Chance : définition de chance


Chance : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

CHANCE, subst. fém.

I.− JEUX (de hasard)
A.− Vx. Coup de dé; point(s) que donne un dé en tombant. Donner la chance, livrer (la) chance. Amener sa chance (Ac.1878).
P. méton. Sorte de jeu de dés. Jouer à la chance (Ac. 1878). Les transitions du récit (...) paraissaient abandonnées au caprice de la parole comme une chance du jeu de dé (Nodier, Smarra,1821, p. 20).
P. métaph. Si du dé fatal la chance fut perfide (Delille, L'homme des champs,Premier chant, 1800, p. 54).
B.− Théorie des chances. Calcul des probabilités appliqué aux jeux de hasard (cf. Comte, Cours de philos. positive, t. 4, 1839-42, p. 331).
Calculer les chances :
1. Les jeux de bourse, l'agiotage sur les fonds publics pouvaient en effet me conduire à un retour de fortune. Il suffisait pour cela de bien calculer les chances et de prévoir les résultats des événements. Reybaud, Jérôme Paturot,1842, p. 401.
C.− Jouer sa chance. Essayer de gagner au jeu de dés; p. ext. à n'importe quel jeu.
P. métaph. On ne peut dire qu'Édouard Drumont négligea de jouer sa chance, pour employer l'argot du sport (Bernanos, La Grande peur des Bien-Pensants,1931, p. 208):
2. Échoués, à quatre mille mètres d'altitude, sur un plateau aux parois verticales, son mécanicien et lui [Mermoz] cherchèrent pendant deux jours à s'évader. Ils étaient pris. Alors, ils jouèrent leur dernière chance, lancèrent l'avion vers le vide, ... Saint-Exupéry, Terre des hommes,1939, p. 155.
Expr. Mener jusqu'au bout ses chances :
3. ... j'avais en face de moi, fermé, désinvolte et tendu, le joueur de poker décidé à mener jusqu'au bout ses chances. Gracq, Un Beau ténébreux,1945, p. 136.
II.− Tour favorable ou défavorable, mais de soi imprévisible et livré au hasard, que peut prendre ou que prend effectivement une situation ou un événement; issue heureuse ou malheureuse d'une situation donnée. Synon. éventualité, hasard :
4. Ses camarades (...) ne comprenaient pas pourquoi, avant le combat, il paraissait espérer quelque chose, et ne devinaient point que d'Auverney, de toutes les chances de la guerre, ne désirait que la mort. Hugo, Bug-Jargal,1826, p. 16.
5. ... les vicissitudes de ma jeunesse n'avaient pas été assez nombreuses et assez variées pour me fournir l'occasion d'embrasser sous tous les aspects toutes les chances d'une existence complète. Je regrettais de n'avoir éprouvé ni assez de malheurs, ni surtout assez de prospérités pour être sûr de ma résolution dans tous les événements de la vie. Nodier, La Fée aux Miettes,1831, p. 151.
A.− Au sing.
1. Puissance (cachée) qui est censée orienter à son gré le cours des événements dans un sens favorable ou défavorable. Synon. fortune :
6. ... j'ai vu, depuis vingt ans, le monde par son envers, dans ses caves, et j'ai reconnu qu'il y a dans la marche des choses une force que vous nommez la providence, que j'appelais le hasard, que mes compagnons appellent la chance. Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes,1847, p. 642.
[Le caractère favorable ou défavorable est précisé par un adj. qualificatif] Bonne, mauvaise chance; souhaiter bonne chance à qqn. Quelle bonne chance vous amène? Seigneur Hérode, dit l'hôtelier (Gautier, Le Capitaine Fracasse,1863, p. 183).C'est la mauvaise chance qui me poursuit encore; le Guignon, chanté par Mallarmé (Larbaud, A. O. Barnabooth,1913, p. 16).
Emploi exclam. Bonne chance! Mille amitiés, bonne chance, bon succès (Balzac, Correspondance,1832, p. 173).
2. [La chance est considérée comme une force favorable] Faveur accordée par le sort, condition d'une personne favorisée par le sort.
a) [La chance est présentée comme une allégorie]
Cour. [P. réf. aux dés qui changent de face (cf. supra I) ou à la roue de la Fortune*, qui en tournant, présente en bas ce qui était d'abord en haut] La chance tourne (contre lui). La bonne chance l'abandonne. La chance a tourné, j'ai été pris (Barrès, Un Homme libre,1889, p. 226).
[P. allégorie et personnification (cf. la Fortune personnifiée)] Littér. La chance ne lui sourit pas (Dabit, L'Hôtel du Nord,1929, p. 55).
[P. réf. à la représentation fam. de la Fortune-chance, qu'il faut savoir prendre au passage] Dans un geste terrible de cow-boy, (...) attraper la chance d'un seul coup (Cocteau, Poèmes,1916-23, p. 234).
b) [La chance est considérée comme une faveur ou un ensemble de conditions favorables attachées à une pers.] Issue heureuse d'une situation, bonheur inespéré accordé par le sort. Synon. fam. veine.Je suis un homme plein de chance! (Erckmann-Chatrian, Histoire d'un paysan,t. 2, 1870, p. 353).Qu'avez-vous fait au bon Dieu pour mériter pareille chance? (Estaunié, L'Empreinte,1896, p. 63).Je n'ai pas seulement de ligne de chance dans la main (Bernanos, La Joie,1929, p. 617).
P. antiphrase. Issue défavorable, malchance. Dans l'expr. fam. : voilà bien ma chance! (cf. Verne, Les Enfants du capitaine Grant, t. 1, 1868, p. 66). Voilà une fois de plus ma malchance habituelle.
Iron. Je ressemble à ma mère. « Si la chance des chances, c'est d'avoir pas de chance, qu'elle me disait, je suis servie! » (Bernanos, Journal d'un curé de campagne,1936, p. 1253).
3. Locutions
a) Par chance. Par bonheur.
b) Cour. Avoir de la chance, n'avoir pas de chance. Avoir la chance de + inf.Communément l'envieux se dit que l'autre a de la chance et que lui-même n'en a point (Alain, Propos,1935, p. 1288).Aurai-je la chance de vous trouver à Paris vers le milieu d'août? (Flaubert, Correspondance,1867, p. 118).
c) C'est une chance que. Une chance qu'il a l'air bon papa (Colette, Claudine à l'école,1900, p. 220).
d) Conter sa chance. Maheu (...) lui contait sa chance, une truite superbe pêchée et vendue trois francs (Zola, Germinal,1885, p. 1335).
e) Porter chance (rare). Porter bonheur.
f) Un coup de chance, un coup de génie, un de ces hasards prodigieux (G. Duhamel, Chronique des Pasquier, Les Maîtres, 1937, p. 203).
g) Pop., fam., p. antiphrase. Une chance de cocu (Dabit, L'Hôtel du Nord,1929, p. 56).Une chance exceptionnelle.
h) Fam. [En s'adressant à qqn] Au petit bonheur la chance. Si par un bonheur, qui à vrai dire, n'est que peu certain, le sort est favorable... Au petit bonheur la chance, on aviserait (Giono, Un de Baumugnes,1929, p. 91).
B.− Au sing. ou au plur. Événement, éventualité, favorable ou défavorable, pouvant se produire.
1. [L'option est précisée par un élément de syntagme]
a) [Cet élément est un adj. épithète] Adieu. Écrivez-nous toutes vos chances, bonnes ou mauvaises (Lamartine, Correspondance,1836, p. 225).
b) [Cet élément est un adj. ou un compl. de nom, de coloration souvent péj.] Synon. mod. plus usuel risque :
7. ... il [Nicolas de Russie] peut être assassiné par quelqu'un de son armée (...) il court la chance des conspirations de casernes, des révoltes de régiments (...) des maladies brusques et obscures, des coups terribles... Hugo, Napoléon le Petit,1852, p. 215.
8. En cinq ans, elle [Emma] ne vit pas un seul homme. Elle avait accepté de franc jeu la chance d'une réclusion éternelle. Renan, Feuilles détachées,1892, p. 33.
9. Poincaré (...) a conçu et exécuté une politique qui, loin d'écarter les chances de guerre, n'a fait que les accroître! R. Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 140.
Vieilli. Avoir chance de + inf.Risquer de :
10. D'ordinaire, dans la conversation, le sujet m'importe peu; un petit comme un grand me trouve bien disposé, mais je veux qu'on le traite à mon goût, qui n'est pas bien relevé : les moindres esprits peuvent le satisfaire; les plus considérables ont chance de le blesser horriblement. A. France, La Vie en fleur,1922, p. 551.
Emploi abs., au plur., rare, vieilli. Risques, dangers. Une besogne de tyran, entouré de chances, de précautions, de terreurs (Hugo, Angelo, tyran de Padoue,1835, p. 15).Et ta soif de l'or t'a empêché de calculer les chances auxquelles tu exposais ta tête, en l'engageant dans une négociation (A. Dumas Père, Catherine Howard,1834, I, 5, p. 226).
c) [L'adj. épithète ou le compl. indiquent une chance favorable, mais dans un cont. négatif ou limitatif qui annule ou réduit la probabilité d'une issue heureuse] Il était donc alors amoureux sans chances de réussite (Huysmans, Les Sœurs Vatard,1879, p. 105):
11. Peut-être trouverons-nous sur son parcours les naufragés du Britannia. − Faible chance! répondit le major. − Si faible qu'elle soit, reprit Paganel, nous ne devons pas la négliger. Verne, Les Enfants du capitaine Grant,t. 1, 1868, p. 83.
Vieilli
Avoir grand'chance :
12. Non, dit-il [Émile Barrel] au sous-préfet Rateau qui dégustait sa chartreuse, de la vraie s'il vous plaît, M. Delangle n'a pas grand'chance, entre nous, les probabilités sont pour le ballotage, et Barbentane au second tour. Aragon, Les Beaux quartiers,1936, p. 144.
Avoir chance de + inf. :
13. M. de Charlus m'avait distrait de regarder si le bourdon apportait à l'orchidée le pollen qu'elle attendait depuis si longtemps, qu'elle n'avait chance de recevoir que grâce à un hasard si improbable qu'on le pouvait appeler une espèce de miracle. Proust, Sodome et Gomorrhe,1922, p. 628.
2. Possibilité réelle ou probabilité de succès (cf. aussi supra I B, C).
a) Au sing. [Chance est le plus souvent accompagné d'un adj. poss., l'idée dominante étant celle de possibilité réelle] :
14. ... c'était pauvrement penser de la France, de ses ressources naturelles et de ses destinées providentielles, que d'estimer qu'un parti, si utile qu'on le juge, est sa dernière chance de salut, ou son unique moyen de salut, bref est nécessaire à sa vie d'une nécessité de moyen. Maritain, Primauté du spirituel,1927, p. 93.
15. Ce qu'ils me disaient mes dabes, en somme c'était bien raisonnable... que j'étais dans l'âge décisif pour fournir mon effort suprême... forcer ma chance et mon destin... que c'était le moment ou jamais pour orienter ma carrière... Céline, Mort à crédit,1936, p. 354.
16. Il me dit − en faisant semblant de plaisanter − qu'il regrette presque maintenant de ne pas avoir tenté sa chance aux élections qui viennent d'avoir lieu; qu'il avait une occasion (...) et qu'il aurait peut-être risqué le coup s'il avait pu supposer que l'affaire d'Amérique ne marcherait pas. Romains, Les Hommes de bonne volonté,La Douceur de la vie, 1939, p. 115.
Loc. Donner sa chance à qqn. Lui donner la possibilité de tenter quelque chose et d'y réussir. Tenter sa chance (supra ex. 16).Jouer sa chance (supra I C).Jouer sa dernière chance (supra ex. 2).Forcer sa chance (supra ex. 15).
Au plur., rare. Mener jusqu'au bout ses chances (supra ex. 3).
b) Au plur. [L'idée dominante est celle de probabilité] Probabilité avec laquelle un événement peut se produire (supra I B). L'affaire est en bon train et a quatre-vingt-dix-neuf chances sur cent de réussir (Flaubert, Correspondance,1854, p. 38).
Loc. Il y a des (de grandes) chances (pour) que + subj. ou ind. prés. ou fut. (cf. E. Delacroix, Journal, 1856, p. 240) p. ell., fam. Y'a des chances! Cela est tout à fait probable (cf. Courteline, Le Train de 8 h 47, 1888, II, 3, p. 120).
Prononc. et Orth. : [ʃ ɑ ̃:s]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1175 chaance « manière (en général favorable) dont peut tourner un événement » (B. de Ste Maure, Ducs de Normandie, éd. C. Fahlin, 16426; au plur., 10070); d'où 1762 (J. J. Rousseau, Contrat, III, 6 ds Littré : On met ainsi presque toutes les chances contre soi); 2. 1200 caanche « chute des dés » (J. Bodel, Jeu St Nicolas, éd. A. Henry, 853). Substantivation du lat. cadentia, part. prés. plur. neutre de cadere « tomber » qui s'employait aussi en lat. class. dans le vocab. du jeu en parlant de l'osselet (Cicéron, Fin. 3, 54 ds TLL s.v., 21, 17). Fréq. abs. littér. : 5 000. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 3 597, b) 5 660; xxes. : a) 6 933, b) 10 993. Bbg. Cassagnau (M.). Vox media. Vie Lang. 1969, p. 433. − Rat (M.). Risquer de, avoir les chances de. Déf. Lang. Fr. 1969, no47, pp. 6-8.

Chance : définition du Wiktionnaire

Nom commun

chance \ʃɑ̃s\ féminin

  1. (Absolument) Concours de circonstances jugé malheureux ou heureux quant à son influence sur le succès, la réalisation, la réussite ou l’échec d’une action ou d’un événement ; contexte jugé favorable ou non d’une action.
    • […] puisque nul ne peut avec certitude se dire à tout jamais à l’abri des chances de la guerre. — (Henri Dunant, Un souvenir de Solférino, Jules-Guillaume Fick, 1862, p. 113)
    • Comme les mutations se produisent au hasard, la chance que deux mutations se retrouvent précisément dans la même région est comparable à celle d'obtenir un double six avec deux dés à cent faces. — (Siddhartha Mukherjee, L'Empereur de toutes les maladies : Une biographie du cancer, traduit de l'américain : Eric Favereau, Champs/Flammarion, 2013 & 2016)
    • Chance favorable.
    • Souhaiter bonne chance à quelqu’un.
    • Courir la chance.
    • Se mettre à couvert de toute chance.
  2. (Au pluriel) Probabilités chiffrées d’occurrences d’un événement.
    • À partir de ce jour, le mouvement de Paris nous saisit, et nous fûmes entraînés dans ce tourbillon où les plus fortes têtes risquent de s’étourdir, où les cœurs les plus robustes ont mille chances pour une de faire naufrage. — (Eugène Fromentin, Dominique, L. Hachette et Cie, 1863, réédition Gründ, page 157)
    • […], et chaque fois que, dans un lieu public, quelqu’un déclarait à haute voix, d’un ton assuré et confiant : « C’est forcé qu’ils y arrivent ! » il y avait dix chances contre une qu’il s’agit de vol aérien. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 6 de l’éd. de 1921)
    • Privé de tout accommodement, de ses fards, de ses sourires et de ses ruses, le vice a peu de chance de séduire la vertu la plus chancelante. — (Francis Carco, Images cachées, Éditions Albin Michel, Paris, 1928 ; Préface de la 3e édition de 1929)
    • La personne qui achète un billet de loterie le lundi en vue d’un tirage le vendredi a deux fois plus de "chances" de mourir avant le tirage que de gagner le gros lot — (Jean Dion, Le Devoir, 18 février 1999)
    • Une étude récente a démontré que les chances de valider son billet de train dès la première introduction dans le composteur sont de 1 sur 200 000 […]. — (Pascal Fioretto, Petit dictionnaire énervé de nos vies de cons, Paris : Éditions de l’Opportun, 2011)
  3. Possibilité subjective estimée de réalisation, de succès, de réussite.
    • Douce soirée où l’on pouvait encore croire — à la rigueur, le calcul des probabilités cédant à une chance inouïe — qu'il n'y aurait pas de morts pendant la guerre. — (Jean Giraudoux, Retour d’Alsace - Août 1914, 1916)
    • J’avais dénoué cent fois ce sophisme, en montrant que le ressort des guerres n’était pas tant l’intérêt que l’honneur ; chose bien aisée à comprendre pour des hommes qui présen­tement risquaient tout, avec une faible chance de gagner, et de gagner fort peu. — (Alain, Souvenirs de guerre, p.215, Hartmann, 1937)
  4. (Une chance) Occasion, contexte éphémère heureux, favorable ; opportunité.
    • La tête en l’air, qui suit à Oxford quelques cours de botanique, se prépare à devenir pasteur quand une chance imprévue s’offre à elle : on lui propose de partir, au titre d’homme de compagnie du capitaine Robert Fitz-Roy, âgé de vingt-six ans et au caractère difficile, pour un très long voyage d’étude. — (Jean d’Ormesson, C’est une chose étrange à la fin que le monde, 2010, ISBN 978-2-221-12336-2)
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Chance : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CHANCE. n. f.
Tout événement, heureux ou malheureux, qui peut résulter d'un ordre de choses donné. Il y a beaucoup de chances possibles. Chance favorable. Chance de succès. Souhaiter bonne chance à quelqu'un. Courir la chance. Se mettre à couvert de toute chance. Au pluriel, il se dit aussi pour Probabilités. Calculer les chances de mort aux différents âges. Fam., Bonne chance! se dit en forme de souhait. La chance est pour vous, Vous avez une chance favorable. La chance a tourné, Les choses ont changé de face. Il avait tout le monde pour lui, contre lui, mais la chance a tourné. Il se dit familièrement pour désigner, d'une manière absolue, un Hasard heureux, une fortune favorable. Il a de la chance. Il n'a pas de chance. Pas de chance!

Chance : définition du Littré (1872-1877)

CHANCE (chan-s') s. f.
  • 1Façon d'advenir, suivant des conditions qui ne nous sont pas connues. La chance des armes. Nous en courrons la chance. J'abandonne à leur chance et mes sens et mon âme ; Qu'ils aillent où Dieu sait, chacun de leur côté, Lamartine, Harm. IV, 11.

    Pousser sa chance, suivre sa fortune, tenir bon. Il a poussé sa chance, Molière, Fâch. I, 1.

    Rompre la chance, faire manquer une affaire. Au hasard du succès sacrifions des soins ; Et s'il poursuit encore à rompre notre chance, J'y consens, ôtez-lui toute notre assistance, Molière, l'Étour. III, 1.

    Rompre la chance, se dit à l'écarté lorsqu'un joueur ayant gagné plusieurs fois de suite, un nouvel adversaire lui est opposé pour changer la fortune du jeu.

    Conter sa chance, conter l'aventure qu'on a eue, conter son sort. Lui conter sa chance, Molière, Éc. des maris, III, 2. Il fut trouver son cousin, lui conta sa chance, Hamilton, Gramm. 9.

    Par forme de souhait, bonne chance ! c'est-à-dire je souhaite que vous réussissiez.

  • 2Absolument et abusivement heureux hasard, bonne fortune. Il aura de la chance s'il s'en tire. Je n'ai pas de chance au jeu Quelle chance de vous rencontrer ! Poursuivez pendant que vous êtes en chance. Pauvres gens, ils n'ont vraiment pas de chance. Je finis, et je vous souhaite Une victoire très complète, Chance à tous jeux, de la santé, La Fontaine, Lettres, XXIII.
  • 3La probabilité qu'il y a qu'une chose arrive ou non. En jetant en l'air une pièce de monnaie, il y a autant de chance pour qu'elle tombe sur pile que sur face. Les chances de mort aux différents âges. Il n'a aucune chance de salut. Calculer les chances. On met ainsi presque toutes les chances contre soi, Rousseau, Contr. III, 6.

    En mathématiques, la théorie des chances, le calcul des probabilités.

  • 4Sorte de jeu de dés. Ils jouaient à la chance à deux dés, Hamilton, Gram. 11.

    Fig. La chance tourne, a tourné, c'est-à-dire les dés tournent, ont tourné, les choses changent, ont changé de face. Ah ! mon pauvre garçon, la chance a bien tourné ! Pourrais-tu de mon sort deviner l'injustice ? Molière, l'Étour. II, 7. Que si d'un sort fâcheux la maligne inconstance Vient, par un coup fâcheux, faire tourner la chance, Boileau, Sat. IV.

    Fig. C'en est fait pour jamais, la chance en est jetée, Régnier, Élég. 2.

    Donner la chance, livrer la chance, livrer chance, se dit quand le joueur, qui tient le cornet, nomme le point qu'il veut avoir en sa faveur.

    Fig. Le duc de Chevreuse livrait chance à tout le monde [provoquait] en plein salon et y disputait contre tout venant, Saint-Simon, 238, 176.

  • 5 Terme de métier. Pot de terre dans lequel on blanchit les épingles de fer.

HISTORIQUE

XIIIe s. Tornée lor est la cheance Du dé en perte et mescheance, Hist. de France en vers à la suite du roman de Fauvel, ms. n° 6812, f° 72, dans LACURNE, au mot dé. Fors que Gentillesce sa fille, Cousine a prochaine cheance [a chance prochaine pour sa cousine], Tant la tient fortune en balance, la Rose, 6592. Nus deicier ne puet ne ne doit fere ne achater dez ploumez, quelque chance que il doinent [donnent], de quoi qu'il soient ploumez, soit de vif ou de plons, Livre des mét. 182.

XIVe s. … Point de plus vaillant homme, Ne qui plus de victores, pour vigueur, pour cheance, Heüst [eût] : quar douze fois [il] vainquit le roi de France, Girart de Ross. V. 278.

XVe s. Quand il cognoist qu'en hasart gist sa chance, Orléans, Rondeau, p. 288.

XVIe s. Je pose sus le bout de la table en mon cabinet tous les sacs du deffendeur, et lui livre chance premierement [je jette les dés pour lui], Rabelais, Pant. III, 37. Là [il] jouoyt à la blanche, à la chance à trois dez, à la table…, Rabelais, Garg. I, 22. Maintenant la chance est tellement tournée, qu'ils sont devenus cousins des rois et des empereurs, Calvin, Instit. 919. J'aime mieulx me resouldre à quelque party que ce soit, aprez que la chance est livrée [le sort jeté, l'affaire engagée], Montaigne, III, 47. Mais si la chance tourne…, Montaigne, IV, 53. Ce fut lui qui livra de chance [donna le signal, commença], en criant, haut les bras, D'Aubigné, Hist. II, 393. Ce petit combat livra de chance, et resveilla les uns et les autres à la guerre, de laquelle on doutoit auparavant, D'Aubigné, ib. II, 433. Il avoit le jour precedent gaigné six mille escus à la chance à trois dez, Carloix, III, 20. J'ay joué comme aux dés mon cœur et mes amours ; Arriere bien ou mal, la chance en est jettée, Ronsard, 229. Il n'est chance qui ne retourne, Leroux de Lincy, Prov. t. II, 314.

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Étymologie de « chance »

Étymologie de chance - Littré

Picard, cince ; anc. franç. cheance, du part. cheant, de choir. Provenç. cazensa ; ital. cadenza ; bas-lat. cadentia, du latin cadens, tombant, de cadere, choir (voy. CHOIR) ; comparez CADENCE.

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Étymologie de chance - Wiktionnaire

(Date à préciser) De l’ancien français cheance (« façon de tomber »), déverbal de cheoir. On est passé du général « façon de tomber » au particulier « façon qu’ont les dés de tomber » puis au sens, lié au jeu de dés, d’aléa, de hasard (chacun de ces mots étant lié au jeu de dés) pour enfin, encore plus spécifique, d’aléa positif.
Du latin cadentia, participe présent pluriel neutre de cadere, « tomber » ou « finir, se terminer » en parlant d’un mot. → voir cadence
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Phonétique du mot « chance »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
chance ʃɑ̃s play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « chance »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « chance »

  • Pantemis, qui attend son tour depuis des années à Montréal, aura finalement la chance d’aller jouer des matchs sur une base régulière dans le circuit canadien. 98.5 FM, Enfin une chance pour James Pantemis - 98.5 FM
  • J'aimerais repartir comme j'ai fini, et comme l'équipe a fini, sur une très bonne lancée. Je veux prouver que j'ai tout pour la Ligue 2, être décisif, c'est ce que le coach va me demander. Le niveau, je l'ai, et je souhaite montrer que je ne suis pas là sur un coup de chance. leparisien.fr, Chambly : « Je ne suis pas là sur un coup de chance », confie Joris Correa - Le Parisien
  • “Il m'a appris énormément de choses (...) et même ma façon de faire des chansons. J'ai eu la chance de tomber sur un maître.”, amomama.fr, Benjamin Biolay ses souvenirs sur Hubert Mounier : "J'ai eu la chance de tomber sur un maître"
  • C’est peut-être la dernière chance pour la démocratie polonaise avant longtemps. Andrzej Duda [président de la République depuis 2015 et candidat à sa réélection] est une marionnette qui ne décide de rien, mais s’il gagne, les ambitions du pouvoir vont se radicaliser. Le PiS [dirigé par Jaroslaw Kaczynski, véritable homme fort du pays] aura un pouvoir total : il contrôle déjà le Conseil constitutionnel, la justice, les médias publics, la Cour suprême… Le Monde.fr, Agnieszka Holland : « C’est peut-être la dernière chance pour la démocratie polonaise avant longtemps »
  • Ensemble, clients, résidants et commerçants, soyons solidaires. Donnons-nous la chance de réussir. C’est un risque, un beau risque à ne pas manquer. Donnons-nous la chance de réussir et investissons dans les commerces de notre quartier qui nous sont si chers et qui contribuent, par leur présence, à la qualité de vie de notre milieu. Souhaitez-nous le meilleur des succès. La Presse, Piétonnisation de l’avenue du Mont-Royal: donnons-nous la chance de réussir
  • La chance ne s'explique pas. De Shirley Temple
  • Le manque de chance est une faute professionnelle. De Pierre Desgraupes
  • La chance est la forme laïque du miracle. De Paul Guth / La chance
  • Pour connaître la chance, il ne manque vraiment à certains qu'un peu de chance. De Stanislaw Jerzy Lec / Nouvelles pensées échevelées
  • Avoir un but attire la chance.
  • Une chance en amène une autre. De Proverbe anglais
  • La vie est une chance, saisis-la. De Mère Teresa
  • La chance aide parfois, le travail toujours. De Proverbe brahman
  • La chance doit rendre humble. De Christine Latour / Un mauvais frère
  • Chaque crise est une chance. De Victoria Principal
  • Donnez une chance à la chance, alors elle devient nécessité. De André Régnier / Les infortunes de la raison
  • Naître est une chance, et mourir est aussi une chance. De Walt Whitman
  • L'homme se pare de ses chances. Paul Valéry, Choses tues, Gallimard
  • Il y a dans tous les succès humains une part mal définie de bonheur. André Maurois, Lyautey, Plon
  • On défend bien plus férocement sa chance que son droit. Marcel, dit Jean Guéhenno, Changer la vie, Grasset

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Traductions du mot « chance »

Langue Traduction
Portugais sorte
Allemand chance
Italien possibilità
Espagnol oportunidad
Anglais chance
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Synonymes de « chance »

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Antonymes de « chance »


Mots similaires