Remonter : définition de remonter


Remonter : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

REMONTER, verbe

I. − Empl. intrans.
A. − [Le suj. désigne un être vivant]
1. [Remonter s'entend dans une accept. spatiale]
a) Monter à nouveau; se déplacer à nouveau dans un mouvement ascendant. L'oiseau qui descend puis remonte. Le poisson qui remonte à la surface dès que cet ingrédient [la graine du Levant] est jeté (Dussort, Preuves exist.,1927, dép. par Esnault, 1938, p. 118).
P. métaph. M. Thibault semblait s'être assoupi. Avant l'arrivée de l'abbé Vécard, il avait fait, ainsi, plusieurs plongées dans l'inconscient. Mais ces subites absences étaient brèves; il remontait à la surface, d'un seul coup, retrouvait son épouvante et recommençait, avec des forces neuves, à se démener (Martin du G., Thib.,Mort père, 1929, p. 1255).
[En parlant de l'Ascension du Christ, des âmes des morts] Remonter au ciel. Et le siècle futur, s'asseyant sur la pierre De notre siècle, à nous, et la voyant entière, Joyeux, ne dira pas: Il est ressuscité, Et dans sa gloire au ciel comme Christ remonté (Gautier, Poés.,1872, p. 215).Il vaudrait mieux qu'il remontât au ciel [l'enfant hydrocéphale] (Vallès, J. Vingtras,Bachel., 1881, p. 309).
b) Se rendre à nouveau dans un endroit situé plus haut que là où l'on se trouve. Remonter dans son appartement, dans sa chambre, au grenier; remonter chez soi. Au bout de deux heures, comme le soleil ne me réchauffait plus, je remontai sur la terrasse, m'assis dans un fauteuil, ouvris un journal (Sagan, Bonjour tristesse,1954, p. 174).
Remonter + inf. (avec ou sans prép.).Elle remonta travailler et la journée s'écoula vite (Dabit, Hôtel Nord,1929, p. 37).Je vais remonter chercher ta casquette, c'est une pièce à conviction (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 229).
c) S'élever à nouveau
pour se trouver plus haut (au propre et au fig.). Remonte aux vrais regards! Tire-toi de tes ombres, Et comme du nageur, dans le plein de la mer, Le talon tout-puissant l'expulse des eaux sombres, Toi, frappe au fond de l'être! Interpelle ta chair (Valéry, Alb. vers anc.,1900, p. 91).Sous l'apparente culture, faite uniquement de méditations sur quelques idées virulentes trouvées au hasard des livres et des conversations, le Chinois inculte, le Chinois qui ne sait pas lire les caractères, remonte et commence à dominer celui qui lit les livres français et anglais (Malraux, Conquér.,1928, p. 103).
pour reprendre une place en vue. Remonter sur les planches, sur le trône. M. l'abbé Le Cloud voulut bien remonter en chaire pour dire un mot d'exhortation (Stendhal, Lamiel,1842, p. 31).En remontant à la tribune pour répondre ce 19 juin, Jaurès déclare qu'il est « tout hérissé des flèches que son contradicteur lui a décochées » (Barrès, Cahiers,t. 5, 1906, p. 36).
d) HORTIC. Pousser de nouveau après une floraison normale. Donnez de l'air aux racines de vos asperges pendant l'hiver, elles cesseront de remonter (Gressent, Potager mod.,1863, p. 637).
e) Se déplacer à nouveau pour se retrouver à un endroit stratégique, à une place décisive pour l'action engagée. Remonter en piste; remonter en ligne, au front. Absol. Ça faisait un bruit du côté de Verdun! C'était noir comme du café avec des tressauts de feu comme une charbonnière qui s'enflamme. Et on disait on va remonter (Giono, Gd troupeau,1931, p. 97).
f) [En parlant de provinciaux se rendant notamment dans la capitale] Aller de nouveau du Sud vers le Nord. Remonter à Paris. Comme je ne suis pas « remonté » à Paris depuis que je me tiens prisonnier volontaire dans mon taudis d'Aix-en-Provence et m'adonne à mes écritures, je ne sais pas comment ni de quoi Chadenat est mort (Cendrars, Bourlinguer,1948p. 330).
g) Prendre place à nouveau sur un animal ou dans un véhicule. Remonter en auto. Je remontai dans ma voiture avec Hyacinthe (Chateaubr., Mém.,t. 3, 1848, p. 243).Après un repos, on est remonté à cheval, quelques semaines plus tard, et on est reparti vers le Nord (Céline, Voyage,1932, p. 40).
h) Accéder à nouveau à un degré supérieur d'une hiérarchie, à un rang meilleur. Remonter à la classe supérieure, en première division.
Remonter dans l'estime de qqn. Être considéré par quelqu'un de façon plus favorable. Absol.:
1. ... d'Argenson s'indigne que la France baisse, que sa marine se délabre de plus en plus (...). La politique bourgeoise du cardinal de Fleury, à laquelle il adhérait l'année précédente, et dans laquelle il espérait sa part, est rejetée bien loin maintenant: Chauvelin remonte... Sainte-Beuve, Caus. lundi,t. 14, 1859, p. 254.
Remonter sur la bête (pop.). Rétablir ses affaires, sa fortune, son bonheur (d'apr. Delvau 1883). Ensuite, je me suis cru remonté sur la bête, et, naïf, bravement, j'ai exhumé d'un tas les très vieux projets d'une chose (...) Je ne sais pas te la décrire (Valéry, Lettres à qq.-uns,1945, p. 121).
i) Aller à contre-courant, suivre une direction opposée à celle du courant. Remonter le long d'un fleuve.
MAR. Remonter au vent, dans le vent. Naviguer au plus près et particulièrement louvoyer (d'apr. Gruss 1978). Remonter contre le vent. Regarde! cria Jourdan. Il pointait son bras vers les lisières de l'horizon. Là-bas un cheval galopait. Il était nu et sans cavalier. Il disparut en soulevant la poussière de la lande. Alors ils virent arriver un vol d'oies sauvages. Elles remontaient contre le vent (Giono, Que ma joie demeure,1935, p. 369).
2. [Remonter s'entend dans une accept. temp.] Revenir en arrière dans le temps. Remonter aux sources. Plus nous remontons dans le passé, plus elle se réduit à peu de chose. La femme de ces temps reculés n'était pas du tout la faible créature qu'elle est devenue avec les progrès de la moralité (Durkheim, Division trav.,1893, p. 20).
Loc. Remonter au déluge. [En parlant d'une pers. qui raconte qqc.] Remonter aux circonstances les plus lointaines, à des événements souvent trop anciens pour expliquer quelque chose. La plaisanterie qui reproche aux Allemands de commencer tout exposé en remontant au déluge ne doit pas nous cacher qu'il y a là un besoin profond de ne point dissocier arbitrairement les choses organiquement liées (Arts et litt.,1936, p. 48-2).
B. − [Le suj. désigne une chose]
1. [Dans une accept. spatiale]
a) Au propre et au fig. Monter de nouveau; revenir à la surface. La gloire d'un homme ne remonte pas; elle descend (Chateaubr., Mém.,t. 2, 1848, p. 297).Quand l'eau remue, la vase remonte (Sartre, Diable et Bon Dieu,1951, i, 1ertabl., p. 30).
En partic. [En parlant d'un vêtement] Se relever. Un pantalon qui remonte. Allez, dit-elle, je saurai mourir. Elle s'agenouilla auprès du corps de son amant, en lui baisant les lèvres, et le pressant contre son sein; puis, s'apercevant que sa robe était quelque peu remontée, Giulia se rajusta (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 322).
b) Augmenter de nouveau en quantité, en intensité, en valeur. La bourse remonte; la fièvre, le fleuve remonte. − (...) je vais me laisser descendre avec le reflux, comme ça, en attendant que la vague remonte, si elle doit jamais remonter. Elle rougit un peu, hésita, puis le fixant tout à coup: − N'est-ce pas? Elle ne remontera jamais (Bernanos, Joie,1929, p. 695).En temps de dépression économique, il y a évidemment mévente et dévaluation temporaire, mais comme la production est comprimée pendant ce temps, les prix remontent automatiquement dès la période qui suit la « reprise » (Metta, Pierres préc.,1960, p. 115).
P. métaph. Il y a eu un moment, toutefois, où il s'est vu assez en faveur et où son baromètre académique semblait remonter (Sainte-Beuve, Nouv. lundis,t. 1, 1862, p. 402).
c) Suivre à nouveau un mouvement ascendant. M. le comte est très mal (...) On croit qu'il ne passera pas la nuit, la goutte est remontée au cœur (Maupass., Bel-Ami,1885, p. 310).La manche de son peignoir était brève, flottante, fort large. Mon regard s'engagea involontairement dans cette manche et remonta le long du bras, jusqu'à l'ombre moite et touffue de l'aisselle (Duhamel, Confess. min.,1920, p. 199).
Empl. pronom. Revenir à la bouche avec une impression nauséeuse. − Qu'est-ce que vous avez donc, jeune homme? s'écria la dame couperosée; vous tournez de l'œil comme un lapin dans une cage. − Madame... c'est que j'ai... j'ai... l'eau de vie qui me remonte... j'ai eu tort d'en boire! (Kock, Compagn. Truffe,1861, p. 113).
P. métaph. Le nom de mademoiselle Mars: nous lui dédions cette comédie. Le succès remonte à sa source (Dumas père, Mllede Belle-Isle,1839, post-scriptum, p. 98).
2. [Dans une accept. temp.] Remonter à.Rétablir dans le passé l'origine d'un fait, d'un événement, etc. Elle courut chercher le médecin qui, s'étant rendu avec elle à la maison, constata le décès, qui remontait à quelques heures (A. France, Vie fleur,1922, p. 546):
2. Cette erreur a été certainement plus de mon fait que du tien: elle remonte à l'époque où je pataugeais consciencieusement parmi tes tendances, avec la confiance que donne, seulement au début, l'emploi d'une analyse générale. Valéry, Corresp.[avec Gide], 1899, p. 360.
II. − Empl. trans.
A. − [Remonter implique une notion d'élévation]
1. Parcourir de nouveau en s'élevant, regrimper, refaire l'escalade de. J'étais à bout de forces, au point de me résigner au jeûne complet: descendre et remonter mes six étages pour aller chercher du pain et du lait? Jamais, j'aurais mieux aimé mourir là (Frapié, Maternelle,1904, p. 38):
3. Quelle auto? Pas trace d'auto sur le chemin où il ne passe pas quarante charrettes par an. Elle aurait donc attendu sur la route? Et pour remonter la côte, à travers tout le village? Personne ne l'a vue ni entendue, votre auto, mon cher! Bernanos, Crime,1935, p. 823.
Au fig. Remonter la pente. Améliorer une situation critique; se ressaisir. Synon. fam. reprendre du poil de la bête.Notre tâche est de persévérer dans cette direction, car on ne remonte pas la pente de l'histoire (Béguin, Âme romant.,1939, p. 146).
P. anal. Remonter un concurrent, un score. Arriver à hauteur de l'adversaire et le dépasser. Les Japonais remontent trois balles de set, égalisent, prennent la tête (L'Auto,19 juin 1933, p. 1 ds Grubb Sports 1937, p. 62).Di Paco mène le sprint. Lapébie ne parvient pas à le remonter (L'Auto,6 nov. 1933,p. 2, ds Grubb Sports 1937, p. 62).Empl. pronom. Le handicap ne se remonte pas (Arnoux, Gentilsh. ceinture,1928, p. 197).
2. Aller à contre-courant.
a) [Dans une accept. spatiale] Remonter le courant. Dans la Loire, de petites barques allaient et venaient, leur grand filet au bout de la perche et l'homme au fond avec son chapeau de paille; aux environs des villes, des bateaux pleins de grains et de marchandises descendaient ou remontaient le fleuve (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 2, 1870, p. 164).Ah! un caïque à deux paires, très élégant, qui remonte la rivière et qui va passer tout près de moi (Farrère, Homme qui assass.,1907, p. 81).
Au fig. Remonter le courant. Synon. de remonter la pente (supra II A 1).Il fallait au plus vite remonter ce courant et mettre l'armée belge en état de coopérer à la manœuvre contre l'aile droite allemande (Joffre, Mém.,t. 1, 1931, p. 466).
THÉÂTRE. Aller de la rampe vers le fond du théâtre. Madame de Vertyré, remontant la scène et allant vers la fenêtre. Un peu couvert (Dumas père, Mari veuve,1832, 4, p. 251).
b) [Dans une accept. temp.] Ainsi, c'est la mémoire que tu regrettes? Prends garde: remonte la chaîne de tes souvenirs (Ménard, Rêv. païen,1876, p. 150):
4. Partant de Jésus, il va rechercher Jésus, la race temporelle de Jésus, jusque dans le premier Adam, l'Adam de chair. Il remonte le temps. Il remonte la race temporelle. Il effectue comme une recherche, une requête, une remontée charnelle verticale... Péguy, V.-M., comte Hugo,1910, p. 737.
3. Porter, mettre de nouveau
a) dans un endroit plus élevé, à une plus grande hauteur. Remonter une malle au grenier, remonter un tableau sur un mur.
b) à un niveau plus haut; relever. « Hé! l'artiste (...) la lampo qui filo! » Vivement le malheureux s'interrompait pour remonter la lampe, humble, soumis, attentif à éviter la scène qu'il craignait (A. Daudet, Femmes d'artistes,1874, p. 75).
Remonter la mèche (au propre et au fig.). Puis, elle apparaissait entre la muraille et le battant de la porte, la figure endormie et éclairée en plein par une lampe dont elle remontait la mèche avec une épingle (Reider, MlleVallantin,1862, p. 44).Parfois la conversation s'éteint comme une lampe. On remonte la mèche. Quelques idées jettent encore quelque éclat, mais il n'y a décidément plus d'huile (Renard, Journal,1888, p. 16).
Remonter son pantalon. Rajuster à la taille. La vue de Pauline, si belle, si propre, lui fit traverser la chaussée, sans casquette, la blouse déchirée, le pantalon tombant et montrant la chemise, dans le débraillé d'un galopin de sept ans (...). Celle-ci (...) fit mine de rentrer. Alors, il fut très doux; il remonta ses culottes, en homme du monde (Zola, Ventre Paris,1873, p. 815).
Spécialement
COUT. Remonter une jupe, une manche. Diminuer par le haut. (Dict. xxes.).
HORLOG. Remonter une horloge. [Pour les mécanismes à poids] Remonter les poids qui donnent le mouvement. P. anal. [Pour les mécanismes à ressort] Tendre de nouveau le ressort d'un mécanisme. Remonter une pendule, un réveil, une montre. M. Rézeau répondait, souvent de biais. Puis il remontait le gramophone et nous accablait d'aphorismes (H. Bazin, Vipère,1948, p. 111).
Empl. pronom. Une jambe de coureur, légère et douce, une jambe de plume et qui se remonte comme un réveil! (Prévert, Paroles,1946, p. 32).
Au fig., fam. (Se) remonter la pendule. Synon. de (se) remonter le moral.[Le docteur] soupire (...) On aide un homme à remonter la pente et une fois lâché, crac, Sisyphe redégringole, écrasé par son rocher (...) Alors (...) on « remonte la pendule » à je ne sais combien de bonnes volontés (H. Bazin, Fin asiles,1959, p. 105).
4. Au fig. Rendre plus fort, plus actif; redonner de la vigueur, de l'énergie, du cœur. Remonter le courage, le moral de qqn. Synon. réconforter.Mais sur notre route de Saumur à Nantes quelque chose devait nous remonter le cœur; nous devions apprendre que nos braves représentants de la Montagne ne tremblaient pas (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 2, 1870, p. 167):
5. [Casaubon] se trouve du premier jour, à cette Cour de Henri IV, placé entre l'enclume et le marteau, comme on dit; entre Du Perron qui le convie, qui le presse, qui le travaille, et le ministre Du Moulin qui le chapitre, qui le remonte et le semonce. Sainte-Beuve, Caus. lundi,t. 14, 1860, p. 397.
Empl. pronom. réfl. ou passif. Se remonter (le moral, et fam., le bourrichon, le coco, etc.); boire qqc. pour se remonter. Il m'arrive encore assez souvent de penser en latin, ou d'appeler le latin à mon aide pour me remonter le coco (L. Daudet, Monde images,1919, p. 172).Nous sommes des enfants. Nous voilà tout remontés, parce qu'on nous annonce que Pétain prend le commandement (Romains, Hommes bonne vol.,1938, p. 100).
Spécialement
FAUCONN. Remonter un oiseau. Lui redonner santé et force (d'apr. Baudr. Chasses 1834).
ŒNOL. Remonter un vin. Augmenter son degré d'alcool. (Dict. xixeet xxes.).
PEINT. Remonter une couleur. Lui donner plus d'intensité. Vous feriez après, ce que je ne fais pas, ce que je devrais faire: vous [Flaubert] remonteriez le ton du tableau tout entier et vous sacrifieriez ce qui est trop également dans la lumière (Sand, Corresp.,t. 5, 1866, p. 155).
B. − [Remonter implique une notion d'agencement, d'assemblage, de mise au point] Assembler à nouveau les divers éléments d'un objet en vue de son utilisation. Remonter une armoire. Au fig. Tout le mécanisme a été démonté, détourné, remonté à l'envers (Péguy, Notre jeun.,1910, p. 150).
Spécialement
BIJOUT. Remonter un diamant. Qu'est-ce qui lui manque? Si elle veut faire remonter ses diamants, je ne m'y oppose pas; en veut-elle de nouveaux, qu'elle en achète (Fiévée, Dot Suzette,1798, p. 166).
CHAUSS. Remonter des bottes, des chaussures. En changer les semelles et l'empeigne. (Dict. xixeet xxes.).
COUT. Remonter des poignets de chemise, une robe, un chapeau. Remodeler. J'aime mieux supposer (...) que vous êtes occupée à déployer, défriper, remonter toutes les robes et tous les chapeaux que MmeX. vous aura apportés (Mérimée, Lettres ctessede Montijo,t. 1, 1846, p. 180).
THÉÂTRE. Remonter une pièce. La difficulté était de faire remonter la pièce, qui avait perdu une partie de ses acteurs primitifs (Nerval, L. Burckart,1839, p. 311).Je sens très bien le plaisir qu'a dû avoir M. Antoine à remonter ces trois pièces (Léautaud, Théâtre M. Boissard,1926, p. 234).
C. − [Remonter implique une notion d'équipement] Pourvoir à nouveau de tout le nécessaire. Je remontai ma maison sur un ton à la fois économique et fastueux (Picard, Avent. E. de Senneville,1813, ii, p. 249).Quand Léon eut remonté sa garde-robe, fait rembourrer ses trois fauteuils (...) il ajourna de semaine en semaine, jusqu'à ce qu'il reçût une seconde lettre maternelle où on le pressait de partir (Flaub., MmeBovary,t. 2, 1857, p. 135).Empl. pronom. En revenant [du Louvre], il entra chez Desforges, commanda une toile de 100, choisit des brosses, se remonta de couleurs (Goncourt, Man. Salomon,1867, p. 92).
Remonter (un cavalier). Lui fournir une nouvelle monture. La proclamation de Démétrius lue sur la place du marché émut les habitants de Kalouga; ils coururent aussitôt à sa rencontre lui porter le pain et le sel et lui remontèrent un équipage (Mérimée, Faux Démétrius,1853, p. 363).Empl. pronom. ou passif. On se remonta en chevaux et harnachements de luxe (Sand, Beaux MM. Bois-Doré,t. 2, 1857, p. 241).Le duc avait toujours été remonté par des chevaux du domaine qui le rejoignaient en lentes et patientes étapes à travers l'Europe (La Varende, Homme aux gants,1943, p. 344).
Prononc. et Orth.: [ʀ əmɔ ̃te], (il) remonte [-mɔ:t]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Intrans. 1. a) ca 1140 « monter de nouveau à cheval » (Voyage Charlemagne, éd. G. Favati, 249: remuntent li barun); b) 1176-84 « monter de nouveau » (Gautier d'Arras, Eracle, éd. G. Raynaud de Lage, 6039: l'emperere el ciel [= « au plafond orné »] remonte); 2. a) 1176 « aller de nouveau en haut (en parlant de choses) » (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 3277: la force [...] li remonte el chief); 1835 p. métaph. (Lamart., Voy. Orient, t. 1, p. 296: quelques vers [...] remontaient seuls dans ma pensée); b) 1690 « ne pas rester à sa place (vêtement) » (Fur.); c) 1770 fin. « augmenter, s'accroître » (Raynal, Hist. philos., IV, 18 ds Littré, § 4: le change remonta); 1900 remonter dans l'estime de qqn (Colette, Cl. à l'école, p. 76); d) 1842 hortic. roses remontantes (Mozin-Biber); 1870 (Littré, § 6: les rosiers ... remontent); 3. a) 1550 « avoir sa source, tirer son origine » (Ronsard, Bocage ds Œuvres, éd. P. Laumonier, t. 2, p. 188: la font remonter [ta beauté] jusqu'aus Dieus); b) 1669 fig. « aller vers l'origine, vers la source » (Bossuet, Oraison funèbre de H. M. de France, p. 528: remonter jusques au principe); c) 1669 « se reporter à une date antérieure » (ibid., p. 526); 1694 remonter jusqu'au déluge (Ac.); 1718 remonter au déluge (Ac.); 4. a) 1559 « aller vers la source, vers l'amont » (Ronsard, Meslanges II ds Œuvres, t. 10, p. 140: les courses Des eaux remonter à leurs sources); 1636 (Monet: Remonter, aller contremont l'eau); b) 1658 p. métaph. (La Fontaine, Adonis, 152, éd. H. Régnier, t. 6, p. 241: jamais le Temps ne remonte à sa source); 5. 1797 mar. remonter au vent (Voy. La Pérouse, t. 3, p. 74). B. Trans. 1. a) ca 1165 « remettre (quelqu'un) en selle » (Troie, éd. L. Constans, 8621: l'ont remonté); b) 1260-1311 « pourvoir (un cavalier) d'une autre monture » (Auberon, éd. J. Subrenat, 64); 1572 pronom. (Corresp. de Granvelle, t. 4, p. 298 ds Fonds Barbier); c) 1377 p. ext. « pourvoir à nouveau de ce qui est nécessaire » (Gace de La Buigne, Deduis, éd. Å. Blomqvist, 784); 1573 (Larivey, Facétieuses nuits de Straparole, V, 2 ds Gdf. Compl.); 1580 pronom. (Palissy, Discours admirables, éd. A. France, p. 387); 2. a) ca 1190 « mettre à un niveau plus élevé » (Renart, éd. M. Roques, br. VIII, 7855: voz braies sus remonter); b) 1316 « porter de nouveau en haut, plus haut » (Geffroy de Paris, Chron. métrique, éd. A. Diverrès, 7340); 3. a) ca 1200 « parcourir de nouveau vers le haut, gravir » (Bueve de Hantone, éd. A. Stimming, I, 7434: li provos remonta le rochier), empl. isolé, à nouv. en 1636 (Monet: remonter les degrés); b) 1remoitié xixes. fig. remonter la pente (Lamennais, s. réf. ds Lar. 19e: une certaine pente qu'on ne remonte point; Hugo, s. réf. ds Guérin); 1899 (Clemenceau, Iniquité, p. 434: que nous remontions la pente); c) 1855 sports « dépasser (un adversaire) » (Le Sport, 22 mars ds Petiot 1982: [un cheval] fut remonté); 1901 remonter le terrain (football, rugby) (L'Auto-Vélo, 25 févr., ibid.); 1905 « regagner des places » (L'Auto, 11 juill., ibid.); 4. 1411 « monter de nouveau (ce qui était démonté) » (Despence ds A. Assier, Comptes Ste Madeleine de Troyes, p. 16: [les orgues] desmontees et les remontees); 5. a) 1549 « réconforter, redonner de la force à (quelqu'un) » (Est.: Remonter ung homme, et le remettre sus), empl. au xvies., à nouv. 1814 (Constant, Journaux, 13 oct., p. 416); déb. xviiies. pronom. (Fontenelle, Bonheur ds Littré, § 32); b) 1697 fig. « raffermir, relever » (Bossuet, Etats d'oraison, I, 24 ds Littré, § 27: remonter son premier désir); 1798 remonter le courage (Ac.); 1842 remonter le moral (Flaub., Corresp., 15 mars, p. 99); 6. a) 1590 horlog. (B. archéol. du Comité des trav. hist. et sc., 1905, p. 343: une monstre [...] tirant huict jours sans le remonter); 1680 remonter une montre, une horloge (Rich.); b) 1690 « tendre de nouveau le ressort d'un mécanisme » (Fur.); 7. a) [1646 « parcourir (un cours d'eau) vers l'amont » (N. Perrot d'Ablancourt, Les guerres d'Alexandre par Arrian, l. 1, § II, p. 8: quelques galeres qui estoient [...] remontées le long du fleuve)] 1680 (Rich.: remonter un fleuve); 1829 fig. remonter le courant (Hugo, Corresp., p. 462); b) 1796 fig. « aller vers l'origine de » (Dusaulx, Voy. Barège, t. 1, p. 11: remonter le fleuve de la vie); 8. 1839 théâtre remonter une pièce (Nerval, loc. cit.). Dér. de monter*; préf. re-*. Fréq. abs. littér.: 6 752. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 8 460, b) 11 145; xxes.: a) 10 078, b) 9 457.
DÉR. 1.
Remontable, adj.Qui peut être remonté (supra II A 2 et B). D'abord, maman se rendait bien compte, elle se l'avouait dans les larmes, le goût des belles choses se perdait... c'était un courant pas remontable (Céline, Mort à crédit,1936, p. 333).Sous nos yeux, l'humanité vient d'accomplir le passage qui mène de l'image sensible, évocatrice, à la pièce démontable et remontable, utilisée diversement au gré de constructions propres à l'intelligence (Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 33). [ʀ əmɔ ̃tabl̥]. 1reattest. 1845 (Besch.); de remonter, suff. -able*.
2.
Remonteur, subst. masc.Ouvrier chargé de remonter, remettre sous tension, assembler certains mécanismes (armurerie, horlogerie). Au fig. C'est une singulière machine que le monde, et qui ressemble plus qu'on ne croit à une montre: il montre le doré en dehors et cache bien des rouages, mais le remonteur ne vient pas (Sainte-Beuve, Clou d'or,1869, p. 109). [ʀ əmɔ ̃tœ:ʀ]. 1resattest. a) 1577 « celui qui monte des canons » (L. Le Roy, Vicissitude, 27 v ods Fonds Barbier: fondeurs et remonteurs d'artillerie), attest. isolée dans ce sens, b) α) 1784 « ouvrier horloger qui fait le montage définitif des montres » (Inventaires Robert et fils ds Pierreh.), β) 1875 (Lar. 19e: remonteur de bottes), c) 1869 « celui qui remonte le mouvement d'un mécanisme » (Sainte-Beuve, loc. cit.); de remonter, suff. -eur2*.
BBG.Quem. DDL t. 16.

Remonter : définition du Wiktionnaire

Verbe

remonter \ʁə.mɔ̃.te\ intransitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se remonter)

  1. Monter une seconde fois, monter de nouveau.
    • Le mercredi matin à 5 heures, Le Gonidec, son quart étant tiré, quitte la dunette. Il prend un peu de repos et remonte. — (José Gers, Ma mort du Pourquoi pas ?, 1936)
    • Il avait repassé le Doubs à la minuit, au lac de Chaillon, puis il avait remonté les crêts par un des milles[sic] sentiers que l’ingéniosité des contrebandiers leur fait sans cesse frayer à travers ces prés-bois et ces boqueteaux de sapins. — (Louis Pergaud, L’Évasion de Kinkin, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Après s’être retiré du théâtre, cet acteur est remonté sur la scène.
  2. Retourner où l’on était avant de descendre.
    • Nous en avons assez des dentellières et de leurs racontars, et nous remontons vers la ville haute. — (Gustave Fraipont; Les Vosges, 1895)
    • L’avion revient vers nous, plane un moment sur nos têtes, glisse, remonte et, dans une dernière caracole, pique vers son hangar. — (Charles Le Goffic, Bourguignottes et pompons rouges, 1916, pages 203-204)
    • Remonter sur son cheval. — Remonter dans sa voiture.
    • Le baromètre remonte.
  3. Retourner vers le lieu vers le point d’où elles étaient descendues, en parlant des choses.
    • Pareil à une bête tapie dans les hauteurs, le lourd rideau s'abattait, puis remontait au cintre, tandis que les duettistes venaient saluer. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • L'hiver dernier, ça a gelé dur, très dur, la terre a gonflé et les pavés sont remontés comme des dents qui se déchaussent. — (Christian Gailly, L'Air, Les Éditions de Minuit, 1991, chap. 12)
    • Les fleuves remonteront vers leur source avant que cela arrive. — Cette digue fait remonter l’eau jusqu’à tel endroit.
  4. Aller vers le haut après avoir descendu.
    • Dès la fin novembre, les plantations de peupliers peuvent débuter, […]. À l’exception toutefois des stations où la nappe remonte près de la surface en hiver. Dans ces parcelles, mieux vaut attendre mars, voire avril. — (Vincent Thècle, Peupliers : comment réussir les nouvelles plantations., dans La France agricole, n° 3361 du 26 novembre 2010)
    • Après une longue descente, la route remonte vers le plateau.
  5. Se diriger dans une direction septentrionale.
    • J’ai grimpé avec le pilote à mon poste dans les barres de perroquet ; il gelait et nous remontions vers le Nord, les voiles serrées, contre un vent coupant et froid. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Quand on remonte de Toul vers le Nord-Ouest, le paysage n'est pas sans grandeur. — (Alain, Souvenirs de guerre, Hartmann, 1937, page 9)
  6. Reprendre la valeur qu’elles avaient perdues.
    • Les actions remontent.
    • Les fonds publics remontent.
  7. (Médecine) Aller vers le cœur, en parlant d’une humeur qui semblait s’être portée sur les extrémités.
    • La goutte remonte.
  8. Aller dans la direction contraire au courant, au flux.
    • Il vente très fort, des goélands passent, emportés par la tempête, et essaient vainement de remonter le vent. — (Alain Gerbault, À la poursuite du Soleil ; tome 1, de New-York à Tahiti, 1929)
    • Du reste, l’histoire ne remonte jamais son cours et il n'est au pouvoir de personne de vivre l’histoire à reculons. — (Les Communistes expliquent: l'autonomie démocratique et populaire, Parti communiste martiniquais, 1978, page 140)
  9. (En particulier) Aller vers la source d’un cours d’eau, soit en naviguant, soit en suivant à terre l’une de ses rives.
    • Le tarif des droits à percevoir sur les marchandises transportées par le Rhin , sera réglé de manière , que la totalité du droit à payer entre Strasbourg et la frontière du Royaume des Pays-Bas soit , en remontant, de deux francs , et en descendant, d'un franc trente-trois centimes par quintal, […]. — (Annales maritimes et coloniales, 1818, page 374)
    • Nous reçûmes l’ordre de côtoyer en le remontant le ruisseau de la Tourbe, qui arrose la plus triste vallée du monde, entre des collines basses, sans arbres et sans buissons. — (Goethe, Campagne de France, 1822 ; traduction française de Jacques Porchat, Paris : Hachette, 1889, page 52)
    • Nous remontâmes alors la Dwina pendant deux jours et jetâmes un pont sur ce fleuve que le deuxième corps entier passa pour atteindre la grande route de Polotsk à Saianétersbourg. — (Campagne de Russie, 1812, d'après le journal illustré d'un témoin oculaire, avec introduction de C-G. Faber Du Faur, Paris : chez Flammarion, 1895, page 23)
  10. (Figuré) Reprendre les choses de plus loin, dans un discours ou dans une narration.
    • Mais pour que vous pigiez l’histoire, faut que j’remonte à 1919, au temps qu’Milo-la-Graisse terrorisait le quartier. C’est à Grenelle qu’il habitait. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Sans remonter à l’événement traumatique fondateur que furent les massacres de la Saint-Barthélemy, on rappellera que la minorité réformée fut l'objet, sous Louis XIV, d'un « mémoricide » sans précédent : […]. — (Chantal Bordes-Benayoun, Patrick Cabanel & Colette Zytnicki, Les musées protestants et juifs dans le midi de la France, dans Une histoire à soi: Figurations du passé et localités, sous la direction de Alban Bensa & Daniel Fabre, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2015)
  11. Considérer une chose dans son origine.
    • Hormis quelques scènes isolées, mes premiers souvenirs ne remontent guère au-delà de 1910 et à notre jardin de Sanvic, près du Havre, si grand à mes yeux d'enfant, agrémenté d'une pelouse encadrée de rhododendrons. — (Louis Néel, Un siècle de physique, éd. Odile Jacob, 1991)
    • Remontez à la source, remontez à l’origine, au principe de telle chose et vous trouverez les raisons de vos échecs.
  12. Déterminer depuis l’origine.
    • […]; Azemmour, la ville maure remontant à l’antiquité, en plein déclin aujourd'hui par suite de l’ensablement de son port et l’indolence de sa population; […]. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 148)
    • Les seules traces de civilisation rencontrées remontaient à dix-huit siècles avec des oppida romaines. — (Bachaga Boualam, Les Harkis au service de la France, France-Empire, 1963, page 119)
    • De chaumières en tavernes, il écoute les bardes et les vieux rhapsodes qui lui récitent des chants populaires remontant à la nuit des temps. — (André Clavel, L’Iliade boréale, dans L’Express n° 3081, 21 juillet 2010)
    • — Oh alors, ça remonte à longtemps, dit l’homme. Mais on peut le savoir. J’ai de l’ordre dans mes affaires. » — (Nicolas Saudray, Voyage au pays des frogs, page 60, 1990, Balland)
    • Mais oui, ça remonte à longtemps. Elle vendait des beignets de morue. Elle avait fait fortune dans le commerce — le plus grand commerce de Trinité lui appartenait —. Puis elle a disparu. — (Christian Paviot, La demoiselle des mornes, 2002, page 354)
  13. Se diriger en suivant une piste.
    • Compte tenu de la pluie qui était tombée, Misty avait sûrement laissé des dizaines de traces qui nous permettraient de remonter jusqu’à elle si on se grouillait un peu. — (Andrée A. Michaud, Lazy Bird, page 121, Québec Amérique, 2009)
  14. (Transitif) Monter de nouveau.
    • Il ne fait que monter, descendre et remonter l’escalier.
  15. (Transitif) Parcourir de bas en haut une chose que l’on avait descendue.
    • La nuit est chaude. Vous remontez en flânant la Canebière et vous la quittez au boulevard Dugommier. Vous arriver vite au bel escalier monumental, tout battant neuf, qui monte à la gare. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Nous contournâmes, sans l’apercevoir, la colonne, puis le taxi remonta le faubourg Saint-Antoine, prit à gauche. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Après avoir descendu cette pente rapide, il fallut la remonter.
  16. (Transitif) Suivre un parcours en sens contraire d’un courant, du cours d’un fleuve.
    • Remonter le courant.
    • Remonter le cours d’un fleuve, d’une rivière
  17. (Transitif) (Par extension) Naviguer contre le courant.
    • Remonter un fleuve, une rivière.
  18. (Transitif) (Par extension) Côtoyer un cours d’eau en se dirigeant vers sa source.
  19. (Transitif) Porter de nouveau en haut ; remettre une chose en un point d’où on l’avait descendue, d’où elle était descendue.
    • Pour la garder dans son lit, à l'instar des producteurs d’Alerte à Malibu et Cie, son mari avait exigé qu'elle redressât son nez, ravalât sa façade, repulpât ses lèvres, retendît son ventre, remontât ses fesses et siliconât ses seins. — (Catherine Gaillard-Sarron, « Le pygmalion », dans Paquet surprise : nouvelles, Éditions Librinova, 2016)
    • Remonter une malle au grenier. — Remonter les poids d’une horloge et, par ellipse,
  20. (Transitif) (Par ellipse) (Horlogerie) Tendre de nouveau le ressort d’un mécanisme d’horlogerie.
    • Remonter une horloge, une pendule, une montre, une mécanique.
    • Le mouvement, excellent sans doute, n'avait pas été remonté depuis deux siècles. - Ce n'était pas pour savoir l'heure que j'avais acheté cette pendule en Touraine. — (Gérard de Nerval, Les Filles du feu, Sylvie, 1854)
    • Sa montre qu’il tira de sa poche s’était arrêtée à six heures. Il avait oublié de la remonter, la veille. La veille, à onze heures du soir, il avait oublié de remonter cette montre qu’il tenait dans le creux de sa main et qu’il regardait comme s’il ne l’avait jamais vue. — (Julien Green, Moïra, 1950, réédition Le Livre de Poche, page 229)
    • (Par extension) Remonter un ressort.
  21. (Transitif) (Figuré) Relever ce qui était abattu dans l’âme d’une personne.
    • Remonter le courage, le moral de quelqu’un.
  22. (Transitif) Réconforter.
    • Prenez quelques gouttes de ce cordial, il vous remontera.
  23. (Transitif) (Spécialement) Donner un degré d’alcool plus élevé en y ajoutant de l’alcool.
    • Remonter un vin, un cidre, une liqueur.
  24. (Transitif) Remettre en état ce qui était démonté.
    • […], et commence la cueillette du butin. N'ayant plus ni chaussettes, ni bottines, ni sac, les déguenillés remontent tranquillement leur garde-robe. — (Marguerite Baulu, La Bataille de l'Yser, Paris, Perrin & Cie, 1918, page 359)
    • Remonter un moteur, un lit, une armoire.
  25. (Transitif) (Bijouterie) Donner une nouvelle monture.
    • Remonter un diamant.
  26. (Transitif) Garnir de pièces neuves.
    • Remonter des bottes. — Remonter un fusil, un pistolet. — Remonter un violon, une guitare : Les garnir de cordes neuves.
  27. (Transitif) (Équitation) Doter de nouvelles montures ; acheter de nouveaux chevaux.
    • Remonter un régiment de cavalerie. — Remonter un cavalier.
    • Remonter une écurie.
  28. (Transitif) Remettre en état, pour faire valoir.
    • À la première chute, je n'ai décroché qu'un cale-pied que j'ai ramassé pour le remonter moi-même peu après ; à la deuxième chute, j'ai largué une sacoche, qu'il allait falloir faire réparer avant de la réinstaller ; à la troisième, j'ai perdu ma pompe à vélo, que je ne pourrais remplacer que moyennant finances. — (Louis Harenger, La planète des pauvres : le tour du monde à vélo des communautés Emmaüs, Éditions 1, 1999)
    • Remonter une ferme, une métairie. — Remonter une affaire. — Remonter une fabrique, une imprimerie, remonter sa maison.
  29. (Transitif) Remettre à la scène.
    • Remonter une pièce de théâtre.
  30. (Transitif) Regarnir.
    • Remonter un magasin de marchandises, une maison de meubles, une bibliothèque de bonnes éditions, etc.
  31. (Pronominal) Se fournir de nouveau de toutes les choses nécessaires pour une exploitation, pour son ménage, pour son propre entretien, et qui étaient venues à manquer.
    • Je me suis remonté en linge.
  32. (Familier) Élever ; soulever ;
    • Pour piter, ça pitait ce jour-là. A telle enseigne qu’accaparé par les girelles et les sarans que je remontais par paquets, je n'ai pas fait gaffe au mistral qui se levait... — (Jean Bazal, Panique dans le pastis, Marseille : Éditions I.N.A., 1964, chap. 3)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Remonter : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

REMONTER. v. intr.
Monter une seconde fois, monter de nouveau. Il monta, descendit et remonta. Faut-il remonter chez lui? Après s'être retiré du théâtre, cet acteur est remonté sur la scène. Il signifie aussi Retourner où l'on était avant de descendre. Remonter à sa chambre, dans son cabinet. Remonter sur son cheval. Remonter dans sa voiture. Le baromètre remonte. Le sous-marin remonta à la surface de l'eau. Fig., Remonter sur le trône, Recouvrer l'autorité royale. Fig. et fam., Remonter sur l'eau, Reprendre crédit, faveur. Fig. et fam., Remonter sur sa bête, Regagner ce qu'on avait perdu, reprendre un emploi, un avantage qu'on avait cessé d'avoir, reprendre de l'assurance, de la confiance. Il avait perdu au jeu, mais il a remonté sur sa bête. On lui avait ôté son emploi, mais il a tant fait qu'il est remonté sur sa bête. Je l'ai vu fort déprimé au premier moment, mais il est maintenant tout à fait remonté sur sa bête.

REMONTER se dit aussi des Choses qui retournent vers le lieu vers le point d'où elles étaient descendues. Les fleuves remonteront vers leur source avant que cela arrive. Cette digue fait remonter l'eau jusqu'à tel endroit. Il signifie encore Aller vers le haut après avoir descendu. Après une longue descente, la route remonte vers le plateau. Le soleil remonte, commence à remonter se dit lorsque, après le solstice d'hiver, les jours commencent à croître. Fig., La rente remonte, La valeur du capital, qui était descendue, redevient plus élevée. Les fonds publics remontent. Fig. et fam., Ses actions remontent se dit de Quelqu'un qui commence à recouvrer du crédit, de la faveur, de l'aisance. La goutte remonte se disait de l'Humeur de la goutte, qui, après s'être portée aux extrémités, remonte au cœur.

REMONTER signifie aussi Aller dans la direction contraire au courant, au cours d'un fleuve. Remonter contre le courant. Remonter vers la source d'un fleuve, d'une rivière, Aller vers sa source, soit en naviguant, soit en suivant à terre l'une de ses rives.

REMONTER signifie encore figurément, dans un discours, dans une narration, Reprendre les choses de plus loin. Pour comprendre cette affaire, il faut remonter plus haut. Par exagération, Remonter au déluge, Reprendre les choses de trop loin dans un récit. Remonter à la source, à l'origine, à la cause, au principe, Considérer une chose dans son origine, dans son principe, dans son commencement. Remontez à la source, remontez à l'origine, au principe de telle chose et vous trouverez que... La généalogie de cette maison remonte jusqu'à telle personne, jusqu'à telle époque; cette maison remonte jusqu'à telle époque, La descendance de cette maison est bien prouvée depuis telle personne, depuis telle époque.

REMONTER s'emploie encore comme verbe transitif et signifie Monter de nouveau. Il ne fait que monter, descendre et remonter l'escalier. Il signifie aussi Parcourir de bas en haut une chose que l'on avait descendue. Après avoir descendu cette pente rapide, il fallut la remonter. Il signifie encore Suivre un parcours en sens contraire d'un courant, du cours d'un fleuve. Remonter le courant. Remonter le cours d'un fleuve, d'une rivière ou simplement Remonter un fleuve, une rivière, Naviguer contre le courant d'un fleuve, d'une rivière. Il signifie aussi Côtoyer un fleuve, une rivière en remontant vers sa source.

REMONTER signifie également Porter de nouveau en haut; remettre une chose en un point d'où on l'avait descendue, d'où elle était descendue. Remonter une malle au grenier. Remonter les poids d'une horloge et, par ellipse, Remonter une horloge. Remonter une pendule, une montre, une mécanique, En tendre de nouveau le ressort. On dit de même : Remonter un ressort. Fig., Remonter le courage, le moral de quelqu'un, Relever son courage, son moral qui était abattu. On dit aussi elliptiquement : Remonter quelqu'un, Le réconforter. Prenez quelques gouttes de ce cordial, il vous remontera. Remonter un vin, Lui donner un degré d'alcool plus élevé en le coupant d'un vin plus fort ou en y ajoutant de l'alcool.

REMONTER signifie encore Remettre en état ce qui était démonté. Remonter un moteur. Remonter un lit, une armoire. Remonter un diamant, Lui donner une nouvelle monture. Remonter des bottes, Y mettre une empeigne et des semelles neuves. Remonter un fusil, un pistolet, Y mettre un bois neuf. Remonter un violon, une guitare, Les garnir de cordes neuves. Remonter un régiment de cavalerie, Donner des chevaux à un régiment de cavalerie qui était démonté. On dit de même : Remonter un cavalier. Remonter une ferme, une métairie, Remettre dans une ferme tout ce qui est nécessaire pour la faire valoir. Remonter une affaire, La remettre en état. On dit de même : Remonter une fabrique, une imprimerie, remonter sa maison. On dit aussi Se remonter, Se fournir de nouveau de toutes les choses nécessaires pour une exploitation, pour son ménage, pour son propre entretien, et qui étaient venues à manquer. Je me suis remonté en linge. Remonter un magasin de marchandises, une maison de meubles, une bibliothèque de bonnes éditions, etc., Les en regarnir. Remonter une écurie, Acheter de nouveaux chevaux. Remonter une pièce de théâtre, La remettre à la scène.

Remonter : définition du Littré (1872-1877)

REMONTER (re-mon-té) v. n.

Résumé

  • 1° Monter de nouveau.
  • 2° Aller vers la source d'un cours d'eau.
  • 3° Aller en haut vers le point d'où la descente s'était faite, en parlant de choses.
  • Fig. La rente remonte.
  • Terme de marine. Remonter au vent. Le vent remonte.
  • 6° Fleurir de nouveau après un arrêt.
  • 7° S'élever, faire un mouvement de bas en haut.
  • 8° Il se dit d'un musicien qui passe à un ton plus élevé.
  • 9° La goutte remonte.
  • 10° Les propres ne remontent pas.
  • 11° Revenir à un poste, à un rang d'où l'on était déchu.
  • 12° Tirer son origine de, s'étendre jusqu'à.
  • 13° Aller vers les origines, vers les choses anciennes, vers les hommes anciens.
  • 14° Reprendre les choses de plus loin, de plus haut.
  • 15° S'étendre vers le haut.
  • 16° Se dit d'une couleur qui prend une teinte plus forte.
  • 17° V. a. Monter de nouveau, gravir de nouveau.
  • 18° Reporter à l'endroit d'où la personne, la chose était descendue.
  • 19° Donner une nouvelle monture.
  • 20° Équiper, pourvoir, munir de nouveau des choses nécessaires.
  • 21° Raccommoder, remettre à neuf.
  • 22° Replacer dans l'état où elles étaient auparavant les parties d'une machine, d'une pièce de menuiserie, de charpente qu'on a démontées.
  • 23° Remonter une montre, un ressort.
  • 24° Remettre une pièce de théâtre en état d'être jouée.
  • 25° Remettre une parure dans sa monture.
  • 26° Mettre de meilleure heure, avancer.
  • 27° Ranimer, raviver.
  • 28° Engraisser un oiseau de proie.
  • 29° Remonter un vin.
  • 30° V. réfl. Se donner une nouvelle monture.
  • 31° Se fournir de nouveau des choses nécessaires.
  • 32° Reprendre des forces.
  • 1Monter de nouveau ; retourner ou l'on était avant de descendre. Remonter à sa chambre. Fuyez cet avare rivage, Et remontez sur vos vaisseaux, Scarron, Virg. III. Vénus remontant vers l'Olympe, je vis longtemps son char avec ses deux colombes dans une nuée d'or et d'azur ; puis elle disparut, Fénelon, Tél. IV. Il voulut à toute force tenir la tête de mon cheval, tandis que j'y remontais, Hamilton, Gramm. 9. C'est à vous et à vos amis à décider si cette première tragédie régulière qui ait paru sur le théâtre de la France mérite d'y remonter encore, Voltaire, Sophonisbe, Épître. À peine fut-on remonté en carrosse…, Diderot, Mém. Prom. scept. Après l'avoir quitté [le théâtre] pendant quelques années, il [Baron] y était remonté, et avait, par sa manière de réciter noble et naturelle, proscrit une déclamation chantante qui s'était introduite pendant son absence, Duclos, Œuv. t. X, p. 77. Après cette action, Adèle remonta chez elle, beaucoup moins mécontente d'elle-même, Genlis, Ad. et Théod. t. II, p. 249, dans POUGENS. Le sang remonte à son front qui grisonne, Béranger, V, sergent.

    Fig. Faire remonter, faire parvenir de bas en haut. La place de Mme de Maintenon est unique dans le monde… vous n'aurez pas oublié au moins de lui faire remonter quelques paroles par Mme de Montchevreuil, Sévigné, 27 sept. 1684.

    Revenir à fleur d'eau après avoir été submergé. Leurs armes [des barbares vaincus dans un combat naval] étaient d'une telle sorte, qu'encore qu'elles fussent assez pesantes, elles ne laissaient pas de remonter sur l'eau, Fléchier, Hist de Théodose, III, 65.

    Fig. Remonter sur l'eau, reprendre crédit, faveur, fortune.

    Fig. Remonter sur sa bête, regagner ce qu'on a perdu, reprendre un poste, un avantage qu'on avait laissé perdre. Il me semble, comme à vous, que votre ancien disciple [le roi de Prusse] est un peu remonté sur sa bête, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 18 oct. 1760.

  • 2Aller vers la source d'un cours d'eau. Nous remontâmes le long du Nil, jusqu'à cette fameuse Thèbes à cent portes, Fénelon, Tél. II. J'étais comme un homme qui nage dans une rivière profonde et rapide, d'abord il fend les eaux et remonte contre le torrent, Fénelon, ib. IV. La rivière des Amazones, dont le cours est de plus de 1200 lieues, si l'on remonte jusqu'au lac qui est près de Guanuco à 30 lieues de Lima, Buffon, Hist. nat. Preuv. th. terre, Œuv. t. II, p. 68. Mardonius n'eut pas plutôt appris que les Grecs s'étaient retirés dans le territoire de Platée, que, faisant remonter son armée le long du fleuve, il la plaça une seconde fois en face de l'ennemi, Barthélemy, Anach. Introd. part. 2, sect. 2.

    Fig. L'homme n'a rien qui ne doive remonter vers lui [Dieu] comme à sa source et lui être rapporté, Bourdaloue, Purif. de la Vierge, Myst. t. II, p. 275. Par où la protection des lois et de la justice descend du prince vers les peuples, et le respect et la fidélité des peuples remontent vers le souverain, Fléchier, le Tell.

    Il se dit en un sens analogue quand on s'élève de régions basses à des régions plus hautes. Si vous remontez à Sofola, à Quiloa, à Montbasa, à Mélinde, vous trouvez des noirs d'une espèce différente de ceux de la Nigritie, Voltaire, Mœurs, 143. En remontant de la Terre de Feu tout le long des côtes occidentales de l'Amérique méridionale, l'Océan rentre assez considérablement dans les terres, Buffon, Hist. nat. preuv. th. terre, Œuv. t. II, p. 149.

  • 3Aller en haut vers le point d'où la descente s'était faite, en parlant de choses. Le baromètre, qui avait baissé, remonte. Voyez, disait Vénus, ces ruisseaux et leur course ; Ainsi jamais le temps ne remonte à sa source, La Fontaine, Adonis. Les divers canaux qui bordaient ces îles semblaient se jouer dans la campagne : les uns roulaient leurs eaux claires avec rapidité ; …d'autres, par de longs détours, revenaient sur leurs pas, comme pour remonter vers leur source, Fénelon, Tél. I. Tel aux derniers canaux arrivé dans sa course, Le sang revient au cœur et remonte à sa source, Delille, Imag. IV. Tel un fleuve plein d'abondance et de limpidité, mais dont le cours n'est pas assez rapide, tourne à chaque pas dans la plaine ; repoussé par les moindres obstacles, il est sans cesse obligé de remonter contre le penchant de son onde, Chateaubriand, Natchez, III.

    On dit que le soleil remonte, commence à remonter, quand le cercle qu'il décrit se rapproche du zénith, c'est-à-dire quand, après le solstice d'hiver, les jours commencent à croître.

  • 4 Fig. La rente remonte, le prix moyennant lequel on en acquiert les titres, qui était descendu, redevient plus élevé. Au grand étonnement de toutes les nations, le change remonta à l'avantage de la France, Raynal, Hist. phil. IV, 18.

    Fig. et familièrement. Ses actions remontent, se dit d'un homme qui regagne en crédit et que la fortune commence à favoriser.

  • 5 Terme de marine. Remonter au vent, louvoyer au plus près du vent.

    Remonter contre mousson, naviguer dans le sens opposé à la direction de la mousson.

    On dit que le vent remonte ou monte, lorsqu'il change en passant du sud vers le nord.

  • 6 Terme d'horticulture. Fleurir de nouveau après un arrêt. Les rosiers qui fleurissent de nouveau après la saison des roses remontent ou sont remontants.
  • 7S'élever, faire un mouvement de bas en haut. Dans le jeu de la balançoire, on descend, puis on remonte.

    Fig. Ces hommes orgueilleux et vils, qui regardent les gens de lettres comme des espèces d'animaux destinés à combattre dans l'arène pour le plaisir de la multitude, descendraient alors de l'amphithéâtre, et verraient leurs juges y remonter, D'Alembert, Ess. sur la soc. des g. de lett. Œuv. t. III, p. 88, dans POUGENS.

    Terme de fauconnerie. Voler de bas en haut.

  • 8Il se dit d'un musicien qui passe à un ton plus élevé. Descendre de tierce, et remonter d'un degré, Grétry, Méth. pour prél. p. 92, dans POUGENS.
  • 9La goutte est dite remonter, quand elle quitte les articulations pour se jeter sur un organe intérieur. La santé du cardinal n'est pas mauvaise présentement ; quelquefois sa goutte fait peur : il semble qu'elle veuille remonter, Sévigné, 337. Sa goutte lui est remontée dans la tête, la poitrine et les yeux, Diderot, Lett. Mlle Voland, 8 oct. 1768.
  • 10 Terme d'ancienne jurisprudence. Les propres ne remontent point, c'est-à-dire les ascendants ne succèdent pas aux propres.

    Par extension. Dans la famille, l'amour ne remonte pas, c'est-à-dire qu'un fils aime mieux ses enfants que son père. Il arrive toujours que l'amour descend plus qu'il ne remonte, Buffon, Nat. des anim. Au dire du proverbe ancien, L'amitié ne remonte guère ; Bon petit-fils, je n'en crois rien, Quand je pense à vous, ma grand'mère, Béranger, B. maman.

  • 11 Fig. Revenir à un poste, à un rang d'où l'on était déchu. Un roi victorieux Qui vous fait remonter au rang de vos aïeux, Racine, Andr. III, 8. Il faut que sur le trône un roi soit élevé, Qui se souvienne un jour qu'au rang de ses ancêtres Dieu l'a fait remonter par la main de ses prêtres, Racine, Athal. I, 2. Attila parut malheureusement la même année qu'Andromaque ; la comparaison ne contribua pas à faire remonter Corneille à ce haut point de gloire où il s'était élevé, Voltaire, Comm. sur Corn. Attila. On sait assez que Conradin fut invité par ses sujets et par les Romains à remonter sur son trône, Voltaire, Pol. et lég. Prix de la just. et de l'human. 20.

    Absolument. Reprendre crédit. Celui [le curé] de Saint-Gervais, frère de l'avocat général Talon, m'écrivit dès le 5 : Vous remonterez ; sauvez-vous de l'assassinat ; avant qu'il soit huit jours, vous serez plus fort que vos ennemis, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 105, dans POUGENS.

    Se relever moralement. Lorsqu'enfin, dans les occasions périlleuses, il fallait animer les soldats, nous remontions cent fois plus haut que nous n'étions descendus, Montesquieu, Lett. pers. 74.

  • 12 Fig. Tirer son origine de, s'étendre jusqu'à. En sorte que, par une suite non interrompue depuis près de dix-sept cents ans, nous la voyons [l'Église] remonter jusqu'à Jésus-Christ, dans lequel elle a recueilli la succession de l'ancien peuple, et se trouve réunie aux prophètes et aux patriarches, Bossuet, Hist. II, 13. Aussi voit-on remonter jusqu'à ce temps [la fondation de Ninive], et pas plus haut, les observations que les Chaldéens, c'est-à-dire sans contestation les premiers observateurs des astres, donnèrent dans Babylone à Callisthène pour Aristote, Bossuet, ib. I, 2. Un roi longtemps victorieux Qui voit jusqu'à Cyrus remonter ses aïeux, Racine, Mithr. III, 1. Les Hébreux, dont la race en prodiges féconde Remonte dans les temps jusqu'au berceau du monde, Delille, Imag. VIII. Cette maison remonte, la généalogie de cette maison remonte jusqu'à telle personne, jusqu'à tel temps, la descendance de cette maison est bien prouvée depuis telle personne, depuis tel temps. Il [Vespasien] se moqua publiquement de ceux qui, par une fausse généalogie, voulaient faire remonter sa maison jusqu'à Hercule, Rollin, Traité des Ét. V, 1re part. § 6. On vient, dit-on, de faire imprimer sa généalogie [de Pompignan], qui remonte, par une filiation non interrompue, depuis lui jusqu'à son père, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 16 juin 1760.
  • 13 Fig. Aller vers les origines, vers les choses anciennes, vers les hommes anciens. Quand je remonte jusqu'à la source de votre institution, Bossuet, Disc. Acad. Quelque haut qu'on puisse remonter pour rechercher dans les histoires les exemples des grandes mutations, Bossuet, Reine d'Anglet. Il est de la nécessité de mon sujet de remonter jusqu'au principe et de vous conduire pas à pas par tous les excès où le mépris de la religion ancienne et celui de l'autorité de l'Église ont été capables de pousser les hommes, Bossuet, ib. Rien n'empêche que, de toutes les sectes qu'on voit aujourd'hui, et de toutes celles qu'on verra jamais, on ne remonte jusqu'à Simon le magicien et jusqu'à ce mystère d'iniquité qui commençait du temps de saint Paul, Bossuet, Var. XI, 209. Ah ! si vous remontiez jusques à sa naissance [de Rome], Racine, Bérén. IV, 5. Son histoire [de la Chine]… remonte par la chronologie la plus sûre jusqu'à une éclipse observée 2155 ans avant notre ère vulgaire, Voltaire, Mœurs, 1. Il faut remonter aux Pythagore et aux Anacharsis pour trouver de tels voyageurs [voyageant pour acquérir des connaissances], et ils n'avaient pas quitté un empire pour s'instruire, Voltaire, Russie, II, 8. Comment retrouverons-nous la première trace de nos pensées ? n'y a-t-il pas même de la témérité à vouloir remonter jusque-là ? Buffon, Des sens. Il s'agit ici de percer la nuit des temps, de reconnaître par l'inspection des choses actuelles l'ancienne existence des choses anéanties, et de remonter par la seule force des faits subsistants à la vérité historique des faits ensevelis, Buffon, Époq. nat. Œuv. t. XII, p. 6. En remontant aux premières traces de mon être sensible, je trouve des éléments qui, semblant quelquefois incompatibles, n'ont pas laissé de s'unir pour produire avec force un effet uniforme et simple, Rousseau, Confess. I. En quelque matière que ce soit, nous devons désespérer de remonter jamais aux premiers principes, qui sont toujours pour nous derrière un nuage, D'Alembert, Réfl. sur le goût, Œuvr. t. III, p. 416, dans POUGENS. Les philosophes remontent aux raisons des choses, donnent les règles des arts, expliquent ce qu'ils ont de plus caché, et par leurs leçons augmentent le nombre des bons juges, Condillac, Conn. hum. II, I, 15. Si vous remontez de classe en classe, vous verrez que l'idée que vous vous faites d'une classe supérieure, n'est jamais qu'une partie de l'idée que vous avez d'une classe inférieure, Condillac, Gramm. I, 12. En remontant aux originaux, j'ai trouvé qu'Acosta en 1530 et Herrera en 1601 l'avaient aussi bien décrite [la cochenille] que nos modernes naturalistes, Raynal, Hist. phil. VI, 18.

    Remonter à la source, à l'origine, à la cause, au principe, considérer une chose dans son origine, dans son commencement. Examinons ce bruit, remontons à sa source, Racine, Phèdre, II, 4. Remontez à la source de vos dégoûts pour Dieu, et pour tout ce qui a rapport à lui ; et voyez si…, Massillon, Carême, Prière 1. On serait remonté à la source de ces libelles ; Mme de M*** se serait tirée d'affaire en me sacrifiant, et j'aurais été enfermé le reste de mes jours peut-être, pour m'apprendre à faire le Phébus avec les dames, Rousseau, Confess. V.

  • 14 Fig. Reprendre les choses de plus loin, de plus haut. Pour ne point remonter trop haut, fixons-nous à la renaissance des lettres, D'Alembert, Disc. prélim. encyclop. Œuv. t. I, p. 248, dans POUGENS. Sans remonter bien loin, le roi François premier Fut un généreux prince, un noble chevalier, Chénier M. J. Charles IX, II, 1.

    Familièrement, remonter au déluge, à la création, reprendre les choses de trop loin dans un récit.

  • 15S'étendre vers le haut. Au delà, le plumage est blanc, et le blanc remonte jusque sous le bec, Buffon, Ois. t. VIII, p. 366.
  • 16Se dit d'une couleur qui prend une teinte plus forte. Remonter au rouge.

    Remonter, v. n. Se conjugue avec l'auxiliaire avoir, quand on exprime une action : la rente a remonté hier ; avec l'auxiliaire être, quand on exprime un état : la rente est remontée.

  • 17 V. a. Monter de nouveau, gravir de nouveau. Remonter un escalier. Remonter une côte.

    Remonter le cours d'un fleuve, ou, simplement, remonter un fleuve, naviguer contre son cours. De là nous remontons le Nil jusqu'à Memphis, Fénelon, Tél. II. Les Indiens allaient en Perse s'embarquer sur la mer d'Hyrcanie, remontaient le Rha qui est le Volga, allaient jusqu'à la grande Permie par la Kama, et de là pouvaient aller s'embarquer sur la mer du Nord ou sur la Baltique, Voltaire, Russie, I, 1. Si Annibal a remonté l'Are en traversant les Alpes, comme le croyait M. Abauzit, Saussure, Voy. Alpes, t. V, p. 87, dans POUGENS. Les Espagnols… perdirent de vue l'Orénoque ; ce ne fut qu'en 1535 qu'ils entreprirent de le remonter, Raynal, Hist. phil. VII, 18.

    Remonter un fleuve, une rivière, signifie aussi côtoyer un fleuve, une rivière, en allant vers leur source.

    Terme de marine. Remonter la côte, ou, simplement, remonter, naviguer vers la partie de la côte d'où viennent les vents et les courants.

  • 18Reporter à l'endroit d'où la personne, la chose était descendue. Aussitôt dans le chœur la machine emportée Est sur le banc du chantre à grand bruit remontée, Boileau, Lutr. III. On le lie, on le remonte dans la voiture, Voltaire, l'Ingénu, 9.

    Élever en l'air avec des machines.

    Terme de construction. Élever un mur, un plancher plus haut qu'ils n'étaient.

    Terme de fauconnerie. Remonter l'oiseau, le lâcher du haut d'un coteau.

  • 19Remonter un cavalier, lui donner une nouvelle monture. Remonter une compagnie de cavalerie, donner des chevaux à une compagnie de cavalerie qui était démontée.

    Remonter une écurie, acheter de nouveaux chevaux.

  • 20Équiper, pourvoir, munir de nouveau des choses nécessaires. Remonter une ferme. Remonter une fabrique, une imprimerie.

    Remonter un laboureur, l'équiper de nouveau.

    Remonter un magasin de marchandises, une maison de meubles, une bibliothèque de bons livres, les en regarnir.

    Remonter la garde-robe de quelqu'un, le pourvoir des effets d'habillement. Elle me reçut comme si j'avais rapporté des trésors, remonta peu à peu ma petite garde-robe, Rousseau, Confess. V.

    Familièrement. Remonter les finances de quelqu'un, le mettre dans un meilleur état de fortune. Le produit de la lettre à d'Alembert et de la Nouvelle Héloïse avait un peu remonté mes finances, Rousseau, Confess. X.

  • 21Raccommoder, remettre à neuf. Remonter des bottes, ce qui se fait en renouvelant les pieds (empeignes et semelles), par opposition au ressemelage, qui ne change que la semelle.

    Remonter un fusil, des pistolets, y mettre un bois neuf.

    Remonter un violon, une basse, les garnir de cordes neuves.

    Fig. Quand l'Amour… Vient remonter ce luth fragile Que Thémis a voulu briser, Béranger, Conseils de Lise.

  • 22Replacer dans l'état où elles étaient auparavant les parties d'une machine, d'une pièce de menuiserie, de charpente qu'on a démontées. Remonter une armoire.

    Terme de marine. Remonter le gouvernail d'un bâtiment, le remettre en place.

  • 23Remonter une montre, une pendule, un tourne-broche, les remettre en état d'aller.

    On dit de même : remonter un ressort. [Dans les monarchies héréditaires] le peuple doit regarder comme un avantage de trouver son souverain tout fait, et de n'avoir pas, pour ainsi parler, à remonter un si grand ressort, Bossuet, 5e avert. 56. La monarchie avait son allure par des ressorts qu'il fallait toujours remonter, Montesquieu, Esp XXX, 4. Il ne faut plus qu'un certain nombre d'années pour voir toutes les planètes tomber successivement dans le soleil ; c'est ce qui a fait dire à Newton que le monde ne subsistera qu'autant que Dieu remontera cette immense machine, Condillac, Art. de rais. III, 5.

    Fig. Si la bourgeoisie de Genève savait remonter ses principes, épurer ses goûts…, Rousseau, Lett. à Moultou, 18 fév. 1765.

  • 24Remonter une pièce, se dit d'un directeur de théâtre qui remet une pièce en état d'être jouée.
  • 25Remettre une parure dans sa monture. Mme de Raisel avait fait remonter une parure de diamants exprès pour la porter ce jour-là, Riccoboni, Œuv. t. II, p. 23, dans POUGENS.
  • 26Mettre de meilleure heure, avancer. Mme de Chaulnes… part à la pointe du jour… vous savez comme, en allant à Bourbon, j'eus plutôt fait de m'accommoder à ses manières que d'entreprendre de les corriger ; ainsi je m'en vais remonter ma journée, Sévigné, 12 avr. 1689. Coulanges me mande que nos états sont remontés au premier août, Sévigné, 1er juillet 1685.
  • 27Ranimer, raviver. Un petit verre les a tous réjouis et remontés. Il fallait songer que, si le voyage était difficile… on aurait besoin souvent de ranimer son courage, et comme de remonter son premier désir, Bossuet, Ét. d'orais. I, 24.

    Remonter le courage, l'imagination de quelqu'un, relever son courage, son imagination qui était abattue.

    Remonter la tête de quelqu'un, le ramener à la raison, le guérir de fausses alarmes.

  • 28 Terme de fauconnerie. Engraisser un oiseau de proie.
  • 29Remonter un vin, le couper soit avec un vin plus alcoolique, soit avec de l'eau-de-vie.
  • 30Se remonter, v. réfl. Se donner une nouvelle monture.
  • 31Se fournir de nouveau de choses nécessaires.
  • 32 Fig. Reprendre des forces. Ceux qui gouvernent, ayant une puissance qui se remonte, pour ainsi dire, et se refait tous les jours…, Montesquieu, Esp. XIX, 27. Quand même notre littérature se remonterait, je doute qu'elle puisse de longtemps produire un homme aussi rare [Voltaire], et qui réunisse tant de talents à un si haut degré, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 19 sept. 1779.

    Se ranimer, se raviver. Les hommes dans ces moments reprennent les forces nécessaires à leur malheureuse situation, et se remontent pour souffrir, Fontenelle, Bonh. Œuv. t. III, p. 245, dans POUGENS.

HISTORIQUE

XIIe s. Nis [même] dous feiz [deux fois] descendirent jus des palefeiz cras, E dous feis remunterent, que tuit dient : c'est gas [plaisanterie], Th. le mart. 114. Si remonta sour mer atout la roine, et s'en revint en France, Chr. de Rains, p. 7. Et ce qu'on dist que heritages ne remonte pas, Beaumanoir, XIV, 22.

XIVe s. Pas ne doit trop chanter chieus [celui] qui à cheval va ; Ne trop plourer aussi li homs qu'à piet sera ; Car quant il plaist à Dieu, tantost remonté l'a, Et chieus qui trop haut chante, quant Diex volt, plourera, Baud. de Seb. IX, 911. Li cuers li remonte ens ou ventre, D'ire enflamés ou tournoi rentre, Jean de Condé, t. II, p. 26.

XVIe s. Les propres ne remontent point, mais retournent aux plus prochains parens du costé dont ils sont venus au defunt. LOYSEL, 332. Le connestable, porté par terre et remonté par Oraison…, D'Aubigné, Hist. I, 167. Estant remonté d'un cheval frais, D'Aubigné, ib. II, 394. Par la ligature appellée des femmes nombrillere, elles sont soulagées de la pesanteur, le faix estant retroussé, l'enfant est contraint remonter plus haut, Paré, XII, 6.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Remonter : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

REMONTER, v. act. (Gram.) c’est monter derechef ; Jesus-Christ est remonté au ciel : c’est s’élever ; la lune remonte sur l’horison : c’est relever un corps à la hauteur d’où il est descendu ; remontez ce poids : aller contre le fil de l’eau, c’est remonter la riviere ; il y a des machines à remonter les bateaux. On remonte à cheval ; on remonte une compagnie ; on remonte de cordes, un instrument ; on remonte une machine dont les parties étoient desassemblées ; on remonte une garniture ; on remonte à l’origine d’un faux bruit, d’un préjugé populaire ; on remonte dans l’avenir. Voyez dans les articles suivans quelques autres acceptions du même mot.

Remonter, en terme de guerre, c’est fournir à des troupes de nouveaux chevaux à la place de ceux qui ont été tués ou blessés dans une action, ou qui par vieillesse ou autre défaut ne peuvent plus servir. Chambers.

Remonter, terme de riviere, c’est naviger contre le courant d’une riviere.

Remonter, v. act. terme d’Horloger, remonter une montre, une horloge, c’est remettre la corde sur la fusée, ou relever le contrepoids, pour mettre la montre ou l’horloge en état de marquer & de sonner les heures. (D. J.)

Remonter, (Soierie.) c’est faire succéder de nouvelles soies pour continuer une piece, lorsque celle sur laquelle on travaille est entierement employée & vient à manquer.

Comme c’est une opération fort longue que de monter un métier, il a fallu imaginer quelque moyen fort court pour faire succéder des soies nouvelles à celles qui viennent à manquer ; & voici celui dont on use.

On a sur un instrument, appellé le billot, de la soie toute préparée : cette préparation consiste à être encroisée de vingt fils en fils par un bout, & de fil en fil par l’autre. La soie prend ces deux encroix sur le moulin, & c’est le bout encroisé de fil en fil qui s’enveloppe le premier sur le billot ; celui par conséquent qui se présente & se développe le premier, est celui qui est encroisé de vingt en vingt. Toute cette soie portée au sortir du moulin sur le billot est continue ; elle forme comme un grand écheveau de 150 aunes de long, & de 800 doubles ou de 1600 fils. Il y a de ces écheveaux qui ont 1800 fils ; ceux qui sont à l’usage des faiseurs de bluteaux fins ont même 2000 brins ; & comme on passe deux fils ou brins dans chaque dent du peigne, il y a des peignes à 8 & 900 dents ; & pour les faiseurs de bluteaux qui ne passent qu’un fil à chaque dent, il y a des peignes à 2000 dents. Puisque le fil de soie est continu, qu’il forme un écheveau, il est évident qu’il forme une boucle à chaque bout, & que la boucle du bout qui pend du billot est divisée en quatre-vingt parties ou boucles partielles égales ; on appelle ces boucles partielles égales, des portées.

On a un instrument appellé rateau, on jette chaque portée sur une dent du rateau. L’avantage de cette manœuvre est d’étendre la soie, & de la disposer convenablement sur l’ensuple. Pour cet effet, on a une petite baguette appellée composteur, qu’on passe dans toutes les boucles partielles qui forment la grosse boucle qui pend du billot, cette baguette a une ficelle, appellée cristelle, attachée à une de ses extrémités ; on passe cette ficelle à la place du petit cordon qui tenoit les fils encroisés de vingt en vingt, & qui continue de faire cette fonction. On passe ensuite le composteur avec sa ficelle dans la rénure de l’ensuple, on adapte une main ou manivelle au tourillon de l’ensuple ; on tourne l’ensuple, & la soie distribuée en quatre-vingt parties par chaque dent du rateau, ou plutôt en soixante-dix-huit, s’étend sur l’ensuple. Ils disent soixante-dix-huit, parce qu’on fait les deux premieres portées doubles, afin que la soie étant plus élevée sur l’ensuple par ses bords que par son milieu, elle ne s’éboule point.

Après un assez grand nombre de tours de l’ensuple pour que le billot soit dégarni, on arrive au bout de l’écheveau où les fils sont encroisés de fil en fil, & tenus en cet état par un cordon.

Voilà une opération préliminaire à tout travail, & qu’il faut faire & recommencer toutes les fois qu’on veut commencer à travailler une piece, ou qu’une piece finissant, on veut la continuer & substituer de la soie à celle qui manque. Mais ce n’est pas tout dans ce dernier cas, il y a une seconde opération, qui s’appelle tordre.

Et voici comment elle se fait : on prend l’ensuple sur laquelle on a jetté la soie qui étoit sur le billot, on la met dans les tourillons des alonges, voyez l’article Alonge, on attache à chacun de ses bouts une corde qui passe sur elle, & qui se rend sur l’ensuple de devant.

On a fait des berlins ou portions de tous les bouts de soie, restes de la piece employée, qui pendent hors de la lisse. Ces berlins sont encroisés d’un fil en un fil, on dispose les envergures dans leurs encroix, & l’on fixe ces envergures fortement à l’aide des cordes qui sont tendues des extremités d’une ensuple aux extrémités de l’autre, en faisant faire un tour à chaque corde à l’extrémité de chaque envergeure.

Puis on prend le bout de la nouvelle piece, on place des envergures à son encroix, & on l’amene jusqu’à ce qu’elle soit contiguë à l’extrémité des berlins de la piece qui finit ; on fixe ces envergeures pareillement sur les cordes qui vont d’une ensuple à l’autre ; on pend un poids à l’ensuple de derriere capable de l’empêcher de tourner, ensorte que la soie soit bien tendue ; on divise la soie de la nouvelle piece en deux berlins ; on passe le nœud d’un berlin de la piece nouvelle dans l’encroix du berlin de la piece qui finit, & on l’y fixe avec une corde.

Puis, avec la main gauche, on cherche à l’aide de l’encroix le premier fil du berlin de la piece expirante, & avec la droite & à l’aide de l’encroix le premier fil de la piece nouvelle ; cela fait, on prend celui-ci sur le pouce & l’autre sur l’index, on serre les deux doigts, la soie prete de la quantité du diametre de l’index & du pouce ; alors en faisant glisser ces deux doigts l’un contre l’autre, ces portions des deux fils se tordent ensemble & restent tors ; cet endroit de jonction est même ordinairement si fort, que ce n’est presque jamais là que les brins de soie cassent. Après qu’on a tors les brins, on jette ou tord les deux brins avec le fil de soie du côté de l’ensuple de derriere.

Cela fait, on tord ensemble les deux seconds fils, & ainsi de suite fil à fil jusqu’à la fin d’une piece. Cette opération est si prompte, qu’un bon ouvrier tord dix-huit cens fils en deux heures ; afin que les fils tors ne se séparent point, on se mouille les doigts avec de la salive, du plâtre, de l’eau gommée, &c. mais cela est presque superflu. Cette maniere d’unir les soies est si ferme, que si un ouvrier ne tord pas également, je veux dire que s’il prend avec ses doigts un peu plus de soie en continuant de tordre qu’il n’en a pris au commencement, alors le poids qui tire l’ensuple montera, & les premiers fils tors seront lâches ; ce poids est pourtant énorme. Cela fait, on a, comme on voit, une piece nouvelle, jointe & continue avec les restes d’une autre, sans qu’on ait été obligé de monter le métier.

Mais il y a toujours une portion de soie qui ne peut être travaillée, celle qui est comprise entre l’ouvrage disposé sur l’ensuple de devant, & l’endroit où l’on a tors. On tourne donc l’ensuple de devant, la soie de la piece nouvelle suit les restes de l’ancienne, on amene les portions torses jusque sur l’ensuple de devant au-delà du peigne, & l’on continue de travailler.

Ce qui occasionne cette perte de soie, c’est la grosseur ou inégalité des deux fils tors, contre laquelle les dents du peigne agissant sépareroient les fils & gâteroient tout.

Remonter, terme de Fauconnerie, se dit de l’oiseau de proie qui vole de bas en-haut, & du fauconnier lorsqu’il jette l’oiseau du plus haut d’une colline, & aussi lorsqu’il travaille à engraisser un oiseau qui est trop maigre, alors on dit, il faut remonter l’oiseau.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « remonter »

Étymologie de remonter - Wiktionnaire

(XIIe siècle) Composé de re- et monter.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Étymologie de remonter - Littré

Re…, et monter.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « remonter »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
remonter rœmɔ̃te play_arrow

Conjugaison du verbe « remonter »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe remonter

Citations contenant le mot « remonter »

  • Pour remonter sur le ring, Iron Mike a retrouvé le poids qu’il faisait au sommet de sa carrière, 100 kilos. « Je viens de passer de 131 kilos à 100 et je me sens bien », a-t-il confié lors d’un live vidéo avec FightHype. LA VDN, Boxe : le légendaire Mike Tyson va bientôt remonter sur le ring à l’âge de 54 ans
  • Première conférence de presse ce mardi 28 juillet, pour Patrice Garande, le nouvel entraîneur du TFC, qui s'est engagé pour 2 saisons. Nommé en juin dernier, l'ancien coach de Caen a répété plusieurs fois que son principal objectif était de remonter en Ligue 1. France 3 Occitanie, "Si je viens, c'est pour remonter" : les premiers mots du nouvel entraîneur du Toulouse Football club, Patrice Garande
  • Recrutements. Et maintenant ? Renault a touché le fond et va devoir remonter. Comment ? « En s’inspirant », selon Luca de Meo, de PSA, qui va bien et a gagné de l’argent au premier semestre (595 millions). Au bord de la faillite en 2014, le constructeur a été redressé par Carlos Tavares, en choisissant bien ses gammes et ses modèles plutôt qu’en voulant grossir. Les pistes à copier pour Renault : capitaliser sur sa Clio, son petit SUV Captur, numéro un de leur segment, sur les Dacia, les Zoe, qui font de Renault le leader européen de l’électrique, en plein boom. « L’inspiration » PSA sera-t-elle un copier-coller ? Elle s’incarne, en tout cas, dans deux recrutements successifs… Celui de Gilles Le Borgne, l’ex-patron de la R&D de PSA, en janvier, et celui, annoncé mercredi, de Gilles Vidal, le designer-star de Peugeot, qui a déringardisé la marque. L'Opinion, Renault, au fond du gouffre, veut s’inspirer de PSA pour remonter – Economie | L'Opinion
  • "Le sujet est de savoir comment Air France rebondit, et nous serons au rendez-vous et s'il faut remonter au capital, on le fera. On ne l'exclut pas, mais ce n'est pas le sujet du moment", a-t-elle affirmé. BFM BUSINESS, Air France: « s'il faut remonter au capital, on le fera » assure le gouvernement
  • Le jour où l'on aura inventé la machine à remonter le temps, on pourra enfin cesser de chercher midi à quatorze heures. De Anonyme / Almanach de l'os à moelle - 14 Janvier 1981
  • On commence par oublier les noms, puis on oublie les visages. Ensuite on oublie de remonter sa braguette et un jour, on oublie de la descendre. De George Burns
  • Quand le ressort secret des volontés s'est détendu, il ne sert à rien de remonter les mécanismes. De Patrick Segal / L'homme qui marchait dans sa tête
  • Malade. Pour remonter le moral d'un malade, rire de son affection et nier ses souffrances. De Gustave Flaubert / Dictionnaire des idées reçues
  • A la première défaillance de gratitude, le bienfaiteur sent tout ses bienfaits lui remonter à la gorge. De Jean Rostand / De la vanité
  • Les conservateurs voudraient arrêter, les réactionnaires remonter, les révolutionnaires précipiter le cours des événements qui les submerge tous. De Oscar Louis Forel / Aphorismes
  • Il importe peu de descendre du singe ; l'essentiel est de ne pas y remonter. De Richard Wagner
  • Tactic : ensemble des moyens et des ruses mis en oeuvre pour remonter le temps. De Alain Finkielkraut / Petit fictionnaire illustré
  • L'amour, ça tient du baromètre, ça peut descendre ou remonter. De Hervé Bazin / Le démon de minuit
  • Nous sommes des anges déchus qui nous acharnons à remonter vers notre céleste origine. De Christian Charrière / Le Maître d’âme
  • Pour remonter à la source, il faut nager à contre-courant. De Stanislaw Jerzy Lec / Nouvelles pensées échevelées
  • Pour connaître la sensation du bonheur, il faut autant de temps que pour remonter sa montre. De Anton Tchekhov / Carnets de notes
  • Si l'homme descend du singe, il peut aussi y remonter. De Buster Keaton
  • Cave : on y descend pour se remonter. De Roger La Ferté

Images d'illustration du mot « remonter »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « remonter »

Langue Traduction
Corse cullà
Basque gora igo
Japonais 乗る
Russe подъехать
Portugais subir
Arabe لا يناسب
Chinois 骑起来
Allemand hochrutschen
Italien salire
Espagnol subirse
Anglais ride up
Source : Google Translate API

Synonymes de « remonter »

Source : synonymes de remonter sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « remonter »



mots du mois

Mots similaires