch. V. Ce qui élève l'esprit devrait toujours aussi élever l'âme, Fontenelle, Chazelles. En même temps ma mère s'appliquait à m'élever le courage, Saint-Simon, 1, 20. Du peuple cette fable éleva le courage, Saurin, Spartac. IV, 3. Tant de générosité, loin de m'humilier, m'élevait au-dessus de moi-même, Genlis, Veillées du chât. t. I, p. 346. Des intérêts étrangers et ruineux pour leur patrie élèveront-ils leur âme avilie et corrompue ? Raynal, Hist. phil. V, 34. Que la vertu m'élève à cet effort, De remplir mes serments, de détromper Montfort, Delavigne, Vêp. sicil. I, 4.

    Élever ses pensées vers Dieu, faire Dieu l'objet de ses pensées. Élever son cœur vers Dieu, faire Dieu le but de ses sentiments.

    Absolument, dans le même sens, élevez vos cœurs.

  • 5Élever son style, prendre un ton plus soutenu.
  • 6Augmenter. Élever le prix des denrées, le taux de l'intérêt, la valeur d'une monnaie.

    Élever la température, rendre plus chaud.

    Terme de mathématique. Élever un nombre au carré, au cube, à une puissance quelconque, le multiplier par lui-même autant de fois que l'indique l'exposant.

  • 7Élever la voix, parler haut. Plus haut que les acteurs élevant ses paroles, Molière, Fâch. I, 1.

    Prendre un ton de menace ou de supériorité. Dans la discussion, il éleva la voix.

    Élever la voix en faveur de quelqu'un, prendre hautement sa défense.

    Terme de musique. Élever le ton d'un morceau, transposer un morceau afin qu'il soit exécuté sur un ton plus haut que celui où il avait été composé.

  • 8Ériger, bâtir. Élever une pyramide. Une statue fut élevée à ce grand homme. Le tombeau qu'à sa cendre ont élevé mes soins, Racine, Andr. III, 6. …Allez et faites promptement Élever de sa mort le honteux instrument, Racine, Esth. II, 1. Cet édifice [Saint-Cyr], superbe par l'étendue des bâtiments, fut élevé en moins d'une année, et en état de recevoir deux cent cinquante demoiselles, trente-six dames pour les gouverner, Mme de Caylus, Souvenirs, p. 196, dans POUGENS. Ils élevèrent des statues à Brutus et à Cassius près de celles d'Harmodius et d'Aristogiton, anciens libérateurs d'Athènes, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. IX, p. 263, dans POUGENS. Auprès d'André Chénier avant que de descendre, J'élèverai sa tombe où manquera sa cendre, Mais où vivront du moins et son doux souvenir Et sa muse et ses vers dictés pour l'avenir, M. Jos. CHÉN.

    Fig. Souvent, au lieu d'attaquer de front des préjugés dangereux, il vaut mieux élever à côté d'eux les vérités dont la fausseté de ces opinions est une conséquence facile à déduire, Condorcet, d'Alembert.

    Élever autel contre autel, faire un schisme, entrer en rivalité avec quelqu'un.

    Terme de géométrie. Élever une perpendiculaire sur une ligne, sur un plan, la tracer à partir de cette ligne ou de ce plan, tandis qu'on abaisse une perpendiculaire quand elle part d'un point extérieur pour aboutir à la ligne ou au plan.

  • 9Établir, fonder, par comparaison avec une construction qu'on élève. Élever sa fortune. Élever des systèmes. J'ai vu sur ma ruine élever l'injustice, Racine, Brit. III, 7. Sur ces débris du monde élevons l'Arabie, Voltaire, Fan. II, 5.
  • 10Mettre en avant, susciter. Élever une chicane. Élever des doutes. Élever une dispute, une contestation. De là vient l'injustice de la fraude qui élève sa prétendue justice contre la force, Pascal, dans COUSIN. Garde-toi d'élever un coupable soupçon, Raynouard, États de Blois, I, 5.

    Terme de pratique. Faire naître, susciter. Élever un incident, une prétention, une fin de non-recevoir.

  • 11Faire entendre. Élever un cri. La foule éleva de grands cris. Il éleva une plainte. Qui de nous vers le ciel n'élève pas des cris Pour les jours d'un époux, ou d'un père, ou d'un fils ? Voltaire, Orph. I, 1.
  • 12Allaiter, nourrir, entretenir un enfant. C'est le devoir d'une mère tendre d'élever elle-même son enfant. On m'élevait alors solitaire et cachée, Racine, Esth. I, 1. Il sentait avec une vive reconnaissance que la compassion l'avait élevé et nourri dès son enfance, Rollin, Traité des Ét. 2e part. ch. I, art. 2. Vous, seigneur ! … ce sérail éleva votre enfance ? Voltaire, Zaïre, II, 3.

    Il se dit aussi des animaux et des plantes. Élever des serins. Élever des pêchers. Il m'est, disait-elle, facile D'élever des poulets autour de ma maison, La Fontaine, Fabl. VII, 10.

  • 13Instruire, développer, donner de l'éducation. Ce jeune homme fut très bien élevé. Songe avec quel amour j'élevai ta jeunesse. - Il éleva la vôtre avec même tendresse, Corneille, Cinna, V, 2. Elles élèvent bien leurs petites filles, Sévigné, 427. Combien de jeunes filles fit-elle élever dans des communautés de vierges chrétiennes ! Fléchier, Marie-Thér. Il faut avoir étudié les enfants pour les bien élever, et, par conséquent, avoir fait plus d'une éducation, Genlis, Adèle et Théod. t. II, lett. 47, p. 489, dans POUGENS. Je n'ai que quinze ans ; j'ai été mal élevée ; plaignez-moi, et soyez sûre que cette terrible leçon m'a corrigée pour la vie, Genlis, Th. d'éduc. l'Intrigante, II, 8.

    Élever à, habituer à… par l'éducation. Une personne qui aurait pu être vertueuse si elle eût été élevée à la vertu, Scarron, Rom. com. I, 14. Ils élèveront leurs enfants au travail, Fénelon, Tél. XI. Toute leur attention est d'élever leurs enfants à la vertu, Montesquieu, Lett. pers. 12.

  • 14S'élever, v. réfl. Aller de bas en haut. S'élever en l'air. Ce terrain s'élève en amphithéâtre. Des îles s'élèvent du sein des flots. Et les Alpes de loin, s'élevant dans la nue, D'un long amphithéâtre enferment les coteaux, Voltaire, Ép. CII.

    Le temps s'élève, il commence à s'éclaircir. Locution qui vient de ce que d'ordinaire, quand il fait beau, les nuages sont hauts.

    Fig. Voilà comment les opinions s'élèvent peu à peu jusqu'au comble de la probabilité, Pascal, Prov. 13.

  • 15Se soulever contre. Il est temps de s'élever contre de tels désordres, Pascal, Prov. 1. Voilà des nouveautés contre lesquelles on ne peut assez s'élever, Bossuet, 3e écrit. Ils s'élèvent contre le siége de saint Pierre, Bossuet, Avert. Tout semble s'élever contre mon injustice, Racine, Phèd. V, 7. Verrons-nous contre toi les méchants s'élever ? Racine, Athal. II, 9. Le peuple en sa faveur s'élève et s'attendrit, Voltaire, Tancrède, V, 3.
  • 16Accuser quelqu'un, porter témoignage contre lui. Son péché s'élèvera contre lui. Sa conscience s'élève contre lui, Fénelon, Tél. XVIII. Je m'élèverai contre eux au jour de ma colère, Massillon, Avent, Épiphan. Ils s'élèveront contre vous, Massillon, Avent, Jugement. Le sang de votre roi s'élève contre vous, Voltaire, Œdipe, I, 3. Tes mânes irrités s'élèvent contre nous ; Non jamais ton bourreau ne sera mon époux, Brifaut, Ninus II, IV, 12.

    Être porté en témoignage. Des charges considérables s'élevaient contre l'accusé.

  • 17Naître, surgir. Un grand destin commence, un grand destin s'achève, L'empire est prêt à choir et la France s'élève, Corneille, Attila, I, 2. Un tumulte, dit-on, s'élève dans la place, Corneille, Héracl. V, 2. Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue, Racine, Phèd. I, 3. Quelle effroyable voix dans mon âme s'élève ? Voltaire, Fanat. IV, 4.

    Le vent s'élève, il commence à souffler avec force. Voilà les feuilles sans séve Qui tombent sur le gazon, Voilà le vent qui s'élève Et gémit dans le vallon, Lamartine, Harm. II, 1.

    Impersonnellement. Il s'élève des opinions nouvelles parmi les hommes. Il s'est élevé de grandes plaintes contre lui. Il s'éleva un vent violent. Il s'était élevé un orage pendant ce temps-là. Il s'élève un grand bruit et mille cris confus, Corneille, Héracl. V, 7. Il ne s'élevait plus parmi eux aucun prophète, Bossuet, Hist. II, 5. Il s'élève en la mienne [âme] une secrète joie, Racine, Andr. I, 1. Et que vous contractez de nouvelles dettes en même temps qu'il s'élève de nouveaux malheureux sur cette terre, Massillon, Car. Aumône. Il s'élevait cependant un homme qui semblait devoir rassurer la fortune de la France, c'était le maréchal de Villars, Voltaire, Louis XIV, 18.

  • 18Devenir plus aigu, en parlant des sons. Le diapason s'est élevé peu à peu dans le cours de ces derniers temps.

    Devenir plus fort, en parlant de la voix. Sa voix s'éleva dans la contestation.

    S'augmenter. La température s'élevait très rapidement.

    Aller jusqu'à, en parlant de nombres, de quantité. Cette somme s'élève à tant. Le chiffre de la dépense s'éleva beaucoup au delà de ce qu'on avait voulu.

  • 19Se couvrir de boutons. À la moindre irritation sa peau s'élève partout. On dit dans le même sens, avec ellipse du pronom personnel : Un rien lui fait élever toute la peau.
  • 20Être bâti, dressé. Cette construction s'élève rapidement. Ce village s'est élevé sur l'emplacement d'une villa romaine.

    Être établi, fondé. Par ses soins se sont élevées des écoles où la jeune noblesse des deux sexes est instruite dans les sciences utiles, dans les arts agréables, Raynal, Hist. phil. V, 23.

  • 21Se porter, être porté dans un rang élevé. S'élever aux premières charges de l'État. Il est assez naturel aux hommes de vouloir s'élever aux lieux éminents pour étaler de loin, avec pompe, l'éclat d'une superbe grandeur, Bossuet, Panég. St Fr. de Sales. Il n'y a au monde que deux manières de s'élever, ou par sa propre industrie, ou par l'imbécillité des autres, La Bruyère, VI.

    Fig. L'incrédule s'y élève insensiblement sur les débris de votre culte, Massillon, Car. Mélange.

  • 22S'enorgueillir. Celui qui s'élève sera abaissé. Je le perds, il suffit, ma fierté s'en élève, Tristan, Mariane, I, 1. Du même fond d'orgueil dont on s'élève fièrement au-dessus de ses inférieurs. l'on rampe vilement devant ceux qui sont au-dessus de soi, La Bruyère, VI.
  • 23Devenir moralement grand. L'esprit s'élève par la contemplation de la nature. On s'élève par cette passion et on devient toute grandeur, Pascal, dans COUSIN. Guillaume Pitt avait la passion des grandes choses, une éloquence sûre d'entraîner les esprits, le caractère entreprenant et ferme : il avait l'ambition d'élever sa patrie et de s'élever avec elle, Raynal, Hist. phil. X, 15.

    S'élever au-dessus des intérêts humains, des passions, s'y rendre inaccessible. C'est là [dans les hôpitaux] que, s'élevant au-dessus des craintes et des délicatesses de la nature, pour satisfaire à sa charité au péril de sa santé même, on la vit…, Fléchier, Marie-Thérèse.

  • 24Se dit aussi de l'esprit qui devient supérieur à lui-même. S'élever aux idées d'ordre, de justice.

    L'esprit de l'homme ne peut s'élever jusque-là, il ne peut comprendre cela.

  • 25 Terme de marine. S'élever en latitude, s'écarter de l'équateur. S'élever en longitude, s'éloigner du premier méridien. S'élever dans le vent ou au vent, s'approcher de l'origine du vent. S'élever de la côte, s'en écarter, en tenant le plus près du vent. S'élever bien à la lame, céder facilement à son action. Les galères nous aidèrent, le jour du combat, à nous élever au vent, Villette, Mémoires, 1704, dans JAL. On a essuyé une tourmente aussi rude et aussi grande que celles qu'on a accoutumé de souffrir en hiver, et d'autant plus fâcheuse que le vent ne nous permettait pas de nous élever de la côte autant qu'on avait raison de le désirer, D'Estrées, à Seignelay, 1680, dans JAL. Le temps qu'il fut à s'apprêter donna aux ennemis celui de s'élever un peu au vent, parce que nous restâmes toujours en panne, J. Bart, Rapport, 11 juillet 1694, dans JAL.

    On dit aussi qu'un navire s'élève à vos yeux, quand il se rapproche de vous.

  • 26Recevoir la nourriture et l'entretien destinés aux enfants. Cet enfant s'élève bien, il n'éprouve rien qui entrave sa santé, sa croissance.

    Se dit aussi des animaux et des plantes. Les dindons s'élèvent difficilement. Les pêchers ne s'élèvent pas sans soins.

    Recevoir de l'éducation. La jeune génération s'élève dans les colléges et dans les écoles.

REMARQUE

Vaugelas observe avec raison qu'il faut dire lever les yeux au ciel, et non les élever.

HISTORIQUE

XIe s. Qui tort eslevera ou faus jugement fera, Lois de Guill. 41.

XIIe s. Esleverent li flum [les fleuves], sire, esleverent li flum lur voix, Liber psalm. p. 136. Je eslef mes mains à tun saint temple, ib. p. 33. Quant il ellevarent lur oez [yeux], Job, 453. Com plus esgarde la pense alleveie sa vertut [plus la pensée voit sa vertu élevée], ib. 479. Avient ke de ce dont il soi aesment [estiment] estre plus destruiz, soi ellievent plus riche à la construction del celeste païs, ib. 466.

XIIIe s. Je vi le felon essaucié et eslevé ausi comme les cedres del mont Lyban, Psautier, f° 46. S'a ele [ainsi la reine Blanche a] assez fier cuer, ce m'est avis, Pour faire honte à un bien haut baron, Et élever un traïtor felon, H. de la Ferté, Romancero, p. 183. Prie à ton fil Qu'il nous entende, et nous esleve De l'ordure qu'aporta Eve, Quant de la pomme osta la seve, Fabliaux mss. n° 7218, f° 328, dans LACURNE.

XVe s. Quand le comte Derby vit l'archevesque de Cantorbie venir devers lui, tout le cœur lui eleva, et se rejouirent ses esprits, Froissart, III, IV, 71. Mais avoir [je] vueil femme benigne, Humble, simple, pou [peu] emparlée, Bien besongnant, pou eslevée, Juene et chaste de bouche et mains, Deschamps, Poésies ms. dans LACURNE. Et avoit le cœur très eslevé pour ceste duché [qu'il venait de conquérir], Commines, IV, 1.

XVIe s. Il ralluma son courage, et s'eslevant en pieds, tout ensanglanté…, Montaigne, II, 33. On m'a ainsi eslevé, Montaigne, II, 73. La somptuosité des monuments eslevez à cette fin, Montaigne, II, 135. De quoi le peuple ayant eslevé des cris de joie, Montaigne, II, 193. Toute la Gaule s'estant eslevée pour luy courre sus, Montaigne, III, 172. On pourroit envoyer après eux mille chevaux, et deux mille harquebusiers, et faire eslever toutes les forces des provinces où ils s'arresteroyent, Lanoue, 692.

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Étymologie de « élever »

Étymologie de élever - Littré

Provenç. et espagn. eslevar ; ital. elevare ; du latin e, et levare (voy. LEVER).

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Étymologie de élever - Wiktionnaire

Du latin elevare (« soulever »), lui-même composé de levare préfixé de e-.
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Phonétique du mot « élever »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
élever elœve play_arrow

Conjugaison du verbe « élever »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe élever

Évolution historique de l’usage du mot « élever »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « élever »

  • Voulez-vous élever du poulet biologiquement dans votre jardin en RDC ? Si oui, voici 10 étapes pour lancer une petite ferme avicole biologique (production d’œufs et de viande) directement à la maison. Wazatech, Comment élever les poules de façon bio en RDC et gagner de l’argent | Wazatech
  • Covid-19 : «L'impact de la crise pourrait s'élever à 9 Md€», selon la présidente de l'assurance argusdelassurance.com, Covid-19 : «L'impact de la crise pourrait s'élever à 9 Md€», selon la présidente de l'assurance
  • Les conditions météo ne sont en effet pas favorables avec une tramontane qui soufflera en rafales jusqu'à 80 km/h en journée et des températures pouvant s'élever jusqu'à 28°C. lindependant.fr, Pyrénées-Orientales : le risque incendie élevé sur une partie du département - lindependant.fr
  • A 23 ans, Vanessa Peduzzi a fait un choix plutôt radical: élever des ânes et des vaches en alpage, au-dessus du lac de Côme. Pour elle, ni bar ni discothèque, mais la vie au grand air, une voie empruntée par un nombre croissant de jeunes Italiens. TV5MONDE, Elever des ânes en montagne, le défi d'une jeune Italienne
  • Schignano (Italie) (AFP) – À 23 ans, Vanessa Peduzzi a fait un choix plutôt radical: élever des ânes et des vaches en alpage, au-dessus du lac de Côme. Pour elle, ni bar ni discothèque, mais la vie au grand air, une voie empruntée par un nombre croissant de jeunes Italiens. GoodPlanet mag', Élever des ânes en montagne, le défi d'une jeune Italienne - GoodPlanet mag'
  • Pour les parents, il est plus facile d'élever la voix que d'élever ses enfants. De Marc Favreau
  • Un maître d’école ou un professeur ne peut élever des individus ; il n’élève que des espèces. De Georg Christoph Lichtenberg
  • Il est plus facile d’élever une protestation que d’élever ses sentiments. De André Frossard
  • Quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé. , Évangile selon saint Matthieu, XXIII, 12
  • À son lit de mort, l'homme songe plutôt à élever son âme vers Dieu que des lapins. Jean Commerson, Pensées d'un emballeur
  • Il est plus facile d'élever un temple que d'y faire descendre l'objet du culte. Samuel Beckett, L'Innommable, Éditions de Minuit

Traductions du mot « élever »

Langue Traduction
Corse suscitarà
Basque goratu
Japonais 上げる
Russe повышение
Portugais levantar
Arabe رفع
Chinois 提高
Allemand erziehen
Italien aumentare
Espagnol aumento
Anglais raise
Source : Google Translate API

Synonymes de « élever »

Source : synonymes de élever sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « élever »



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