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Honneur

Définitions du mot « honneur »

Trésor de la Langue Française informatisé

HONNEUR, subst. masc.

I. − Au sing.
A. −
1. Principe moral d'action qui porte une personne à avoir une conduite conforme (quant à la probité, à la vertu, au courage) à une norme sociale et qui lui permette de jouir de l'estime d'autrui et de garder le droit à sa dignité morale. Synon. honnêteté.Forfaire, manquer à l'honneur; code, lois, règles de l'honneur; notion, sentiment de l'honneur. L'honneur, dans son caractère indéfini, est quelque chose de supérieur à la loi et à la morale : on ne le raisonne pas, on le sent. C'est une religion (Feuillet, Rom. j. homme pauvre,1858, p. 264).L'honneur parlait, il fallait que l'honneur et seulement l'honneur fût écouté (Gobineau, Nouv. asiat.,1876, p. 244) :
1. ... le devoir de l'honneur s'est accru en raison de l'élévation du rang. Il y a bien eu un temps en effet où les peuples n'étaient pas tenus pour responsables de leurs engagements; mais c'est quand ils étaient réputés au-dessous de l'honneur comme du pouvoir, quand l'honneur était le privilége insolent d'une seule classe, quand la foi du gentilhomme paraissait seule digne d'inspirer confiance, quand celle du vilain était sans prix. A. de Broglie, Diplom. et dr. nouv.,1868, p. 208.
Homme d'honneur. Homme vertueux, probe, intègre, courageux, qui ne transige pas avec les lois les plus strictes de la morale. Est-on un homme d'honneur quand on a dans sa vie une de ces actions qui font rougir quand on est seul? Un homme d'honneur quand on a fait de ces choses que personne ne vous reproche, que rien ne punit, mais qui vous ternissent la conscience?... (Goncourt, R. Mauperin,1864, p. 203).
[Formule de serment] Foi, parole d'homme d'honneur, p. ell. du déterminé d'homme d'honneur ou d'honneur. Foi d'homme d'honneur, je le ferai (Ac.). Comment trouvez-vous la pièce? − Charmante. − Vrai? − D'honneur (Restif de La Bret., M. Nicolas,1796, p. 24).Région. (Belgique, Canada). − Ma foi d'honneur, on dirait presquement que le père Didace le respecte (Guèvremont, Survenant,1945, p. 68).
2. En partic. [En parlant d'une femme] Synon. de honnêteté, pudeur.L'inceste est (...) une action simplement immorale. Il en est de même des manquements à l'honneur sexuel que commet la femme en dehors de l'état de mariage (Durkheim, Divis. trav.,1893, p. 43).
B. − P. méton.
1. Bien moral dont jouit une personne dont la conduite (conforme à une norme valorisée socialement) lui confère l'estime des autres et lui permet de garder le sentiment de sa dignité morale. Ils [deux plaideurs] engagent leur droit, leur parole, leur serment, leur honneur enfin, puisque droit et dignité ou honneur sont synonymes (Proudhon, Guerre et Paix,1861, p. 201) :
2. ... j'ai reçu des nouvelles de l'armée; (...) le baron est loin du danger, il s'en désespère, et je m'en applaudis; il est à l'armée, voilà ce qu'il faut pour ce qu'on appelle l'honneur; je m'y borne, et ne porte pas mes regards jusqu'à la gloire. Sénac de Meilhan, Émigré,1797, p. 1568.
Rem. L'honneur dans cette accept. semble être une qualité spécifiquement masculine, la docum. n'atteste que de rares emplois concernant les femmes.
SYNT. Conserver, engager, garder, perdre, recouvrer, sacrifier son honneur; attaquer, blesser, flétrir l'honneur de qqn; se porter garant de l'honneur de qqn; porter atteinte à l'honneur de qqn; faire appel, rendre l'honneur à qqn; compromettre, défendre, engager, laver, sauvegarder, sauver, venger son honneur/l'honneur de qqn; l'honneur est sauf; engagement, question d'honneur.
Affaire* d'honneur.
Dette* d'honneur.
a) Loc. subst. et adv.
Parole d'honneur. Engagement, promesse auquel on ne peut manquer sans se déshonorer. Elle exigea ma parole d'honneur que je ne la suivrois point secrètement, et qu'en la quittant je retournerois sur le champ dans mon château : je remplis scrupuleusement cet engagement (Genlis, Chev. Cygne, t. 2, 1795, p. 23).
[Formule de serment, pour introduire une affirmation, pour prendre à témoin qqn] :
3. Quand j'avais vingt ans (..), vous me rendîtes des services qu'on n'oublie pas... Vous n'avez pas voulu continuer depuis (...). Parole d'honneur : j'ai été amoureux de vous, Madame Verrière, en outre. Vous étiez fraîche comme une pomme et dodue comme une grive roulant dans une vigne... Miomandre, Écrit sur eau,1908, p. 209.
Loc. verb. Donner sa parole d'honneur. Promettre solennellement. Je vous donne ma parole d'honneur que je ne consentirai jamais à un mariage avec cet homme (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 448).
Point d'honneur. Ce qui est essentiel quant à la dignité d'une personne et à l'estime qui lui est due. Prendre tout au point d'honneur; se faire un point d'honneur de qqc. Il y a un point d'honneur chez les femmes de marins, et il est très rare qu'elles se conduisent mal en l'absence de leurs maris (Feuillet, Veuve,1884, pp. 18-19).Je ne lui ai pas caché que j'avais mon doctorat mais je lui ai bien fait comprendre que je n'étais pas un intellectuel et que je ne rougissais pas de faire un travail de copiste et que je mettais mon point d'honneur dans l'obéissance et la discipline la plus stricte (Sartre, Mains sales,1948, 3etabl., 1, p. 62).
Point d'honneur de + subst. désignant un sentiment.Point d'honneur de la dignité, de l'orgueil (de qqn). Le point d'honneur de ma fierté est de me passer de ce qui se passe de moi, et de ne pas tenir plus aux autres qu'ils ne tiennent à ma personne (Amiel, Journal,1866, p. 282).
BLAS. Point, lieu d'honneur. Partie centrale de l'écu. (Dict. xixeet xxes.).
[Formule de serment par laquelle on affirme la véracité d'un fait, d'un propos]
Assurer, jurer, promettre sur l'honneur de qqn, p. ell. sur l'honneur. Je l'atteste sur l'honneur (Ac.). Je vous en réponds sur mon honneur (Ac.). Strozzi : Ainsi, Luisa, pas de condition infâme? Luisa : Rien, mon père, rien, sur l'honneur de la famille!... (Dumas père, Lorenzino,1842, IV, 3, p. 262).Je te crois en danger, et sur l'honneur je ne dormirai plus tranquille (Fromentin, Dominique,1863, p. 142).
En honneur (vieilli). Florimont : ... si je trouvais une femme comme il faut... Aromate : Tu l'épouserais? Florimont : Sur-le-champ. Aromate : Sérieusement? Florimont : En honneur (Dumas père, Noce et enterrement,1826, 5, p. 82).
b) Loc. verb.
Perdre d'honneur qqn. Ôter toute l'estime, toute la considération dont jouit une personne. Il irait disant partout que je suis jaloux, et cela me perdrait d'honneur (Dumas père, Mari Veuve,1832, I, 8, p. 122).
Piquer d'honneur qqn. Persuader une personne que sa dignité est en jeu (à faire ou non quelque chose). Il n'y a pas encore de majorité; les partis se balancent. Voyez d'abord Monsieur de Lurcy, tâchez de le piquer d'honneur (Leclercq, Prov. dram., Élect., 1835, p. 332).
Se piquer d'honneur. Faire preuve dans l'accomplissement d'une tâche, d'une attention, d'un soin plus grand que de coutume. La Bruyère (...) se piqua d'honneur, et voulut que son discours [à l'Académie] comptât et fît époque dans les fastes académiques (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 1, 1861, p. 140).
[Lors d'une compétition sportive] Sauver l'honneur. Obtenir tardivement un résultat honorable en marquant un but, des points lors d'une rencontre qui s'est déroulée au désavantage d'une équipe, d'un joueur. Battus nous avons du moins sauvé l'honneur en marquant un but (Rob.).
c) [P. allus. à la lettre que François 1erécrivit à sa mère après la défaite de Pavie] Tout est perdu(,) fors/hormis l'honneur. Eux, ils couraient, fous de peur, ils s'aplatissaient dans les fossés, ils demandaient pardon. Pardon dans l'honneur, bien entendu, tout est perdu fors l'honneur, prenez tout dans l'honneur : voilà mon cul, bottez-le dans l'honneur, je vous lécherai le vôtre si vous me laissez la vie (Sartre, Mort ds l'âme,1949, p. 81).
2.
a) [En parlant d'une collectivité, d'une nation, d'un groupe social, d'une profession] Dignité que confère l'observation de principes déterminés (par le groupe considéré). L'honneur de la France, de l'humanité, de la nation; l'honneur de la magistrature, du métier, professionnel; l'honneur d'une famille, d'un nom, d'une maison. L'honneur national! (...) c'est tout bonnement l'art d'en appeler aux passions des gens trop occupés pour avoir une opinion (Stendhal, Rossini,1823, p. 44).Ce sera assez drôle de voir l'honneur des lettres défendu par un maquereau (Goncourt, Journal,1860, p. 702) :
4. ... Horace annonce non plus l'héroïsme chevaleresque (...) tout repose sur une ruse de guerre qui aboutit (...) au massacre d'un blessé ordinaire (...) cette ruse de guerre est fort loin d'être du même ordre (...) que celle qui soulève Rodrigue contre les Maures surpris (...) c'est (...) un tout autre honneur, non plus l'honneur chevaleresque et guerrier, mais déjà un honneur militaire... Péguy, V.-M., comte Hugo,1910, p. 805.
b) En partic. [En parlant d'une femme] Dignité que confère une conduite sexuelle conforme à une norme valorisée socialement (chasteté, fidélité dans le mariage). Ravir l'honneur à une femme. Gardien de l'honneur de ma nièce, j'aurais étranglé son amant avec la complicité du jeune Bernard Ancelot qui tenait les pieds de la victime (Aymé, Travelingue,1941, p. 244) :
5. ruffin : (...) je suis sûr que si vous vouliez donner une bonne dot à votre fille, le mariage serait conclu. gérard : Je puis lui donner une dot. Mais qui lui rendra l'honneur! ruffin : Il y a, Monsieur, plusieurs sortes d'honneur. Et pour l'une d'entre elles, elle se vend au marché. Camus, Esprits,1953, III, 4, p. 510.
[L'honneur du mari considéré quant à la fidélité de sa femme] L'honneur d'un mari (...) plus on donne de coups d'épée dedans, plus il y a de trous (Dumas père, Halifax,1842, I, 8, p. 37).Il la traitait en animal domestique; ses vices le laissaient aussi indifférent que les miaulements d'une chatte en rut; mettant son honneur bien au-dessus des hontes d'une pareille créature, il assistait, avec un dédain superbe et une froide ironie, au spectacle de la procession d'adolescents défilant dans la chambre de sa femme (Zola, M. Férat,1868, p. 117).
C. −
1. Considération que l'on accorde à une personne qui s'est distinguée par ses qualités morales, par des actions, des attitudes valorisées socialement. Acquérir, briguer de l'honneur; action qui fait honneur à qqn; jour de gloire et d'honneur. J'ai pensé m'y casser le cou [à Vaucluse] en voulant grimper sur une montagne où les voyageurs ne vont jamais et où le guide a refusé de me suivre. Je suis venu à mon honneur, mais non sans danger (Chateaubr., Corresp., t. 1, 1802, p. 73).Mon idéal suprême N'était pas l'inouï bonheur, En aimant, d'être aimé moi-même, Mais d'en mourir avec honneur (Sully Prudh., Vaines tendr.,1875, p. 152).On peut (...) dire que c'est à lui que revient l'honneur d'avoir proposé le premier projet sérieux fixant les semaines (Chauve-Bertrand, Question calendrier,1920, p. 107) :
6. ... point de périls militaires (...); peu de sang versé, peu d'honneur conquis, de la honte pour quelques-uns, de la gloire pour personne; telle fut cette guerre [la guerre d'Espagne], faite par des princes qui descendaient de Louis XIV et conduite par des généraux qui sortaient de Napoléon. Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 444.
Pour l'honneur. Sans en tirer d'avantages, de bénéfice matériel ou financier; pour en retirer de la considération. J'ai eu la maladresse, selon mon habitude, de combattre l'opinion du lieu et de faire de l'opposition pour l'honneur (Amiel, Journal,1866, p. 176).Combien d'abonnements? − Cinq. − Cinq! Que cinq, un jour où il fait du soleil! Nous allons faire un journal pour l'honneur tout à l'heure? (Goncourt, Ch. Demailly,1860, p. 29).
2. Expr. et loc.
a) Subst. + d'honneur. Qui procure de la gloire, de la considération.
Baroud* d'honneur.
Champ d'honneur, lit d'honneur (vx). Champ de bataille. Liste des morts au champ d'honneur. Celle qui vivait d'oraison, Un soir de peine − il faut qu'il faille! − Elle fut grue, et ce bagnard Au champ d'honneur eut la médaille : Il n'est vertu que de hasard! (Muselli, Ball. contrad.,1941, p. 108) :
7. Ceux qui étaient les plus vivants et les plus forts (...) Restent là immobiles couchés aux champs d'honneur La tête dans la mort et la fleur au fusil La mémorable fleur de leur si simple vie Et la fleur à son tour Doucement se pourrit... Prévert, Paroles,1946, p. 111.
b) Loc. verb.
Sortir, se tirer d'une situation difficile avec/à son honneur. Sortir, se tirer d'une situation difficile sans perdre la face, avec succès. Je lui avais dit, que j'avais fait une épreuve par ma conduite avec Sara, dont elle ne s'était pas tirée à son honneur; qu'elle avait l'âme dure, et que j'étais revenu de mes sentiments pour elle (Restif de La Bret., M. Nicolas,1796, p. 147).
Être, mettre en honneur. Être apprécié, faire apprécier; être très considéré, entourer de considération. Mettre les lettres, les sciences, la vertu en honneur. La biroulade est un festin de châtaignes rôties qu'on mouille de vin blanc, et qui est en grand honneur dans les Cévennes (Malot, Sans fam.,1878, p. 68).
P. ext. [En parlant d'un procédé, d'une mode] Être conforme au goût du jour; avoir cours; être à la mode. Le portique [de la Fuite de Loth] à colonnes composites, aux bossages carrés, est dans le style d'architecture en honneur à Anvers du temps de Rubens (Gautier, Guide Louvre,1872, p. 131).Encore que le mécanisme soit fort en honneur dans la science contemporaine, il ne règne pas sans partage (J. Rostand, La Vie et ses probl.,1939, p. 148).
Qqn/qqc. (est l') honneur de. Procurer de la gloire à, être une cause de fierté, de joie, de bonheur. Être l'honneur de son pays, de sa patrie, de son temps. La belle féline, la si bien nommée, qui est à la fois l'honneur de son sexe, l'orgueil de mon cœur et le parfum de mon esprit (Baudel., Poèmes prose,1867, p. 81).L'étiquette bien visible est l'honneur des crus probes (Colette, Jumelle,1938, p. 61).
D. −
1. Marque de respect, d'estime; manifestation extérieure qui rend témoignage de la considération, de l'admiration qu'on porte à une personne; privilège accordé à quelqu'un pour le distinguer, lui donner des marques de considération. Désirer, recevoir un honneur; prétendre à un honneur; accorder, faire beaucoup d'honneur à qqn. Cet honneur [d'être fixés sur la toile] semblait réservé aux seuls héros du De Viris illustribus (Gautier, Guide Louvre,1872, p. 10).Deux frères extrêmes se retrouvent un soir, le premier avide de dégradation, l'autre de stabilité et d'honneur (Arnoux, Suite var.,1925, p. 37).Je voulais vous entretenir de la venue du Pogge, et combiner avec vous deux la façon dont nous lui rendrions honneur (Montherl., Malatesta,1946, IV, 3, p. 513) :
8. Il y avait à l'hospice général de Rouen un idiot que l'on appelait Mirabeau, et qui, pour un café, enfilait les femmes mortes sur la table d'amphithéâtre. Je suis fâché que vous n'ayez pu introduire ce petit épisode dans votre livre (...). Il est vrai que Mirabeau était faible et ne mérite pas tant d'honneur, car un jour il a calé bassement devant une femme guillotinée. Flaub., Corresp.,1861, p. 436.
[Pour engager qqn à commencer dans une épreuve sportive, un jeu] À vous/toi l'honneur de commencer à jouer, p. ell. à vous/toi l'honneur. Les deux illustrissimes se fendirent l'un sur l'autre, en même temps, se tournèrent le dos, coururent et se rencontrèrent au milieu de la lice (...) − À toi l'honneur! − On te le cède! (Cladel, Ompdrailles,1879, p. 276).
P. ext., cour. Il monte par l'escalier intérieur. Maître Simon : Passez, maître Maugier, à vous l'honneur (A. France, Com. femme muette,1912, I, 3, p. 449).
[Pour rendre hommage à une personne dont la conduite, les qualités provoquent l'admiration] Honneur à qqn, qqc.! Honneur aux braves! Honneur donc aux savants généreux! Honneur à ces esprits infatigables qui consacrent leurs veilles à l'amélioration ou bien au soulagement de leur espèce! Honneur! Trois fois honneur! (Flaub., MmeBovary, t. 2, 1857, p. 16).
Transcription française d'un titre usité en Angleterre Votre honneur. Je vais vous dire comme à ce domestique italien qui (...) me donnait à chaque mot du « Votre Honneur » (...) : « Ne me parlez donc pas toujours de mon honneur. Vous finiriez par le faire venir » (Montherl., J. filles,1936, p. 971).
Sauf votre honneur. ,,Sauf le respect que je vous dois`` (Ac.).
2. Subst. + d'honneur
[Le subst. désigne une pers., un titre, une fonction ou la place occupée dans la hiérarchie sociale] Dame*, demoiselle*, fille*, garçon*, garde* d'honneur.
HIST. Chevalier d'honneur. Conseiller d'épée qui avait séance et voix délibérative dans les cours souveraines. (Dict. xixeet xxes.). Chevalier attaché à la personne d'un prince, d'une princesse. Elle était la femme de ce fameux marquis Crescenzi, chevalier d'honneur de la princesse (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 467).
[Le subst. désigne un lieu]
Chambre*, cour*, escalier* d'honneur. Dont l'usage est réservé pour rendre hommage à quelqu'un. Notre grand-père (...) nous guettait sur le palier d'honneur (Feuillet, Scènes et prov.,1851, p. 320).
Place d'honneur. Place réservée à une personne, à quelque chose qu'on veut honorer. Ferdinand reçut le tableau avec piété (...) et l'accrocha dans le salon au-dessus du piano, à la place d'honneur (Aymé, Jument,1933, p. 34).
[Le subst. désigne une distinction] Qui rend hommage aux qualités d'une personne; qui marque la considération qu'on a pour lui. Croix*, Légion*, Tableau* d'honneur.
Épée, fusil d'honneur. Arme donnée à un militaire en mémoire d'une action d'éclat, de son mérite, de sa bravoure. On voyait (...) un parchemin jauni (...) : c'était un brevet de chevalier de la Légion d'honneur. Au-dessous étincelait la croix, (...) et, pour compléter ce trophée, un sabre d'honneur dont la lame avait brillé au soleil des grandes batailles impériales (Murger, Scènes vie jeun.,1851, p. 127).
3. Locutions
a) En l'honneur de + subst.
α) [Le subst. désigne une pers., une qualité, un sentiment] Pour rendre hommage, pour honorer quelqu'un, quelque chose. Couplet, hymne, poème en l'honneur de qqn/qqc.; célébrer une fête, élever un monument en l'honneur de qqn/qqc. Je vais pousser jusqu'à Savonnières pour y ruminer à mon aise un sonnet en l'honneur de la beauté non pareille qui a blessé mon cœur... (Theuriet, Mar. Gérard,1875, p. 131).Un ami de province marié depuis peu (...) offrait en l'honneur de sa jeune femme un grand bal costumé (Lorrain, Sens. et souv.,1895, p. 112).La Camargo (...) fait représenter un ballet en l'honneur de son soupirant (L. Schneider, Maîtres opérette fr.,1924, p. 199).
Rem. Vieilli. À l'honneur de. L'église (...) élevée par l'évêque Rey, à l'honneur de saint François de Sales (Amiel, Journal, 1866, p. 411).
[Le subst. désigne un événement relatif à une pers.] En vue de fêter, de célébrer. Je lui ai fait un cadeau en l'honneur de son anniversaire (Rob.).
β) En quel honneur? À quel propos, pourquoi, à cause de qui? Qu'as-tu fait d'abord? Albert, impatienté : Une visite à Maurice Cormier... Là!... Es-tu contente? Louise : À Maurice Cormier?... En quel honneur? Albert : J'allais lui porter un papier et lui poser une question (Curel, Nouv. idole,1899, III, 2, p. 233).J'ai toujours payé de ma personne!... Ici!... Là-bas!... Ailleurs!... Partout! (...) Jamais éludé un péril! Jamais!... En quel honneur?... (Céline, Mort à crédit,1936, p. 521).En quel honneur t'étais-tu faite si belle? (Anouilh, Antig.,1946, p. 154).
γ) En tout bien tout honneur (v. bien3I B 2 a).
δ) Bras d'honneur. Geste trivial par lequel on signifie à quelqu'un un mépris injurieux. La mère Marcoussi s'il l'envoie rebondir dans son règlement!... Il lui fait des gestes... des bras d'honneur, elle l'effarouche pas (A. Boudard, L'Hôpital, Paris, Gallimard (Folio), 1974 [1972], p. 49).
b) L'honneur de + inf.[En spécifiant la considération, la marque d'estime qui est accordée] L'abbé, véritable parvenu, était fort sensible à l'honneur de dîner avec un grand seigneur (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 253).Ce qu'il y a de plus difficile à gagner dans ce monde, ce qui se paye le plus cher, (...) c'est l'argent, n'est-ce pas? C'est le bonheur et l'honneur d'être riche, c'est la jouissance et la considération du million (Goncourt, R. Mauperin,1864, p. 86).
c) Loc. verb.
Être à l'honneur. Être fêté, célébré. (Dict. xixeet xxes.). Être privilégié, avoir la première place. Ce genre de femme, qui était à l'honneur dans ses romans l'intimidait par sa beauté (Aymé, Travelingue,1941, p. 69).
Être (tout) à l'honneur de qqn. Être à l'avantage de quelqu'un et lui valoir des marques de considération, d'estime. Pour le développement de la saine philosophie sociale, et à l'honneur croissant des estimables esprits qui s'y livrent... (Comte, Philos. posit., t. 5, 1839-42, p. 338).Peut-être que ce sont les enfants d'un de ses hommes qui aurait été tué à côté de lui et qu'il est devenu pour ainsi dire leur tuteur. − Si c'était vrai pourquoi ne pas nous le dire? Ce serait tout à son honneur. Mais je crains le pire (Queneau, Un rude hiver,p. 146 ds Rey-Chantr. Expr. 1979).
Faire honneur à qqn/qqc. Être une des causes de l'estime, de la considération qui est accordée à quelqu'un ou quelque chose; lui donner des marques de considération.
α) Qqn/qqc. fait honneur à qqn/qqc. Une statue de marbre représentant une divinité mythologique, (...) laquelle avait dû être fort galante en son temps et faire honneur à l'ouvrier, mais qui était camarde comme la mort, ayant le nez cassé (Gautier, Fracasse,1863, p. 4).J'en saute de joie! et toi aussi, il faut que tu sautes! Je t'assure que je te ferai honneur; regarde ma jolie robe mauve (Taine, Notes Paris,1867, p. 75).On m'a demandé tantôt un avocat pour la prochaine session du conseil de guerre. Il fallait quelqu'un qui fît honneur au bataillon. Je vous ai désigné (Vercel, Cap. Conan,1934, p. 61).Il fallait que son frère fît honneur à la famille (Peyré, Matterhorn,1939, p. 244).Si je réussissais une vie, une œuvre qui fissent honneur à l'humanité, on me féliciterait d'avoir foulé aux pieds le conformisme (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 188).
P. ext. Se montrer digne de. Faire honneur à sa naissance, à son éducation (Ac.). En partic. Faire honneur à ses affaires, ses engagements. Les honorer, les tenir. Faire honneur à ses affaires (...). Qu'est-ce que l'honneur vient faire ici? Je le demande aux Sages (Bloy, Lieux communs,1902, p. 155).Faire honneur à + subst. désignant un repas.Manger abondamment et avec plaisir. Faire honneur à un déjeuner. Walter allait de table en table, excitant ses hôtes à faire honneur au festin (P. Lalo, Mus.,1899, p. 84).
Rem. La loc. faire honneur à qqn/qqc. peut soit signifier : « être digne de quelqu'un » (Taine, loc. cit., supra c α), soit « honorer » (Gautier, loc. cit., supra c α) sans qu'il soit toujours aisé de décider.
β) Faire honneur à qqn de qqc. Attribuer (généralement à tort), à quelqu'un quelque chose qui procure de la considération et dont le mérite lui revient. C'est à cette belle et méchante reine [Isabeau de Bavière] qu'il faut faire honneur de ces robes échancrées par derrière (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 267).Tite-Live attribue la fondation de Rome à Romulus. Salluste en fait honneur aux Troyens d'Enée (Flaub., Bouvard, t. 1, 1880, p. 123) :
9. On a fait honneur à Bossuet de la conception de son livre [L'Histoire universelle]. Non, elle n'appartient pas au génie de Bossuet, mais à celui de l'Église. Cousin, Hist. philos. mod., t. 1, 1847, p. 241.
Se faire honneur de qqc. Se sentir honoré de quelque chose, en retirer de l'orgueil. Rodogune, la pièce dont Corneille se faisait le plus d'honneur (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 7,1864, p. 216).On aime (...) à se faire honneur de sacrifices que l'on fait quand on est riche et qu'on a la conscience de ce qu'on a le droit d'exiger (Viollet-Le-Duc, Archit.,1863, p. 490).
[Formule de politesse] Faire l'honneur de + inf.Je désirerais entretenir (...) madame la comtesse (...). Demande-lui si elle veut me faire (...) l'honneur de me rejoindre ici (Dumas père, Mariage sous Louis XV,1841, I, 7, p. 116).
Emploi pronom. Se faire l'honneur de répondre à votre bienveillante offre (Dussort, Lettres,1930, p. 2).
Tenir à honneur. Considérer comme honorifique, comme une marque d'estime, de considération. Dolorès tenait (...) à honneur de sortir triomphante de cette lutte (Murger, Scènes vie boh.,1851, p. 198).Les « hommes » tenaient à honneur le port de la casquette (Simonin, Touchez pas au grisbi,1953, p. 236).
MAR. Ranger un navire, une terre à l'honneur. ,,Passer avec un navire très près d'un autre navire ou d'une terre sans les toucher`` (Gruss 1952). La brise (...) nous permit de doubler cette île à l'honneur (Dumont d'Urville, Voy. Pôle Sud, t. 4, 1842, p. 331).
Avoir l'honneur (de). [Employé dans des formules de politesse]
Avoir l'honneur de + inf.Agréez, Monsieur, l'assurance des sentiments distingués, avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissante servante (Staël, Lettres jeun.,1784, p. 20).
À qui ai-je l'honneur (de parler)? À qui ai-je l'honneur?... dit l'Abbé, dont la mémoire semblait chercher un nom (Goncourt, R. Mauperin,1864, p. 73).
Je n'ai pas l'honneur de + inf. Je n'ai pas l'honneur de vous connaître personnellement (Lautréam., Chants Maldoror,1869, p. 336).
J'ai bien l'honneur (de vous saluer, d'être votre serviteur, etc.). [Pour clore une entrevue, pour prendre congé] Chère Guiguite, j'aime le plaisir que j'ai avec toi, j'aime le plaisir que je te donne, enfin tu as dix-huit ans, et tu me plais. Adieu, ma chère, j'ai bien l'honneur (Montherl., J. filles,1936, p. 934).
Proverbe À tout seigneur, tout honneur. Il faut rendre honneur à chacun selon son rang et sa qualité. Vous pouvez monter, messieurs de la douane (...). Vous aussi, monsieur Morel, et le premier même. À tout seigneur, tout honneur! (Dumas père, Monte-Cristo,1848, I, 1, p. 3).
II. − Au plur.
A. − Témoignages, marques de considération, d'estime, rendus à une personne qui s'est distinguée par sa conduite; marques de distinction. Jamais encore une mission n'avait été reçue avec autant d'honneurs (Tharaud, Passant Éthiopie,1936, p. 25) :
10. ... nous sommes tous pêcheurs; mais les plus indignes de miséricorde ne sont pas ceux qui donnent le scandale, ni ceux-là qui, vivant selon le vice, usurpent les honneurs dus à la seule vertu. Péladan, Vice supr.,1884, p. 222.
Loc. Avec (tous) les honneurs dus à son rang. Avec la considération que l'on témoigne à des gens importants. Je tiens à ce que, dans deux heures, Natacha Féodorovna soit ici... et qu'elle y soit amenée avec les honneurs dus à son rang (G. Leroux, Roul. tsar,1912, p. 175).Par antiphrase. Sans ménagement. Peu après, Croquignol, Ribouldingue et Filochard furent vidés avec tous les honneurs dus à leur rang et le directeur du cirque les envoya se faire pendre ailleurs (L'Épatant,1908, p. 28 ds Rey-Chantr. Expr. 1979).
Rendre à qqn les (derniers) honneurs, les honneurs suprêmes. Lui faire des funérailles dignes de lui. Voilà le goût des hommes et ce qu'on appelle rendre les honneurs aux grands. Je serais bien humilié qu'à mon enterrement on fit de semblables bêtises (Flaub., Corresp.,1839, p. 113).
Honneurs funèbres, suprêmes. Derniers hommages rendus lors des funérailles. Rendre les honneurs funèbres; honneurs funèbres civils, militaires. L'autre [Grétry] obtient des honneurs funèbres dont les annales des arts n'offrent (...) aucun exemple (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 240).
Honneurs militaires. Marques spéciales de respect (salut, salves, cérémonies) dont sont honorées certaines personnes occupant une place élevée dans la hiérarchie sociale (civile ou militaire). En raison de sa rosette, l'auteur de Sac au dos avait droit aux honneurs militaires (Bloy, Journal,1907, p. 350).
Rendre les honneurs (militaires). Les mouvements secs de la sentinelle qui rend les honneurs accueillent Maxence (Psichari, Voy. Centur.,1914, p. 115).
Honneurs de la guerre. Conditions faites aux troupes qui ont capitulé après un combat honorable et qui leur permettent de sortir de la place assiégée avec leurs armes. Obtenir les honneurs de la guerre.
Au fig. Conditions honorables qui permettent aux deux parties opposées dans un procès, un conflit, de considérer que leur dignité est pré S'en tirer avec les honneurs de la guerre. Quoique j'aie succombé, (...) j'ai succombé avec les honneurs de la guerre (Frapié, Maternelle,1904, p. 8).
Loc. verb.
Avoir les honneurs de la première page. Figurer, être cité, mentionné à la première page d'un journal. Vous avez vu que Swann a « les honneurs » du Figaro? (Proust, Swann,1913, p. 22).
Faire (à qqn) les honneurs (d'une maison). Recevoir des hôtes avec des attentions toutes particulières, dans le souci de leur être agréable. Celui-ci avait cru devoir faire les honneurs de l'hôtel à son ami Venture et le lui montrer en détail, depuis les combles jusqu'aux offices (Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 513).− Allons, fais les honneurs, lui dit sa mère [à un petit garçon], en le conduisant dans la première pièce (Zola, Page amour,1878, p. 890).Faire les honneurs de la table. Présider un repas et veiller à ce que chacun soit satisfait. Malvina (...) m'envoya chercher pour faire les honneurs du repas (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 393).
Faire les honneurs de qqn/qqc. Les présenter en les vantant. Monsieur le premier gentilhomme de la Chambre peut dire à Mademoiselle Colombe qu'elle ne se repentira pas de m'avoir laissée faire les honneurs de son nom (Vigny, Serv. grand. milit.,1835, p. 110).Je tiens essentiellement à ce que ma fille nous fasse elle-même les honneurs de mon madère (A. France, Jocaste,1879, p. 10).
VÉN. Faire les honneurs du pied. Apporter à la personne qu'on veut honorer le pied droit de devant de la bête qui vient d'être tuée. Ceux qui bénissent les meutes Ceux qui font les honneurs du pied (Prévert, Paroles,1946, p. 8).
B. − Absol. Fonctions, titres qui confèrent de l'éclat dans la société. Aspirer, briguer, rechercher les honneurs; acquérir, se procurer des honneurs; obtenir des honneurs. Dans un pays, les chefs égaux en forces, se redoutant mutuellement, firent des pactes impies, des associations scélérates; et se partageant les pouvoirs, les rangs, les honneurs, ils s'attribuèrent des privilèges, des immunités (Volney, Ruines,1791, p. 66).Je me répète cette maxime qui est de moi : « Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit. » Commentaire : impossible de pousser plus loin l'orgueil (Flaub., Corresp.,1880, p. 407).Quelque 11 pour cent du revenu national de la Grande-Bretagne, à l'époque, sont vraisemblablement dépensés par les riches, au dam de la communauté, pour acquérir un rang, pour se procurer des honneurs, pour s'assurer une influence sociale (Perroux, Écon. xxes., 1964, p. 387).
En partic. Hiérarchie des magistratures et fonctions publiques. Honneurs militaires et civils; carrière des honneurs. Il poussait Anténor dans la carrière des honneurs; maire, conseiller général, que sais-je encore? (Arène, Tor Entrays,1876, p. 176).
C. − Principales pièces qui servent aux cérémonies, aux sacres des rois, à la célébration des grandes cérémonies. Voulait-on un char avec galerie ou un char avec panaches, des tresses aux chevaux, des aigrettes aux valets, des initiales ou un blason, des lampes funèbres, un homme pour porter les honneurs (...)? (Flaub., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 227).P. ext. Du Poizat énuméra alors les honneurs du prince impérial, le chrémeau, le cierge, la salière, et les honneurs du parrain et de la marraine, le bassin, l'aiguière, la serviette; tous ces objets étaient portés par des dames du palais (Zola, E. Rougon,1876, p. 100).
D. − (Chacune des) figures d'atout, (chacune des) cartes les plus hautes (au bridge et au whist). Jouer honneur sur honneur; cent d'honneurs; points d'honneur(s). Évaluation de la main (...). L'évaluation est double et comprend : 1oL'évaluation des honneurs par le compte des points d'honneur, créé par Milton Work. 2oL'évaluation de la distribution par le compte des points de distribution, créé par P. Albarran (Albarran, Le Dentu, Mémento du bridge, Paris, Fayard, 1952, p. 3).
Prononc. et Orth. : [ɔnœ:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. nn ne se conserve pas dans les dér. honorable, honoraire, honorer, etc. Comparer avec ordonner, ordonnance, ordonnateur, tonne, tonneau, tonnelle, etc. (cf. V. G. Gak, L'orth. du fr., Paris, SELAF, 1976, p. 198). Étymol. et Hist. A. 1. a) 2emoitié xes. « marque de vénération, de considération, d'honneur » (S. Léger, éd. J. Linskill, 2 [sing.], 7 [plur.]); b) 1835 Votre Honneur (en Angleterre) titre donné par respect à certaines pers. de qualité (Ac.); 2. mil. xies. « considération, estime, haut crédit dont on jouit » (Alexis, éd. Chr. Storey, 69); 1679 faire honneur à la lettre [de change] « se montrer digne de la considération dont on jouit en s'acquittant de ses obligations » (Savary Des Bruslons, Parfait négociant, I, p. 147 ds Kuhn, p. 139); 3. ca 1100 « sentiment qu'on a de sa dignité » (Roland, éd. J. Bédier, 533); spéc. à propos d'une femme ca 1145 « sagesse du maintien, de la conduite » (Wace, Conception N.-D., 607 ds T.-L.); ca 1170 (M. de France, Lais, Milun, éd. J. Rychner, 58 : [la demeisele] S'onur e sun bien ad perdu). B. 2emoitié xes. « office, charge » (S. Léger, éd. citée, 120); ca 1100 « domaine, possession, fief » (Roland, éd. citée, 315). Du lat. class. honos, honoris, masc. « honneur rendu aux dieux, décerné à qqn, marque de considération; charge, magistrature, fonction publique »; à l'époque médiév., honor désigne surtout la charge octroyée par le roi au comte, au duc, aux officiers royaux (dep. le vies. ds Nierm., § 8); ces fonctions entraînant la concession de revenus fonciers, l'honor finit par se confondre avec le beneficium; devenu héréditaire, il tend naturellement à désigner le fief (dep. le début du ixes., ibid., § 14; v. Hollyman, pp. 33-37; F.-L. Ganshof, Qu'est-ce que la féodalité?, pp. 77, 79 et 153-154; R. Boutruche, Seigneurie et féodalité, t. 2, pp. 263-64). − A 1 b est le calque de l'angl. Your Honour, appellation d'une pers. de qualité, de haut rang (dep. 1553 ds NED), notamment, à l'époque mod., de certains officiers, entre autres des juges des cours comtales. L'a. fr. onor, enor, eneur (la plupart du temps fém. d'apr. le genre des mots en -eur) est ultérieurement devenu honneur p. réfection étymologique. Fréq. abs. littér. : 13 345. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 26 685, b) 19 449; xxes. : a) 18 242, b) 12 588. Bbg. Burgess (G. S.). Contribution à l'ét. du vocab. pré-courtois. Genève, 1970, pp. 69-90. - Darm. Vie 1932, p. 51. - Foster (B.). Fr. St. 1972, t. 26, p. 493. - Quem. DDL t. 10. - Rossi (D.). Honneur e conscience nella lingua e nella cultura di Margherita di Navarra. Journal (The) of Medieval and Renaissance studies. 1975, t. 5, pp. 63-87.

Wiktionnaire

Nom commun

honneur \ɔ.nœʁ\ masculin

  1. Sentiment d’une dignité morale, estimée plus haut que tous les biens, et qui porte certaines personnes à des actions loyales, nobles et courageuses.
    • […] je suis d’une vieille race chrétienne dont les ancêtres n’ont jamais failli ; l’honneur a toujours dans ma maison été considéré comme le premier bien, cet honneur que mes aïeux m’ont transmis intact et que je me suis efforcé de conserver pur, mon fils premier-né, l’héritier de mon nom, vient de le souiller d’une tache indélébile. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)
    • Don Alonse -- Comme l’honneur est infiniment plus précieux que la vie, c’est ne devoir rien proprement, que d’être redevable de la vie à qui nous a ôté l’honneur — (Molière, Don Juan, acte III scène IV)
    • L’honneur voulait qu’on résistât jusqu’à la dernière extrémité. — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
    • J’avais dénoué cent fois ce sophisme, en montrant que le ressort des guerres n’était pas tant l’intérêt que l’honneur ; chose bien aisée à comprendre pour des hommes qui présen­tement risquaient tout, avec une faible chance de gagner, et de gagner fort peu. — (Alain, Souvenirs de guerre, p. 215, Hartmann, 1937)
    • M. Fabre représentait l’Honneur, la Loyauté, la Probité, la vie régulière et laborieuse, le livret de Caisse d’Épargne, le pain gagné à la sueur d’un front d’exploité, — bref tout ce que les bourgeois proclament des lèvres comme des vertus civiques. — (Émile Armand, La revanche des « bandits tragiques », dans Les réfractaires, nº 2, février-mars 1914)
    1. Par manière de serment,
      • Sur l’honneur, sur mon honneur.
      • Je l’atteste sur l’honneur.
      • Je vous en réponds sur mon honneur.
      • Foi d’homme d’honneur, je le ferai.
      • (Familier) D’honneur, je le ferai.
      • En honneur, je ne le puis.
    • Un des mots les plus stupides, les plus vides de sens. Un de ceux au nom de qui on accomplit un nombre incommensurable de crimes...Honneur, source de haine, de meurtre et de méchanceté ; vocable qui ne peut avoir place que dans la bouche d'un fou ou d’un criminel. — (Louis Loréal, article « Honneur » in L’Encyclopédie Anarchiste, de Sébastien Faure - 1935)
  2. (Spécialement) (Vieilli) Pudicité, chasteté, souci de se respecter soi-même, en parlant des femmes ou des filles.
    • C’est une femme d’honneur, sans honneur.
    • Elle tient à son honneur.
    • Elle a forfait à son honneur.
    • C’est une femme qui a perdu son honneur.
    • Ravir l’honneur à une femme, La violer.
  3. Estime, considération, renom ou éclat qui suivent les talents ou les vertus.
    • Par sa floribondité, l’éclat de ses fleurs et sa légèreté, cette plante est très en honneur dans les jardins […]. — (B. Vercier, La Culture des Fleurs, Hachette, 1932, éd. 1967, p. 128)
    • Je grelotte de trouille à cette pensée. Le chemin de la gloire et de l’honneur est celui que j'ai toujours adopté. Ça m'a valu du reste bien des emmouscaillements ! — (Frédéric Dard, San Antonio : Tout le plaisir est pour moi, Fleuve Noir, 1959)
    • Il publia, en 1706, un recueil, Cent Vues de Venise, aux planches incisées avec une maestria qui lui fait le plus grand honneur et lui assure, aujourd'hui encore, l'admiration des iconophiles collectionneurs. — (Octave Uzanne, Canaletto, Parkstone International, 2015)
    • Il s’en est tiré avec honneur.
    • On doit dire à l’honneur de ce prince, que…
    • Il eut tout l’honneur de la victoire.
    • C’est à lui que tout l’honneur doit en revenir.
    • L’honneur d’achever cette entreprise vous était réservé.
  4. Estime qu’on obtient non seulement des autres, mais qu’on peut avoir de soi-même.
    • Attaquer, blesser, flétrir, déchirer l’honneur de quelqu’un.
    • Défendre, venger son honneur.
    • Ménager l’honneur, sauver l’honneur de quelqu’un.
    • Soutenir l’honneur de sa famille.
    • Donner, porter atteinte à l’honneur de quelqu’un.
    • Engager, hasarder son honneur.
    • Son honneur y est intéressé, y est engagé.
    • Être jaloux de son honneur.
    • Réparer l’honneur de quelqu’un.
    • Compromettre son honneur.
    • Perdre l’honneur.
    • Cette action le perdit d’honneur.
    • C’est un homme perdu d’honneur.
    • Faire réparation d’honneur.
    • C’est le toucher en son honneur.
    • Il est délicat sur ce qui regarde l’honneur.
    • Il met son honneur à ne point céder.
    • C’est une tache à son honneur.
    • Il y va de son honneur.
    • L’honneur est sauf.
    • Tout est perdu, fors l’honneur. : Attribué au roi François Ier, prisonnier des Espagnols, dans une lettre à la reine, après avoir perdu, en 1525, la bataille de Pavie, ses plus grands soldats dont La Palice et le duché du Milanais.
  5. (Familier) (Par plaisanterie) En plaisantant.
    • Ne jouer que pour l’honneur, ne jouer que l’honneur : jouer sans engager d’argent et seulement pour passer le temps.
  6. Fierté.
    • Mon département a eu l’honneur de donner naissance au père de l’Entomologie; l’illustre Latreille. — (Edmond Perrier, préface à Le Faune de France - Coléoptères de Alexandre Acloque, Baillière, 1896)
    • N'oubliez pas la brillante auricule ;
      Soignez aussi la riche renoncule,
      Et la tulipe, honneur de nos jardins :[…].
      — (Évariste de Parny, « Les Fleurs », dans le recueil Œuvres d'Évariste Parny, tome 1, Paris : chez Debray, impr. Didot l'aîné, 1808, p. 178)
  7. Action, démonstration extérieure, égards par lesquels on fait connaître la vénération, le respect, l’estime qu’on a pour la dignité ou pour le mérite de quelqu’un. Dans ce sens, on l’emploie souvent au pluriel.
    • […], la tante alla prendre Gaspard dans son berceau pour le faire participer au toast que l’on portait en son honneur. — (André Dhôtel, Le Pays où l’on n’arrive jamais, 1955)
    • En ouvrant la séance, M. Hibon, président sortant, adresse ses remerciements pour le grand honneur, qui, dit-il, fut fait à un amateur de présider les travaux de la Société en 1936, puis il prie M. Allorge de lui succéder au fauteuil présidentiel. — (Bulletin de la Société botanique de France, tome 84, page 1, séance du 8 janvier 1937)
    • Il faut rendre honneur à qui il appartient, à qui il est dû.
    • On lui a fait des honneurs extraordinaires, de grands honneurs.
    • Il fut reçu avec tous les honneurs dus à son rang.
    • Les honneurs militaires.
    • Accompagner quelqu’un par honneur.
    • Porter honneur et respect.
    • Auguste souffrit qu’on lui rendît les honneurs divins.
    • Rendre de grands honneurs à la mémoire de quelqu’un.
    • Décerner les honneurs du triomphe.
    • Faire quelque chose en l’honneur de quelqu’un, en l’honneur de Dieu.
    • Les fêtes célébrées en son honneur.
    • (Ironique) Vous me croyez capable d’une telle action, vous me faites bien de l’honneur, vous me faites là un bel honneur, c’est beaucoup d’honneur, c’est trop d’honneur que vous me faites, etc.
  8. Grâce, faveur ou distinction. — Note : Il se joint alors à un infinitif et quelquefois à un nom par la préposition de
    • Le roi lui a fait l’honneur de la choisir pour…
    • Il mérita l’honneur d’être appelé le père de la patrie.
    • Il a l’honneur d’être admis souvent à la table du ministre.
    • L’honneur de siéger dans cette assemblée.
    • Il ne m’a pas seulement fait l’honneur de me regarder.
    • Réclamer l’honneur du pas, c’est-à-dire la préséance.
    1. Il se dit très souvent sous cette forme simplement par civilité, par compliment et comme formule de style épistolaire.
      • Lorsque j’aurai l’honneur de vous voir.
      • Le lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire.
      • Faites-moi l’honneur de me dire…
      • J’ai l’honneur d’être…
  9. (Au pluriel) Dignité ; charge.
    • Si vous aimez le danger, la lutte au bout de laquelle se trouve l’honneur et les honneurs, suivez-moi, entrez avec moi dans ce logis, où affluent princes, diplomates, cardinaux, où vous allez coudoyer tout ce qu’il y a d’illustre au monde. — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
    • Aspirer aux honneurs.
    • Briguer les honneurs.
    • Parvenir au comble des honneurs.
  10. (Absolument) (Au pluriel) Pièces principales, comme le sceptre, la couronne, etc., qui servaient à la certaines grandes cérémonies, telles que le sacre des rois, leur baptême, leurs funérailles, etc.
    • Les honneurs étaient portés par…
  11. (Cartes à jouer) (Souvent au pluriel) Figure d’atout, de certains jeux de cartes.
    • Le camp qui réussi treize levées marque, en plus des tricks que lui valent ces levées, 40 points pour ce grand chelem dans la colonne des honneurs. — (Frans Gerver, Le guide Marabout de Tous les Jeux de Cartes, Verviers : Gérard & C°, 1966, p. 101)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

HONNEUR. n. m.
Sentiment d'une dignité morale, estimée plus haut que tous les biens, et qui nous porte à des actions loyales, nobles et courageuses. C'est un homme d'honneur. C'est un homme plein d'honneur. Il aime l'honneur, ne craignez point qu'il fasse une mauvaise action. Ce sont des gens d'honneur. L'honneur français. Il faisait consister l'honneur à... Il n'a ni cœur ni honneur. Il est sans honneur. Manquer à l'honneur. Écouter la voix de l'honneur. C'est un cas embarrassant, il n'a consulté que l'honneur. L'honneur exige que... Allez où l'honneur vous appelle. Satisfaire à l'honneur. Par manière de serment, Sur l'honneur, Sur mon honneur. Je l'atteste sur l'honneur. Je vous en réponds sur mon honneur. On dit de même Foi d'homme d'honneur, je le ferai, ou simplement D'honneur, mais seulement dans le langage familier. On dit aussi quelquefois En honneur. En honneur, je ne le puis. Parole d'honneur, Promesse faite ou assurance donnée sur l'honneur. Il m'a donné sa parole d'honneur. Ma parole d'honneur ou Parole d'honneur se dit quelquefois, dans la conversation, pour affirmer fortement. Ma parole d'honneur, cela s'est passé comme je vous le dis. En tout bien et en tout honneur ou En tout bien et tout honneur, Sans arrière-pensée. Il voit cette fille en tout bien et tout honneur, À bonne intention. En parlant des Femmes, il se dit particulièrement pour Pudicité, chasteté, souci de se respecter soi-même. C'est une femme d'honneur, sans honneur. Elle tient à son honneur. Elle a forfait à son honneur. C'est une femme qui a perdu son honneur. Ravir l'honneur à une femme, La violer. Il désigne aussi l'Estime, la considération, le renom, l'éclat qui suivent les talents ou les vertus. Acquérir de l'honneur. Vivre sans honneur. Il est dans un haut degré d'honneur. Vous y aurez de l'honneur. Il en est sorti à son honneur. Il s'en est tiré avec honneur. On doit dire, à l'honneur de ce prince, que... Il eut tout l'honneur de la victoire. C'est à lui que tout l'honneur doit en revenir. L'honneur d'achever cette entreprise vous était réservé. Honneur aux braves! Cet ouvrage lui fait honneur. L'honneur du nom français. L'honneur du nom. L'honneur du régiment. L'honneur du barreau. Soutenir l'honneur du corps, Soutenir la dignité, les privilèges de la compagnie à laquelle on appartient. Il n'y a ni honneur ni profit à cela, Cela n'est ni honorable ni utile. Être en honneur, Être estimé, protégé, favorisé. Sous ce prince éclairé, les vertus, les talents furent en honneur, les lettres étaient en honneur. On dit dans le même sens Il mit les lettres, les sciences en honneur. Champ d'honneur se dit proprement du Champ de bataille. Mourir au champ d'honneur. Il est mort au champ d'honneur. Mourir au lit d'honneur se dit d'un Homme qui meurt pour le service de l'État. On le dit quelquefois, par extension, de Tout homme qui meurt dans l'exercice actuel d'une profession honorable. Faire honneur à son siècle, à son pays, à sa famille, etc., Lui acquérir de la gloire, de la réputation, de l'estime, par ses talents, par ses actions. Faire honneur à sa naissance, En soutenir l'éclat. Faire honneur à son passé. Faire honneur à son éducation, Répondre aux soins dont elle a été l'objet. Faire honneur à ses affaires, à ses engagements, Remplir ses engagements. On dit dans le même sens Faire honneur à une lettre de change, faire honneur à sa signature, etc. Être l'honneur de son siècle, de son pays, de sa famille, de sa profession, etc., En être la gloire et l'ornement. Il est l'honneur de la magistrature. Elle est l'honneur de son sexe. Faire honneur à quelqu'un d'une chose, La lui attribuer. On lui fait honneur d'un sentiment qu'il ne connut jamais. Il se faisait honneur d'un ouvrage qui n'était point de lui. Se faire honneur de quelque chose ou de quelqu'un signifie aussi S'en tenir honoré, s'en honorer. Scipion se faisait honneur d'être ami de Térence. Il se fait honneur de son fils. Il se faisait honneur d'être allié de telle maison. On dit dans le même sens Tenir à honneur. Je tiens à honneur de lui être présenté. Se faire honneur de sa fortune, En faire un bon et digne emploi. Il signifie aussi S'en vanter, en tirer vanité. Il signifie aussi Estime qu'on obtient non seulement des autres, mais qu'on peut avoir de soi-même. Attaquer, blesser, flétrir, déchirer l'honneur de quelqu'un. Défendre, venger son honneur. Ménager l'honneur, sauver l'honneur de quelqu'un. Soutenir l'honneur de sa famille. Donner, porter atteinte à l'honneur de quelqu'un. Engager, hasarder son honneur. Son honneur y est intéressé, y est engagé. Être jaloux de son honneur. Réparer l'honneur de quelqu'un. Compromettre son honneur. Perdre l'honneur. Cette action le perdit d'honneur. C'est un homme perdu d'honneur. Faire réparation d'honneur. C'est le toucher en son honneur. Il est délicat sur ce qui regarde l'honneur. Il met son honneur à ne point céder. C'est une tache à son honneur. Il y va de son honneur. L'honneur est sauf. Tout est perdu, fors l'honneur. Piquer d'honneur une personne, Lui persuader qu'il y va de son honneur de faire ou de ne pas faire quelque chose. Se piquer d'honneur, Montrer dans quelque occasion plus d'habileté, plus de courage, plus de générosité, etc., qu'on n'a coutume d'en faire paraître. On voit qu'il s'est piqué d'honneur, son ouvrage est beaucoup mieux fait qu'à l'ordinaire. Point d'honneur, Ce qu'on regarde comme touchant à l'honneur, comme intéressant l'honneur. Il est trop délicat sur le point d'honneur. Il ne veut pas transiger sur cet article, il s'en fait un point d'honneur. Différends, dispute sur le point d'honneur. Ils se sont battus pour un point d'honneur. Autrefois les maréchaux de France étaient juges du point d'honneur. Prendre tout au point d'honneur, Étendre trop loin sa délicatesse sur le point d'honneur. Affaire d'honneur. Voyez AFFAIRE. En termes de Jeu, La partie d'honneur, La troisième partie que l'on joue, lorsque chacun des deux joueurs en a gagné une. Jouer la partie d'honneur. Gagner la partie d'honneur. Fam. et en plaisantant, Ne jouer que pour l'honneur, ne jouer que l'honneur, Jouer sans engager d'argent et seulement pour passer le temps. Dettes d'honneur. Voyez DETTE. Il désigne en outre l'Action, la démonstration extérieure, les égards par lesquels on fait connaître la vénération, le respect, l'estime qu'on a pour la dignité ou pour le mérite de quelqu'un. Dans ce sens, on l'emploie souvent au pluriel. Il faut rendre honneur à qui il appartient, à qui il est dû. On lui a fait des honneurs extraordinaires, de grands honneurs. Il fut reçu avec tous les honneurs dus à son rang. Les honneurs militaires. Accompagner quelqu'un par honneur. Porter honneur et respect. Auguste souffrit qu'on lui rendît les honneurs divins. Rendre de grands honneurs à la mémoire de quelqu'un. Décerner les honneurs du triomphe. Faire quelque chose en l'honneur de quelqu'un, en l'honneur de Dieu. Les fêtes célébrées en son honneur. Ironiq., Vous me croyez capable d'une telle action, vous me faites bien de l'honneur, vous me faites là un bel honneur, c'est beaucoup d'honneur, c'est trop d'honneur que vous me faites, etc. Honneurs funèbres, Les honneurs qu'on rend aux morts, les cérémonies des funérailles. On dit aussi Les honneurs de la sépulture, les honneurs suprêmes, etc. En termes de Guerre, Obtenir les honneurs de la guerre. Fig., Sortir d'un procès avec les honneurs de la guerre. Voyez GUERRE. Garde d'honneur, Troupe offerte à des personnages éminents auxquels on rend les honneurs militaires. C'était quelquefois une réunion de citoyens distingués qui, volontairement, servaient de gardes à un souverain, à un prince, etc., pendant son séjour dans la ville, dans le pays. On offrit au prince, à la princesse une garde d'honneur. Place d'honneur se dit, dans une cérémonie, dans une réunion, dans un repas, etc., de la Place réservée à un personnage éminent, à une personne qu'on veut honorer d'une distinction particulière. Il avait la place d'honneur. Des places d'honneur leur avaient été réservées. Médaille d'honneur, Prix d'honneur, Diplôme d'honneur, se dit de Diverses distinctions honorifiques distribuées dans la vie civile. Légion d'honneur. Voyez LÉGION. Admettre aux honneurs de la séance, Inviter à assister à la séance des personnes pour leur faire honneur, quoiqu'elles ne fassent pas partie de l'assemblée. Absolument, Les honneurs, se dit, en certaines grandes cérémonies, telles que le sacre des rois, leur baptême, leurs funérailles, etc., des Pièces principales qui servent à la cérémonie, comme le sceptre, la couronne, etc. Les honneurs étaient portés par... À certains jeux de Cartes, Les honneurs, se dit des Figures d'atout. Faire les honneurs du pied signifie, en termes de Chasse, Offrir le pied de la bête, après l'hallali, à la personne que l'on veut honorer. Faire les honneurs d'une maison, Recevoir, selon les règles de politesse établies, ceux qui viennent dans la maison. Fam., Faire honneur à un repas. Y bien manger et témoigner par là qu'on le trouve bon. Prov., À tous seigneurs tous honneurs, ou À tout seigneur tout honneur, Il faut rendre honneur à chacun selon son rang et sa qualité. À vous l'honneur se dit, en termes d'Escrime ou de Jeu, pour inviter son adversaire à tirer ou à jouer le premier. Pop. et par civilité. Sauf votre honneur, Sauf le respect que je vous dois. Votre honneur est, en Angleterre, Le titre qu'on donne par respect à certaines personnes de qualité. Il se joint souvent à un infinitif et quelquefois à un nom par la préposition DE : alors il se prend ordinairement dans le sens de Grâce, faveur, distinction. Le roi lui a fait l'honneur de la choisir pour... Il mérita l'honneur d'être appelé le Père de la patrie. Il a l'honneur d'être admis souvent à la table du ministre. L'honneur de siéger dans cette assemblée. Il ne m'a pas seulement fait l'honneur de me regarder. Réclamer l'honneur du pas, c'est-à-dire La préséance. Il se dit très souvent sous cette forme simplement par civilité, par compliment et comme formule de style épistolaire. Lorsque j'aurai l'honneur de vous voir. Le lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Faites-moi l'honneur de me dire... J'ai l'honneur d'être... Il se prend aussi pour Dignité, charge; et, en ce sens, il n'est d'usage qu'au pluriel. Aspirer aux honneurs. Être élevé aux honneurs. Briguer les honneurs. Il est parvenu aux plus grands honneurs par tous les degrés. Parvenir au comble des honneurs. La porte des honneurs lui fut ouverte.

Littré (1872-1877)

HONNEUR (o-neur) s. m.
  • 1Estime glorieuse qui est accordée à la vertu, au courage, aux talents. Trop peu d'honneur pour moi suivrait cette victoire, Corneille, Cid, II, 2. Et l'exécrable honneur de lui donner un maître [à l'univers], Corneille, Cinna, I, 3. L'honneur des premiers faits se perd par les seconds, Corneille, Hor. V, 2. Ensemble nous cherchons l'honneur d'un beau trépas, Corneille, Cinna, V, 2. Ce n'était pas assez [pour Fouquet]… de tourner toutes finances en dépenses impudentes et en acquisitions insolentes qui ne regardaient ni son honneur ni son service [du roi], Chapelain, Lett. à Mme de Sévigné, dans FEUILLET DE CONCHES, Variétés d'histoire et d'art. Votre fils s'était acquis bien de l'honneur dans cette campagne, Sévigné, 496. Tous les arts venaient à leur perfection [chez les Égyptiens] ; l'honneur, qui les nourrit, s'y mêlait partout, Bossuet, Hist. III, 3. N'allons point à l'honneur par de honteuses brigues, Boileau, Art p. IV. Notre nation, ou plus vaine ou plus frivole, comme on l'en accuse, ou, pour parler plus équitablement et lui faire plus d'honneur, plus attachée à ses maîtres et plus respectueuse envers les grands, Massillon, Petit. car. Exemples. Le pécheur est souvent élevé en honneur, Massillon, Avent, Jug. L'honneur de secourir les peuples qu'on opprime Sera toujours brigué par les braves Français, Masson, Helv. II. Désormais son nom [de Rostopchine] appartient à l'histoire ; toutefois il n'eut que la plus grande part à l'honneur de ce grand sacrifice [l'abandon de Moscou] ; il était déjà commencé dès Smolensk, lui l'acheva, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 2.

    Il se dit elliptiquement et par exclamation. Honneur aux braves ! c'est-à-dire rendons honneur aux braves.

    Soutenir l'honneur du corps, soutenir les prééminences, les priviléges de son corps, de sa compagnie.

    Par analogie et plaisanterie. Mme de Sully soutiendra l'honneur de la danse, Sévigné, 459.

    Il n'y a ni honneur ni profit à faire une telle chose, c'est-à-dire elle n'est ni utile ni honnête.

    Moins d'honneur et plus de profit, c'est-à-dire l'honneur ne suffit pas, il faut aussi du profit.

    En honneur, en estime et réputation. …Ma muse imparfaite eut en honneur la tienne, Régnier, Sat. IX. Il met en honneur toute la tendresse des enfants, Sévigné, 413. Toutes les sciences ont été en grand honneur parmi eux [les Égyptiens], Bossuet, Hist. III, 3. J'ai vu partout le labourage en honneur, Fénelon, Tél. XXII.

    Faire honneur à, procurer estime et réputation, considération glorieuse. Faire honneur à son pays. Chez ces anciens Romains, ce n'était point la maison qui faisait honneur au maître, mais le maître qui faisait honneur à la maison, Rollin, Traité des ét. V, I, 2. Un homme qui fait maintenant honneur à l'Espagne et qui en ferait à quelque nation que ce pût être, M. Campo Manès, Raynal, Hist. phil. XII, 11.

    Faire honneur à sa naissance, en soutenir l'éclat.

    Faire honneur à son éducation, répondre aux soins qu'elle a coûté.

    Faire honneur à une lettre de change, à sa signature, payer une lettre de change, payer l'engagement qu'on a souscrit.

    Faire honneur à ses affaires, tenir tous ses engagements.

    Fig. Faisant honneur à la résolution que j'avais prise, Sévigné, 159.

    Faire honneur à quelqu'un d'une chose, la lui attribuer.

    On le dit dans le même sens, en parlant de choses. Vous faites honneur de votre irréligion à la force de votre esprit, Massillon, Carême, Vérité de la relig. Des singularités dont on fait honneur à la grâce, Massillon, Panég. St J. Bapt.

    Faire honneur à la vérité, la confesser. Voilà ce que je voulais vous dire pour faire honneur à la vérité, Sévigné, 287.

    Champ d'honneur, un champ de bataille. Richard demeura maître du champ d'honneur, Voltaire, Mœurs, 56.

    Mourir au lit d'honneur, mourir les armes à la main, dans la guerre. Cet amant fortuné, ce prodige en bonheur Pour dernier avantage est mort au lit d'honneur, Tristan, Panthée, V, I. Je demande sa mort, mais non pas glorieuse… Non pas au lit d'honneur, mais sur un échafaud, Corneille, Cid, IV, 5.

    On dit plus souvent mourir au champ d'honneur. Mort au champ d'honneur, est la formule consacrée dans les billets de faire part de la mort des militaires tués sur le champ de bataille.

    Mourir au lit d'honneur, se dit aussi d'un homme qui meurt dans l'exercice d'une profession honorable.

    Par plaisanterie, mourir au lit d'honneur, se dit d'un ivrogne, d'un joueur, etc. qui continuent à boire, à jouer jusqu'au dernier moment.

    Par antiphrase. Lieu d'honneur, lieu de débauche. Parlons un peu de votre frère… il est d'une faiblesse à faire mal au cœur ; il plut hier à trois de ses amis de le mener souper dans un lieu d'honneur ; il y fut, Sévigné, 22 avril 1671.

  • 2Le besoin d'avoir de l'honneur, des distinctions, des préférences. [Dans le gouvernement monarchique] l'honneur, c'est-à-dire le préjugé de chaque personne et de chaque condition, prend la place de la vertu politique et la représente partout ; il y peut inspirer les plus belles actions ; il peut, joint à la force des lois, conduire au but du gouvernement comme la vertu même, Montesquieu, Esp. III, 6. La nature de l'honneur est de demander des préférences et des distinctions ; il est donc, par la chose même, placé dans le gouvernement monarchique, Montesquieu, ib. III, 7. Ce n'est point l'honneur qui est le principe des États despotiques : les hommes y étant tous égaux, on n'y peut se préférer aux autres ; les hommes y étant tous esclaves, on n'y peut se préférer à rien, Montesquieu, ib. III, 8. Le mot célèbre du duc d'Orléans régent suffit pour détruire le fondement de l'Esprit des lois : c'est un parfait courtisan, il n'a ni humeur ni honneur, Voltaire, Dict. phil. Honneur.
  • 3Le sentiment qui fait que l'on veut conserver la considération de soi-même et des autres. Les affronts à l'honneur ne se réparent point, Corneille, Cid, II, 3. Impitoyable honneur, mortel à mes plaisirs, Que tu vas me coûter de pleurs et de soupirs ! Corneille, ib. II, 3. Et d'autant que l'honneur m'est plus cher que le jour, Corneille, ib. III, 6. Je vois que votre honneur demande tout mon sang, Que tout le mien consiste à vous percer le flanc, Corneille, Hor. II, 3. L'amour n'est qu'un plaisir, l'honneur est un devoir, Corneille, Cid, III, 6. Lorsque l'injure a une fois éclaté, notre honneur ne va point à vouloir cacher notre honte, mais à faire éclater notre vengeance, Molière, D. Juan, III, 5. Encore a-t-on son honneur à garder, Sévigné, Lett. 16 sept. 1671. Les injures et les duretés qu'il [le mauvais serviteur] leur dit [aux hommes qui lui sont confiés], qui sont une espèce de plaie à la réputation et à la vie de l'honneur, Bossuet, Méd. sur l'Évang. dern. semaine du Sauveur, 88e jour. Combien de fois arrêta-t-elle par autorité le coup mortel qu'une langue cruelle allait porter à l'honneur ou à la fortune d'une famille ? Fléchier, Dauphine. L'honneur d'un gentilhomme me paraît quelque chose de si délicat que je n'ai pu refuser ma protection à celui-ci, Maintenon, Lett. au maréchal de Château-Renaud, t. V, p. 258, dans POUGENS. Mais l'honneur en effet qu'il faut que l'on admire, Quel est-il, Valincourt, pourras-tu me le dire ? L'ambitieux le met souvent à tout brûler, Boileau, Sat. X. L'honneur est comme une île escarpée et sans bords ; On n'y peut plus rentrer, dès qu'on en est dehors, Boileau, ib. X. …Le seul honneur solide, C'est de prendre toujours la vérité pour guide, Boileau, ib. X. Marchez, courez, volez où l'honneur vous appelle, Boileau, Lutr. III. L'honneur parle, il suffit ; ce sont là nos oracles, Racine, Iphig. I, 2. Qu'est-ce que l'honneur ? c'est la force de l'âme animée ou réveillée par le devoir, et qui, quelquefois même, nous porte au delà de ce qu'il prescrit, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuv. t. IV, p. 336, dans POUGENS. Cet honneur étranger, parmi nous inconnu, N'est qu'un fantôme vain qu'on prend pour la vertu : C'est l'amour de la gloire, et non de la justice, La crainte du reproche, et non celle du vice, Voltaire, Alz. IV, 3. On a perdu bien peu quand on garde l'honneur, Voltaire, Adel. du Guesclin. III, 1. Nous lui devions nos jours, nos services, notre être… Mais l'honneur est un bien que nous ne devons pas, Voltaire, Orphel. IV, 6. Un pouvoir qui se fonde Sur les faux préjugés du faux honneur du monde, Voltaire, Irène, III, 4. Des lois que nous suivons la première est l'honneur, Voltaire, Œdipe, III, 3. C'est une nation de héros [les Polonais], se faisant valoir au delà de la vérité, mais ensuite mettant leur honneur à rendre vrai ce qui d'abord n'avait été ni vrai ni même vraisemblable, Ségur, Hist. de Nap. III, 3. Son colonel [d'un régiment], le jeune Fezensac, sut ranimer ces hommes à demi perclus de froid… toute sensation physique portait à se rebuter et à fuir, la nature le conseillait de ses cent voix les plus pressantes, et pourtant quelques mots d'honneur suffirent pour obtenir le dévouement le plus héroïque, Ségur, ib. IX, 13. Mais, toutes ces horreurs [d'un champ de bataille], il les couvrit de gloire ; sa reconnaissance transforma ce champ de mort en un champ de triomphe, où pendant quelques heures régnèrent seuls l'honneur et l'ambition satisfaits, Ségur, ib. VI, 8. Les dernières paroles de l'empereur à Lauriston [envoyé auprès du général russe] furent : Je veux la paix, il me faut la paix, je la veux absolument ; sauvez seulement l'honneur, Ségur, ib. VIII, 10.

    Il se dit aussi en parlant des nations. Dans cette grande crise, Rostopchine vit surtout deux périls : l'un qui menaçait l'honneur national, celui d'une paix honteuse dictée dans Moscou et arrachée à son empereur ; l'autre…, Ségur, ib. VIII, 2.

    Perdre quelqu'un d'honneur, lui ôter toute l'estime dont il jouit. Il le perd d'honneur, Corneille, D. Sanche, V, 6. Je suis perdu d'honneur, voici un affront que je ne supporterai point, Sévigné, 47.

    Piquer d'honneur une personne, lui persuader que son honneur est engagé à faire ou à ne pas faire une chose.

    Se piquer d'honneur, montrer dans une occasion plus de qualités qu'on n'a coutume d'en faire paraître ; et aussi faire une chose comme si l'on y était engagé, ou par émulation. Point d'honneur, ce qui pique, excite, en fait d'honneur, et oblige à ne pas céder, à ne pas reculer. Leur passion est ce point d'honneur qui les engage à des violences, Pascal, Prov. 7. Martyr glorieux d'un point d'honneur nouveau, Boileau, Lutr. III. Je conçois bien qu'un scélérat, associé à d'autres scélérats, cèle d'abord ses complices ; les brigands s'en font un point d'honneur ; car il y a de ce qu'on appelle honneur jusque dans le crime, Voltaire, Henr. Diss. sur la mort de Henri IV.

    Prendre tout au point d'honneur, avoir trop de susceptibilité sur le point d'honneur.

    Par extension. Se faire un point d'honneur de quelque chose, y mettre un soin comparé au soin qu'on a de son honneur. Elle s'en fait un point d'honneur, Bossuet, Lett. abb. 99.

    Terme de blason. Point d'honneur, place de l'écu située entre le chef et la fasce. Quartier d'honneur, le premier quartier ou canton du chef.

    Familièrement. Réparation d'honneur, se dit à quelqu'un à propos de qui on reconnaît avoir cru une chose désavantageuse laquelle n'est pas.

    Affaire d'honneur, débat, démêlé où les parties croient leur honneur engagé, et, dans un sens plus restreint, duel.

    Dettes d'honneur, dettes de jeu.

  • 4Qualité qui nous porte à faire des actions nobles et courageuses ; vertu, probité. C'est un homme plein d'honneur. L'honneur français. Les lois de l'honneur. Il aime l'honneur, ne craignez pas qu'il fasse une mauvaise action. On sait que ce pied-plat, digne qu'on le confonde, Par de sales emplois s'est poussé dans le monde… Son misérable honneur ne voit pour lui personne, Molière, Mis. I, 1. Entendons discourir sur les bancs des galères Ce forçat abhorré même de ses confrères ; Il plaint par un arrêt injustement donné L'honneur en sa personne à ramer condamné, Boileau, Épil. X. Ce n'est plus avoir de l'honneur, que de laisser espérer aux gens qu'on en manquera, Marivaux, Marianne, part. 1.

    Homme d'honneur, homme qui a probité, franchise et générosité. Et tout homme d'honneur doit souffrir le trépas Plutôt que de promettre et de ne tenir pas, Mairet, Mort d'Asdrub, I, 4. Ne le recevez point en meurtrier d'un frère, Mais en homme d'honneur qui fait ce qu'il doit faire, Corneille, Hor. II, 4. Je veux qu'on soit sincère et qu'en homme d'honneur On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur, Molière, Mis. I, 1. Trahi de toutes parts, accablé d'injustices, Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices, Et chercher sur la terre un endroit écarté Où d'être homme d'honneur on ait la liberté, Molière, ib. V, 8. C'était une personne d'honneur qui nous contait cette histoire, Pascal, Prov. 6.

    Au plur. On dit des gens d'honneur. Tous deux pour leur pays sont morts en gens d'honneur, Corneille, Hor. IV, 2. Je crains que leur probité ne soit de celle des sages du monde… qui s'imaginent avoir rempli les devoirs de la vertu lorsqu'ils vivent en gens d'honneur, Bossuet, Coméd.

    Par honneur, comme si on était engagé par les lois de l'honneur. Vous qui prêtez l'oreille au mensonge, et qui, par honneur ou par conscience, renonçant à débiter les médisances, vous êtes réservé le droit de les croire, Fléchier, Dauphine. Lorsqu'on a poussé l'exagération ou la flatterie jusqu'à un certain point, on se croit obligé par honneur à la soutenir, Genlis, Veillées du chât. t. III, p. 155.

    Avec honneur, en restant fidèle à l'honneur. Pour faire subsister sa famille avec honneur, Pascal, Prov. 8. Mais, n'étant point unis par un lien si doux [l'hymen], Me puis-je avec honneur dérober avec vous ? Racine, Phèd. V, 1.

    En honneur, même sens. Qui sait, lorsque le sang du martyre l'arrose, Si je puis en honneur abandonner sa cause [du Seigneur] ? Lamartine, Jocel. IV, 158.

    En tout bien et en tout honneur, en tout bien et tout honneur, à bonne fin, à bonne intention. Il ne prétend à vous qu'en tout bien et en tout honneur, Molière, Fourber. III, 1.

    Par serment. Sur l'honneur, sur mon honneur, en honneur, en vérité, assurément. Sur l'honneur, en honneur, je n'en puis rien faire.

    Foi d'homme d'honneur, ou, elliptiquement, d'honneur, même sens. D'honneur, je ferai ce que vous désirez.

    Parole d'honneur, promesse faite sur l'honneur.

    Dans la conversation, ma parole d'honneur, ou, simplement, parole d'honneur, se dit pour affirmer. Je serai exact au rendez-vous, parole d'honneur.

  • 5Honneur, en parlant d'une femme, la chasteté ou le mariage légitime. Rendre l'honneur à une femme, l'épouser après l'avoir eue pour maîtresse. Ces vieux contes d'honneur, invisibles chimères, Qui naissent aux cerveaux des maris et des mères, Malherbe, V, 4. Ha ! que ne suis-je roi pour cent ou six vingts ans ? Par un édit public qui fût irrévocable, Je bannirais l'honneur, ce monstre abominable, Qui nous trouble l'esprit et nous charme si bien Que sans lui les humains ici ne voient rien, Qui trahit la nature, et qui rend imparfaites Toutes choses qu'au goût les délices ont faites, Régnier, Sat. VI. L'honneur est un vieux saint que l'on ne chôme plus, Régnier, Macette. L'inquiétude que vous donne cette maudite affaire du surintendant est la marque de la délicatesse de votre honneur, Chapelain, Lett. à Mme de Sévigné, dans FEUILLET DE CONCHES, Variétés d'hist. et d'art. Notre honneur est, monsieur, bien sujet à faiblesse, S'il faut qu'il ait besoin qu'on le garde sans cesse, Molière, Éc. des mar. I, 2. Je ne vois rien de si ridicule que cette délicatesse d'honneur qui prend tout en mauvaise part, donne un sens criminel aux plus innocentes paroles, et s'offense de l'ombre des choses, Molière, Critique, 3. C'est l'honneur qui les doit [les femmes] tenir dans le devoir, Non la sévérité que nous leur faisons voir, Molière, Éc. des maris, I, 2.

    Femme d'honneur, femme qui se conduit bien. Une femme d'honneur peut avouer sans honte Ces surprises des sens que la raison surmonte, Molière, Poly. I, 3.

    Familièrement. Faire faux bond à son honneur, forfaire à son honneur, se dit d'une femme qui manque à la chasteté.

  • 6Honneur, en parlant d'un mari, la bonne renommée qui rejaillit sur lui de la fidélité de sa femme. Quand j'aurai fait le brave, et qu'un fer, pour ma peine, M'aura d'un vilain coup transpercé la bedaine… Dites-moi, mon honneur, en serez-vous plus gras ? Molière, Sgan. 17. Quoi que sur ce sujet votre honneur vous inspire, Molière, Éc. des f. IV, 8. De l'honneur ottoman ses successeurs jaloux, Racine, Bajaz. II, 1.
  • 7Démonstration extérieure de respect, d'estime. Au vainqueur, non à moi, vous faites tout l'honneur, Corneille, Pomp. III, 1. L'honneur qu'on rend aux morts est une vieille loi, Rotrou, Antig. IV, 5. L'honneur qu'on porte aux siens devient illégitime, Rotrou, ib. V, 2. On vous fait des honneurs extrêmes, il faut répondre à tout cela, vous êtes accablée, Sévigné, 24. Je voudrais savoir si vous êtes entièrement insensible à tous les honneurs qu'on vous fait ; pour moi, je vous avoue grossièrement qu'ils ne me déplairaient pas, Sévigné, Lett. 13 mai 1671. Il reçoit de ces peuples les honneurs divins, Bossuet, Hist. I, 4. Jetez les yeux de toutes parts ; voilà tout ce qu'a pu faire la magnificence et la piété pour honorer un héros : des titres, des inscriptions, vaines marques de ce qui n'est plus… rien enfin ne manque dans tous ces honneurs que celui à qui on les rend, Bossuet, Louis de Bourbon. Lui-même il avait été reconnaître les rivières et les montagnes qui servirent à ce grand dessein [la prise de l'armée de Labiénus en Espagne par César]… les capitaines des siècles futurs lui rendront un honneur semblable, Bossuet, Louis de Bourbon. Il [Condé] rendait au roi d'Angleterre et au duc d'York tous les honneurs qui leur étaient dus, Bossuet, ib. Ne me rends pas un honneur que je n'ai pas mérité, à moi qui n'en voulus jamais rendre qu'au vrai mérite, Fléchier, Duc de Mont. L'honneur seul peut flatter un esprit généreux, Racine, Esth. II, 5. Je vois mes honneurs croître et tomber mon crédit, Racine, Brit. I, 1. Et ne préférez pas à la solide gloire Des honneurs dont César prétend vous [Junie] revêtir La gloire d'un refus sujet au repentir, Racine, ib. II, 3. …Que ma bouche et mon cœur, et tout ce que je suis, Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la vie, Racine, Esth. II, 9. On nous reçut avec honneur, Fénelon, Tél. V. En rendant l'honneur et le tribut aux puissances établies de Dieu, Massillon, Carême, Aumône. En rendant à une fausse vertu l'estime et l'honneur qui ne sont dus qu'à la vertu véritable, Massillon, Carême, Injustice du monde. Les traîtres le saisirent, le lièrent avec des chaînes d'or pour faire honneur à sa qualité de roi, et prirent le chemin de la Bactriane, le conduisant dans un chariot couvert, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 369, dans POUGENS. Un jour qu'il [Virgile] vint à paraître au théâtre, après qu'on y eut récité quelques-uns de ses vers, tout le peuple se leva avec des acclamations, honneur qu'on ne rendait alors qu'à l'empereur, Voltaire, Ess. sur la poésie épique, 3. Non moins exigeant pour l'honneur qui m'était dû, qu'attentif à rendre celui que je devais aux autres, Rousseau, Confess. VII.

    Sans honneur, avec ignominie. Faut-il que sans honneur l'Euphrate vous revoie ? Racine, Bérén. I, 3. Il me faut sans honneur retourner sur mes pas, Racine, Iphig. II, 5. Et traîné [Hector] sans honneur autour de nos murailles, Racine, Andr. III, 8.

    Les honneurs suprêmes, les derniers honneurs, les honneurs funèbres, les honneurs du cercueil, de la sépulture, les funérailles. Ces montagnes de morts privés d'honneurs suprêmes, Corneille, Pomp. I, 1. J'entends qu'avec ma cour toute la ville en deuil, Demain rende au dernier [Étéocle] les honneurs du cercueil, Rotrou, Antig. IV, 1. Le prétexte de l'ambassade fut de redemander le corps de Gratien, pour lui rendre les derniers honneurs, Fléchier, Hist. de Théod. III, 71.

    Terme militaire. Obtenir les honneurs de la guerre, ne pas rendre ses armes en abandonnant une place ; autrefois, c'était sortir par la brèche, enseignes déployées, mèche allumée, balle en bouche ; aujourd'hui, c'est sortir avec armes et bagages, ne déposant les armes qu'aux avant-postes ou sur les glacis. Fig. Sortir d'une querelle, d'un procès, d'une discussion avec les honneurs de la guerre, en sortir honorablement, avec succès.

    Une garde d'honneur, voy. GARDE 1, n° 13.

    Les gardes d'honneur, jeunes gens qui, sous le premier empire, s'étant rachetés de plusieurs conscriptions, furent appelés au service militaire et formèrent des régiments de cavalerie.

    Place d'honneur, la place réservée dans une cérémonie, dans un repas, à une personne qu'on veut honorer d'une distinction.

    Cour d'honneur, la cour principale d'une maison. On dit de même l'escalier d'honneur.

    Les cours d'honneur, sorte de tribunaux dans le genre des cours d'amour, qui décidaient les questions du point d'honneur.

    En l'honneur de, à l'honneur de, pour faire honneur à. Il avait composé des hymnes à l'honneur des enfants de Latone, Fénelon, Tél. XVII. Vous me demandez les pièces de vers qu'on a faites à mon honneur et gloire ; je conserve peu de ces pièces fugitives, Voltaire, Lett. 25 mars 1772. Votre Majesté croira-t-elle qu'on a fait la défense la plus rigoureuse à tous les journalistes de dire un seul mot à l'honneur de M. de Voltaire ? D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 1er juillet 1778. On voyait aussi des pères insensés se jeter au milieu des flammes en l'honneur de leur idole, Diderot, Opin. des anc. phil. (Juifs).

    Faire les honneurs d'une maison, recevoir selon les règles de la politesse ceux qui viennent dans la maison. Je vais faire pour vous, mon père, les honneurs de votre logis, Molière, l'Av. III, 14. Elle a été tout le jour dans une chambre faisant l'honneur du logis, Sévigné, 48. Une jolie femme vient nous faire les honneurs, Sévigné, 286. Le duc a fait les honneurs de son gouvernement au roi d'Angleterre, Sévigné, 529. Il lui laissait le soin de faire les honneurs de la table, Hamilton, Gramm. 2. Elle fit les honneurs de chez elle à merveille, Staël, Corinne, XII, 1.

    Fig. Faire les honneurs de son esprit, montrer de l'esprit. Faisons bien les honneurs au moins de notre esprit, Molière, F. sav. III, 4.

    Faire les honneurs de quelqu'un, en parler. Je n'eus pas le courage de faire les honneurs de vous, Sévigné, 115.

    Ironiquement. Faire les honneurs de quelqu'un, en mal parler. …La bête est si bonne, Soit dit sans vous fâcher. - Ah ! je vous l'abandonne, Faites-en les honneurs…, Gresset, Méchant, II, 3.

    Faire les honneurs d'une chose à quelqu'un, en disposer en faveur de quelqu'un. La part qui me revient de cette gloire ou de cette honte est si petite, que je ne cours pas après, et que j'en fais les honneurs à qui voudra, D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 16 mai 1772.

    Familièrement. Faire honneur à un repas, y bien manger.

    Terme de marine. Faire honneur à un banc, à une roche, en passer près, mais sans le toucher et, pour ainsi dire, en se tenant à une distance respectueuse.

    On dit dans le même sens : ranger à l'honneur les roches, un écueil, etc.

  • 8Distinction qui flatte, qui honore. J'emporte avec moi le regret de ne pouvoir vous dire à combien d'honneur je reçois l'offre que vous me faites, Guez de Balzac, liv. VII, lett. 2. Parlons-en mieux, le roi fait honneur à votre âge, Corneille, Cid, I, 6. Nourris ensemble et compagnons d'école ; C'était beaucoup d'honneur au jeune perroquet ; Car l'enfant était prince et le père monarque, La Fontaine, Fabl. X, 12. Ce nous serait honneur, La Fontaine, Or. Vous leur fîtes, seigneur, En les croquant [les moutons], beaucoup d'honneur, La Fontaine, Fabl. VII, 1.

    L'honneur du pas, la préséance.

    Honneur se met en ce sens avec de et un verbe à l'infinitif. L'honneur d'appartenir à l'Académie. Il ne m'a pas fait l'honneur de me regarder. Il a l'honneur d'être admis à la table du prince. De tous ces meurtriers te dirai-je les noms ? Procule, Glabrion… Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé, Corneille, Cinna, V, 1.

    Il se dit en ce sens par civilité et par compliment. Je pourrais prendre de la vanité de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, Guez de Balzac, liv. I, lett. 4. Je me suis donné l'honneur de vous écrire une grande lettre, Bossuet, Lett. 14. Elle lui dit qu'elle aurait l'honneur de l'accompagner, Hamilton, Gramm. 4.

    J'ai l'honneur de vous saluer, aujourd'hui la plus sèche des formules de civilité au bas d'une lettre.

    Tenir à honneur, regarder comme une distinction. Je tiens à honneur de lui être présenté. Je tiens son alliance à singulier honneur, Molière, F. sav. II, 4. Les druides ont tenu la chasteté à honneur, Chateaubriand, Génie, I, I, 9.

    Se faire un honneur, regarder comme honorable. Le sénat se faisait un honneur de défendre les dieux, Bossuet, Hist. III, 1. Dans ce temps-là, les premières personnes de l'État, et les empereurs même, se faisaient un honneur et un plaisir d'assister aux leçons des grands philosophes et des rhéteurs de réputation, Rollin, Hist. anc. liv. XXV, ch. 2, art. 1, § 2.

    Il y a honneur et plaisir à, c'est une chose qui procure estime et plaisir. Voilà d'excellent vin, monsieur Lucas, et il n'y a qu'honneur et plaisir à travailler à vos vignes, Dancourt, Vendanges, sc. 5.

    Se faire honneur de quelque chose, s'en honorer, s'en parer. Aux zèles indiscrets tout paraît légitime, Et la fausse vertu se fait honneur du crime, Corneille, Tite et Bérén. V, 5. Vertueux sans vouloir se faire honneur de sa vertu, Fléchier, Lam. Elle lui promit de s'en faire honneur au bal, Hamilton, Gramm. 7. Ils ne doutèrent pas que je ne me fusse fait honneur du travail d'autrui, Rousseau, Confess. V.

    Il aime à se faire honneur de ce qu'il possède, il dépense une partie de son bien d'une manière utile ou agréable aux autres, en dîners, en soirées de musique, etc.

    Fig. Faire honneur d'une chose à…, l'attribuer à… Ce n'est pas que le carnaval n'ait été d'une tristesse excessive, vous pouvez vous en faire honneur, Sévigné, 19.

    Ironiquement. Faire beaucoup d'honneur à quelqu'un, lui faire bien de l'honneur, le traiter mieux qu'il ne mérite. On fait bien de l'honneur à des hommes si dignes de pitié, Massillon, Carême, Doutes. De la manière dont ces peuples étaient faits, c'était leur faire trop d'honneur que de les fourber avec quelque précaution, Fontenelle, Oracles, I, 15.

    Elliptiquement et dans le même sens ironique. Vous croyez donc que le roi ou la province donne quelque chose à mon fils pour nourrir ou instruire cette noblesse ; rien du tout, je vous assure ; encore trop d'honneur, Sévigné, 563.

    Ironiquement. Vous me faites bien de l'honneur, vous me faites là un bel honneur, c'est beaucoup d'honneur, c'est trop d'honneur que vous me faites, signifie : vous avez une bien mauvaise opinion de moi. Vous me croyez capable d'une aussi mauvaise action, vous me faites bien de l'honneur.

    Fig. Avoir l'honneur de, venir à bout de…, faire que… [L'assemblée] Se donne entière à l'orateur, Un trait de fable en eut l'honneur, La Fontaine, Fabl. VIII, 4. Mme de Langeron doit avoir l'honneur de ce changement, Sévigné, 440. Que ce sacrifice soit à la fois utile à votre réputation, à votre bonheur, à celui de la reine, qu'il soit volontaire, que la religion en ait tout l'honneur, Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 262, dans POUGENS.

    Fig. À… honneur, avec un pronom possessif, heureusement, avec succès. À son honneur elle en sortit, La Fontaine, Fiancée. Faites comme vous pourrez, mes anges ; mais venons-en à notre honneur, Voltaire, Lett. d'Argental, 15 mai 1767. Enfin, malgré l'aï qui mousse, J'en veux venir à mon honneur, Béranger, Hab. de cour.

  • 9Légion d'honneur, ordre institué en France pour récompenser les services militaires et les talents distingués.

    Familièrement. La croix d'honneur, l'insigne de la Légion d'honneur.

    On dit dans le même sens : l'ordre d'honneur. Enfin les lanciers russes se rebutèrent ; leur fuite, les cris de joie de notre armée, l'ordre d'honneur que l'empereur envoya sur le champ même aux plus braves, tout apprit à ces vaillants soldats leur gloire, qu'ils n'appréciaient pas encore, les belles actions paraissant toujours simples à ceux qui les font, Ségur, Hist. de Nap. IV, 8.

  • 10Chevalier d'honneur, dame d'honneur, personnes de qualité attachées au service d'une princesse.

    Enfants d'honneur, s'est dit de jeunes gens de qualité qui étaient nourris auprès d'un prince, pendant son enfance.

    Garçon, fille d'honneur, celui, celle qui, pendant la cérémonie nuptiale, assistent le marié, la mariée.

    Président d'honneur, président honoraire.

    Marguillier d'honneur, marguillier d'un état supérieur à celui des marguilliers ordinaires. Le marguillier d'honneur n'est point comptable.

    Chevalier d'honneur, s'est dit de conseillers d'épée qui avaient séance et voix délibérative dans les cours souveraines.

    Conseillers d'honneur, conseillers qui avaient séance et voix délibérative dans certaines compagnies, quoiqu'ils n'eussent point de charge.

  • 11Dans le langage poétique ou élevé, au pluriel, les honneurs, l'éclat de la gloire. Loin donc, honneurs de la terre, tout votre éclat couvre mal nos faiblesses et nos défauts ; il ne les cache qu'à nous seuls et les fait connaître aux autres, Bossuet, la Vallière. Que la nature donc soit votre étude unique, Auteurs qui prétendez aux honneurs du comique, Boileau, Art p. III. Détruisons ses honneurs [de Rome] et faisons disparaître La honte de cent rois et la mienne peut-être, Racine, Mithr. III, 1. Partez ; à vos honneurs [d'Achille partant pour Troie] j'apporte trop d'obstacles, Racine, Iphig. V, 2. On verra de David l'héritier détestable Abolir tes honneurs [de Dieu], profaner ton autel, Et venger Athalie, Achab et Jézabel, Racine, Athal. V, 6.
  • 12 Au plur. Dignité, charge. Voilà celui qui nous menait dans les hasards ; sous lui se sont formés tant de renommés capitaines que ses exemples ont élevés aux premiers honneurs de la guerre, Bossuet, Louis de Bourbon. Élevé sans empressement aux premiers honneurs, il y a vécu aussi modeste que grand, Bossuet, le Tellier. Lorsqu'on se voit tout d'un coup élevé aux places les plus importantes, et que je ne sais quoi nous dit dans le cœur qu'on mérite d'autant plus de si grands honneurs qu'ils sont venus à nous comme d'eux-mêmes, on ne se possède plus, Bossuet, ib. Les honneurs sont institués pour récompenser le mérite, pour exercer la sagesse et pour être des occasions de faire du bien, Fléchier, Duch. de Montausier. Tant de gens échangent volontiers l'honneur contre les honneurs, Alph. Karr, les Guêpes, juin 1842.
  • 13Les honneurs du Louvre, se disait de certaines distinctions, et particulièrement d'entrer à cheval ou en carrosse dans la cour du Louvre et dans celles des autres maisons où le roi était logé. Il a les honneurs du Louvre par sa charge, Sévigné, 200.

    Les honneurs de l'Église, les prééminences et les droits honorifiques qu'on a dans l'Église.

  • 14Les honneurs, se dit, en certaines grandes cérémonies, telles que le sacre des rois, etc. des pièces principales qui servent à la cérémonie ; comme le sceptre, etc. Ah ! que l'on porte ailleurs les honneurs qu'on m'envoie ; Importune, peux-tu souhaiter qu'on me voie ? Racine, Phèdre, III, 1. Henri IV [au baptême de Louis XIII] nomma le maréchal de Bouillon, quoique huguenot, pour porter les honneurs, Saint-Simon, 167, 238.

    Les seigneurs eux-mêmes, qui portent ces pièces.

  • 15 Fig. Il se dit de ce qui fait l'ornement. À Porsenne, à ce roi l'honneur des souverains, Du Ryer, Scévole, II, 3. Pour vous, ma chère sœur, sage et pieuse fille, Gloire du sang d'Œdipe, honneur de sa famille, Rotrou, Antig. II, 2. Corbulon fit tout l'honneur de ce règne par ses victoires, Bossuet, Hist. I, 10. …La grêle Qui, dans un grand jardin, à coups impétueux, Abat l'honneur naissant des rameaux fructueux, Boileau, Lutr. V. Il respecte en Pyrrhus l'honneur du diadème, Racine, Andr. V, 2. Les hêtres qui sont l'honneur des forêts, Fénelon, Tél. XVII. Tel fut le sort d'Hypatie, l'honneur de son sexe et l'étonnement du nôtre, Diderot, Opin. des anc. philos. (éclectisme).
  • 16Au jeu, la partie d'honneur, la troisième partie que l'on joue, quand chacun des deux joueurs en a gagné une.

    Absolument, l'honneur, la partie d'honneur. Quant à nous, partie, revanche et l'honneur, et nous venons entendre mademoiselle, Picard, Deux Philibert, II, 4.

    Ne jouer que l'honneur, que pour l'honneur, ne pas jouer d'argent, jouer seulement pour passer le temps.

  • 17 Terme de jeu de cartes. Les figures d'atout. J'ai un honneur. J'ai deux honneurs.

    Au whist, au boston, etc. les figures et l'as d'atout.

  • 18 Terme de féodalité. Mode de propriété libre auquel étaient attachés des droits seigneuriaux.
  • 19Votre Honneur est en Angleterre un titre qu'on donne par respect à certaines personnes de qualité.
  • 20Populairement et par civilité. Sauf votre honneur, sauf le respect que je vous dois.

PROVERBES

Les honneurs changent les mœurs, c'est-à-dire un pauvre enrichi est sujet à se méconnaître. Tienne qui voudra pour sentence Que les honneurs changent les mœurs ; Je crois plutôt que les honneurs Mettent les mœurs en évidence, Pons, (de Verdun), Poésies.

À tous seigneurs tous honneurs, à tout seigneur tout honneur, c'est-à-dire il faut rendre honneur à qui il appartient. On dit aussi : aux seigneurs les honneurs.

REMARQUE

Ce mot ne devrait s'écrire qu'avec une n ; ni le latin, ni l'antique orthographe, ni la prononciation ne justifient les deux nn.

HISTORIQUE

XIe s. Serez ses hom [son homme] par honur et par ben, Ch. de Rol. III. À lui lais-je mes honurs et mes fiefs, ib. XXIII. Se lui servez [Mahomet], l'onur du champ ert [sera] nostre, ib. LXXII. Conseillez-mei à dreit et à honur, ib. CLXXXIV. Je n'aurai jà qui soustiene m'onur, ib. CCIV. En plusurs gestes de lui sont granz honurs [éloges], ib. CCXXVIII.

XIIe s. En l'onor Deu, le fil sainte Marie, Roncisv. p. 59. Tant que Dex voille, du champ aions l'onor, ib. p. 108. En douce France dont les honors [fiefs] tenez, ib. p. 143. Li rois l'enmene, qui mout lui fait onors, ib. p. 148. N'a droit au fieu ne à l'onor, Qui se combat à son seignor, Du Cange, honor. Si li devons moult gran onor porter, Garin le loh. dans DU CANGE, honor. N'oublierai ceste honor D'amer toute la meillor, Couci, I. Jà n'i croistra vos los ne vos honors, ib. VII. Se sauve l'onor Du creator Estoit, tout temps [je] voudroie [qu'il] Nuit feist du jor ; Jamais dolor Ne pesance [je] n'auroie, Romancero, p. 68. Mais [que] cil en ait l'onor, cui Dex voudra aidier, Sax. IV. Mais cil qui pert honor, vaurroit mieux mors que vis, ib. XXVI. Si nous portera Charles honor et seignorie, ib. XXXII.

XIIIe s. Uns griex [un Grec], qui mout estoit sires dou païs… si vint à lui, li fist mout grant oneur, puis li dist…, Villehardouin, CXXXIII. Quant de si haute honor [je] sui cheüe en la boue, Berte, XXXIII. L'onor n'est pas autre chose que guerredon de vertu et merci dou bien receu, Latini, Trésor, p. 316. À li [courtoisie] se tint uns chevaliers Acointables et biaus parliers Qui sot bien faire honor as gens, la Rose, 1255. Le roy me dit que ce moustier estoit fait en l'onneur du miracle que Dieu fist du dyable que il geta hors du cors de la fille à la veuve femme, Joinville, 279. Messire Erart, il me semble que vous feriés vostre grand honeur, se vous aliez querre aide pour nos vies sauver, Joinville, 226. Sire, fist le preudomme, vous me faites grant honeur, la vostre merci, Joinville, 216. À ton pere et à ta mere porte honneur et reverence, et garde leur commandement, Joinville, 301. Et les honneurs changent l'entencion, Poésies mss. av. 1300, t. IV, p. 1385, dans LACURNE. Je voil bien que tu saches que tu n'anporteras jà plus de cest siegle que honor et aumosne, Merlin, f° 69, verso.

XIVe s. Se combatans en souverain honneur pour l'empire roumain, Bercheure, f° 30, recto. Honneur est grains, richesse est paille ; Donc qui a honneur, il est riches, Machaut, p. 102. Ne au pere ne doit l'on pas le honneur que l'en doit à un sage comme à son dotteur ou maistre, Oresme, Eth. 262.

XVe s. Nous sera l'honneur cent fois plus grande que ce que nous eussions le confort des Anglois, Froissart, II, II, 191. Adonc retourna le comte de Foix devers monseigneur de Berne, qui lui fit grand chere et bonne ; ce fut raison, car il lui avoit sauvé son honneur, Froissart, II, III, 12. Là fut pris le capitaine et tous ceux d'honneur qui devers lui estoient, Froissart, I, I, 254. Pourvus de grand sens et de parfaite honneur [Guillaume de Hainaut], Froissart, I, I, 12. Et fet à la roine d'Angleterre toute l'honneur et reverence qu'il put…, Froissart, I, I, 13. Il me respondit qu'il auroit affaire en chemin, mais que l'honneur luy en demeureroit, Commines, VIII, 2. Venez y tous, bons pardonneurs, Qui sçavez faire les honneurs, Aux villages, de bons pastés, Villon, Repues franches. Or est le chevalier à grant meschef ; car il se doubte que la pucelle ne le daigne desormais regarder ; car les honneurs muent souvent les meurs, Perceforest, t. VI, f° 60. Gerard sachant tous honneurs mondains [les civilités] autant que homme de son aage, Gérard de Nevers, 2e part. p. 111, dans LACURNE. Un sien amy de cognoissance que la dite dame aimoit en tout bien et en tout honneur, Aresta amorum, p. 184, dans LACURNE.

XVIe s. Frere Jan des Entommeures avoyt saulvé le clouz [clos] à son honneur, Rabelais, Garg. I, 28. Vous, m'amye, faictes voz honneurs comme vouldrez ; vous avez en voz mains et conserve tous mes thesaurs, Rabelais, Pant. IV, 13. Le roy feit mettre à l'honneur le roy d'Arragon [lui donna la place d'honneur], Jean D'Auton, Ann. de Louis XII, p. 307, dans LACURNE. Il permit aux gentils femmes de sortir, leur honneur sauve, Montaigne, I, 2. Honneurs decernez à Talva, Montaigne, I. 10. Disposer l'honneur et la cerimonie d'un enterrement, Montaigne, I, 17. Celuy a l'honneur de la guerre, qui en a le proufit, Montaigne, I, 25. Je pensois faire honneur à un seigneur, de m'enquerir à luy…, Montaigne, I, 185. Il l'escrivit à l'honneur de la liberté contre les tyrans, Montaigne, I, 206. L'art gaigne le poinct d'honneur sur la nature, Montaigne, I, 234. Femme de bien, et femme d'honneur et de vertu [femme chaste], Montaigne, II, 67. Sortir, à son honneur, d'une entreprinse, Montaigne, II, 68. Il fut nourri enfant d'honneur de serenissime princesse madame Loyse de Savoye, Carloix, I, 2. Je vous fais present de cestuy-cy… pour vous suivre et faire service toute sa vie comme à son pere d'honneur…, Carloix, III, 6. Comme il fut pressé de son honneur [pressé par un besoin naturel], on le mena es privés, Des Accords, Escraignes dij. p. 43, dans LACURNE. Faire honneur au soleil [ne se lever qu'après qu'il est levé], Oudin, Dict. Qui d'honneur n'a cure, honte est sa droiture, Cotgrave Qui n'a honte, il n'aura jà honneur, Cotgrave Au desespoir s'oublie l'honneur, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 232.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

HONNEUR. Ajoutez :
21Autrefois, billet d'honneur, billet qu'un gentilhomme ou un officier s'engageait sur l'honneur à payer dans un délai ; le règlement des maréchaux du 20 février 1748 punissait d'un mois de prison ceux qui négligeaient d'acquitter un pareil engagement, lorsqu'il avait été souscrit au profit d'un marchand (DALLOZ).
22Populairement et par euphémisme, en parlant des femmes, les parties que l'on ne montre ni ne nomme. Sans nous, vos belles dulcinées, qui méprisent l'honnête ouvrier, iraient le derrière nu, et montreraient leur honneur, Lett. du P. Duchêne, 14e lett. p. 4.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

HONNEUR, s. m. (Morale.) Il est l’estime de nous mêmes, & le sentiment du droit que nous avons à l’estime des autres, parce que nous ne nous sommes point écartés des principes de la vertu, & que nous nous sentons la force de les suivre. Voilà l’honneur de l’homme qui pense, & c’est pour le conserver qu’il remplit avec soin les devoirs de l’homme & du citoyen.

Le sentiment de l’estime de soi-même est le plus délicieux de tous ; mais l’homme le plus vertueux est souvent accablé du poids de ses imperfections, & cherche dans les regards, dans le maintien des hommes, l’expression d’une estime, qui le réconcilie avec lui même.

De là deux sortes d’honneur ; celui qui est en nous fondé sur ce que nous sommes ; celui qui est dans les autres, fondé sur ce qu’ils pensent de nous.

Dans l’homme du peuple, & par peuple j’entends tous les états, je n’en sépare que l’homme qui examine l’étendue de ses devoirs pour les remplir, & leur nature pour ne s’imposer que des devoirs véritables. Dans l’homme du peuple, l’honneur est l’estime qu’il a pour lui-même, & son droit à celle du public, en conséquence de son exactitude à observer certaines loix établies par les préjugés & par la coutume.

De ces lois, les unes sont conformes à la raison & à la nature ; d’autres leur sont opposées, & les plus justes ne sont souvent respectées que comme établies.

Chez les peuples les plus éclairés, la masse des lumieres n’est jamais répandue, le peuple n’a que des opinions reçûes & conservées sans examen, étrangeres à sa raison ; elles chargent sa mémoire, dirigent ses mœurs, gênent, repriment, secondent, corrompent & perfectionnent l’instinct de la nature.

L’honneur, chez les nations les plus polies, peut donc être attaché, tantôt à des qualités & à des actions estimables, souvent à des usages funestes, quelquefois à des coutumes extravagantes, quelquefois à des vices.

On honore encore aujourd’hui dans certains pays de l’Europe, la plus lâche & la plus odieuse des vengeances, & presque par-tout, malgré la religion, la raison & la vertu, on honore la vengeance.

Chez une nation polie, pleine d’esprit & de force, la paresse & la gravité sont en honneur.

Dans la plus grande partie de l’Europe, une mauvaise application de la honte attachée à ce qu’on appelle se démentir force quiconque a été injuste un moment, à être injuste toute sa vie.

S’il y a des gouvernemens où le caprice décide indépendamment de la loi, ou la volonté arbitraire du prince, ou des ministres, distribue, sans consulter l’ordre & la justice, les châtimens & les récompenses, l’ame du peuple engourdie par la crainte, abattue par l’autorité, reste sans élévation ; l’homme dans cet état n’estime, ni lui, ni son semblable ; il craint plus le supplice que la honte, car quelle honte ont à craindre des esclaves, qui consentent à l’être ? Mais ces gouvernemens durs, injustes, cruels, injurieux à l’humanité, ou n’existent pas, ou n’existent que comme des abus passagers, & ce n’est jamais dans cet état d’humiliation qu’il faut considérer les hommes.

Un génie du premier ordre a prétendu que l’honneur étoit le ressort des monarchies, & la vertu celui des républiques. Est-il permis de voir quelques erreurs dans les ouvrages de ce grand homme, qui avoit de l’honneur & de la vertu !

Il ne définit point l’honneur, & on ne peut en le lisant, attacher à ce mot une idée précise.

Il définit la vertu, l’amour des lois & de la patrie.

Tous les hommes, du plus au moins, aiment leur patrie, c’est-à-dire, qu’ils l’aiment dans leur famille, dans leurs possessions, dans leurs concitoyens, dont ils attendent & reçoivent des secours & des consolations. Quand les hommes sont contens du gouvernement sous lequel ils vivent, quel que soit son genre, ils aiment les lois, ils aiment les princes, les magistrats qui les protegent & les défendent. La maniere dont les lois sont établies, exécutées, ou vengées, la forme du gouvernement, sont ce qu’on appelle l’ordre politique. Je crois que le président de Montesquieu se seroit exprimé avec plus de précision, s’il avoit défini la vertu, l’amour de l’ordre politique & de la patrie.

L’amour de l’ordre est dans tous les hommes.

Ils aiment l’ordre dans les ouvrages de la nature, ils aiment les proportions & la symétrie dans cet arbre, dont les feuilles se répandent en cercle sur la tige, dans les différens émaux distribués symétriquement sur l’insecte, la fleur & le coquillage, dans l’assemblage des différentes parties qui composent la figure des animaux. Ils aiment l’ordre dans les ouvrages de l’art : les proportions & la symétrie dans un poëme, dans une piece de musique, dans un bâtiment, dans un jardin, donnent à l’esprit la facilité de rassembler dans un moment & sans peine, une multitude d’objets, de voir d’un coup d’œil un tout, de passer alternativement d’une partie à l’autre sans s’égarer, de revenir sur ses pas quand il le veut, de porter son attention où il lui plaît, & d’être sûr que l’objet qui l’occupe, ne lui fera pas perdre l’objet qui vient de l’occuper.

L’ordre politique, outre le plaisir secret de rassembler & de conserver dans l’esprit beaucoup de connoissances & d’idées, nous donne encore le plaisir de les admirer ; il nous étonne, & nous donne une grande idée de notre nature. Nous le trouvons difficile, utile & beau ; nous voyons avec surprise naître d’un petit nombre de causes, une multitude d’effets. Nous admirons l’harmonie des différentes parties du gouvernement, & dans une monarchie, comme dans une république, nous pouvons aimer jusqu’au fanatisme cet ordre utile, simple, grand, qui fixe nos idées, eleve notre ame, nous éclaire, nous protege, & décide de notre destinée. L’agriculteur françois ou romain, le patricien ou le gentilhomme, contents de leur gouvernement, aiment l’ordre & la patrie. Dans la monarchie des Perses, on n’approchoit point des autels des dieux, sans les invoquer pour la patrie ; il n’étoit pas permis au citoyen de ne prier que pour lui seul. La monarchie des Incas n’étoit qu’une famille immense, dont le monarque étoit le pere. Les jours où le citoyen cultivoit son champ, étoient des jours de travail ; les jours où il cultivoit le champ de l’état & du pauvre, étoient des jours de fêtes. Mais dans la monarchie, comme dans la république, cet amour de la patrie, cette vertu, n’est le ressort principal, que dans quelques situations, dans quelques circonstances : l’honneur est par-tout un mobile plus constamment actif. Les couronnes civiques & murales, les noms des pays de conquêtes donnés aux vainqueurs, les triomphes excitoient aux grandes actions les ames romaines, plus que l’amour de la patrie. Qu’on ne me dise point que je confonds ici l’honneur & la gloire, je sçais les distinguer, mais je crois que par-tout où on aime la gloire, il y a de l’honneur. Il soutient avec la vertu les faisceaux du consul & le sceptre des rois ; l’honneur ou la vertu dans la république, dans la monarchie, sont le principal ressort, selon la nature des lois, la puissance, l’étendue, les dangers, la prospérité de l’état.

Dans les grands empires, on est plus conduit par l’honneur, par le desir & l’espérance de l’estime. Dans les petits états il y a plus, l’amour de l’ordre politique & de la patrie ; il regne dans ces derniers un ordre plus parfait. Dans les petits états, on aime la patrie, parce que les liens qui attachent à elle, ne sont presque que ceux de la nature ; les citoyens sont unis entr’eux par le sang, & par de bons offices mutuels ; l’état n’est qu’une famille, à laquelle se rapportent tous les sentimens du cœur, toujours plus forts, à proportion qu’ils s’étendent moins. Les grandes fortunes y sont impossibles, & la cupidité moins irritée ne peut s’y couvrir de ténebres ; les mœurs y sont pures, & les vertus sociales y sont des vertus politiques.

Remarquez que Rome naissante & les petites républiques de la Grece, où a regné l’enthousiasme de la patrie, étoient souvent en danger ; la moindre guerre menaçoit leur constitution & leur liberté. Les citoyens, dans de grands périls, faisoient naturellement de grands efforts ; ils avoient à espérer du succès de la guerre, la conservation de tout ce qu’ils avoient de plus cher. Rome a moins montré l’amour extrême de la patrie, dans la guerre contre Pyrrhus, que dans la guerre contre Porsenna, & moins dans la guerre contre Mithridate, que dans la guerre contre Pyrrhus.

Dans un grand état, soit république, soit monarchie, les guerres sont rarement dangereuses pour la constitution de l’état, & pour les fortunes des citoyens. Le peuple n’a souvent à craindre que la perte de quelques places frontieres ; le citoyen n’a rien à espérer du succès de la nation ; il est rarement dans des circonstances où il puisse sentir & manifester l’enthousiasme de la patrie. Il faut que ces grands états soient menacés d’un malheur qui entraîneroit celui de chaque citoyen, alors le patriotisme se reveille. Quand le roi Guillaume eut repris Namur, on établit en France la capitation, & les citoyens charmés de voir une nouvelle ressource pour l’état, reçurent l’édit de cet impôt avec des cris de joie. Annibal, aux portes de Rome, n’y causa ni plus de douleurs, ni plus d’allarmes, que de nos jours en ressentit la France pendant la maladie de son roi. Si la perte de la fameuse bataille d’Hochted a fait faire des chansons aux François mécontens du ministre ; le peuple de Rome, après la défaite des armées romaines, a joui plus d’une fois de l’humiliation de ses magistrats.

Mais, pourquoi cet honneur mobile presque toujours principal dans tous les gouvernemens, est-il quelquefois si bizarre ? pourquoi le place-t-on dans des usages ou puériles, ou funestes ? pourquoi impose-t-il quelquefois des devoirs que condamnent la nature, la raison épurée & la vertu ? & pourquoi dans certains tems est-il particulierement attribué à certaines qualités, certaines actions, & dans d’autres tems, à des actions & à des qualités d’un genre opposé ?

Il faut se rappeller le grand principe de l’utilité de David Hume : c’est l’utilité qui décide toujours de notre estime. L’homme qui peut nous être utile est l’homme que nous honorons ; & chez tous les peuples, l’homme sans honneur est celui qui par son caractere est censé ne pouvoir servir la société.

Mais certaines qualités, certains talens, sont en divers tems plus ou moins utiles ; honorés d’abord, ils le sont moins dans la suite. Pour trouver les causes de cette différence, il faut prendre la société dans sa naissance, voir l’honneur à son origine, suivre la société dans ses progrès, & l’honneur dans ses changemens.

L’homme dans les forêts où la nature l’a placé, est né pour combattre l’homme & la nature. Trop foible contre ses semblables, & contre les tigres, il s’associe aux premiers pour combattre les autres. D’abord la force du corps est le principal mérite ; la débilité est d’autant plus méprisée, qu’avant l’invention de ces armes, avec lesquels un homme foible peut combattre sans desavantage, la force du corps étoit le fondement de la valeur. La violence fût-elle injuste, n’ôte point l’honneur. La plus douce des occupations est le combat ; il n’y a de vertus que le courage, & de belles actions que les victoires. L’amour de la vérité, la franchise, la bonne-foi, qualités qui supposent le courage, sont après lui les plus honorées ; & après la foiblesse, rien n’avilit plus que le mensonge. Si la communauté des femmes n’est pas établie, la fidélité conjugale sera leur honneur, parce qu’elles doivent, sans secours, préparer le repas des guerriers, garder & défendre la maison, élever les enfans ; parce que les états étant encore égaux, la convenance des personnes décide des mariages ; que le choix & les engagemens sont libres, & ne laissent pas d’excuse à qui peut les rompre. Ce peuple grossier est nécessairement superstitieux, & la superstition déterminera l’espece de son honneur, dans la persuasion que les dieux donnent la victoire à la bonne cause. Les différens se decideront par le combat, & le citoyen, par honneur, versera le sang du citoyen. On croit qu’il y a des fées qui ont un commerce avec les dieux, & le respect qu’on a pour elles, s’étend à tout leur sexe. On ne croit point qu’une femme puisse manquer de fidélité à un homme estimable, & l’honneur de l’époux dépend de la chasteté de son épouse.

Cependant les hommes dans cet état, éprouvent sans cesse de nouveaux besoins. Quelques-uns d’entr’eux inventent des arts, des machines. La société entiere en jouit, l’inventeur est honoré, & l’esprit commence à être un mérite respecté. A mesure que la société s’étend & se polit, il naît une multitude de rapports d’un seul à plusieurs ; les rivalités sont plus fréquentes, les passions s’entreheurtent ; il faut des lois sans nombre ; elles sont séveres, elles sont puissantes, & les hommes forcés à se combatre toujours, le sont à changer d’armes. L’artifice & la dissimulation sont en usage ; on a moins d’horreur de la fausseté, & la prudence est honorée. Mille qualités de l’ame se découvrent, elles prennent des noms, elles ont un usage : elles placent les hommes dans des classes plus distinguées les unes des autres, que les nations ne l’étoient des nations. Ces classes de citoyens ont de l’honneur des idées différentes.

La supériorité des lumieres obtient la principale estime ; la force de l’ame est plus respectée que celle du corps. Le législateur attentif excite les talens les plus nécessaires ; c’est alors qu’il distribue ce qu’on appelle les honneurs. Ils sont la marque distinctive par laquelle il annonce à la nation qu’un tel citoyen est un homme de mérite & d’honneur. Il y a des honneurs pour toutes les classes. Le cordon de S. Michel est donné au négociant habile & à l’artisan industrieux ; pourquoi n’en décoreroit-on pas le fermier intelligent, laborieux, économe, qui fructifie la terre ?

Dans cette société, ainsi perfectionnée, plusieurs hommes, après avoir satisfait aux fonctions de leur état, jouissent d’un repos qui seroit empoisonné par l’ennui sans le secours des arts agréables ; ces arts, dans cette société non-corrompue, entretiennent l’amour de la vertu, la sensibilité de l’ame, le goût de l’ordre & du beau, dissipent l’ennui, fécondent l’esprit ; & leurs productions devenues un des besoins principaux des premieres classes des citoyens, sont honorées de ceux même qui ne peuvent en jouir.

Dans cette société étendue, des mœurs pures paroissent moins utiles à la masse de l’état que l’activité & les grands talens ; ils conduisent aux honneurs, ils ont l’estime générale, & souvent on s’informe à peine si ceux qui les possedent ont de la vertu : bien-tôt on ne rougit plus que d’être sot ou pauvre.

La société se corrompt de jour en jour : on y a d’abord excité l’industrie, & même la cupidité ; parce que l’état avoit besoin des citoyens opulens ; mais l’opulence conduit aux emplois, & la vénalité s’introduit alors. Les richesses sont trop honorées, les emplois, les richesses sont héréditaires, & l’on honore la naissance.

Si le bonheur de plaire aux princes, aux ministres, conduit aux emplois, aux honneurs, aux richesses ; on honore l’art de plaire.

Bien-tôt il s’éleve des fortunes immenses & rapides ; il y a des honneurs sans travail, des dignités, des emplois sans fonctions. Les arts de luxe se multiplient, la fantaisie attache un prix à ce qui n’en a pas ; le goût du beau s’use dans des hommes desœuvrés qui ne veulent que jouir ; il faut du singulier, les arts se dégradent, le frivole se répand, l’agréable est honoré plus que le beau, l’utile & l’honnête.

Alors les honneurs, la gloire même, sont séparés du véritable honneur ; il ne subsiste plus que dans un petit nombre d’hommes, qui ont eu la force de s’éclairer & le courage d’être pauvres : l’honneur de préjugé est éteint ; & cet honneur qui soûtenoit la vigueur de la nation, ne regne pas plus dans les secondes & dernieres classes que le véritable honneur dans la premiere.

Mais dans une monarchie, celui de tous les gouvernemens qui réforme le plus aisément ses abus & ses mœurs sans changer de nature, le législateur voit le mal, tient le remede, & en fait usage.

Que dans tous les genres il décore de préférence les talens unis à la vertu, & que sans elle le génie même ne puisse être ni avancé ni honoré, quelque utile qu’il puisse être ; car rien n’est aussi utile à un état que le véritable honneur.

Que le vice seul soit flétri, qu’aucune classe de citoyens ne soit avilie, afin que dans chaque classe tout homme puisse bien penser de lui-même, faire le bien, & être content.

Que le prince attache l’idée de l’honneur & de la vertu à l’amour & à l’observation de toutes les lois ; que le guerrier qui manque à la discipline soit deshonoré comme celui qui fuit devant l’ennemi.

Qu’il apprenne à ne pas changer & à ne pas multiplier ses lois ; il faut qu’elles soient respectées, mais il ne faut pas qu’elles épouvantent. Qu’il soit aimé ; dans un pays où l’honneur doit regner, il faut aimer le législateur, il ne faut pas le craindre.

Il faut que l’honneur donne à tout citoyen l’horreur du mal, l’amour de son devoir ; qu’il ne soit jamais un esclave attaché à son état, mais qu’il soit condamné à la honte, s’il ne peut faire aucun bien.

Que le prince soit persuadé que les vertus qui fondent les sociétés, petites & pauvres, soûtiennent les sociétés étendues & puissantes ; & les Mandevill & leurs infâmes échos ne persuaderont jamais aux hommes que le courage, la fidélité à ses engagemens, le respect pour la vérité & pour la justice ne sont point nécessaires dans de grands états.

Qu’il soit persuadé que ces vertus & toutes les autres accompagneront les talens, quand la célébrité & la gloire du génie ne sauveront pas de la honte des mauvaises mœurs : l’honneur est actif, mais le jour où l’intrigue & le crédit obtiennent les honneurs est le moment où il se repose.

Les peuples ne se corrompent guere sans s’être éclairés ; mais alors il est aisé de les ramener à l’ordre & à l’honneur : rien de si difficile à gouverner mal, rien de si facile à gouverner bien, qu’un peuple qui pense.

Il y a moins dans ce peuple les préjugés & l’enthousiasme de chaque état, mais il peut conserver le sentiment vif de l’honneur.

Que l’industrie soit excitée par l’amour des richesses & quelques honneurs ; mais que les vertus, les talens politiques militaires ne soient excités que par les honneurs ou par la gloire.

Un prince qui renverse les abus dans une partie de l’administration, les ébranle dans toutes les autres : il n’y a guere d’abus qui ne soient l’effet des vices, & n’en produisent.

Enfin, lorsque le gouvernement aura ranimé l’honneur, il le dirigera, il l’épurera ; il lui ôtera ce qu’il tenoit des tems de barbarie, il lui rendra ce que lui avoit ôté le regne du luxe & de la mollesse ; l’honneur sera bien-tôt dans chaque citoyen, la conscience de son amour pour ses devoirs, pour les principes de la vertu, & le témoignage qu’il se rend à lui-même, & qu’il attend des autres, qu’il remplit ses devoirs, & qu’il suit les principes.

Honneur, (Mytholog.) divinité des anciens Romains. Ils étoient bien dignes d’encenser ses autels, & d’entrer dans son sanctuaire ; il leur appartenoit de multiplier ses temples & ses statues. Quintus Maximus ayant montré l’exemple à ses concitoyens, Marcus Claudius Marcellus crut pouvoir encore renchérir ; celui qu’on avoit nommé l’épée de Rome, qui fut cinq fois consul, qui, rempli d’estime pour Archimede, pleura sa mort, & ne s’occupa que du desir de conserver ses jours en assiégeant Syracuse ; un tel homme, dis-je, pouvoit hardiment bâtir un même temple à l’Honneur & à la Vertu. Ayant cependant consulté les pontifes sur ce noble dessein, ils lui répondirent qu’un seul temple seroit trop petit pour deux si grandes divinités ; Marcellus goûta leurs raisons. Il fit donc construire deux temples à la fois, mais voisins l’un de l’autre, & bâtis de maniere qu’il falloit passer par celui de la Vertu, pour arriver à celui de l’Honneur ; c’étoit une belle idée, pour apprendre qu’on ne pouvoit acquérir le véritable honneur que par la pratique de la vertu. On sacrifioit à l’Honneur la tête découverte, pour marquer le respect infini qu’on devoit porter à cette divinité.

Elle est représentée sur plusieurs médailles sous la figure d’un homme, qui tient la pique de la main droite, & la corne d’abondance de l’autre. Mais j’aime mieux celles où, au lieu de pique, l’on voit une branche d’olivier, symbole de la paix. C’est ainsi qu’elle est sur des médailles de Titus ; ce prince qui, comptant ses jours par ses bienfaits, mettoit son honneur & sa gloire à procurer la paix & l’abondance. (D. J.)

Honneur se prend encore en divers sens ; ainsi l’on dit, rendre honneur à quelqu’un : alors c’est une marque extérieure par laquelle on montre la vénération, le respect qu’on a pour la personne ou pour la dignité.

On dit le point d’honneur. Voyez Point d’honneur.

Les conseillers d’honneur sont ceux qui par un titre particulier, ou par une prérogative attachée à leurs places, ont droit d’entrer dans les compagnies pour y juger, ou y avoir séance. Il y a des ecclésiastiques, des gens d’épée, qui entrent au conseil d’état comme conseillers d’honneur.

On appelle chevaliers d’honneur, les écuyers & ceux qui donnent la main aux reines & aux princesses.

Dames d’honneur, filles d’honneur, celles qui ont cette qualité dans leur maison, dans leur suite. Enfans d’honneur, les gentilhommes qui sont élevés pages chez les grands.

Les honneurs du louvre sont certains privileges affectés à quelques dignités, aux charges, particulierement à celles de duc & pair, de chancelier, &c. comme d’entrer au louvre en carrosse, d’avoir le tabouret chez la reine, &c.

Les honneurs de la maison, d’un repas, sont certaines cérémonies qu’on observe en recevant des visites, en faisant des fêtes, & qu’on rend par soi-même, ou par quelque personne à qui on en commet le soin, comme d’aller recevoir les personnes, ou les reconduire avec soin, de les bien placer, de leur servir les meilleurs morceaux, &c. & de faire toutes ces chosés d’une maniere agréable & polie.

Les honneurs de ville sont des charges & fonctions que les bourgeois briguent pour parvenir à l’échevinage. Il a été commissaire des pauvres, marguillier de sa paroisse, juge-consul, quartenier, conseiller de ville, & enfin échevin : il a passé par tous les honneurs de la ville.

Les honneurs de l’église sont les droits qui appartiennent aux patrons de l’église & aux seigneurs hauts-justiciers, comme la recommandation au prône, l’encens, l’eau-benite, la premiere part du pain-beni, &c.

Les honneurs est un nom qu’on donne aux principales pieces qui servent aux grandes cérémonies, aux sacres des rois & des prélats, aux baptêmes, &c comme le crémeau, les cierges, le pain, le vin, &c. C’étoient tels seigneurs, telles dames, qui portoient les honneurs en une telle cérémonie.

Dans les obseques, on présentois autrefois les honneurs, c’est-à-dire, l’écu, le timbre, l’épée, les gantelets, les éperons dorés, le pennon, la banniere, le cheval, &c.

Les honneurs funebres sont les pompes & cérémonies qui se font aux enterremens des grands, comme tentures, herses, oraisons funebres, &c.

Les honneurs au jeu des cartes, ce sont les peintures ; le roi, la dame, le valet, les matadors à l’hombre.

On appelle point d’honneur, en termes de Blason, une place dans l’écu qui est au milieu de l’espace enfermé entre le chef & la fasce, ou le lieu où on les place ordinairement. On appelle aussi quartier d’honneur, le premier quartier ou canton du chef. Voyez Point & Ecu.

Honneur, terme de commerce de lettre de change. Faire honneur à une lettre de change, c’est l’accepter, & la payer en considération du tireur, quoiqu’il n’ait pas encore remis les fonds. Vous pouvez toûjours tirer sur moi, je ferai honneur à vos lettres.

Faire honneur à une lettre de change, s’entend encore d’une autre maniere ; c’est quand une lettre de change ayant été protestée, un autre que celui sur qui elle a été tirée, veut bien l’accepter, & la payer pour le compte du tireur ou de quelque endosseur. Voyez Endosseur, Lettre de change, Protest & Tireur. Diction. de commerce. (G)

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Étymologie de « honneur »

Du latin honor (même sens). En ancien français onor, enor, eneur, refaits en honneur d’après le latin. Le double n vient d’une prononciation du moyen français (le premier n servant à noter la nasalisation du \o\ en \õ\, et le deuxième servant à noter le \n\). Les mots savants tels que honorer, honorable, honorifique, etc. ont été directement empruntés au latin, ce qui explique qu’ils n’aient qu’un seul n.
En latin, honor avait aussi bien la signification de « sentiment concernant la morale de quelqu’un ou d’un groupe » que de « charges administratives » ; de ce dernier sens, aujourd’hui presque disparu (briguer les honneurs), viennent un grand nombre d’expressions contenant un mot dérivé d’honneur, et se rapportant aux charges et aux titres des magistrats ou du personnel administratif (titre honorifique, la dame d’honneur, etc.), ou à la reconnaissance des qualités professionnelles de quelqu’un (les honneurs militaires, en l’honneur de quelqu’un, etc.). Les deux sens ont toujours été très liés et se sont influencés dès le latin.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. honor, onor ; espagn. honor ; ital. onore ; du lat. honorem. Au XVIe siècle, d'après Palsgrave, p. 62, les deux n se prononçaient. Dans l'ancienne langue, honor est du féminin, comme tous les noms tirés des substantifs latins abstraits en or. Vers le XIVe et le XVe siècle, le genre devient incertain, et finalement il se fixe au masculin.

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Phonétique du mot « honneur »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
honneur ɔnœr

Citations contenant le mot « honneur »

  • L'honneur d'un peuple est d'un seul tenant. Charles Péguy, Notre jeunesse, Gallimard
  • J'ose dire pourtant que je n'ai mérité Ni cet excès d'honneur ni cette indignité. Jean Racine, Britannicus, II, 3, Junie
  • Mais sans argent l'honneur n'est qu'une maladie. Jean Racine, Les Plaideurs, I, 1, Petit Jean
  • La liberté n'est que la femelle de l'honneur. Paul Raynal, Au soleil de l'instinct, Stock
  • L'honneur est un vieux saint que l'on ne chôme plus*. Mathurin Régnier, Satires, XIII
  • Honneur des Hommes, Saint Langage […]. Paul Valéry, Charmes, la Pythie , Gallimard
  • Le repos dans l'honneur. Cicéron en latin Marcus Tullius Cicero, Des orateurs, I, 1, 1
  • Tout est perdu, fors l'honneur. François Ier,
  • Il avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l'honneur. sainte Jeanne d'Arc dite la Pucelle d'Orléans, Procès de Jeanne d'Arc, 9e interrogatoire, 17 mars 1431
  • Fuis les honneurs et l'honneur te suivra ; convoite la mort et la vie te sera donnée. Abu Bakr Abd Allah, Sentence
  • Qui [sans honneur] a consumé sa vie laisse de soi, sur terre, autant de trace que fumée en les airs, écume en l'onde. Dante Alighieri, la Divine ComédieDivina Commedia, L'Inferno, XXIV
  • Indigne est la nation qui n'accepte pas avec joie de tout sacrifier à son honneur. Friedrich von Schiller, La Pucelle d'Orléans Die Jungfrau von Orleans
  • Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur, On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, Le Misanthrope, I, 1, Alceste
  • L'Honneur tient souvent à l'heure que marque la pendule. Guillaume Apollinaire de Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire, Calligrammes, Lundi rue Christine , Gallimard
  • Les dons les plus précieux de l'esprit ne résistent pas à la perte d'une parcelle d'honneur. André Breton, Manifeste du surréalisme, Pauvert
  • Le devoir, l'honneur ! Des mots à qui on fait dire ce qu'on veut, comme aux perroquets. Alfred Capus, Mariage bourgeois, Fayard
  • Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé. Pierre Corneille, Cinna, V, 1, Auguste
  • Quoi qu'on fasse, on ne peut se déshonorer quand on est riche. Denis Diderot, Le Neveu de Rameau
  • La voix de la conscience et de l'honneur est bien faible quand les boyaux crient. Denis Diderot, Le Neveu de Rameau
  • L'honneur de vivre vaut bien qu'on s'efforce de vivifier. Eugène Grindel, dit Paul Eluard, Donner à voir, Au-delà de la peinture , Gallimard
  • Sire, je ne viens pas redemander ma fille. Quand on n'a plus d'honneur, on n'a plus de famille. Victor Hugo, Le Roi s'amuse, I, 5, M. de Saint-Vallier
  • L'Amour c'est un désir mutuel en deux âmes, Qui toutes deux les pousse à un pourchas* égal ; L'honneur c'est un respect qu'ont entre elles les femmes, Qui les fait délayer** de guérir notre mal. Pierre Le Loyer seigneur de La Brosse, Les Amours de Flore
  • Les règles de la justice et de l'honneur conduisent presque toujours à l'utilité même. Louis XIV, Mémoires
  • Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices, Et chercher sur la terre un endroit écarté Où d'être homme d'honneur on ait la liberté. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, Le Misanthrope, V, 4, Alceste
  • L'honneur que nous recevons de ceux qui nous craignent, ce n'est pas honneur. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, I, 42
  • L'honneur, c'est comme les allumettes : ça ne sert qu'une fois. Marcel Pagnol, Marius, IV, 5, César , Fasquelle
  • Qu'est-ce que l'honneur ? Un mot. Qu'y a-t-il dans ce mot honneur ? Qu'est-ce que cet honneur ? Du vent. William Shakespeare, Henry IV, V, 1, Falstaff
  • A tout seigneur, tout honneur. De Proverbe français
  • L'honneur fleurit sur la fosse. De Proverbe français
  • Dette de jeu, dette d’honneur. De Proverbe québécois
  • Mieux vaut honneur que honteuse richesse. De Eustache Deschamps / Ballades de moralité
  • Les prix ne sont jamais un honneur, l’honneur lui-même est une perversion, dans le monde entier il n’existe pas d’honneur De Thomas Bernhard / Mes prix littéraires
  • L'honneur défend des actes que la loi tolère. De Sénèque
  • Mon honneur m'est plus cher que ma vie. De Miguel de Cervantès
  • Les affronts à l'honneur ne se réparent point. De Pierre Corneille / Le Cid
  • La loi permet souvent ce que défend l'honneur. De Bernard-Joseph Saurin / Spartacus
  • L'argent n'a pas d'honneur... De Anonyme
  • L'honneur perdu ne se retrouve plus. De Proverbe français
  • L'honneur, c'est la vérité. De Brigitte Friang / Comme un verger avant l'hiver
  • La Légion d'honneur de Lyon ? La rosette ! De Boris Vian
  • Aime l’honneur plus que ta propre vie. De Pierre de Pibrac / Quatrain
  • Marseille : un assassinat sur fond d'honneur bafoué LaProvence.com, Faits divers - Justice | Marseille : un assassinat sur fond d'honneur bafoué | La Provence
  • Quelques heures avant son départ pour Paris, elle confiait qu'« être invitée à assister à la cérémonie du 14-Juillet à Paris a été une surprise totale, un très grand honneur. Je n’assisterai pas à la cérémonie en pensant à moi, mais à tous mes collègues du Groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace : les médecins, infirmiers, aides-soignants, agents de service hospitalier, cadres de santé, personnels administratifs et techniques… On a tous traversé la même chose, on a tous été sonnés par ce virus, on a tous été confrontés à l’inconnu et on a tous fait notre boulot, parce que c’était notre boulot. » , Coronavirus | 50 Alsaciens à l'honneur : revivez notre direct sur la cérémonie du 14-Juillet

Traductions du mot « honneur »

Langue Traduction
Anglais honor
Espagnol honor
Italien onore
Allemand ehre
Chinois 荣誉
Arabe شرف
Portugais honra
Russe честь
Japonais 名誉
Basque honor
Corse onore
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Synonymes de « honneur »

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Antonymes de « honneur »

Honneur

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