La langue française

Tu

Sommaire

  • Définitions du mot tu
  • Étymologie de « tu »
  • Phonétique de « tu »
  • Citations contenant le mot « tu »
  • Images d'illustration du mot « tu »
  • Traductions du mot « tu »

Définitions du mot tu

Trésor de la Langue Française informatisé

TU, pron. pers. et subst. masc.

I. − Pronom personnel non prédicatif (conjoint) de la 2epersonne du singulier.
A. − [Dans un dialogue, toujours en fonction de suj.] Non, non, j'ai une visite à faire et il faut que tu viennes avec moi. Ce ne sera pas long et après nous rentrerons (Drieu La Roch., Rêv. bourg., 1937, p. 113).Bah, dit Pujolhac qui nous écoutait en continuant d'affiler tranquillement sa serpe, un jour tu verras qu'on ne peut pas complètement tuer le tartufe dans un homme si on n'y tue pas aussi le polémiste (Abellio, Pacifiques, 1946, p. 200).
1. [Plus fam. que vous, s'emploie en parlant à des enfants ou entre pers. d'une même famille ou entre camarades] Tu feras route avec moi. Je tutoyais bien ton père, fit-il devant l'étonnement réprimé de l'interlocuteur (Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 101):
1. Bonjour Lucien. Tu trahis Paris pour la première fois! Une poignée de main trop vigoureuse, ce tutoiement de camarade de collège et de faculté, impressionnèrent défavorablement le jeune homme... les familiarités obligatoires l'énervaient: on les refuse aux amis d'élection, pour les subir après dix ans de compagnons oubliés. Bordeaux, Pays natal, 1900, p. 18 ds Sandf. t. 1 1965, § 23, p. 36.
2. [Le passage de vous à tu dénote une intimité plus grande, une connaissance réciproque plus approfondie] J'ai mon idée... Je vais aller revoir notre petit square de la rue La Fayette. Vous... tu m'y trouveras, si tu veux, en sortant de la gare du Nord. Ou plus tard (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 631).
Rem. Certains aut. utilisent ce passage à des fins styl.; ainsi dans l'ex. suiv., où le vous marque la déférence due à un supérieur et où le tu replace l'homme dans les limites de son pouvoir effectif: Vous pouvez, ô mon capitaine, Barrer la Tamise hautaine... Mais tu ne prendras pas demain à l'Éternel! (Hugo, Nap. II, 1832 ds Dauzat Gramm. 1958, p. 268).
3. [Dans la nouv. liturg. cath. romaine et dans le culte réformé, pour s'adresser à Dieu] Seigneur, tu vois où j'en suis. Toi, du moins, tu le vois. Et tu m'aimes. Je le crois (A. Scève, 41 Prières toutes simples, 1984, p. 77).
4. [Pour se parler à soi-même dans une sorte de dédoublement de la personnalité] Il faut que j'écrive à ma mère. J'ai promis. Seul dans sa chambre, il pensa: « Puisque tu as dit que tu allais écrire, tu écriras. » Et sans attendre il s'assit à sa table, réfléchit un instant, puis commença une lettre (Green, Moïra, 1950, p. 13).
5. Dire « tu » à qqn. Le tutoyer, s'adresser à lui en utilisant tu (et non pas vous). − (...) Toi, maintenant, tu as gagné tes galons. Tu as assez pétri le fer; ta part, c'est le verger et l'ombre, et la maison de ton fils...Tu me dis « tu » maintenant, comme avant.Oui (Giono, Regain, 1930, p. 161):
2. C'est dans ce même sentiment qu'elle n'avait pu se résoudre à lui dire tu [it. ds le texte]: elle ne voulait pas dire tu [it. ds le texte] à un homme qui, l'abandonnant peut-être un jour prochain, deviendrait pour elle un étranger; elle lui dirait tu [it. ds le texte] lorsqu'il lui aurait passé la bague de fiançailles. Montherl., Démon bien, 1937, p. 1245.
B. − [Peut prendre une valeur indéterm. ou indéf.]
1. [Avec une valeur indéterm., il désigne le lecteur d'un livre: l'aut. voulant se sentir plus proche de son lecteur, emploie le tu plus fam. que le vous et s'adresse à lui comme à un ami] C'est l'Ennui!l'œil chargé d'un pleur involontaire, Il rêve d'échafauds en fumant son houka. Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,Hypocrite lecteur,mon semblable,mon frère! (Baudel., Fl. du Mal, 1857, p. 7).Au surplus, ami lecteur, tu connais de longue main déjà le persécuteur de l'infortuné Benjamin (Milosz, Amour. init., 1910, p. 9).
2. Fam. ou pop. (le plus souvent sous la forme élidée t'). [Peut prendre (comme vous) une valeur indéf.] Tout ça, dit Lamuse, ça n'a pas d'consistance, ça n'tient pas au bide. Tu crois qu't'es rempli, mais au fond d'ta caisse, t'es vide. Aussi, p'tit à p'tit, tu tournes de l'œil, empoisonné par le manque de nourriture (Barbusse, Feu, 1916, p. 27).J'en veux pas, déclare Conan. Une jument, mon vieux!... J'ai eu comme ça une Macédonienne: dès que t'approchais, elle était si contente qu'elle se tapait de grands coups de tête dans le mur! (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 25).
Un(e) m'as-tu vu*.
Loc. En veux-tu en voilà. V. vouloir1.À bouche* que veux(-)tu.
C. − Syntaxe
1. Renforcement du suj. [Renforcé par toi si l'on veut insister sur le fait que c'est l'interlocuteur qui est le suj. du procès à l'exclusion d'autres suj. possibles] Mâche ton mors, Péri; l'ambre sera ta nourriture. Toi, tu veux un bon cavalier, une bonne selle et une bonne pâture (Montherl., Encore inst. bonh., 1934, p. 684).Mais je n'ai jamais envie de retourner dans ces patelins où mon père s'est manifesté. C'est une superstition. Et toi, Justin, tu peux me comprendre mieux que personne (Duhamel, Désert Bièvres, 1937, p. 9).
2. Omission du suj. [Dans une suite de verbes coordonnés ou juxtaposés empl. au même temps et au même mode, tu peut être omis dans la conversation fam. ou dans un style volontaire bref] Peyrony, le stade est fermé. Tu erres comme une âme en peine et certainement vas faire des bêtises. Romps avec tes principes et allons aux championnats d'athlétisme féminin (Montherl., Olymp., 1924, p. 240).Avec les enfants, même les plus petits, tu jacasses et bêtifies des journées entières (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 17).
Rem. Dans certains tours arch., tu peut être omis en dehors de la coordination: Tes père et mère honoreras.
3. Place du suj. [Tu, pron. conjoint, se place immédiatement avant le verbe (seuls un pron. pers. régime ou bien en ou y, ou encore la nég. ne peuvent s'intercaler entre tu et le verbe)] Il n'est pas vrai que tu aies perdu Dieu. Et d'ailleurs tu n'en sentirais pas plus la perte que tu n'en as senti le besoin. Tu es aujourd'hui ce que tu étais hier. Si ta chair tremble, c'est de froid (Bernanos, Imposture, 1927, p. 335).Mon ami, j'ai parfois eu des sentiments et des pensées qui purent te peiner; et encore tu ne les connais pas tous. Je voudrais que tu me les pardonnes (Gide, Robert, 1930, p. 1338).
4. Invers. du suj. [L'invers. se fait, dans la lang. châtiée ou littér., dans les phrases interr., dans les phrases exclam. à forme interr., dans les incises ou bien après des adv. comme aussi, à peine, peut-être] Et le cri de la fille ne leva rien d'autre en lui que ce sursaut: « Victoire, sœur des Victoires, n'as-tu pas honte d'avoir besoin de moi! » (Montherl., Songe, 1922, p. 21).
[Dans certaines tournures figées où le verbe est au subj., l'inversion est obligatoire] Bresson ne veut pas de miracle. Il voudrait que dans la scène de l'apparition de la Sainte Vierge à saint Ignace, on ne vît pas la Sainte Vierge (ô Hollywood, que ne puisses-tu entendre ces sages paroles d'un grand metteur en scène!) (Green, Journal, 1947, p. 99).
5. Élision du suj. [Devant une voy. ou un h dit « non aspiré », tu s'élide en t' dans la lang. pop. ou fam.] T'avais pas le droit, criait Lengaigne, t'avais beau être maire, fallait suivre le rang; et c'est donc pour m'embêter que t'es venu te coller près de papa?... Mais nom de Dieu, tu n'y es pas encore! (Zola, Terre, 1887, p. 511).T'en reviendras de ton Amérique et dans un état pire que nous! C'est tes goûts qui te perdront! Tu veux apprendre? T'en sais déjà trop pour ta condition! (Céline, Voyage, 1932, p. 234).
II. − Subst. masc. [Avec ou sans déterm.]
A. − La personne à qui l'on s'adresse, l'interlocuteur. Pour que la familiarité du Je au Tu s'exprime et s'objective dans le rapport dialectique du tiers à son œuvre, il faut donc que le nous-sujet soit devenu un « groupe » objectif, il faut que la « personne collective » ait été reconnue, et elle ne peut l'être réellement que dans son œuvre commune: l'institution (J. Vuillemin, Être et trav., 1949, p. 66).
B. − Fait de dire « tu » à quelqu'un. Le « Tu », symbole des camaraderies superficielles et sans lendemain, place les amis sur le même plan: ils se supposent mutuellement simples, quoiqu'ils se sentent l'un à l'autre étrangers (Foulq.-St-Jean1962).
Passer du « tu » au « vous », du « vous » au « tu ». Alors, toujours dans le même ton merveilleusement simple, il continuait, passant du vous au tu plus tendre (Guéhenno, Jean-Jacques, 1952, p. 268).
C. − Loc. Être à tu et à toi. [Pour marquer la relation étroite que l'on a avec qqn] Expliquez cela comme vous voudrez: au bout de quinze jours de connaissance, Oscar en était déjà au tu et au toi, comme un ami de vingt ans (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 161).La comparaison est assez juste. On est tout à coup à tu et à toi, et l'on ne se connaîtra plus du tout dans trois mois (Goncourt, Journal, 1885, p. 425).
Prononc. et Orth.: [ty]. Homon., formes de tuer. Lang. parlée, fam., s'élide devant voy. ou h muet: t'habites où? t'es belle! Étymol. et Hist. Pron. pers. de la 2epers. du sing., cas suj. 1. de valeur tonique, marque l'insistance, la mise en relief, l'oppos.; fréq. en déb. de prop. 937-952 (Jonas, éd. G. de Poerck, 178: tu doles super edera in qua non laborasti... et ego non parcam Ninive civitati... tu douls mult... e jo ne dolreie de tanta milia hominum si perdut erent); fin xes. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 181: ,,Tu eps l'as deit`` respon Jesus; 307: Tu nos perdone celz pecaz [devant impér., v. Ménard Synt.,57 2e]); ca 1050 en prop. ell. (St Alexis, éd. Chr. Storey, 155: Plainums ansemble le doel de nostre ami: Tu tun seinur, jol f[e]rai pur mun filz); ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 318; 2030); ca 1150 tu meïsmes (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 334); 1remoit. xiies. en fonction d'apostrophe (Psautier de Cambridge, éd. Fr. Michel, LVIII, 5: E tu, Sire Deus... esveille tei); ca 1160 en fonction d'attribut du suj. (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 4945: Comant remandrai ge sanz toi Ne tu comant irras sanz moi? Dunc n'ies tu gié et ge sui tu?); 1174-87 antécédent de rel. (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 3818: Tu qui lez la pucele estas); 2. empl. en a. fr. sans intention d'insistance dans divers cas précis, notamment a) fin xes. apr. une conj. de sub. (Passion, 235: ,,Si tu laises viure Jesum, Non es amics l'emperador``; 296: Cu tu vendras, Crist, en ton ren); ca 1100 (Roland, 2981); b) ca 1050 apr. un rel. (St Alexis, 219: Empur tun filz dunt tu as tel dolur); c) ca 1135 apr. une conj. de coord. (Couronnement de Louis, éd. Y. G. Lepage, réd. AB, 141: Mes tu es morz); d'empl. facultatif en dehors de ces cas, il deviendra courant, normal en position conjointe pour marquer la pers. du suj., v. W. von Wartburg, Problèmes et méthodes ling., Paris, 1963, pp. 68-81; 3. a) ca 1165 forme enclitique tun [tu en] (Benoît de Ste-Maure, Troie, 1425; 21886); b) fin xiies. forme te [dial. du Nord] (Sermons de St Bernard, 110, 25 ds T.-L.), de là, la forme élidée devant voy. (Raoul de Cambrai, 5157, ibid.). - Tu est en règle gén. au Moy. Âge réservé aux inférieurs ou utilisé entre égaux dans les classes inférieures; il est souvent empl. pour manifester des sentiments violents ou dans les moments d'intimité; on dit souvent tu à Dieu (ca 1135 Couronnement de Louis, 59); ces usages ne sont cependant ni rigides, ni figés v. Ménard Synt.,59 2 ; Moignet Gramm., p. 262; v. aussi vous; 4. av. 1771 empl. subst. le tu (M. de Bussy ds Trév. 1771). Du lat. tu, pron. pers. de la 2epers., nomin., concurrencé à basse époque par vos selon les relations existant entre les pers., v. vous; pour l'ext., dans la lang. pop., de l'empl. du pron. suj. exprimé devant le verbe, v. il. Fréq. abs. littér.: 137 090. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 155 874, b) 210 156; xxes.: a) 195 819, b) 219 672. Bbg. Bryan (A.-M.). Le tu et le vous. Fr. R. 1972, t. 45, pp. 1007-1010. − Bustin-Lekeu (Fr.). Tutoiement et vouvoiement chez les lycéens fr. Fr. R. 1973, t. 46, pp. 773-782. − Calvet (L.-J.). À tu et à vous. Fr. Monde. 1976, no118, pp. 14-18. − Charaudeau (P.). Les Conditions ling. d'une analyse du disc. Thèse, Lille, 1978, p. 8, 9, 38, 39, 40, 117. − Jucquois (G.). Var. sociolectiques du syst. pronom. de la deuxième pers. en fr. contemp. Cah. Inst. Ling. Louvain. 1977, t. 4, pp. 115-118. − Kunstmann (P.). Un Ex. de hiérarchie des niveaux de lang.: le tu et le vous... Congrès Internat. de Ling. et Philol. Rom. 14. 1974. Naples. Atti, 1985, t. 5, pp. 41-51. - Lambert (W. E.), Tucker (G. R.). Tu, vous usted... Rouley, 1976, 228 p. − Maley (C. A.). Historically speaking, tu or vous? Fr. R. 1972, t. 45, pp. 999-1006; The Pronouns of address in Modern Standard French. Mississipi, 1974, 123 p. − Polge (H.). Le Tu et le vous. Grammatica. Suppl., 1976, t. 12, pp. 13-32. − Quem. DDL t. 19. - Schoch (M.). Probl. socioling. des pron. d'allocution: tu et vous: enq. à Lausanne. Linguistique. Paris. 1978, t. 14, pp. 55-73.

Wiktionnaire

Forme de verbe

tu \ty\

  1. Participe passé masculin singulier de taire.
    • Mon oncle, qui s’était tu jusqu’alors, nous reprit en souriant tristement. — (André Gide, La porte étroite, 1909, Le Livre de Poche, page 38)
    • Chacun but, avec la même gravité que le dimanche, à la messe, quand l’orgue s’est tu et que l’on rompt le pain bénit. — (Marcel Arland, Terre natale, 1938, réédition Le Livre de Poche, page 58)
    • « Vous l’intimidiez. Moi, vous ne m’intimidiez pas, mais… je comprends qu’il se soit tu. » — (Julien Green, Moïra, 1950, réédition Le Livre de Poche, page 169)
    • Ça me rendait furieux, mais je me suis tu. — (Eriek Verpale, Olivetti quatre-vingt-deux, 1996, page 7)
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Littré (1872-1877)

TU (tu), TOI (toi), TE (te) pron. pers. de la seconde personne du singulier et des deux genres
  • 1Tu est toujours employé comme sujet. Tu l'as voulu. Que demandes-tu ? Tu y étais. Tu nous parleras. Cléanthis : Ah ! ah ! tu t'en avises, Traître, de t'approcher de nous ! - Sosie : Mon Dieu ! qu'as-tu ? toujours on te voit en courroux, Molière, Amph. II, 3.

    Substantivement, le tu, le toi, l'action de tutoyer. M. de Bussy demande si l'on doit se tutoyer en amour ; et, après avoir dit que cela est indifférent, il finit par ces vers : Le vous me paraît plus galant ; Mais je trouve le toi plus tendre, Dict. de Trévoux, Tu. Les poëtes ont conservé le tu ; et, en vers, cette licence a de la noblesse, parce qu'on paraît s'égaler à son supérieur, Condillac, Gram. II, 7.

  • 2Toi s'emploie comme régime direct. Qui a-t-on voulu désigner ? toi. Il veut vous voir, toi et ton frère. Il n'y a que toi qui puisses le faire. Aide-toi, le ciel t'aidera, La Fontaine, Fabl. VI, 18. À ta faible raison garde-toi de te rendre ; Dieu t'a fait pour l'aimer, et non pour le comprendre, Voltaire, Henr. VII.

    Comme régime indirect ou comme régime de préposition. Je compte sur toi. On a parlé de toi. C'est par toi que cela se fera. À qui a-t-on voulu parler ? À toi. Ton maître te fait signe, et veut parler à toi, Molière, l'Ét. I, 10. Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants, Entrant à la lueur de nos palais brûlants, Racine, Andr. III, 8.

  • 3 Par abus et par oubli de l'ancienne langue, toi est employé comme sujet dans certains cas déterminés.

    Il l'est, en jonction avec un nom, ou avec un autre pronom. Ta sœur et toi, venez nous voir. Nul autre que toi n'aura l'héritage. Personne que toi n'est si bien placé.

    Il l'est dans les réponses. Qui sera chargé de cette besogne ? toi.

    Il l'est devant le pronom relatif. Voudrais-je t'affliger, toi que j'aime tant ? Que répondras-tu à cela, toi qui… Et toi, soleil, et toi qui dans cette contrée Reconnais l'héritier et le vrai fils d'Atrée, Racine, Iphig. v, 4. Ô toi, qui vois la honte où je suis descendue, Implacable Vénus, suis-je assez confondue ! Racine, Phèdre, II, 2. Toi, qui prévois tout, lui dit-il [Louis XI, à un astrologue], quand mourras-tu ? Duclos, Œuv. t. III, p. 345.

    Il l'est par réduplication. Toi, tu oserais le défier ! Toi, tu soutiens telle opinion, et moi telle autre.

    Elliptiquement. Toi me trahir ! faire une bassesse, toi ! serais-tu capable de me trahir, de faire une bassesse ? Pourquoi faut-il encor que ma main trop timide Reconnaisse un ami dans les traits d'un perfide ! Qui ? toi ? tu me trahis ? Lafosse, Manlius, IV, 4.

    Il l'est par opposition avec un nom ou un autre pronom. Toi et moi nous irons ensemble. Toi et ton frère, que faites-vous aujourd'hui ? Toi et lui, vous êtes deux fripons.

    Il l'est avec c'est, c'était, etc. Le jeune homme s'émeut, voyant peint un lion : Ah ! monstre ! cria-t-il, c'est toi qui me fais vivre Dans l'ombre et dans les fers ! La Fontaine, Fabl. VIII, 16. C'est toi dont l'ambassade à tous les deux fatale…, Racine, Andr. v, 3.

    Toi joue aussi quelquefois le rôle d'un substantif. La première chose que je lui reproche [à un portrait], est de te ressembler et de n'être pas toi, d'avoir ta figure et d'être insensible, Rousseau, Hél. II, 25.

  • 4Te s'emploie comme régime direct. Je veux bien t'attendre. Je te crois un peu fourbe. Pourrais-tu te résoudre à me quitter ainsi ? Molière, l'Ét. I, 10. Je devrais sur l'autel où ta main sacrifie Te… mais du prix qu'on m'offre il faut me contenter, Racine, Ath. v, 5.

    Comme régime indirect. Je te le promets. …S'il fallait condamner Tous les ingrats qui sont au monde, à qui pourrait-on pardonner ? Toi-même tu te fais ton procès…, La Fontaine, Fabl. x, 2. Je te les vais montrer l'un et l'autre à la fois, Racine, Ath. v, 5.

    Il t'est parent, voy. LEUR.

    L'e de te s'élide devant une h muette ou une voyelle. Tu t'honores par cette conduite. Ne t'amuse pas en chemin.

  • 5Toi-même, voy. MÊME.

    Substantivement, un autre toi-même, voy. MÊME.

  • 6 Familièrement. Être à tu et à toi avec quelqu'un, être assez intime pour le tutoyer et en être tutoyé.

REMARQUE

1. Lorsque toi se trouve après la seconde personne de l'impératif et qu'il est suivi de en ou de y, on élide oi, on met une apostrophe, et on joint par un trait d'union t' au verbe. Informe-t'en. Fais-t'en donner la moitié. Va-t'en. Garde-t'en bien. Mets-t'y. Jette-t'y. Accroche-t'y. J'en goûterai désormais, attens-t'y, La Fontaine, Cuv. Un seul serment suffit à la vie d'un homme : tu en as déjà prêté un, tiens-t'y, Ch. de Bernard, le Gentilhomme campagnard, II, 28.

2. Il ne serait pas incorrect de dire : mets-y-toi, jettes-y-toi. Mais on évite ces façons de parler peu usitées.

3. On a prétendu que l'usage n'admet pas t'y avec les verbes en ier. Cela n'est pas exact ; on peut dire : réfugie-t'y, fie-t'y.

4. Quand toi est régime indirect ou direct d'un verbe à l'impératif, il se met toujours après, et on l'y joint par un trait d'union. Tais-toi. Retire-toi. Fais-toi donner la bourse.

5. Avec l'impératif, c'est toujours toi qu'on emploie, comme régime soit direct, soit indirect. Cependant, quand il y a deux impératifs de suite, on peut remplacer toi par te dans le second : Approche-toi et te mets en ma place.

6. Te, régime direct ou indirect, se met immédiatement avant le verbe. Je t'aime. Je t'annonce cette nouvelle. Si le verbe a en outre un autre régime exprimé par le, la, les, te se met avant le, la, les. Je te le dis. Je te la recommande. Je te les annonce. Mais cette construction ne se fait pas avec me, avec vous, avec nous, avec leur ; on ne dit pas : je te me recommande, mais : je me recommande à toi.

7. Ta sœur ou toi, ta sœur et toi, vous aurez l'héritage. On peut aussi supprimer vous, et dire : ta sœur et toi aurez l'héritage. Même remarque avec ni. Ni ta sœur ni toi, vous n'aurez ou n'aurez l'héritage.

8. Ton frère aussi bien que toi est digne de louange. On peut dire aussi : ton frère aussi bien que toi, êtes dignes de louange.

9. La seconde personne a deux pronoms pour le singulier, tu et vous. Tu s'emploie dans la familiarité entre camarades, amis, parents, mari et femme, etc. Il s'emploie aussi en parlant à des enfants et quelquefois à des personnes fort inférieures. Quelquefois au contraire il fait partie du style oratoire et poétique, et c'est de lui qu'on se sert pour s'adresser aux personnages qu'on respecte le plus, aux monarques, à Dieu même. Ce tutoiement respectueux est un retour à l'antique manière de parler, où l'on ne disait pas vous à une seule personne ; et c'est cet archaïsme qui lui donne sa majesté. Dans les traductions des auteurs anciens, il est d'usage aujourd'hui d'employer le tu ; dans les traductions du XVIIe siècle, on employait la distinction moderne entre tu et vous.

10. Dans l'ancienne langue, toi était toujours régime ; et partout où nous l'employons comme sujet, nos aïeux mettaient tu : tu qui parles ; autre que tu ne l'auras, etc. Cela était la véritable construction ; car toi, représentant te, ne pouvait être sujet.

HISTORIQUE

Xe s. Tu douls [tu as douleur, en lat doles] mult ad…, Fragm. de Valenc. p. 469.

XIe s. Jo t'en muvrai un tel si grant contraire, Ch. de Rol. X.

XIIe s. Par toi commant [par le commandement de toi], Ronc. p. 17.

XIIIe s. Et que ton ami soit un autre toi, Latini, Trésor, p. 322. Que ce bois ne te soit à tousjours mais litiere, Berte, X. Tais toi, vieille, fait ele, n'en ferai rien por ti, ib. LXXXIX. Dist Primaut : je boif plus que tu, Ren. 3164.

XVe s. Tu qui veulz aler par païs, Six choses te vueil enseignier, Deschamps, Poésies mss. f° 65.

XVIe s. Approche toy, et te mets en ma place, Marot, III, 302. Qu'avois-tu, mer, à t'enfuir soudain ? Marot, IV, 324. À ma dextre te sieds, Marot, IV, 321. Qu'es-tu toy, archer ou picquier ? Amyot, Que la vertu se peut apprendre, 8.

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Étymologie de « tu »

(Pronom personnel) Du latin .
(Particule) Variation de ti, lui-même apocope de t-il.
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Picard, ti, toi ; provenç. espagn. et ital. tu ; du latin tu, tibi, te ; grec, σύ ; allem. du ; angl. thou. Toi représente le latin te ; la différence entre toi et te est la différence entre une forme accentuée et une forme enclitique.

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Phonétique du mot « tu »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tu ty

Citations contenant le mot « tu »

  • Donne et tu recevras. De Platon
  • Excelle, et tu vivras. De Joseph Joubert / Pensées
  • Si tu cours, tu iras plus vite, si tu marches, tu iras plus loin, si tu cries, tu seras entendu, si tu parles, tu seras écouté, et si tu calcules trop, tu te tromperas. De Alain Ayache
  • Quand tu donnes tu perçois plus que tu ne donnes, car tu n'étais rien et tu deviens. De Antoine de Saint-Exupéry
  • Plus tu incarnes, moins tu prouves, meilleur tu es. De Richard Berry
  • Si tu penses que tu peux, tu peux. Et si tu penses que tu ne peux pas, tu as raison. De Mary Kay Ash
  • Tu sais assez si tu sais vivre. De Proverbe basque
  • Lorsque tu affirmes, tu interroges encore. De Maurice Blanchot / L’attente, l’oubli
  • Si tu avances, tu meurs ! Si tu recules, tu meurs ! Alors, pourquoi reculer ? De Proverbe chinois
  • Si tu es orgueilleux, tu es le diable ; si tu es triste, tu es son fils. De Les Pères du désert / Colectio monastica
  • Tu n'es pas assez mûr, dis-tu. Attends-tu donc que tu pourrisses ? De Jules Renard / Journal 1887-1892
  • Si tu avances, tu meurs. Si tu recules, tu meurs. Alors pourquoi reculer ? De Proverbe africain
  • Amour, tu me tueras. De Jacques Dutronc / A la vie, à l’amour
  • « Tu t’es fait soumettre tout le match », a lancé Moutet à l’officiel. « Tu dois te faire respecter. Franchement, tu te ridiculises, là il te marche dessus, il te roule dessus ». Le Soir, «Tu t’es fait soumettre tout le match»: le tennisman français Corentin Moutet très remonté contre un arbitre (vidéo) - Le Soir
  • Tu es faible tu es fourbe tu es fou Tu es froid tu es faux tu t’en fous. De Serge Gainsbourg / La Chanson de slogan
  • Problèmes de papiers, d’emploi, difficultés administratives, logement…, la médiation sociale reste l’activité de base de l’association. Mais, sur adhésion, on y a aussi accès à toute une série d’ateliers – sur les écogestes ou la sexualité –, de sorties – au Parc Asterix ou au Louvre –, ainsi qu’une foule d’activités, qui vont des cours d’informatique à la marche nordique en passant par la couture et le soutien scolaire. La Croix, « Tu ne peux pas rester avec tous ces problèmes », à Bobigny, la main tendue des « femmes relais »
  • “Les conversations que j’ai eues au cours des trois derniers jours (avec ses coéquipiers et anciens coéquipiers de Portland) ont probablement été les plus compliquées. Je suis avec le mouvement Black Lives Matter et j’aime et soutiens les militaires, mon frère, et toutes les personnes qui se battent pour défendre nos droits. J’ai beaucoup d’empathie et j’aime profondément tout le monde. Je ne comprends pas comment notre monde, au sens propre comme au figuré, a pu se transformer en noir et blanc. Il y a une espèce de truc qui dit : ‘Si tu ne t’agenouilles pas, tu n’es pas avec nous.’ Ça n’est pas vrai. Je vais continuer à utiliser mes plateformes, ma voix ainsi que mes actions pour montrer à quel point je tiens à la culture Afro-Américaine. Je vis ma vie pour servir et impacter les autres de manière positive.” Meyers Leonard Basket Infos, Meyers Leonard : "Il y a une espèce de truc qui dit : 'Si tu ne t'agenouilles pas, tu n'es pas avec nous.' Ça n'est pas vrai"
  • Pass gratuit , WELCOME TO MY GARDEN TU CONNAIS ? - Nandrin

Images d'illustration du mot « tu »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « tu »

Langue Traduction
Anglais you
Espagnol
Italien tu
Allemand sie
Chinois
Arabe أنت
Portugais vocês
Russe ты
Japonais 君は
Basque zuk
Corse
Source : Google Translate API
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