Achever : définition de achever


Achever : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ACHEVER, verbe trans.

I.− Emploi trans.
A.− [Le compl. d'obj. est gén. un n. d'être inanimé]
1. Mener à sa fin naturelle ou voulue une chose commencée; compléter.
a) Usuel :
1. Quant à sa conversation [de Montesquiou], sauf un peu de maniérisme dans l'expression, elle est pleine d'observations aiguës, de remarques délicates, d'aperçus originaux, de trouvailles de jolies phrases et que souvent il termine, il achève, par des sourires de l'œil, par des gestes nerveux du bout des doigts : une conversation où un analyste prévenu contre l'homme pourrait seulement, à la rigueur, découvrir, dans la concentration un peu mystérieuse du parler, un rien de la conversation d'un fou qui a été une intelligence, alors qu'un moment abandonné de sa folie, il dit des choses raisonnables. E. et J. de Goncourt, Journal,juill. 1891, p. 117.
2. Je le sens, voici, pour moi, s'approcher l'heure des grands événements. Cette heure, je l'ai longuement attendue. Quarante ans! Et je n'ai rien fait, j'entends rien achevé, rien consommé. G. Duhamel, Journal de Salavin,1927, p. 10.
3. Il y a chez E.-A... une grandeur d'âme qui tient à sa race et la prison achève et couronne en elle une longue tradition de courage. J. Green, Journal,1941, p. 169.
4. Ainsi on peut obtenir des phénomènes où le mobile n'apparaît que pris dans le mouvement. Se mouvoir n'est pas pour lui passer tour à tour par une série indéfinie de positions, il n'est donné que commençant, poursuivant ou achevant son mouvement. M. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception,1945, p. 312.
P. méton., fam. [L'obj. est une pers. considérée sous l'angle d'un de ses aspects] :
5. Le peintre m'achèvera aujourd'hui (= achèvera mon portrait). F. Raymond, Dict. général de la langue française,Paris, Pitois-Levrault et Cie, t. 1, 3eéd., 1840.
6. électre. − (...) Prends de moi ta vie, Oreste, et non de ta mère! oreste. − Pourquoi la hais-tu?... Écoute! électre. − Qu'as-tu? Tu me repousses? Voilà bien l'ingratitude des fils. Vous les [= leur formation] achevez à peine, et ils se dégagent, et ils s'évadent. J. Giraudoux, Électre,1937, I, 8, p. 88.
Emploi abs. :
7. Nous préparons toujours et n'achevons jamais. H.-F. Amiel, Journal intime,28 nov. 1866, p. 527.
Rem. 1. Si dans beaucoup de cas achever, finir et terminer, qui sont tous les 3 perf., peuvent s'employer l'un pour l'autre, ils présentent pourtant entre eux certaines nuances sém. Terminer (ex. 1) signifie « mettre un terme à une chose en arrêtant son cours ou son mouvement ». Finir (une chose) signifie « mener une chose jusqu'à son terme, de telle sorte qu'elle soit complète, mais non forcément parfaite ». Achever ajoute à l'idée de « mener à terme » l'idée positive de conformité à un modèle (cf. achevé, ex. 9); il se rapporte à l'ouvrage à exécuter ou exécuté, non au suj. qui l'exécute. Consommer (ex. 2) implique l'idée d'un accomplissement définitif, irrévocable; il appartient plutôt au style noble. 2. Syntagmes fréq. : achever sa toilette, - le repas, - ses études, etc.
Achever de, suivi de l'inf.Mener à sa fin, compléter l'action de :
8. Ces deux beaux animaux retenaient leur haleine, Tremblant de réveiller l'enfant expiatoire, Et les touffes de buis semés de marjolaine, Achevaient d'embaumer ce premier oratoire. Ch. Péguy, Ève,1913, p. 832.
Rem. Avec une constr. arch. de l'obj. pronom. : l'achever de... = achever de le ... :
9. Après cette première journée de ministère, la misanthropie de Lucien était de cette forme : il ne songeait pas aux hommes quand il ne les voyait pas, mais leur présence un peu prolongée lui était importune et bientôt insupportable. Pour l'achever de peindre, il trouva, en rentrant à la maison, son père d'une gaieté parfaite. Stendhal, Lucien Leuwen,t. 2, 1836, p. 297.
b) Spéc. [Le compl. désigne des paroles en train de se prononcer] Finir de dire :
10. − La république! s'écria Laure; il n'y aura donc plus de cour? − C'est impossible! répéta la marquise. Rassurez-vous, ma fille. Vous êtes fou, Gaston. La république! Y pensez-vous, mon fils? La France en a tâté et sait trop ce qu'elle vaut. Comme elle achevait ces mots, la porte du salon s'ouvrit, et M. Levrault parut, soutenant de son bras la marche chancelante de l'ouvrier blessé qu'il avait recueilli, et suivi d'une douzaine d'hommes armés qui l'avaient escorté jusqu'à son hôtel. J. Sandeau, Sacs et parchemins,1851, p. 45.
Emploi abs. :
11. Là, protégé contre le soleil par un buisson d'arbres-à-plumes, se trouvait un banc où M. Floches m'invita à m'asseoir. Puis tout à coup. − L'abbé Santal vous a-t-il dit que mon beau-frère est un peu...? Il n'acheva pas, mais se toucha le front de l'index. Je fus trop interloqué pour pouvoir trouver rien à répondre. A. Gide, Isabelle,1911, p. 613.
2. Rendre complète la représentation de qqn ou de qqc. :
12. Ce sont là autant de traits qui achèvent Arnauld et qui le caractérisent au sein de Port-Royal. Homme de bien, il tenait à la bonne renommée sans tache comme à la conscience. Écrivain, il ne répudiait pas l'éloquence au service de la vérité. Chrétien, il ne se refusait pas les premiers mouvements de l'honnête homme, et les impulsions d'un honneur généreux. Ch.-A. Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 5, 1859, p. 310.
13. Par moments, sous le regard des tableaux anciens réunis par Swann dans un arrangement de « collectionneur » qui achevait le caractère démodé, ancien, de cette scène, avec ce duc si « Restauration » et cette cocotte tellement « second Empire », dans un de ses peignoirs qu'il aimait, la dame en rose l'interrompait d'une jacasserie; il s'arrêtait net et plantait sur elle un regard féroce. M. Proust, À la recherche du temps perdu,Le Temps retrouvé, 1922, p. 1019.
Rem. Syntagmes fréq. : achever la ruine de qqn (J. Michelet, Le Peuple, 1846, p. 52).
3. [Suivi d'un compl. désignant un aliment] Achever de manger, de boire :
14. Jacques achevait son pain en trempant de grosses mies dans l'eau noire des lentilles. R. Martin du Gard, Les Thibault,Le Pénitencier, 1922, p. 718.
4. Emplois techn. (attestés ds les dict. du xixes. seulement : F. Raymond, Dict. général de la langue française, Paris, Pitois-Levrault et Cie, t. 1, 3eéd., 1840; Besch. 1845; Littré; etc., où aucun ex. ni aucune citation ne les illustrent).
MAN. Achever un cheval. Le dresser entièrement (Littré).
[Terme de batteur d'or] Finir d'étendre l'or ou l'argent sous le marteau (cf. acheveur B).
[Terme de potier] Se dit de ce qui reste à faire depuis que l'ouvrage est tourné jusqu'à ce qu'il soit fini (cf. achevage).
Faire subir la dernière plongée aux chandelles à la baguette.
5. Région. (cf. achevé, ex. 10).
B.− [Le régime du verbe est indifféremment un n. d'être animé ou un n. d'être inanimé] Mettre la dernière main pour perfectionner :
15. Double tunique, devant seulement : la première en cheviotte avec bouillon de poult-de-soie et la seconde en poult-de-soie, avec bouillon de cheviotte; une frange de soie achèverait bien ces deux tuniques mais taillées beaucoup plus courtes. S. Mallarmé, La Dernière mode,1874, p. 748.
C.− [Le compl. d'obj. est un n. d'être animé]
1. [L'être animé est un animal] Porter un coup mortel à un animal déjà atteint physiquement; donner le coup de grâce :
16. − C'est par rapport au dîner de ce soir... Nous allons crever, voici trente-six heures que nous ne nous sommes rien mis dans le ventre... Alors, comme il y a là des chevaux, et que ce n'est pas mauvais, la viande des chevaux... − N'est-ce pas? caporal, vous en êtes, continua Loubet, parce que plus nous serons, mieux ça vaudra, avec une si grosse bête... Tenez! Il y en a un, là-bas, que nous guettons depuis une heure, ce grand rouge qui a l'air malade. Ce sera plus facile de l'achever. Et il montrait un cheval que la faim venait d'abattre, au bord d'un champ ravagé de betteraves. É. Zola, La Débâcle,1892, p. 449.
2. P. ext. [En parlant de pers.] Syntagme fréq. : achever les blessés (Erckmann-Chatrian, Histoire d'un paysan, t. 3, 1870, p. 196).
[En parlant de choses] :
17. La comédie des Précieuses ridicules tua le genre (1659) : Boileau survenant l'acheva par les coups précis et bien dirigés dont il atteignit les fuyards. Ch.-A. Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 5, 1859, p. 324.
18. Nous y aurions perdu, certes, le beau plaidoyer de Valéry qui l'eût accusé « de confondre l'exercice avec l'œuvre », mais nous y aurions gagné des œuvres moins achevées (au sens où l'on achève un blessé), mais vivantes et considérablement plus éloquentes. A. Lhote, Peinture d'abord,1942, p. 144.
Au fig. Mettre le comble à une situation critique :
19. Une à une, les images épuisent sur nous leur dessin, puis, en plein désordre de la conscience, la raison vient qui nous achève. Autant que l'instinct même, la haute faculté dont nous sommes fiers a sa panique. G. Bernanos, Sous le soleil de Satan,1926, p. 263.
Fam. Enivrer entièrement :
20. Quelle belle soirée j'ai passée vendredi dans les coulisses du Cirque, en compagnie du coiffeur de ces dames! Frédérick Lemaître l'avait soûlé et Person l'avait achevé. Il était plus rouge que les boîtes de fard étalées sur la table de toilette, il ruisselait de cold-cream, de sueur et de vin. G. Flaubert, Correspondance,1856, p. 108.
II.− Emploi pronom.
A.− [Le suj. du verbe est un n. d'être inanimé ou animé]
1. Conduire à sa fin une action commencée (cf. sup. I A 1 a).
Pronom. réfl. :
21. Jésus mort répandait un rayonnement blême; La mort, comme n'osant s'achever elle-même, Laissait flotter, au trou morne et sanglant des yeux, Le reste d'un regard tendre et mystérieux. V. Hugo, La Fin de Satan,1885, p. 877.
Pronom. passif :
22. C'est de ce chaste, de ce sauvage, que je voulais faire mon héritier. Je raconterai, par la suite, ce qui fut le deuil de ma vie. Car il ne suffit pas d'être, puis d'avoir été : il faut léguer et faire en sorte que l'on ne s'achève pas à soi-même, me répétait déjà mon grand-père. A. Gide, Thésée,1946, p. 1418.
2. Devenir complet (cf. sup. I A 1 a) :
23. Deneulin (...) visita la fosse. Il était pâle, très calme (...) il s'arrêta devant le puits (...) regarda les câbles coupés (...) Puis, il descendit aux chaudières, marcha lentement devant les foyers éteints, béants et inondés (...) Allons! c'était bien fini, sa ruine s'achevait. É. Zola, Germinal,1885, p. 1416.
3. Arriver à la dernière perfection (cf. sup. I B) :
24. La science s'achève par le style comme une plante par sa fleur. H. Taine (Nouv. Lar. ill.).
Rem. Cette accept. n'a été rencontrée que ds Nouv. Lar. ill. et Lar. 20e.
B.− [Le suj. du verbe est un n. de pers.]
1. Se mettre dans une situation critique (cf. sup. I C 2) :
25. − Eh bien! nous y voilà encore, dit-il [le docteur Cazenove]. Je suis accouru pour vous serrer la main. Mais vous savez que je n'en ferai pas plus que cette enfant. Mon cher, quand on a hérité de la goutte et qu'on a dépassé la cinquantaine, on doit en prendre le deuil. Ajoutez que vous vous êtes achevé avec un tas de drogues... Vous connaissez le seul remède : patience et flanelle! É. Zola, La Joie de vivre,1884, p. 836.
2. S'enivrer entièrement (cf. sup. I C 2) :
26. Des soldats ouvrirent plusieurs fenêtres (...). Ils furent stupéfaits. Une certaine de camarades étaient là, en train de s'achever, soûls comme des grives, heureux, incapables de gestes, chahutant du képi dans un frémissement clair de baïonnettes. L. Hennique, Les Soirées de Médan,L'Affaire du Grand 7, 1880, p. 251.
Prononc. − 1. Forme phon. : [aʃve], j'achève [ʒaʃ ε:v]. Bardeau-Rodhe 1930 transcrit : aʃve, aʃfe. Enq. : /aʃe2v, aʃ(ə)v/. Conjug. croire; inf. /aʃve1/;part. /aʃvã, aʃve1/. 2. Dér. et composés : achevable, achevage, achevant, achevé, achèvement, acheveur, achevoir, inachevé, parachever.
Étymol. ET HIST. − 1. 1100 trans. « mener à terme » (Roland, éd. Bédier, 3578 : Ceste bataille n'en est mais destornee : Seinz hume mort ne poet estre achevee); apr. 1170 « se terminer », pronom. (Benoit de Sainte Maure, Chron. des Ducs de Norm., éd. C. Fahlin, 6525 : Se il puent, si se desfendent; S'achever puet ci nostre afaire); xiies. intrans. « être mené à fin, prendre fin » (Vie de Ste Cath. d'Alexandrie, Richel. 23 112, LX, 41 ds Gdf. : La vie d'ome tost achieve) qualifié de vieilli par Littré et DG; xvies. loc. fam. pour l'achever de peindre « mettre le comble à son malheur » (Rabelais, Pant., III, 9 ds Littré : Si ma femme se mocquoit de ma calamité, ce seroit pour m'achever de peindre) syntagme qualifié de vieilli par DG; 1559 emploi abs. « terminer son discours » (Amyot, trad. Plutarque, Œuvres morales, Comment il fault ouïr, IV ds Dict. hist. de la lang. fr. publ. par l'Ac. fr., t. 1, 1865 : Il a patience, neantmoins, et attend jusques à ce que celuy qui parle ait achevé); 2. a) 1534 « donner le coup de grâce, tuer » (Rabelais, Gargantua, I, 27, ibid. : Adoncques... commençarent esgorgeter et achever ceulx qu'avoit desja meurtris); b) xvies. part. passé adj. achevé « accompli, qui a les qualités de son genre » (Marguerite de Valois, Mémoires, année 1577, ibid. : Ce que je recognus en ceste ville [Cambray] d'estime et de remarque, fust la citadelle, des plus belles et des mieux achevées de la chrestienté); c) 1614 « consommer la ruine de qqn, l'accabler » (Hulsius, Dict. françois-alemand et alemand-françois, d'apr. FEW t. 2, p. 339b). Dér. du syntagme a. fr. a chief (a chief venir de « venir à bout de », xiies.; traire a chief, intrans. « se terminer » xiies.; id. trans. « mener à bonne fin, terminer » xiies.), dés. -er. L'a. fr. eschever xiies., chever xiiies., sont des réfections de achever. Malgré l'ancienneté des corresp. rom. (a. esp., 1140, Cid ds Cor.; a. cat., 2emoitié xiiies., Llul ds Alc.-Moll; a. port. xiiies. ds Mach. t. 1 1967; a. prov., xiies., Peire Vidal ds Rayn.), le fait que le mot n'est pas autochtone en ital. (ital. accapare « achever », 1531-1601, Caporali ds Batt.) et qu'il n'est pas attesté en roum. rend moins vraisemblable l'hyp. d'un lat. vulg. *accapare, dér. de *capum (lat. *caput; voir chief, chef*), Brüch ds Z. fr. Spr. Lit. t. 49, 1927, p. 290; Ascoli ds Archivio glottologico italiano, t. 11, p. 427 interprète *accapare comme un reflet d'un gaul. *dopenno, de do-, lat. ad et d'un celt. *quenno « tête, extrémité ».
STAT. − Fréq. abs. litt. : 6 797. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 8 521, b) 10 002 : xxes. : a) 10 969, b) 9 678.
BBG. − Ascoli (G.I.). Saggiuoli diversi. Archivio glottologico italiano, 1890, t. 11, pp. 428-430. − Bailly (R.) 1969. − Bar 1960. − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Bernitt (P. F.). Lat. caput und capum nebst ihren Wortsippen im Französischen. Kiel, 1905, 229 p. [Cr. Meyer-Lübke (W.). Literaturblatt für germanische und romanische Philologie. 1906, t. 27, p. 370]. − Bonnaire 1835. − Bruant 1901. − Brüch (Josef). Bemerkungen zum Französischen etymologischen Wörterbuch E. Gamillschegs. Z. fr. Spr. Lit. 1927, t. 49, p. 290. − Brun 1968. − Canada 1930. − Caput 1969. − Chamb. 1970. − Comte-Pern. 1963. − Éd. 1913. − Girard 1756. − Guizot 1864. − Kold. 1902. − Laf. 1878. − Lav. Diffic. 1846. − Littré-Robin 1865. − Martin (E.). L'Expression cet ouvrage sera achevé d'imprimer est-elle française? Le Courrier de Vaugelas. 1870, t. 2, p. 92. − Sardou 1877. − Sommer 1882. − Synon. 1818.

Achever : définition du Wiktionnaire

Verbe

achever \a.ʃə.ve\ ou \aʃ.ve\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’achever)

  1. Finir une chose commencée.
    • Quand la cristallisation est achevée on sépare les cristaux de la liqueur mère qui se compose principalement d’acide oléique, on les fait recristalliser dans l’alcool à plusieurs reprises. — (J. Fritsch, Fabrication et raffinage des huiles végétales, manuel à l'usage des fabricants, raffineurs, courtiers et négociants en huiles, Paris : chez H. Desforges, 1905, page 5)
    • Le XIVe siècle […] s’achève, ainsi qu’il a préludé, se tord dans des convulsions religieuses atroces. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Me Demange achève sa plaidoirie, dont la péroraison très sobre, très courte, mais puissante par la chaleur de l'accent et de l’élévation de la pensée, touche visiblement le cœur des juges : […]. — (Maurice Paléologue, Journal de l'Affaire Dreyfus 1894-1899 : L'affaire Dreyfus et le Quai d'Orsay, Paris : Librairie Plon, 1955, p. 260)
  2. (Acadie) Cesser quelque chose.
    • Tu as assez parlé, achève !
  3. (Figuré) (Familier) Consommer la ruine, la perte, le malheur (de quelqu’un).
    • Voilà de quoi l’achever.
    • Il ne lui fallait plus que cela pour achever de le perdre.
  4. (Par extension) Frapper à mort quelqu’un qui est déjà blessé.
    • Mordi ! dit-il, j’espère qu’il est mort, ou sans cela je retournerais au Louvre pour l’achever. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, vol. I, ch. IX ; Calmann Lévy éditeurs, Paris, 1886, page 101)
    • Les deux malandrins alors ont essayé de l’achever avec leurs crosses d’armes et leurs poignards. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • La flagellation avait pour fonction déterminante de « préparer » le supplice de la crucifixion. Elle supposait un abominable raffinement puisque tout l’art du bourreau consistait à châtier le condamné, sans l’achever prématurément. — (Gérard Mordillat, Jérôme Prieur, Jésus contre Jésus, Éditions du Seuil, 1999, p. 75)
  5. (Pronominal) Se finir, se terminer.
    • L’histoire s’achève sur une note optimiste.
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Achever : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ACHEVER. v. tr.
Finir une chose commencée. Ils ont achevé leur entreprise. On achèvera cela plus tard. Achever un portrait. Cette aventure achève sa ruine, sa honte, son malheur. Il achève de se ruiner, de se perdre. Achever ses jours, sa carrière, Terminer ses jours, sa carrière. Il acheva ses jours dans la retraite. Cet homme achève paisiblement sa carrière. On dit de même Achever de vivre. Il signifie aussi par extension Frapper à mort quelqu'un qui est déjà blessé. Ce passant avait été blessé par des voleurs, il en est venu d'autres qui l'ont achevé. Fig. et fam., Voilà de quoi l'achever, Voilà de quoi consommer sa ruine, sa perte, son malheur. On dit dans le même sens Il ne lui fallait plus que cela pour achever de le perdre. Le participe passé

ACHEVÉ, ÉE, est aussi adjectif, et alors il signifie Qui est accompli, parfait, qui a toutes les bonnes qualités de son genre. Un ouvrage achevé. Une beauté achevée. Il se dit également en mauvaise part de Ce qui est extrême dans son genre. C'est un sot achevé. Un scélérat achevé.

Achever : définition du Littré (1872-1877)

ACHEVER (a-che-vé. La syllabe che est muette quand la syllabe qui suit est sonnante ; elle prend l'accent grave quand la syllabe qui suit est muette) v. a.
  • 1Mener à terme. Achevons notre entretien. César acheva de subjuguer la Gaule. Quelques-uns achèvent de se corrompre par de longs voyages, et perdent le peu de religion qui leur restait, La Bruyère, 16. Achevez de vous convaincre par cette méthode d'étudier, que c'est la paresse des hommes qui…, La Bruyère, 14. Voici ce qui glacera le cœur, ce qui achèvera d'éteindre la voix, ce qui répandra la frayeur dans toutes les veines…, Bossuet, Anne.
  • 2Rendre complet. Et ce qui achève notre impuissance à connaître les choses, Pascal, édit. Cousin. Laisse-les, je te prie, achever leur repas, La Fontaine, Fab. XII, 13. Il fixa l'année à 365 jours et borna chaque mois à 30 jours ; à la fin de chaque douzaine de mois il ajoutait cinq jours pour achever l'année, Fénelon, Thalès. Puisqu'en un même jour l'ardeur d'un même zèle Achève le destin de son amant et d'elle, Corneille, Hor. V, 3. … dis-lui que je cours achever sa vengeance, Corneille, Pomp. V, 1. Comme si je vivais, achevez l'hyménée, Corneille, Hor. II, 4. … laissons-les sans nous achever leurs querelles, Corneille, Rod. III, 5. Arrêtez, n'achevez pas ce souhait étrange, Molière, Princ. d'Élide, II, 1. Je voulais que ton zèle achevât en secret De confondre un amour qui se tait à regret, Racine, Bérén. II, 2. L'amour achèverait de sortir de mon cœur, Racine, Andr. I, 1. Je tremble qu'Athalie, à ne vous rien cacher, N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes, Racine, Ath. I, 1. Heureux si, sur son temple achevant ma vengeance, Je puis convaincre enfin sa haine d'impuissance, Racine, ib. III, 3. Rigoureuse fortune, achève ton courroux, Racine, Théb. V, 3. Le dessein en est pris, je le veux achever, Racine, Andr. III, 1. Vérité que j'implore, achève de descendre, Racine, Esth. III, 4. Ma vengeance s'étonne et craint d'être achevée, Quinault, Agripp. V, 2. On croit faire grâce à des malheureux quand on n'achève pas de les opprimer, Fléchier, dans GIR. DUVIVIER. Ah ! Madame, empêchez qu'on n'achève le crime, Voltaire, Mér. III, 4. Il vit pour achever le malheur de Zamore, Voltaire, Alz. V, 4. J'ai tout Calot hormis une seule estampe, qui n'est pas, à la vérité, de ses bons ouvrages ; au contraire, c'est une des moindres, mais qui achèverait Calot, La Bruyère, 43.
  • 3 Absolument. Parle, achève, ô mon Dieu ! Ce sont là de tes coups, Voltaire, Zaïre, II, 3. Heureux si sa fureur, qui me prive de toi, Se fait bientôt connaître en achevant sur moi ! Corneille, Rod. V, 4.
  • 4Venir au terme de. Œdipe en achevant sa triste destinée, Racine, Théb. I, 3. Hécube près d'Ulysse acheva sa misère, Racine, Andr. I, 2. J'aurais loin de Jocaste achevé mon destin, Voltaire, Œd. I, 1. Qu'il m'aime ou me haïsse, il est temps d'achever Des jours que sans horreur je ne puis conserver, Voltaire, Orphel. V, 1. Il est certain que la lune n'achève par jour que cinq cent quarante mille lieues, La Bruyère, 16.
  • 5Porter le dernier coup, le coup mortel à quelqu'un qui est déjà blessé. Et nos soldats trahis ne l'ont pas achevé ! Corneille, Hor. III, 6. Il faut donc l'achever [la raison], Pascal, édit. Cousin.
  • 6Figurément et familièrement, consommer la ruine, le désappointement, les contrariétés de quelqu'un. Notre maison de Paris m'assomme, et Livry m'achève, Sévigné, 34. Vienne encore un procès, et je suis achevé, Corneille, Ment. II, 10. Souvent, pour m'achever, il survient une pluie, Boileau, Sat. VI. On dit de même : il ne lui manquait plus que cela pour l'achever.
  • 7 Terme de manége. Achever un cheval, le dresser entièrement.

    S'ACHEVER, v. réfl. Devenir achevé, terminé. Sa vie s'achevait en paix. Cet hymen m'est fatal, je le crains et souhaite ; Et je meurs s'il s'achève ou ne s'achève pas, Corneille, Cid, I, 5. Pour briser en vainqueur cet hymen s'il s'achève, Corneille, Sert. III, 4. Dès qu'elle [la trêve] a commencé, faut-il qu'elle s'achève ? Racine, Théb. II, 3. Ou plutôt leur hymen me servira de loi ; S'il s'achève, il suffit…, Racine, Iph. II, 1. Notre paix qui s'achève Rompt de tous nos soldats le repos et la trêve, Mairet, Asdr. IV, 4. Cet horrible attentat ne s'achèvera pas, Voltaire, Tancr. III, 3. Que ce rêve est brillant ! mais hélas ! c'est un rêve. Il commençait alors ; maintenant il s'achève, Lamartine, Médit. XVIII. Il n'y a point au monde un si pénible métier que celui de se faire un grand nom : la vie s'achève que l'on a à peine ébauché son ouvrage, La Bruyère, 2.

SYNONYME

ACHEVER, TERMINER, FINIR. Faire en sorte qu'une chose soit faite et non plus à faire, et qu'un arrêt y soit mis. Achever c'est, il est vrai, mener à terme, mais avec idée que la chose menée à terme est parfaite et accomplie. Terminer, c'est simplement y mettre un terme, qu'elle soit parfaite ou non, complète ou non, finie ou non. Finir, c'est non-seulement la terminer, mais la mener jusqu'au bout ; seulement elle peut n'être pas achevée, c'est-à-dire n'avoir pas reçu toute la perfection qu'elle comporterait. Mon livre est terminé ; des circonstances m'ont obligé de n'y pas donner tout le développement que j'avais conçu. Mon livre est fini, mais j'ai besoin de le corriger. Mon livre est achevé, je l'imprime. Comme on le voit par ces exemples, il y aura beaucoup de cas où il importera peu de prendre un de ces termes pour l'autre.

HISTORIQUE

XIe s. Sans home mort [la bataille] ne puet estre achevée, Rol. 260.

XIIe s. De Compiegne se sont li messagier turné ; Et frere Franc ad bien son message achevé, Th. le Mart. 55. E se li arcevesque ad vers li trespassé, Par els soit adrescié, jugié et achevé, ib. 58. Mieux [j'] aime à lui faillir [ne pas réussir auprès d'elle], si me promete [pourvu qu'elle me promette], Qu'à une autre achever [réussir auprès d'une autre], Couci, 6. Il n'i a roi en cest païs, Se autretel plait avoit quis, Qui par force ou par avoir Jà l'akievast, si com j'espoir, Fl. et Bl. 1773. Et que par lui sera toute l'oevre achevée, Berte, XVI. Car forment [fortement] le hastoit de la chose achever, ib. XVII.

XVe s. J'y vueil envoye le cueur, au lieu du corps, pour mon vœu achever, Froissart, I, I, 47.

XVIe s. Si ma femme se mocquoit de ma calamité, ce seroit pour m'achever de peindre, Rabelais, Pant. III, 9. Encore que ton aage ne soit pas achevé, ta vie l'est, Montaigne, I, 89. À treize ansje sortis du college, j'avois achevé mon cours, Montaigne, I, 195. Ils acheverent de perdre les reliques de la romaine liberté [en se tuant], Montaigne, II, 31. J'adjouste au bout de chasque livre le temps auquel j'ay achevé de le lire, Montaigne, II, 112. Achever un ennemy, Montaigne, III, 110. Il acheva sa vie avant son œuvre, Amyot, Solon, 66. Paulus estoit assis auprès d'une roche, attendant que quelqu'un des ennemis vinst l'achever de tuer, Amyot, Fab. 33. Tous ces petits affaires acheverent dans la mi-septembre, D'Aubigné, Hist. II, 93.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ACHEVER. Ajoutez :

8 V. n. Achever, prendre fin (emploi vieilli). Si le quatrième [acte] peut commencer chez cette princesse, il n'y peut achever, Corneille, 3e discours.

REMARQUE

Pour l'achever de peindre, locution familière qui signifie pour mettre le comble à sa mésaventure, à son désappointement. C'est une phrase toute faite, contre laquelle J. J. Rousseau a péché, disant : " Jugez, madame, comme me voilà joli garçon : et pour achever de me peindre…, Lett. à Mme de Warens, 23 octobre 1737. " Il fallait : pour m'achever de peindre. Cette locution est déjà dans Rabelais, comme on peut voir à l'historique.

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Achever : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

ACHEVER un cheval (Manége.) c’est achever sa derniere reprise au manége. Cheval achevé est celui qui est bien dressé, qui ne manque point à faire un certain manége, qui est confirmé dans un air ou un manége particulier. Voyez Air, Manége, &c. Cheval commencé, acheminé & achevé, sont les termes dont on se sert pour marquer les différentes dispositions, &, pour ainsi dire, les différentes classes d’un cheval qui a de l’école. Voyez École. (V)

Achever, terme de Potier d’étain. Ce mot se dit de ce qui reste à faire depuis que l’ouvrage est tourné, jusqu’à ce qu’il soit fini. Ainsi, à l’égard de la vaisselle, achever, c’est la forger, qui est sa derniere façon. Voyez Forger l’étain. A l’égard de la poterie ou menuiserie d’étain, achever, c’est jetter les anses sur la piece, ou les mouler, ou souder à la soudure légere, & enfin réparer. Voyez Jetter sur la piece, Mouler les anses, Souder à la soudure légere, Réparer.

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Étymologie de « achever »

Étymologie de achever - Littré

À et chef, fin, but (voy. CHEF) ; bourguig. echevy.

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Étymologie de achever - Wiktionnaire

(XIe siècle)[1] De l’ancien français achever dérivé de chief.
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Phonétique du mot « achever »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
achever aʃœve play_arrow

Conjugaison du verbe « achever »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe achever

Évolution historique de l’usage du mot « achever »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « achever »

  • Aleksander Ceferin aurait été convaincu par les protocoles sanitaires mis en place en Allemagne, dont la Bundesliga a repris le 16 mai et va s'achever le 27 juin. Le président de l'UEFA aurait donné son feu vert pour cette région plutôt que celles du Rhein-Main-Neckar avec Francfort, Mayence, Hoffenheim et Wiesbaden comme stades d'accueil. Ce choix devrait être entériné lors du comité exécutif de l'UEFA le 17 juin. L'Équipe, La Ligue Europa 2019-2020 devrait s'achever en Allemagne - Foot - Ligue Europa - L'Équipe
  • Les travaux menés par la Dir Est sur le secteur de Poligny/Saint-Lothain pourraient s’achever plus tôt que prévu dès mardi ou mercredi prochain. La partie réfection des enrobés doit s’achever cette semaine, la semaine prochaine les agents de la Dir Est procéderont à la pose des peintures au sol et aménageront un tourne à gauche en direction de la RD 199 (Villerserine). , RN 83 : Près de Poligny, les travaux vont s’achever plus tôt que prévu | Voix du Jura
  • Peut-on survivre à la passion ? Quelle question ! Il faut se demander si on peut s'achever soi-même sans elle. De Andrée Maillet / Le lendemain n'est pas sans amour
  • L'homme a été mis par Dieu au milieu de la nature pour l'achever et la lui offrir. De Paul Claudel / Conversations dans le Loir-et-Cher
  • O la belle chose ! Pouvoir achever sa vie avant sa mort, tellement qu'il n'y ait plus rien à faire qu'à mourir. De Pierre Charron / De la Sagesse
  • Dans ces moments d'intense découragement, une phrase maladroite peut achever les plus vaillants. Un message sincère peut, en revanche, ressusciter les volontés moribondes. De Olivier de Kersauson / Homme libre...
  • C'est à l'intelligence d'achever l'oeuvre de l'intuition. De Romain Rolland / Jean-Christophe
  • Il ne faut jamais s'attaquer à ceux qu'on n'est pas sûr d'achever. De Maurice Barrès / Leurs figures
  • Et gloire à ce soldat qui jeta son fusil Plutôt que d'achever l'otage à sa merci. De Georges Brassens / Don Juan
  • En commençant de naître on commence à mourir, Et finir n’est rien qu’achever de devenir. De Manilius
  • Malheur à tout roman que le lecteur n'est pas pressé d'achever. De Jean le Rond d’Alembert / Encyclopédie
  • Le but du poème est d'achever et d'anéantir le poète. De Paul La Cour / Fragments d'un journal
  • Et puis mourir n'est rien, c'est achever de naître ! De Savinien Cyrano de Bergerac / La mort d'Agrippine
  • Libérer l’Ecole, c’est achever la plus belle des conquêtes de la Révolution française. De Paul Bert
  • Ne prendre de ce monde que ce qu'il faut pour achever notre route. De Alfred de Rilvaux
  • Vivre, c'est s'obstiner à achever un souvenir. De René Char
  • Avec l'âge, ne pas achever peut donner l'illusion d'entreprendre encore. Robert Mallet, Apostilles, Gallimard

Traductions du mot « achever »

Langue Traduction
Portugais concluir
Allemand vollenden
Italien completare
Espagnol concluir
Anglais complete
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Synonymes de « achever »

Source : synonymes de achever sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « achever »



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