Entamer : définition de entamer


Entamer : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ENTAMER, verbe trans.

I.− [Avec l'idée de couper, de creuser, de pénétrer, d'attaquer]
A.− [Le compl. désigne une chose]
1. [Le compl. désigne la peau, la chair, une partie du corps] Couper en faisant une incision. Entamer l'épaule, la joue, la mâchoire, l'os :
1. ... un grand matelot américain, armé de deux fragments de disque ramassés sur le pavé et tranchants comme des rasoirs, faisait des moulinets avec ses longs bras, tailladait des visages, fendait des nez, entamait des joues, coupait des oreilles. Le sang pissait de ces vilaines balafres. Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 265.
Emploi pronom. réfl. Se faire une plaie superficielle. Il faudra me mettre un morceau de saindoux pour me graisser les pieds (...). Je peux par marcher une heure sans m'entamer (Giono, Gd troupeau,1931, p. 72).
Emploi pronom. indir. On ne peut quelquefois empêcher l'excoriation et l'ulcération; pour lors, (...) on couvre l'endroit entamé de cérat de saturne (Geoffroy, Méd. prat.,1800, p. 38).La lame (...) se replie sur la virole qui a cédé, et il s'entame deux doigts (France, Dieux ont soif,1912, p. 296).
2. [Le compl. désigne une chose considérée comme un ensemble, un tout intégral, intact dont on enlève, supprime ou utilise une partie]
a) Enlever une partie en coupant. Entamer un gâteau, un jambon, un pâté. Entamer une pièce de drap (Ac.). Quand sa lame entamait Gruyère ou Roquefort, Je la voyais peser sur elle avec effort (Rollinat, Névroses,1883, p. 73).
b) Diminuer en utilisant, en faisant disparaître une partie. Entamer des provisions, un stock. L'artillerie française, qui ne voulait pas trop entamer ses réserves de projectiles, laissait le tir s'espacer, s'égrener (Romains, Hommes bonne vol.,1938, p. 45).
En partic.
α) [Le compl. désigne de l'argent] (Quasi-)synon. écorner.Il s'était juré de ne pas entamer son gain de la veille (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 401).Il songea tout aussitôt à l'entamer, ce billet (Queneau, Pierrot,1942, p. 122):
2. Son notaire, son agent de change s'effrayaient de le voir entamer, avec tant d'appétit, cette fortune, lentement acquise et prudemment gérée par deux générations de grands bourgeois. Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 120.
β) [Le compl. désigne un mets, un aliment] Fam. Commencer à manger, à boire. Entamer une bouteille, le dîner. Nous entamions l'immanquable « conserve de tomates » (Céline, Voyage,1932, p. 198).
γ) Fréq. au part. passé. [Le compl. désigne une période de temps] Le mois de juin se trouvait bien entamé (Aragon, Beaux quart.,1936p. 381).Desmarais se désolait fort qu'elle restât fille, la trentaine entamée (Guèvremont, Survenant,1945, p. 28).Il faut vivre, et vivre c'est chaque jour entamer l'avenir (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 557).
Rem. Les dict. gén. enregistrent un emploi spéc., en terme de jeu de cartes entamer une couleur. Jouer la première carte de cette couleur.
3. P. ext. [Le compl. désigne la matière, un objet concr., un espace] Couper, pénétrer, attaquer.
a) [Le suj. désigne un agent d'érosion, le compl. une roche, un terrain] La Méditerranée entame le Roussillon (Boule, Conf. géol.,1907, p. 168).Un océan terrible (...) entame les craies dures de la Saintonge (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr.,1908, p. 46).Le fleuve (...) a rencontré ici le roc et, ne l'ayant point entamé, en a épousé le contour (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 677).
b) [Le suj. désigne une pers. ou un outil] Il faut retirer le fer [du rabot] de plus en plus, afin qu'il soit moins saillant et entame moins le bois (Nosban, Manuel menuisier,1857, p. 135).Ils [les faucheurs] entamaient à pleine lame ce dessous de l'herbe ombreux et vert (Giono, Que ma joie demeure,1935, p. 300).D'un commun accord, Didace et Venant ajustèrent la scie. Les dents d'acier entamèrent la plane (Guèvremont, Survenant,1945p. 37).
En partic.
α) [Le suj. désigne un animé ou un véhicule en mouvement, le compl. un espace à parcourir] Commencer à parcourir. La voiture entame la pente. L'un était à cheval, l'autre à pied. Ils n'avaient pas encore entamé le raidillon abrupt qui menait à l'école, bâtie au flanc d'une colline (Camus, Exil et Roy.,1957, p. 1609).
β) Dans le domaine milit.[Le compl. désigne une troupe, une armée, etc.] Commencer à percer. Entamer une ligne de défense. L'armée franque, hérissée et compacte, refusa le combat sans se laisser entamer (Grousset, Croisades,1939, p. 227).
Rem. La docum. atteste a) Qq. emplois pronom. à sens passif. Le granit ne s'entame pas (Faure, Hist. art, 1909, p. 40). b) Qq. emplois p. anal. Une mince flamme battue par le vent fait glisser lentement sur eux-mêmes, sans les entamer, tous les plans d'ombre (Bernanos, M. Ouine, 1943, p. 1506).
4. Au fig.
a) [Le compl. désigne un état de chose] (Quasi-) synon. altérer, attaquer, diminuer.Cela n'eût sans doute pas entamé mon bonheur (Gide, Journal,1935, p. 1221).Non seulement le silence était profond, mais il ne semblait pas que quelque chose pût l'« entamer », pût le réduire (Jouve, Scène capit.,1935, p. 146).
b) [Le compl. désigne une pensée, une croyance, des principes, etc.] (Quasi-)synon. porter atteinte à.Que votre foi ne se laisse pas entamer, vous serez toujours heureux dans l'Église (Aymé, Jument,1933, p. 112).Nous aimons que le loyalisme monarchique dont a toujours fait preuve Pierre Corneille (...) n'ait rien entamé chez lui des devoirs de l'amitié et de la fidélité (Brasillach, Corneille,1938, p. 390):
3. Le proverbe est une sorte de court poème, souvent rimé, toujours rythmé d'une certaine manière, de façon que la mémoire machinale ne le déforme pas aisément. Ainsi il se fait notre importun compagnon. L'agitation même de notre esprit fait surnager le proverbe; nos folles pensées ne peuvent l'entamer. Alain, Propos,1933, p. 1162.
c) [Le compl. désigne les sentiments, les facultés, les qualités, etc. d'une pers.] (Quasi-)synon. altérer, détruire partiellement, ruiner.Entamer la santé morale, la sérénité de qqn; entamer le crédit, la réputation de qqn. Je ne pense pas que même l'amour parvienne plus tard à entamer sa suffisance (Gide, Journal,1942, p. 157).La réalité terrible n'avait pu entamer mon sang-froid (Bosco, Mas Théot.,1945, p. 220).Le maître du Kremlin plongé aux abîmes de l'angoisse, mais sans que rien n'entamât sa lucidité, son âpreté, sa ruse (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 213).
B.− [Le compl. désigne une pers.] Réduire les réactions, les résistances, commencer à convaincre. Heureux celui qui entend ces paroles, et sur qui elles coulent sans l'entamer! (Montherl., Reine morte,1942, III, 4, p. 212).Comme Ferdinand était le digne fils de son père, mon éloquence finit par l'entamer (H. Bazin, Vipère,1948, p. 169).Dubreuilh ne s'interrogeait plus : il écrivait. Il continua à écrire chaque jour. Dans ce domaine-là, rien ne pouvait l'entamer (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 224):
4. Certainement il n'a pas compris combien sa lettre pouvait m'être cruelle. Les abominables calomnies qu'on lui fait entendre sur moi l'ont entamé, et comme il croit, d'après ce qu'on lui dit, que je suis un être fourbe et sans cœur, il n'a pas à craindre de me faire souffrir. Gide, Journal,1929, p. 943.
II.− P. ext. [Le compl. d'obj. désigne une action, une œuvre, des négociations, une discussion] Commencer, engager. Entamer un procès. C'est l'artillerie qui entame le combat (Foch, Princ. guerre,1911, p. 317).Il entama en mots obscurs (...) une hargneuse histoire de succession, entre son frère et lui (Malègue, Augustin,t. 2, 1933, p. 249).Démarches indirectes, tentées auprès de Wilson par le nouveau cabinet allemand, pour entamer des négociations (Martin du G., Thib.,Épil., 1940, p. 998).
SYNT. Entamer le chapitre, le sujet; entamer la lutte, la partie; entamer des démarches.
Emploi pronom. à sens passif, rare. La partie diplomatique qui s'entame (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 11, 1863-69, p. 94).
Rem. 1. On rencontre ds la docum. un emploi abs. Il tenta de se remettre les sens en buvant chopine sans rien dire, tournant dans sa tête le discours qu'il allait faire à sa femme et ne sachant par quel bout entamer (Sand, F. le Champi, 1850, p. 76). 2. La docum. atteste a) Entamable, adj. Qui peut être entamé (supra I A 3 a). Rencontrer des couches [de terrain] plus entamables (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr., 1908, p. 66). b) Entameur, subst. masc. Personne qui entame (supra II A). Des brouilleurs d'affaires, des entameurs de procès (Musset, Le Temps, 1831, p. 26).
Prononc. et Orth. : [ɑ ̃tame], (j')entame [ɑ ̃tam]. Selon Rouss.-Lacl. 1927, p. 124, dans ce mot : voyelle ouverte de timbre ,,moyen``; le caractère en cause, sous cette appellation, pourrait être de l'ordre de la durée, puisqu'il est lié, d'une façon apparemment non bi-univoque, il est vrai (,,les voyelles toniques suivies, dans la prononciation, d'une des consonnes sonores l, g, d, b, ɳ, n, m, sont en général moyennes`` [souligné par nous]), à l'identité de la consonne suivante, et que les consonnes en cause sont l, g, d, b, ɳ, n, m. Enq. : /ãtam/ (il) entame. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1120-50 « porter atteinte, toucher à quelque chose d'intact » (Gd mal fit Adam, I, 1 ds T.-L. : Grant mal fist Adam Quant por le sathan Entamat le fruit); 2. ca 1245 « commencer, entreprendre » (Ph. Mousket, Chron., 13, ibid.). Du b. lat. intaminare « souiller, profaner », se rattachant prob. à tangere « toucher », v. Ern.-Meillet, s.v. contaminare. Fréq. abs. littér. : 1 283. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 423, b) 2 293; xxes. : a) 1 893, b) 1 871.
DÉR.
Entamure, subst. fém.,vieilli. Coupure, écorchure. Des plaies ou entamures. Dans les endroits où la peau est plus épaisse (...) le virus ne peut pas pénétrer, à moins qu'il n'y ait quelque entamure ou écorchure (Geoffroy, Méd. prat.,1800, p. 535).Les dict. gén. et techn. attestent l'emploi, dans ledomaine des carr. : entamure (d'une carrière). Extraction des premières pierres d'une carrière, ensemble des premières pierres extraites d'une carrière. [ɑ ̃tamy:ʀ]. Ds Ac. 1694-1878. 1resattest. a) xives. « blessure, coupure » (Jeh. de Le Mote, li regret Guillaume, 1606, éd. Scheler ds Delb.), b) 1669 entameure de pain (Widerhold Fr.-all.); de entamer, suff. -ure*. Fréq. abs. littér. : 1.
BBG. − Brüch (J.). Etymologisches : ... Frz. entamer. Z. rom. Philol. 1925, t. 45, pp. 70-83; 712-714. − Mahn. Über die Provenzalische Sprache... Arch. St. n. Spr. 1976, t. 55, p. 88. − Thurneysen 1884, p. 99.

Entamer : définition du Wiktionnaire

Verbe

entamer \ɑ̃.ta.me\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Inciser superficiellement.
    • Sur l’établi du charpentier, un pied de chaise en réparation gisait à côté du ciseau qui ne l'avait qu'entamé. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Entamer la peau.
    • Entamer la chair.
    • Le coup lui entama l’os.
    • On entame l’écorce de certains arbres pour en tirer de la gomme.
  2. Porter atteinte.
    • Il y a entre le ritualisme occidental et le mysticisme oriental une différence d'essence, une incompatibilité radicale que vingt siècles d'échanges et de compénétrations n’ont pas entamée. — (Jacques-Henry Bauchy, Histoire de la Forêt d'Orléans, 1985)
    • Entamer la réputation de quelqu’un.
  3. (Militaire) Commencer à le rompre, en parlant d'un corps de troupes.
    • Dès que la cavalerie eut entamé la première ligne, tout le reste prit la fuite.
  4. Diminuer une chose en en retranchant une petite partie.
    • Entamer un pain, un melon, un pâté.
    • Il est parti après avoir à peine entamé son repas.
    • Entamer une pièce de drap.
    • Entamer un sac de bonbons.
    • Il a entamé son patrimoine.
  5. Empiéter, entreprendre sur les droits de quelqu’un, sur sa charge ; l’amener à faire quelque chose contre sa résolution.
    • Prenez bien garde qu’on ne vous entame.
    • Il a une volonté des plus fermes, et il est difficile de l’entamer.
    • C’est un homme perdu, s’il se laisse entamer.
    • C’est un homme qui se laissera facilement entamer.
  6. Parvenir à connaître ses vues cachées, ses sentiments secrets, en parlant d’une personne.
    • C’est un homme impénétrable, on ne sait par où l’entamer.
  7. Prendre quelque avantage dans une discussion, en parlant d’une personne.
    • C’est un rude logicien, qu’il n’est pas facile d’entamer.
  8. (Figuré) Commencer ; engager.
    • Chacun tenant à rester sur la défensive, le silence se prolongeait quand le Carcan, pour rompre cette gêne, trouva un moyen terme et entama l’éloge du vin qui restait dans son verre. — (Louis Pergaud, Joséphine est enceinte, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Moi qui connais bien Hélène, je n'ai gère été étonné de la voir entamer une idylle avec un homme jeune, de vingt ans son cadet. Elle est ce qu'on appelle aujourd'hui une cougar. Elle a toujours été une croqueuse d'hommes, rien de neuf donc. — (François Robin, Landerneau revivra : Une ville en campagne, L'Harmattan, 2013, page 210)
    • Le pauvre roi Charles VI passait, assure-t-on, des journées entières à entamer de parties de Bataille avec sa favorite, la « petite reine » Odette de Champdivers. — (Frans Gerver, Le guide Marabout de Tous les Jeux de Cartes, Verviers : Gérard & C°, 1966, page 49)
    • Il n’est pas question d’entamer ici une enquête anthropologique sur la question de l’universalité des fictions ni de prendre parti en leur faveur ou en leur défaveur. — (Baudouin Millet, "Ceci n'est pas un roman": l'évolution du statut de la fiction en Angleterre de 1652 à 1754, Éditions Peeters, 2007, p. 97)

Verbe

entamer \Prononciation ?\ transitif (voir la conjugaison)

  1. Entamer, inciser.
    • Jà par cop d'arme [le haume] ne sera entanpnez. — (Roncevaux, XIIe s.)
    • Li fromaches fu auques mox [un peu mou],
      Et Tiercelins i fiert grans cox
      [coups]
      De son bec, si que il l'entame.
      — (Roman de Renart, XIIIe s.)
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Entamer : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ENTAMER. v. tr.
Inciser superficiellement. Entamer la peau. Entamer la chair. Le coup lui entama l'os. On entame l'écorce de certains arbres pour en tirer de la gomme. Fig., Entamer la réputation de quelqu'un, son crédit, etc., Y porter quelque atteinte. Fig., en termes de Guerre, Entamer un corps de troupes, Commencer à le rompre. Dès que la cavalerie eut entamé la première ligne, tout le reste prit la fuite. Il signifie aussi Diminuer une chose en en retranchant une petite partie. Entamer un pain, un melon, un pâté. Entamer une pièce de drap. Entamer un sac de bonbons. Il a entamé son patrimoine. Fig. et fam., Entamer quelqu'un, Empiéter, entreprendre sur ses droits, sur sa charge ou, dans un autre sens, l'amener à faire quelque chose contre sa résolution. Prenez bien garde qu'on ne vous entame. Il a une volonté des plus fermes, et il est difficile de l'entamer. C'est un homme perdu, s'il se laisse entamer. C'est un homme qui se laissera facilement entamer. Il signifie aussi, en parlant d'une Personne, Parvenir à connaître ses vues cachées, ses sentiments secrets. C'est un homme impénétrable, on ne sait par où l'entamer. Il se dit également en parlant d'une Personne sur qui on prend quelque avantage dans une discussion. C'est un rude logicien, qu'il n'est pas facile d'entamer.

ENTAMER signifie encore figurément Commencer à s'occuper de quelque chose. Entamer une matière, un discours, une affaire, une négociation. Entamer un procès.

Entamer : définition du Littré (1872-1877)

ENTAMER (an-ta-mé) v. a.
  • 1Couper le premier morceau, commencer à prendre une partie d'une chose. Entamer un pain, une pièce de drap, un sac d'argent. Le général ne se presse pas d'y aller, de peur d'entamer trop tôt nos magasins, Maintenon, Lettre au duc de Noailles, 22 mai 1711. Il n'entama point le fonds de son patrimoine qu'il conserva pour ses héritiers naturels, Genlis, Mlle de la Fayette, p. 26, dans POUGENS.
  • 2 Par extension, couper en incisant. Entamer la peau. Le coup lui entama l'os. C'est un coup de hache qui n'a fait qu'entamer l'armet, Perrot D'Ablancourt, Arrien, livre I, dans RICHELET.

    En parlant d'une gerçure. Il a des engelures qui lui entament les doigts.

    Fig. Faire impression sur. Alors que de sa voix Il entama les cœurs des rochers et des bois, Régnier, Plainte. De l'un [dard] il [l'Amour] entama Le soldat jusqu'au vif, l'autre effleura la dame, La Fontaine, Matr. d'Éph.

  • 3Porter atteinte à. Entamer la réputation, le crédit de quelqu'un… D'un trait envenimé Toujours l'honneur du sexe est par vous entamé, Regnard, Distrait, I, 6. Il est proscrit, déclaré détestable, Abominable, atteint et convaincu D'avoir tenté d'entamer la vertu Des saintes sœurs…, Gresset, Vert-Vert, IV.
  • 4Entamer quelqu'un, entreprendre sur ses droits, empiéter sur sa charge.

    Entamer quelqu'un, avoir de l'avantage sur lui. Les députés de l'opposition ne se laissèrent pas entamer par le ministère.

    Faire capituler quelqu'un avec son devoir. Il n'est pas facile de l'entamer.

    Pénétrer les vœux, les sentiments secrets de quelqu'un. Il est impénétrable, on ne peut l'entamer. Il [le maréchal ferrant qui avait eu des révélations] ne se laissait point entamer sur les audiences qu'il avait eues du roi, Saint-Simon, 68, 124.

  • 5 Terme de guerre. Entamer un carré, un corps de troupes, commencer à le rompre, à le faire fléchir ; détruire une partie de sa ligne de bataille.
  • 6Commencer. Entamer une discussion. Entamer un procès. Il entame une autre dispute, Sévigné, 614. Il l'attaqua de cette manière pour entamer le sujet, Hamilton, Gramm. 4. Le concile se garda d'entamer la question si l'empereur devait confirmer l'élection du pape, Voltaire, Mœurs, 47. Le même poëte qui, pour célébrer l'éloge d'Apollon, avait mis son esprit dans une assiette tranquille, s'agite avec violence lorsqu'il entame l'éloge de Bacchus, Barthélemy, Anach. ch. 80. Elle entama cette dangereuse explication en termes assez mesurés, Genlis, Mlle de la Fayette, p. 292, dans POUGENS.

    Absolument. Personne à la cour ne veut entamer, on s'offre d'appuyer, La Bruyère, VIII.

  • 7 Terme de manége. Entamer le chemin, se mettre en marche. Les chevaux entament le chemin, en galopant, par la jambe droite de devant, qui est plus avancée que la gauche, Buffon, Cheval.

    Absolument. Commencer une allure. Dans toutes les allures où les pieds se meuvent isolément, c'est toujours un pied de devant qui entame. Entamer du pied droit, du pied gauche, se dit pour désigner le pied que le cheval pose en avant quand il commence à galoper.

    Entamer un cheval, lui donner les premières leçons.

  • 8S'entamer, v. réfl. Se faire une incision, une coupure. Le vieillard… De nouvelles fureurs se déchire et s'entame, Malherbe, 1, 4.

    Être commencé. C'est ainsi que tout s'entame et que rien ne s'achève, par un fol orgueil, dont l'influence fatale se répand sur toutes les branches de l'administration, Raynal, Hist. phil. XII, 7.

HISTORIQUE

XIIe s. Jà par cop d'arme [le haume] ne sera entanpnez, Roncisv. p. 36. E ne suffrid pas que oisels entamassent les cor de jurs, ne les bestes de nuiz, Rois, p. 202.

XIIIe s. Li fromaches fu auques mox [un peu mou], Et Tiercelins i fiert grans cox [coups] De son bec, si que il l'entame, Ren. 7251. Mais se cil ribaut m'entamast L'espaule, ou ma teste eüst quasse…, la Rose, 14694. Et si m'en convient il à force Entamer ung poi de l'escorce, ib. 21982. Et ainsi pot estre li ples [procès] entamés entre les parties, Beaumanoir, VII, 13. Ne porquant se la jornée est entamée ne tant ne quant, il doit paier toute le [la] jornée entiere, Beaumanoir, XXXVIII, 4. Tant vous ama [Dieu], Dame des angles [anges] vous clama ; En vous s'enclost, ainz n'entama Vo dignité ; N'en perdites virginité, Rutebeuf, II, 4. Si comme en la verriere Entre et reva arriere Li solaus que n'entame [sans entamer], Ainsinc fut vierge entiere, Quant Dieux, qui es cieux iere [était], Fist de toi mere et dame, Rutebeuf, Théoph. Se pitié vostre cuer n'entame, Bien m'ont trahi Li œil dont je premiers vous vi, Salut d'amors, Jubinal, t. II, p. 263.

XIVe s. Par la mort qui tout met à fin, Et qui nos cars [chairs] mort et endame, Jean de Condé, p. 104. Contusions où le cuir n'est pas entamé par dehors, H. de Mondeville, f° 35.

XVe s. Ce traité fut entamé et mis avant, Froissart, I, I, 115.

XVIe s. De quelle prudence il [le chien] l'entomme [l'os], de quelle affection il le brise, et de quelle diligence il le sugce, Rabelais, Garg. I, prol. La fouldre consumera les os sans entommer la chair qui les couvre, Rabelais, Pant. III, 33. Pour enguarder les chastagnes de peder, l'on les entame, Rabelais, ib. II, 31. Il faust que la necessité vous prenne à la gorge pour l'entamer [votre trésor], Montaigne, I, 316. Il ne vouloit pas que l'on parlast aucunement des meschans, se donnant bien garde d'en entamer jamais le propos, Amyot, Caton, 52. Aucuns n'entament leurs vins que le jour du vendredi, De Serres, 243.

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Entamer : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

* ENTAMER, v. act. au physique, c’est séparer d’un corps qu’on considere comme un tout, une partie qu’on regarde comme la premiere, qu’on appelle l’entamure. Au figuré, il est synonyme à commencer ; ainsi entamer une négociation, c’est la commencer.

Entamer, (Manég.) terme que nous employons en divers sens.

Entamer un cheval, ou commencer à lui faire comprendre les premieres leçons du Manége, expressions synonymes : ce cheval n’est qu’entamé.

Entamer une volte, un changement de main, se dit pour désigner l’instant où l’on commence cette volte ou ce changement de main : Vous n’avez pas saisi les tems justes par lesquels vous deviez entamer votre changement de main.

Entamer se dit encore en parlant du terrein que l’animal embrasse, & de la jambe qui précede, ou qui est la premiere à l’embrasser. Au galop à droite la jambe de devant du hors-montoir, & au galop la jambe de devant du montoir, doivent entamer. Voy. Galop. C’est-à-dire qu’à l’un la jambe droite doit précéder la gauche, & qu’à l’autre la jambe gauche doit devancer la droite. (e)

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Étymologie de « entamer »

Étymologie de entamer - Littré

Berry, entenmer, entamer, entomer ; wall. edamer ; nam. èdaumer ; rouchi, adamer ; provenç. entamenar ; piémont. antamnà ; du latin attaminare, mettre la main sur quelque chose, prendre. Diez, qui préfère cette étymologie au grec ἐντέμνειν (comment en effet ce mot grec serait-il entré dans les langues romanes ?), et au celtique tam, mordre, remarque que les langues romanes changent non rarement le préfixe d'un mot latin : ainsi dans con-vier, venant de in-vitare, cum, au lieu de in. Le celtique (bas-breton, tam ; écossais, teum, irl. teuman) conviendrait plus directement au sens ; mais les formes entamenar du provençal, entanpner du français, semblent indiquer le latin. On remarquera endamer de J. de Condet qui était du Hainaut, et les patois voisins du Hainaut qui ont aussi le d. Ce d ne peut guère s'expliquer que par une confusion avec dam, dommage.

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Étymologie de entamer - Wiktionnaire

Voir entamer ci-dessus.
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Étymologie de entamer - Wiktionnaire

(XIe siècle) Du latin intaminare (« souiller, profaner »)[1] ; voir contaminer. Certains étymologistes[2] penchent pour un étymon gaulois et le rapprochent du breton tamm (« morceau »), tennañ (« retirer, extraire »).
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Phonétique du mot « entamer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
entamer ɑ̃tame play_arrow

Conjugaison du verbe « entamer »

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Évolution historique de l’usage du mot « entamer »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « entamer »

  • Rebondissement suite au 2e tour de l'élection municipale du 28 juin, qui a vu le challenger Gérard Forcada élu 1er magistrat avec seulement 9 voix d'avance sur le maire sortant Michel Maïque. Ce dernier avait déclaré ne pas vouloir entamer de recours et souhaitait se retirer définitivement de la vie politique. Or, ce sont ses colistiers qui ont entamé la démarche auprès du tribunal administratif : un recours a donc été déposé, mettant en cause la sincérité du scrutin. lindependant.fr, Aude - Municipales à Lézignan-Corbières : un recours déposé par les colistiers de Michel Maïque - lindependant.fr
  • L’offre n'avait pas été notifiée tardivement. En effet, le bailleur est tenu, dans sa notification au locataire, d'indiquer le prix et les conditions de vente, celle-ci se faisant à ce prix, si bien que le bailleur pouvait entamer des démarches aux fins de commercialisation de son immeuble pour déterminer sa valeur et vérifier l'existence d'un marché ; le bailleur avait donc pu, sept mois avant la notification au locataire, faire évaluer l'immeuble par un agent immobilier mandaté pour le vendre et faire réaliser des visites. En outre, la notification n'était pas invalidée par le fait que, quinze jours après, le bailleur avait conclu une promesse unilatérale de vente sous réserve du droit de préférence, car la promesse unilatérale de vente ne valait pas vente et était postérieure à la notification. , Le bailleur commercial peut entamer des démarches avant de faire une offre de vente au locataire  - Éditions Francis Lefebvre
  • « Je me sens comme si nous allions entamer une nouvelle saison. J’étais de retour à St. Louis après deux mois, mais je me sens bien. Nous savons que nous avons un travail à faire et nous voulons être prêts pour les séries », a-t-il mentionné lors d'une entrevue avec Chris Kerber des Blues, mardi. RDS.ca, LNH : Samuel Blais a hâte d'entamer la défense du titre des Blues | RDS.ca
  • C'est ouvrir une digue qu'entamer un procès ; avant qu'il ne s'engage, désiste-toi. De La Bible

Images d'illustration du mot « entamer »

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Traductions du mot « entamer »

Langue Traduction
Corse cumincià
Basque hasiera
Japonais 開始
Russe начало
Portugais começar
Arabe بداية
Chinois 开始
Allemand anfang
Italien inizio
Espagnol comienzo
Anglais start
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Synonymes de « entamer »

Source : synonymes de entamer sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « entamer »



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