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Vent

Sommaire

Définitions du mot vent

Trésor de la Langue Française informatisé

VENT, subst. masc.

I. − [Phénomène naturel]
A. − Domaine de la géogr. phys., de la météor., de la mar.
1.
a) Déplacement d'air plus ou moins important ressenti à la surface du globe. Les dernières feuilles des tilleuls étaient jaunies; celles des vignes étaient parées des plus riches teintes de pourpre; par moments, il soufflait un vent d'ouest qui en détachait quelques-unes en tourbillonnant (Karr, Sous tilleuls, 1832, p. 204).Le vent jouait dans les arbres; les marronniers, bien taillés par en bas, secouaient leurs hauts panaches (Boylesve, Leçon d'amour, 1902, p. 123).V. deçà ex. 1.
SYNT. Vent aigre, âpre, brûlant, chaud, doux, glacial; vent faible, fort, furieux, terrible, vif; vent établi, nul; petit, grand vent; au moindre vent; vent d'est, du nord, du sud, du midi, de secteur nord-est; vent d'automne, d'hiver; vent du désert, du large; vent d'orage, de pluie; gémissement, hurlement, violence du vent; bourrasques, rafales de vent; bruit du vent dans les arbres, dans les branches, dans les feuilles; à l'abri, au milieu du vent; sous l'action du vent; sur l'aile des vents, sur les ailes du vent; le vent souffle; le vent chasse, se lève, redouble, tombe; le vent change, fraîchit; le vent est, passe, tourne au nord; le vent vient du sud; le vent mugit, siffle; le vent est à la tempête; le vent secoue qqc.; le vent apporte, emporte qqc., rabat qqc. sur qqc.; le vent chasse les nuages; le vent porte dans telle direction; le vent joue avec qqc.; il y a, il fait du vent; il se lève un vent froid, un vent de tempête; pas un souffle de vent; entendre le vent; avoir le vent dans le dos; face au vent; battre, claquer, se balancer au vent; résister au vent; être exposé au(x) vent(s); se perdre dans le vent; protéger qqc. du vent; abrité du vent; battu des vents, par le vent; agité, couché par le vent; balayé, poussé, soulevé par le vent; être le jouet du vent.
b) MÉTÉOR. Phénomène caractérisé par un déplacement d'air plus ou moins important, de direction variable, dans les couches élevées de l'atmosphère comme à la surface du globe, ayant pour origine une différence de pression entre deux régions de l'atmosphère à laquelle peuvent s'ajouter, à la surface du globe, des causes d'ordre géographique (relief, littoral, etc.). Il y a parfois dans la stratosphère des vents très violents. Il y en a aussi dans des parties plus élevées de l'atmosphère (Maurain, Météor., 1950, p. 112).D'une façon générale, le vent augmente avec l'altitude et la proximité d'un sommet (Vauge1980).
c) MYTH. Personnage incarnant un vent déterminé, dont le souffle produit un vent déterminé et pouvant faire l'objet d'une représentation figurée. Au milieu de tout ce chaos [à Athènes] (...), le dôme de la tour des Vents (Lamart., Voy. Orient, t. 1, 1835, p. 133).La force psychique, emprisonnée dans l'âme comme les vents dans l'antre d'Éole (Bergson, Essai donn. imm., 1889, p. 28).
2. Loc., expr. et proverbes
a) Courant
Coup de vent. Vent violent qui s'élève brusquement. Un coup de vent ébranla la forêt (Chateaubr., Martyrs, t. 2, 1810, p. 87).
Loc. anal., adj. et adv. En coup de vent [Avec les verbes se coiffer, être coiffé] Avec les cheveux en désordre. Sa coiffure (...) était en harmonie avec le génie de l'heure romantique. Les hommes de cette génération se coiffaient en coup de vent (A. France, Pt Pierre, 1918, p. 9).[En parlant de la coiffure] En désordre. Ses cheveux gris en coup de vent ondulaient contre les tempes (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 243).
[Avec un verbe de mouvement] À toute vitesse. Passer en coup de vent. Dutertre entre, comme toujours, en coup de vent, sans frapper (Colette, Cl. école, 1900, p. 259).
Les quatre vents. Les vents venant des quatre points cardinaux; p. ext., les vents venant de toutes les directions. Une fois qu'elle [une baraque] fut couverte et bien à l'abri des quatre vents, il y charria du sable (Cladel, Ompdrailles, 1879, p. 115).
Loc. adv. Aux, des quatre vents. Aux, des quatre points cardinaux; dans, de toutes les directions, de tous les côtés. Les merles (...) au crépuscule, rivalisaient d'entrain et lançaient aux quatre vents les harmonies de leurs solfèges (Pergaud, De Goupil, 1910, p. 13).[Suivi de la prép. de] Une provende toujours croissante de légumes et de fruits nouveaux venus des quatre vents du monde (L. Febvre, Entre Benda et Seignobos, [1933] ds Combats, 1953, p. 96).[Dans une expr.] Être logé aux quatre vents. Être logé dans un lieu mal fermé, mal abrité. (Dict. xixeet xxes.). Au fig. V. expr. fig. infra.
Tous les vents. Les vents venant de toutes les directions. Ce qu'il doit faire froid dans ce corridor balayé par tous les vents! (Huysmans, En route, 1895, p. 272).
Loc. adv. À tous (les) vents. Au souffle de tous les vents, de n'importe quel vent. Cette enseigne (...) consistait en une plaque de tôle rouillée grinçant à tous les vents sur sa tringle (Gautier, Fracasse, 1863, p. 55).À peine faisait-il bon dans la pièce, qu'il fallait ouvrir la fenêtre à tous vents, pour faire partir la fumée (Montherl., Célibataires,1934, p. 897).[En parlant d'un lieu] Ouvert à tous les vents. Ouvert de tous les côtés; qui n'est pas abrité. Vaste hangar ouvert à tous les vents sauf du côté qui faisait face à l'entrée (Pergaud, De Goupil, 1910, p. 237).Au fig. [Pour exprimer la précarité, la rudesse des conditions de vie] Ce n'est point pour étonner nos gens. Ils vivent eux-mêmes de peu, à tous vents, finissant de vieux habits, rudimentairement logés (Pesquidoux, Livre raison, 1928, p. 239).
Loc. adv. Contre le vent. Dans le sens opposé à la direction du vent. Marcher contre le vent. Les avions, sur un petit champ, doivent décoller contre le vent (Malraux, Espoir, 1937, p. 809).
Fendre le vent. [Expr. utilisée pour un oiseau volant rapidement] Un seul appel aigu: « Petî-î-î-tes »! les rabattait [deux hirondelles] fendant le vent comme deux flèches (Colette, Mais. Cl., 1922, p. 84).En compos. Fend-le-vent. V. fendre rem. 1.
Prendre le vent. V. prendre 1reSection III A 1 g et E 1.Au fig. V. expr. fig. infra.
Expr. fig.
Regarder d'où vient le vent (vieilli). Regarder dehors ce qui se passe, sans but, pour se distraire. (Dict. xixes.).
Flairer, prendre le vent; observer, regarder, voir, etc. d'où, de quel côté vient, souffle le vent. Observer les événements, la tournure qu'ils prennent afin de régler au mieux sa conduite. Henry, qui était dans un moment de calme, à regarder de quel côté soufflerait le vent, irrésolu et un peu ennuyé, ne demanda pas mieux que de participer à toutes les joies exposées dans la lettre de son ami (Flaub., 1reÉduc. sent., 1845, p. 81).C'est toi, disait Tarisse, qui fais le premier pas: tu vas sonder l'atmosphère, prendre le vent. C'est passionnant (Magnane, Bête à concours, 1941, p. 301).V. flairer A 2 loc. fig. ex. de Mauriac.
Disperser, jeter, semer, etc., qqc. au vent, aux vents, à tout vent, à tous les vents, aux quatre vents. Envoyer quelque chose dans tous les sens, sans discernement; se débarrasser de quelque chose; faire disparaître, dissiper quelque chose. J'ai mieux connu la vie intérieure, la vie humaine, mais j'ai dispersé au vent mes forces et mes travaux (Amiel, Journal, 1866, p. 220).Profitant de sa première absence [de Bonaparte], le directoire s'empresse de jeter au vent tous les traités souscrits par son général (A. de Broglie, Diplom. et dr. nouv., 1868, p. 174).[Suivi de la prép. de] Jetez courageusement à tous les vents de l'oubli le nom que vous avez tant aimé (Murger, Scènes vie boh., 1851, p. 154).Vous avez disséminé votre personnalité aux quatre vents du ciel (Baudel., Paradis artif., 1860, p. 371).
Tourner à tout vent. V. tourner II B 1 a.
[Comme terme de compar.]
[Pour indiquer la rapidité, la vitesse] Aller comme le vent, plus vite que le vent. Deux minutes après, ils filaient comme le vent sur la route de Bischem: les chevaux bondissaient, la queue flottante (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 176).[Avec le syntagme coup de vent] Entrer comme un coup de vent. Je ne sais pas ce qu'elle avait (...) elle est partie comme un coup de vent!... en fermant les portes... pif!... pof!... pan!... (Labiche, Si jamais je te pince!1856, ii, 1, p. 274).
[Pour indiquer le peu d'importance de qqc.] Les usages, les usages, qu'est-ce que cela signifiait donc, pensait-il! Ils avaient besoin d'un curé, c'était la chose, et le reste comptait comme du vent (Queffélec, Recteur, 1944, p. 46).
[Avec certains adj.] Inconstant, insouciant comme le vent. La vie et l'univers sont ouverts devant moi, et j'y veux marcher libre comme le vent (Karr, Sous tilleuls, 1832, p. 60).
Proverbes (Il fait) un vent à décorner*, à écorner* les bœufs. Petite pluie abat grand vent. V. grand II C 3.À brebis tondue, Dieu mesure le vent. V. brebis B 3.Qui sème le vent récolte la tempête. V. récolter C 3.Autant en emporte le vent. V. emporter I B.
b) Région. (Centre). Vent bas. Vent du sud-ouest (d'apr. Martellière, Gloss. Vendômois, 1893, p. 325). V. haut1I A 4 a ex. de Genevoix.Vent haut. V. haut1I A 4 a.Vent solaire. V. solaire A 2 a β météor.
c) Vocab. techn.
α) Vent + adj.
Vent constant*. Vent dominant. Vent d'une direction déterminée soufflant le plus souvent dans une région donnée. On a planté de grandes bandes forestières perpendiculaires à la direction des vents dominants, pour lutter contre l'action de ces vents et maintenir les sols (Lesourd, Gérard, Hist. écon., t. 2, 1966, p. 543).Vent régnant*.
Vent alizé. Vent régulier soufflant aux basses latitudes, du nord-est au sud-ouest dans l'hémisphère nord, et du sud-est au nord-ouest dans l'hémisphère sud. Un soir, environ une demi-heure avant le coucher du soleil, le vent alizé du sud-est se ralentit (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p. 164).Le plus souvent au plur. Pour venir d'Europe, on touchait d'abord aux Canaries, puis grâce aux vents alizés, on mettait le cap sur les Antilles (Morand, New-York, 1930, p. 201).Vents étésiens*. Vents généraux. Vents de l'hémisphère sud soufflant depuis les premiers degrés de latitude jusqu'au tropique du Capricorne (d'apr. Bonn.-Paris 1859). J'avois dirigé la route de manière à me trouver sur le méridien de l'île des Pins, dès le trentième degré de latitude, limite ordinaire des vents généraux (Dentrecasteaux, Voy. rech. La Pérouse, 1808, p. 102).
Vent roux ou roux vent. V. roux I B 2 b.
Vent solaire. V. solaire A 2 a β météor.
β) Vent de + subst.
Vent d'afflux. Vent qui entraîne les eaux de surface vers la côte. Vent de reflux. Vent qui entraîne les eaux de surface vers le large. Le vent continuant à souffler, il tend à accumuler des eaux contre la côte (vent d'afflux) ou au contraire à faire baisser le niveau marin (vent de reflux) (Romanovsky, Mer, source én., 1950, p. 16).
Vent d'amont. V. amont I B.Vent d'aval. V. aval1A.Vent de mer. V. mer III B 2 b ex.Vent de terre. V. terre II A 1.
Vent de recul. V. recul A 1.Vent de sable. V. sable I A 1.
γ) Subst. + à, de, du vent, des vents
Manche à vent. V. manche2I B 4.Moulin à vent. Les ailes des moulins à vent demeuraient immobiles sur les collines qui bordent l'Oder (Bertrand, Gaspard, 1841, p. 220).Pied de/du vent. V. pied 1reSection III A 1 d.Par moment, le pied du vent semble s'éclaircir. L'horizon se dégage (Fromentin, Été Sahara, 1857, p. 88).Lit du vent. V. lit II B 2 b.Rose des vents. V. rose1II B 1 d et 2 a.
Aire de vent. V. aire E 2.Quart de vent. V. quart2A.Rhumb* de vent.
Saute de vent. V. saute A 2.
Perpendiculaire du vent. V. perpendiculaire A 1.
Force du vent. Puissance, intensité du vent en fonction de sa vitesse calculée en km/h ou m/s et de sa pression calculée en kg/m2, et graduée actuellement de 0 à 12 selon une échelle conventionnelle dite échelle de Beaufort. La force du vent est donnée par l'échelle de Beaufort modifiée (Merrien1958).Vent de force n. Vent dont la force correspond à telle graduation de l'échelle de Beaufort. Alors qu'un vent de force 8 à 9 souffle sur Saint-Malo, le navire doit affronter, au large de l'île de Wight, des creux de huit à dix mètres (Ouest France, 3 nov. 1989, p. 5).
δ) [Dans certaines graduations de l'échelle de Beaufort] Petit coup de vent, coup de vent, fort coup de vent (corresp. aux graduations actuelles 8, 9 et 10) (d'apr. Barber. 1969). Vent frais. V. frais1C 3.
ε) Vent + verbe de mouvement.Le vent saute. V. sauter I A 7 a.Le vent tourne. V. tourner II B 1 a et au fig.Le vent varie. V. varier B 1 a mar.
ζ) Prép. + vent
Au vent. Anton. sous le vent (infra)
Loc. adj. [En parlant d'un objet dans l'espace] Qui est placé du côté d'où souffle le vent; qui reçoit le vent le premier par rapport à un autre objet; qui est placé en amont d'une ligne idéale perpendiculaire au lit du vent et généralement matérialisée par un objet faisant référence. Nos deux chaloupes armées (...) partirent (...) pour une baie éloignée d'environ une lieue, et un peu au vent (Voy. La Pérouse, t. 3, 1797, p. 187).
Loc. adv. [Modifie un verbe d'état ou de mouvement] Dans l'espace situé en amont d'une ligne idéale perpendiculaire au lit du vent et généralement matérialisée par un objet faisant référence. Les deux frégates coururent ensemble sur l'ennemi, toutes voiles dehors (...). Elles prolongèrent la ligne anglaise sous le vent, pour lui ôter tout espoir de fuir. Le Thompson restait constamment au vent (Voy. La Pérouse, t. 3, 1797, p. xxxvii).
Passer au vent. V. passer11reSection I A 2 b β mar.Au vent à + pron. pers. (vieilli). Au moment où il passait à une cinquantaine de brasses au vent à nous (Dumont d'Urville, Voy. Pôle Sud, t. 1, 1841, p. 44).Au vent de + subst..Être au vent d'un navire; passer au vent d'une bouée. L'île nommée Tiarraboo ou O-Taïti-Ete, laquelle se trouve au vent de la baie de Matavai (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 19).
Sous le vent. Anton. au vent (supra)
Loc. adj. [En parlant d'un objet dans l'espace] Qui est placé du côté opposé à celui d'où souffle le vent; qui reçoit le vent en second par rapport à un autre objet; qui est placé en aval d'une ligne idéale perpendiculaire au lit du vent et généralement matérialisée par un objet faisant référence. Côté sous le vent. John Mangles et Wilson, qui se tenaient au bord sous le vent, furent frappés d'un bruit insolite (Verne, Enf. cap. Grant, t. 3, 1868, p. 39).
Loc. adv. [Modifie un verbe d'état ou de mouvement] Dans l'espace situé en aval d'une ligne idéale perpendiculaire au lit du vent et généralement matérialisée par un objet faisant référence. Le ballon, que le vent ne cessait d'entraîner vers le sud-ouest, avait, depuis l'aube, franchi une distance considérable (...) et une terre assez élevée venait, en effet, d'apparaître dans cette direction. Mais cette terre se trouvait encore à trente milles sous le vent (Verne, Île myst., 1874, p. 6).La Paroi Nord est là? Oui, sous le vent (Peyré, Matterhorn, 1939, p. 124).
Passer sous le vent. V. passer11reSection I A 2 b β mar.Sous le vent à + pron. pers. (vieilli).Le grain passé nous avons revu ses feux [de la Zélée] sous le vent à nous et à bonne distance (Dumont d'Urville, Voy. Pôle Sud, t. 1, 1841, p. 36).Sous le vent de + subst..Le bateau vint mouiller sous le vent de ces falaises raides, qui faisaient planer sur la mer une accalmie et une fraîcheur de cave (Gracq, Syrtes, 1951, p. 158).
Rare, en empl. subst. (et avec traits d'union). La partie de sous-le-vent lui offrait par-tout une côte hérissée de rochers et de dangers (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 86).
B. − Domaine de la nav. à voiles
1. [Ce phénomène naturel considéré de ce point de vue] Vent favorable, propice; joli vent; mauvais vent; contrariété de vent; résistance au vent; le vent souffle frais, grand frais, se règle; le vent enfle les voiles, favorise un navire, porte un navire vers la côte. Des instructions qui pourront éclairer la route de ses bâtimens [de la Pérouse] dans celui de ces détroits auquel les circonstances et le vent lui auront fait donner la préférence (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 152).
2. Loc. et expr. V. aussi supra A 2 c.
a) Vent + adj., adv. ou loc. adj., entrant parfois dans des expr.
Vent arrière. V. arrière1II C.Virer (de bord) vent arrière. Virer de bord avec le vent frappant le navire par la poupe pendant la manœuvre (d'apr. Bonn.-Paris 1859). À chaque fois que nous virions vent arrière, nous avions à craindre d'être couverts par les lames (Voy. La Pérouse, t. 2, 1797, p. 374).
Vent contraire. Synon. de vent debout*.L'équipage recommence à murmurer, disant que puisque les vents contraires ne duraient pas (...), il n'y aurait jamais de vent permettant de retourner en Espagne (Charcot, Chr. Colomb, 1928, p. 140).
Vent debout. Synon. de vent contraire (supra).V. debout I B 1 ex. de Loti.
Vent dedans, dessus
[Le suj. désigne une voile] Être vent dedans. Être frappé par le vent du bon côté pour faire avancer le bateau (d'apr. Soé-Dup. 1906). Être vent dessus. Être frappé par le vent de façon défavorable pour l'avancée du bateau (d'apr. Soé-Dup. 1906).
[Le suj. désigne un navire] Être pris vent dessus. ,,Avoir ses voiles coiffées`` (Gruss 1978).
Être vent dessus vent dedans. [Le suj. désigne un navire] Avoir certaines voiles qui reçoivent le vent sur leur face antérieure, d'autres sur leur face postérieure de telle sorte que le navire est immobilisé ou soumis au simple effet de dérive (d'apr. Soé-Dup. 1906, s.v. panne). [Sous la forme mettre vent dessus vent dedans] Disposer les voiles de cette façon, dans ce but. Synon. mettre en panne (v. panne3I A).Le navire avait mis en panne vent dessus vent dedans (Hugo, Travaill. mer, 1866, p. 175).Au fig., arg. [Le suj. désigne une pers.] Être dans une situation difficile, instable, en particulier en état d'ivresse (d'apr. Esn. 1966). Goulven était-il « vent dessus vent dedans » ou seulement lesté d'un verre de dur? (Cignerol, Notes Bordachien, 1888, p. 101).
Vent devant. [Le suj. désigne un navire] Être vent devant. Recevoir le vent sur ses voiles, en le prenant de devant (d'apr. Ac. 1835-1935). Virer (de bord) vent devant. Virer de bord avec le vent frappant le navire par la proue (d'apr. Bonn.-Paris 1859). Nous avons essayé trois fois de virer de bord, vent devant... et trois fois la grosse houle a fait abattre le navire, avant qu'il ait pu venir jusque dans le lit du vent (Dentrecasteaux, Voy. rech. La Pérouse, 1808, p. 104).
Vent largue*.
(Avoir le) vent en poupe*.
Avoir (le) vent sous vergue*; être vent sous vergue*.
Vent fait. ,,Vent qui ne varie plus, et qui paraît devoir durer`` (Ac. 1798-1935). Vent forcé. ,,Vent violent et plus fort qu'il ne faut`` (Ac. 1798-1935). Un vent forcé de la partie du Sud l'avait fait courir pendant trois jours dans le Nord (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 76).Vent portant. V. portant II A 2.
b) Adj. + vent.Bon vent
Vent favorable à la navigation. On descendait de Roanne à Orléans en 3 jours par bon vent (Lesourd, Gérard, Hist. écon., 1968, p. 185).
[Suivi d'un point d'exclam.; formule de souhait adressée à un navire à voiles, à des marins qui partent; p. ext., formule d'adieu] Adieu, Ménélas, bon vent! bon voyage, navigateur! (Claudel, Protée, 1914, p. ii, 5, p. 352).
P. iron., fam. [Formule d'adieu équivalant à bon débarras] Quant aux deux sœurs Jaubert il les complimente sur leur belle écriture, c'était prévu. Enfin, il sort. Bon vent! (Colette, Cl. école, 1900, p. 37).
P. ext., pop. Du vent !, Va-t-en, allez-vous-en. Landhouille (au soldat):(...) il faut que je vous donne des étrennes?... Voici vingt sous (...). (Lui ouvrant la porte du fond). Et maintenant, du vent, s'il vous plaît! (Courteline, Vie mén., Droit aux étrennes, 1896, ii, p. 87).
Loc., fam. Quel bon vent vous amène? V. amener I A 2.MmeWalter parut, la main tendue avec un empressement heureux. − Quel bon vent vous amène? (Maupass., Bel-Ami, 1885, p. 267).
c) Subst. + du vent.Bord du vent. V. bord I A 2.Côté du vent. Côté d'où souffle le vent; en partic., synon. de bord du vent. Le grand mât (...) se rompit avec un bruit éclatant, brisa le gréement qui se tenait du côté du vent (Sue, Atar-Gull, 1831, p. 4).
d) Vent + verbe.Le vent adonne. V. adonner II mar.Le vent refuse. V. refuser III A mar.
e) [Dans des expr. rel. à des manœuvres de nav., à la situation d'un navire par rapport au vent]
Verbe + vent ou + subst. + de, du vent
Chicaner le vent. V. chicaner II C mar.Pincer le vent. V. pincer I C 1 d.Rallier le vent. V. rallier I C mar.Serrer le vent. V. serrer II E 1 a mar.Tâter le vent. V. tâter I A 6 c mar.Tenir le vent. V. tenir 1reSection IV A 1 mar.
Dépasser le lit du vent. ,,Abattre sur l'autre amure`` (Merrien 1958).
Étaler un coup de vent. V. étaler2A.
Verbe + prép. + vent ou + subst. + du vent
Gagner au vent. Remonter dans le lit du vent par des virements de bord (d'apr. Le Clère 1960). Remonter, s'élever au vent, dans le vent. Même sens. La pauvre petite barque de pêche (...) prise par la formidable rafale qui soufflait du nord-ouest, n'avait pu remonter dans le vent pour prendre le grand chenal (Mille, Barnavaux, 1908, p. 87).V. élever1I A 1 a mar. ex. de Cendrars.Rallier au vent. V. rallier I C mar.Venir au vent. Gouverner plus près du vent que précédemment. Le brick venant au vent, la grande voile fasilla (Sue, Atar-Gull, 1831, p. 3).
Aller tout d'un vent, d'un même vent. ,,Faire un trajet direct pour lequel un seul et même vent est nécessaire`` (Littré). (Aller, marcher, naviguer) le, au plus près du vent. Synon. de au plus près (v. près B 1 c α).Si les deux bateaux sont sous les mêmes amures, priorité est à celui qui (...) marche le plus près du vent (Jeux et sports, 1967, p. 1556).
Flotter au gré du vent, à la merci du vent. N'être pas gouverné. (Dict. xixeet xxes.).
[Avec la prép. selon]
Aller selon le vent. ,,Régler sa navigation sur le vent`` (Ac. 1798-1935). [Dans un cont. anal.] Toute l'astronomie est sortie de là. Le navigateur s'oriente d'après ces remarques (...); les nuages ne se trompent jamais en leur course, ils vont selon le vent (Alain, Propos, 1921, p. 307).Au fig. S'accommoder au temps, aux circonstances. (Dict. xixeet xxes.).
Selon le vent, selon la voile (vieilli). En déployant plus ou moins de voiles selon la force du vent. (Dict. xixes.). Au fig. En proportionnant ses entreprises aux moyens dont on dispose, aux circonstances (Dict. xixes.).
Au fig. Selon le vent. Selon les circonstances, l'humeur. Carra, fanatique ou endormeur selon le vent (Marat, Pamphlets, Aux amis de la Patrie, 1792, p. 311).
[En corrél. avec le mot marée]
Avoir vent et marée. Être poussé par le vent et la marée montante (d'apr. Littré). Aller contre vent et marée. Avoir le vent et la marée contraires à sa route (d'apr. Littré).
Loc. fig. Contre vents et marées. V. marée A 2.Malgré vents et marées. V. marée A 2.À travers (les) vents et (les) marées (rare). V. marée A 2.Avoir vent et marée (vieilli). V. marée A 2.
f) [Dans des expr. rel. à la position d'un navire par rapport à un autre]
Avoir le vent, l'avantage du vent sur un navire; avoir le dessus du vent. Être au vent de ce navire. Les traités de tactique navale des XVIIeet XVIIIesiècles enseignent des manœuvres savantes que schématisent des dessins (...) [:] disputer le vent à l'ennemi, le forcer au combat en ayant le vent sur lui (Jeux et sports, 1967, p. 788).
Au fig., fam. Avoir le dessus du vent. ,,Avoir l'avantage sur quelqu'un`` (Ac. 1798-1935).
Gagner le vent à un navire, sur un navire; gagner le dessus du vent à un navire. Se mettre au vent par rapport à ce navire. (Ds Ac. 1798-1935 et Littré).
Disputer le vent à l'ennemi. Essayer de gagner le vent sur un navire ennemi. Supra ex. de Jeux et sports.
3. Expr. fig., fam.
Être au-dessus du vent (vieilli). ,,Être en état de ne rien craindre`` (Ac. 1798-1878).
[En corrél. avec le mot voiles]
Il y a du vent dans les voiles; avoir le/du vent dans les voiles. [Indique qu'une pers. est en état d'ivresse, en est stimulée ou titube de ce fait] Deux camionneurs français qui en convoyaient [du beaujolais nouveau] en Grande-Bretagne ont été arrêtés et condamnés pour conduite en état d'ivresse (...). L'un (...) roupillait au volant de son semi-remorque. Et l'autre avait du vent dans les voiles (Le Monde, 17 nov. 1984, p. 26).P. ext. [Indique qu'une pers. est en état d'excitation, stimulée, enthousiaste] [Le vieux marin:] comment te les faut-il [des fiancées], Si devant ces yeux-là... Tu n'as pas l'âme en fête et du vent dans les voiles? (Richepin, Flibustier, 1888, p. 48).
Avoir le vent dans les voiles, dans ses voiles. [Indique que les affaires d'une pers. vont bien, qu'une pers. est en train de réussir] Vaugeois exultait, son œil étincelait: « Pampille, Léon, nous avons le vent dans les voiles! » (L. Daudet, Vers le roi, 1920, p. 260).
C. − Domaine de la chasse
1. [Ce phénomène naturel comme porteur des odeurs vers les chasseurs ou vers les animaux chassés] Cependant le cerf vole, et les chiens sur sa voie Suivent ces corps légers que le vent leur envoie (Delille, Homme des champs, 1800, p. 45).
a) Loc. adv.
Au vent, dans le vent, à bon vent. Selon un mouvement, dans une position permettant que l'odeur de l'un ne soit pas perçue par l'autre (chasseur ou animal chassé suivant la situation); contre le vent, face au vent. Chasser au vent; aller dans le vent. Le chasseur va suivre à bon vent les rives de la petite rivière ou les berges de l'étang (Vidron, Chasse, 1945, p. 73).
Sous le vent. Selon un mouvement, dans une position permettant à l'un de percevoir l'odeur de l'autre. On a soin de prendre les bisons sous le vent, parce qu'ils flairent l'homme à une grande distance (Chateaubr., Voy. Amér. et Ital., t. 1, 1827, p. 230).Sous le vent de + subst.[Les chasseurs] avaient eu soin de se placer sous le vent des gallinacés (Verne, Île myst., 1874, p. 51).
b) Loc. et expr.
α) Le vent emporte la voie. V. emporter I B.
β) Prendre le vent. ,,Marcher sous le vent`` (Baudr. Chasses 1834). La tendance du gibier à « prendre le vent » pour sa fuite (Vidron, Chasse, 1945, p. 38).[Le suj. désigne le chien de chasse ou l'animal chassé] ,,Flairer en tous sens`` (Vén. 1974). Synon. éventer.Quand il [le loup] veut sortir d'une forêt, il ne manque pas de prendre le vent (Coupin, Animaux de nos pays, 1909, p. 27).
γ) [Le suj. désigne un chien] Aller au vent. Aller le nez haut pour percevoir l'odeur des voies ou des animaux proches portée par le vent (d'apr. Baudr. Chasses 1834). Tirer au vent. Percevoir l'odeur d'un animal dont il a pris les devants. (Dict. xixeet xxes.).
δ) [Au vent, en corrél. avec porter et/ou nez]
[Le suj. désigne un chien] Porter au vent. V. porter 1reSection I A 2 a β.
Loc. [À propos de l'attitude d'un chien] Le nez au vent. Tête dressée, haute tandis qu'il quête ou flaire les émanations du gibier. Le nez au vent, le fouet battant, Miraut éventait une proie (Pergaud, De Goupil, 1910, p. 26).
Loc., expr. anal. et fig.
[À propos d'un cheval] Porter au vent, porter le nez au vent. Synon. éventer.V. porter 1reSection I A 2 a β et nez I C 1 a.ART VÉTÉR. Tic* au vent; tiquer* au vent.
Loc. adj. [En parlant du nez d'une pers.] Au vent. Relevé. Sur un torse d'homme élancé (...), la même tête d'enfant (...). Joues roses, cheveux blonds bouclés, le nez au vent, aussi retroussé que celui de Roxelane qui gouvernait un empire (Vigny, Mém. inéd., 1863, p. 172).
[Le suj. désigne une pers.] Porter au vent, porter le nez au vent (fam.). Tenir la tête haute, avoir l'air fier, méprisant (d'apr. Ac. 1798-1878).
[À propos de l'attitude d'une pers.] Le nez au vent. L'air fier, dédaigneux. Ce pauvre Périé n'a plus le nez au vent comme par le passé, mais il ne laisse pas d'avoir l'air d'être assez satisfait de lui-même (Delécluze, Journal, 1824, p. 60).Le nez au vent. Cherchant quelque chose, flairant les événements. Barque nous entraîne (...). Il nous guide, le nez au vent (Barbusse, Feu, 1916, p. 76).V. aguet ex. 15.Le nez au vent. L'air étourdi, léger; sans faire attention; sans but précis, en flânant. Ce m'était déjà un sensible plaisir que d'aller le nez au vent par ces rues de Paris dont j'aime avec piété tous les pavés et toutes les pierres (A. France, Bonnard, 1881, p. 326).V. ahuri ex. 9.
2.
a) Odeur dégagée par un animal; odeur qu'un animal laisse sur son passage. Synon. sentiment, fumet.Le renard a « grand vent » (...) tandis que le lièvre a « très petit vent » (Duchartre1973).
P. ext. Odeur dégagée par un corps quelconque. Le sanglier a eu le vent du gland (Ac. 1798-1935).
b) Expressions
[Le suj. désigne un chien] Avoir (le) vent de (un animal, un gibier). En avoir perçu le fumet (d'apr. Burn. 1970).
Au fig. Avoir vent de qqc., que + prop.Savoir, soupçonner quelque chose par quelques indices, quelques renseignements. Grâce à l'indiscrétion d'un de ces amis officieux (...), Rodolphe eut vent de l'affaire et s'en fit un prétexte pour rompre avec sa maîtresse par intérim (Murger, Scènes vie boh., 1851, p. 273).V. défavorable ex. 2.
[Le suj. désigne un chien] N'avoir (plus) ni vent ni voie (de). Avoir perdu les émanations et les traces d'un animal, du gibier. (Dict. xxes.).
Au fig. N'avoir ni vent ni voie, n'avoir ni vent ni nouvelle(s) (de qqn., ou de qqc.). V. nouvelle1B 1.Du corps on n'eut jamais ni vent ni voie (Pourrat, Gaspard, 1925, p. 38).
II. − P. anal.
A. − de nature
1. Air en général. Lorsqu'elle l'eut mené au fond de la taille, elle lui fit remarquer une crevasse, dans la houille (...).Mets ta main, tu sens le vent... C'est du grisou (Zola, Germinal, 1885, p. 1174).[Dans un automate, joueur de flûte] les lames saillantes de ce cylindre viennent se placer automatiquement selon que les notes ont besoin d'un vent faible ou fort (D'Allemagne, Hist. jouets, 1902, p. 225).
2. Air agité, produit par quelque chose. Faire du vent avec un éventail; le vent de la course de qqn. Les tuyères répartissent le vent produit par un ventilateur (Barnerias, Aciéries, 1934, p. 36).[Sous la forme coup de vent] Quand une robe passait, avec de légers claquements de la cadence, elle rafraîchissait d'un coup de vent la chaleur brasillante tombant des lustres (Zola, Nana, 1880, p. 1424).
3. Loc. et expr.
a) [Désignant des objets] Boîte à vent. V. boîte I B 1 b métall.Fusil à vent. V. fusil B 2 a.Manche à vent. V. manche2I B 2.Soufflet à deux vents, à double vent. V. soufflet A 1 a.
MUS. Instrument à vent. Instrument dont le son résulte de la mise en vibration de la colonne d'air qu'il contient et appartenant à la famille des cuivres (cor, trompette, trombone, etc.), des bois (flûte, hautbois, clarinette, etc.) et éventuellement à celle des instruments à clavier (orgue, accordéon, etc.). On chanta un motet à l'élévation, et on finit par un quatuor d'instruments à vent (Brillat-Sav., Physiol. goût, 1825, p. 372).Des variations bien sifflotées sur quelque instrument à vent (Berlioz, À travers chants, 1862, p. 306).
P. ell., au plur. Les vents. Les cuivres et les bois; ensemble de cuivres et, ou de bois. Ensemble à vents. Il nous importe peu, à l'orchestre, que les violoncelles soient à droite et les vents au milieu (Schaeffer, Rech. mus. concr., 1952, p. 188).
b) [Désignant des opérations techn.]
MÉGISS. Mise au vent. V. mise I B 3.La mise au vent transforme la surface naturellement convexe et non développable du cuir en une surface plane (Bérard, Gobilliard, Cuirs et peaux, 1947, p. 98).
ŒNOL., vieilli. Donner vent à un tonneau. Y ménager une petite ouverture pour faire sortir l'air pendant que le vin travaille. (Dict. xixes.). Donner vent au vin, donner (du) vent à un tonneau. Ménager une petite ouverture dans un tonneau afin que l'air puisse entrer et le vin couler. (Dict. xixeet xxes.).
Loc. fig. Donner vent à. Laisser libre cours à. Donner vent à sa colère, à son indignation (Littré). Je me serais souvent mieux trouvé de donner vent à ma protestation qui, ainsi réprimée, m'empoisonne (Gide, Journal, 1927, p. 861).
c) Vent souterrain (vx). Fort déplacement d'air, prenant naissance dans les concavités de la terre. (Ds Ac. 1798-1878 et Littré).
d) Vent du boulet. Volume d'air comprimé précédant et accompagnant le déplacement rapide puis l'explosion d'un projectile et dont le choc, lors de l'explosion, peut entraîner des lésions viscérales profondes sans qu'il y ait de lésions superficielles (d'apr. Garnier-Del. 1972 et Méd. Biol. t. 3 1972):
Après un engagement assez vif avec un vaisseau ennemi, pendant lequel le bruit du canon s'était fait entendre de très-près, on chercha Kokoly (c'était le nom du perroquet marin); il avait disparu; on le crut mort au champ d'honneur, du vent, sinon du coup de quelque boulet... Jouy, Hermite, t. 3, 1813, p. 106.
Expr. fig. Sentir, avoir senti (passer) le vent du boulet. Sentir, avoir senti un danger, une menace; avoir échappé de peu à de graves ennuis. Mais, comme elle avait senti le danger et passer le vent du boulet, elle s'avoua froidement que les choses ne pouvaient durer plus longtemps (Vialar, Tournez, 1956, p. 177).Le Premier ministre voit sa marge de manœuvre se réduire. Et commence à sentir le vent du boulet (L'Est Républicain, 24 oct. 1989, p. 1, col. 1).Avoir senti (passer, souffler) le vent de qqc.; en avoir senti le vent. Avoir senti un danger, une menace; l'avoir échappé belle. Mais tous deux [des contribuables] avaient senti passer le vent de la contrainte (Aymé, Passe-mur., 1943, p. 121).
4. Vieilli
a) Souffle, haleine, respiration. Retenir son vent. Dernièrement, pour n'être pas surpris par un mari, forcé de me cacher dans un coffre où j'étouffais! (...). Quand on m'en a retiré, j'étais pourpre, je n'avais plus de vent! (Kock, Cocu, 1831, p. 86).[Sans art.] Je l'assieds [MmeVernet] sur une borne, essoufflée; j'attends qu'elle ait repris vent (Renard, Écorn., 1892, p. 206).
Région. (Canada). Prendre vent. Attendre, prendre le temps de souffler. D'un geste brusque, Angélina fut debout, prête au départ.Prends vent, je t'en prie, supplia Alphonsine pour qui la compagnie des femmes du voisinage était un régal (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 40).
b) [Chez l'homme ou l'animal] Air, gaz contenu dans certains organes de façon excessive ou produit dans des parties ne devant pas en contenir; plus partic., gaz intestinal. Synon. flatuosité, pet (fam.).Lâcher un vent. Sa digestion est laborieuse et accompagnée d'éruption de vents par haut et par bas (Geoffroy, Méd. prat., 1800, p. 300).Leur papa (...) faisait de petits vents en marchant, conséquence d'un bon déjeuner (L. Daudet, Qd vivait mon père, 1940, p. 12).
5. Vx, ARTILL. Vide existant entre un projectile et les parois de l'âme de la pièce qui va le lancer en raison de la différence nécessaire de diamètre entre l'un et l'autre, ce vide ayant plusieurs inconvénients, en particulier celui de diminuer la justesse du tir; phénomène correspondant. [Le chargement par la culasse] entraîne la suppression du vent et la justesse du tir (Alvin, Artill., Matér., 1908, p. 55).P. méton. Espace correspondant. [La charge intérieure d'un type d'obus] est allumée (...) soit directement, à l'aide d'une mèche, soit par l'action des flammes qui s'échappent par le vent (Paloque, Artill., 1909, p. 21).
B. − de mouvement
1. ASTRON. Vent solaire. V. solaire A 2 a α astron.
2. PHYS. Vent d'éther. Effet hypothétique de mouvements de l'éther dont diverses expériences ont conclu à l'inexistence. La mise en évidence hypothétique d'un vent d'éther dans la vitesse de la lumière (Decaux, Mesure temps, 1959, p. 64).
III. − [Dans qq. loc. où le subst. désigne le phénomène naturel ou l'air]
A. − Au vent. Sous l'action du vent, de l'air créé par un déplacement; à l'air libre, qu'il y ait du vent ou non. Crinière, cheveux, dents, moustaches au vent; basques au vent; jeter des cendres, des graines au vent; flotter, voler au vent. Petits marchands semblables à des balances, avec leurs deux plateaux au vent et leurs fléaux affolés (Malraux, Cond. hum., 1933, p. 241).
En partic. [En parlant du corps, d'une partie du corps] Derrière, épaules, poitrine au vent. Je m'en fous; je veux sentir le soleil. Seins au vent, les cheveux abandonnés au sable, elle regardait le ciel, avec reproche (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 91).
Herbe au, du vent. V. herbe A 2 c.
ART CULIN. Vol-au-vent*.
Expr. fig. Jeter la plume au vent. V. plume1I C 2 a.Mettre flamberge* au vent.
B. − En plein vent. V. plein I E 2 d.Arbre de/en plein vent. V. plein I B 2 b.P. ell. plein-vent, subst. masc. V. plein-.
C. − Vent coulis. V. coulis2I.
IV. − Au fig.
A. −
1. Force qui emporte, pousse; tendance, impulsion; tendance actuelle favorable. Mon pauvre oncle me l'avait dit: « Sois bonnetier, Paturot; le vent souffle du côté des bonnetiers et des marchands de chandelles (...) » (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 183).Comme poussé par un vent de folie, je me précipitais à la rue (Milosz, Amour. init., 1910, p. 137).
SYNT. Vent de colère, de haine, de malheur, de mort, de panique, de peur; vent de désastre, d'émeute, de révolution; le vent de l'adversité, de la faveur, de la fortune, du succès; le vent de l'avenir, du destin; le vent de l'esprit, de l'opinion; le vent des passions.
2. Loc. et expr.
a) Fam., vieilli. Le vent du bureau. La disposition, l'humeur de quelqu'un à qui l'on a affaire, de qui dépend une décision, l'issue d'une affaire. Il a le vent du bureau pour lui, contre lui (Ac. 1798-1878).
b) Le vent est à (qqc. ou qqn). La tendance actuelle est à, porte vers (quelque chose ou quelqu'un). J'ai bien vu que ça te contrariait; mais le vent était aux des Grassins (Balzac, E. Grandet, 1834, p. 145).Le vent était à la rigueur (Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 340).
c) Loc. adj. ou adv. Dans le vent (fam.) À la mode. Quatre garçons dans le vent (...). Richard Lester (...) a lancé ces quatre garçons [les Beatles] dans un scénario sans queue ni tête mais plein de gags excellents (L'Express, 21-27 sept. 1964, p. 54).Deux initiatives récentes (...) prouvent combien les musées de peinture savent parfois se « mettre dans le vent », voire innover totalement (L'Auto-Journal, 15 août 1968, p. 25).
B. −
1. Chose vaine, inutile, futile, inexistante. Être gonflé de vent; être plein de vent. Le pauvre aveugle alors, se retournant soudain, Sans craindre pot au noir, jette au hasard la patte; Mais la troupe échappe à la hâte, Il ne prend que du vent, il se tourmente en vain (Florian, Fables, 1792, p. 62).[Les jeunes gens] savent ce qui se cache de vent derrière les rythmes savants et les sonores rengaines lyriques (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1199).
2. Loc. et expr.
a) C'est du vent, ce n'est que du vent. Cela n'a pas d'existence réelle, c'est sans valeur, sans contenu, sans consistance. Les paroles, c'est du vent, ça ne compte pas (Bourget, Tapin, Fille-mère, 1927, p. 210).Je sais maintenant très exactement ce qui pour moi est réel et ce qui n'est que du vent (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 158).
b) Du vent. Rien. Mais, sous la simagrée à variations intellectuelles, rien du tout, du vent (Arnoux, Crimes innoc., 1952, p. 232).
c) Pour du vent. Pour rien, pour un résultat nul. M. Tran Kin Tong vient d'acheter un fonds de commerce que la justice lui interdit d'exploiter. L'imbroglio se solde pour l'instant par une perte sèche de 300.000 F! (...) 300.000 F pour du vent! (L'Est Républicain, 29 sept. 1989, p. 610, col. 3 à 6).
d) Faire du vent (fam.). S'agiter, se dépenser sans efficacité, pour rien; chercher à impressionner. Vous essayez [vous, Arabes,] de nous monter le coup, vous faites du vent avec votre « désert »... vie noble (...) poyésie (D'Esparbès, Folie l'épée, 1927, p. 188).Les paresseux qui font du vent, les bûcheurs qui font semblant de réussir sans travailler (Jeux et sports, 1967, p. 816).
e) [Le suj. désigne un charlatan] Vendre du vent et de la fumée. Ne savoir faire que des discours, prescrire des remèdes sans efficacité (d'apr. Hautel 1808). [P. allus. à cette expr. et à supra IV B 2 a] Les promesses de Dieu ne passent point et les paroles de l'homme ne sont que du vent et de la fumée (Claudel, Processionnal, 1910, p. 295).
REM. 1.
-vent, élém. de compos. entrant dans la constr. de subst.V. abat-vent, abri(-)vent, coupe-vent, porte-vent, vau-vent (à) et aussi:
Radar-vent, subst. masc.Radar permettant de connaître la direction, la vitesse des vents jusque dans des couches élevées de l'atmosphère. Des mesures au radar-vent sont assurées quotidiennement à Ajaccio, Bordeaux, Brest, Lyon, Nancy (...) et sur les navires météorologiques stationnaires (Météor. fr., 1963, p. 22).
2.
Ventelet, subst. masc.Petit vent. Au bout du quai, un double courant d'air, ascendant et descendant (...), ventelet qui avait tendance de faire voltiger les jupes (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 388).
3.
Ventis, subst. masc. plur.,sylvic. ,,Arbres abattus par le vent`` (Forest. 1946). Faux ventis. Arbres abattus par le vent après qu'on les ait déchaussés pour favoriser leur chute. (Ds Forest. 1946).
4.
Ventolier, adj. masc.,chasse. [En parlant d'un oiseau] Qui se plaît au vent, à voler dans le vent; qui résiste au vent. Oiseau bon ventolier. [Les canards des mares] battent de leurs ailes atrophiées lorsque cingle, en plein ciel la migration de leurs frères ventoliers, mangeurs d'espace (Arnoux, Juif Errant, 1931, p. 47).Empl. subst. Un bon ventolier est celui qui résiste au vent le plus violent (Baudr.Chasses1834).
5.
Ventoyer, verbe intrans.,rare. Onduler, tournoyer sous l'effet du vent. Le vent soulevait des écharpes de sable qui ventoyaient capricieusement... montaient en colonnes tordues (Arnoux, Abisag, 1919, p. 7).P. anal. Suivre une trace sinueuse. De hauts murs, où ventoyait le lierre (Arnoux, Écoute, 1923, p. 217).
Prononc. et Orth.: [vɑ ̃]. Homon. van, vend(s). Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. a) Ca 1050 « force du déplacement de l'air dans la navigation sur mer » (Alexis, éd. Chr. Storey, 192); 1155 aval vent « sous le vent » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 11236); b) 1174-76 Deus li dona boen vent (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 4717); ca 1225 avoir bon vent (Histoire de Guillaume le maréchal, éd. P. Meyer, 1530); 1538 bon vent « faveur du peuple » (Est., s.v. aura); c) 1376 vent d'aval, vent d'amont (Modus et Ratio, éd. G. Tilander, 135, 9, 135, 13, t. 1, p. 301); id. souz le vent (ibid., 85, 22, t. 1, p. 164); dernier quart xives. venir au vent (Froissart, Chroniques, éd. S. Luce, t. II, p. 35); d) ca 1445 fig. avoir le vent en main de « être à même de choisir de » (Pierre de Hauteville, Confession et Testament de l'amant trespassé de deuil, éd. Bidler, 1543); ca 1460 avoir le vent contraire « connaître l'infortune » (L'Abuzé en court, éd. Dubuis, 68, 9); 1486 estre au-dessus du vent « être en bonne situation » (J. Michel, Passion, éd. O. Jodogne, 10647); 1492 avoir le vent en poupe « la fortune favorable » (Martial d'Auvergne ds La Curne); e) 1529 vent en poupe (Journal du voy. de J. Parmentier ds Jal); 1636 vent en proue (Monet); 1660 vent de terre (Oudin Fr.-Esp.); 1718 vent debout (Ac.); 1812 être vent dessus, vent dedans (Mozin-Biber); f) 1828 id. « être en état d'ivresse » (ds Esn.); 1883 avoir du vent dans les voiles « id. » (Delvau Suppl.); 2. a) 1176-81 ne savoir ne vent ne voie « odeur que le gibier laisse sur son passage » (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 3423); 1176-81 fig. ne savoir ne vant ne voie (de qqn) « n'en avoir aucune trace » (Id., Chevalier Charrete, 6383); 1316 n'oïr vent ne nouvelle (de qqn) « ne pas avoir de nouvelles de quelqu'un » (Jehan Maillart, Comte d'Anjou, éd. M. Roques, 6387); ca 1382 oïr le vent (de qqc.) « en entendre parler » (Cuvelier, Chronique de Bertrand Du Gesclin, éd. E. Charrière, 15410); 1461 sentir le vent de, avoir vent de (qqc.). « avoir des nouvelles de quelque chose » (G. Chastellain, Chroniques, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 3, p. 170, ligne 14, et t. 4, p. 187, ligne 5); b) 1858 vent du boulet (Littré-Robin); 1885 sentir le vent (de la balle) (Maupass., Bel-Ami, p. 161); 1956 il a senti le vent du boulet (Vialar, Tournez, p. 17); 3. a) déb. xiiies. faire le vent (à qqn) « l'éventer » (Prise d'Orange, éd. C. Régnier, AB 665); xiiies. li abat la ventaille pour le vent recueillir (Merlin, éd. G. Paris et J. Ulrich, I, 183); 1306 avoir le vent « se rafraîchir » (Joinville, St Louis, éd. N. L. Corbett, 243, p. 133); 1530 se donner vent « s'éventer » (Gay, s.v. éventail); b) ca 1215 herbergier au vent « loger à la belle étoile » (Aymeri de Narbonne, éd. L. Demaison, 2040, t. 2, p. 87); 1690 (arbres) à plein vent (Fur.); 1834 théâtre en plein vent (Béranger, Turlupin ds Littré); c) 1306 quatre mestres venz (Joinville, op. cit., 39, p. 90); ca 1480 les quatre ventz du ciel « les quatre points cardinaux » (Guillaume Alexis, Le passe-temps, 5054, éd. Piaget-Picot, II, 282); 1668 Les Vents « divinités subalternes de la mythologie, obéissant à Eole » (La Fontaine, Fables, L. IV, 2, Le Berger et la mer ds Œuvres, éd. J. Marnier, L'Intégrale, 1965, p. 96); 1685 être aux quatre vents (Fur.); 1690 être logé aux quatre vents (ibid., s.v. loger); 1721 ouvert aux quatre vents (Montesquieu, Lettres persanes, 45 ds Œuvres, éd. D. Oster, L'Intégrale, 1964, p. 84); d) ca 1340 cueillir vent « reprendre haleine » (Roman de Perceforest, éd. Taylor, 9650); déb. xves. getter alaine et vent « respirer » (Coudrette, Roman de Melusine, éd. Roach, 4112); e) ca 1393 traire une queue de vin sans luy donner vent (Ménagier, II, 69 ds T.-L.); ca 1459 donner vent à une bouteille trop plainne « la vider un peu » (A. Greban, Myst. de la passion, éd. O. Jodogne, 14316); 1549 bailler vent au vin (Est.); 1690 bailler vent à un tonneau (Fur.); 1701 donner vent à un tonneau (ibid.); f) 1510 Le vent coulys (P. Gringore, La Coqueluche, éd. A. de Montaiglon et Ch. d'Héricault, t. 1, p. 193); 1680 vent-coulis (Rich.); 4. a) ca 1178 quel vent vous maine? « quel vent vous amène? » (Renart, éd. Martin, XV, 516); 1448 Quel vent te mayne? « qu'est-ce qui te fait agir ainsi? » (G. Chastellain, Temps perdu, éd. Deschaux, 18); 1579 Quel vent vous pousse en ce quartier? (Larivey, Le Morfondu, éd. Viollet-le-Duc, I, 2); 1593 luy demande quel bon vent le menoit (R. de Lucinge, Dialogue du Français et du Savoysien, 107 ds Quem. DDL t. 38); 1613 Quel bon vent vous amène? (S. Bernard, Tableau des actions du jeune gentilhomme, II, 24, ibid., t. 19); b) ca 1280 poi de plueve abat grand vent « se dit pour illustrer l'alternance rapide dans la vie humaine de la tristesse et de la joie » (Rigomer, éd. Foerster et Breuer, 2524); 1694 petite pluye abbat grand vent (Ac. : Une petite pluye fait cesser un grand vent. Et fig. et prov. Un peu de douceur appaise souvent un grand emportement). B. 1. a) Ca 1200 c'est uns venz « vanité, inanité » (Poème moral, éd. W. Cloetta, 16); ca 1225 li vens de mondaine folie (Renclus de Molliens, Carité, éd. van Hamel, CXXX, 8); b) xiiies. autant en porte le vent « c'est sans importance, sans conséquence » (Blancandin, éd. H. Michelant, 748); ca 1270 autant en emporte le vent (Art d'Amours, éd. Roy, 4780 [ms. du xves.]); c) ca 1370 ne pas vivre de vent « ne pas vivre de l'air du temps » (Jean le Fèvre, Lamentations Matheolus Leesce, éd. van Hamel, IV, 526); 1680 du vent (Rich.); 1685 vendre du vent et de la fumée « faire des promesses vaines » (Fur.); 1888 faire du vent « se donner de l'importance » (Villatte Parisismen); d) 1467-1506 en vent de chemise « les plaisirs amoureux » (Molinet, Faictz et dictz, éd. N. Dupire, t. 2, p. 617, 25); e) ca 1316 le vent est mué « la situation a changé » (Geffroy de Paris, Chronique métrique, éd. A. Diverrès, 328); 2emoit. xves. tourner à tout vent (Archives du Nord, B 1723, fo27 ds IGLF); 1685 tourner à tous les vents (Fur.); f) 1640 sçavoir de quel costé vient le vent (Oudin Curiositez, p. 564); 1685 regarder de quel côté vient le vent « ne savoir où donner de la tête » (Fur.); 1718 id. « observer le cours des événements pour y conformer sa conduite » (Ac.); 1798 le vent tourne (ibid.); 2. a) déb. xiies. « le vent en tant que symbole de la rapidité, de la vitesse » (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 906: Vers eals veint uns marins serpenz chi enchaced plus tost que venz); 1216 (courir) comme vent (Guillaume le Clerc, Fergus, 169 ds T.-L.); 1552 plus vite que le vent (Est.); 1594 fendre l'air et le vent (Satyre Menippee, éd. E. Tricotel, p. 28); b) av. 1529 coup de vent (J. Parmentier, Œuvres poétiques, 106 ds Quem. DDL t. 21); 1856 partir comme un coup de vent (Labiche, loc. cit.); 1872 coiffé en coup de vent (Littré); 1872 partir en coup de vent (Journ. amusant, 10 août ds Littré Suppl. 1877); 1893 entrer en coup de vent (Zola, DrPascal, p. 353); c) 1832 ce vent qui décornerait les bœufs (A. Jal, Scènes de la vie maritime, II, p. 90 ds Quem. DDL t. 19); 1885 un vent à décorner les bœufs (Le Triboulet, 15 mars, p. 110, ibid., t. 17); 3. 1896 Du vent! « Dehors! allez-vous en! » (Courteline, loc. cit.); 1909 Bon vent! « bon débarras! » (Musette, Cagayous lutte, p. 10); 1964 station (de radio) dans le vent (Le Monde, 25 juin ds Gilb. 1980); 1964 (en parlant de qqn) (être) dans le vent « (être) à la mode, dans le coup » (L'Express, loc. cit.). C. 1. a) 1680 arquebuse à vent (Rich.); 1701 « différence de diamètre entre le projectile et l'âme de l'arme qui le lance » (Fur.); 1743 fusil à vent (ds Encyclop., 1751, s.v. arquebuse); b) 1685 instrument à vent (Fur.); 2. 1680 « gaz intestinal » (Rich.). Du lat. ventus « vent », « flatuosités », « tendances, influences, courant d'opinion », « la bonne ou mauvaise fortune »; pour une hist. détaillée du mot vent, cf. G. Roques, Le Vent dans les locutions et expressions médiévales françaises ds Trav. Ling. Litt. Strasbourg t. 25 no1, p. 181 à 206. Fréq. abs. littér.: 15 433. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 22 066, b) 26 268; xxes.: a) 22 511, b) 19 191.
DÉR.
Ventelle, vantelle, subst. fém.,trav. publ. Synon. de vannelle (dér. s.v. vanne1, sens a).Si, le sas étant vide, on veut faire monter une embarcation du bief inférieur dans le bief supérieur, on l'introduit dans l'écluse, on ferme les vantaux d'aval puis on ouvre les ventelles et aqueducs d'amont (Bourde, Trav. publ., 1929, p. 351). [vɑ ̃tεl]. 1resattest. av. 1237 ventaile « vanne, écluse » (Cart. de S. Mart. de Tourn., fo43 ro, Arch. du roy. de Belg. ds Gdf.), 1273 ventele id. (Lett. du Châtelain de Lille, ap. Tailliar, Rec., p. 322, ibid.); de vent, suff. -elle*, cf. vantail, ventail au sens de « écluse ».
BBG.decfc t. 1 1984. − Mudimbe (V. Y.). Air: ét. sém. Wien, 1979, pp. 450-452. − Quem. DDL t. 17, 19, 21, 27, 33, 38.

Wiktionnaire

Nom commun

vent \vɑ̃\ masculin

  1. Mouvement d’air extérieur et nettement perceptible suivant une direction déterminée.
    • La Verse ou le versage des blés, et de beaucoup de plantes céréales, est un accident occasionné, ou par de grands vents, des orages, de fortes pluies, ou par le trop d’embonpoint que prennent les plantes dans les temps chauds et humides. — (Jean Baptiste Henri Joseph Desmazières, Agrostographie des départemens [sic] du Nord de la France, 1812, page 130)
    • Toute la journée, un vent aigre a soufflé de l’Ouest ; le ciel est resté bas et triste, et j’ai vu passer des vols de corbeaux… — (Octave Mirbeau, « La Tête coupée », Lettres de ma chaumière, 1885)
    • Il ventait dur, sans que l’atmosphère en fût rafraichie, car le vent soufflait du sud. — (Charles Le Goffic, Bourguignottes et pompons rouges, 1916, page 112)
    • Il ne parvenait pas à s’imaginer qu’il avançât, tant le ballon voguait insensiblement dans le vent. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 88 de l’éd. de 1921)
    • Le 24, le vent tourna au Sud nous permettant d’établir la voilure […] — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Il vente très fort, des goélands passent, emportés par la tempête, et essaient vainement de remonter le vent. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil ; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Un vent chaud soufflait qui alanguissait le corps et l’âme. — (Out-el-Kouloub, « Zaheira », dans Trois Contes de l’Amour et de la Mort, 1940)
    • Un vent de mer avait écharpé les frondaisons, jonché les sous-bois de bouleaux de feuilles mordorées, éclairci les halliers […] — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  2. Air agité par un moyen quelconque.
    • Faire du vent avec un soufflet, avec un éventail.
    • Le vent d’un boulet de canon : L’air agité par le passage d’un boulet de canon.
    • Le vent du boulet le jeta par terre.
    • La trompette, le hautbois, la flûte, la clarinette sont des instruments à vent.
  3. (Chasse) Être en quête de proie, (Figuré) chercher une affaire, une occasion.
    • Chasser au vent, aller dans le vent, aller contre le vent, porter au vent.
  4. (Vieilli) À l’air libre, qu’il y ait du vent ou non.
    • Glenarvan et ses compagnons, délivrés de ses voraces sauriens, gagnèrent les branches situées au vent de l’incendie, tandis que l’ombu, dont les flammes, au souffle de l’ouragan, s’arrondissaient en voiles incandescentes, dériva comme un brûlot en feu dans les ombres de la nuit. — (Jules Verne, Les Enfants du capitaine Grant, 1846, pages 198-206)
  5. (Vieilli) Gaz retenus dans le corps de l’homme ou des animaux, pet → voir vents.
    • Lâcher un vent.
  6. (Par extension) Odeur qui vient des émanations d’un corps. (En particulier) Odeur qu’une bête laisse dans les lieux où elle a été, où elle a passé.
    • Le cerf est de plus grand vent que le lièvre.
    • Le sanglier prend le vent de tous côtés avant que de sortir de sa bauge : Il flaire de tous côtés.
    • Le sanglier a eu le vent du gland, les corbeaux ont eu le vent d’une bête morte : L’odeur en est parvenue jusqu’à eux.
  7. (Figuré) Circonstances heureuses ou malheureuses.
    • Un bon vent, un mauvais vent.
    • Quel bon vent vous amène ?
    • Vent de la faveur : avantage du crédit, de la faveur.
    • Mille indices nous assurent qu’au moins dans l’ordre de l’esprit les vents vont s’apaiser et que bientôt renaîtront dans les meilleures consciences les valeurs éternelles. — (Romain Rolland, Au-dessus de la mêlée, Librairie Paul Ollendorff, 1915, chapitre X)
    • [Titre] Les syndicats face à un vent de défiance inégalé des Français — (Marc Landré, Les syndicats face à un vent de défiance inégalé des Français, Le Figaro. Mis en ligne le 18 novembre 2018)
    • Dans ces décombres, Alexis Tsipras s’est imposé comme un premier ministre courageux, qui a su affronter les vents adverses, face à Bruxelles mais aussi à ses propres partisans. Il a gardé le cap, même si ce fut au prix de spectaculaires volte-face idéologiques. — (Grâce au courage des Grecs et de Tsipras, la Grèce a survécu, Le Monde. Mis en ligne le 22 juin 2018)
    • Idem pour l’adhésion soulevée par François-Xavier Bellamy, le jeune philosophe conservateur, tête de liste inattendue qui n’aura pas apporté le vent de nouveauté tant espéré. — (Sarah Belouezzane, Raphaëlle Besse Desmoulières, Élections européennes 2019 : face à une défaite historique, le parti Les Républicains s’interroge sur son avenir, Le Monde. Mis en ligne le 27 mai 2019)
  8. (Figuré) (Familier) Nouvelle ; découverte.
    • Avoir vent de quelque chose, avoir vent que quelque chose se passe : En recevoir quelque avis.
    • On a eu vent de leur projet.
  9. (Figuré) Chose vaine ; vide ; rien ; mensonge.
    • Tout cela n’est que du vent, n’est que vent.
    • Qu’en sort-il ? Du vent.
  10. (Figuré) Refus dédaigneux.
    • Moi, j’assistais à tout cela en parfait spectateur, car la moindre entame de discussion avec une fille se terminait immanquablement et très rapidement par un snobage, un camouflet, une éconduite, en termes plus crus un vent, une veste ou un râteau. — (Adrien Sarrault, Buisson d’Amarante, éd. Daphnis et Chloé, 2013, page 48)
    • Je vois Curtis revenir et ignorer royalement ses potes, dont l’un, le dénommé Philip, se prend un vent quand il essaie de poser une main amicale sur son épaule. — (Irvine Welsh, Trainspotting T2, traduit de l’anglais par Laura Derajinski, éd. Au Diable Vauvert, 2017)
    • Un danseur la rejoint sur scène au milieu de la chanson et tourbillonne autour d’elle, mais il se ramasse un vent ! Le bras droit de la chanteuse le repousse. — (Stéphane Chiffre, Mardi 2 mai : La bonne surprise autrichienne ! sur le site eurofans/ogae France (www.eurofans.fr), le 2 mai 2017)
    • En nous voyant, elle fit un grand signe de main en direction de Yun Gi qui lui balança un vent monumental. — (Akira DP, The Fate of Lost Boys, Pt 8 : Lost, sur Wattpad (www.wattpad.com), non daté, consulté le 11 novembre 2017)
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Littré (1872-1877)

VENT (van) s. m.
  • 1Courants d'air plus ou moins rapides occasionnés par les changements qui surviennent dans la pesanteur spécifique et le ressort du fluide atmosphérique. On entendit devant le Seigneur un vent violent et impétueux, capable de renverser les montagnes et de briser les rochers, Sacy, Bible, Rois, III, XIX, 11. Le vent redouble ses efforts, Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine, Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts, La Fontaine, Fabl. I, 22. Elle n'avait ni assez de vent, ni assez de voiles pour favoriser sa course précipitée, Bossuet, Reine d'Anglet. M. Halley attribue la cause de ces vents [alizés], et avec beaucoup de vraisemblance, au mouvement diurne de la terre, ou, pour parler le langage ordinaire, au cours du soleil d'orient en occident, Mairan, Éloge de Halley. Si les hommes étaient sages, ils se mettraient toujours au soleil, et fuiraient le vent du nord comme leur ennemi capital, Voltaire, Lett. d'Argental, 13 oct. 1769. Donner une histoire des vents, qui serait un ouvrage très utile pour la navigation et pour la physique, Buffon, Hist. nat. Preuv. théor. terr. Œuv. t. II, p. 253. On sait que les vents élèvent des montagnes de sable dans l'Arabie et dans l'Afrique, qu'ils en couvrent les plaines…, Buffon, ib. 2e disc. Œuv. t. I, p. 168. Nous pouvons regarder l'action du soleil et de la lune, sinon comme l'unique cause des vents, au moins comme une des causes que nous cherchons, D'Alembert, Œuv. t. XIV, p. 8. On se tromperait sûrement, si l'on attribuait tous les vents à la même cause, quoiqu'ils soient tous un courant d'air qui se précipite vers quelque endroit, Sennebier, Ess. art d'observ. t. II, p. 102, dans POUGENS. Le 6 juin, les vents passèrent au sud-est ; le ciel devint blanchâtre et terne ; tout annonçait que nous étions sortis de la zone des vents alizés, La Pérouse, Voy. t. II, p. 131, dans POUGENS. Les arbres sont moins renversés par le vent pendant l'hiver que pendant l'été, parce que, pendant cette dernière saison, ils sont garnis de feuilles, qui font que le vent a plus de prise sur eux, Brisson, Traité de phys. t. II, p. 181. La direction du vent exerce une très grande influence sur la hauteur du mercure dans le baromètre ; les vents des régions boréales le font monter, Bouvard, Instit. Mém. scienc. t. VII, p. 276.

    Vent blanc, sorte de vent du midi ou de l'est, suivant les localités, qui souffle sans couvrir le ciel de nuages.

    Les vents reçoivent des qualifications différentes suivant leur vitesse ; les principaux sont : vent frais, qui parcourt 6 mètres à la seconde ; vent bon frais, qui parcourt 8 mètres à la seconde ; vent impétueux, qui parcourt 15 mètres.

    Vent coulis, vent qui passe par de petites ouvertures. On n'emploierait pas la plus petite somme pour le garantir de tous les vents coulis qui soufflent comme dans la caverne d'Éole, Caraccioli, Lett. récréat. t. III, p. 139, dans POUGENS.

    Moulin à vent, voy. MOULIN.

    Il ne fait ni vent ni haleine, il y a un grand calme.

    Le vent tourne, la direction du vent change.

    Fig. Le vent tourne, la disposition des choses, des esprits change. Les principaux de la cour, voyant l'occasion favorable et le vent tourné à la miséricorde, se levèrent et intercédèrent avec larmes, Vaugelas, Q. C. VII, 2.

    Au vent, au gré du vent, se dit de ce que le souffle du vent agite. Ses cheveux flottent au gré du vent. Leur chevelure au vent, et le feu dans les yeux, Delille, Én. VII.

    Ce vaisseau flotte au gré du vent, à la merci du vent, il n'est plus gouverné.

    Aller comme le vent, plus vite que le vent, aller extrêmement vite. Nous avons quatre chevaux à chaque calèche ; cela va comme le vent, Sévigné, 104. J'avais pris votre cabriolet, j'allais comme le vent, Picard, Trois quart. I, 8.

    Jeter la plume, la paille au vent, locution prise de l'action de jeter une plume au vent pour voir d'où il souffle, et qui signifie se laisser conduire par le hasard.

    Mettre la plume au vent, hasarder quelque chose.

    Regarder de quel côté vient le vent, examiner de quel côté le vent souffle. Elle interrompait à tout moment la lecture pour demander de quel côté venait le vent, Voltaire, Princ. de Babyl. 7.

    Fig. Regarder de quel côté vient le vent, s'amuser à regarder dehors sans aucun dessein et en homme oisif. J'y entends tous les matins mille oiseaux ; vous n'en avez point où vous êtes, et vous observez seulement, comme vous disiez l'autre jour, de quel côté vient le vent ; votre terrasse doit être une fort belle chose, Sévigné, 436.

    Fig. Regarder de quel côté vient le vent, signifie aussi observer le cours des événements pour y subordonner sa conduite.

    Autant en emporte le vent, se dit des choses légères que le vent enlève facilement. La housse ôtée, il n'y a qu'à la secouer ; autant en emporte le vent ; cela s'en va comme de la poussière, Dancourt, les Agiot. II, 3.

    Fig. Autant en emporte le vent, c'est-à-dire tout ce que vous dites ou faites, le vent l'emporte ; il n'en reste rien. Mille fois, au fort de l'orage J'ai regretté votre Carthage : Autant en emportait le vent, Scarron, Virg. VI. Je ne finirais jamais de vous dire tous les compliments qu'on me fit [à la cour], et à vous aussi ; et de tout cela, autant en emporte le vent ; on est ravi de revenir chez soi, Sévigné, 6 janv. 1672.

    Fig. C'est une girouette qui tourne à tout vent, au moindre vent, il tourne à tout vent, se dit d'un esprit léger, inconstant. Peut-être cet esprit qui se tourne à tout vent Vous aimerait alors autant qu'auparavant, Racan, Berger. Polist. I, 2. La tête d'une femme est comme la girouette Au haut d'une maison, qui tourne au premier vent, Molière, Dép. amour. IV, 3. Tourner, suivant l'expression de saint Paul, à tout vent de doctrine, Bourdaloue, Pens. t. I, p. 158. Importun à tout autre, à soi-même incommode, Il change à tous moments d'esprit comme de mode, Il tourne au moindre vent, Boileau, Sat. VIII.

    Fig. À tout vent, suivant toutes les impulsions. Dieu me garde d'aller me fourrer dans le tourbillon d'impertinences qui emporte à tout vent toutes les cervelles de Paris, Voltaire, Lett. Richelieu, 29 avr. 1772.

    Fig. Humer le vent, être gobe-mouche, croire niaisement.

    Fig. Avoir le visage au vent, être malheureux.

    Fig. Lier le vent, tenter une chose impossible. Ils n'en viendront à bout [de marier un homme irrésolu] que le jour qu'ils auront trouvé l'invention de lier le vent, et de fixer le mercure, Sévigné, 3 nov. 1688.

  • 2Coup de vent, vent violent qui s'élève tout d'un coup. Le temps fut très beau jusqu'au 28, que nous eûmes un coup de vent très violent de la partie de l'est, La Pérouse, Voy. t. II, p. 41.

    Coiffé en coup de vent, se dit d'une personne dont les cheveux sont en désordre comme si le vent les avait dérangés.

    Terme de marine. Coups de vent, vents très forts dont la direction varie peu.

  • 3Vents souterrains, vents qui se forment dans les concavités de la terre. Les vents souterrains, produits par ces agitations, soufflent et s'élancent avec violence…, Buffon, Min. t. IX, p. 12.
  • 4Il signifie quelquefois simplement l'air, les airs. Par mes soupirs, au vent sans profit dispersés, Régnier, Élég. II. [Guerriers morts]… dont les troncs pourris exhalent dans les vents De quoi faire la guerre au reste des vivants, Corneille, Pomp. I, 1. L'un, sur un roc assis, Chantait aux vents ses amoureux soucis, La Fontaine, Court. Enfin elle [la Brinvilliers, exécutée et brûlée] est au vent, et son confesseur dit que c'est une sainte, Sévigné, 29 juill. 1676. Que sa cendre coupable abandonnée aux vents…, Voltaire, Brut. I, 2. Déraciné dans ses entrailles, L'enfer de la Bastille, à tous les vents jeté, Vole, débris infâme…, Chénier, le Jeu de paume.

    Fendre le vent, s'en aller, faire banqueroute.

    Envoyer au vent, envoyer promener. Envoyer et la dame et les amours au vent, Corneille, Suite du Ment. II, 5.

    Mettre flamberge au vent, tirer l'épée, dégainer. Courage, mon garçon ! tout heur nous accompagne : Mettons flamberge au vent, et bravoure en campagne, Molière, l'Ét. III, 5.

    Fig. Il va trouver sa femme, Met la fleurette au vent, La Fontaine, Coupe.

    En plein vent, en plein air. Une boutique en plein vent. Il meurt, et la joie expire ! Il meurt, lui qui si souvent Nous a fait mourir de rire à son théâtre en plein vent ! Béranger, Turlupin.

    Terme de jardinage. Un arbre planté en plein vent, un arbre en plein vent, un arbre de plein vent, ou de haut vent, et, elliptiquement, un plein vent, un arbre qui n'a aucun abri contre le vent, qui n'est pas en espalier.

    Mi-vent, ou demi-vent, arbre fruitier à tige peu élevée abandonné à lui-même.

  • 5Les quatre vents, les quatre points cardinaux.

    Être logé aux quatre vents, être logé dans un lieu mal fermé. Un sixième qui était un cabinet ouvert aux quatre vents, Montesquieu, Lett. pers. 45.

  • 6Les vents, personnages mythologiques, qui avaient pour fonction de souffler suivant le commandement d'Éole, leur roi. Mais un jour que les vents, retenant leur haleine, Laissaient paisiblement aborder les vaisseaux, La Fontaine, Fabl. IV, 2. … au printemps, quand Flore dans les plaines Faisait taire des vents les bruyantes haleines, Boileau, Lutr. II. Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit ? Les vents nous auraient-ils exaucés cette nuit ? Racine, Iphig. I, 1.

    Acteurs qui, sur les théâtres et surtout à l'Opéra, représentent les vents. Dans des chaconnes et gavottes, J'ai vu des Fleuves sautillants ; J'ai vu danser des Matelotes, Trois Jeux, six Plaisirs et deux Vents, Panard, Œuv. t. III, p. 334.

    Têtes de vents, bouches de vents, têtes, bouches peintes ou sculptées, aux joues tendues, représentant les vents. Des faces avec des joues enflées, pour représenter les vents qui soufflent, Bouhours, Entretiens, 6.

  • 7Dans les contrées maritimes, vent de terre ou brise de terre, vent qui vient de la terre. Vent de mer, ou brise de mer, vent qui vient de la mer.
  • 8 Terme de marine. Les trente-deux vents ou la rose des vents, la division du compas. Le vent considéré dans son action sur un bâtiment. Je ne laisserai pas de vous pouvoir montrer quelque jour des poulets [billets d'amour] en portugais… mais j'espère que le vent [un navire poussé par le vent] emportera bientôt toutes ces affections et me mettra en lieu où j'en ai de plus solides, Voiture, Lett. 43. Dans deux jours il [un navire] sera achevé de charger, et partira au premier vent, Voiture, ib. 43. Il fait voile, il vogue, il a bon vent, La Fontaine, Fianc. Nous eûmes assez longtemps un vent favorable pour aller en Sicile, Fénelon, Tél. I.

    Pincer le vent, rallier le vent ou au vent, serrer le vent, tenir le vent, et aller au plus près du vent, ou, elliptiquement, aller au plus près, disposer les voiles de manière que le bâtiment aille le plus près qu'il est possible de la ligne sur laquelle le vent souffle, en remontant vers le côté d'où il souffle. Dans cette situation, je crus devoir serrer le vent, et gouverner au sud-sud-est, La Pérouse, Voy. t. III, p. 10, dans POUGENS.

    Avoir le vent sur un navire, être au vent d'un navire, avoir le dessus du vent, gagner le vent, le dessus du vent à un navire, se mettre entre le lieu d'où le vent souffle et le navire dont il s'agit. Les nouvelles portant, même celles de Bruxelles et d'Amsterdam, que nos vaisseaux avaient le vent sur l'ennemi, et qu'on les a vus poursuivre les Hollandais vers le nord, Pellisson, Lett. hist. t. I, p. 297.

    Fig. Gagner le vent, l'emporter. On peut le rétorquer [l'axiome] ; et, en tournant la médaille, on gagnera le vent sur le moraliste, Analyse de Bayle, t. II, p. 90.

    Quand un objet se trouve plus près de l'origine du vent que la perpendiculaire à la direction de l'aire de vent qui passe par un autre objet, le premier de ces objets est au vent de l'autre ; s'il est plus loin de l'origine du vent par rapport à cette perpendiculaire, il est sous le vent de l'autre objet.

    Cette île était au vent à nous, elle était entre le lieu d'où soufflait le vent et nous. Cette île nous restait sous le vent, nous étions entre cette île et l'endroit d'où le vent soufflait.

    Sous le vent, du côté opposé à celui d'où vient le vent. Le Portefaix se trouvait sous le vent de mon escadre, Jean Bart, dans JAL. L'île d'Aves, à cinquante lieues sous le vent de la Dominique, est si couverte d'oiseaux de mer, qu'on n'en voit nulle part en aussi grande quantité, Buffon, Ois. t. XIII, p. 359.

    Fig. Avoir le dessus du vent, avoir l'avantage sur quelqu'un. Celle [philosophie] d'Epicure, ses pourceaux voluptueux, celle d'Aristote, ses scolastiques contentieux, qui ont si bien aujourd'hui le dessus du vent, La Mothe le Vayer, Dial. d'Orat. Tub. t. I, p. 162.

    Fig. Il est au-dessus du vent, se dit d'un homme en fortune, en position de ne rien craindre ; locution qui n'est pas usitée au propre dans la marine. La voilà donc [Mme d'Arpajon] transportée de joie, au-dessus du vent et de tous les procès de M. d'Ambres, Sévigné, 13 juin 1684.

    Disputer le vent, se dit de vaisseaux qui font leurs efforts pour gagner le dessus du vent l'un par rapport à l'autre.

    Chicaner le vent, lutter le plus possible contre la direction du vent.

    Le vent est juste quand il force à tenir le plus près pour gouverner à l'aire de vent prescrite.

    Vent fait, vent qui ne varie plus, qui paraît devoir durer.

    Vents alizés, voy. ALIZÉ.

    Vent frais, voy. FRAIS 1, n° 2.

    Vent forcé, vent violent et plus fort qu'il ne faut.

    Avoir vent arrière, se dit de l'allure sous laquelle navigue un bâtiment, lorsque le vent le frappe dans la direction de sa poupe, et qu'il marche dans le même sens que le vent avec ses voiles déployées en conséquence.

    Dans un sens opposé, avoir vent debout, vent contraire, un vent opposé à la route qu'on veut tenir. Nous passâmes en deux heures le premier goulet, malgré le vent qui était directement debout et très violent, Bougainville, Voy. t. I, p. 234.

    Être vent devant, se dit d'un navire qui reçoit le vent sur ses voiles, en le prenant de devant.

    Avoir le vent en poupe, être favorisé par le vent ; ne se dit pas souvent au propre dans la marine. Sa flotte, qu'à l'envi favorisait Neptune, Avait le vent en poupe ainsi que sa fortune, Corneille, Pomp. III, 1. On y arriva le lendemain [à Sainte-Marthe]… on était porté d'un vent en poupe extrêmement frais, d'Estrées à Seignelay, 24 août 1680, dans JAL.

    Fig. Avoir le vent en poupe, être favorisé par les circonstances, avoir l'avantage sur quelqu'un. Pour peu qu'en ce métier on ait le vent en poupe…, Boursault, Fabl. d'És. v, 4.

    Vent largue, voy. LARGUE.

    Vent du large, vent soufflant de la haute mer. Nous étions abrités des vents du large par un gros morne coiffé de nuages…, La Pérouse, Voy. t. II, p. 114, dans POUGENS.

    Avoir vent et marée, se dit d'un navire qui est poussé à la fois par le vent et par la marée montante.

    Fig. Avoir vent et marée, avoir toutes choses favorables pour réussir dans ses desseins.

    Aller contre vent et marée, avoir le vent et la marée contraires. Nous voulons contre vent et marée arriver à Nantes ; nous ramons tous, Sévigné, 218.

    Fig. Aller contre vent et marée, poursuivre obstinément un projet malgré les obstacles. Elle a établi son fils à la cour contre vent et marée, Sévigné, 236. Elle et lui n'ont point eu de repos, que ce mariage n'ait été achevé contre vent et marée, Sévigné, 25 juin 1690.

    Aller selon le vent, régler sa navigation selon le vent, et fig. s'accommoder au temps. Pourvu… Qu'on parle baragouin, et qu'on suive le vent, Régnier, Sat. III.

    Aller tout d'un vent, d'un même vent, faire un trajet direct pour lequel un seul et même vent est nécessaire.

    Proverbialement. On va d'un même vent à deux endroits opposés, et aussi : On va de tout vent à un même endroit.

    Fig. Quel bon vent vous amène ? se dit à une personne qui arrive, pour lui demander le sujet de sa venue. Bonjour, Finette ; à notre appartement quel bon vent te conduit ? Dancourt, Mme Artus, I, 2.

  • 9 Terme de chasse. Chasser au vent, aller dans le vent, aller contre la direction du vent.

    Fig. [ Ce qui fait au poëte] Porter la tête basse et l'esprit dans le vent, Régnier, Sat. v.

    On dit aussi prendre le vent, aller à bon vent.

    Tirer au vent, c'est lorsque, en prenant les devants d'un animal, le chien a le vent.

    Porter le nez au vent, ou, elliptiquement, porter au vent, se dit des animaux et surtout des chevaux, quand ils portent la tête haute.

    Fig. Il se dit d'un homme qui a l'air fier et dédaigneux. Le dirai-je ? ils portent au vent, attelés tous deux au char de la fortune, et tous deux fort éloignés de s'y voir assis, La Bruyère, VIII.

    Fig. Le nez au vent, en flairant les événements. Vous, messieurs, qui le nez au vent, Encensez tout soleil levant, Béranger, Vil.

    Le nez au vent, se dit aussi pour indiquer un air étourdi, évaporé.

    Terme de fauconnerie. Bander au vent, se dit d'un faucon qui se tient sur les chiens en fuyant la crécerelle.

    Tenir le bec au vent, se dit du faucon qui résiste sans tourner la queue.

    Prendre le haut du vent, voler au-dessus du vent.

    Aller à vau-le-vent, avoir la queue au vent.

    Aller contre le vent, avoir le bec au vent.

    Aller l'aile au vent, voler à côté du vent.

  • 10 Fig. Influence qui favorise ou qui nuit, comme un souffle favorable ou malfaisant. Le vent des prospérités. Le vent de la faveur. M. le Tellier se voit élevé aux plus grandes places, non par ses propres efforts, mais par la douce impulsion d'un vent favorable, Bossuet, le Tellier. Je le plains, je le tiens échoué ; ce rigide censeur, il s'égare et il est hors de route ; ce n'est pas ainsi que l'on prend le vent et que l'on arrive au délicieux port de la fortune, La Bruyère, XII. L'ambition, l'intérêt, le bon air si puissant en France, le vent de la cour auraient décidé les indifférents et ramené les autres, Duclos, Œuv. t. v, p. 278. Son courage naissant et ses jeunes vertus Par le vent du malheur languissent abattus, Delille, Pit. III. Et que jamais n'arrive à cette tendre fleur Le souffle de la haine et le vent du malheur ! Delille, Jard. II. La religion chrétienne est un vent céleste qui enfle les voiles de la vertu, Chateaubriand, Génie, II, III, 1. Il s'est élevé un vent de la colère autour de l'édifice de la mort [Saint-Denis], Chateaubriand, ib. IV, II, 9. Quand, au vent de la cour, votre fortune échoue, P. Lebrun, Marie St. II, 2.
  • 11L'air agité par quelque moyen particulier. Faire du vent avec un soufflet, avec un éventail.

    Instruments à vent, instruments de musique dans lesquels le son est formé par l'air qu'on y introduit. L'organe de la voix n'est pas simplement un instrument à vent ; il est à la fois un instrument à vent et un instrument à cordes, et beaucoup plus à cordes qu'à vent, Bonnet, Contempl. nat. t. VIII, p. 33, dans POUGENS.

    Fusil à vent, voy. FUSIL.

  • 12Le vent d'un boulet, l'air agité par le passage d'un boulet de canon. Presque tous les chirurgiens de notre époque s'accordent à considérer l'action des projectiles de gros calibre, passant à proximité du corps vivant, comme impuissante à produire les contusions vulgairement attribuées au vent du boulet ; et, quand un homme tombe mort sans présenter de lésion apparente, on reconnaît qu'à la vérité la peau est intacte, le projectile ayant frappé obliquement, mais que les os sont brisés et les organes intérieurs écrasés.
  • 13 Terme d'artillerie. Différence qui existe entre le diamètre d'un projectile et celui de l'âme d'une bouche à feu. On nomme spécialement ainsi la différence du diamètre de l'âme d'une bouche à feu au diamètre de la grande lunette de réception du projectile ; et on nomme vent effectif moyen la différence entre le diamètre de l'âme et la moyenne des diamètres des deux lunettes. La théorie et l'expérience sont bien d'accord sur l'effet ordinaire de ce que l'on nomme le vent ou l'espace que l'on est obligé de laisser entre le boulet et les parois de la pièce pour pouvoir l'y introduire facilement, Guyton, Instit. Mém. scienc. 1807, 2e sem. p. 118.
  • 14 Populairement, respiration, souffle. Prendre, retenir son vent. L'un des deux compagnons grimpe au faîte d'un arbre ; L'autre, plus froid que n'est un marbre, Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent, La Fontaine, Fabl. v, 20. Je vous conseille auparavant De reprendre un peu votre vent, La Fontaine, Nic.

    Terme de manége. Avoir du vent, se dit d'un cheval qui commence à être poussif.

    Donner vent au vin, faire une petite ouverture à un tonneau plein ; sans quoi on ne pourrait en rien tirer.

    Donner vent à un tonneau, y faire une petite ouverture, pour en laisser sortir l'air pendant que le vin travaille.

    Fig. Donner vent, laisser un libre cours. Donner vent à sa colère, à son indignation.

  • 15Les gaz qui sont dans le corps de l'homme et des animaux. Enfin vous ne l'entendez pas [le mot d'une énigme] ? - Non, qu'est-ce ? - C'est un vent échappé par en bas, Boursault, le Merc. gal. v, 8. La fille de Dangeau passe pour très riche, mais aussi pour ne pas retenir ses vents, dont on fit force plaisanterie, Saint-Simon, 21, 251. La comtesse d'Auvergne acheva une courte vie par une maladie assez rare, qui fut une hydropisie de vent, Saint-Simon, 139, 28.
  • 16 Terme de vénerie. Odeur qu'une bête laisse sur son passage. Avoir le vent d'une bête. Le cerf est de plus grand vent que le lièvre.

    Il se dit aussi des émanations qui proviennent d'un corps quelconque. Lorsqu'il [le loup] veut sortir du bois, il ne manque jamais de prendre le vent, Buffon, Morc. choisis, p. 235.

    Le sanglier a eu le vent du gland, les corbeaux ont eu le vent d'une bête morte, l'odeur en est parvenue jusqu'à eux.

    Fig. et familièrement. Avoir vent de quelque chose, avoir vent que quelque chose se passe, en recevoir quelque avis. J'eus quelque vent, dans le temps même, du dessein de Touteville, Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 405, dans POUGENS. Ayant eu le vent des beautés… Qu'en sa voisine on disait être, La Fontaine, Fianc. Il la voyait souvent, Parlait de l'épouser ; son père en eut le vent, Th. Corneille, D. César d'Avalos, II, 6. Dès qu'elle eut le vent de ces menées, Hamilton, Gram. 8. Lesquels, ayant eu vent que quatre de leurs camarades avaient dessein de se battre, étaient accourus pour les séparer, Lesage, Est. Gonz. 46.

    On dit dans le même sens : n'avoir ni vent ni nouvelle, ni vent ni voie de quelqu'un ou de quelque chose. Amour est mort ; le pauvre compagnon Fut enterré sur les bords du Lignon ; Nous n'en avons ici ni vent ni voie, La Fontaine, Rém. Son père lui avait écrit d'y venir pour cela, et l'on n'en a ni vent ni nouvelles, Dancourt, Gal. jard. sc. I. Je n'ai eu ni vent ni voie de Formont, Mme du Deffant, Corresp. t. II, p. 32, dans POUGENS.

    Fig. Le vent du bureau, ce qu'on connaît ou ce qu'on présume des dispositions où sont ceux de qui dépend la décision d'une affaire. Je crains fort les ciseaux de la police [pour une tragédie] ; si on nous rogne les ongles, il nous sera impossible de marcher ; d'ailleurs le vent du bureau n'est pas pour nous, Voltaire, Lett. d'Argental, 24 nov. 1772. Cela fait présumer que ce dernier, qui n'avait pas le vent du bureau, a repris faveur, Corresp. de Klinglin, I, 292.

  • 17 Fig. Chose vaine et vide. Il n'y faut plus songer ; c'est se paître de vent, Régnier, Plainte. Marchand des plus rusés, et qui le plus souvent Payait ses créanciers de promesse et de vent, Régnier, Épît. II. Cette réputation n'est, à ce qu'on dit, que du vent ; mais ce vent-là fait quelquefois tourner le moulin, Patin, Lett. t. II, p. 468. C'est promettre beaucoup, mais qu'en sort-il souvent ? Du vent, La Fontaine, Fabl. v, 10. Il y a [dans un mot] le son qui n'est que du vent, Pascal, Prov. II. Cet auteur n'a que du vent et de l'écorce, Boileau, Longin, Subl. II. J'ai un grand nom, dites-vous, et beaucoup de gloire ; dites que j'ai beaucoup de vent, qui ne sert à rien, La Bruyère, XII. [Villeroy] Nulle lecture, nulle instruction, ignorance crasse sur tout, plates plaisanteries, force vent et parfait vide, Saint-Simon, 392, 64.

    Sur la pointe des vents, sur des choses de peu d'importance, sur des bagatelles. Je ne vous entretiendrais pas de ces sortes de faiblesses, dont je suis bien assuré que vous vous moquez, sans que la lettre d'aujourd'hui est un peu sur la pointe des vents, Sévigné, 22 sept. 1679.

  • 18Vanité. [ Lesdiguières ] avec moins de vent et plus de réflexion, c'eût été un homme en tout temps dans un royaume, Saint-Simon, 129, 171.
  • 19Nom de petits globules qui se forment entre les couches de blanc de dorure.

PROVERBES

Petite pluie abat grand vent, une petite pluie fait ordinairement cesser un grand vent ; et fig. une cause légère, un petit incident fait cesser quelquefois de grands troubles.

À brebis tondue Dieu mesure le vent, la Providence proportionne nos maux à nos forces.

Selon le vent la voile, il faut déployer plus ou moins de voiles suivant que le vent est plus ou moins fort, et fig. il faut proportionner ses entreprises à ses moyens.

On tend les voiles du côté que vient le vent, on se sert des avantages qui se présentent.

Il pleut à tous vents, il peut venir du bien et du mal de tous les côtés.

Qui va sans barbe et tout nu Au vent de bise est morfondu.

Qui est sur la mer ne fait pas des vents ce qu'il veut.

Il faut laisser courir le vent par-dessus les tuiles, il faut souffrir ce qu'on ne peut empêcher.

REMARQUE

Je suis persuadé qu'il faut dire : il s'élève un vent de midi, et non pas un vent du midi ; mais je ne sais s'il ne faut pas dire plutôt : le vent du midi est celui qui… que de dire : le vent de midi est celui qui… VAUGEL. Rem. not. Th. Cor. t. II, p. 698, dans POUGENS. Cette remarque n'a pas prévalu, et l'on dit en toute circonstance : un vent, le vent du midi, du nord.

HISTORIQUE

XIe s. Orez [orage] i ad de tuneire e de vent, Ch. de Rol. CIX.

XIIe s. Toutes enseignes contre venz baloians, Ronc. p. 135. Si com fait nes [nef] que vens guie [guide], Couci, III. Et gesir mainte nuit al vent et à l'orage, Sax. XXVI. Li segrestain unt mis par fiance erramment, Qu'al premier flot irad ariere, s'il a vent, Th. le mart. 124.

XIIIe s. Si laissierent lor voiles aler au vent, Villehardouin, LX. Et li vens est cheüs, et li tens s'asseüre, Berte, XLII. À Montfaucon [gibet] le firent sus al vent encrouer, ib. XCVII. Li muables se torne à chascun vent, Latini, Trésor, p. 309. S'essiliez ere [j'étais] de la terre, Ou se ge ere mis au vent [pendu], Ren. v. 17684. Atant est remese la chace, Que nus [nul] n'en sot [sut] ne vent ne voie, ib. v. 22232. … C'est tous vens D'emprendre amors, s'ele n'est poursuivie, Ms. de poés. franç. av. 1300, t. II, p. 829, dans LACURNE. Vens ichi est apellé Paroles de tricheors, ib. p. 929. Uns homs puet tant entour sa niece Et se [sa] suer repairier sovent, C'on dit tantost qu'il i a vent, Et que leur vie est communaus, ib. t. IV, p. 1317. Et se sa robe li traïne, Ou près du pavement s'encline, Si la lieve encoste ou devant, Si cum por prendre ung poi de vent, la Rose, 13754. Endementieres [tandis que] nous en venions, je li fis oster son hyaume, et li baillé mon chapel de fer pour avoir le vent, Joinville, 228.

XIVe s. Et quant li pelerin en oïrent le vent, Pour Bertran du Guesclin en furent moult doulent, Guesclin. 15411. Quant Henry vint à eulx tenir son parlement, Il ne firent de lui compte nès que du vent, ib. 8159. Et apparut à escient Que pou de pluye abat grant vent, Liv. du bon Jeh. 1396.

XVe s. L'an mil trois cent un avec quatre vins, Le premier jour du doubteux mois de mars, Leva grant vent de paillars et coquins Qui a Paris couru de toutes pars, Deschamps, Poésies mss. f° 128. Avoir vent à volonté [vent favorable], Froissart, II, II, 29. Il commença à rire et dit qu'ils l'avoient songé, et que ce n'avoit esté que vent, Froissart, II, III, 22. Tous y battirent vent [y perdirent leur peine], et ne porent trouver voyes ne maniere de le faire venir devers le duc, Chastelain, Chron. de Bourg. II, 69. En ce temps que j'ay dit devant, Sur le noel morte saison, Lorsque les loups vivent de vent, Villon, Petit testament. Quant ilz se furent ainsi acoustrez, il convint par necessité que l'ung et l'autre se retirast pour vent cueillir [reprendre haleine], Perceforest, t. I, f° 50.

XVIe s. Là feut entre les autres un des soldats de la place mis au vent [pendu], Jean D'Auton, Ann. de Louis XII, p. 179, dans LACURNE. Ayant senty le premier vent de la deliberation du vice roy de le deposseder, Montaigne, II, 35. Les pires escripts ont gaigné le dessus du vent populaire, Montaigne, IV, 91. La maison de Guise, qui dès-lors practiquoit le vent des peuples, et sur tout la bonne oppinion des ecclesiastiques, D'Aubigné, Hist. I, 83. Son fils estoit de ceux qu'on appelle mal nez, ne se purgeant ni par le nez ni par la bouche, laquelle il portoit ouverte pour prendre son vent, D'Aubigné, ib. I, 90. Norfolc fut condamné à estre jetté au vent, la corde couppée, et le cœur arraché pour lui en battre les joues, D'Aubigné, ib. II, 89. Massardiere faillit à estre enterré, n'estant estonné que du vent du canon, D'Aubigné, ib. II, 153. La Florissante [navire] se trouva sans vent, D'Aubigné, ib. II, 304. Le vent de la faveur passe sur ces courages, D'Aubigné, Tragiques, édit. LALANNE, p. 212. Ô ploiables esprits, o consciences molles, Temeraires jouets du vent et des paroles, D'Aubigné, ib. p. 82. Non pas qu'il s'en vantast trop ; car il estoit très sobre en vanterie, et avoit tousjours plus d'effets que de vent, Brantôme, Capit. franç. t. III, p. 82. Lequel reproche, possible, fut cause de faire sortir l'empereur de ses Espagnes et monts Pyrenées, pour prendre le vent [se mettre en campagne] et charger les armes, Brantôme, Capit. estrang. t. I, p. 6. Depuis jamais on n'a pu ouir ny vent ny voix de l'espicier, Nuits de Straparole, t. II, p. 404, dans LACURNE. Vent au visage rend l'homme sage, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 135. Le vent n'entre jamais dans la maison d'un advocat, Leroux de Lincy, ib. p. 136. Plus desgelle droit vent que ne fait eau boillant, Leroux de Lincy, ib. Nul vent ne fait pour celuy qui n'a point de port destiné, Cotgrave Il vaut mieux des pieds combattre, En fendant l'air et le vent, Que se faire occire ou battre Pour n'avoir pris le devant, Sat. Mén. les tapisseries.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

VENT.
2Ajoutez :

En coup de vent, signifie aussi : brusquement. Sans vouloir en entendre davantage, madame de Vresles, indignée, a pris son chapeau et le reste, et est partie en coup de vent, Journ. amusant, 10 août 1872.

4Ajoutez :

Fendre le vent, signifie aussi se sauver, s'enfuir. La nuit d'auparavant Vous sûtes faire Gille et fendîtes le vent, Corneille, Suite du Menteur, I, 1.

Proverbes, Ajoutez :

Vent du midi les chiens au chenil ; vent du nord les chiens dehors.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

VENT, s. m. (Phys.) une agitation sensible dans l’air, par laquelle une quantité considérable d’air est poussée d’un lieu dans un autre.

Les vents sont divisés en permanens, reglés, & variables, en généraux & particuliers.

Les vents permanens ou constans, sont ceux qui soufflent toujours du même côté ; il y a un de ces vents extrèmement remarquable entre les tropiques, lequel souffle constamment de l’est à l’ouest, & qu’on appelle vent général alizé. Voyez Alizé.

Les vents reglés ou périodiques, sont ceux qui reviennent constamment dans de certains tems. Tels sont les vents de terre & de mer qui soufflent de la terre à la mer sur le soir, & de la mer à la terre le matin. Tels sont encore les vents alizés, changeans & particuliers, qui dans certains mois de l’année soufflent d’un côté, & qui soufflent du côté opposé dans les autres mois. Par exemple, les vents appellés moussons, qui sont sud-est depuis Octobre jusqu’en Mai, & nord-ouest depuis Mai jusqu’en Octobre, entre la côte de Zanguebar & l’île de Madagascar. Voyez Mousson.

Les vents variables, sont ceux qui soufflent, tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, & qui commencent ou cessent sans aucune regle, soit par rapport aux lieux, soit par rapport aux tems. Tels sont les vents observés dans l’intérieur de l’Angleterre, quoique quelques-uns paroissent suivre certaines heures, comme le vent d’ouest qui est assez fréquent sur le soir, le vent du sud dans la nuit, & le vent du nord le matin. Voyez Tems.

Le vent général est celui qui souffle dans le même tems & du même côté, sur une partie considérable de la terre & pendant la plus grande partie de l’année. Il n’y a de vent à qui on donne ce nom, que le vent général alizé.

Ce vent a cependant des interruptions, car 1°. dans les terres on ne s’en apperçoit presque pas, à cause qu’il est rompu par les montagnes, &c. 2°. en mer auprès des côtes, il est aussi détourné par les vapeurs, les exhalaisons & les vents particuliers qui viennent de terre ; ensorte qu’on ne le peut guere regarder comme général, qu’en pleine mer ; 3°. & en plaine mer même, il est sujet à être altéré par les nuages poussés des autres régions.

Les vents particuliers renferment tous les autres, excepté les vents généraux alizés.

Les vents particuliers d’un petit canton sont appellés vents topiques, tel est le vent du nord au côté occidental des Alpes, qui ne s’étend que sur environ deux lieues de long & beaucoup moins en largeur.

L’histoire des vents est assez bien connue par les soins de plusieurs physiciens qui ont voyagé ou qui se sont appliques dans leur pays pendant plusieurs années à la connoissance de ce méteore. M. Muschenbroëck a donné sur ce sujet une dissertation fort curieuse à la fin de ses Essais de physique ; où il fait entrer non-seulement tout ce qu’il a observé lui-même, mais encore tout ce qu’il a pû recueillir des écrits de M. Halley, de M. Derham, &c. mais il s’en faut bien que nous soyons autant instruits touchant les causes ; j’entends les plus éloignées, celles qui occasionnent les premiers mouvemens dans l’atmosphere : car on sait en général que les vents viennent immédiatement d’un défaut d’équilibre dans l’air, c’est-à-dire de ce que certaines parties se trouvant avoir plus de force que les parties voisines, s’étendent du côté où elles trouvent moins de résistance. Mais quelle est la cause qui produit ce défaut d’équilibre ; c’est ce qu’on ne sait encore que très-imparfaitement : nous allons cependant rapporter les principales opinions des Philosophes sur cette matiere.

Cause physique des vents. Quelques philosophes, comme Descartes, Rohault, rapportent le vent général au mouvement de rotation de la terre, & tirent tous les vents particuliers de ce vent général. L’atmosphere, disent-ils, enveloppe la terre & tourne autour d’elle, mais elle se meut moins vîte que la terre ; de sorte que les points de la terre qui sont, par exemple, situés sous l’équateur, se meuvent plus vite d’occident en orient, que la colomne d’air qui est au-dessus. C’est pourquoi ceux qui habitent ce grand cercle doivent sentir continuellement une espece de résistance dans l’atmosphere, comme si l’atmosphere se mouvoit à leur égard d’orient en occident.

Ce qui semble confirmer cette hypothèse, c’est que les vents généraux n’ont guere lieu qu’entre les tropiques, c’est à-dire dans les latitudes où le mouvement diurne est le plus prompt.

Mais on en voit aisément l’insuffisance par les calmes constans de la mer Atlantique vers l’équateur, par les vents d’ouest qui soufflent à la côte de Guinée, & les moussons d’ouest périodiques dans la mer des Indes sous l’équateur.

D’ailleurs, l’air étant adhérent à la terre par la force de la gravité, a dû avec le tems acquérir la même vitesse que celle de la surface de la terre, tant à l’égard de la rotation diurne, qu’à l’égard du mouvement annuel autour du soleil qui est environ trente fois plus considérable. En effet, si la couche d’air voisine de nous se mouvoit autour de l’axe de la terre avec moins de vitesse, que la surface du globe qui lui est contiguë, le frottement continuel de cette couche contre la surface du globe terrestre, l’obligeroit bientôt à faire sa rotation en même tems que le globe ; par la même raison la couche voisine de celle-ci en seroit entraînée, & obligée à faire sa rotation dans le même tems ; de sorte que la terre & son atmosphere parviendroit fort promptement à faire leur rotation dans le même tems, autour de leur axe commun, comme si l’un & l’autre ne faisoient qu’un seul corps solide ; par conséquent, il n’y auroit plus alors de vents alizés.

C’est ce qui a engagé le docteur Halley à chercher une autre cause qui fut capable de produire un effet constant, & qui ne donnant point de prise aux mêmes objections, s’accordât avec les propriétés connues de l’eau & de l’air, & avec les lois du mouvement des fluides. M. Halley a cherché cette cause, tant dans l’action des rayons du soleil sur l’air & sur l’eau, pendant le passage continuel de cet astre sur l’Océan, que dans la nature du sol & la situation des continens voisins. Voici une idée générale de son explication.

Suivant les lois de la statique, l’air qui est le moins rarefié par la chaleur & qui est conséquemment le plus pesant, doit avoir un mouvement vers celui qui est plus rarefié, & par conséquent plus léger : or, quand le soleil parcourt la terre par son mouvement diurne apparent, ou plutôt quand la terre tourne sur son axe, & présente successivement toutes ses parties au soleil, l’hémisphere oriental sur lequel le soleil a déja passé, contient un air plus chaud & plus rarefié que l’hémisphere occidental ; c’est pourquoi cet air plus rarefié doit en se dilatant, pousser vers l’occident l’air qui le précede, ce qui produit un vent d’est.

C’est ainsi que le vent général d’orient en occident peut être formé dans l’air sur le grand Océan. Les particules de l’air agissant les unes sur les autres, s’entretiennent en mouvement jusqu’au retour du soleil, qui leur rend tout le mouvement qu’elles pouvoient avoir perdu, & produit ainsi la continuité de ce vent d’est.

Par le même principe, il s’ensuit que ce vent d’est doit tourner vers le nord dans les lieux qui sont au septentrion de l’équateur, & tourner au contraire vers le sud dans les lieux qui sont plus méridionaux que l’équateur ; car près de la ligne l’air est beaucoup plus rarefié qu’à une plus grande distance, à cause que le soleil y donne à plomb deux fois l’année, & qu’il ne s’éloigne jamais du zénith de plus de 23 degrés ; & à cette distance, la chaleur qui est comme le quarré du sinus de l’angle d’incidence n’est guere moindre, que lorsque les rayons sont verticaux. Au lieu que sous les tropiques, quoique le soleil y frappe plus long-tems verticalement, il y est un tems considérable à 47 degrés de distance du zénith, ce qui fait une sorte d’hiver dans lequel l’air se refroidit assez pour que la chaleur de l’été ne puisse pas lui donner le même degré de mouvement que sous l’équateur ; c’est pourquoi l’air qui est vers le nord & vers le sud étant moins rarefié, que celui qui est au milieu, il s’ensuit que des deux côtés, l’air doit tendre vers l’équateur. Voyez Chaleur.

La combinaison de ce mouvement avec le premier vent général d’est, suffit pour rendre raison des phénomenes des vents généraux alizés, lesquels souffleroient sans cesse & de la même maniere, autour de notre globe, si toute sa surface étoit couverte d’eau comme l’Océan atlantique & éthiopique. Mais comme la mer est entrecoupée par de grands continens, il faut avoir égard à la nature du sol & à la position des hautes montagnes. Car ce sont les deux principales causes qui peuvent altérer les regles générales des vents. Il suffit, par exemple, qu’un terrein soit plat, bas, sablonneux, tels qu’on nous rapporte que sont les deserts de Lybie, pour que les rayons du soleil s’y mêlent & échauffent l’air d’une maniere si prodigieuse, qu’il se fasse continuellement un courant d’air, c’est-à-dire, un vent de ce côté là.

On peut rapporter à cette cause, par exemple, le vent des côtes de Guinée, qui porte toujours vers la terre, & qui est ouest au lieu d’être est ; car on imagine bien quelle doit être la chaleur prodigieuse de l’intérieur de l’Afrique, puisque les seules parties septentrionales sont d’une chaleur si considérable, que les anciens avoient cru que tout l’espace renfermé entre les tropiques ne pouvoit pas être habité. Voyez Zone & Torride.

Il ne sera pas plus difficile d’expliquer les calmes constans qui regnent dans certaines parties de l’Océan atlantique vers le milieu ; car dans cet espace qui est également exposé aux vents d’ouest vers la côte de Guinée, & aux vents alizés d’est, l’air n’a pas plus de tendance d’un côté que de l’autre, & est par conséquent en équilibre. Quant aux pluies qui sont fréquentes dans ces mêmes lieux, elles sont encore aisées à expliquer, à cause que l’atmosphere diminuant de poids par l’opposition qui est entre les vents, l’air ne sauroit retenir les vapeurs qu’il reçoit. Voyez Pluie.

Comme l’air froid & dense doit à cause de son excès de pesanteur presser l’air chaud & raréfié, ce dernier doit s’élever par un courant continuel & proportionnel à sa raréfaction ; & après s’être ainsi élevé, il doit pour arriver à l’équilibre, se répandre & former un courant contraire ; en sorte que par une sorte de circulation le vent alizé de nord-est doit être suivi d’un vent de sud-ouest. Voyez Courant, Courant inférieur, &c.

Les changemens instantanés d’une direction à celle qui lui est opposée, qu’on voit arriver dans le vent lorsqu’on est dans les limites des vents alizés, semblent nous assûrer que l’hypothese précédente n’est pas une simple conjecture ; mais ce qui confirme le plus cette hypothese, c’est le phénomene des moussons qu’elle explique aisément, & qu’on ne sauroit guere comment expliquer sans son secours. Voyez Moussons.

Supposant donc la circulation dont nous venons de parler, il faut considérer que les terres qui touchent de tous les côtés à la mer septentrionale des Indes, telles que l’Arabie, la Perse, l’Inde, &c. sont pour la plûpart au-dessous de la latitude de 30d, & que dans ces terres, ainsi que dans celles de l’Afrique, qui sont voisines de la Méditerranée, il doit y avoir des chaleurs excessives, lorsque le soleil est dans le tropique du cancer ; qu’au contraire l’air doit y être assez tempéré lorsque le soleil s’approche de l’autre tropique, & que les montagnes voisines des côtes sont, suivant qu’on le rapporte, couvertes de neige, & capables par conséquent de refroidir considérablement l’air qui y passe. Or de-là il suit que l’air qui vient, suivant la regle générale du nord-est à la mer des Indes, est quelquefois plus chaud, & quelquefois plus froid que celui qui par cette circulation retourne au sud-ouest, & par conséquent il doit arriver tantôt que le vent, ou courant inférieur, vienne du nord-est, & tantôt du sud-ouest.

Les tems où les moussons soufflent, font voir suffisamment qu’ils ne sauroient avoir d’autre cause, que celle qu’on vient d’exposer ; car en Avril lorsque le soleil commence à réchauffer ces contrées vers le nord, les moussons sud-ouest se levent & durent tout le tems de la chaleur, c’est-à-dire, jusqu’en Octobre ; le soleil s’étant alors retiré, & l’air se refroidissant dans les parties du nord, tandis qu’il s’échauffe dans les parties du sud, les vents de nord-est commencent & soufflent pendant tout l’hiver jusqu’au retour du printems ; & c’est sans doute par la même raison, que dans les parties australes de la mer des Indes, les vents de nord-ouest succedent à ceux de sud est, lorsque le soleil approche du tropique du capricorne, Voyez Marée.

Voilà l’idée générale de l’explication de M. Halley ; quelque ingénieuse qu’elle soit, il semble qu’elle est un peu vague, & qu’elle manque de cette précision nécessaire pour porter dans l’esprit une lumiere parfaite ; cependant la plûpart des physiciens l’ont adoptée ; mais ces savans ne paroissent pas avoir pensé à une autre cause générale des vents, qui pourroit être aussi considérable que celle qui provient de la chaleur des différentes parties de l’atmosphere. Cette cause est la gravitation de la terre & de son atmosphere vers le soleil & vers la lune, gravitation qui produit le flux & reflux de la mer, comme tous les Philosophes en conviennent aujourd’hui, & qui doit produire aussi nécessairement dans l’athmosphère un flux & reflux continuel.

Cette hypothèse ou cette explication de la cause des vents généraux a cet avantage sur celle de M. Halley, qu’elle donne le moyen de calculer assez exactement la vîtesse & la direction du vent, & par conséquent de s’assurer si les phénomenes répondent aux effets que le calcul indique : au lieu que l’explication de M. Halley ne peut donner que des raisons fort générales des différens phénomenes des vents, &, comme nous l’avons déjà dit, assez vagues. Car, quoiqu’on ne puisse nier que la différente chaleur des parties de l’atmosphere ne doive y exciter des mouvemens, c’est à-peu-près à quoi se bornent nos connoissances sur ce sujet. Il paroît difficile de démontrer en rigueur de quel côté ces mouvemens doivent être dirigés.

Au contraire, si on calcule dans l’hypothèse de la gravitation les mouvemens qui doivent être excités dans l’atmosphere par l’action du soleil & de la lune, on trouve que cette action doit produire sous l’équateur un vent d’est perpétuel ; que ce vent doit se changer en vent d’ouest dans les zones tempérées, à quelque distance des tropiques ; que ce vent doit changer de direction selon le plus ou le moins de profondeur des eaux de la mer ; que les changemens qu’il produit dans le barometre doivent être peu considérables, &c. Nous ne pouvons donner ici que les résultats généraux que le calcul donne sur ce sujet ; ceux qui voudront en savoir davantage, pourront avoir recours à quelques dissertations où cette matiere a été plus approfondie, & qui ont été composées à l’occasion du sujet proposé par l’académie des sciences de Berlin, pour l’année 1746.

Le mouvement de la terre autour de son axe, peut aussi être regardé sous un autre aspect comme une autre cause des vents ; car l’atmosphère se charge & se décharge continuellement d’une infinité de vapeurs & de particules hétérogenes ; de sorte que les différentes colonnes qui la composent, souffrent continuellement une infinité de variations, les unes étant plus denses, les autres plus rares. Or l’atmosphère tournant avec la terre autour de son axe, ses parties tendent sans cesse à se mettre en équilibre, & y seroient effectivement, si l’atmosphère demeuroit toujours dans le même état. Mais comme ces parties sont continuellement altérées dans leur pesanteur & leur densité, leur équilibre ne sauroit subsister un moment ; il doit être continuellement rompu, & il doit s’en suivre des vents variables presque continuels. Des exhalaisons qui s’amassent & qui fermentent dans la moyenne région de l’air, peuvent encore occasionner des mouvemens dans l’atmosphère ; c’est la pensée de M. Homberg & de plusieurs autres savans ; & si les vents peuvent naître de cette cause, comme il est probable, on ne doit point être surpris qu’ils soufflent par secousses & par bouffées ; puisque les fermentations auxquelles on les attribue, ne peuvent être que des explosions subites & intermittentes. Ces fermentations arrivent très fréquemment dans les grottes soûterraines par le mêlange des matieres grasses, sulphureuses, & salines qui s’y trouvent : aussi plusieurs auteurs ont-ils attribué les vents accidentels à ces sortes d’éruptions vaporeuses. Connor rapporte qu’étant allé visiter les mines de sel de Cracovie, il avoit appris des ouvriers & du maître même, que des recoins & des sinuosités de la mine, il s’éleve quelquefois une si grande tempête, qu’elle renverse ceux qui travaillent & emporte leurs cabanes. Gilbert, Gassendi, Scheuchzer, font mention d’un grand nombre de cavernes de cette espece, d’où il sort quelquefois des vents impétueux, qui prenant leur naissance sous terre, se répandent dans l’atmosphere, & y continuent quelque tems.

On ne sauroit donc douter qu’il ne sorte des vents de la terre & des eaux : il en sort des antres, des gouffres, des abîmes. Il en naît un en Provence de la montagne de Malignon, lequel ne s’étend pas plus loin que le penchant de la montagne. Il en naît un autre dans le Dauphiné, près de Nilfonce, lequel s’étend assez peu ; l’on voit quelquefois en plein calme les eaux de la mer se friser tout-d’un-coup autour d’un navire ; avant que les voiles s’enflent, les flots se former en sillons, se pousser les uns les autres vers un certain côté ; puis on sent le souffle du vent. Or comment se forment ces sortes de vents ? Pour le comprendre, on peut comparer les creux soûterrains à la cavité d’un éolipyle, les chaleurs soûterraines à celles du feu, sur lequel on met l’éolipyle & les fentes de la terre, les antres, les ouvertures, par où les vapeurs peuvent s’échauffer, au trou de l’éolipyle ; mettez sur le feu un éolipyle, qui contienne un peu d’eau ; bien tôt l’eau s’évapore, les vapeurs sortent rapidement, forcées de passer en peu de tems d’un grand espace par un petit, poussent l’air ; & cette impression rapide fait sentir une espece de vent de même que les fermentations, les chaleurs soûterraines, font sortir brusquement de certains endroits de la terre & des eaux, comme d’autant d’éolipyles de grands amas de vapeurs ou d’exhalaisons. Ces exhalaisons, ces vapeurs élancées violemment, chassent l’air selon la direction qu’elles ont reçue en sortant de la terre ou des eaux.

L’air chassé violemment communique son mouvement à l’air antérieur ; de-là ce courant sensible d’air, en quoi consiste le vent ; de-là ce flux successif d’air, qui semble imiter le mouvement des flots, & fait les bouffées. En effet, quelquefois lorsque le tems est serein, & l’air tranquille, sur la Garonne proche de Bordeaux, dans le lac de Genève, & dans la mer, on voit des endroits bouillonner tout-à-coup, & dont les bouillonnemens sont suivis de vents impétueux, de furieuses tempêtes. Qu’est-ce qui produit les typhons, ces vents si redoutables dans les mers des Indes ? Les vapeurs & les exhalaisons soûterraines, car avant les typhons, les eaux de la mer deviennent tiedes ; on sent une odeur de soufre, & le ciel s’obscurcit. M. Formey.

On cite encore l’abaissement des nuages, leurs jonctions, & les grosses pluies, comme autant de causes qui font naître ou qui augmentent le vent : & en effet, une nuée est souvent prête à fondre par un tems calme, lorsqu’il s’éleve tout-d’un-coup un vent impétueux : la nuée presse l’air entre elle & la terre, & l’oblige à s’écouler promptement.

Cette agitation violente de l’air forme un vent qui dure peu, mais impétueux. Ces sortes de vents sont suivis ordinairement de pluies, parce que les nuées, dont la chûte les produit, se resolvent en gouttes dans leur chûte. Quelquefois les mariniers apperçoivent au-dessus d’eux une nuée qui paroît d’abord fort petite, parce qu’elle est fort élevée, mais qui semble s’élargir peu-à-peu, parce qu’elle descend & s’approche, & dont la chûte sur la mer est accompagnée de pluie, d’orage, & de tempête.

La hauteur, la largeur, & la situation des montagnes, retrécit quelquefois le passage des vapeurs & de l’air agités, & cause par-là de l’accélération dans leur mouvement. Ce mouvement devient sensible, & c’est un vent réel ; aussi quand les vaisseaux passent le long de la côte de Gènes, où il y a de hautes montagnes, & qu’ils sont vis-à-vis de quelques vallées dont la direction regarde la mer, on sent un vent considérable qui vient des terres. M. Formey.

Comme quelques auteurs modernes ont cru pouvoir pousser la théorie des vents au point d’y appliquer les regles des Mathématiques, nous allons donner au lecteur une idée de leur travail, avec quelques remarques.

Lois de la production des vents. Si le ressort de l’air est affoibli dans quelque lieu plus que dans les lieux voisins, il s’élevera un vent qui traversera le lieu où est cette moindre élasticité. Voyez Air & Elasticité.

Car, puisque l’air fait effort par son élasticité pour s’étendre de tous les côtés, il est clair que si cette élasticité est moindre dans un lieu que dans un autre, l’effort de l’air le plus élastique surpassera celui de l’air qui l’est moins, & que par conséquent l’air le moins élastique résistera avec moins de force que celui qui est pressé par une plus grande force élastique ; en sorte que cet air moins élastique sera chassé de sa place par l’air le plus élastique.

2°. Or comme le ressort de l’air augmente proportionnellement au poids qui le comprime, & que l’air plus comprimé est plus dense que l’air moins comprimé, tous les vents iront du lieu où l’air est le plus dense dans ceux où il est le plus rare.

3°. L’air le plus dense étant spécifiquement plus pesant que le plus rare, toute légéreté extraordinaire de l’air produira nécessairement un vent extraordinaire, ou une tempête. Il n’est donc pas étonnant qu’on s’attende à un orage, lorsqu’on voir baisser considérablement le barometre. Voyez Barometre.

4°. Si l’air vient à être soudainement condensé dans quelqu’endroit, & si cette altération est assez grande pour affecter le barometre, il y aura un vent qui soufflera.

5°. Mais comme l’air ne sauroit être condensé soudainement, qu’il n’ait été auparavant raréfié considérablement ; l’air sera agité du vent lorsqu’il se refroidira après avoir été violemment échauffé.

6°. De la même maniere si l’air vient à être soudainement raréfié, son ressort sera soudainement augmenté, ce qui le fera couler aussitôt vers l’air contigu, sur lequel n’agit point la force raréfiante. Ensorte que dans ce cas, le vent viendra de l’endroit où l’air sera soudainement raréfié.

7°. Le soleil dont la force pour raréfier l’air est connue, doit avoir une grande influence sur la production des vents. Ces dernieres lois de la production des vents, ne paroissent pas s’accorder trop bien avec les premieres ; par ces dernieres, on prétend sans doute expliquer comment la chaleur du soleil doit faire mouvoir l’atmosphere d’orient en occident, & par celles qu’on a données d’abord, il sembleroit qu’on pourroit expliquer de même comment le soleil feroit mouvoir l’atmosphere dans un sens contraire, si en effet elle se mouvoit ainsi. Telle est la nature de presque toutes les explications que les physiciens essayent de donner des différens phénomenes de la nature ; elles sont si vagues & si peu précises, qu’elles pourroient servir à rendre raison de phénomenes tout contraires. Voyez Chaleur, Rarefaction.

8°. Il sort pour l’ordinaire des caves, un vent qui est plus ou moins fort suivant les circonstances.

On connoit par expérience les vents qui s’élevent, ou les changemens qui leur arrivent, par le moyen des girouettes qui sont au-dessus des maisons ; mais on ne connoit par ce moyen que les vents qui soufflent à la hauteur où ces girouettes sont placées, & M. Wolf assure d’après des observations de plusieurs années, que les vents plus élevés qui poussent les nuages, sont différens de ceux qui font tourner les girouettes. M. Derham de son côté, a fait des remarques qui ne s’éloignent pas de celle-là. Physic. Théol. l. I. c. ij.

Cet auteur rapporte qu’en comparant plusieurs suites d’observations faites en Angleterre, en Irlande, en Suisse, en Italie, en France, dans la nouvelle Angleterre, &c. on trouve que les vents qui soufflent dans ces différens pays, ne s’accordent gueres communément, excepté lorsqu’ils sont d’une violence extraordinaire, & qu’ils soufflent pendant un tems considérable du même côté, & plus, suivant lui, lorsque ces vents sont au nord ou à l’est, que dans les autres points. Il remarque encore que les vents qui sont violens dans un lieu, sont souvent foibles ou moderés dans un autre, suivant que ce second lieu est plus ou moins éloigné du premier. Phil. Trans. n°. 267. & 321.

Lois de la force & de la vîtesse du vent. Le vent n’étant autre chose qu’une agitation dans l’air, c’est à-dire dans un fluide sujet aux mêmes lois que les autres, sa force pourra s’estimer exactement. « Ainsi la raison de la pesanteur spécifique de l’air à celle d’un autre fluide, étant donnée avec l’espace que ce fluide poussé par la pression de l’air, décrit dans un tems donné ; on pourra trouver l’espace que l’air poussé par la même force, décrira dans le même tems, en employant la regle suivante ».

1°. La pesanteur spécifique de l’air est à celle de tout autre fluide, en raison renversée du quarré de l’espace que ce fluide, poussé par une force quelconque, parcourt dans un tems donné, au quarré de l’espace que l’air décrit dans le même tems, en vertu de la même impulsion. Supposant donc que la proportion de la pesanteur spécifique de cet autre fluide à celle de l’air, soit celle de b à c, & que l’espace parcouru par ce même fluide, soit s, tandis que celui qui est parcouru par l’air dans le même tems, est nommé x, on aura par cette regle ainsi si l’on veut que l’eau poussée par une force donnée, fasse deux piés dans une seconde de tems, on aura , & la pesanteur spécifique de l’eau étant supposée à celle de l’air, comme 970 à 1, b sera 970, & , ce qui donnera piés. Dans ce cas la vîtesse du vent sera à celle de l’eau mue par la même force, comme 623 à 2, ou ce qui revient au même, lorsque l’eau fera 2 piés dans une seconde, l’air en fera 623.

2°. Il suit de la même formule que c’est-à-dire que l’espace parcouru dans un tems donné, par un fluide, en vertu d’une impression quelconque, se trouve, en prenant d’abord la quatrieme proportionnelle à trois nombres dont les deux premiers expriment le rapport des pesanteurs spécifiques des deux fluides, & dont le troisieme exprime l’espace parcouru par le vent, dans le tems donné ; & en prenant ensuite la racine quarrée de cette quatrieme proportionnelle.

M. Mariote ayant trouvé par différentes expériences qu’un vent passablement fort fait parcourir à l’air 24 piés dans une seconde, on trouvera l’espace que l’eau poussée par la même force que l’air parcourroit dans le même tems, en faisant c = 1, x = 28, b = 970, car on aura alors s, ou l’espace cherché =

3°. La vîtesse du vent étant donnée, on déterminera la pression capable de produire cette vîtesse, par la regle suivante : l’espace parcouru par le vent, dans une seconde de tems, est à la hauteur qu’un fluide devroit avoit dans un tube vuide, pour avoir une pression capable de donner cette vitesse, dans la raison composée de la pesanteur spécifique de ce fluide, à celle de l’air, & du quadruple de la hauteur qu’un corps parcourt en tombant pendant une seconde, à cet espace dont on vient de parler, parcouru par l’air dans une seconde.

Plusieurs physiciens ont essayé de mesurer la vîtesse des vents, en lui donnant à emporter de petites plumes & d’autres corps légers ; mais les expériences qu’on a faites sur ce sujet, s’accordent fort peu entre elles. M. Mariotte prétend que la vîtesse du vent le plus impétueux, est de 32 piés par seconde. M. Derham la trouve environ deux fois plus grande.

Il a fait ses expériences avec des plumes légeres, & de la semence de pissenlis, que le vent emporta avec la même rapidité que l’air même. Il fit en 1705, le 11 Août, un furieux orage qui renversa presque tout un moulin à vent. Le vent qui souffloit alors, parcouroit 66 piés d’Angleterre dans une seconde, & par conséquent 45 milles d’Angleterre dans l’espace d’une heure ; mais l’orage extraordinaire de 1703. fut encore plus furieux, puisqu’alors le vent parcouroit 50 à 60 milles en une heure. Ces vents rapides ont quelquefois tant de force qu’ils renversent presque des rocs entiers, & qu’ils déracinent des arbres de 100 & 200 ans, quelque gros qu’ils puissent être.

Il y a au-contraire d’autres vents dont le cours est si lent qu’ils ne sauroient dévancer un homme à cheval ; d’autres ont une vîtesse médiocre, & ne parcourent que dix milles d’Angleterre par heure. M. Formey.

La force du vent se détermine par une machine particuliere qu’on appelle anemometre, laquelle étant mise en mouvement par le moyen d’ailes semblables à celles d’un moulin à vent, éleve un poids qui s’écartant de plus en plus du centre du mouvement, en glissant le long d’un bras creusé en gouttiere & adapté sur l’aissieu des voiles, résiste d’autant plus qu’il est plus élevé, jusqu’à ce que devenant en équilibre avec la force du vent sur les voiles, il en arrête le mouvement. Une aiguille fixée sur le même axe à angle droit avec le bras, montre en s’élevant ou en en descendant, la force du vent sur une espece de cadran divisé en degrés. Voyez Anemometre.

On trouvera dans le traité du navire de M. Bouguer, la description d’un anemometre, que cet habile géometre a inventé, & auquel nous renvoyons. Ce n’est autre chose qu’un morceau de carton appliqué à un peson d’Allemagne. M. Poleni a aussi donné la description d’un instrument semblable, dans la piece qui a remporté le prix de l’académie en 1733.

Qualités & effets du vent. 1°. « Un vent qui vient du côté de la mer, est toujours humide, & de plus froid en été & chaud en hiver, à moins que la mer ne soit gelée : ce qui peut se prouver ainsi ». Il s’éleve continuellement une vapeur de la surface de toute eau, & cette vapeur est beaucoup plus considérable qu’on ne peut l’imaginer lorsque l’eau est exposée à l’action des rayons du soleil ; c’est un fait qu’il est aisé de reconnoître, en exposant à l’air un vase rempli d’eau, & en remarquant que l’eau diminue sensiblement au-bout d’un assez petit espace de tems. Voyez Vapeur.

De-là il suit que l’air qui est au-dessus de la mer est chargé de beaucoup de vapeurs : or les vents qui viennent du côté de la mer, balayant & ramassant ces vapeurs, doivent être par conséquent humides.

De plus en été l’eau s’échauffe moins que la terre par l’action des rayons du soleil ; au-lieu qu’en hiver l’eau de la mer est plus chaude que la terre, qui est souvent couverte de glace & de neige : or comme l’air qui est contigu à un corps, partage son degré de froid ou de chaud, il s’ensuit que l’air contigu à la mer est plus chaud en hiver que celui qui est contigu à la terre ; & que le même air est réciproquement plus froid en été. On peut dire encore que les vapeurs que l’eau exhale en hiver, étant plus chaudes que l’air dans lequel elles s’élevent, ainsi qu’on le peut juger par la condensation de ces vapeurs qui les rend visibles aussitôt qu’elles s’élevent dans l’air ; il faut que ces vapeurs échauffent continuellement la partie de l’atmosphere qui est au-dessus de la mer, & en rendent la chaleur plus considérable que dans celle qui est au-dessus de la terre ; mais en été, les rayons du soleil réfléchis de la terre dans l’air, étant en bien plus grand nombre que ceux qui sont réfléchis de l’eau dans l’air, l’air contigu à la terre échauffé par une plus grande quantité de rayons que celui qui est contigu à la mer, sera par conséquent plus chaud. De tout-celà il s’ensuit que les vents de mer produisent des tems épais & couverts, & des brumes.

2°. « Les vents qui viennent des continens sont toujours secs, chauds en été, & froids en hiver » : car comme il s’éleve beaucoup moins de vapeurs de la terre que de l’eau, il faut aussi que l’air qui est au-dessus des terres soit beaucoup moins chargé de vapeurs que celui qui est au-dessus des mers. D’ailleurs les vapeurs ou exhalaisons qui s’élevent de la terre, par les grands degrés de chaleur, sont beaucoup plus déliées & moins sensibles que celles qui viennent de l’eau. Il faut donc que le vent qui vient du continent amene peu de vapeur, & qu’il soit par conséquent sec. De plus la terre étant plus échauffée dans l’été, que ne l’est l’eau, quoique exposée aux mêmes rayons du soleil, il faut donc que l’air qui est contigu à la terre, & par conséquent le vent qui vient de terre, soit plus chaud que celui qui vient de la mer : on verroit de la même maniere que les vents de terre doivent être plus froids en hiver que les vents de mer ; & on verroit aussi que ces mêmes vents de terre, en hiver, doivent rendre le tems froid, clair & sec. Voyez Tems.

Quoi qu’il en soit, les vents du nord & du sud, qui sont communément estimés les causes des tems froids & des tems chauds, doivent être plutôt regardés, suivant M. Derham, comme les effets du froid & du chaud de l’atmosphere : car nous voyons fréquemment un vent chaud de sud se changer subitement en un vent de nord, s’il survient de la neige ou de la grêle ; & de même le vent qui est au nord, dans une matinée froide, se changer en vent de sud quand le soleil a échauffe la terre, & retourner ensuite sur le soir au nord ou à l’est, lorsque la terre se refroidit. Voyez à l’article du Barometre, les effets du vent sur le barometre.

La nature qui ne fait rien d’inutile, sait mettre les vents à profit : ce sont eux qui transportent les nuages, pour arroser les terres, & qui les dissipent ensuite pour rendre le beau tems ; leurs mouvemens purifient l’air, & la chaleur ainsi que le froid se transmettent d’un pays à un autre. Quelquefois aussi les vents nous sont nuisibles, comme lorsqu’ils viennent d’un endroit mal sain, ou lorsqu’ils apportent des graines de mauvaises plantes dans des endroits où on desireroit qu’il n’en crût point. Quel secours ne tirons-nous pas des moulins à vent, pour moudre le grain, extraire l’huile des semences, fouler les draps, &c. De quelle utilité le vent n’est-il pas à la navigation ? le secours du vent est si commode, & ses avantages sont si bien connus, que nous nous en procurons souvent quand nous en manquons : le forgeron se sert d’un soufflet pour allumer son feu ; le boulanger nettoie son blé en le faisant passer devant une espece de roue, qui en agitant l’air, chasse la poussiere, &c.

Vent, dans la Navigation, est l’agitation de l’air considérée comme servant à faire mouvoir les navires. Voyez Navigation.

La division des vents dans la Navigation est relative aux points de l’horison d’où ils soufflent, en cardinaux & collatéraux.

Les vents cardinaux sont ceux qui soufflent des points cardinaux, c’est-à-dire de l’est, de l’ouest, du nord & du sud. Voyez Cardinal.

Les vents collatéraux sont ceux qui sont entre les vents cardinaux. Le nombre de ces vents est infini, ainsi que les points d’où ils soufflent. Mais il n’y en a qu’un petit nombre qu’on considere dans la pratique, ou plûtôt auxquels on ait donné des noms particuliers.

Les Grecs ne considérerent d’abord que les quatre vents cardinaux ; ils y joignirent ensuite quatre autres vents collatéraux. Quant aux Romains, ils ajouterent aux quatre vents cardinaux vingt vents collatéraux, auxquels ils donnerent des noms particuliers qu’on trouve dans Vitruve.

Les modernes dont la navigation est beaucoup plus perfectionnée que celle des anciens, ont donné des noms à vingt-huit des vents collatéraux qu’ils partagent en principaux & secondaires ; divisant ensuite les secondaires en premiere & seconde espece. Voy. Rhumb. Les noms françois des rhumbs & des vents collatéraux principaux sont composés des noms cardinaux, & sont toujours précédés de nord ou de sud.

Les noms des vents collatéraux secondaires du premier ordre sont composés des noms des cardinaux & des principaux collatéraux dont ils sont voisins. Ceux du second ordre sont composés des noms des cardinaux ou principaux collatéraux voisins, en y ajoutant le nom du cardinal ou du collatéral principal le plus proche précédé du mot quart. Les Latins avoient donné des noms particuliers à chacun de ces vents. On trouvera tous ces noms dans la table suivante.

Noms des rhumbs de vent. Distance
François. Latins & Grecs. du nord.
1. Nord. Septentrio, ou boreas. 0°. 0′.
2. Nord-quart-nord-est. Hyperboreas, hypaquilo gallicus. 11. 15.
3. Nord-nord-est. Aquilo. 22. 30.
4. Nord-est-quart-nord-est. Mesoboreas, mesaquilo supernas. 33. 45.
5. Nord-est. Arcta peliotes, bora peliotes, gracus. 45.
6. Nord-est-quart-est. Hypocasias. 56. 15.
7. Est-nord-est. Cæsias, hellespontius. 67. 30.
8. Est-quart-nord-est. Mesocæsias, carbas. 78. 45.
    de l’est.
9. Est. Solanus, subsolanus, apeliotes. 0°. 0′.
10. Est-quart-sud-est. Hypeurus, ou hypereurus. 11. 15.
11. Est-sud-est. Eurus, ou Volturnus. 22. 30.
12. Sud-est-quart-est. Meseurus. 33. 45.
13. Sud-est. Notapeliotes, Euroaufler. 45.
14. Sud-est-quart-sud. Hypophænia. 56. 15.
15. Sud-sud-est. Phænix, phænicias, leuco-nocus, gangeticus. 67. 30.
16. Sud-quart-sud-est. Mesophænix. 78. 45.
    du sud.
17. Sud. Auster, notus, meridies. 0°. 0′.
18. Sud-quart-sud-est. Hypolibonotus, alsanus. 11. 15.
19. Sud-sud-ouest. Libonotus, notolybicus, austro-africus. 22. 30.
20. Sud-ouest-quart-sud. Mesolibonotus. 33. 45.
21. Sud-ouest. Noto-zephytus, noto-lybicus, africus. 45.
22. Sud-ouest-quart-ouest. Hypolibs, hypefricus, subvesperus. 56. 15.
23. Ouest-sud-ouest. Libs. 67. 30.
24. Ouest-quart-sud-ouest. Mesolibs, mezozephyrus. 78. 45.
    de l’ouest.
25. Ouest. Zephyrus, favonius, occidens. 0°. 0′.
26. Ouest-quart-nord ouest. Hypergestes, hypocorus. 11. 15.
27. Ouest-nord-ouest. Argestes, caurus, corus-japix. 22. 30.
28. Nord-ouest-quart-ouest. Mesargetes, mesocorus. 33. 45.
29. Nord-ouest. Zephyro-boreas, boro-lybicus, olymbias. 45.
30. Nord-ouest-quart-nord. Hypocircius, hypo-thrascias, scirem. 56. 15.
31. Nord-nord-ouest. Circius-thrascias. 67. 30.
32. Nord quart-nord-ouest Meso-circius. 78. 45.

Les noms anciens joints ici aux modernes, à la maniere du p. Riccioli, ne sont pas précisément les mêmes que ceux que les anciens avoient donnés aux vents ; mais ce sont seulement les noms qui suivant leurs dénominations doivent exprimer les vents des modernes. Car la division des anciens n’étant pas la même que la nôtre, les noms dont ils se sont servis ne peuvent pas exprimer exactement nos vents.

Quant aux vrais noms anciens des vents qui, suivant Vitruve, sont au nombre de vingt-quatre, ils sont tous exposés dans la table suivante.

Noms des vents. Distances
du nord.
Noms des vents. Distances
de l’ouest.
1. Septentrio. 0°. 0′. 7. Salanus. 0°. 0′.
2. Gallicus. 15 8. Ornithias. 15
3. Supernas. 30 9. Cæcias. 30
4. Aquilo. 45 10. Eurus. 45
5. Boreas. 60 11. Volturnus. 60
6. Carbas. 75 12. Euronotus. 75
Noms des vents. Distances
du sud.
Noms des vents. Distances
de l’est.
13. Auster. 0°. 0′. 19. Favonius. 0°. 0′.
14. Alsanus. 15 20. Etesiæ. 15
15. Libonotus. 30 21. Circius. 30
16. Africus. 45 22. Caurus. 45
17. Subvesper. 60 23. Corus. 60
18. Argestes. 75 24. Thrascias. 75

Quant à l’usage des vents dans la Navigation, voyez Navigation, Rhumb, &c.

Vent, (Marine.) c’est un mouvement de l’air, qui a des directions différentes, & qui sert par-là à pousser les vaisseaux à quelque endroit de la terre qu’ils veuillent aller. C’est donc une connoissance essentielle pour les marins que celle des vents. Aussi tous les navigateurs intelligens se sont attachés à les observer dans leurs voyages, & à en tenir compte : & voici un précis du fruit de leurs observations.

1°. Entre les tropiques, le vent d’est souffle pendant tout le cours de l’année, & ne passe jamais le nord-est ou sud-est.

2°. Hors les tropiques on trouve des vents variables, qu’on appelle vents de passages, dont les uns soufflent tous d’un même côté, & dont les autres sont périodiques, & soufflent pendant six mois d’un certain côté, & pendant les six autres mois d’un autre côté. On donne à ceux-ci le nom particulier de moussons. Dans la grande mer du Sud, dans la partie de la mer des Indes qui est au sud de la ligne, dans une partie de la mer du nord, & dans la mer Ethiopique, le vent d’est souffle toujours depuis 30 deg. de latit. boréale, jusqu’à 30 deg. de latit. méridionale ; mais il est plus méridional au sud de l’équateur, savoir sur l’est-sud-est ; & plus septentrional au nord de l’équateur, à environ est-nord-est.

Ceci doit s’entendre du vent de passage qui regne en plaine mer ; car à la distance de 150 ou 200 milles des côtes, le vent de passage souffle dans la grande mer du Sud, du côté de l’ouest de l’Amérique méridionale ; ce qui est causé vraissemblablement en partie par les côtes, & en partie par ces hautes montagnes qu’on appelle les Andes. Du côté de l’est des côtes ce vent souffle jusqu’auprès du rivage, & il se mêle même avec les vents des côtes. Enfin au bord de la mer Indienne regne le vent ordinaire de passage, depuis Octobre jusqu’en Avril, & il est diamétralement opposé dans les autres mois.

3° Le long de la côte du Pérou & de Chili, regne un vent de sud, de même que le long de la côte de Monomotapa & de celle d’Angola, il y a presque toujours aux environs de la côte de la Guinée un vent de sud-ouest.

4°. On divise les vents qui soufflent près des côtes, en vents de mer, & en vents de terre. Le vent de mer s’éleve en plusieurs endroits sur les 9 heures du matin, & il augmente toujours jusqu’à midi ; après quoi il décroît jusqu’à 3 heures après midi, où il cesse entierement : ce vent souffle droit sur la côte lorsque le tems est serain. Les vents de terre les plus forts se font sentir dans les baies profondes, & presque point, ou fort peu, dans les côtes élevées.

5°. Les grandes tempêtes, les vents violens & momentanés, & encore ceux qui soufflent de tous côtés, que les marins appellent travades ou ouragans ; & les vents qui accompagnent les orages, n’entrent point dans l’histoire des vents, parce qu’ils ne sont point de longue durée.

Ce n’est point ici le lieu de rechercher la cause des vents ; il faut recourir pour cela à l’article vent du Diction. universel de mathématique & de physique, où l’on trouvera le titre des ouvrages qui contiennent des connoissances plus détaillées sur le météore qui vient de faire le sujet de cet article. Voyez encore les articles suivans à l’égard des noms des vents. Voyez Rose de vent. Voyez Marine, Pl. XXI. fig. 3. Les noms des 32 rumbs des vents de la boussole.

Vent alisé, nom qu’on donne au vent qui souffle entre les tropiques, presque toujours du même côté ; savoir depuis le nord-est jusqu’à l’est, au nord de la ligne ; & depuis le sud-est jusqu’à l’est, au sud de la ligne.

Vent arriere, on appelle ainsi le vent dont la direction ne fait qu’une même ligne avec la quille du vaisseau.

Vent d’amont, vent d’orient qui vient de terre : on l’appelle sur les rivieres vent solaire ou vent équinoxial.

Vent d’aval, vent malfaisant qui vient de la mer & du sud ; c’est aussi l’ouest & le nord-ouest.

Vent de bouline, c’est un vent dont la direction fait un angle aigu avec la route du vaisseau. Voyez Aller à la bouline.

Vent de quartier, nom qu’on donne au vent qui est perpendiculaire à la route du vaisseau.

Vent en pouppe, voyez vent arriere.

Vent en pouppe largue la soute, cela signifie que le vent étant bon de bouline, on peut donner des vivres à l’équipage comme à l’ordinaire, supposé qu’on en eût retranché.

On dit encore que le vent en pouppe fait trouver la mer unie, parce qu’on ne se sent point alors de l’agitation de la mer.

Vent largue, nom d’un vent qui fait un angle obtus avec la route. Voyez Largue.

Vent routier, vent qui sert pour aller & pour venir en un même lieu.

Vents variables, ce sont des vents qui changent & qui soufflent tantôt d’un côté, tantôt d’un autre.

On appelle encore sur mer vent à pic, un vent qui n’a point de direction determinée ; & on dit que le vent est au soleil, lorsqu’il n’y a point de vent.

Vent, au plus près de, terme de Marine. Voyez Aller au plus près du vent.

Vent, (Critique sacrée.) ἄνεμος ; ce mot, outre sa signification ordinaire, désigne les parties de la terre d’où les vents soufflent. Les anges assembleront les élus des quatre vents, c’est-à-dire d’un bout du monde à l’autre, Matth. xxiv. 31. Les vents dans Zach. vj. 5. marquent les quatre monarchies qui se sont succédées ; comme les vents regnent successivement dans l’air, ils se prennent figurément pour des ennemis puissans : Inducam quatuor ventos a quatuor plagis cœli. Jérém. xlix. 35. c’est-à-dire je ferai fondre de toutes parts des ennemis sur les Elamites. Enfin ventus urens, un vent brûlant, dénote un malheur inopiné, Job. xxvij. 21. Pascere ventum, c’est prendre des peines inutiles. Seminare ventum, c’est perdre son travail. Observare ventum, c’est laisser échapper l’occasion par trop de circonspection. (D. J.)

Vent, (Physiolog.) les vents qui sortent soit par la bouche, soit par l’anus, sont de l’air que ces visceres chassent de leur cavité, en se mettant dans une contraction assez forte, pour surmonter les puissances qui s’opposent à la sortie des matieres contenues dans ces cavités. Ces puissances sont deux sphincters, dont l’un ferme l’orifice supérieur de l’estomac, & l’autre l’anus. Quant à ce qui concerne les vents, comme maladie, Voyez Flatuosité. (D. J.)

Vent, (Maréchal.) avoir du vent, se dit d’un cheval qui commence à devenir poussif. Porter le nez au vent, ou porter au vent, c’est la même chose. Voyez Porter.

Vent du boulet, c’est dans l’artillerie, la différence qu’on observe entre le calibre de la piece & celui du boulet, afin qu’il y entre facilement & qu’il en sorte de même, sans causer beaucoup de frottement dans l’ame du canon ; ce qui rallentiroit le mouvement du boulet, & useroit le métal de la piece trop promptement. Voyez Boulet.

Vent, (Jardinage.) le vent est l’élément le plus nuisible aux jardins, c’est une agitation violente de l’air. Les Jardiniers & les Vignerons en craignent de plusieurs sortes.

Il y a le vent d’amon, celui d’aval, de galerne, de bise, les vents roux & ceux du nord.

Le vent d’amon est un vent de terre, il vient d’orient ou du levant.

Celui d’aval ou d’abas est son opposé, c’est un vent de mer ; il vient d’occident ou du couchant, & est très-malfaisant.

Le vent de galerne vient d’orient, & est très-froid ; il gele ordinairement les vignes & les fruits ; les Italiens l’appellent graco, il souffle entre l’orient & le septentrion.

Le vent de bise est un vent froid & sec, qui gele les vignes & perd les fleurs. Il regne dans le fort de l’hiver, & souffle entre l’est & le septentrion : sur l’Océan on l’appelle nord, & les Italiens le nomment la tramontana, ainsi le vent du nord & celui de bise sont les mêmes.

Le roux-vent ou le vent-roux est un vent froid & sec, que les Jardiniers craignent beaucoup dans le mois d’Avril, parce qu’il gâte les jets tendres des arbres fruitiers, ce qui fait recoquiller leurs feuilles.

Les modernes distinguent les quatre vents cardinaux en trente-deux parties égales ou rumbs, ce qui regarde plus la navigation que l’agriculture & le jardinage.

On dit encore en parlant des arbres, un arbre à plein-vent, c’est-à-dire en plaine campagne ou isolé dans un verger.

Vent, terme de Fauconnerie, aller contre le vent se dit quand l’oiseau vole, ayant le bec tourné du côté du vent ; aller vau le vent, c’est quand il a le balai ou queue tournée contre le vent ; bander le vent se dit de l’oiseau, quand il tient les chemins & fait la cresserelle ; chevaucher le vent, tenir le bec au vent, c’est quand l’oiseau résiste au vent sans tourner la queue ; prendre le haut-vent se dit quand l’oiseau vole au-dessus du vent ; vent léger, c’est celui qui est doux, gracieux & propre pour bien voler ; vent clair est celui souffle lorsque le tems est beau & serain.

Vents, (Mythologie.) les vents nuisibles étoient, selon Hésiode, fils des géans Typhéus, Astréus & Persée ; mais les vents favorables, savoir Notus, Borée & Zéphire, étoient enfans des dieux. Homere & Virgile établissent le séjour des vents aux îles Eoliennes. C’est-là, dit le poëte latin, que dans un antre vaste & profond Eole tient tous les vents enchaînés, tandis que les montagnes qui les renferment retentissent au-loin de leurs fureurs ; s’ils n’étoient sans cesse retenus, ils confondroient bien-tôt le ciel, la terre, la mer & tous les élémens.

L’antiquité païenne sacrifioit aux vents pour se les rendre favorables. Hérodote le dit des Perses. Xénophon rapporte dans l’expédition du jeune Cyrus, que le vent du nord causant un grand dommage à l’armée, un devin conseilla de lui sacrifier ; on obéit, & le vent cessa. Pausanias raconte qu’on voyoit près de l’Asope une montagne consacrée aux vents, & qu’un prêtre y faisoit chaque année des sacrifices pour appaiser leurs violences. Les Troyens étant prêts à s’embarquer, Anchise, pour se rendre les vents propices, immole une brebis noire aux vents orageux, & une blanche aux aimables zéphirs. Séneque assûre qu’Auguste étant dans les Gaules, dédia un temple au vent Circéus ; c’est le vent d’ouest ou quart de nord-ouest, que les Gaulois honoroient particulierement, dans la croyance qu’ils lui devoient la salubrité de l’air. Enfin on a découvert en Italie divers autels consacrés aux vents. (D. J.)

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Étymologie de « vent »

(c. 1050) Du moyen français vent, de l’ancien français vent, du latin ventum, accusatif singulier de ventus [1] [2].
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Wallon, vain ; provenç. vent, ven ; catal. vent ; espagn. viento ; ital. vento ; du lat. ventus ; comparez le goth. wajan, allem. wehen, venter, sanscr. vata, vent, , souffler.

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Phonétique du mot « vent »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
vent vɑ̃

Citations contenant le mot « vent »

  • […] Le vent redresse l'arbre après l'avoir penché. Charles de Gaulle, Le Fil de l'épée, Plon
  • Madame, il fait grand vent et j'ai tué six loups. Victor Hugo, Ruy Blas, II, 3, billet du roi à la reine
  • Il passe un vent de toute beauté sur l'Enfer […]. Patrice de La Tour du Pin, Une somme de poésie, Gallimard
  • Le vieux jour qui n'a pas de but veut que l'on vive Et que l'on pleure et se plaigne avec sa pluie et son vent. Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, dit O. V. de L. Milosz, Les Sept Solitudes, le Vieux Jour , Jouve
  • Le vent se lève ! Il faut tenter de vivre ! Paul Valéry, Charmes, le Cimetière marin Gallimard
  • Et je m'en vais Au vent mauvais Qui m'emporte Deçà, delà, Pareil à la Feuille morte. Paul Verlaine, Poèmes saturniens, Chanson d'automne , Messein
  • Qui observe le vent ne sème point, qui regarde les nuages ne moissonne pas. , Ancien Testament, Ecclésiaste XI, 4
  • Ils sèment le vent, ils récolteront la tempête. , Ancien Testament, Osée VIII, 7
  • Ah si je pouvais Ne plus jamais l'entendre Le soir sous la lune Il fait croire que l'on vient Le vent qui effleure les roseaux ! Minamoto no Sanetomo, Kinkai-shû, II, 426
  • Le vent purifie la route. De Sagesse hindoue / Les Purânas
  • Jeune gouvernement suit le vent. De Proverbe français
  • Petite pluie abat grand vent. De Proverbe français
  • Autant en emporte le vent. De François Villon / Ballade des proverbes
  • Qui sème le vent récolte la tempête. De Osée
  • L’arbre élevé attire le vent. De Proverbe chinois
  • Brebis tondue Dieu mesure le vent. De Proverbe français
  • Ne préfère pas le vent à l'eau. De Proverbe siamois
  • Au fou et au vent il faut livrer passage. De Proverbe espagnol
  • A pisser contre le vent, on mouille sa chemise. De Proverbe français
  • L'arbre devient solide sous le vent. De Sénèque
  • Qui sème le vent court après son chapeau. De Professeur Choron
  • La vie est une bougie dans le vent. De Proverbe japonais
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  • De nombreux produits, une fois triés, sont remis en vente à petit prix. « L'achat d'occasion aussi bien des vêtements que des jouets et différents objets d'équipement de la maison est tendance, insiste Delphine dans le rayon du prêt à porter. Aujourd'hui, il y a une prise de conscience, les gens consomment autrement, ils ne jettent plus et gaspillent de moins en moins ». Ce phénomène gagne même les centre-villes où s'implantent des friperies. leparisien.fr, Yvelines : Emmaüs et l’économie solidaire ont le vent en poupe - Le Parisien

Traductions du mot « vent »

Langue Traduction
Anglais wind
Espagnol viento
Italien vento
Allemand wind
Chinois
Arabe ريح
Portugais vento
Russe ветер
Japonais
Basque haize
Corse ventu
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Synonymes de « vent »

Source : synonymes de vent sur lebonsynonyme.fr

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