Mêler : définition de mêler


Mêler : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

MÊLER, verbe trans.

I. − Emploi trans.
A. − [L'obj. désigne des choses concr.]
1. Mettre ensemble et mélanger, de manière à former un tout dont les éléments ne sont plus discernables.
a) Synon. mélanger (plus fréq. dans ce sens), amalgamer, malaxer, mixtionner.Mêler des choses, deux ou plusieurs choses; mêler étroitement, intimement, inextricablement deux choses; mêler des substances, des liquides, des drogues; mêler des sons, des odeurs:
1. Les légumes, le lait et le fromage, avec une sorte de pain composé des diverses farines de seigle, d'orge et de pois mêlés ensemble, formaient toute leur nourriture. Dusaulx,Voy. Barège, t.1, 1796, p.66.
Mêler les couleurs. Les mélanger. C'est (...) artificiellement que sur la palette un peintre mêle diverses couleurs pour composer un ton (Mauclair, Maîtres impressionn., 1923, p.26).
Mêler le vin (vx). ,,Mettre ensemble des vins de diverses sortes`` (Littré). Synon. couper, frelater.
Mêler du mortier. Mélanger les éléments dont le mortier est constitué. Il mêla du mortier, lia des fagots (Maupass.,Contes et nouv., t.2, Vagabond, 1887, p.668).
Mêler deux races d'animaux. Accoupler des animaux de race différente. Au fig. Tous les loups d'Outre-Rhin ont mêlé leurs espèces: Vandale, germain et teuton (Leconte de Lisle,Poèmes trag., 1884, p.79).
b) Mêler une chose avec une autre. On tempéreroit l'effet de l'émétique en le mêlant avec la manne (Geoffroy,Méd. pratique, 1800, p.189).Lorque la béchamel est réduite, mêlez la purée de champignons avec la sauce (Gdes heures cuis. fr.,J. Gouffé,1877, p.185).
2. Ajouter une chose à une autre, de manière à former un tout. Synon. mélanger.
a) Mêler une chose à une autre. Une formule pour mêler l'essence de noisette à des corps oléagineux moins chers (Balzac,C. Birotteau, 1837, p.160).V. amalgamer ex. 3:
2. ... vous les broyez [les pommes de terre] dans la casserole, les passez par le tamis de crin, et les pilez ensuite en y mêlant deux jaunes d'oeufs et un peu de crème bien épaisse. Gdes heures cuis. fr.,Carême,1833, p.143.
Rare. Mêler d'une chose à une autre. Est-ce que tu ne crois pas qu'il a mêlé de son sang au nôtre, et que désormais il est de la famille? (Zola,Dr Pascal, 1893, p.120).
b) Mêler une chose dans une autre. Probablement ces femmes avaient mêlé dans ma boisson quelques-unes de ces drogues assoupissantes dont elles ont le secret (Mérimée,Carmen, 1847, p.49).
c) Rare. Mêler une chose parmi d'autres. Mon nom saxon, mêlé parmi des cris de guerre (Hugo, Œuvres compl., t.1, Odes et ballades, Paris, Hetzel, 1880 [1828], p.237).
d) Mêler une chose d'une autre. Il avait mêlé fortement son café de cognac (Maupass.,Contes et nouv., t.1, Veillée, 1882, p.796).
3. Mettre en désordre, brouiller
a) Mettre en désordre, brouiller (ce qui doit l'être):
3. J'ai écrit le nom de sept villes différentes sur autant de billets; je les ai mêlés, et j'en ai tiré un au hasard. J'irai donc demeurer à Wilna, puisque Wilna m'est tombé sous la main. Gobineau,Pléiades, 1874, p.202.
Mêler les cartes. Les battre. Un joueur, dont les manières, le regard, la voix, la façon de mêler les cartes leur prédisent une défaite (Balzac,Tén. affaire, 1841, p.17).
b) Mettre en désordre, brouiller (ce qui est normalement séparé). Synon. emmêler.L'homme (...) mêla ses pieds d'une façon si inextricable, qu'il ne distingua plus le droit du gauche (Hamp,Marée, 1908, p.30).
Région., pop. Mêler ses sabots. ,,Coucher avec une femme ou une fille. Expression normande`` (France 1907).
P. ext. Imbriquer. Le vent qui vient mêler ou disjoindre les branches (Noailles,Coeur innombr., 1901, p.12).
c) Mettre en désordre, brouiller (ce qui est normalement rangé, ordonné, classé). Mêler des fiches, des dossiers, des papiers... C'était une encyclopédie dont on avait mêlé les feuilles à la reliure (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t.2, 1823, p.511).
4. Rare, vx. Mêler une serrure. ,,Fausser les gardes ou quelque ressort d'une serrure, en sorte que la clef ne puisse ouvrir`` (Littré).
B. − [L'obj. désigne des choses abstr.]
1. [En parlant d'une pers. ou p. méton. de son corps, de son esprit] Présenter simultanément des qualités, des traits caractéristiques différents, voire opposés. Le modelé farouche de cette tête mêlant hideusement l'ombre et la lumière (Hugo,Homme qui rit, t.3, 1869, p.154).Quand la Bacchante mêle à ses attraits violents la naïve innocence (...) quel fils d'Adam lui résisterait? (Arnoux,Roi, 1956, p.233).Une des grandes singularités de Gide, c'est d'avoir mêlé en sa personne J. J. Rousseau et les Encyclopédistes (Cocteau,Poés. crit. I, 1959, p.209).
2. Réunir, associer.
a) [Le suj. désigne un animé] Converser agréablement sans s'appesantir sur les objets, mêler l'enjouement à la gravité, se proportionner aux personnes qui écoutent (Sénac de Meilhan, Émigré, 1797, p.1616).
b) [Le suj. désigne un inanimé] L'arrivée du Roi, la rentrée du Parlement, l'ouverture de la saison des fêtes, mêlaient les devoirs, les affaires et les plaisirs (Chateaubr.,Mém., t.3, 1848, p.100):
4. Les phénomènes de la nature se présentent le plus souvent accompagnés de tant de circonstances étrangères; un si grand nombre de causes perturbatrices y mêlent leur influence, qu'il est très-difficile, lorsqu'ils sont très-petits, de les reconnaître. Laplace,Théorie analyt. probabil., 1812, p.349.
3. Confondre. Il ne faut pas tout mêler. À la fin elle ne pouvait plus, mêlait tout, modelait d'autres mots, s'énervant jusqu'à la folie (Maupass.,Une Vie, 1883, p.254).Je ne suis pas victime d'une confusion, je ne mêle pas la pensée causale et la réflexion (Merleau-Ponty,Phénoménol. perception, 1945, p.251).
C. − [L'obj. désigne des êtres animés]
1. Mêler qqn à qqc.Faire prendre part à; impliquer dans. (Essayer de) mêler qqn à la conversation, aux entretiens, à la négociation. Était-il besoin de mêler ce garçon qui m'était confié à cette triste intrigue (...)? (Bourget,Disciple, 1889, p.131).Nicole a été mêlé de très près aux débuts de cette affaire (Bremond,Hist. sent. relig., t.4, 1920, p.483).Vous n'allez pas mêler Mademoiselle Isabelle à ces scandales? (Giraudoux,Intermezzo, 1933, I, 5, p.41).
Plus rarement. Mêler qqn dans qqc.Nous avons mêlé Dieu dans nos querelles (Lamart.,Voy. Orient, t.1, 1835, p.37).Malgré mon innocence, je puis être mêlé dans un procès infâme (Balzac,Splend. et mis., 1846, p.472).Mais il est fâcheux qu'il ait été mêlé dans cette bagarre (Champfl.,Souffr. profess. Delteil, 1853, p.215).
2. Rare. Unir dans une activité commune. Ils ne menaient pas grand vacarme, au milieu des bavardages de porte à porte, des voisinages mêlant les femmes, dans un continuel remous d'appels, de réponses, d'objets prêtés, de mioches chassés ou ramenés d'une claque (Zola,Germinal, 1885, p.1260).
3. Rare. Mêler deux personnes, mêler qqn avec qqn d'autre. Les confondre l'un avec l'autre. Mais la pauvre dame se faisait vieille; elle (...) radotait un peu et mêlait étrangement M. Crottu avec un ancien oratorien (A. France,Vie fleur, 1922, p.319).
Mêler une personne à une autre. Hans [à Christine]: Vous irez dans cette ville qui vous hait, parce qu'elle vous mêle à ma personne (Cocteau,Bacchus, 1952, II, 8, p.151).
En partic. Confondre ou associer dans les propos. J'éprouvai une impression étrange et terrible à m'entendre ainsi mêlé à des êtres et des choses d'un autre âge (A. France,Vie fleur, 1922, p.335).
4. Région. (Canada). ,,Embrouiller, faire perdre à quelqu'un le fil de ses idées. Tais-toi donc, tu me mêles, et je ne sais plus quoi dire`` (Canada 1930).
Emploi pronom. réfl. S'embrouiller. Il se vantait de connaître les chantiers d'en haut comme ses prières et il ajoutait immanquablement: − Mieux que mes prières, parce que je me mêle des fois (M. Trudel,Vézine, Montréal, Fides, 1946, p.62 ds D.Rogers, Dict. de la lang. québecoise rurale, Montréal, 1977, p.164).
5. HIPPISME, vx. Mêler un cheval. ,,Embrouiller son travail, de telle manière qu'il ne sache plus ce qu'on exige de lui`` (Littré).
II. − Emploi pronom.
A. − Se mêler, se mêler à, avec.S'unir pour former un tout.
1. [Le suj. désigne un inanimé]
a) [concr.] L'eau de la fontaine crevée se mêlait avec le sang (Flaub., Éduc. sent., t.2, 1869, p.110).Une humidité fétide, dont la puanteur se mêlait à l'âcreté de l'oignon cuit (Zola,Assommoir, 1877, p.422).Toute la plaine était vide, à travers une poussière d'eau qui délavait les formes proches, les silhouettes d'arbres isolés (...) dans un gris uniforme, triste, où se mêlaient le ciel et la terre (Genevoix,Raboliot, 1925, p.98).
b) [abstr.] La plaisanterie se mêle à la fureur, la douceur à l'amertume. Car l'égoïsme et l'amour se mêlaient si bien dans mon sentiment, qu'il ne m'était plus possible de discerner si... (Milosz,Amour. initiation, 1910, p.68).La concurrence est pure si elle ne comporte aucun mélange, c'est-à-dire ne se mêle à aucune force de monopole (Perroux,Écon. XXes., 1964, p.282):
5. ... c'est la satisfaction de lire vos articles si élevés et si charmants, où la grâce d'un noble esprit se mêle à la générosité du coeur. Hugo,Corresp., 1862, p.394.
Impers. Il se mêle à...Et il s'y mêle encore un souvenir de l'homme qui les a fait souffrir et jouir, qu'elles ont méprisé peut-être, mais aimé (Rolland,J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1515).
Se mêler dans.Entrer dans. La vanité se mêle dans tout ce qu'ils font (Baudry des Loz.,Voy. Louisiane, 1802, p.297).
2. [Le suj. désigne un animé]
a) Se mêler à qqc. (une activité).Se mêler à des jeux, à la conversation, à une querelle. Le marquis vint se mêler à l'entretien (Sandeau,Mllede La Seiglière, 1848, p.55).Nous qui ne nous mêlons pas directement à la guerre (Colette,Pays. et portr., 1954, p.237):
6. Le papier blanc, l'encre, la plume m'effrayent. Je sais qu'ils se liguent contre ma volonté d'écrire. Si j'arrive à les vaincre, alors la machine s'échauffe, le travail me travaille, et l'esprit va. Mais il importe que je m'y mêle le moins possible, que je somnole à demi, la moindre conscience de ce mécanisme l'interrompt. Cocteau,Diff. d'être, 1947, p.14.
Rare. [Le subst. introd. par à ne désigne pas une activité] J'aurais voulu (...) me vautrer dans la neige étincelante, me mêler à toute cette nature, et me fondre comme un atome dans cette immensité (Gautier,Tra los montes, 1843, p.68).
b) Se mêler.Se mêler à, avec d'autres; se mêler dans, parmi (vx) (un groupe, une collectivité). Il descend, se mêle dans la foule (Jouy,Hermite, t.4, 1813, p.286).Je veux seulement (...) me mêler parmi les groupes des mécontents (Scribe,Bertrand, 1833, II, 2, p.149).Nous nous étions mêlés tous deux aux badauds (Gide,Journal, 1935, p.1233).Blancs et noirs se mêlaient sans s'unir (De Gaulle,Mém. guerre, 1956, p.16):
7. Ce ne sont point non plus les individus composant le parti des émigrés qui déplaisent aux Français; restés en France, ils se sont mêlés avec eux dans les camps... Staël,Consid. Révol. fr., t.2, 1817, p.168.
Absol., vx. Se mêler.[En parlant d'animaux ou en parlant de races] ,,S'accoupler ou s'unir par des croisements`` (Littré; ds Lar. 19eet Lar. 20e).
B. − Se mêler de qqc./s'en mêler
1. [Le suj. désigne un inanimé]
a) S'accompagner de. Il se rentortille dans la laine et se rendort avec un gargouillis où le rire se mêle de ronflements (Barbusse,Feu, 1916, p.204).Attendrissement, qui se mêle d'un regret sans fin (Durry,Nerval, 1956, p.132).
b) S'en mêler.Jouer un rôle néfaste. Le mauvais temps, le brouillard, la famine, la malchance, la passion, l'égoïsme, la spéculation s'en mêle. Souvent l'imagination s'en mêle, et l'on prend de simples apparences pour des réalités (Dusaulx,Voy. Barège, t.1, 1796, p.52).La politique s'en mêla; il se forma un complot, une cabale à mon insu (Reybaud,J. Paturot, 1842, p.447).
Rare. [Sans valeur négative] Un dimanche d'été, quand le soleil s'en mêle, Londres forme un régal offert aux délicats (Verlaine,Poèmes divers, 1896, p.800).
Rem. Dans cet ex., le sujet est plus ou moins personnifié. À rapprocher de infra B 2 a.
2. [Le suj. désigne un animé]
a) S'occuper de. Mêlez-vous de vos affaires (et pas des miennes); Mêle-toi de ce qui te regarde. Nous aurions été bien mal traités si je ne m'étais pas un peu mêlé de la cuisine (Picard,Théâtre, t.4, Tracass., 1804, p.238).Tous les fonctionnaires qui s'étaient mêlés de mon élection aspiraient à un avancement (Reybaud,J. Paturot, 1842, p.344):
8. Une femme, surprise en flagrant délit de conversation avec un envahisseur, était soigneusement repérée et le lendemain, la police s'en mêlait... Vercel,Cap. Conan, 1934, p.168.
Le diable s'en mêle. Il y a là une influence inexplicable, mystérieuse. On aurait dit que le diable lui-même s'en mêlait (Erckm.-Chatr.,Ami Fritz, 1864, p.105).
b) Plus gén. S'occuper indûment de... De quoi se mêle-t-il? Gros laid petit homme, actif, laborieux, qui se mêle de toute chose et de toute science (Michelet,Journal, 1835, p.168).
Pop. De quoi je me mêle (je au lieu de la 2epers.):
9. le plombier: C'est pourtant pas faute d'avoir des maris! la bonne: De quoi je me mêle! d'abord, vous saurez qu'elle n'a qu'un ami. le plombier: À la fois!... Tr. Bernard,M. Codomat, 1907, I, 3, p.142.
[L'obj. indir. est un subst. sans article] Se mêler de poésie, de littérature. Son aîné [du chevalier de Méré], M. de Plassac-Méré, s'était aussi mêlé de bel-esprit (Sainte-Beuve,Portr. littér., t.3, 1844-64, p.89).
[L'obj. indir. est un inf.] Un Juif (...) qui se mêlait de prédire l'avenir (Barante, Hist. ducs Bourg., t.4, 1821-24, p.253):
10. ... il prend les airs d'un homme qui a le droit, évidemment, de penser ce qu'il veut, mais qui ne se mêle pas de juger à tort et à travers, de critiquer, de pérorer comme certains. Romains,Hommes bonne vol., 1938, p.248.
REM. 1.
Mêlant, adj.[Dans la constr. c'est/c'est pas mêlant] Compliqué. Si tu tricotais, ça t'aiderait à passer le temps. Veux-tu, que je te monte un tricot? − J'ai essayé (...). Mais je perds la centaine à tout coup. − Pourquoi que tu couds pas d'abord? C'est moins mêlant (G. Guèvremont,Maris-Didace, 1947, p.116 ds Richesses Québec 1982).Si je serais vous, c'est pas mêlant, je me présenterais député! (A. Ricard, La gloire,1975, p.12, ds Richesses Québec 1982).
2.
Mêlé-classes, subst. masc.,hapax (p. plaisant. [et jeu de mots avec mêlé-casse, le témoignage de L. Daudet donnant cependant à penser que ce mot composé a eu une certaine fortune)] Personne issue de parents appartenant à des classes sociales différentes. Il était demeuré, en dépit d'une instruction très poussée, le fils de la cuisinière et de monsieur, ce qu'on appelle assez justement un mêlé-classes (L. Daudet,Am. songe, 1920, p.13).
3.
Mêlement, subst. masc.,rare, littér. a) Action de mêler. Puisque nous en sommes venus sans crier gare aux promesses d'assistance mutuelle, et puisque tu as dit à De Pradts que c'était «à la mort à la vie», nous pourrions peut-être faire le mêlement des sangs. Tu as dû en entendre parler (Montherl.,Ville dont prince, 1951, II, 3, p.897).b) Choses mêlées, mélange, emmêlement. Le premier éclair révéla à Peer un mêlement de croupes luisantes, de têtes chevalines (P. Gascar,Les Bêtes, 1953, p.13 ds Rob. Suppl. 1970).
4.
Mêlerie, subst. fém.,hapax. Fait de tout mêler. Conversation pleine d'évidences muettes, de faussetés parlées et bientôt démenties. (...) mouchoir brodé plissé en tout sens sur le genou qui tremble par une main qui ne sait ce qu'elle fait, pendant qu'on écoute ce qu'on ne sait pas que l'on dit, intoxication et mêlerie dont le diable lui-même ne se tirerait pas (Barb. d'Aurev.,Memor. 2, 1838, p.283).
5.
Mêle-tout, adj.a) Qui se mêle de tout avec indiscrétion. Elle avait plutôt l'air d'une paysanne (...). Et sans gêne, et mêle-tout, voulant savoir qui ces dames voyaient (A. Daudet,Évangéliste, 1883, p.57).b) Emploi subst. Il venait aussi à la maison un garçon de grand talent, Henri Pagat, ayant le sens du comique des infatués, des mêle-tout, des friseurs de leur moustache (L. Daudet,Qd vivait mon père, 1940, p.197).Ne figure pas ds les dict. M. Piron (ds Trav. Ling. Litt. Strasbourg, 1973, p.301) le signale comme un ,,belgicisme lexical``. Pauli 1921, p.76: ,,Ce mot s'emploie dans plusieurs patois du Nord et du Centre``.
Prononc. et Orth.: [mεle], [me-], (il) mêle [mεl]. Ac. 1694 et 1718: mesler; dep. 1740: mêler. Comparer mêler avec l'accent circonflexe d'apr. mêle et mélange, mélanger avec l'accent aigu conformément au timbre fermé en syll. atone. Étymol. et Hist. 1. a) Fin xes. mescler «mélanger plusieurs choses et les confondre» (Passion, éd. D'Arco. Silvio Avalle, 279); b) ca 1180 «unir, joindre (des sentiments)» (Thomas, Tristan, 408 ds T.-L.: mais ire est mellee od amur); c) 1180-90 réfl. «s'embrouiller» (Alexandre de Paris, Alexandre, IV, 483 in Elliott Monographs, 37, p.331); d) 2emoitié xves. se mesler à «avoir compagnie charnelle avec» (Mystère du Viel Testament, éd. J. de Rothschild, IX, 5209); d'où 1585 (N. du Fail, Contes et discours d'Eutrapel, Appendice, t.2, p.371: la Province [...] moins meslee et bigarree de sang); 2. ca 1100 «se prendre de querelle» (Roland, éd. J. Bédier, 257); 3. a) ca 1160 se meller de «s'occuper de» (Moniage Guillaume, I, 309 ds T.-L.); b) mil. xiiies. «s'ingérer mal à propos» (Huon Le Roi, Male Honte, éd. A. Långfors, 152: S'uns fols se mesle de mesdire); 4. a) 1530 se mesler a «participer à, avoir affaire à» (Palsgr., p.510); b) 1585 «aller parmi, fréquenter» (N. du Fail, op. cit., t.2, p.263: ... les roturiers, bourgeois, et autres non nobles, ne se mesloient aucunement parmy les nobles). Du lat. pop. misculare (att. au ixes., v. Nierm.) élargissement du lat. class. miscere «mêler, mélanger; troubler, bouleverser»; se miscere «se mêler à, se joindre à; s'accoupler». Fréq. abs. littér.: 6 535. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 10549, b) 10462; xxes.: a) 9117, b) 7699. Bbg. Pauli 1921, p.76 (s.v. mèle-tout). _ Väänänen (V.). De quoi vous mêlez-vous? Rom. Jahrb. 1958, t.9, pp.113-125.

Mêler : définition du Wiktionnaire

Verbe

mêler \me.le\ ou \mɛ.le\ transitif ou pronominal 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se mêler)

  1. Mettre ensemble des choses et les confondre.
    • Et, vivement impressionné par la noblesse réelle du spectacle, je ne pus m’empêcher de mêler ma voix aux acclamations enthousiastes des croyants prosternés. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 133)
    • Dans Malhação par exemple, comme d'ailleurs dans toute télénovela, il y a une famille centrale autour de laquelle se greffent des intrigues amoureuses, mêlant tour à tour les thèmes de la santé, la jeunesse, la joie et la sexualité, et surtout l’adultère. — (Stéphane Malysse, « Ce que la beauté fait faire : Sociétés et corps en transformations. Études brésiliennes », chap. 11 de Quête de beauté, pratiques culturelles et risques, dirigé par Bernard Cadet & Gérard Chasseigne, Éditions Publibook Université, 2012, page 205)
    • J’ai mêlé mes livres, mes papiers, en sorte que je ne puis plus trouver ce que je cherche.
    • Dans cette ville beaucoup d’édifices publics mêlent les influences gothiques aux mauresques.
      Se mêler à la foule.
    • Société mêlée, monde mêlé, : monde où se trouvent des éléments de valeur inégale.
    • Il fréquente un monde un peu mêlé.
    • Il sait mêler à propos la douceur à la sévérité.
    • Cet auteur a mêlé l’agréable et l’utile dans tous ses ouvrages, œuvres mêlées.
    • Lettres mêlées de vers et de prose.
    • Mêler les affaires aux plaisirs.
    • Mêler le vin, le lait : Mettre ensemble des vins, des laits de diverses sortes.
  2. Brouiller, embrouiller les choses de telle sorte qu’on ne puisse pas aisément les dévider ou les séparer.
    • Mêler du fil, un écheveau, des écheveaux.
      Mêler des cheveux.
    • Mêler les cartes.
    • C’est à vous à mêler.
    • Mêler une serrure : Fausser les gardes ou quelque ressort d’une serrure, en sorte que la clef ne puisse ouvrir.
  3. Introduire de façon inextricable, impliquer.
    • Mêler quelqu’un dans une accusation.
    • Être mêlé dans une mauvaise affaire.
    • Mêler quelqu’un dans des discours, dans des propos, parler de lui de manière à le compromettre ou à lui déplaire.
    • Mêler ses larmes à celles de quelqu’un : Pleurer avec lui, partager son affliction.
  4. (Pronominal) Devenir moins pur.
    • Cette race s’était mêlée et avait perdu beaucoup de sa pureté.
    • Les étrangers envahissaient le Sénat ; le sang romain se mêlait.
  5. (Pronominal) Participer à une chose, intervenir dans une affaire.
    • Il s’entretient avec un de ses compatriotes. Je me mêlerais volontiers à leur conversation au cas qu’ils me feraient des avances. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. VI, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
    • Mais comment dire à qui vient de vous sauver la vie qu’il se veuille mêler de ce qui le regarde ? — (Maurice Druon, Les Rois maudits, tome 1, « Le Roi de fer », 1955)
    • Donald Trump souhaite que la justice s’en mêle au nom de la « Sécurité Nationale ». Il risque d’être déçu. — (Gilles Paris, Président Trump, an II : la chasse à l’homme, Le Monde. Mis en ligne le 9 septembre 2018)
    • Il se mêle de politique et n’y entend rien.
  6. (Pronominal) S’occuper d’une chose étrangère à sa profession, à ses habitudes, à ses talents, à ses affaires.
    • Il est médecin, et il se mêle d’astronomie.
    • C’est un littérateur, et il se mêle de donner des conseils aux généraux.
    • Quand ce bon homme se mêle de railler, il est plus malin que personne.
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Mêler : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MÊLER. v. tr.
Mettre ensemble deux ou plusieurs choses et les confondre. Mêler des grains. Mêler des couleurs. Mêler l'eau avec le vin. Mêler du cuivre dans de l'argent. J'ai mêlé mes livres, mes papiers, en sorte que je ne puis plus trouver ce que je cherche. Par extension, Se mêler à la foule. En parlant des Personnes, Société mêlée, monde mêlé, Monde où se trouvent des éléments de valeur inégale. Il fréquente un monde un peu mêlé. Fig., Il sait mêler à propos la douceur à la sévérité. Cet auteur a mêlé l'agréable et l'utile dans tous ses ouvrages, Œuvres mêlées. Lettres mêlées de vers et de prose. Mêler les affaires aux plaisirs. Mêler le vin, le lait, Mettre ensemble des vins, des laits de diverses sortes. Mêler du fil, un écheveau, des écheveaux, Les brouiller de telle sorte qu'on ne puisse pas aisément les dévider ou les séparer. On dit de même Mêler des cheveux, etc. En termes de Jeu, Mêler les cartes, ou simplement Mêler, Battre les cartes. Mêlez les cartes. C'est à vous à mêler. Fig. et fam., Mêler les cartes, Embrouiller les affaires. On dit plutôt aujourd'hui Brouiller les cartes. Mêler une serrure, Fausser les gardes ou quelque ressort d'une serrure, en sorte que la clef ne puisse ouvrir. Fig., Mêler quelqu'un dans une accusation, L'y comprendre. Être mêlé dans une mauvaise affaire, Y être impliqué. Mêler quelqu'un dans des discours, dans des propos, Parler de lui de manière à le compromettre ou à lui déplaire. Fig., Mêler ses larmes à celles de quelqu'un, Pleurer avec lui, partager son affliction.

SE MÊLER signifie Devenir moins pur. Cette race s'était mêlée et avait perdu beaucoup de sa pureté. Les étrangers envahissaient le Sénat; le sang romain se mêlait.

SE MÊLER DE signifie spécialement Participer à une chose, intervenir dans une affaire. Il a réussi dans toutes les choses dont il s'est mêlé. Je ne me mêlerai plus de vos affaires. Il ne se mêle de rien. Mêlez-vous de vos affaires, de ce qui vous regarde, ne vous mêlez pas de celles des autres. Ironiquement, Il se mêle de politique et n'y entend rien. Fig. et fam., Cette affaire se fera, à moins que le diable ne s'en mêle, si le diable ne s'en mêle, Cette affaire se fera malgré tous les obstacles. Cette affaire ne se fera pas, à moins, etc., Il est presque impossible que cette affaire réussisse. Se mêler d'une chose signifie aussi S'occuper d'une chose étrangère à sa profession, à ses habitudes, à ses talents, à ses affaires. Il est médecin, et il se mêle d'astronomie. C'est un littérateur, et il se mêle de donner des conseils aux généraux. Quand ce bon homme se mêle de railler, il est plus malin que personne. Sang mêlé, Personne issue d'un croisement entre races différentes.

Mêler : définition du Littré (1872-1877)

MÊLER (mê-lé) v. a.
  • 1Mettre ensemble deux ou plusieurs choses. Mêler des drogues. Mêler du cuivre dans de l'argent. La Marne mêle ses eaux avec celles de la Seine. Il faut mêler pour un guerrier à peu de myrte force palme, Malherbe, IV, 5. Cette liqueur épaisse Mêle du sang de l'hydre avec celui de Nesse, Corneille, Médée, IV, 2. Le feu des diamants, la pourpre des rubis Ne mêle point son lustre à l'éclat des habits, Brébeuf, Phars. II. Mêlant industrieusement l'or et la soie, Fléchier, Dauphine. Et sans mêler à l'or l'éclat des diamants, Boileau, Art p. II.

    Mêler le vin, mettre ensemble des vins de diverses sortes.

    Terme de peinture. Unir les couleurs pour en former des teintes.

    Par extension. Je mêle cette lecture de mille autres, Sévigné, 3 juill. 1680. Le baron de Grothusen remarqua que les Turcs ne mêlaient dans leurs cris aucune injure contre le roi, et qu'ils l'appelaient seulement demirbash, tête de fer, Voltaire, Charles XII, 6. On les entend mêler, dans leurs vœux fanatiques, Les imprécations aux prières publiques, Voltaire, Henr. IV. Et mêlant dans tes yeux les larmes et les ris, Quand tu perds une mère, elle te donne un fils, Delille, Jard. ch. II. D'autres viendront… Puiser dans cet asile heureux, calme, enchanté, Tout ce que la nature à l'amour qui se cache Mêle de rêverie et de solennité, Hugo, Rayons et ombres, XXXIV.

    Fig. Mêler le ciel à la terre, tout confondre. M. Jurieu ne sortira jamais de cette difficulté ; qu'il brouille tout, qu'il mêle le ciel à la terre…, Bossuet, 5e avert. 22.

    Fig. Mêler ses larmes à celles de quelqu'un, pleurer avec lui, partager son affliction. Maintenant que l'Espagne et la France mêlent leurs larmes, Bossuet, Mar.-Thér.

  • 2Embrouiller. Mêler du fil, un écheveau, des écheveaux. Mêler les cheveux. Jadis les Parques ont, je gage, Mêlé votre fil et le mien, Béranger, Contemporaine.

    Terme de jeu. Mêler les cartes, ou, simplement, mêler, battre les cartes. C'est à vous de mêler. On a joué : pour moi, je ne saurais me fatiguer à mêler des cartes, Sévigné, 277.

    Fig. Mêler les cartes, embrouiller les affaires.

    Mêler les dés, se dit de l'action de lancer un dé contre un autre, de manière à retourner celui-ci ou à le pousser hors de sa place.

    Mêler une serrure, fausser les gardes ou quelque ressort d'une serrure, en sorte que la clef ne puisse ouvrir.

    Terme de manége. Mêler un cheval, embrouiller son travail, de telle manière qu'il ne sache plus ce qu'on exige de lui.

  • 3 Fig. Mêler quelqu'un dans une accusation, l'y comprendre.

    Être mêlé dans une mauvaise affaire, y être impliqué.

    Mêler quelqu'un dans des discours, dans des propos, parler de lui de manière à le compromettre ou à lui déplaire. Je l'ai trouvé tantôt tout triste de je ne sais quoi que vous lui avez dit, où vous m'avez mêlé assez mal à propos, Molière, Fourb. de Scap. II, 11.

  • 4 Fig. Unir, joindre ensemble certaines choses qui ne peuvent être mêlées que dans l'esprit. Tant son mauvais destin semble prendre de soins à mêler sa présence où l'on la veut le moins, Corneille, Suite du Menteur, IV, 1. Il est d'autres héros… qui sauraient mêler… L'art de gagner les cœurs au grand art de régir, Corneille, Oth. III, 3. Entrez, je vous conjure, dans cette affaire avec charité, et mêlez-y l'amitié que vous avez pour Mme de Grignan et pour moi, avec l'aversion naturelle que l'on a pour les oppressions injustes, Sévigné, à Mme de Guitaut, 25 sept. 1677. Nous ne voulons mêler ce dessein d'aucune autre chose, Sévigné, 19 nov. 1673. Il lui [à Dieu] plaît de mêler, dans votre établissement que nous avons voulu, des absences cruelles pour nous mortifier, pour nous faire souffrir, Sévigné, t. X, p. 643, édit. RÉGNIER. Voyons donc ce dernier combat [la mort de la princesse] ; mais encore affermissons-nous ; ne mêlons point de faiblesse à une action si forte, Bossuet, Duch. d'Orl. Horace à cette aigreur [la satire] mêla son enjouement ; On ne fut plus ni fat ni sot impunément, Boileau, Art p. II. À ces nobles conseils ne mêlez point le vôtre, Racine, Bajaz. III, 1. Croyez-moi, chère Esther, ce sceptre, cet empire, Et ces profonds respects que la terreur inspire, à leur pompeux éclat mêlent peu de douceur, Et fatiguent souvent leur triste possesseur, Racine, Esth. II, 7. Le ciel voulut mêler, dans les maux qu'il m'envoie, Le comble des horreurs au comble de la joie, Voltaire, Fanat. IV, 5. Et comment concevoir que Ninus, un héros, Par un noir homicide ait souillé son génie Et mêlé tant de gloire et tant d'ignominie ? Briffaut, Ninus II, I, 1.

    Mêler son mot, intervenir dans la conversation. Il se rend familier avec tous mes amis, Mêle partout son mot…, Corneille, Suite du Menteur, III, 1. Je voudrais qu'elle [Mlle Montgobert] mêlât un mot du sien sur le sujet de votre santé, Sévigné, 26 janv. 1680.

    Terme mystique. Mêler Jésus-Christ avec Bélial, unir les vices du monde avec la sainteté. Ils mêlent Jésus-Christ avec Bélial, ils cousent l'étoffe vieille avec la neuve, contre l'ordonnance expresse de l'Évangile, des lambeaux de mondanité avec la pourpre royale, Bossuet, Orais. Cornet.

  • 5Se mêler, v. réfl. Être uni, confondu. La Marne se mêle avec la Seine un peu au-dessus de Paris. Quand les nations se sont ainsi mêlées, elles sont longtemps à se civiliser, et même à former leur langage, Voltaire, Russ. I, 11.

    Fig. C'est un terme honteux que celui de prière ; Tu me l'as épargné, tu m'as fait grâce entière ; Ainsi l'honneur se mêle au bien que je reçois ; Qui donne comme toi, donne plus d'une fois, Corneille, Remerc. au roi. Tandis que dans les airs mille cloches émues Et se mêlant au bruit de la grêle et des vents…, Boileau, Sat. VI. Le temple était entouré de victimes qui tombaient sous le couteau sacré, et dont les cris se mêlaient au chant des hommes, Barthélemy, Anach. ch. 22.

  • 6S'unir par mariage. Les familles se mêlent par des mariages.

    S'unir par des croisements. On peut croire que cette race de petits Tartares a perdu une partie de sa laideur, parce qu'ils se sont mêlés avec les Circassiens, les Moldaves et les autres peuples dont ils sont voisins, Buffon, Hist. nat. homme, Œuv. t. V, p. 17. Les aras bleus ne se mêlent point avec les aras rouges, quoiqu'ils fréquentent les mêmes lieux, sans chercher à se faire la guerre, Buffon, Ois. t. XI, p. 270.

    Absolument. Se confondre en des unions illicites. Ils peuvent plus aisément changer de femmes, en avoir plusieurs, et quelquefois se mêler indifféremment comme les bêtes, Montesquieu, Esp. XVIII, 13. On leur a souvent imputé d'égorger un enfant, de boire son sang, et de se mêler ensemble dans leurs cérémonies secrètes sans distinction, Voltaire, Russ. I, 11.

  • 7Se mêler, se jeter parmi, aller parmi, fréquenter. [Certains grands] ne se mêlant point dans le peuple, et ne lui laissant pas le loisir de les voir de près, La Bruyère, XI. Suivi d'un gros d'amis fidèles, On l'a vu se mêler au milieu des rebelles, Racine, Mithr. IV, 6. Elle alla se mêler dans la foule, pour entendre louer celui qu'elle aimait, Staël, Corinne, XV, 5.

    Se mêler, en venir aux mains. Chez le libraire absent tout entre, tout se mêle, Boileau, Lutr. V. On se mêle, on combat, Voltaire, Mérope, V, 5.

    Prendre part à une mêlée. N'admirez-vous point qu'il [le chevalier de Grignan] n'ait pas été blessé, à se mêler comme il a fait, et essuyer tant de fois le feu des ennemis ? Sévigné, 9 août 1675.

  • 8Devenir embrouillé. Les écheveaux se sont mêlés.

    Fig. Entrer dans le trouble, se brouiller. Cependant les esprits s'émeuvent et les choses se mêlent de plus en plus, Bossuet, Cornet.

  • 9Se mêler, devenir moins pur. Le sénat se remplissait de barbares ; le sang romain se mêlait ; l'amour de la patrie, par lequel Rome s'était élevée au-dessus de tous les peuples du monde, n'était pas naturel à ces citoyens venus de dehors, Bossuet, Hist. III, 7.
  • 10Se joindre à, intervenir. Quoi ! vous mêler aux vœux d'une troupe infidèle ? Oubliez-vous déjà que vous êtes chrétien ? Corneille, Poly. II, 6. Il croit que ce climat [l'Égypte], en dépit de la guerre, Ayant sauvé le ciel, sauvera bien la terre, Et, dans son désespoir à la fin se mêlant, Pourra prêter l'épaule au monde chancelant, Corneille, Pompée, I, 1. Dans le brillant commerce il se mêle sans cesse, Et ne cite jamais que duc, prince ou princesse, Molière, Mis. II, 5. En vérité, la mort se mêle si inconsidérément partout, qu'il ne faut compter sur rien, Sévigné, 22 juin 1689. S'il lui plaît [à Dieu] de se mêler dans la paix de votre solitude, vous serez trop heureux, Sévigné, à Bussy, 5 oct. 1685. Nous vîmes Mademoiselle [la nièce de Louis XIII]… j'aime bien à ne me point mêler dans ses impétuosités, Sévigné, 19 janv. 1689. Vous diriez qu'il y a en lui un autre homme à qui sa grande âme abandonne de moindres ouvrages où elle ne daigne se mêler, Bossuet, Louis de Bourbon. Nous ne pouvons un moment arrêter nos yeux sur la gloire de cette princesse, sans que la mort ne s'y mêle aussitôt pour tout offusquer de son ombre, Bossuet, Duch. d'Orl.
  • 11Se mêler de, prendre soin de, s'occuper de. Il fallut que l'amour Se mêlât seul de ses affaires, La Fontaine, Coupe. Faut-il le demander ? et me voit-on me mêler de rien dont je ne vienne à bout ? Molière, l'Avare, II, 6. Il paraît bien que votre main toute-puissante s'en est mêlée, Massillon, Carême, Rechute. Je me suis un peu mêlé du passé ; mais j'avoue en général ma profonde ignorance sur avenir, Voltaire, Lett. Courtivron, 22 juill. 1755. On dépensait autrefois davantage en esprit et en agréments ; et, quand Louis XIV donnait des fêtes, c'était les Corneille, les Molière, les Quinault, les Lulli, les le Brun qui s'en mêlaient, Voltaire, Lett. prince roy. de Prusse, 12 août 1739.

    Fig. et familièrement. Cette affaire se fera, à moins que le diable ne s'en mêle, si le diable ne s'en mêle, c'est-à-dire cette affaire se fera malgré tous les obstacles.

    Cette affaire ne se fera pas à moins que le diable ne s'en mêle, c'est-à-dire il est presque impossible qu'elle se fasse.

    Mêlez-vous de vos affaires, se dit à quelqu'un qu'on ne veut pas laisser s'occuper d'affaires qui ne le regardent pas. Mêlez-vous de boire, je vous prie, A l'auteur sur-le-champ aigrement reparti, Boileau, Sat. III. Mêlez-vous, s'il vous plaît, monsieur, de vos affaires, Regnard, Distrait, III, 4.

    Mêlez-vous de filer votre quenouille, se dit à une femme qui veut se mêler des affaires des hommes.

  • 12Se mêler de, se livrer à une certaine occupation. Il aimait passionnément la comédie et tous ceux qui s'en mêlaient, Scarron, Rom. com. II, 17. Quand ils se sont mêlés d'être conquérants, Bossuet, Hist. III, 3. Faut-il, parce que Desmarets a fait autrefois un roman et des comédies, que vous preniez en aversion tous ceux qui se sont mêlés d'en faire ? Racine, 1re lettre à l'auteur des imag. Tous ceux qui reviennent de Corse prétendent que la réputation de Paoli était un peu usurpée ; s'il s'est mêlé d'être législateur, il ne s'est pas mêlé d'être héros, Voltaire, Lett. Schomberg, 22 sept. 1769.
  • 13Prendre part à. Un ouvrage de broderie dont elle s'occupa, sans jamais lever les yeux ni se mêler de la conversation, Staël, Corinne, XVI, 5.
  • 14Se mêler d'une chose, s'occuper d'une chose étrangère à sa profession, à ses habitudes, etc. Ceux qui se mêlent de donner des préceptes, se doivent estimer plus habiles que ceux auxquels ils les donnent, Descartes, Méth. I, 5. Il s'était mêlé de tenir des chambres garnies et de prendre des pensionnaires, Scarron, Rom. com. I, 18. Un métier dont tant de gens se mêlent, Molière, Préf. de Tartufe. Il se mêle de régler les questions de la foi, Bossuet, Hist. I, 11. Sans vouloir se mêler du gouvernement, Fénelon, Tél. XI. On dit qu'un jour le dieu par qui l'on aime… Devers Paphos se mêla d'exercer L'art bienfaisant qu'inventa Triptolème, Millevoye, l'Amour laboureur.

    S'ingérer, s'entremettre. De quoi se mêle Rome, et d'où prend le sénat, Vous vivant, vous régnant, ce droit sur votre État ? Corneille, Nic. II, 3. On dit que sur mon rang vous étendez sa loi [du ministère], Et que vous vous mêlez de disposer de moi, Corneille, Othon, II, 5. On dira ici de quoi je me mêle ; vraiment on en verra bien d'autres, Scarron, Rom. com. I, 9. Vous vous mêlez sur tout de dire votre avis, Molière, Tart. I, 1. Si vous me demandez de quoi je me mêle, de vous gronder ainsi, je vous répondrai que je me mêle de mes affaires, Sévigné, 8 nov. 1680. Les politiques ne se mêlent plus de deviner ses desseins [de Louis XIV] ; quand il marche, tout se croit également menacé, Bossuet, Mar.-Thér. On dit ! on dit ! de quoi se mêle-t-on ? Brueys, Grondeur, I, 7.

    Se mêler de, se dit aussi pour signifier que nous prenons une qualité, des manières qui ne paraissent guère nous convenir. Et sœur d'un certain Alcidas, qui se mêle de porter l'épée, Molière, Mar. forcé, 2. Un gros fermier qui fait le petit maître, Fait l'inconstant, se mêle d'être un fat, Voltaire, Droits du seigneur, I, 3.

REMARQUE

Laveaux a dit qu'au sens propre de brouiller ensemble, mêler voulait avec et non à, et qu'au sens figuré il voulait à et non avec. Cette remarque, qui ne s'appuie pas sur la grammaire, ne s'appuie pas non plus sur un usage constant ; les exemples classiques le montrent.

HISTORIQUE

XIe s. Je me craindreie que vous vous meslisez [mettiez en mêlée], Ch. de Rol. XVIII.

XIIe s. Suvent les unt medlé al rei [mis en querelle avec le roi], Rou, V. 9903. Heraut et Guert tant estriverent, Ke par paroles se medlerent [querellèrent], ib. V. 12180. Et par ma barbe, dont li pels est meslez, Roncis. p. 3. Dist à ses homes : nostre gent est meslée [aux mains], ib. 84.

XIIIe s. Li rois s'en consella et dist qu'il avoit asses terre, et qu'il ne s'en melleroit, Chr. de Rains, p. 154. Mais foy que [je] doi [à] Symon à la barbe mellée [grise], Berte, CXV. Les secondes [demandes] sont reeles, les autres sont mellées, c'est à dire reeles et personeles, Beaumanoir, VI, 32. Poi [peu] seroit doutée l'espée esperituel des malvès, s'il ne cuidoient que l'espée temporel s'en mellast, Beaumanoir, CXV, 42. Ne uns n'estoit qui se meslast de maintenir la chose commune, Latini, Trésor, p. 90.

XIVe s. Hastive gent et sot n'aront pas grant avoir ; Qui se melle de tout…, Baud. de Seb. X, 1063. Car li rois Edouars si fait moult à loer, Et si se voldroit bien, je croi, pour moi merler, Pour avoir aliance, pour France destourber, Guesclin. 9799.

XVe s. Aussi le maistre des seigneurs Dieu s'en mesloit, et chacun le cognoissoit, Commines, VII, 10.

XVIe s. Là je senty dedans mes yeux couler Un doux venin, sabtil à se mesler, Ronsard, 35. Car tousjours un plaisir est meslé de douleur, Ronsard, 793. Ceux dedans voulans parlementer et retirer quelques uns qui n'estoient pas encore entrez, quelques rechappez d'Orange les meslent [se mêlent avec eux], et, confus avec eux, emportent le chasteau, D'Aubigné, Hist. I, 147. Ceux-ci donc meslerent cinquante pas devant leur gros, et les deux premiers aians percé…, D'Aubigné, ib. II, 181. Les accotouër seront grandement utiles à faire meler les pruneaux, guignes, cerises, et autres tels fruits qu'on a accoustumé faire meler [sécher] au soleil, Palissy, 74 et 75. Tout ce qui se mesle donne autant de communication de son estre, comme il en reçoit de ce avec quoy il est meslé, Amyot, Numa, 7. …Moy qui voy commencer Ma teste à se mesler, et mes jours se passer, Desportes, Œuvres chrestiennes, sonnets, 12. Ne se mesler d'autre chose que de passer en repos [sa vie], Montaigne, I, 32. J'y ay à escient meslé quelque peu d'amertume, Montaigne, I, 89. On dict bien vray, qu'un honneste homme, c'est un homme meslé [qui a vu beaucoup d'hommes et de choses], Montaigne, IV, 124.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MÊLER. Ajoutez :
15Se mêler d'une personne, s'occuper de son sort. On se moquerait de moi, si une fille de qui je me mêle, n'était pas [logée] d'une façon à se faire respecter, Crébillon, fils, le Sopha, ch. IV.
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Mêler : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

MÉLER, v. act. (Gramm.) c’est faire un mélange, voyez l’article Mélange. Méler au jeu, c’est battre les cartes, afin qu’elles ne se retrouvent pas dans l’ordre où elles étoient. Méler du vin, c’est le farlater. Méler une serrure, c’est en embarrasser les ressorts ; se méler, se dit aussi de certains fruits, lorsque la maturité les colore ; il ne faut pas se méler ordinairement d’une affaire étrangere, on s’expose à faire dire de soi, de quoi se méle-t-il ? Dieu a si sagement mélé la peine au plaisir, que l’homme ignore si la vie est un bien ou un mal. Il se méle d’un méchant métier.

Méler un cheval, (Maréchal.) en terme de manege, c’est, à l’égard du cavalier, le mener de façon qu’il ne sache ce qu’on lui demande. Un cheval de tirage est mélé, lorsqu’il embarrasse ses jambes dans les traits qui s’attachent à la voiture.

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Étymologie de « mêler »

Étymologie de mêler - Wiktionnaire

De l’ancien français mesler, issu du latin miscere (« mêler, mélanger ») devenu *misculare en latin populaire et qui a donné mezclar en espagnol, mesclar en occitan, mescolare en italien. (Vers 980) mescler.
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Étymologie de mêler - Littré

Bourg. maûlai ; Berry, micheler ; prov. messlar ; espagn. mezclar ; portug. mesclar ; ital. mischiare ; du bas-latin misculare, dérivé du latin miscere, mêler ; grec μίσγειν, allem. mischen. De miscēre, μίσγω, mischen, il faut rapprocher le sanscrit miçrayāmi, mêler, â-mik-shâ, lait mélangé, et le grec μίγνυμι ; et de ces formes en miç et en μιγ, on conclut que la racine primordiale est mik, que misceo est pour mik-sceo, comme le prouve d'ailleurs mixtus (mik-stus) ; le sc est le suffixe de dérivation inchoative. Le vieux français a deux formes : mesler, qui vient de misculare, et medler (d'où l'anglais to meddle), qui représente un thème fictif mixtulare. On remarquera meler avec le sens de sécher au soleil : il serait possible que ce meler n'eût rien de commun avec mêler, faire un mélange ; du moins la signification est étrange ; viendrait-il de mêle, qui s'est dit pour nèfle (sécher comme une nèfle) ?

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Phonétique du mot « mêler »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
mêler mɛle play_arrow

Conjugaison du verbe « mêler »

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Citations contenant le mot « mêler »

  • Le linge sale se lave habituellement en famille, mais quand certaines limites sont franchies, la justice peut s’en mêler. Âgée de seulement 19 ans, une étudiante de Bruay-la-Buissière a ainsi dû expliquer, jeudi, au tribunal correctionnel de Béthune pourquoi elle en faisait baver autant à sa mère. «  On a toujours eu du mal à communiquer  », a confié la jeune fille poursuivie pour violence sur ascendant, dégradations et menaces de mort. La Voix du Nord, Bruay-la-Buissière : une étudiante condamnée pour avoir violenté sa mère
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  • On a beau se tenir à l'écart, les gens finissent toujours par vous mêler à leurs intrigues. De August Strindberg / La Danse de mort
  • La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. De Paul Valéry / Rhumbs
  • Il ne faut pas mêler les torchons et les serviettes. De Proverbe français
  • Pour vivre en paix avec tout le monde, il ne suffit pas de ne point se mêler des affaires d'autrui, il faut encore souffrir qu'autrui se mêle des vôtres. De Elie Fréron

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Traductions du mot « mêler »

Langue Traduction
Corse mischjà
Basque nahastu
Japonais 交じる
Russe навесы
Portugais misturar-se
Arabe مزج
Chinois 交融
Allemand mischen
Italien mescolarsi
Espagnol mezclarse
Anglais mingle
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Synonymes de « mêler »

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Antonymes de « mêler »



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