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Hausser

Définitions de « hausser »

Trésor de la Langue Française informatisé

HAUSSER, verbe

I. − Donner une plus grande hauteur à quelque chose. Synon. exhausser, rehausser, surélever; anton. surbaisser.Hausser une muraille (Ac.). Je l'ai haussée d'un étage (Ac. 1835-1935). Les patins de nacre qui haussent ta taille (Flaub., Hérodias,1877, p. 175).Elle haussa la mèche de la lampe, elle passa dans la salle à manger (Zola, Bête hum.,1890, p. 193).
P. ext., MAR., vx, rare. Se rapprocher de quelque chose (ce qui lui donne une plus grande hauteur). Hausser un bâtiment, un navire; hausser une côte (Littré, Lar. 19e-20e).
Au fig. [Le compl. désigne une partie du référent du suj.] Laisser voir en hauteur. Synon. dresser, élever, exhausser.La cathédrale hausse sa façade. Un volcan qui, dressé dans la splendeur du soir, Hausse, porte-étendard de l'hivernal cortège, Sa bannière de feu sur un peuple de neige (Heredia, Trophées,1893, p. 201).Et plus loin, sur l'écran mauve d'une forêt, le pignon d'une autre maison haussait une tache triangulaire (Genevoix, Rroû,1931, p. 186) :
1. La grille (...) posait sur un mur (...). Elle était aveuglée à mi-hauteur par une plaque de tôle dentelée, et ne haussait pas à plus de trois mètres du sol ses pointes rouillées. A. France, Hist. comique,1903, p. 96.
MAR., vx, rare. Devenir plus proche (en laissant voir plus sa hauteur). La côte hausse; le navire hausse (Lar. 19e, Littré, DG).
Emploi pronom. réfl. S'élever, se dresser. Un minaret se hausse, une coupole de mosquée ou de medersah s'arrondit (Farrère, Homme qui assass.,1907, p. 147).Les bouleaux étaient très serrés : ils se haussaient d'un jet vertical, jaillissaient comme des fusées grêles vers la lumière d'un ciel blafard (Genevoix, Raboliot,1925, p. 164).
II.
A. − Faire passer quelque chose d'un niveau à un autre, placé plus haut dans l'espace.
1. [Avec un compl. locatif désignant qqc. qui sert de repère]
a) [Le suj. désigne l'agent] Synon. élever, exhausser (littér.), lever; anton. abaisser, baisser.Une porte s'ouvrit sur une vieille dame en coiffe de nuit et camisole; elle haussait une lampe à pétrole au-dessus de ses lunettes (Giono, Bonh. fou,1957, p. 102).
Au part. passé. Les armes de Jésus (...) c'est le lourd ostensoir Haussé dessus les fronts comme un soleil couchant (Péguy, Tapisserie Ste-Geneviève et J. d'Arc,1913, p. 82).
Au fig. Synon. élever; anton. abaisser, rabaisser.Son opération imbécile qui aurait dû le faire enfermer autrefois, le haussait maintenant au rang des vastes cerveaux financiers (Zola, Argent,1891, p. 8).
Au part. passé. Il éprouvait une sorte de honte en se voyant haussé au rang social d'étudiant (Flaub., Éduc. sent., t. 1, 1869, p. 40) :
2. ... les compétitions des partis furent ainsi haussées au niveau d'une Iliade, les politiciens devinrent des géants... Sorel, Réflex. violence,1908, p. 136.
b) [Le compl. désigne une partie du référent du suj.] Synon. lever; anton. abaisser, baisser.Ils haussaient vers les carreaux des mufles barbus de chiens timides (Adam, Enf. Aust.,1902, p. 138).La France pourra-t-elle hausser son rôle jusqu'à servir de modératrice dans les conflits d'intérêts (Jaurès, Paix menacée,1914, p. 234).
c) Emploi pronom. réfl. Passer d'un niveau à un autre situé plus haut dans l'espace. Synon. s'élever; anton. s'abaisser, se baisser.Je me haussai avec les poignets jusqu'à la hauteur du soupirail (Flaub., Tentation,1874, p. 62).
Au fig. Synon. s'élever, s'exhausser; anton. s'abaisser.Il semble que ce défi atteigne là une sorte de zénith, où ne se haussent d'ailleurs que peu d'élus (Benda, Fr. byz.,1945, p. 29) :
3. ... ce lui si tacitement, si infailliblement appliqué, semblait tout à coup se hausser à une désignation presque fabuleuse... Gracq, Beau tén.,1945, p. 102.
d) [Le suj. désigne le moyen] Synon. élever; anton. abaisser.Le grossissement animé des premiers plans cinématographiques hausse la minuscule abeille ouvrière à la taille d'un chien de chasse (Colette, Pays. et portr.,1954, p. 105).
2. [Sans compl. locatif]
a) [Le suj. désigne l'agent] Synon. lever, soulever; anton. baisser.Hausser une torche. Le mouvement de tâtonnement qu'on fait en haussant et baissant une lentille pour trouver le vrai point du foyer (J. de Maistre, Soirées St-Pétersb., t. 2, 1821, p. 245).Les fantômes, quand minuit sonne, Viennent armés de pied en cap; Biorn, qui malgré lui frissonne; Salue en haussant son hanap (Gautier, Émaux,1858, p. 80).Je m'asseyais sur un siège grinçant, ma mère glissait une couverture pliée sous mes fesses pour me hausser (Sartre, Mots,1964, p. 98) :
4. ... Nous voyons donc plus de choses que les anciens, et de plus lointaines, mais ce n'est ni par l'acuité de notre vue, ni par la hauteur de notre taille, c'est seulement qu'ils nous portent et nous haussent de leur hauteur gigantesque. Gilson, Esprit philos. médiév.,1932, p. 226.
Au fig. Synon. élever; anton. abaisser.La marque d'un orateur selon mon gré, c'est de hausser le débat (Barrès, Mes Cahiers, t. 5, 1906, p. 74).
b) [Le compl. désigne une partie du référent du suj.] Synon. élever; anton. abaisser.La rivière hausse son lit. Pendant plus d'un siècle, les maisons se pressent, s'accumulent et haussent leur niveau dans ce bassin comme l'eau dans un réservoir (Hugo, N.-D. Paris,1832, p. 136).Le vil gredin, ayant enfin terminé sa toilette, haussa la hure et gloussa : − Qu'il vienne! (Cladel, Ompdrailles,1879, p. 268) :
5. Du milieu de ça, un œil découvert regardait sans bouger la paupière, ou bien un bras haussait sa main comme une grappe écrasée... Giono, Gd troupeau,1931, p. 139.
Au part. passé. Le bon d'Andonville, tout ébahi, les sourcils haussés d'étonnement, ne savait où il en était (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 123).
En partic.
Hausser les épaules. Manifester son indifférence, sa résignation ou son agacement par un léger soulèvement d'épaules. Hausser les épaules d'indignation. Il ne s'agit pas de se moquer et de hausser les épaules (Lemercier, Pinto,1800, V, 5, p. 150).Jacques haussa imperceptiblement les épaules : − « Ça gênerait, sans doute, certains industriels du Nord (...) » (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 525).
Hausser le coude (vx). V. coude I B 1 b β.
c) Emploi pronom. réfl. Se lever, se soulever. Anton. se baisser.Se hausser pour mieux voir. Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage et fus complètement fasciné par une gorge chastement couverte d'une gaze (Balzac, Lys,1836, p. 25) :
6. − Vos derniers mots ressemblent à une plainte. Vous n'êtes donc pas heureuse? Les petites épaules se haussèrent. Vogüé, Morts,1899, p. 184.
Au part. passé. Les arrivants se bousculent, haussés sur les marches (Pourrat, Gaspard,1925, p. 277).
d) [Le suj. désigne le moyen] Élever. Synon. exhausser; anton. abaisser.C'étaient de petites marches de marbre très aises qui haussaient nos trois gros corps par à-coups, de marche en marche (Giono, Roi sans divert.,1947, p. 189).
Au fig. Élever. Pour mes petites saloperies sentimentales et corporelles, mes velléités, mes ratages, je préfère encore écouter les confidences des autres, qui me haussent par comparaison (Arnoux, Renc. Wagner,1927, p. 165).
B. −
1. [Le suj. désigne l'agent] Faire passer quelque chose à un niveau plus haut que celui qu'il avait auparavant (dans des proportions telles ou telles). Synon. augmenter; anton. diminuer.Hausser les loyers de cinquante francs.
a) [Avec un compl. introduit par de indiquant la mesure de la hausse] :
7. ... tous les carreaux des bourgeois cassés (...) et les vitriers de Rouen ont de suite profité de l'occasion (on se les arrache, les vitriers) pour hausser leur marchandise de 30 pour cent. Flaub., Corresp.,1853, p. 274.
[En constr. avec faire] J'ai déjà fait hausser de plus du double le prix des manuscrits (Balzac, Illus. perdues,1839, p. 305).
Emploi au part. passé. Son menton était haussé d'un centimètre, ses prunelles élevées dans son œil (Giraudoux, Bella,1926, p. 150).Le 11 novembre 1918, elles se retrouvaient dans une maison intacte, le revenu sauf, et même haussées d'un cran puisque passées définitivement au rang de personnes très bien que la société peut voir (Estaunié, MmeClapain,1932, p. 6).
b) [Sans compl. introduit par de] Des savants prétendent que la chaleur animale se développe par les contractions musculaires, et qu'il est possible en agitant le thorax et les membres pelviens de hausser la température d'un bain tiède (Flaub., Bouvard, t. 1, 1880, p. 66).
[En constr. avec faire] Celles-ci font hausser le prix des denrées (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 49).En quoi l'honneur ou le déshonneur de M. de Morcerf m'importe-t-il? Cela ne faisait ni hausser, ni baisser la rente (Dumas père, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 410) :
8. ... le malfaiteur qui, par je ne sais quel infâme négoce, a fait hausser le prix des froments et des seigles... Coppée, Bonne souffr.,1898, p. 47.
En partic.
α) [Le compl. désigne une production sonore] Augmenter l'intensité (d'un son). Synon. élever; anton. baisser.Le petit bruit continuait toujours et Isabelle, ne ménageant plus rien, haussait la voix pour le couvrir (Gautier, Fracasse,1863, p. 403).Leurs cris farouches couvraient la voix du chanteur qui vainement haussait sur l'assemblée la clameur harmonieuse de sa bouche et de sa lyre (A. France, Clio,1900, p. 34).Emploi pronom. réfl. Les voix se haussaient encore, on ne voyait que la gesticulation des bras (Zola, Bonh. dames,1883, p. 670).
Hausser le ton. Parler fort, sur un ton de menace, de commandement. Ils parlaient presque de la même voix, lui avec une manière parisienne de hausser le ton, elle d'un soprano posé et ralenti (Colette, Ingénue libert.,1909, p. 141).
Au fig. S'il fallait sur la scène aimer comme l'on aime (...) regarder comme on contemple, notre langage resterait chiffré. Les silences ici doivent se faire entendre. L'amour hausse le ton et l'immobilité même devient spectaculaire. Le corps est roi (Camus, Sisyphe,1942, p. 111).
β) Dans le domaine musical.Faire devenir plus aigu (un son). Hausser le diapason. Cette guitare est montée trop bas,il faut la hausser (Ac. 1935). Chaque pédale [de la harpe] est pourvue d'un double mécanisme fonctionnant de manière à hausser le son bémolisé, soit d'un demi-ton, soit d'un ton, selon que la pédale s'abaisse d'un ou de deux crans (Gevaert, Instrum.,1885, p. 76).En haussant ou en baissant les notes de la gamme diatonique on obtient la gamme chromatique (R. Lenormand, Harm. mod.,1913, p. 92).
Au part. passé. Le son haussé soudain d'un essaim guerroyant (Colette, Naiss. jour,1928, p. 24).
2. [Le suj. désigne ce qui hausse]
a) Vx. Devenir plus haut. La rivière a bien haussé cette nuit (Ac. 1798-1878). Avoir une épaule qui hausse (Ac. 1878-1935). Comme je m'y étais attendu, le fond haussa de trois brasses par lieue (Voy. La Pérouse,t. 3, 1797, p. 53).
Emploi pronom. réfl. Devenir plus haut. Le niveau de l'eau se haussait sans palpitation (Hugo, Travaill. mer,1866, p. 451).
b) Vieilli. Augmenter (de valeur, de prix). Synon. monter, être en hausse; anton. diminuer, baisser, être en baisse.Le cours du change, des actions, des ventes a haussé depuis quelques jours (Ac. 1835-1935). Quatre florins, les pommes de terre ont un peu haussé de prix, à cause des semences (Karr, Sous tilleuls,1832, p. 92).Si les fonds continuent à hausser, peut-être vendrai-je ma rente pour la replacer en lieu plus sûr (Hugo, Corresp.,1851, p. 31) :
9. Dès que la main-d'œuvre haussera en Irlande, ils coloniseront de leurs manufactures la France et d'autres pays continentaux. Michelet, Journal,1834, p. 141.
Au fig. Les actions (de qqn) haussent. (Quelqu'un) devient apprécié, prisé. Cependant mes actions vont hausser après le départ de M. de Montmorency. J'aperçois déjà les symptômes d'une faveur à venir (Chateaubr., Congrès Vérone, t. 1, 1838, p. 151).
Prononc. et Orth. : [ose] init. asp., (il) hausse [o:s]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Début xiies. trans. « lever, porter à un niveau supérieur » (St Brendan, 1151 ds T.-L. : Halcet la [la lamme] sus vers la nue [alte erectom]); 1remoitié xiiies. [ms.] pronom. (Chr. de Troyes, Perceval, éd. A. Hilka, 5012, var. du ms. R); 2. ca 1155 « rehausser, relever » (Wace, Brut, 4210 ds T.-L.); 3. ca 1195 « augmenter l'intensité, la hauteur d'un son » voiz hauciee (Ambroise, Guerre sainte, 3253, ibid.); 4. ca 1208 « augmenter la valeur, l'importance, le prix de quelque chose » (G. de Villehardouin, Conquête Constantinople, éd. E. Faral, 229 : mais fust la crestienté alcie). D'un lat. *altiare, dér. du lat. class. altus, v. haut1représenté par l'ital. alzare, le cat. alsar, esp. alzar, port. alçar (v. FEW t. 24, p. 365b), avec un -h- de même orig. que celui de haut*. Fréq. abs. littér. : 3 249. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 200, b) 4 460; xxes. : a) 6 660; b) 6 388.

Wiktionnaire

Verbe - français

hausser (h aspiré)\o.se\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se hausser)

  1. Rendre plus haut, mettre dans une situation plus haute, élever.
    • Dès sa première année de Conservatoire, la fille de théâtre se hausse à connaître par cœur toutes les crudités du langage français. — (Pierre Louÿs, Trois filles de leur mère, René Bonnel, Paris, 1926, chapitre II)
    • Devant lui le sergent Bellazzi, les cheveux en bataille et les yeux pleins de sommeil, alluma une allumette-bougie et la haussa pour éclairer l'intérieur. — (Eugenio Corti, Le cheval rouge, L'Âge d'Homme, 1997, page 217)
    • Se hausser sur la pointe des pieds.
  2. Lever, porter en haut.
    • Il avait saisi l’arbre à pleins bras, […]. À chaque effort, il se haussait d’une demi-coudée. Dans ses reins se mouvaient des souplesses de lézard ; l’écorce pétillait sous ses orteils nus. — (Alphonse de Châteaubriant, Monsieur des Lourdines, chap.1, 1910)
    • Cela se baisse et se hausse à volonté.
    • Haussez-le d’un cran.
    • (Figuré) Hausser le cœur, hausser le courage à quelqu’un, lui donner du cœur, de la fierté, lui élever le courage.
  3. Augmenter le volume sonore en parlant de la voix, du son des instruments.
    • Hausser la parole, la voix, le ton.
    • Cette guitare est montée trop bas, il faut la hausser.
  4. Modifier la hauteur d’une note musicale vers les aiguës.
  5. (Par extension) Augmenter.
    • Hausser la paie du soldat, les gages d’un domestique, les impôts.
    • Hausser la monnaie, le prix des monnaies : en augmenter la valeur numéraire.
  6. (Par extension) (Figuré) (Intransitif) (Vieilli) Se dit des choses dont la valeur, le prix, augmente.
    • Le prix du blé, le change, les actions, ont beaucoup haussé.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

HAUSSER. (H est aspirée.) v. tr.
Rendre plus haut, mettre dans une situation plus haute, élever. Hausser une muraille. J'ai fait hausser ma maison. Je l'ai haussée d'un étage. Se hausser sur la pointe des pieds. Il signifie aussi Lever, porter en haut. Hausser le bras, la jambe. Hausser les épaules. Cela se baisse et se hausse à volonté. Haussez-le d'un cran. Hausser les épaules signifie particulièrement Témoigner en haussant les épaules qu'une chose déplaît, qu'elle choque, et plus souvent qu'elle n'inspire que du dédain. Quand il dit cela, tout le monde haussa les épaules. Cela fait hausser les épaules. Il n'y a rien à répondre à cela, il n'y a qu'à hausser les épaules. Hausser les épaules de pitié, de mépris. Fig., Hausser le cœur, hausser le courage à quelqu'un, Lui donner du cœur, de la fierté, lui élever le courage. Il se dit aussi en parlant de la Voix, du son des instruments. Hausser la parole. Hausser sa voix. Hausser la voix, le ton. Cette guitare est montée trop bas, il faut la hausser. Fig., Hausser le ton, Prendre, dans ses discours, un ton de menace ou de supériorité; élever ses prétentions. Loin de fléchir, il hausse le ton. On dit aussi, familièrement, Hausser d'un ton. Il signifie par extension Augmenter. Hausser la paie du soldat, les gages d'un domestique. Hausser les impôts. Il est vieux. On dit plutôt AUGMENTER. Hausser la monnaie, le prix des monnaies, En augmenter la valeur numéraire. Par extension, il se dit figurément et intransitivement des Choses dont la valeur, dont le prix augmente. Le prix du blé a beaucoup haussé. Le change hausse. Les actions haussent. Le cours du change, des actions, de la rente a haussé depuis quelques jours. On dit plutôt aujourd'hui MONTER. Fig. et fam., Hausser d'un cran, se dit de Certaines choses qui augmentent d'une très petite quantité. Sa fortune, son crédit n'a pas haussé d'un cran. Avoir une épaule qui hausse, Avoir une épaule plus haute que l'autre.

Littré (1872-1877)

HAUSSER (hô-sé) v. a.
  • 1Rendre plus haut. Hausser un mur, une maison. Je ne doute pas que, si quelque capitaine des grands grenadiers lit jamais cet ouvrage, il ne hausse de deux grands pieds au moins les bonnets de sa troupe, Voltaire, Micromégas, ch. 5.
  • 2Lever en haut. Hausser le bras. Il hausse la visière de son casque. Je saute à bas du lit, je cours à la fenêtre, J'ouvre et hausse la vue, et ne vois rien paraître, Racan, Bergeries, Alcidor, I, 1. Pour se corriger d'un défaut qu'il avait contracté par une mauvaise habitude, qui était de hausser continuellement les épaules, il [Démosthène] s'exerçait debout dans une espèce de tribune fort étroite où pendait une hallebarde, afin que, si dans la chaleur de l'action ce mouvement venait à lui échapper, la pointe de cette hallebarde lui servit d'avertissement et de punition, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. V, p. 534, dans POUGENS.

    Hausser les épaules, les lever en signe de dédain, de mépris. Vous, qui me prétendez faire passer pour sot, En me haussant l'épaule et faisant la grimace, Molière, Éc. des femmes, IV, 2. Le roi le vit [Cavalier, un des chefs des protestants révoltés dans les Cévennes], et haussa les épaules, Voltaire, Louis XIV, 36.

    On dit dans le même sens : hausser le dos. Pourquoi hausser le dos ? est-ce qu'on parle en fat ? Molière, Éc. des femmes, IV, 2.

    On dit aussi quelquefois : hausser les épaules de pitié, de mépris.

    Fig. et familièrement. Hausser le coude, boire beaucoup. Adieu, quand vous voudrez, nous hausserons le coude ; Si je vous y tenais, nous boirions à ravir, Boursault, Fabl. d'Ésope, I, 6.

    On dit dans le même sens : hausser la gourde, hausser le gobelet ; et, populairement, hausser le temps, locution qui vient peut-être de ce qu'on dit : le temps est haut, pour signifier : les nuages sont hauts, il n'y a pas menace de pluie, de sorte que hausser le temps signifierait rendre le temps beau, gai, en buvant.

    Terme de chasse. Hausser le nez à son limier, lui faire rapprocher une vieille voie.

  • 3 Terme de marine. Hausser un vaisseau, s'en approcher afin de le reconnaître. On dit de même : hausser une côte, un phare, etc.

    Cette locution vient de ce qu'en approchant d'un vaisseau, d'une côte, on semble hausser ces objets qui de moment en moment paraissent plus grands.

  • 4 Terme de potier. Hausser un plat, une assiette, étendre la matière du centre à la circonférence.

    Terme d'orfévrerie. Élargir une pièce en lui donnant de la profondeur.

  • 5 Fig. Augmenter. Plus vous me faites voir d'amour et de mérite, Plus vous haussez le prix des trésors que je quitte, Corneille, Tois. d'or, III, 3. Le paysan [en Angleterre] n'a point les pieds meurtris par des sabots, il mange du pain blanc, il est bien vêtu, il ne craint point d'augmenter le nombre de ses bestiaux, ni de couvrir son toit de tuiles, de peur que l'on ne hausse ses impôts l'année d'après, Voltaire, Dict. phil. Gouvernement anglais. La compagnie, ayant rempli cet engagement, haussa son dividende à sept, et ensuite à huit, Raynal, Hist. phil. III, 39.

    Hausser la monnaie, le prix des monnaies, en augmenter la valeur numéraire. Il [Pierre le Grand] avait été réduit à la mauvaise ressource de hausser les monnaies ; remède qui ne guérit jamais les maux d'un État, Voltaire, Charles XII, 8.

  • 6Rendre plus fort, en parlant de la voix. Mais à peine il revit, qu'elle, haussant la voix : Je n'ai pas résolu de mourir à ton choix, Dit-elle…, Corneille, Théod. V, 8. Je n'ai qu'à faire un pas et hausser la parole…, Corneille, Tite et Bérén. II, 1. Contre qui as-tu haussé la voix et élevé tes yeux insolents ? Sacy, Bible, Isaïe, XXXVII, 23. Après quelques moments haussant un peu la voix : Dans Thèbes, reprit-elle, on conte qu'autrefois…, La Fontaine, Filles de Minée. Sans éveiller d'écho sonore, J'ai haussé ma voix faible encore, Hugo, Odes, II, 10.
  • 7 Terme de musique. Faire que les sons rendus soient plus aigus, en parlant d'instruments. Hausser une guitare.

    Hausser le diapason, prendre pour note du diapason une note plus élevée.

    Hausser le ton d'un morceau de musique.

    Fig. Hausser le ton, prendre un ton de commandement, de menace, élever ses prétentions. Cette manière de commander avec douceur et avec fermeté, et de répondre en peu de paroles sans hausser le ton, Maintenon, Lett. à Mme de.... 30 sept. 1693.

  • 8 Fig. Donner plus de force, en parlant du cœur, du courage. Cette place lui a bien haussé le cœur.
  • 9 V. n. Devenir plus haut, plus élevé. La rivière a haussé.

    Avoir une épaule qui hausse, avoir une épaule plus haute que l'autre.

    Terme de marine. La terre hausse, le navire hausse, nous nous rapprochons de la terre, de tel navire.

    Fig. et familièrement. Hausser d'un cran, augmenter d'une petite quantité. Son crédit n'a pas haussé d'un cran.

    Fig. Prendre une valeur plus grande. Les prix ont haussé. La rente continue à hausser. On se plaignait que tous les acheteurs allaient à eux, et qu'ils faisaient hausser le prix du grain, Raynal, Hist. phil. III, 1.

    Fig. Hausser d'un ton, prendre un ton de supériorité, de menace.

  • 10Se hausser, v. réfl. Se rendre plus grand. Se hausser sur la pointe du pied.

    Fig. C'est un homme qui ne se hausse ni ne se baisse, c'est un homme tranquille qui ne s'émeut pas facilement.

    Fig. Se hausser, tâcher de paraître avoir plus de mérite, plus de crédit, etc. qu'on n'a.

  • 11Être haussé. Cela se baisse et se hausse à volonté.

    Le temps se hausse, il s'élève, il s'éclaircit.

    Fig. Arriver au point de. Nos pères sur ce point étaient gens bien sensés, Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez, Quand la capacité de son esprit se hausse à connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse, Molière, Femmes sav. II, 7.

HISTORIQUE

XIIe s. Li emperere en hauce le menton, Ronc. p. 12.

XIIIe s. Or entendés come grans domages ce fu, quant il ne furent avec aus [eux] ajousté ; tousjors mais en fust crestienté haucie, Villehardouin, C. L'une se hauce, et ses voisines Se tiengnent vers la terre enclines, la Rose, 5781. Por ce ne demorra pas, quant li uns vaurra [voudra] haucier se [sa] meson, qu'il ne le [la] hauce et que cascuns n'ait se goutiere par devers soi, Beaumanoir, XXIV, 22. Et vraiement, fist le chevalier, vous le comparrez [paierez], et lors il hauça sa potence et feri le juif les l'oye [lez l'ouie, près l'oreille], Joinville, 198. Hom vrais est cil qui tient le mi entre celui qui use ventance et monstre qu'il face grans choses et se hauce plus qu'il ne doit, et entre celui qui se desprise et humilie, Latini, Trésor, p. 291.

XIVe s. Il vente d'un froi vent qui à haucier s'est pris, Et il pluet malement en accroissant tous dis, Guesclin. 18235.

XVe s. Adonc l'autre hausse et de bon poing charge sur le visage de sa compagne, Louis XI, Nouv. C. Haussez [remontez d'un cran à la crémaillère] ce pot, de par Dieu ! - Eh bien ! dit-elle, je le hausserai [encherirai], je le mets à sept sols ; est-ce assez haut ? Louis XI, ib. XCVII.

XVIe s. Pour avoir haulsè la main ou baissé la teste, Montaigne, I, 49. Il meit des cailloux dans cette cruche jusques à ce qu'il eust faict haulser l'huile plus prez du bord, Montaigne, II, 176. Ayant les habitans haulsé et bien remparé les murailles…, Amyot, Cam. 3. Le lac commencea à s'enfler et se haulser à vue d'œil, Amyot, Cam. 5. Comme l'un haulsoit une hache pour luy en donner sur la teste, Amyot, ib. 47. Le vent haulsa la mer par telle violence, que…, Amyot, Sertor. 10. Il se voulut lever de là ; car le cœur luy haulsoit, et commencoit à s'esmouvoir et attrister jusqu'aux larmes, Carloix, II, 11. Ce grand capitaine eut pour lieutenant à sa compagnie de cent hommes d'armes Dom Diego de Quiñones, qui lui haussa bien la main [l'assista] en ses combats et victoires, et de vray luy fut bon et brave lieutenant, Brantôme, Cap. estr. t. I, p. 102. dans LACURNE.

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Étymologie de « hausser »

Picard, se heucher ; provenç. alsar, ausar ; espagn. alzar ; ital. alzare, d'un verbe bas-lat. fictif altiare, de altus, haut (voy. HAUT).

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(XIIe siècle)[1] Du latin *altiare[1] (« mettre plus haut »), forme collatérale de altare (« élever, mettre en haut ») formée sur altior, altius (« plus haut »). Apparenté[2] à l’espagnol alzar, l’italien alzare, le roumain înălța, l’occitan auçar, le catalan alçar.
Au sujet du h initial aspiré, voir haut.
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Phonétique du mot « hausser »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
hausser ʰose

Fréquence d'apparition du mot « hausser » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « hausser »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « hausser »

  • Pour taper sur le ventre d'un colosse, il faut pouvoir s'y hausser.
    Charles Baudelaire — L'Esprit et le style de M. Villemain
  • Imaginer, c'est hausser le réel d'un ton.
    Gaston Bachelard — L'Air et les songes
  • L’état de courtisan est un métier dont on a voulu faire une science. Chacun cherche à se hausser.
    Chamfort — Maximes et pensées
  • Un mois après le décès de George Floyd, cet Afro-Américain mort à la suite d'une intervention policière violente au Minnesota, de plus en plus de personnes demandent une réforme des forces policières. Des experts saskatchewanais croient au contraire qu’il faut hausser le budget alloué à la formation des policiers.
    Radio-Canada.ca — Des experts veulent hausser le budget alloué à la formation des policiers en Saskatchewan | Radio-Canada.ca
  • Les heures passèrent. Dehors, il pleuvait une complainte d’adieux. Elle se farda, utilisa des étoffes, se déguisa. Durant toute la nuit, une ingéniosité diabolique peupla la chambre de femmes venues de toutes contrées, insinuantes, expertes ou naïves, tourmentées, buveuses de saccades. Vers le matin, les femmes disparurent et deux hommes s’effrénaient devant le grand miroir au flamboiement des bûches.L’épuisement passé, il se leva, toucha distraitement les seins d’Adrienne.– Ils te plaisent ? Lui demanda-t-elle avec une maternité étrange. Tu vois, ils commencent à tomber. Je suis devenue une vieille femme. (Songeant à la jeune rivale, elle écrasa, abaissa les seins.) Encore mieux ainsi. (Elle rit.) Je suis vieille. Il faut aller de plus en plus souvent chez le dentiste. Et tout le reste ! Les articulations qui craquent, les cheveux qui se dessèchent, la peau si glorieuse à quatre heures du matin, l’haleine. Je suis fâchée de te faire de la peine. Mon pauvre chéri qui boude.Elle rit. Mais Solal n’écoutait pas et songeait à Aude. Pourquoi, lorsqu’elle était entrée avec son père, avait-il accentué le balancement maudit et avait-il feint de ne pas la reconnaître ? Il n’était même pas fou, il était lucide à ce moment-là. Quel démon plus fort que lui l’avait possédé à ce moment ? Et il ne la verrait plus. Ô son regard, le soir des grandes fiançailles, le geste gauche et le sourire timide avec lesquels elle s’était dévoilée. Quel démon l’avait poussé à hausser les épaules, à faire ce sourire peureux ? Et maintenant, elle gardait l’image dégoûtante de ces deux balanceurs d’Orient qui crevaient de peur devant la fille d’Europe.Il effaça cette pensée, ne voulu pas savoir ce qu’il allait faire et ouvrit le tiroir. Mais elle fut plus prompte que lui, s’élança, saisit sa main, et le revolver qu’il tenait. La balle effleura le front qui saigna. Il s’abattit.La femme nue prit sur ses genoux l’homme nu. Elle baisa les deux plaies, le calma, le berça tout en songeant que la nuit, depuis si longtemps prévue par elle, était arrivée, nuit pareille aux nuits des hivers passés et des hivers qui viendraient lorsqu’elle ne serait plus.Elle regardait le beau corps blessé et il lui semblait tenir sur ses genoux un grand fils évanoui, irresponsable, frappé par les hommes, condamné, trop vivant, irrémédiablement vaincu. Elle pensait à sa propre vie manquée. Elle n’avait pas su se faire aimer. Elle n’avait jamais rien su. Peut-être la faute de son père et l’effroi qu’elle avait de lui dans son enfance ? Cette paralysie, cette passivité. Les autres, celles qui savaient se faire aimer, étaient superficielles. Elle aurait pu aussi, mais elle avait préféré la servitude. Servante, depuis le soir où l’adolescent était entré dans sa chambre jusqu’à cette dernière nuit. Et maintenant impossible de recommencer. C’était l’autre, Aude, qui l’aurait. Si l’autre ne l’empêchait pas de vaincre, tout était bien. Il deviendrait Solal et un grand homme. Mais personne ne viendrait confier à sa tombe les victoires de l’aimé. Tout de même, elle aurait su avant les autres. Avant les autres, elle avait deviné l’attente et l’espoir de cet homme si simple, si bon en réalité, si pur et qui cachait sa naïveté sous des rires et des étrangetés. Et si elle se trompait, s’il devait n’être qu’un homme comme les autres hommes, du moins elle garderait son illusion jusqu’à la fin et personne non plus ne viendrait la détromper
    Albert Cohen — Solal – Éditions Gallimard 1930
  • Je trouve les caprices de la mode, chez les Français, étonnants. Ils ont oublié comment ils étaient habillés cet été ; ils ignorent encore plus comment ils le seront cet hiver. Mais, surtout, on ne saurait croire combien il en coûte à un mari pour mettre sa femme à la mode.Que me servirait de te faire une description exacte de leur habillement et de leurs parures? Une mode nouvelle viendrait détruire tout mon ouvrage, comme celui de leurs ouvriers, et, avant que tu n’eusses reçu ma lettre, tout serait changé.Une femme qui quitte Paris pour aller passer six mois à la campagne en revient aussi antique que si elle s’y était oubliée trente ans. Le fils méconnaît le portrait de sa mère, tant l’habit avec lequel elle est peinte lui paraît étranger; il s’imagine que c’est quelque Américaine qui y est représentée, ou que le peintre a voulu exprimer quelqu’une de ses fantaisies.Quelquefois, les coiffures montent insensiblement, et une révolution les fait descendre tout à coup. Il a été un temps que leur hauteur immense mettait le visage d’une femme au milieu d’elle-même. Dans un autre, c’étaient les pieds qui occupaient cette place : les talons faisaient un piédestal, qui les tenait en l’air. Qui pourrait le croire ? Les architectes ont été souvent obligés de hausser, de baisser et d’élargir les portes, selon que les parures des femmes exigeaient d’eux ce changement, et les règles de leur art ont été asservies à ces caprices. On voit quelquefois sur le visage une quantité prodigieuse de mouches1, et elles disparaissent toutes le lendemain. Autrefois, les femmes avaient de la taille et des dents ; aujourd’hui, il n’en est pas question. Dans cette changeante nation, quoi qu’en disent les mauvais plaisants, les filles se trouvent autrement faites que leurs mères.Il en est des manières et de la façon de vivre comme des modes : les Français changent de mœurs selon l’âge de leur roi. Le Monarque pourrait même parvenir à rendre la Nation grave, s’il l’avait entrepris. Le prince imprime le caractère de son esprit à la Cour; la Cour, à la Ville, la Ville, aux provinces. L’âme du souverain est un moule qui donne la forme à toutes les autres.De Paris, le 8 de la lune de Saphar, 1717
    Montesquieu — Lettres persanes

Traductions du mot « hausser »

Langue Traduction
Anglais to raise
Espagnol levantar
Italien sollevare
Allemand zu erhöhen
Chinois 募集
Arabe للتمويل
Portugais criar
Russe поднимать
Japonais 上げる
Basque altxatzeko
Corse suscitarà
Source : Google Translate API

Synonymes de « hausser »

Source : synonymes de hausser sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « hausser »

Combien de points fait le mot hausser au Scrabble ?

Nombre de points du mot hausser au scrabble : 10 points

Hausser

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