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Main

Définitions du mot « main »

Trésor de la Langue Française informatisé

MAIN, subst. fém.

1resection [Organe d'un être animé]
I. − [Chez l'homme] Organe terminal du membre supérieur, formé d'une partie élargie articulée sur l'avant-bras et terminé par cinq appendices (les doigts), eux-mêmes articulés en plusieurs points et dont un (le pouce) est opposable aux quatre autres, organe qui constitue l'instrument naturel principal du toucher et de la préhension et, par là même, un moyen spécifique de connaissance et d'action. Synon. fam. patoche, patte; pop. et arg. cuiller, louche, paluche, pince, pogne:
1. Tel qu'il est constitué, ce couple [les deux mains] a non seulement servi les desseins de l'être humain, il les a aidés à naître, il les a précisés, il leur a donné forme et figure. L'homme a fait la main, je veux dire qu'il l'a dégagée peu à peu du monde animal, qu'il l'a libérée d'une antique et naturelle servitude, mais la main a fait l'homme. Focillon, Éloge de la mainds Vie des formes, Paris, P.U.F., 1947, p. 102.
Main droite, main gauche
[Différenciation anatomo-spatiale] La main droite est bien à ma droite, L'autre à ma gauche, je suis seul (Verlaine, Œuvres compl.t. 2, Parall., 1889, p. 185).Les parties qui les composent [les objets n'ayant pas de plan de symétrie] sont groupées de telle sorte que le gant qui les recouvrirait exactement ne pourrait s'adapter à leur image, pas plus que le gant de la main droite ne s'adapte à la main gauche (Pasteur dsTravaux,1895, p.8).À main droite, à main gauche. V. infra I A 2 c.
ÉQUIT., vieilli. Main de brides, de la bride. Main gauche (d'apr. Carabelli, [Lang. caval.], s.d. et Tondra Cheval 1979).
ART MILIT. (XVIe-XVIIes.). Main gauche (p. méton.). V. infra I D 1 d.
Proverbes. [Fondés sur la dualité des mains et sur leur différenciation] La main droite ignore/ne sait pas ce que fait la main gauche (et variantes). V. droit1I A 1 loc.Une main lave l'autre. ,,On doit se rendre des services réciproques`` (Ac. 1835, 1878).
[Différenciation fondée sur une valorisation de la main droite] Ma main droite et ma main gauche sont l'incarnation de mon adresse et de ma maladresse (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception, 1945, p. 330):
2. La part d'usage de la main droite et de la main gauche est différente suivant les sociétés. C'est Hertz qui, le premier, remarqua le rapport existant entre la main et le social: «... à la main droite vont les honneurs, les désignations flatteuses, les prérogatives; elle agit, elle ordonne, elle prend. La main gauche est méprisée et réduite au rôle d'humble auxiliaire...» Notre expression «Un enfant de la main gauche» est significative à cet égard! Ethnol. gén., 1968, p. 827 (Encyclop. de la Pléiade).
Belle main (pop.). Main droite.
[Dans le mariage] De la main gauche. V. infra I E 3 b.
Expr. [La main gauche étant considérée comme moins habile que la droite, chez les droitiers] Ne pas se moucher de la main gauche. Synon. de ne pas se moucher* du pied, du coude.
Une main, deux mains. La simple altération d'un poids ou d'une mesure était punie de la perte des deux mains (Durkheim, Divis. trav., 1893, p. 139).
D'une (seule) main, des deux mains. En utilisant une seule main, les deux mains. Être accroché, cramponné d'une ou des deux main(s); s'appuyer, se retenir d'une ou des deux main(s); caresser, pousser, saisir, tenir qqc., tirer sur qqc. d'une ou des deux main(s).
D'une main..., de l'autre (main)... J'aperçus le mendiant droit devant moi, tenant son bâton d'une main et faisant de l'autre main un geste solennel (Janin, Âne mort, 1829, p. 70).
À deux mains ou, plus rarement, des deux mains (v. supra). En utilisant les deux mains. Comprimer, déchirer, empoigner, frotter, jeter, porter, prendre, relever, saisir, secouer, tenir à deux mains.
[En emploi intensif avec un verbe qui exprime une action impliquant l'usage obligatoire des deux mains] Applaudir à, des deux mains. V. infra I B 1 b .
Au fig. Complètement, totalement, sans restriction ni réticence. Souscrire à deux mains à qqc., donner des deux mains à qqc. Maman Coupeau donnerait son consentement des deux mains (Zola, Assommoir, 1877, p. 421).Il avait signé des deux mains (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 104).
Rem. 1. L'expr. souscrire à deux mains a vraisemblablement été formée d'apr. applaudir à, des deux mains au sens de «approuver entièrement» (v. infra I B 1 b β). 2. À deux mains ajouté, avec valeur intensive, à l'expr. cour. tenir sa langue (voir Sartre, Mains sales, 1948, 3etabl., 1, p. 64).
Changer de main. Utiliser une main après l'autre. Vous êtes fatigué de porter ce paquet, changez de main (Ac.1835-1935).Elle changea la main qui tenait le guidon, pour se rapprocher d'Antoine (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p. 845).
Main de gloire. Main de pendu desséchée, une bougie entre les doigts repliés, à laquelle on attribuait, au Moyen Âge, des propriétés magiques. C'est ici le gibet! Et voilà paraître dans la brume un Juif qui cherche quelque chose parmi l'herbe mouillée, à l'éclat doré d'une main de gloire (Bertrand, Gaspard, 1841, p. 138).Voir Nerval, Nouv. et fantais., 1855, p. 229.
Rem. Désigne aussi la (racine de) mandragore à laquelle on attribuait, au Moyen Âge, la propriété de doubler les sommes d'argent près desquelles on la plaçait. V. mandragore étymol.
Main artificielle, prothèse de la main. Goetz de Berlichingen fut surnommé la Main-de-Fer, parce qu'ayant perdu sa main droite à la guerre, il s'en fit faire une à ressort, avec laquelle il saisissoit très-bien la lance (Staël, Allemagne, t. 3, 1810, p. 24).
Main cosmétique ou esthétique. Prothèse non articulée imitant la morphologie de la main. Beaucoup de patients amputés unilatéraux préfèrent une main dite cosmétique c'est-à-dire ressemblant de très près à la main normale, à une prothèse outil mobile, parce que le handicap est ainsi oublié non seulement par les autres mais par le sujet lui-même (Sciences et Avenir, nospéc. hors série 28, Les Organes artificiels, 1979, p. 34).
Main (de travail)
Prothèse fonctionnelle en forme de crochet ou de pince, destinée à des usages spécifiques. Main de terrassier, de vigneron, de soudeur, de plombier (Lar. méd.1970).
Prothèse fonctionnelle articulée ayant l'aspect de l'organe qu'elle remplace. L'unité 103 de l'INSERM (...) a développé un prototype de main artificielle dans laquelle la commande est effectuée par un microprocesseur qui utilise un seul site de contrôle fournissant une information codée, élaborée notamment à partir d'une peau artificielle sensible (Sciences et Avenir, juill. 1981, no413, p. 44).
Rem. L'organe, opposé à la prothèse, est souvent appelé main naturelle.
A. − [Essentiellement comme objet, indépendamment de ses caractéristiques fonctionnelles]
1. [Considérée dans son apparence extérieure]
a) [Parties constitutives] Doigt(s) de la main; bord cubital, creux, plat, revers de la main; lignes de la main; os de la main. À son tour il considéra la paume de sa main gauche où sa vie était résumée en signes secrets et ineffaçables (Louys, Aphrodite, 1896, p. 90).Le seul tatouage qu'ils [les Touareg] portent sur le front, sur le dos de la main, est une croix à quatre branches égales (Benoit, Atlant., 1919, p. 73).
P. compar. ou p. métaph. Dehors la fraîcheur du matin faisait se serrer les jeunes feuilles, elles n'étaient pas encore ouvertes comme des mains qui montrent avec impudeur et confiance leurs lignes, celles du coeur et de la vie (Vialar, Bal sauv., 1946, p. 237).Je voyais Orion, cette main géante, accrochée comme l'enseigne d'un gantier avenue de l'Opéra (Cendrars, Lotiss. ciel, 1949, p. 224):
3. Et puis, tout par un coup, ils [les habitants des villages] avaient vu leurs quatre hameaux, leurs maisons, leurs quatre hameaux dans la main du torrent; comme si le torrent était une main avec cinq doigts descendant des montagnes, cinq doigts d'eau aux ongles plantés dans les forêts. Giono, Batailles ds mont., 1937, p. 17.
Rem. Création de Giono sur le modèle de l'aurore aux doigts de rose: l'aube aux mains molles (Giono, Colline, 1929, p. 46).
b) [Caractérisations d'aspect]
α) Main courte, frêle, grosse, noueuse, poilue; main d'homme. C'étaient des mains sublimes et qu'on eût dites sculptées par les plus purs ciseaux de la statuaire grecque (Murger, Scènes vie boh., 1851, p. 163).D'abord deux troufions (...), l'un dégingandé et maigre, l'autre carré, aux mains de carrier (Vercors, Silence mer, 1942, p. 25):
4. Ce ne sont pas des mains d'altesse, De beau prélat quelque peu saint. Pourtant une délicatesse Y laisse son galbe succinct. Ce ne sont pas des mains d'artiste, De poète proprement dit, Mais quelque chose comme triste En fait comme un groupe en petit; Car les mains ont leur caractère, C'est tout un monde en mouvement Où le pouce et l'auriculaire Donnent les pôles de l'aimant. Verlaine, Œuvres compl., t. 2, Parall., 1889, p. 183.
SYNT. Main longue, grande, petite, énorme, allongée, carrée, fuselée, large, délicate, fluette, forte, épaisse, fine, gonflée, grasse, maigre, potelée; main crochue, décharnée, déformée, musclée, tordue; main velue; main rhumatoïde; main charmante; belle, jolie, pauvre, vieille main.
MÉD. [Déformations de la main]
Main bote. Main ,,repliée sur l'avant-bras, qui se termine ainsi par une extrémité arrondie, analogue à celle qui termine la jambe dans la déformation connue sous le nom de pied bot`` (Garnier-Del. 1972). Main succulente*.
Main hypothalamique. ,,Déformation de la main observée dans les lésions du carrefour hypothalamique et caractérisée par la flexion de tous les doigts à l'exception d'un seul (index ou médius), qui est figé en extension`` (Méd. Biol. t. 2 1971).
Main en griffe, en pince de homard*. Main en trident. ,,Main dont les doigts sont tellement gonflés à leur base que leurs extrémités ont tendance à s'écarter les unes des autres`` (Méd. Biol. t. 2 1971).
Main d'accoucheur. Main dont ,,les doigts contracturés, à demi-fléchis sur le carpe, sont serrés les uns contre les autres de façon à former un cône (...), position que l'accoucheur donne à sa main pour pratiquer le toucher manuel`` (Garnier-Del. 1972). Main de prédicateur. Main ,,étendue sur l'avant-bras, tandis que les phalanges sont fléchies`` (Garnier-Del. 1972). Main de singe. Main caractérisée par l'atrophie des muscles des éminences thénar et hypothénar rendant impossible l'opposition du pouce (d'apr. Méd. Biol. t. 2 1971, Garnier-Del. 1972). Main de squelette ou de cadavre. ,,Main caractérisée par l'atrophie des muscles des éminences thénar et hypothénar ainsi que des espaces interosseux, lui donnant un aspect émacié, squelettique`` (Méd. Biol. t. 2 1972).
Main d'immersion ou de blanchisseuse. ,,Main blanche et ridée observée à la suite d'immersions prolongées dans l'eau`` (Méd. Biol. t. 2 1972).
β) Main brune, chaude, desséchée, molle. [Elle] se demanda ce que faisait son cousin pour avoir les mains si mollement blanches, les ongles si bien façonnés (Balzac, E. Grandet, 1834, p. 78).J'ai laissé son ruban neuf, qui était d'une fraîcheur trop délicate pour les mains rugueuses d'une femme de service (Frapié, Maternelle, 1904, p. 103).
SYNT. Main grise, noire, pâle, rouge, violette; main brûlante, fiévreuse, fraîche, froide, glacée, moite, tiède; avoir froid aux mains; main douce, dure, rêche; main ferme, vigoureuse.
Proverbes. Mains froides, chaudes amours (ou mains froides et coeur chaud). V. chaud I B 2 a.
Rem. Var. anton. région.: main chaude, amour froid (d'apr. Proverbes Dictons 1980, p. 62).
γ) Main mouillée; main poisseuse; main couverte, pleine de boue; être blessé à la, aux main(s). Les manches retroussées, les mains engluées et rouges jusqu'au coude, comme des bouchers (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 272).V. indifféremment ex. 2.
SYNT. Main sèche; main propre, sale, soignée, souillée, terreuse; main blessée, calleuse, crevassée, écorchée, meurtrie; avoir du sang aux ou plein les mains; avoir des ampoules, des coupures, une épine à la ou aux main(s).
δ) Main baguée, bandée, gantée (de); se protéger les mains avec des gants; mettre un anneau à la main de qqn; passer des menottes aux mains. Le docteur, bien alourdi par la cinquantaine, une grosse bague d'or à la main gauche, la barbe dans la cravate, et une chaîne au gousset (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 203).
Main(s) nue(s). Main(s) non gantée(s). Toutes avaient leurs chapeaux et leurs gants, comme des dames en visite; et seule, les mains nues, décoiffée (...) elle restait stupide et gonflée de tristesse, en face de cette mort si brusque (Zola, Nana, 1880, p. 1477).
Rem. Pour d'autres emplois de mains nues, v. infra F 1 et H 1 d α.
2. [Comme élément de référence]
a) [d'aspect ou de modalité d'existence, le plus souvent en compar.]
Nu comme la main. Complètement nu ou dénudé. C'est la lande, nue comme la main (Giono, Colline, 1929, p. 90).Modigliani, nu comme la main et beau comme saint Jean-Baptiste (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 201).Chauve comme la main. Complètement chauve. Le petit qui prenait tant de truites dans la Nère, chauve comme la main sur le dessus du crâne, mais poilu du menton comme un bouc (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 199).
Comme ou autant que sur la main, pas plus que sur la main. Pas du tout. Pas plus de lune que sur la main, mais des étoiles en profusion: c'était bien la nuit qu'il me fallait (About, Roi mont., 1857, p. 211).Et quand la patache est arrivée, pas plus de curé que sur ma main, c'est pas croyable (Bernanos, Crime, 1935, p. 729).
[Comme ensemble d'éléments solidaires]
Être unis, se tenir comme les (deux) doigts de la main. V. doigt I B 1.
P. anal. [Désignant un groupe homogène de pers.; souvent terme de métier et régional] Quoique divisés en trois classes qu'on appelait mains, et dont la rivalité amenait souvent des discordes et des violences, les citoyens [de Perpignan] étaient tous égaux en droits politiques (Thierry, Tiers-État, 1853, p. 306).L'association d'ouvriers qui se chargent de cuire une fournée de briques se nomme, dans le département du Nord, une main de briqueteurs (Al. Brongniart, Arts céram., t. 1, 1844, p. 334).
,,Équipe homogène de dockers composée, suivant la nature de la marchandise, de six, huit ou douze hommes`` (Le Clère 1960). «Travailler à deux mains», «mettre une main par panneau de cale», «une main fera des heures supplémentaires» (Le Clère 1960).
Rem. On relève chez Toulet: danser, sauter comme une main «danser, sauter mal» (v. Tendres mén., 1904, p. 34; Almanach, 1920, p. 87).
b) [de dimension, souvent pour souligner la petitesse] Grand, haut comme la main. J'apportais une pelle de bois, large comme ma main (A. France, Pt Pierre, 1918, p. 101).V. entaille ex.De la largeur, de la longueur d'une/de la main. Le Français, une fois Canadien, préférerait exploiter un lot de la grandeur de la main qu'un domaine seigneurial dont il ne serait encore que le vassal (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 195).Tenir dans le creux de la main. Marie Belhomme a confectionné un minuscule atlas qui tient dans le creux de la main (Colette, Cl. école, 1900, p. 190).
Au fig., vieilli. [Pour souligner un écart réduit] De père à parrain, C'est le cas de le dire, il n'y a que la main (Augier, Philiberte, 1853, p. 168).D'Aristophane à Beaumarchais, il n'y a que la main; le Siècle y fait à peine une différence (Veuillot, Odeurs de Paris, 1866, p. 168).
c) [de position dans l'espace] À main droite, à main gauche. V. droit1I A 1 et gauche1I A 1.
Rem. Au sens de «côté»: Le pays de Tartarin et des chasseurs de casquettes est un peu plus loin, à cinq ou six lieues, «de l'autre main» du Rhône (A. Daudet, Trente ans Paris, 1888, p. 142).
ÉQUIT. (manège). Côté (droit ou gauche) qui se trouve vers l'intérieur du manège. Trente tours au galop à main droite, puis trente tours à main gauche constituent un exercice pratiquement suffisant pour affirmer le diagnostic (Garcin, Guide vétér., 1944, p. 104).
Changement (ou changer) de main. V. changement III A.P. anal. La paisible frégate continuait (...) à décrire mille contours agréables autour de nous, faisant le manège, changeant de main comme un cheval bien dressé (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p.171).Mais l'officier de cavalerie (car c'en était un) fit un changement de main sans attendre sa réponse, et disparut du côté des bureaux, laissant le comte tout ébaubi (Montherl., Célibataires, 1934, p.790).
d) [comme support de comptage ou de représentation d'un système]
α) [dans le comptage] :
5. Merveille de mobilité, la main de l'homme sert de support matériel au concept numérique depuis un temps immémorial. (...) avec la main, l'idée du nombre cardinal, celle du nombre ordinal et celle que la réflexion relie au principe générique de la «récurrence» deviennent véritablement intuitives. Sciences et Avenir, oct. 1981, no416, p. 106.
P. méton., PAPET. Ensemble de vingt-cinq feuilles de papier formant la vingtième partie de la rame. Papier à filtrer blanc en feuilles, qualité extra. Se vend à la main ou à la rame (Catal. instrum. lab. [Prolabo], 1932, p. 171).Allez donc, et au trot, me chercher une main de beau papier, de format noble (Arnoux, Roi, 1956, p. 295).
Rem. ,,Ce mot qui tend logiquement à disparaître pour être remplacé par «vingtième» est né du procédé manuel de comptage où les doigts d'une main s'inséraient toutes les cinq feuilles d'une pile à compter`` (Leygues 1979).
β) MUS. (pédag. musicale)
Main guidonienne, harmonique, musicale. Procédé didactique employé entre le xieet le xviesiècle, où l'on représentait la position de tous les tons du système guidonien [inventé par Guy d'Arezzo] sur le bout des doigts et sur les phalanges de la main gauche ouverte; système musical ainsi représenté. [L'emploi des instruments] dépasse bientôt [au Moyen Âge] la «main guidonienne» (Ch. Lalo, Esthét. mus. sc., 1908, p. 274).Quand un homme connaissait parfaitement toutes les règles du système musical usité au Xesiècle, on disait qu'il savait bien sa main (Rougnon1935).
Main portée. Procédé pédagogique destiné à l'étude des notes sur la portée, où les doigts de la main représentent les lignes de la portée (d'apr. Éduc. 1979).
3. [Comme objet passif d'une action] Soin des mains; s'écorcher la main; se laver les mains; griffer, lécher la main de qqn. Elle mentait un peu pour rester et se chauffer les mains plus longtemps (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 740):
6. La chirurgie de la main, longtemps négligée, a pris au cours de ces dernières décades un développement considérable. Curieusement, c'est au moment où les métiers manuels sont relativement moins nombreux que l'on réalise l'importance du traitement des mains. Méd., t. 2, 1979, p. 1052 (Encyclop. de la Pléiade).
SYNT. Hygiène des mains; se blesser, se couper la (à la) ou les (aux) main(s); se faire mal à la main; s'essuyer, se salir, se soigner les mains; se faire faire les mains (par une manucure); se protéger les mains.
Essuie-main(s), lave-mains. V. ces mots.
Expressions
Se laver les mains de qqc. V. laver I A 1 d loc.
[La main étant considérée comme un organe exceptionnellement important] Quand je pense à cela, j'ai envie de me couper la main droite. Avoir manqué cette canaille! (Musset, Lorenzaccio, 1834, iii, 2, p. 169).Kolb se couperait la main plutôt que de tirer le barreau d'une presse chez les Cointet (Balzac, Illus. perdues, 1843, p. 562).
Donner sa main à couper/mettre sa main au feu que ou en donner sa main... Être absolument sûr que/de quelque chose. Il court encore, ça, voyez-vous, j'en donne ma main à couper (Zola, Fécondité, 1899, p. 528).Mais je mettrais ma main au feu qu'il ne dort pas! (G. Leroux, Parfum, 1908, p. 26).
B. − [En tant qu'organe doué de mobilité]
1. [Positions et mouvements de la main]
a) Main ballante, immobile; tremblement de la main; main en pronation; ouvrir la main. À ces mots, Folly croisa les mains, les laissa retomber (Nodier, Fée Miettes, 1831, p. 142).Un arrière-grand-père qui, assis devant la maison, les mains agitées d'un tremblement nerveux, regardait la mer en murmurant des mots sans suite (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 13).Le geste est lent, l'expression immobile, la voix calme, monotone, la main morte et molle, la peau froide et humide (Mounier, Traité caract., 1946, p. 182).
SYNT. Main close, convulsive, crispée, engourdie, étalée, étendue, fermée, gourde, levée, mobile, ouverte, prompte, tendue, tremblante, vivante; mains croisées, jointes, nouées; mouvement convulsif de la main; main qui s'agite, se crispe, se ferme, tremble; allonger, étendre la main; joindre les mains.
En un tour de main (altération de en un tournemain). Dans le temps qu'il faut pour tourner la main, très rapidement. V. cric-crac I ex. de Cladel.
Rem. 1. Var. rare: dans un tour de main (Ponchon, Muse cabaret, 1920, p. 176). 2. Var.: en deux ou trois tours de main. En deux tours de main, avant qu'elle pût jeter un cri et essayer de se débattre, la frêle créature fut garrottée (Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 452).
[Positions et mouvements relatifs]
Tendre la main vers qqc. ou qqn; appuyer, presser, serrer la main contre qqc.; avoir, mettre la main devant les yeux, derrière le (ou au) dos, aux genoux; porter la main à son front, à sa gorge, à sa tête. La chemise bouffant à la ceinture, dépoitraillé, et mains aux hanches (Benjamin, Gaspard, 1915, p. 13).Machinalement, elle porta sa main à sa joue, à sa joue écorchée (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 269).
Avoir, mettre, poser la main sur le dossier d'un fauteuil, sur son coeur, sur son front, sur ses genoux, sur le bras, l'épaule de qqn; cacher ses mains sous la table. Vous vous tiendrez correctement, les coudes au corps, les mains posées de chaque côté de votre assiette (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 49).
Sous-main*.
(En) sous main (loc. adv.). Secrètement. Les chefs des Girondins s'entendaient sous main avec le roi (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 10).Praxi-Blassans l'avertit en sous main de se tenir coi (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 71).Il les prenait [les lapins] pour le compte de Tancogne, qui les vendait sous main, à son profit (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 88).
Rem. 1. Parfois (en) sous-main (voir Sainte-Beuve, Corresp., t. 5, 1844, p. 734; Procès Pétain, t. 1, 1945, p. 27). 2. Var. région.: en dessous main (Sand, Jacques, 1834, p. 314; Lorrain, Phocas, 1901, p. 257).
Avoir, cacher, enfouir, glisser, mettre, plonger la ou les main(s) dans une fente, ses cheveux, un manchon. Vologuine, tassé dans son fauteuil, enfonça ses mains dans les manches kaki de son uniforme (Malraux, Cond. hum., 1933, p. 178).
Les mains dans les poches (en signe d'insouciance). Elles avaient aperçu Fontan, les mains dans les poches, flânant, très amusé des bonnes têtes de la foule (Zola, Nana, 1880, p. 1473).P. méton. Sans inquiétude:
7. On avait l'impression que ces quelques coups de fusil, ces quelques bandes de mitrailleuses, c'était encore de trop pour ce qu'ils s'attendaient à trouver. À croire que leurs chefs leur avaient dit: «Vous pouvez y aller les mains dans les poches». Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 57.
Mains dans les poches (en loc. adj.). Insouciant, décontracté. Des vacances «main dans les poches», l'esprit libre et la mémoire faisant son plein de prestigieux souvenirs (L'Express, 17 janv. 1966, p. 35, col. 2).Les dialogues sont salés, chics, sophistiqués, dans le style «mains dans les poches» et humour métaphysique (Le Point, 14 avr. 1975, p. 131, col. 2).
b) [Dans l'expr. gestuelle d'un individu]
α) [Gestes transmettant un message ou ayant une valeur soc. ou culturelle]
Signe de la main, faire des gestes avec la main; langage des mains. Lifar a des mains véritablement parlantes: c'est par le jeu éloquent de ses mains souples, tendres et fortes qu'il se distingue dès ses premiers pas sur la scène (Sazonova, Vie danse, 1937, p. 304):
8. Pour les usages courants de la vie, les gestes de la main lui donnèrent l'élan [au langage], contribuèrent à l'articuler, à en séparer les éléments, à les isoler d'un vaste syncrétisme sonore, à le rythmer et même à le colorer d'inflexions subtiles. De cette mimique de la parole, de ces échanges entre la voix et les mains, il reste quelque chose dans ce que les anciens appelaient l'action oratoire. Focillon, Éloge de la mainds Vie des formes, Paris, P.U.F., 1947,p. 104.
Désigner, montrer avec ou de la main. Les délégués avaient suivi son geste vague, sa main tendue vers une des fenêtres (Zola, Germinal, 1885, p. 1324).
Saluer de la main; faire au revoir, dire adieu, envoyer des baisers avec ou de la main; appel, bonjour, bonsoir de la main. Demandant de nouveau la permission avec sa main (Ramuz, Gde peur mont., 1926, p. 241).
Porter la main à sa casquette, à son feutre, à son képi; plus rarement à sa tempe. [Pour saluer] Au moment de se détourner, il porta de nouveau la main à son front, et salua militairement (R. Bazin, Blé, 1907, p. 360).V. incivilité A ex. de Maurois.
Frapper dans ses mains. [Pour attirer l'attention, rappeler à l'ordre] La directrice tapa dans ses mains, sans grande conviction, vers les bancs grouillants et bruissants (Frapié, Maternelle, 1904, p. 16).
Lever la main. [Pour signaler que l'on veut parler ou demander qqc.] Soudain le régisseur des arènes, en costume de notaire, surgit assez emphatique d'on ne sait quel fond et leva la main droite. Aussitôt tout le monde se tut (...). «Il est l'heure, messieurs, il est l'heure!» (Cladel, Ompdrailles, 1879, p. 182).Feignant un urgent besoin de sortir, ou peut-être très authentiquement pris de coliques, il leva la main et claqua des doigts comme les élèves ont coutume de faire pour solliciter du maître une autorisation (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1243).
[Pour intervenir dans une vente aux enchères] V. lever I A 2.
Vote* à main levée.
Lever, tendre la main (droite). [Pour prêter serment] Schmoûle, approche, étends la main, et jure! (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 140).V. lever I A 2.
Lever les mains en l'air. [En signe de reddition] Un ou deux policiers eussent pu tirer. Mais tous levèrent les mains. Aussitôt, désarmés (Malraux, Cond. hum., 1933, p. 247).Notre malheureux compagnon (...) avait été exécuté à dix mètres par une sentinelle furieuse, bien qu'il se fût arrêté dans son élan à la première sommation et qu'il attendît mains en l'air (Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 227).(Les) mains en l'air! Haut les mains! V. haut1II A 3 b.
[Dans la bénédiction] Soyez bénis par ma main gauche, soyez sanctifiés par ma main droite, anges protégés par mon amour universel (Lautréam., Chants Maldoror, 1869, p. 302).Le fils de David allonge les bénédictions de ses mains, à droite et à gauche, vers les femmes (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 35).Imposer les mains, imposition des mains. V. imposer I A en partic., imposition A en partic.
[Geste de la main comme signe de reconnaissance entre initiés] L'apprenti-Maçon porte la main en équerre à la hauteur de la gorge, le Compagnon pose la main droite sur le coeur et lève la main gauche en signe d'attente (Masson1970).
β) [Gestes de la main traduisant des sentiments]
[Pour protester de sa sincérité] Appuyer, mettre la main sur son coeur. Il appartient à un genre d'hommes qui ont la mémoire des chiffres, qui mettent la main sur leur coeur quand ils mentent (Colette, Sido, 1929, p. 15).La main sur le coeur ou la conscience (loc. adv.). En toute sincérité. Quand un enfant est très misérable, on ne peut pas s'empêcher de taper dessus... Vous verrez, vous-même, ma bonne Rose, la main sur le coeur, on ne peut pas... (Frapié, Maternelle, 1904, p. 263).
[Imploration sous l'effet de la douleur ou de l'indignation] Lever les mains au ciel. V. lever I A 2.
[Prière, supplication] Joindre les mains; prier, supplier à mains jointes. Mon père! dit-il avec un accent déchirant, en étendant vers moi ses mains suppliantes, mon père! promettez-moi qu'un jour elle saura que je meurs pour elle! (Krüdener, Valérie, 1803, p. 247).La Vierge, les mains jointes, en prière devant l'Enfant-Dieu (Goncourt, Journal, 1860, p. 795).
[Désespoir, souffrance] Le jeune homme la contemplait d'un air égaré et se tordait les mains (Theuriet, Mariage Gérard, 1875, p. 153).
[Étonnement] Les mains m'en tombent. Synon. plus usuel les bras m'en tombent (d'apr. Ac. 1835-1935).
[Joie, enthousiasme]
Frapper des mains; frapper, taper dans ses mains; applaudir à ou des deux mains:
9. Et l'étonnement vif de constater sa propre intelligence le mettait en fête. Sur ses jambes, Omer sautait. Il battait des mains. Il applaudissait à l'étonnante transfiguration. Adam, Enf. Aust., 1902, p. 28.
P. méton. Être enthousiaste (pour quelque chose). Il a une idée à laquelle je bats des mains (Hugo, Corresp., 1864, p.477).Applaudir des deux mains (à qqc.). Approuver entièrement (quelque chose). Le mot était attendu, il a été choisi à merveille, vous avez vu comme il a porté. Pour ma part j'y applaudis des deux mains (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p.460).
Se frotter les mains. Avant d'ouvrir la porte, il se frotta les mains de contentement (R. Bazin, Blé, 1907, p. 333).Morhange se frotta les mains. Sa jubilation prenait des proportions insolites (Benoit, Atlant., 1919, p. 85).P. méton. Être très content, jubiler. Et comme on se frotta les mains, un beau soir, quand (...) on eut vu s'abattre Le Boeuf dont les rodomontades atroces avaient indigné tous les coeurs (Cladel, Ompdrailles, 1879, p. 52).
2. [Usages de l'organe découlant de sa mobilité générale]
a) Avoir l'usage de ses (deux) mains. Il ne savait plus que faire de ses mains, de ses yeux, de toute sa personne (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p. 86).
Mettre sa main en cornet sur l'oreille. Son frère, qui, à côté de lui, la main en visière, semblait comme lui inspecter l'horizon (Martin du G., Thib., Pénitenc., 1922, p. 704).
b) [Dans le déplacement du corps] Se soutenir des deux mains. Il se traîna péniblement sur la terre à l'aide de ses mains et de ses genoux (Lamart., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 15).
Marcher sur les mains. J'pourrais aussi faire des tours... (...). L'poirier... ou marcher sur les mains (Gyp, Souv. pte fille, 1928, p. 157).Au fig. Aller à contre-courant, faire les choses à l'envers. Mais le poète est le personnage le plus vulnérable de la création. En effet, il marche sur les mains (Valéry, Mauv. pens., 1942, p. 35).
Arg., vieilli. Mains(-)courantes (p. anal.). Pieds; souliers (d'apr. Larchey, Dict. hist. arg., 1878, p. 228; Rigaud, Dict. arg. mod., 1881, p. 236).
Rem. Pour main-courante, v. infra D 1 d et H 1 c β.
c) Jeux de main(s). V. jeu I A 1 en partic.Jeux de main(s), jeux de vilains. V. jeu I A 1 en partic.
(Jeu de la) main chaude. Jeu dans lequel un joueur, la tête cachée dans les genoux d'un autre et une main derrière le dos, doit deviner qui lui frappe dans cette main. Cela faisait de la peine à l'excellente femme de voir cette jolie enfant polissonner dans la cour (...) et même quelquefois jouer à la main chaude sur le trottoir avec les deux gamins du savetier d'en bas (Coppée, Contes rap., 1889, p. 200).
Jouer à la main chaude (arg.). Être guillotiné. Encore un [le bourreau] que je voudrai voir jouer à la main chaude (O. Méténier, Lutte pour amour, 1891, p. 290).
Rem. ,,Cette expression n'est plus juste... le condamné ne s'agenouille plus pour recevoir le coup fatal, il est couché`` (Virmaitre, Dict. arg. fin-de-s., 1894, p. 153).
C. − [Comme instrument spécifique du toucher] :
10. La main siège du toucher est un organe sensoriel d'une efficacité toute particulière; alors que les autres organes des sens sont fixés au corps, la main se déplace vers l'objet qu'elle veut connaître. La main a de plus la possibilité d'augmenter sa capacité d'information grâce à ces manoeuvres volontaires d'exploration méthodique que sont la manipulation et la palpation. Méd., t. 2, 1979, p. 1052 (Encyclop. de la Pléiade).
1. [Comme instrument du contact physique avec le monde extérieur] Toucher de la main, atteindre avec la main; passer, promener la main sur; effleurer, flatter de la main; main qui frotte, masse, presse; main caressante. Après avoir monté à tâtons une vingtaine de marches, nos mains touchent une porte (A. France, Vie fleur, 1922, p. 300).Elle lui tournait le dos, carestournait le dos, caressant des deux mains une petite commode Louis XV (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p. 78).
[Dans le cadre de comportements érotiques]
Fam. et pop. Avoir la main leste, baladeuse, qui traîne (Rey-Chantr.Expr.1979).
Arg. Main tombée. Geste consistant à porter la main au postérieur d'une femme. Faire, (se) prendre une main tombée. Ce n'était, dans cette foule à la densité jamais de mes jours retrouvée, qu'embrassade, pelotages, mains tombées aux fesses (Simonin, Confessions d'un enfant de La Chapelle, p. 132 ds Cellard-Rey 1980).Mettre la main au panier*.
Passer la main dans le dos à ou de qqn (au fig.). Le flatter. Lui toujours à te passer la main dans le dos, parce qu'il espère des articles (Zola, Œuvre, 1886, p. 193).Il ne suffit plus de passer la main dans le dos de l'ours soviétique, de commercer avec lui pour l'amadouer et exorciser les démons de la guerre (L'Est Républicain, 23 nov. 1981, p. 20).
FOOTBALL. Le football, bannissant l'utilisation des mains, sauf pour le gardien de but et la remise en jeu, c'est par l'utilisation rationnelle des surfaces de contact du pied et du corps que s'exprime la technique (J. Mercier, Le Football, Paris, P.U.F., 1979, p. 30).P. méton. Faute de jeu consistant à toucher le ballon avec la main. Du penalty que l'arbitre (...) concéda au Red Star pour une main flagrante de Veillard (Match, 4 déc. 1934, p. 12 ds Grubb, Fr. sports neologisms, 1937, p. 48).
2. [En partic. comme instrument d'évaluation des caractéristiques tactiles, du poids, de l'épaisseur, de la résistance] Explorer, tâter de la main. Il palpa de la main, rencontra une sorte de grosseur occasionnée par un objet placé entre les deux toiles (Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 562).Moi, j'y ai enroulé, en haut, à la bretelle, un cordon de soulier − et comme ça, je l'reconnais [mon fusil] à la main comme avec l'œil (Barbusse, Feu, 1916, p. 199):
11. La possession du monde exige une sorte de flair tactile. La vue glisse le long de l'univers. La main sait que l'objet est habité par le poids, qu'il est lisse ou rugueux, qu'il n'est pas soudé au fond de ciel ou de terre avec lequel il semble faire corps. L'action de la main définit le creux de l'espace et le plein des choses qui l'occupent. Focillon, Éloge de la mainds Vie des formes, Paris, P.U.F., 1947, p. 103.
Agréable, doux, rude à la main. Le cerfeuil plus frais aux mains que l'eau courante (Noailles, Coeur innombr., 1901, p. 107).
Lourd à la main. V. apprécier ex. 6.Vieilli. ,,Acheter de la viande à la main, L'acheter sans la faire peser, en jugeant de son poids par la vue, et avec la main`` (Ac. 1835, 1878).
P. méton.
PAPET. Main (d'un papier). ,,Valeur arithmétique exprimant le bouffant et qui est le quotient de l'épaisseur d'une feuille de ce papier exprimée en millièmes de mm. par le grammage`` (Leygues 1979). Papier vergé bibliophile de bonne main fabriqué à la forme ronde et filigrané à nos armes dans la masse (Le Monde, 23 sept. 1981, p. 9).
TEXT. Impression d'épaisseur donnée par une étoffe. Donner de la main à une étoffe. L'apprêter pour la faire paraître plus épaisse qu'elle n'est. La chaîne ou la trame supplémentaires [des tissus double face] donnent du poids et de la main à l'étoffe (Araud, Ch. Thomas, Fabric. drap,1921, p. 162).P. métaph.:
12. L'étoffe d'un film est trop courte. Au théâtre il faut de la perte, du poids, de la main. Ils [les acteurs] exigent cette large et longue étoffe. Ils ne jouent plus la pièce. Ils s'y drapent. Ma substance est devenue la leur. Cocteau, Maalesh, 1949, p. 20.
D. − [Comme instrument spécifique de la préhension]
1. [La main qui saisit ou qui contient] La nécessité de prendre a formé les mains (Boucher de P., Création, t. 2, 1838-41, p. 168).
a) S'accrocher de la main ou d'une main ou des deux mains à; agripper ses mains à. Il était blessé d'un coup de feu et marchait la main cramponnée à l'échelle de la voiture (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 234).Le geste sûr des deux mains saisissant les bras de la charrue (R. Bazin, Blé, 1907, p. 56).Tous les objets qu'elle tenait dans ses mains lui échappaient soudain pour prendre des directions imprévues (A. France, Vie fleur, 1922, p. 287).
SYNT. Maintenir, prendre, saisir avec la ou une ou les (deux) main(s); voir qqc. aux ou entre les ou dans les mains de qqn; échapper des ou aux mains de qqn; arracher, ôter qqc. des mains de qqn; remplir ses mains de qqc.; tourner qqc. dans ses mains.
À deux mains. V. supra I une main, deux mains.Ils mangèrent des sandwiches en les tenant à deux mains, et en arrachant, comme de jeunes chiens (Montherl., Célibataires, 1934, p. 846).
Prendre son courage à deux mains. Surmonter sa peur pour faire quelque chose. V. courage I B 2 c expr. et loc.
Claquer, craquer, péter dans la ou les main(s). V. claquer I B au fig., craquer B 1 b (surtout ex. 7 et 8).
Rien dans les mains, rien dans les poches (et var.). Pas un doublon dans les cales! Rien dans les mains! Peu dans les poches! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 419).Ici se termine la Symphonie pour un homme seul, fabriquée avec les bruits que peut faire l'homme, sans le secours de rien, rien dans les mains, rien dans les poches, tels que nous serons rendus à notre fin dernière, que nous serons bien obligés de jouer seuls, sans le secours d'aucun accessoire, et même sans microphone (Schaeffer, Rech. mus. concr.,1952, p. 58);
13. − (...) Dépêche-toi. Au fait: rien de dangereux sur toi? − Rien dans les mains, rien dans les poches. − Alors, à tout à l'heure... Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 23.
Rem. En partic., formule prononcée par le prestidigitateur pour souligner l'absence d'accessoires.
α) [Avec qualificatif adj. ou subst.]
Mains de ou en beurre. Mains qui laissent tout échapper. V. inapte ex. Var. can. mains de laine (Canada 1930).
Main de fer. V. fer C 2 a, C 2 c .Une main de fer dans/sous un gant de velours. V. fer C 2 c .
Rem. Pour un autre emploi, v. infra D 3 a .
Main libre. V. libre I C 2 b ex. de Courteline.Téléphone ou poste (téléphonique) mains libres. Appareil téléphonique permettant de converser sans devoir tenir un combiné. Le téléphone «mains libres» Peritel ML 200 se branche facilement sur votre téléphone actuel. Il sonne, vous appuyez sur une touche. Vous parlez, calé au fond de votre fauteuil ou en marchant dans la pièce ou en continuant de travailler. Conversation terminée? Vous appuyez sur une touche (Le Point, 15 sept. 1975, p. 28).
Rem. Pour (avoir) les mains libres, v. infra H 4 d.
Main(s) pleine(s) ou vide(s). Il est bien certain que si C'est là toutes vos étrennes, Vous n'aurez pas les mains pleines, Au jour de l'an (Ponchon, Muse cabaret, 1920, p. 265).
Les mains pleines ou vides (loc. adv.). En (n')apportant (pas) quelque chose à offrir; en ayant obtenu ou non quelque chose. L'idée qu'ils gobaient toutes ses bourdes, et qu'ils s'en allaient les mains vides, pendant qu'il mangeait la morue, au chaud, lui chatouillait les côtes d'aise (Zola, Germinal, 1885, p. 1370).On ne peut tout de même pas arriver les mains vides quand on vient déjeuner à cinq personnes (Aymé, Jument, 1933, p. 120).
Aux innocents les mains pleines. V. innocent B 1 a β.
À pleine(s) main(s). [Sans idée de quantité] De manière que toute la surface des (de la) main(s) soit en contact avec l'objet. Caresser à pleines mains.
[Avec des verbes du type prendre, tenir] La ou les main(s) étant solidement fermée(s) sur l'objet. Une forme humaine (...) qui, accroupie, empoignant à pleines mains la carapace de ses vêtements, se trémoussait (Barbusse, Feu, 1916, p.14).Il tenait son flacon d'iode à pleine main, au fond de sa poche (Martin du G., Thib., Cah. gr., 1922, p.643).
À pleine(s) main(s), plus rarement à main(s) pleine(s). [Avec une idée de quantité] La ou les main(s) contenant la plus grande quantité possible. Jeter à pleines mains. Le pasteur répand à pleines mains le sel sur sa toison humide [d'un agneau] (Dusaulx, Voy. Barège, t. 1, 1796, p. 163):
14. Depuis trente ans, je ne suis plus rien à tes yeux qu'un appareil distributeur de billets de mille francs, un appareil qui fonctionne mal et qu'il faut secouer sans cesse, jusqu'au jour où on pourra enfin l'ouvrir, l'éventrer, puiser à pleines mains dans le trésor qu'il renferme. Mauriac, Noeud vip., 1932, p. 41.
P. ext. En grande quantité, libéralement. En voyant ces dames manger de la viande à pleines mains (il m'est impossible de trouver une autre expression), je ne pus m'empêcher de penser que la mode des robes qui ne serrent point la taille étoit assez d'accord avec l'appétit des femmes du jour (Fiévée, Dot Suzette, 1798, p. 117).
Au fig. [En parlant de choses abstr. ou d'actes] Sans mesure. L'opiniâtreté avec laquelle il poursuit de ses invectives la cour romaine et les souverains pontifes, versant l'injure à pleines mains sur la tête de ceux dont il devrait baiser les pieds (Ozanam, Philos. Dante, 1838, p. 277).Les péripéties de la lutte intérieure où il prodiguait, jetait à pleines mains ces forces profondes (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p. 153).
Rem. Expr. synon. vieillies: à belles mains et à toutes mains (cf. Courier, Pamphlets pol., Disc. souscr. acquis. de Chambord, 1821, p. 76).
β) [Au sing., sans art., précédé d'une prép. et formant syntagme avec le subst. déterminé]
À main. Que l'on tient dans la main. Face à main (v. ce mot), sac à main. Il avait tiré de sa poche un petit miroir à main de malachite, et il s'examinait le nez qui lui rougissait depuis deux semaines, à son cruel déplaisir (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 129).
Rem. Pour un autre emploi, v. infra G.
De main (rare). M. Dominique était parmi ces vignerons, montés sur les étais du treuil, et les éclairant lui-même avec une lampe de main (Fromentin, Dominique, 1863, p. 13).Plus fort encore que les calculateurs surgis voilà à peine cinq ans dans notre univers quotidien, c'est [le traducteur électronique] un véritable mini-ordinateur, non pas de poche, mais «de main», puisqu'il tient lui aussi dans le creux de la paume (Le Point, 29 janv. 1979, p. 67, col. 2).
γ) [Précédé d'une prép. (ou loc. prép.)]
À la main. Garder, tenir qqc. (objet matériel) à la main. Elle aura à la main un livre qu'elle ne lira pas (Sénac de Meilhan, Émigré, 1797, p. 1714).Il porte à la main une petite raquette en toile métallique, pour tuer les mouches (Pagnol, Fanny, 1932, i, 1ertabl., p. 7).
[Avec ell. du verbe type tenir, en loc. adv.] En tenant (quelque chose) à la main. Le ou un balai, bâton, bougeoir, chapeau, crayon, fouet, fusil, livre, verre, la ou une lampe, lettre, des fleurs à la main. Des messieurs, un catalogue à la main, examinaient des tableaux (Flaub., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 269).Heureux et fier, la caisse à mon flanc, les baguettes à la main, je m'élançai dehors et marchai devant Mélanie en tambourinant (A. France, Pt Pierre, 1918, p. 65).Les armes ou l'arme, l'épée à la main. Armé (d'une épée). Toi aussi tu as la possibilité de défendre ta patrie et ta famille, les armes à la main (Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 342).[En parlant d'une pers.] En tenant (quelqu'un) par la main. Un jeune enfant à chaque main, et lourde du troisième qu'elle espérait au printemps (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 97).
Mettre qqc. (gén. une arme ou un instrument) à la main. Prendre en main quelque chose (pour s'en servir). Mettre l'épée à la main. Il reprenait toute sa mesure lorsqu'il mettait la plume à la main, et n'écrivait jamais que sous l'œil du goût le plus pur et le plus sévère (Chênedollé, Journal, 1821, p. 108).
À portée de la main (ou à la portée de la main, à portée de main). À proximité immédiate, de telle façon que l'on puisse saisir l'objet facilement et rapidement. C'était une corde à portée de main pour un homme qui se noyait (Balzac, C. Birotteau, 1837, p. 82).Il avait toujours sur son lit, sur sa table, à portée de sa main, du papier à musique (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1584).
Au fig. La lutte fut longue, les douleurs fatigantes et insupportables, et la délivrance était toujours là, à portée de la main (Baudel., Paradis artif., 1860, p. 418).L'élan d'une imagination vive vers un univers poétique à portée de la main (Mounier, Traité caract., 1946, p. 94).
En main (plus rarement en mains). Avoir, garder, tenir qqc. (objet matériel) en main. L'oncle se leva, alluma une grande lampe à pétrole qu'il prit en main (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p. 276).
[Avec ell. du verbe type tenir, en loc. adv.] En tenant (quelque chose) en main. (Le ou un) dictionnaire, fouet, verre, (la ou une) coupe, plume en main. Car le chevalier du Matterhorn était lui aussi là. Rucksack au dos, corde en sautoir, piolet en main, équipé pour sa sempiternelle aventure, il avait surgi tout armé de la nuit (Peyré, Matterhorn, 1939, p. 211).V. moine I A ex. de Verlaine.Clés en main(s). (Livré) prêt à être utilisé immédiatement. Maison, voiture clés en main. Les avions transportent par cohortes les travailleurs émigrés français (...) vers les chantiers d'usines clefs en main d'U.R.S.S. (L'Express, 20 oct. 1979, p. 147, col. 2).[Expr. anal.] Le futur directeur-général sera responsable (...) de la gestion des complexes jusqu'à leur remise «produit en main» (L'Express, 17 mai 1976, p. 107, col. 2).
Rem. Mêmes possibilités gén. (avec ou sans verbe type tenir) pour dans la ou les ou une ou chaque main(s) et entre les mains, mais moins souvent att. dans la docum.
Être en main(s) (vieilli). [En parlant d'un texte ou d'un document] Être en consultation. Les plans ne sont pas ici. Ils sont en main (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 252):
15. lucien (garçon de café): (...) Pardon, madame (...), la Patrie est demandée. alexandra, avec colère: Je n'ai pas fini!!! saint-gluten, au garçon, avec colère: Elle est en main!!! Labiche, Si jamais je te pince!1856, I, 10, p. 268.
Arg. et pop. [En parlant d'une femme] Avoir des relations, une liaison avec un homme. Je vous fiche mon billet qu'il y a un homme là-dessous, et que la demoiselle est en mains! (Bernanos, Crime, 1935, p. 847).
Rem. Pour un autre emploi, v. infra D 5 b.
Sous la main. À proximité immédiate et avec possibilité d'utilisation. Qu'ils fussent sous ma main ou à dix pas de ma personne (...) ils avaient toujours au moins un œil braqué sur mes mouvements (About, Roi mont., 1857, p. 204).M. Lebigre trônait derrière le comptoir, assis sur une banquette de cuir rouge capitonné. Il avait sous la main les liqueurs, des flacons de cristal taillé, à moitié enfoncés dans les trous d'une console (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 705).
P. méton. À disposition, disponible. J'ai bien Drumont sous la main, mais il est trop porte-guigne... (Goncourt, Journal, 1888, p. 795).Dans aucune des biographies que j'ai sous la main à Cuverville où j'écris ceci (Gide, Si le grain, 1924, p. 358).
Être, se trouver sous la main (de qqn). Si jamais il me tombe sous la main, je lui servirai une rançon de dix mille coups de poing (About, Roi mont., 1857, p. 32).Un jour, plusieurs numéros du Flambard lui tombèrent sous la main (Flaub., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 41).
δ) Loc. verb.
Mettre la main à. Mettre la main sur (quelque chose) et s'en saisir.
Mettre, porter la main à qqc. (objet matériel). Étant proche du coffre, nous mîmes la main au couvercle (Nerval, Filles feu, Angélique, 1854, p. 546).
[En parlant d'une arme] Sachant qu'on ne peut mettre sa parole en doute sans qu'il porte la main à l'épée (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 119).[Sans le verbe] Il va se mettre devant la porte, la main à l'épée (Audiberti, Mal court, 1947, iii, p. 194).
[En parlant d'un instrument] Je mets la main à la plume pour vous écrire (Flaub., Corresp., 1872, p. 417).Le signal rouge passant au vert au moment précis où j'allais devoir freiner, mais avant que j'aie porté la main au frein (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 203).
Mettre la main au collet de qqn. Arrêter quelqu'un. Dans le doute Javert, l'homme du scrupule, ne mettait la main au collet de personne (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 566).
Rem. Pour un autre emploi de mettre la main à, v. infra H 4 b.
Mettre la main sur qqc. ou qqn
Trouver, découvrir. J'ai eu cette fortune de mettre la main sur plusieurs manuscrits persans peu connus de nom et encore moins étudiés de fait (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1857, p. 282).Jamais Pétain n'a pu mettre la main sur un poète français assez bas pour rédiger ses manifestes et ses belles promesses du retour à la terre (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 138).
S'emparer de, étendre son pouvoir à. Pour cela, il fallait mettre la main sur l'armée (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 111).Quand Menier verra qu'après les sucreries on va mettre la main sur les chocolateries... (Barrès, Cahiers, t. 5, 1907, p. 190).
b) En partic.
α) [La main qui sert à donner, à recevoir, à transmettre] Si elle ajoutait du sien aux libéralités officielles de la commune, personne n'en savait rien; et les pauvres en recueillaient les bénéfices sans jamais apercevoir la main qui donnait (Fromentin, Dominique, 1863, p. 21).D'un portefeuille de maroquin, il extirpa négligemment quelques coupures et me les glissa dans la main (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 213).
Les mains pleines ou vides (loc. adv.). Aux innocents les mains pleines. V. supra D 1 a α.
Manger dans la main de ou à qqn. V. manger1A 2 loc.
Mettre qqc. à la main à qqn. Mettre quelque chose dans la main de quelqu'un (pour qu'il s'en serve). J'avais contribué à la relever [la France] de dessous les pieds de ses ennemis, et à lui remettre l'épée à la main (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 215).Mettre le pain à la main à qqn (au fig.). Être l'artisan de la fortune ou du bien-être de quelqu'un (d'apr. Ac. 1835, 1878). Une misérable à laquelle tu as mis le pain à la main! (Balzac, Illus. perdues, 1839, p. 514).
Mettre qqc. dans la main (de ou à qqn). [En parlant de qqc. de non matériel] Moi, il m'a mis ce compliment dans la main (Zola, Fécondité, 1899, p. 343).
Mettre qqc. en main(s) (à qqn). IMPR. [Sans compl. prép. à] Confier (la copie) au typographe pour la composition. Au reçu de la copie, et avant de la mettre en mains, le metteur en pages l'examine avec un soin minutieux (Leclerc, Nouv. manuel typogr., 1932, p. 198).
Au fig. Mettre le marché en (parfois à la) main à qqn. V. marché II A loc. 2.
Tendre la main. [Pour recevoir qqc. que l'on vous donne] Folcoche tend la main, récupère son bien, toujours sans mot dire, et recompte un par un les billets (H. Bazin, Vipère, 1948, p.265).En partic. Demander l'aumône; p. ext., solliciter servilement. V. impudent ex. 1.Chacun reçoit ou demande salaire, tend la main, se recommande, supplie. Mendier n'est pas honte à la cour: c'est toute la vie du courtisan (Courier, Pamphlets pol., Disc. souscr. acquis. de Chambord, 1821, p.80).Dans les villages, des Français tendaient la main comme des mendiants pour recevoir des cigarettes des motocyclistes casqués (Triolet, Prem. accroc, 1945, p.110).
[Modalités de la transmission]
De main(s) en main(s).(Faire) passer qqc. de main en main. Les corbeilles à pain, les bouteilles de vin circulaient de main en main (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 228).
De la main à la main. Directement; sans intermédiaire ou sans respecter la procédure légale. Par la simple remise d'un titre de la main à la main, la translation de la propriété est valablement opérée (Jaurès, Ét. soc., 1901, p. 267).Sans doute aurait-il préféré recevoir cent mille francs de la main à la main, que d'avoir à dissimuler cette énorme fortune (Mauriac, Noeud vip., 1932, p. 206).[En emploi subst.] Martell a été le premier à «travailler» le marché français. Marché rendu difficile par les 200 petites marques de cognac et le «main à la main» (Le Nouvel Observateur, 23 nov. 1970, p. 19, col. 2).
(Remettre) en mains propres (rare au sing.). À la personne intéressée et à elle seule. Voici un paquet très important pour M. Vacquerie (...). Il faudrait que cela fût remis en mains propres (Hugo, Corresp., 1862, p. 388).
En main tierce. ,,Dans la main d'un tiers. Mettre, déposer de l'argent en main tierce`` (Ac. 1835-1935).
[Idée d'origine]
De la ou des main(s) de qqn. De (la part de) quelqu'un, venant de quelqu'un. Après tant de hauts et de bas, il voyait un espoir certain de pouvoir (...) donner à son étrange prince, une maîtresse de sa main (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p.196).Accepter, recevoir, tenir qqc. ou qqn des mains de qqn. Le commodore, avec un geste fier, mais bienveillant, accepte le flacon des mains de son épouse (Lautréam., Chants Maldoror, 1869, p.332).La préfecture acceptait Florent des mains de M. Verlaque, presque les yeux fermés (Zola, Ventre Paris, 1873, p.696).[Avec idée de causalité] Les gens n'aiment pas plus à tenir leur bonheur des mains d'un autre que les anguilles à être écorchées vives! (Banville, Gringoire, 1866, p.20).
De toutes mains. De toute origine quelle qu'elle soit. Victor, sa femme, son fils, prennent argent de toutes mains (Courier, Pamphlets pol., Livret de Paul-Louis, vigneron, 1823, p. 172):
16. Mais nous sommes prévenus: Rabelais prenait de toutes mains, comme Molière. Les grands inventeurs sont de grands emprunteurs. A. France, Rabelais, 1909, p. 75.
De première main. (Acquis) directement à la source, sans intermédiaire. Ajoutez à cela un perdreau ou quelque poisson qu'on obtient naturellement de première main (Nerval, Bohême gal., 1855, p. 154).On dit à Bordeaux que Denis va tous les matins au marché de première main? (Mauriac, Chemins mer, 1939, p. 129).Citation, renseignements de première main; connaître, savoir qqc. de première main. L'information de Proust est rarement de première main (Blanche, Modèles, 1928, p. 120).[En parlant d'un ouvrage] Ce livre [de La Bruyère] est, en effet, un livre de première main et un tableau d'après nature (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 1, 1861, p. 128).
De seconde main. (Acquis) indirectement, en passant par un intermédiaire. Lui, Bossuet, il n'était pas versé pour son compte dans les textes hébreux originaux, et il ne savait ces choses que de seconde main et par les Pères (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 9, 1865, p. 301).P. méton. De moindre qualité. Fier de tant de chefs-d'oeuvre de seconde main qui parent ma chambre (Janin, Âne mort, 1829, p.93).
[Var.] Quant à ce qui se passe à Paris, vous le savez de meilleure main et plus à fond que moi (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1851, p. 162).Il faut définitivement bannir de la science ces travaux de troisième et de quatrième main, où l'on ne fait que copier les mêmes données, sans les compléter ni les contrôler (Renan, Avenir sc., 1890, p. 242).
P. anal. Les mots imprimés lui faisaient le bizarre effet d'être une chose de seconde main, sans union véritable avec sa pensée (Lacretelle, Hts ponts, t. 4, 1935, p. 121).V. aménité ex. 2.[En parlant d'un sentiment] Elle lui était sympathique, il l'aimait; mais ce n'était qu'une tendresse de seconde main (Proust, Fugit., 1922, p. 595).
En partic. [En parlant d'une voiture d'occasion] (De) première main. N'ayant appartenu qu'à la personne qui l'a achetée neuve. Vends 304, première main, 55.000 kilomètres, 1973, 2.000 F, mécanique très bon état (L'Est Républicain, 23 mars 1982, p. 14, col. 2).De seconde, troisième main. Ayant appartenu à deux, trois personnes successivement.
[Idée de générosité ou de dépense] Donner à pleines mains (v. supra D 1 a α), donner d'une main généreuse.
Avoir la main donnante (vieilli). Être généreux (d'apr. Rey-Chantr. Expr. 1979).
(Avoir) le coeur sur la main. V. coeur II D 3 c loc.
Avoir toujours (sans cesse) l'argent à la main. Dépenser beaucoup par goût ou par nécessité, avoir l'argent facile. Pour y vivre convenablement, il faut avoir constamment l'argent à la main: les millionnaires seuls s'y trouvent commodément et avec toutes leurs aises (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 433).
L'argent ne lui tient pas, lui fond dans les mains. ,,Il dépense sans nécessité, sans modération`` (Ac. 1835-1935). V. fondre1I A 2 c α en partic.
Mettre (porter) la main à la ou sa poche. Mettre la main dans sa poche pour y prendre de l'argent; p. méton., payer, financer. Déjà le palefrin portait la main à sa poche. − C'est ma tournée, dit Lecouvreur (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p. 100).
β) [La main servant à dérober] V. huppé B ex. de Céline.[Dans une expr., avec allusion à la prestidigitation, v. infra H 1 d ] :
17. Un inspecteur croyait remarquer que le gantier Mignot volait. Toujours des filles aux allures étranges rôdaient devant son comptoir; et l'on venait d'arrêter une d'elles, les hanches garnies et la gorge bourrée de soixante paires de gants (...) l'inspecteur prit Mignot en flagrant délit, facilitant les tours de main d'une grande blonde... Zola, Bonh. dames, 1883, p. 712.
[Avec qualificatif] (Avoir les) mains crochues, croches (région.). Les voleurs ont la main leste en tous pays (Jeux et sports, 1967, p. 488).
Être pris la main dans le sac. Être surpris en train de voler; p. ext. être pris en flagrant délit. Le complice d'Esterhazy, pris la main dans le sac, prétend se tirer d'affaire avec une admonestation de son bon ami Godefroy (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 14).C'est au moins la dixième fois que nous le prenons la main dans le sac et chaque fois il nie avec obstination (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p. 62).
Ne pas oublier ses mains, ne pas aller sans ses mains (vx). ,,Être un voleur`` (Rey-Chantr. Expr. 1979).
c) Spécialement
α) ÉQUIT. [La main qui tient les rênes servant à diriger le cheval]
Guider, mener un cheval à la ou en main. Mener un cheval par la bride. Un cheval que l'on conduisait à la main traînait un large coffre monté sur trois roues (Flaub., Bouvard, t.1, 1880, p.26).
Cheval à deux mains ou à toutes mains. ,,Cheval qui sert à la selle et à la voiture`` (Ac. 1835-1935).
[Caractérisations de la façon de conduire du cavalier]
Main assurée, dure, fixe. Main bonne. Main ,,qui rend ou reprend avec à-propos`` (Cass.-Moir. 1979). Main légère. Main ,,qui respecte la sensibilité de la bouche du cheval`` (Cass.-Moir. 1979). Main savante. Main ,,dont les mouvements sont peu apparents`` (Cass.-Moir. 1979). Main de velours. Main ,,souple, légère, qui laisse filtrer l'impulsion`` (Cass.-Moir. 1979).
Haut la main. V. haut1II A 3 c.
Rem. Var. (peut-être sous l'infl. de l'expr. de haute lutte): de haute main. Le second acquittement fut enlevé de haute main (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 86).
Lâcher, rendre la main à (un cheval). ,,Rendre les rênes, diminuer leur tension, pour permettre au cheval de se porter en avant`` (Cass.-Moir. 1969). Le comte Artoff rendit la main à ses chevaux et tourna avec cette merveilleuse habileté des sportsmen parisiens (Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 395).[Sans compl. prép. à] Là, il rendit la main, et s'éloigna au galop (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 179).
P. métaph. Il a suffi que Tolstoï rendît la main à son génie (Du Bos, Journal, 1924, p. 79).
Tenir la main à (un cheval). Lui faire sentir la bride. Au fig. Surveiller de près, veiller à ce que. Cette alliance (Allemagne, Autriche) signifiait que (...) M. de Bismarck avait enfin pris son parti et qu'il était décidé à tenir la main aux intérêts de l'Autriche (Jaurès, Eur. incert., 1914, p. 221).Les recteurs tiendront la main à ce que les écoles privées techniques constituées dans le ressort de leur académie soient inspectées au moins une fois chaque année (Encyclop. éduc., 1960, p. 76).
Tenir la main haute à (un cheval). Raccourcir les rênes pour mieux contrôler (un cheval). P. anal. [En parlant d'une pers.] Traiter quelqu'un avec sévérité, sans rien lui passer (d'apr. Ac. 1835-1935).
[En parlant d'un cheval]
Bien dans la main. ,,Qui obéit à la main du cavalier`` (Cass.-Moir. 1979). En main. ,,Dominé par la bride`` (Cass.-Moir. 1979). Tout cela, c'est pour te dire de tenir toujours bien ton cheval en main, de ne pas te porter en avant quand tu galopes (Sand, Corresp., t. 2, 1840, p. 159).
Gagner à la main. Ne plus obéir au cavalier et s'emballer. Sous les actions d'Alban il [le cheval] partit au galop, les oreilles aplaties, dans la direction du troupeau. D'instant en instant il gagnait à la main, et Alban (...) épiait la seconde où ce ne serait plus lui qui serait maître de l'animal, mais l'animal qui serait maître de lui (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 417).
P. métaph.:
18. Au début du siècle, les Hongrois avaient dangereusement menacé la prépondérance des Allemands d'Autriche. Pour leur résister, la dynastie s'était appuyée sur les Slaves de l'Empire, mais c'était alors ceux-ci qui avaient gagné à la main; en particulier les Serbes de Bosnie et d'Herzégovine (...) avaient affiché un patriotisme serbe assez inquiétant. Maurois, Édouard VII, 1933, p. 324.
β) JEUX DE CARTES, p. méton.
Vieilli. Levée. Partez, nobles ponteurs, et cherchez la main [ = la série de coups heureux] pharamineuse (Alyge dsLarch.1872, p. 194).Le colonel des hussards avait saisi le bras du joueur enrhumé au moment où il sortait de sa poche son mouchoir contenant une «main préparée», et l'exaspération des volés était à son comble (Gyp, Province, 1890, p. 246).
Fait de distribuer les cartes. Avoir la main, faire la main. ,,Donner les cartes (...). J'ai beaucoup gagné sous votre main`` (Ac. 1835, 1878).
Fait d'être le premier à jouer, initiative au jeu. P. ext. Initiative. [D., metteur en scène du film] me demanda pour le lendemain matin un albinos et deux lépreux. À vous la main pour dégotter ça! (Trignol, Pantruche, 1946, p. 133).
Passer, céder, donner la main (à qqn). Abandonner l'initiative au jeu. Ça fait cinq cents francs que vous me devez, petite, dit le banquier. Vous irez à mille. Je passe la main (Murger, Scènes vie boh., 1851, p. 237).
Au fig. Renoncer à quelque chose (souvent une fonction), abandonner la partie (au profit de quelqu'un). M. P.-K. Hartmann ne put, comme tous les ans, recopier son addition pour mélanger les mêmes quantités des mêmes terroirs que l'année précédente. Des crus mildiousés évoluaient. Il dut passer la main à Pérignon (Hamp, Champagne, 1909, p. 148).Pour un écrivain, il est temps qu'il se reprenne, qu'il passe la main (Schaeffer, Recherche mus. concr., 1952, p. 197).En partic., arg. Passe la main! Tais-toi! Oui, on sait. Passe la main! (Barbusse, Feu, 1916, p. 109).
γ) MAR. Main sur main. En agissant (sur un cordage) par un mouvement ininterrompu, en pesant de haut en bas, à longueur de bras (d'apr. Will. 1831). Le grelin rentra tout-à-coup main sur main; mais il n'en arriva qu'un morceau, rogné par les tranchantes arêtes des coraux (Dumont d'Urville, Voy. Pôle Sud, t. 9, 1846, p. 352).
δ) CIRQUE. Main à main (emploi subst. masc.). ,,Exercices d'équilibre et de force au cours desquels deux artistes s'enlèvent à tour de rôle, l'un étant le porteur et l'autre le voltigeur`` (Lar. encyclop.). Et puis il y avait eu le «main à main» des deux aînés (Vialar, Zingari, 1959, p. 27).
d) P. méton. [Désignant des objets tenus par ou dans la main]
AMEUBL. Poignée d'un tiroir, d'un coffre, qui permet de le manoeuvrer. Main pendante (mobile). Il subsiste quelques mains fixes, composées d'une guirlande maintenue par des noeuds de ruban ou par des crocs de mufle de lion (Viaux, Meuble Fr., 1962, p. 108).
ART MILIT. (XVIe-XVIIIes.). Main gauche. Dague qui faisait paire d'armes avec l'épée et servait à parer de la main gauche les coups de l'adversaire. À côté de la rapière, l'escrime italienne impose une arme complémentaire, la dague, tenue dans la main gauche: elle sert à arrêter la lame de l'adversaire, à la rompre éventuellement (certaines «mains gauches» sont, dans ce but, munies de trous devant la garde) (J. Bedel, Les Antiquités et la Brocante, Paris, Larousse, 1981, p. 54).
BÂT. Main(-)courante (ou vx coulante). Partie supérieure d'une rampe, d'une rambarde, sur laquelle on appuie la main. Elles [les allées] sont bordées maintenant de rampes à balustres, en granit revêtu des plus délicieuses mousses; on dirait qu'on a garni toutes les mains-courantes avec un beau velours vert (Loti, Japoneries, 1889, p. 201).
P. anal. Barre, corde ou filin auquel on peut se tenir, qui joue le rôle de rampe ou de garde-fou. Il monta, marche à marche, l'escalier dont les murs étaient blanchis à la chaux. La main courante en était un gros câble de marinier que des anneaux de fer retenaient de place en place (Duhamel, Suzanne, 1941, p. 280).Cramponnés, le copilote-navigateur Roddlick (à gauche) à la main courante, le pilote britannique Kennerly (à droite) à son volant, ils se sont classés seconds du «Dauphin d'Or» (Réalités,avr. 1969, p. 67, col. 1).Il a négligé de munir son trimaran d'une «main courante», un bastingage en langage terrien (Paris-Match, 26 juill. 1969, p. 6, col. 2).
Main de toilette. Synon. de gant de toilette.
2. [Idée de propriété, de disposition]
a) [La main symbolise cette idée] Le plus souvent dans des loc.
α) [Avec prép. à] Elle [la propriété capitaliste] n'est pas concentrée aux mains d'une corporation comme l'Église, ou d'une caste comme la noblesse (Jaurès, Ét. soc., 1901, p. 90).
Aux mains de. En la possession de.
Être, demeurer, tomber aux mains de qqn. Il nous conviendrait peu de voir cette imprimerie aux mains d'un concurrent actif, remuant, ambitieux (Balzac, Illus. perdues, 1843, p. 568).Dans un temps où la terre tend à passer aux mains de financiers qui ne savent pas vivre (Proust, Guermantes 2, 1921, p. 429).
Laisser aux mains de qqn. La prudence la plus élémentaire ne me permettant pas de laisser de tels documents aux mains d'un homme que la prospérité met à l'abri des inconvénients de mon affection et que je ne me sens plus aucun besoin d'estimer (Bloy, Journal, 1892, p.32).
Être un instrument, un outil, une arme aux ou dans les ou entre les mains de qqn. Il [le christianisme] a été une arme dans les mains des rois et des prêtres (Tocqueville, Corresp.[avec Gobineau], 1843, p. 57).Elle [la nature intrinsèquement éthique du caractère] peut devenir un dangereux instrument entre les mains des cuistres (Mounier, Traité caract., 1946, p. 62):
19. Que le système soit instrument aux mains de l'homme dans la situation où il se trouve, c'est ce qui est certain et nous aurons l'occasion de le redire, mais cet instrument, pour être efficace, doit avoir rapport à une vérité intemporelle. Lacroix, Marxisme, existent., personn., 1949, p. 50.
Avoir à la main (vieilli). Disposer de. Tant que tu n'as pas un bon état à la main (Nodier, Fée Miettes, 1831, p. 71).Lorsqu'il put, le testament de Bernard à la main, faire débouter de ses prétentions à la succession vacante l'administration des domaines (Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p. 331).
β) [Avec prép. dans] L'accumulation (du capital dans les mains de quelques individus) est une des grandes découvertes de Marx (Sorel, Réflex. violence, 1908, p. 187).
Avoir qqc. dans les mains. Tu as dans les mains (...) tout ce que nous recevons des dieux (Louys, Aphrodite, 1896, p. 95).
γ) [Avec prép. en] Avoir en main(s). Disposer de, détenir. Ayant commencé la guerre avec les mêmes atouts en main (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 160).Le capitaine lui-même vous certifie, preuves en mains, la validité de votre carence (Audiberti, Quoat, 1946, 2etabl., p. 77).Samazelle n'avait pas en main toutes les données, mais il savait calculer (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 232).
δ) [Avec prép. entre] Être, demeurer, tomber entre les mains de qqn. La lettre existe, elle est entre les mains de Franz (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 591).
Laisser, mettre entre les mains de qqn. Le test du village du DrArthus met entre les mains du sujet un assez grand nombre d'éléments mobiles (Mounier, Traité caract., 1946, p. 22).
Avoir entre les mains. L'ensemble de mon rapport au Saint-Père, que vous avez entre les mains (Billy, Introïbo, 1939, p. 218).
ε) [Avec prép. par] Passer par les mains de qqn. Sans doute les 6000 francs qui ont passé par les mains de M. Malher (Hugo, Corresp., 1866, p. 535).
Rem. V. aussi sous la main (supra D 1 a γ) et mettre la main sur (supra D 1 a ε).
b) P. méton. [Désignant la ou les pers. qui possède(nt) qqc. ou dispose(nt) de qqc.] J'ai vu les richesses entassées dans quelques mains, et la multitude pauvre et dénuée (Volney, Ruines, 1791, p. 115).Mon domaine appartient à des mains étrangères (Barbier, Iambes, 1840, p. 243).
Changer de mains. Changer de propriétaire. Telle terre, vendue il y a vingt-cinq ans, est à cette heure partagée en dix mille portions, qui vingt fois ont changé de mains depuis la première aliénation (Courier, Pamphlets pol., Au réd. «Censeur», 1819, p. 21).La richesse change de mains, les politiciens de parti, les provinces de nation, les peuples d'habitat (J.-R. Bloch, Dest. du S., 1931, p. 138).
3. [Idée de puissance, d'autorité exercée par qqn]
a) [La main symbolise cette idée]
α) [Avec qualificatif] Amour lui-même cède à ma main souveraine: J'en ai fait un esclave (Valéry, Variété III, 1936, p.128).P. anal. Dès que l'on a opposé les devoirs aux desirs et les inclinations à la loi, il a fallu écarter en la déclarant impie la redoutable main de la raison (Senancour, Rêveries, 1799, p.123).
Avoir la main légère. Contrôler une situation sans faire sentir son autorité. V. léger IV G 1.
Main lourde (ou équivalent). L'on devrait châtier d'une main plus ferme, dit Gourmont, les mauvais écrivains (Paulhan, Fleurs Tarbes, 1941, p. 53).
(Avoir une) main de fer. V. fer C 2 c .
(Avoir, garder, tenir) la haute main sur ou dans qqc. V.haut1I A 6 loc. fig.
β) [Sans qualificatif]
Aux mains de qqn. Au pouvoir de quelqu'un.
Être, rester, tomber aux mains de qqn. Shanghaï aux mains de l'armée révolutionnaire (Malraux, Cond. hum., 1933, p. 237).L'homme aux mains des agents s'identifiait à cette viande décapitée (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 322).
Arracher, laisser aux mains de qqn. Dois-je vous livrer aux mains des Mores? (Claudel, Soulier, 1944, 2epart., 9, p.1079).
Dans la ou les main(s) de qqn. J'ai vécu quinze jours dans les mains du terrible Hadgi-Stavros (About, Roi mont., 1857, p. 3).Ça montre que nous ne sommes que de petits enfants dans la main du bon Dieu (Hémon, M. Chapdelaine, 1916, p.143):
20. Mais je vous ai dit: vous êtes maintenant dans ma main. Si vous signez, l'enfant ne saura pas. Si vous ne signez pas, il saura. Farrère, Homme qui assass., 1907, p. 308.
Sous la main de qqn. La providence réunit sous la main de César le monde occidental (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 194).
[Autorité du pouvoir judiciaire] Qu'il serait accordé une amnistie, mais que cinq cents personnes en seraient exceptées, ainsi que celles qui avaient été bannies par procès régulièrement faits, ou qui se trouvaient sous la main de la justice (Barante, Hist. ducs de Bourg., t. 4, 1821-24, p. 27).
b) P. méton. [Désignant la pers. qui détient le pouvoir] Tendant toujours à concentrer le pouvoir en une seule main (Volney, Ruines, 1791, p. 68).
4. [Idée de responsabilité que qqn a de qqc./qqn]
a) [La main symbolise cette idée]
[Avec prép. à gén. avec remettre] Le comte de Hainaut promit à son beau-frère de Bourgogne qu'il ne remettrait le dauphin aux mains d'aucune personne, sans être bien assuré de l'accomplissement des conditions jurées (Barante, Hist. ducs de Bourg., t. 4, 1821-24, p. 110).L'indifférence et l'épouvantable légèreté des hommes aux mains de qui l'on remet sa fortune (Montherl., Célibataires, 1934, p.766).
[Avec prép. en] Vos capitaux confiés en mes mains ont profité (About, Roi mont., 1857, p. 90).
b) P. méton. [Désignant la pers. à qui incombe la responsabilité]
Être, tomber en bonnes mains ou en mains sûres; remettre en (ou entre de) bonnes mains ou en mains sûres. Je me félicitais que ma jeune amie fût tombée en d'aussi bonnes mains (Restif de La Bret., M. Nicolas, 1796, p. 136).Secrètement heureux de savoir mes intérêts en bonnes mains (Mauriac, Noeud vip., 1932, p. 55).
Changer qqn de main(s). Il importait de ne pas trop changer de main la petite comtesse (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 42).
5. [Idée de maîtrise que l'on a de qqc., parfois de qqn]
a) [Avec prép. dans ou entre] Le reste, fabrication et agriculture, banque et opérations de commerce, est dans les mains des natifs (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1856, p. 255).
Tenir le sort de qqn dans ou entre ses mains. En être le maître. Tu as de la chance (...) de tenir ton sort dans tes mains à toi (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 175).
b) [Avec prép. en]
Avoir, garder, prendre, tenir (bien) en main(s) qqc. ou qqn. En avoir, en acquérir la maîtrise.
[En parlant de qqc.] Si je possédais votre méthode, si je l'avais bien en mains comme vous (Romains, Knock, 1923, iii, 6, p. 18).Dudule vous dira que quand je prends une affaire en main, on peut être tranquille (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 288).
Avoir la parole en main (vieilli). Savoir parler. Sa fille aînée, qui a la parole en main, à ce que dit son père, se charge de la narration (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 334).
[En parlant de pers.] Mes jeunes gens sont gonflés à bloc; je les ai bien en main (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p.127).
(Être) en main(s). (Être) bien maîtrisé, contrôlé.
[En parlant de qqc.] Son dessin qui est très sûr, très en main (Valéry, Corresp.[avec Gide], 1898, p. 313).
[En parlant de pers.] Le bloc libre de l'Afrique équatoriale, du Cameroun et du Tchad est tout à fait en main et décidé (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 368).
Rem. Pour d'autres emplois de en main(s), v. supra D 1 γ et infra G être (bien) à la main.
E. − [Dans les rapports entre pers., impliquant le plus souvent une main qui prend et une qui est prise]
1. Garder, prendre, saisir, tenir la ou les main(s) de qqn dans la ou les sienne(s); étreindre, lâcher la ou les main(s) de qqn; se tenir par la main. Ils venaient de se joindre les mains; et le passé, l'avenir, les réminiscences et les rêves, tout se trouvait confondu dans la douceur de cette extase (Flaub., MmeBovary, t. 2, 1857, p. 80).
Donner la main à qqn. Au lieu de donner la main à Marcel qui était son cavalier, elle prit la main de son vis-à-vis (Murger, Scènes vie boh., 1851, p. 175).Au fig. Aller de pair. L'art du faussaire donne la main à l'art de trahir (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 156).
Se donner la main. Ils se donnèrent la main, et restèrent sans parler (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1438).
Au fig.
[En parlant de pers.] S'entendre, agir de commun accord. Slaves du nord, Slaves du sud finiront par se donner la main (Maurras, Kiel et Tanger, 1914, p. 200).Pouvoir se donner la main. Synon. de faire la paire*.Élu, comme vous, Saint-Père, et tiré de la foule. Sur ce point, nous pouvons nous donner la main (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p. 167).
[En parlant de choses] Aller de pair. L'art et la politique s'y donnent la main (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 157).
Tendre la main à qqn. [Pour l'aider] Il était devant sa chaloupe déjà débordée. Un matelot lui tendait la main. D'un bond, il fut à sa place, au centre de l'embarcation (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 224).P. méton. Aider, secourir. Vous qui tendez la main à celui qui souffrait (Bornier, Fille Rol., 1875, ii, 8, p. 51).
La main dans la main; les mains dans les mains. Nous marchons, Laeta et moi, la main dans la main, ou elle se pend à mon bras (Larbaud, Journal, 1934, p. 310):
21. Les mains dans les mains restons face à face Tandis que sous Le pont de nos bras passe Des éternels regards l'onde si lasse Apoll., Alcools, 1913, p. 45.
Au fig. Ensemble, en collaboration étroite. Il est si bon de porter ensemble le fardeau des destinées; et cela semble si naturel à ceux qui cheminent, la main dans la main, en attendant de mourir (Amiel, Journal, 1866, p. 288).Je travaillerai la main dans la main avec les types du Pentagone (Sartre, Mains sales, 1948, 7etabl., 1, p. 257).Aller, marcher la main dans la main (avec qqn). Agir en parfait accord, collaborer étroitement (avec quelqu'un). Ces difficultés disparaîtront aussitôt si vous faites voir que vous marchez la main dans la main avec d'Argenlieu qui a toute ma confiance (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 538).
2. [Dans les relations soc.]
a) Baiser la main à qqn. [Pour marquer son respect] Elle avait doucement attiré Hélène vers le jeune baron, qui lui baisa la main avec respect (Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p. 304).Brusquement, mon père se retourna, courut au-devant du chasseur, et, profondément incliné, baisa la main qu'il lui tendait, en balbutiant: − Vous!... Monseigneur! (Gyp, Souv. pte fille, 1928, p.23).
Baiser les mains à qqn. [En signe de vénération] Puis, quand il la quitta, ce fut elle qui déborda de reconnaissance: elle lui disait merci, elle lui baisait les mains (Zola, Germinal, 1885, p. 1353).
[Comme formule finale de lettre pour prendre congé] Et que je vous baise les mains en vous priant de me croire, Madame, votre tout dévoué et affectionné (Flaub., Corresp., 1862, p. 303).
b) Offrir, présenter la ou sa main à une femme (vieilli). Le président, qui renonce toujours, le dernier, aux vieilles coutumes, offrit sa main à sa cousine, Mmede L, pour passer du salon à la salle à manger (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 317).
Rem. On dit aujourd'hui: offrir le bras (v. bras I C 1).
c) [Dans la salutation cordiale] Serrer cordialement la main (parfois les mains) à qqn; serrement de main; donner une poignée de main à qqn, échanger une poignée de main avec qqn. Après ce touchant échange de bonnes paroles, ils se serrèrent la main avec effusion (Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 419).
[Comme formule finale de lettre pour prendre congé] Cher grand poëte, je vous serre la main. Victor Hugo (Hugo, Corresp., 1862, p. 430).
[Au plur. et sans compl. désignant des pers.] Il s'approcha, serra des mains, distribua des sourires (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 71).
Toucher la main à qqn (parfois toucher dans la main à qqn) (vieilli). Le dernier gouverneur d'Ispahan, un des habiles administrateurs de la Perse, à la persane, était domestique il y a quatre ans. Il en parle en toute liberté et touche dans la main à ses anciens camarades, ce qui ne cause ici d'étonnement d'aucune sorte (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1856, p. 251).En allant lui toucher la main, je trouve au pied de sa chaire une grappe de mes connaissances (Amiel, Journal, 1866, p. 183).Au fig. Ainsi la morale chrétienne touche la main à l'horticulture (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 276).
Tendre, offrir, donner la main à qqn. [Pour saluer, en signe d'amitié] À propos de je ne sais quel mot sentimental, il me tend la main. Je ne lui donne pas la mienne (Renard, Journal, 1901, p. 628).Il est (...) si fort que, si tu le rencontres, il faut te garder de lui tendre la main. Sa poignée de main t'arracherait les doigts (Maran, Batouala, 1921, p. 147):
22. Gobseck tendait un doigt; c'était sa manière de donner la main. Chacun a pu observer que cet accueil de la main par la main est une sorte de langage qui trompe beaucoup moins qu'aucun autre. Alain, Propos, 1921, p. 305.
Au fig. Tendre la main à qqn ou qqc. Avoir une attitude cordiale et conciliante à l'égard de quelqu'un ou de quelque chose. Mais beaucoup de conventionnels, outre qu'ils n'en croyaient pas un mot, le soupçonnèrent de tendre ainsi la main aux catholiques (Lefebvre, Révol. fr., 1963, p. 413).
(Politique de la) main tendue. (Politique de la) conciliation. Il est improbable que l'Élysée accepte de revenir à une politique de la main tendue si les milliards de francs investis au Sahara sont l'objet d'une contestation permanente (Le Nouvel Observateur, 28 oct. 1968, p. 22, col. 3).Wilson ne sut pas jouer la carte de la main tendue au nouveau régime, qui avait besoin de tout (Le Monde, 21 mai 1972, p. 3, col. 1).P. méton., rare. Manifestation d'une attitude conciliante. Quelle a été l'attitude de la masse ouvrière face à cette «main tendue» patronale? (L'Express, 10 nov. 1969, p. 166, col. 2).
d) Toucher (dans) la main à qqn, taper dans la main. [En signe d'accord] :
23. alvare: Oh! Ce sera un carnage épouvantable, et j'enrage que l'on n'ait pas mûri long-temps une si dangereuse révolte. almada: Tu l'as dit toi-même: une lente sagesse vaut moins qu'une impétuosité réglée. Touche cette main et sois prêt à marcher. Lemercier, Pinto, 1800, IV, 2, p. 126.
3. [Dans le mariage, avec valeur symbolique]
a) Demander, obtenir la main d'une femme. Demander, obtenir une femme en mariage. Donner, offrir, refuser la main à qqn. Accepter, offrir, refuser d'épouser quelqu'un. [En parlant du père] Accorder, refuser la main d'une jeune fille à qqn. Accepter, refuser de donner une jeune fille en mariage à quelqu'un. Vous seul avez le droit de disposer de sa main, et si j'ose aujourd'hui vous la demander pour mon fils, ne croyez pas que le desir de partager les biens de cette riche orpheline ait dirigé ma démarche (Guilbert de Pixér., Coelina, 1801, i, 8, p. 15).La mort de M. de Croisenois changea toutes les idées de Julien sur l'avenir de Mathilde; il employa plusieurs journées à lui prouver qu'elle devait accepter la main de M. de Luz (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 503).
b) De la main gauche. Synon. morganatique(ment).V. gauche1.
F. − [Comme instrument de l'action violente et de la lutte]
1. [Action violente] Abattre, flanquer sa main sur la figure de qqn. Ses tempes battaient, dans une montée de sang, ainsi que sous les coups de deux mains acharnées (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 38):
24. Elles s'empoignaient toutes les deux, la jeune accusant la vieille de lui ratisser ses pierres, à ce point qu'elle n'en faisait pas un panier en dix minutes. On les payait au panier, c'étaient des querelles sans cesse renaissantes. Les chignons volaient, les mains restaient marquées en noir sur les faces rouges. Zola, Germinal, 1885, p. 1187.
Lever, porter la main sur (vieilli contre) qqn; mettre la main sur qqn (vieilli). Le frapper. Les gens de service, sous aucun prétexte quelconque, ne portent une main violente sur eux [les aliénés de Bicêtre], même par représailles (Pinel, Alién., 1801, p. 66).J'admets qu'il ait mis la main sur un élève (Vallès, Réfract., 1865, p. 17).Te permettre de lever la main sur mon oncle! (Feydeau, Dame Maxim's, 1914, iii, 4, p. 58).
Porter la main sur qqc. (gén. une valeur, une institution). S'attaquer à quelque chose pour la supprimer. Ils ont essayé de porter la main sur cette institution fondamentale de la liberté démocratique de France [le suffrage universel] (Fondateurs 3eRépublique, Gambetta, 1877, p. 285).[L'impressionnisme] a porté la main sur un préjugé tenace et dangereux, sur une série de notions poncives (Mauclair, Maîtres impressionn., 1923, p.206).
Avoir la main leste. V. leste A 1 b loc.Avoir la main lourde. V. lourd II A 3 loc.Avoir la main qui démange. V. démanger B expr.
Être haut à la main. ,,Être impérieux, violent, prompt à user de voies de fait`` (Ac. 1835-1935). C'était une sorte de soudard, haut à la main comme à la voix, beau garçon au demeurant (Toulet, Mariage Don Quichotte, 1902, p. 186).
Ne pas y aller de main morte. V. mort2II A 2 a.
(Combat) de main à main (vieilli). (Combat) au corps à corps. Les mines sont souvent étroites et en zig-zag; il y faut des bâtons courts pour combattre main à main (Barante, Hist. ducs de Bourg., t. 4, 1821-24, p. 315).
(Combattre à) mains nues. Sans armes. Il aurait peut-être voulu que Jean-Paul II lance le peuple, les mains nues, à l'assaut des chars (Chez nous à Champigneulles, févr. 1982, p. 1, col. 2).
En venir aux mains. En venir aux coups, en venir à se battre. [Ils] devaient en venir aux mains avec l'homme le plus fort et le plus féroce (Borel, Champavert, 1833, p. 102).J'ai vu dans la sacristie des professeurs en venir aux mains et s'arracher les ornements sacerdotaux au moment de les revêtir (Billy, Introïbo, 1939, p. 30).(En) être aux mains (vieilli). Se battre. Ils ne sont pas fanfarons, puisqu'ils se battent sérieusement et de sang-froid quand ils en sont aux mains (Baudry des Loz., Voy. Louisiane, 1802, p. 79).Mettre aux mains deux personnes. Les faire se battre, se disputer. Entre la sage-femme et Elisa, parmi les nombreux sujets de conversation propres à les mettre aux mains, un sujet plus particulièrement amenait des scènes quotidiennes (E.de Goncourt, Élisa, 1877, p. 31).
Faire main basse sur. V. bas1I A 3 c.Faire une main tombée (arg.). ,,Faire «main basse»`` (Esn. 1965).
Coup de main. V. coup C 2 b synt. c.
Rem. Pour d'autres emplois de coup de main, v. infra H 1 d β et H 4 c.
Homme de main. V. homme II B 4.
À main armée. V. armé II A loc.P. ell., arg. (pour agression à main armée). À sa première main armée, il s'est fait secouer sa bâche [casquette] par le ponte (Pt Simonin ill., 1957, p.34).
2. SPORTS
Lutte à main(s) plate(s). Lutte où les adversaires s'opposent avec les mains ouvertes. La lutte à mains plates, astreinte à des règles sévères, à peu près invariables (Cladel, Ompdrailles, 1879, p. 226).V. lutte ex. 2.
Main nue. Pelote basque où les joueurs ne portent ni chistera ni pala. Jean-Baptiste ne fait pas mystère de sa préférence pour la «main nue». La main nue, c'est le fin du fin, le jeu le plus héroïque et viril, un brin masochiste − «celui qui tient dix points avec mal à la main, celui-là il peut parler de souffrance!», −l'apothéose (Le Monde dimanche, 23 août 1981, p.xv).
G. − [Servant à manier un objet (gén. un outil ou un objet similaire)] Il était assis sur le billard, les pieds ballants, et il maniait une boule de la main gauche (Maupass., Contes et nouv., t. 2, MllePerle, 1886, p. 638).La mitrailleuse (...) tenue pour une machine (...) qui se détraquera en campagne aux mains d'un maladroit (Valéry, Variété IV, 1938, p. 62).La nature particulière des instruments familiers à sa main (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 164).V. infra H 1 a ex. de Rimbaud.
Main à plume (p. méton.). Écrivain:
25. Homme de caméra, M. Jean Kerchbron n'est pas du tout une «main à plume»: d'une idée ingénieuse, il n'a su tirer qu'une maladroite histoire policière, ridiculement dialoguée, pour justifier des variétés injustifiables. Le Figaro littér., 12 janv. 1970, p. 39, col. 2.
À main. [Déterminant un subst. qui désigne un instrument, un mécanisme] Qui se manoeuvre à la main. Frein, grenade, scie, treuil à main. V. eau ex. 8.
Vieilli. [Dans un orgue] Clavier à main. Clavier par opposition au pédalier. Un orgue dont le clavier à main n'était composé que de deux octaves et trois 1/2 tons (Schmitt, Simon, Guédon, Nouv. manuel organiste, 1905, p. 59).
Arme de main. Arme blanche se maniant avec la main. Les quatre murs (...) n'avaient d'autre ornement (...) qu'une demi-douzaine d'armes de main, sabres mauresques, claymores écossaises et longues épées espagnoles (Feuillet, Onesta, 1848, pp.366-367).
Épée à deux mains. Épée longue et large que l'on maniait en la tenant à deux mains. (Dict. xixeet xxes.).
Être (bien) à la ou sa main, en main(s). [En parlant d'un objet] Être bien adapté à la main, maniable. V. bien2ex. 12.Au fig. «Décadisme» est un mot de génie (...). Ce barbarisme est une merveilleuse enseigne, il est court, commode, à la main, handy (Verlaine, Œuvres compl., t. 5, Biogr. (A. Baju), 1896, p. 381).Voici une idée aujourd'hui. Elle est nette, bien lisible, bien en main. Je m'y plais (Valéry, Tel quel I, 1941, p.200).
P. anal., vieilli. [En parlant d'une pers.] Accommodant. Les ministres le voyant homme à la main, d'humeur facile, comme sont les savants (Courier, Pamphlets pol., Pamphlet des pamphlets, 1824, p. 213).
Région. (Canada). Être à main. Être prêt à rendre service. − Est-il [le Survenant] d'avance à l'ouvrage? demanda Angélina, vivement intéressée. − Des journées, il n'est pas à main en rien (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 34).
Mettre un instrument à la main de qqn (vieilli). Lui apprendre à s'en servir, donner à quelqu'un ses premières leçons dans un métier, un art. Ce maître lui a mis les armes, le fleuret, le violon à la main (Ac.1798-1935).Cet aîné était un homme mûr déjà, cultivateur consommé, à qui, dans le temps, il avait mis les outils à la main (Pesquidoux, Livre raison, 1928, p. 98).
H. − [Intervenant de manière primordiale dans l'exécution ou dans la réalisation de qqc.]
1. Adroit, maladroit de ses mains; savoir se servir de ses mains. Il ne savait rien foutre de ses mains à part la barre fixe et le trapèze... Il était des plus malhabiles, comme trente-six cochons réellement (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 407).L'art se fait avec les mains. Elles sont l'instrument de la création (Focillon, Éloge de la mainds Vie des formes, Paris, P.U.F., 1947, p. 107).Mais on pourrait n'y voir qu'une concession à la main qui exécute et qui se sent trop inhabile encore (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 110).V. chirurgie ex. 1.
Être bien à la ou en main (vx), être bien à sa main. [En parlant d'une pers.] Être commodément installé pour faire quelque chose. (Ds Ac. 1935, Rob., Lar. Lang. fr.).
Faire qqc. à sa main. Le faire commodément, confortablement, sans forcer. Rouler à sa main. L'équipe de l'A.S. Nancy-Lorraine a remporté une large victoire sur Nice mais sans livrer un grand match. Il n'y a pas de reproches à lui adresser, bien au contraire, mais on peut dire qu'elle a joué à sa main, sans forcer son talent (L'Est Républicain, 23 nov. 1981, p. 9, col. 1):
26. − C'est le lit de nos noces, dit-elle. − Et vous croyez que vous dormiriez mal dans un autre lit? − Je n'y dormirais pas à ma main, dit-elle. Renard, Nos frères farouches, 1910, p. 134.
Être en mains. Être en condition pour faire quelque chose. Cochet paraît en mains. Il prend bien sa balle (L'Auto, 29 juill. 1933, p. 4 ds Grubb, Fr. sports neologisms, 1937, p. 48).
a) [Dans le travail manuel p. oppos. au travail de l'esprit] Travailler de ses mains. Il serait impossible de séparer ces deux choses: la tête et la main. Une main habile sans la tête qui la dirige est un instrument aveugle; la tête sans la main qui réalise est impuissante (Cl. Bernard, Introd. ét. méd. exp., 1865, p. 8).J'ai horreur de tous les métiers. Maîtres et ouvriers, tous paysans, ignobles. La main à plume vaut la main à charrue. − Quel siècle à mains! (Rimbaud, Saison enfer, 1873, p. 213):
27. Mais entre esprit et main les relations ne sont pas aussi simples que celles d'un chef obéi et d'un docile serviteur. L'esprit fait la main, la main fait l'esprit. Le geste qui ne crée pas, le geste sans lendemain provoque et définit l'état de conscience. Le geste qui crée exerce une action continue sur la vie intérieure. Focillon, Éloge de la mainds Vie des formes, Paris, P.U.F., 1947, p. 121.
[Plus gén. dans le travail concrètement créatif p.oppos. à l'activité purement spéculative, intellectuelle] Je n'adresse pas mon discours aux hommes politiques (...). Je ne l'adresse qu'aux artisans de mon espèce. À ceux qui ont un métier de main (J.-R. Bloch, Dest. du S., 1931, p. 19).
[Le travail manuel étant considéré comme symbole du travail en gén.]
Acquérir du cal aux mains. Travailler dur:
28. Qui te fournit la nourriture, l'éducation, l'habillement, et tous les moyens de figurer un jour, avec honneur, dans les rangs de la société! Mais il faut pour cela suer ferme sur l'aviron, et acquérir, comme on dit, du cal aux mains, fabricando fit faber, age quod agis. Flaub., MmeBovary, t. 2, 1857, p. 95.
(Homme) à toutes mains. (Personne) capable de faire toutes sortes de travaux, compétente dans plusieurs domaines. M. de Saint-Amans, au défaut de ses plantes chéries, en rapporta des grenats ferrugineu.. Il était à toutes mains, et s'emparait avec discernement de ce que la nature a disséminé de plus curieux sur ces montagnes (Dusaulx, Voy. Barège, t. 1, 1796, p. 196).Maria (...), aidée seulement de son mari, homme à toutes mains, mou et robuste (Colette, Sido, 1934, p. 22).
Vendangeur toutes mains. ,,Ouvrier sans capacités viticoles spéciales pouvant exécuter dans la vigne certains travaux simples`` (Dict. des métiers et appellations d'emploi, Paris, P.U.F., 1955).
Homme à deux mains. Homme ayant deux genres d'activité. Garçon à deux mains. Garçon boucher qui travaille tantôt à l'abattoir, tantôt à l'étal (Rigaud, Dict. arg. mod.,1881, p. 190).
Rem. Certains dict. rapprochent ces deux emplois de cheval à deux ou à toutes mains (v. supra D 1 c α).
P. méton., vieilli ou région. Personne qui travaille de ses mains, ouvrier. Employer cent mains dans une manufacture (Canada1930).M. Goutorbe embauchait toutes mains à cinq francs et Picart le chemineau se joignit aux hommes de bronze qui criblaient de cuivre le mildiou tenace (Hamp, Champagne, 1909, p. 117).
b) [P. oppos. à tout autre moyen, surtout mécanique] À la main
Arroser, fabriquer, faucher, semer à la main; brodé, creusé, fait, moulé à la main; lavage, repiquage à la main. De grandes parties de braconnage: pêches à la main, la nuit, pêches aux éperviers prohibés (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 359).La vessie de porc pleine de feuilles de tabac hachées à la main (Hémon, M. Chapdelaine, 1916, p. 7).[Le maïs] facile à cultiver à la main et sans charrue (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum., 1921, p. 137).
P. ell. Cousu, fait main; broderie main. Poudrier guilloché main (Catal. jouets [Trois Quartiers], 1936).Pour la bicyclette et le sport, vous aimerez ces gants en tricot main pour le dessus, et à l'intérieur, de peau de chèvre, cousu sellier (L'Œuvre, 31 mars 1941).
[Dans le domaine de l'écriture, p. oppos. à dactylographié, imprimé] Écrit à la main, mots tracés à la main. Ce rapport sur les chemins de fer d'Angola est parfaitement copié et les corrections à la main sont très nettes (Flers, Caillavet, M. Brotonneau, 1923, p. 4).
HIST. DE LA PRESSE. Nouvelle(s) à la main. Feuille(s) d'information manuscrite(s) qui contenai(en)t souvent des anecdotes scandaleuses ou malignes. Le théâtre, c'était la nouvelle à la main montant sur les planches, se stylisant en comédie de caractère (Morand, Chron. homme maigre, 1941, p. 93).Gazetier à la main. Il [La Beaumelle] est gâté, nous le verrons, par quelque vice d'esprit. Dès le début, il a en lui, par le ton et par la légèreté, du gazetier à la main, du folliculaire (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 14, 1857, p. 89).
[En parlant du fourrage donné au bétail, p. oppos. à l'herbe broutée dans les prés] Pâture à la main. L'auvent protégeait un cadre à compartiments, munis de volets, glissant, encastré dans la cloison extérieure, où les boeufs venaient passer la tête pour se faire pâturer à la main à l'aube et à l'entrée de la nuit (Pesquidoux, Livre raison, 1928, p. 139).
c) [Dans certaines activités spécifiques]
α) [Couture, broderie, tricot, tapisserie] Ouvrages de main. Ouvrages d'aiguille:
29. On nous garde dehors, les grandes, pour que nous exécutions plus à l'aise les mirifiques travaux destinés à l'exposition des ouvrages de main. (Est-ce que les ouvrages peuvent être autres que «de main»? Je n'en connais pas de «pied»). Colette, Cl. école, 1900, p. 247.
P. méton., COUT. Première main. Couturière capable d'exécuter tous les modèles. Deuxième main. Couturière qui a achevé son apprentissage. Petite main. Couturière apprentie. D'abord «petite main» chez une couturière, employée à faire un point, à recoudre un volant (...), elle avait vite passé deuxième puis première, et s'était fait une clientèle de dames du meilleur monde, elle travaillait chez elle (Proust, Guermantes 1, 1920, p. 20).À la sortie des ateliers, un choeur de petites mains s'est bousculé pour me jeter dans les bras, en riant, celle que j'avais regardée (Larbaud, Amants, 1923, p. 221).
β) [Écriture]
De la main de qqn. Écrit (à la main) par quelqu'un. Ce billet a été reconnu pour être de la main de Limoelan (Procès conspir. 1erConsul, t. 1, 1801, p. 13).
À main reposée. À loisir, en prenant son temps pour bien écrire. Une inscription mise sur le titre, à main reposée, m'apprit qu'en 1779 ce livre appartenait à soeur Anne (A. France, Jard. Épicure, 1895, p. 160).
P. méton.
Manière d'écrire, type d'écriture. Déguiser sa main. L'écriture moderne est plus claire et plus déterminée que l'ancienne. Je ne dis pas que chaque homme n'eût son écriture ou sa main particulière, mais elle était beaucoup moins caractérisée et moins exclusive que de nos jours (J. de Maistre, Pape, 1819, p.127).
Belle main. Belle écriture. Je reçus, comme pour le bal des gens de maison, une invitation sur papier rose écrite d'une très belle main (A. Daudet, Nabab, 1877, p. 186).C'est une grande erreur que de croire qu'il suffit d'avoir une belle main pour apprendre promptement l'art d'écrire sur la pierre, c'est une manière tout à part (Villon, Dessin. et impr. lithogr., 1932, p. 98).
HIST. Main de cour. ,,Caractère anglais en usage en Angleterre dans les archives et les procédures`` (Carabelli, [Lang. typogr.], s.d.).
ADMIN. Main-courante. Registre où sont notés au fur et à mesure les opérations effectuées dans un commerce ou dans une banque, les arrivées et les départs de clients dans un hôtel, les événements notables consignés dans un commissariat. Une autre trace se trouvait dans la main-courante du commissariat du quartier de la Victoire, à la date du 15 août 1936. J'y copiai le rapport de décès sur la voie publique (R. Boussinot, Vie et mort de Jean Chalosse, moutonnier des Landes, Paris, Robert Laffont, 1976, p. 175).
γ) [Peinture] [Dans un ouvrage comme Don Quichotte] vous sentez la main de l'artiste et vous devez la sentir, de même que vous voyez un cadre à tout tableau (Delacroix, Journal, 1853, p. 107).[Devant les toiles impressionnistes] Nous voyons ce qui manque, nous sentons l'endroit où la main du peintre a trahi son désir (Mauclair, Maîtres impressionn., 1923, p. 208).
δ) [Musique (jeu instrumental)] N'oublions pas que la main gauche [au violon] ne représente que les matériaux et que la main droite a le secret qui peut les assembler (Capet, Techn. sup. archet, 1916, p. 11).
[Dans les instruments à clavier, spéc. le piano] Les accords, écrits à trois parties, pour le piano ou l'orgue, sont, ordinairement, disposés de telle sorte, qu'on puisse jouer, de la main droite, les deux parties supérieures, de la main gauche, la basse seulement (E. Durand, Traité harm., s.d., p. 32).Ici, le chant qui est à la main droite ne suit pas exactement (Rolland, Beethoven, t.1, 1937, p.267).
P. méton. Ligne mélodique dévolue à une main. Surtout on remarquera cette «troisième main» qui (...) s'insinuant entre la main droite et la main gauche, dessine une sorte de contre-chant par-dessous le chant (Jankél., Fauré, 1938, p. 84).
À quatre mains. Deux instrumentistes jouant simultanément sur le même clavier, l'un dans les aigus et l'autre dans les basses. Jouer à quatre mains, arrangement à quatre mains. Trois petites pièces que je venais de composer pour piano à quatre mains (Stravinsky, Chron. vie, 1931, p. 122).P. méton. Faire un quatre mains. Jouer un morceau composé pour piano à quatre mains.
P. métaph. Au fond, c'est d'une jolie ironie, cet éloge à quatre mains d'Hugo fabriqué par les deux jaloux, les deux désespérés de sa gloire (Goncourt, Journal, 1887, p. 662).Si Dumas avait Auguste Maquet, jeune professeur d'histoire, pour lui préparer le premier jet des récits qu'il remaniait, réécrivait et complétait, ce travail à quatre mains se retrouve de nos jours: Pierre Barret et Jean-Noël Gurgand préfèrent affronter à deux leur cycle médiéval: «Les tournois de Dieu» (Le Point,11 déc. 1978, p. 151, col.2).
d) [L'accent est mis sur le mode d'exécution, la manière de procéder]
α) [Avec déterminant ou qualificatif évoquant une manière spécifique de procéder] Main adroite, exercée, habile, inexpérimentée, inhabile; dextérité, habileté, sûreté de main. De la vraie peinture, exécutée avec une main sûre et d'après les règles les plus simples de l'art (Baudel., Salon, 1846, p. 172).Il [Coppée] reste bon Parnassien, même grand Parnassien, par une forme parfaite, par des ressources toujours renouvelées d'atelier, où l'on sent la main experte de l'ouvrier parisien (Thibaudet, Hist. litt. fr., 1936, p. 332).
Avoir la main bonne, une bonne main. Avoir des dispositions particulières dans un domaine. Il pensait que tel ouvrier et tel laboureur a la main plus ou moins bonne, et que, par la seule vertu de sa présence dans l'étable, il fait du bien ou du mal aux animaux (Sand, Pte Fad., 1849, p. 221).Il me vient une bonne main, tout d'un coup. Je sens que je vais écrire un chapitre admirable (Aymé, Travelingue, 1941, p. 91).
Main légère ou lourde, pesante. Main qui opère délicatement ou avec lourdeur. Qu'il t'est facile à toi, dans le silence du cabinet, de tracer d'une main légère une ligne mince et pure comme un cheveu sur ce papier blanc! (Musset, Lorenzaccio, 1834, p. 123).[Dans un cont. métaph.] Ses vers [de Rostand] sont délicieux, mais d'une pâte si tendre qu'à des mains lourdes il n'est pas difficile de les casser (Renard, Journal, 1901, p. 690).
Avoir la main légère ou lourde, pesante. Opérer délicatement, prudemment ou avec lourdeur. Vous pouvez donc, sur un travail de cuir, ajouter de la pyrogravure. Soyez prudent et ayez la main légère, pour ne pas gâter votre ouvrage (Closset, Travail artist. cuir, 1930, p. 34).
En partic. Mettre peu ou trop de quelque chose (gén. un assaisonnement) dans un plat. La soupe du matin était-elle trop salée? Inutile d'accuser Fine, qui, en fait de condiments, avait toujours eu la main légère (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 182).V. lourd II A 1 b.
À main levée. Sans guide ou appui pour la main. Dix-sept caractères différens, et des traits, à main levée d'une hardiesse! (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 75).Les coupes peuvent être faites au rasoir, à main levée, le fragment à couper étant placé dans la moelle de sureau (Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 1, 1931, p.35).
À main(s) nue(s). Directement avec la ou les main(s), sans avoir recours à un instrument. Plus délicats que les matelotes de Boulogne, qui travaillent à main nue, ils [les hommes des camions] soulevaient les grosses pièces avec des crochets de fer (Hamp, Marée, 1908, p. 57).Le lancé des dés effectué par le sujet à main nue ou à l'aide d'un cornet (Amadou, Parapsychol., 1954, p. 276).P. métaph. [Avec une idée de souffrance dans la réalisation] On est bousculé par ce témoignage écrit à mains nues par un humilié, un grand écrivain (Le Point, 21 mars 1977, p.39, col. 4).
Guérisseur aux mains nues. Guérisseur philippin qui prétend pratiquer des opérations chirurgicales par simples manipulations manuelles, sans recourir à un quelconque instrument et sans qu'il en résulte ni trace d'incision, ni cicatrice. Une dénonciation énergique des guérisseurs aux mains nues des Philippines. L'analyse du sang et des organes prétendument retirés du corps des malades prouve qu'ils ne sont pas d'origine humaine (Le Point, 21 mars 1977, p.39, col. 1).
(Avoir la) main verte. (Manifester une) prédisposition particulière qui favorise la germination et la croissance des plantes. Presque toutes les femmes possèdent ce don mystérieux: la main verte (Marie-Claire, 15 nov. 1966, p. 3, col. 1):
30. Des expériences précédentes, tentatives de cohabitation avec un ficus, un dracaena et un pandanus, s'étaient tristement terminées. Il n'avait pas la «main verte», comme ces gens qui plantent un barreau de chaise et obtiennent un acacia. Le Monde, 22 févr. 1975, p. 18, col. 1.
De main de maître. V. maître II B 1 c β.De main d'ouvrier*.
Rem. Sur ce modèle, on relève de main de + subst. désignant une catégorie d'individus, pour évoquer une manière de procéder. 230 employés (...) menés de main d'Auvergnat par M. Lafon (...) ses deux fils et son gendre (Elle, 25 janv. 1968, p. 74, col. 3).
β) Coup (v. ce mot C 2 b p. ext.) ou tour de main. Mouvement adroit de la main permettant de réussir quelque chose; manière spécifique de procéder. Chaque pâte demande à être étendue sur le bois [des violons] avec un tour de main spécial (Grillet, Ancêtres violon, t. 2, 1901, p. 170).N'est pas enquêteur qui veut. Il y faut un tour de main spécial (Thibaudet, Réflex. crit., 1936, p. 155):
31. Veut-on par exemple faire une recherche de technologie? Le film rendra intégralement toutes les phases du travail et les prises de gros plans révèleront toutes les astuces des tours de main et tous les détails de la fabrication. Hist. sc., 1957, p. 1544.
γ) P. méton. Manière de faire, style propre à quelqu'un, surtout dans les réalisations artistiques. Dans la peinture (...) la disposition, le caractère, une certaine empreinte ineffaçable montrent la main et la conception d'un grand artiste (Delacroix, Journal, 1853, p. 46).Watteau a abordé les robes claires, les tons un peu froids, les blancs un peu zingués de Pater; mais toutefois, c'est la main de Watteau (Goncourt, Journal, 1860, p.804).Si tu veux me séduire ou me surprendre, prends garde que je ne voie ta main plus distinctement que ce qu'elle trace. Je vois trop la main de Pascal (Valéry, Variété[I], 1924, p. 154).
2. [Comme support symbolique de l'habileté professionnelle, du savoir faire] Gén. dans des locutions.
Avoir la main (à, pour qqc.). Être habile. La barque s'arrêta à l'île des Moineaux, merveilleux endroit pour jeter l'épervier, mais le patron n'y avait pas la main, ce jour-là (A. Daudet, Pte paroisse, 1895, p. 66).Les Nouvelles littéraires sont décidément un journal remarquable et qui a la main pour dénicher ses rédacteurs (Léautaud, Journal littér., t. 4, 1924, p. 269).
Se faire la main, faire sa main. S'exercer. On le tenait [l'étranger] généralement pour une manière de flibustier qui avait fait sa main dans les affaires des États-Unis du Sud (Sand, MlleMerquem, 1868, p. 144).Je croirais volontiers que c'est dans le journalisme qu'il [Coppée] s'est fait la main à la prose (A. France, Vie littér., t. 3, 1891, p. 289).Avoir la main faite. Avoir la main exercée. Au sortir de ce poëme [Les Natchez] il [Chateaubriand] était rompu aux images, il avait la main faite à tout en ce genre (Sainte-Beuve, Chateaubr., t. 2, 1860, p. 2).Faire la main à qqn. [Le suj. désigne ce qui constitue un exercice] Exercer. À votre place, puisque vous êtes mordu par le théâtre, j'aurais tenté de nouveau une pièce en un acte, ce qui est plus commode et ce qui vous aurait fait la main (Zola, Corresp., 1902, p. 451).
S'entretenir la main. Entretenir son habileté. La mort pour la mort, l'échafaud pour l'échafaud, histoire de s'entretenir la main (...) c'est hideux (Hugo, Actes et par. 3, 1876, p. 39).[Le père Chaque] vivait ainsi (...) s'entretenant la main à rédiger des bouts d'article (Vallès, Réfract., 1865, p. 88).
Perdre, se gâter la main. Perdre son habileté. Mais je ne les montrais pas [des lettres], dans la crainte qu'on ne me défendît de me gâter la main à cet exercice (Sand, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 258).
P. méton. [Avec art. partitif] Habileté, savoir faire. Il a de la main, il a du savoir (Balzac, Comédiens, 1846, p. 343).Il [Victor Hugo] avait trop d'instinct, et même trop d'intelligence, surtout trop de main pour ne pas avoir senti, pour ne pas savoir toutes les fois qu'il manquait, qu'il avait manqué (Péguy, V.-M., comte Hugo, 1910, p. 756).
3. [Comme support symbolique de l'intervention d'un agent (dont l'identité est spécifiée) dans la réalisation de qqc.]
a) [Dans un système d'oppos. agent hum./agent non-hum.]
[Intervention hum.] Nulle part on n'apercevait l'oeuvre de la main humaine (Verne, Île myst., 1874, p. 98).
De main d'homme, de main humaine. V. homme I B 4.
[Intervention divine] Cromwell avait entrevu dans ce grand travail la main de Dieu, l'action du temps et de toutes les causes étrangères à la délibération humaine (Barrès, Cahiers, t.11, 1917, p. 224).
b) [Agent hum. partic., p. oppos. à tout autre agent hum.] Tout objet pratique sortant des mains d'un Japonais (Faure, Hist. art, 1912, p. 218).
(Faire qqc.) de sa ou ses (propre(s)) main(s). Soi-même, en personne. Presque toutes les concessions faites aux monastères (...) étoient des terres vagues que les moines cultivoient de leurs propres mains (Chateaubr., Génie, t. 2, 1803, p. 540).Ces gendarmes et ces magistrats, il les employait comme des bravi en effet, comme les ouvriers d'une action qu'il eût tant aimé à exécuter lui-même, de ses mains et sous sa responsabilité! (Bourget, Disciple, 1889, p. 229).
(Faire qqc.) de sa blanche main (p. iron.). Soi-même, en personne. L'ouvrier qui la pratiqua [une cachette] de nuit, aidé de ma blanche main, car je m'étais convertie en apprenti menuisier (Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 336).
4. [Comme support symbolique de l'activité en général]
a) [Avec qualificatif évoquant la nature de l'activité] Mains criminelles, fraternelles, innocentes, meurtrières, nettes, sacrilèges, sanglantes. Tyran aux mains sales.
P. méton. L'administration doit être surveillée, même lorsque des mains pures y puisent (Le Moniteur, t. 2, 1789, p. 439).
Avoir la main dans qqc. (vieilli). Participer à quelque chose. Pour en être, c'est-à-dire pour toucher à tout, se mêler à tout, avoir sa main dans toutes les ombres (Goncourt, Journal, 1865, p. 134).Tel de ces libraires a l'habileté d'avoir la main dans huit ou dix journaux (Hugo, Corresp., 1866, p. 521).
b) [Intervention de l'individu, la participation d'autres individus à l'action n'entrant pas en ligne de compte]
Mettre la main à qqc. Intervenir dans quelque chose. Si parfois ils mettent la main à mes affaires, le résultat est tel que j'aurais encore économie à leur offrir une somme double pour ne pas s'en mêler (Ménard, Rêv. païen, 1876, p. 168).
Mettre la main à l'ouvrage, à la pâte (fam.). Intervenir dans un travail, une entreprise. Quand on met la main à l'oeuvre, on s'aperçoit bien vite de tous les obstacles qui restent à vaincre (Destutt de Tr., Idéol., 1803, p. 15).M. Elie, de temps à autre, feignait de vouloir mettre la main à la pâte, mais tout de suite se prenait les reins avec des «aïe!... aïe!...» (Montherl., Célibataires, 1934, p. 867).
Mettre la dernière main à qqc. Achever, terminer. Ce fut pendant ces après-dînées, que Giulia mit en quelque sorte, la dernière main à l'éducation du jeune homme (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 239).Il ne reste plus que des compléments, que des embellissements, que la dernière main à mettre (Nizan, Chiens garde, 1932, p. 84).
c) [Participation de l'individu en coopération avec d'autres]
Coup de main. V. coup B synt., expr.
Donner, prêter la main à qqn. L'aider. V. donner I A 2 a α.
Donner, prêter la main (vieilli les mains) à qqc. En être complice. V. donner I A 2 a α.
d) [Les conditions de l'activité]
(Avoir les) mains libres ou liées; lier les mains à qqn. V. libre I C 2 b loc., au fig. et lier I A 1 a.
Forcer la main à qqn. V. forcer IV C.
Avoir la main heureuse ou malheureuse. V. heureux I B 1 loc.
Avoir un poil dans la main (fam.). Être paresseux:
32. Les ouvriers ne se pressaient pas, rallumaient des pipes; puis, le dos arrondi, après s'être appelés d'un marchand de vin à l'autre, ils se décidaient à reprendre le chemin de l'atelier, en traînant les pieds. Gervaise s'amusa à suivre trois ouvriers, un grand et deux petits, qui se retournaient tous les dix pas; ils finirent par descendre la rue, ils vinrent droit à l'assommoir du père Colombe. − Ah bien! murmura-t-elle, en voila trois qui ont un fameux poil dans la main! Zola, Assommoir, 1877, p. 409.
Faire des pieds et des mains. Faire tous ses efforts (pour arriver à ses fins). Les professeurs allemands faisaient des pieds et des mains pour qu'une section similaire fût instituée dans leurs écoles (Capelle, Demain, 1966, p. 97).
De longue main. V. long I B 2 a α.
e) P. anal. [En parlant d'un inanimé ou d'une entité abstr.] Action, effet. Quelques-uns [des monts] résistent encore à la main du temps; mais ils n'offrent plus que l'aspect de forteresses démantelées (Dusaulx, Voy. Barège, t. 1, 1796, p. 316).
II. − [Chez l'animal]
A. − P. anal.
1. Organe terminal du membre antérieur, présentant généralement une morphologie et parfois une faculté de préhension plus ou moins comparables à celles de l'organe humain.
a) Usuel. [Chez le singe] :
33. Quant à dire que l'homme descend du singe, cela ne mène nulle part. Le singe a des mains, il est vrai; il en a même quatre; cette ressemblance saisit, si seulement le singe épluche une noix. Alain, Propos, 1921, p. 270.
b) Littér. [Chez d'autres animaux] Rainettes bavardes aux petites mains délicates (Colette, Vagab., 1910, p. 279).L'écureuil (...) approchait, étreignant le fayard de ses petites mains dures (Genevoix, Rroû, 1931, p. 182).
2. FAUCONN. Serre (du faucon). Le faucon a la main habile, fine, bonne, gluante, forte, déliée et bien onglée (Baudr.Chasses1834).
B. − P. ext., ZOOL. Partie terminale du membre antérieur des Tétrapodes. Les rémiges primaires, qui servent essentiellement à la propulsion, sont fixées aux os métacarpiens et à l'un des deux doigts de la main (Guide des oiseaux, Paris, Sélection du Reader's Digest, 1971, p. 311).Chez les Batraciens le pouce de la main est réduit, peu distinct (Zool.,t. 4,1974, p. 27 [Encyclop. de la Pléiade]).Chez presque tous les Mammifères, la plante des mains et des pieds est nue, mais pourvue de pelotes palmaires ou plantaires (Zool.,t. 4,1974, p. 735 [Encyclop. de la Pléiade]).
2esection.
I. − [Objet constituant la représentation figurative d'une main hum.]
A. − [Représentation en trois dimensions]
1. [Avec déterminant évoquant l'usage auquel est destiné l'objet] Paul Radkai photographie sa collection de mains... Des mains en faïence, en ivoire, en bronze, des dizaines de mains posées sur les meubles, mains cendriers, main porte-plume, mains porte-bagues (Maire-Claire, 15 mai 1966, p. 174, col. 2).Un demi-siècle après les premières expériences surréalistes, des yeux lampadaires, des bouches cendriers, des mains porte-savon envahissent les boutiques à la mode (Le Point, 19 mars 1973, p. 21, col. 1).
ARCHÉOL. Main votive. Ex-voto en forme de main humaine, en usage dans l'antiquité. (Ds Rob., Lar. Lang. fr., Lar. 19e-Lar. encyclop.). Main-reliquaire. Reliquaire en forme de main humaine.
2. Gratte-dos. (Ds Lar. Lang. fr., Lar. encyclop.).
3. Main de Fat(h)ma. Amulette arabe en forme de main ouverte, conjurant les maléfices, utilisée comme bijou. Le chignon monté de peignes à brillants, un miroir à portée de la main, une main de Fathma pendant au cou (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 84).
4. HIST. Main de justice. Sceptre surmonté d'une main en ivoire ou en métal précieux, pouce, index et médius tendus, qui symbolise le pouvoir justicier que le roi tient de Dieu. Le syndic avait remarqué sur le grand cachet de cire verte (...) deux mains de justice croisées (Hugo, Han d'Isl., 1823, p.175).Les vainqueurs de Los Reyes ont tout pour eux: la couronne, la main de justice, l'épée (Barrès, Greco, 1911, p. 85).Le regard rêveur de Maître Martin resta un instant en suspens (...) sur la main de justice qui semblait l'embarrasser et qu'il portait sur l'épaule comme un jardinier le manche de sa bêche (Druon, Poisons couronne, 1956, p. 161).
B. − [Représentation en deux dimensions]
1. HÉRALD. Meuble de l'écu représentant une main humaine. V. appaumé ex. de Balzac.
2. IMPR. Signe typographique représentant une main à l'index tendu, qui attire l'attention sur le texte devant lequel il est imprimé. Vous y trouverez [dans l'article Lettres accentuées] (...) tout ce qui est en usage dans l'Imprimerie; pieds de mouches, paragraphes (...), mains, soleils, lunes, astérisques (Momoro, Impr., 1793, p. 14).
C. − [Emblème d'organisation secrète et p. méton. cette organisation] La Main Noire. Société secrète espagnole qui fut dissoute en 1883. Je ne puis imaginer de qui elle tenait ces idées absurdes sinon de miss Sharp, notre gouvernante anglaise, Lili vivant dans la hantise de la Main Noire (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 113).
II. − P. anal. (d'aspect ou de fonction avec la main hum.).
A. − [Dans le monde animal] Main(-)de(-)mer, main(-)du(-)diable. Animal marin du type alcyon dont les colonies digitées s'étalent sur les rochers submergés. En maniant l'énorme paquet de mains de corail qui lui brimbalaient sur le ventre (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 88).
B. − [Dans le monde végétal]
1. [Désignant une plante] (Orchis) Main de Dieu. Nigritelle, dont le tubercule est divisé en quatre ou cinq lobes allongés. Il existe trois variétés d'Orchis Main de Dieu (L. Jean, Fleurs des Alpes, Gap, Ophrys, 1969 [1937], p. 144).Main-de-Mars. Potentille rampante (la feuille est divisée en cinq folioles ovales allongées) (v. Secrets et vertus des plantes médicinales, Paris, Sélection du Reader's Digest, 2eéd., 1977, p. 252).
2. Groupe de bananes ayant un même point d'attache sur le pédoncule qui forme l'axe du régime. Le pédoncule floral s'allonge, écartant les unes des autres les «mains de bananes» échelonnées sur sa longueur (Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 2, pp. 316-317).
3. Vrille de la vigne. (Ds Baillon t. 3 1891, Fén. 1970).
C. − [Instrument]
1. Sorte de crochet, ouvert ou fermé, servant à fixer ou à agripper.
a) ART MILIT. (Moy. Âge). ,,Arme à crochet dont on se servait autrefois pour saisir un ennemi, l'amener à soi et pouvoir combattre corps à corps`` (Leloir 1961).
b) Pièce qui enserre quelque chose. Le suisse du palais Grescenzi avait placé une douzaine de torches dans ces mains de fer que l'on voit sortir des murs de face des palais bâtis au moyen âge (Stendhal, Chartreuse, 1839, p. 462).Les cages sont munies de mains de fer (...) destinées à embrasser le guidonnage, en vue d'assurer la direction (Haton de La Goupillière, Exploitation mines, 1905, p. 1073).
c) Crochet ou anneau de fixation.
AUTOMOB., CH. DE FER. Main (de ressort). Pièce du cadre de châssis à laquelle s'attache un ressort. La jonction [du chassis aux roues] est obtenue par l'intermédiaire de menottes formées chacune de deux flasques articulées d'une part avec le ressort et de l'autre avec une main attachée à la voiture (Bricka, Cours ch. de fer, t. 2, 1894, p. 11).Les ressorts à lames s'attachent au chassis au moyen de mains (...) par l'intermédiaire de jumelles (Périsse, Automob., 1907, p. 372).
Anneau à ressort au bout de la corde d'un puits auquel on attache l'anse d'un seau. (Dict. xixeet xxes.).
d) Pièce servant d'arrêt.
BÂT. Main d'arrêt. ,,Patte en zinc ou en cuivre, clouée d'un côté sur l'encaissement, et rabattue de l'autre sur la rive d'un chéneau pour la maintenir`` (Barb.-Cad. 1963 et 1971).
INDUSTR. DU VERRE. Pièce métallique empêchant le verre en fusion de déborder de la table de coulage sous la pression du rouleau. Le rouleau en se déplaçant fait glisser sur chacune des règles une pièce en cuivre, appelée main (Wurtz, Dict. de chim., t. 3, 1878, p. 676).
2. Instrument du genre cuillère ou pelle.
,,Pelle de tôle, à manche de bois très-court, dont on se sert pour prendre ou pour porter de la braise, de la cendre, etc.`` (Ac. 1835-1935; ds Besch. 1845, Littré, Guérin 1892).
Main de chargement. ,,Partie de l'outillage de chargement constituée d'une plaque percée de trous pour recevoir les alvéoles à charger`` (Pyrotechnie 1972).
Sorte de cuillère sans manche, en verre, en porcelaine ou en métal, qui sert à prendre et à transvaser des matières solides, surtout pulvérulentes. Et le mélange porté dans le tube à combustion bien sec au moyen d'une main en cuivre (Wurtz, Dict. de chim., t. 1, 1ervol., 1869, p. 287).Mains en porcelaine pour poudres (Catal. instrum. lab. [Prolabo], 1932, p. 270).
REM.
Main-courantier, subst. masc.Celui qui tient en ordre la main-courante (supra 1resection I H 1 c β). Le père de René Agid m'a fait entrer comme main-courantier à l'hôtel La Pérouse (R. Gary, La Nuit sera calme, Paris, Gallimard, 1976, p. 51).
Prononc. et Orth.: [mε ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Homon. maint. Étymol. et Hist. A. Fin xes. man «partie du corps humain, situé à l'extrémité du bras» (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 237: Pilaz sas mans dunques laved); ca 1170 main a main «côte à côte» (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 6535); 1225-30 a main senetre «du côté gauche» (Guillaume de Lorris, Rose, éd. F. Lecoy, 3864); ca 1375 employé comme mesure dans l'expr. un pié a pié main (Modus et Ratio, éd. G. Tilander, 86, 46); 1558 par soubs main «secrètement» (Du Bellay, Divers jeux rustiques, éd. V. L. Saulnier, p. 152, 85); 1377 pris elliptiquement désigne la personne qui agit (Gace de La Buigne, Deduis, éd. Åke Blomqvist, 746); spéc. 1910 petite main «apprentie couturière» (Lar. pour tous); 1. la main, organe de tact fin xes. mans metre «imposer les mains (à un malade)» (Passion, 463); 2. organe de préhension a) symbolisant l'autorité, le gouvernement 1155 fig. aveir en mein «commander» (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 12361); b) symbolisant la prise de possession ca 1160 prendre en main «s'emparer de» (Enéas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 3821); 1160-74 prendre en mains «se charger de» (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 5337); 1160-70 mettre main en (qqn) «toucher, saisir» (Id., ibid., III, 9209); c) symbole de possession ca 1170 avoir a main «avoir» (Rois, éd. E. R. Curtius, p. 43, 3-4); 1306 tenir en sa main «être maître de» (Joinville, St Louis, éd. N. L. Corbett, 672); id. entre les mains de (Id., ibid., 642); ca 1480 soubz vostre main «sous votre domination» (Myst. du V. Testament, éd. J. de Rothschild, 41901); 1657 haut à la main «avec autorité» (Loret, Muze histor. ds Livet Molière, s.v. haut la main); 1670 haut la main «id.» (Molière, Monsieur de Pourceaugnac, II, 1); 1835 avoir, prendre la haute main (Ac.); 1312 main du commandement de la justice «autorité de la justice» (Acte de Philippe IV ds Ordonnances des rois de France, t. 1, p.514); 1385 main de justice «id.» (Lettre de rémission ds Du Cange, s.v. abatare); 3. symbole d'échange 2emoitié xiiies. emplir la mein «faire des cadeaux» (Chastie-Musart ds Rutebeuf, Œuvres, éd. A. Jubinal, t. 2, 1839, p. 486); 1488 [date éd.] de main en main «de l'un à l'autre» (Oresme, Eth., 254 ds Littré); 1460-83 (Jehan de Roye, Chron. scandaleuse, éd. B. Mondrot, t. 1, p. 130); 1538 à pleine main «abondamment» (Est.); 1573 changer de main «passer d'une personne à une autre» (Dupuys); 1690 première main «directement, de la source» (Fur.); 4. symbole de travail, d'activité 1176 mettre ses mains à (qqc.) «faire (quelque chose)» (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 1150); 1372 de le main «fait à la main» (Archives du Nord, B 10313, fo17); 1539 faict de main de maistre (Est.); 1523 main «écriture» (Sottie, éd. É. Picot, t. 2, p. 282, 49); av. 1277 prester une de ses mains «aider, secourir» (Rutebeuf, Herberie, éd. E. Faral et J. Bastin, t.2, p.278); 1636 preter la main «id.» (Monet); 5. servant à frapper ca 1208 se combatre main a main (Villehardouin, Conquête Constantinople, éd. E.Faral, 171); ca 1360 venir main a main «en venir aux mains» (Hugues Capet, éd. de la Grange, 151 ds T.-L.); 1559 venir aux mains «id.» (Amyot, Périclès, éd. L. Clément, p.44, 1); 1466 a main armee (Archives du Nord, B 1691, fo77); 1611 faire main basse «prendre, piller» (Cotgr.); 1620 hommes de main «hommes prêts à se battre» (D'Aubigné, Histoire universelle, à Maillé, t.2, p.380); 1640 homme de main «homme d'exécution» (Oudin Curiositez); 1640 il n'y va pas de main morte «il frappe rudement» (ibid.); 6. en fonction de gestes expressifs ou symboliques ca 1100 joindre les mains (en signe de soumission) (Roland, éd. J. Bédier, 223: jointes les mains); ca 1100 id. (pour prier) (ibid., 2015: ses mains juintes); 1549 frapper les mains (pour applaudir, se réjouir) (Est.); 1549 toucher en la main d'aucun (en signe d'accord) (ibid.); 1606 tendre la main (pour demander l'aumône) (Nicot); 1629 donner la main «épouser» (Corneille, Mélite, II, 4, 558). B. P. anal. 1. av. 1573 «pieds des oiseaux de fauconnerie» (Jodelle, Ode de la chasse, éd. Ch. Marty-Laveaux, t.2, p.314); 2. 1703 bot. «vrille de la vigne» (Dict. gén. des termes propres à l'agric., p.229); 3. 1740 main de mer «polypier» (Mém. de l'Acad. royale des Scienc. ds Encyclop. t.9). C. Fig. 1. a) 1369 main de fer «instrument» (Inventaires mobiliers et extraits des comptes des ducs de Bourgogne, éd. B. Prost, t.1, p.197); b) 1708 «poignée d'un coffre, meuble» (Invent. du château de Versailles ds Havard); 2. 1611 main de justice «sceptre des rois» (Cotgr.); 3. bot. main de gloire, v. mandragore; 4. 1360 papet. main de papier (Comptes de l'argenterie des rois de France, éd. L. C. Douet d'Arcq, 236); 5. 1842-46 main courante (d'un escalier) (Mozin-Biber). Du lat. manus terme d'anat., qui sert à désigner les deux côtés du corps dans les expr. laevā, dextrā manū (et en lat. médiév. ell. la personne: ca 1115 ds Latham), att. comme symbole de la force et de l'autorité et comme instrument de lutte ou de travail, d'où les expr. jur. in manū esse «être aux mains de», manu mittere «mettre la main sur», (en lat. médiév. désigne le geste de la remise de l'hommage: 757 ds Nierm.), milit. venire ad manum «en venir aux mains», dare manūs «se rendre» ou techn. urbs manu munitissima «ville très bien fortifiée par la main de l'homme», Praxitelis manus «main de l'artiste, sa façon», et désigne aussi des objets ressemblant à une main comme manus ferrea «grappin». Fréq. abs. littér.: 66196. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 79753, b) 112996; xxes.: a) 105942, b) 89209. Bbg. Archit. 1972, p.39 (s.v. main-courante). _ Quem. DDL t.6, 8, 9, 13, 16, 17.

Wiktionnaire

Nom commun 1

main \mɛ̃\ féminin

  1. (Anatomie) Partie du corps humain située au bout du bras, qui s’étend du poignet jusqu’au bout des doigts, qui sert à la préhension et au toucher.
    • Et quand je m’approchai du fauteuil de grand’mère pour lui baiser la main, elle se détourna et cacha sa main sous son mantelet. — (Léon Tolstoï, Souvenirs, 1851-1857, traduction de Ardève Barine, éd.1922)
    • […] ; Joseph offre un bouquet de roses à son amoureuse, qui étend la main pour le prendre. — (Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813, J. Hetzel, 1864)
    • Le paysan avait croisé les bras, et ses mains étaient à plat sous ses aisselles. — (Octave Mirbeau, La Bonne, dans Lettres de ma chaumière, 1885)
    • D’une main, l’assassin avait dû saisir la vieille femme à la gorge et, de l’autre main, la bâillonner pour l’empêcher d’appeler au secours. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • […], il fouilla de sa main gauche dans sa poche intérieure et en déversa le contenu sur la table. — (Henry Miller, L’ancien combattant alcoolique au crâne en planche à lessive, dans Max et les Phagocytes, traduction par Jean-Claude Lefaure, éditions du Chêne, 1947)
    • Malgré moi, les doigts de mes deux mains s’agitèrent follement. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
  2. (Par extension) Habileté manuelle.
    • Tous ces objets ont une histoire, on sent encore la main de leur inventeur ou de leur fabricant. — (Cécile Michaut, Patrimoine scientifique : ces instruments sauvés de l’oubli, Le Monde. Mis en ligne le 18 décembre 2018)
    • On doit, sans perdre un instant, extirper la tumeur : opération qui exige la main d’un anatomiste, et qui n’est pas sans danger pour celui qui la pratique, l’inoculation de l’ichor gangreneux pouvant causer la mort. — (Mémoires d’agriculture, d’économie rurale et domestique, 1831, page 423)
    • Le désert s’étend jusqu’aux environs d’Ouzoun-Ada, et les stations du railway forment autant de petites oasis, créées par la main de l’homme. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. VI, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
  3. (Par analogie) (Zoologie) Partie correspondante chez les animaux dont l’extrémité du membre postérieur est douée de préhension avec un pouce opposé aux autres doigts. (définition trop restrictive à préciser ou à vérifier)
    • La main du bonobo est homologue à celle de l’homme.
  4. (Par analogie) (Fauconnerie) Doigts des pattes postérieures des rapaces.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  5. (Par analogie) Filaments permettant à la vigne de s'accrocher à un support.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  6. (Football) (Par métonymie) Fait de toucher un ballon avec la main ou le bras alors que c’est interdit.
    • M. Garrido siffle deux coups francs l’un après l’autre, le premier pour une faute de Neeskens, le second pour une main de Van de Korput à une vingtaine de mètres sur la droite du but de Van Breukelen. — (Thierry Roland, Mes plus grands moments de football, Larousse, 2012, page 237)
  7. (Figuré) Travailleur.
    • Quelques mains en plus ne feront pas de mal.
  8. (Figuré) Écriture, caractère d’écriture d’une personne.
    • Elle a une bonne main.
    • Je reconnais sa main.
  9. Pelle de tôle, à manche de bois très court, dont on se sert pour prendre et pour porter de la braise, de la cendre, etc.
  10. Ustensile de bois ou de métal, lequel remplace la main humaine pour saisir une quantité de marchandises.
    • Les mains les plus usités sont celles en fer-blanc, que l’on emploie pour la plupart des produits secs. — (Albert Seigneurie, Dictionnaire encyclopédique de l’épicerie et des industries annexes, 1904)
  11. Sorte d’anneau de fer à ressort, qui est au bout de la corde d’un puits, et dans lequel on passe l’anse du seau.
  12. Sorte d’anneau qui est au-devant d’un tiroir et qui sert à le tirer.
  13. (Automobile) Morceau de galon plat attaché au-dedans d’une voiture et qu’on tient à la main pour se soutenir.
  14. (Architecture) Partie d’une rampe d’escalier sur laquelle se pose la main.
  15. Assemblage de vingt-cinq feuilles de papier → voir main de papier.
    • Une main de papier.
    • Le papier se vend à la feuille, à la main et à la rame.
    • Vingt mains font une rame.
  16. (Technique) Volume massique du papier.
    • Ce papier a une main très élevée.
  17. (Technique) Façon dont un tissu tombe ou glisse.
  18. (Figuré) (Littéraire)Le ciel était taché seulement d’une main nuageuse de fines dentelles amarante qui se tendait comme pour nous souhaiter la bienvenue. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
  19. (Cartes à jouer) (Poker) Ensemble des cartes tenues par un joueur.
    • [...] au terme d'une soirée arrosée plus que de raison, les quatre joueurs galvanisés par l'alcool et une main supposée imbattable retournent tous une straight flush royale, dans les oh! et les ah! de surprise et d'incompréhension. — (Nuit blanche, n° 158, printemps 2020, page 15)
  20. (Figuré) Action ; puissance ; influence ; pression.
    • Gravement blessés, tombés au pouvoir de l'adversaire, ils craignent pour leur vie mais sont soignés par des mains qui se révèlent fraternelles. Les trois hommes font l'expérience de l’humanité de ceux qu'ils désignaient jusque là par le terme convenu d'ennemi. — (Ennemis fraternels, 1914-1915: Hans Rodewald, Antoine Bieisse, Fernand Tailhades : carnets de guerre et de captivité, édité par Eckart Birnstiel & Rémy Cazals, Presses universitaires du Mirail, 2002, quatrième de couverture.)
    • On sent la main de quelqu’un d’énergique en cette affaire.
  21. (Figuré) Aide ; soutien ; secours.
    • Je prétends que les gens qui sont abandonnés sur les bancs de touche de l'égalité pour cause de préjugés ont plus la gniaque que les autres, quand une main se tend vers eux. — (Azouz Begag, La guerre des moutons, éd. Fayard, 2008, p. 42)
  22. (Métrologie) (Canada) (États-Unis) (Commonwealth) Unité de mesure de la hauteur d’un cheval, du sol au sommet invariable, le garrot.
    • Lorsqu'on demande la taille d’un cheval, on répond généralement en " mains " et en pouces additionnels. — (Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation, et des Affaires Rurales)
  23. Armoiries avec une main (sens héraldique)
    (Héraldique) Meuble représentant une main (droite par défaut) dans les armoiries. Elle est généralement posée en pal, les doigts vers le chef. Si les doigts sont vers la pointe, on la dit renversée. Il est possible de préciser dans le blasonnement s’il s’agit d’une main droite (dextre) ou gauche (senestre). De même on précise généralement si elle est appaumée (paume visible) ou contre-appaumée (dos de la main). À rapprocher de bras, dextrochère et senestrochère ou sénestrochère.
    • D’azur à une main appaumée d’or, au franc-canton coticé d’or et de gueules de douze pièces, qui est de la commune de Le-Chastang de Corrèze → voir illustration « armoiries avec une main »
  24. (Par analogie) Ce qui a la forme d’une main humaine.
    • Et avec ça, je vous mets une main de bananes ?
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MAIN. n. f.
Partie du corps humain qui est à l'extrémité du bras, qui s'étend depuis le poignet jusqu'au bout des doigts, qui sert à la préhension, qui est le principal organe du toucher et que sa conformation rend propre à toute sorte d'actions et d'ouvrages. La main droite. La main gauche. Le creux, le dedans, la paume, le plat de la main. Le dessus de la main. Les doigts de la main. Les lignes de la main. Voyez LIGNE. Main longue, courte, sèche, grasse, décharnée, potelée, nette, rude, douce. Avoir les mains froides, chaudes, glacées, brûlantes. Avoir les mains gourdes. Avoir froid, chaud aux mains. Se laver les mains. Avancer, retirer la main. Prendre, serrer, baiser la main de quelqu'un, à quelqu'un. Tendre la main à quelqu'un. Tenir un enfant par la main. Donner la main, Saisir avec la main. Tenir avec la main, à la main. Mettre dans la main. Ouvrir, fermer la main. Joindre les mains. Lever les mains au ciel. Mettre la main à quelque chose. Avoir quelque chose dans la main. Mettre la main sur la hanche, sur la garde de son épée. Parer un coup avec la main. Un signe, un geste de la main. Vivre du travail de ses mains. J'ai reçu ce papier des mains d'un inconnu. Je dépose cette somme dans vos mains. Haut les mains! Ordre que l'on donne à une personne de lever les bras, les mains ouvertes, pour montrer qu'elle n'a pas d'armes, qu'elle ne veut ni attaquer ni se défendre; dans un combat, ordre analogue donné à l'adversaire. Lever la main sur quelqu'un, Se préparer à le frapper. Avoir la main levée sur quelqu'un, Être prêt à le frapper. Lutter à main plate, Lutter sans fermer les poings. Lutte à main plate. Toucher dans la main à quelqu'un, Mettre sa main dans la sienne, en signe d'amitié, de réconciliation, d'accord, d'acquiescement, d'où est venue l'expression Touchez là! Refuser la main à quelqu'un, Lui refuser ce témoignage d'amitié ou d'estime. On dit dans un sens analogue. Tendre la main à quelqu'un, Se réconcilier avec lui. Changer de main, Après s'être servi d'une main, se servir de l'autre. Vous êtes fatigué de porter ce paquet, changez de main. Mettre la main à la poche, Faire ce geste pour prendre de l'argent dans sa bourse; d'où, figurément, Payer, financer. Être pris la main dans le sac, Être pris au moment où l'on vole, d'où, par extension, en flagrant délit. Je vous prends la main dans le sac. Avoir les mains libres, N'avoir rien dans les mains. Par exagération, J'en mettrais ma main au feu, J'assure que la chose est ainsi, j'en répondrais à mes risques et périls. Fig. et fam., Main morte, Main qu'on laisse aller au gré d'une personne qui l'agite, comme si elle était sans nerfs et sans vie. On dit en ce sens aux petits enfants : Faites main morte. N'y pas aller de main morte, Frapper rudement, avec violence. Fig. et fam., Il n'y va pas de main morte, se dit de Celui qui, dans une discussion, dans une argumentation verbale ou par écrit, emploie des expressions fortes, rudes, violentes. Main chaude. Voyez CHAUD. Fig. et fam., L'argent ne lui tient pas dans les mains, lui fond dans les mains, Il dépense sans nécessité, sans modération. Fig. et fam., Les mains lui démangent, Il a grande envie de jouer, de frapper, de se battre. Par exagération, Les mains m'en tombent, m'en sont tombées, J'en éprouve, j'en ai éprouvé une grande surprise. On dit plutôt Les bras m'en tombent. Être comme deux doigts de la main, comme les deux doigts de la main. Voyez DOIGT.

À LA MAIN, Avec la main. Prendre des poissons à la main. Il se dit par opposition aux objets faits à la machine. Un tricot fait à la main. Une dentelle à la main. Un vase décoré à la main. Une lettre écrite à la main.

À LA MAIN signifie aussi Dans la main. Avoir son chapeau à la main. Avoir l'épée, le sabre, la plume, le pinceau à la main. Avoir un livre à la main, Le tenir. Contrat en main, Contrat dans lequel il est entendu que celui qui achète ne paie que le prix de son acquisition, les frais de la vente restant à la charge du vendeur. Avoir sans cesse l'argent à la main, Dépenser, payer continuellement. Mettre l'épée à la main, Tirer l'épée pour s'en servir. Ce maître lui a mis les armes, le fleuret, le violon à la main, Il lui a donné les premières leçons d'escrime, de violon. Il est vieux. Cela est bien à la main, se dit d'une Chose faite de manière qu'on peut s'en servir aisément, commodément. Cette raquette est bien à la main. Cette serpe, cette hache, ce manche n'est pas bien à la main. On dit aussi en main. Fam., Être à sa main, Être placé commodément. Fig., Mettre à quelqu'un le marché à la main, Lui donner pour la dernière fois le choix de tenir ou de rompre un engagement, de le conclure ou d'y renoncer en le menaçant d'une rupture. C'était à prendre ou à laisser : on m'avait littéralement mis le marché à la main. À deux mains, Avec les deux mains. Prendre, tenir un objet à deux mains. Épée à deux mains, Longue et large épée qu'on tenait des deux mains et avec laquelle on faisait le moulinet, de manière à parer à la fois tous les coups. Cheval à deux mains, à toutes mains, Cheval qui sert à la selle et à la voiture. Fig. et fam., Cet homme est à toutes mains, c'est un homme à toutes mains, Il est prêt et apte à rendre toute sorte de services. Morceau de musique à quatre mains, Morceau que deux personnes jouent ensemble sur le même piano. Jouer à quatre mains. On dit de même Un morceau à deux pianos quatre mains, à deux pianos huit mains. Écrit transcrit à la main, Manuscrit. À main levée, Sans poser la main. Dessin fait à main levée. Au figuré, il désigne un Croquis rapidement, légèrement fait. À main levée se dit aussi d'un Vote qui s'exprime en levant la main. Un vote à main levée. À pleines mains, Abondamment, libéralement. Prendre, donner, répandre, jeter l'argent à pleines mains. Fig. et fam., À belles mains se dit quelquefois dans le même sens. Il en a pris à belles mains, Autant qu'il en a voulu. J'en eus à belles mains, J'en eus autant que j'en voulus. À main armée, Les armes à la main. Entrer à main armée dans un pays. Une attaque à main armée. À main droite, à main gauche, Du côté droit, du côté gauche de la personne qui parle, à qui l'on parle, de qui l'on parle. Je suis allé jusqu'au bout de la rue, et j'ai tourné à main droite. Prenez à main gauche. On dit plus ordinairement À droite, à gauche. Aux mains, se dit en parlant de l'Action de combattre. En venir aux mains, Commencer un combat. Être aux mains, Être en train de combattre. Fig., Mettre aux mains signifie aussi Engager dans une guerre. La possession de la Sicile mit aux mains Rome et Carthage. Fig., Mettre aux mains deux ou plusieurs personnes, Les engager dans quelque dispute, dans quelque discussion. Je les ai mis aux mains sur cette question. Je vous mettrai aux mains avec mon avocat. Dans la main, dans les mains, entre les mains se dit au figuré en parlant d'une Chose dont on confie la garde, le soin ou l'exécution à quelqu'un. Cette somme sera déposée dans la main, dans les mains, entre les mains d'un tiers. Depuis que mon affaire est dans ses mains, entre ses mains, elle marche un peu mieux. Glisser dans la main, Se dérober. On dit plutôt Glisser entre les mains. Figurément, en termes de Musique, Avoir un passage, un morceau dans la main, Le savoir, être en état de le bien exécuter. Je n'ai pas encore ce passage, ce morceau dans la main. On dit plutôt Avoir un morceau dans les doigts.

DE MAIN se joint à plusieurs noms pour spécifier la nature ou l'emploi des personnes ou des choses qu'ils désignent. Fig., Coup de main. Voyez COUP. Fig., Homme de main, Homme d'exécution, homme brave, hardi. Il avait des gens de main avec lui. Il est vieux. Jeu de main. Voyez JEU. Prov., Jeux de main, jeux de vilain. Voyez JEU. Revers de main, Coup donné avec le revers de la main. D'un revers de main, il lui a jeté son chapeau dans la boue. Fam., En un tour de main. Voyez TOUR. Tour de main. Voyez TOUR. Une chose faite de main de maître, Une chose très bien faite, conçue et exécutée par quelqu'un qui possède toutes les ressources de son art, tous les secrets de son métier. Ce tableau est fait de main de maître. Ce roman est écrit de main de maître. Cette pièce est menée de main de maître. Par analogie, Cette manœuvre a été exécutée, cette intrigue a été conduite de main de maître. On a dit dans le même sens : Un ouvrage fait de main d'ouvrier. Une chose faite de main d'homme, se dit par opposition à Ce qui est l'ouvrage de la nature. Cette grotte est faite de main d'homme. De main en main, De la main d'une personne à celle d'une autre, et de celle-ci à d'autres successivement, jusqu'à la dernière. Pour charger le wagon, les hommes d'équipe se passaient les colis postaux de main en main. Une copie qu'on se passe de main en main. L'argent est fait pour passer de main en main. De main en main s'emploie aussi figurément. Cette tradition, cette nouvelle est arrivée jusqu'à nous de main en main. Fig., De longue main, Depuis longtemps. Je le connais, nous nous connaissons de longue main.

DE LA MAIN, Avec la main. Parer un coup de la main. Écrire de la main gauche. Il lui a écrit de sa main. Les arts de la main, par opposition aux Arts de l'esprit, Les arts où la main est le principal instrument.

DE LA MAIN signifie aussi figurément De la part. Je reçois avec confiance tout ce qui vient de votre main, tout ce qui part de votre main. Ce domestique est sûr, vous pouvez le prendre de ma main. Pour cet emploi j'accepterai volontiers un homme de votre main. De la main à la main, Sans formalité, sans écrit. Donner de l'argent de la main à la main. De première main, De la main de celui qui a le premier recueilli, fabriqué ou mis en vente la chose dont il s'agit. Pour avoir bon marché, il faut acheter les choses de première main. J'ai eu cet objet, ce produit de première main. On dit de même De seconde main, de troisième main, etc., c'est-à-dire D'occasion. Fig., Tenir une nouvelle de première main, La savoir de source, d'origine, la savoir de celui qui est censé en avoir été instruit le premier. On dit aussi Ne tenir une nouvelle que de seconde main, Ne l'avoir apprise que par un intermédiaire; La tenir de bonne main, D'un bon garant. Fig., Ouvrage de première main, Ouvrage puisé aux sources originales. Fig., Érudition de seconde, de troisième main, Érudition qui n'est pas fondée sur les originaux. De toutes mains, Des mains de tout le monde, des mains de qui que ce soit. Il reçoit, il prend de toutes mains. Cela ne se dit qu'en mauvaise part.

EN MAIN, Dans la main. Il est représenté ayant en main son bâton de maréchal de France. Fig., Avoir quelqu'un ou quelque chose en main, L'avoir à sa disposition. Fig., Prendre en main les intérêts, la cause de quelqu'un, Soutenir ses intérêts, se charger de sa défense. Preuve en main, avoir la preuve en main, Avoir la preuve écrite, la preuve matérielle de ce que l'on avance et pouvoir l'exhiber. Fig., En bonnes mains, Dans les mains, à la disposition d'une personne honnête, sûre, intelligente, capable. Votre affaire est en bonnes mains. Vous ne pouviez pas tomber en meilleures mains. On dit dans le même sens Être en mains sûres, et, dans le sens contraire, Tomber, être en mauvaises mains. En main tierce, Dans la main d'un tiers. Mettre, déposer de l'argent en main tierce. En main propre, Dans la main même de la personne intéressée. Je lui ai remis cette lettre en main propre.

ENTRE LES MAINS se dit figurément en parlant de Ce qui est confié aux soins, mis à la disposition de quelqu'un. Je mets mes intérêts entre vos mains. Il se mit entre les mains des médecins.

PAR LES MAINS, Dans les mains. Tous les livres de cette bibliothèque m'ont passé par les mains. Fig., Toutes les affaires de cette succession lui ont passé par les mains. Il dirige seul cette négociation; tout lui passe par les mains. On dit d'une personne qui a exercé longtemps une profession, qui a manié beaucoup d'affaires : Il lui en a passé beaucoup par les mains.

SOUS LA MAIN, Proche, à portée. Avoir quelque chose sous la main. Je n'ai pas ce papier sous la main, je le chercherai. Ce livre m'est tombé sous la main. Il signifie aussi, figurément, Sous l'autorité, sous la dépendance. J'ai cet homme sous la main, j'en dispose. On dit, par menace, Qu'il ne me tombe jamais sous la main. Être sous la main de l'autorité, sous la main de la justice, se dit d'une Personne qui est arrêtée, dont on va instruire ou dont on instruit le procès. On dit aussi d'un Immeuble saisi, d'un meuble séquestré, ou d'une somme arrêtée judiciairement, Il est, elle est sous la main et autorité de justice. Fig., Sous main, Secrètement, en cachette. Faites-lui savoir cette nouvelle sous main. On a négocié, intrigué sous main.

SUR LA MAIN s'emploie dans plusieurs expressions figurées et familières. Pas plus que sur la main, autant que sur la main, se dit pour exprimer qu'Une chose n'existe pas, manque tout à fait. Il n'a pas plus de cheveux que sur ma main. Avoir le cœur sur la main, Être ouvert, franc, sans dissimulation.

MAIN s'emploie dans une foule d'autres expressions particulières, tant propres que figurées. Pour faciliter la recherche, on les a rangées selon l'ordre alphabétique. Fig., Avoir la main heureuse, Réussir ordinairement dans les choses qu'on entreprend. Il a la main heureuse et réussit dans toutes ses entreprises. Avoir la main heureuse se dit aussi d'un Joueur qui gagne souvent. On dit encore, dans un autre sens, à quelques jeux de Cartes, Ce joueur a la main bonne, la main heureuse, Il est avantageux d'être sous sa coupe, de lui donner à couper. On dit dans le sens contraire: Avoir la main malheureuse. Avoir la main large, Être généreux ou être prodigue. Avoir la main légère se dit d'un Cavalier qui se sert bien des aides de la main, d'un Chirurgien qui opère avec habileté, d'un Joueur d'instrument qui exécute avec aisance et prestesse, d'un Homme qui met de la liberté et de la rapidité dans son écriture. Avoir la main leste, Être prompt à frapper. Avoir la main sûre, Avoir une main ferme, qui ne tremble point. Avoir les mains libres se dit, figurément, pour Être libre d'agir dans une affaire sans être lié par aucune obligation. Avoir les mains liées se dit, au contraire, pour Être empêché, entravé par des obligations antérieures, de quelque nature qu'elles soient. Fig. et fam., Avoir les mains nettes, Se conduire avec probité, administrer fidèlement, ne faire aucun profit illégitime. On dit aussi Avoir les mains nettes de quelque chose, N'avoir pas de reproche à se faire relativement à cette chose, n'y avoir pris aucune part. Fig. et fam., Baiser les mains à quelqu'un, Lui faire ses compliments. Adieu, mesdames, je vous baise les mains. On dit en plaisantant : Oh! pour cela, je vous baise les mains, Je ne suis pas de votre avis, je ne ferai pas ce que vous demandez. Changer de main, en parlant des Choses, Passer d'un propriétaire à un autre. Cette maison a plusieurs fois changé de main avant de m'appartenir. Donner la main à quelqu'un, Lui offrir sa main en signe de bienvenue et de salut. On dit aussi Tendre la main. Donnez-moi la main, Formule de remerciement chaleureux à un homme. Donner la main à une femme, Lui offrir la main comme appui, soit en descendant de voiture, soit pour franchir un pas difficile, soit dans un cortège, soit dans certaines danses. Fig., Donner la main à quelqu'un, L'aider en quelque affaire, le favoriser. Je n'aurais pas réussi, s'il ne m'eût donné la main. On dit dans le même sens : Prêter la main à quelqu'un. Ils se disent aussi en parlant des choses. Donner, prêter la main à une entreprise. Fig., Donner les mains à quelque chose, Y consentir, y condescendre, y aider. Faire la main, Exercer à un travail manuel. Voici un objet à exécuter, une copie à faire, essayez, cela vous fera la main. On dit surtout Se faire la main, S'exercer. L'un et l'autre se disent aussi en parlant de Travaux intellectuels. Avant d'être auteur, il avait passé par le journalisme pour se faire la main. En termes de Guerre, Faire main basse. Voyez BAS. Fig. et fam., Faire sa main, Piller, dérober, faire des profits illicites. Faire valoir une terre, un champ, etc., par ses mains, Tenir, faire valoir une terre, etc., soi-même, sans fermier. Fig., Faire tomber les armes des mains de quelqu'un, Apaiser sa colère. Fig., Forcer la main à quelqu'un, Le contraindre à faire quelque chose. Avoir la main forcée, Faire une chose malgré soi, par contrainte. Fig. et fam., Manger dans la main, Avoir des manières trop familières. C'est un homme avec qui il faut éviter de se familiariser, il vous mangerait tout de suite dans la main. Porter la main sur quelqu'un, Le frapper ou Faire mine de le frapper. Mettre la main sur quelque chose, S'en saisir, ou simplement La trouver. Il a mis la main sur l'argent, sur les papiers de la succession. J'ai beau chercher ce livre : je ne puis mettre la main dessus. Mettre à quelqu'un la main au collet, Le mettre en état d'arrestation. Fig., Mettre la main à quelque chose, L'entreprendre, s'en mêler. Cette affaire ne réussira pas si vous n'y mettez la main. Fig. et fam., Mettre la main à la plume, Commencer à écrire une lettre, un ouvrage. Mettre la main à l'œuvre, à l'ouvrage, Commencer à s'occuper de quelque chose, à y travailler. Cela se dit au propre et au figuré. Il est temps de mettre la main à l'œuvre. Fig., Mettre la dernière main à un ouvrage, Le terminer, le corriger. On dit dans le même sens Donner la dernière main. Fig. et fam., Mettre la main à la pâte, Travailler soi-même à quelque chose. On dit aussi Avoir la main à la pâte, Être en train de faire quelque chose, avoir le maniement de quelque chose. Fig., Mettre la main sur la conscience, Examiner de bonne foi si l'on a fait tort à quelqu'un, si l'on a commis quelque injustice. Elliptiquement : La main sur la conscience, cela est-il vrai? Fig., Prêter la main à quelque chose, Aider à le faire, y participer. Il a prêté la main à ce vol, à cet enlèvement. Fig. et fam., Se laver les mains de quelque chose, Déclarer qu'on en est innocent, qu'on n'y a point participé. On n'a pas voulu suivre mes conseils dans cette affaire, désormais je m'en lave les mains. Se présenter les mains vides, N'avoir pas d'argent à donner, de présent à faire, de documents à fournir, de preuves à donner. Fig., Se tenir par la main, Être d'intelligence. Ils se tiennent tous par la main. On dit aussi, dans un sens analogue, Se donner la main. Fig., et fam. Sortir des mains de quelqu'un, Échapper à quelqu'un par qui l'on est retenu. On dit plutôt S'arracher des mains de quelqu'un. Tendre la main, Demander l'aumône. On le dit, par extension, de Celui qui mendie des places, des grâces. Fig., Tendre la main à quelqu'un, Lui offrir du secours, le secourir. Fig., Tenir la main à quelqu'un, Veiller de près à ce qu'on l'exécute, à ce qu'on l'exécute bien.

MAIN, en termes d'Équitation, de divers Sports ou de Guerre, s'emploie dans plusieurs phrases ou locutions, dont quelques-unes passent du propre au figuré. Cheval à deux mains, à toutes mains, Cheval qui sert à la selle et à la voiture. Ce cheval est sous la main, se dit d'un Cheval de voiture attelé, ou accoutumé de l'être, sous la main droite du cocher. Il est hors de la main, Il est sous la main gauche du cocher. Cheval de main, Cheval mené par un cavalier monté sur un autre cheval. Main de la lance, La main droite du cavalier. Main de la bride, La main gauche. Changer de main, Porter la tête du cheval d'une main à l'autre, pour le faire aller à droite ou à gauche. Bride en main se dit quand on tient le cheval ferme dans la main. Tenir la main à un cheval, Hausser la main de la bride pour le conduire à sa volonté. Fig., Tenir la main haute à quelqu'un, Le traiter avec sévérité, sans lui rien passer. Tenir la main haute dans une affaire, Se rendre difficile sur les conditions. Lâcher, rendre la main à un cheval, Lui lâcher la bride. Fig., Lâcher la main à quelqu'un, Lui donner plus de liberté qu'à l'ordinaire. Lâcher, la main dans une affaire, Céder de ses prétentions, rabattre du prix qu'on demandait. Mener un cheval haut la main, Tenir la main des rênes haute, pour le soutenir, pour l'empêcher de buter, de tomber, ou pour lui donner la facilité de lever le devant, de faire des courbettes. Fig. et adv., Haut la main, Avec autorité, en surmontant tous les obstacles, avec promptitude. J'en viendrai à bout haut la main. Il l'a emporté haut la main sur tous ses concurrents. Partir de la main, se dit d'un Cheval qui part légèrement et prend facilement le galop. Un beau partir de la main, l'Action d'un cheval qui part de la main et court en ligne droite avec légèreté et vitesse. Gagner à la main, se dit d'un Cheval qui va plus vite qu'on ne veut. Au figuré, il se dit de Quelqu'un qui devient plus familier ou qui se montre plus ambitieux qu'on ne le voudrait. Ce cheval bat à la main, Il secoue la tête et lève le nez. Il tire à la main, Il résiste aux efforts du cavalier. Il force la main, Il s'emporte malgré le cavalier. Il pèse à la main, Il a la tête pesante ou il s'appuie sur le mors de manière à lasser la main du cavalier. On dit, dans un sens analogue, Ce cheval est lourd, dur, pesant à la main; et, dans un sens contraire, Ce cheval est léger, est sensible à la main. En termes de Jurisprudence,

MAIN s'emploie dans un certain nombre de phrases et de locutions. Lever la main, Lever la main pour jurer et affirmer par serment. Saisir entre les mains de quelqu'un, S'opposer à la délivrance des sommes qui sont entre ses mains. Il a saisi entre les mains de tous les débiteurs. Fig., Donner d'une main et retenir de l'autre, Faire donation de quelque chose, sans néanmoins s'en dessaisir. Se payer par ses mains, S'indemniser sur ce qu'on a en sa possession et qui appartient à un débiteur.

MAIN, à certains jeux de Cartes, s'emploie figurément dans diverses acceptions. Ainsi on dit : Avoir la main, Être le premier à jouer. Donner la main, Céder à son adversaire l'avantage de cette primauté. Perdre la main, Perdre cet avantage, pour avoir mal donné les cartes. Avoir la main, faire la main, Donner les cartes. Faire une main, Faire une levée. Il a fait trois mains, j'espère bien faire la quatrième.

MAIN se dit figurément pour Écriture, caractère d'écriture d'une personne. Avoir une belle main, une bonne main. Imiter la main de quelqu'un. Je reconnais sa main.

MAIN, désignant la Façon de travailler de l'ouvrier, s'emploie spécialement dans l'expression Petites mains, Ouvrières de couture ou de modes qui débutent dans le métier.

MAIN se dit aussi en parlant de Mariage, comme dans ces phrases : Demander la main de quelqu'un, Faire une demande en mariage. Donner sa main à quelqu'un, L'épouser. Accepter, refuser la main d'un jeune homme. Accorder la main d'une jeune fille. Ses parents m'ont accordé sa main. Offrir sa main à une jeune fille. Disposer de sa main. Mariage de la main gauche, Mariage qu'un prince contracte avec une femme d'un état inférieur, à qui il donne, dans la cérémonie nuptiale, la main gauche au lieu de la main droite. Les enfants qui naissent de ce mariage n'héritent pas de la dignité et du pouvoir de leur père. Épouser une femme de la main gauche se dit par ironie d'une Union illégitime.

MAIN s'emploie aussi dans plusieurs phrases figurées, où il marque Action, puissance, influence, pression. La main de Dieu se fait reconnaître ici. Il faut s'humilier, s'abaisser sous la main de Dieu. La main de l'autorité se fait sentir. Je suis l'œuvre de ses mains, l'ouvrage de ses mains. On sent la main de quelqu'un d'énergique en cette affaire. Main de justice, Espèce de sceptre que le roi portait le jour de son sacre et dans les grandes cérémonies, au haut duquel était la figure d'une main, emblème de la puissance. Avoir une main de fer, Avoir une autorité inflexible. Avoir la main légère, User de son pouvoir, de son autorité avec une habile modération. Avoir la main dure, Être sévère dans le commandement ou le châtiment. Avoir la haute main, Avoir, en quelque chose, l'autorité supérieure. Adressez-vous à lui, c'est lui qui a la haute main dans cette affaire. Avoir la main longue, Avoir une grande influence, avoir de grands moyens de servir ou de nuire. Faites-vous bien venir de cet homme: il a la main longue. Tenir quelqu'un, quelque chose dans sa main, Les tenir en sa puissance, en disposer souverainement. Dieu tient le sort des hommes dans sa main. Il tient toute cette administration dans sa main et la dirige à son gré.

MAIN se dit aussi des Extrémités des animaux, quand il y a un pouce distinct des quatre autres doigts. Les singes ont des mains au lieu de pieds de derrière. Il se dit même des Pieds de quelques oiseaux, comme les perroquets et les oiseaux, de fauconnerie. Il se dit quelquefois, par analogie, en termes de Botanique, des Filaments en forme de vrille par lesquels les plantes sarmenteuses et grimpantes s'attachent aux corps voisins. Il se dit aussi, en termes d'Arts, d'une Pelle de tôle, à manche de bois très court, dont on se sert pour prendre et pour porter de la braise, de la cendre, etc.; d'une Sorte d'anneau de fer à ressort, qui est au bout de la corde d'un puits, et dans lequel on passe l'anse du seau; d'une Sorte d'anneau qui est au-devant d'un tiroir et qui sert à le tirer; d'un Morceau de galon plat attaché au-dedans d'une voiture et qu'on tient à la main pour se soutenir; de la Partie d'une rampe d'escalier sur laquelle se pose la main; d'un Assemblage de vingt-cinq feuilles de papier. Une main de papier. Le papier se vend à la feuille, à la main et à la rame. Vingt mains font une rame. Main courante se dit, dans la Tenue des livres, du Registre appelé autrement Brouillard.

Littré (1872-1877)

MAIN (min ; l'n ne se lie pas : une min élégante, in prononcé comme dans in-digne ; au pluriel, l's se lie : des min-z élégantes) s. f.

Résumé

  • 1° Partie du corps humain qui termine le bras et qui sert à la préhension des corps et au toucher.
  • Fig. Il se dit d'êtres abstraits que l'on personnifie et auxquels on suppose des mains, pour en exprimer l'action.
  • 3° Force guerrière.
  • 4° Baiser la main, les mains.
  • 5° Donner la main, offrir la main.
  • 6° Faire sa main.
  • 7° Lever la main ; élever les mains.
  • 8° Mettre quelque chose à la main. Mettre la main à. Mettre la main sur.
  • 9° Main construit avec la préposition à.
  • 10° À deux mains. À toutes mains.
  • 11° À pleines mains.
  • 12° À belles mains.
  • 13° À main armée.
  • 14° Aux mains.
  • 15° Main construit avec la préposition de. De main, précédé de divers substantifs.
  • 16° De main, suivi d'un substantif.
  • 17° De bonne main. De longue main.
  • 18° De main en main.
  • 19° De la main, avec la main.
  • 20° De la main à la main.
  • 21° De la première main. De première main.
  • 22° De toutes mains, ou de toute main.
  • 23° D'une main… de l'autre.
  • 24° Dans la main, dans les mains de.
  • 25° En main.
  • 26° En bonne main ou bonnes mains. En mauvaise main. En main tierce. En main propre.
  • 27° Entre les mains.
  • 28° Main construit avec par.
  • 29° Sous main.
  • 30° Sous la main.
  • 31° Sur la main
  • 32° Imposition des mains.
  • 33° Main gauche ; main droite.
  • 34° Main haute.
  • 35° Le faire, l'exécution, en parlant d'un artiste.
  • 36° Main en termes de musique.
  • 37° Main employé pour caractériser la manière d'agir de la main dans certaines opérations.
  • 38° La dernière main.
  • 39° Donner la main à une étoffe.
  • 40° Main chaude.
  • 41° Main en termes d'équitation.
  • 42° Main en termes de marine.
  • 43° Main en termes de jurisprudence.
  • 44° Main en termes de jeux.
  • 45° Avoir la main, conduire la danse.
  • 46° La main, l'écriture, le caractère d'écriture d'une personne.
  • 47° Mariage.
  • 48° La main, distinction qui consiste à donner la droite à quelqu'un, ou à la prendre, soit en s'asseyant soit en marchant.
  • 49° La personne elle-même.
  • 50° Agent, instrument.
  • 51° L'action, le travail.
  • 52° Force, puissance.
  • 53° Les mains, la main de Dieu.
  • 54° Possession.
  • 55° Main de justice.
  • 56° Main se dit des extrémités des animaux.
  • 57° Sorte d'anse.
  • 58° Main de fer, sorte de crampon.
  • 59° Vrilles.
  • 60° Main employé dans beaucoup de différents métiers.
  • 61° Subdivision d'un paquet de soie d'un certain poids.
  • 62° Assemblage de 25 feuilles de papier.
  • 63° Main d'oublies, une poignée d'oublies.
  • 64° Main courante, dans la tenue des livres.
  • 65° Sorte de fourche employée dans une corderie.
  • 66° Main de gloire.
  • 67° Main de mer.
  • 1Partie du corps humain qui termine le bras et qui sert à la préhension des corps et au toucher. Combattre de pied ferme et main à main, Vaugelas, Q. C. III, 1. Votre rival vous cherche, et, la main à l'épée, Vient demander raison de sa place usurpée, Corneille, Mél. V, 6. Mais ma main aussitôt contre mon sein tournée, Corneille, Cinna, III, 4. Et grâce aux dons de la nature, La main est le plus sûr et le plus prompt secours, La Fontaine, Fabl. X, 16. Je voudrais bien crier, mais je l'essaie en vain ; Il [un fantôme dans le cauchemar] me ferme la bouche avec sa froide main, Saint-Amand, les Visions. Nous savons que ce prince magnanime [Charles II] eût pu hâter ses affaires, en se servant de la main de ceux qui s'offraient à détruire la tyrannie par un seul coup [tuer Cromwell], Bossuet, Reine d'Anglet. Ils [les deux Hotham] furent prévenus et décapités ; et Dieu, qui voulut punir leur honteuse désobéissance par les propres mains des rebelles…, Bossuet, ib. La princesse leur échappait parmi des embrassements si tendres, et la mort plus puissante nous l'enlevait entre ces royales mains, Bossuet, Duch. d'Orl. Tantôt la bouche collée sur ces mains victorieuses et maintenant défaillantes, Bossuet, Louis de Bourbon. Les ours même déchirés de ses mains [de David], Bossuet, Mar.-Thér. Avec quelle douceur elle leva vers Monseigneur ses yeux mourants et ses mains tremblantes ; ses yeux qu'elle avait toujours arrêtés sur lui comme sur l'unique objet de sa tendresse ; ses mains qu'elle avait si souvent levées au ciel, lorsqu'il s'exposait à tous les périls de la guerre ! Fléchier, Dauphine. Chaque Juif était obligé d'écrire une fois en sa vie, de sa propre main, le volume de la loi tout entier, Racine, Athal. préf. Il fait tout de ses propres mains, Fénelon, Tél. XXII. Ce ne fut pas la vingtième tête couronnée qui périt tragiquement en Angleterre, mais ce fut la première qui mourut par la main du bourreau, Voltaire, Mœurs, 135. Il [Camoëns] fit naufrage sur les côtes de la Chine, et se sauva, dit-on, en nageant d'une main et tenant de l'autre son poëme, seul bien qui lui restait, Voltaire, Ess. poés. ép. VI. Je ne vous écris point de ma main ; excusez un malade, et croyez que c'est mon cœur qui vous écrit, Voltaire, Lett. Mme de Fontaine, 13 fév. 1755. Il [Charles XII] avait tué plus de douze ennemis de sa main, sans avoir reçu une seule blessure, Voltaire, Charles XII, 4. Nous-mêmes, à ne considérer que la partie matérielle de notre être, nous ne sommes au-dessus des animaux que par quelques rapports de plus, tels que ceux que nous donnent la langue et la main, Buffon, Hist. homme, ch. 1. Ils [les Brames] ne travaillent point des mains, Diderot, Opin. des anc. phil. (Malabares). La main a cet avantage, qu'elle ne peut manier un objet qu'elle ne remarque l'étendue et l'ensemble des parties qui le composent, Condillac, Trait. sens, II, 8. Nos mains se sécheraient en touchant la couronne, Si nous savions, mon fils, à quel titre il [Dieu] la donne, Ducis, Hamlet, II, 5. Elles [leurs armes] parurent à leurs bras engourdis un poids insupportable ; dans les chutes fréquentes qu'ils faisaient, elles s'échappaient de leurs mains, elles se brisaient ou se perdaient dans la neige, Ségur, Hist. de Nap. IX, 11. S'il me trouve en son chemin, Il me frappe dans la main, Béranger, Sénateur.

    Blanche main, main blanche, se dit quelquefois en plaisantant pour la main. Mais prenons un plus court chemin. Donnez-moi votre blanche main, Scarron, Virg. VI. Vous avez dû recevoir ce matin Certain billet où, de ma blanche main, J'ai, de peur d'accident, moi-même mis l'adresse, Dancourt, Enf. de Paris, I, 4.

    Toucher dans la main, voy. TOUCHER.

    Changer de main, après s'être servi d'une main, se servir de l'autre.

    Battre des mains, applaudir. Je battrai des mains pour votre retour, Sévigné, à Bussy, 26 juill. 1668.

    Tenir par la main, se tenir par la main, voy. TENIR.

    Prendre par la main, voy. PRENDRE.

    Par exagération. Grand comme la main, se dit d'une chose petite mais dont la dimension ordinaire est grande, et aussi d'une personne. Son jardin est grand comme la main. Est-il donc possible que les mères soient réduites à manger le fruit de leurs entrailles, à manger de petits enfants qui ne sont pas plus grands que la main ? Sacy, Bible, Jérém. Lament. II, 20.

    Par exagération. Tenir dans la main, être fort petit. Il a un appartement qui tiendrait dans la main.

    Se laver les mains, voy. LAVER.

    J'en mettrais la main au feu, voy. FEU, n° 12.

    Avoir des mains de beurre, ne les avoir pas fermes, laisser tomber ce qu'on tient dans la main.

    Il a des mains de laine et des dents de fer, se dit à celui à qui on reproche sa fainéantise et sa gourmandise.

    Populairement. Avoir du poil au milieu de la main, se dit d'un ouvrier paresseux qui ne fait rien.

    Tournez la main, c'est-à-dire en un instant. Tournez la main, psit, ce n'est plus cela, Diderot, Père de Famille, V, 7.

    Tour de main, en un tour de main, voy. TOUR, s. m.

    Familièrement. Main morte, main qu'on laisse aller au gré d'une personne qui l'agite. Faites main morte.

    Jeu de main morte, jeu que l'on joue avec les tout petits enfants et dans lequel ils laissent aller leur main, dont on se frappe ou les frappe de temps en temps.

    N'y pas aller de main morte, frapper avec violence. Vous verrez, quand je bats, si j'y vais de main morte, Molière, Éc. des f. IV, 9.

    Fig. N'y pas aller de main morte, ne pas ménager celui à qui on a affaire. Quand elles [les femmes] se promettent la vengeance, elles n'y vont pas de main morte, Hamilton, Gramm. 8. Le roi de Prusse, qui n'y allait pas de main morte, quand il fallait frapper sur les moines et sur les prélats de cour, Voltaire, Comm. Œuvr. aut. Henr.

    Fig. L'argent ne lui tient pas dans les mains, lui fond dans les mains, il dépense sans nécessité, sans modération.

    Fig. Les mains lui démangent, il a envie de se battre, de battre, ou d'écrire quelque satire, quelque critique. Muse, c'est donc en vain que la main vous démange, Boileau, Sat. VII.

    Par exagération. Les mains m'en tombent, j'en éprouve une grande surprise.

    De marchand à marchand il n'y a que la main, c'est-à-dire qu'il suffit aux marchands de toucher dans la main pour faire un marché sans aucun écrit.

    Fig. De telle personne à telle autre il n'y a que la main, se dit pour exprimer le rapport étroit qui existe entre les personnes dont on parle. De factotum à factotum il n'y a que la main ; je vous laisse ensemble, Dancourt, l'Opéra de village, sc. 2. Ce monsieur Mathieu donc, comme de vilain à vilain il n'y a que la main…, Regnard, Sérén. 23.

    Être comme deux doigts de la main, être unis par une étroite amitié.

    Mains nettes, voy. NET.

    Mains vides, voy. VIDE.

    Fig. Faire tomber les armes des mains de quelqu'un, apaiser sa colère.

    S'arracher des mains quelqu'un, quelque chose, rechercher, se disputer le plaisir d'avoir telle personne, telle chose. Tout le monde s'arrache des mains cette nouvelle brochure. Fig. et familièrement. Sortir des mains de quelqu'un, s'arracher des mains de quelqu'un, échapper à quelqu'un par qui l'on est retenu. Et telle personne s'est sauvée autrefois de mes mains, qui ne m'échapperait pas à cette heure, Voiture, Lett. 20.

    Fig. J'ai écrit à M. de la Garde pour le bien remercier de la tendre et solide amitié qu'il a pour vous ; je ne crains pas qu'il change ; on ne sort point de vos mains, ni de celles de Pauline, Sévigné, à Mme de Grignan, 8 nov. 1688.

    Ensanglanter ses mains, se rendre coupable de meurtre.

    On dit dans le même sens : il a trempé ses mains dans le sang, ou ses mains ont trempé dans le sang. Vos mains n'ont point trempé dans le sang innocent ? - Grâces au ciel, mes mains ne sont point criminelles ; Plût aux dieux que mon cœur fût innocent comme elles ! Racine, Phèdre, I, 3.

    Fig. Souiller ses mains, commettre quelque acte odieux ou honteux.

    Fig. Faire la belle main, prendre un air de fatuité. Faire la belle main, mordre un bout de ses gants, Régnier, Sat. VIII.

    Porter la main sur, saisir avec la main. Il porta la main sur son épée. Burrhus ose sur moi porter ses mains hardies, Racine, Brit. IV, 2.

    Fig. Lier les mains, voy. LIER.

    Manger dans la main, se dit des animaux très privés qui viennent manger dans la main. Ils s'étaient familiarisés avec la personne qui en avait soin, et venaient manger dans sa main, Buffon, Ois. t. XIII, p. 135, note z.

    Fig. et familièrement. Manger dans la main, avoir des manières trop familières. Lanjamet était familier à manger dans la main, Saint-Simon, 199, 155.

    Tendre la main, voy. TENDRE, v. a.

  • 2 Fig. Main se dit d'êtres abstraits que l'on personnifie et auxquels on suppose des mains, pour en exprimer l'action. Ce vainqueur enflé de ses titres tombera lui-même à son tour entre les mains de la mort, Bossuet, Duch. d'Orl. Il ne connaissait plus le sommeil, et la froide main de la mort pouvait seule lui clore les yeux, Bossuet, le Tellier. La guerre va renaître, et ses mains meurtrières De cette faible paix vont briser les barrières, Voltaire, Fanat. IV, 4. Ne semble-t-elle pas [la nature] se hâter de reprendre sur nous des possessions usurpées pour un temps, mais qu'elle a chargé la main sûre des siècles de lui rendre ? Buffon, Ois. t. XVI, p. 265.
  • 3 Fig. Main se prend pour force guerrière. Sa main les a vaincus et sa main les a pris, Corneille, Cid, IV, 1. Monseigneur, ce n'est plus seulement par cette vaillante main et par ce grand cœur que vous acquerrez de la gloire, Bossuet, Reine d'Anglet. Ce fut moi dont la main subjugua l'Hyrcanie, Voltaire, Scyth. I, 3.
  • 4Baiser la main, baiser les mains, voy. BAISER.

    Se jeter aux mains de quelqu'un, lui saisir les mains en le suppliant. Montrevel se jeta à ses mains [du duc du Maine], il ne put retenir ses larmes, rien ne fut refusé ni réfuté, mais tout fut inutile, Saint-Simon, 30, 94.

  • 5Donner la main, offrir la main, soit pour aider quelqu'un, soit en signe de politesse à une dame pour la mener quelque part. Il me donna la main pour passer le ruisseau. Donnez-moi seulement la main jusque chez moi [c'est une dame qui parle], Molière, Mis. III, 7. Trouvez-vous-y pour donner la main à Mme de Montespan, Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, t. I, p. 170, dans POUGENS.

    Fig. Donner la main à quelqu'un, l'aider en quelque affaire, le favoriser. Quand vos yeux… Verront Attale assis au trône de vos pères, Alors, peut-être alors, vous le prierez en vain Que pour y remonter il vous donne la main, Corneille, Nicom. III, 1. Si les Hollandais avaient passé entre les redoutes qui étaient vers Fontenoi et Antoin, s'ils étaient venus donner la main aux Anglais, il n'y avait plus de ressource, Voltaire, Louis XV, 15.

    Dans le même sens, prêter la main à quelqu'un. Secondons le destin qui les [les Romains] veut mettre aux fers, Et prêtons-lui la main pour venger l'univers, Corneille, Pomp. I, 1. Martian : Mais, madame, on peut prendre un vain titre d'époux… - Pulchérie : Sus donc, qui de vous deux me prêtera la main ? Qui veut feindre avec moi ? Corneille, Héracl. V, 6. À vous prêter les mains ma tendresse consent, Molière, Mis. IV, 3.

    Donner les mains à quelque chose, y consentir, y condescendre. Et vous donnez les mains à tout ce qu'il résout, Corneille, Pomp. II, 3. Pourvu que votre cœur veuille donner les mains Au dessein que j'ai fait de fuir tous les humains, Molière, Mis. V, 7. Donne la main à mon dépit, et soutiens ma résolution contre tous les restes d'amour qui me pourraient parler pour elle, Molière, Bourg. gent. III, 9. Le roi fit le mariage de M. le duc d'Orléans avec Mlle de Blois ; feu Monsieur y donna les mains, Mme de Caylus, Souvenirs, p. 243, dans POUGENS.

    Absolument. Elle donna les mains par pénitence, La Fontaine, Mandr.

    On dit, dans un sens analogue, prêter les mains à quelque chose. Et je vais en trouver [des amis] qui, partageant l'injure, Sauront prêter la main à mon juste courroux, Molière, Amph. III, 5. Cela est fort vilain à vous de prêter les mains aux sottises de mon mari, Molière, Bourg. gent. IV, 2. Ma fille, les jours passent, comme vous dites ; et, au lieu d'en être fâchée, je leur prête la main pour aller plus vite, Sévigné, 18 juin 1677. Que reste-t-il donc, Ô Père éternel, sinon que votre grâce s'en mêle, et qu'elle vienne prêter la main à la nature impuissante ? Bossuet, 1er sermon, Compassion de la Ste Vierge, 1. Hélas ! et plût aux dieux qu'à son sort inhumain Moi-même j'eusse pu ne point prêter la main ! Racine, Mithr. V, 4.

    En un sens différent, prêter ses mains, servir d'instrument. Ils ne prêteront pas leurs mains à un méchant acte, Malherbe, le Traité de bienf. de Sénèque, III, 20. Ces Romains ont prêté leurs mains à la vengeance divine, Bossuet, Hist. III, 1. Tite ne fait que prêter sa main à Dieu irrité contre eux [les Juifs], Bossuet, ib. II, 7.

    Donner les mains, s'avouer vaincu ; locution latine tirée de l'acte du vaincu qui livrait effectivement ses mains au vainqueur. Je l'ai démontré [un principe]… et partant je ne vois pas ce que vous pourriez désirer de plus pour donner les mains, ainsi que vous avez promis, Descartes, Rép. aux 2es obj. 11. Triomphez, Ô sociniens… M. Jurieu vous donne les mains, puisqu'il avoue…, Bossuet, 1er avert. 11.

    Donner la main à, s'unir avec. Au travers des abîmes l'ancien monde donne la main au nouveau, Fénelon, Exist. 13.

    En un sens analogue, se donner la main. Bien loin d'être incompatibles, elles [la justice et la miséricorde de Dieu] se donnent la main mutuellement, Bossuet, 4e serm. 1er dim. de car. 1. Le printemps et l'automne semblent se donner la main, Fénelon, Tél. VIII. Les deux mers se donnèrent pour ainsi dire la main, Massillon, Or. fun. Louis XI. Il est nécessaire, pour la perfection de cette science [l'astronomie], que les astronomes de tous les siècles se transmettent leurs connaissances et se donnent la main, Fontenelle, Chazelles.

    Se donner la main, se dit de deux corps d'armée qui réussissent à se rejoindre.

    Se prêter la main, se secourir. On mettait la force et la sûreté de l'empire uniquement dans les troupes qu'on disposait de manière qu'elles se prêtaient la main les unes les autres, Bossuet, Hist. III, 6. La mer les sépare [les îles] des grands empires, et la tyrannie ne peut pas s'y prêter la main, Montesquieu, Esp. XVIII, 5.

    Fig. Se donner la main, être d'intelligence.

  • 6 Fig. et familièrement. Faire sa main, piller, dérober, faire des profits illicites. Viens nous aider là haut à faire notre main, Corneille, Illus. IV, 6. Je crois voir en ceci l'image d'une ville Où l'on met les deniers à la merci des gens, Échevins, prévôt des marchands : Tout fait sa main ; le plus habile Donne aux autres l'exemple, et c'est un passe-temps De leur voir nettoyer un monceau de pistoles, La Fontaine, Fabl. VIII, 7. Les voleurs ne sont pas Gens honteux ni fort délicats : Celui-ci fit sa main, La Fontaine, ib. IX, 15. De tous ceux qui sont employés, il n'y en a peut-être pas, de cent, un qui ne songe à faire sa main, Vauban, Dîme, p. 165. Les autres [valets de Vendôme] pillaient tout et faisaient leur main et s'en allaient, Saint-Simon, 331, 82. Enrichir ses créatures et faire sa main pour lui-même [en parlant d'un visir], Rousseau, Paix perpét.
  • 7Lever la main sur quelqu'un, se préparer, être prêt à le frapper.

    Lever la main, lever la main vers le ciel pour jurer et affirmer par serment. Et, si vous le niez, c'est une perfidie ; Je lèverai la main de tout ce que j'ai dit, Regnard, Ménechmes, V, 5.

    Lever ou élever les mains au ciel, porter les mains en haut en les joignant, ce qui est une attitude de prière. Puis, n'espérant plus rien, lève ses mains aux cieux, Corneille, M. de Pomp. II, 2. Assurée par l'exemple de Moïse que les mains élevées à Dieu enfoncent plus de bataillons que celles qui frappent, Bossuet, Marie-Thér. Aussitôt qu'il [Jésus] a eu élevé ses mains innocentes pour présenter la victime au ciel irrité, Bossuet, 1er sermon, Compassion de la Ste Vierge, 2.

  • 8Mettre quelque chose à la main, prendre cette chose avec la main.

    Mettre l'épée à la main, tirer l'épée pour s'en servir.

    Mettre la main à quelque chose, porter la main sur cette chose. Il mit la main au plat. La fureur me saisit, je mets la main aux armes, Malherbe, Stanc. d'Alcandre.

    Mettre la main à un travail matériel, y coopérer. Il mit la main à notre déménagement. Le capitaine et ingénieur Perri, qui le suivit [Pierre le Grand] de Londres en Russie, dit que, depuis la fonderie de canons jusqu'à la filerie de cordes, il n'y eut aucun métier qu'il n'observât et auquel il ne mît la main, Voltaire, Russie, I, 9. En le promenant d'atelier en atelier, ne souffrez jamais qu'il voie aucun travail sans mettre lui-même la main à l'œuvre, Rousseau, Émile, III. Fig. Mettre la main à l'œuvre, à l'ouvrage, commencer à s'occuper de quelque chose, à y travailler. Si Dieu n'y met la main, la fin sera malheureuse, Bossuet, Var. 2. Ce fut donc 218 ans après la fondation de Rome, 536 ans avant Jésus-Christ, après les 70 ans de la captivité de Babylone, et la même année que Cyrus fonda l'empire des Perses, que ce prince, choisi de Dieu pour être le libérateur de son peuple et le restaurateur de son temple, mit la main à ce grand ouvrage, Bossuet, Hist. I, 8. Quand on dit que Vénus et les Grâces et les Amours ont composé les idylles de Théocrite, je ne crois pas qu'on prétende qu'ils aient mis la main à ces endroits-là, Fontenelle, Disc. sur l'Églogue.

    Fig. Mettre la main à la plume, commencer à écrire une lettre, un ouvrage.

    Fig. Mettre la main à l'encensoir, s'ingérer dans des fonctions ecclésiastiques, quoiqu'on soit laïque.

    Mettre la main à la pâte, voy. PÂTE.

    Mettre à quelqu'un quelque chose aux mains, lui en procurer la possession. Et ce nom, précieux encor à vos Romains, Au bout de six cents ans lui met l'empire aux mains, Corneille, Poly. IV, 3.

    Fig. Mettre à quelqu'un les armes, le poignard à la main, le pousser au combat, à l'assassinat. Leur haine enracinée au milieu de ton sein T'avait mis contre moi les armes à la main, Corneille, Cinna, V, 1. C'est mettre à tous les chrétiens le poignard à la main, Pascal, Prov. XII. Jamais un plus hardi dessein Ne mit à des vaincus les armes à la main, Racine, Mithr. III, 1.

    Fig. Mettre à quelqu'un le pain à la main, mettre le pain à la main de quelqu'un, être la première cause de sa fortune.

    Fig. Mettre à quelqu'un le marché à la main, lui donner le choix de tenir ou de rompre un engagement (locution qui veut sans doute dire : remettre entre les mains de quelqu'un l'acte de l'engagement, et le laisser libre de le déchirer à l'instant même ou de le respecter).

    Ce maître lui a mis les armes, le fleuret, le violon à la main, il lui a donné les premières leçons d'escrime, de violon.

    Mettre la main sur quelque chose, s'en saisir, ou simplement la trouver. Il a mis la main sur l'argent de la succession. Je cherche en vain ce livre, je ne puis mettre la main dessus. Craignant qu'il ne mît la main sur un sac de buffle où il y avait deux cent cinquante doublons, Lesage, Diable boit. ch. 20, dans POUGENS. Quelqu'un avait-il mis la main sur mes papiers pendant quelques mois qu'ils étaient restés à l'hôtel de Luxembourg ? Rousseau, Confess. XI.

    Fig. Mettre la main sur la conscience, examiner de bonne foi si l'on a fait tort à quelqu'un, et en figurant la bonne foi par le geste : la main sur le cœur.

    Mettez la main sur la conscience, se dit aussi à quelqu'un qu'on presse d'avouer la vérité.

    Mettre à quelqu'un la main sur le collet, l'arrêter pour le conduire en prison.

    Mettre la main sur quelqu'un, le frapper. Suivant les anciens canons, quiconque mettait la main sur un prêtre était excommunié, Dict. de l'Acad.

    Fig. Mettre la main sur quelqu'un, s'emparer de son esprit. Je voyais que le dernier, qui était un des plus habiles hommes, avait tellement mis la main sur Noirmoutier et sur Laigues, qu'il les avait comme enchantés, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 7, dans POUGENS.

  • 9Main construit avec la préposition à. À la main, avec la main. Prendre les poissons à la main.

    Acheter de la viande à la main, l'acheter sans la faire peser, en jugeant de son poids par la vue et avec la main. On dit de même : acheter du poisson à la main.

    Fig. et familièrement. Une chose faite à la main, une chose arrangée exprès d'avance, de concert.

    À la main, se dit pour manuscrit par opposition à imprimé. Ce traité n'étant encore écrit qu'à la main, Bossuet, Expos. doctr. cath. Avert. Ma nièce doit avoir à présent deux exemplaires [du Siècle de Louis XIV] chargés de corrections à la main, Voltaire, Lett. Richelieu, 10 juin 1752.

    À la main, signifie aussi dans la main. Sa vengeance à la main [tenant sa vengeance dans ses mains], elle n'a qu'à résoudre ; Un mot du haut des cieux fait descendre la foudre, Corneille, Médée, III, 1. Je l'ai vu cette nuit, ce malheureux Sévère, La vengeance à la main, l'œil ardent de colère, Corneille, Poly. I, 3. M'enlever mes enfants, c'est m'arracher le cœur ; Et Jupiter, tout prêt à m'écraser du foudre, Mon trépas à la main, ne pourrait m'y résoudre, Corneille, ib. III, 3. Un homme à qui on dispute son droit, et qui le défend les armes et la force à la main, Pascal, Pens. XXV, 36, éd. HAVET. La justice passa, la balance à la main, Boileau, Ép. II. Vous, si vous avez soin de votre propre vie, Ne vous montrez à moi que sa tète à la main, Racine, Bajaz, IV, 3. Cependant Athalie, un poignard à la main, Rit des faibles remparts de nos portes d'airain, Racine, Athalie, V, 1. Non, monsieur, non, l'argent à la main, s'il vous plaît, l'argent à la main, Brueys, Avocat Patelin, I, 6.

    Avoir sans cesse l'argent à la main, dépenser, payer continuellement.

    Terminer une affaire le verre à la main, la terminer en buvant ensemble.

    Avoir un livre à la main, le tenir.

    Il a les armes bien à la main, les armes belles à la main, il a bonne grâce à faire des armes.

    À la main, à portée. La promenade est si fort à la main… que l'on est dix fois dans le jardin, et dix fois l'on en revient, Sévigné, 23 juill. 1677. Si vos promenades étaient à la main comme les nôtres, Sévigné, 3 juill. 1680. Il mangeait de toutes choses sans choix ; il buvait de l'eau ou de l'huile indifféremment, selon qu'il les avait à la main, Bossuet, Panég. St Bern. 1.

    Cela est bien à la main, se dit d'une chose faite de manière qu'on peut s'en servir commodément.

    Fig. et familièrement. Avoir la parole à la main, parler avec facilité.

    Fig. Être à la main, être accommodant, en parlant des personnes. Une femme si connue du roi et si fort à la main était son vrai fait [pour mettre auprès de la duchesse de Chartres], Saint-Simon, 111, 53. Il s'en contente [de sa fortune], et vivait dans cette médiocrité, quand les ministres, le voyant homme à la main, d'humeur facile, comme sont les savants, le firent entrer au parlement, Courier, Pamphlet des pamphlets. M. d'Autichamp est vraiment aimable, tout uni et fort à la main, Courier, Lett. II, 108.

  • 10À deux mains, avec les deux mains.

    Fig. Il tient les choses à deux mains de peur qu'elles ne lui échappent, se dit d'un homme défiant.

    Épée à deux mains, longue et large épée qu'on tenait des deux mains.

    Cheval à deux mains, à toutes mains, cheval qui sert à la selle et à la voiture.

    Fig. et familièrement. Cet homme est à deux mains, il occupe deux emplois à la fois, il sait deux métiers, il est habile en deux choses. Il me regarda comme un garçon à deux mains, je veux dire comme un homme propre à devenir son bouffon et son Mercure, Lesage, Guzm. d'Alf. III, 9. Une sérénade dites-vous ? … musique italienne, française, je suis un homme à deux mains, Regnard, la Sérén. 7.

    Fig. et familièrement. C'est un homme à toutes mains, il est prêt et apte à rendre toutes sortes de services. C'est un épouseur à toutes mains [prêt à épouser toutes les femmes], Molière, D. Juan, I, 1.

    Fig. À toutes mains, à toute main, sans réserve ni scrupule. Prenez à toutes mains, ma fille, et vous souvienne…, Régnier, Sat. XII. Dont, depuis cinquante ans, les pères usuriers, Volant à toutes mains, ont mis en leur famille Plus d'argent que le roi n'en a dans la Bastille, Régnier, ib. Elle [Mme de Grancey] a mandé que l'âme prenante de Mme de Fiennes avait passé heureusement dans son corps, et qu'elle prenait à toutes mains, Sévigné, 391. Espion de son métier, prenant de l'argent à toute main, Voltaire, Lett. Duc de Choiseul, 1er avril 1768.

  • 11À pleines mains, abondamment. Ne lui laissez plus voir ce long amas de gloire Qu'à pleines mains sur vous a versé la victoire, Corneille, Nicom. III, 6. Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne, Corneille, Ment. I, 1. À pleines mains il vous jetait l'argent, La Fontaine, Faucon. Je suis fortement persuadée de tous les malheurs et de tous les chagrins répandus à pleines mains dans ce monde, Sévigné, 437. Je jetterais le temps à pleines mains comme autrefois…, Sévigné, 23 nov. 1689. C'est ainsi… qu'Horace, jetant le sel à pleines mains, Se jouait aux dépens des Pelletiers romains, Boileau, Sat. IX. Il répandait sur son corps des fleurs à pleines mains ; il y ajoutait des parfums exquis, Fénelon, Tél. XX. Donner à pleines mains aux particuliers pour enlever leurs suffrages, Fénelon, Dial. des morts anc. 42.
  • 12 Fig. À belles mains, abondamment, autant qu'on en veut. Il en a pris à belles mains. J'en eus à belles mains.
  • 13À main armée, les armes à la main. Il ne manquerait pas de l'aller recevoir sur la frontière, mais ce serait à main armée, Vaugelas, Q. C. VIII, 13.
  • 14Aux mains, se dit en parlant de l'action de combattre. Nous voyons les deux partis aux mains.

    En venir aux mains, commencer un combat. Le combat où les Perses, En lieu plus favorable enfin venus aux mains, Eurent sitôt rompu les escadrons romains, Rotrou, Bélis. V, 5. Ils se sont mis en colère pour la préférence de leurs professions, jusqu'à se dire des injures et en vouloir venir aux mains, Molière, Bourg. gent. II, 4.

    Être aux mains, en être aux mains, combattre actuellement. Vos frères sont aux mains, les dieux ainsi l'ordonnent, Corneille, Hor. III, 5. Sans doute ils sont aux mains, il n'en faut plus parler, Corneille, Cid, II, 4. Rome était aux mains avec les Samnites, Bossuet, Hist. I, 8. Mais en sont-ils aux mains ? Racine, Théb. I, 1.

    Fig. La volonté commande, et elle-même qui commande ne s'obéit pas ; éternel obstacle à ses désirs propres, elle est toujours aux mains avec ses propres désirs, Bossuet, 2e sermon, Jeudi de la sem. de la pass. I.

    Mettre aux mains, engager dans une guerre. La succession de Clèves et de Juliers mit aux mains les deux partis, qui s'étaient longtemps ménagés depuis la paix de Passau, Voltaire, Ann. Emp. Rodolphe II, 1609.

    Fig. Mettre aux mains deux ou plusieurs personnes, les engager dans quelque dispute, dans quelque discussion. Par plaisanterie. Je la suivis dans sa cuisine, où elle me mit aux mains avec un reste de ragoût de la veille, Marivaux, Pays. parv. 1re part.

  • 15De main, précédé de plusieurs substantifs, pour spécifier la nature ou l'emploi des personnes ou des choses qu'ils désignent.

    Homme de main, gens de main, homme, gens hardis et d'exécution. J'ai encore un collier à escamoter, mais j'aurais besoin tout à l'heure de quelques gens de main, Regnard, Sérén. 20. D'Épernon avait fourni au roi des gens de main, des gens de services, Voltaire, Mœurs, 173.

    Combat de main, combat de main à main, combat qui a lieu de près entre deux ou plusieurs personnes.

    Coup de main, voy. COUP, n° 8.

    Cheval de main, cheval qu'on mène à la main sans monter dessus. Je vis venir M. le prince de Conti suivi d'un seul page et d'un palefrenier avec un cheval de main, Saint-Simon, 11, 128.

    Jeu de main, jeu de société où l'on se frappe légèrement les uns les autres. La main chaude est un jeu de main.

    Jeux de main se dit aussi de l'action de lutter, de se porter réciproquement des coups en plaisantant.

    PROVERBE

    Jeux de main, jeux de vilain, ou jeu de main, jeu de vilain, c'est-à-dire les jeux de main ne conviennent qu'aux gens mal élevés ; cela se dit aussi aux gens qui se battent.

    Revers de main, voy. REVERS.

  • 16De main, suivi d'un substantif.

    De main d'homme, ou, simplement, de main, se dit par opposition à ce qui est l'ouvrage de la nature ou de Dieu. Que Dieu ne se plaisait pas aux temples faits de main, mais en un cœur pur et humilié, Pascal, Pens. XV, 3 bis, édit. HAVET. Il meurt, mais non de main d'homme, Bossuet, Hist. Il, 5. Au fond des puits que l'on a faits à Bicêtre et à l'École militaire, on a trouvé des bois travaillés de main d'homme à soixante-quinze pieds de profondeur, Buffon, 3e ép. nat. Œuv. t. XII, p. 180.

    De main de maître, par un habile homme. Ce meuble, cet instrument est fait de main de maître.

    De main de maître, se dit aussi des ouvrages d'esprit. Elle [l'oraison funèbre de Condé par Bossuet] est fort belle et de main de maître, Sévigné, 25 avr. 1687. Le dénombrement de l'armée égyptienne [dans le Tasse], sujet épique, traité de main de maître, Chateaubriand, Itin. 5e part.

    Fig. Dans un sens analogue. Quand une lecture vous élève l'esprit, et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas d'autre règle pour juger de l'ouvrage ; il est bon, et fait de main d'ouvrier, La Bruyère, I. Des calomnies travaillées de main de courtisan, Collé, Part. de chasse de Henri IV, I, 6.

  • 17De bonne main, d'une bonne main, par une main habile. La lettre que j'ai reçue ressemble à tout ce que j'entends dire de votre personne, aussi ce portrait est-il fait de bonne main, Fénelon, t. XXI, p. 281.

    De bonne main, avec certitude. Je sais cela de bonne main.

    Fig. De longue main, voy. LONG.

  • 18De main en main, de la main d'une personne à celle d'une autre. Il est assis loin de nous, faites-lui passer cela de main en main.

    Fig. Cette pieuse cérémonie [la cène] que nos pères nous ont laissée de main en main depuis le temps de Notre Seigneur, Bossuet, Euch. II, 14. Après la conversion des gentils, le Sauveur… leur rendra [aux Juifs] l'intelligence des prophéties qu'ils auront perdue durant un long temps, pour passer, successivement et de main en main, dans toute la postérité et n'être plus oubliée, Bossuet, Hist. II, 7. Ne laissez point sans cesse, au gré des courtisans, Errer de main en main l'autorité suprême, Chénier M. J. Ch. IX, II, 3.

  • 19De la main, avec la main. Parer un coup de la main. Écrire de la main gauche.

    Lettres de la main, lettres censées écrites et signées par le roi, sans être contre-signées par un secrétaire d'État ; le secrétaire qui écrivait ces lettres en imitant plus ou moins l'écriture du roi se nommait aussi secrétaire de la main.

    Les arts de la main, par opposition aux arts de l'esprit, les arts où la main est le principal instrument.

    Dans un sens analogue, les ouvrages de la main. Le génie qu'elles [les femmes] ont pour les ouvrages de la main, La Bruyère, III.

    Fig. De la main de, par l'action de, par l'entremise de. Et quand l'hymen pour nous allume son flambeau, Il [mon amant] l'éteint de sa main pour m'ouvrir le tombeau, Corneille, Hor. II, 5. Si vous pouvez souffrir qu'il soit roi de ma main, Corneille, Nicom. V, 10. C'est de ma main qu'il prend et l'encens et la coupe, Et je veux pour signal que cette même main Lui donne, au lieu d'encens d'un poignard dans le sein, Corneille, Cinna, I, 3. Et je veux de ma main vous choisir un époux, Racine, Brit. II, 3. Vous l'allez à Calchas livrer de votre main, Racine, Iphig. IV, 6. Je suis puni, je meurs des mains de Mahomet, Voltaire, Fanat. IV, 5.

    Fig. De la main, venant de. Mais je vous veux donner un homme de ma main, Corneille, Illus. III, 10. Félix : Vous aimez trop, Pauline, un indigne mari. - Pauline : Je l'ai de votre main, mon amour est sans crime, Corneille, Poly. III, 4. …prenez un époux des mains de Léontine, Corneille, Héracl. III, 1. J'attends avec la paix son cœur de votre main, Racine, Andr. II, 4. Il veut, pour m'honorer, la tenir de ma main, Racine, ib. III, 1. Un mari n'a guère un rival qui ne soit de sa main, La Bruyère, III. J'ai promis à monsieur le comte de prendre un intendant de sa main, Marivaux, Fauss. confid. I, 15. Il vous sied bien d'avoir l'impertinence De refuser un mari de ma main ! Voltaire, Nan. I, 5.

    Il mit en sa place un gouverneur de sa main, c'est-à-dire qui était à sa dévotion.

  • 20De la main à la main, manuellement, sans formalité, sans écrit. Je voulais qu'on payât de la main à la main tous les brevets de retenue existants, Saint-Simon, 455, 160.

    Faire crédit de la main à la bourse, ne point faire de crédit, ne vendre qu'argent comptant.

  • 21De la première main, de la main de celui qui a le premier recueilli, fabriqué ou mis en vente la chose dont il s'agit. Les Carthaginois voulurent recevoir les métaux de la première main, Montesquieu, Esp. XXI, 11.

    On dit de même : de la seconde, de la troisième main.

    Fig. De la première main, se dit pour les ouvrages d'esprit, dans le même sens que pour les productions matérielles. Tout le monde ne sait pas sentir dans les discours, non plus que dans les tableaux, ce qu'il y a d'original et, pour ainsi dire, de la première main, Bossuet, Confér. avec Claude, Avertissement.

    Fig. Tenir une nouvelle de la première main, la savoir de source, la savoir de celui qui est censé en avoir été instruit le premier. Je m'adresse à vous-même pour avoir des nouvelles de la première main, Le Grand, la Nouveauté, sc. 10.

    On dit aussi ne tenir une nouvelle que de la seconde main.

    Fig. De première main, original. Ayez les choses de première main, puisez à la source, La Bruyère, XIV.

    Ouvrage de première main, ouvrage qui ne doit rien qu'aux sources originales.

    Érudition de seconde main, érudition qui consulte non les sources et les originaux, mais les auteurs qui ont écrit sur le sujet.

  • 22De toutes mains ou de toute main, des mains de qui que ce soit. Il reçoit de toutes mains. L'expérience m'a appris qu'on donne souvent à des personnes qui prennent de toute main, Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 1er juin 1699.

    Cela ne se dit qu'en mauvaise part.

  • 23 Fig. D'une main, …de l'autre, c'est-à-dire d'un côté, …de l'autre. Louis XIV d'une main saisissait Avignon, et nous [protestants] faisait rouer de l'autre, Voltaire, Philos. Remontrances, I. Il [le roi de Prusse] n'hésita pas à se liguer avec le roi d'Angleterre pour empêcher d'une main que les Russes entrassent en Allemagne, et pour fermer de l'autre le chemin aux Français, Voltaire, Louis XV, 31.
  • 24Dans la main, dans les mains de, à la garde, au soin de. Cette somme sera déposée dans la main, dans les mains d'un tiers. Depuis que mon affaire est dans ses mains, elle marche un peu mieux. Elle [Mme de Maintenon] pensait qu'elle n'y serait plus rien [à la cour], aussitôt que le duc du Maine passerait dans les mains des hommes, Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 45, dans POUGENS.

    Dans les mains, à la disposition. Les poëtes qui étaient dans les mains de tout le peuple, Bossuet, Hist. III, 5.

    En musique, avoir un passage, un morceau dans la main, le savoir, être en état de le bien exécuter.

  • 25En main, dans la main. Qui, le fer en la main, te viennent offenser, Malherbe, I, 4. Prenant en main un arc, Bossuet, Hist. III, 3. …Et que, tenant en main la balance droite au milieu de tant d'empires souvent ennemis, elle [l'Église] entretient l'unité par tout le corps, Bossuet, Sermons, Unité, 2. M. de Cambrai a voulu retirer cette édition, quoique répandue à Rome par son ordre, et, dans celle qu'il lui substitue, il supprime tout cet article ; nous avons en main les deux éditions, Bossuet, Rel. sur le quiétisme, I, 1. Lorsqu'il prenait en main sa lyre d'ivoire, Fénelon, Tel. II. Je n'avais en main que ma houlette, Fénelon, ib.

    Mettre en main, remettre. Et l'on m'a mis en main une bague à la mode, Molière, l'Ét. I, 6.

    Mettre en main la soie, la préparer pour la donner à la teinture.

    Terme de manége. Bride en main, se dit quand on tient le cheval ferme dans la main.

    Fig. Marcher, aller bride en main, faire quelque chose avec précaution, se tenir sur ses gardes. Allons, monsieur, allons, bride en main, s'il vous plaît ! ne condamnons point les gens sans les entendre, Lesage, Crispin rival de son maître, 26.

    Fig. Avoir quelqu'un ou quelque chose en main, l'avoir à sa disposition. Il me faudrait en main avoir un autre amant, Corneille, le Ment. II, 2. J'en ai le choix en main avec le droit d'aînesse, Corneille, Rodog. II, 2. Comme nous n'avons personne en main pour cela, j'ai résolu de jouer un tour de ma tête, Molière, Mal. im. III, 3. Si j'avais su qu'en main il a de telles armes, Je n'aurais pas donné matière à tant d'alarmes, Molière, Tart. V, 3. J'ai en main de quoi vous faire voir comme elle m'accommode, Molière, G. Dand. II, 9. Il vous ordonne de tenir prêt tout ce que vous aurez en main, Bossuet, Lett. abb. 4. Certes, pour accuser la bonne foi de l'Église [dans sa créance aux livres saints], il fallait avoir en main des originaux différents des siens, ou quelque preuve constante, Bossuet, Hist. II, 13. J'ai votre affaire en main, Lesage, Turcaret, II, 1. Avoir preuve en main, avoir la preuve écrite, la preuve matérielle de ce qu'on avance, et pouvoir l'exhiber.

    Fig. et familièrement. Avoir la parole en main, s'exprimer avec facilité. Ayant si bien en main le festin et la guerre [parlant si aisément et avec tant d'à-propos de festin et de guerre], Vos gens en moins de rien courraient toute la terre, Corneille, Ment. I, 6. C'est donc qu'elle n'a pas en main la repartie, Th. Corneille, D. Bertr. de Cigarral, II, 4.

    Il se dit d'une manière analogue d'autre chose que de la parole. C'est bien aimer la fourbe et l'avoir bien en main, Que de prendre plaisir à fourber sans dessein, Corneille, Ment. III, 3.

    Avoir en main, être chargé de. S'il avait une telle cause en main, Sévigné, 584.

    Prendre en main, se charger de. Il [saint Pierre] en [de l'Église] avait déjà pris le gouvernement en main quand saint Paul lui dit en face, qu'il ne marchait pas droitement selon l'Évangile, Bossuet, Sermons, Unité, 1. Le landgrave et les protestants prirent les armes sur de vains ombrages… Luther prit en main la défense des rebelles, Bossuet, 5e avert. 4. Des auteurs décriés il prend en main la cause, Boileau, Épître IX. Mais souvent sur ses vers un auteur intraitable, à les protéger tous se croit intéressé, Et d'abord prend en main le droit de l'offensé, Boileau, Art poét. I. Du haut du Capitole il juge tous les rois Et de ceux qu'on opprime il prend en main les droits, Voltaire, Marianne, II, 5.

    Être en main, avoir la facilité. Je serai mieux en main pour vous conter la chose, Molière, Princ. d'Él. I, 2. Je serais bien ici en main pour le bien faire [un compliment] tout à mon aise, Sévigné, 16 août 1671.

    En parlant des choses, être en main, être placé commodément pour le service. Car il [un bâton] est bien en main, vert, noueux et massif, Molière, l'Ét. IV, 7.

    Au billard, être en main, avoir sa bille dans la main et non sur le tapis.

    Fig. En la main de, à la disposition de. Une esclave te plaît, tu voulais m'engager à la mettre en tes mains, Molière, l'Ét. II, 9. C'est un ami que je mettrai bien en œuvre à son retour ; je ne m'endors pas… cette route est bien disposée et fort en notre main ; mais il faut ménager longtemps avant que d'entreprendre quelque chose d'utile, Sévigné, 13 nov. 1673.

  • 26En bonne main, en bonnes mains, en main sûre, en mains sûres, à la disposition, aux soins d'une personne honnête, sûre, intelligente, capable. Les voilà retombés en bonne main, Sévigné, 117. Monsieur, je vous laisse en bonnes mains, Sévigné, 536.

    Dans le sens contraire, en mauvaise main, en mauvaises mains. Ces demoiselles m'avaient parlé de lui avec peu d'estime, et m'avaient paru mécontentes de me savoir en si mauvaises mains ; cela lui fit tort dans mon esprit, Rousseau, Conf. IV.

    En main tierce, dans la main d'un tiers. Déposer de l'argent en main tierce.

    En main propre, dans la main même de la personne intéressée.

    En main armée, pour à main armée. Jésus-Christ n'a pas dompté les nations en main armée, Pascal, Jésus-Christ, 17, édit. FAUGÈRE. Cela n'est guère usité.

  • 27Entre les mains, à la disposition de, en possession de. Je me livre à vous, et vous conjure de ne me point brouiller avec un si bon et si admirable ami… enfin, ma très chère, je me mets entre vos mains, et, connaissant votre fidélité…, Sévigné, 1er janvier 1676. Il était juste que ce précieux dépôt [les princes prisonniers] restât entre les mains du roi, Bossuet, le Tellier. Si ces livres vous tombent entre les mains, Bossuet, Lett. Corn. 28. Je suis le Seigneur, dit-il par la bouche de Jérémie, c'est moi qui ai fait la terre avec les hommes et les animaux, et je la mets entre les mains de qui il me plaît, Bossuet, Reine d'Anglet. Déjà le roi de Perse est entre ses mains ; à sa vue il s'est animé, Bossuet, Louis de Bourbon.

    Sous l'autorité de. Le ciel entre nos mains a mis le sort de Rome, Corneille, Cinna, I, 3. Voilà, par l'autorité de tout un synode national, la foi des Églises prétendues réformées de France entre les mains de quatre ministres et de M. de Turenne, avec pouvoir d'en régler ce qu'il leur plairait, Bossuet, Var. XII, § 20. Ils abjuraient leurs erreurs entre les mains de ses aumôniers, Bossuet, Reine d'Anglet. Sa vie était entre leurs mains, Fénelon, Tél. VIII.

    Aux soins de. Rappelant le premier médecin il se mit entre ses mains, Pascal, Prov. II. Sanche le Gros, roi de Léon, fut obligé de s'aller mettre à Cordoue entre les mains d'un fameux médecin arabe qui, invité par le roi, voulut que le roi vînt à lui, Voltaire, Mœurs, 44. Je me suis mis entre les mains du plus habile médecin de ce pays-ci, et, dans ce moment, la nature ou lui me soulage, D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 11 oct. 1782.

    Fig. Il [l'abbé de Coulanges] mérite bien que j'aie toute cette application… je l'ai remis entre les mains du vin de Grave, dont il s'accommode fort bien, Sévigné, 18 mai 1680.

  • 28Main construit avec la préposition par. Par les mains, se dit des choses qu'on prend les unes après les autres Tous les livres de cette bibliothèque m'ont passé par les mains.

    Fig. Il dirige seul cette affaire, tout lui passe par les mains. Les différentes aventures qui lui passèrent par les mains, Hamilton, Gramm. 10.

    Il lui en a bien passé par les mains, se dit d'une personne qui a manié beaucoup d'affaires, qui a exercé longtemps une profession.

    Passer par les mains du bourreau, être mis à mort par le bourreau, ou recevoir de lui une flétrissure. Phasaël, qui savait bien que sa mort était résolue, se cassa lui-même la tête contre la muraille de la prison, pour ne point passer par la main du bourreau, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IX, p. 471, dans POUGENS.

    Par menace. Cet homme passera par mes mains, me passera par les mains, je le châtierai, je me vengerai de lui.

    Dans un langage libre, cette femme lui a passé par les mains, il a eu commerce avec elle.

    Par les mains, par l'entremise de. Cependant par mes mains je vois qu'il me l'enlève, Corneille, Cinna, III, 1. Don Pèdre commandait ; par vos mains couronné, Amis, c'est par vos mains qu'il aurait gouverné, Delavigne, Vèp. sicil. IV, 4.

    Faire valoir une terre, un champ, etc. par ses mains, faire valoir une terre, etc., soi-même, sans fermier.

  • 29 Fig. Sous main, secrètement, en cachette. Il fut incontinent après dépêché par un duel, que le roi même sous main lui suscita, Naudé, Considér. sur les coups d'État, édit. de 1667, p. 168. Orcambre mille fois s'en est enquis sous main, Mairet, Soliman, I, 1. Vous venez m'amuser de vos belles paroles, Et conservez sous main des espérances folles, Molière, Éc. des mar. II, 13. On se contentera de s'en rire sous main, Molière, Éc. des f. I, 1. Annibal ne laissait pas sous main de leur susciter des ennemis [aux Romains], Bossuet, Hist. I, 9. Flavien, préfet du prétoire, homme d'esprit et de grande expérience dans les affaires, mais fort adonné aux superstitions payennes, entretenait sous main ces cabales, Fléchier, Hist. de Théodose, IV, 39. Il [Richelieu] favorise sous main les protestants d'Allemagne, et il n'en est pas moins dans le dessein d'accabler ceux de France, Voltaire, Mœurs, 176.

    S. m. Le sous-main, le dessous, le mystère. Il ne prit pas même le soin de lui expliquer le sous-main des fausses avances qu'il fit pour le rappeler, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 372, dans LACURNE, à sous. J'étais très assuré que Longueil, qui, depuis que son frère était devenu surintendant des finances, avait renoncé à la fraude, ne m'épargnerait pas, par ses sous-mains, que je connaissais pour être encore plus dangereux que les déclamations des autres, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 321, dans POUGENS, à main.

  • 30Sous la main, proche, à portée. Il tue le premier qui se trouve sous sa main, Sévigné, 152. Le onzième chapitre me tomba hier sous la main, Sévigné, 436. Il se prit à ce qui se trouva d'abord sous la main, Hamilton, Gramm. 5. Si je n'avais pas sous ma main autant de maîtres et d'excellents maîtres pour élever mes enfants dans les sciences et dans les arts, La Bruyère, X.

    Fig. Sous l'autorité, sous la dépendance. Lorsque vous serez devant vos meurtriers, lorsque vous serez sous la main de ceux qui vous ôteront la vie, Sacy, Bible, Ézéchiel, XXVIII, 9. Il faut être sous la main de Dieu et se laisser manier, Bossuet, Lett. Corn. 64. Le Verbe tient tout sous sa main, Bossuet, Hist. II, 6.

    Par menace. Qu'il ne me tombe jamais sous la main !

    Être sous la main de l'autorité, sous la main de la justice, être arrêté, et sous le coup d'un procès qu'on instruit ou qu'on va instruire.

    Être sous la main et autorité de justice, se dit d'un immeuble saisi, d'un meuble séquestré, ou d'une somme arrêtée judiciairement.

  • 31Pas plus que sur la main, autant que sur la main, comme sur la main, se dit pour exprimer qu'une chose n'existe pas. Du reste [un chien, dont les oreilles sont coupées] ayant d'oreille autant que sur ma main, Un loup n'eût su par où le prendre, La Fontaine, Fabl. X, 9. Elle était fort maigre, fort blanche, de la gorge comme sur ma main, Rousseau, Conf. IX. Pas plus de page que sur ma main ; voilà le paquet, Beaumarchais, Mar. de Fig. I, 10.

    Fig. et familièrement. Avoir le cœur sur la main, être ouvert, franc, sans dissimulation. On a dit aussi : avoir le cœur dans la main. …un chacun parlait le cœur dedans la main, Régnier, Sat. II.

  • 32Imposition des mains, voy. IMPOSITION, n° 1. Imposer les mains, voy. IMPOSER, n° 1.
  • 33Main gauche, la main du côté du cœur ; main droite, la main de l'autre côté. Sa main gauche [du Seigneur] est sous ma tête, et il m'embrassera de sa main droite, Sacy, Bible, Cant. des cant. VIII, 3. Et moi, je ne pardonnerais pas à la grande ville de Ninive, où il y a plus de six vingt mille personnes qui ne savent pas discerner leur main droite d'avec leur main gauche ! Sacy, ib. Jonas, IV, 11. Ses aumônes, si bien cachées dans le sein du pauvre, ont prié pour lui ; sa main droite les cachait à sa main gauche, Bossuet, le Tellier. J'ai su par M. le baron de Grimm que Votre Majesté, ne pouvant écrire de la main droite, avait pris le parti d'écrire de la main gauche, afin que ses affaires n'en souffrissent pas, D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 7 déc. 1779. À main droite, à main gauche, du côté droit, du côté gauche (on dit plus ordinairement à droite, à gauche). Alexandre tirait toujours sur la main droite, Vaugelas, Q. C. 267. Il [Salomon] s'assit sur son trône ; et l'on mit un trône pour la mère du roi, laquelle s'assit à sa main droite, Sacy, Bible, Rois, III, II, 19. Dans une petite allée à main gauche du mail, Sévigné, 91.
  • 34Main haute, la main droite, ainsi dite parce qu'elle tenait la lance et était plus élevée que l'autre. Main basse, la main gauche, celle qui, tenant la bride, était plus basse.

    Tenir la main haute, tenir haute la main de la bride, ce qui raccourcit la bride.

    Figt. Tenir la main haute à quelqu'un, le traiter avec sévérité, sans lui rien passer.

    Tenir la main haute dans une affaire, se rendre difficile sur les conditions.

    Fig. La main haute, adverbialement, avec autorité. La grammaire qui sait régenter jusqu'aux rois Et les fait, la main haute, obéir à ses lois, Molière, F. sav. II, 6.

    Fig. La haute main, l'autorité prépondérante. Avoir la haute main dans une affaire.

    Gens de haute main, s'est dit, sous la Convention, de ceux des membres du comité du salut public qui dirigeaient la haute politique, et qui ordonnaient les arrestations.

    Terme de guerre. Faire main basse, tuer sans recevoir à merci ; locution qui vient de ce que la main s'abaisse pour frapper. Ce n'est que lorsqu'ils sont provoqués qu'ils [les éléphants] font main basse sur les hommes, Buffon, Morc. chois. p. 167.

    Par extension. Faire main basse, piller. Je voudrais avoir vu cette première [Mme de Brissac] faire main basse [prendre ce qui était à sa convenance] dans la place des Prêcheurs [à Aix], sans aucune considération de qualité ni d'âge, Sévigné, 281. Fais main basse sur tout : le bon homme a bon dos, Et l'on peut hardiment le ronger jusqu'aux os, Regnard, Légat. III, 2.

    Fig. Faire main basse, ne pas épargner. Figurez-vous un Allemand nommé Copernic, qui fait main basse sur tous ces cercles différents, et sur tous ces cieux solides qui avaient été imaginés par l'antiquité, Fontenelle, Mond. 1er soir. La probité, la vertu, l'honnêteté, le scrupule, le petit esprit superstitieux font tôt ou tard main basse sur les productions déshonnêtes, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 335, dans POUGENS. Il [Boileau] eût fait main basse sur cette rhétorique triviale, qui consiste à noyer un tas de sophismes dans une mer de paroles oiseuses et de figures ridicules, D'Alembert, Éloges, Despréaux. Bertrand finit ici sa prose à Raton, et l'exhorte à faire main basse, en vers et en prose, sur les sots dont le meilleur des mondes fourmille, D'Alembert, Lett. à Volt. 5 nov. 1776.

  • 35Le faire, l'exécution, en parlant d'un artiste. On reconnaît dans ce tableau la main de tel maître. L'aspect imposant de ce bel édifice, la terrasse sur laquelle il est bâti, sa vue unique peut-être au monde, son vaste salon peint d'une excellente main, Rousseau, Confess. X. On y reconnaît toujours la main du maître, et l'on ne la sent jamais, Rousseau, Hél. III, 31. À la majesté sublime qui brille dans les traits et dans toute la figure de Minerve, on reconnaît aisément la main de Phidias, Barthélemy, Anach. ch. 12.

    De différentes mains, de plusieurs auteurs. Il est évident, comme vous dites, que l'ouvrage est de différentes mains, D'Alembert, Lett. à Volt. 4 oct. 1764.

  • 36 Terme de musique. Avoir la main bien placée, avoir un beau port de main, jouer d'un instrument avec grâce.

    Main, se dit du jeu d'une main sur les instruments à clavier. Il a une main gauche magnifique, il exécute très bien les basses.

    Morceau à quatre mains, se dit d'un morceau écrit pour être exécuté par deux personnes jouant à la fois sur le même piano. Il y a des morceaux à six, à huit, et même à douze mains que l'on exécute sur plusieurs instruments.

    Main harmonique, application de tout le système de la gamme de Guido d'Arrezzo, sur les doigts et les jointures de la main gauche, pour faciliter la mémoire de tous les changements ou muances, et des rapports de cette manière d'écrire avec les lettres et les tétracordes des Grecs.

  • 37Se dit aussi pour caractériser la manière d'agir de la main dans certaines opérations.

    Avoir la main bonne, être adroit dans les ouvrages de la main.

    Avoir la main rompue à l'écriture, à un instrument de musique, avoir la main faite, exercée à écrire, à jouer d'un instrument.

    Il a la main bonne pour chanter et la voix pour écrire, se dit pour signifier qu'il n'a aucune disposition pour l'un ni pour l'autre. On dit aussi : avoir une belle main pour chanter et une belle voix pour écrire.

    Avoir la main légère, se dit d'un cavalier qui se sert bien des aides de la main, d'un chirurgien qui opère avec habileté, d'un joueur d'instrument qui exécute avec aisance et prestesse, d'un homme qui met de la liberté et de la rapidité dans son écriture. On dit de certaines gens qu'ils ont la main lourde ; cet honnête homme-ci ne l'avait pas légère, Marivaux, Pays. parv. 4e part.

    Par extension et familièrement. Avoir la main légère, être léger de la main, être prompt à frapper. Sa main est à frapper, non à donner légère, Regnard, le Joueur, III, 5.

    Avoir la main légère, se dit encore d'un filou qui dérobe adroitement.

    Dans le même sens. Il ne va pas sans ses mains, il n'oublie jamais ses mains, il lui faut regarder plutôt aux mains qu'aux pieds, il n'est pas sûr de sa main, il a les mains crochues faites en chapon rôti, il n'a pas les mains gourdes, il est dangereux de la main, se dit de quelqu'un sujet à dérober.

    Avoir la main sûre, avoir une main ferme, qui ne tremble point.

    Ce peintre a de la main, c'est-à-dire de l'habileté à employer les procédés de son art.

    En musique, avoir de la main, avoir une exécution facile.

    Terme d'escrime. Avoir de la main, tromper les parades finement et avec adresse.

  • 38La dernière main, le dernier travail, celui qui achève une œuvre. Donner la dernière main, une dernière main. Et la dernière main que met à sa beauté Une femme allant en conquête, C'est un ajustement des mouches emprunté, La Fontaine, Fabl. IV, 3. Rien n'a manqué au bonheur ni à l'agrément de ce voyage [en Provence] ; vous y mettrez la dernière main en repassant par Grignan, où nous allons vous attendre, Sévigné, Lett. à Mme de Coulanges, 1er déc. 1690. Le roi est fort content d'avoir mis la dernière main au grand ouvrage de la réunion des hérétiques, Maintenon, Lett. à Mme de St-Géran, 25 oct. 1685. Il [Virgile] ne vécut que cinquante-deux ans, et mourut à Brindes comme il allait en Grèce pour mettre, dans la retraite, la dernière main à son Énéide, qu'il avait été onze ans à composer, Voltaire, Ess. poés. ép. 3. Je repris mon dictionnaire de musique, que dix ans de travail avaient déjà fort avancé, et auquel il ne manquait que la dernière main et d'être mis au net, Rousseau, Confess. XI.
  • 39Donner la main à une étoffe, l'apprêter de manière à la faire paraître plus épaisse.

    À pleine main, qui remplit la main. Ce drap est à pleine main. Des taffetas roses, des satins à pleine main, Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg.

  • 40Main chaude, voy. CHAUD, n° 1.
  • 41 En termes d'équitation, main de la lance, la main droite du cavalier. Main de la bride, la main gauche.

    Main ignorante, cavalier qui ne sait pas saisir les temps, et changer à propos l'emploi de ses forces. Main savante, cavalier qui conduit bien et par des mouvements peu apparents.

    N'avoir pas de main, se dit du cavalier qui se sert mal à propos de la bride.

    Ce cheval est bien fait de la main en avant, il a la tête et l'encolure belles. Il est mal fait de la main en arrière, il est mal fait de la croupe, du train de derrière.

    Ce cheval est entier à une main, il n'a de disposition à tourner que d'un côté. Il tourne à toutes mains, il prend facilement toutes les allures, le pas, le trot, le galop.

    Cheval dans la main, cheval bien dressé.

    Ce cheval est sous la main, se dit d'un cheval de carrosse attelé ou accoutumé de l'être sous la main droite du cocher. Il est hors la main, il est sous la main gauche du cocher.

    Changer de main, porter la tête du cheval d'une main à l'autre pour le faire aller à droite ou à gauche.

    Conduire un cheval de la main, travailler un cheval de la main, le changer de main. Le travailler de la main à la main, le travailler par le seul effet de la bride.

    Hâtez la main, se dit à un écolier de manége pour l'obliger à tourner la main plus vite du côté qu'il manie.

    Tenir la main à un cheval, hausser la main de la bride pour le conduire à sa volonté.

    Tenir un cheval dans la main, en être toujours maître.

    Sentir un cheval dans la main, éprouver par ses mouvements qu'il comprend facilement.

    Mettre un cheval dans la main, lui donner une première position indispensable pour tous les autres exercices.

    Lâcher, rendre la main à un cheval, lui tenir la bride moins courte pour le laisser ou le faire courir.

    Fig. Lâcher la main à quelqu'un, lui donner plus de liberté qu'à l'ordinaire. Et Dieu, qui tient en bride autant qu'il lui plaît les esprits trompeurs, leur lâcha la main, Bossuet, Hist. II, 9.

    Fig. Lâcher la main, diminuer quelque chose de ses prétentions. Lâchez la main ; pour trop avoir on n'a rien, Marivaux, Pays parv. 3e part.

    Baisser la main, même sens que lâcher la main. Sentant son cheval en haleine, il baissa la main et partit, Hamilton, Gramm. 5.

    Forcer la main, se dit d'un cheval qui est insensible aux aides de la bride et qui s'emporte malgré le cavalier.

    Fig. Forcer la main à quelqu'un, le contraindre à faire quelque chose. Pontchartrain résista [à la capitation] ; à la fin, à force de cris et de besoins, les brigues lui forcèrent la main, Saint-Simon, 25, 39. Alors ils se forcent la main, et ils servent le public malgré eux, Condillac, Comm. gouv. I, 22.

    Fig. Avoir la main forcée, faire une chose malgré soi.

    Avoir l'appui, la bouche à pleine main, se dit d'un cheval qui a l'appui ferme, sans peser, sans battre à la main. Mener un cheval en main, le conduire sans être monté dessus.

    Soutenir la main ou tenir la main, tirer la bride, hausser la main de la bride.

    Fig. Tenir la main à quelqu'un, lui être sévère, ne pas lui permettre d'écarts. Vous ne pouvez jamais prendre un plus beau dessein, Et vous faites fort bien de lui tenir la main, Regnard, Fol. am. II, 5. Pour faire tenir la main, il ordonnait que les magistrats des villes où les ariens auraient fait quelque assemblée seraient punis très sévèrement, Fléchier, Hist. de Théodose, III, 25.

    Tenir la main à quelque chose, veiller à ce qu'elle ait son cours. Que ton affection me soit alors sévère, Et tienne comme il faut la main à ma colère, Molière, le Dép. II, 4.

    Fig. Tenir la main à quelque chose, veiller de près à ce qu'on l'exécute. Tous les cabarets pendant la messe doivent être fermés ; le maire y tient la main, Courier, Lett. II, 113.

    Mener un cheval haut la main, tenir la main des rênes haute, pour le soutenir, pour l'empêcher de butter, de tomber, ou pour lui donner la facilité de lever le devant, de faire des courbettes.

    Fig. et adv. Haut la main, avec autorité, en surmontant tous les obstacles avec promptitude. Le frère [de Mlle de Castelnau] n'entendit pas raillerie, et fit faire le mariage et haut la main, Saint-Simon, 132, 209. C'est une faute de dire en ce sens haut à la main, comme fait Saint-Simon dans cet autre exemple : L'abbé de Soubise passa haut à la main, fut admis et reçu dans le chapitre, Saint-Simon, 76, 236. Voy. HAUT, Rem. et nos 5 et 26.

    Partir de la main, se dit d'un cheval qui prend bien le galop.

    Substantivement. Un beau partir de la main, l'action d'un cheval qui part de la main, et court en ligne droite avec légèreté et vitesse.

    Fig. et familièrement. Partir de la main, exécuter avec promptitude, avec empressement ce qui peut être utile et agréable à quelqu'un.

    Gagner de la main, se dit d'un cheval qui prend de l'avance.

    Fig. Gagner de la main, prévenir. Maisons, au sortir de chez moi, alla faire à M. le duc d'Orléans la même proposition avec les mêmes instances, et me gagna de la main, Saint-Simon, 401, 231.

    Ce cheval bat à la main, il secoue la tête et lève le nez. Il tire à la main, il résiste aux efforts du cavalier. Il pèse à la main, il est lourd, dur, pesant à la main, c'est-à-dire, il a la tête pesante, ou il s'appuie sur le mors de manière à lasser la main du cavalier.

    Dans un sens contraire, ce cheval est léger, est sensible à la main.

    Fig. et familièrement. Peser à la main, être à charge, ennuyeux, incommode.

  • 42 Terme de marine. Amarrer bonne main, tenir bon à la main, amarrer sans filer, sans mollir.

    Nœud de main, nœud qui ne nécessite pas que l'on décommette les torons.

    Tirer main sur main, tirer un cordage par un mouvement non interrompu, en replaçant la main à une longueur de bras au-dessus de l'autre après chaque effort.

  • 43 En termes de jurisprudence, saisir entre les mains de quelqu'un, s'opposer à la délivrance des deniers qui sont entre ses mains.

    Donner d'une main et retenir de l'autre, faire donation de quelque chose, sans néanmoins s'en dessaisir.

    Se payer par ses mains, s'indemniser sur ce qu'on a en sa possession et qui appartient à un débiteur. Je m'en vais du soufflet me payer par mes mains, Destouches, Glor. II, 11.

    Fig. Un honnête homme se paye par ses mains de l'application qu'il a à son devoir, par le plaisir qu'il sent à le faire, et se désintéresse sur les éloges, l'estime et la reconnaissance, qui lui manquent quelquefois, La Bruyère, II.

    Vider ses mains, se dessaisir d'une somme qu'on a entre les mains, et la payer à qui il est ordonné par justice.

    Plaider la main garnie, les mains garnies, plaider pour une chose dont on jouit pendant le procès.

    Sans main mettre, sans travailler et sans faire de frais.

    Terme de pratique. Fermer la main, faire une saisie chez un débiteur pour l'empêcher de faire disparaître des valeurs.

    Payer en main brève, payer directement au dernier créancier.

    Terme d'ancienne jurisprudence. Mettre la main au bâton ou à la verge, se dessaisir de son héritage.

    Prendre la main, recevoir le consentement et le serment des parties contractantes.

    Main assise, ancienne manière d'acquérir hypothèque sur les biens d'un débiteur, en mettant la main de la justice sur ces biens. Et déclarons nulles et de nul effet toutes les exécutions, mains assises, mises de fait…, Édit, avril 1675.

    Terme de jurisprudence féodale. Ce vassal ne doit que la bouche et les mains à son seigneur, se disait d'un vassal qui ne devait à son seigneur que la foi et l'hommage

    Réception par main souveraine, jouissance provisoire d'un fief, que le juge royal accordait au vassal, quand la souveraineté était litigieuse.

    Ce fief est dans la main du roi, du seigneur, se disait lorsqu'un fief qui relevait du roi avait été saisi faute d'aveu.

  • 44Termes de jeux de cartes et d'autres jeux. Avoir la main ou tenir la main, être le premier à jouer ; c'est un avantage à certains jeux, par exemple au piquet.

    Tenir la main signifie aussi faire la partie. Au jeu des osselets, deux joueurs seuls tiennent la main ; le reste des joueurs parie pour ou contre, Chateaubriand, Amér. jeux.

    Prendre la main, devenir le premier à jouer. Je pris la main, je jouai encore une demi-heure, Genlis, Théât. d'éduc. Faux amis, II, 11.

    Donner la main, céder à son adversaire l'avantage de cette primauté. Console-moi, marquis, d'une étrange partie Qu'au piquet je perdis hier contre un Saint-Bouvain, à qui je donnerais quinze points et la main, Molière, Fâch. II, 2.

    Perdre la main, perdre cet avantage pour avoir mal donné les cartes.

    Avoir la main, faire la main, donner les cartes ; c'est un avantage à certains jeux, par exemple, ceux où il y a une retourne, le whist, l'écarté.

    Tirer la main, tirer au sort pour savoir qui jouera le premier.

    Pleine main, se dit, à certains jeux, de l'action par laquelle le banquier amène toutes les cartes retournées sur le tapis, avant d'amener la sienne.

    Fig. et populairement. Il a la main chaude, se dit de celui qui gagne plusieurs mains de suite, à certains jeux où le gagnant fait toujours.

    Une main, une levée. J'ai trois mains. Il n'a fait qu'une main. Lever une main.

    Avoir la main heureuse, se dit d'un joueur qui gagne souvent.

    Dans un autre sens, à quelques jeux de cartes, ce joueur a la main bonne, la main heureuse, il est avantageux d'être sous sa coupe, de lui donner à couper.

    Fig. Avoir la main bonne, la main heureuse, réussir ordinairement dans les choses qu'on entreprend. J'ai la main heureuse, l'affaire des Sirven prend le train le plus favorable, Voltaire, Lett. Christin, 14 mars 1769.

    Avoir la main malheureuse, voy. MALHEUREUX.

  • 45Avoir la main, se dit, dans certaines danses, pour conduire la danse ; et rendre la main, pour cesser de conduire la danse. Une troupe de masques entre dans un bal ; ont-ils la main, ils dansent, ils se font danser les uns les autres, ils dansent encore, ils dansent toujours, ils ne rendent la main à personne de l'assemblée, La Bruyère, XVI.
  • 46La main, l'écriture, le caractère d'écriture d'une personne. Madame, dois-je croire un billet de Maurice ? Voyez si c'est sa main, ou s'il est contrefait, Corneille, Héracl. II, 6. Vous connaissez sa main, madame, Corneille, ib. V, 8. Pourquoi désavouer un billet de ma main ? Molière, Mis. IV, 3. Si mon cœur en ces vers ne parlait par ma main, Boileau, Disc. au roi. Du cruel Amurat je reconnais la main, Racine, Bajaz. IV, 3. Cette lettre me parut de la main de Philoclès, Fénelon, Tél. XII. M. de Chevreuse écrivait aisément, agréablement et admirablement bien et laconiquement, pour le style et pour la main, et le dernier est aussi rare, Saint-Simon, 336, 159.

    Une belle main, une belle écriture ; une mauvaise main, une mauvaise écriture. Au lieu du nom de l'effet, on se sert souvent du nom de la cause instrumentale qui sert à le produire : ainsi, pour dire que quelqu'un écrit bien, c'est-à-dire qu'il forme bien les caractères de l'écriture, on dit qu'il a une belle main, Dumarsais, Trop. part. II, art. 2. Je supplie seulement, monsieur, de considérer l'écriture ; il verra que c'est un cadeau que je lui fais ; quelle belle main ! Picard, Ricochets, I, 10.

  • 47Mariage. Offrir, proposer, donner sa main à quelqu'un, lui proposer de l'épouser, l'épouser. On prend soudain au mot les hommes de sa sorte, Et, sans rien hasarder, à la moindre longueur, On leur donne la main dès qu'ils offrent le cœur, Corneille, Mél. II, 4. Et c'est faire un hommage et ridicule et vain, De présenter le cœur et retirer la main, Corneille, la Toison d'or, III, 3. Adieu, donnez la main [mariez-vous], mais gardez-moi le cœur, Corneille, Othon, I, 4. Le don de votre main… La main n'est pas le cœur, Corneille, Suréna, I, 2. Et je vous donne ici ma foi que dès demain Je vais où vous voudrez recevoir votre main, Molière, Éc. des mar. III, 3.

    Il paraît que c'est Corneille qui, à l'imitation des Espagnols qui disent darse las manos pour se marier, a introduit donner la main pour épouser et autres locutions semblables.

    Mariage de la main gauche, mariage qu'un prince ou un seigneur contracte avec une femme d'une condition inférieure, à qui il donne, dans la cérémonie, la main gauche au lieu de la main droite ; le mariage de la main gauche est légitime, mais il n'a pas tous les effets civils. Épouser une femme de la main gauche. La princesse de la Trimouille épouse un comte d'Ochtensilbourg, qui est le plus riche et le plus honnête homme du monde ; vous connaissez ce nom-là ; sa naissance est un peu équivoque ; sa mère était de la main gauche ; toute l'Allemagne soupire de l'outrage qu'on fait à l'écusson de la princesse de Tarente, Sévigné, 421. La main, distinction qui consiste à donner la droite à quelqu'un, ou à la prendre, soit en s'asseyant soit en marchant auprès de lui (sens qui a vieilli). Les généraux en chef des armées du roi avaient eu la main chez les électeurs et un siége légal, Saint-Simon, 162, 137. Alors les ambassadeurs de France prétendaient la main sur les électeurs, Voltaire, Louis XIV, 13. À peine put-il [le prince de Condé] obtenir qu'on lui donnât à Rome le titre d'altesse ; et tous les cardinaux prêtres prirent sans difficulté la main sur lui, Voltaire, Mœurs, 175.

    Donner la main, laisser le côté droit. Je pris le chemin tout contraire, je donnai la main chez moi à tout le monde jusqu'au carrosse, et j'acquis par ce moyen la réputation de civilité à l'égard de beaucoup de gens, Retz, Mém. liv. II, t. I, p. 86, dans POUGENS. On dit qu'il [M. de Noailles] a ordre de ne donner la main qu'aux lieutenants de roi et aux évêques, Sévigné, 20 oct. 1682. Le roi d'Angleterre ne donne pas la main à Monseigneur [le fils de Louis XIV], et ne le reconduit pas, Sévigné, 506. Tout se passa exactement comme la veille, à l'exception de la main, que le roi donna partout chez lui au czar, comme il l'avait eue chez ce prince, Duclos, Mém. rég. Œuv. t. V, p. 294, dans POUGENS.

  • 49La personne elle-même. Je tiens ce cadeau d'une main bien chère. Les bienfaits ne sont pas toujours ce que tu penses ; D'une main odieuse ils tiennent lieu d'offenses, Corneille, Cinna, I, 2. On ne pardonne point en matière d'État ; Plus on chérit la main, plus on hait l'attentat, Corneille, Othon, V, 1. On sait qu'elle [Bérénice] est charmante, et de si belles mains Semblent vous demander l'empire des humains, Racine, Bérén. II, 2. Vous dépendez ici d'une main violente, Racine, Mithr. IV, 2. Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin ? Racine, Athal. II, 7. L'instruction fait tout ; et la main de nos pères Grave en nos faibles cœurs ces premiers caractères, Voltaire, Zaïre, I, 1.

    Changer un jeune homme de main, le remettre à un autre maître. Les protecteurs de Dubois se servirent des progrès du jeune prince pour ne le point changer de main, Saint-Simon, II, 42.

  • 50Agent, instrument. Le gouvernement ne saurait être injuste sans avoir des mains qui exercent ces injustices, Montesquieu, Esp. V, 15.
  • 51L'action, le travail. On n'y peut [chez certaines nations] être distingué par les biens, mais par la main et par les conseils, Montesquieu, Esp. XVIII, 13. L'impôt levé pour le paiement des intérêts de la dette fait tort aux manufactures en rendant la main de l'ouvrier plus chère, Montesquieu, ib. XXII, 17.

    Avoir la main dans une affaire, y coopérer d'une manière cachée. La police avait la main dans le complot, et surveillait les conjurés.

  • 52Force, puissance. Quand le doigt de Dieu paraît, il faut qu'il fasse peur à la main des hommes, Guez de Balzac, De la cour, 6e disc. Si j'ai bien entendu tantôt la politique, Son salut [de Rome] désormais dépend d'un souverain Qui, pour tout conserver, tienne tout en sa main, Corneille, Cinna, V, 1. Seigneur, pour sauver Rome, il faut qu'elle s'unisse En la main d'un bon chef à qui tout obéisse, Corneille, ib. II, 1. Un coup imprévu et qui tenait du miracle délivra la princesse des mains des rebelles, Bossuet, Duch. d'Orl. Nos alliés ont ressenti dans le plus grand éloignement combien la main de Louis était secourable, Bossuet, Mar.-Thér. Le royaume passa des mains des Asmonéens à celles d'Hérode, Bossuet, Hist. II, 5. Elle a étendu sa main sur le pauvre, Fléchier, Dauphine. Quand de vos seules mains ce cœur voudrait dépendre, Racine, Bérén. IV, 5. Elle met dans ma main sa fortune, ses jours, Racine, Bajaz. III, 4. Mais, seigneur, notre gloire est dans nos propres mains, Racine, Iph. I, 2. Craignez de tomber entre les mains de Pygmalion, Fénelon, Tél. III. Il veut me faire périr si je ne vous mets entre ses mains, Fénelon, Tél. III. Dans les pays conquis par les nations germaniques, le pouvoir était dans la main des vassaux, le droit seulement dans la main du prince ; c'était tout le contraire chez les Romains, Montesquieu, Rom. 6. Ce gouvernement renfermait un germe de factions ; il tendait à l'anarchie, et l'autorité devait passer continuellement d'une main dans une autre, Condillac, Hist. anc. I, 13.

    Tenir dans sa main, être maître de. Le stratagème d'Exupère avec toute son industrie a quelque chose un peu délicat et d'une nature à ne se faire qu'au théâtre où l'auteur est maître des événements qu'il tient dans sa main, et non pas dans la vie civile où les hommes en disposent selon leurs intérêts et leur pouvoir, Corneille, Héracl. Exam. Adieu, je tiens le coup, autant vaut, dans ma main, Corneille, la Veuve, II, 7. Un homme de bien, à chaque heure, à chaque moment, a toujours ses affaires faites ; il a toujours son âme en ses mains, prêt à la rendre au premier signal, Bossuet, Bourgoing. Il faut [en parlant d'acteurs] tenir le cœur des hommes dans sa main, il faut arracher des larmes aux spectateurs les plus insensibles, Voltaire, Mél. litt. Parall. d'Horace, etc.

    Être en la main, être dans la puissance de. Mais il est en ta main de le rendre impuissant, Corneille, Imit. IV, 10. Car vous aimez la gloire, et vous savez qu'un roi Ne vous en peut jamais assurer tant que moi ; Il est plus en ma main qu'en celle d'un monarque De vous faire égaler l'amante de Pétrarque, Corneille, Œuvr. div. Sur le départ de Mme la marquise de B. A. T. Pouvez-vous redouter sa haine renaissante, S'il est en votre main de la rendre impuissante ? Corneille, Rodog. III, 4. Sa grâce est en sa main, c'est à lui d'y rêver, Corneille, Poly. III, 3. Tandis que le succès est encore en ma main, Corneille, la Veuve, IV, 6. Une âme craintive qui, commençant à s'éloigner de la loi de Dieu, n'a pas encore perdu de vue ses jugements, se laisse emporter aux premiers péchés, espérant de s'en retirer quand elle voudra, et très assurée, à ce qu'elle pense, d'avoir toujours en main sa conversion, Bossuet, Prem. sermon pour le jeudi de la Passion. …Savez-vous si demain Sa liberté, ses jours seront en votre main ? Racine, Bajaz. I, 3.

    Avoir la main légère, user de son pouvoir, de son autorité avec modération.

    Avoir une main de fer, avoir une autorité dure et despotique.

    Avoir la grande main en quelque chose, y avoir l'autorité supérieure. Il aura la grande main sur tout, Beaumarchais, Mère coupable, I, 4.

    Avoir les mains longues, avoir de grands moyens de servir ou de nuire.

    De faibles mains, des individus sans force. Mais de nos faibles mains que pouvez-vous attendre ? Racine, Iphigénie, V, 3.

  • 53Les mains, la main de Dieu, la puissance divine. De quelque côté qu'ils allassent, la main du Seigneur était sur eux, Sacy, Bible, Juges, II, 15. Le Seigneur étendra sa main, et celui qui donnait secours sera renversé par terre, Sacy, ib. Isaïe, XXXI, 3. Je sais seulement qu'en sortant de ce monde je tombe pour jamais ou dans le néant, ou dans les mains d'un Dieu irrité, Pascal, Pens. IX, 1, éd. HAVET. C'est un appesantissement de la main de Dieu, Pascal, ib. 4. Laissons tout entre les mains de Dieu, Sévigné, 535. C'est ainsi qu'il plaît à la Providence de faire sentir sa main de temps en temps, Sévigné, 1er mars 1684. Laissez-le croître ce roi chéri du ciel [Louis XIV]… et seul, sous la main de Dieu qui sera continuellement à son secours, on le verra l'assuré rempart de ses États, Bossuet, Louis de Bourbon. Dieu a tous les cœurs en sa main, Bossuet, Hist. III, 7. On ne peut s'empêcher de reconnaître la main de Dieu sur cette princesse, Bossuet, Var. 7. Donnez à Dieu vos affections ; nulle force ne vous ravira ce que vous aurez déposé en ses mains divines, Bossuet, Duch. d'Orl. Venez maintenant, pécheurs… venez voir d'où la main de Dieu a retiré la princesse Anne ; venez voir où la main de Dieu l'a élevée, Bossuet, Anne de Gonz. Pendant que tu disais en ton cœur rebelle : je ne puis me captiver, j'ai mis sur toi ma puissante main, et j'ai dit : tu seras ma servante, Bossuet, ib. Elle se soumit plus que jamais à cette main souveraine qui tient du plus haut des cieux les rênes de tous les empires, Bossuet, Reine d'Anglet. Je te plains de tomber dans ses mains redoutables [du Seigneur], Ma fille…, Racine, Athal. II, 5. Dieu tient le cœur des rois entre ses mains puissantes, Racine, Esth. I, 1. Ah ! que ne suis-je né dans l'âge où les humains, Jeunes, à peine encore échappés de ses mains [du Créateur], Près de Dieu par le temps, plus près par l'innocence, Conversaient avec lui, marchaient en sa présence ! Lamartine, Méd. I, 28.

    Les mains de la nature, les forces de la nature. C'est une fleur qui sort des mains de la nature, Regnard, Démocrite, I, 4.

  • 54Possession. Je suis ce que j'étais et je puis davantage ; Et des mêmes présents qu'il verse dans mes mains, J'achète contre lui les esprits des Romains, Corneille, Cinna, I, 2.

    Changer de main, passer d'un maître à un autre. Cette maison a souvent changé de main avant d'être à moi.

    Main se dit aussi, en un sens analogue, de ceux qui détiennent un objet quelconque. Ce livre, je vous le promets, ne sortira pas de mes mains. J'en donnai [de la Conférence] un exemplaire à Mlle de Duras, qui le souhaita… cet exemplaire a passé en plusieurs mains, Bossuet, Confér. avec Claude, Avert.

  • 55Main de justice, nom qu'on donne à une espèce de sceptre, terminé par la figure d'une main d'ivoire, qu'on mettait dans la main de nos rois, lorsqu'on les peignait avec leurs habits royaux.

    Terme de diplomatique. Main de justice, emblème des sceaux de la troisième race ; il se trouve pour la première fois sur celui de Louis X.

    Terme d'ancienne jurisprudence. Main de justice, autorité de la justice, et puissance qu'elle a de faire exécuter ce qu'elle ordonne en contraignant les personnes et procédant sur leurs biens.

    Main de justice, constellation placée entre Pégase, Céphée et Andromède ; elle porte aussi les noms de Sceptre et de Lézard.

  • 56Main se dit aussi des extrémités des animaux, quand il y a un pouce distinct des quatre autres doigts. Le singe a quatre mains. Les animaux qui ont des mains paraissent être les plus spirituels : les singes font des choses si semblables…, Buffon, Hist. nat. hom. t. IV, p. 505. Il se dit des pieds des perroquets. Le perroquet prend avec la main sa nourriture et la porte à son bec.

    Terme de fauconnerie. Le pied des oiseaux de proie, qu'en langage ordinaire, on nomme serre. Main grasse, charnue, de mauvaise qualité. Elle [l'alouette] avait évité la perfide machine, Lorsque, se rencontrant sous la main de l'oiseau, Elle sent son ongle…, La Fontaine, Fabl. VI, 15. Un rossignol tomba dans ses mains [du milan] par malheur, La Fontaine, ib. IX, 18.

    Se dit des deux tarses antérieurs des hexapodes et de l'ensemble des deux derniers articles de la pince des crustacés.

  • 57Sorte d'anse. Ce trône avait six degrés, le haut était rond par derrière, et il avait deux mains, l'une d'un côté et l'autre de l'autre, qui tenaient le siége, Sacy, Rois, III, X, 19.
  • 58Main de fer, une sorte de crampon. Ils faisaient forger des mains de fer pour jeter sur les ouvrages des ennemis et les arracher, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 267, dans POUGENS.

    Fig. Depuis près de deux ans une main de fer serre mon cœur, Staël, Corinne, IV, 1.

    Terme de marine. Demi-anneau qu'on nomme aussi galoche.

  • 59 Terme de jardinage. Mains ou vrilles, filets simples ou divisés au moyen desquels certaines plantes s'accrochent aux corps environnants, comme la vigne, la bryone.
  • 60Pelle de tôle, à manche de bois très court.

    Morceau de bois ou de fer en forme de crochet, qui est attaché à la corde du puits et où l'on met le sceau quand on veut tirer l'eau.

    Pièces de fer dans lesquelles passent les soupentes d'un carrosse.

    Anneau qui sert à tirer un tiroir.

    Main de poulie, le bois ou le fer qui environne la poulie.

    Pièce de fer, recourbée de différentes manières, qui sert à enlever les fardeaux.

    Terme de serrurerie. Pièce de fer recourbée de différentes manières, qui sert à accrocher quelque chose.

    Main coulante, la partie de la rampe d'un escalier, sur laquelle on appuie la main.

    Terme de menuisier. Main de sergent, instrument dont on se sert pour coller ou cheviller l'ouvrage.

    Mains de travail, barres de fer dont les maréchaux se servent pour lever les pieds des chevaux difficiles.

    Terme de sellier. Galons plats qui sont attachés aux côtés des portières du carrosse et à l'aide desquels on se soutient.

    Terme de métallurgie. Les affineurs appellent côté de la main, le côté où ils opèrent le travail. Dans les renardières et dans les feux catalans, le côté de la main, c'est le laiterol.

  • 61 Terme de soierie. Subdivision déterminée d'un paquet de soie d'un certain poids.
  • 62Assemblage de vingt-cinq feuilles de papier. Il vous écrivit l'autre jour une main tout entière de papier, c'était une rapsodie assez bonne, Sévigné, 48.
  • 63Main d'oublies, une poignée d'oublies, sept ou huit oublies.
  • 64Main courante se dit, dans la tenue des livres, du registre autrement appelé brouillon.
  • 65 Terme de marine. Sorte de fourche employée dans une corderie.
  • 66Main de gloire, nom d'un prétendu charme fait avec une racine de mandragore préparée d'une certaine manière, à laquelle les charlatans attribuaient le pouvoir de doubler l'argent qu'on mettait auprès ; main de gloire est une altération de mandegloire, qui à son tour est une altération de mandragore.

    Par suite de la défiguration du mot, main de gloire, nom d'un autre prétendu charme, qui se fait avec la main d'un pendu, enveloppée dans un drap mortuaire.

  • 67Main de mer, nom d'un polypier qui a la figure d'une main avec son poignet, l'alcyon main du diable.

PROVERBES

Les mains noires font manger le pain blanc, c'est-à-dire le travail procure l'aisance.

Une main lave l'autre, on doit se rendre des services réciproques.

Froides mains, chaudes amours, c'est-à-dire le froid de la main indique que la chaleur est concentrée dans le cœur.

REMARQUE

Il achète les vins de première main ; dites avec l'article : de la première main. De première main ne s'emploie que figurément et au sens d'original.

HISTORIQUE

XIe s. [Il] jurrad [jurera] sei dudzime main que…, Lois de Guill. 4. Celui qui l'awera [le bétail] entre meins, ib. 25. Branches d'olives en vos mains porterez, Ch. de Rol. V. Quant le vit Guenes, mit la main à l'espée, ib. XXXIII. Rou devint homs le roi, et ses mains li livra, Du Cange, manus. Tendez vos meins, si clamez Deu merci, Ronc. 56. Ses blanches mains, ses doigts longs et tretis, Couci, V. Et mains jointes [j'] aor [adore], ib. XVI.

XIIIe s. Cil des tors [tours] et des nes [nefs, navires] s'entreferoient des glaives main à main, Villehardouin, CIII. Son avoir [il] mist en bones mains, Bl. et Jehan, 5522. Et li rois Richars estoit très boins chevaliers de sa main, Chr. de Rains, p. 70. Et fu li royaumes en la main as barons, et orent la mainburnie de la damoisiele, ib. 83. Les mains [ils] li ont loié par leur desloyauté, Berte, X. Car des mains au deable maint pecheor [la Vierge] desnoue, ib. XXXIII. À Bertain aaisier met chascune la main, ib. XLIX. Chascun redoutoit moult en leur mains à cheïr [tomber], ib. LXIII. Vous poés quanque vous vodrois Fere de moi, pendre ou tuer ; Bien sai que ge nel puis muer, Car ma vie est en vostre main, la Rose, 1917. Là vint la royne Blanche, et prist son filz par la main et li dist…, Joinville, 281. Il doit estre coronés en Jherusalem, se elle est en mains de crestiens, Ass. de Jérus. I, 29. Chevaliers ne doivent pas estre ensi menez com bourgès, ne bourgès et gens de basse main com chevaliers, Ass. de Jérus. dans DU CANGE, manus. Et les barons qui o lui furent, En la main Dieu de vrai lui mirent, Qu'il assembleront leur navie, Athis, dans DU CANGE, ib. Car c'est li drois neus del vilain, Qu'il soit tos jors de bone main [humble, complaisant] Vers celui de qui a peor [peur], Partonop. V. 2661.

XIVe s. Marcheandant de main en main, Oresme, Eth. 254. Et que s'il ont desir, volenté ou talent De nous veoir aus champs main à main en content, Encor ai-je plus grant desir certainement D'eulx veoir et trouver…, Guesclin. 18202. Pour savoir la verité, la main de justice avoit esté mise aux dites queues [de vin], Du Cange, abattere. Et sera la seureté de tout le vendage desdits moulins prise par main commune de nous, Du Cange, accensamentum. Et vinrent main à main ; là fu grans li tournois, Baud. de Seb. IV, 358. Argent prenoient à toutes mains ; Ils faisoient maulx trop plus que mains [moins], le Liv. du bon Jeh. 2466. Deux mains de pappier, cinq sols, Bulletin du comité de la langue, t. II, n° 1, p. 52. D'un coustel que le dit Jehan tenoit en sa main, il navra cruelement le suppliant en sa main pote [main gauche], Du Cange, manus.

XVe s. Je ne suy pas du lieu venue Que pour fole soye tenue ; En mon linaige n'a [n'y a] putain ; Prenez les vostres par la main Et celles de vostre linaige, Deschamps, Poés. mss. f° 517. À ce parlement dessus dit, Par devant nous, à qui ce touche, Adjournez de main [par écrit] et de bouche, ib. f° 413. J'en oste desormais ma main ; Sain et en bon point le vous carche [je vous en charge] ; Envers Dieu et vous m'en descarche, ib. f° 558. Quant à moy, vos mains y tenez ; Faictes tant qu'on ne m'escondisse, Que je ne soye revoquez, ib. f° 340. Il saisit une main [tasse] d'argent pleine de vin, Lancelot du lac, t. II, f° 5, dans LACURNE. Il y eut là un chevalier breton qui partit de la main, pour en aller avertir Bertrand, Mém. sur Guesclin. ch. 5. Quand le roi de France entendit ce, si en fut durement courroucé ; car trop mieux lui estoit il là à main [le pape] que autre part, Froissart, II, II. 20. Hongrie estoit un trop lointain pays et mal à main pour les François, Froissart, II, II, 233. Là eut fait plusieurs grands appertises d'armes ; et ne s'y espargna le roi d'Angleterre neant, mais il estoit toudis entre les plus drus ; et eut de la main ce jour le plus à faire à messire Eustache de Ribeumont, Froissart, I, I, 328. Si entrerent au chastel main à main [le roi et la comtesse], Froissart, I, I, 165. [Gascons et François] se combattoient main à main moult vaillamment, Froissart, II, II, 6. Ils cheïrent en si bonnes mains, que messire Gautier commanda qu'ils fussent tous occis, Froissart, II, III, 23. Si autres accidents touchans au royaume d'Angleterre leur venoient sur la main, le royaume de Portingal devoit estre retardé, Froissart, II, III, 18. Lors envoya grans messages au roy d'Escoce, et lui requist qu'il vousist oster la main de la bonne cité de Warwick, Froissart, I, I, 55. Si prist hommage [le roi anglois] de la dite duché par la main du comte de Montfort, qui se tenoit et appeloit duc, Froissart, I, I, 152. Et puis chevaucherent à senestre main, et vinrent devant Montreuil Bonnin, Froissart, I, I, 302. Et le comte le tenoit en sa main [le château], Froissart, I, I, 113. Et se deporterent toutes les mains mises des terres [du comte de Saint-Pol] et retournerent toutes à son profit, Froissart, II, II, 74. [Je] bien espere de avoir afaire de vous en aucun temps ; car, se je fais vostre main [procure votre avantage], je veulx aussy que vous faciez la mienne, Perceforest, t. II, f° 98. Après eulx venoient les rois d'armes et heraulx du roy, per à per à ceulx de France et à leur basse main [à main gauche], J. de Saintré, ch. 40. Les François et Gascons estoient montez sur bons et forts chevaux, vistes et bons à la main, et pour ce abbatoient et tomboient tout ce qu'ils trouvoient à eux contraire, Chartier, Hist. de Charles VII. Or purent à ceste fois congnoistre les Genevois [Génois] que main de maistre les gouvernoit, Bouciq. II, 6. Et promettoient et juroient l'ung à l'autre que le premier des deux qui luy pourroit mettre la main dessus, le faire mourir dedans huyt jours, Commines, III, 11. Le duc de Bourgongne plusieurs fois les vouloit appointer, mais il ne le peut ; le pape et l'empereur à la fin y mirent fort la main, Commines, IV, 1. L'ung fist le serment en la main du roy que…, Commines, IV, 8. Pour monstrer que bien tard ung prince se doibt mettre soubz la main d'ung autre, Commines, V, 8. Rendist Cambrai ou la mist en main neutre, Commines, VI, 3.

XVIe s. Le roy preint la royne d'Arragon à la haulte main [par la main droite], et dit à Gonsales : prenez la royne à l'austre costé, Jean D'Auton, Annales de Louis XII, p. 313, dans LACURNE. Mais venant de nostre devis, Tels quels sont faits à l'improvis, Ils [ces vers] vous doyvent aussi chers estre Que s'ils venoyent de main de maistre, Saint-Gelais, 213. La barbe est la plus aisée prise et plus à main que l'on sçauroit avoir sur son ennemy, Amyot, Thésée, 5. Elle envoya secretement luy faire entendre soubs main, que…, Amyot, Lyc. 2. Ce n'estoit pas petite ne legere entreprise, que de vouloir renger à vie pacifique un peuple si hault à la main, si fier et si farouche, Amyot, Numa, 13. Ilz vouloient à toute force venir aux mains, Amyot, Péricl. 51. Ce propos courut incontinent de main en main parmy les jeunes enfans, Amyot, Alc. 4. La risée en alla incontinent de main en main en la plus part du camp, Amyot, Fab. 31. Ciceron avoit ce jour-là attiltré des clercs qui avoient la main fort legere [pour écrire], Amyot, C. d'Utiq. 35. Les plus gens de bien de la ville l'environnoient tout à l'entour, et luy tenoient la main forte, Amyot, Cicéron, 25. Artaxerxes fut surnommé longue-main, pour autant qu'il avoit la main droitte plus longue que la gauche, Amyot, Artax. 1. Mourir par main de bourreau, Montaigne, I, 66. Mettre la main à une chose, Montaigne, ib. I, 72. J'avois ce langage [le latin] si prest et si à main que…, Montaigne, I, 194. Mettre la main sur soy [se tuer], Montaigne, II, 40. Et une belle terre qui estoit là auprès, valant dix-huit-cens livres de rente, qu'un petit advocat à quatre mains avoit acquise, Lanoue, 238. Ayant entendu qu'on seroit contraint de mener les mains [se battre], lui, qui avoit un cœur de lion, voulut estre de la partie, Lanoue, 868. Garigues, autheur de l'abregé de l'almanac, contenant trentequatre mains de papier, vouloit parler, D'Aubigné, Faen. III, 22. Durant que ces deux grands princes estoient accrochez l'un à l'autre, les Allemands toucherent à la main, et firent une seconde assemblée à Augsbourg, D'Aubigné, Hist. I, 22. Mettez la main sur vostre sein, sondez à bon escient vostre constance, D'Aubigné, I, 133. Il donna, pour l'amour de lui, main levée aux biens de Teligny son beau frere, D'Aubigné, ib. 34. Cette troupe entrée dans la multitude du chasteau commence à jouer des mains, D'Aubigné, ib. II, 115. Les hommes de main qui estoient là, bien soustenus par leurs arquebusiers, D'Aubigné, ib. II, 380. Tant qu'on a fait mourir les refformez par les formes de la justice, quelque inique et cruelle qu'elle fust, ils ont tendu les gorges et n'ont point eu de mains, D'Aubigné, ib. III, 457. Tout ce que pourroit faire le chef de vostre maison seroit d'estre en ma main [marcher à mes côtés], Carloix, III, 8. Aussi fut-on contraint de s'en servir et les bien payer avant la main [d'avance], Carloix, IV, 27. Il y avoit d'autres forts, où il fallut mener les mains, faire tranchées, et poincter le canon, Carloix, IV, 32. Et puisque vous estes, dist-elle, tout à main, allez, je vous prie, le saluer mareschal de France, Carloix, VIII, 42. Charge, de laquelle le duc de Guise se lava les mains [se démit], le dit connestable revenu, Carloix, IX, 3. Doit le seigneur lever sa main de ce dont il n'est en discord [en donner main-levée], la saisie tenant pour le surplus, Loysel, 597. Cas sur cas, ou main sur main n'a point de lieu, ains il faut pourvoir par opposition, Loysel, 758. Main generalement prise, signifie tout ce qui est contenu depuis l'arthrodie ou articulation de la teste de l'omoplate, jusqu'au bout et extremité des doigts, mais specialement il ne signifie que ce qui est contenu depuis le bout des os du coulde ou commencement du poignet, jusqu'à la dite extremité des doigts, Paré, IV, 20. Les balzanes des deux mains, c'est-à-dire le blanc ès deux pieds devant [du cheval] n'est guiere bonne marque. - La balzane seule des deux pieds est bonne marque. - La balzane de la main de la bride… la main de la lance. - Le balzan de la main de la bride et du pied de l'estrier, est dict travat ; pareillement, celui qui l'est de la main de la bride et du pied droit, De Serres, 301 et 302. Sera bon, en rabaissant la terre des bords de la fosse, lorsqu'on la reamplit, tout d'une main mesler du fumier parmi la terre, De Serres, 703. Est ici à souhaiter d'estre pourveu de plusieurs mains, soient griffes, cueillers et autres instrumens, pour à la fois retirer tout le fruit du sucre, De Serres, 872. Seule je le traitois sans secours d'estranger, Car, sans plus, de ma main vouloit boire et manger, Ronsard, 790. … Et dansant main à main te conter mes amours, Ronsard, 798. Je trouve fort estrange que le seigneur de Chasteaubriand use de main mise [batte sa femme, Françoise de Foix, maîtresse de François 1er], Marguerite de Navarre, Lett. 3. Celuy n'est pas digne de tenir jugement, qui doubte plus l'homme que Dieu, et si doit estre de bonne conversation ; car la main orde ne peut l'orde nettoyer, Grand coustum. de France, IV, 6. Des donations inter vivos, que l'on nomme de main chaude, Nouv. coust génér. t. I, p. 578. Tous tuteurs sont tenus de rapporter tous deux de main commune et non l'un sans l'autre tous les biens des mineurs, ib. t. I, p. 617. Si vous ne venez à bout de tout, au moins en remporterez vous une bonne main, Ambassades de Bassompierre, t. I, p. 160, dans LACURNE. Ayant fait sa main, et saisi d'une bonne somme de deniers et du meilleur cheval de l'estable, part un beau matin, Nuits de Straparole, t. II, p. 344, dans LACURNE. De mains vides, prieres vaines, Cotgrave Connin [lapin] et vilain, avec la main, Cotgrave Mains blanches sont assez lavées, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 260. Main droite et bouche ronde peut aller par tout le monde, Leroux de Lincy, ib. Attendre de la main gauche [manger toujours sans attendre les absents], Leroux de Lincy, ib. Telle main, telle moufle [gant], Leroux de Lincy, ib. t. II, p. 426.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MAIN.
11à pleines mains. Ajoutez :

À pleine main, au singulier, d'une façon qui remplit la main ; se dit surtout d'une étoffe pour en indiquer le bon tissage, la solidité. Une robe courte en reps noir à pleine main, Cherbuliez, Rev. des Deux-Mondes, 1er oct. 1871, p. 509.

68Armes de main, armes destinées à agir directement ; elles comprennent les armes de choc, les armes tranchantes et les armes aiguës.

Main gauche, dague employée dans les duels, au XVIe siècle, pour parer les coups d'épée ; elle présente, au talon, un logement pour le pouce.

69Traiter à main ferme, traiter avec des gens qui se mettent directement à l'œuvre. M. Orban déclare qu'il maintient son amendement, tendant à ce que l'adjudication ne soit de règle pour les anciennes concessions que lorsque le gouvernement n'aura pu s'entendre avec le concessionnaire pour traiter à main ferme (sénat belge), Journ. offic. 13 mars 1874, p. 1931, 1re col.
70 Arbre à la main, le chiranthodendron platanoides, du Mexique, Baillon, Dict. de bot. p. 257.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MAIN, s. f. (Anatom.) partie du corps de l’homme qui est à l’extrémité du bras, & dont le méchanisme la rend capable de toutes sortes d’arts & de manufactures.

La main est un tissu de nerfs & d’osselets enchâssés les uns dans les autres, qui ont toute la force & toute la souplesse convenables pour tâter les corps voisins, pour les saisir, pour s’y accrocher, pour les lancer, pour les tirer, pour les repousser, &c.

Anaxagore soutenoit que l’homme est redevable à l’usage de ses mains de la sagesse, des connoissances & de la supériorité qu’il a sur les autres animaux. Galien exprime la même pensée d’une maniere différente : suivant lui, l’homme n’est point la créature la plus raisonnable, parce qu’il a des mains, mais celles-ci ne lui ont été données qu’à cause qu’il est le plus raisonnable de tous les animaux : car ce ne sont point les mains de qui nous tenons les arts, mais de la raison, dont les mains ne sont que l’organe. De usu part. lib. I. cap. iij.

La main, en terme de Medecine, s’étend depuis l’épaule jusqu’à l’extrémité des doigts, & se divise en trois parties ; la premiere s’étend depuis l’épaule jusqu’au coude, & s’appelle proprement bras, brachium, voyez Bras ; la seconde depuis le coude jusqu’au poignet, & s’appelle l’avant-bras ; & la troisieme la main proprement dite. Celle-ci se divise encore en trois parties, le carpe, qui est le poignet, le métacarpe, qui est la paume de la main ; enfin les cinq doigts. Ces mots sont expliqués selon leur ordre. Voyez Carpe, Métacarpe & Doigts.

Les mains sont si commodes & les ministres de tant d’arts, comme dit Ciceron, qu’on ne peut trop en admirer la structure : cependant cette partie du corps humain, qui est composée du carpe, du métacarpe & des doigts, n’est point exempte des jeux de conformation. Je n’en citerai pour preuve qu’un seul fait tiré de l’histoire de l’académie des Sciences, année 1733.

M. Petit a montré à cette académie en 1727, un enfant dont les bras étoient difformes : la main étoit jointe à la partie latérale antérieure de l’extrémité de l’avant-bras, & renversée de maniere qu’elle formoit avec l’avant-bras un angle aigu ; elle avoit un mouvement manifeste, mais de peu d’étendue. Cette main n’avoit que quatre doigts d’une conformation naturelle dans leur longueur, leur grosseur & leur articulation ; il n’y avoit point de pouce ; les doigts étoient dans le creux de la main ; l’annulaire & le petit doigt étoient par dessus & se croisoient avec eux. Cette main avoit 12 à 14 lignes de largeur & 28 de longueur en étendant les doigts & en comprenant le carpe.

La main est le sujet de la chiromancie, qui s’occupe à considérer les différentes lignes & éminences qui paroissent sur la paume de la main, & à en donner l’explication. Voyez Chiromancie.

Chez les Egyptiens la main est le symbole de la force ; chez les Romains c’est le symbole de la foi ; & elle lui fut consacrée par Numa avec beaucoup de solemnité.

Mains, on appelle en Botanique les mains des plantes, ce que les Latins on nommé capreoli, claviculi, claviculæ ; ces mains sont des filets qui s’entortillent contre les plantes voisines & les embrassent fortement, ainsi que l’on voit en la vigne, en la couleuvrée, & en la plûpart des légumes. On les nomme aussi des vrilles, voyez Vrilles, Botanique. (D. J.)

Main de mer, (Insectol.) fucus manum referens, Tourn. production d’insectes de mer. Sa substance est fongueuse & de la nature des agarics ; elle est couverte de quantité de petites bossettes. « Lorsqu’on les regarde attentivement dans l’eau de mer, on voit qu’il s’en éleve insensiblement de petits corps cylindriques & mobiles d’une substance blanche & transparente, hauts d’environ trois lignes & demie, & larges d’une ligne ; ils disparoissent dès qu’ils ne baignent plus dans l’eau de mer. Les mains de mer varient beaucoup dans leurs figures, cependant la plûpart ont une base cylindrique plus ou moins évasée, chargée de plusieurs petits corps cylindriques longs d’environ un pouce & demi, représentant autant de doigts blancs, rouges, ou d’un jaune orangé : toute la superficie de ce corps chagrinée par les mamelons dont toute son écorce est couverte ; mamelons de différente grandeur dont le diametre dans les plus grands est d’une ligne. Ils sont chacun étoilés par la disposition de huit rayons qui ont leurs pointes dirigées vers le centre. Les mamelons étoilés de ce corps s’ouvrent lorsqu’il est plongé dans l’eau de la mer ; & chacun des rayons qui forment ces especes d’étoiles se relevant alors, donne passage à une espece de cylindre creux, membraneux, blanc & transparent, qui parvenu à la hauteur de trois lignes & demie, représente une petite tour terminée par huit petites découpures en forme de crénaux aigus. Toutes ces découpures sont elles-mêmes chargées à leur extrémité de petites éminences en maniere de cornes, & de chacune de ces découpures nait un filet délié, jaunâtre, aboutissant à la base de cette espece de petite tour, & qui paroît sur la membrane transparente dont elle est formée. Sa base est tellement environnée de ces huits rayons, qu’elle fait corps avec eux. Entre ces manieres de crénaux on voit un plancher concave percé dans son milieu, au-dessous duquel est placée dans l’intérieur de cette tour une espece de vessie allongée, jaunâtre, qui à sa base est garnie de cinq filets déliés, extérieurement courbés en arc près de leur origine, & ensuite perpendiculaires & plus gros à leur extrémité.

» Telle est l’apparence de ce qui sort de chacun des mamelons de la main de mer tant qu’elle est dans l’eau de la mer ; & ce qui ne laisse aucun doute que ce soit des animaux, c’est que pour peu qu’on en touche quelques-uns, on voit leur cornes, que nous avons comparées à des crénaux, se recourber & se retirer vers le centre du plancher qui est au sommet de ces sortes de tours, & ne représenter plus qu’autant de cylindres dont l’extrémité est arrondie, lesquels, si l’on continue à les toucher, rentrent insensiblement dans la cavité d’où ils étoient sortis, & reparoissent peu de tems après sous leur premiere forme, ce qui arrive de même lorsqu’on leur ôte ou qu’on leur donne l’eau de mer.

» Le corps de la main de mer considérée intérieurement est de substance fongueuse, plus molle que celle de son extérieur qui est coriace ; & par la quantité des tuyaux dont il est percé, aboutissant aux mamelons extérieurs, ressemble aux loges d’un gâteau d’une ruche, chacune desquelles contient le petit polype que j’ai décrit, & un peu d’eau roussâtre ». Mem. de l’acad. royale des Scienc. année 1740, par M. de Jussieu.

Mains, (Critique sacrée.) manus selon la vulgate. Ce mot dans l’Ecriture sainte se prend quelquefois pour l’étendue : hoc mare magnum & spaciosum manibus, Job xxviij. 8. Il se prend aussi pour la puissance du saint-Esprit, qui se fait sentir sur un prophete : Facta est super eum manus Domini. Ezech. iij. 22. Dieu parle à son peuple par la main des prophetes, c’est-à-dire par leur bouche. La main élevée marque la force, l’autorité. Ainsi il est dit que Dieu a tiré son peuple de l’Egypte la main haute & élevée. Cette expression marque aussi l’insolence du pécheur qui s’éleve contre Dieu, peccare elatâ manu. La main exprime encore la vengeance que Dieu exerce contre quelqu’un : la main du Seigneur s’appesantit sur les Philistins ; il se met pour fois. Daniel & ses compagnons se trouverent dix mains plus sages que tous les magiciens & les devins du pays. Jetter de l’eau sur les mains de quelqu’un, c’est le servir : ainsi Elisée jettoit de l’eau sur les mains d’Elie, c’est-à-dire qu’il étoit son serviteur. Laver ses mains dans le sang des pécheurs, c’est approuver la vengeance que Dieu tire de leur iniquité. Le juste lave ses mains parmi les innocens, c’est-à-dire est lié d’amitié avec eux. Pilate lave ses mains pour marquer qu’il est innocent de la mort de Jesus-Christ. Baiser la main est un acte d’adoration. Si j’ai vu le soleil dans son éclat, & si j’ai baisé ma main, dit Job. Remplir ses mains, signifie entrer en possession d’une dignité sacerdotale, parce que dans cette cérémonie on mettoit dans les mains du nouveau prêtre les parties de la victime qu’il devoit offrir. Donner les mains signifie faire alliance,jurer amitié. Les Juifs disent qu’ils ont été obligés de donner les mains aux Egyptiens pour avoir du pain, c’est-à-dire de se rendre à eux. (D. J.)

Mains, (Antiq. rom.) Le grand nombre de mains chargées quelquefois de symboles de diverses divinités qui se trouvent parmi les anciens monumens, désignent des accomplissemens de vœux. Elles étoient appendues dans les temples des dieux à qui elles étoient vouées, en reconnoissance de quelque faveur signalée reçue, ou de quelque miraculeuse guérison. S. Athanase a cru que ces mains & toutes les autres parties du corps prises séparément, étoient honorées par les gentils comme des divinités. On peut reprocher aux payens tant d’objets réels d’idolâtrie, qu’il ne faut pas leur en attribuer de faux. (D. J.)

Main, (Littérat.) L’inégalité que la coutume, l’éducation & les préjugés ont mis entre la main droite & la main gauche, est également contraire à la nature & au bon sens.La nature a dispensé ses graces avec une proportion égale à toutes les parties des corps régulierement organisés. L’oreille droite n’entend pas mieux que la gauche ; l’œil gauche voit également comme l’œil droit ; & l’on ne marche pas plus aisément d’un pié que de l’autre. L’anatomie la plus délicate ne remarque aucune différence sensible entre les nerfs, les muscles & les vaisseaux des parties doubles des enfans bien conformés. Si telle observation n’a pas lieu dans les corps plus avancés en âge, c’est une suite de l’usage abusif qui nous assujettit à tout faire de la main droite & à laisser la gauche dans une inaction presque continuelle : d’où il résulte un écoulement beaucoup plus considérable des sucs nourriciers dans la main qui est toujours en action, que dans celle qui se repose. Il seroit donc à souhaiter qu’au lieu de corriger les enfans qui usent indifféremment de l’une ou l’autre main, on les accoutumât de bonne heure à se servir de leur ambi-dextérité naturelle, dont ils tireroient de grands avantages dans le cours de la vie. Platon le pensoit ainsi, & désaprouvoit extrémement la préférence dont on honoroit déja de son tems la main droite au préjudice de la gauche ; il soutenoit avec raison qu’en cela les hommes n’entendoient pas leurs vrais intérêts, & que, sous le prétexte ridicule du bon air & de la bonne grace, ils se privoient eux-mêmes de l’utilité qu’ils pouvoient retirer en mille rencontres de l’usage des deux mains. Il est étonnant que dans ces derniers siecles on ne se soit pas avisé de renouveller dans l’art militaire l’exercice ambi-dextre, qui donne une grande supériorité à ceux qui y sont dressés. Henri IV. fit sortir de ses gendarmes cinq bons sujets, par la seule raison qu’ils étoient gauchers, tant les préjugés de la mode & de la coutume ont de force sur l’esprit des hommes ! (D. J.)

Mains-jointes. (Art numismat.) Le type de deux mains-jointes est fréquent sur les médailles latines & égyptiennes ; il a pour légende ordinaire concordia exercituum. En effet, Tacite nous apprend que du tems de Galba, c’étoit une coûtume déja ancienne, que les villes voisines des quartiers des légions leur envoyassent deux mains-jointes en signe d’hospitalité : miserat civitas Lingonum, vetere instituo, dona legionibus, dextras hospitii insigne. Et pendant la guerre civile d’Othon & de Vitellius, Sisenna, centurion, porte de Syrie à Rome aux prétoriens des figures de main droite pour gage de la concorde que vouloit entretenir avec eux l’armée de Syrie : centurionem, Sisenna dextras, concordiæ insignia, syriaci exercitûs nomine ad prætorianos ferentem. Ces symboles étoient représentés en bas-relief sur l’airain & sur le marbre, qui devenoient dignes de l’attention des princes, quand ces monumens avoient pour objet les affaires publiques ; les particuliers mêmes ornoient de ces figures les monumens de famille. Sur un marbre trouvé dans l’ancien pays des Marses, se voyent deux mains-jointes pour symbole de la foi conjugale, & au-dessus une inscription donnée par M. Muratori : D. M. S. Q. Ninnio, Q. F. strenuo Seviro aug. titecia januaria conjugi B. M. F. & sibi. (D. J.)

Main harmonique, (Musique.) est, en musique, le nom que donna l’Arétin à une figure, par laquelle il expliquoit le rapport de ses hexacordes, de ses sept lettres, & de ses six syllabes aux cinq tetracordes des Grecs. Cette figure représentoit une main gauche, sur les doigts de laquelle étoient marqués tous les sons de la gamme avec leurs lettres correspondantes, & les diverses syllabes dont on les devoit nommer selon la regle des muances, en chantant par béquarre ou par bémol. Voyez Gamme, Muances, Solfier, &c. (S)

Main, (Marine.) sorte de petite fourche de fer, dont on se sert à tenir le fil de caret dans l’auge quand on le gaudronne.

Main, (Jurisprud.) Ce terme a dans cette matiere plusieurs significations différentes. Il signifie souvent puissance, autorité, garde, conservation, &c.

Mettre en sa main, c’est saisir féodalement ; mettre sous la main de justice, c’est saisir & arrêter, saisir-exécuter, ou saisir réellement.

Le vassal doit à son seigneur la bouche & les mains, c’est-à-dire, qu’il doit joindre ses mains en celle de son seigneur en lui faisant la foi & hommage, & que le seigneur le baise en la bouche en signe de protection.

Les autres significations du terme main vont être expliquées dans les divisions suivantes, où ce terme se trouve joint avec un autre. (A)

Main-assise ou Main-mise, est une des trois voies usitées dans certaines coûtumes, telles qu’Amiens & Artois, & autres coûtumes de Picardie & de Champagne, qu’on appelle coûtumes de nantissement. Pour acquérir droit réel d’hypotheque sur un héritage, on fait une espece de tradition feinte de l’héritage par dessaisine, ou par main-assise, ou par mise de fait.

Pour acquérir droit réel par main-assise, le créancier auquel le débiteur a accordé le pouvoir d’user de cette voie, c’est-à-dire, de faire asseoir la main de justice sur l’héritage pour sûreté de sa créance, obtient une commission du juge immédiat ; ou, si les héritages sont situés sous différentes justices immédiates, il obtient une commission du juge supérieur ; en vertu de cette commission, l’huissier ou sergent qui exploite déclare par son procès verbal qu’il asseoit la main de justice sur l’héritage, &, en cas de contestation, il assigne le débiteur & le seigneur de l’héritage pour consentir ou débattre la main-assise & voir ordonner qu’elle tiendra, sur quoi le créancier obtient sentence qui prononce la main-assise, s’il y échet.

On ne peut procéder par main-assise qu’en vertu de lettres authentiques, & néanmoins il faut une commission pour assigner ceux qui s’opposent à la main-assise. Voyez les notes sur Artois, art. 1, & de Heu sur Amiens, art. 247 & suivans. (A)

Basse Main. Gens de basse main étoient les roturiers, & singulierement le menu peuple. On distinguoit les bourgeois des gens de basse main. Voyez les assises de Jérusalem, chap. ij. (A)

Main au baton ou a la verge. Mettre la main au bâton, &c. c’est se désaisir d’un héritage pardevant le seigneur féodal ou censuel dont il est tenu, ou pardevant ses officiers. Cette expression vient de ce qu’anciennement le vest & devest, la saisine & la dessaisine se faisoient par la tradition d’un petit bâton. Amiens, art. 33 ; Laon, art. 126 ; Reims, 165 ; Chauny, 30 ; Lille, 80. Voyez Lauriere en son glossaire au mot main. (A)

Main-bournie, (Jurisprud.) signifie garde, tutelle, administration, & quelquefois aussi puissance paternelle, protection. Il en est parlé dans les lois ripuariennes, tit. de tabulariis, art. 14 & 15 ; la reine, ses enfans qui sont en sa main-bournie, c’est-à-dire, en sa garde. (A)

Main breve ou abregée, brevis manus, signifie en droit une fiction par laquelle, pour éviter un circuit inutile, on fait une compensation de la tradition qui devoit être faite de part & d’autre de quelque chose, comme dans la vente d’une chose que l’on tenoit déja à titre de prêt.

On fait de même par main breve un payement, lorsque le débiteur au lieu de le faire directement à son créancier, le fait au créancier de son créancier. Voyez Main longue. (A)

Conforte Main, voyez Confortement.

Main-ferme, manu firmitas, signifioit autrefois un bail à rente de quelques héritages ou terres roturieres. Quelquefois par main-ferme on entendoit tous les héritages qui n’étoient point fiefs, on les appelloit ainsi eò quòd manu donatorum firmabantur. On en trouve des exemples fort anciens, entr’autres un dans le cartulaire de Vendôme de l’an 1002. Boutillier qui vivoit en 1460, en parle dans sa somme rurale, & dit que tenir en main-ferme, c’est tenir une terre en cotterie ; que c’est un fief qui n’est tenu que ruralement. Voyez Fief-rural.

La main-ferme étoit en quelque chose différente du bail à cens. Voyez M. de Lauriere en son glossaire au mot Main-ferme. Voyez Fief-ferme. (A)

Main forte, (Jurisprud.) est le secours que l’on prête à la justice, afin que la force lui demeure & que ses ordres soient exécutés.

Quand les huissiers & sergens, chargés de mettre quelque jugement à exécution, éprouvent de la résistance, ils prennent main-forte, soit des records armés, soit quelque détachement de la garde établie pour empêcher le désordre.

La maréchaussée est obligée de prêter main-forte pour l’exécution des jugemens tant des juges ordinaires, que de ceux d’attribution & de privilege.

Les juges d’église ne peuvent pas employer main-forte pour l’exécution de leurs jugemens, ils ne peuvent qu’implorer l’aide du bras séculier. Voyez Bras séculier.

Main-forte se dit aussi des personnes puissantes qui possedent quelque chose. (A)

Main-garnie, (Jurisprud.) signifie la possession de la chose contestée. Quand on fait une saisie de meubles, on dit qu’il faut garnir la main du roi ou de la justice, pour dire qu’il faut trouver un gardien qui s’en charge.

Le seigneur plaide contre son vassal main-garnie, c’est-à-dire, qu’ayant saisi le fief mouvant de lui, il fait les fruits siens pendant le procès, jusqu’à ce que le vassal ait fait son devoir.

On dit aussi que le roi plaide toujours main-garnie, ce qui n’a lieu néanmoins qu’en trois cas :

Le premier, est lorsqu’il a saisi féodalement, &, dans ce cas, ce privilege lui est commun avec tous les seigneurs de fief.

Le second cas, est lorsqu’il s’agit de quelque bien ou droit notoirement domanial, comme justice, péage, tabellionage.

Le troisieme, est lorsque le roi est en possession du bien contesté ; car comme il n’y a jamais de complainte contre le roi, il jouit par provision pendant le procès.

Mais, hors les cas que l’on vient d’expliquer, le roi ne peut pas durant le procès déposséder le possesseur d’un héritage ; ainsi il n’est pas vrai indistinctement qu’il plaide toujours main-garnie. Voyez Bacquet en son tit. du droit d’aubaine, ch. xxxvj, art. 2, & tit. des droits de justice : Dumoulin, sur Paris, art. LII, n. 27 & suivans.

On appelle aussi main-garnie la saisie & arrêt que le créancier, fondé en cédule ou promesse, peut faire sur son débiteur en vertu d’ordonnance de justice. Cela s’appelle main-garnie, parce que l’ordonnance qui permet de saisir, s’obtient sur simple requête avant que le créancier ait obtenu une condamnation contre son débiteur. (A)

Grande-Main, (Jurisprud.) c’est la main du roi en matiere féodale, relativement aux autres seigneurs ; lorsqu’il y a combat de fief entre deux seigneurs, le vassal se fait recevoir en foi par main souveraine, parce que le roi a la grande-main, c’est-à-dire que tous les fiefs relevent de lui médiatement ou immédiatement, & que tout est présumé relever de lui directement, s’il n’y a titre ou possession au contraire. (A)

Main de justice, (Jurisprud.) on entend par ce terme l’autorité de la justice & la jouissance qu’elle a de mettre à effet ce qu’elle ordonne en contraignant les personnes & procédant sur leurs biens. Cette puissance qui émane du prince, de même que le pouvoir de juger est représentée par une main d’ivoire qui est au-dessus d’une verge. On représente ordinairement les princes souverains & la justice personnifiée sous la figure d’une femme tenant un sceptre d’une main & de l’autre la main de justice, laquelle est une marque de puissance, comme le sceptre, la couronne & l’épée.

Les huissiers & sergens qui sont les ministres de la justice & chargés d’exécuter ses ordres, sont pour cet effet dépositaires d’une partie de son autorité qui est le pouvoir de faire des commandemens, de saisir toutes sortes de biens, de vendre les meubles saisis, d’emprisonner les personnes quand le cas y échet ; c’est pourquoi lorsque l’on fait la montre du prevôt de Paris, les huissiers & sergens y portent entre autres attributs la main de justice.

Mettre des biens sous la main de justice, c’est les saisir, les mettre en sequestre ou à bail judiciaire.

Cependant mettre en sequestre ou à bail judiciaire est plus que mettre simplement sous la main de justice ; car le sequestre désaisit, au lieu qu’une saisie qui met simplement les biens sous la main de justice, ne désaisit pas.

Lorsque la justice met simplement la main sur quelque chose, c’est un acte conservatoire qui ne préjudicie à personne, comme dit Loisel en ses Inst. liv. V. tit. 4. regle 30. (A)

Main-levée, (Jurisprud.) est un acte qui leve l’empêchement résultant d’une saisie ou d’une opposition. On l’appelle main-levée, parce que l’effet de cet acte est communément d’ôter la main de la justice de l’autorité de laquelle avoit été formé l’empêchement ; on donne cependant aussi main-levée d’une opposition sans ordonnance de justice ni titre paré.

On donne main-levée d’une saisie & arrêt, d’une saisie & exécution, d’une saisie réelle, & d’une saisie féodale.

En fait de saisie réelle, la main-levée donnée par le poursuivant, ne préjudicie point aux opposans, parce que tout opposant est saisissant.

Lorsqu’on statue sur l’opposition formée à une sentence, ce n’est pas par forme de main-levée ; on déclare non-recevable dans l’opposition ou bien l’on en déboute ; & si c’est l’opposant qui abandonne son opposition, il se sert du terme de désistement.

Les oppositions que l’on efface par le moyen de la main-levée sont des oppositions extrajudiciaires, telles qu’une opposition à une publication de bans, à la célébration d’un mariage, à une saisie réelle, ou entre les mains de quelqu’un pour empêcher qu’il ne paye ce qu’il doit au débiteur de l’opposant.

La main-levée peut être ordonnée par un jugement ou consentie par le saisissant ou opposant, soit en jugement ou dehors.

On distingue plusieurs sortes de main-levées, savoir :

Main-levée pure & simple, c’est-à-dire, celle qui est ordonnée ou consentie sans aucune restriction ni condition.

Main-levée en donnant caution ; celle-ci s’ordonne en trois manieres différentes ; savoir, en donnant caution simplement, ce qui s’entend d’une caution resseante & solvable ; ou à la caution des fonds, ou bien à la caution juratoire.

Main-levée provisoire, est celle qui est ordonnée ou consentie par provision seulement, & pour avoir son effet en attendant que les parties soient réglées sur le fond.

Main levée définitive, est celle qui est accordée sans aucune restriction ni retour ; lorsqu’il y a eu d’abord une main-levée provisoire, on ordonne, s’il y a lieu, qu’elle demeurera définitive.

Main-levée en payant, c’est lorsque les saisies sont valables, le juge ordonne que le débiteur en aura main-levée en payant. Voyez Empêchement, Opposition, Saisie. (A)

Main-liée, (Jurisprud.) signifie l’état de celui qui est dans un empêchement de faire quelque chose ; on a les mains liées par une saisie ou opposition ou par un jugement qui défend de faire quelque chose. Voyez Main-levée. (A)

Main-longue, fictio longa manus, en droit est une tradition feinte qui se fait en donnant la faculté d’appréhender une chose que l’on montre à quelqu’un ; on use de cette fiction dans la tradition des biens immeubles & dans celles des choses mobiliaires d’un poids considérable, & que l’on ne peut mettre dans la main.

On entend aussi quelquefois par main-longue le pouvoir du prince ou de quelque autre personne puissante : on dit en ce sens que les rois & les ministres ont les mains longues, pour dire qu’ils savent bien trouver les gens quelque part qu’ils soient. (A)

Main-mettre, (Jurisprud.) du latin manu-mittere, signifie affranchir quelqu’un de la condition servile.

On dit aussi sans main mettre, pour dire sans user de main-mise. Voyez ; ou bien pour signifier sans frais ni dépense, comme quand on dit que les dixmes champart & droits seigneuriaux viennent sans main-mettre, c’est-à-dire sans frais de culture. (A)

Main-mis, manu-missus, signifie celui qui est affranchi de servitude. Coutume de la Rue d’indre, art. 19. Voyez Affranchissement, Main-morte, Serf. (A)

Main-mise, (Jurisprud.) en général signifie toute saisie ; elle est ainsi appellée parce que la justice met en sa main les choses saisies de son autorité.

On entend ordinairement par main-mise la saisie féodale, qui dans quelques coutumes est appellée main-mise féodale. Berry, tit. V. article 10, 13, 14, 24, 55, & tit. IX, article 82.

Le terme de main-mise se prend aussi quelquefois pour certaines voies de fait employées contre la personne de quelqu’un en le frappant & le maltraitant ; & l’on dit en ce sens qu’il n’est pas permis d’user de main-mise. Voyez Main assise.

On appelloit aussi autrefois main mise du latin manu-missio, l’affranchissement que les seigneurs faisoient de leurs serfs. Voyez ci devant Main-mis, & ci-après Main-mortable, Main-morte, Serf. (A)

Main-mortable, (Jurisprud.) est celui qui est de condition servile, & sujet aux droits de main-morte.

On appelle aussi biens main-mortables, ceux qui appartiennent aux serfs & gens de main-morte ou de morte main. Voyez Main-morte. (A)

Main-morte, signifie puissance morte, ou l’état de quelqu’un qui est sans pouvoir à certains égards, de même que s’il étoit mort. Ainsi on appelle gens de main-morte ou main-mortables, les serfs & gens de condition servile qui sont dans un état d’incapacité qui tient de la mort civile.

On appelle aussi les corps & communautés gens de main-morte, soit parce que les héritages qu’ils acquierent tombent en main-morte & ne changent plus de main, ou plutôt parce qu’ils ne peuvent pas disposer de leurs biens non plus que les serfs sur lesquels le seigneur a droit de main-morte. On distingue néanmoins les main-mortables des gens qui sont simplement de main-morte.

Les main-mortables sont des serfs ou personnes de condition servile : on les appelle aussi vilains, gens de corps & de pot, gens de main-morte & de morte main.

Il n’y a de ces main-mortes que dans un petit nombre de coutumes les plus voisines des pays de droit écrit, comme dans les deux Bourgognes, Nivernois, Bourbonnois, Auvergne, &c.

L’origine de ces main-mortes coutumieres vient des Gaulois & des Germains ; César en fait mention dans ses Commentaires, lib. VI. Plebs pœnè servorum habetur loco, quæ per se nihil laudet & nulli adhibetur consilio, plerique cum aut ære alieno, aut magnitudine tributorum, aut injuriâ potentiorum premuntur, sese in servitutem dicant nobilibus, ins hos eadem omnia sunt jura quæ dominis in servos.

Le terme de main-morte vient de ce qu’après la mort d’un chef de famille serf, le seigneur a droit dans plusieurs coutumes de prendre le meilleur meuble du défunt, qui est ce que l’on appelle droit de meilleur catel.

Anciennement lorsque le seigneur du main-mortable ne trouvoit point de meuble dans la maison du décédé, on coupoit la main droite du défunt, & on la présentoit au seigneur pour marquer qu’il ne le serviroit plus. On lit dans les chroniques de Flandres qu’un évêque de Liege nommé Albero ou Adalbero, mort en 1142, abolit cette coutume qui étoit ancienne dans le pays de Liege.

La main-morte ou servitude personnelle est appellée dans quelques provinces condition serve, comme en Nivernois & Bourbonnois ; en d’autres taillabilité, comme en Dauphiné & en Savoie, dans les deux Bourgognes & en Auvergne, on dit main-morte.

Il est assez évident que la main-morte tire son origine de l’esclavage qui avoit lieu chez les Romains, & dont ils avoient étendu l’usage dans les Gaules ; en effet la main-morte a pris naissance aussi-tôt que l’esclavage a cessé ; elle est devenue aussi commune. Les main-mortables sont occupés à la campagne au même travail dont on chargeoit les esclaves, & il n’est pas à croire que l’on ait affranchi purement & simplement tant d’esclaves dont on tiroit de l’utilité, sans se reserver sur eux quelque droit.

Enfin l’on voit que les droits des seigneurs sur les main-mortables, sont à-peu-près les mêmes que les maîtres ou patrons avoient sur leurs esclaves ou sur leurs affranchis. Les esclaves qui servoient à la campagne, étoient glebæ adscriptitii, c’est-à-dire qu’ils furent déclarés faire partie du fond, lequel ne pouvoit être aliéné sans eux, ni eux sans lui.

Il y avoit aussi chez les Romains des personnes libres qui devenoient serves par convention, & s’obligeant à cultiver un fonds.

En France, la main-morte ou condition serve se contracte en trois manieres ; savoir, par la naissance, par une convention expresse, ou par une convention tacite, lorsqu’une personne libre vient habiter dans un lieu mortaillable.

Quant à la naissance, l’enfant né depuis que le pere est mortaillable, suit la condition du pere ; secus, des enfans nés avant la convention par laquelle le pere se seroit rendu serf.

Ceux qui sont serfs par la naissance sont appellés gens de poursuite, c’est-à-dire, qu’ils peuvent être poursuivis pour le payement de la taille qu’ils lui doivent, en quelque lieu qu’ils aillent demeurer.

Pour devenir mortaillable par convention expresse, il faut qu’il y ait un prix ou une cause légitime, mais la plupart des main-mortes sont si anciennes que rarement on en voit le titre.

Un homme libre devient mortaillable par convention tacite, lorsqu’il vient demeurer dans un lieu de main-morte, & qu’il y prend un meix ou tenement servile ; car c’est par-là qu’il se rend homme du seigneur.

L’homme franc qui va demeurer dans le meix main-mortable de sa femme, peut le quitter quand bon lui semble, soit du vivant de sa femme ou après son décès dans l’an & jour, en laissant au seigneur tous les biens étant en la main-morte, moyennant quoi il demeure libre ; mais s’il meurt demeurant en la main-morte, il est reputé main-mortable, lui & sa postérité.

Quand au contraire une femme franche se marie à un homme de main-morte, pendant la vie de son mari elle est reputée comme lui de main-morte ; après le decès de son mari, elle peut dans l’an & jour quitter le lieu de main-morte, & aller demeurer en un lieu franc, moyennant quoi elle redevient libre, pourvû qu’elle quitte tous les biens mainmortables que tenoit son mari, mais si elle y demeure plus d’an & jour, elle reste de condition mortaillable.

Suivant la coutume du comté de Bourgogne, l’homme franc affranchit sa femme mainmortable, au regard seulement des acquêts & biens-meubles faits en lieu franc, & des biens qui lui adviendront en lieu de franchise ; & si elle trépasse sans hoirs de son corps demeurant en communion avec lui, & sans avoir été séparés, le seigneur de la main-morte dont elle est née emporte la dot & mariage qu’elle a apporté, & le trousseau & biens-meubles.

Les main-mortables vivent ordinairement ensemble en communion, qui est une espece de société non seulement entre les différentes personnes qui composent une même famille, mais aussi quelquefois entre plusieurs familles, pourvû qu’il y ait parenté entre elles. Il y en a ordinairement un entr’eux qui est le chef de la communion ou communauté, & qui administre les affaires communes ; les autres sont ses communiers ou co-personniers.

La communion en main-morte n’est pas une société spéciale & particuliere, & n’est pas non plus une société pure & simple de tous biens ; car chacun des communiers conserve la propriété de ceux qu’il a ou qui lui sont donnés dans la suite, & auxquels il succede suivant le droit & la coutume, pour la prélever lorsque la communion cessera. Cette société est générale de tous biens, mais les associés n’y conferent que le revenu, leur travail & leur industrie ; elle est contractée pour vivre & travailler ensemble, & pour faire un profit commun.

Chaque communier supporte sur ses biens personnels les charges qui leur sont propres, comme de marier ses filles, faire le patrimoine de ses garçons.

Les main-mortables, pour conserver le droit de succéder les uns aux autres, doivent vivre ensemble, c’est-à-dire au même feu & au même pain, en un mot sous même toît & à frais communs.

Ils peuvent disposer à leur gré entre-vifs de leurs meubles & biens francs ; mais ils ne peuvent disposer de leurs biens par des actes de derniere volonté, même de leurs meubles & biens francs qu’en faveur de leurs parens qui sont en communion avec eux au tems de leur décès. S’ils n’en ont pas disposé par des actes de cette espece, leurs communiers seuls leur succedent ; & s’ils n’ont point de communiers, quoiqu’ils ayent d’autres parens avec lesquels ils ne sont pas en communion, le seigneur leur succede par droit de chûte main-mortable.

La communion passe aux héritiers & même aux enfans mineurs d’un communier.

Elle se dissout par le partage de la maison que les communiers habitoient ensemble.

L’émancipation ne rompt pas la communion, car on peut obliger l’émancipé de rapporter à la masse ce qu’il a acquis.

Le fils qui s’est affranchi ne cesse pas non plus d’être communier de son pere, & ne perd pas pour cela le droit de lui succéder ; autrement ce seroit lui ôter la faculté de recouvrer sa liberté.

La communion étant une fois rompue, ne peut être retablie que du consentement de tous les communiers que l’on y veut faire rentrer ; il faut aussi le consentement du seigneur.

Quoique l’habitation séparée rompe ordinairement la communion à l’égard de celui qui établit son domicile à part ; dans le comté de Bourgogne, la fille qui se marie, & qui sort de la maison de ses pere & mere, peut continuer la communion en faisant le reprêt, qui est un acte de sait ou de paroles, par lequel elle témoigne que son intention est de continuer la communion, pourvû qu’elle retourne coucher la premiere nuit de ses noces dans son meix & héritage.

Dans le duché de Bourgogne, le parent proche qui est communier, peut rappeller à la succession ceux qui sont en égal degré, quoiqu’ils aient rompu la communion.

Il peut aussi y avoir communions entre des personnes franches qui possedent des héritages mortaillables ; & sans cette communion, ils ne succedent pas les uns aux autres à ces sortes de biens, si ce n’est les enfans à leurs ascendans de franche condition.

Les successions ab intestat des main-mortables, se reglent comme les autres, par la proximité du degré de parenté ; mais il faut être communier pour succéder, si ce n’est pour les héritages de main-morte délaissés par un homme franc, auxquels ses descendans succedent quoiqu’ils ne soient pas communiers.

Quelques coutumes n’admettent à la succession des serfs que leurs enfans ; d’autres y admettent tous les parens du serf qui sont en communauté avec lui.

Les autres charges de la main-morte consistent pour l’ordinaire,

1°. A payer une taille au seigneur suivant les facultés de chacun, à dire de prud’hommes, ou une certaine somme à laquelle les seigneurs ont composé ce qu’on appelle taille abonnée.

2°. Les mortaillables ne peuvent se marier à des personnes d’une autre condition, c’est-à-dire francs, ou même à des serfs d’un autre seigneur ; s’ils le font, cela s’appelle for-mariage ; le seigneur en ce cas prend le tiers des meubles & des immeubles situés au-dedans de la seigneurie ; & en outre, quand le mainmortable n’a pas demandé congé à son seigneur pour se formarier, il lui doit une amende.

3°. Ils ne peuvent aliéner le tenement servile à d’autres qu’à des serfs du même seigneur, autrement le seigneur peut faire un commandement à l’acquéreur de remettre l’héritage entre les mains d’un homme de la condition requise ; & s’il ne le fait dans l’an & jour, l’héritage vendu est acquis au seigneur.

La main-morte finit par l’affranchissement du serf. Cet affranchissement se fait par convention ou par desaveu : par convention, quand le seigneur affranchit volontairement son serf ; par desaveu, lorsque le serf quitte tous les biens mortaillables, & déclare qu’il entend être libre, mais quelques coutumes veulent qu’il laisse aussi une partie de ses meubles au seigneur.

Le sacerdoce, ni les dignités civiles n’affranchissent pas des charges de la main-morte, mais exemptent seulement de subir en personne celles qui aviliroient le caractere dont le mainmortable est revêtu. Le roi peut néanmoins affranchir un serf de main-morte, soit en l’ennoblissant directement, ou en lui conférant un office qui donne la noblesse ; car le titre de noblesse efface la servitude avec laquelle il est incompatible : le seigneur du serf ainsi affranchi peut seulement demander une indemnité.

La liberté contre la main-morte personnelle se prescrit comme les autres droits, par un espace de tems plus au moins long selon les coutumes ; quelques-unes veulent qu’il y ait titre.

Les main-mortes réelles ne se prescrivent point, étant des droits seigneuriaux qui sont de leur nature imprescriptibles. Voyez Coquille, des servit. personnelles ; le traité de la main-morte par Dunod. (A)

Main au pect, ou sur la poitrine, se disoit anciennement par abbréviation du latin ad pectus, & par corruption on disoit la main au pis. Les ecclésiastiques qui sont dans les ordres sacrés, font serment en maintenant la main ad pectus, au lieu que les laïcs levent la main. Voyez Affirmation & Serment. (A)

Main-morte, Statut de, (Hist. d’Angl.) statut remarquable fait sous Edouard l. en 1278, par lequel statut il étoit défendu à toutes personnes sans exception, de disposer directement ni indirectement de leurs terres, immeubles, ou autres bien-fonds, en faveur des sociétés qui ne meurent point.

Il est vrai que dans la grande charte donnée par le roi Jean, il avoit été déjà défendu aux sujets d’aliéner leurs terres en faveur de l’église. Mais cet article, ainsi que plusieurs autres, ayant été fort mal observé, les plaintes sur ce sujet se renouvellerent avec vivacité au commencement du regne d’Edouard. On fit voir à ce prince qu’avec le tems toutes les terres passeroient entre les mains du clergé, si l’on continuoit à souffrir que les particuliers disposassent de leurs biens en faveur de l’église. En effet, ce corps ne mourant point, acquérant toûjours & n’aliénant jamais, il devoit arriver qu’il posséderoit à la fin toutes les terres du royaume. Edouard & le parlement remédierent à cet abus par le fameux statut connu sous le nom de main-morte. Ce statut d’Angleterre fut ainsi nommé parce qu’il tendoit à empêcher que les terres ne tombassent en main-morte, c’est-à-dire en mains inutiles au service du roi & du public, sans espérance qu’elles dussent jamais changer de maîtres.

Ce n’est pas que les biens qui appartiennent aux gens de main-morte soient absolument perdus pour le public, puisque leurs terres sont cultivées, & qu’ils en dépensent le produit dans le royaume ; mais l’état y perd en général prodigieusement, en ce que ces terres ne contribuent pas dans la proportion des autres, & en ce que n’entrant plus dans le partage des familles, ce sont autant de moyens de moins pour accroître ou conserver la population. On ne sçauroit donc veiller trop attentivement à ce que la masse de ces biens ne s’accroisse pas, comme fit l’Angleterre dans le tems qu’elle étoit toute catholique. (D. J.)

Main-souveraine, (Jurisprud.) en matiere féodale signifie la main du roi, c’est-à-dire son autorité à laquelle un vassal a recours pour se faire recevoir en foi & hommage par les officiers du bailliage ou sénéchaussée, dans le district desquels est le fief ; lorsque son seigneur dominant refuse sans cause légitime de le recevoir en foi, ou qu’il y a combat de fief entre plusieurs seigneurs ; ou enfin lorsqu’un seigneur prétend que l’héritage est tenu de lui en fief, & qu’un autre soutient qu’il est tenu de lui en roture.

Cette reception en foi par main-souveraine, ne peut être faite que par les baillis & sénéchaux, & non par aucun autre juge royal ou seigneurial.

Pour y parvenir, il faut obtenir en chancellerie des lettres de main-souveraine adressantes aux baillifs & sénéchaux.

Il faut assigner le seigneur qui refuse la foi par-devant les officiers du bailliage, pour voir ordonner l’entérinement des lettres de main-souveraine.

S’il y a combat de fief, il faut assigner les seigneurs contendans à ce qu’ils aient à se concerter entre eux.

Mais il ne suffit pas de se faire recevoir en foi par le juge, il faut faire des offres réelles des droits qui peuvent être dûs, & les consigner.

Quand le combat de fief est entre le roi & un autre seigneur, il faut par provision faire la foi & hommage au roi, ce qui opere l’effet de la reception par main-souveraine, sans qu’il soit besoin dans ce cas d’obtenir des lettres de chancellerie.

Le vassal en se faisant recevoir en foi par main-souveraine, doit interjetter appel des saisies féodales, s’il y en a, au moyen dequoi il en obtient la main-levée en consignant les droits. Voyez les commentateurs de la coutume de Paris sur l’article 60 ; Duplessis, chap. vj. de la saisie féodale.

On a aussi recours à la main-souveraine lorsqu’il y a conflit entre deux juges de seigneurs, ou deux juges royaux indépendans l’un de l’autre ; on s’adresse en ce cas au juge supérieur, qui ordonne par provision ce qui lui paroît convenable. (A)

Main du Roi, est la même chose que main de justice. Mettre & asseoir la main du roi sur un héritage, c’est le saisir. Voyez la coutume de Berry, tit. V. art. 7 ; Ponthieu, article 120.

Main-tierce, (Jurisprud.) signifie une personne entre les mains de laquelle on dépose un écrit, une somme d’argent ou autre chose, pour la remettre à celui auquel elle appartiendra.

Un débiteur qui est en même tems créancier pour quelqu’autre objet de son créancier, fait lui-même une saisie entre ses mains, comme en main-tierce, c’est-à-dire comme s’il saisissoit entre les mains d’un tiers. Voyez Tiers saisi. (A)

Main-avant, (Marine.) c’est une espece de commandement pour faire passer alternativement les mains des travailleurs l’une devant l’autre, en tirant une longue corde, ce qui avance le travail.

Main-avant, (Marine.) monter main-avant, c’est monter sans échelle, c’est monter aux hunes le long des manœuvres sans enfléchures, mais seulement par adresse des mains & des jambes.

Main, (Com.) parmi les artisans se prend figurément en divers sens.

Acheter la viande à la main, c’est l’acheter sans la peser.

Lâcher la main sur une marchandise, signifie diminuer du prix qu’on en a d’abord demandé à l’acheteur, en faire meilleur marché, la donner quelquefois à perte.

Acheter une chose de la premiere main, c’est l’acheter de celui qui l’a fabriquée ou recueillie, sans qu’elle ait passé par les mains des revendeurs : l’acheter de la seconde main, c’est l’avoir de celui qui l’a achetée d’un autre pour la revendre. On dit dans le même sens, troisieme & quatrieme main. Rien n’est plus avantageux dans le commerce que d’avoir les marchandises de la premiere main. Dictionn. de Com. tom. II. (G)

Vendre hors la main, terme usité à Amsterdam pour exprimer les ventes particulieres, c’est-à-dire celles où tout se passe entre l’acheteur & le vendeur, ou tout au plus avec l’entremise des courtiers, sans qu’il y intervienne aucune autorité publique, ce qui les distingue des ventes au bassin, qui se font par ordre du bourguemestre, & où préside un vendumestre ou commissaire nommé par le magistrat. Dictionn. de Comm.

Main, (Comm.) poids des Indes orientales, qui ne sert guère qu’à peser les denrées qui se consomment pour l’usage de la vie : on l’appelle plus ordinairement mas. Voyez Mas, Dictionn. de comm.

Main, instrument de cuivre ou de fer-blanc, qui sert aux marchands banquiers, commis, caissiers, qui reçoivent beaucoup d’argent blanc, à le ramasser sur leur comptoir ou bureau après qu’ils l’ont compté, pour le remettre plus facilement dans des sacs. Cet instrument appellé main, à cause de son usage, est long d’environ dix pouces, large de cinq à six, de figure quarrée, avec une espece de poignée par en haut. Il a des bords de trois côtés, celui par où l’on ramasse les especes n’en ayant point. Dict. de comm.

Main, en terme de Blanchisserie, c’est une planche de sapin, longue de cinq piés sur un de large, dont les cornes sont bien abattues. Elle est posée à l’une de ses extrémités en ovale, & garnie d’un morceau de bois rond qui lui sert de poignée ; c’est avec cet instrument qu’on retourne la cire. Voyez les fig. des Pl. de la Blanchisserie des cires, & l’art. Blanchir.

Main, outil du Cirier, avec lequel ils prennent la chaudiere pour l’ôter de dessus le cagnard, & éviter de se brûler lorsqu’elle est chaude, ou de se remplir les mains de cire fondue. Voyez les fig. des Pl. du Cirier. La premiere représente la main seule, & la seconde, la main qui embrasse la chaudiere, & qui lui fait un espece de manche.

Main a l’épée, l’épée a la main, (Gramm.) Il y a-de la différence entre mettre la main à l’épée, & mettre l’épée à la main. La premiere expression signifie qu’on se met seulement en état de tirer l’épée, ou qu’on ne la tire qu’à demi ; la seconde marque qu’on tire l’épée tout-à-fait hors du fourreau. Il en est de même des termes, mettre la main au chapeau, ou mettre le chapeau à la main, & autres ; on dit toujours, mettre la main à la plume, & jamais mettre la plume à la main. (D. J.)

Main, (Horlogerie.) piece de la cadrature d’une montre ou pendule à répétition : on ne s’en sert presque plus aujourd’hui ; elle faisoit la fonction de la piece des quarts dans les anciennes répétitions à la françoise. Voyez les figures de nos Planches de l’Horlogerie. Voyez Piece des quarts, Répétition &c. C’est encore un instrument représenté dans les mêmes Pl. de l’Horlogerie, dont les Horlogers se servent pour remonter les montres & pour y travailler, lorsqu’elles sont finies, sans les toucher avec les doigts : on en voit le plan, fig. 79. p. Les parties 9, 9, 9, sont mobiles sur les centres t, t, t, & portent des especes de griffes 9, 9, figure 80. c, entre lesquelles on serre une des platines par le moyen des vis v v, même fig.

Main, (Imprimerie.) est un signe figuré comme une main naturelle, en usage dans l’Imprimerie pour marquer une note ou une observation : exemple .

Main, (Maréchall.) terme qui s’emploie dans les expressions suivantes par rapport au cheval. Avant main, arriere-main. Voyez ces termes à la lettre A. Un cheval est beau ou mal fait de la main en avant ou de la main en arriere, lorsqu’il a l’avant-main ou l’arriere-main beau ou vilain. Cheval de main, est un cheval de selle, qu’un palefrenier mene en main, c’est-à-dire sans être monté dessus, pour servir de monture à son maître quand il en est besoin. Cheval à deux mains, signifie un cheval qui peut servir à tirer une voiture & à monter dessus. Un cheval entier à une ou aux deux mains. Voyez Entier. Le cheval qui est sous la main à un carrosse, est celui qui est attelé à la droite du timon, du côté droit du cocher qui tient le fouet ; celui qui est hors la main, est celui qui est attelé à gauche du timon. Aller aux deux mains, se dit d’un cheval de carrosse, qui n’est pas plus gêné à droite qu’à gauche du timon. Léger à la main. Voyez Léger. Etre bien dans la main, se dit d’un cheval dressé, & qui obéit avec grace à la main du cavalier. Peser à la main, voyez Peser. Obéir, répondre à la main. Battre, tirer à la main. Forcer la main. Appui à pleine main. Voyez tous ces termes à leurs lettres. Tourner à toutes mains, se dit d’un cheval qui tourne aussi aisément à droite qu’à gauche. Le terme de main s’emploie aussi par rapport au cavalier. La main de dedans, la main de dehors. Voyez Dedans, Dehors. La main de la bride, est la main gauche du cavalier. La main de la gauche, de la lame de l’épée, c’est la droite. L’effet de la main, est la même chose que l’effet de la bride. Voyez Bride. La main haute, est la main gauche du cavalier, lorsque tenant la bride il tient sa main sort élevée au-dessus du pommeau. La main basse, est la main de la bride fort près du pommeau. Avoir la main légere, c’est conduire la main de la bride de façon qu’on entretienne la sensibilité de la bouche de son cheval. N’avoir point de main, c’est ne savoir pas conduire la main de la bride, & échauffer la bouche du cheval, ou en ôter la sensibilité. Ces deux expressions se disent aussi à l’égard de la main des cochers. Partir de la main, faire une partie de main, faire partir son cheval de la main, ou laisser échapper de la main, tout cela signifie faire aller tout-à-coup son cheval au galop. On appelle prestesse de main, l’action vive & prompte de la main du cavalier, quand il s’agit de se servir de la bride. Faire courir en main. Voyez Courir. Affermir son cheval dans la main, soutenir son cheval de la main, tenir soumis son cheval dans la main, rendre la main, changer de main, promener, mener un cheval en main, séparer ses rênes dans la main, travailler de la main, a la main. Voyez tous ces termes à leurs lettres.

Main, en terme d’Orfevre, est une tenaille de fer plus ou moins grosse, dont les branches sont recourbées, & s’enclavent dans l’anneau triangulaire qui est au bout de la sangle, laquelle est attachée au noyau du moulinet du banc à tirer ; les mâchoires de cette main, taillées à dents plus ou moins fines, happent le bout du fil qui sort de la filiere, & le moulinet mis en action, ferme les branches & les mâchoires, & fait passer à force le fil par le trou de la filiere.

Main de papier, (Comm.) c’est un paquet de papier plié en deux, qui contient vingt-cinq feuilles. Vingt mains de papier composent ce qu’on appelle une rame de papier. Voyez Papier.

Main, s. f. se dit encore en plusieurs arts méchaniques. On dit une main de carrosse, ce sont des morceaux de fer attachés aux montans & au bas du corps du carrosse, ou l’on passe les souspentes pour le soutenir. Le carrosse verse, si la main vient à manquer. Les cordons ou gros tissus de soie qu’on attache en dedans d’une voiture, à côté des portieres, pour appuyer celui qui se fait voiturer, & le garantir d’être baloté, dans les carrosses, s’appellent aussi mains. Ce qui embrasse une poulie, le morceau de fer entre les branches duquel elle se met, s’appelle main ou chappe. La main d’un pressoir est ce qui sert à relever le marc. La piece de fer à ressort & crochet qui est attachée à l’extrémité d’une corde de puits, & qui sert à pendre l’anse d’un sceau, quand on le descend & qu’on le retire, a la même dénomination. La main-d’œuvre se dit en général du travail pur & simple de l’ouvrier, sans avoir égard à la matiere qu’il emploie ; ainsi en Orfévrerie même, quelquefois le prix de la main d’œuvre surpasse celui de la matiere. On donne encore le nom de main à une espece de rateau avec lequel on ramasse l’argent épars sur les tables de jeu, bureau de finance, comptoirs, &c. Une main au jeu de cartes, ou une levée des cartes du coup joué, c’est la même chose. Avoir la main se dit au piquet, & à d’autres jeux donner la main ; celui qui reçoit les cartes & qui joue le premier a la main ; celui qui mêle & qui distribue les cartes, la donne. La main d’un coffre, c’est son anse : en général la main dans un meuble, c’est l’anse qui sert à le poser, &c.

La main des puits se fait d’une barre de fer plat, au bout de laquelle on forme un crochet d’environ six pouces ; l’autre partie est repliée en double de la longueur de douze à quinze, observant de pratiquer un œil pour passer un anneau ; le reste de la barre revient joindre le crochet, l’un chevauchant sur l’autre d’environ deux pouces, observant que la branche de la main qui se rend au crochet soit en dedans, de maniere que gênant cette branche, elle s’écarte du crochet, & donne la facilité à l’anse du sceau d’entrer & de se placer.

Main de soie, (Soierie.) ce sont quatre pantimes tordues ensemble. Voyez l’article Pantime.

Main, terme de Fauconnerie, on dit ce faucon a la main habile, fine, déliée, forte, bien onglée.

Mains de christ, (Pharmacie.) on appelle ainsi certains trochisques faits de sucre de roses avec une addition de perles, & alors on les appelle manus christi perlatæ ; ou sans perles, & on les appelle manus christi simplices.

Main de Dieu, (Pharmac.) nom d’un emplâtre vulnéraire, résolutif & fortifiant.

Prenez huile d’olive, deux livres ; litharge de plomb, une livre ; cire vierge, une livre quatre onces ; verd-de-gris, une once ; gomme ammoniac, trois onces & trois gros ; galbanum, opopanax, de chaque une once ; sagapenum, deux onces ; mastic, une once ; myrrhe, une once & deux gros ; oliban, bdellium, de chaque deux onces ; aristoloche ronde, une once ; pierre calaminaire, deux onces.

Commencez par mettre votre litharge avec votre huile dans une grande bassine de cuivre, ensuite agitez-les ensemble : ajoûtez-y trois livres d’eau commune, & faites-les cuire selon l’art ; faites-y fondre la cire : après quoi, retirant votre bassine du feu, ajoûtez les gommes, le galbanum, la gomme ammoniaque, l’opopanax,& le sagapenum, que vous aurez dissous dans le vinaigre, passés & épaissis ; & enfin, vous y mélerez le mastic, la myrrhe, l’oliban, le bdellium, la pierre calaminaire, le verd-de-gris & l’aristoloche, réduits en poudre. Ce mélange fait, l’emplâtre sera parfait. Il est maturatif, digestif, détersif, & enfin incarnatif.

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Étymologie de « main »

(Nom commun 1) Du moyen français main, de l’ancien français man (980), main, mein, du latin manus (« manus »), du proto-italique *manus, ultimement de l’indo-européen *man- (« main »). Cognat de l’espagnol mano, de l’italien mano, du portugais mão.
(Nom commun 2) De l’anglais main (« principal »).
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Wallon, muain ; picard, man ; provenç. man, ma ; cat. ma ; esp. mano ; port. mão ; ital. mano ; du lat. manus, rattaché par Corssen et Curtius au sanscrit ma, qui signifie mesurer, mais dont le sens primordial, comme on le voit par ses composés, est construire, manier.

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Phonétique du mot « main »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
main mein

Citations contenant le mot « main »

  • L'avenir c'est ce qui dépasse la main tendue. Louis Aragon, Le Fou d'Elsa, Gallimard
  • Deux mains qui se cherchent c'est assez pour le toit de demain. André Breton, Signe ascendant, Gallimard
  • Si je tenais toutes les vérités dans ma main, je me donnerais bien garde de l'ouvrir pour les découvrir aux hommes. Bernard Le Bovier de Fontenelle, Par amour de la paix
  • Tant de mains pour transformer ce monde, et si peu de regards pour le contempler ! Louis Poirier, dit Julien Gracq, Lettrines, José Corti
  • Vous n'êtes que le gant, et moi je suis la main. Victor Hugo, Ruy Blas, III, 5, Don Salluste
  • L'avenir, fantôme aux mains vides, Qui promet tout et qui n'a rien ! Victor Hugo, Les Voix intérieures, Sunt lacrymae rerum
  • Le lavement des mains ne rend pas l'âme nette. Jean de La Ceppède, Théorèmes spirituels
  • Les mains sont l'homme, ainsi que les ailes l'oiseau. Germain Nouveau, La Doctrine de l'amour, Gallimard
  • La main à plume vaut la main à charrue. - Quel siècle à mains ! Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, Mauvais Sang
  • La vraie condition de l'homme, c'est de penser avec ses mains. Denis de Rougemont, Penser avec les mains, Gallimard
  • Chacun baise en tremblant la main qui nous enchaîne. François Marie Arouet, dit Voltaire, La Mort de César, II, 2, Brutus
  • Automates pensants, mus par des mains divines. François Marie Arouet, dit Voltaire, Sept Discours en vers sur l'homme, Sur la vraie vertu
  • Par le jugement et par la main. Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, Le Barbier de Séville, I, 6
  • Pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite. , Évangile selon saint Matthieu, VI, 3
  • Main à plume vaut bien main à charrue. De Proverbe québécois
  • Une main lave l’autre. De Sénèque
  • Jeu de main, jeu de vilain. De Proverbe français
  • L’argent est une troisième main. De Paul-Jean Toulet
  • La main à plume vaut la main à charrue. Quel siècle à mains ! De Arthur Rimbaud / Une saison en enfer
  • Je suis adroit de la main gauche et je suis gauche de la main droite. De Raymond Devos / Artiste ou ouvrier
  • La fortune a pour main droite l'habileté et pour main gauche l'économie. De Proverbe italien
  • La main est l'instrument des instruments. De Aristote
  • Ne mords pas la main qui te nourrit. De Proverbe
  • Les cinq doigts de la main ne sont pas égaux. De Zamakhschari
  • On ne porte pas deux pastèques dans une seule main. De Proverbe persan
  • Baisons la main que nous ne pouvons couper. De Henry de Montherlant
  • Un bon avis vaut un oeil dans la main. De Proverbe français
  • Tous les doigts de la main ne se ressemblent pas. De Proverbe français
  • Baise la main que tu ne peux couper. De Abu Shakour
  • Technologie : Ford vient de conclure un nouveau partenariat avec Mobileye, la société de technologie de conduite autonome détenue par Intel. De quoi renforcer encore l'expertise du constructeur automobile dans ce domaine d'avenir. ZDNet France, Voiture autonome : Ford et Intel main dans la main - ZDNet
  • Chaque couleur correspond à une difficulté et à un chemin à emprunter pour aller de bas en haut. Elles sont là pour être prises en main ou y mettre les pieds.  France Bleu, Un premier pied sur une prise, une main une autre prise pour avancer vers le sommet, c'est le bloc
  • Washington (AFP) - A la peine dans les sondages à bientôt cent jours de la présidentielle, critiqué pour sa gestion du coronavirus, Donald Trump a tenté mardi de reprendre la main en reconnaissant la gravité de la crise sanitaire. L'Obs, Coronavirus: en difficulté, Trump change de ton et reconnaît la gravité de la situation
  • « Nous n’utilisons notre équipement que 36 semaines par an et deux heures et demi par semaines, explique le président de la branche de Segré. C’est très peu. Si nous pouvons aider les séniors à maitriser l’informatique, très présent dans nos vies aujourd’hui, nous le faisons. » , Une rentrée pleine de projets pour l'association L'Outil en Main de Segré | Haut Anjou
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  • Le laboratoire d’enquêtes sur les droits de l’homme de l’université de Californie à Berkeley et le projet ouïgour sur les droits de l’homme ont recueilli des dizaines de vidéos et de rapports de médias sociaux qui documentent les récents transferts de main-d’œuvre ouïgoure vers les usines textiles. Courrier international, La Chine utilise la main-d’œuvre ouïgoure pour produire des masques

Traductions du mot « main »

Langue Traduction
Anglais hand
Espagnol mano
Italien mano
Allemand hand
Chinois
Arabe كف
Portugais mão
Russe рука
Japonais
Basque eskua
Corse manu
Source : Google Translate API

Synonymes de « main »

Source : synonymes de main sur lebonsynonyme.fr

Main

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