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Force

Sommaire

  • Définitions du mot force
  • Étymologie de « force »
  • Phonétique de « force »
  • Citations contenant le mot « force »
  • Traductions du mot « force »
  • Synonymes de « force »

Définitions du mot force

Trésor de la Langue Française informatisé

FORCE, subst. fém.

I.− [La force comme propriété des êtres ou des choses]
A.− [Comme propriété des êtres vivants] Énergie, pouvoir d'agir.
1. Énergie musculaire qui permet à un être vivant de réagir face à d'autres êtres, d'agir sur son environnement. Synon. robustesse, vigueur.
a) Au sing. Avoir, ne pas avoir de force, avoir une force herculéenne; être, rester sans force; abuser de sa force. − Tu as été malade, Marguerite? − Non, fit-elle, non, je suis pleine de force et de santé (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 2, 1870, p. 142).Mais il avait jeté de volée, avec toute sa force, en cherchant à toucher et à faire mal (Montherl., Bestiaires,1926, p. 386).Franchir [les rapides] en hissant la barque à force de bras (H. Bazin, Vipère,1948, p. 189).
À la force du/des poignet(s). En utilisant principalement les poignets pour fournir un effort physique intense. Il a soulevé le kader à la force du poignet : ça indique du nerf (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 362).D'autres, raccrochés par les mains à des cordages, un instant balancés dans le vide, remontaient maintenant, à la force des poignets (Loti, Mon frère Yves,1883, p. 134).Au fig. Sans aide, par ses seuls moyens. Rateau, qui réussissait, mais à la force du poignet, dans tout ce qu'il entreprenait (Camus, Exil et Roy.,1957, p. 1627).
Être taillé, être bâti en force. Être musclé, râblé. Elle était taillée en force, superbe de corps (France, Vie fleur,1922, p. 534).Tout petit, mais solide, bâti en force (Gyp, Souv. pte fille,1928, p. 215).
Être, n'être pas de force. Avoir, n'avoir pas la force suffisante. Le mousse et moi n'étions pas de force pour hisser le canot au palan (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 174).
Ne pas sentir sa force. Faire mal sans s'en rendre compte.
Camisole* de force.
Collier de force (lutte). Ceinturage au moyen des jambes. Abattage en douceur et collier de force, opposition de buste et même crocs-en-jambe, il usa de tout (Cladel, Ompdrailles,1879, p. 334).V. aussi collier.
Instruments* de force, jambe* de force. Travail* de force, travailleur* de force. Tour* de force.
Loc. adv.
De force. [Le petit comte] tentait d'arracher de force, en même temps, les doigts dont sa compagne se couvrait les yeux (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 57).
En force (exécuter un mouvement, travailler, etc.). En y mettant une grande force physique, p. oppos. à en souplesse.
b) Au plur. Perdre, retrouver, ménager, rassembler, refaire ses forces; reprendre des forces; être à bout de forces; crier, taper de toutes ses forces; ses forces l'abandonnent, le trahissent, reviennent. Nous avons mangé une partie de nos provisions et pris des forces pour l'escalade du pic (Maine de Biran, Journal,1816, p. 202).L'ordre clair que la force des trains lance aux forces des hommes (Romains, Vie unan.,1908, p. 60):
1. Instinctivement, de ses dernières forces, il suivait, sentant que quand il ne pourrait plus, ce serait la fin, et le grand frou-frou des vautours chauves. Benoit, Atlant.,1919, p. 64.
Rem. Le plur. est habituel dans la loc. être à bout de forces; le sing. est cependant possible : Ta grand'mère qui est à bout de force et de patience (Flaub., Corresp., 1871, p. 197).
2. Ensemble des ressources physiques, morales ou intellectuelles qui permettent à une personne de s'imposer ou de réagir.
a) Au sing. Force de l'esprit, de caractère. Mais, à demi-morte, épuisée par ses propres désirs, sans force pour résister, elle s'abandonna à Stephen (Karr, Sous tilleuls,1832, p. 184).La tête carrée, sous laquelle on sent une prodigieuse force nerveuse, la race hardie, jamais malade, conquérante (Goncourt, Journal,1865, p. 173):
2. Mais l'extraordinaire présence de son esprit lui était si agréable, lui donnait une telle impression de force, de ressource, qu'il en venait à se dire : « je vais essayer ce système maintenant. » Romains, Hommes bonne vol.,1932, p. 66.
Force d'âme. Courage moral :
3. Que voulez-vous! J'ai sucé le lait de la Révolution, je n'ai pas l'esprit du baron d'Holbach, mais j'ai sa force d'âme. Balzac, Cous. Bette,1846, p. 401.
Force de l'âge (être dans). À l'âge où l'on a la plénitude de ses moyens.
Être, ne pas être de force. Avoir, n'avoir pas la même compétence, le niveau requis. Je ne suis pas de force, mais c'est égal, j'essayerai de vous battre tout de même (Erckm.-Chatr., Ami Fritz,1864, p. 154).
Force de travail. L'activité humaine en tant que facteur de production. [Les achats de services] se décomposent en forces de travail et matières ou machines (Perroux, Écon. XXes.,1964, p. 180).
Force-travail. L'intuition profonde que Marx a eue des conditions d'hétéronomie ou d'aliénation faites dans le monde capitaliste à la force-travail (Maritain, Human. intégr.,1936, p. 55).
b) Au plur. Toutes mes forces concentrées se portaient sur une pensée, et plus je la remuais dans ma tête, moins j'y pouvais voir nettement (Musset, Confess. enf. s.,1836, p. 291).Aujourd'hui, il fait contre nous l'épreuve de ses forces d'amour et de haine (Tharaud, Dingley,1906, p. 89).
Être au-dessus des forces de (qqn). [D'un acte que l'on n'a pas le courage moral d'accomplir] . Eh bien? fit-il d'une voix émue. − Eh bien, mon père, je ne puis rien vous promettre, dis-je enfin; ce que vous me demandez est au-dessus de mes forces (Dumas fils, Dame Cam.,1848, p. 217).
3. Puissance, capacité d'action d'un groupe. L'union fait la force; la force d'une nation. Une majorité (...) avertie de sa propre force par les chiffres authentiques du scrutin (Jaurès, Ét. soc.,1901, p. 95).
4. P. méton. Groupe social, classe, institution exerçant une influence dans la vie sociale. Les forces d'opposition. Voir aussi infra I C 2 :
4. Toutes les forces du passé se groupent derrière elle, et les oppositions officielles, par lâche cœur, ne servent qu'à rehausser sa puissance. Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 155.
5. ... et, moins confiant que lui dans la durée d'une race qui ne se défendait point, il eût voulu faire appel aux forces saines de la nation, à une levée en masse de tous les honnêtes gens de la France tout entière. Rolland, J.-Chr.,Maison, 1909, p. 987.
Forces productives. Ensemble des moyens, humains ou non, dont dispose la société pour produire (d'apr. Bouv.-Ibarr. 1975) :
6. ... le bon sens de cette paysanne le faisait songer à l'opulence qu'apporteraient dans un pays tant de bras inoccupés et par conséquent ruineux, tant de forces qu'on entretient improductives, si on les employait aux grands travaux industriels qu'il faudra des siècles pour achever. Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Boule de suif, 1880, p. 134.
Force de vente. Ensemble des personnes qui dans une entreprise sont chargées de la vente (d'apr. cida 1973).
B.− [Comme propriété des choses]
1. DYNAMIQUE. Ce qui modifie l'état de mouvement ou de repos d'un corps. Parallélogramme de forces; résultante de deux forces; force centrifuge*, centripète*. Synon. énergie (potentielle ou cinétique).
Force acquise. Énergie qui se maintient une fois l'impulsion donnée.
Au fig. Aucun moyen de reculer, toute la colonne n'était plus qu'un projectile, la force acquise pour écraser les Anglais écrasa les Français (Hugo, Misér.,t. 1, 1862, p. 397):
7. Mais en le regardant vivre sous ses yeux le commissaire croyait voir un homme qu'on aurait vidé de toute substance, écorché intérieurement. Il allait et venait, buvait, parlait comme un homme ordinaire, mais il n'y avait plus rien à l'intérieur, rien que l'intelligence qui continuait à fonctionner par la force acquise. Simenon, Vac. Maigret,1948, p. 182.
Force vive. Synon. de énergie cinétique ou actuelle (ainsi dénommée par Leibniz).Ils disent d'abord que le frottement des marées produisant de la chaleur doit détruire de la force vive. Ils invoquent donc le principe des forces vives ou de la conservation de l'énergie (Poincaré, Valeur sc.,1905, p. 43):
8. On sait quelle fut la destinée changeante de cette idée de constance : on peut dire qu'on n'a fait, depuis Descartes, que de changer de ce qui ne change pas : conservation de la quantité de mouvement, conservation de la force vive, conservation de la masse et celle de l'énergie... Valéry, Variété IV,1938, p. 224.
Force de pesanteur (ou poids). Attraction que la terre exerce sur les corps.
Force d'inertie. Résistance que les corps opposent au mouvement. Au fig. Tout le temps de notre séjour à Plymouth, Napoléon demeura concentré et purement passif, n'opposant que la force d'inertie (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 439):
9. ... j'entrevoyais déjà ces difficultés élastiques où se heurtent les plus rudes volontés et où elles s'émoussent; je craignais cette force d'inertie qui dépouille aujourd'hui la vie sociale des dénouements que recherchent les âmes passionnées. Balzac, Lys,1836, p. 46.
ÉLECTR. Force électromotrice (f.e.m.), v. électromoteur. Spéc. Courant triphasé. Avoir, mettre la force dans une maison.
MAGNÉTISME. Champ*, flux*, ligne* de force.
P. méton. Capacité de résistance à une traction, une pression. La force d'un câble, d'un mur.
Au fig. Force de résistance :
10. Les liens qui résultent de la cohabitation n'ont pas dans le cœur de l'homme une source aussi profonde que ceux qui viennent de la consanguinité. Aussi ont-ils une bien moindre force de résistance. Durkheim, Divis. trav.,1893, p. 162.
2. Énergie qui est dans quelque chose.
[En parlant d'une chose concr.] La force de l'eau, du courant. La force du vent, les accidents de terrain avaient empêché Michel d'entendre (R. Bazin, Blé,1907, p. 19):
11. Alors, suivant la force du souffle on se rapproche plus ou moins du bord droit, si l'on sème à gauche, et du gauche, si l'on sème à droite, afin de limiter cette course, ce vol insolite du grain... Pesquidoux, Livre raison,1928, p. 3.
Vent de force n.
P. anal. :
12. L'or est une force : il représente toutes les facultés de l'homme, puisqu'il lui ouvre toutes les voies, puisqu'il lui donne droit à toutes les jouissances... Senancour, Obermann,t. 2, 1840, p. 142.
3. Cause qui agit dans. Synon. agent.
a) Ce qui meut, anime la nature, l'univers. Il est vrai que la plupart de ces sages se perdirent dans de vaines recherches sur les causes premières, sur les forces actives de la nature (Cabanis, Rapp. phys. et mor.,t. 1, 1808, p. 10).Il y a dans la nature ou une grande force cachée, ou un nombre de forces inconnues qui suivent des lois inaccessibles aux démonstrations des sciences humaines (Senancour, Obermann,t. 2, 1840, p. 2).Sur le plan cosmique (...) [le] déchaînement de certaines forces aveugles, qui actionnent ce qu'elles doivent actionner et broient et brûlent au passage ce qu'elles doivent broyer et brûler (Artaud, Théâtre et double,1938, p. 138):
13. Là où les hommes de nos jours ne voient que des choses inertes, les Anciens reconnaissaient des énergies vivantes, et ce sont ces puissances cachées qu'ils ont appelées les dieux. La force active et vivifiante qui se révèle au printemps parmi les éclairs de l'orage, qui bouillonne dans la sève de la vigne et s'épanouit à l'automne en grappes dorées, nous la nommons Dionysos... Ménard, Rêv. païen,1876, p. 72.
14. Pouvez-vous arrêter le vent, pouvez-vous entraver les forces de la nature? Non. Les sens aussi sont des forces de la nature, invincibles comme la mer et le vent. Ils soulèvent et entraînent l'homme et le jettent à la volupté sans qu'il puisse résister à la véhémence de son désir. Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Enf., 1883, p. 395.
b) Ce qui est à l'origine des phénomènes biologiques. Ces médecins admettent généralement l'intervention de forces spéciales pour la production des maladies; ils croient à ce qu'ils appellent des entités, des êtres morbides, à des entités thérapeutiques (C. Bernard, Princ. méd. exp.,1878, p. 191).
Force vitale, organique :
15. ... à l'imitation de Newton, les géomètres, les physiciens, les chimistes employaient tous, sous diverses formes, l'idée de force ou d'action à distance; les physiologistes proclamaient la nécessité d'admettre des forces vitales et organiques pour l'explication des phénomènes que présentent les êtres organisés et vivants... Cournot, Fond. connaiss.,1851, p. 198.
16. La perfection des êtres, leurs propriétés, leur génération exigent un principe inconnu, un X placé hors de toute connaissance (...). À la fin du xviiiesiècle (...) il deviendra la « force vitale ». Ce n'est plus alors un pouvoir central, un pouvoir qui, installé au cœur de l'organisme, en régit les activités; c'est une qualité particulière de la matière constituant les êtres vivants, un principe qui se répand dans tout le corps, se loge dans chaque organe, chaque muscle, chaque nerf pour leur conférer ses propriétés. F. Jacob, La Logique du vivant,Paris, Gallimard, 1970, pp. 48-49.
Capacité de, aptitude à. La force de reproduction des organes détruits, dans les espèces inférieures où une telle reproduction s'observe, s'affaiblit et s'épuise par son action (Cournot, Fond. connaiss.,1851p. 201).
c) Ce qui est à l'origine du comportement instinctif de l'être vivant, du comportement inconscient de la personne, par opposition à la conscience, la volonté, la raison, etc. Ces premiers jours de printemps fiévreux, où les forces d'amour gonflent l'être et le baignent, comme un ruisseau caché qui bruit sous le sol, l'enveloppent, l'inondent (Rolland, J.-Chr.,Antoinette, 1908, p. 873):
17. La raison décisive d'un acte ne nous paraît donc jamais résider en aucune des tendances partielles qui ont contribué à le rendre possible; elle est, à nos yeux, dans ce pouvoir qu'aucune des déterminations particulières ne saurait épuiser, et qui, absorbant toutes les raisons de détail, semble naturellement capable de dominer l'ensemble des forces définies, énergies physiques, appétits, tendances, motifs, déterminisme de la nature et de l'esprit. Blondel, Action,1893, p. 119.
18. La vérité, c'était aussi qu'un instinct sourd et puissant l'avait poussée et qu'elle avait obéi aux forces obscures de son être. Mais cela n'était point d'elle; ce qui était d'elle et de sa conscience, c'est d'avoir cru, consenti, voulu un sentiment vrai. France, Lys rouge,1894, p. 27.
19. Enfin je suis détaché. Je ne sais quoi, je ne sais qui m'a détaché, Isa, des amarres sont rompues; je dérive. Quelle force m'entraîne? Une force aveugle? Un amour? Peut-être un amour... Mauriac, Nœud vip.,1932, p. 166.
Force vive. L'instinct est une force vive, mais de courte portée et de fécondité étroite (Mounier, Traité caract.,1946, p. 134).
[En parlant d'un groupe hum.] Quand des races s'atrophient, l'humanité a des réserves de forces vives pour suppléer à ces défaillances (Renan, Avenir sc.,1890, p. 74).
d) Idées-forces. Idées, convictions largement répandues dans l'opinion publique et qui déterminent son comportement :
20. Il faudra que nous ayons une politique de Syrie, que nous donnions aux gens de Syrie des idées qui leur plaisent, des idées-forces qui entrent par leur propre vertu dans les esprits. Barrès, Cahiers,t. 11, 1914-17, p. 76.
Images-forces. Il y a des images-forces, comme il y a des idées-forces. Nous réalisons par la pensée l'acte dont la ligne est le témoignage inscrit; nous l'ébauchons en puissance dans nos propres muscles (Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 167).
e) [Désignant une pers. considérée comme un agent inanimé] Je suis une force qui va! Agent aveugle et sourd de mystères funèbres! (Hugo, Hernani,1830, III, 4, p. 1227).Je ne suis qu'une force, aussi petite que l'on voudra, qui voudrait se dresser contre la coalition des mauvaises forces (Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899, pp. 9-10).
Être une force de la nature. Être très fort. Il se sentait seul au monde, seul et fort. Il était une force de la nature (Peisson, Parti Liverpool,1932, p. 86).
4. [En parlant d'une chose abstr.] Caractère nécessaire, contraignant. La force de l'habitude. Waldemar cessa de lutter contre la force de l'évidence et, rallumant la bougie, il approcha avec force la lumière du visage blanc pur de Dorothée (Jouve, Scène capit.,1935, p. 123).
La force des choses. Ainsi contraint par la force des choses à ne pas être aussi radical dans sa politique pratique qu'il en aurait l'intention (Gobineau, Corresp. [avec Tocqueville], 1850, p. 110):
21. Il en sera de nous et de la France ce qu'il plaira à la providence, c'est-à-dire ce qui est déterminé par l'invincible force des choses, par cet enchaînement universel sur lequel l'homme, avec toute sa force et sa sagesse, n'a aucun empire... Maine de Biran, Journal,1816, p. 148.
(Cas de) force majeure. Événement imprévisible et insurmontable ayant une cause extérieure et rendant impossible l'exécution de l'obligation (d'apr. Barr. 1974).
(Avoir) force de loi, force légale. Avoir un caractère impératif comparable à celui d'une loi. Les synagogues (...) votaient des résolutions ayant force de loi pour la communauté (Renan, Vie Jésus,1863, p. 142).
(Avoir) force de chose jugée. Il [l'Auditeur papal] casse ou réforme les jugements qui ont force de chose jugée (Stendhal, Rome, Naples et Flor.,t. 2, 1817, p. 365).
5. Loc. (exprimant l'idée de nécessité)
Par force (loc. adv.). En y étant contraint. Synon. par nécessité.Et, comme on ne me laisse boire ici que de la tisane, j'économise par force (Jouy, Hermite,t. 4, 1813, p. 309).Un navire est un lieu honnête par force, à la manière des petites villes (Mille, Barnavaux,1908, p. 266).
À toute force (loc. adv.). D'une manière impérative. Synon. absolument.Il fallait en sortir à tout prix, et je n'avais pas de dénoûment. Je résolus d'en trouver un à toute force (Janin, Âne mort,1829, p. 78).
Force est (était) de (loc. verb. impers.). Il est (était) nécessaire de. Il fallut bien se soumettre, car ce roi les eût envoyés en prison. Force était d'obéir avec docilité (Barante, Hist. ducs Bourg.,t. 4, 1821-24, p. 352).Force nous avait été de la former, cette junte; elle parlait aux Espagnols au nom de leur roi; elle amenait les généraux des Cortès à traiter avec une autorité de la patrie (Chateaubr., Mém.,t. 3, 1848, p. 197).
Il est force de (rare). Ces prédications gasconnes sont utiles dans l'ordre civilisé, où il est force d'abuser le peuple sur son malheureux sort (Fourier, Nouv. monde industr.,1830, p. 24).
C.− Contrainte ou pouvoir de contrainte. Synon. coercition, violence.
1. Toujours au sing. [Sans déterm. ou avec l'art. de la généralité] La force prime le droit; préférer la ruse à la force. Il pouvait prêter force à la justice, s'il le fallait, mais jamais se venger par sa seule puissance (Barante, Hist. ducs Bourg.,t. 4, 1821-24, p. 280).Les privilèges de naissance et de dignité, créations illégitimes de l'ignorance et de la force brutale (Proudhon, Propriété,1840, p. 184).L'abus de la force sous le manteau de la justice (Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 48).
Coup de force. Intervention militaire ou de police. Synon. raid, descente.Certaines [filles] restaient paralysées sur la porte des cafés, dans le coup de force qui balayait l'avenue (Zola, Nana,1880, p. 1315).Réaliser un coup de vive force contre nos positions avancées (cf. Joffre, Mém.,t. 1, 1931, p. 213):
22. Quelques jours après le 1ermai, Rosenthal, qui tremblait de colère en pensant aux quatre mille cinq cents arrestations préventives que le préfet de police avait organisées cette année-là, écrivit un pneu à Simon pour le prier de venir le voir, comme s'il avait été pressé de riposter aux coups de force de la police. Nizan, Conspir.,1938, p. 87.
Mesure de violence, en violation du droit ou de la loi. [Le peuple] attendrait en vain, pour un coup de force et de dictature de classe, l'occasion d'une révolution bourgeoise (Jaurès, Ét. soc.,1901, p. xxxi).
Épreuve de force. Conflit dans lequel chacun des adversaires ou l'un d'eux veut triompher de l'autre. En septembre 1938, raconte Marat, la CGT donna l'ordre d'une grève générale de 24 heures que les patrons et le gouvernement décidèrent de briser : ce fut une épreuve de force (Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 173).
Maison* de force.
2. P. méton., souvent au plur. Ensemble des moyens humains et techniques permettant d'exercer la coercition. Les forces armées; les forces de police, de l'ordre; la force d'intervention coloniale. La Convention, pour accroître ses forces, donna des armes à quinze cents individus dits les patriotes de 89 (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 338).Les Anglais rassemblèrent toutes leurs forces de mer (Barante, Hist. ducs Bourg.,t. 4, 1821-24, p. 104).
Force de défense :
23. Et puis la foule qui a le sentiment très juste qu'il faut préserver nos forces de défense, prête à suivre qui lui montrera que le meilleur moyen de fortifier l'armée c'est d'en faire l'armée de la nation, non d'une caste en décadence au service de l'église romaine... Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 231.
Force publique. Ensemble des forces chargées de maintenir l'ordre public (cf. Barr. 1974).
Force de frappe ou, plus rarement, force de dissuasion. Force offensive mettant en œuvre l'arme atomique :
24. Il faut que nous sachions nous pourvoir, au cours des prochaines années, de ce qu'on est convenu d'appeler une « force [it. ds le texte] de frappe » susceptible de se déployer à tout moment et n'importe où. Il va de soi qu'à la base de cette force sera un armement atomique. De Gaulle, 3 nov. 1959ds Gilb. 1971.
F.F.I.* (Forces Françaises de l'Intérieur).
3. Loc. adv.
Par force. En ayant recours à la force; en se soumettant à la force. Nous nous disions que le gouvernement ne reposait que dans une poignée de gens, qu'il ne durait que par force, qu'il était en horreur à la nation (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 449).Tout son argent s'en allait pour elle. Et quand il n'en avait plus, il tentait de la garder par force (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 172).
De (vive) force. En ayant recours à la force. Il fallait enlever la barricade, entrer de vive force (About, Roi mont.,1857, p. 266).
De gré ou de force. Volontairement ou non. Tu entends bien, je n'ai plus le sou, et, de gré ou de force, par contrainte ou par amour, il faut que mon frère ouvre sa bourse! (Gobineau, Pléiades,1874, p. 95).
En force. En nombre, de manière à dominer. Je conçois que tous les honnêtes gens, que tous les intrigans de la République, pourront bien se réunir en force, dans les assemblées primaires, abandonnées par la majorité de la nation (Robesp., Discours,Guerre, t. 8, 1792, p. 189).Vive le roi! crièrent les convives, parmi lesquels les ministériels étaient en force (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 677).Avec des moyens militaires suffisants, sinon supérieurs. L'ennemi n'était pas encore en force pour commencer le siège; il nous tenait seulement étroitement bloqués (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 2, 1870, p. 107).Au fig. Le tumulte des pulsions systématise un retour en force de l'instinct que d'autres événements manifestent (Mounier, Traité caract.,1946, p. 11).Synon. de de force, par force.Il ne nous reste plus à envisager que l'intervention en force (Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 232).
À force ouverte (vx). Des circonstances telles que le chef du pouvoir exécutif ne puisse pas soutenir, à force ouverte, ses volontés arbitraires (Sieyès, Tiers état,1789, p. 63).Les adeptes de J.-J. Rousseau, tranchans comme leur maître, attaquèrent à force ouverte les principes de l'ordre social (Bonald, Législ. primit.,t. 1, 1802, p. 92).
II.− [La force comme degré d'intensité de qqc., ou exprimant une grandeur, une quantité]
A.− Intensité.
1. [En parlant d'un acte accompli par un être vivant] La force d'un coup, d'une ruade.
Avec force. Frapper avec force sur l'épaule de qqn. Il aspire et respire avec force, le souffle raclant entre les mâchoires rapprochées (Romains, Hommes bonne vol.,1932, p. 43).
2. [En parlant d'un comportement hum., d'un sentiment] La force de son penchant, de ses sentiments. La malade n'avait pas encore consenti à en prendre [d'un médicament], mais sa résistance diminuait de force à chaque fois (Hémon, M. Chapdelaine,1916, p. 204).
[En parlant d'un acte de pensée, de création esthétique] La force d'un raisonnement, la force du style.
Dans toute la force du terme, du mot. Au sens non affaibli du mot. Il était, dans toute la force du terme, ce qu'en vénerie on appelle un chien sage (Hugo, Misér.,t. 1, 1862, p. 570).[Rembrandt] un génie romantique dans toute la force du mot, un alchimiste de la couleur, un magicien de la lumière (Gautier, Guide Louvre,1872, p. 55).
Avec force. Mon soupçon revint avec force (Jouve, Scène capit.,1935, p. 214):
25. L'orateur développait ce thème avec force, sans acrimonie, avec un ascendant de parole qui ne s'était jamais manifesté plus victorieusement. Vogüé, Mort,1899, p. 367.
3. [En parlant d'un rayonnement, d'une vibration, etc.] La force du soleil, de la lumière. Le gaz (...) éclairait de toutes ses forces les murs aveuglants de blancheur (Baudel., Poèmes prose,1867, p. 121).Titien lui-même n'a pas cette force profonde de couleur et cette intensité de lumière [qu'a Rembrandt] (Gautier, Guide Louvre,1872, p. 58).
B.− [Exprime une grandeur, une quantité]
Force d'un cuir, d'une peausserie. ,,Son épaisseur, mesurée en mm ou en fractions de mm`` (Rama 1973).
Force d'une toile, d'un carton, d'un papier. ,,La quantité de matière qui y est incluse, mesurée généralement en grammes par mètre carré`` (Rama 1973).
Force de corps (typogr.). Hauteur d'un caractère indiquée en points typographiques.
Force d'un acide, d'un vin. Degré de concentration d'une solution, d'un mélange (indiqué en degrés alcooliques pour le vin et le vinaigre).
C.− Loc. (exprimant l'idée de quantité ou d'intensité).
1. À force de (loc. prép.), à force (loc. adv.).
a) À force de. À cause de la quantité, de l'intensité de.
À force de + subst.[Julien] arriva séduit, admirant, et presque timide à force d'émotion (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 282).Cet air lourd et parfumé, à force de jonquilles et de roses dont l'appartement était plein (Bourges, Crépusc. dieux,1844, p. 218).Dans un paysage lunaire à force de dévastation (Benoit, Atlant.,1919, p. 106).La femme eût voulu l'arrêter à force de tendresse (Malraux, Espoir,1937, p. 510).J'en sortis enfin, à force d'insistance (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 353).
À force de + inf.Synon. tant, tellement (+ prop.)Ma langue saigne à force de répéter depuis six ans ce mot effroyable : merci (Montherl., Malatesta,1946, IV, 4, p. 516).
b) À force. Synon. de à la longue.De plus, en menaçant toujours sans frapper jamais, à force, on aura fait le jeu de l'Allemagne (Jaurès, Guêpier marocain,1914, p. 95).
2. Force + subst. au plur., vieilli, adj. indéf. Synon. de beaucoup de.Ainsi on ne verrait plus ni Saint-Barthelemy, ni frondes, ni dragonnades, ni révolution, ni contre-révolutions, qui, après force coups et grand massacre de gens, tournent toutes au profit de la susdite valetaille (Courier, Pamphlets pol.,Aux âmes dév. Véretz, 1821, p. 89).Ce spectacle a paru satisfaire beaucoup la société de chez Doyen, qui a jeté force sous aux musiciens et aux bateleurs (Delécluze, Journal,1827, p. 438).Pèlerinage de sainte Anne; force boutiques autour (Michelet, Journal,1831, p. 95).[Il] se vanta d'avoir, après force démarches, fini par découvrir un certain Langlois (Flaub., MmeBovary,t. 2, 1857, p. 122).
[Suivi d'un subst. sing. non nombrable] [Ils] sablaient force champagne (Béranger, Chans.,t. 3, 1829, p. 139).Puis force joli papier pour lui écrire une lettre par quinzaine (Balzac, E. Grandet,1834, p. 52).Donne force pâture à ta grande fournaise (Barbier, Iambes,1840, p. 38).
3. Faire force de (vx). Naviguer le plus rapidement possible. Faire force de rames :
26. Nous fîmes force de nos mauvaises voiles et de nos plus mauvaises rames et, pendant que nous nous démenions, la paisible frégate continuait à prendre son bain de mer et à décrire mille contours agréables autour de nous, faisant le manège... Vigny, Serv. et grand. milit.,1835, p. 171.
4. À force. En redoublant d'effort. [Il] fit travailler à force à la mettre [une ville] en état de défense (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 354).On fouille à force à Pompeï, et on publie les nouvelles découvertes dans de magnifiques livraisons (Taine, Voy. Ital.,t. 1, 1866, p. 92).Il ne bougeait plus. Il ne respirait plus. Il était comme de la terre. On entendait seulement ce bruit d'étoffe que faisait le sang en coulant à force, de lui (Giono, Gd troupeau,1931, p. 105):
27. C'était une journée où il aurait fallu partir plus tôt, marcher, grimper vite, et, le sommet atteint, redescendre rapidement, gagner à force sur la menace du gros temps. Peyré, Matterhorn,1939, p. 221.
Rentrer à force. Rentrer en pressant, en bourrant.
Prononc. et Orth. : [fɔ ʀs]. Enq. : /foʀs/. Homon. forces (cisailles); formes de forcer. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1100 « (d'une personne) énergie, vigueur physique » ma force e ma baldur (Roland, éd. J. Bédier, 2902); b) ca 1135 « faculté morale, pouvoir capable de produire tel effet » (Couronnement Louis, 146 ds T.-L.); ca 1200 « énergie, courage » Force et pooir (Chastelain de Couci, Chansons, éd. A. Lerond, III, 22); ca 1200 « degré d'intensité d'un sentiment » (G. Brulé, Chansons, éd. H. P. Dyggve, LVI, 44 : force d'Amour); c) 1669-73 « capacité intellectuelle » (Boil., Art poét., 1, 166 ds Littré); d) 1690 vers, tableau d'une grande force (Fur.); 2. a) ca 1100 « emploi de moyens violents pour contraindre la volonté des autres » par force e par vigur (Roland, 3683); 1176-81 « violence » (Chr. de Troyes, Chevalier Lyon, éd. M. Roques, 1214); b) 1176 « ensemble de personnes armées » (Id., Cligès, éd. A. Micha, 3395); c) 1566 « pouvoir qu'exercent certaines notions abstraites » (Bodin, Rep., I, XI ds Gdf. Compl.); d) 1690 la force du sang de la parenté (Fur.); 3. a) ca 1200 « importance numérique, quantité » (Chevalier cygne, 221 ds T.-L.); mil. xiiies. force de + subst. « beaucoup de » (J. de Thuin, Jules César, 113, 7, ibid.); b) 1784 impr. force de corps (Encyclop. méthod. Mécan. t. 3); 4. a) ca 1208 « degré de puissance, d'intensité d'un agent physique » a force de rimes [rames] (Villehardouin, Conquête Constantinople, éd. E. Faral, § 467); b) 1690 « capacité de résistance, de solidité d'une chose » (Fur.); c) 1690 « degré de rendement, d'efficacité » (ibid. : la rheubarbe est une racine qui a la force de purger); 5. 1580 « principe de mouvement et d'action » force attractive (Montaigne, Essais, éd. A. Thibaudet, livre I, chap. 21, p. 133); 1783-88 les forces [de l'univers] (Buff., Min., t. IX, p. 5 ds Pougens ds Littré). Du lat. imp. fortia, neutre plur., pris pour subst. fém. sing., de l'adj. fortis, v. fort. Fréq. abs. littér. : 34 566 (force-travail : 4). Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 51 946, b) 41 018; xxes. : a) 46 578, b) 52 685. Bbg. Flutre (L. F.). A. fr. a force faite. Romania. 1956, t. 77, pp. 514-515. − Gohin 1903, p. 354. − Launay (M.). Le Vocab. pol. de J.-J. Rousseau. Genève-Paris, 1977, pp. 107-108. − Quem. DDL t. 11. − Tilander (G.). Die Wissenschaft kann der Papierflut nicht mehr Herr werden. In : [Mél. Rheinfelder (H.)]. Münich, 1963, pp. 339-344. − Vildé-Lot (I.). Fr. mod. 1965, t. 33, pp. 309-310.

Wiktionnaire

Nom commun 1

force \fɔʁs\ féminin

  1. Faculté naturelle d’agir vigoureusement, en particulier en parlant de l’être humain et des animaux.
    • Force physique. — Force musculaire. — Une force d’Hercule.
    • Frapper de toute sa force. — Lancer une chose avec force.
    • Crier de toute la force de ses poumons.
    • Perdre de sa force. — Reprendre quelque force.
  2. (Figuré) Aptitude à réfléchir, à concevoir, à produire, en parlant de l’esprit, de l’imagination, du génie, etc.
    • La force, les forces de l’intelligence. — Par la force de son génie.
    • L’esprit humain n’a pas assez de force pour pénétrer tous les secrets de la nature.
  3. Habileté, talent, expérience qu’on a dans un art, dans un exercice, etc.; et, en général, ensemble des ressources dont on peut disposer, des facultés, du bien, du crédit, du pouvoir, etc., dont on jouit.
    • Ces deux joueurs, ces deux écoliers, sont d’égale force. — Ses adversaires ne sont pas de sa force.
    • Cet écrivain n’est pas de force à traiter un pareil sujet. — Il est de première force aux échecs.
    • Le partenaire du maréchal est un petit capitaine d’état-major, sanglé, frisé, ganté de clair, qui est de première force au billard et capable de rouler tous les maréchaux de la terre. — (Alphonse Daudet, La partie de billard, dans Contes du lundi, 1873, Fasquelle, collection Le Livre de Poche, 1974, page 17.)
    • S’opposer de toutes ses forces à l’adoption d’une mesure dangereuse.
  4. Énergie vitale ; vigueur.
    • Lorsque l’on ne peut faire autrement que d’affronter le mauvais temps, les forces humaines se décuplent et l’esprit devient plus clairvoyant. — (Dieudonné Costes & Maurice Bellonte, Paris-New-York, 1930)
    • Et tout le village bientôt, à des degrés variant selon la constitution et la force de résistance de chacun, fut en proie à des malaises étranges, symptômes inexplicables d’empoisonnement. — (Louis Pergaud, Un petit logement, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Il s’acharnera au travail, il ne ménagera ni son temps, ni ses forces, à une époque où le radium et la radiothérapie profonde était encore inconnue. — (Bulletin de la Société d'obstétrique et de gynécologie de Paris, 1924, vol.3, page 403)
  5. Énergie, activité, intensité d’action.
    • La lutte des intérêts matériels et des principes moraux, de l’utilité et du devoir, du matérialisme et du spiritualisme, se représente ici avec une nouvelle force, et sous un point de vue encore plus important. — (Pellegrino Rossi, Traité de droit pénal, 1829, page 180)
    • […] ; et le gros des troupes était une horde de barbares dans toute la force du terme. C’était de ces figures étranges qui avaient parcouru la Gaule au temps d’Attila et de Chlodowig, […]. — (Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens, 2e récit : Suites du meurtre de Galeswinthe — Guerre civile — Mort de Sighebert (568-575), 1833 - éd. Union Générale d’Édition, 1965)
    • L’alcool donne au vin sa force et sa propriété enivrante ; il dérive du sucre, et n'existe jamais tout formé dans le raisin. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 135)
    • La force de la chaleur. — La force d’un coup.
    • S’élever avec force contre les abus.
    • Cet homme semblait entraîné à sa perte par une force irrésistible.
    • La force d’un argument, d’une preuve, d’une objection.
    • Des vers pleins de force et d’éclat.
    • Sentez-vous toute la force de ce mot, de cette expression ?
  6. Abondance et vigueur.
    • La force de la sève. — La force d’une passion, d’un sentiment.
    • Son amour sembla renaître avec plus de force.
  7. Volonté, caractère, sensibilité, fermeté d’âme, courage qui fait braver les obstacles ou supporter le malheur, les maux, les tourments.
    • La force morale triomphe de la force physique, et c’est vainement que les Peel et les Wellgton de la société voudraient s’opposer à ses progrès vers la prospérité et la liberté ; […]. — (Anonyme, Réélection d’O’Connell en Irlande, Revue des Deux Mondes, 1829, tome 1)
    • Il lui a fallu beaucoup de force pour dompter cette émotion.
    • Quelle force morale il faut pour accepter une telle existence, pour accomplir une telle mission!
    • Elle a une force de caractère, une force d’âme digne d’admiration.
    • N’avoir pas la force de faire une chose, ne pouvoir pas se déterminer à la faire.
    • Je n’eus pas, je ne me sentis pas la force de lui en dire davantage.
    • Il n’eut pas la force de refuser.
  8. Puissance d’un peuple, d’un état, de tout ce qui contribue à le rendre ou à le maintenir puissant.
    • Le pays réparait lentement ses forces. — La force militaire d’un empire.
    • Les forces comparées de la France et de l’Angleterre.
  9. (En particulier) (Militaire) Ce qui la rend une armée redoutable.
    • La discipline est ce qui fait la principale force des armées.
  10. (Militaire) (Nom collectif) L’ensemble des moyens de défense d’une place forte, ses fortifications, sa garnison, etc.
    • […], car il était aisé à la garnison de garder les bords de l’Aude, au moyen de la grande barbacane (…) qui permettait de faire des sorties avec des forces imposantes et de culbuter les assiégeants dans le fleuve. — (Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888)
  11. Personne ou institution qui possède ou exerce un pouvoir, une influence, une contrainte ou une autorité.
    • La ploutocratie chilienne s’était appuyée sur deux forces : les milieux réactionnaires de la Marine et les intérêts impérialistes britanniques. — (Armando Uribe, Le livre noir de l’intervention américaine au Chili, traduction de Karine Berriot & Françoise Campo, Seuil, 1974)
    • Opposer la force à la force.
    • Avoir la force en main.
    • La force publique.
    • Les agents de la force publique.
    • Force majeure.
    • Force est demeurée à la loi, les magistrats chargés de l’exécution de la loi l’ont emporté sur toutes les résistances.
  12. Autorité ou influence d’une chose.
    • Les lois étaient sans force.
    • Cette coutume avait force de loi.
    • Décision passée en force de chose jugée.
    • La force des événements.
    • La force de l’évidence.
    • La force de l’exemple, de l’habitude, du préjugé.
    • La force des choses, La nécessité qui résulte logiquement d’une situation.
    • On ne peut lutter contre la force des choses.
    • Cela se fera par la force des choses.
    • La force de la vérité, Le pouvoir que la vérité a sur l’esprit des hommes.
    • La force du sang se dit des mouvements secrets de la nature entre les personnes les plus proches.
  13. (En particulier) Impétuosité.
    • Mermoz allait dans son bureau contempler la carte. Il faisait et refaisait les calculs. Oui, selon la direction et la force des vents, il mettrait de vingt à vingt-quatre heures pour aller de Dakar à Natal en avion. — (Joseph Kessel, Mermoz, illustré par Roger Parry, Gallimard, 1939, page 129)
    • La force de l’eau, du courant. Le sang, l’eau jaillissait avec force.
    • La force du pouls, Le plus ou le moins de vitesse et d’élévation du pouls.
    • Le cœur bat avec force, les pulsations en sont rapides et violentes.
  14. Unité militaire ; corps de troupes requis pour faire exécuter la loi ou les mesures des agents de l’autorité, lorsqu’il y a résistance de la part des citoyens.
    • Si les Spinaliens soutinrent vaillamment un siège contre Charles le Téméraire, il n’en fut pas de même, deux siècles plus tard, quand Louis XIV déploya contre eux ses forces et fit raser […] l’enceinte fortifiée et le château de la ville. — (Gustave Fraipont; Les Vosges, 1895)
    • Le gros des forces aériennes indo-britanniques périt dans la Birmanie sur un bûcher d’antagonistes embrasés. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 413 de l’éd. de 1921)
    • Étant donné la nature ambivalente du Corps des carabiniers du Chili (force de police et force constituant virtuellement une quatrième Arme), c'est par un double canal que se sont développées ses relations avec les États-Unis. — (Armando Uribe, Le livre noir de l’intervention américaine au Chili, traduction de Karine Berriot & Françoise Campo, Seuil, 1974, page 25)
  15. Solidité, pouvoir de résister.
    • J’allai dans la sellerie où je choisis des courroies solides dont j’éprouvai la force de résistance... […]. — (Octave Mirbeau, Le colporteur,)
    • La température à laquelle le kérosène brûle est suffisante pour faire perdre à l’acier environ 75 % de sa force. — (Louis Dubé, L’argument déterminant et les théories du complot, dans Le Québec sceptique, n° 67, p.5, automne 2008)
  16. (Mécanique, Physique) Effet physique qui produit un changement physique comme une pression, un mouvement. Action mécanique de type glisseur. Vecteur qui la représente.
    • Il est très important de placer les écouteurs correctement. Les recommandations faites par les organismes de standardisation disent qu'il faut appliquer une force par l'emploi d'un serre-tête ou de tout autre moyen équivalent. Une force au moins égale à 4 newton est indispensable, […]. — (Acta oto-rhino-laryngologica belgica, 1963, vol. 17-18, page 67)
  17. (Par extension) (Familier) Puissance mécanique.
    • Le curage des vases de la Darse au moyen d'un dragueur à la vapeur de la force de 14 chevaux, a été complet en 1837. — (Répertoire des travaux de la Société de statistique de Marseille, page 370, 1838)
    • Les locomobiles de la force de 4 à 5 chevaux ont un poids qui atteint déjà 2000 kilogrammes. — (Ch. Drion & E. Fernet, Traité de Physique élémentaire, Masson, 1885, note bas de page 325)
    • La force nécessaire pour la manutention est de 50 HP environ ; le personnel est de 100 ouvriers. — (Vals-Saint-Jean - la station de Vals-les-Bains et environs, éditée spécialement pour la Société Vals-Saint-Jean par G.-L. Arlaud, éditeur, Lyon (sans date ; vers 1931), page 32)
  18. (En particulier) Valeur d’un raisonnement, d’une preuve, d’une raison, etc.
    • L’accusation tirait de ce fait une nouvelle force.
    • Il fallut céder à la force de ces raisons.
  19. (Didactique) Toute cause ou puissance à laquelle on attribue la propriété de produire ou de déterminer certains effets, certains phénomènes.
    • Il serait impossible de comprendre les succès des démagogues, depuis les temps d’Athènes jusqu’à la New York contem­poraine, si on ne tenait compte de la force extraordinaire que possède l’idée de vengeance pour oblitérer tout raisonnement. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chapitre V, La grève générale politique, 1908, page 230.)
    • Les diverses forces répandues dans la nature.
  20. (Cartes à jouer) Onzième arcane du tarot de Marseille.

Nom commun 2

force \fɔʁs\ féminin

  1. (Héraldique) S’emploie toujours au pluriel car comme les ciseaux, il s’agit d’une paire de lames → voir forces.
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Littré (1872-1877)

FORCE (for-s') s. f.

Résumé

  • 1° Propriété qui fait que le corps d'un homme ou d'un animal a une grande puissance d'action.
  • 2° La force de l'âge.
  • 3° Puissance, supériorité.
  • 4° Se dit des États, que l'on compare à un corps vivant.
  • 5° Ce qui rend une armée considérable, redoutable.
  • 6° Supériorité physique de force, pouvoir de contraindre.
  • 7° Violence.
  • 8° Maison de force.
  • 9° Il est bien force.
  • 10° Aptitude à concevoir, à combiner, à réfléchir, à imaginer.
  • 11° Habileté, talent, expérience.
  • 12° Énergie morale.
  • 13° Puissance d'action et d'impulsion des agents physiques.
  • 14° Impétuosité.
  • 15° Puissance de résistance.
  • 16° Toute cause de mouvement.
  • 17° Forces au sens métaphysique.
  • 18° Forces de la nature.
  • 19° Intensité, énergie, efficacité des choses.
  • 20° Il se dit des choses intellectuelles et morales.
  • 21° Action exercée sur l'esprit par le discours, le style, les expressions.
  • 22° Il se dit du raisonnement et des preuves.
  • 23° La force d'un sujet, qualités solides qu'il renferme.
  • 24° Caractère et vigueur, en parlant de peinture et de sculpture.
  • 25° Ce qu'il y a de fort, de contraignant dans les choses.
  • 26° Grande quantité.
  • 27° Mofette.
  • 28° À force.
  • 29° À force de.
  • 30° À toute force.
  • 31° De force.
  • 32° Par force, à force ouverte, de vive force.
  • 1La propriété qui fait que le corps d'un homme ou d'un animal a une grande puissance d'action. Être doué d'une grande force de corps. Avoir de la force. Une force d'Hercule. Un cheval d'une grande force. Je n'ai pas la force de travailler. Les deux extrémités [du muscle] ont plus de force, parce que l'une soutient le muscle, et que par l'autre, c'est-à-dire par le tendon, qui est aussi le plus fort, s'exerce immédiatement le mouvement, Bossuet, Connaiss. II, 2. Je ne me soutiens plus, ma force m'abandonne, Racine, Phèdre, I, 3. Réparez promptement votre force abattue, Racine, ib. Il donnera la force à vos bras languissants, Voltaire, Zaïre, IV, 1. La force des hommes n'est estimée que vingt-cinq livres et celle des chevaux de cent soixante et quinze, Voltaire, Dict. phil. Force physique. La force de tout animal a reçu son plus haut degré quand l'animal a pris toute sa croissance ; elle décroît quand les muscles ne reçoivent plus une nourriture égale, Voltaire, ib. Force. Des hommes qui avaient employé toute la force de leur corps, qui en avaient même abusé, s'il est possible d'en abuser autrement que par l'oisiveté et la débauche, Buffon, Hist. nat. hom. t. IV, p. 357, dans POUGENS. Hercule eut en partage la force à qui rien ne résiste ; Hélène, la beauté qui triomphe de la force même, Courier, Éloge d'Hélène.

    De toute sa force, autant que l'on peut, aussi bien que l'on peut. Criant de toute sa force, Bossuet, Hist. II, 8. La Senantes était à sa toilette, qui se coiffait de toute sa force en faveur de Matta, Hamilton, Gram. 4.

    À forces égales, à force égale, à égalité de force ou de forces, en supposant que des deux côtés les forces sont égales.

    Être de force à, être assez fort pour. Il est de force à lutter contre trois hommes.

    Par extension. Être assez habile pour, ou, ironiquement, assez niais pour, et, généralement, être capable de. Il est de force à vous convaincre. Il est bien de force à faire cette bévue.

    Tour de force, action qui demande beaucoup de force ou d'adresse ; et fig. solution heureuse d'une grande difficulté.

    Tour de force, dans les beaux-arts, se dit, en mauvaise part, des effets plus difficiles qu'agréables.

    N'avoir ni force ni vertu, être d'une complexion délicate ; et fig. n'être bon à rien, capable de rien. C'est le soleil de janvier, il n'a ni force ni vertu.

    Dans les métiers, manœuvres ou opérations de force, celles qui exigent des efforts considérables et des appareils puissants.

    Travaux de force, travaux qui exigent l'emploi des forces musculaires.

    Au plur. Les forces du corps. Ce malade sent ses forces augmenter. Il fait plus que ses forces ne permettent. C'était [se retirer] la résolution qu'il avait prise dans sa dernière maladie ; et, plutôt que de voir languir les affaires avec lui, si ses forces ne lui revenaient, il se condamnait, en rendant les sceaux, à rentrer dans la vie privée, Bossuet, Letellier. Peu à peu ils [Mentor et Télémaque] reprirent leurs forces, Fénelon, Tél. VIII. Céson tomba aussitôt sur lui, et, se prévalant de ses forces, lui donna tant de coups de poings et de pieds…, Vertot, Révol. rom. IV, p. 309.

  • 2La force de l'âge, l'époque de la vie où l'on a le plus de force. Racine, dans la force de son âge, né avec un cœur tendre, un esprit flexible, une oreille harmonieuse, donnait à la langue française un charme qu'elle n'avait point eu jusqu'alors, Voltaire, Comm. Corn. Attila, préface.

    La force du tempérament, ce qui, dans le tempérament, rend l'individu capable de résister à de grandes fatigues, d'exécuter de grands travaux.

    Être dans toute sa force, avoir la plénitude de sa vigueur.

    Être dans toute sa force, se dit des affaires politiques, judiciaires ou autres qui sont au plus haut point du débat, et qui préoccupent l'attention publique. L'affaire contre M. de la Chalotais, aussi odieuse et aussi absurde que celle d'Urbain Grandier, était dans toute sa force, Duclos, Voy. Ital. Œuv. t. VII, p. 5, dans POUGENS.

  • 3Puissance, supériorité. Pour te récompenser, ma force est trop petite, Corneille, Cid, IV, 3. Il leur a paru [aux libertins] que c'était une contrainte importune de reconnaître qu'il y eût au ciel une force supérieure qui gouvernât tous nos mouvements et châtiât nos actions déréglées avec une autorité souveraine, Bossuet, Sermons, 3e dim. après Pâq. préambule. Quelle force vous peut arracher des mains toutes-puissantes de Dieu, que vous irritez par vos crimes, et dont vous attirez sur vous les vengeances ? Bossuet, IV, Vêture, 1. Souvenez-vous comment Moïse, ce serviteur de Dieu, brisa autrefois la force d'Amalec, Massillon, Car. Motifs de conv. Le grand vizir crut que son expédition était assez heureuse… s'il ne mettait pas des avantages certains au risque d'une nouvelle bataille, qu'après tout le désespoir pouvait gagner contre la force, Voltaire, Russie, II, 1. Cette soumission [du roi de Prusse] n'a point encore rassuré Napoléon ; à sa force, il ajoute la feinte, les forteresses que, par pudeur, il laisse à Frédéric, sa défiance en convoite encore l'occupation, Ségur, Hist. de Nap. I, 2. La force la plus forte C'est un cœur innocent, Hugo, F. d'aut. 37.

    Avoir force, avoir une influence active. Son exemple aurait force, et ferait qu'à l'envi Tous voudraient imiter le chef qu'ils ont suivi, Corneille, Toison d'or, I, 2.

    Ressources que procurent le bien, le crédit, le pouvoir, le talent, la position, etc. Ce personnage prend tous les jours une nouvelle force. Les forces d'un parti. Je suis toujours étonné que vous ne sentiez pas votre force et que vous ne traitiez pas tous les polissons qui vous attaquent comme vous avez fait Aliboron, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 4 août 1767.

    Les forces humaines, ce que l'homme en général est en état de faire ou de supporter. Les forces humaines ne vont pas jusque-là. Cela est au-dessus des forces humaines. Il [Davoust] s'écriait que des hommes de fer pouvaient seuls supporter de pareilles épreuves ; qu'il y avait impossibilité matérielle d'y résister ; que les forces humaines avaient des bornes, qu'elles étaient toutes dépassées, Ségur, Hist. de Napol. X, 6.

  • 4Force se dit des États que l'on compare à un corps vivant. Le royaume d'Israël reprenait ses forces, Bossuet, Hist. I, 6. L'empire reprend quelque force sous Justinien, Bossuet, ib. III, 7. Les grands hommes font la force d'un empire, Bossuet, III, 6. Dans sa force première Athènes se relève ; Ses braves sont armés de leurs longs javelots, Millevoye, Élég. II.

    Il se dit aussi de la puissance d'un peuple, d'un État, de ses ressources, de ce qui le rend florissant. Les forces comparées de la France et de l'Angleterre. La force militaire d'un empire.

  • 5La force d'une armée, ce qui la rend considérable, redoutable. Vitellius avance avec sa force unie, Corneille, Othon, I, 3.

    La force d'un régiment, d'un bataillon, le nombre effectif d'hommes qui s'y trouvent.

    La force d'une place de guerre, ses moyens de défense, ses fortifications, sa garnison.

    Être en force, être en état de se défendre ou d'attaquer. L'ennemi se montre en force sur notre flanc gauche.

    Au plur. Les forces, les troupes d'un État, d'un souverain. Je me vis en déroute avec toutes mes forces, Corneille, Attila, I, 1. J'ai des forces assez pour tenir la campagne, Racine, Théb. I, 3. Ses vœux tardifs n'étant pas exaucés, il envisage l'énormité de ses forces, il revient sur les souvenirs de Tilsitt et d'Erfurt, il accueille des renseignements inexacts sur le caractère de son rival, Ségur, Hist. de Nap. I, 5. Alexandre et, sous lui, Barclay de Tolly, son ministre de la guerre, dirigeaient toutes ces forces ; elles étaient partagées en trois armées, Ségur, ib. IV, 1.

    Terme de marine. Force ou forces navales, réunion indéterminée de bâtiments de guerre.

    La flotte d'un pays.

    Ligne de force, la ligne dans laquelle les plus forts vaisseaux sont placés en tête de la ligne, en tactique navale. La ligne de contre-force se forme, au contraire, en plaçant les plus forts vaisseaux à la queue de la ligne.

  • 6Supériorité physique de force ; pouvoir de contraindre. Repousser la force par la force. L'empire de la force. On a nommé la guerre le jeu de la force et du hasard. Parlez, la force en main et hors de leur atteinte, Corneille, Nicom. I, 1. Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage, La Fontaine, Fabl. II, 11. Je sais… Que jamais par la force on n'entra dans un cœur, Molière, Mis. IV, 3. À quoi la force doit-elle servir qu'à défendre la raison ? Bossuet, Reine d'Angl. La force tenait lieu de droit et d'équité, Boileau, Art p. IV. La force fonde, étend et maintient un empire, Saurin, Spart. III, 4. Enfin, sans toutes ces causes de haine, la position de la Prusse entre la France et la Russie obligeait Napoléon à y être le maître, il ne pouvait y régner que par la force ; il ne pouvait y être fort qu'en l'affaiblissant, Ségur, Hist. de Nap. I, 2. Force majeure, force à laquelle on ne peut résister. Cas, événement de force majeure. Céder à la force majeure. Il y eut force majeure. Il est juste que l'homme ressente qu'il y a une force majeure à laquelle il faut céder, Bossuet, 2e serm. Purification, 2.

    Force publique, réunion des forces individuelles organisées par la constitution pour maintenir les droits de tous et assurer l'exécution de la volonté générale.

    Force armée, corps de troupe requis pour faire exécuter la loi, ou les mesures des agents de l'autorité, lorsqu'il y a résistance. La force armée dissipa les attroupements.

    Force est demeurée à la loi, les magistrats chargés de l'exécution de la loi ont triomphé de ceux qui voulaient l'enfreindre.

    Agir de force, agir par la force. Voyez s'il faut agir de force ou d'industrie, Corneille, Sophon. II, 2. Il faut agir de force avec de tels esprits, Corneille, Héracl. I, 1.

    Force ouverte, l'emploi patent de la force. Oui, si sa cruauté s'obstine à votre perte, J'irai, pour l'empêcher, jusqu'à la force ouverte, Corneille, Héracl. I, 4.

    Faire force à, contraindre, contenir. Et parce que la force qu'elle se faisait en cela était très grande et qu'elle ne pouvait la supporter plus longtemps…, D'Urfé, Astrée, I, 1. Faites un peu de force à votre impatience, Corneille, Pomp. v, 4. Venez, madame… montrer… La force qu'on vous fait pour me donner la main, Corneille, Sert. III, 3. Je veux bien néanmoins, pour te plaire une fois, Faire force à l'amour qui m'impose ses lois, Molière, l'Ét. IV, 5.

  • 7Violence. Employer la force. Céder à la force. … Force n'a point de loi ; S'accommoder à tout est chose nécessaire, La Fontaine, Fianç. J'essaierai tour à tour la force et la douceur, Racine, Brit. III, 5. C'est lui, seigneur, c'est lui dont la coupable audace Veut la force à la main m'attacher à son sort, Racine, Mithr. I, 2.

    À la force ! signifie à la violence ! On enlève madame ; ami, secourez-nous ; à la force ! aux brigands ! au meurtre ! accourez tous, Corneille, la Veuve, III, 10. Je sais qu'un vieux respect que la pudeur embrasse Veut qu'au seul nom d'amour nous fassions la grimace, Et que, lorsqu'un amant prétend nous en conter, Nous criions à la force avant que d'écouter, Th. Corneille, le Berger extravag. IV, 3.

  • 8Maison de force, maison où l'on enferme les gens de mauvaises mœurs qu'on veut corriger.

    La Force, une des prisons de Paris où l'on enfermait les prévenus ; elle est démolie.

  • 9Il est bien force, force m'est, force lui est de, il est nécessaire, indispensable. …Sans pouvoir attendre le reste de son armée, ce lui fut force de hasarder la bataille, Malherbe, le XXXIIIe liv. de T. Live, ch. 8. Pour ingrat que soit un homme, c'est force que l'objet excite sa mémoire, et qu'en dépit de lui, quand il voit le présent, il se ressouvienne de l'auteur, Malherbe, Traité des bienf. de Sénèque, I, 12. Mais il me fut bien force… Que ma discrétion expiât mon péché, Régnier, Sat. VIII. Il m'a été force de manquer aux principales obligations de la vie civile, Guez de Balzac, liv. VII, lett. 31. Force lui fut de quitter la maison, La Fontaine, Mazet. Il est donc force, en toute façon, que le peuple croisse ; ainsi fait-il, ayant repos, biens et chevances, Courier, Lett. VI.
  • 10Aptitude à concevoir, à combiner, à réfléchir, à imaginer. Avoir une grande force de tête, de conception. Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces, Et consultez longtemps votre esprit et vos forces, Boileau, Art p. I. Ô si l'esprit divin, esprit de force et de vérité, avait enrichi mon discours de ces images vives et naturelles qui représentent la vertu et qui la persuadent tout ensemble, Fléchier, Tur.

    Absolument. Ce penseur a de la force.

    La force de la mémoire, la ténacité de la mémoire. Il a une grande force de mémoire.

  • 11Habileté, talent, expérience qu'on a dans un art, dans un exercice, dans une science. Il est de première force sur le violon, au pistolet, aux échecs. Ces deux écoliers sont de la même force. J'aurai la joie de pouvoir parler de vous avec l'honneur qui est dû à un homme de votre force, Bossuet, Projet de réunion des prot. Lettre IX.

    Ironiquement. De même force, se dit de gens ou de choses qui ne valent pas mieux les unes que les autres. Venez, Pradon et Bonnecorse, Grands écrivains de même force, De vos vers recevoir le prix, Boileau, Épigr. XVII. Tout ce que dit Diodore de Sicile, sept siècles après Hérodote, est de la même force dans tout ce qui regarde les antiquités et la physique, Voltaire, Dict. phil. Diodore et Hérodote.

    Ironiquement. Un fou de sa force, un homme aussi fou que lui. Dorante, sais-tu bien qu'il n'y a point de fol aux Petites-maisons de ta force ? Marivaux, Fausses confid. II, 3.

  • 12Il se dit de l'énergie morale. Il lui manque la force d'âme. L'entretien… où, m'ayant ouvert votre cœur, j'y vis tant de résolution, de force et de générosité que vous achevâtes de gagner le mien, Voiture, Lett. 34. Il [Pierre le Grand] a eu cette force dans l'âme, qui met un homme au-dessus des préjugés de tout ce qui l'environne et de tout ce qui l'a précédé, Voltaire, Russie, Anecdotes. Mais, me direz-vous, la force peut-elle se donner ? oui, sans doute, et plus facilement que toute autre vertu ; car elle ne tient qu'à l'habitude, Genlis, Ad. et Théod. t. I, lett. 16, p. 117, dans POUGENS. La véritable force, qui vient de la grandeur d'âme, est de savoir vaincre ses passions, et non de s'y livrer, Genlis, Théât. d'éduc. Ennemi génér. I, 5. Dans ce désastre désormais irrémédiable, où il fallait à chacun toute sa force, Ségur, Hist. de Nap. IX, 12.

    Avoir la force de, être assez ferme pour ; n'avoir pas la force de, n'être pas assez ferme pour. Le roi n'a pas la force de lui rien refuser, Maintenon, Lett. à Mme de St-Géran, 16 déc. 1697. Je n'avais pas la force de reprendre l'autorité, Fénelon, Tél. XII. Je n'ai pu de ma main te conduire au supplice, Je n'en eus pas la force, Voltaire, Orphel. II, 1.

  • 13Il se dit de la puissance d'action et d'impulsion des agents physiques. La force de la poudre à canon. La force d'une machine à vapeur. La force d'un ressort. La force d'une chute d'eau.

    Impulsion qu'a reçue le corps lancé, poussé. La force d'un boulet de canon.

    On dit de même : la force d'un coup. De la force du coup pourtant il s'abattit, La Fontaine, Fabl. VIII, 27.

    Terme de marine. Faire force de rames, ramer à toutes forces.

    Faire force de voiles, augmenter la surface de la voilure déjà déployée pour donner plus de prise au vent, et, par là, plus de vitesse au navire. Ruyter, se voyant en liberté d'agir parce que M. du Quesne ne l'occupait point, voulut décider de cette journée par la défaite de notre avant-garde ; il fit pour cela force de voiles pour nous envelopper, et courut jusques par mon travers, Mém. de Villette, p. 23, dans JAL.

    Fig. Faire force de voiles, faire tous ses efforts pour réussir en quelque affaire.

    Faire force de vent, forcer de voiles. Comme la barque longue faisait force de vent sur nous, et que même elle nous le gagnait, nous crûmes que nous ne ferions que mieux de nous jeter à terre dans l'île de Rais, Retz, Mém. p. 312, éd. d'Amsterd. 1717, dans JAL.

  • 14Impétuosité. La force de l'eau, du courant. [Par l'obéissance] vous trouverez de la consistance au milieu de l'inconstance des choses humaines ; les flots n'auront point de force pour vous abattre, ni les abîmes pour vous engloutir, Bossuet, Panég. St Benoît, 2.

    La force du pouls, le plus ou moins de force avec laquelle l'artère soulève le doigt qui la presse.

    Le cœur bat avec force, les pulsations en sont fortes et rapides.

  • 15Force se dit aussi de la puissance de résistance. La force d'une poutre, d'un drap, d'une toile.

    Terme d'architecture. Forces ou jambes de forces, pièces de bois qu'on met sur les tirants pour porter l'entrait et lui servir de jambes.

    Il se dit aussi des arcs-boutants et contre-forts en maçonnerie.

  • 16 Terme de mécanique. Toute cause de mouvement. Force centripète. Force centrifuge. Deux forces appliquées en un même point. La résultante des forces.

    Force mouvante ou motrice, celle qui produit un mouvement. S'il est bien prouvé que ce qu'on appelle force motrice est le produit de la simple vitesse par la masse, sera-t-il moins aisé de parvenir à connaître ce que c'est que cette force ? Voltaire, Physique, Mesure des forces, II, 1.

    Force morte, celle qui est actuellement neutralisée.

    Autrefois force vive, action de forces combinées avec leur vitesse comme dans le choc. Quoiqu'il parût s'être renfermé dans l'astronomie, il se mêla de la célèbre question des forces vives ; il fut le premier de l'académie qui osât se déclarer contre M. Leibnitz, Fontenelle, Louville. Si la force n'est autre chose que le produit d'une masse par la vitesse, ce n'est donc précisément que le corps lui-même agissant ou prêt à agir avec vitesse, Voltaire, Physique, Mesure des forces, II, 2. Cette querelle était une suite de celle qui divisa si longtemps les mathématiciens sur les forces vives et sur les forces mortes, Voltaire, Comment. hist. sur les œuvres de l'auteur de la Henriade.

    Aujourd'hui force vive d'un corps, le produit de sa masse par le carré de sa vitesse.

    Fig. Les forces vives de la nation, la partie la plus vigoureuse et la plus saine de la nation.

    Force d'inertie, celle en vertu de laquelle un mobile tend à conserver l'impulsion reçue, et aussi la résistance qu'il oppose à ce qui doit le mettre en mouvement quand il est en repos. Il faut considérer tout corps se mouvant dans une courbe comme mû par deux puissances, dont l'une est celle qui lui ferait parcourir des tangentes et qu'on nomme la force centrifuge ou plutôt la force d'inertie, d'inactivité, par laquelle un corps suit toujours une droite, s'il n'en est empêché ; et l'autre force qui retire les corps vers le centre, laquelle on nomme la force centripète, et qui est la véritable force, Voltaire, Newton, III, 4.

    Fig. Force d'inertie, résistance passive qui consiste surtout à ne pas obéir. Ils opposèrent la force d'inertie aux mesures de l'autorité.

  • 17Au sens métaphysique, les forces, les substances qui sont causes ; ce qui est à la fois substance et cause des phénomènes. L'esprit est une force. L'âme, la monade sont des forces.
  • 18Forces de la nature, nom que l'on donne aux diverses propriétés de la matière telles que la gravitation, la chaleur, l'électricité, le magnétisme, l'affinité chimique, la vie. L'on ne connaît les forces qui animent l'univers, que par le mouvement et par ses effets ; ce mot même de forces ne signifie rien de matériel, et n'indique rien de ce qui peut affecter nos organes, qui cependant sont nos seuls moyens de communication avec la nature, Buffon, Min. t. IX, p. 5, dans POUGENS. La force n'est autre chose que le principe des changements, Bonnet, Œuv. mél. t. XVIII, p. 86, note 5, dans POUGENS. Leibnitz définit la force, le principe qui a en soi la raison suffisante de l'actualité de l'action, Bonnet, ib. p. 77.

    Équivalence des forces, voy. ÉQUIVALENCE.

  • 19 Par extension, en parlant des choses, intensité, énergie, efficacité. La force de la chaleur. La force d'un acide, d'un poison. Ce vin a beaucoup de force, c'est-à-dire il est très tonique. Cette eau-de-vie a beaucoup de force, c'est-à-dire elle est très spiritueuse. Si ce charme a force contre nous, Régnier, Élég. IV. Cela est si vrai, qu'ayant fait cet hiver un effort pour en échapper avant ce terme, la force du charme me ramena de quarante lieues loin, Voiture, Lett. 34. Que de ses mots savants les forces inconnues Transportent les rochers, font descendre les nues, Corneille, l'Illus. comique, I, 1. Le printemps par malheur était lors en sa force, La Fontaine, Fiancée.

    La force de la séve, l'abondance et la vigueur de la séve.

    Fig. et familièrement. C'est la force du bois, se dit quand quelque chose se fait par la seule impétuosité de la nature.

    Qualité du son appelée aussi intensité.

  • 20En parlant des choses intellectuelles et morales. Mais, au lieu de goûter ces grossières amorces, Sa vertu combattue a redoublé ses forces, Corneille, Cinna, V, 3. Je sais quelle est ta flamme et quelles sont ses forces, Corneille, Pomp. V, 4. L'esprit le mieux fondé n'a jamais trop de forces, Corneille, Sert. II, 2. Je tâche avec respect à vous faire connaître Les forces d'un amour que vous avez fait naître, Corneille, Rod. IV, 3. Il me faut essayer la force de mes pleurs, Corneille, Poly. III, 2. Les lois de l'Église perdent leur force, Pascal, Prov. 6. Saint Ascole, qui en était évêque [de Thessalonique], la défendit par la seule force de ses prières, Fléchier, Hist. de Théod. I, 78. Seconde mes soupirs, donne force à mes pleurs, Racine, Théb. I, 6. J'ai vu vos sentiments, j'en ai connu la force, Voltaire, Tancr. I, 6.

    La force du sang, mouvements secrets de la nature entre personnes unies par les liens du sang.

  • 21Il se dit du discours, du style, des expressions, pour signifier l'action puissante exercée sur l'esprit. La force du style. La force de l'éloquence n'est pas seulement une suite de raisonnements justes et vigoureux, qui subsisteraient avec la sécheresse ; cette force demande de l'embonpoint, des images frappantes, des termes énergiques, Voltaire, Dict. phil. Force. On a dit que les sermons de Bourdaloue avaient plus de force, ceux de Massillon plus de grâce, Voltaire, ib.

    Dans la force, dans toute la force du mot, complétement, sans réserve. Êtes-vous voyageur dans la force du mot ? Collin D'Harleville, Chât. en Esp. II, 4.

  • 22Il se dit du raisonnement, des preuves pour exprimer l'action par laquelle ils s'imposent à l'esprit. J'en ai [de vos raisons] senti la force et connu l'équité, Racine, Andr. II, 4. La force du raisonnement consiste dans une exposition claire des preuves exposées dans leur jour, et une conclusion juste, Voltaire, Dict. phil. Force.
  • 23La force d'un sujet, les qualités solides que renferme le sujet sur lequel on travaille. Corneille, qui ne produisait ses beautés que quand il était animé par la force de son sujet, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Hor.

    En un sens analogue, la force de la situation, en parlant d'une situation dramatique. La force de la situation a fait apparemment passer tous ces défauts, qui aujourd'hui seraient relevés sévèrement dans une pièce nouvelle, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Rodogune.

  • 24Force se dit, en peinture et en sculpture, du caractère et de la vigueur manifestés dans les formes ; en parlant du coloris, de l'emploi intelligent de couleurs vigoureuses ; en parlant d'un tableau entier, de l'effet vigoureux que produit l'opposition habile des ombres et des lumières.
  • 25Ce qu'il y a de fort, de contraignant dans les choses, et quelquefois de nécessaire ou d'inévitable. La force des choses. La force de l'habitude. La force de l'évidence.

    La force de la vérité, le pouvoir que la vérité a sur l'esprit des hommes.

    Terme de législation. Force de chose jugée, autorité d'une décision administrative ou judiciaire rendue en dernier ressort, et contre laquelle il ne reste aucun moyen ordinaire de se pourvoir. Combien de fois s'est-on plaint que les affaires n'avaient ni de règle ni de fin ; que la force des choses jugées n'était presque plus connue…, Bossuet, Letellier.

    Force de loi, autorité équivalente à celle d'une loi. Il s'introduisit une coutume ayant force de loi en France, en Allemagne, en Angleterre, de faire grâce de la corde à tout criminel condamné qui savait lire ; tant un homme de cette érudition était nécessaire à l'État, Voltaire, Dict. phil. Clerc. Un long usage donne force de loi, Diderot, Opin. des anc. phil. Hobbisme.

  • 26Il s'emploie pour exprimer une forte quantité. Il faut mêler pour un guerrier à peu de myrte et peu de roses Force palme et force laurier, Malherbe, IV, 5. Force gens croient être plaisants qui ne sont que ridicules, Guez de Balzac, liv. VI, lett. 4. Peu de jasmin d'Espagne et force serpolet, La Fontaine, Fabl. IV, 4. Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons, J'ai dévoré force moutons, La Fontaine, Fabl. VII, 1. Je mets aussi sur la scène Des trompeurs, des scélérats, Des tyrans et des ingrats, Mainte imprudente pécore, Force sots, force flatteurs, La Fontaine, ib. IX, 1. Ainsi que force monde accourus d'aventure, Molière, l'Ét. V, 14. Voir cajoler sa femme et n'en témoigner rien Se pratique aujourd'hui par force gens de bien, Molière, Sgan. 17. La renommée n'en dit pas force bien, Molière, D. Juan, III, 5. Voilà monsieur le marquis qui en dit force mal [de l'École des femmes], Molière, Critique, 6.
  • 27Nom que les mineurs de la Loire donnent à la mofette.
  • 28À force, loc. adv. Beaucoup, extrêmement. Travailler à force. Étudier à force.
  • 29À force de, loc. prép. Par beaucoup de. Auguste chaque jour, à force de bienfaits, Semble assez réparer les maux qu'il vous a faits, Corneille, Cinna, I, 2. À force de se faire admirer, on deviendrait insupportable, Méré, dans BOUHOURS Nouv. rem. À force de façons il assomme le monde, Molière, Mis. II, 5. À force de sagesse on peut être blâmable, Molière, ib. I, 1. Il ne se conserve qu'à force de verser le sang, Fénelon, Tél. III. À force de médecins et de saignées la maladie de Candide devint sérieuse, Voltaire, Candide, 22. Il semble qu'à force de livres on est devenu ignorant, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 8 août 1770. Il obligea à force de mérite le roi, qui ne l'aimait pas, à l'employer, Voltaire, Louis XIV, 9.

    À force de bras, sans autre aide que les bras. Ils montèrent le canon à force de bras.

    À force de rames, en forçant de rames.

    À force de reins, par la force des reins. Neptune frappait la terre et on en voyait sortir un cheval fougueux ; il ne marchait point, il sautait à force de reins, Fénelon, Tél. XVII.

    On dit de même : à la force du poignet.

  • 30À toute force, loc. adv. Par toute sorte de moyens. Un pâtre, à ses brebis trouvant quelque mécompte, Voulut à toute force attraper le larron, La Fontaine, Fabl. VI, 1. Il veut à toute force être au nombre des sots [maris trompés], La Fontaine, Coupe. Il veut rentrer à toute force dans la conversation, Sévigné, 511. Ils voulaient m'emmener à toute force, Sévigné, 577.

    À toute extrémité. À toute force enfin elle se résolut, La Fontaine, Fabl. IV, 22.

    À tout prendre, absolument parlant. On pourrait à toute force lui accorder ce qu'il demande. Il se pourrait à toute force que Pépin eût donné aux papes l'exarchat de Ravenne, Voltaire, Mœurs, 12. N'est-ce pas que les Anglais ont besoin de la mer, dont les Français peuvent à toute force se passer ? Voltaire, Louis XV, 35.

  • 31De force, loc. adv. Avec effort. Faire entrer de force une chose dans une autre. On attache les membres du martyr à deux arbres rapprochés de force, Chateaubriand, Mart. XVIII.

    Par la contrainte. Il lui fit signer de force cet acte. Il ne faut rien de force et cependant il ne faut rien de lenteur, Pascal, dans COUSIN. Et tâchons d'ébranler, de force ou d'industrie, Ce malheureux dessein qui nous a tous troublés, Molière, Tart. IV, 2.

    Prendre une ville de force, s'en emparer par une attaque.

    Prendre une femme de force, la violer.

    De gré ou de force, soit qu'on veuille ou qu'on ne veuille pas. Il faudra bien de gré ou de force qu'il paye le dommage.

  • 32Par force, à force ouverte, de vive force, loc. adv. En employant la force, la violence, par une violence manifeste. Il [l'amour] entre avec douceur, mais il règne par force, Corneille, Hor. III, 4. Contre un si grand rival j'agis à force ouverte, Corneille, Nicom. III, 8. Trop heureux si bientôt la faveur d'un divorce Me soulageait d'un joug qu'on m'imposa par force, Racine, Brit. II, 2.

    Malgré qu'on en ait. Les Maures ont appris par force à vous connaître, Corneille, Cid, II, 7. Et, vertueux par force, espèrent par envie ôter aux jeunes gens les plaisirs de la vie, Molière, l'Ét. I, 2.

    Emporter une place de vive force, l'emporter par une attaque brusque.

    Fig. Attaquer de vive force les préjugés.

HISTORIQUE

XIe s. Ki abat femme à terre pur faire lui force, Lois de Guill. 19. Il va ferir Gerin par sa grant force, Ch. de Rol. CXXI. Par vive force les en chasserent Franc, ib. CXXIII. Com decherat ma force et ma baudur [hardiesse] ! ib. CCIV.

XIIe s. Mais estez vous à force et à vigor, Ronc. p. 25. [Ils] Sont en Espagne, par force l'ont saisie, ib. p. 116. Ains [j'] ai mis en lui [elle] servir Cuer et cors, force et pooir, Couci, X. Li cuens de Blois devroit bien mercier Force d'amors qui lui dona amie, ib. XX. Nos forces, nos aïes [aides] lui metons en defois [refus], Sax. XVIII. Mais tenons nos honors à force et à vertu, ib. XXVIII. Des mains la [la croix] li voleit par vive force oster, Th. le mart. 38. … Quant il murdrist la gent, E emble altrui aveir, e à force le prent, ib. 31.

XIIIe s. Ensi nagierent à force de rames toute la vesprée, Villehardouin, CLXX. Si cuidierent que jamais li Frnc n'eussent force, Villehardouin, CLIV. À force [ils] lui ouvrirent la bouche outre son gré, Berte, X. Li Barrois le saisit par le col et feri le cheval des esporons et le traïst par force de bras des archons [arçons], Chr. de Rains, p. 40. D'autre part covient il à fine force que li orbis [la terre ronde] soit touz pleins dedenz soi, si que l'une chose sostiegne l'autre, Latini, Trésor, p. 111. Il dist k'à parfurnir n'apent, K'est à force fait, serement [qu'on n'est point obligé de tenir un serment fait par force], Édouard le conf. v. 4319. Si cum el le [Sanson] tenoit forment Soef en son giron dormant, Copa les cheveux o ses forces [ciseaux], Dont il perdit toutes ses forces, la Rose, 16885. Et François sont laiens remès à sauveté, Por çou [ce] dist-on sovent : la force paist le pré, Ch. d'Ant. III, 366. Godefrois de Bouillon a la crois atacie [attachée] ; Or se croisent à force, Diex lor soit en aïe ! ib. I, 920. Ne me semble il pas que l'on puisse saveir toz les plais ne totes les forces et les soutillances qui sont en plait, Ass. de Jér. I, 51. Et se il en est ataint ou prové, il sera encheu en la main dou seignor, come ataint de force [violence], ib. 104. Sire, vés là Jehan qui à tort et sans reson, il ou ses commans, vint en tel liu et m'a fet tele forche [force, violence], Beaumanoir, VI, 9. Et pour ce ne font force [résistence] li assacis [assassins], se l'en les occist, quant il font le commandement du vieil de la montaigne, Joinville, 230. Et me dit que c'estoit force [lui faire violence], et m'otroia ma requeste, Joinville, 267. En ceste presente charte metons nostres saelz en la force et el tesmoignage de verité, Duchesne, Généal. de Coligny, p. 58, dans LACURNE.

XVe s. Tant fut cil assaut continué et pourmené, que les Anglois entrerent de force et de fait dedans le chastel, Froissart, II, II, 15. Là furent [les chevaliers gardiens d'Ypre] assaillis roidement et reculés contreval la rue, car la force n'estoit pas la leur [ils n'étaient pas en force], Froissart, II, II, 57. Le comte de Flandre manda ouvriers à force, Froissart, II, II, 63. En toute Gascogne on ne trouveroit pas son pareil de force de membres, Froissart, II, III, 10. Se vostre bonté n'y pourvoye, Force sera que par eux voye Finer ma vie maleurée, Orléans, Fredet au duc d'Orl. Il y prenoit grant peine [à la chasse] pourtant qu'il couroit les cerfs à force, Commines, VI, 13. Tous deux [Alphonse de Naples et son fils] ont pris à force plusieurs femmes, Commines, VII, 11. Grant force d'archiers, gens de sa maison pensionnaires et autres gens de bien…, Commines, I, 8. Ledit seigneur d'Aubigny estoit en force de cent cinquante, ou de deux cens hommes d'armes françois, Commines, VII, 6. Veci telle femme, qui de vous se complaint très fort de force : est-il ainsi ? l'avez-vous efforcée ? Louis XI, Nouv. XX. Ne dormoit ne nuit ne jour, de force de penser à sa dame, Louis XI, ib. XLVIII. Un peu de belle force vaut moult, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 432. Item il convenroit passer par la force [lieux fortifiés] de plusieurs seigneurs, qui ne sont pas si entiers ne si loiaus aus chrestiens comme il deussent, Du Cange, força.

XVIe s. Il mourut de force de rire, Rabelais, Garg. I, 20. Il s'escria on meurtre et à la force, tant qu'il peut, Rabelais, ib. I, 25. Mais, puysque… force me est te rappeller on subside de…, Rabelais, ib. I, 29. Ils molestent tout leur voisinage à force de trinqueballer leurs cloches, Rabelais, ib. I, 40. Le jugement de Pantagruel feut incontinent sceu et entendu de tout le monde, et imprimé à force [en quantité], Rabelais, Pant. II, 14. Force attractive, Montaigne, I, 102. La force de l'imagination, Montaigne, ib. I, 93. Pour gaigner cet advantage d'avoir faict force à [vaincre] leur constance, Montaigne, I, 242. À toute force [de toutes ses forces], Montaigne, I, 367. Un enfant, arrivé à la force de se nourrir, Montaigne, II, 163. La dame print patience moitié par force et moitié par ciseaux [jeu de mots sur force et forces], Despériers, Contes, XXXIV. Ses mariniers firent telle diligence de lever l'ancre, et faire, comme dit est, force et volte, que…, Carloix, I, 37. … Non force [qu'importe], dist M. de Vieilleville, nous avons du temps assez, Carloix, V, 5. Le dit seigneur de Brissac, voyant la force n'estre sienne, delibera sa retraitte, Du Bellay, M. 582. Ayans vescu longuement, il est force qu'ils ayent beaucoup veu, Amyot, Préf. VII, 32. Juba veult à toute force que ce mot Ancylia ait esté tiré de la langue grecque, Amyot, Numa, 23. Où force est, raison n'a lieu, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 365. Meurtres, larcins, force de femme ou autres cas enormes, Coust. génér. t. II, p. 863. Tellement que, par force forcée, il faut que ce traité soit publié, Mém. de Bellièvre et de Sillery, p. 340, dans LACURNE. Estant mon intention qu'il ne soit faict aucune force ny violence aux consciences de mes subjets, Henri IV, Lettres missives, t. IV, p. 824.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FORCE.
24Ajoutez :

En force, se dit d'une figure où la vigueur se manifeste. Il [l'Amour, de Bouchardon] allonge sa main gauche, autant qu'il est possible à une figure debout, en force, et qui n'est, par conséquent, que médiocrement inclinée, J. Dumesnil, Hist. des amat. français, I, 283.

33Force employé pour unité de force, cheval de vapeur. On lit dans le Messager de Cronstadt… Cette machine, qui est de 1400 forces nominales, est le moteur le plus puissant…, Journ. offic. 10 oct. 1874, p. 6938, 2e col. On lit dans l'Invalide russe :…Par le peu de puissance de la machine du Pérovsky (40 forces seulement), qui rend ce vapeur peu propre à remonter un fleuve aussi rapide que l'Amou-Daria, Journ. offic. 11 oct. 1874, p. 6956, 1re col.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

FORCE, s. f. (Gramm. & Littér.) ce mot a été transporté du simple au figuré.

Force se dit de toutes les parties du corps qui sont en mouvement, en action ; la force du cœur, que quelques-uns ont fait de quatre cents livres, & d’autres de trois onces ; la force des visceres, des poumons, de la voix ; à force de bras.

On dit par analogie, faire force de voiles, de rames ; rassembler ses forces ; connoître, mesurer ses forces ; aller, entreprendre au-delà de ses forces ; le travail de l’Encyclopédie est au-dessus des forces de ceux qui se sont déchaînés contre ce livre. On a long-tems appellé forces de grands ciseaux (Voyez Forces, Arts méch.) ; & c’est pourquoi dans les états de la ligue on fit une estampe de l’ambassadeur d’Espagne, cherchant avec ses lunettes ses ciseaux qui étoient à terre, avec ce jeu de mots pour inscription, j’ai perdu mes forces.

Le style très-familier admet encore, force gens, forces gibier, force fripons, force mauvais critiques. On dit, à force de travailler il s’est épuisé ; le fer s’affoiblit à force de le polir.

La métaphore qui a transporté ce mot dans la Morale, en a fait une vertu cardinale. La force en ce sens est le courage de soûtenir l’adversité, & d’entreprendre des choses vertueuses & difficiles, animi fortitudo.

La force de l’esprit est la pénétration, & la profondeur, ingenii vis. La nature la donne comme celle du corps ; le travail modéré les augmente, & le travail outré les diminue.

La force d’un raisonnement consiste dans une exposition claire, des preuves exposées dans leur jour, & une conclusion juste ; elle n’a point lieu dans les théorèmes mathématiques, parce qu’une démonstration ne peut recevoir plus ou moins d’évidence, plus ou moins de force ; elle peut seulement procéder par un chemin plus long ou plus court, plus simple ou plus compliqué. La force du raisonnement a sur-tout lieu dans les questions problématiques. La force de l’éloquence n’est pas seulement une suite de raisonnemens justes & vigoureux, qui subsisteroient avec la sécheresse ; cette force demande de l’embonpoint, des images frappantes, des termes énergiques. Ainsi on a dit que les sermons de Bourdaloue avoient plus de force, ceux de Massillon plus de graces. Des vers peuvent avoir de la force, & manquer de toutes les autres beautés. La force d’un vers dans notre langue vient principalement de l’art de dire quelque chose dans chaque hémystiche :

Et monté sur le faîte, il aspire à descendre.
L’éternel est son nom, le monde est son ouvrage.


Ces deux vers pleins de force & d’élégance, sont le meilleur modele de la Poésie.