Abdiquer : définition de abdiquer


Abdiquer : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ABDIQUER, verbe trans.

I.− Sens propre; emploi transitif vieilli et absolu. DR. [Le suj. désigne le plus souvent un souverain ou un suzerain régnant] Renoncer, de plein gré ou non, à de hautes fonctions, à l'autorité souveraine.
P. ext. [Le suj. désigne le détenteur de la puissance] Renoncer à toute espèce de puissance, de droit ou de charge :
1. Au pied du tombeau d'Octave, s'élevoit un tribunal de gazon surmonté d'une colonne qui portoit une statue de Jupiter. C'étoit à ce tribunal que Dioclétien devoit paroître au lever de l'aurore, pour abdiquer la pourpre au milieu des soldats sous les armes. Depuis le jour où Sylla se dépouilla de la dictature, jamais plus grand spectacle n'avoit frappé les regards des romains. F.-R. de Chateaubriand, Les Martyrs,1810, p. 71.
2. En moins de six semaines, l'empereur avait abdiqué son trône, il s'était remis entre les mains des anglais, il se trouvait condamné sur un roc au milieu du vaste océan. E.-D. de Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène, t. 1, 1823, p. 55.
3. ... cette église qui a précédé, qui a formé tous les états chrétiens, est censée avoir consenti, pour être reçue dans l'état, à soumettre entièrement sa discipline à l'autorité de l'état, à élever les princes temporels au-dessus de ses pontifes et de ses conciles, à renoncer à son indépendance, à abdiquer sa puissance divine, à détruire ce que Dieu même a établi! F.-R. de Lamennais, De la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil,1826, p. 176.
4. Il craignait toujours une mésintelligence entre lui et le pacha, ce qui ne tarda pas à arriver. En 1789, une rupture violente éclata entre ces deux princes; et l'émir Joussef, hors d'état de résister, résolut d'abdiquer. A. de Lamartine, Voyage en Orient,t. 1, 1835, p. 257.
5. Un grand crime a eu lieu; il a produit l'énergique explosion d'un principe : devait-on, à cause de ce crime et du triomphe moral et politique qui en a été la suite, renverser l'ordre de choses établi? Examinons : « Charles X et son fils sont déchus ou ont abdiqué, comme il vous plaira de l'entendre; mais le trône n'est pas vacant : après eux venait un enfant; devait-on condamner son innocence?... » F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 3, 1848, p. 663.
6. Alcimaque plaît encore aux femmes; il est galant, leur avis est toujours le sien; mais Alcimaque est un présomptueux. Il faut qu'on l'ait beaucoup gâté. Alcimaque est une faute des femmes. Maintenant, c'est un roi qui perd le sceptre et ne veut pas abdiquer volontairement. L.-E. Duranty, Le Malheur d'Henriette Gérard,1860, p. 151.
7. Je refuse net votre charte. Une charte est un masque; le mensonge est dessous. Un peuple qui accepte une charte abdique. Le droit n'est le droit qu'entier. V. Hugo, Les Misérables,t. 1,1862, p. 799.
8. Un jour M. Mabeuf quitta la rue Mézières, abdiqua les fonctions de marguillier, renonça à Saint-Sulpice, vendit une partie, non de ses livres, mais de ses estampes, (...) et s'alla installer dans une petite maison du boulevard Montparnasse, ... V. Hugo, Les Misérables,t. 1,1862, p. 821.
9. ... plus au fond je crois découvrir une tentation, la tentation du renoncement absolu, le dégoût de toute lutte intéressée, la vanité raffinée du détachement. Or se détacher du devoir, abdiquer ses charges, se démettre de la vie, c'est en effet déserter, rechercher ses aises, se rechercher soi-même. H.-F. Amiel, Journal,1866, p. 442.
10. La république, et ceux qui voulaient à la fois le salut de la république et celui du pays, furent d'accord pour appeler à l'aide le général victorieux. Les directeurs avaient déjà pensé à Joubert. De toute façon, la république abdiquait. Anarchie, ruine financière, débâcle militaire menaçante : tel en était le triste bilan. J. Bainville, Histoire de France,t. 2, 1924, p. 97.
11. Un régime, moral, social, politique, économique, a abdiqué dans la défaite, après s'être lui-même paralysé dans la licence. Un autre, sorti d'une criminelle capitulation, s'exalte en pouvoir personnel. Ch. de Gaulle, Mémoires de guerre,L'Appel, 1954, p. 678.
Rem. Les verbes avec lesquels le mot est le plus fréquemment associé sont : renoncer (ex. 3, 8), se soumettre (ex. 3), accepter (ex. 7); il est plus rarement associé avec : déchoir (ex. 5), perdre le sceptre (ex. 6), se démettre (ex. 9). Les ex. 3 et 8 témoignent de l'ext. prise par abdiquer, qui s'emploie non seulement lorsqu'il s'agit du pouvoir souverain (cf. ex. 2 abdiquer le trône), mais aussi à propos de toute autre fonction ou d'une puissance spirituelle. Les ex. 7 et 9 montrent comment s'est effectué le passage entre le sens I et le sens II; dans l'ex. 9, abdiquer, ayant pour compl. charges, conserve une valeur jur., tout en fonctionnant dans un cont. mor.; dans l'ex. 7 il s'agit de la liberté et des droits pol. des citoyens.
II.− Au fig.
A.− Emploi trans. [L'obj. est un inanimé abstr. désignant un sentiment exclusif intéressant le moi tout entier, ou une valeur de grand prix; le suj. désigne une pers. considérée comme un être libre] Renoncer à quelque chose :
12. ... quand il y va de la conscience, de la pensée, de l'existence intérieure, abdiquer le gouvernement de soi-même, se livrer à un pouvoir étranger, c'est un véritable suicide moral, c'est une servitude cent fois pire que celle du corps, que celle de la glèbe. F. Guizot, Hist. générale de la civilisation en Europe1828, p. 4.
13. Cet instinct d'abnégation que nous avons trouvé en Allemagne est étranger à l'Italie. En cela, comme en tout, l'opposition des deux peuples est tranchée. L'Italien n'a garde de s'abdiquer lui-même, et de se perdre avec Dieu et le monde dans un même idéalisme. Il fait descendre Dieu à lui, il le matérialise, le forme à son plaisir, y cherche un objet d'art. Il fait de la religion, et souvent de bonne foi, un objet de gouvernement. J. Michelet, Introduction à l'histoire universelle,1831, p. 433.
14. Ta fierté serait donc ton endroit vulnérable; c'est peut-être même ton idole. Prends garde, renonces-y avant qu'elle ne soit brisée. Pour éviter les mortifications, le plus simple est de se soumettre d'avance à la volonté de Dieu, d'abdiquer sa volonté propre et de n'avoir d'autre idole que le devoir. Que peut-on blesser, torturer, déchirer dans le moi qui a renoncé à son moi, qui ne retient rien pour son compte, et qui a tout offert en sacrifice à Dieu? H.-F. Amiel, Journal,1866, p. 80.
15. On sentait une puissante individualité, que la foi s'était assujettie, mais que la règle ecclésiastique n'avait pas domptée. C'était un saint; c'était à peine un prêtre; ce n'était pas du tout un sulpicien. Il manquait à la première règle de la compagnie, qui est d'abdiquer tout ce qui peut s'appeler talent, originalité, pour se plier à la discipline d'une commune médiocrité. E. Renan, Souvenirs d'enfance et de jeunesse,1883, p. 237.
16. ... toutes ces lâchetés ont un but : l'immense soulagement d'abdiquer toute activité, le nirvana du passivisme; un désintéressement complet de la dignité de la vie, le pliage définitif du respect humain, en un mot, l'hypocrite prétexte que veut le lâche pour se déclarer irresponsable. J. Péladan, Le Vice suprême,1884, p. 48.
17. Cette abjection ne peut qu'inquiéter de la part de ceux qui ont charge de représenter la France. Ce sont eux qui assument la responsabilité des maux dont souffrent, à l'heure actuelle, certaines parties du pays des noirs. C'est que, pour avancer en grade, il fallait qu'ils n'eussent « pas d'histoires ». Hantés de cette idée, ils ont abdiqué toute fierté, ils ont hésité, temporisé, menti et délayé leurs mensonges. R. Maran, Batouala,1921, p. 14.
18. Elle eut soudain l'horrible et précis rappel de tout ce qu'elle avait fait pour cet homme, de leurs nuits, de cet amour insensé, de cette adoration d'une chair méprisable où elle s'était abaissée et prostituée. Jusqu'où n'avait-elle pas abdiqué sa pudeur et sa dignité, quel stupre n'avait-elle pas accepté pour susciter en lui le frisson du plaisir, mériter un mot, un geste, un regard contenté et repu qui la récompensait? M. Van der Meersch, Invasion 14,1935, p. 124.
B.− Emploi absolu. Renoncer à agir (par contrainte ou par apathie) :
19. Être neutre, c'est abdiquer, c'est répudier tout le monde mais choisir entre deux partis le moins mauvais, ce n'est pas s'interdire de revenir plus tard au meilleur. A. de Lamartine, Correspondance,t. 1, 1833, p. 144.
20. Elle avait su se convaincre que ce n'était là ni un esprit ni un caractère avec lesquels il fût permis d'entrer en accommodements; elle comprenait qu'elle avait affaire à une de ces âmes susceptibles et fières qui imposent des conditions, mais qui n'en reçoivent pas, qui peuvent abdiquer, mais qui ne transigent jamais. Or, comme il s'agissait ici d'une abdication d'un million, il n'était pas vraisemblable que Bernard s'y résignât aisément, quelque désintéressé qu'on le supposât. J. Sandeau, Mademoiselle de la Seiglière,1848, p. 199.
21. Avoir été dans son pays l'homme idée, l'homme succès, l'homme révolution! Y renoncer! Abdiquer! N'être plus! Faire rire! Être un sac où il y a eu quelque chose! Être le passé quand on a été l'avenir! Aboutir à la pitié hautaine des idiots! Voir triompher la routine, l'entêtement, l'ornière, l'égoïsme, l'ignorance! V. Hugo, Les Travailleurs de la mer,1866, p. 406.
22. Nous dispenser, nous abstenir, nous effacer, nous enterrer, voilà le vœu et la tactique de notre pusillanimité chronique. Nous sommes des pleutres par découragement. Nous nous désintéressons par apathie. Nous abdiquons par lâcheté. − Notre bouddhisme nous monarchise; il équivaut à une castration. H.-F. Amiel, Journal,1866, p. 208.
23. N'ayez peur de rien; faites ce que vous voulez. N'acceptez aucun esclavage, ni chaîne dorée, ni chaîne fleurie. Seulement, mes amis, soyez rois en vous-mêmes. N'abdiquez pas. Soyez maîtres des désirs et de la colère aussi bien que de la peur. Alain, Propos,1910, p. 72.
Rem. Dans cet emploi abdiquer est gén. péj.; noter cependant la nuance dans l'ex. 20, où il s'oppose à transiger.
Stylistique 1. L'emploi adjectif du part. passé peut se rencontrer : abdiqué « qui a abdiqué ». Sens I (cf. abdicataire) : 24. Elle était habillée de crêpe, portait un voile noir comme un diadème sur ses cheveux blancs, et ressemblait à une reine abdiquée. F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 3, 1848, p. 107. Sens II : 25. Je sens que je ne suis plus qu'un être abdiqué. Est-ce ma voix, cette voie qui murmure : − ce que tu voudras, ce que tu me demanderas, je le ferai, je le ferai. P. Benoit, L'Atlantide, 1919, p. 262. 2. L'emploi réfl. absolu (au sens II B) est exceptionnel; peut-être latinisme (cf. étymol. se abdicare) empl. au fig., ou arch. (cf. hist. II A), ou simplement souci de symétrie avec un réfl. voisin (se mutiler, s'affirmer), avec suggestion d'un effet de sens second. « renoncer à soi-même, se renoncer » : 26. Il est très vrai cependant que la raison peut être altérée; elle peut, jusqu'à un certain point, s'abdiquer, se mutiler; on peut l'induire à faire un mauvais usage de ses facultés, à n'en pas faire tout l'usage qu'elle a le droit d'en faire. F. Guizot, Hist. générale de la civilisation en Europe, 1828, p. 22. 27. Les plus sincères amitiés, les bonnes volontés, les tendresses à venir, je les soupçonnerai, je les découragerai, je les renierai. L'homme doit vivre seul. Aimer c'est s'abdiquer. Haïr, c'est s'affirmer. H. Bazin, Vipère au poing, 1948, p. xxv. 3. Qq. ex. intéressants (du point de vue de l'obj. ou du suj.) : 28. On n'abdique pas le crime aussi facilement qu'une couronne; le front que ceignit l'affreux bandeau en conserve des marques ineffaçables. F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 2, 1848, p. 597. 29. On grattait les N au Louvre. Le pont d'Austerlitz abdiquait et s'intitulait pont du Jardin du Roi, double énigme qui déguisait à la fois le pont d'Austerlitz et le Jardin des Plantes. V. Hugo, Les Misérables, t. 1, 1862, p. 145. 30. Enfin un rivage fut signalé; et nous vîmes, en approchant, que c'était une terre magnifique, éblouissante. Il semblait que les musiques de la vie s'en détachaient en un vague murmure, et que de ces côtes, riches en verdures de toute sorte, s'exhalait, jusqu'à plusieurs lieues, une délicieuse odeur de fleurs et de fruits. Aussitôt chacun fut joyeux, chacun abdiqua sa mauvaise humeur. Toutes les querelles furent oubliées, tous les torts réciproques pardonnés; les duels convenus furent rayés de la mémoire, et les rancunes s'envolèrent comme des fumées. Ch. Baudelaire, Petits poèmes en prose, Déjà! 1867, p. 170. 31. La province a des habitants Qui vivent avec bonhomie, Et qui sont toujours bien portants. Ils ont un soleil magnifique, Un air pur, un vaste horizon; Depuis que le printemps abdique, L'automne est la douce saison. Je vois d'ici des paysages Comme on en peint dans les tableaux; Les prés, les bois et les villages Posent exprès sur les coteaux. G. Nadaud, Chansons, 1870, p. 267.
Prononc. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [abdike]. Enq. : /abdik/. Conjug. parler. 2. Dér. et composés : abdicataire, abdication. 3. Forme graph. − La graph. qu est remplacée par c dans les dér. en -a-. Cette alternance est rég. pour les verbes en qu-devant les suff. -ataire et -ation (cf. R. Thimonnier, Principes d'une réforme rationnelle de l'orthographe, 1968, p. 18-19).
ÉTYMOL. − Corresp. rom. : prov. abdica; ital. abdicare; esp., port, cat. abdicar. 1. Ca 1375, « renoncer au pouvoir », réfl., terme jur. dans une trad. (Symon de Hesdin, Trad. de Val. Max. fol. 99b [impr. abdita] ds Gdf. Compl. : Et lors se abdica, c'est à dire se desmit de sa dictature); 2. 1402, 20 avril trans. « renoncer (à qqc. que l'on possède) » terme jur. (Ordon., VIII, 496, ibid. : Nous ne devons aucune chose detraire, abdiquer ou aliener, qui soit du domaine de nostre couronne); 3. 1539 « renier, déshériter (un fils) » (Thérence en françoys, fol. 222c, ibid. : ... Pour me abdiquer et priver Si soubdain de ton heritage?). Empr. au lat. abdicare (comme dīcere, abdicere, dīcare, terme techn. à son orig.) attesté comme terme jur. au sens de « se refuser à reconnaître, renier (un fils) » dep. Pacuvius (Tragoed. frag., 343, TLL s.v., 53, 83 : te ... natum abdico; cf. 1119-90 Epistol. a Wibaldo coll., 312, Mittellat. W. s.v., 16, 72 : a. filios), d'où 3. Emploi fréq. en lat. class. : se abdicare + ablatif « renoncer à (une charge) »; emploi réfl. : se abdicare « renoncer au pouvoir, à une charge » (Papinianus, Digest, 1, 18, 20, TLL s.v., 55, 3 : abdicando se, non amittit imperium), d'où 1. 2 est empr. au lat. jur. médiév. (cf. xiie-xiiies., Chart. scrinior. Coloniens., I, p. 19, 17, Mittellat. W. s.v., 17, 40 : heredes suam partem manu et calamo abdicarunt). HISTORIQUE I.− Sens disparu av. 1789. − « Renier, deshériter » (un fils), cf. étymol. 3 : Quel pechié ou quel vitupere Peut il contre moy approuver Pour me abdiquer et priver Si soubdain de son heritage? Thérence en francoys, f. 222c (Gdf.). On dit en Droit, abdiquer un fils, pour dire l'abandonner, le chasser de sa maison, ne le reconnaître plus pour fils. C'est l'exhéréder, et le priver de tous les avantages attachés à sa qualité de fils. Est quasi negare filium. Trév., 1771. − Rem. 1. La technicité du sens est prouvée à la fois par son absence ds les dict. de l'Ac. (qui donnent la lang. de ,,l'honnête homme`` en excluant celle du ,,pédant``) et sa présence ds Fur., ds Trév. (tous dict. à vocation encyclop.). 2. P. ext., abdiquer de soy « rejeter, détacher de soi » : Tout ainsi que le vassal ne se peut dispenser de la foy envers son Seigneur féodal, aussi ne peut le Seigneur féodal abdiquer de soy son vassal sans le consentement de luy. E. Pasquier, Plaidoyé pour le duc de Lorraine, I, 1080, s. d. (Hug.). II.− Hist. des sens attestés apr. 1789. − A.− Sém. sens I, « renoncer volontairement ou de force à de hautes fonctions et particulièrement à l'autorité souveraine ». 1. « À l'autorité souveraine » : Et lors se abdique, c'est-à-dire se desmit de sa dictature. Sym. de Hesdin (étymol. 1). Ce sens subsiste jusqu'à nos jours. xviies. : Il y a eu bien des empereurs et des Rois qui ont abdiqué l'Empire, le Royaume. Fur. 1690. xviiies. : Abdiquer la Royauté. Abdiquer la Couronne. Abdiquer le Consulat. 2. « À d'autres fonctions importantes » : par ext. successives de l'accept. précédente. Si les dict. des xviieet xviiies. en font mention, c'est d'abord à propos de l'hist. romaine : cf. Ac. 1718 : ,,Il se dit aussi en parlant des magistratures des Romains`` puis Ac. 1740 : ,,Par ext. il se dit des principaux emplois et des places éminentes. Ce Général d'Ordre a abdiqué``. Cf. aussi : L'Empereur se plaignit et le duc crut devoir abdiquer l'ambassade. Moniteur, II, 1789, 395 (IGLF).Cf. sém. I. − Rem. Historiquement grande variété de constr. : a) Pronom. absolue : s'abdiquer (cf. sup. II A 1, Sym. de Hesdin); b) Pronom. + de : s'abdiquer de qqc. : Fortune ... ne l'abandonna pas, apres ce qu'il se fut abdique de son magistrat tyrannique. G. Budé, Institution du Prince, 1574, éd. J. Foucher, p. 160 (Hug.); c) Trans. directe : abdiquer qqc. (cf. sup. II A 1, Fur.); d) Absolue, abdiquer : Ce prince a abdiqué. Seules les constr. c et d subsistent. − B.− Sém. sens II « renoncer à (une chose) ». Ext. du sens I, 1reattest. 1402 (cf. étymol. 2) dans un cont. jur. : Nous ne devons aucune chose detraire, abdiquer ou aliener, qui soit du domaine de notre couronne. Ordonn., VIII, 496 (Gdf.). La coloration jur. peut se perdre et le mot s'emploie : a) Pour parler de biens moraux : 1694 : Pour peu qu'on ait de goût au rang où je me vois On abdique aisément ce qu'on a de bourgeois. Boursault, Mots à la mode, sc. 6 (Quem.). 1762 : Faut-il abdiquer mon autorité. Rousseau, Émile, 2 (DG). Fin du xviiies. : Si j'étais offensé, écoutant l'indulgence J'abdiquerais pour vous le droit de la vengeance. M.-J. Chénier, Tibère, IV, 3, (Littré). b) Pour parler de biens matériels : Souvent dépouillé de ses États et tantôt les abdiquant puis les reprenant. Saint-Simon, Mém., 1, 492 (DG). Les emplois a et b subsistent (cf. sém.). − Rem. « Renoncer à agir », « se déclarer vaincu » (cf. sém. II b). Cet emploi abondamment attesté à l'époque mod. ne figure pas dans la docum. ant. à 1789.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 509. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 950, b) 570; xxes. : a) 649, b) 654.
BBG. − J. Dubois Pol. 1962. − Dupin-Lab. 1846. − Gramm. 1789. − Pol. 1868.

Abdiquer : définition du Wiktionnaire

Verbe

abdiquer \ab.di.ke\ transitif, 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Renoncer à un pouvoir que l’on exerce ; se démettre de ses fonctions, lorsque l'on est un monarque.
    • Abdiquer la royauté.
    • Abdiquer la couronne.
    • Abdiquer le consulat, la dictature.
    • Abdiquer les honneurs.
  2. (Par extension) (Figuré) Renoncer à quelque chose ; abandonner.
    • Le quiétisme […] érigeait en système et posait avec franchise comme suprême perfection l’état d'immobilité et d’impuissance où l'âme parvient à la longue quand elle abdique son activité. — (Jules Michelet, Du prêtre, de la femme, de la famille, 3e éd., Hachette & Paulin, 1845, p.178)
    • Cette enfant est trop jeune. Surtout que mes sœurs ne consentiraient jamais à abdiquer un privilège, dont elles sont jalouses… — (Germaine Acremant, Ces dames aux chapeaux verts, Plon, 1922, collection Le Livre de Poche, page 126.)
    • Pavlov ne s'est pas borné à abdiquer simplement la psychologie en tant que science. Il voyait naître en lui le sentiment d'hostilité irréconciliable envers cette « alliée de la physiologie » qui n'a pas fait ses preuves. — (E. Asratian, I. Pavlov : sa vie et son œuvre, p.78, Éditions en langues étrangères, Moscou, 1953)
  3. (Absolument) Abandonner le pouvoir souverain.
    • Ce prince a abdiqué, on l’a forcé d’abdiquer.
  4. (Absolument) (Figuré) Renoncer à agir, abandonner.
    • Abdiquer devant l'ampleur de la tâche.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Abdiquer : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ABDIQUER. v. tr.
Abandonner un pouvoir, une dignité, un droit d'un ordre élevé. Abdiquer la royauté. Abdiquer la couronne. Abdiquer le consulat, la dictature. Abdiquer les honneurs. Il s'emploie au sens figuré. Un père ne doit jamais abdiquer son autorité. Il s'emploie aussi absolument. Ce prince a abdiqué, on l'a forcé d'abdiquer.

Abdiquer : définition du Littré (1872-1877)

ABDIQUER (ab-di-ké) v. a.
  • 1Abandonner le pouvoir suprême, de hautes fonctions. Dioclétien abdiqua l'empire. Abdiquer le consulat. C'était une chose assez rare qu'un philosophe turc qui abdiquait la couronne, Voltaire, Mœurs, 89. J'abdique pour jamais le rang de sénateur, Voltaire, Catil. IV, 2.
  • 2 Fig. Renoncer à… Abdiquer sa liberté. Si j'étais l'offensée, écoutant l'indulgence, J'abdiquerais pour vous le droit de la vengeance, Chénier M. J. Tib. IV, 3.
  • 3 v. n. Charles X abdiqua en 1830 en faveur de son petit-fils. Lors de la fin du schisme, un pape fut forcé d'abdiquer. Un inconstant vieillard, lassé du diadème, Abdique imprudemment et s'en repent de même, Ducis, Lear, I, 1.

SYNONYME

ABDIQUER, SE DÉMETTRE. C'est en général quitter un emploi, une charge. Abdiquer ne se dit guère que des postes considérables. Se démettre s'applique plus aux petites places qu'aux grandes. L'abdication peut être forcée aussi bien que la démission, GUIZ., Il semble aussi que l'abdication se fait plutôt d'une manière publique, éclatante. Une autre différence tient à celle des préfixes ab et dé. Abdiquer exprime un acte brusque, s'achevant en un seul coup, au lieu que se démettre désigne quelque chose de successif, une délibération. Abdiquer exprime le fait ; se démettre le représente s'accomplissant, ou dépeint le travail qui y mène, LA FAYE.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « abdiquer »

Étymologie de abdiquer - Littré

Provenç. et espagn. abdicar ; ital. abdicare ; de abdicare, de ab, indiquant séparation, et dicare, faire connaître, publier. Bien que l'i soit bref dans dicare, et long dans dicere, cependant ces deux mots ne sont probablement que deux formes différentes d'un même mot.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de abdiquer - Wiktionnaire

Du latin abdicare.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « abdiquer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
abdiquer abdike play_arrow

Conjugaison du verbe « abdiquer »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe abdiquer

Évolution historique de l’usage du mot « abdiquer »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « abdiquer »

  • Loin d’abdiquer et mettant à profit visiblement le changement à la tête de l’exécutif de la wilaya d’Annaba opéré au mois de février dernier, avec la mutation de Mezhoud et la désignation de Djamel Eddine Birimi comme nouveau wali, Zaïm revient donc au-devant de la scène et confirme sa décision de reprendre sa mission à la tête du club professionnel, dont il a pris les commandes il y a maintenant quatre ans. El Watan, USM Annaba : Zaïm et la SSPA font leur come-back | El Watan
  • C’est l’information qui agite le royaume. Depuis plusieurs mois, on assure que la reine d’Angleterre veut abdiquer et confier les rênes du royaume à son fils, le prince Charles. Et pour cause, Elisabeth II fêtera ses 94 ans en avril, et même si elle reste en forme, assure moins d’engagements qu’avant. A la place, son fils, le prince Charles, qui vient de fêter ses 71 ans, multiplie les sorties et voyages officiels, tout comme le prince William et son épouse, Kate Middleton. , La reine veut passer les rênes : bientôt l’abdication et un roi d’Angleterre - Elle
  • Le gouvernement fut contraint de retourner à sa table à dessin pour le projet de loi 61 sur l’accélération des projets d’infrastructures. Il a même cru nécessaire de changer de ministre. Ce sera Sonia LeBel qui en sera chargée, elle qui a laborieusement répondu aux salves de la péquiste Véronique Hivon, le même 12 juin : « Comment a-t-elle pu abdiquer son rôle fondamental de gardienne de nos lois ? » Le Journal de Québec, La CAQ ferait mieux d’en profiter.... | JDQ
  • Pour sa part, Max Verstappen aurait du respecter une période de confinement de deux semaines avant de pouvoir prendre part à ces essais. C’est donc pour cette raison que le Néerlandais et son équipe ont décidé d’abdiquer. Mais l’on imagine que cela ne pénalisera aucunement l’intéressé lors du premier week-end de course, début juillet. Quoiqu’il en soit, l’essentiel pour la formation autrichienne était, aussi et surtout, de préparer son équipe aux mesures de distanciation sociale. Place aux quelques images, partagées sur les réseaux sociaux. Le Mag Sport Auto, F1 : Albon roule ce jour avec Red Bull, Verstappen interdit de test ! - Actu Sport Auto - Le Mag Sport Auto
  • Depuis quelques jours, la reine d’Angleterre est au coeur de nombreuses spéculations quant à une possible abdication. Alors qu’elle a fêté pendant le confinement ses soixante-sept années de règne, un record absolu, il se murmure qu’elle serait prête à abdiquer, en faveur de son fils aîné, le prince Charles. Si ce n’est pas la première fois qu’on dit que la reine pourrait laisser le trône, cette fois-ci, beaucoup semblent y croire, à commencer par Andrew Morton, biographe de Lady Di et Meghan Markle. Dans les colonnes du « Telegraph », il explique que l’épidémie de Covid-19 a « rapproché Charles du trône ». La reine, qui a fêté ses 94 ans en avril, et son mari, qui a quant à lui eu 99 ans cette semaine, sont par leur âge des personnes à risque, ce qui n’est pas compatible avec le train de vie royale. En effet, Elizabeth II rencontre de nombreuses personnes tous les jours, déplace des foules sur son passage, et serait trop exposée au virus. « Elle a toujours aimé sortir et rencontrer des gens, mais elle ne peut pas prendre le risque. La vérité brutale est que son règne opérationnel est terminé. » , La reine d’Angleterre prête à abdiquer : pourquoi la rumeur est plus forte que jamais - Elle
  • Un roi, réalisant son incompétence, peut soit déléguer, soit abdiquer. Un père ne peut ni l’un, ni l’autre. De Marlène Dietrich
  • Croire, c'est abdiquer l'usage de la raison. De Marcelyne Claudais / Des cerisiers en fleurs, c'est si joli !
  • Rayonner sans agir, c'est abdiquer. De Jules Ferry / Discours sur la colonisation du 28 juillet 1885

Traductions du mot « abdiquer »

Langue Traduction
Portugais abdicar
Allemand abdanken
Italien abdicare
Espagnol abdicar
Anglais abdicate
Source : Google Translate API

Synonymes de « abdiquer »

Source : synonymes de abdiquer sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « abdiquer »


Mots similaires