La langue française

Allonger

Sommaire

  • Définitions du mot allonger
  • Étymologie de « allonger »
  • Phonétique de « allonger »
  • Évolution historique de l’usage du mot « allonger »
  • Citations contenant le mot « allonger »
  • Traductions du mot « allonger »
  • Synonymes de « allonger »
  • Antonymes de « allonger »

Définitions du mot allonger

Trésor de la Langue Française informatisé

ALLONGER, verbe.

I.− Emploi trans.
A.− [Concerne l'espace]
1. [En parlant d'objets, de liquides] Rendre plus long par addition ou étirement, augmenter le volume :
1. ... c'est par une action proprement musculaire, et avec un effort très perceptible, sans doute, dans l'origine, que l'œil se fixe, se dirige, s'ouvre plus ou moins, raccourcit ou allonge son diamètre pour faire converger les rayons au point convenable.. Maine de Biran, De l'Influence de l'habitude sur la faculté de penser,1803, p. 24.
2. Un oculiste espagnol, le DrGerman Béritens, dans un article de la revue Por esos mundos, intitulé Pourquoi Greco peignit comme il peignit, (Madrid, 1912) a soutenu que ce n'est ni mysticisme, ni excentricité, mais astigmatisme, si Greco déforme et allonge ses figures. M. Barrès, Greco,1911, p. 176.
En partic.
ART CULIN. Allonger une sauce. Ajouter de l'eau ou du bouillon à une sauce pour la rendre moins forte, moins épaisse :
3. ragueneau. − (...). (Il se lève. − À un cuisinier.) Vous, veuillez m'allonger cette sauce, elle est courte! le cuisinier. − De combien? ragueneau. − De trois pieds. E. Rostand, Cyrano de Bergerac,1898, II, 1, p. 64.
CHIM. Allonger une substance, une liqueur. Mélanger une substance à une autre substance, une liqueur à une autre. (Attesté ds Besch. 1845, Lar. 19e).
LITT. Allonger un livre, un récit, un chapitre, etc. :
4. Heureux ceux qui ne doutent pas d'eux et qui allongent au courant de la plume tout ce qui leur sort du cerveau. Moi j'hésite, je me trouble, je me dépite, j'ai peur; mon goût s'augmente à mesure que décroît ma verve et je m'afflige beaucoup plus d'un mot louche que je ne me réjouis de toute une bonne page. G. Flaubert, Correspondance,1847, p. 57.
5. Il [Flaubert] me parle de l'embarras qu'il a, le travail qu'il lui a fallu d'abord pour se convaincre que cela était comme il le dit. Puis l'absence de dictionnaire, qui l'oblige aux périphrases pour toutes les appellations. À mesure qu'il avance, la difficulté augmente. Il est obligé d'allonger sa couleur locale comme une sauce. E. et J. de Goncourt, Journal,nov. 1859, p. 649.
MAR. Allonger un vaisseau. Le couper transversalement et intercaler un tronçon qui augmentera la longueur du bâtiment. (Attesté ds Lar. 19e, Guérin 1892, Nouv. Lar. ill.).
PELLETERIE. ,,Travailler une peau de fourrure pour en augmenter la longueur au détriment de la largeur, la superficie totale restant toujours à peu près la même.`` (Lar. encyclop.).
Au fig. et fam. Allonger la courroie. Dépenser avec la plus grande parcimonie.
Faire paraître plus long :
6. Deux longues boucles de cheveux, qui tombaient naturellement le long de ses joues, allongeaient encore son visage et lui donnaient quelque chose de rêveur. E. About, La Grèce contemporaine,1854, p. 186.
7. Taanache revint près d'elle; et quand elle eut disposé deux candélabres dont les lumières brûlaient dans des boules de cristal pleines d'eau, elle teignit de lausonia l'intérieur de ses mains, passa du vermillon sur ses joues, de l'antimoine au bord de ses paupières, et allongea ses sourcils avec un mélange de gomme, de musc, d'ébène et de pattes de mouches écrasées. G. Flaubert, Salammbô,t. 2, 1863, p. 29.
2. Donner plus d'amplitude à. Allonger le pas, la foulée, le trot, etc. Presser la marche, accélérer la course :
8. M. de Kergaz atteignit la Barrière de l'Étoile en réfléchissant ainsi, puis il rendit un peu la main à son cheval, qui allongea le trot, et dix minutes après il atteignait le pont de Neuilly. P.-A. Ponson du Terrail, Rocambole,t. 1, L'Héritage mystérieux, 1859, p. 553.
9. − Bonsoir de bonsoir, murmura Croquebol inquiet, pourvu cor' que ce pierrot-là nous aye pas fichus en retard! Allongeons, crebleu, allongeons! Et le torse en avant, les coudes au corps, ils allongeaient, il fallait voir! Le tapage de leurs semelles frappant simultanément le pavé sonnait la danse précipitée du marteau de forge sur l'enclume; à eux deux ils faisaient patrouille. G. Courteline, Le Train de 8 h 47,1888, p. 189.
10. Une escouade précéda le cheval qui allongeait l'amble. entre les brancards de la charrette à claire-voie. P. Adam, L'Enfant d'Austerlitz,1902, p. 530.
Rem. Emploi intrans. de allonger dans une lang. fam. (ex. 9).
En partic.
BALIST. Allonger le tir. Augmenter la portée d'une arme :
11. Rien ne bougeait plus. Si ... un bras remuait encore, remuait à peine, traînant son fanion dans l'herbe. « Rouge! ... Allongez le tir ... Allongez le tir ... » (...). Le vent froid qui passait dans les branches, avec un bruit d'écluse, apportait des tranchées les coups de feu égarés des sentinelles anxieuses. R. Dorgelès, Les Croix de bois,1919, p. 51.
MAR. Allonger la ligne. Espacer davantage les vaisseaux qui composent une escadre. (Attesté ds Besch. 1845, Lar. 19e, Littré, Guérin 1892, Nouv. Lar. ill.).Allonger la nage. ,,Donner une amplitude plus grande aux coups d'avirons.`` (Le Clère 1960).
3. Étendre, déployer, développer dans toute sa longueur.
a) [En parlant d'une chose] MAR. Allonger un cordage. Le développer dans le sens de la longueur. (Attesté ds Besch. 1845, Guérin 1892).
b) [En parlant d'une pers.] SP. et lang. fam. Allonger un boxeur au tapis, allonger quelqu'un d'un coup de poing. L'étendre à terre.
c) [En parlant des membres, de certaines parties du corps (de l'homme ou des animaux)] :
12. Le cheval s'arrêta net à la porte, rentra son échine, tendit le cou, allongea le museau en montrant les dents, écarta les jambes de derrière et se leva sur ses jarrets. G. Flaubert, Par les champs et par les grèves.Touraine et Bretagne, 1848, p. 244.
13. Antoine allongea les jambes, alluma une cigarette et s'efforça de rassembler ses idées. R. Martin du Gard, Les Thibault,La Sorellina, 1928, p. 1192.
En partic. [À propos de l'expr. du visage] Allonger la mine, le nez de quelqu'un. Lui causer de la surprise, une déception, un déplaisir :
14. Tout le monde savait que Pierre était décoré et qu'on allait le nommer quelque chose; ce qui allongeait les nez singulièrement, selon l'expression de la vieille femme. É. Zola, La Fortune des Rougon,1871, p. 303.
4. Tendre vers, d'où donner, porter.
Allonger le bras, la main. Tendre le bras, la main pour montrer, prendre quelque chose :
15. − Est-ce que tu l'as perdue, la pièce-quinze-sous? râla la Thénardier, ou bien est-ce que tu veux me la voler? En même temps elle allongea le bras vers le martinet suspendu à la cheminée. V. Hugo, Les Misérables,t. 1, 1862, p. 483.
16. Puis, lorsque vinrent les jours de grande maraude, il rêva, en la voyant, d'allonger les mains sur sa forte taille, sur ses gros bras, ainsi qu'il les enfonçait dans les barils d'olives et dans les caisses de pommes tapées. É. Zola, Le Ventre de Paris,1873, p. 785.
Allonger un coup, un coup de (poing, pied, épée). Porter un coup en se détendant vivement :
17. Dimanche dernier encore, j'ai passé devant le café Montor; tous ont tourné le dos à la fois, comme des soldats à la parade; j'ai été violemment tenté de leur allonger un coup de pied où vous savez. Stendhal, Lucien Leuwen,t. 1, 1836, p. 51.
18. Le premier de ces hussards, la figure toute rouge, allongea d'abord un coup de sabre sur l'oreille de mon pauvre camarade, en jurant comme un possédé; et comme il relevait le bras pour l'achever, je lui enfonçais ma baïonnette dans le côté de toutes mes forces. Erckmann-Chatrian, Le Conscrit de 1813,1864, p. 187.
En partic., pop. Allonger une raclée, une gifle :
19. Et elle faisait mine de l'enjamber, pour sauter par terre. Alors, poussé à bout, voulant dormir, Fontan lui allongea une gifle, à toute volée. La gifle fut si forte, que, du coup, Nana se retrouva couchée, la tête sur l'oreiller. Elle resta étourdie. É. Zola, Nana,1880, p. 1295.
Allonger un billet, une somme d'argent. Donner ce billet, payer, rembourser cette somme :
20. ... M. Marescot (...) entra dans la boutique, le chapeau sur la tête, demandant son argent, qu'on lui allongea tout de suite d'ailleurs. É. Zola, L'Assommoir,1877, p. 521.
21. Pierrot s'approcha. Il allongea ses quarante sous et fit un carton. Ce n'était pas brillant. R. Queneau, Pierrot mon ami,1942, p. 24.
Arg. Les allonger. ,,Régler, payer.`` (Le Breton 1960).
Rem. Dans une lang. anc. et spécialisée (mar.), le composé allonger peut renvoyer au simple longer. Allonger l'ennemi. Se placer parallèlement à lui et le déborder. (Attesté ds Besch. 1845, Guérin 1892). Allonger la terre « longer la terre à petite distance ». (Attesté ds Besch. 1845).
B.− [Concerne le temps] Faire durer davantage :
22. Eût-elle [la lune] paru, il suffirait d'un léger nuage, du moindre brouillard pour la cacher et pour allonger le rhamadan de vingt-quatre heures. E. Fromentin, Un Été dans le Sahara,1857, p. 222.
23. Le calendrier n'était réglé ni sur le cours de la lune ni sur le cours apparent du soleil; il n'était réglé que par les lois de la religion, lois mystérieuses que les prêtres connaissaient seuls. Quelquefois la religion prescrivait de raccourcir l'année et quelquefois de l'allonger. N.-D. Fustel de Coulanges, La Cité antique,1864, p. 200.
24. On est en droit de prévoir que les progrès incessants de la science allongeront encore sensiblement la vie moyenne de l'homme; et sans doute même aboutiront-ils à étendre la durée de vie maximum. J. Rostand, La Vie et ses problèmes,1939, p. 131.
Fig. et fam. Allonger le parchemin. Faire tirer un procès en longueur en multipliant les écritures et les formalités.
Allonger la sauce. Faire traîner en longueur un discours, un récit, etc. sans rien ajouter au fond.
Rem. L'emploi fig. consiste dans ces expr. dans une transpos. de l'espace au temps.
II.− Emploi intrans.
A.− ÉQUIT. [En parlant du cavalier] Baisser la main et serrer le cheval avec les jambes.
VÉN. [En parlant du cerf] Pousser sa nouvelle tête. [En parlant d'un oiseau] Se revêtir de ses plus grosses plumes.
B.− Accroître en durée :
25. Puis c'était le mois de mars, les jours allongeaient, l'hiver s'en allait, l'hiver emporte toujours avec lui quelque chose de nos tristesses; puis vint avril, ce point du jour de l'été, frais comme toutes les aubes, gai comme toutes les enfances; un peu pleureur parfois comme un nouveau-né qu'il est. V. Hugo, Les Misérables,t. 2, 1862, p. 114.
III.− Emploi pronom.
A.−
1. Devenir plus long dans l'espace :
26. Je me dis quelquefois : « Le Seigneur est semblable à l'architecte d'un dôme de fer comme j'en ai vu, qui laisse du jeu entre les matériaux qui forment sa charpente, afin que le fer s'allonge ou se raccourcisse librement, selon les saisons, sans que ça rompe son mécanisme. » A. de Lamartine, Le Tailleur de pierre de Saint-Point,1851, p. 505.
27. La tendresse des anciens jours leur revenait au cœur, abondante et silencieuse comme la rivière qui coulait, avec autant de mollesse qu'en apportait le parfum des seringas, et projetait dans leurs souvenirs des ombres plus démesurées et plus mélancoliques que celles des saules immobiles qui s'allongeaient sur l'herbe. G. Flaubert, Madame Bovary,t. 2, 1857, p. 38.
2. S'accroître en amplitude.
BALIST. Le tir s'allonge :
28. Mais, soudain le tir s'allongea : ils balayaient à droite. Toutes les têtes se relevèrent. Oh! L'unique minute de bonheur, quand la mort est allée plus loin. R. Dorgelès, Les Croix de bois,1919, p. 207.
3. [En parlant d'une chose ou d'une pers.] S'étendre, se développer sur toute sa longueur :
29. ... le vitrage de l'atelier a des échappées sur la large plaine, et, au bout de l'horizon, on voit s'allonger la ligne immobile de la forêt. H. Taine, Notes sur Paris,Vie et opinions de Monsieur Frédéric-Thomas Graindorge, 1867, p. 248.
30. Céline arrivait le dimanche matin, disait : je m'aboule pour une balade. − Lui, continuait à prétexter des travaux pressés, s'ingéniait, ainsi qu'il se l'était promis, à ne pas la suivre. Alors elle s'allongeait sur le divan, grommelait, remuait, jusqu'à ce qu'impatienté de ces manigances, il consentît enfin à la sortir. J.-K. Huysmans, Les Sœurs Vatard,1879, p. 254.
Rem. En parlant d'une pers., emploi fréq. à l'impér. :
31. − « Faisons les choses selon les règles », dit Philip, gaiement. « Allongez-vous là-dessus. » Il désignait la chaise longue recouverte d'une toile blanche, où il faisait étendre ses clients. R. Martin du Gard, Les Thibault,Épilogue, 1940, p. 891.
En partic.
[À propos de l'expr. du visage] Revêtir une expression de surprise, déception, contrariété :
32. − Je m'en vais commencer par Landouzy, dit l'institutrice; de là je pense aller à Vorges. En entendant ce nom, Mademoiselle Creton sauta sur sa chaise, et sa figure se tira comme par mille ressorts invisibles; son nez se pinça, son menton s'allongea; Madame Chappe fut effrayée du changement subit qui s'était opéré sur la physionomie de la vieille fille. Champfleury, Les Bourgeois de Molinchart,1855, p. 146.
33. Quelques mois après, si mon grand-père demandait au nouvel ami de Swann : « Et Swann, le voyez-vous toujours beaucoup? » la figure de l'interlocuteur s'allongeait : « Ne prononcez jamais son nom devant moi! » M. Proust, À la recherche du temps perdu,Du côté de chez Swann, 1913, p. 194.
[En parlant de la morphol. d'une pers.] S'amincir, s'affiner :
34. Qu'il devait faire bon là-bas! Quelle fraîcheur sous la hêtrée! Et il ouvrait les narines pour aspirer les bonnes odeurs de la campagne, qui ne venaient pas jusqu'à lui. Il maigrit, sa taille s'allongea, et sa figure prit une sorte d'expression dolente qui la rendit presque intéressante. G. Flaubert, Madame Bovary,t. 1, 1857, p. 9.
35. Les formes humaines renoncent à leur véhémence musculaire; elles aussi s'amincissent, s'allongent, aspirent à l'élégance plus qu'à la puissance. R. Huyghe, Dialogue avec le visible,1955, p. 296.
Fam. Tomber par terre, s'étaler de tout son long.
4. [En parlant de coups, de gifles, etc.] Se donner, s'envoyer :
36. N'y a-t-il pas, d'ailleurs, partout de bons vieux portraits à vous faire passer devant un temps infini, en vous figurant le temps où leurs maîtres vivaient, et les ballets où tournoyaient les vertugadins de toutes ces belles dames roses, et les bons coups d'épée que ces gentilshommes s'allongeaient avec leurs rapières. G. Flaubert, Par les champs et par les grèves.Touraine et Bretagne, 1848, p. 181.
37. Et elles remontaient chez elles, en arrangeant une histoire, dont elles ne se servaient souvent pas, lorsqu'elles trouvaient leurs parents occupés à s'allonger des gifles, pour une soupe mal salée ou pas assez cuite. É. Zola, L'Assommoir,1877, p. 714.
B.− S'accroître en durée :
38. − On cesse de bâtir, les naissances diminuent, les morts se multiplient, les nuits s'allongent et les jours s'accourcissent. M. Maeterlinck, La Vie des abeilles,1901, p. 254.
39. La chute de l'Arno a comme des écaillures nacrées, d'un vert extrêmement pâle, et, plus bas, de cette même couleur orangée. Les pêcheurs au loin portent les nasses et regagnent leurs barques ... merveille de ces jours qui s'allongent... A. Gide, Journal,Feuillets de route, 1895, p. 64.
Prononc. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [alɔ ̃ ʒe], j'allonge [ʒalɔ ̃:ʒ]. Passy 1914 note une durée mi-longue pour la 2esyllabe de l'inf. (pour une durée longue, cf. Fér. 1768 et Fér. Crit. t. 1 1787). Enq. : /alõʒ/. Conjug. parler. 2. Dér. et composés : allonge, allongé, allongeable, allongeant, allongement, allongeresse, allongeur, rallonger. Cf. long. 3. Forme graph. − Allonger fait partie des verbes en -ger qui prennent un e apr. le g devant o et a, afin de conserver la prononc. [ʒ] (il en est de même pour allongeable, allongeant). Cf. abroger.
Étymol. ET HIST. − 1. Ca 1160 sens gén. alonger « rendre plus long » (Ben., Troie, 14412 ds Gdf. Compl. : Atant i avint Troylus Ne sé que alonjasse plus, Devers senestre, enz el costé Li a merveillos colp doné); 2. 1239 alongier « proroger (en parlant d'un délai) » (Chap. de S. Amé de Douai, A. Nord, ibid. : Si fu li jours alongies de dire l'arbitre de la nativité saint Jehan dusqes a le saint Remi); 3. 2emoitié du xvies. s'allonger « s'étendre de tout son long » (Rons., Ecl., II, p. 550, ibid. : Je resve, je discours, je baille, je m'allonge); 4. fin xvies. spéc. « ajouter de l'eau au vin » (O. de Serres, III, 8, ibid. : Encores ce peu qui y pourroit rester se trouve utilement pour le mesnage, ou es vins presses, ou es allonges avec de l'eau); 5. 1704 mar. (Trév. : On dit Allonger la terre; pour signifier aller contre la terre ... Allonger le cable, pour dire l'étendre jusqu'à un certain lieu sur le pont ... Allonger la manœuvre, pour dire, l'étendre sur le pont, afin qu'elle soit en état de servir). Dér. de long*; préf. a-1*.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 2 179. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 1 544, b) 5 358; xxes. : a) 4 148, b) 2 586.
BBG. − Bailly (R.) 1969 [1946]. − Bar 1960. − Baudr. Chasses 1834. − Baulig 1956. − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Bonnaire 1835. − Canada 1930. − Caput 1969. − Cohen 1946, p. 15. − Dup. 1961. − Esn. 1966. − France 1907. − Gottsch. Redens. 1930, p. 63, 146, 205, 288; pp. 305-306. − Gramm. t. 1 1789. − Gruss 1952. − Guizot 1864. − Hanse 1949. − Jal 1848. − Jossier 1881. − Kold. 1902. − Laf. 1878. − Larch. 1880. − La Rue 1954. − Lasnet 1970. − Lav. Diffic. 1846. − Le Breton 1960. − Le Clère 1960. − Le Roux 1752. − Mar. Lex. 1961 [1951]. − Noter-Léc. 1912. − Nysten 1814-20. − Sandry-Carr. 1963. − Sardou 1877. − Sommer 1882. − Springh. 1962. − Synon. 1818. − Thomas 1956. − Will. 1831.

Wiktionnaire

Verbe

allonger \a.lɔ̃.ʒe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’allonger)

  1. Rendre plus long.
    • Allonger une table. Allonger une galerie. — Allonger un habit, une jupe. — Allonger des étriers.
    • Les additions que l’auteur a faites ont trop allongé ce chapitre. — Cette corde s’est allongée.
  2. Déployer ; étendre. — Note : Dans ce sens, on ne le dit guère qu’en parlant des membres ou de certaines parties du corps de l’homme ou des animaux.
    • Charles allongea doucement derrière lui une main qui se porta sur un pommeau de pistolet de nouvelle invention, […]. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre III)
    • D'ailleurs, tiens, il faut que je raconte ça sur Fessebouc ! En allongeant le cou, je vis dans le rétroviseur qu'elle avait extirpé de sa poche un iPhone. — (Luc Doyelle, Qui veut la peau de Nestor Boyaux ?, Les Editions du Préau, 2014, chap. 20)
    • Un éléphant qui allonge sa trompe. Un serpent qui s’allonge sur l’herbe.
  3. Porter les profits d’une charge, d’un emploi plus loin qu’ils ne devraient aller légitimement.
    • Sa place ne lui vaudrait pas tant, s’il n’allongeait la courroie.
    • Il a peu de revenu et beaucoup de charges : il faut qu’il allonge bien la courroie pour se tirer d’affaire.
  4. (Argot) Payer, verser (une certaine somme).
    • Très chic, je vous le garantis, et il a sûrement fallu en allonger une drôle de pincée pour mettre ça debout. — (Peter Cheyney, La Môme vert-de-gris, traduction de Marcel Duhamel, Gallimard, 1945)
    • Je lui allonge les deux billets rouges. Il les enfouit prestement dans sa poche… — (Frédéric Dard, Fais gaffe à tes os, Fleuve noir, 1956)
    • Je ne regrette pas mes 100 francs, bien au contraire. Certains allongent, en même temps que leur corps sur un divan, la même somme chaque semaine et cela pendant des années pour se connaître un peu mieux. — (Philippe Claudel, Parfums, Torréfaction, Stock, 2012)
  5. Porter un coup, en allongeant le bras.
    • Allonger un coup d’épée, une botte,
    • Quand ils faisaient par trop de tapage, elle leur allongeait quelques taloches — (Émile Zola, Le Ventre de Paris, Georges Charpentier, Paris, 1873)
    • (Populaire) Allonger une mandale.
  6. Faire durer davantage.
    • Allonger le temps. Allonger un procès.
    • Allonger une affaire. Allonger le travail. Allonger une procédure.
  7. (Intransitif) Devenir plus long.
    • Les jours allongeaient.
  8. (Pronominal) Devenir plus long, s'étendre.
    • Héloïse dit et redit son chapelet. Les grains cliquettent de minute en minute et sans relâche, le chuchotement rapide des oraisons s’allonge. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Les nuits s'allongent en hiver.
    • Je m’allonge pour faire ma sieste.
  9. (Sports hippiques) Faire courir un cheval sur une distance supérieure à celles auxquelles il est habitué.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ALLONGER. v. tr.
Rendre plus long. Allonger une table. Allonger une galerie. Allonger un habit, une jupe. Allonger des étriers. Les additions que l'auteur a faites ont trop allongé ce chapitre. Cette corde s'est allongée. Allonger le pas, Hâter sa marche en faisant de plus grands pas. Fig. et fam., Allonger la courroie, Tirer parti d'une somme modique, d'un revenu borné, en mettant une grande économie dans sa dépense. Il a peu de revenu et beaucoup de charges : il faut qu'il allonge bien la courroie pour se tirer d'affaire. Il signifie aussi Porter les profits d'une charge, d'un emploi plus loin qu'ils ne devraient aller légitimement. Sa place ne lui vaudrait pas tant, s'il n'allongeait la courroie.

ALLONGER signifie aussi Déployer, étendre; et, dans ce sens, on ne le dit guère qu'en parlant des Membres, de certaines parties du corps de l'homme ou des animaux. Allonger le bras. Les bras peuvent s'allonger et se replier en plusieurs sens. Allonger les jambes. Allonger le cou. Un éléphant qui allonge sa trompe. Un serpent qui s'allonge sur l'herbe. Allonger un coup d'épée, une botte, Porter un coup d'épée, une botte en allongeant le bras. Il signifie encore Faire durer davantage. Allonger le temps. Allonger un procès. Allonger une affaire. Allonger le travail. Allonger une procédure. Le participe passé

ALLONGÉ, ÉE, se dit quelquefois adjectivement, surtout dans les Sciences naturelles, de Ce qui est long, par opposition aux choses de même espèce qui ont une forme plus ramassée. Ce poisson a une tête allongée. Un fruit de forme allongée. En termes d'Anatomie, La moelle allongée, La moelle qui remplit la cavité de toutes les vertèbres depuis le cerveau jusqu'à l'os sacrum. Fam., Avoir le visage allongé, la mine allongée, Avoir un air qui dénote le déplaisir qu'on éprouve de quelque disgrâce, de quelque contrariété imprévue.

Littré (1872-1877)

ALLONGER (a-lon-jé. Devant un a ou un o, le g prend un e : il allongea) v. a.
  • 1Rendre plus long. Allonger une table, une robe. Allonger une rue. Six chevaux pour allonger un équipage, La Bruyère, 7.

    Fig. Sidrac, à qui l'âge allonge le chemin, Boileau, Lutr. I.

    Allonger le visage, rendre triste ou penaud. J'allonge les visages de ceux qui attristaient le mien, Voltaire, Lett. à Cath. 48.

    Allonger le pas, presser sa marche. Notre suisse, allongez le pas, Béranger, Bedeau.

    Fig. Allonger la courroie, traîner en longueur une affaire, ou tirer parti de ressources médiocres.

    Allonger le parchemin, faire de longues écritures pour en tirer plus de profit ; tirer un procès en longueur.

  • 2Déployer, étendre, en parlant de certaines parties du corps. Allonger le bras, le cou. L'éléphant peut raccourcir, allonger, courber sa trompe et la tourner en tous sens.

    Absolument. Retarder, apporter des longueurs. Une lettre de M. de Cambrai qui ne sert qu'à allonger, Bossuet, Quiét. 218.

    Familièrement. Allonger un coup d'épée, de poing, de pied ; le donner. Un cheval allonge la ruade, il rue.

  • 3En langage culinaire, allonger une sauce, c'est y ajouter du bouillon ou de l'eau, et en diminuer ainsi la force.
  • 4 En termes de chasse, Ce cerf a tout allongé, il a poussé sa nouvelle tête après avoir mis bas. Cet oiseau s'allonge, il se revêt de ses grosses plumes.
  • 5 En termes de marine, allonger la ligne, augmenter les distances entre les vaisseaux qui la forment.
  • 6S'allonger, v. réfl. Devenir plus long. Les jours s'allongent du solstice d'hiver au solstice d'été.
  • 7S'étendre. Un serpent s'allonge sur l'herbe. Là les heures, pour moi, s'allongeaient dans l'attente, Delavigne, Paria, II, 5.
  • 8 Terme de manége. Baisser la main et augmenter progressivement l'effet des jambes.

REMARQUE

Allonger pris absolument ou comme verbe neutre, signifie retarder, apporter des longueurs, et non devenir plus long. C'est donc une locution vicieuse que : les jours allongent ; dites : les jours s'allongent.

SYNONYME

ALLONGER, PROLONGER. C'est rendre plus long. Allonger, c'est ajouter de la longueur ; prolonger, c'est ajouter de la longueur dans un sens déterminé. Au propre, on allonge un chemin, quand on fait le chemin plus long, sans autre indication ; on prolonge un chemin, quand on le poursuit dans la direction qui lui est donnée. Au figuré, on allonge une discussion, quand on la rend plus longue ; on la prolonge, quand, à dessein, on la fait durer. Allongement et prolongement offrent les mêmes distinctions.

HISTORIQUE

XIIe s. Grant demi pié [il] les a fait alongier, Ronc. p. 189. Fors seul itant qu'ele ne me fait don De lui [l'] amer pour alongier ma vie, Couci, II.

XIIIe s. Garsions s'enfoï, por sa vie alongier, Amont el haut castel qui siet en haut rochier, Ch. d'Ant. VI, 1017. Se ses sergans avoit le bois vendu et le premier terme assis, n'avoit il pas pooir ne autorité du terme alongier, Beaumanoir, XXXIV, 7. Li ples ne doit mie por ce demorer ne alongier, par le [la] coustume de le [la] cort laie, Beaumanoir, V, 20. Et si alonge et met en delay moult de coses par se [sa] parece, lesqueles il deüst haster, Beaumanoir, XXXIV, 20. Noz traiterons eche [en cet] endroit de le [la] division des lignages, et comment et en quel maniere lignages s'alonge, Beaumanoir, XIX, 1.

XVIe s. Que ceux qui avoient alongé le serment à la mesure des bonnes mœurs, l'avoient mis à usage d'estrivieres, D'Aubigné, Hist. III, 150. Des vins pressés, trempés, allongés, et autres de mesnage, De Serres, 219.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

ALLONGER, v. act. (Marine.) Allonger le cable, c’est l’étendre sur le pont jusqu’à une certaine longueur, ou pour le bitter, ou pour mouiller l’ancre. Voyez Bitter. Allonger une manœuvre, c’est l’étendre pour pouvoir s’en servir au besoin. Allonger la vergue de civadiere, c’est ôter la vergue de civadiere de l’état où elle doit être pour servir, & la faire passer sous le beaupré, on le long du beaupré, au lieu de la tenir dressée en croix. Voyez Beaupré. Allonger la terre, c’est aller le long de la terre. Voyez Ranger la côte. (Z)

Allonger, v. act. (Escrime.) c’est détacher un coup d’épée à l’ennemi en avançant le pié droit sans remuer le gauche. Voyez Estoc.

Allonger le cou, (Manege.) se dit d’un cheval qui au lieu de tenir sa tête en bonne situation lorsqu’on l’arrête, avance la tête & tend le cou comme pour s’appuyer sur sa bride, ce qui marque ordinairement peu de force de reins. Allonger, en terme de Cocher, c’est avertir le postillon de faire tirer les chevaux de devant ; alors le cocher dit au postillon, allongez, allongez. Allonger les étriers, c’est augmenter la longueur de l’étriviere par le moyen de sa boucle, dont on fait entrer l’ardillon à un ou plusieurs points plus bas. Voyez Etrier. (V)

* Allonger, v. neut. usité dans les Manufactures de soie. Si une étoffe est mal frappée, que les figures du dessein, quelles qu’elles soient, fleurs ou autres, n’aient pas les contours qu’elles doivent avoir, mais qu’elles prennent plus de longueur que le dessein n’en comporte ; on dit que l’ouvrier allonge.

Allonger, c’est en terme de Manufacturier en laine, en fil, en un mot, presqu’en tout ouvrage ourdi, mettre l’étoffe ou l’ouvrage sur deux ensuples éloignées l’une de l’autre de quelques piés ; & par le moyen de leviers appliqués dans des trous pratiqués aux quatre extrémités de ces deux ensuples, le distendre & lui donner plus d’aunage. Cette manœuvre est expressément défendue par les reglemens. Voyez Ramer, Draperie.

Allonger se dit encore d’une chaîne qui devenue trop courte pour fournir la quantité d’ouvrages d’un même dessein que l’on desire, s’allonge d’une autre chaîne qu’on lui ajoûte, par le tordage & par les nœuds. Voyez Tordage & Nœuds.

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Étymologie de « allonger »

Verbe dérivé de longer avec le préfixe ad-.
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Bourguign. elongé ; provenç. alongar, alongnar, alonjar, alunhar ; anc. catal. alongar ; ital. allungare ; de a (voy. voy. À) et long (voy. LONG).

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Phonétique du mot « allonger »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
allonger alɔ̃ʒe

Évolution historique de l’usage du mot « allonger »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « allonger »

  • Je suis ici pour être raccourci et non pour être allongé. Alphonse Louis Dieudonné Martainville,
  • Abréger son souper, c'est allonger sa vie. De Benjamin Franklin / Almanach du pauvre Richard
  • Les pattes du canard sont courtes, il est vrai ; mais les allonger ne lui apporterait rien. De Tchouang-Tseu
  • C’est terrible d’allonger la vie en prolongeant seulement la vieillesse. De Professeur Choron / Tout s’éclaire !
  • Le vieillard le plus âgé garde toujours l’espoir d’allonger sa vie d’un lendemain. De Jonathan Swift / Les voyages de Gulliver
  • Pour rendre l'opéra supportable, il faudrait allonger les ballets et raccourcir les jupes des danseuses. De Jean le Rond d’Alembert
  • L’architecture moderne, c’est quand il faut allonger la jambe gauche pour maintenir fermée la porte des waters. De Nancy Banks Smith / The Guardian - 1979
  • La liste des problèmes sociaux qui iront de mal en pis avant de s’arranger risque fort de s’allonger avant de diminuer. De Pierre Dac
  • On serre toujours contre son sein celui qu'on aime et l'art d'écrire n'est que l'art d'allonger ses bras. De Denis Diderot / Lettre à Sophie Volland
  • Le délai de traitement des dossiers de demande d'asile continue de s'allonger, loin des objectifs du gouvernement et symbole de la «crise de l'accueil» en France, selon un rapport publié samedi 20 juin à l'occasion de la journée mondiale des réfugiés. Le Figaro.fr, Le délai de traitement des dossiers de demande d'asile continue de s'allonger

Traductions du mot « allonger »

Langue Traduction
Anglais lie down
Espagnol alargar
Italien allungare
Allemand hinlegen
Portugais deitar
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Synonymes de « allonger »

Source : synonymes de allonger sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « allonger »

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