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Tendre

Définitions du mot « tendre »

Trésor de la Langue Française informatisé

TENDRE1, verbe trans.

I. − Empl. trans. dir.
A. −
1. [Le compl. d'obj. désigne une chose susceptible de déformation]
a) [Un objet élastique, extensible] Faire prendre une forme plus allongée ou rebondie en exerçant une traction. Synon. distendre, étirer; anton. relâcher.Tendre un ressort. Les Luxembourgeoises, (...) exactement moulées, tendaient de toute la force de leur chair opulente les courbes pures des costumes tailleur (Hamp, Champagne, 1909, p. 220).Il s'agit (...) de donner à la tige la courbure qui détermine la force de propulsion. Cela s'appelle tendre l'arc ou bander l'arc (Jeux et sports, 1967, p. 1471).
Loc. fig. Tendez trop l'arc*, la flèche dévie.
Empl. pronom. La Goulue (...) montrait son pantalon cocassement brodé d'un cœur qui se tendait sur son postérieur, lorsqu'elle s'inclinait en saluts irrespectueux (Hist. spect., 1965, p. 1545).
b) [Un(e) (partie du) corps] Faire prendre des formes plus pleines, bombées, un relief plus accusé, sous l'effet d'un effort particulier, d'une cause physiologique, pathologique. Synon. arc-bouter, arquer, arrondir, cambrer, contracter1, courber, enfler, gonfler.Tendre ses muscles. La peau du front était tellement tendue par le poids de la pendaison, que son visage (...) ressemblait à la concrétion pierreuse d'une stalactite (Lautréam., Chants Maldoror, 1869, p. 258) Tendre le jarret*.
Empl. pronom., plus fréq. Les membranes du fœtus, soumises au toucher, se tendent, et sont poussées légèrement en avant (Baudelocque, Art accouch., 1812, p. 191).Cette marche aisée qu'ont les hommes parfaitement sains de corps, dont les muscles se tendent et se détendent en même temps, sans qu'un seul soit en retard (R. Bazin, Blé, 1907, p. 92).
En partic.
♦ Domaine amoureux, vieilli.[Le suj. désigne un homme] Être ou mettre en érection. Tendeur, s.m., homme qui tend (Richepin, Chans. gueux, 1881, p. 290).Vieux faune en l'air guettant ton dû, As-tu vraiment bandé, tendu L'arme assez de tes paillardises? (Verlaine, Œuvres compl., t. 2, Parall., 1889, p. 170).Empl. pronom. Le mâle se tendait, la femelle s'ouvrait, et dans la fusion des sources créatrices s'éveillait le premier frémissement de la vie (Louÿs, Aphrodite, 1896, p. 76).
♦ Domaine vocal, rare.En tendant trop fréquemment et avec excès les cordes vocales pour émettre ces notes, on doit finir par les fatiguer (Holtzem, Bases art chant, 1865, p. 125).
2. Au fig. [Le suj. désigne une pers., son état d'esprit ou une chose abstr.]
a) Concentrer toutes les/ses facultés d'attention, de réflexion, etc. pour les appliquer fortement à tel objet. Tendre son/l'attention. Yves regarde partout, essayant de tendre son intelligence vers le passé, s'efforçant de se souvenir (Loti, Mon frère Yves, 1883, p. 61).On ne peut pas toujours tendre sa volonté et toujours se raidir, et c'est un bonheur que de délier enfin, dans l'effusion, cette gerbe de forces dressées pour la lutte (Camus, Peste, 1947, p. 1449).
Empl. pronom. Sans variété dans le travail, le cerveau se tend et s'use trop (Amiel, Journal, 1866, p. 305).
P. méton. [Le compl. d'obj. désigne un aspect extérieur de la pers.] Faire exprimer une attention aiguë, une volonté opiniâtre. Son front rouge, la vigilance semble le tendre et l'arrondir (Frapié, Maternelle, 1904, p. 82).Empl. pronom. Il leva une main (...). Il la contracta (...) tandis que l'expression de son visage se tendait avec une sorte d'énergie farouche (Vercors, Sil. mer, 1942, p. 76).
b) Mettre dans un état de grande tension nerveuse. Synon. angoisser, énerver, inquiéter, préoccuper; anton. apaiser, calmer, décontracter, détendre.L'eau froide, loin de relâcher les fibres trop tendues et les nerfs agacés, les tend et les resserre encore (Geoffroy, Méd. prat., 1800, p. 488).J'étais oppressé par l'étrange sentiment qu'(...)un monstre inconnu me surveillait de quelque cachette (...). Toutes les fibres de mon corps étaient tendues par l'attente (Milosz, Amour. init., 1910, p. 143).
Empl. pronom. Le dégoût que m'inspirent mes contemporains, les nerfs qui se tendent trop, la cinquantaine sonnée et les inquiétudes d'avenir, voilà mon bilan (Flaub., Corresp., 1872, p. 450).
P. méton.
[Le compl. d'obj. désigne un aspect extérieur de la pers.] Faire exprimer la nervosité. Il se haussa (...), son visage et ses mains s'animèrent, la colère et l'ironie tendirent sa bouche fatiguée (Aymé, Jument, 1933, p. 85).Empl. pronom. Il errait (...), devinant les brocards derrière son dos, voyant les visages soudain se tendre et se fermer quand on l'apercevait (Montherl., Célibataires, 1934, p. 765).
[Le compl. d'obj. désigne une situation, des rapports humains] Tirailler entre des forces contradictoires jusqu'à susciter l'hostilité et mener au bord de la rupture. Tendre l'atmosphère. Favoriser ou défavoriser les liens collectifs, resserrer ceux-ci, tendre, briser ceux-là (Traité sociol., 1967, p. 93).Empl. pronom. Tandis que se tendent les relations entre le pouvoir politique et l'organisation professionnelle, les jeunes agriculteurs poursuivent leurs tâches de réflexion (Debatisse, Révol. silenc., 1963, p. 178).
FIN., empl. pronom. [Le compl. d'obj. désigne les cours de la Bourse] Les cours [de l'or] se sont légèrement tendus sur toute la ligne (Le Monde, 19 janv. 1952, p. 11, col. 1).
c) Péj., peu fréq., empl. pronom. Prendre un caractère contraint, trop rigide, manquant de souplesse, de naturel. Synon. se guinder.Je sentais, comme malgré moi, mon être tout entier se tendre, se raidir, se durcir; je devenais mauvais contre moi-même (...). Parfois (...), je rêvai (...) de m'abandonner à moi-même (Gide, Journal, Feuillets, 1896, p. 104).
P. méton., empl. pronom. [Le compl. d'obj. désigne un aspect d'une œuvre artist.] Marquer l'effort, une recherche excessive. Son style (...), en affectant plus de couleur, s'est tendu par endroits et s'est altéré: il est moins pur qu'autrefois (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 6, 1852, p. 80).
B. −
1.
a) [Le compl. d'obj. désigne une chose souple] Étaler et fixer par ses deux extrémités, par son pourtour ou par toute sa surface, de façon à éviter les plis, les affaissements et à donner une apparence plane. Tendre une corde, un fil, une peau, une voile. Elle vint découvrir le grand lit. (...) la place du Joseph est encore formée (...). Elle tira le drap, le tendant pour effacer (Giono, Gd troupeau, 1931, p. 50).Souhaitable de tendre quelques rangs de barbelé, et de déplier quelques accordéons de réseau Brun (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 151).
Empl. pronom. La toile se tend sur châssis (Arts et litt., 1935, p. 30-1).
b) En partic. [Le compl. d'obj. désigne du papier, du tissu, etc.] Recouvrir un/des mur(s) en étalant bien et en fixant (la matière de revêtement). Dans une petite pièce (...), on avait tendu un papier vert, mis des vitraux coloriés (A. Daudet, R. Helmont, 1874, p. 98).
P. anal. L'heure grise qui tend ses crêpes d'ombre sur la campagne (Pergaud, De Goupil, 1910, p. 7).
P. méton.
[Le compl. d'obj. désigne des murs, une pièce, etc.] Recouvrir de papier, de tissu, etc., fixé au support ou garnir de tapisseries, de voiles suspendus. Synon. tapisser.Elle rafraîchit quelques parties de son mobilier, tendit à nouveau son appartement, l'embellit de fleurs (Balzac, Employés, 1837, p. 30).On eût dit qu'un immense réseau de tapis et de broderies tendait les murs, recouvrait les arcades (Faure, Hist. art, 1912, p. 260).P. anal. De lents flocons éparpillés (...) tendaient tout l'horizon d'une étrange hermine (Lorrain, Sens. et souv., 1895, p. 250).Empl. pronom. Le ciel se pommelait d'ouates éclatantes, se tendait (...) de bleus tendres (Châteaubriant, Lourdines, 1911, p. 49).
[Le compl. d'obj. désigne des murs, des fenêtres, des portes, la façade d'une maison, d'un édifice public] Garnir de tentures mobiles en signe d'apparat (fête ou deuil). Aux processions, les Sauviat tendaient soigneusement leur maison de draps chargés de fleurs, et contribuaient à l'ornement (...) du reposoir, l'orgueil de leur carrefour (Balzac, Curé vill., 1839, p. 9).Cette pièce (...) avait été tendue de noir. Une banquette, couverte d'un drap de même couleur, y servait de sièges à une demi-douzaine de personnes également vêtues de noir (Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 540).
Absol., rare. Le ciel devient noir. Les flocons de neige le sèment de larmes blanches. Dieu semble vouloir tendre aussi [lors des funérailles de Napoléon] (Hugo, Choses vues, 1885, p. 14).
2. [Le compl. d'obj. désigne un(e) (partie du) corps] Déployer au maximum jusqu'à donner une apparence tout à fait rectiligne. Anton. plier, replier.Le poids du seau tendait et roidissait ses bras maigres (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 470).
Empl. pronom., plus fréq. On dégage à terre, la jambe (...) fléchie; cette jambe, en se tendant, favorise le saut (Brillant, Probl. danse, 1953, p. 96).
C. −
1. [Le compl. d'obj. désigne une chose concr.] Dresser un dispositif pour servir à un certain usage. Synon. dérouler, éployer, établir, étaler1.On avait dressé au bord de la rivière (...) une enceinte de pieux, où des pavillons avaient été tendus (...) pour le roi (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 225).Qu'on nous tende un lit de camp dans un coin de cette chambre et qu'on nous serve une légère collation (Gautier, Fracasse, 1863, p. 433).
Vieilli. Tendre une inondation. Répandre des eaux sur tel territoire (généralement avec un objectif stratégique). Le débordement de l'armée anglaise mettait en danger nos lignes de communication (...). Il était grand temps de tendre les inondations, et de replier les dépôts voisins de la frontière (Joffre, Mém., t. 2, 1931, p. 306).
Empl. pronom. Le bras des poulies à foin se tendait au dessus de la porte pourrie des greniers (Nizan, Conspir., 1938, p. 19).
2. [Le compl. d'obj. désigne un piège] Disposer à tel endroit pour attraper le gibier. Tendre des lacets, des pièges. Un homme tendait des nasses. (...) il descendait la berge vaseuse (...) et posait l'engin parmi les roseaux (R. Bazin, Blé, 1907, p. 203).Nous avons tendu des collets à l'orifice de quelques terriers mystérieux (...). Je m'en vais d'abord vérifier les pièges (Saint-Exup., Terre hommes, 1939, p. 225).V. embûche A ex. de Chateaubriand, lacs B ex. de Crèvecœur.
Absol. Va-t-en braconner (...), on ne pourrait même plus tendre, avec ces chaumes tondus (...). Dans les temps, (...) on dressait son filet au débouché des sillons (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 141).
Tendre à + subst. (désignant le gibier).Confectionner des collets pour tendre aux lièvres (Hémon, M. Chapdelaine, 1916, p. 115).
P. anal. Araignées qui tendent leurs toiles (Toepffer, Nouv. genev., 1839, p. 196).P. métaph. L'ingrate (...) n'(...)aura-t-elle pas mélangé tous les fils de satin les plus inextricables que ses doigts d'Arachné auront pu tendre autour d'une pauvre victime? (...) Je suis pris (Nerval, Filles feu, Dédic. à A. Dumas, 1854, p. 501).
Au fig. Utiliser un stratagème destiné à tromper, séduire, surprendre, mettre en tort. Tendre une embuscade, une souricière. Cette petite fille (...) savait être, à ses heures, coquette, innocemment: alors, elle tendait ses lignes aux petits jeunes gens (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1567).Venez donc faire un tour, la nuit est si belle, et entre ses sourires il tendait ses filets (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 238).Tendre ses filets trop haut. V. filet3.
D. −
1. [Le compl. d'obj. désigne un(e) (partie du) corps] Porter dans une direction donnée. Il dresse ses oreilles, il relève ses lèvres (...), tend sa tête au vent, et flaire l'inconnu qui le flatte (Lamart., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 72).Elle tendait sa poitrine en avant, se renversait la nuque en arrière (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p. 45).
Empl. pronom. Un enfant puni qui, du fond de sa chambre noire, se tend vers la chaleur et les lumières de la fête (Gracq, Syrtes, 1951, p. 81).
Loc. Tendre l'échine. V. échine1.Tendre le front, les lèvres. [Pour les offrir au baiser] V. front ex. 1, lèvre A 1 a ex. de Zola.Tendre la joue*, l'autre joue*, la joue* gauche. Tendre la main*, la main* droite, la main* à qqn. Tendre le poing*.
Tendre le bras. [Pour offrir, prendre qqc., indiquer une direction] [Ils] tendaient le bras pour prendre leur verre (Ramuz, Gde peur mont., 1926, p. 118).Il tendit le bras: « Regarde: (...) je fais toute une fête vénitienne » (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p. 170).Tendre les bras* à, vers. Empl. pronom. Seigneur, nous ne prenons pas les trains qui passent (...), c'est pourquoi j'élève vers vous, au-dessus de ma tête, des bras qui se tendent, qui s'allongent (Noailles, Visage émerv., 1904, p. 6).
Tendre le cou. [En signe de vive curiosité] Il ne connaît personne (...). Il a beau tendre le cou et quêter éperdument de l'œil une tête de connaissance (Barbusse, Feu, 1916, p. 158).[Pour s'offrir au coup mortel] Soixante Arabes furent poignardés, dans le dos, comme des civilisés (...). Les autres n'étaient plus assez. Voilà pourquoi, sans bouger, ils tendirent le cou. Il n'y a personne comme ces gens-là pour tendre le cou, quand ils se savent perdus (Mille, Barnavaux, 1908, p. 148).P. métaph. Loin de se révolter contre les violations de la loi, nos représentants en sont venus à tendre le cou pour les subir (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 1).
Tendre le dos*. Au fig. Appréhender un événement fâcheux, s'inquiéter. L'homme (...) le regardait avec une sourde méfiance, tendait le dos à une catastrophe, se demandait in petto à quelle averse de jours de boîte allait aboutir tout à l'heure ce déluge d'amabilités (Courteline, Train 8 h. 47, 1888, p. 234).
Tendre l'oreille. [En signe d'attention soutenue] On percevait un bredouillement. Antoine qui tendait l'oreille parvint à saisir plusieurs mots (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p. 1283).
2. [Le compl. d'obj. désigne une chose concr.] Présenter à bout de bras. Tendre un billet, une cigarette, une lettre, un papier, un plat, un verre. Le Corfiote (...) lui tendit une coupe de vin, qu'elle repoussa fièrement (About, Roi mont., 1857, p. 125).Décidée à piller le prêtre de ses grâces, la mère Guillerm lui tendait le bébé, lui présentait ses autres enfants (Queffélec, Recteur, 1944, p. 223).
Tendre la perche à qqn qui se noie. V. perche2.Au fig. Tendre la perche à qqn. V. perche2.
P. anal. [Le liseron] tend toujours son petit bol Afin que l'averse l'emplisse (Rollinat, Névroses, 1883, p. 164).P. métaph. Ma mémoire est plus fidèle (...) au souvenir réussi elle a laissé son goût d'amour. Elle conserve mes bonheurs et me les tend au moindre appel, avec leur douceur, leur saveur (Géraldy, Toi et Moi, 1913, p. 93).
II. − Empl. trans. indir. Tendre à/vers + subst. ou pron., tendre à + inf.
A. − [Avec une idée d'intention délibérée, d'effort volontaire]
1. [Le suj. désigne une pers.] Porter ses pas vers tel endroit. Synon. s'acheminer, s'orienter vers.Que tout ton être tende en bas; trépigne pour descendre; tu trépigneras pour remonter (Nerval, Sec. Faust, Examen analytique, 1840, p. 208).[Une dépression] se dirigeait vers le nord et faisait donc une bonne route pour la colonne qui tendait (...) vers l'Oued (...), Maxence suivit la molle vallée (Psichari, Voy. centur., 1914, p. 21).
2. Au fig. Orienter volontairement ses forces affectives, morales, intellectuelles vers tel but. Synon. aspirer, s'attacher, prétendre, viser à.
a) [Le suj. désigne une pers., son esprit] Tendre à un but, à un idéal, à la perfection. Bien loin d'entretenir ses passions par l'idée que cette volupté fût en elle-même un bien, le sage ne devait tendre qu'à diminuer cette nécessité, et à vivre de plus en plus en repos (P. Leroux, Humanité, 1840, p. 74):
Aime ne me dit quelque chose que lorsque j'associe à ce son (...) le son du mot britannique aim qui veut dire but. (...) « Je t'aime » signifierait ainsi: « Je tends vers toi, tu es mon but! » Laforgue, Moral. légend., 1887, p. 185.
Empl. pronom. Il faut que le sujet percevant (...) se tende vers des choses dont (...) il porte en lui-même le projet, s'ouvre à un autre absolu (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception, 1945, p. 376).
b) [Le suj. désigne une chose abstr.] L'effort tend vers. Nos désirs, nos sollicitudes, nos affections deviennent ridicules, si ces actes ne tendent pas au plaisir, si ces affections ne se le proposent pas (Senancour, Obermann, t. 2, 1840, p. 73).Les prodigues ne recherchent pas la compagnie des avares (...). Il n'y a donc que les différences d'un certain genre qui tendent ainsi l'une vers l'autre; ce sont celles qui (...) se complètent mutuellement (Durkheim, Divis. trav., 1893, p. 18).
B. − [Avec une idée de passivité] Avoir tendance à.
1. [Le suj. désigne une chose concr.] Se rapprocher de telle position, de tel état, sous l'influence d'une certaine cause. Tendre à se confondre, se déplacer, disparaître, s'écarter, s'effacer, s'élever, se former, se rapprocher, se répandre. L'attraction du soleil (...) est répandue dans toutes les parties de notre globe, qui tendent vers leur centre commun, et qui s'attirent les unes les autres (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p. 343).Il faut faire une part (...) aux changements de teinte que subissent les surfaces colorées (...) sous l'influence d'une lumière (...). À mesure que la source lumineuse se rapproche, le violet prend une teinte bleuâtre, le vert tend au jaune (Bergson, Essai donn. imm., 1889, p. 49).
2. (Sembler devoir) évoluer par nature dans tel sens, vers telle fin.
a) [Le suj. désigne une pers., son esprit] Synon. incliner à, pencher vers.L'esprit est un feu (...). Comme la flamme, il tend naturellement à s'élever. On travaille à le ravaler (Joubert, Pensées, t. 1, 1824, p. 151).Le sujet et l'objet d'une tendance tendent non seulement à se rejoindre, mais à s'identifier. (...) celui qui aime tend à imiter l'objet aimé (Mounier, Traité caract., 1946, p. 67).
b) [Le suj. désigne une chose abstr.] Synon. amener, conduire, mener, tourner à.La sagesse elle-même consiste à voir ou à prévoir la direction où tendent les choses, selon l'ordre le plus naturel (...) et à marcher dans cette direction (Maine de Biran, Journal, 1816, p. 148).La grâce divine (...) donne à l'âme une impulsion sensible vers Dieu. Autant la jouissance est grande, autant le mouvement passionné qui tend vers cette jouissance est violent (Bremond, Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 341).
SYNT. Tendre à (s')accroître, (s')accumuler, améliorer, assurer, augmenter, considérer, constituer, créer, détruire, (se) développer, devenir, diminuer, donner, égaliser, s'établir, faire, se généraliser, maintenir, mettre, modifier, obtenir, placer, prendre, prévaloir, produire, ramener, réaliser, réduire, remplacer, rendre, rétablir.
Locutions
Tendre à/vers sa fin. Être près de se terminer. Synon. tirer/toucher à sa fin.Ces arts, que nous avons portés à une si haute perfection, semblent tendre à leur fin (...) L'art dramatique périt sous la multitude des nouveautés (Bonald, Législ. primit., t. 1, 1802, p. 228).
Tendre à dire, à montrer, etc. Concourir à appuyer une thèse, une interprétation, sans pouvoir apporter une certitude absolue. Les faits tendent à prouver que. On obtient sa disparition définitive [de la péripneumonie] dès que l'on a supprimé tous les malades (...). Tout tend donc à démontrer que le virus ne saurait avoir une vie saprophytique (Nocard, Leclainche, Mal. microb. animaux, 1896, p. 255).Un jeune homme (...) me débite (...) une trentaine de lieux communs très-ramassés, tendant à me prouver charitablement que je ne suis pas dans la bonne voie (Bloy, Journal, 1905, p. 252).V. apologétique ex. 2.
Tendre vers + subst. quantitatif (exprimant une donnée numérique).Prendre des valeurs de plus en plus voisines de telle quantité. Tendre vers une limite, une valeur. À la suite illimitée des nombres entiers, qui augmentent indéfiniment (...), qui tendent vers l'infini, correspondent des inverses qui de-viennent de plus en plus petits et qui tendent vers zéro (E. Borel, Paradoxes de l'infini, 1946, p. 20).
Rem. Pendant la 1remoit. du xixes. surtout, tendant à/en peut encore prendre la marque du fém. et du plur. (selon l'anc. usage qui accordait le part. prés.): J'ai rappelé mes anciennes idées (...) et j'ai fait de nouvelles réflexions tendantes à les confirmer (Lagrange, Fonctions analyt., 1797, p. 5). J'écarte avec grand soin toute conversation tendante à une entière confiance (Cottin, Cl. d'Albe, 1799, p. 203). Notre argent, chose pesante de soi, tendante en bas! (Courier, Pamphlets pol., Au réd. du « Censeur », 1820, p. 32).
REM. 1.
Tendage, subst. masc.,technol. Action de tendre; résultat de cette action. On travaille le devant au moyen du fer, par le tendage ou le rentrage (Dreyfus, Manuel apiéceur, av. 1953, p. 56).
2.
Tende de tranche, subst.,bouch. ,,Muscles cruraux internes, à la face interne de la cuisse détachée du quartier postérieur du bœuf`` (Alim. animale, 1973 ds Clé Mots). Bœuf bourguignon. 1 kg de bœuf (gîte à la noix, tende de tranche) (La Véritable cuis. de famille par tante Marie, Paris, Taride, 1966, p. 145).
3.
Tendière, subst. fém.,bât. ,,Dans un échafaudage: pièce horizontale parallèle au mur, maintenant les écoperches à distance les unes des autres. Barres horizontales maintenant les côtés du fût d'une sapine`` (Peyroux Techn. Métiers 1985). Les maçons élèvent (...) les échafaudages (...). Ils comprennent: des pointiers, perches de sapin, dressées verticalement (...); des tendières horizontales écartées verticalement de 2 m. environ, et reliant les pointiers entre eux (Ancien Memento Barré. Notes et formules de l'architecte, Paris, Albin Michel, t. 2, 1920, p. 1133).
4.
Tendine, subst. fém.,rare, vx. Rideau, tenture. Lorsque ces péristyles sont ornés de pots de fleurs et de tendines de jonc, ils ont un aspect à la fois élégant et sévère (Sand, Hiver à Majorque, 1842, p. 51).Il la tenait cachée (...). De mon appartement, je n'apercevais rien de ce qui se passait dans le sien; une tendine de soie fermait son balcon (Sand, Ma Sœur Jeanneds R. des Deux Mondes, 15 janv. 1874, p. 252).
Prononc. et Orth.: [tɑ ̃:dʀ ̥], (il) tend [tɑ ̃]. Homon. et homogr. tendre2. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Verbe trans. 1. fin xes. « tendre quelque chose à quelqu'un, présenter » (Passion, éd. d'Arco Silvio Avalle, 280); 2. id. « avancer une partie du corps » (ibid., 146); ca 1225 tendre l'oreille (Reclus de Molliens, Miserere, 52, 9 ds T.-L.); 1697 tendre le dos (Regnard, Le Distrait, 183); 3. ca 1100 tendre un arc (Roland, éd. J. Bédier, 780); 4. ca 1100 tendre un tref « dresser une tente » (ibid., 159); 1176 tendre une voile (Chrétien de Troyes, Cligès, 254 ds T.-L.); 1258 tendre les cortines « étendre des tapisseries » (A. du Pont, Mahomet, éd. Y. G. Lepage, 761); 5. ca 1175 « disposer des pièges » (Chroniques Ducs de Normandie, éd. C. Fahlin, 14873); 1462 fig. tendre ses filletz (Villon, Testament, éd. J. Rychner et A. Henry, 1463); 1611 voy quel piege est tendu à tes pieds (Larivey, Fidelle, éd. Viollet-le-Duc, t. VI, 356); 1643 le piège est bien tendu (Corneille, Polyeucte, V, 1); 6. 1338 part. passé fém. subst. « action de tendre des filets » et « filets pour prendre les oiseaux aux pièges » (Information, dans le rouleau Debat au sujet du droit de chace, Arch. Côte-d'Or ds Gdf.); 1885 « ligne de fond que l'on place sur le sable à marée basse » (H. de La Blanchère, La Pêche et les poissons, p. 775); 1964 « ligne ou ensemble de lignes de fond disposées à partir d'un bateau » (Lar. encyclop.); 7. 1580 exacte et tendue apprehension de la raison (Montaigne, Essais, II, 12, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 492); 1664 avoir l'esprit tendu à (Ablancourt, Apoph. ds Rich. 1680); 1849 situation tendue (Sand, Corresp., t. 3, p. 137); 1948 atmosphère tendue (Sartre, Engrenage, p. 62); 8. 1933 phonème tendu (Mar. Lex.). B. Verbe trans. indir. 1. 1174-76 fig. tendre a « aspirer à » (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 2355); 2. 1176 tendre a (qqc.) (Chrétien de Troyes, op. cit., 180 ds T.-L.); ca 1200 tendre a + inf. (Escoufle, 10, ibid.); ca 1275 vous savez bien a quoi la chose tent (Adenet le Roi, Enfances Ogier, éd. A. Henry, 794); 3. ca 1175 tendre à sa fin (Chroniques ducs de Normandie, 8444); 1690 tendre à ses fins (Fur.); 4. ca 1225 « se diriger, aller vers » (Reclus de Molliens, op. cit., 14, 10 ds T.-L.); 5. 1538 tendre à dire « viser certain but en parlant d'un discours, d'une discussion » (Est.); 6. 1759 tendre à « se rapprocher de plus en plus d'une valeur limite » (D'Alembert, Élém. de philosophie, XV, XIV ds Œuvres, t. 1, pp. 288-289 ds Rob.); 1901 tendre vers zéro (Hadamard, Géom. ds espace, p. 124). Du lat. tendere « tendre, étendre, déployer », « tendre des pièges à quelqu'un », « se diriger », « tendre vers, viser à », « dresser une tente ». Fréq. abs. littér. Tendre: 8 322. Tendant: 941. Fréq. rel. littér. Tendre: xixes.: a) 8 695, b) 11 336; xxes.: a) 12 799, b) 14 247. Tendant: xixes.: a) 1 081, b) 1 563; xxes.: a) 1 547, b) 1 310.
DÉR. 1.
Tendelle, subst. fém.,chasse. Piège à collet pour attraper les grives et autres petits oiseaux. La grive et ses congénères pourront être pris au moyen de piéges dits tendelles, usités dans le pays, à condition que l'appât soit exclusivement composé de genièvre (Arr. du préfet de la Lozère du 5 août 1875 dsGaz. des Trib., 14 avril 1876, p. 366, 2ecol. ds Littré Suppl. 1877). [tɑ ̃dεl]. 1reattest. 1875 id.; de tendre1, suff. -elle*.
2.
Tenderie, subst. fém.a) Chasse. Forme de chasse qui utilise des pièges (notamment pour attraper des oiseaux). La capture, sans filet mais avec des lacets de crin (tenderie), des grives en Belgique, et d'autres plus petits oiseaux en France, est (...) tolérée (T. Burnand, Connaissance et prat. de la chasse, Paris, Denoël, 1967, p. 408).P. méton. Lieu où l'on a tendu des pièges pour pratiquer cette chasse. (Dict. xixeet xxes.). b) Hist. Action de tendre avec des tapisseries les façades des maisons situées sur le passage d'un cortège solennel, en signe d'apparat. Lors des entrées solennelles, il était d'usage de tendre des tapisseries dans les rues que devait emprunter le cortège (...). Cette opération s'appelait la tenderie (Lar. 20e). [tɑ ̃dʀi]. 1resattest. a) 1334 mestier de tendrie « métier de tendeur de draps » (1ermai, Reg. aux public., Arch. Tournai ds Gdf.), b) 1435 « action de tendre des tapisseries, des tapis dans les rues que devait emprunter un cortège solennel » (Chron. des Pays-Bas, de France, etc., Rec. des Chr. de Fland., III, 537, Chron. belg., ibid.); c) α) 1446 tenderiez aux oyseaulx de rivière « chasse avec des filets tendus » (Arch. du Nord, B 19514, fol. 12 rods IGLF), β) 1803 « terrain où l'on a tendu des pièges » (Boiste), γ) 1834 « ensemble d'une installation de pièges et filets destinés à capturer les oiseaux » (Baudr. Chasses); de tendre1, suff. -erie*.
3.
Tendoir, subst. masc.,technol. a) ,,En tissage: tige de bois qui empêche la poitrinière du métier à tisser de se dérouler`` (Peyroux Techn. Métiers 1985; dict. xixeet xxes.). b) Perche sur laquelle ,,on fait sécher les étoffes, après qu'elles ont reçu leurs divers apprêts`` (Havard 1890; dict. xixeet xxes.). [tɑ ̃dwa:ʀ]. 1resattest. a) 1718 tendoires « perches sur lesquelles on étendait les étoffes pour les faire sécher » (Lett. pat., 21 août ds Littré), 1823 tendoirs « id. » (Boiste), b) 1765 « pièce d'un métier à tisser qui maintient la poitrinière » (Encyclop.); de tendre1, suff. -oir*.

TENDRE2, adj.

A. −
1.
a) [En parlant d'une matière] Qui oppose peu de résistance à la pression, qui cède assez facilement à la pénétration, à l'incision. Synon. mou; anton. dur, rigide.Roche tendre. Toute leur substance osseuse [des dents tenant à la gencive] est d'abord tendre et poreuse, (...) se durcit uniformément, et finit par devenir entièrement dure comme de l'ivoire (Cuvier, Anat. comp., t. 3, 1805, p. 112).Matériau dur gravé en creux et à l'envers, matériau tendre qui conserve l'empreinte du creux, (...) deux aspects techniques du sceau (L'Hist. et ses méth., 1961, p. 398).
Bois tendre. Partie du bois correspondant à l'aubier ou bois imparfait, par opposition au bois parfait. La différence d'aspect entre aubier et bois parfait pourra se traduire par des différences sensibles dans leurs résistances mécaniques, l'aubier étant en général plus tendre, moins dense et moins résistant (Campredon, Bois, 1948, p. 12).Bois tendre. Essence d'arbre qui se travaille facilement. On appelle bois tendres tous ceux qui (...) ont les tissus lâches et spongieux; tels sont ceux des Saules, des Tilleuls, des Peupliers (...). Leur durée (...) est généralement courte (Carrière, Encyclop. hortic., 1862, p. 59).Le menuisier a tendance à abandonner le chêne pour le noyer plus tendre, plus docile à l'outil, et permettant une taille plus fine (Viaux, Meuble Fr., 1962, p. 45).
Pâte, porcelaine tendre. V. porcelaine B 1 céram.Jusqu'en 1709 (...), la porcelaine est remplacée en Europe par une céramique formée d'un mélange de divers éléments; on la nommera porcelaine tendre parce que, contrairement à la porcelaine chinoise, elle se raye au couteau. (...) l'invention de la pâte tendre en Occident doit revenir à Edme Poterat (G. Fontaine, Céram. fr., 1965, pp. 90-91).P. métaph. Ses vers sont délicieux, mais d'une pâte si tendre qu'à des mains lourdes il n'est pas difficile de les casser (Renard, Journal, 1901, p. 690).
Pierre tendre. Pierre qui peut être aisément entamée, coupée (d'apr. Noël 1968). Les soubassements doivent toujours être montés en pierres dures: (...) celles-ci résistent mieux à la charge et aux chocs que les pierres tendres; (...) elles sont moins poreuses (Viollet-Le-Duc, Archit., 1872, p. 25).Les pierres tendres étaient autrefois toutes celles qui pouvaient être sciées à la scie à dent. L'adjectif tendre a été utilisé (...) pour qualifier commercialement certaines pierres calcaires (Noël1968).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Partie la plus molle. La terre du plateau (...) fumante d'embruns, toute écorcée, ayant découvert son tendre, coulait en épais ruisseaux de boue (Giono, Que ma joie demeure, 1935, p. 212).
b) [En parlant d'une chose comestible] Qui se laisse aisément découper par les dents, par un instrument tranchant; qui s'abîme facilement. Synon. fondant, frais1, moelleux; anton. coriace, desséché, rassis.Bifteck, viande tendre; fruits tendres; brouter l'herbe tendre. Panade. Ayez de la mie de pain tendre; le mollet est le meilleur (Viard, Cuisin. impérial, 1814, p. 17).Vous êtes tendres plus qu'une jeune épousée, Gigots d'agneaux! argile idéale, et rosée Qui fondez sous nos dents (Ponchon, Muse cabaret, 1920, p. 151).
Blé tendre. Blé à cassure farineuse, à paille creuse, par opposition au blé dur à cassure cornée, à paille en partie pleine (d'apr. Lar. comm. 1930). On distingue (...) suivant la cassure du grain, cornée ou farineuse, des blés durs et blés tendres (Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 2, 1931, p. 290).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui est de faible consistance, facile à broyer. Ils sont friands (...) des plantes aux feuilles vertes et chargées d'eau. Ils savent s'en nourrir en laissant seulement les nervures, et découpant le plus tendre (Ponge, Parti pris, 1942, p. 30).
2.
a) [En parlant d'une couleur] Qui a un ton peu marqué, ne heurtant pas la vue, généralement clair et sensible à la lumière. Synon. atténué, effacé, estompé, pâle, pâli, suave; anton. ardent, cru2, éclatant, foncé, vif.Rose, vert tendre. Les plumes du dos sont d'un tendre bleu de pastel; tout le dessous du corps est bleu clair; les ailes vont de ce même bleu tendre au bleu le plus sombre (Gide, Voy. Congo, 1927, p. 836).Mes yeux (...) s'ouvraient sur ce mouvement des toits, des pierres, sur ces couleurs fondues, presque irréelles, allant du gris de l'ardoise au rose des briques passées, des noirs tendres aux blancs indécis et laiteux (Vialar, Pt jour, 1947, p. 98).V. bleuissant rem. s.v. bleuir ex. de Gide, carnation ex. 3.
[P. méton.; en parlant d'une chose concr.] Qui présente des coloris peu intenses, agréables à la vue. Ce bleuet céleste et ces tendres pervenches (Banville, Stalact., 1846, p. 364).Des satins clairs et des soies tendres jaillissaient (...); les soies légères aux transparences de cristal, vert Nil, ciel indien, rose de mai, bleu Danube (Zola, Bonh. dames, 1883, p. 487).
PEINT., rare, vx. Couleurs tendres. Couleurs fondues, sans dureté. Le peintre regarde moins autour de lui (...); son pinceau se complaît aux formes molles et aux couleurs tendres (Hourticq, Hist. art, Fr., 1914, p. 125).
[P. méton.] Pinceau tendre. Pinceau à la touche légère qui pose la couleur avec délicatesse. Quel est le pinceau tendre et minutieux Qui leur a mis [aux petits soldats de bois] à tous des petites moustaches (Rostand, Aiglon, 1900, ii, 6, p. 84).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui est faiblement coloré. Le clair, le tendre, le papillotant dominent (Moreau-Vauthier, Peint., 1913, p. 51).
b) [En parlant d'un phénomène lumineux, atmosphérique, d'une saison] Qui ne blesse pas la vue ou la sensibilité épidermique. Synon. doux.Tendre lueur, lumière; air tendre. La lumière diminua par degrés, jusqu'à ne verser sur les objets indécis qu'un jour tendre et délicat, semblable à celui de l'aube (Nodier, Fée Miettes, 1831, p. 162).La table autour de laquelle sont les femmes et leur douceur et où se tient debout la lampe caressante, avec le tendre éclat de sa vie (Barbusse, Feu, 1916, p. 48).
Tendre à + subst.La saison d'été, si tendre aux créatures, quand le dehors a la température des chambres (...) et que la nuit des jardins est habitable, à peine moins tiède que le jour, et plus amoureuse (Noailles, Nouv. espér., 1903, p. 199).
c) [En parlant d'un phénomène olfactif, gustatif, sonore] Dont la douceur flatte l'odorat, le goût, l'ouïe. Tendre parfum. On dit parfois d'un vin moelleux qu'il est coulant, qu'il est tendre (Ali-Bab, Gastr. prat., 1907, p. 130).Des fleurs achevaient de se flétrir dans une flûte de porcelaine. Une tendre et poignante odeur d'alcôve abandonnée languissait (Duhamel, Suzanne, 1941, p. 87).V. bruissaillement dér. s.v. bruissailler ex. de Jammes.
3.
a) [En parlant d'un animé, d'une partie du corps] Qui est d'une complexion, d'une apparence délicate; dont l'épiderme est particulièrement vulnérable aux influences extérieures. Synon. douillet, fragile; anton. endurci, insensible, racorni.Chair, corps tendre. Cuisses grosses mais fuselées, Tendres et fermes par dessous. Dessus d'un dur qui serait doux, Musculeuses et potelées (Verlaine, Odes en son honn., 1893, p. 20).Ses mains, c'étaient des merveilles, effilées, roses, claires, tendres, la même douceur que le visage, c'était une petite féerie (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 273).
(Avoir la) peau tendre. (Avoir une) peau fine qui ressent vivement les impressions externes. Crevasses du trayon (...). On le constate sur les jeunes nourrices dont la peau plus tendre s'accommode mal des manipulations de la traite (Garcin, Guide vétér., 1944, p. 125).Au fig. Avoir la peau tendre (à + subst.). Être très sensible aux critiques, aux insultes. Anton. avoir la peau dure*.Quoi! dit Leuwen, vous voulez que je supporte toute ma vie cette idée d'avoir été insulté impunément?Si vous avez la peau si tendre au mépris, pourquoi quitter Paris? (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 55).J'ai dit franchement mon avis sur (...) les mauvais livres, et le monde littéraire a accepté mes arrêts sans trop se fâcher. Mais les artistes ont la peau plus tendre (Zola, Mes haines, 1866, p. 199).
Avoir les pieds tendres. Avoir les pieds très sensibles aux atteintes extérieures. Je ferre entièrement les miens [des chevaux], rien que pour sortir sur l'aire. Ils ont les pieds tendres comme des demoiselles (Pesquidoux, Livre raison, 1932, p. 77).
Vx. Vue tendre. Vue facilement blessée par une lumière un peu vive. Une vue dite tendre, force le digne notaire à porter des lunettes vertes pour conserver ses yeux constamment rouges (Balzac, Modeste Mignon, 1844, p. 6).
En partic. [Le suj. désigne un cheval] Avoir la bouche* tendre. Être tendre à l'éperon. Être très sensible à l'éperon. (Dict. xixeet xxes.). Être tendre aux mouches. Être facilement affecté par la piqûre des mouches (Dict. xixeet xxes.). Au fig. V. mouche I C 5.
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Partie du corps où la peau est fragile et qui peut être fortement éprouvée par les rigueurs externes. Le soleil (...) chauffait les coins souples du corps avec insistance (...) le tendre des aisselles (Giono, Que ma joie demeure, 1935, p. 183).
b) [En parlant d'un végét., d'un phénomène naturel] Qui est au premier stade de son développement, d'une fraîcheur toute neuve, particulièrement sensible aux agressions externes. Synon. neuf2, nouveau; anton. fané, flétri.Écorce tendre; bourgeons, pousses tendres. Le soleil pleuvait à travers le brouillard de la jeune verdure (...). De Scève (...) montrant la voûte légère de feuillage tendre: Le printemps! (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 181).P. métaph. Son dixième printemps la couronnait de roses: Marie était son nom (...). Pourquoi ces tendres fleurs, dans leur avril écloses, Tombent-elles souvent sans atteindre l'été? (Desb.-Valm., Élégies, 1833, p. 129).
Tendre comme la rosée. D'une fraîcheur, d'une douceur extrême. La nature (...) est à ce point unique de fraîcheur, de pureté, de grâce (...). Les feuilles ouvertes d'hier sont tendres comme la rosée et d'une verdure transparente; j'ose à peine y toucher de peur de les flétrir (M. de Guérin, Journal, 1833, p. 170).
Région. (Centre notamment). Lune tendre. Lune à son premier quartier. La lune tendre a de l'influence sur la coupe du peuplier et du chêne. Il ne faut pas les couper en lune tendre (Renard, Journal, 1901, p. 678).
c) P. méton. Tendre enfance. Première enfance. La plupart des tuberculoses, dès la plus tendre enfance comme dans l'âge adulte, relèvent d'une infection d'origine intestinale (Calmette, Infection bacill. et tubercul., 1920, p. 147).Tendre jeunesse*. Âge tendre. V. âge I A 2 loc.Les petits n'y étaient pas [à l'institution Saint-Joseph] (...) en proie aux grands (...). D'un âge tendre, égaux en faiblesse, encore peu avancés en méchanceté, nous ne nous opprimions pas trop les uns les autres (A. France, Pt Pierre, 1918, p. 247).
B. − Au fig. [En parlant d'une pers., de sa nature, de ses sentiments]
1. Vieilli. Qui se laisse facilement toucher, émouvoir, qui cède aux mouvements d'une sensibilité vive. Synon. sensible; anton. froid, insensible.S'il faut exalter ou réprimer la sensibilité des enfants? (...) C'est selon (...). Il y a des natures tendres et des natures sèches (...). Rien n'aurait dû me durcir plus que (...) d'avoir joué, tout enfant, dans un amphithéâtre de dissection. Personne n'est pourtant plus apitoyable que moi (Flaub., Corresp., 1869, p. 11).Cette basse littérature morale et utilitaire dont on souille leurs cerveaux tendres et impressionnables (Gourmont, Esthét. lang. fr., 1899, p. 119).V. cœur ex. 44.
Tendre à + subst. désignant une situation.Vous donc, de qui les chagrins participent de la nature poétique de votre esprit (...), et par là sont plus exposés et plus tendres aux bonnes influences, pourriez-vous résister à la beauté du ciel (...)? (M. de Guérin, Corresp., 1836, p. 242).Les Femmes. Le fils qu'Alcmène conçoit ce soir de Jupiter les sait toutes infidèles, tendres aux honneurs, chatouillées par la gloire. (...) Il les séduit (Giraudoux, Amphitr. 38, 1929, iii, 2, p. 178).
Empl. subst. Personne très sensible, émotive. Esther (...) par son charme (...), par ce rapport si convenant de l'action et des personnages (...), devait ravir grands et petits, tendres et austères (Sainte-Beuve,Port-Royal, t. 5,1859,p. 490).
2.
a) Qui éprouve, manifeste de l'affection, de l'amitié, de la générosité ou qui en relève. Synon. amène, amical, bon1, charitable, fraternel, généreux, gentil2, humain, sentimental; anton. cruel, dur, froid, haineux, inamical, inhumain, méchant.
[En parlant d'une pers.] Tendre mère, père; âme tendre. Combien peu de vraie bonté (...), d'oubli de soi, de pitié sincère (...). Mesuré (...) l'énorme duperie des cœurs tendres qui donnent quatre fois plus qu'ils ne doivent et qu'on ne leur rend (Amiel, Journal, 1866, p. 351).Cette famille tendre et chère, ce père (...) cette mère appliquée à m'épargner les rhumes, les furoncles, la fatigue de la volonté, ils m'écrasaient d'amour et de soins (Arnoux, Gentilsh. ceinture, 1928, p. 96).V. ami ex. 5, cœur II D 3 a ex. de Sainte-Beuve.
Vieilli. Tendre à + subst.Si, confessant vos crimes, Aux dames de haut lieu vous adressiez vos rimes, Elles, d'un cœur facile et tendre à la pitié, Peut-être aussi diraient que tout est oublié (Brizeux, Marie, 1840, p. 82).
Vx. Avoir le vin tendre. Être, se montrer débordant d'affection (ou, parfois, porté aux démonstrations amoureuses) sous l'effet de l'ivresse. Ils se grisaient ensemble (...). Mais Fritz (...) avait le vin singulièrement triste et tendre (...). Il racontait (...) l'histoire du mariage de son grand-père (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 110).
(Être) tendre pour + subst. ou nom propre.Être indulgent, compatissant. Les chrétiens, très tendres pour Jésus, n'en ont pas moins été très durs les uns pour les autres, hostiles aux non-chrétiens, féroces, impitoyables pour les hérétiques (Michelet, Journal, 1850, p. 129).
[Avec une nuance iron.] N'être pas tendre (pour + subst. ou nom propre). Juger sévèrement, impitoyablement. Les jeunes ne sont guère plus tendres pour les peintres révolutionnaires que beaucoup de Béotiens. Ils n'épargnent même plus, dans leur fureur rédemptrice, l'Impressionnisme (Lhote, Peint. d'abord, 1942, p. 164).
Empl. subst. Personne affectueuse, compatissante. Les Religieuses de tout âge (...), les revêches et les tendres (Malègue, Augustin, t. 1, 1933, p. 113).Lucie n'est pas facile à vivre; vous savez, les femmes qui en ont bavé trop longtemps avant de réussir, généralement c'est pas des tendres (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 270).
[En parlant d'une chose abstr.] Tendre amitié, attachement. Le sentiment de l'humanité, c'est-à-dire, celui d'une compassion tendre, active, pour tous les maux qui affligent l'espèce humaine (Condorcet, Esq. tabl. hist., 1794, p. 164).Ce que vous ressentez pour elle, c'est l'affection douce et tendre qu'une aimable personne fait naître, et qui a tous les droits à s'appeler amitié (Gobineau, Pléiades, 1874, p. 91).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui relève de l'affection, de l'amitié, de la générosité. Au lieu de marcher du tendre au rusé, comme la plupart des hommes, l'âge lui eût donné la bonté facile à s'attendrir, il se fût guéri d'une méfiance folle (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 460).Loc. vieillie. Avoir un tendre pour + subst.Incliner à éprouver de l'affection, de l'attachement pour. Synon. avoir un faible, un penchant pour.Je prends ma sœur Marianne, bien brave fille, à qui la vie et la solitude à deux ont fait un cuir de rhinocéros (...). Eh bien, elle a un tendre pour Henriette (L. Daudet, Am. songe, 1920, p. 137).
b) Qui éprouve, manifeste ou relève de l'amour (à prédominance sentimentale). Synon. aimant1, amoureux, cajoleur, câlin, caressant, épris.
[En parlant d'une pers.] Tendre amant. J'avais pour maîtresse une petite bourgeoise fort tendre et fort sentimentale, dont le sentiment et les lettres mélancoliques me faisaient rire (Dumas fils, Dame Cam., 1848, p. 67).Les femmes vraiment tendres ne sont pas sensuelles (...). Elles sont seulement voluptueuses de cœur, dans toute l'étendue de la tendresse de ce cœur. Oh! le pauvre cœur de femme qu'un rien de l'être aimé émeut, exalte ou froisse (Goncourt, Journal, 1888, p. 737).V. ami ex. 69 et 73.
[Dans une formule d'appellation amoureuse] Ô mon amie! ma chère, ma tendre amie! ô ma Sara! ma bienaimée! l'Objet d'une éternelle tendresse! on t'enlève à celui qui t'adore! (Restif de La Bret., M. Nicolas, 1796, p. 94).
Empl. subst. Personne amoureuse ou inspirant l'amour. Attendre (...) que l'amie de Madame vienne au rendez-vous de son cher et tendre! (Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 286).Je disais quelquefois à ma très belle (...): « Je suis las de dormir, ma toute tendre » (...). Mon cher amour frappait des mains, riant aux éclats (Milosz, Amour. init., 1910, p. 90).
[En parlant d'une chose abstr.] Tendre amour, inclination, intérêt; tendres émotions, liens, pensées, sentiments. Les tendres souffrances, ce sont encore des richesses (...). Les fraîches jeunes filles, au soir de leur premier amour, (...) pleurent. Le chagrin est lié aux frémissements de la vie (Saint-Exup., Terre hommes, 1939, p. 240):
... les lendemains rendent une impression douce et tendre de la personne, qu'on sent et apprécie mieux qu'au moment trouble de la jouissance. La souvenance ressuscite le désir (...), avec des émotions délicates et charmantes... Michelet, Journal, 1857, p. 326.
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre
Vieilli. Avoir un tendre pour. Avoir un penchant amoureux. P. métaph. [L'opinion] se moque des vantards et avantageux; mais elle a un tendre pour eux, car ce lui sont des amants (...) qui lui font leur cour (Valéry, Tel quel I, 1941, p 106).
Vx. Être du dernier tendre pour. Avoir le comportement d'un amoureux très empressé. Les paroles de tendresse ne coûtaient rien à Leuwen (...). Pendant toute la soirée, Leuwen fut du dernier tendre pour madame Grandet (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 205).
HIST. LITTÉR. Pays de/du Tendre, royaume de Tendre ou, p. ell., le Tendre. V. pays1D.Christine: (...) Faites-moi donc entendre Ce que signifiait son royaume de Tendre [de Scudéri] (...). La Calprenède, déroulant une carte : D'abord, le Tendre était une contrée Des vulgaires amants tout à fait ignorée (...) Que traverse en entier le fleuve Sentiment (Dumas père, Christine, 1830, iii, 4, pp. 247-248).Carte du Tendre. V. carte IV A 3 c.La Carte du Tendre. Les trois fleuves de la Carte du Tendre sont Reconnaissance, Estime et Inclination, qui naît à Nouvelle-Amitié. À Tendre-sur-Inclination, on connaît le bonheur. Mais il ne faut ni s'égarer à Grand-Esprit ou Complaisance ni se risquer à Négligence ou à Indiscrétion (G. Richard, Hist. de l'amour en France, 1985, p. 155).P. anal. L'Islande et L'Odéon sont des édens charmants et des pays de Tendre à côté de l'endroit où nous allons (Lemaitre, Contemp., 1885, p. 13).Quand Paul Morand eut le talent de nous présenter le haut personnel féminin d'après-guerre, il n'aperçut point de Parisiennes sur la carte du Tendre du XXesiècle (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 183).
c) P. méton. (relatif à supra B 2 a et b). Qui exprime l'affection, l'amitié, l'altruisme, l'amour (à prédominance sentimentale).
[En parlant de l'aspect extérieur d'une pers., de son comportement] Tendre regard, sollicitude, sourire; tendres adieux, baisers, caresses, embrassements, épanchements, soins; air tendre; gestes, inflexions tendres. Il la regardoit avec des yeux si tendres, l'amour donnoit tant d'expression à ses traits déjà si beaux, que l'ingénue Mathilde (...) ne put pas lui dire qu'elle le voyoit avec horreur (Cottin, Mathilde, t. 1, 1805, p. 161).Sa voix tendre, angélique, argentine, Conserve encor l'accent de sa voix enfantine (...), mon cœur que ce son frappe (...) me reporte aux jours où ces tendres accents De femmes, mère ou sœur (...), donnant tant de charme au foyer domestique, De mon enfance étaient la suave musique (Lamart., Jocelyn, 1836, p. 626).
[En parlant d'un moyen d'expr. verbale] Tendre aveu; tendres paroles, reproches; mots, phrases, propos tendres. Mon cher amour! (...) je voudrais (...) t'embrasser tout le jour, en te donnant, ô mon cœur, mon chat aimé, tous les noms tendres qui me viendraient à la pensée (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Mots amour, 1882, p. 602).Lady Caroline affirme que Byron lui écrivait (...) des lettres amoureuses, tendres, de tout point affectueuses (Du Bos, Journal, 1928, p. 215).
[Dans une formule épistolaire] Tendres amitiés, respects, souvenirs. Mille amitiés à M. Cottu et mes tendres hommages à Mmede Sainte-Olympe (Lamennais, Lettres Cottu, 1825, p. 168).V. amitié ex. 109.Mille tendres compliments et témoignages de sincère attachement de Bc (Balzac, Corresp., 1835, p. 640).
[En parlant d'un moyen d'expr. artist. d'une œuvre, de l'art d'un aut.] Watteau, peintre idéal de la Fête jolie, Ton art léger fut tendre et doux comme un soupir, Et tu donnas une âme inconnue au Désir En l'asseyant aux pieds de la Mélancolie (Samain, Chariot, 1900, p. 68).Les chanteurs qui font entendre une musique tendre, émue, sur des paroles d'amour, et qui ont une physionomie à porter le diable en terre (Melchissédec, Pour chanter, 1913, p. 86).
[P. méton.; en parlant d'un aut.] Qui s'exprime d'une manière touchante, attendrissante. Fénelon est le plus tendre et le plus gracieux de nos écrivains, Massillon est le plus élégant et le plus pur (Chênedollé, Journal, 1812, p. 71).Hermione et Roxane (...) sont, jusqu'à la fureur, « animales ». Voilà ce qu'il faut oser dire du « tendre » Racine (Mauriac, Mém. intér., 1959, p. 167).
Empl. subst. Artiste qui s'exprime avec délicatesse, en faisant appel aux plus doux sentiments. Prudhon, un tendre, un sensible, un rêveur (Moreau-Vauthier, Peint., 1913, p. 57).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui exprime un thème affectif, sentimental. Les natures (...) moins maîtresses d'elles-mêmes ne peuvent se retenir [dans la disgrâce] ; il en est qui s'exhalent en propos vifs et outrageants, d'autres tournent au tendre et à l'élégie (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 6, 1852, p. 406).L'Arioste (...) qui réunit tous les tons (...), le gai, le tragique, le convenable, le tendre (Delacroix, Journal, 1854, p. 258).
d) P. anal. Qui évoque les sentiments et comportements affectueux, amicaux ou amoureux entre humains.
[En parlant de rapports entre une pers. et un animal ou d'animaux entre eux] Un crocodile, un serpent, sont-ils moins tendres pour leurs petits, qu'un rossignol, une colombe? (...) le sentiment est pareil dans toutes les races (Chateaubr., Génie, t. 1, 1803, p. 203).Ce beau regard si doux, si tendre, si reconnaissant que tourne le chien de chasse vers son maître qui le caresse (Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p. 60).V. lion II A ex. de Goncourt, philomèle ex. de Chénier.
[En parlant de rapports entre une pers. et la nature] C'était (...) aux environs de Pâques (...) que (...) s'épanouissaient suavement les lilas (...). « Aime! » lui conseillaient les tendres fleurs (Coppée, Bonne souffr., 1898, p. 24).V. bon1ex. 14.
REM.
Tendrelet, tendret, -ette, adj.Qui est de consistance, d'apparence assez tendre. Viande tendrelette. Un enfant tendrelet (Lar. 19e). Les pains sont là, sous un terreau de son, blancs et tendrets (Giono, Gd troupeau, 1931, p. 152).On découvrait des bois (...) à peine démaillottés des charpies de l'hiver, des terres brunes, grasses (...), des champs tendrets, parés d'un duvet de blés en herbes (G. Chevallier, Clochemerle, Paris, Rieder, 1935 [1934], p. 85).
Prononc. et Orth.: [tɑ ̃:dʀ ̥]. Homon. et homogr. tendre1. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1050 « jeune, plein de fraîcheur » (Alexis, éd. C. Storey, 116); 1579 âge tendre (Garnier, La Troade, éd. W. Foerster, 1772); 1580 tendre enfance (Montaigne, Essais, I, 26, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 153); 2. ca 1200 « se dit d'une chose qui n'offre pas de résistance, facile à mâcher » (J. Bodel, Fabliaux, I, 9, éd. P. Nardin, p. 69); 1636 pain tendre « nouvellement cuit » (Monet); 1564 « se dit d'une partie du corps fine qui ressent vivement une action extérieure » (Rabelais, Cinquiesme livre, éd. J. Plattard, ch. 30, p. 112); 1565 « se dit d'une chose qui se laisse facilement couper » pierre tendre (Doc. ds Comptes des bâtiments du roi, éd. L. de Laborde, II, p. 125); 1680 bois tendre (Rich.); 1675 fig. être tendre aux mouches « être sensible aux moindres incommodités » (Mmede Sévigné, Corresp., 21 sept., éd. R. Duchêne, t. 2, p. 108); 1690 id. en parlant d'un cheval (Fur.); 3. 1745 couleurs tendres (A. Bosse, Manières de graver, p. 129); 4. 1747 tendre lumière (Mmede Graffigny, Lettres d'une péruvienne, 2 ds Littré). B. 1. a) Ca 1100 tendre coer « cœur sensible » (Roland, éd. J. Bédier, 317); b) 1787 ne pas être tendre pour qqn (Comte de Caylus, Œuvres badines, X, 39); 1843 subst. « personne affectueuse, indulgente » (Sainte-Beuve, Corresp., t. 5, p. 37); 1859 « personne sensible » (Id., Port-Royal, t. 5, p. 490); 2. déb. xvies. ta pitié tendre (Marot, Œuvres, IV, 235 ds Littré); 3. 1567 tendre à « qui se laisse facilement aller à » (Amyot, Sylla, 64, ibid.); 1638 tendre de « plein de douceur affectueuse, d'indulgence pour » (Chapelain, Lettres, éd. Tamizey de Larroque, I, p. 225); 4. 1573 « qui porte à l'attendrissement » (Garnier, Hippolyte, éd. W. Foerster, 837). C. 1. Ca 1200 subst. masc. « partie tendre d'une chose » (Escoufle, 6630 ds T.-L.); 2. 1649 « affection, penchant » (Scarron, Virgile travesti, éd. E. Magne, l. IV, p. 174a); 3. 1656 Carte du Tendre (Mllede Scudéry, Clélie, t. 1, p. 406). Du lat. tener « tendre, délicat, frêle », « jeune, du premier âge » aussi au sens fig. Fréq. abs. littér.: 7 193. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 12 847, b) 11 606; xxes.: a) 9 789, b) 7 521. Bbg. Hasselrot 20es. 1972, p. 66 (s.v. tendret). − Quem. DDL t. 27.

Wiktionnaire

Adjectif

tendre \tɑ̃dʁ\ masculin et féminin identiques

  1. Qui peut aisément être entamé.
    • Le sapin, le saule et le peuplier sont des bois tendres. - Bâtir avec des pierres tendres.
    • L’améthyste et l’émeraude sont des pierres tendres. - Le plomb et l’étain sont les plus tendres des métaux.
  2. (En particulier) Qualifie les aliments qui n’offrent pas de résistance quand on les coupe, quand on les mâche.
    • Une viande extrêmement tendre. - On ne peut rien manger de plus tendre. - La viande fraîche tuée n’est pas tendre.
    • Cette viande est tendre au couteau, est tendre sous le couteau, est tendre sous la dent. - Ces haricots verts sont très tendres.
  3. Qualifie également du pain nouvellement cuit.
    • Manger du pain tendre.
  4. Qui est sensible, délicat, qui est aisément pénétré par les impressions extérieures.
    • Avoir la peau tendre. Les jeunes arbres ont l’écorce tendre.
  5. Délicat et faible, en parlant de la vue, des yeux.
    • Une vue, dite tendre, force le digne notaire à porter des lunettes vertes pour conserver ses yeux, constamment rouges. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
  6. (Figuré) Qui a de la tendresse, qui est sensible à l’amitié, à la compassion, et plus particulièrement à l’amour.
    • Adolphe pouvait d'ailleurs passer , au début, pour le modèle des amants, tendre, empressé, inquiet dans la juste mesure ; […]. — (Anatole Claveau, La Parisienne, dans Sermons laïques, Paris : Paul Ollendorff, 1898, 3e éd., p.83)
    • Avoir l’âme tendre, le cœur tendre. - Il est d’un naturel tendre. - Il a une imagination vive et tendre.
  7. Qualifie les choses où se marque de l’amitié, de la compassion, où se manifeste de l’amour.
    • Ce qu’elle chantait – ah ! la fatale et maudite chanson ! –, c’était une vieille romance larmoyante et tendre, pareille à celles que les aveugles nasillent dans les rues. — (Octave Mirbeau, Contes cruels : La Chanson de Carmen (1882))
    • Il a pour vous une amitié tendre, une tendre affection, un tendre attachement. - Des propos tendres.
    • Vous m’avez inspiré les plus tendres sentiments, le plus tendre intérêt. - Regarder d’un air tendre.
    • Il m’a fait de tendres adieux. - Un tendre aveu.
  8. (Figuré) Qualifie une couleur délicate, qui ne fatigue pas la vue.
    • Ils remontaient au temps d'une certaine pègre pour qui la suprême élégance consistait à se pourvoir d'un couvre-chef de couleur tendre et de souliers vernis. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
  9. (Figuré) Qualifie un son de voix touchant et gracieux.
  10. (Musique) Qualifie un air touchant et passionné.

Nom commun

tendre \tɑ̃dʁ\ masculin et féminin identiques

  1. Partie tendre d’une chose.
    • Le tendre d’une pierre.
  2. Tendresse, amour.
    • Il a du tendre, il a un tendre pour cette femme.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TENDRE. adj. des deux genres
. Qui peut être aisément entamé; il est opposé à Dur. Du bois extrêmement tendre. Le sapin, le saule et le peuplier sont des bois tendres. Bâtir avec des pierres tendres. Parmi les pierres précieuses, il y en a de tendres et de dures. L'améthyste et l'émeraude sont des pierres tendres. Le plomb et l'étain sont les plus tendres des métaux. Il se dit particulièrement des Aliments qui n'offrent pas de résistance quand on les coupe, quand on les mâche. Une viande extrêmement tendre. On ne peut rien manger de plus tendre. La viande fraîche tuée n'est pas tendre. Cette viande est tendre au couteau, est tendre sous le couteau, est tendre sous la dent. Ces haricots verts sont très tendres. Fam., Cette viande est tendre comme rosée, Elle est extrêmement tendre.

TENDRE se dit également du Pain nouvellement cuit. Manger du pain tendre. Il signifie encore Qui est sensible, délicat, qui est aisément pénétré par les impressions extérieures. Avoir la peau tendre. Les jeunes arbres ont l'écorce tendre. Ce cheval a la bouche tendre, Il a la bouche particulièrement sensible. Avoir la vue tendre, les yeux tendres, Avoir la vue délicate et faible. Fig., Dès ses plus tendres années, dès sa plus tendre enfance, dès son âge le plus tendre, Dès sa petite enfance, dès sa première jeunesse.

TENDRE signifie, au figuré, Qui a de la tendresse, qui est sensible à l'amitié, à la compassion, et plus particulièrement à l'amour. Un ami tendre. Un père tendre. Une tendre mère. Un tendre amant. Avoir l'âme tendre, le cœur tendre. Il est tendre. Il est d'un naturel tendre. Il a une imagination vive et tendre. Il se dit de même des Choses où se marque de l'amitié, de la compassion, où se manifeste de l'amour. Il a pour vous une amitié tendre, une tendre affection, un tendre attachement. Vous m'avez inspiré les plus tendres sentiments, le plus tendre intérêt. Des propos tendres. Regarder d'un air tendre. Il m'a fait de tendres adieux. Un tendre aveu. Avoir le son de la voix tendre, un son de voix tendre, Avoir le son de la voix touchant et gracieux. En termes de Musique, Un air tendre, Un air touchant et passionné. Couleur tendre, Couleur délicate, qui ne fatigue pas la vue.

TENDRE s'emploie aussi comme nom masculin et désigne la Partie tendre d'une chose. Le tendre d'une pierre. Il signifie aussi Tendresse, amour. Il a du tendre, il a un tendre pour cette femme. On a dit allégoriquement : Le pays de Tendre. La carte du Tendre.

Littré (1872-1877)

TENDRE (tan-dr') adj.
  • 1Qui peut être facilement coupé, divisé. Du bois tendre. Une pierre tendre. Le plomb et l'étain sont des métaux tendres. Une certaine plante [d'Irlande] dont la tige est tendre, et presque aussi douce, dit-on, que celle de la canne à sucre, Buffon, Ois. t. XV, p. 400.
  • 2Viande tendre, viande qui se divise facilement avec les dents. On me demanda si j'étais pour le mouton noir ou pour le mouton blanc ; je répondis que cela m'était fort indifférent, pourvu qu'il fût tendre, Voltaire, Scarmentado. On le chasse [le faisan] à l'oiseau de proie ; et l'on prétend que ceux qui sont pris de cette manière sont plus tendres, et de meilleur goût, Buffon, Ois. t. IV, p. 92.

    Familièrement. Cette viande est tendre comme rosée, elle est très tendre.

    Tendre se dit aussi des légumes et des herbes.

  • 3Pain tendre, pain nouvellement cuit, et qui cède sous la pression des doigts. Rincy ne s'en émut point ; il protesta que personne ne mangerait qu'il n'eût du pain tendre, Scarron, Lett. Œuv. t. I, p. 211, dans POUGENS.
  • 4Qui ressent fortement ce qui agit physiquement. Des membres tendres et délicats. Osera-t-elle [l'âme] toucher à ce corps si tendre, si chéri, si ménagé ? Bossuet, la Vallière. Que du Seigneur la voix se fasse entendre, Et qu'à nos cœurs son oracle divin Soit ce qu'à l'herbe tendre Est, au printemps, la fraîcheur du matin, Racine, Athal. III, 7. Je suis comme un enfant dont les organes encore tendres sont vivement frappés par les moindres objets, Montesquieu, Lett. pers. 48. N'est-ce point offenser, appauvrir la nature, que de détruire ainsi ses tendres germes dans les espèces que nous ne pouvons d'ailleurs multiplier ? Buffon, Ois. t. XV, p. 83. Marcher avec des pieds trop tendres sur des épines, Letourneur, Trad. de Clar Harlowe, Lett. 88.

    Ce cheval est tendre à l'éperon, il y est très sensible.

    Il a la bouche tendre, il a la bouche délicate.

    Il est tendre aux mouches, il est extrêmement sensible aux piqûres des mouches.

    Fig. et familièrement. Il est tendre aux mouches, il ne peut supporter les moindres incommodités, et aussi il s'offense des moindres choses. En vérité, la vie est triste quand on est aussi tendre aux mouches que je la [le] suis, Sévigné, 21 sept. 1675.

    On dit dans le même sens au propre et au figuré : il a la peau tendre.

    Avoir la vue tendre, les yeux tendres, avoir la vue délicate, faible.

  • 5L'âge tendre, la tendre jeunesse, l'enfance, la première jeunesse. Nous nous aimions tous deux dès la plus tendre enfance, Racine, Théb. II, 1. Qu'as-tu fait de mon fils ? Je te l'ai confié dès l'âge le plus tendre, Racine, Phèdre, v. 6. Hippias, d'un âge plus avancé, semblait devoir accabler Télémaque, dont la tendre jeunesse était moins nerveuse, Fénelon, Tél. XVI.

    Dès ses plus tendres années, dès son enfance. La passion dominante de Thémistocle était l'ambition et l'amour de la gloire, qui parut en lui dès ses plus tendres années, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 134, dans POUGENS.

  • 6 Fig. Qui ressent vivement ce qui agit moralement. Je crois, monsieur, que vous n'avez pas l'imagination si tendre qu'il vous faille consoler de cela, Voiture, Lett. 35. Comme en cette matière il a le cerveau tendre, Th. Corneille, Berger extrav. I, 3. Je connais votre cœur ; vous devez vous attendre, Que je vais le frapper par l'endroit le plus tendre, Racine, Bérén. III, 3.

    Avoir la conscience tendre, être délicat sur les choses qui intéressent l'honneur. Sa pureté [de la langue française] va jusqu'au scrupule, comme celle des personnes qui ont la conscience tendre, et auxquelles l'ombre même du mal fait horreur, Bouhours, Entret. d'Ar. et d'Eug. 2.

  • 7Qui touche à des intérêts délicats. Ce qui rendait la querelle sur les images si vive, et fit que, dans la suite, les gens sensés ne pouvaient pas proposer un culte modéré, c'est qu'elle était liée à des choses bien tendres : il était question de la puissance…, Montesquieu, Rom. 22.
  • 8 Fig. Disposé aux sentiments affectueux, et, plus particulièrement, au sentiment de l'amour. Un père tendre. Un tendre amant. De bonne fortune pour nous, elle est plus tendre pour ses amis [que pour ses amants], Voiture, Lett. 25. Quand je pense que la vie, et principalement la mienne, se passe dans l'éloignement et dans l'inquiétude, je plains ceux qui sont aussi tendres que moi, Sévigné, 1er déc. 1679. Les hommes sont pour l'ordinaire moins tendres que les femmes, Maintenon, Avis à la duchesse de Bourg. Ô Dieux ! à quels tourments mon cœur s'est vu soumis, Voyant des deux côtés ses plus tendres amis ! Racine, Théb. II, 1. Vous qui êtes tendre jusqu'à n'oser parler à Idoménée [de votre départ de peur de l'affliger], vous ne serez plus touché de ses peines dès que vous serez sorti de Salente, Fénelon, Tél. XXIII. Vous connaissez son cœur, il est aussi tendre pour ses amis que terrible pour ses ennemis, Voltaire, Jenni, 6.

    Tendre à, avec un infinitif. Ils [les premiers chrétiens] sont fermes dans les périls, mais ils sont tendres à aimer leurs frères, Bossuet, 2e sermon, Pentecôte, 2.

    Familièrement. N'être pas tendre, être sévère, rigoureux. Quand une fois je m'y mets, je ne suis pas tendre, Comte de Caylus, Hist. de M. Guill. Œuv. t. x, p. 39, dans POUGENS.

  • 9Qui a le caractère de l'affection. Croyons donc avec saint Jean en l'amour d'un Dieu ; la foi nous paraîtra douce en la prenant par un endroit si tendre, Bossuet, Anne de Gonz. Dieu ne demande pas aux personnes de son sexe une sublime raison, ni une science fastueuse, mais une dévotion tendre, Fléchier, Dauphine. Rappelez en votre mémoire avec quelle tendre et sensible joie il recueillit ce qu'il avait semé dans l'âme de ce jeune vainqueur [le fils de Louis XIV], Fléchier, Duc de Mont. Oh dieux ! tant de respects, une amitié si tendre, Que de raisons pour moi, si vous pouviez m'entendre ! Racine, Andr. II, 2. Nous sommes seuls encor ; hâtez-vous de répandre Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre, Racine, Iphig. I, 5. Toujours de vos bontés je vais m'entretenir, Chérir de vos vertus le tendre souvenir, Voltaire, Zaïre, II, 2.

    Il se dit particulièrement de l'amour. Un tendre aveu. … J'en vois qui sont faites à pouvoir inspirer de tendres sentiments, Molière, Mis. III, 5. Zaïre est la première pièce de théâtre dans laquelle j'aie osé m'abandonner à toute la sensibilité de mon cœur ; c'est la seule tragédie tendre que j'aie faite, Voltaire, Zaïre, Lett. Que j'aime à triompher de ce tendre embarras ! Voltaire, ib. III, 6. De cet espoir trop tendre elle était occupée, Voltaire, ib. v, 10.

  • 10Attendrissant. Qui ne serait touché d'un si tendre spectacle ? Corneille, Poly. v, 6.
  • 11Qui se laisse facilement aller à… en bonne et en mauvaise part. Vous pensiez bien trouver quelque jeune coquette, Friande de l'intrigue, et tendre à la fleurette, Molière, Éc. des mar. II, 9. Vous êtes donc bien tendre à la tentation, Molière, Tart. III, 2. Moi qui suis tendre aux larmes, Sévigné, 1er juill. 1672. Un cœur même tendre pour le bien, Massillon, Carême, Mot. de conv. J'ai un peu fait le nigaud avec le prince, parce que je suis tendre à la peine d'autrui ; mais le prince est tendre aussi, et il ne dira mot, Marivaux, Double inconst. III, 6.
  • 12Touchant, gracieux. Le tendre chant des oiseaux. Que leurs tendres écrits [de Théocrite et de Virgile] par les Grâces dictés…, Boileau, Art p. II. De cette fleur si tendre et si tôt moissonnée, Racine, Athal. IV, 3. Jeunes et tendres fleurs par le sort agitées, Racine, Esth. I, 1. Il commençait à n'avoir plus ces grâces si tendres qui sont comme la fleur de la première jeunesse ; son teint devenait plus brun et moins délicat, ses membres moins mous et plus nerveux, Fénelon, Tél. XVII. Ma fille, tendre objet de mes dernières peines, Voltaire, Zaïre, II, 3. Les Grâces, dont les soins ont élevé Racine, Aiment à répéter ses écrits enchanteurs, Tendres comme leurs yeux, doux comme leurs faveurs, Chénier, Frag. de l'art d'aimer.

    Avoir le son de la voix tendre, un son de voix tendre, avoir le son de la voix touchant et gracieux. Enfants, car votre voix est enfantine et tendre, Chénier, l'Aveugle. Il me semble déjà dans mon oreille entendre De sa touchante voix l'accent touchant et tendre, Lamartine, Jocelyn, Prol.

    En musique, un air tendre, un air touchant, respirant l'amour. Que chanteront-ils ?… je veux quelque chose de tendre et de passionné, Molière, Sicil. 4.

  • 13En peinture, touches tendres, coups de pinceau extrêmement délicats.

    Pinceau tendre, pinceau délicat.

    Cette acception a vieilli.

  • 14Couleur tendre, couleur délicate, qui ne fatigue pas la vue. Le pic que M. Brisson a décrit sous le nom de pic blanc a le plumage du corps d'un jaune tendre, Buffon, Ois. t. XIII, p. 48.

    On le dit, dans le même sens, de la lumière. La lumière tendre de la lune adoucit encore la blancheur de leur peau, Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 17, dans POUGENS. Les rideaux des fenêtres n'étaient qu'entr'ouverts ; un jour tendre se glissait dans l'appartement à travers des ondes de pourpre, Marmontel, Contes mor. Alcib. Tu parus au milieu de nous comme un soleil levant, dont la tendre lumière prépare la sérénité d'un beau jour, Graffigny, Lett. péruv. 2.

  • 15 S. m. Le tendre d'une pierre, dit aussi la moye, la couche tendre qui se trouve dans la pierre.
  • 16 Fig. Ce qu'il y a d'affectueux, de sensible. C'est me faire une plaie au plus tendre de l'âme, Molière, l'Ét. III, 4.
  • 17Penchant. J'ai un furieux tendre pour les hommes d'épée, Molière, Préc. 12.

    Familièrement. Tendresse d'amour. Elle m'a fait entendre Tant seulement, qu'elle a pour nous du tendre, Voltaire, Nanine, I, 2. La fille [Ophelia] de cet officier de la couronne, qui avait du tendre pour Hamlet, devient réellement folle, Voltaire, Mél. litt. A MM. de l'Acad. franç.

    En termes des romans amoureux du XVIIe siècle, le pays de Tendre, nom allégorique d'un royaume imaginaire, représentant les diverses circonstances d'une intrigue amoureuse. Puis bientôt en grande eau sur le fleuve de Tendre Naviguer à souhait, tout dire et tout entendre, Boileau, Sat. X. N'avez-vous jamais vu la carte du Tendre dans Clélie ? je suis pour eux à Tendre sur Enthousiasme, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 18 mai 1772.

  • 18Le tendre de tranche, voy. TENDE.

PROVERBES

Dieu vous assiste, notre pain est tendre, nos couteaux sont rouillés, nous ne pouvons rien vous donner.

Jeune femme, pain tendre, bois vert, mettent la maison au désert.

HISTORIQUE

XIe s. Karles respunt : trop avez tendre coer, Ch. de Rol. XXII.

XIIe s. Jamais mes ieuz [je] ne verrai aseuvis De regarder sa bele face tendre, Couci, v.

XIIIe s. Selonc ce qu'ele ert [était] tendre et jeune creature, Berte, XLII.

XIVe s. Icelle femme estoit tendre [délicate] à son enfantement, car elle avoit eu plusieurs de ses enfans morts-nez, Du Cange, abortire.

XVe s. Messire Jean Loustree, qui estoit plus tendre [tranchait plus au vif] en ses paroles que nul des autres, Froissart, II, II, 142. L e froid païs de Flandre, Dont le peuple est mouvant, rebelle et tendre [changeant], Deschamps, Poésies mss. f° 213. Adonc parla le mary et dist : Canifre, je vous ay à femme prinse pour le bien que j'ay trouvé en vous ; mais je vous voy trop tendre [légère] ; si allez où bon vous semble ; car de vous n'ay que faire, Perceforest, t. IV, f° 113. Le cueur est seul, desarmé, nu et tendre, Et les yeulx sont bien armez de plaisirs, Orléans, Ball. 4. Le jouvencel Bouciquaut ne ressembla mie ceulx lesquels, après le grand travail, fuyent tant qu'ils peuvent au repos et aise, si comme font les nouveaux et tendres, Bouciq. I, 9.

XVIe s. … Ou trompe moy en me faisant entendre Qu'elle a le cueur bien ferme, et, fust-il tendre, Marot, I, 347. Ains, Seigneur, viens estendre Sur moi ta pitié tendre, Marot, IV, 235. Dez sa tendre enfance, Montaigne, I, 164. Mon ame ahanne en compagnie d'un corps si tendre, si sensible, Montaigne, I, 165. Ne croyez point si par inadvertance il m'eschappe quelque mot qui puisse desplaire ausdits seigneurs, si d'aventure ils estoient tendres des oreilles, Du Bellay, M. 228. Marius avoit en ce quartier là une fort belle maison, où il y avoit des moyens de delices plus tendres et plus effeminées, qu'il ne sembloit estre convenable à un homme qui…, Amyot, Marius, 10. Tendre à pitié, jusques à pleurer facilement, Amyot, Sylla, 64. Ces coups de flesches perçoient tout ce qu'ilz rencontroient, autant le dur que le tendre, Amyot, Crassus, 45. Tendre affection, Amyot, Sert. 28. Trop tendre fait briser ou fendre, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 429. C'est mollesse poltronne et delicatesse indigne d'un honneste homme qui nous rend incommodes et desagreables en conversation, et tendres au mal, au cas qu'il faille changer de maniere de faire, Charron, Sagesse, I, 39.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. TENDRE. - HIST.

XVIe s. Trop tendre fait briser, doit être porté au verbe tendre.

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Étymologie de « tendre »

(adjectif) Du latin tener.
(verbe) Du latin tendere.
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Picard, tère ; wallon, teinr ou têr ; bourg. tarre ; provenç. tenre, tendre ; espagn. tierno ; portug. tenro ; ital. tenero ; du lat. tenerum, qui tient sans doute au radical tan, lat. tendere, grec τείνω : qui se laisse étendre.

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Phonétique du mot « tendre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tendre tɑ̃dr

Citations contenant le mot « tendre »

  • La foudre toujours épargne le bois tendre. De Proverbe français
  • La pitié est moins tendre que l'amour. De Vauvenargues / Réflexions et maximes
  • Le vieux bœuf préfère l'herbe tendre. De Proverbe brésilien
  • Avec toi, maintenant, Combien tendre est la nuit. De John Keats / Seul dans la splendeur, 2010
  • Le souvenir de la jeunesse est tendre dans les vieillards. De Jean de La Bruyère / Caractères
  • Ecrire, c'est faire pleurer sans tendre un mouchoir. De Antonio Lobo Antunes / Libération - 6 Mai 2004
  • La pire colère d'un père contre son fils est plus tendre que le tendre amour d'un fils pour son père. De Henry de Montherlant
  • Le peintre doit tendre à l'universalité. De Léonard de Vinci
  • Il faut tendre la main à ses amis sans fermer les doigts. De Diogène
  • Durant l'âge tendre, l'habitude à une grande importance. De Virgile
  • Jeune femme, pain tendre et bois vert mettent la maison au désert. De Proverbe français
  • S'il suffisait De tendre la main Comme on tend l'oreille. De Eugène Guillevic / Mon domaine

Images d'illustration du mot « tendre »

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Traductions du mot « tendre »

Langue Traduction
Anglais tender
Espagnol oferta
Italien tenero
Allemand zärtlich
Chinois 投标
Arabe مناقصة
Portugais concurso
Russe нежный
Japonais 優しい
Basque lizitazio
Corse teneru
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Synonymes de « tendre »

Source : synonymes de tendre sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « tendre »

Tendre

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