Faute : définition de faute


Faute : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

FAUTE, subst. fém.

I.−
A. Vieilli. Fait de manquer; absence, manque de quelqu'un ou de quelque chose.
B.− Locutions
1. Loc. verb. vieillies
Avoir faute. On craignait d'avoir faute de soldats, de matelots; on eut faute de blé (Ac.) :
1. Pour vous écrire, depuis six mois que je roule ce projet dans ma tête, je n'ai pas faute de matière, mais de temps et de repos. Courier, Lettres Fr. et It.,1806, p. 702.
Faire faute. Manquer, faire défaut. Il lui arrivait souvent de me faire faute au sujet des sorties que nous arrangions ensemble (Sainte-Beuve, Volupté,t. 2, 1834, p. 82).Il semble que les exilés d'Edimbourg soient les plus petits compagnons du monde, et qu'ils ne fassent faute nulle part (Chateaubr., Mém.,t. 4, 1848, p. 16).Pour l'épouser est-ce l'amour ou l'intelligence qui me faisait faute? (Claudel, Soulier,1929, 2ejournée, 3, p. 722).
Ne pas se faire faute de. Ne pas se priver de.
Ne pas se faire faute de + subst.Mange donc, mange, mignon, et ne te fais pas faute de ce brouet au miel avec une pointe d'anis vert (Nodier, Trésor Fèves,1833, p. 36).Madame Daniel ayant mis sa conscience en repos, ne se fit plus faute d'œillades pour me désoler de son mieux (Musset, Confess. enf. s.,1836, p. 246).
Ne pas se faire faute de + inf.Elle se fit la charmante joie d'apporter à Bouchard des cigarettes, des friandises, puis peu à peu tout ce qu'il demanda. Il ne se fit pas faute de demander (Montherl., Songe,1922, p. 71).
2. Loc. prép. Faute de. Par manque de.
Faute de + subst.Dauphin, six semaines après, fut acquitté faute de preuves (Flaub., Bouvard,t. 2, 1880, p. 182).On avait dû, faute d'argent, congédier la femme de chambre, puis, le mois précédent, la cuisinière (Martin du G., Thib.,Pénitenc., 1922, p. 782).S'il y a si peu de pièces de théâtre valables, ce n'est pas faute de talent ou d'auteurs (Artaud, Théâtre et double,1938, p. 138).
Proverbe. Faute de grives, on mange des merles. Il faut se contenter de ce que l'on a.
Faute de mieux. La jeune-première à l'envers Récite quelquefois mes vers. Faute de mieux je m'extasie (Cros, Coffret Santal,1873, p. 101).
Faute de + inf.C'est une triste chose d'être réduit à étouffer ses facultés l'une par l'autre, faute de pouvoir les développer toutes (Renan, Lettres,1842-45, p. 13).Un jour, faute d'avoir su déchiffrer la mention « très urgent », elle néglige une lettre adressée au monsieur vérificateur (Frapié, Maternelle,1904, p. 83).Faute de m'être heurté à ses angles, je ne connus d'abord la réalité que par sa rieuse inconsistance (Sartre, Mots,1964, p. 17).
3. Loc. conj. Faute de quoi. J'ai besoin de temps en temps de converser le soir avec des gens d'esprit, faute de quoi je me sens comme asphyxié (Stendhal, H. Brulard, t. 1, 1836, p. 22):
2. ... il faudrait auparavant avoir écrit celle [l'étude] que je projette depuis des années sur Gautier, faute de quoi j'ai peur de dire au sujet de Jean-Louis certaines des choses qui reviennent de droit à Gautier. Du Bos, Journal,1922, p. 45.
4. Loc. adv. Sans faute. À coup sûr, sans y manquer. J'irai chercher Pauline sans faute avant le carême, de peur qu'elle n'embarrasse. Dites-le bien à la cousine (Pourrat, Gaspard,1922, p. 20).Qu'il m'envoie sans faute un pneu qui arrivera ce soir même (Duhamel, Passion J. Pasquier,1945, p. 21).
II.−
A. Le fait de manquer à quelque chose.
1.
a) Manquement à une règle morale, à une règle de conduite; action considérée comme mauvaise. Je ferai pour expier mes fautes envers vous tout ce qu'il vous plaira de m'ordonner (Balzac, Gobseck,1830, p. 433).D'après Confucius et Meng-Tseu, l'impiété est une plus grande faute que l'assassinat (Durkheim, Divis. trav.,1893, p. 60).L'humanité n'a pas attendu le christianisme pour décréter fautes des actes qui ne sont des fautes ni selon la nature ni selon la raison (Montherl., Pasiphaé,1936, p. 106):
3. Je rejette les mots de rachat ou de rédemption, car (...) je n'ai commis ni crime réel, ni faute assez grave pour légitimer l'usage de ces termes un peu romantiques et gâtés par les cagots... Duhamel, Journal Salav.,1927, p. 11.
SYNT. Faute légère, pardonnable, excusable; faute grave, lourde, impardonnable, irréparable. Commettre une faute (envers qqn), se rendre coupable d'une faute, avoir une faute à se reprocher; avouer, reconnaître une faute; rougir, se repentir d'une faute; porter sa faute, payer une faute, répondre de ses fautes; racheter, réparer une une faute; cacher une faute; excuser, pardonner une faute; passer sur une faute, fermer les yeux sur une faute, couvrir la faute de qqn, laver qqn d'une faute; sanctionner une faute, punir qqn d'une faute, reprocher une faute à qqn. Acte qui constitue une faute; faute qui consiste en...
Expr. Faute avouée est à moitié, à demi pardonnée.
En faute. Prendre qqn en faute; être, se sentir en faute. Christophe, se croyant en faute, porta ses mains à ses oreilles pour les préserver des redoutables claques (Rolland, J.-Chr.,Aube, 1904, p. 59).Le rire penaud de l'écolière prise en faute me désarmait en un clin d'œil (Milosz, Amour. initiation,1910, p. 118).
Faute + compl. prép. précisant la nature de la fauteFaute + compl. prép. précisant la nature de la faute introd. par de.Il existe donc des gens ainsi constitués qu'ils s'imaginent la vie faite pour s'embêter. Tout ce qui paraît être amusement devient aussitôt une faute de savoir-vivre ou de morale (Maupass., Contes et nouv., t. 1, 25 jours, 1885, p. 712).Le père traitait en peccadilles les fautes de luxure, ne montrait de fureur qu'aux minutes où l'on avouait soit un mensonge, soit de la paresse (Adam, Enf. Aust.,1902, p. 290).
Faute + compl. prép. précisant la nature de la faute introd. par contre.Faute contre la morale, la justice, la pureté, l'obéissance, les mœurs. M. Joseph Reinach sera révoqué de son grade de capitaine de cavalerie de réserve, comme ayant commis « une faute grave contre la discipline » (Clemenceau, Iniquité,1899, p. 419).J'ai trompé mon père. Ma tromperie fut consciente, renouvelée, ce fut la faute la plus grave et la plus endurcie contre le devoir d'obéissance (Jouve, Paulina,1925, p. 111).
En partic. Relations charnelles hors du mariage. Faire une faute. Lady Wilmor. − (...) j'ai un secret, un secret humiliant à vous révéler (...). J'ai un fils (...). Oui, l'enfant d'une faute (Dumas père, Darlington,1832, III, tabl. 6, 4, p. 107).Ce monde illogique où nous vivons, qui n'aime pas l'adultère de la femme et qui raffole de toutes les fautes galantes d'un homme comme il faut (Verlaine, Œuvres compl.,t. 4, L. Leclercq, 1886, p. 167).
b) Spécialement
α) RELIG. Manquement aux préceptes d'une religion. Confession, absolution des fautes; confesser ses fautes; absoudre les fautes de qqn; pêcheur chargé de fautes; faute vénielle, mortelle; faute charnelle. Synon. péché.Le long des couloirs (...) on ne voyait qu'une double rangée de confessionnaux (...) il y avait des prêtres parlant toutes les langues, pour remettre leurs fautes aux pêcheurs (Zola, Lourdes,1894, p. 127).De quelle faute l'évêque s'était-il accusé à l'abbé Sancerre? De quelle faute celui-ci avait-il refusé de l'absoudre? (Billy, Introïbo,1939, p. 231).
La faute (originelle). Le péché originel. Le baptême qui efface la faute originelle (Huysmans, Oblat,t. 2, 1903, p. 156).On n'ose plus s'élever à sa [d'Augustin] splendide vision de l'univers, tel qu'il était avant la faute et tel qu'il sera de nouveau dans l'état de gloire (Gilson, Espr. philos. médiév.,1931, p. 127).
[P. réf. à la Bible, Exode 20, 5] Il est écrit dans le Livre saint, répondit Monte-Cristo : « Les fautes des pères retomberont sur les enfants jusqu'à la troisième et quatrième génération » (Dumas père, Monte-Cristo,t. 2, 1846, p. 429).
β) DROIT
DR. CIVIL. Acte ou omission constituant un manquement, intentionnel ou non, à une obligation contractuelle, à une prescription légale ou au devoir de ne causer aucun dommage à autrui (d'apr. Cap. 1936). Le mandataire répond non-seulement du dol, mais encore des fautes qu'il commet dans sa gestion (Code civil,1804, art. 1992, p. 358).
SYNT. Faute civile, commune, contractuelle, dolosive, objective, subjective; faute inexcusable.
DR. ADMIN.
Faute de service. Faute non détachable de la fonction et impliquant la responsabilité pécuniaire de l'Administration devant les tribunaux administratifs (d'apr. Cap. 1936).
Faute personnelle. Faute de l'agent administratif dans l'exercice de ses fonctions, considérée comme détachable du service et susceptible de fonder sa responsabilité pécuniaire devant les tribunaux judiciaires (d'apr. Cap. 1936).
DR. PÉNAL. Faute (pénale). Manquement au devoir; imprudence, négligence sanctionnée par une peine (d'apr. Cap. 1936).
2.
a) Manquement aux règles (d'une discipline, d'un art, d'une technique, etc.). Synon. erreur.
α) Faute + compl. prép. ou adj. indiquant la nature de la faute
Faute + compl. prép. ou adj. indiquant la nature de la faute introd. par de.Vous avez découvert dans un des personnages de ce tableau une faute grossière de dessin, un membre cassé ou un muscle hors nature (Musset, Confess. enf. s.,1836, p. 50).Un remaniement des équipes les rassembla dans la même partie [de tennis] (...). Jacques s'occupait beaucoup de Jenny, mais toujours d'une façon tracassière, voire blessante, raillant ses fautes de jeu (Martin du G., Thib.,Belle sais., 1923, p. 925):
4. ... Mlle Louvetain (...), d'un doigt attentif, soulignant une faute de graphie ou de ponctuation, un minuscule défaut d'écriture, disait de sa voix la plus douce : « Mais vous avez oublié l'accent circonflexe de plutôt! (...) » Daniel-Rops, Mort,1934, p. 112.
SYNT. Faute de calcul, d'addition; faute d'orthographe, de grammaire, de syntaxe, de langue, de français; faute de versification; faute d'impression, de frappe, de typographie; faute typographique.
Faute + compl. prép. ou adj. indiquant la nature de la faute introd. par contre.[J'ai] corrigé quelques fautes contre l'histoire et la géographie (Chateaubr., Martyrs, t. 1, 1810, p. 104).L'évêque Berthramn (...) composait des épigrammes latines qu'il offrait avec assurance à l'admiration des connaisseurs, quoiqu'elles fussent pleines (...) de fautes contre la mesure (Thierry, Récits mérov., t. 2, 1840, p. 141).
β) Faute de + compl. prép. (introd. par de) indiquant la cause.Faute d'inattention. Fautes d'ignorance, de négligence, d'étourderie (Gide, Journal,1927, p. 855).J'ai relevé une faute d'étourderie assez inexplicable chez quelqu'un d'aussi scrupuleux (Green, Journal,1941, p. 144).
γ) Faute + inf.Un traducteur grec a commis la faute d'employer le mot jeune fille pour traduire un mot hébreu qui signifie jeune femme!... (Martin du G., J. Barois,1913, p. 236).
δ) Absolument
Faire une faute; texte criblé, émaillé, plein de fautes. Hippolyte dut jouer sans faire une seule faute le menuet de Fischer sur le flageolet (Sand, Hist. vie,t. 2, 1855, p. 397).[Bastien] entassait faute sur faute, se fendait faux, écartait le bras, se découvrait... L'épée de sir Williams parait et n'attaquait pas (Ponson du Terr., Rocambole, t. 1, 1859, p. 370).Je lis dans Proust (...) : « ... ce n'était qu'hors de sa présence » − que je considère comme une faute déplorable (Gide, Journal,1927, p. 843):
5. Ils ont fourré des participes, tendu des embûches de pluriels équivoques, dans cette dictée (...). Je crois bien ne pas avoir de fautes; je n'ai qu'à veiller aux accents, car ils vous comptent des demi-fautes, des quarts de fautes, pour des velléités d'accents qui traînent mal à propos au-dessus des mots. Colette, Cl. école,1900, p. 196.
Prendre qqn en faute. M. Manuel me crut prendre en faute dans ma citation (...); il se trompa : c'était moi qui avais raison (Chateaubr., Mém.,t. 3, 1848, p. 185).
b) Imperfection, point défectueux dans quelque chose. Synon. défaut.J'ai trouvé des commandes. On nous paye tant bien que mal et la situation financière est cependant déplorable. C'est qu'il doit y avoir une faute cachée dans l'organisation de notre affaire (Duhamel, Désert Bièvres,1937, p. 230).C'est une boule de cristal Ming. Si parfaite et sans l'ombre d'une faute qu'un domestique la laissa tomber du cinquième étage, et elle rebondissait comme une balle de tennis sur le macadam de la cour (Cocteau, Fin Potomak,1940, p. 105).
3. Manquement au savoir-faire, action maladroite ou regrettable. Faute diplomatique, politique, tactique. Synon. bêtise, bévue, erreur, maladresse.Je l'ai connue petite ouvrière, je l'ai aimée, et lui ai donné chevaux, voiture, − une faute impardonnable quand on veut être aimé (Ponson du Terr., Rocambole, t. 1, 1859p. 472).Louis-Napoléon n'eut qu'à profiter des fautes d'une assemblée royaliste qui ne sut pas accomplir une restauration (Bainville, Hist. Fr.,t. 2, 1924, p. 195).J'ai tout à fait oublié de lui demander à quoi il travaillait, et quels étaient ses projets, − c'est-à-dire que j'ai commis la faute de le laisser m'en parler le premier (Larbaud, Journal,1935, p. 350):
6. ... je serais très surpris s'il s'était mis dans un mauvais cas. Il est incapable d'une faute, surtout d'une faute bête, comme celle de toucher de l'argent, en en laissant traîner le reçu. Zola, Paris,t. 1, 1897, p. 62.
7. ... nous n'avons sans aucun doute, sans aucune exagération, plus une seule faute à commettre! Même la plus minime imprudence! ... si nous ne voulons point finir notre existence ta mère et moi, dans le plus complet dénûment! Céline, Mort à crédit,1936, p. 319.
En partic. [En matière d'usages, de convenances, etc.] [Elle] ne lui laissa passer aucune faute d'usage, de goût ou de langage (Rolland, J.-Chr.,Matin, 1904, p. 185).On nous l'avait remise, à Milan, dans un état de quasi rusticité quant aux manières, à la tenue à table, etc. (...). J'avais cru devoir réformer ces fautes de civilité par la raillerie (Larbaud, Journal,1934, p. 308):
8. ... c'est ennuyeux de construire une épopée sur des termes qui sont pis qu'une faute de grammaire ou une faute de goût, qui sont cette chose contradictoire et atroce, une affectation, une prétention vulgaires... Proust, Temps retr.,1922, p. 752.
B.− P. ext. (surtout dans certaines loc.). Responsabilité que quelqu'un ou quelque chose a dans une action coupable, regrettable. Faire retomber sur les autres la faute de ce qu'on ne fera pas. C'est là la grande lâcheté (Rivière, Corresp.[avec Alain-Fournier], 1910, p. 188):
9. ... [le curé] accusa la phrénologie de pousser au matérialisme et au fatalisme. Le voleur, l'assassin, l'adultère, n'ont plus qu'à rejeter leurs crimes sur la faute de leurs bosses. Flaub., Bouvard,t. 2, 1880, p. 156.
Par la faute de... Je ne suis rien, je ne sais rien par ta faute, par la faute de ton égoïsme maternel (Maupass., Une Vie,1883, p. 209).Je ne sais, mon cher Patrice, si c'est par ma faute que tu es comme moi incarcéré... Si je suis coupable, je t'en demande pardon de tout mon cœur (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 251).Il venait de perdre vingt-deux mille francs au jeu (...) par la faute d'ailleurs de son demi-frère (Druon, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 73).
[P. réf. au Confiteor] J'ai profané la crosse et j'ai souillé l'anneau; Saint Père! J'ai péché par ma très grande faute (Leconte de Lisle, Poèmes barb.,1878, p. 307).Saint Christophe, pleurait la mère, saint Christophe nous a abandonnés, par ma faute, par ma très grande faute (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 455).
La faute en est à. La responsabilité en revient à. Je m'étonne beaucoup de n'avoir aucune nouvelle de vous. La faute en est à la poste, sans doute (Flaub., Corresp.,1871, p. 247).Il ne connaissait personne. La faute n'en était pas uniquement à lui, qui depuis son deuil se terrait dans son coin. On le tenait à l'écart (Rolland, J.-Ch., Buisson ard., 1911, p. 1349).
Pop. C'est la faute à, c'est de la faute à. [Même sens] Ah! voilà le déserteur!... (...). − Mon capitaine... C'est de la faute à la mairerie. Moi, j'leur disais pour la permission; eux ils m'ont dit qu'ça f'sait rien (Benjamin, Gaspard,1915, p. 127):
10. Gavroche chanta : Je ne suis pas notaire, C'est la faute à Voltaire, Je suis petit oiseau, C'est la faute à Rousseau. Hugo, Misér.,t. 2, 1862, p. 460.
C'est ma (ta, sa, etc.) faute. C'est moi (toi, lui, etc.) le responsable ou le coupable. Oui, c'est vrai! Jean est mort et Marc va mourir! Et c'est ta faute (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 259).Ce n'est pas ma faute que vous ne soyez pas un homme et que je vous prenne votre bien! (Claudel, Annonce,1948, II, 2, p. 166):
11. J'aime un garçon qui réfléchit en surmontant, et qui, au tournant mal pris, dit d'abord : « C'est ma faute », et cherche sa propre faute et se bourre cordialement les côtes. Alain, Propos,1922, p. 444.
Fam. C'est de ma (ta, sa, etc.) faute. Même sens. C'était de sa faute à lui, si tout ratait (Huysmans, Là-bas, t. 2, 1891, p. 51).On le sait assez qu'il est dans une situation délicate. Est-ce que c'est de notre faute s'il a un nom étranger et du sang juif... (Triolet, Prem. accroc,1945, p. 106).Si tu dis un mot de plus, je descends téléphoner au journal que je ne fais pas l'article. Et ça sera de ta faute (Druon, Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 68).
P. antiphrase. Elle se moque bien de ma santé. Ce n'est pas de sa faute si je n'ai pas encore pris mal. Elle établit dans les wagons des courants d'air mortels (Mauriac, Génitrix,1923, p. 362).
Il y a de ma (ta, sa, etc.) faute. C'est moi (toi, lui, etc.) à qui revient une part de responsabilité. Sans que lui, Jean Valjean, eût rien fait pour cela, sans qu'il y eût de sa faute, « cet homme » allait mourir (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 398).M. Grépinet (...) faisait très bien sa classe. Il n'y a point de sa faute si je profitai mal de ses leçons (France, Pt Pierre,1918, p. 248).
Prononc. : [fo:t]. Enq. : /fot, D/. Étymol. et Hist. 1174-78 « action de faillir, manquement » (E. de Fougères, Manières, éd. J. Kremer, 711); 1275-80 « manque, privation » (J. de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 9638); 1306 sans faute « à coup sûr » (Joinville, Histoire de St Louis, éd. N. de Wailly, 520, p. 284). D'un lat. pop. *fallita, « manque, action de faillir » fém. subst. de *fallitus, class. falsus, part. passé de fallere « tromper », a évincé le plus anc. faille*. Fréq. abs. littér. : 9 399. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 12 986, b) 12 487; xxes. : a) 12 354, b) 14 771. Bbg. Quem. DDL t. 6. − Stöcklin (J.). Probl. de prép. Vox. rom. 1971, t. 30, pp. 92-93.

Faute : définition du Wiktionnaire

Nom commun

faute \fot\ féminin

  1. Manquement plus ou moins grave à un devoir, à une loi, à une règle, à un usage, à une convenance.
    • Chez d'autres, le manque d'habitude de lire typographiquement produit le même résultat; des fautes évidentes leur échappent sur trois épreuves, et ils les taxent de fautes typographiques. — (A. Frey, Nouveau manuel complet de Typographie, nouvelle édition revue, corrigée & augmentée par M.E. Bouchez, Manuels-Roret, 1857, part.1, page 188)
    • Nous avions pour jardinier un ancien forçat que sa bonne conduite au bagne avait racheté de ses fautes. — (Francis Carco, Maman Petitdoigt : IV, La Revue de Paris, 1920 ; Les Éditions G. Crès et Cie, Paris, 1922, p. 42)
    • […]: une grande banque catholique, l'Union Générale venait de sombrer dans la banqueroute. Cette déconfiture était due à des folles spéculations, aux fautes et même à l'improbité de ses dirigeants. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
    • La cour d’appel partagea alors les dommages, selon les principes de la faute commune, constatant que la victime s’était imprudemment aventurée sur un boulevard passager, sans prendre les précautions nécessaires. — (Orville Frenette, L'incidence du décès de la victime d'un délit ou d'un quasi-délit sur l'action en indemnité, Librairie de l'Université d'Ottawa, 1961, page 85)
  2. (En particulier) (Religion) Péché.
    • L'église ce dimanche, regorge de gens […] qui ne l'appellent que pour les derniers sacrements, et qu'il oindra, à l'agonie, dans l'inconscience quasi totale, absous néanmoins de toutes leurs fautes. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  3. (En particulier) Adultère.
    • ''Moi aussi, les soirs trop chauds m’ont terrassée ; moi aussi, l’odeur musquée des foins, les roulades du rossignol m’ont livré à la folie, à la faute. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954, p. 10)
  4. Manquement contre les règles de l'art ; imperfection dans un ouvrage.
    • Même fourmillement de fautes innombrables, d'erreurs ou d'inexactitudes phonétiques, dans les mots souletins que porte le dictionnaire du P. Lhande. — (Jean Larrasquet, Le basque de la Basse-Soule orientale, C. Klincksieck, 1939, page 21)
    • Y me resterait juste à le recopier en faisant un peu de fautes, avec des barbos. — (Marie Laberge, Quelques adieux, Éditions du Boréal, 1992, p. 28)
    • Faire des fautes contre la vraisemblance dans une pièce de théâtre classique. — Une faute de jugement.
  5. Manque ; manque de vivres, disette.
    • Vous n’aurez pas faute de gens qui vous le demanderont.
    • On craignait d’avoir faute de soldats, de matelots.
    • On eut faute de blé. Il y avait faute d’argent.
    • Faire faute, manquer, être absent, être regretté.
    • Il n’est pas venu, il nous a fait faute.
    • J’ai eu tort de vous prêter cet objet, il m’a fait faute.
  6. (Familier) Avec la négation, il signifie « en abondance ».
    • Ce n'est pas faute de te l'avoir répété !
  7. (Sport) Violation des règles du jeu.
    • Faire des fautes au jeu.
    • (En particulier) (Tennis) Une balle est annoncée faute si elle reste dans le filet, ou effectue son premier rebond en dehors des limites du terrain (dans les couloirs en simple, dans son propre camp ou en dehors du carré de service lors du service). Un point est ensuite accordé à l'adversaire.

Forme de verbe

faute \fot\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de fauter.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de fauter.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de fauter.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de fauter.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de fauter.
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Faute : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FAUTE. n. f.
Manquement plus ou moins grave à un devoir, à une loi, à une règle, à un usage, à une convenance. Faute légère, rémissible, pardonnable. Faute grave. Faute lourde. Faire une faute. Commettre une faute. Aggraver sa faute. Cette première faute le perdit. Le châtiment suivit de près la faute. Le repentir d'une faute. Réparer ses fautes. Expier une faute. Retomber dans la même faute. On le trouve rarement en faute. Prendre quelqu'un en faute. Rejeter la faute sur un autre. Ce n'est pas à lui qu'en est la faute. Si l'entreprise a échoué, ce n'est pas ma faute. À qui la faute? Est-ce ma faute, à moi? Ce n'est pas par sa faute que cela est arrivé. Il signifie aussi Manquement contre les règles de quelque art, imperfection en quelque ouvrage. Il y a bien des fautes dans cet ouvrage. Faute grossière. Faute d'impression. Cette édition est pleine de fautes, fourmille de fautes. Faute de langue, de grammaire, d'orthographe. Faire des fautes contre la vraisemblance dans une pièce de théâtre. Une faute de jugement. Faire des fautes au jeu. Il signifie en outre Manque, disette. Vous n'aurez pas faute de gens qui vous le demanderont. On craignait d'avoir faute de soldats, de matelots. On eut faute de blé. Il y avait faute d'argent. Fam., Ne pas se faire faute de quelque chose, User de quelque chose sans ménagement, sans discrétion. Ne vous faites pas faute de mes services. Il ne se fait pas faute de mentir, Il ne craint pas de mentir toutes les fois qu'il y trouve son intérêt. Faire faute, Manquer, être absent, être regretté. Il n'est pas venu, il nous a fait faute. J'ai eu tort de vous prêter cet objet, il m'a fait faute.

FAUTE DE, loc. prép. Par manque de, à défaut de. Il n'a pu faire achever sa maison, faute d'argent. Cette famille s'éteignit, faute d'héritiers. Il est mort, faute de secours. Faute d'avoir été prévenu à temps, je ne pourrai m'y rendre. Nous jugeons souvent mal, faute de bien examiner. Cette locution entre dans certaines phrases de Procédure, où elle est quelquefois précédée de la préposition à. Faute par lui de fournir ses titres dans le délai fixé, il encourra la déchéance. Ce billet fut protesté faute de paiement. À faute de quoi, il sera contraint de... Prov., Faute de grives, on mange des merles, On doit se contenter de ce que l'on trouve.

SANS FAUTE, loc. adv. Immanquablement, sans faillir. J'y serai demain sans faute. Je m'y rendrai, je m'y trouverai sans faute.

Faute : définition du Littré (1872-1877)

FAUTE (fô-t') s. f.
  • 1Action de faillir, manquement contre. Ainsi l'homme qui porte une âme belle et haute, Quand seul en une part il a fait une faute…, Malherbe, I, 4. Pour autoriser les grandes fautes, ils ne manquent pas de grands exemples, Guez de Balzac, De la cour, 7e disc. Envers nos citoyens je sais quelle est ma faute, Corneille, Cinna, III, 2. Cela fit faire une plaisante faute à cet ami…, La Fontaine, Berc. Gens trop heureux font toujours quelque faute, La Fontaine, ib. Que nous nous pardonnons aisément nos fautes quand la fortune nous les pardonne ! Bossuet, Reine d'Anglet. Les plus expérimentés dans les affaires font des fautes capitales, Bossuet, ib. À ces mots, mais trop tard, reconnaissant ma faute, Je le suis en tremblant dans une chambre haute, Boileau, Sat. III. Vous qui [au confessionnal] semblez, en retenant une partie de vos fautes, ne dire l'autre que pour apaiser les remords de votre conscience, Fléchier, Dauphine. Il est pénible à un homme fier de pardonner à celui qui le surprend en faute et qui se plaint de lui avec raison, La Bruyère, IV. On a fait de lourdes fautes ; je sais bien ce que je dis, je suis du métier, j'ai vu la guerre, et l'histoire m'en a beaucoup appris, La Bruyère, X. Les fautes des sots sont quelquefois si lourdes et si difficiles à prévoir, qu'elles mettent les sages en défaut et ne sont utiles qu'à ceux qui les font, La Bruyère, XI. On ne vit point assez pour profiter de ses fautes, La Bruyère, ib. Quelque délicat qu'on soit en amour, on pardonne plus de fautes que dans l'amitié, La Bruyère, IV. Il n'a point de honte de vouloir réparer ses fautes, Fénelon, Tél. X. Et c'est la seule faute où tomba ce grand homme, Voltaire, Mort de Cés. II, 4. Une faute que fit le prince Eugène délivra le roi et la France de tant d'inquiétudes ; on prétend que ses lignes étaient trop étendues, Voltaire, Louis XIV, 23. Il me questionnait de l'air d'un homme sûr de me prendre en faute, et puis souriait malignement, Rousseau, Conf. X. Ma faute maintenant se découvre à mes yeux, Ducis, Othello, II, 1.

    Ce n'est pas ma faute, c'est-à-dire je n'ai pu y mettre obstacle, prévenir la chose, elle ne m'est pas imputable. Nous n'avons rien conclu, mais ce n'est pas ma faute, Corneille, Sertor. IV, 3. Cela [la mort du malade] arrive quelquefois, mais ce n'est pas la faute de la médecine. - Il faut donc que ce soit la faute des médecins, puisque ce n'est pas celle de la médecine, Hauteroche, Crisp. méd. Il, 1.

  • 2 Terme de jurisprudence. Négligence ou incurie sans intention de nuire.
  • 3Il se dit au jeu de paume, quand celui qui sert ne touche pas le premier toit. Deux fautes valent quinze.

    Fig. Marquez quinze, c'est une faute, se dit pour faire apercevoir qu'on a commis quelque faute.

  • 4Manquement contre un principe, une règle. Faute d'orthographe. Faute de style. Faute d'impression. Faute d'accord. Il n'y a pas une seule faute de langage dans la grande scène de Cinna et d'Émilie, où Cinna rend compte de son entrevue avec les conjurés ; et à peine en trouve-t-on une ou deux dans cette autre scène immortelle où Auguste délibère s'il se démettra de l'empire, Voltaire, Dict. phil. Langues. On peut être un très bon auteur avec quelques fautes, mais non avec beaucoup de fautes, Voltaire, Dict. phil. Société roy. de Londres. On voit mieux ses fautes quand elles sont imprimées, Voltaire, Lett. Lacombe, 7 août 1767. Ce ne sont pas les grandes fautes des Boyer, des Danchet, des Pellegrin, ces fautes ignorées qu'il faut relever, mais les petites fautes des grands écrivains ; car ils sont nos modèles, et il faut craindre de ne leur ressembler que par leurs mauvais côtés, Voltaire, Lett. d'Argens, 21 juin 1739.

    Imperfection dans un ouvrage. Il y a bien des fautes dans cette toile, dans cette broderie.

  • 5État de ce qui a failli, privation, absence. Il y a faute de vivres. Ils n'ont pas faute de bon sens et d'expérience, Guez de Balzac, 5e Disc. sur la cour. Alexandre n'eut point faute de soldats, Vaugelas, Q. C. 167. Il n'y a point d'animal tant parfait et tant heureusement né qu'il puisse être, qui fasse le semblable [qui parle comme l'homme] ; ce qui n'arrive pas de ce qu'ils ont faute d'organe, Descartes, Méth. v, 9. Je n'ai ni faute d'yeux ni faute de courage, Corneille, Rodog. IV, 6. Or le laissons, il n'en viendra pas faute [l'on n'en aura pas besoin], La Fontaine, Papef. Cambyse s'en revint à Thèbes avec faute d'un grand nombre de ses gens, Courier, Trad. d'Hérod.

    S'il arrivait faute de lui, s'il venait faute de lui, s'il venait à mourir. S'il fût arrivé faute de ce prince, Perrot D'Ablancourt, Tacite, 167. S'il vient faute de vous, mon fils, je ne veux plus rester au monde, Molière, Mal. imag. I, 9. On a vu la passion du roi et de la reine d'Espagne de venir régner en France, s'il arrivait faute de roi, Saint-Simon, 480, 201.

    Faire faute, manquer, être en moins, faire défaut. Ses conseils nous font faute. Vous nous avez fait faute. …Air noble, mine haute, Et vive flamme dans les yeux, Passion ne lui faisait faute, Lamotte, Fabl. IV, 18.

    Faire faute à ou de… manquer à, ne pas faire. L'une de lui sourire au retour ne fit faute, La Fontaine, Remois. Les gens du pays des fables Donnent ordinairement Noms et titres agréables Assez libéralement… Horace n'y faisait faute, La Fontaine, Cas de consc.

    Si n'y faites faute, formule dont on se servait dans les lettres de cachet pour dire : n'y manquez pas, et où si signifie ainsi.

    Se faire faute de, s'abstenir de. Pourquoi se feraient-ils faute de pleurer ? Rousseau, Ém. I.

    Ne pas se faire faute de quelque chose, user de quelque chose sans ménagement, sans réserve, s'en procurer tant qu'on en veut. Ne vous faites pas faute de mes services. Enflammés d'un beau zèle, ils se sont cotisés et ont formé une somme de cinquante mille écus, qu'ils ont prié M. d'Erchigny d'accepter, en lui marquant qu'il ne s'en fît faute, Bachaumont, Mém. secrets, t. XXVII, p. 196. Quant aux signatures [à apposer à un procès-verbal mensonger], vous pensez bien qu'il ne s'en fera faute, Courier, Pierre Clavier à MM. les juges.

    D'après de Caillières, en 1690, ne pas se faire faute de… est bas et populaire. L'usage n'a pas ratifié cet arrêt des puristes ; et la locution est restée dans le bon usage.

  • 6Crevasse qui s'est faite dans un tuyau de conduite en plomb.
  • 7Faute de, loc. prép. Par manque. Et le combat cessa faute de combattants, Corneille, Cid, IV, 3. Faute de me connaître, il s'emporte, il s'égare, Corneille, Nicom. I, 3. Et faute de servir ce plat [chardons], Rarement un festin demeure, La Fontaine, Fabl. VIII, 17. Tout cela n'est venu que faute de savoir danser, Molière, le Bourg. I, 2. On ne dispute sur cette matière que faute de s'entendre, Sévigné, 436. Faute d'être assez appuyé de mes successeurs [ceux de Sixte-Quint], vous [Henri IV] avez été exposé à tant de conjurations qu'enfin on vous a fait périr, Fénelon, Dial. XVI, Morts mod. Faute de bas, passant le jour au lit, Sans couverture, ainsi que sans habit, Je fredonnais des vers sur la paresse, Voltaire, Pauv. diab. Puisses-tu, de toi-même éternelle victime, Entasser les honneurs sans combler cet abîme [la perte d'un fils], Et pauvre au sein des biens, faute d'un bien si doux…, Delavigne, Paria, V, 5.
  • 8À faute de, dans le cas où manquerait… si on ne pouvait pas… …Par indigestions empirer le mauvais teint que vous avez à faute de vous exercer, Malherbe, le Traité des bienf. de Sénèque, IV, 13. J'exige de vous, madame, que vous ne me direz pas un seul mot ni du mérite de mon travail, ni, à faute de mérite, de la façon avec laquelle je vous en parle, Guez de Balzac, liv. VII, lett. 11. À faute d'être aimée on peut se faire craindre, Corneille, Tois. d'or, III, 4. À faute de trouver les lieux propres, Bossuet, Hist. III, 6.
  • 9Sans faute, loc. adv. Immanquablement. Une montagne en mal d'enfant Jetait une clameur si haute Que chacun au bruit accourant Crut qu'elle accoucherait sans faute D'une cité plus grosse que Paris, La Fontaine, Fabl. v, 10. Je serai sans faute à Paris mercredi, Bossuet, Lett. quiét. 458.

PROVERBES

Les fautes sont pour les joueurs, contre les joueurs, c'est-à-dire c'est aux joueurs à porter la peine des fautes qu'ils font dans le jeu.

Qui fait la faute la boit, celui qui a fait une faute en doit porter la peine.

On dit de même : Puisque la faute est faite, il faut la boire.

Les pêcheurs, les chasseurs et les preneurs de taupes feraient de beaux coups sans les fautes.

REMARQUE

Faute de signifie par manque de : C'est faute d'attention qu'il n'a pas relevé cette erreur Mais en parlant d'une erreur commise par quelqu'un, on ne dira pas : C'est une faute d'attention ; il faudra dire : C'est une faute d'inattention ou plutôt c'est une faute commise par inattention.

HISTORIQUE

XIIIe s. Cist message [ces messagers] aus amirans d'Egypte prierent le roy que il leur donnast une journée, par quoy il peussent venir vers le roy, et il y envoieroient sans faute, Joinville, 269.

XVe s. …Trop mieux lui valoit mourir à honneur et attendre l'aventure que montrer faute de courage, Froissart, II, III, 78. Ilz avoient faulte [besoin] de ceulx qu'ilz avoient mesprisez, Commines, I, 12. Et les asseuroit bien le roy qu'il n'y auroit point de faulte qu'il ne baillast la possession dudit pays, Commines, II, 15. De ceulx-là eust il trouvé ung grand nombre qui pour la mort ne lui eussent faict faulte, Commines, VI, 7. Se il eut laissé… sans point de faulte il tinst aujourd'huy toute ceste seigneurie soubz son arbitrage, Commines, V, 14. Tel fait la faulte que ung autre boit, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 422.

XVIe s. Mais faulte de sçavoir Nous clost la bouche et tout bon concevoir, Marot, J. t. v, 208. À faulte de faire une chose, Montaigne, I, 19. Ils n'ont faulte d'aucune chose necessaire, Montaigne, I, 241. Tout cecy m'a fait, et me fait encores penser, que faute de s'entre-visiter quand les occasions le requierent, fait que nous devenons sauvages les uns aux autres, Lanoue, 60. Comme ceux qui ont pris un faux escu pour un bon, par faute de le peser et bien regarder, Lanoue, 61. Fautes [défauts] valent exploits, Loysel, 697. Il aima mieux pour son gendre un homme qui eust faulte de biens, que des biens qui eussent faulte d'homme, Amyot, Thémist. 36. La tuyle, tumbant au long de la teste à la faulte de l'armet, lui donna droit sur le chaignon du col, Amyot, Pyrrhus, 76. Cela, respondit-il, est-ce ma faulte ou la faulte d'elle ? Metrocles respondit : la faulte en est à elle, et l'infortune en est à toy, Amyot, De la tranq. d'âme, 10. C'est un tresor où je ne cherche jamais à faute [en vain], Villeroy, Mém. t. III, p. 46, dans LACURNE. De la faulte de prudence ils retombent en faulte de cueur, Charron, Sagsse, I, 1. Qui a faute d'heur, la vie lui surabonde, Leroux de Lincy, Prov t. II, p. 381.

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Faute : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

FAUTE, (Jurisprud.) en Droit, est une action ou omission faite mal-à-propos, soit par ignorance, ou par impéritie, ou par négligence.

La faute differe du dol, en ce que celui-ci est une action commise de mauvaise foi, au lieu que la faute consiste le plus souvent dans quelqu’omission & peut être commise sans dol : il y a cependant des actions qui sont considérées comme des fautes ; & il y a telle faute qui est si grossiere qu’elle approche du dol, comme on le dira dans un moment.

Il y a des contrats où les parties sont seulement responsables de leur dol, comme dans le déport volontaire & dans le précaire : il y en a d’autres où les contractans sont aussi responsables de leurs fautes, comme dans le mandat, dans le commodat ou prêt à usage, dans le prêt appellé mutuum, la vente, le gage, le loüage, la dotation, la tutelle, l’administration des affaires d’autrui.

C’est une faute de ne pas apporter dans une affaire tout le soin & la diligence qu’on devoit, de faire une chose qui ne convenoit pas, ou de n’en pas faire une qui étoit nécessaire, ou de ne la pas faire en tems & lieu ; c’est pareillement une faute d’ignorer ce que tout le monde sait ou que l’on doit savoir, de sorte qu’une ignorance de cette espece, & une impéritie caractérisée, est mise au nombre des fautes.

Mais ce n’est pas par le bon ou le mauvais succès d’une affaire, que l’on juge s’il y a faute de la part des contractans ; & l’on ne doit pas imputer à faute ce qui n’est arrivé que par cas fortuit, pourvû néanmoins que la faute n’ait pas précédé le cas fortuit.

On ne peut pareillement taxer de faute, celui qui n’a fait que ce que l’on a coûtume de faire, & qui a apporté tout le soin qu’auroit eu le pere de famille le plus diligent.

L’omission de ce que l’on pouvoit faire n’est pas toûjours réputée une faute, mais seulement l’omission de ce que la loi ordonne de faire, & que l’on a négligé volontairement ; de sorte que si l’on a été empêché de faire quelque chose, soit par force majeure ou par cas fortuit, on ne peut être accusé de faute.

On divise les fautes, en faute grossiere, legere, & très-legere, lata, levis, & levissima culpa.

La faute grossiere, lata culpa, consiste à ne pas observer à l’égard d’autrui, ce que l’homme le moins attentif a coûtume d’observer dans ses propres affaires, comme de ne pas prévoir les évenemens naturels qui arrivent communément, de s’embarquer par un vent contraire, de surcharger un cheval de loüage ou de lui faire faire une course forcée, de serrer ou moissonner en tems non opportun. Cette faute ou négligence grossiere est comparée au dol, parce qu’elle est dolo proxima, c’est-à-dire qu’elle contient en soi une présomption de fraude, parce que celui qui ne fait pas ce qu’il peut faire, est reputé agir par un esprit de dol.

Cependant celui qui commet une faute grossiere n’est pas toûjours de mauvaise foi ; car il peut agir ainsi par une erreur de droit croyant bien faire ; c’est pourquoi on fait prêter serment en justice sur le dol, & non pas sur la faute.

Dans les matieres civiles, on applique communément à la faute grossiere la même peine qu’au dol ; mais il n’en est pas de même en matiere criminelle, sur-tout lorsqu’il s’agit de peine corporelle.

La faute legere qu’on appelle aussi quelquefois faute simplement, est l’omission des choses qu’un pere de famille diligent a coûtume d’observer dans ses affaires.

La faute très-legere, est l’omission du soin le plus exact, tel que l’auroit eu le pere de famille le plus diligent.

La peine de la faute legere & de la faute très-legere ne consiste qu’en dommages & intérêts ; encore y a-t-il des cas où ces sortes de fautes ne sont pas punies, par exemple, dans le prêt à usage appellé commodatum, lorsqu’il n’est fait que pour faire plaisir à celui qui prête : on ne les considere pas non plus dans le précaire, & dans le gage on n’est pas tenu de la faute très-legere.

On impute néanmoins la faute très-legere à celui qui a été diligent pour ses propres affaires, & qui pouvoit apporter le même soin pour celles d’autrui.

En matiere de dépôt on distingue. S’il a été fait en faveur de celui auquel appartient le dépôt, alors par l’action de dépôt appellée contraire, le déposant est tenu de la faute la plus legere ; & si le dépositaire s’est offert volontairement de se charger du dépôt, il est pareillement tenu de la faute la plus legere : mais s’il ne s’est pas offert, il est seulement tenu de la faute grossiere & de la faute legere : si le dépôt a été fait en faveur du dépositaire seulement, alors le dépositaire contre lequel il y a action directe est tenu de la faute la plus legere ; s’il n’y a contre lui que l’action appellée contraire, il est seulement tenu de la faute grossiere ; si le dépôt a été fait en faveur des deux parties, le dépositaire n’est tenu que de la faute legere.

Dans le mandat qui est fait en faveur du mandant, lorsqu’il s’agit de l’action directe, & que le mandat n’exigeoit aucune industrie, ou du moins fort peu, en ce cas on n’impute au mandataire que le dol & la faute grossiere, de même qu’au dépositaire. Si le mandat demande quelqu’industrie, comme d’acheter ou vendre, &c. alors le mandataire est tenu non-seulement du dol & de la faute grossiere, mais aussi de la faute legere. Enfin si le mandat exige le soin le plus diligent, le mandataire étant censé s’y être engagé est tenu de la faute la plus legere, comme cela s’observe pour un procureur ad lites ; & par l’action contraire le mandant est aussi tenu de la faute la plus legere.

Le tuteur & celui qui fait les affaires d’autrui, sont tenus seulement du dol de la faute grossiere & legere.

Dans le précaire on distingue ; celui qui tient la chose, n’est tenu que du dol & de la faute grossiere jusqu’à ce qu’il ait été mis en demeure de rendre la chose ; mais depuis qu’il a été mis en demeure de rendre la chose, il est tenu de la faute legere.

Pour ce qui est des contrats innommés, pour savoir de quelle sorte de faute les parties sont tenues, on se regle eu égard à ce qui s’observe pour les contrats nommés, auxquels ces sortes de contrats ont le plus de rapport.

En fait d’exécution des dernieres volontés d’un défunt, si l’héritier testamentaire retire moins d’avantage du testament que les légataires ou fideicommissaires, en ce cas il n’est tenu envers eux que du dol & de la faute grossiere : si au contraire il retire un grand avantage du testament, & que les autres en ayent peu, il est tenu envers eux de la faute très-legere ; si l’avantage est égal, il n’est tenu que des fautes legeres.

En matiere de revendication, le possesseur de bonne foi n’est pas responsable de sa négligence, au lieu que le possesseur de mauvaise foi en est tenu.

Dans l’action personnelle intentée contre un débiteur qui est en demeure de rendre ce qu’il doit, il est tenu de sa négligence, soit par rapport à la chose ou par rapport aux fruits. Voyez l. contract. ff. de reg. jur. l. 213. 223. & 226. ff. de verb. signif. l. socius. ff. pro socio ; & Gregor. Tolos. in syntagm. juris univ. lib. XXI. cap. xj. (A)

Faute, (Hydr.) Les fautes sont inévitables, soit dans les conduites ou tuyaux qui amenent les eaux, soit dans les bassins & pieces d’eau, & il n’est souvent pas aisé d’y remédier. Quand les tuyaux conduisent des eaux forcées, la faute se découvre d’elle-même par la violence de l’eau ; mais dans les eaux roulantes ou de décharge, il faut quelquefois découvrir toute une conduite pour connoître la faute : on remet alors de nouveaux tuyaux ; on les soude, on les mastique, suivant leur nature. Le moyen de connoître une faute dans un bassin de glaise, est de mettre sur l’eau une feuille d’arbre, de la paille, ou du papier, & de suivre le côté où elle se rend. On y fait ouvrir le corroi ; on remanie les glaises, & pour les raccorder avec les autres, on les coupe en marches ou par étages, & jamais en ligne droite, ce qui feroit perdre l’eau. (K)

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Étymologie de « faute »

Étymologie de faute - Littré

Espagn. portug. et ital. falta. C'est le nom verbal d'un verbe roman : espagn. faltar, ital. faltare, qui manque en français et qui est le fréquentatif du latin fallere (voy. FAILLIR et FALLOIR).

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Étymologie de faute - Wiktionnaire

Du bas latin fallita tiré du verbe fallere (« faillir », « tromper »).
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Phonétique du mot « faute »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
faute fot play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « faute »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « faute »

  • Christian Sabate est au bout du rouleau : dimanche, il s’est résolu à fermer son restaurant pour une période indéterminée, faute de téléphone et de connexion internet. Journal L'Est Éclair abonné, Faute de téléphone et d’Internet, il doit fermer la crêperie du Moulin, à Nesle-la-Reposte
  • Une fois, deux fois, trois fois par jour, parfois plus, elle nous écrit, via notre messagerie Facebook, pour nous signaler une coquille, une erreur de syntaxe, d’inattention ou une vraie faute de grammaire sur le site internet de La Voix du Nord. Au service web, on a eu envie de savoir qui se cachait derrière le pseudo de notre mascotte de l’orthographe. LA VDN, «Léa Ricaud», l’internaute qui traque (gentiment) nos fautes d’orthographe
  • Dans le cadre d’un contrat de sous-traitance, l’entrepreneur principal (on parle de « donneur d’ordre ») auquel le client (on parle de « maître d’ouvrage ») a fait appel pour réaliser des travaux est contractuellement responsable envers ce dernier des fautes commises par ses sous-traitants dans l’exécution des travaux qu’il leur a confiés. Les Echos Executives, Faute d’un sous-traitant : êtes-vous responsable ?, Fiscalité et droit des entreprises
  • La faute est grande comme celui qui la commet. De César Oudin
  • Le manque de chance est une faute professionnelle. De Pierre Desgraupes
  • La femme est la seconde faute de Dieu. De Friedrich Nietzsche
  • Toute faute impunie engendre une progéniture de fautes. De Herbert Spencer
  • On rit faute de mieux, parfois. De Christian Oster / Mon grand appartement
  • Gens trop heureux font toujours quelque faute... De Jean de La Fontaine / Le berceau
  • Et le combat cessa faute de combattants. De Pierre Corneille / Le Cid
  • La faute du troupeau vient du berger. De Proverbe arabe
  • Le repentir est une seconde faute. De Baruch Spinoza
  • En politique toute faute est un crime. De Eugène Chatelain
  • Condamner la faute et non son auteur ? William Shakespeare, Mesure pour mesure, II, 2, Angelo Measure for measure, II, 2, Angelo
  • Une erreur ne devient une faute que lorsqu'on ne veut pas en démordre. Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre Auf den Marmorklippen
  • C'est plus qu'un crime, c'est une faute. Antoine Boulay, de la Meurthe, Charles Augustin Sainte-Beuve, dans ses Nouveaux LundisCode civil
  • La faute d'un autre, il faut la laisser là où elle est. Marc Aurèle en latin Marcus Annius Verus, puis Marcus Aurelius Antoninus, Pensées, IX, 20 (traduction A. I. Trannoy)
  • Avoir du mérite à s'abstenir d'une faute, c'est une façon d'être coupable. Marguerite de Crayencour, dite Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du vain combat, Plon
  • Personne n'est sujet à plus de fautes que ceux qui n'agissent que par réflexion. Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, Réflexions et Maximes
  • […] Il est, à mon sens, d'un plus grand homme de savoir avouer sa faute que de savoir ne pas la faire. Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz, Mémoires
  • Étrange zèle, qui s'irrite contre ceux qui accusent des fautes publiques, et non pas contre ceux qui les commettent ! Blaise Pascal, Les Provinciales, 11e lettre
  • Il y a des gens qui ne dépouillent jamais leur orgueil. Leurs fautes, s'ils les passent en revue, c'est à cheval. Paul Masson, Cité par Willy dans l'Année fantaisiste, 1893
  • Tout le devoir ne vaut pas une faute qui s'est commise par tendresse. Marguerite Hessein, Mme de La Sablière, Pensées chrétiennes
  • C'est la faute qui fait la vertu. Georges Duhamel, Tel qu'en lui-même, Mercure de France
  • Ne jamais dire : C'est leur faute. C'est toujours notre faute. Claude Aveline, Avec toi-même, etc., Mercure de France

Traductions du mot « faute »

Langue Traduction
Corse difettu
Basque akats
Japonais 過失
Russe придираться
Portugais culpa
Arabe خطأ
Chinois 故障
Allemand fehler
Italien errore
Espagnol culpa
Anglais fault
Source : Google Translate API

Synonymes de « faute »

Source : synonymes de faute sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « faute »



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