Séparation : définition de séparation


Séparation : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

SÉPARATION, subst. fém.

Fait, action de séparer, de se séparer; résultat de l'action.
I. − [L'action concerne une globalité; corresp. à séparer 1reet 2eSection I]
A. −
1. Division, partage. Cette séparation [de la gauche en deux factions], qui n'est pas une scission, est aussi désirable qu'inévitable; elle seule peut et doit assurer à la démocratie radicale une sincère représentation dans le parlement (Gambetta,Avenir nat., 1869ds Fondateurs 3eRépubl., p. 73).Récemment (...) une décision de séparation entre deux communes bretonnes s'est accompagnée de l'obligation d'édifier un talus (Meynier,Paysages agraires, 1958, p. 23).
[P. allus. à Exode XIV, 16 et suiv.] J'ai tiré l'épée acérée et brûlante, et j'ai vu L'humanité s'écarter devant moi comme la séparation des eaux! (Claudel,Tête d'Or, 1901, 2epart., p. 221).
2. Spécialement
a) CRISTALLOGR. Un véritable plan de clivage ne doit pas être confondu avec les plans de séparation de position définie que peut déterminer parfois l'existence de matières interposées, par exemple de poussières déposées sur les faces à certains stades de la cristallisation (Friedel,Cristallogr., 1926, p. 413).
b) GÉOGR. Ligne de séparation des eaux. Synon. usuel ligne de partage* des eaux.[La ligne onduleuse, qui s'étend des collines boisées du Luxembourg et des Ardennes aux ballons des Vosges] Cette ligne est la séparation des eaux: du côté occidental, la Seine, la Loire et la Garonne descendent à l'Océan; derrière s'écoulent la Meuse au nord, la Saône et le Rhône au midi (Michelet,Tabl. Fr., 1861, p. 4).L'influence du niveau de base de la Méditerranée si voisine a probablement reculé peu à peu jusqu'au point actuel la ligne de séparation des eaux (Vidal de La Bl.,Tabl. géogr. Fr., 1908, p. 354).
B. − [L'action concerne un ensemble hétérogène] Distribution, répartition, classement, tri.
Séparation de... en.La distillation opère la séparation en essence légère et en essence lourde (Chartrou,Pétroles natur. et artif., 1931, p. 83).
Séparation de... par.La séparation par grosseurs de grains (fractionnement granulométrique) est pratiquée dans l'étude des alluvions, des sables, des argiles et des sols (Brajnikov, Pétrogr. et rayons X, 1936, p. 14).On a évoqué plus haut la ségrégation par âge, par métier. Il faut tenir compte aussi de la séparation par milieu social, par origine géographique ou ethnique (Gds ensembles habit., 1963, p. 28).
II. − [L'action concerne une ou les diverses part. d'un tout, un ou les divers élém. d'un ensemble]
A. − [Corresp. à séparer 1reet 2eSection II A]
1.
a) [L'action concerne des choses]
α) Fait d'écarter, de disjoindre, de se disjoindre. Rouir le lin, c'est-à-dire faciliter la séparation de l'écorce filamenteuse et de la tige ligneuse, agglutinées par une substance gommo-résineuse à dissoudre (Pesquidoux,Chez nous, 1923, p. 250):
1. Deux marches de pierre usées par le frottement des pieds conduisaient à la porte d'entrée, porte faite de trois planches qui jamais, malgré leurs séparations annuelles [sous l'effet du soleil] n'avaient connu le mastic et la peinture, attendant patiemment que l'humidité revînt pour les rapprocher. Dumas père, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 699.
P. plaisant. Mouton eut peur et s'arrêta net au milieu de son trot (...). Ce mouvement brusque et sec opéra la séparation du docteur et de la selle; le docteur (...) tomba (Stendhal,Lamiel, 1842, p. 48).
En partic. ,,Opération destinée à rendre indépendantes deux parties, précédemment solidaires, d'un engin spatial`` (Sc. Techn. spat. 1978). Séparation d'un étage, d'une charge utile (Sc. Techn. spat. 1978).
β) Fait de ne pas accoler. V. séparer 1reSection II A 1 a β ex. de L'Hist. et ses méth.En partic., vieilli. Siège de séparation. Siège individuel, indépendant. Une petite MmeTaigny, femme d'un petit auditeur, fils d'un pâtissier, fait les beaux jours des Tuileries. Une cour où les tabourets, les sièges hauts et de séparation de la cour d'autrefois semblent remplacés par les banquettes banales des bals publics ; il suffit de monter là-dessus pour être vu (Goncourt,Journal, 1862, p. 1140).
b) P. anal. V. âme ex. 14.
2. [L'action concerne des pers.]
a)
α) Action de se quitter en prenant congé. On les rencontre partout ensemble, ils dînent ensemble, vont ensemble par les rues, et chaque soir se reconduisent dix fois de la porte de l'un à la porte de l'autre sans se décider à la séparation (Maupass.,Contes et nouv., t. 1, Homme-fille, 1883, p. 613).Place Clichy il n'y avait pas de fiacre. − Nous en trouverons sûrement à Villiers, dit une voix. Il n'y avait pas plus de raison pour continuer que pour se séparer. Le froid engourdissait les volontés. Il se trouva que personne ne prit l'initiative de la séparation (Vailland,Drôle de jeu, 1945, p. 62).
β) En partic. Séparation d'une assemblée. Interruption des travaux d'une assemblée, dispersion de ses membres. L'on déclara tout de suite à l'unanimité des suffrages, « que l'Assemblée consentait provisoirement, pour la nation, à la perception des impôts existants, − quoique illégalement établis et perçus, − mais seulement jusqu'à la première séparation de l'Assemblée, de quelque cause qu'elle pût provenir! (Erckm.-Chatr.,Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 238).
b) Action, fait de s'éloigner, d'être éloigné de quelqu'un pour un temps plus ou moins long. Des larmes avaient jailli de ses yeux, au souvenir de leur séparation, là-bas, à Remilly, lorsqu'ils s'étaient quittés en se demandant si l'on se reverrait un jour, et comment, dans quelles circonstances de douleur ou de joie (Zola,Débâcle, 1892, p. 609):
2. Si je cherche maintenant pourquoi je m'imposais cette séparation qui m'était pénible, j'aperçois plusieurs mobiles: d'abord je me trouvais laide à ce moment; j'avais le visage fatigué; je craignais de lui déplaire. Puis l'idée d'éloigner Philippe de Solange continuait à m'être précieuse, et peut-être plus précieuse même que la présence de mon mari. Maurois,Climats, 1928, p. 228.
Séparation + adj.Séparation déchirante, douloureuse; séparation imminente, imprévue, inévitable, irrévocable ; séparation momentanée, passagère; cruelle séparation; brusque, courte, longue séparation. Souvent, leurs yeux se rencontraient, avec une expression de tendresse inquiète, comme s'ils étaient à la veille d'une séparation éternelle (Rolland,J.-Chr., Maison, 1909, p. 1068).Quand le train s'arrêta, des séparations interminables, qui avaient souvent commencé sur ce même quai de gare, y prirent fin, en une seconde, au moment où des bras se refermèrent avec une avarice exultante sur des corps dont ils avaient oublié la forme vivante (Camus,Peste, 1947, p. 1460).
[À propos de la mort] Séparation à jamais. Mon père disait que cet enfant faisait sa gloire. Tout le monde se louait de lui, ce n'était que larmes et louanges sur son cercueil. Ce fut avant-hier la triste, lugubre, déchirante et dernière séparation au cimetière (E. de Guérin,Lettres, 1839, p. 295).Toute la question était d'empêcher le plus d'hommes possible de mourir et de connaître la séparation définitive. Il n'y avait pour cela qu'un seul moyen qui était de combattre la peste (Camus,Peste, 1947, p. 1325).
Séparation + déterm. qui en précise la durée.Il me tarde bien de vous revoir, mes bons amis. Notre séparation d'un mois m'est extrêmement pénible (Michelet,Journal, 1838, p. 792).Particulièrement heureux, tous les deux, aujourd'hui; savourant le bonheur d'être ensemble et isolés dans la foule, souffrant à la seule idée d'une séparation de quelques instants (Larbaud,Journal, 1931, p. 250).
Séparation + déterm. désignant l'un des protagonistes ou les protagonistes de l'action.
Séparation + adj. de rel.La « crise d'originalité juvénile », comme on l'a nommée, est une réaction fonctionnelle normale, qui ne doit pas être brimée, mais aidée et canalisée. Une séparation familiale de quelque durée est presque indispensable pour favoriser cette maturation (Mounier,Traité caract., 1946, p. 103).
Séparation (de qqn) avec/d'avec qqn.Annette, sentant que sa séparation avec son cousin alloit devenir éternelle, mit à le voir, lui parler et l'accueillir, une affectueuse amitié, une tendresse si forte, si sentie, qu'il en fut ému (Balzac,Annette, t. 3, 1824, p. 161).Pendant les premières sept années de sa séparation d'avec sa maîtresse, il s'échappait de chez lui le matin, avant le jour, et il allait à 4 lieues de là, à pied, pour voir à un bureau de poste s'il n'était pas venu de lettres (Flaub.,Corresp., 1846, p. 288).
Séparation de qqn (vieilli).Le 16 septembre, jour de deuil, séparation de mes enfants qui sont reparties avec leur tante pour Périgueux (Maine de Biran,Journal, 1818, p. 158):
3. Tout ce qu'on peut dire (...), c'est que le chagrin causé par la séparation de la « bien-aimée » inconnue n'est pas encore assez fort, à cette date (...), pour ne point laisser à l'esprit de Beethoven la liberté de jouir de la compagnie d'une jolie fille et de ses aimables agaceries. Rolland,Beethoven, t. 2, 1937, p. 533.
Séparation de... et de.La veille de la double séparation du père et de la fille, de l'épouse et de l'époux, Eudore fit savoir à Cymodocée que tout étoit prêt (Chateaubr.,Martyrs, t. 2, 1810, p. 220).
Séparation + compl. prép. désignant l'orig. ou la cause de l'action.Le toi, c'est la personne avec qui l'on vit, que l'on aime, dont on est tourmenté, que l'on agite, que l'on passionne, qu'il faudra quitter pour la séparation volontaire de la vie ou involontaire de la mort (Vigny,Journal poète, 1862, p. 1366).[Alban s'était] rasé pendant la séparation des vacances (Montherl.,Bestiaires, 1926, p. 388).
Séparation en position de compl. déterm.L'heure de la séparation était venue. L'équipage et les passagers se tenaient sur le pont. Plus d'un se sentait l'âme serrée (Verne,Enf. cap. Grant, t. 3, 1868, p. 245).On sentait (...) qu'une mélancolie pesait sur la maison tout entière, et devenait de plus en plus lourde à mesure qu'approchait le jour de la grande séparation (Loti,Rom. enf., 1890, p. 95).
[Le déterminé précise la durée de la séparation] Après une année de séparation forcée, nous nous retrouvons chez mon oncle (Dumas fils, Fils natur., 1858, iii, 4, p. 148).Elle avait abdiqué toute fierté. Ces trois jours de séparation l'avaient transformée (Martin du G.,Thib., Été 14, 1936, p. 467).
[Le déterminé précise le sentiment, la réaction provoqué(e) par la séparation] Toute la douleur de la séparation vint me saisir; je me sentais défaillir en regardant cette voiture qui m'entraînait loin d'elle! (Krüdener,Valérie, 1803, p. 189).C'est la fin du jour, la tristesse de la séparation, un plaisir douloureux d'amour (Barrès,Cahiers, t. 11, 1914, p. 17).
c)
α) Relâchement ou rupture du lien qui unissait deux personnes. Le sevrage alimentaire du nourrisson (...) est en même temps une séparation d'avec la mère: plus il a été pénible, moins bien les renoncements ultérieurs seront supportés (Mounier,Traité caract., 1946, p. 428).
En partic. [À propos d'un homme et d'une femme, d'un mari et de sa femme] Puisque la princesse, sa femme, ne se souciait aucunement de lui, une séparation de forme n'ajoutait guère à la séparation de fait, et n'y joignait pas même une notoriété déjà complète (Gobineau,Pléiades, 1874, p. 332).Il se rendait (...) bien compte que depuis sa séparation d'avec sa femme sa fille ne lui appartenait plus (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p. 75).V. dissocier B 1 ex. de Sauvegarde de l'enfance.
Synon. de divorce.Le mariage avec Marie-Louise, disait l'Empereur, se proposa et se conclut dans le même jour, et sous les mêmes formes et conditions que celui de Marie-Antoinette, dont le contrat fut adopté pour modèle. Depuis la séparation avec Joséphine, on traitait avec l'empereur de Russie pour une de ses sœurs (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 193).
β) DR. CIVIL. [À propos de deux conjoints]
Séparation de biens. ,,Régime matrimonial caractérisé par l'absence de biens communs aux deux époux`` (Jur. 1985). Le contrat fut établi sur le régime de la séparation des biens qui conserve aux époux l'entière administration de leur fortune (Zola,Curée, 1872, p. 384)
Séparation de biens conventionnelle. ,,Séparation de biens stipulée dans le contrat de mariage`` (CAP. 1936).
Séparation de biens judiciaire. Séparation de biens prononcée par l'autorité judiciaire à la demande d'un des époux en cas de mauvaise gestion ou d'inconduite de son conjoint, qui se substitue au régime matrimonial antérieur mais peut cesser par consentement des deux époux et qui, par ailleurs, résulte également de la décision de justice prononçant la séparation de corps entre les époux (d'apr. Cap. 1936 et Lar. encyclop. Suppl. 1968).
Séparation de corps ou, absol., séparation. Simple relâchement du lien conjugal, consistant essentiellement dans la dispense du devoir de cohabitation, prononcé par jugement et résultant des mêmes causes que le divorce (d'apr. Jur. 1985). La séparation de corps (...) laisse subsister les obligations de fidélité et de secours (M. Vanel,Pt Manuel de Dr., t. 1, 1956, p. 162).V. corps II A 2 b α ex. de Drieu La Rochelle.
Loc. verb. Demander la séparation; plaider en séparation; intenter un procès en séparation; introduire une demande, présenter une requête en séparation. On n'attribue à la femme qu'un seul genre d'honneur. Infidèle à son mari, elle est flétrie et avilie, elle est déshonorée aux yeux de ses enfants, elle est passible d'une peine infamante, la prison. Voilà ce qu'un mari outragé qui veut soustraire ses enfants à de mauvais exemples, est forcé de faire quand il demande la séparation judiciaire (Sand,Hist. vie, t. 4, 1855, p. 393).
Prononcer la séparation; rendre un jugement de séparation. Le 16 février 1836, le tribunal rendit un jugement de séparation en ma faveur (Sand,Hist. vie, t. 4, 1855, p. 388).Si j'avais croqué la dot de ma femme, c'est contre moi que l'on prononcerait la séparation. Ce n'est pas cela que je veux, je veux qu'elle soit prononcée en ma faveur (Meilhac, Halévy,Boule, 1875, i, 10, p. 26).
Séparation de dettes. ,,Clause d'un contrat de mariage aux termes de laquelle les dettes de chaque époux doivent être payées par celui qui les a contractées`` (Barr. 1974). La clause de séparation des dettes n'empêche point que la communauté ne soit chargée des intérêts et arrérages qui ont couru depuis le mariage (Code civil, 1804, art. 1512, p. 279).
Séparation de fait. ,,Situation de deux époux qui vivent séparément sans y avoir été autorisés par un jugement de divorce ou de séparation de corps`` (Jur. 1985). La séparation de fait n'est plus désormais illicite (Jur.1985).
P. métaph. Ils avaient cru, ainsi que la chose arrive souvent, s'épouser sous le régime de la séparation de cœur. Mais un soir, après une violente querelle où ils avaient résolu de se quitter sur le champ, ils s'aperçurent que leurs mains, qui s'étaient serrées en signe d'adieu, ne voulaient plus se séparer. Presque à leur insu leur caprice était devenu de l'amour (Murger,Scènes vie boh., 1851, p. 171).
γ) P. anal., RELIG., MYSTIQUE. Le christianisme, après avoir posé comme premier terme le dogme de la chute, a poursuivi sa pensée en affirmant, pour tous ceux qui mouraient dans cet état de souillure, une séparation irrévocable d'avec Dieu, une éternité de supplices (Proudhon,Syst. contrad. écon., t. 1, 1846, p. 345).
δ) Fait de rompre avec quelqu'un sur le plan des idées, des options politiques notamment; divergence d'idées, d'opinions. L'Empereur m'a amené au jardin vers les quatre heures. Il venait de finir la dictée sur la Corse, ayant épuisé le sujet sur cette île, celui de Paoli, et parlé de l'influence que lui-même s'y était créée si jeune encore, lors de sa séparation politique d'avec Paoli (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 212).Dans ce journal comme dans l'organisation, à la fin de 1830, la démission de Lafayette, qui était le grand chef de la garde nationale, provoque des dissentiments et des séparations (Morienval,Créateurs gde presse, 1934, p. 34).
ε) POL. Rupture d'une alliance, d'un lien de dépendance. Seules, les perspectives d'une rupture avec nous et la nécessité de ménager les sentiments de la France pourraient imposer à Londres une certaine modération (...). L'inconvénient moral et matériel que présenterait, pour nous, la séparation d'avec la Grande-Bretagne avait, évidemment, de quoi nous retenir (De Gaulle,Mém. guerre, 1954, p. 179).
HIST. POL. Séparation des Églises et de l'État. ,,Régime considérant l'activité religieuse comme une activité privée, soumise à la seule police de l'ordre public et traitant par la suite les Églises comme des groupements de droit privé`` (Cap. 1936); situation qui en résulte. Qu'on ne s'effraie pas des inconvéniens que la suppression du salaire semble, au premier coup-d'œil, pouvoir entraîner; fussent-ils réels, il faudroit encore s'y résigner sans hésitation, puisque le salut de l'Église dépend de sa séparation d'avec l'État (Lamennaisds L'Avenir, 1830-31, p. 156):
4. Le régime légal fixe la condition officielle de la société religieuse dans l'État: séparation radicale ou partielle, concordat large ou restrictif. On se gardera de faire aux textes officiels une confiance excessive: « il y a des concordats orageux et des séparations cordiales »... Philos., Relig., 1957, p. 44-4.
Loi de séparation. Loi du 9 décembre 1905 instituant ce régime. Tout récemment la loi de Séparation qui a dissous un grand nombre de congrégations a eu également pour effet de transmettre à l'État et aux communes la propriété des œuvres d'art qui se trouvaient dans les Églises et les Évêchés (Réau,Archives, bibl., musées, 1909, p. 26).
Absol. La Séparation. ,,Épisode historique qui a abouti à l'état de droit de la séparation entre les Églises et l'État`` (Lar. Lang. fr.). [Les] grands débats de la Séparation et des querelles des Inventaires (France,Révolte anges, 1914, p. 4).
d) P. anal. Rupture temporaire ou définitive avec son milieu habituel. Après deux ans d'une totale séparation du monde, une femme divorcée pourrait se remarier (Stendhal,Amour, 1822, p. 229).Qu'elle était belle, cette jeunesse qui, à l'âge où le tempérament s'allume, où l'on ne cherche qu'à plaire et à gagner de l'argent, s'enfermait derrière de hauts murs et s'habillait de noir des pieds à la tête afin d'accentuer sa séparation d'avec le monde! (Billy,Introïbo, 1939, p. 37).
3. [L'action concerne des pers. ou des choses]
a)
α) Action, fait de constituer quelque chose en unité distincte par rapport à autre chose; fait pour quelque chose de constituer une unité distincte par rapport à autre chose; absence de relation, de lien de dépendance avec autre chose. Le rideau est peut-être le signe le plus visible de l'enfermement de la scène et de la séparation de la salle, séparation à la fois spatiale et temporelle, à la fois matérielle et spirituelle (Serrière,T.N.P., 1959, p. 92).Dans tous les partis de masse, les dirigeants forment un groupe assez nettement distinct du reste des adhérents et des militants (...). Cependant, la séparation entre les deux groupes n'est pas rigoureuse dans les pays développés: le « cercle intérieur » demeure très ouvert, et les membres de la base peuvent y pénétrer assez facilement (Traité sociol., 1968, p. 32).
β) En partic. Absence de lien entre le Créateur et sa création; indifférence de celui-ci pour celle-là. Malgré la joie qu'elle exprime souvent, c'est le côté sombre de la gnose, le drame de la séparation du divin et du monde, qui en reste, aux yeux de beaucoup, le caractère fondamental (Philos., Relig., 1957, p. 34-10).
b) Fait, pour une personne ou pour un groupe, d'être exclu d'une communauté, de constituer une unité distincte par rapport à elle. L'injustice est un amer qui redonne du goût à la solitude, aiguise l'appétit de séparation et de singularité (Valéry,Tel quel I, 1941, p. 39):
5. Dans le bouddhisme (...) l'illumination est (...) inséparable de l'amour des êtres. Les Bodhisatvas retardent indéfiniment leur propre délivrance, qui est pourtant à leur portée, pour aider les autres à se sauver. C'est que l'amour est premier et que la séparation d'une âme rend imparfaite l'union de toutes les autres. Philos., Relig., 1957, p. 36-14.
[P. réf. à l'unité primordiale] Non appartenance au tout. V. individuation ex. de Béguin.
[Pour une communauté] Perte de ce qui en faisait partie. Les malheurs de la France, la séparation de l'Alsace et de la Lorraine, avaient imprimé au caractère de Marcel une maturité toute virile (Verne,500 millions, 1879, p. 22).
B. − [Corresp. à séparer 1reet 2eSection II B]
1.
a)
α) Action, fait de mettre à part, d'isoler l'un de l'autre/les uns des autres, pour les regrouper éventuellement par catégories, les éléments d'un ensemble, d'un mélange hétérogène. V. grain I A ex. de Lamennais, pesée B ex. de Proust.
[P. allus. à Gen. I, 4] Quand je lisais ma Bible seul, ayant le choix des passages, c'était toujours la Genèse grandiose, la séparation de la lumière et des ténèbres, ou bien les visions et les émerveillements apocalyptiques (Loti,Rom. enf., 1890, p. 107).
[À propos de pers.] Il semblait à Sibylle que cette séparation remarquable des deux sexes dans les coutumes de la société polie avait l'inconvénient de réduire trop souvent la conversation des femmes à des commérages de harem (Feuillet,Sibylle, 1863, pp. 159-160).Chez les Sakai (...) hommes et femmes dansent, mais toujours séparément; toutefois la séparation ne va pas jusqu'à défendre aux femmes d'accompagner la danse des hommes par leurs chants et par la scansion de la mesure (Cuisinier,Danse sacrée, 1951, p. 33).
Discrimination, ségrégation. Les centres ainsi institués ne devraient pas être réservés exclusivement aux chômeurs, mais être ouverts aussi aux travailleurs occupés, afin d'éviter toute séparation systématique qui donne, comme nous l'avons vu, aux chômeurs l'impression accablante de ne pas faire partie de la vie normale (Becquet,Organ. loisirs travaill., 1939, p. 79).
β) CHIM., PHYS., INDUSTR. AGRO-ALIM. Séparation huile eau. Les essais faits en employant un courant de vapeur d'eau et un mélange de néon et d'hélium ont conduit à une excellente et rapide séparation de ces deux gaz. La méthode doit être appliquée à la séparation des isotopes (MmeP. Curie, Isotopie, 1924, p. 884).La trichromie. − Tous ces procédés sont basés sur la séparation des couleurs fondamentales: bleu, rouge, jaune. La sélection des couleurs s'obtient par l'emploi des écrans colorés: on photographie trois fois le document, à travers trois écrans (Arts et litt., 1935, p. 28-16).V. caillé III A ex. de Pouriau.
[Avec adj. désignant l'objet de l'action] Cinq milliards de nouveaux francs (...) sont consacrés au programme nucléaire d'études et d'engins spéciaux et comprennent les crédits nécessaires pour assurer le financement de l'usine de séparation isotopique (Goldschmidt,Avent. atom., 1962, p. 145).
[Avec déterm. désignant le procédé utilisé]
[Le déterm. est un adj.] Pour les séparations magnétiques, on se sert d'un électro-aimant en faisant varier l'intensité du champ, pour extraire du mélange des minéraux de susceptibilités magnétiques différentes (Brajnikov,Pétrogr. et rayons X, 1936, p. 14).Les étonnants résultats acquis par M. Georges Claude, pour la liquéfaction de l'air, donnaient à penser que les méthodes de séparation fractionnée des divers éléments (oxygène, azote, gaz rares...) pourraient s'appliquer à tous les mélanges gazeux, notamment à ceux où domine l'hydrogène (E. Schneider,Charbon, 1945, p. 308).
[Le déterm. est un compl. prép.] Le blutage est la séparation, par tamisage, de la farine et du son, lequel garde la cellulose et les trois quarts des sels, notamment les phosphates (Macaigne,Précis hyg., 1911, p. 248).Ce savant [Rayleigh] a donné une théorie de la séparation de deux gaz par diffusion au travers d'une paroi poreuse (MmeP. Curie, Isotopie, 1924, p. 183).
BIOLOGIE
Fait pour des caractères distincts d'être répartis sur des individus distincts. Chez les Métazoaires, la séparation des sexes est fréquente, en particulier chez les animaux supérieurs (Arthropodes, Vertébrés) (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 1, 1961, p. 524).
Synon. de différenciation.Chez le ver Ascaris, par exemple, la séparation du germen et du soma se manifeste clairement dès la première division de l'œuf (J. Rostand,La Vie et ses probl., 1939, p. 44).
MATH. Séparation des racines d'une équation. ,,Opération consistant à trouver une suite de nombres réels tels qu'entre deux de ces nombres consécutifs ne se trouve qu'une racine réelle, et une seule, de l'équation proposée`` (Lar. encyclop.). Ce théorème [théorème de Bolzano pour les polynômes] est (...) à la base de tous les critères de séparation des racines réelles d'un polynôme (à coefficients réels), qui constituent un des sujets de prédilection de l'algèbre pendant le XIXesiècle (Bourbaki,Hist. math., 1960, p. 119).
b) P. anal.
α) Fait de mettre entre des mains différentes, de confier à des autorités différentes des attributions différentes. [Auguste Comte] a formulé ainsi la loi historique de l'industrie moderne: séparation progressive du capital et du travail, distinction inévitable et toujours croissante entre la fonction du capitaliste et celle du travailleur (Ferry, 1867ds Fondateurs 3eRépubl., p. 247):
6. Les trois données du problème sont donc: − commander, − administrer, − contrôler. Les solutions données à ce problème ont varié au cours de l'histoire pour aboutir à l'organisation actuelle dont les principes essentiels sont les suivants: − séparation du commandement, de l'administration et du contrôle; − subordination de l'administration au commandement. Lubrano-Lavadera,Législ. et admin. milit., 1954, p. 176.
En partic. Séparation des pouvoirs. V. pouvoir2I D 3 a.
β) Fait de ne pas mélanger les tâches confiées à des mains différentes. Il fut persuadé du bien-fondé de ses griefs envers son fils. Heureusement, il avait prévu tout cela dès le jour où il avait décidé la séparation de leurs activités (Druon,Gdes fam., t. 2, 1948, p. 45).
c) Au fig.
α) Fait de distinguer, de différencier les unes des autres des réalités concrètes ou abstraites pour en établir éventuellement un classement. Synon. différenciation, distinction ; anton. confusion.
Séparation de... d'avec.Les partis (...). Leur séparation d'avec les groupes de pression constitue un point généralement hors de discussion dans les analyses courantes (Meynaud,Groupes pression en Fr., 1958, p. 37).
Séparation de... et de.La séparation du sacré et du profane, du dimanche et des autres jours (Amiel,Journal, 1866, p. 269).
Séparation entre... et.La séparation commune entre le signe et la chose, le mot et l'idée, relève de la méthode de connaissance la plus simple, mais aussi la plus savante, qui soit à notre portée: celle dont use le détective aussi bien que le philosophe, et le dépanneur d'autos comme le physicien (Paulhan,Fleurs Tarbes, 1941, p. 72).
Séparation entre les genres. Le tableau reste, et l'œil le parcourt (...) le mouvement théâtral est soumis à la loi du temps, et c'est dans la succession et non dans les parties qu'il exprime la variété. (...) l'on comprend ici assez clairement que la séparation entre les genres n'a rien d'arbitraire, et répond aux conditions de tout langage (Alain,Beaux-arts, 1920, p. 152).
[À propos de pers.] Vieilli. Au miracle politique du respect pour les droits de chacun, fondé sur le sentiment de la justice, il faut ajouter la réunion habile autant qu'heureuse de l'égalité devant la loi, avec les avantages attachés à la séparation des rangs. Chacun y a besoin des autres pour ses jouissances, et cependant chacun y est indépendant de tous par ses droits (Staël,Consid. Révol. fr., t. 2, 1817, p. 339).
β) Fait de classer dans des catégories différentes. La détermination précise du caractère optique de l'axe unique des cristaux à un axe, ou de la bissectrice des cristaux à deux axes, peut fournir à la minéralogie un élément précieux pour assurer la réunion ou la séparation de certaines espèces, lorsque l'étude cristallographique et chimique laisse cette réunion ou cette séparation incertaine (Des Cloizeaux,Propr. opt. biréfringentes, 1857, p. 4).
γ) P. méton. Ce qui justifie une différenciation, une distinction. Pour que deux substances soumises à une action chimique aussi uniforme pour chacune donnent lieu à des résultats si différents, il faut bien qu'il y ait une séparation profonde entre les arrangements moléculaires correspondants (Pasteurds Ann. chim. et phys., t. 23, 1848, p. 292).De nouveaux essais sont (...) nécessaires pour que soit tranchée la séparation entre le journal et la revue (Civilis. écr., 1939, p. 32-5).
2.
a) Action, fait d'extraire, d'isoler un corps, une substance de son milieu d'origine (pour le recueillir ou l'éliminer). L'écrémage (...) consiste à séparer les globules gras ou crème de l'eau, de la caséine, du lactose et des matières minérales qui constituent le lait écrémé ou petit-lait. Ce travail de séparation, qui se faisait autrefois à la main (...) est maintenant remplacé par l'écrémage centrifuge (Brunerie,Industr. alim., 1949, p. 42).Jusqu'à présent, tout effort de séparation d'une protéine par rapport à son milieu biologique a surtout abouti à en faire une protéine morte (P. Morand,Confins vie, 1955, p. 25).V. granulométrique ex. de Caillère, Hénin.
b) Fait d'isoler un malade pour préserver le groupe de la contamination. Peut-être n'y a-t-il rien, dans sa liturgie, de plus touchant et de plus solennel à la fois que le cérémonial, dit separatio leprosorum, avec lequel on procédait à la séparation de celui que Dieu avait frappé (Montalembert,Ste Élisabeth, 1836, p. 218).
c) Au fig. Action, fait de mettre à part en vertu d'un statut particulier. La notion de « séparation » est inhérente à l'homme en tant qu'homme. Nous avons cité plus haut (...) la phrase du rituel de kippour (office de Neïla): « Tu as distingué l'homme dès l'origine... » C'est pourquoi l'on peut dire que la séparation « spéciale » dont Israël est l'objet accentue tout à la fois son particularisme et son humanité (Weill,Judaïsme, 1931, p. 114).
3. Action, fait de distinguer l'un de l'autre des objets effectivement distincts, mais apparemment confondus. Bientôt, la perception visuelle ne sera plus qu'un moyen d'investigation parmi d'autres; la séparation optique des étoiles que la spectroscopie aura fait préalablement classer comme doubles, par exemple, ne soulèvera aucune émotion (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 1, 1961, p. 152).
C. − [Corresp. à séparer 1reet 2eSection II C]
1.
a) Rupture du contact entre deux éléments par interposition d'un troisième. L'offensive allemande avait provoqué la rupture du front franco-britannique, effectué une large brèche, dont la séparation des armées britannique et française était la première conséquence (Foch,Mém., t. 2, 1929, p. 19).
b) Loc. adj. De séparation. Qui s'interpose.
α) Qui a pour fonction d'isoler l'une de l'autre deux fractions d'espace, deux entités concrètes ou abstraites. Mur de séparation. Un bouton situé sur le tableau de bord (...) assure le fonctionnement automatique (...) de la glace de séparation sur les limousines (Tinard,Automob., 1951, p. 386):
7. Quand un ingénieur du téléphone étudie un circuit électrique, il trouve souvent très commode de se servir des nombres par paires, telles que 2, 5 ou − 4, − 1. La virgule est ici un signe de séparation pour exprimer qu'il s'agit d'un groupe de deux nombres distincts, mais associés. Les mathématiciens appellent par tradition les nombres de ce genre, nombres complexes... Berkeley,Cerveaux géants, 1957, p. 146.
TYPOGR. Blanc de séparation. ,,Blanc qui sépare le texte des notes`` (Carabelli, [Lang. typogr.], s.d.).
[Dans un cont. métaph.] [Les prêtres-ouvriers] veulent abattre « le mur de séparation » qui s'est dressé entre la classe ouvrière et l'Église et que Pie XI appelait « le scandale du XIXesiècle » (Philos., Relig., 1957, p. 50-2).
β) Qui marque la limite de part et d'autre de laquelle se démarquent deux entités concrètes ou abstraites.
Ligne de séparation (entre). Synon. frontière.Au cours des dernières années, des clivages à l'intérieur des partis se sont ajoutés à leurs divisions extérieures: sur plusieurs problèmes fondamentaux (l'unification européenne en est un bon exemple) la ligne de séparation entre les attitudes se situe au sein des partis eux-mêmes (Meynaud,Groupes pression en Fr., 1958, p. 185):
8. Parmi tous les services publics qu'assure ou que fait assurer l'État multiforme, la ligne principale de séparation est entre les services publics administratifs qui sont soumis au droit public et les services publics industriels et commerciaux qui y échappent largement. Belorgey,Gouvern. et admin. Fr., 1967, p. 68.
Point de séparation (de... et de). Le point de séparation du rouge et du violet (...) est plus reculé en proportion dans la seconde bande sombre que dans la première (Fresnelds Ann. chim. et phys., t. 1, 1816, p. 256).
Surface de séparation (d'avec). Nous savons que dans le cas d'un mélange de corps dont l'un possède une faible tension, il y a concentration de celui-ci à la surface de séparation d'avec un autre milieu (Chartrou,Pétroles natur. et artif., 1931, p. 23).
2.
a) P. méton. L'agent de l'action, ce qui s'interpose. La partie de l'Église du Saint-Sépulcre qui n'est pas sous la coupole est exclusivement réservée aux Grecs schismatiques; une séparation en bois peint, et couverte de tableaux de l'école grecque, divise cette nef de l'autre (Lamart.,Voy. Orient, t. 1, 1835, p. 443).La crête sous-marine qui joint l'est du Groenland au nord de l'Écosse par l'Islande et les îles Féroé et sur laquelle l'épaisseur d'eau ne dépasse nulle part 1 000 m, est une séparation efficace entre les faunes pélagiques profondes de la mer de Norvège au nord et de l'Atlantique septentrional au sud (J.-M. Pérès,Vie océan, 1966, p. 58).
Au fig. La nature, cinquante ans d'intervalle, avaient mis une séparation profonde entre Jean Valjean et Cosette; cette séparation, la destinée la combla. La destinée unit brusquement (...) ces deux existences déracinées, différentes par l'âge, semblables par le deuil (Hugo,Misér., t. 1, 1862, p. 525).Les goûters (...) que Gilberte offrait à ses amies et qui si longtemps m'avaient paru la plus infranchissable des séparations accumulées entre elle et moi devenaient maintenant une occasion de nous réunir (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 504).
En partic., dans le domaine de l'écriture, de la représentation graph.Les blancs employés comme séparation des mots ont le même aspect que les lettres, mais sont tenus plus bas qu'elles afin de ne pas marquer à l'impression (É. Leclerc,Nouv. manuel typogr., 1932, p. 50).Si, à l'intérieur d'un diagramme d'Euler, nous traçons une séparation verticale, par exemple, nous formons ainsi deux nouveaux ensembles, situés de part et d'autre de la nouvelle frontière (Warusfel,Math. mod., 1969, p. 48).
MUS. Synon. de note séparative*.[La] séparation (...) [est un] ornement conseillé par Geminiani (1749) comme exprimant la tendresse; sa place la plus favorable est dans le cas où la mélodie monte d'une seconde ou d'une tierce, ou descend d'une seconde; on l'associe à un trille ou à un mordant (BrenetMus.1926, p. 404).
b) P. anal. [Dans un processus en évolution] Coupure, rupture, discontinuité. L'évolution de la terre a été continue; il n'y a pas de séparations brusques dans les divisions géologiques, pas plus que dans les divisions des historiens. Les coupures établies par les uns et les autres ne sont faites que pour venir en aide à notre esprit (Boule,Conf. géol., 1907, p. 56).Marx avait, au plus haut degré, l'idée que la révolution sociale dont il parlait constituerait une transformation irréformable et qu'elle marquerait une séparation absolue entre deux ères de l'histoire (Sorel,Réflex. violence, 1908, p. 201).
Prononc. et Orth.: [sepaʀasjɔ ̃]. Ac. 1694, 1718: se-; dep. 1740: sé-. Étymol. et Hist. 1. 1314 « action de séparer, d'isoler divers éléments » separacion entre choses de diverses entencions (Henri de Mondeville, Chirurgie, éd. A. Bos, n o106); en partic. a) 1718 « isoler les éléments d'un mélange » separation des metaux (Ac.); b) 1791 séparation des pouvoirs (Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, art. 16); c) 1830 la séparation de l'Église et de l'État (Lamennais ds L'Avenir, p. 149); 1906 la Séparation (Bloy, Journal, p. 328); d) 1936 séparation des autorités administratives et judiciaires (Cap.); e) 1933 math. séparation des variables (Lar. 20e); 2. a) 1314 « brouille » contens et separations (Gervais Du Bus, Fauvel, éd. A. Långfors, 1464); b) 1456-57 « rupture entre époux » le divorce et separacion (Cent. nouv. Nouvelles, éd. Fr. P. Sweetser, LXXIIIe nouvelle, p. 445, 169); c) 1549 « action d'éloigner quelqu'un de personnes qui lui sont chères » (Est.); d) 1784 « fait d'être séparé de quelqu'un, temps que dure cet éloignement » (Mmede Genlis, Veill. du chât., t. II, p. 411 ds Pougens ds Littré); 3. a) 1549 « obstacle dressé pour séparer » les separations et menaux (L'Ordre tenu au sacre et couronnement de la royne Catherine de Médicis ds Havard t. 4); b) 1701 fig. le mur de séparation qui vous éloigne de Dieu (Mass., Carême, Doutes ds Littré). Empr. au lat. class.separatio « id. », formé sur le supin separatum de separare, v. séparer. Fréq. abs. littér.: 1 985. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3 343, b) 2 826; xxes.: a) 2 127, b) 2 795. Bbg. Quem. DDL t. 11. _ Rabotin (M.). Le Vocab. politique... Montréal, Paris, Bruxelles, 1975, p. 90.

Séparation : définition du Wiktionnaire

Nom commun

séparation \se.pa.ʁa.sjɔ̃\ féminin

  1. Action de séparer ou résultat de cette action.
    • Celui-ci promettait naturellement à ses électeurs, comme don de joyeux avènement, la séparation de l’Église et de l’État, l'instruction laïque et la suppression du budget des cultes. — (Paul-Gabriel d’Haussonville, L’Enfance à Paris, 1879, Calmann-Lévy, page 161)
    • Bert avait suivi les péripéties de la catastrophe, depuis la séparation des eaux jusqu’à la culée du pont. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 320 de l’éd. de 1921)
    • La séparation en deux de l'ancien continent du Gondwana, amorcée dès le Permien par le golfe d’Arabie vers le N. de Madagascar, ne paraît pas avoir été complète, même au Crétacé supérieur. — (Henri Gaussen, Géographie des Plantes, Armand Colin, 1933, page 52)
    • Leurs familles très nombreuses leur permirent, petit à petit, d'augmenter leur nombre, de telle sorte, que […], ils forment aujourd'hui, 200 ans après leur séparation de la mère patrie, un bloc de six millions de Français groupés principalement dans la province de Québec. — (Henri Noilhan, Histoire de l'agriculture à l'ère industrielle, éd. E. De Boccard, 1965, page 537)
    • À coup sûr, l'essence de la laïcité, mis à part la séparation de la religion et de l'État, est l'acceptation de la proposition selon laquelle il n'y a pas de finalité des formes, pas de possession exclusive de la vérité absolue et indivisible. — (Panayiotis Jerasimof Vatikiotis, L’Islam et l’État, 1987, traduction d’Odette Guitard, 1992, page 159)
  2. (En particulier) Action ou fait de s’éloigner ou d'être éloigné de quelqu'un.
    • Sans doute c’étaient là des paroles de sagesse, ou tout au moins d’expérience. Mais il y avait un fait qui en ce moment, criait plus fort que toutes les paroles, — la séparation.
      Je ne verrais plus celle qui m’avait élevé, qui m’avait caressé, celle que j’aimais, — ma mère.
      Et cette pensée me serrait à la gorge, m’étouffait.
      — (Hector Malot, Sans famille, 1878)
    • La difficulté, la longueur des voyages d'autrefois donnaient quelque chose de solennellement triste aux séparations. — (René Vallery-Radot, La vie de Pasteur, Hachette, 1900, Flammarion, 1941, page 16)
    • Ce jour-là, au moment de la séparation, spontanément, avec un sourire heureux, Yasmina lui donna un baiser, le premier... — (Isabelle Eberhardt, Yasmina, 1902)
    • La guerre s’était enfin achevée. Pour avoir été séparés, nous serions ensemble plus heureux que jamais. Pourtant ces séparations que la vie nous ménage ne sont que la préparation de l’adieu définitif, auquel il faut arriver. Je n’étais revenu que pour quitter mes parents, cette fois sans retour. — (José Cabanis, Les cartes du temps, Gallimard, 1962, Le Livre de Poche, page 87)
  3. La chose même qui sépare.
    • Il faut ôter cette séparation.
  4. (Absolument) (Histoire) (France) Séparation des Églises et de l'État suite à la loi de 1905.
    • Mais il a dû avoir des histoires avec le gouvernement au moment de la séparation ou des inventaires. — (Louis Pergaud, Un point d’histoire, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  5. (Topologie) Action d’inclure deux parties disjointes dans deux ouverts disjoints. Possibilité de le faire.
    • axiomes de séparation
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Séparation : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SÉPARATION. n. f.
Action de séparer ou Résultat de cette action. Séparation entière. Un mur de séparation. Ce fossé fait la séparation des deux propriétés. Une longue séparation. Depuis notre séparation. Durant notre séparation. Cette querelle allait amener entre eux une séparation éclatante. Séparation fâcheuse, cruelle, difficile à supporter. Séparation de l'Église et de l'État. En termes de Jurisprudence, Séparation de corps entre mari et femme, Jugement ou arrêt par lequel il est permis à un mari de ne plus habiter avec sa femme, et à une femme de ne plus habiter avec son mari. Séparation de biens conventionnelle, Convention, stipulation suivant laquelle il n'y a pas communauté de biens entre les époux. Séparation de biens judiciaire, Arrêt qui rompt cette communauté. Demande, action en séparation de biens.

SÉPARATION désigne aussi la Chose même qui sépare. Il faut ôter cette séparation, Il faut ôter cette cloison, cette haie, cette planche qui fait la séparation.

Séparation : définition du Littré (1872-1877)

SÉPARATION (sé-pa-ra-sion ; en vers, de cinq syllables) s. f.
  • 1Action de séparer, de se séparer, résultat de cette action. La séparation des chairs d'avec les os. Il est visible que, puisque la séparation et la révolte contre l'autorité de l'Église a été la source d'où sont dérivés tous les maux, on n'en trouvera jamais les remèdes que par les retours à l'unité, Bossuet, Reine d'Anglet. Après la séparation du monde, Mme de Montausier, accablée sous le poids de ses infirmités, s'applique à les souffrir chrétiennement, Fléchier, Duch. de Mont. Jésus-Christ n'a pas prétendu nous prescrire des devoirs faciles, commodes, et qui ne prissent rien sur nos passions : il est venu porter le glaive et la séparation dans les cœurs, Massillon, Carême, Immutabilité. Des crimes, que nous traitons de simples faiblesses, étaient expiés par la séparation de l'assemblée des fidèles, Massillon, Conf. Zèle contre les scandales. Quand même, dans cette terrible séparation qui se fera un jour, il ne devrait y avoir qu'un seul pécheur de cette assemblée du côté des réprouvés, Massillon, Sur le petit nombre des élus.
  • 2 Particulièrement. Action de quitter des amis, des parents, des personnes chères. Il est fort dangereux de s'accoutumer à une bonne compagnie ; la séparation en est étrange, Sévigné, 375. C'est une horrible chose que les séparations, Sévigné, ib. Je sens la séparation de ma petite [Marie Blanche, fille de Mme de Grignan] ; est-elle fâchée d'être en religion ? Sévigné, 29 avr. 1676. L'idée d'une séparation éternelle est sans doute pour moi aussi déchirante que terrible, Genlis, Veillées du château t. II, p. 411, dans POUGENS.
  • 3Terme générique par lequel on indique la désunion de quelques éléments. La séparation des métaux.

    Fig. Plus l'autorité agitera le vase où les vérités nagent pêle-mêle avec les erreurs, plus elle retardera la séparation des unes et des autres, D'Alembert, Éloges, Bossuet.

    Ancien terme de chimie. Séparation sèche, opération par laquelle on fait la séparation de l'or d'avec l'argent, en fondant les métaux dans les creusets.

  • 4La chose même qui fait séparation, cloison, haie, etc. Ôtez cette séparation. Mur de séparation.

    Fig. Mur de séparation, cause, sujet de division. Cet intérêt élève un mur de séparation entre les deux familles. Voilà à quoi vous tenez ; voilà le mur de séparation qui vous éloigne de Dieu, Massillon, Carême, Doutes.

  • 5Particulièrement Il se dit de la rupture de l'union conjugale. Ma fille, de semblables séparations ne se font point sans scandale ; et vous devez vous rendre plus sage que lui, et patienter encore cette fois, Molière, G. Dand. III, 14. J'ai trouvé, dans les lettres de Mme de Maintenon à l'abbé Gobelin, qu'il y avait eu une séparation en forme au Châtelet de Paris entre M. et Mme de Montespan, Mme de Caylus, Souvenirs, p. 174, dans POUGENS. Toute séparation volontaire est nulle, Code Nap. art. 1443.

    Terme de jurisprudence. Séparation de corps, jugement qui autorise les époux à vivre séparément. La femme contre laquelle la séparation de corps sera prononcée pour cause d'adultère, sera condamnée par le même jugement et sur la réquisition du ministère public, à la réclusion dans une maison de correction pendant un temps déterminé, Code Nap. art. 308.

    Séparation de biens contractuelle, stipulation qui interdit la communauté de biens entre les époux.

    Séparation de biens judiciaire ou par jugement, jugement qui rompt cette communauté. La séparation de biens ne peut être poursuivie qu'en justice par la femme dont la dot est mise en péril, Code Nap. art. 1443.

    Séparation de patrimoines, mesure conservatoire qui empêche la confusion des biens d'une succession avec ceux de l'héritier.

    Séparation de dettes, clause par laquelle des époux déclarent exclure de la communauté les dettes antérieures au mariage.

  • 6Brouille, froideur. La reine l'accuse [Mme de Maintenon] de toute la séparation qui est entre elle et Mme la Dauphine, Sévigné, 5 juin 1680.
  • 7Abstention, privation. Il est vrai que je suis quelquefois blessée… du peu de part que j'ai à votre confiance ; j'accorde avec peine l'amitié que vous avez pour moi avec cette séparation de toute sorte de confidences, Sévigné, à Mme de Grignan, t. V, p. 520, éd. RÉGNIER. Plutôt que de demeurer tranquilles dans la séparation de ce divin mystère [la communion], Sévigné, 5 mars 1683.

HISTORIQUE

XIVe s. Ô [avec] cele espreuve [sonde] soit faite separation environ la plaie legierement, H. de Mondeville, f° 41, verso. [La charnalité] Le los donne et le maugré Ainsy comme il vient à son gré, Si qu'elle fait par nacions Contens [querelle] et separacions, Fauvel, dans Jahrbuch für romanische literatur, t. VII, p. 412.

XVe s. Je vous prie que soyez contente que la separation soit faite de nous deux, Louis XI, Nouv. LXXIII.

XVIe s. Il falloit necessairement qu'il y eust separation demurailles entre eulx, Amyot, Cicéron, 19. L'ulcere sera touché d'eau forte esteinte, dite eau de separation, Paré, XI, 16.

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Séparation : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

SÉPARATION, s. f. (Gram. & Jurisprud.) est lorsque l’on met une personne ou une chose à part d’avec une autre.

Il y a trois sortes de séparations, deux qui regardent les personnes mariées, l’une que l’on appelle séparation de biens, l’autre séparation de corps ; la troisieme est la séparation des biens de l’héritier d’avec ceux du défunt.

Séparation des biens, est lorsque deux conjoints ont chacun leurs biens à part & divis.

Quelquefois les conjoints sont séparés de biens par contrat de mariage, ce qui arrive lorsqu’ils stipulent que la femme jouira à part & divis de ses biens ; dans ce cas on autorise la femme à toucher ses revenus, & ordinairement elle paye pension à son mari.

On ne doit pas confondre une femme non commune en biens avec une femme séparée de biens par contrat de mariage ; la premiere est seulement excluse de demander communauté dans les biens acquis par son mari, du reste elle n’a pas l’administration de ses biens à moins qu’elle ne soit séparée.

Les séparations volontaires, soit des biens seulement consenties depuis le mariage, & les séparations de corps & de biens, quoiqu’autorisées par quelques coutumes, ne sont point permises dans nos mœurs. De telles séparations par rapport aux biens sont ordinairement frauduleuses ; les séparations volontaires de corps sont de plus contre les bonnes mœurs. Toute séparation de corps & de biens, ou même de biens seulement depuis le mariage, doit être ordonnée par justice & en connoissance de cause.

La séparation de biens ne peut être demandée que par la femme, en cas de dissipation de son mari. Elle n’est pourtant pas obligée d’attendre que le mari ait dissipé tout son bien, & encore moins la dot de la femme, la séparation seroit alors un remede inutile ; il suffit que le mari soit dissipateur, & que vergat ad inopiam, que la dot soit en péril : l. XXIV. ff. solut, matrim. lib. XXIX. cod. de jure dotium. l. I. cod. de curat. furios.

Si la femme qui demande sa séparation est commune en biens avec son mari, il faut qu’elle renonce a la communauté, autrement l’acceptation qu’elle en feroit feroit présumer qu’il n’y a pas eu de dissipation de la part du mari.

Le défaut de renonciation à la communauté ne seroit pourtant pas un moyen de nullité dans une sentence de séparation, mais faute d’avoir renoncé, la femme demeureroit commune.

La femme qui demande sa séparation doit d’abord se faire autoriser par justice, à l’effet de poursuivre sa séparation.

La demande en séparation doit être formée devant le juge laïc ; le juge d’église ne peut en connoître, s’agissant d’un intérêt purement temporel.

Quand il y a des créanciers, il est à-propos de les mettre en cause pour voir déclarer commune avec eux la sentence qui ordonnera la séparation, afin qu’ils ne puissent pas la débattre comme collusoire.

L’effet de la séparation ordonnée par justice, est que la femme peut seule sans l’autorisation de son mari, faire tous actes d’administration & même ester en jugement ; mais elle ne peut sans une autorisation spéciale de son mari, ou par justice à son refus, faire aucun acte qui emporte aliénation.

La séparation pour être valable doit être exécutée, c’est-à-dire qu’il faut qu’il soit fait inventaire & un procès-verbal de vente des meubles du mari.

Cependant, si les meubles étoient saisis par des créanciers, la séparation seroit censée exécutée à l’égard de la femme, par la restitution de ses propres ou autres actes qui prouvent qu’il n’y a pas eu de fraudes telles qu’une saisie-réelle, &c.

La séparation de biens peut être ordonnée en cas de démence du mari, quoiqu’il n’y ait point de dissipation de sa part.

Séparation de corps & d’habitation ou séparation à thoro, est un jugement qui ordonne que deux conjoints par mariage auront à l’avenir chacun leur habitation séparée.

Chez les Grecs & les Romains, lorsqu’il y avoit quelque cause pour laquelle les conjoints ne pouvoient plus demeurer ensemble, il y avoit la voie du divorce qui dans certains tems & dans certains cas étoit ouverte à la femme comme au mari, dans d’autres au mari seulement.

L’effet du divorce étoit d’opérer absolument la dissolution du mariage, tellement qu’il étoit libre à chacun des conjoints de se remarier.

Le divorce étoit encore autorisé en certains cas du tems de Justinien ; mais parmi nous l’on tient, suivant le droit canon, que le mariage est un lien indissoluble, lequel étant une fois valablement contracté ne peut plus être dissous, quoad fœdus & vinculum ; & quoique les auteurs latins qui parlent des séparations de corps & d’habitation se servent souvent du terme divortium en parlant de ces sortes de séparations, cela ne doit pas s’entendre du divorce proprement dit, lequel n’est point admis parmi nous, quoad fœdus & vinculum, mais seulement quoad thorum & habitationem.

Il y a en effet une différence essentielle entre le divorce & la séparation de corps, en ce que celle-ci ne dissout pas le mariage.

Cette espece de séparation ne s’ordonne que pour cause de sévices & de mauvais traitemens de la part du mari envers sa femme.

Il n’y a guere que la femme qui demande d’être séparée de corps & de biens, parce qu’étant sous la puissance de son mari, elle ne peut régulierement le quitter sans y être autorisée par justice.

Il y a cependant quelques exemples que des maris ont demandé d’être séparés de leurs femmes à cause de leur violence ou autres déportemens, mais ces exemples sont rares & ne sont pas dans les vrais principes ; la femme qui se conduit mal envers son mari ne doit pas pour cela être délivrée de sa puissance, le mari peut faire ordonner que sa femme sera renfermée dans un couvent.

La séparation de corps ne doit être ordonnée que pour des causes graves ; ainsi la diversité d’humeur, & même les petites altercations qui peuvent survenir entre mari & femme ne sont pas des causes suffisantes de séparation.

Les causes pour lesquelles la femme peut demander sa séparation sont :

1°. Les sévices & mauvais traitemens, mais il faut qu’ils soient considérables ; cap. xiij. extr. de restitut. spoliat. Des injures ni des menaces ne sont pas ordinairement une cause suffisante ; cependant entre personnes d’une condition relevée, les juges pourroient y avoir plus d’égard, parce que pour ces sortes de personnes, des injures sont aussi sensibles que des mauvais traitemens pour des gens ordinaires.

2°. Si le mari est convaincu d’avoir attenté à la vie de sa femme.

3°. S’il vit dans la débauche, & qu’il y ait du danger pour sa femme.

4°. S’il accuse sa femme d’adultere, ou autres faits graves contre l’honneur, & qu’il y succombe.

5°. La folie & la fureur du mari, lorsqu’elles donnent lieu d’appréhender pour la vie de la femme.

6°. S’il a conçu contre sa femme une haine capitale.

L’honneur du mariage exige que la demande en séparation ne se poursuive que par la voie civile, & non par la voie extraordinaire, à moins que ce ne fût pour une cause capitale, comme si le mari avoit voulu faire assassiner sa femme.

Tous les auteurs conviennent que le juge d’église est compétent pour connoître de la demande en séparation de corps, pourvu qu’il n’y ait aucun intérêt temporel mêlé dans la contestation ; mais comme on ne manque point de demander en même tems la séparation de biens, comme une suite nécessaire de la séparation de corps, on porte ordinairement ces sortes de demandes devant le juge laïc.

La séparation ne doit être ordonnée que sur des preuves suffisantes, soit par écrit, s’il y en a, ou résultant d’une enquête ou information.

Lorsque la femme a obtenu sa séparation, le mari ne peut l’obliger de retourner avec lui, quelques offres qu’il fasse de la traiter maritalement.

Lorsqu’au contraire la femme est déboutée de sa demande, on la condamne à retourner avec son mari, auquel on enjoint de la traiter maritalement ; mais en ce cas on permet, quand les juges n’adoptent pas la demande en séparation, à la femme de se retirer pendant un certain tems dans un couvent où son mari a la liberté de la voir, afin que les esprits irrités aient le tems de se calmer.

La séparation de corps & de biens exclud les conjoints de pouvoir se succéder en vertu du titre unde vir & uxor ; ce droit de succession réciproque n’ayant été accordé que pour honorer en la personne du survivant la mémoire d’un mariage bien concordant.

Si les mari & femme qui ont été séparés de corps & de bien se remettent ensemble, l’effet de la séparation cesse même pour les biens, & toutes choses sont rétablies au même état qu’elles étoient auparavant la séparation. Voyez les lois ecclésiastiques de d’Héricourt. Le traité de la jurisdïct. ecclésiast. de Ducasse, & les mots Conjoints, Divorce, Dissolution, Mariage.

Séparation de biens d’une succession, est un jugement qui ordonne que les biens de l’héritier seront séparés de ceux du défunt.

Cette séparation a lieu lorsque l’on craint que les biens du défunt ou de l’héritier ne soient pas suffisans pour payer les créanciers de l’un & de l’autre.

Suivant le droit romain, il n’étoit permis qu’aux créanciers du défunt de la demander, afin d’être payés sur ses biens par préférence aux créanciers de l’héritier, soit qu’ils fussent antérieurs ou postérieurs en date.

Mais en France les créanciers de l’héritier peuvent aussi demander la séparation des biens de leur débiteur d’avec ceux du défunt, pourvu que l’héritier n’ait pas encore reconnu la dette, ou que le titre n’ait pas été déclaré exécutoire contre lui.

Cette séparation chez les Romains devoit être demandée dans les cinq ans ; mais parmi nous l’action dure trente ans. Voyez au ff. le tit. de séparat. & Cujac. ibid. & leg. penult. cod. de heredit. act. Bouvot, le Prêtre, Boniface, Loysel, Bacquet, Henrys. (A)

Séparation, (Chimie.) Il est dit à l’article Chimie, p. 417, col. premiere, que la chimie s’occupe des séparations & des unions des principes constituans des corps ; que les deux grands changemens effectués par les opérations chimiques, sont la séparation & l’union des principes ; que la séparation chimique est encore connue dans l’art sous les noms d’analyse, de composition, corruption, solution, destruction, diacrese, ou plutôt diacrise ; que de ces noms les plus usités parmi les chimistes, les françois sont ceux d’analyse & de décomposition.

Quoique les affections des corps aggrégés n’appartiennent pas proprement à la chimie ; & qu’ainsi strictement parlant elle ne s’occupe que de celle des corps unis chimiquement ; cependant, comme plusieurs de ses opérations ont pour objet au-moins secondaire, préparatoire, intermédiaire, &c. la disgrégation ou séparation des corps aggrégés, la division méthodique des opérations chimiques qui appartiennent à la séparation, doit se faire en celles qui décomposent des corps unis chimiquement, & celles qui ne séparent que les parties des corps aggrégés. Aussi avons-nous admis cette division. Voyez l’article Opérations chimiques.

Les deux instrumens généraux de la séparation chimique proprement dite sont le feu & la précipitation. Voyez Feu, Chimie, & Précipitation, Chimie ; c’est pourquoi il est dit dans ce dernier art cle que toutes les opérations de l’analyse menstruelle (or, analyse est synonyme à séparation) sont des précipitations.

Les séparations disgrégatives s’operent, & par les instrumens chimiques proprement dits, savoir, le feu & les menstrues, & par divers instrumens méchaniques, des limes, des rapes, des mortiers, &c. Voyez l’article Opérations chimiques. (b)

Séparation ou départ par la voie seche, (Métallurgie, Chimie & Arts.) c’est une opération par laquelle on cherche à séparer une petite quantité d’or mélée dans un grand volume d’argent, de maniere que l’or se précipite au fond du creuset & se dégage par son propre poids de l’argent que l’on réduit en scories par l’action du feu.

On a vu dans l’article Départ la maniere dont l’or, qui est uni avec de l’argent, s’en séparoit à l’aide des dissolvans humides. V. Départ, Inquart, Quartation, &c. Nous allons faire voir dans cet article comment cette séparation s’opere par la voie seche, c’est-à-dire, à l’aide du feu.

Un grand nombre de livres sont remplis de méthodes & de recettes pour faire la séparation par la voie seche ; mais lorsqu’on vient à vérifier ces procédés, on trouve que la plûpart sont fautifs ou inintelligibles. Parmi ceux que l’on a eu occasion de connoître, on n’en a point trouvé de mieux décrits que celui que M. de Justi, célebre chimiste allemand, a inséré dans ses œuvres chimiques, publiées en allemand en 1760 : on a donc cru devoir le rapporter ici en entier, il servira à faire connoître le progrès que cette opération pénible a fait jusqu’à présent.

La matiere qui contribue le plus à la séparation de l’argent d’avec l’or est le soufre ; cette substance s’unit avec l’argent qu’elle attaque, sans avoir la moindre action sur l’or, qui par-là se dégage de l’argent, & forme un régule à part au fond du creuset. Lorsque cette séparation se fait en grand, on n’obtient jamais un régule ou culot d’or pur, & l’on est très content lorsque la masse reguline est composée de trois parties d’argent contre une partie d’or. Cela vient, suivant M. de Justi, de ce que pour ménager les creusets, on en tire le métal fondu avec des cuilleres, ou bien on le vuide dans des cônes ou des creusets pointus, ce qui ne peut guere se faire assez promptement pour qu’une portion du métal ne se refroidisse pas, alors la matiere n’est point assez fluide, & l’or en coulant entraîne avec lui une portion considérable de l’argent. Voici un procédé par lequel M. de Justi assure avoir obtenu l’or en une masse réguline assez pure ; il prit un demi-marc d’argent qui contenoit de l’or, il le mit en grenaille, & après en avoir fait l’essai avec exactitude par la coupelle & par l’eau-forte, il trouva que la masse d’argent tenoit quatre grains d’or. Il mit cet argent en grenaille en cémentation avec du soufre dans un creuset couvert & bien lutté ; & lorsque l’argent eut été bien pénétré par le soufre, il en fit la précipitation, en y mettant du flux noir, du fiel de verre, de la limaille de fer & de la litharge. Après que le tout fut entré parfaitement en fusion, il laissa refroidir le creuset. Alors il cassa le creuset, & il trouva au fond de la masse d’argent, un petit bouton ou culot d’or, qui avoit la couleur de l’or qui est allié avec de l’argent ; sa petitesse empêchoit qu’on ne pût le séparer parfaitement de l’argent, néanmoins M. de Justi, en se donnant beaucoup de peine, en détacha 3 grains, il en étoit resté environ un demi-grain uni avec l’argent. A l’essai, il trouva que cet or étoit à 20 karats. Ayant réitéré cette expérience, il eut le même succès. Ce savant chimiste ne doute pas que cette expérience ne réussît encore mieux en grand, & il croit que ceux qui s’occupent du travail de la séparation ou du départ par la voie seche dans les monnoies, feroient mieux de ne point tant regarder à la dépense du creuset qu’il faudroit briser, qu’à ce qu’il en coute pour multiplier les séparations afin de faire ensorte que les régules contiennent trois parties d’argent contre une partie d’or, pour en faire ensuite le départ avec l’eau-forte. En effet, il paroît que l’on épargneroit beaucoup de charbon & les frais de l’eau-forte en suivant le procédé qui a été rapporté, ce qui seroit profitable, surtout si l’on peut se procurer des creusets à un prix raisonnable. D’ailleurs, on n’auroit qu’à purifier l’or ; qu’on a dit être à 20 karats, en le faisant fondre avec l’antimoine.

On suit deux routes principales pour opérer la précipitation dans la séparation par la voie seche. Les uns se servent du flux noir, & d’autres sels ou substances alkalines, telles que le fiel de verre, pour servir de précipitant ; d’autres rejettent cette méthode, & se servent du fer pour cette précipitation. Il y a à Leipsick deux familles qui depuis plusieurs années sont en possession du secret de faire la séparation ou le départ par la voie seche, elles se servent de deux méthodes différentes. La premiere de ces familles, qui est celle de Pfanenschmidt, se sert principalement du fer pour la précipitation, sans employer de fondans alkalins. La seconde famille, qui est celle de Stole, se sert de fondans alkalins pour la même opération. Ces deux méthodes sont connues en Allemagne sous le nom des deux familles qui les exercent.

M. de Justi examine laquelle de ces deux méthodes mérite d’être préférée. Pour cet effet, il faut faire attention à deux choses ; 1°. à ce qui rend l’opération plus facile ; 2°. à ce qui la rend moins couteuse. Il n’est pas douteux que les alkalis fixes, tels que le flux noir, la potasse & le fiel de verre sont les substances les plus propres à se combiner avec le soufre ; elles surpassent même le fer dans cette propriété, qui pourtant est de toutes les substances métalliques celle qui a le plus de disposition à s’unir avec le soufre. Ainsi, en joignant le fer avec ces substances alkalines, il n’est pas douteux que la précipitation se fera plus promptement & plus parfaitement, & les matieres salines en nageant à la surface des métaux en fusion doivent empêcher, que le soufre poussé par l’action du feu, n’entraîne & ne volatilise avec lui un grand nombre de molécules d’argent. D’où l’on voit que les fondans alkalins ont leur avantage ; mais d’un autre côté, on ne peut se dissimuler qu’ils n’aient aussi leurs inconvéniens. D’abord ils endommagent considérablement les creusets, & les mettent hors d’état de servir davantage, ce qui augmente les frais dans une opération où l’économie fait tout le profit. De plus, tout le monde sait que les sels alkalis combinés avec le soufre forment ce qu’on appelle l’hepar ou le foie de soufre, qui, à la vérité, facilite la fusion des métaux, mais qui dissout en même tems l’or & l’argent de maniere qu’il est impossible de leur rendre leur forme métallique, du moins sans des peines & des dépenses considérables ; d’ailleurs ce foie de soufre rend ces métaux aigres & cassans, de sorte qu’il faut recourir à des fusions réitérées avec le sel ammoniac, le nitre, le borax, &c. pour dégager ces métaux de la mauvaise qualité qu’ils ont contractée ; toutes ces choses augmentent la dépense, & font qu’une portion de l’argent se perd, vu que l’on ne retrouve point exactement celui qui s’est converti en scories. M. de Justi a trouvé par des expériences que le flux noir & le fiel de verre, surtout quand ces deux fondans sont combinés, produisoient dans le feu une plus grande quantité de foie de soufre que l’on ne pourroit l’imaginer. Outre cela le flux noir, à cause du nitre qui y entre, ne laisse pas d’augmenter la dépense, surtout si l’on travaille en grand ; d’ailleurs il attire très-rapidement l’humidité de l’air, ce qui peut causer beaucoup d’inconvéniens dans l’opération.

D’après toutes ces considérations, M. de Justi donne la préférence à l’opération dans laquelle on emploie le fer au lieu de substances alkalines, vu que ce métal est à très-bon marché, qu’il a une très-grande disposition à absorber le soufre, & que par son moyen on n’est point exposé à perdre une portion de l’argent. Cependant il est à-propos d’y joindre un peu de fiel de verre, qui est une substance peu couteuse ; elle facilitera la fusion, empêchera le soufre de dissiper ou d’entraîner avec lui une portion de l’argent, favorisera la formation des scories, & s’il se forme du foie de soufre, ce ne sera qu’en très-petite quantité.

Si l’on a une certaine quantité d’argent contenant de l’or, dont on veuille faire la séparation par la voie séche, il sera à propos d’en faire l’essai avec beaucoup d’exactitude par la coupelle ou par l’eau-forte, pour savoir combien le marc d’argent contient d’or. Voyez l’article Essai. Pour cet effet il faudra commencer par mettre cet argent en grenaille très-fine, ce qui se fait en le faisant fondre, & en le versant doucement dans un vaisseau rempli d’eau, que l’on agitera sans interruption avec des petites branches de bouleau, alors on en fera l’essai. Il est important que l’argent soit réduit en une grenaille très-fine comme de la dragée, ou tout au plus comme des lentilles, parce que l’on n’aura pas besoin d’y joindre une aussi grande quantité de soufre pour l’opération subséquente, c’est-à-dire pour la séparation ou le départ par la voie séche. En effet, pour qu’elle se fasse exactement, il faut que tout l’argent soit parfaitement pénétré par le soufre ; sans cela, ce métal tombe au fond du creuset, & l’on obtient des masses métalliques trop grandes pour pouvoir en bien faire le départ par l’eau-forte, & l’on sera dans le cas de recommencer la séparation.

Pour mêler l’argent en grenaille avec le soufre, on mouillera cette grenaille avec de l’eau, on y joindra du soufre en poudre fine, on roulera le tout avec la main, de maniere que chaque grain d’argent ait une petite croute de soufre ; si l’argent est parfaitement pur, il sera à propos avant que de le mêler avec le soufre, d’en mettre à part autant de demi onces, que l’on a de marcs dont on veut faire le départ ou la séparation.

Lorsque l’argent en grenaille a été mêlé avec du soufre, on le met dans un creuset que l’on remplira presqu’entierement ; on le couvrira d’un couvercle, & l’on aura soin de bien luter les jointures, de peur que l’action du feu ne fasse partir une grande quantité de soufre qui n’aura pas produit son effet, & qui n’aura point intimement pénétré l’argent. On donnera d’abord un feu très-doux, on placera le creuset sur un support, & on fera un feu circulaire, qui approche peu à peu du creuset, & on le laissera échauffer jusqu’à ce qu’on voye une flamme légere de soufre sortir par les jointures, alors la dissolution de l’argent par le soufre sera faite.

Pendant cette opération on préparera le fourneau à vent. On fera bien de pratiquer dans le cendrier un creux ou une fosse de terre glaise que l’on tiendra bien nette, afin que si le creuset venoit à se fendre, le métal fondu ne vînt point à se perdre.

Alors on ôtera le couvercle du creuset, qui contient l’argent combiné avec le soufre ; & si l’argent ne contient point de cuivre, ce qui est assez rare, on y mettra la demi-once d’argent qui, comme on l’a dit, aura été retenue sur chaque marc. On couvrira le creuset d’un couvercle, dans lequel on aura fait un trou ; par lequel on passera un fil de fer assez fort ; on placera le creuset au fourneau à vent ; on l’entourera de charbons aussi également qu’il sera possible, après quoi on remplira entierement le fourneau, & l’on mettra des charbons ardens par le haut, afin que le feu s’allume de haut en bas. Lorsque le mélange sera entré parfaitement en fusion, ce qui arrivera très promptement, & ce dont on pourra s’assurer au moyen du fil de fer qui traverse le couvercle du creuset, on ôtera ce couvercle, afin d’achever l’opération à l’aide du précipitant qui suit, que l’on tiendra tout prêt pour s’en servir au besoin.

C’est un mélange composé de deux parties de limaille de fer non rouillé, d’une partie de litharge, d’une partie de fiel de verre, & d’une partie de sel marin fondu. Ce mélange est celui dont on peut se servir avec le plus de succès dans la premiere & la seconde fusion de l’argent combiné avec le soufre ; mais dans la troisieme & quatrieme fusion & dans les suivantes, il sera à-propos d’y ajouter encore deux parties de plomb en grenaille.

Dans la premiere fonte on employera autant de demi-onces du mélange que l’on aura de marcs d’argent, dont on voudra faire la séparation ou le départ. On ne mettra pourtant le mélange que peu-à-peu, en le répandant sur le métal fondu, de maniere qu’il en couvre la surface, & à chaque fois on remuera le tout avec le fil de fer qui traverse le couvercle.

Durant cette opération, on donnera toujours un feu violent, afin que le mélange entre parfaitement en fusion ; pour cet effet on fera bien de recouvrir le creuset, & de fortifier le feu à chaque fois que l’on aura mis de la composition précipitante ; il faudra aussi avoir soin que les charbons chauffent également le creuset qui pourroit se fendre, si l’on mettoit auprès de lui un trop grand nombre de charbons non allumés, ce qui arrive, sur-tout lorsque les creusets sont grands.

Si l’on vouloit faire en une seule fois la séparation de l’or, & le mettre en un bouton ou culot, il faudra doubler la quantité du mélange qui sert à précipiter, & peut-être qu’alors on ne pourroit se dispenser d’employer le flux noir dans ce mélange. Mais si l’on veut faire cette opération à l’ordinaire, on mettra autant de demi-onces de la matiere précipitante que l’on aura de marcs à séparer. On laissera le mélange en fusion pendant dix minutes, après quoi on le vuidera dans un cône bien échauffé ; ou si le creuset étoit trop grand, on y puiseroit une portion de la matiere fondue, jusqu’à ce qu’on puisse le remuer avec facilité.

M. de Justi assure que le mélange qui a été indiqué pour servir à la précipitation, procure un avantage considérable, qui est la facilité de séparer la partie réguline ou le culot qui est tombé au fond du creuset, d’avec l’argent qui est encore combiné avec le soufre, au lieu qu’il n’en est pas de même, lorsqu’on emploie le flux noir & le plomb en grenaille dès le commencement de l’opération ; car alors il n’y a d’autre moyen pour séparer le culot, que de faire refondre le tout de nouveau, & alors on retire le culot avec une pincette, parce qu’il n’entre point en fusion si promptement que l’argent uni avec le soufre.

On est obligé de réitérer la précipitation quatre à cinq fois, & même plus, si l’on veut séparer parfaitement l’or, & récouvrer l’argent qui est uni avec le soufre ; pour cet effet, on remet le creuset dans le fourneau ; à chaque fois qu’on a vuidé la partie métallique dans le cône, on en détache les scories, c’est-à-dire, l’argent pénétré de soufre, que l’on remet de nouveau à fondre dans le creuset, & l’on en fait la précipitation de la maniere qui a été indiquée, excepté que pour la troisieme & la quatrieme fois qu’on précipitera, on joindra deux parties de plomb au précipitant, comme on l’a déja dit. Car si l’opération a été faite avec soin, il faudra que tout l’or se trouve dans le premier & le second, ou tout au moins dans le troisieme culot. Les précipitations subséquentes ne se font que pour recouvrer l’argent qui est uni au soufre, & qui est en scories.

Cependant on ne peut guere retirer tout l’argent qui étoit passé dans ces scories, qui contiendront toujours un marc d’argent par quintal, quelque habile que soit celui qui opere ; le seul moyen d’en tirer parti, c’est de porter ces scories aux fonderies où l’on tire l’argent de ses mines. Ceux qui s’occupent du départ ou de la séparation, rassemblent ces scories ou crasses ; ils les portent aux fonderies, les joignent avec du plomb & des fondans convenables, les font passer au fourneau de fonte, & passent le tout à la coupelle : ce qui leur procure souvent un profit assez honnête.

Quant aux différens culots que l’on a obtenus par la séparation, on les met en grenaille chacun séparément, & l’on en fait l’essai par la coupelle & par l’eau-forte, pour savoir la quantité d’or que chacun contient. L’on trouvera communément qu’en suivant le procédé qui a été indiqué, la plus grande partie de l’or sera dans le premier ou le second culot, on n’en trouvera dans le troisieme & les suivans, que lorsque l’opération aura été mal faite. On passera à la grande coupelle ou sur le têt les culots qui contiennent un quart d’or, & alors on en fera le départ ou la quartation avec de bonne eau-forte, & l’on fera fondre la poudre d’or qui sera tombée au fond de ce dissolvant. A l’égard des culots qui tiennent beaucoup moins qu’un quart de leur poids d’or, on les joindra à de nouvel argent tenant or pour un nouveau travail. On rafine sur le têt les autres culots qui ne contiennent point une portion sensible d’or, & on en fait des lingots ou des banes avec l’argent en poudre que donne l’eau-forte précipitée. Si le départ ou la séparation a été faite avec soin, le marc de cet argent ne doit point contenir au-delà d’un dixieme de grain d’or, car jamais par la voie séche on ne parvient à séparer totalement l’or d’avec l’argent. Voyez les œuvres chimiques de M. de Justi, tome I. (—)

Séparation, s. f. dans l’économie animale, action par laquelle différentes liqueurs se séparent de la masse du sang.

La séparation des liqueurs dans des arteres plus petites differe de la sécrétion en ce qu’elle ne s’opere que dans un rameau d’artere qui devient une seconde fois conique convergente, & se continue dans sa propre veine ; au lieu que dans la sécrétion c’est un conduit semblable à une veine, & qui ne reporte point la liqueur à la masse. Voyez Sécrétion.

Séparation en Architecture, est ce qui divise ou sépare une chambre ou un appartement d’avec un autre.

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Étymologie de « séparation »

Étymologie de séparation - Littré

Provenç. separatio ; espagn. separacion ; ital. separazione ; du lat. separationem, de separare, séparer. Palsgrave, p. 165, dit separaison ; c'est une forme archaïque, le latin ationem donnant aison.

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Étymologie de séparation - Wiktionnaire

Du latin separatio.
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Phonétique du mot « séparation »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
séparation separasjɔ̃ play_arrow

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  • Quand au moment de la séparation entre deux individus, personne ne ressent de regret, la séparation est arrivée trop tard. De Ahmadou Kourouma / En attendant le vote des bêtes sauvages

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Traductions du mot « séparation »

Langue Traduction
Corse separazione
Basque bereizketa
Japonais 分離
Russe разделение
Portugais separação
Arabe انفصال
Chinois 分离
Allemand trennung
Italien separazione
Espagnol separación
Anglais separation
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Synonymes de « séparation »

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Antonymes de « séparation »


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