La langue française

Décliner

Sommaire

  • Définitions du mot décliner
  • Étymologie de « décliner »
  • Phonétique de « décliner »
  • Évolution historique de l’usage du mot « décliner »
  • Citations contenant le mot « décliner »
  • Traductions du mot « décliner »
  • Synonymes de « décliner »
  • Antonymes de « décliner »

Définitions du mot décliner

Trésor de la Langue Française informatisé

DÉCLINER1, verbe intrans.

A.− S'écarter d'une direction donnée. Décliner vers.J'avais le projet de décliner ensuite vers le sud-ouest, et de couper la route du capitaine Clerke (Voy. La Pérouse, t. 2, 1797, p. 296).Je déclinai un peu vers la droite de cette mosquée (Lamart., Voy. Orient,t. 1, 1835, p. 426).
1. ASTRON. [Le suj. désigne un astre] S'éloigner de l'équateur; redescendre vers l'horizon après avoir atteint son point culminant. Le soleil décline. L'astre déclinait avec le jour finissant et s'en allait (...), pareil à un œil de clarté vive que la paupière recouvre (Zola, Rêve,1888, p. 67).
P. ext.
a) [Le suj. désigne des phénomènes cycliques de la nature] Décroître après avoir atteint son apogée. Décliner sur, dans.L'hiver décline. La saison déclinoit vers l'automne; saison mélancolique où (...) le jour qui s'abrège, la nuit qui s'étend (...) rappellent la destinée de l'homme (Chateaubr., Natchez,1826, p. 433).Le jour déclinait, le soleil était sur son penchant (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 235).
P. compar. Mes jours sont passés, ils ont décliné comme l'ombre; mes pensées sont évanouies, mes espérances dissipées (Cottin, Mathilde,t. 2, 1805, p. 338).
b) [Le suj. désigne des périodes temp. ou des œuvres liées à ces périodes] Le dix-septième siècle avec son roi rayonne et disparaît; le dix-huitième (...) verse en déclinant sa douceur et sa joie de vivre (Pesquidoux, Livre raison,1928, p. 273).Les sciences et les lettres prospéraient ou déclinaient avec la fortune ou l'abaissement des empires (Guéhenno, Jean-Jacques,1950, p. 15).
2. GÉOGR. (orientation). [Le suj. désigne l'aiguille aimantée de la boussole] S'écarter du Nord géographique du méridien terrestre vers le Nord magnétique.
3. PHILOS. ANC. [Dans le système d'Épicure et de Lucrèce, le suj. désigne des atomes] Dévier de la chute verticale pour rencontrer d'autres atomes et former un corps. L'atome n'est pas autonome et parfait, n'est pas lui-même, mais fonction d'autre chose, tant qu'il n'est pas posé avec la capacité de décliner (Lucrèce, De la Nature des choses,Préf. et commentaires par G. Cogniot, Paris, éd. sociales, 1954, p. 37).
B.− Pencher vers sa fin, perdre de sa vitalité ou de son influence.
1. [Le suj. désigne une pers. considérée dans ses forces physiques, morales et intellectuelles] De jour en jour, je décline et m'affaisse (Sandeau, Mllede la Seiglière,1848, p. 266).Ils perdirent cette vitalité et cette puissance de joie qui devait être leur profonde raison de vivre, puisque dès lors les plus robustes de la race déclinèrent et un à un s'acheminèrent vers le tombeau (Bosco, Mas Théot.,1945, p. 29):
1. Donc, homme célèbre, grand artiste, mange-toi la cervelle, brûle ton sang, pour monter encore, toujours plus haut, toujours plus haut; et, si tu piétines sur place, au sommet, estime-toi heureux, use tes pieds à piétiner le plus longtemps possible; et, si tu sens que tu déclines, eh bien! achève de te briser, en roulant dans l'agonie de ton talent... Zola, L'Œuvre,1886, p. 197.
2. P. ext.
a) [Le suj. désigne l'âme, des sentiments, etc., produits de l'affectivité hum.] Il faut chercher à nourrir, à faire croître ces pensées, cependant que décline le sentiment qui n'est plus qu'un souvenir (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 632):
2. ... je voyois l'ame humaine s'élever, comme le soleil radieux sort du sein des ondes (...), elle n'étoit point enchaînée comme lui dans un cours circulaire, où, lorsqu'elle auroit atteint son dernier point d'élévation, elle eût été forcée de décliner, sans jamais séjourner à demeure dans le lieu du repos. Mais suivant rapidement la ligne de l'infini, où elle a puisé la naissance, elle s'élevoit vers le sommet des cieux, et tendoit sans la moindre déviation, vers ce centre unique qui, siégeant de toute éternité au rang suprême, ne pourra jamais décliner. Saint-Martin, L'Homme de désir,1790, p. 81.
b) [Le suj. désigne une entité abstr.] La féodalité déclinait depuis longtemps et touchait à sa fin (Bainville, Hist. Fr.,t. 2, 1924, p. 35).
Rem. On rencontre ds la docum. déclination, subst. fém., déclinement, subst. masc. Action de décliner; résultat de cette action. La déclination de l'astre (H. Poincaré, Hyp. cosmogon., 1911, p. 148). Attesté ds la plupart des dict. gén. du xixeet du xxes., avec prédominance de la forme déclination.
Prononc. et Orth. : [dekline], (je) décline [deklin]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Cf. décliner3.
DÉR.
Déclinatoire, subst. masc.Instrument muni d'une aiguille aimantée et servant à déterminer l'inclinaison ou la déclinaison d'un plan, d'une planchette, etc. Derrière le cristal des grands déclinatoires, L'aiguille se mourait (Titeux, Saint-Cyr,1898, p. 674).Attesté aussi ds Ac. Compl. 1842, Lar. 19e-Lar. Lang. fr., Littré, Guérin 1892, DG, Rob., Quillet 1965 (qqf. sous la forme déclinateur). [deklinatwa:ʀ]. 1reattest. 1701 « boussole » (Fur.); dér. sav. de décliner1, suff. -(at)oire*.

DÉCLINER2, verbe trans.

[Le compl. désigne gén. une offre, une proposition]
A.− Rejeter comme inacceptable. Je ne prétends nullement décliner ni même diminuer, la responsabilité du sévère et même injuste article que j'écrivis (Gide, Si le grain,1924, p. 539):
1. ... la littérature que l'on appelle familiale s'obstine à idéaliser la réalité familiale et transporte à son échelle cet optimisme naïf qu'elle se refuse justement à accepter quand il s'agit de la nature de l'homme : pour décliner leurs responsabilités dans les désordres qu'elles provoquent, par égoïsme, par maladresse ou par ignorance, les familles se couvrent de ce que De Saussure a appelé le « dogme de la famille irréprochable ». Mounier, Traité du caractère,1946, p. 96.
Spéc., DR. Décliner (la compétence d')un juge, (d')une juridiction ou (d')un tribunal. Les rejeter pour s'en remettre à un(e) autre. Opposez-vous à l'exécution du jugement. Allez trouver un de mes amis (...), il renouvellera l'opposition, se présentera pour vous, et déclinera la compétence du tribunal de commerce (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 595).Le plaideur pouvait décliner la juridiction seigneuriale, en saisissant par prévention les tribunaux royaux (Lefèbvre, Révol. fr.,1963, p. 118).
P. anal. :
2. Je nie donc la suprématie de Dieu sur l'humanité; je rejette son gouvernement providentiel, dont la non-existence est suffisamment établie (...) par le martyre de notre espèce; je décline la juridiction de l'être suprême sur l'homme; je lui ôte ses titres de père, de roi, de juge, bon, clément, miséricordieux, secourable, rémunérateur, et vengeur. Proudhon, Système des contradictions écon.,t. 1, 1846, p. 361.
B.− [Avec une idée de mondanité] Refuser poliment, courtoisement. Décliner un honneur, une invitation. Je décline l'hommage de votre affection (Guitry, Veilleur,1911, III, p. 23).Je déclinai courtoisement leur offre (Du Bos, Journal,1928, p. 51).
Rem. On rencontre ds la docum. le subst. masc. déclinement, rare. Action de décliner, de refuser. Le déclinement de son aimable invitation (Goncourt, Journal, 1895, p. 791).
Prononc. et Orth. Cf. décliner1. Étymol. et Hist. Cf. décliner3.
DÉR.
Déclinatoire, subst. masc. et adj.,dr. Refus, acte de procédure par lequel une partie décline la compétence d'un tribunal pour renvoyer l'affaire devant une autre juridiction. Lorsque le prévenu ou l'accusé, l'officier chargé du ministère public, ou la partie civile, aura excipé de l'incompétence d'un tribunal de première instance ou d'un juge d'instruction, ou proposé un déclinatoire, soit que l'exception ait été admise ou rejetée, nul ne pourra recourir à la cour de cassation pour être réglé de juges (Code instr. crimin.,1808, p. 786).Emploi adj. Qui décline, qui sert à décliner (cf. décliner2A). Exceptions, fins, moyens déclinatoires. [deklinatwa:ʀ]. Ds Ac. dep. 1694. 1resattest. a) subst. 1381 « demande tendant à décliner une juridiction » (Grands jours de Troyes, A. N. X1a9183, fo17 vods Gdf. Compl.); b) adj. av. 1502 (Oct. de Saint Gelais, Séj. d'honn., fo125 vods Gdf.); dér. sav. de décliner2, suff. -(at)oire*. Fréq. abs. littér. : 2.

DÉCLINER3, verbe trans.

[Le suj. désigne une pers.; le compl. désigne une chose abstr.] Décliner ses nom, prénoms, titres et qualités. Les énoncer afin de se faire connaître. Après, moi, avoir décliné (pourquoi pas conjugué?) mes nom, prénoms et qualité (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, Mes pris., 1893, p. 411).On m'a encore fait décliner mon identité (Camus, Étranger,1942, p. 1185).
Spéc., GRAMM. [P. oppos. à la conjugaison, parad. des formes verbales] Énoncer selon un paradigme les formes variables pourvues d'affixes que peuvent prendre les différents constituants d'un syntagme nominal (nom, pronom, article, adjectif) selon leur fonction grammaticale ou spatio-temporelle dans les langues à flexion. Je décline Rosa la rose; Je suis amoureux à lier (Hugo, Chans. rues et bois,1865, p. 181).Dans les textes latins (...) il y avait (...) un masculin Betto et son féminin Betta, tous deux déclinés comme des noms simples (L'Hist. et ses méth.,1961, p. 708).
Rem. A pu s'employer aussi à propos du verbe. Le léger défaut de prononciation de la petite me permet de croire qu'elle a décliné le verbe sacré des mélos et demandé : « Tu m'aimes? » (H. Bazin, Mort cheval, 1949, p. 95).
Absol. On ne saurait exempter les enfants de la peine d'apprendre à décliner, à conjuguer (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 3, 1848, p. 444).
Emploi pronom. passif. [L'obj. désigne les différents constituants d'un syntagme nom.] (Pouvoir) être énoncé selon un paradigme dans ses diverses variantes formelles.
Rem. On rencontre ds la docum. a) Le subst. masc. déclineur. Celui qui récite une chanson de geste, un texte épique. Nous, les déclineurs de la geste, les disciplineurs des mythes et des dieux innommés que nous asservissons en les nommant (Arnoux, Rhône, 1944, p. 103). b) L'adj. déclinable, gramm. [En parlant des différents constituants d'un syntagme nom. : nom, art., adj., pron.] Qui peut être décliné. Dans les langues, où les autres adjectifs sont déclinables (Destutt de Tr., Idéol., 2, 1803, p. 194).
Prononc. et Orth. Cf. décliner1. Étymol. et Hist. A. 1. 1100 intrans. « tomber » [en parlant du soir] (Roland, éd. J. Bédier, 2447); ca 1119 « descendre à l'horizon, décroître » [du soleil] (Ph. de Thaon, Comput, 446 ds T.-L.); 2. ca 1200 au fig. [d'une pers.] « perdre ses forces, faiblir, s'éteindre » (H. de Danmartin, Folque de Candie, éd. Schultz-Gora, 5208). B. 1. 1remoitié xiies. « s'écarter de » (Psautier d'Oxford, 100, 5 ds T.-L.); 2. av. 1350 « refuser » (Gilles Li Muisis, Poésies, éd. Kervyn de Lettenhove, I, 316 ds T.-L.); ca 1397 décliner une juridiction (Voyage de Jérusalem du S. d'Anglure, LXXIII, ibid.); [ca 1100 « dire, réciter; raconter; composer »? (Roland, éd. J. Bédier, 4002; v. Commentaire, pp. 33-37)] 1223 « dire, exposer » (G. de Coinci, Miracles, éd. F. Kœnig, 1 Mir. 11, 1245); 1236 gramm. (H. d'Andeli, La Bataille des VII ars, IV, 363 ds T.-L.). Empr. au lat. class. declinare « détourner, incliner » d'où l'acception gramm. (proprement « changer les mots au moyen de flexions »); « infléchir; esquiver » et intrans. « se détourner; s'écarter »; d'où « pencher vers son déclin » [des astres].
STAT. − Décliner1, 2 et 3. Fréq. abs. littér. : 398. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 553, b) 563; xxes. : a) 438, b) 655.
BBG. − Christmann (H. H.). Declinet und kein Ende. Z. fr. Spr. Lit. 1966, t. 76, pp. 84-92. − Gohin 1903, p. 303. − Leblond (B.). Ci falt la geste que Turoldus declinet. Annales de Normandie. 1957, t. 7, pp. 159-163. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 80. − Nykrog (P.). La Compos. du Roland d'Oxford. Romania. 1967, t. 88, no4, pp. 509-526. − Olschki (L.). Ci falt la geste que Turoldus declinet. Archivum Romanicum. 1935, t. 19, pp. 425-431. − Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 395.

Wiktionnaire

Verbe

décliner intransitif ou transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se décliner)

  1. Pencher vers sa fin ; s’affaiblir, en parlant des choses.
    • Le jour commence à décliner. - Ses forces déclinent beaucoup.
    • Son crédit va en déclinant. - Son génie commençait à décliner.
  2. Subir, soit de la diminution des forces physiques, soit de l’affaiblissement des facultés intellectuelles, et quelquefois de l’une et de l’autre en même temps, en parlant des personnes.
    • Grand-Père avait décliné, imperceptiblement, un monde qui s’effrite et s’effondre. — (Marie Desplechin, Trop sensibles, Éditions de l’Olivier, 1995)
    • Ce malade décline tous les jours.
    • Cet auteur perd de sa verve, il décline.
  3. S’écarter d’une direction ou d’un point fixe.
  4. (Astronomie) S’éloigner de l’équateur, en parlant d'un astre.
  5. S’écarter du nord vrai, en parlant de l'aiguille aimantée d'une boussole.
    • L’aiguille décline de 7 degrès vers l'est.
  6. Ne pas regarder directement celui des points cardinaux vers lequel il est tourné, en parlant d'un plan vertical.
    • Ce mur décline d’un degré du midi au couchant.
  7. (Transitif) (Justice) Écarter comme inacceptable.
    • Décliner la juridiction, la compétence d’un juge, d’un tribunal.
  8. (Transitif) (Par extension) Refuser une proposition , une responsabilité, etc..
    • - Ces messieurs sont à votre disposition ! me fait cérémonieusement Latour.
      - Commencez, commencez ! décliné-je. C'est votre job.
      — (San-Antonio, Trempe ton pain dans la soupe , S-A 173 , Fleuve noir, 1999)
    • Qui voudrait décliner une invite à protéger la vie, une exhortation à ne pas se suicider ? — (Régis Debay, Le siècle vert : un changement de civilisation, Tracts Gallimard, janvier 2020, page 38)
    • La compagnie décline toute responsabilité en cas d’accident, si vous voyagez debout.
  9. (Transitif) (Grammaire) Faire passer un nom, un pronom, un adjectif, par tous ses cas.
    • Tout est métaphysique dans ces deux parties surtout; et si je veux me soustraire, ou soustraire mes élèves aux idées abstraites, il faudra absolument me borner à dire qu'un nom est un nom, ou un mot qui se décline, même dans les langues où l'on ne décline pas ; qu'un verbe est un verbe, ou un mot qui se conjugue, y eût-il des langues où l'on ne conjuguât pas; qu'un adverbe est un mot qui se place auprès du verbe, en dépit de l'usage qui le place si souvent ailleurs, etc. — (Dieudonné Thiébault, « Instruction publique » dans Frédéric-le-Grand sa famille, sa cour, son gouvernement, etc., tome 5 : Son académie, ses amis philosophes et littérateurs, 4e éd. publiée par son fils le baron Thiébault, Paris : chez A. Dossange & chez Arthus Bertrand, Leizig : chez A. Dossange, 1827, page 213)
  10. (Transitif) (Figuré) Dire son état civil, afin de faire savoir qui l’on est, afin de se faire connaître.
    • Décliner ses nom et prénoms, ses titres, ses qualités,
    • Lord Glenarvan vint à leur rencontre, et, en sa qualité d’étranger, il déclina ses noms et qualités. — (Jules Verne, Les Enfants du capitaine Grant, 1846)
  11. S’énoncer en plusieurs variantes, en sous-classes, etc.
    • Miles avait un prénom qui fut décliné à loisir dans sa carrière ; soit par jeu de mots, soit par assonance : Milestones, Miles ahead, Miles smiles, etc. — (Laurent de Wilde, Monk, 1996, collection Folio, page 212)
    • Les savoureux jeux de mots sont déclinés en cartes postales, tee-shirts et casquettes : « Rodin des Bois », « Complètement Miró », « Le Titien à sa mémère », « À Bruxelles, il ne pleut jamais mais qu'est-ce qu'il drache », « Oui, mais non » à dégoter au BOZAR SHOP. — (Petit Futé Bruxelles guide un grand week-end, 2013, page 7)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DÉCLINER. v. intr.
Pencher vers sa fin; s'affaiblir, en parlant des Choses. Le jour commence à décliner. Ses forces déclinent beaucoup. Son crédit va en déclinant. Son génie commençait à décliner. En parlant des Personnes, il se dit soit de la Diminution des forces physiques, soit de l'Affaiblissement des facultés intellectuelles, et quelquefois de l'une et de l'autre en même temps. Ce malade décline tous les jours. Il va en déclinant. Depuis sa dernière attaque, ce vieillard décline beaucoup. Cet auteur perd de sa verve, il décline. Il signifie aussi S'écarter d'une direction ou d'un point fixe. En termes d'Astronomie, il se dit des Astres qui s'éloignent de l'équateur. Il se dit aussi de l'Aiguille aimantée qui s'écarte du nord vrai. L'aiguille décline de tant. Il se dit encore d'un Plan vertical qui ne regarde pas directement celui des points cardinaux vers lequel il est tourné. Ce mur décline d'un degré du midi au couchant. Il s'emploie aussi transitivement, en termes de Procédure, et signifie Écarter comme inacceptable. Décliner la juridiction, la compétence d'un juge, d'un tribunal. Par extension et familièrement, Décliner une invitation. En termes de Grammaire, il signifie Faire passer un nom, un pronom, un adjectif, par tous ses cas. Décliner un nom. Ce mot se décline. Fig., Décliner ses nom et prénoms, ses titres, ses qualités, Dire qui l'on est, afin de se faire connaître.

Littré (1872-1877)

DÉCLINER (dé-kli-né) v. n.
  • 1S'écarter en un sens ou un autre d'un point fixe, d'une ligne fixe. Plusieurs causes peuvent faire décliner vers le sud ou vers l'est un courant d'air, Raynal, Hist. phil. V, 10.

    Terme d'astronomie. S'éloigner de l'équateur, en parlant d'un astre.

    Terme de physique. S'écarter du nord vrai, en parlant de l'aiguille aimantée.

  • 2 Fig. Pencher vers son déclin, vers sa fin. Après avoir fait ce chemin, on décline misérablement, Pascal, dans COUSIN. Mais enfin à son tour leur puissance décline, Racine, Brit. V, 3. Gênes déclina de jour en jour et Venise s'éleva, Voltaire, Mœurs, 74. Depuis qu'ayant passé l'âge mûr, je décline vers la vieillesse, Rousseau, Conf. I. Mon bonheur, grâce à vous, est à son comble ; puisse-t-il ne jamais décliner ! Rousseau, ib. VI. M. de Lagrange est jeune, et je suis presque vieux ; son ardeur est naissante, et la mienne décline, D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 11 juillet 1766. Tes jours, sombres et courts comme les jours d'automne, Déclinent…, Lamartine, Médit. I, 6.
  • 3 V. a. Terme de procédure. Ne pas reconnaître. Décliner une juridiction. Charles 1er déclina la compétence de la cour, et, la tête couverte, parla en roi, Chateaubriand, Stuarts, 221. Les mœurs exercent une espèce de justice que personne ne peut décliner, Raynal, Hist. phil. XIII, 57.

    Fig. Écarter, éloigner, éviter. Il déclina l'honneur qu'on voulait lui faire.

  • 4 Terme de grammaire. Faire passer un nom, un pronom, un adjectif par tous ses cas et flexions.

    Fig. Décliner son nom, dire qui l'on est. J'aimerais mieux encor qu'il déclinât son nom, Et dît : je suis Oreste ou bien Agamemnon, Boileau, Art p. III.

    Fig. Décliner son nom, s'est dit autrefois pour se faire respecter, en imposer. Elle [la Thrace] fut autrefois régie Par Lycurgue, homme de renom, Qui savait décliner son nom, Scarron, Virg. trav. III.

    Les anciens ont dit, et D. de Tracy a proposé de dire décliner un verbe pour le faire passer par toutes les formes rangées dans l'ordre des temps ou des modes.

  • 5Se décliner, v. réfl. Être écarté, évité. De pareilles propositions se déclinent difficilement.

    Subir les flexions de la déclinaison. En latin, les noms de la première déclinaison se déclinent sur rosa. Dans l'ancien français roi, homme, empereur se déclinaient ainsi : nominatif singulier, li rois, li hom, li emperere ; régime singulier, le roi, l'homme, l'empereor ; nominatif pluriel, li roi, li homme, li empereor ; régime pluriel, les rois, les hommes, les empereors.

    Dans le français actuel, se décliner s'est dit souvent, mais abusivement, puisque les cas n'y existent pas, des prépositions à et de placées devant les noms, soit seules, soit en combinaison avec l'article. Voilà qui se décline : ma rente, de ma rente, à ma rente, Molière, F. sav. III, 2.

HISTORIQUE

XIe s. Quand veit li reis le vespre decliner, Ch. de Rol. CLXXV. Ci faut la geste que Turoldus decline [récite], ib. CCXCIII.

XIIe s. Li jors prist à decliner, Ronc. p. 8. Ne desturner tu ta face de mei, e ne decliner tu en ire de tun serf, Liber psalm. p. 32. Quant li dous estés decline, Que [je] voi faillir foille et flour, Chrestien de Troyes, dans HOLLAND.

XIIIe s. Lor mestier defaut et decline ; Li plusor vivent de rapine, Rutebeuf, II, 244. Il ne surent dont il [ce mot] venoit, Ne comment il se declinoit, Bat. des sept arts. Maudit sunt cil qui declinent de tes comendemenz, Psautier, f° 146.

XIVe s. Et quant vient au fait, il n'ensuit pas ce bon jugement, mais decline et ensuit ses malvès desiries, Oresme, Éth. 32. Et pour ce s'ensuit que eulx declinent à vivre selon delettacions corporelles, Oresme, ib. 109. Et ceulz qui declinent plus à mal, il sont les pires, Oresme, ib. 208. Car un secours s'en va aux païens empietrer Tel que se Dieux n'en pense qui se laissa pener, Que la chrestienté en fera decliner, Guesclin. 15209. Là veïst-on forment ceulx de çà decliner, La bataille eslongier et eulx desordener, ib. 6217.

XVe s. Car en pluisours lieux on decline [répète], Que toute joie et toute honnours Viennent et d'armes et d'amours, Froissart, Espinette amour. Ne declinez pas aux enchanteurs, et n'enquerez aucunes choses aux devins, Monstrelet, liv. I, ch. 47. Discretion tient le droict chemin royal, sans decliner à dextre de dissimulation ou à senestre de sedition, Gerson, Harengue au roi Charles VI, p. 19.

XVIe s. Le coup declina à droict par la brusque hastiveté de Pantagruel, Rabelais, Pant. II, 29. Pantagruel, qui estoyt soubdain au remuement, declinoyt tous ses coups, Rabelais, ib. II, 29. Declinez de leur voye, ne soyez à eulx semblables, Rabelais, ib. III, 21. Quant en la France une dame decline, Elle resigne aux jeunes le deduyt : Se retirer est bon quand il est nuyct, Marot, J. V, 216. Nostre langue se decline, si non par les noms, etc. pour le moins par les verbes, Du Bellay, J. I, 11, verso. L'esprit humain est facile à decliner en toutes especes d'erreurs, Calvin, Instit. 29. Tous ont decliné, et ont esté faits quasi comme pourris, Calvin, ib. 208. Un bon mari, d'autant qu'il est plus fidele et loyal, est d'autant plus courroucé s'il voit sa femme decliner à quelque paillard, Calvin, ib. 286. Decliner quelque nom vulgaire, ou conjuguer un verbe, Calvin, ib. 872. Les juges ne doivent decliner en une partie ni en l'autre, Calvin, ib. 1198. En la conduite de Dieu on ne decline jamais de la droite voye, Calvin, ib. 1199. Prevoyant que ce commencement de maladie declineroit ayséement en un exsecrable atheïsme, Montaigne, II, 137. Cette liberté decline vers l'indiscretion, Montaigne, III, 54. Mais quelque jour viendra ce dernier jugement, Que roy, ny magistrat, ny juge aucunement Ne pourront decliner, Du Bellay, J. VIII, 36, recto. Et alloit ainsi gaignant le temps pour attendre que le soleil declinast après midy, Amyot, P. Aem. 29. La force des maladies decline à mesure que la vigueur naturelle des corps malades va decroissant, Amyot, Philop. 30. Philopoemen se feit renommer par ses faicts lors que la Grece commenceoit à decliner et dechoir, Amyot, Flamin. et Philop. 3. Sertorius, en declinant la bataille et fuyant devant luy, avoit sur luy tous les avantages qu'ont ceulx qui chassent leurs ennemis après les avoir rompus, Amyot, Sertor. 17. Dubourg, ayant decliné de ses commissaires par le privilege des conseillers de la Cour, et depuis par celuy de conseiller d'Eglise, fut debouté de l'un et de l'autre, D'Aubigné, Hist. I, 84.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

DÉCLINER. Ajoutez : - REM. La Grammaire des grammaires dit que l'Académie prononça le 3 juin 1679 : " La règle est faite ; on ne déclinera plus les participes présents. " Autrefois, où l'on assimilait la langue française à la langue latine, on parlait de déclinaisons pour les substantifs et les adjectifs. Aujourd'hui l'on ne dit plus décliner, en parlant des mots français que l'on met au pluriel ; et l'on exprimerait la pensée de l'Académie ainsi : on n'accordera plus les participes présents.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

DÉCLINER, v. act. terme de Grammaire, c’est dire de suite les terminaisons d’un nom selon l’ordre des cas ; ordre établi dans les langues où les noms changent de terminaison. Voyez Cas, Déclinaison, Article. (F)

Décliner (Jurisprud.) la jurisdiction d’un juge, c’est refuser de procéder pardevant lui, & demander son renvoi devant un autre. Voyez ci-devant Déclinatoire. (A)

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Étymologie de « décliner »

Du latin declinare.
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Provenç. et espagn. declinar ; ital. declinare ; du latin declinare, de de, et clinare, faire pencher (voy. CLIN).

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Phonétique du mot « décliner »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
décliner deklɛ̃e

Évolution historique de l’usage du mot « décliner »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « décliner »

  • Quand la lune est pleine, elle commence à décliner. De Proverbe japonais
  • L'opinion publique est une juridiction que l'honnête homme ne doit jamais reconnaître parfaitement et qu'il ne doit jamais décliner. De Chamfort / Maximes et pensées, caractères et anecdotes
  • Chefs d'entreprises, experts et défenseurs de l'environnement se demandent maintenant si la demande va vraiment rebondir ces prochaines années, ou si elle a déjà passé son pic, l'an dernier. Cette notion de pic pétrolier ("peak oil" en anglais) est débattue depuis des années. Pendant longtemps, les experts ont cherché à déterminer le moment où les réserves mondiales de pétrole commenceraient à décliner. Aujourd'hui ils s'interrogent surtout sur le moment où c'est la demande qui commencera à basculer. Capital.fr, Les géants du pétrole craignent un déclin irréversible de la demande - Capital.fr

Traductions du mot « décliner »

Langue Traduction
Anglais decline
Espagnol disminución
Italien declino
Allemand ablehnen
Chinois 下降
Arabe انخفاض
Portugais declínio
Russe снижение
Japonais 低下
Basque gainbehera
Corse calà
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Synonymes de « décliner »

Source : synonymes de décliner sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « décliner »

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