Abréger : définition de abréger


Abréger : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ABRÉGER, verbe trans.

Rendre plus court.
A.− [Le compl. (ou le suj. dans l'emploi pronom.) désigne la longueur d'un parcours, la durée d'un procès...] :
1. La nécessité de nos conversations du soir et du matin, qui pourraient m'être agréables, si je me sentais le maître de les abréger à mon gré, mais que Biondetta se montre trop décidée à prolonger, que je le veuille ou non, cette nécessité suffit quelquefois pour me disposer mal pour toute la journée. B. Constant, Journaux intimes,1804, p. 109.
2. ... j'avais pour règle, afin d'abréger mon propre travail, de ne m'arrêter sur aucun des objets dictés à d'autres, sachant qu'ils demeuraient assurés. E.-D. de Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène, t. 2, 1823, p. 316.
3. Si ces arbitres, qui feraient toujours l'office d'un jury d'équité, étaient payés proportionnellement à la somme disputée, et sans égard à la durée de l'instruction, ils seraient intéressés à simplifier, à abréger les procès, pour épargner leurs temps et leurs peines, et à juger équitablement pour avoir de l'occupation. J.-B. Say, Traité d'économie politique,1832, p. 501.
4. Tels sont mes rêves. C'est toujours la raison humaine se débattant contre la douleur et l'impuissance. Un semblable sommeil abrège la vie au lieu de la prolonger. Il dépense une énorme énergie. Le travail de la pensée, plus désordonné, plus fantasque dans les songes, est aussi plus violent et plus rude. G. Sand, Lélia,1833, p. 128.
5. ... quand nous nous remémorons le passé, c'est-à-dire une série de faits accomplis, nous l'abrégeons toujours, sans altérer cependant la nature de l'événement qui nous intéresse. C'est que nous le connaissons déjà;... H. Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience,1889, p. 154.
6. La chambre fait silence et jongle avec ces bulles. Or le miroir cruel les attire. Voici qu'elles virent dans l'air vers la clarté du piège, croyant l'espace libre en ce cadre transi dont le leurre recule un chemin qui s'abrège. G. Rodenbach, Le Règne du silence,1891, p. 20.
7. Elle ne voyait que le chemin, des peupliers, des saules : à dix mètres en avant, elle ne distinguait plus rien. Elle marchait, mais elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle risquait sans cesse de s'égarer, d'augmenter la distance au lieu de l'abréger. Elle ne connaissait que très mal le chemin. Daniel-Rops, Mort, où est ta victoire?,1934, p. 44.
Rem. Les termes mis en série avec abréger exprimant l'idée de suppression partielle ou totale sont très nombreux : diminuer, restreindre, réduire, ... Suivant la nature du cont., le verbe se colore d'une nuance dépréc. ou valorisante; dans ce dernier cas il est presque synon. de simplifier, épargner (ex. 3). 3 ex. choisis parmi un gd nombre offrent des groupes anton. où abréger s'oppose à prolonger (ex. 1, 4), s'arrêter sur (ex. 2). Dans l'ex. 1, l'emploi du verbe avec le subst. d'action conversation montre le lien entre l'accept. A et l'accept. B.
B.− [Le compl. (ou le suj. dans l'emploi pronom.) désigne plus spéc. un discours parlé ou écrit, un chant, ... (dans ce cas abréger s'emploie le plus souvent en constr. absolue)] :
8. Dans mon premier plan je faisois reparoître cette femme célèbre. L'épisode qu'elle me fournissoit eût été aussi long que celui de Giaffar; j'ai mieux aimé le soustraire que le gâter en l'abrégeant. Mmede Genlis, Les Chevaliers du Cygne,t. 1, 1795, p. xvi.
9. ... dans l'obligation d'abréger ce qu'il m'a confié, je mutile sans cesse, c'est-à-dire, je gâte. E.-D. Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène,t. 1, 1823, p. 989.
10. Il arrive souvent ainsi, en littérature, que des séries entières d' œuvres antérieures, appartenant à une période finissante de la civilisation avec laquelle elles s'en vont disparaître elles-mêmes, se retrouvent soudainement dans une dernière œuvre modifiée et supérieure, qui les abrège, les résume et en dispense. Ch.-A. Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 1, 1840, p. 153.
11. ... ces adultérations sont plus sensibles encore si vous écoutez, après l'office des Complies, le Salve Regina. Celui-là, on l'abrège de plus de moitié, on l'énerve, on le décolore, on l'ampute de ses neumes, on en fait un moignon de musique ignoble, ... J.-K. Huysmans, En route,1895, p. 179.
En emploi absolu. Faire court, s'exprimer en peu de mots :
12. ... tu dois avouer ton escapade en France et ta présence, le 18 juin, dans les environs de Waterloo. Du reste abrège beaucoup, diminue cette aventure, avoue-la seulement pour qu'on ne puisse pas te reprocher de l'avoir cachée; tu étais si jeune alors! Stendhal, La Chartreuse de Parme,1839, p. 11.
13. ... comment donc, chez un être aussi vibrant, aussi émotif qu'un poète, la continuité ou la répétition des apparences ne feraient-elles pas surgir une image obsédante qu'il tentera de reproduire, et bientôt, plus ou moins consciemment, d'abréger, d'épurer, de styliser, de symboliser? E. Faure, L'Esprit des formes,1927, p. 75.
14. Le xviiiesiècle (...) scinde, abrège, aboutit à la phrase « voltairienne », où se forgent la langue moderne et sa concision. R. Huyghe, Dialogue avec le visible,1955, p. 43.
Rem. Abréger se range à côté des verbes comme (se) résumer, scinder (ex. 14) ou omettre, ou encore à côté de verbes employés métaphoriquement comme mutiler (ex. 9), amputer (ex. 11). Noter la constitution de séries synon. avec corriger, affiner, ou épurer, styliser, symboliser (ex. 13); en constr. absolue, avec supprimer, renoncer, etc. [L'assoc. de abréger à des verbes comme diminuer, raccourcir, réduire, amoindrir et écourter permet de préciser qq. nuances. Diminuer s'applique à des domaines plus concr.]; raccourcir s'applique au domaine de l'espace et spéc. en parlant de longueur, ce qui le distingue de réduire, spécifiquement employé en parlant du volume; amoindrir et écourter sous-entendent une diminution excessive portant sur la qualité plutôt que sur la quantité; abréger un discours signifie « le raccourcir » en le réduisant à ce qui est essentiel, significatif. Le cont. permet le cas échéant, d'ajouter à l'idée d'abrégement une part d'appréciation subjective de la durée, il s'agit de créer l'illusion de l'abrégement (ex. 5 et 6). Ac. 1835 est, semble-t-il, le premier à signaler cet emploi : ,,Abréger signifie quelquefois, faire paraître moins long. La conversation abrège le chemin (...)``.
C.− Emplois techn.
DR. FÉOD. Abréger un fief, en diminuer de propos délibéré les revenus (cf. hist. C 2).
LING. Abréger un mot, une syllabe, lui faire subir un abrégement de sa longueur (voir abrégement, abréviation).
Prononc. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [abʀeʒe], j'abrège [ʒabʀ ε:ʒ]. Enq. : : ɑbʀe2 ʒ/. Conjug. parler. 2. Dér. et composés : − abrég : abrégement. Abrév : abréviateur(-trice); abréviatif(-ive)/ abréviation; abréviativement; abrévier. 3. Conjug. − Le rad. abrég- se caractérise par une alternance vocalique en [e] et [ε], qui se répartit de façon différente dans le fr. écrit et dans le fr. oral pour le fut. et le cond. (cf. 4). Il y a parallélisme pour le reste du paradigme. À noter toutefois l'ouverture possible du [e] en [ε] par assimilation avec l'[ε] accentué de la syllabe suiv. sous l'effet de l'harmonisation vocalique; ex. : j'abrégeais, ils abrégèrent. La Gramm. de l'Ac. de 1932 énonce la règle suivante. : ,,Les verbes qui ont un é fermé à l'avant-dernière syllabe de l'infinitif : céder, régner, changent cet é en è ouvert devant une syllabe muette : il cède, qu'il règne. Mais l'é fermé subsiste quand il est suivi de deux syllabes, au futur ou au conditionnel : je céderai, tu céderas; il régnerait, nous régnerions.`` 4. Hist. − Abréger apparaît au xiies. sous la forme pop. abreger, issue du lat. abbreviare, et concurrencée par un doublet sav. abrévier. Ces 2 formes dominantes donnent lieu chacune à des var. graph. du type abrejer, abriger, abregier pour la 1re, et abrefvier, abrivier pour la 2e. Ces var. se font rares au xvies. au profit des formes en ab(b)reger, tandis que abrevier n'apparaît plus ds Nicot 1606 que sous la forme d'une rem. (s.v. abbregger) : ,,Aucuns prononcent abbrevier.`` Cette forme disparaît ensuite des dict. jusqu'à Ac. Suppl. 1835, où elle réapparaît en vedette abrévier, avec la rem. ,,peu usité``. La graph. abbreger avec gémination de b se trouve encore attestée ds Ac. 1718. Ac. 1740 préconise la forme mod. abréger avec l'accent aigu sur le rad. Cet accent s'étend à toutes les formes du paradigme. Poit. 1860 note que le verbe abréger ,,conserve l'é fermé dans tous ses temps``. Littré est le 1erà faire remarquer que ,,l'é se prononce è quand il est suivi d'une voyelle muette : j'abrège``. Ac. 1878, atteste pour la 1refois la graph. abrège avec è surmonté d'un accent grave : ,,La méthode qu'il a pour enseigner le latin, abrège de beaucoup le temps des études.`` Lab. 1881 commente ce changement de graph. : ,,Enfin, l'Académie a résolu d'harmoniser l'orthographe de tous les verbes en éger avec la prononciation consacrée par l'usage général. L'é fermé est désormais remplacé par un è ouvert devant une syllabe muette. On n'écrira plus avec un accent aigu : j'abrége, tu abréges, il abrége (...); mais l'on écrira avec un accent grave, conformément à la prononciation : j'abrège, tu abrèges, il abrège...`` Toutefois la graph. é a été maintenue dans les formes du fut. et du cond. : ,,J'abrégerai les délais`` (Ac. 1878). Lab. commente cette exception (cf. op. cit.) : ,,Cet accent aigu n'empêchera nullement les Académiciens eux-mêmes de lire : j'abrègerai, j'abrègerais, absolument comme s'il y avait un accent grave``.
Étymol. − Corresp. rom. : prov., cat. abreujar. A.− 1160 pronom. « devenir plus court (des jours) » (Benoit de Ste Maure, Ducs de Norm. 8225 ds Gdf. Compl. : s'abrejent mi jor). B.− 1. ca 1160 trans. « rendre plus court (des vers) » (Wace, Rou, éd. Andresen, II, 3, ds T.-L. : Les vers abrigerum); 2. 1268 trans. « rédiger un texte (de loi) à partir d'éléments divers et antérieurs, en les ordonnant, au besoin en les réduisant » terme de dr. (Brunet Latin, éd. Chabaille, 82 ds T.-L. : il [Justinien] abreja les lois de code et de digeste) d'où 1315 « consigner par écrit, rédiger (des comptes) » (Arch. nat., JJ 57, fol. 35 b ds Gdf. : Il sera chargiez de tenir les comptes de la terre... et de abregier les); 1350 « id. » (Gille li Muisis, éd. Kervyn de Lettenhove I, 129 : les comptes fais de son temps que on troeve abregiés et bien registrés). C.− 1283 « diminuer les services attachés à un fief » terme de dr. médiév. (Beaumanoir, éd. Beugnot, XLV, 25 ds Gdf. : s'aucuns abrege le fief qui est tenu de li). Du b. lat. (surtout lat. chrét.) abbrĕviare, attesté au sens A dep. l'Itala (I Cor. 7, 29 ds TLL s.v., 51, 35) : tempus abbreviatum est; cf. 1074-76, Adam de Brême, Gesta Hammaburg. eccles. pontif., 4, 38 ds Mittellat. W. s.v., 15, 58 : noctes. Au sens B 1, fréq. dep. Aurelius Victor, De Caesaribus sive historiae abbreviatae, et en lat. médiév. (Mittellat. W. ibid., 43 sq.). N'apparaît au sens B 2 qu'à l'époque médiév. (« rédiger une minute » ds Heinr. Wirzburg., De statu cur. roman., 218 ds Mittellat. W. s.v., 16, 7 : sunt qui formas [chartas] abbreviare sciunt). C'est une spécialisation de sens par le fr. jur.; le lat. médiév. abbreviare ne connaît pas cet emploi (cf. lat. médiév. feudum talliatum, feudum restrictum ds Du Cange s.v. feudum III, 475 b), il a seulement connu le sens de « diminuer par affaiblissement » (cf. Nierm., s.v.). HISTORIQUE I.− Acceptions disparues av. 1789. − « Diminuer le nombre de personnes » : Dunc dit li reis Willame : Laissum ester cest siege. Jo vei ma gent destruire et mal qui nus abriege. J. Fantosme, Chron. [fin du xiies.], 1267 (Gdf.). S'abréger « dépérir » : Toutes natures s'abrigent et descendent. Chasse de Gast. Pheb. [ca 1387] (Gdf.). S'abréger « se hâter » : Abregez vous et le hastez. Greban, Hist. de la Pass. [mil. du xves.] (Gdf.). Cf. 5 autres attest. ds Gdf. et 5 ds Hug. « Circoncire » : (...) l'enfançonnet prenez Icy doulcement le tenez Tandis que je l'abregeray. Id. (ibid.). Abreger de « en finir avec » : Abregez de nous en ce lieu. Act. des Apost. [mil. du xves.]. (Gdf.). − Rem. Dans tous ces sens, le verbe se construit avec un régime animé pers., alors que dans les 1resattest. (cf. étymol.) l'objet est inanimé. II.− Hist. des acceptions attestées apr. 1789. − A.− Acception A (« rendre bref, plus court, réduire la durée ou l'étendue ») grande stab. sém. dep. le xiies. (cf. Wace ds étymol). xiiies. : ma parole abregier. Rose, 19 671 (Gdf.). xves. : Pour ce qu'abregeras ta vie. Ch. d'Orléans, 332 (IGLF). xviies. : Nous savons abréger le chemin de l'amour. Regnard, Distract. (IGLF). B.− Acception B (« faire court, s'exprimer en peu de mots », gén. en constr. absolue); même ancienneté et même stab. : xiies. : Mais pour plus abrisier [sic]. Geste des ducs de Bourg., 8661 (Gdf.). xves. : Pour abreger, tous furent de celle opinion. Jehan de Paris, 25 (IGLF). xviies. : On dit aussi abreger quand un supérieur est ennuyé d'un discours trop prolixe qu'on lui fait. Fur. 1690; cf. aussi Ac. 1694. − Rem. Au Moy. Âge, abréger, dans l'acception B, avait fini par signifier « écrire », « rédiger » (cf. étymol. B 2) : le Moy. Âge voyait dans la concision (brevitas) une qualité styl. D'où passage de l'idée de bon « abréviateur » à celle de bon « rédacteur », et passage du sens de « abréger » au sens de « rédiger ». Cf. E. R. Curtius, La litt. européenne et le moy. âge lat., chap. xiii, La concision, idéal de style. Rapprocher aussi abréger « rédiger » de abriever : FEW (s.v. brevis) indique que le lat. breve avait donné un adj. substantivé a. fr. brief « note de synthèse, petit document récapitulatif, lettre, chronique, registre à inscrire les droits, etc. »; d'où 2 composés synon. abriever et embriever « mettre par écrit., rédiger ». C.− Emplois techn. 1. Ling. Au xixes. le développement de la gramm. et de la philol. conduit à prendre le mot dans ce sens techn. : Abréger (...) 4oFaire brève une syllabe. Quelques personnes abrègent l'o dans rôti et disent roti. Littré. (...) Spécialt (Prosodie) : abréger une syllabe, la rendre brève. DG. 2. Dr. féod., « diminuer la valeur ou les services d'un fief ». Gdf. donne 4 attest. de ce sens jur. médiév.; cf. aussi l'ex.-déf. de fief abrégié, donné par T.-L. : Ils sont aucun fief c'on apele fiés abregiés; quant on est semons por service de tix fiés, on doit offrir a son segneur ce qui est dëu par le reson de l'abregement, ne autre coze li sires n'i pot demander, se li abregement est provés ou connëus et il est fes soufisalment par letres du conte. Beaumanoir, 28, 7 (T.-L.). Un fief abrégé est un fief de moindre valeur pour le suzerain, mais non pour le vassal titulaire du fief, dont les obligations sont diminuées par « l'abrègement », lequel peut p. ex. avoir pour effet de supprimer l'obligation de restituer le fief au suzerain. Abréger un fief signifiait donc souvent pour un suzerain l'aliéner en totalité ou partie au profit de son vassal ou à la mort de celui-ci, au profit de ses héritiers, moyennant des droits de mutation (cf. F.-L. Ganshof, Qu'est-ce que la féodalité?, 1957, notamment p. 172). Après la disparition de la féod. ce sens techn. de abréger n'est plus conservé que par les historiens du dr. et par les dict. à vocation hist. ou encyclop. (Trév. 1771, Ac. Compl. 1842, Littré, DG).
STAT. − Fréq. abs. litt. : 515. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 1 269, b) 888; xxes. : a) 381, b) 399.
BBG. − Barr. Suppl. 1967. − Dupin-Lab. 1846. − Éd. 1913. − Gramm. 1789. − Marcel 1938. − Remig. 1963. − Rougnon 1935. − Séguy 1967.

Abréger : définition du Wiktionnaire

Verbe

abréger \a.bʁe.ʒe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’abréger)

  1. Rendre plus court.
    • […] ; je descendis à la lueur des flambeaux dans cette habitation de gnomes, enfoncée sous terre d'environ quatre vingt pieds ; mais l’humidité, la fraicheur et la fumée des torches abrégèrent ma promenade. — (E.-F. Lantier, Voyages d'Antéor en Grèce et en Asie, Paris : chez Belin & chez Bernard, 2e édition revue, an VI, tome 1er, p.V (avant-propos))
    • Cette procédure a pour but d’abréger les délais et de diminuer les frais dans les causes entre locateurs et locataires. Elle n'exclue pas la procédure ordinaire; […]. — (Léon Lorrain, Précis de la procédure sommaire spéciale dans les causes entre locateurs et locataires suivi de formules d'actions, Montréal : chez A. Periard, 1884, p. 2)
    • Cette gentillesse qui abrégeait les formes et supprimait les fadaises ridicules que tout garçon se croit tenu de débiter à la belle fille dont il essaie de faire sa maîtresse, m'avait séduit. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Fernand Reynaud, parlons-en : […]. Une bétaillère qui avançait trop lentement abrégea son voyage terrestre en projetant sa Rolls contre le mur du cimetière auvergnat du Cheix-sur-Morge. — (Bertrand Beyern, Carnet de dalles, Éditions du Cherche-Midi, 2012)
  2. (Absolument) Écourter le discours, aller à l’essentiel.
    • Vous êtes trop long, abrégez.
  3. (Figuré) (Désuet) Faire paraitre moins long.
    • La conversation abrège le chemin.
    • Rien n’abrège le temps comme le travail.
  4. (Linguistique) Écrire (un mot) en partie, le plus souvent sous une forme convenue.
    • On abrège communément « c'est-à-dire » en « c.-à-d. ».
  5. (Linguistique) (Pronominal) (Passif) S’écrire d’une façon plus courte et convenue, en parlant d'un mot.
    • « Monsieur » et « Messieurs » s’abrègent respectivement en « M. » et « MM. ».

Verbe

abréger \Prononciation ?\ 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Avancer la mort, accélérer le décès.
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Abréger : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ABRÉGER. v. tr.
Rendre plus court. Ses débauches, ses chagrins abrégèrent sa vie. La méthode qu'il a pour enseigner le latin abrège de beaucoup le temps des études. Abréger une narration, un discours. Abréger un délai. Il s'emploie quelquefois absolument. Vous êtes trop long, abrégez. Prenez ce chemin, il abrège. Il signifie encore Faire paraître moins long. La conversation abrège le chemin. Rien n'abrège le temps comme le travail.

Abréger : définition du Littré (1872-1877)

ABRÉGER (a-bré-jé. L'é se prononce è quand il est suivi d'une voyelle muette : j'a-brè-ge) v. a.
  • 1Rendre bref, réduire à une moindre étendue, à une moindre longueur. Abréger le temps. Éclaircir et abréger le discours. Abréger une narration. Voulant abréger son humiliation. C'est un bienfait de Dieu d'avoir abrégé les tentations avec les jours de Madame, Bossuet, Duch. d'Orl. On croit qu'il expose les troupes : il les ménage en abrégeant le temps des périls par la vigueur des attaques, Bossuet, L. de Bourbon. Les plaisirs pris sans modération abrègent plus les jours des hommes que les remèdes ne peuvent les prolonger, Fénelon, Tél. XVII. Cours par un prompt trépas abréger ton supplice, Racine, Mithr. II, 6. Mais aussitôt ma main, à moi seule funeste, D'une infidèle vie abrégera le reste, Racine, Andr. IV, 1. Je la voyais bientôt, abrégeant son absence, revenir empressée, Ducis, Oth. I, 5. Le cardinal de Richelieu avait abrégé ses jours par les inquiétudes qui le dévorèrent, Voltaire, Mœurs, 177.
  • 2Faire un abrégé. Cet auteur a abrégé lui-même son livre.
  • 3Faire paraître moins long. La conversation abrége le chemin.
  • 4Faire brève une syllabe. Quelques personnes abrégent l'o dans rôti, et disent roti.
  • 5 V. n. Chemin qui abrége.
  • 6Faire court, s'exprimer en peu de mots. En abrégeant. Abrégeons. J'abrége et je poursuis. Pour abréger, la chose s'exécute, La Fontaine, Rich.
  • 7S'abréger, v. réfl. Devenir plus court. La vie, déjà si courte, s'abrége souvent par les excès de tout genre.

HISTORIQUE

XIIe s. Ne ne porreit mis cors soffrir Travail ne peine ne labor ; Kar dès or s'abregent mi jor ; Molt me vois mais afebleiant, Benoit de Sainte-Maure, II, 8223.

XIIIe s. Ains voil [je veux] ma parole abregier Por vos oreilles alegier, la Rose, 19671. Je ne puis souffrir à abregier le plain service qu'on tient de moi, Beaumanoir, XXVIII, 7. S'aucuns abrege le fief qui est tenu de li, Beaumanoir, XLV, 25. Se il viaut [veut] son plait abregier, Ass. de Jerus. I, 237.

XIVe s. Ils lui dirent qu'il abregeast ses paroles, le Menagier, I, 9.

XVe s. Temps sans honneur et sans vray jugement, Aage en tristour, qui abrege la vie, Deschamps, Temps présent. Elle [m'amie] m'a dit que je boy trop souvent Et que cela m'abregeroit la vie, Basselin, 31. N'abregeons point nostre vie Par trop nous atedier, Basselin, 46. On dit que ses ans il [le buveur] abbrege, Basselin, 38. Avancezvous, prenez votre robe, abregez-vous [hâtez-vous] ; qu'il ne vous trouve ici, car vous seriez mort et moi aussi, Louis XI, Nouv. 34. Pour abreger [bref], Louis XI, ib. 75.

XVIe s. Le ciel m'a esté si benin et si favorable que d'abrevier un long martyre, Yver, 592. Il vouloit bien abreger son chemin et passer par lieux bien habités, Amyot, Ant. 52. Notaires, c'est à dire ecrivains qui par notes et lettres abregées figurent toute une sentence, Amyot, Caton d'Ut. 35.

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Étymologie de « abréger »

Étymologie de abréger - Littré

Provenç. et espagn. abreviar ; ital. abbreviare ; bas-lat. abbreviare ; de ad, indiquant la direction de l'action, et brevis, bref (voy. BREF).

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Étymologie de abréger - Wiktionnaire

Du latin abbreviare.
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Phonétique du mot « abréger »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
abréger abreʒe play_arrow

Conjugaison du verbe « abréger »

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Évolution historique de l’usage du mot « abréger »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « abréger »

  • Trop gourmand en kérosène, trop de CO2, pas assez de rentabilité : la compagnie aérienne a décidé il y a quelques jours d'abréger l'exploitation de ce paquebot des airs.   France Culture, La fin du "toujours plus, toujours plus loin" ?
  • Dans le cas présent, c’était effectivement la maladie qui a poussé le jeune goupil à trouver refuge dans un EMS, le week-end dernier. «Lorsque notre surveillant de la faune auxiliaire est arrivé sur les lieux, à Glion (VD), il a vite compris ce qu’il se passait. Il a pu l’attraper sans peine et sans utiliser de piège», poursuit Denis Rychner. L’animal était très affaibli et ses chances de survie étaient nulles. «Nous n’avons donc eu d’autre choix que de l’euthanasier pour abréger ses souffrances. Bien sûr que nous aurions préféré une autre issue.» , 20min - Un renardeau en fin de vie dormait dans un EMS
  • Marine Le Pen doit se rendre ce jeudi sur l’île de Sein pour commémorer l’appel du 18 juin du général De Gaulle, pourtant longtemps combattu par son parti, une visite qui provoque l’indignation du maire et des habitants contraints d’abréger les célébrations prévues. La présidente du Rassemblement national, accompagnée de parlementaires, vient sur cette île du Finistère y commémorer le 80e  anniversaire de l’appel du général de Gaulle à combattre l’Allemagne nazie. La dirigeante d’extrême droite affirme que le RN est la « continuité » des idées du général l’indépendance et la souveraineté. « Notre parti s’est construit sur le refus de l’abandon de l’Algérie française et ça reste évidemment une cicatrice », a admis Marine Le Pen. « Mais au-delà de cela, il y a une vision gaullienne de la France » et « tout ce que le général De Gaulle a fait pour que notre pays soit souverain, soit indépendant, soit puissant », a-t-elle salué. Journal L'Union, 18 juin : Ils se réclament tous de De Gaulle
  • La grosse caisse vole en éclats sur la scène du Windmill. Sans dire un mot, un imposant gaillard s’extrait de la batterie en pièces. Le reste du groupe, aussi ébahi qu’amusé, s’efforce d’abréger le set. Seuls les premiers rangs et le fond de la salle, juchés sur des perchoirs improvisés, parviennent à suivre l’incident des yeux. En ce 26 février au soir, il fallait jouer des coudes dans le fameux rade de Brixton, au sud de Londres, pour assister de près au concert explosif de Pottery, donné à guichets fermés. Les Inrockuptibles, “Welcome to Bobby’s Motel”, l’album explosif de Pottery
  • Un homme de 39 ans, soupçonné de s'être fait passer pour un conseiller du Premier ministre afin d'abréger sa garde à vue a été relaxé pour ce chef, mais reconnu coupable de violences volontaires, après une altercation avec un policier qui n'était pas en service.  , Soupçonné de s'être fait passer pour un conseiller d'Edouard Philippe pour abréger sa garde à vue
  • Le matin, c'est la jeunesse du jour. Tout y est gai, frais et facile. Il ne faut pas l'abréger en se levant tard. De Arthur Schopenhauer / Aphorismes sur la sagesse dans la vie
  • C'est abréger et s'épargner mille discussions que de penser de certaines gens qu'ils sont incapables de parler juste, et de condamner ce qu'ils disent, ce qu'ont dit, ce qu'ils diront. De Jean de La Bruyère / Caractères
  • On peut allumer des dizaines de bougies à partir d'une seule sans en abréger la vie. On ne diminue pas le bonheur en le partageant. De Bouddha
  • Aucune réforme de calendrier n'abrégera la durée de la grossesse. De Stanislaw Jerzy Lec / Nouvelles pensées échevelées
  • Les Chevaliers de l'Ordre National évitent soigneusement d'abréger cette distinction. De Alain Doutriac / Pensées de sel

Images d'illustration du mot « abréger »

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Traductions du mot « abréger »

Langue Traduction
Portugais acabar com
Allemand verkürzen
Italien abbreviare
Espagnol abreviar
Anglais shorten
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Synonymes de « abréger »

Source : synonymes de abréger sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « abréger »


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