La langue française

Serré

Sommaire

  • Définitions du mot serré
  • Étymologie de « serré »
  • Phonétique de « serré »
  • Citations contenant le mot « serré »
  • Images d'illustration du mot « serré »
  • Traductions du mot « serré »
  • Synonymes de « serré »
  • Antonymes de « serré »

Définitions du mot « serré »

Trésor de la Langue Française informatisé

SERRÉ, -ÉE, part. passé et adj.

I. − Part. passé de serrer*.
II. − Empl. adj.
A. − [Corresp. à serrer II A]
1. [En parlant d'une partie du corps et, en partic., d'éléments symétriques] Tenu étroitement rapproché, fermé. Dents serrées. Il fit un tour dans la chambre (...), mais la main serrée convulsivement autour du manche de son poignard (Stendhal, Chartreuse, 1839, p. 137).Les camarades du cordonnier, désarmés, impuissants, regardaient, muets, pâles, les poings serrés dans leurs poches (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 53).
2. [En parlant d'une partie du corps] Contracté. J'avais l'estomac serré, ratatiné. Je ne mangeais pas de bon cœur (Duhamel, Confess. min., 1920, p. 40).Je courus presque à ma chambre, les tempes serrées d'une exaltation mauvaise (Gracq, Syrtes,1951, p. 124).
Expressions
Avoir la gorge serrée. Être incapable de parler, par suite d'une émotion. T'en viens-tu, la belle? Bernardette fit signe que non, la gorge serrée incapable de parler (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 131).
Avoir le cœur serré. Avoir de la peine ou éprouver de l'angoisse. J'ai le cœur serré en pensant à cette horrible exécution de demain (Hugo, Corresp., 1866, p. 557).Elle s'arrêta, balbutiante, les cils battants, le cœur serré d'angoisse (Duhamel, Suzanne, 1941, p. 94).
Avoir l'intestin, le ventre serré. Être constipé. (Dict. xixeet xxes.).
B. − [Corresp. à serrer II B]
1. [En parlant d'un lien] Tendu avec force autour de quelque chose. Nœud bien serré; cravate trop serrée. Tous tenaient leur crosse, le maillet au fer oblique, au long manche garni d'une ficelle fortement serrée (Zola, Germinal, 1885, p. 1372).Des cordages tendus d'un cap à l'autre et serrés autour des roches, pendaient des lignes où s'accrochaient encore les poissons (Queffélec, Recteur, 1944, p. 98).
Empl. adv. Elle fut, à grands coups de bâton, menée vers l'orme de Vaurus; elle y fut liée si serré, que les cordes entraient dans la chair (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 347).Ficelez-le serré, ce gros bourgeois, et qu'on le fouette au sang (Salacrou, Terre ronde, 1938, ii, 3, p. 200).
2.
a) [En parlant d'un vêtement] Ajusté ou trop ajusté. Une jupe serrée; gant serré au poignet, veston serré à la taille. Sur les murs, trois portraits, (...) celui du poète avec la grande redingote serrée au flanc et la chemise à jabot d'alors (Maupass., Contes et nouv., t. 1, J. Romain, 1886, p. 1293).Je portais (...) de petits vestons étriqués, des pantalons courts, serrés aux genoux (Gide, Si le grain, 1924, p. 405).
P. anal. Pansement serré. [Le nerf] peut également être comprimé par un plâtre de jambe trop serré (Quillet Méd.1965, p. 370).
Empl. adv. [Le docteur] recommanda à Madame Morin de ne pas m'emmailloter trop serré (France, Pt Pierre, 1918, p. 8).
b) [En parlant d'une pers. ou d'une partie de son corps] Étroitement maintenu, comprimé. Homme maigrelet serré dans ses habits; hanches serrées dans une jupe; tête serrée dans un bandage. La tante était une ancienne actrice presque très vieille, très serrée dans un corset (Jacob, Cornet dés, 1923, p. 113).
C. − [Corresp. à serrer II C; en parlant d'une pièce mobile, d'un dispositif de fixation ou de fermeture] TECHNOL. Fortement assujetti ou bloqué. Écrou bien serré; freins serrés à fond. Joint de culasse mal serré (Chapelain, Techn. automob., 1956, p. 352).
D. − [Corresp. à serrer II D]
1.
a) [En parlant d'une pers., d'une chose ou souvent, de plusieurs pers. ou choses] Très proche; très rapproché. Maisons serrées autour de l'église; élèves serrés autour du maître; être serrés comme des harengs/des sardines. Étienne, en se tournant, se trouva de nouveau serré contre Catherine (Zola, Germinal, 1885, p. 1163).Les lumières des boutiques, nombreuses et serrées en cet endroit, éclairaient vivement le trottoir (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p. 216).
[P. méton.] Se déplacer en colonne serrée, en rangs serrés. Une ligne serrée de bookmakers attendaient les parieurs (Zola, Nana, 1880, p. 1394).Un étrange gilet de soie, très ouvert, que fermait dans le bas un rang serré de petits boutons de nacre (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 47).
ART MILIT. Ordre serré. V. ordre I B 2 b β.
En partic. Où les lettres, les mots sont rapprochés. Écriture serrée. Le Matin (...) lança dans la circulation un article qui fit coup de canon: deux colonnes serrées, compactes, que précédait ce titre (...): Les scandales de l'Est deux soldats trouvés ivres morts (Courteline, Train 8 h 47, 1888, p. 229).Je t'ai écrit dimanche matin à Courgivaux huit pages serrées (Rivière, Corresp.[avec Alain-Fournier], 1908, p. 358).
Spécialement
CIN., TÉLÉV., SON. Montage serré. Montage dont le rythme vif et soutenu est obtenu par des raccords sans transition de plans sonores ou visuels; action de réaliser un tel montage (d'apr. franterm Néol. 1984). Monter serré. Réaliser un tel montage. (d'apr. franterm Néol. 1984)
MAN. Cheval serré du devant/du derrière. Cheval dont les membres antérieurs vus de face, ou postérieurs vus de l'arrière sont trop rapprochés (d'apr. Tondra Cheval 1979).
b) [En parlant d'une chose et, en partic., d'une matière] Dont les éléments constitutifs sont très proches et laissent peu d'intervalle entre eux. Synon. compact, dense.Bois, duvet, tissu serré; filets serrés; herbe, pluie serrée. L'eau entrerait par une écluse grillée, et sortirait par une claie bien serrée de l'autre côté (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 49).Avec leur bassin étroit, leur poil ras et serré, leur conformation fusiforme, ces phoques, excellents nageurs, sont difficiles à saisir dans la mer (Verne, Île myst., 1874, p. 135).
Café (bien) serré. Café express très fort. Une cafetière électrique, (...) pour deux à douze tasses, deux positions: café serré ou café allongé (L'Événement du Jeudi, 16 avr. 1987, p. 142, col. 4).
Empl. adv. Toi, ma chère, tu « boucles » assez serré, et puis tes cheveux font le nuage assez facilement (Colette, Cl. école, 1900, p. 269).[L'homme] dit qu'il a réussi à ramper jusqu'à T. 22; mais qu'au delà, il n'y avait matériellement pas moyen d'avancer; − C'est pas que j'avais peur, mon lieutenant. Mais ça tombait si serré... j'aurais été haché tout de suite (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 38).
2. Au fig.
a) [En parlant d'une chose]
α) Qui est exprimé avec un minimum de mots. Synon. concis.M. Leuwen fit un discours de dix minutes, serré, raisonné (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 232).Style trop serré. Le lecteur suffoque (Renard, Journal, 1901, p. 630).
P. méton., vx. [En parlant d'une pers.] Qui s'exprime de façon concise. Écrivain serré. (Dict. xixeet xxes.).
β) D'une stricte exactitude, d'une précision rigoureuse; qui ne laisse rien passer. Argumentation, critique, discussion serrée; analyse, étude, traduction serrée; contrôle, gestion serrée; éducation serrée. Tout ceci fut établi par Rouletabille grâce à un questionnaire très serré (G. Leroux, Parfum, 1908, p. 29).Mais la puissance des images ne fait pas tout. Patrick Poivre d'Arvor (...) accomplit aussi un travail journalistique remarquablement serré (Le Point, 29 mai 1978, p. 100, col. 1).
P. méton. [En parlant d'une pers.] Qui a beaucoup de rigueur, d'exigence. Logicien serré. (Dict. xxes.).
Empl. adv. De manière rigoureuse. Discuter serré. Après chaque couplet un peu long, où sans doute un de ses personnages avait raisonné juste et serré, il réfléchissait un moment, le temps de reprendre haleine, et je l'entendais qui disait: « Voyons, qu'allons-nous répondre? » (Fromentin, Dominique, 1863, p. 53).Dans ma famille on a toujours tenu très serré les domestiques (Gide, Si le grain, 1924, p. 385).
γ) En partic. [En parlant d'un affrontement, d'une compétition] Où les adversaires, de force sensiblement égale, se tiennent de très près. Match serré; partie serrée. La lutte sera serrée. Vous allez affronter des négriers. Il vous sera plus dur de lutter contre eux que contre des moulins (Maran, Batouala, 1921, p. 15).
Jeu serré. Manège prudent, stratégie menée avec vigilance. Un jeu serré, subtil, féroce, se joue entre la conversation et la sous-conversation. Le plus souvent, le dedans l'emporte (Sarraute, Ère soupçon, 1956, p. 122).
P. méton. [En parlant de l'arrivée d'une course ou des résultats d'une compétition sportive] Où les écarts entre les différents concurrents sont très faibles. Score serré. Arrivée très serrée entre les trois premiers (Le Sport Vélocipédique, 2 févr. 1884ds Petiot 1982).
Empl. adv. Jouer serré. V. jouer C.
b)
α) [En parlant d'une chose] Étroitement limité, restreint. Budget, emploi du temps serré; délais serrés. Cette usine ou cet atelier doivent assurer de très grosses productions, pour lesquelles s'imposent des prix de revient très serrés et un rendement très élevé (Brunerie, Industr. alim., 1949, p. 172).
β) [En parlant d'une pers.] Serré (de, par).Embarrassé par des difficultés financières. Être un peu serré. Quenu, serré d'argent, brutalisé parfois, était parfaitement heureux (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 646).
Fam. Qui limite trop étroitement ses dépenses. Synon. chiche.Il est un peu serré de bourse. Encore pourrait-on discuter sur la vanité des gens de la chapelle. C'est un quartier pur, à la fois riche et serré, ennemi de Dieu et du snobisme (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 21):
Comme les grandes folies, les grandes dépenses, les grandes magnificences intérieures des temps de François Iersont remplacées par des appartements sobres, des châteaux rigoureux, des salles nécessiteuses, des châteaux à faire des comptes, des grands logis de bourgeois serrés! Goncourt, Journal, 1865, p. 175.
Empl. adv. En restreignant le plus possible ses dépenses, à l'économie. Vivre serré. Skiez serré: la semaine en studio deux personnes avec forfait, remontées mécaniques 700 francs par personne (Le Nouvel Observateur, 27 sept. 1980, p. 117, col. 1).
E. − [Corresp. à serrer II E; en parlant d'une chose] Vieilli. Borné par des limites étroites. Synon. encaissé, enserré, resserré.Vallée profonde et serrée; fleuve serré entre des coteaux à vigne; ville serrée à l'intérieur de ses remparts. Un cimetière minuscule, serré entre deux logis, entasse les unes sur les autres ses trois douzaines de vieilles tombes (Farrère, Homme qui assass., 1907, p. 147).
Prononc.: [seʀe], [-sε-]. Fréq. abs. littér.: 3 690. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3 274, b) 5 366; xxes.: a) 6 926, b) 5 858. Bbg. Grundt (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen-Oslo-Transø, 1972, p. 153, 294.

Wiktionnaire

Adjectif 1

serré \se.ʁe\ ou \sɛ.ʁe\

  1. Trop ajusté.
  2. Très rapproché, étroit.
    • Les lignes sont serrées.
    • C’est écrit serré.
  3. (En particulier) Qualifie un cheval étroit du devant ou du derrière.
  4. Rigoureux.
    • Un style serré. — Une logique serrée, un raisonnement serré.
  5. (En particulier) Qualifie un jeu où l’on s’applique à ne pas faire de faute.
  6. (Vieilli) Avare, en manque d’argent, parcimonieux, qui ne dépense qu’à regret.
    • Un homme serré. — Je suis un peu serré ces derniers temps.
  7. (Marine) Qualifie une voile repliée, et attachée fortement contre la vergue.
    • J’ai grimpé avec le pilote à mon poste dans les barres de perroquet ; il gelait et nous remontions vers le Nord, les voiles serrées, contre un vent coupant et froid. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
  8. (Marine) Qualifie une allure de près, la plus proche possible du lit du vent.
    • On perd en vitesse ce qu’on gagne en cap, quand on navigue au près serré.
  9. Fermé
    • Garder le poing serré.

Adjectif 2

serré \se.ʁe\ ou \sɛ.ʁe\

  1. (Botanique) Dentelée, en parlant d'une feuille.

Adverbe

serré \se.ʁe\ ou \sɛ.ʁe\

  1. Avec circonspection, de manière à ne pas donner prise sur soi.

Forme de verbe

serré \se.ʁe\ ou \sɛ.ʁe\

  1. Participe passé masculin singulier du verbe serrer.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SERRER. v. tr.
Étreindre, presser. Serrer la main à quelqu'un. Je l'ai serré dans mes bras, contre mon cœur. Ces souliers sont trop étroits : ils me serrent. Absolument, Vous serrez trop fort. Ne serrez pas. Fig., Serrer les pouces à quelqu'un, Le contraindre, à force de menaces, à avouer la vérité. S'il n'avoue pas, serrez-lui les pouces. Il est vieux. Fig. et fam., Serrer la vis à quelqu'un, Exercer sur lui une contrainte rigoureuse. Fig., Cela serre le cœur se dit d'une Chose qui excite vivement la sensibilité, qui cause une grande pitié. Que la fièvre le serre! s'est dit, par imprécation, en parlant d'un Homme de qui l'on a à se plaindre.

SERRER signifie aussi Mettre près l'un de l'autre, rapprocher étroitement. Nous sommes trop serrés à cette table. Reculez-vous un peu, nous serons moins serrés. Serrez-vous les uns contre les autres. Il faut nous serrer davantage. Serrer les dents, Presser la mâchoire d'en bas contre la mâchoire d'en haut. Serrer son écriture, Rapprocher les lettres ou les lignes les unes des autres. Votre écriture est trop lâche, serrez-la davantage. Serrez davantage vos lignes. Fig., Serrer son style, Retrancher ce qu'il y a de superflu dans le style, écrire d'une manière très concise. Serrer les rangs se dit d'une Troupe de soldats ou de collégiens en marche dont les rangs tendent à s'espacer et qui les rapproche. On dit simplement Serrez à des troupes qui marchent et qu'on veut faire avancer plus diligemment. Se serrer contre le mur, Se mettre tout à fait contre. Serrer la muraille, Passer très près de la muraille. Serrer quelqu'un de près, Le poursuivre vivement. Serrer une femme de près, Lui faire une cour assidue et pressante. Serrer de près une ville, un fort, En presser le siège. En termes de Marine, Serrer les voiles, Plier les voiles. Serrer la terre, Ranger la terre. Serrer le vent, Aller au plus près du vent. Serrer la ligne, Tenir très près les uns des autres les vaisseaux qui forment une ligne de combat. Chaque vaisseau doit serrer sur son matelot d'avant, pour empêcher l'ennemi de couper la ligne.

SERRER signifie aussi Renfermer, ranger, mettre en lieu sûr, à l'abri. Serrer des vêtements, du linge. Serrez vos bijoux, votre argent. Je ne sais où j'ai serré ce papier. Le participe passé

SERRÉ s'emploie adjectivement. Un style serré. Un jeu serré, Un jeu où l'on s'applique à ne pas faire de faute. Une logique serrée, un raisonnement serré, Une logique rigoureuse, un raisonnement rigoureux. Avoir le cœur serré de douleur, de tristesse, etc., ou absolument Avoir le cœur serré, Avoir le cœur saisi de douleur. Un cheval serré du devant, du derrière, Un cheval étroit du devant, du derrière. Fig. et fam., Un homme serré, Un homme parcimonieux, qui ne dépense qu'à regret.

SERRÉ s'emploie aussi adverbialement. Jouer serré, Jouer avec une attention rigoureuse à ne pas faire de fautes, à ne rien négliger. Il signifie, figurément, Agir avec circonspection, de manière à ne pas donner prise sur soi.

Littré (1872-1877)

SERRÉ (sè-ré, rée) part. passé de serrer
  • 1Étreint, pressé. Nœud bien serré. Un homme serré dans ses souliers. Télémaque et Mentor, les larmes aux yeux, prennent congé du roi, qui les tient longtemps serrés entre ses bras et qui les suit des yeux aussi loin qu'il le peut, Fénelon, Tél. XXIII. Il [l'orang-outang] a les vertèbres du cou plus courtes [que l'homme], les os du bassin plus serrés, les hanches plus plates…, Buffon, Quadrup. t. VII, p. 85. Mes deux bras lui servirent de ceinture, très serrée à la vérité, mais sans se déplacer un moment, Rousseau, Conf. IV.

    Fig. L'âme, qui ne sent point qu'il puisse sortir d'elle autre chose que du mal, liée d'ailleurs et serrée par une main souveraine…, Bossuet, Ét. d'orais. X, 17.

    De la toile bien serrée, du drap bien serré, de la toile, du drap qui a été bien frappé, bien battu avec le peigne.

  • 2Rapproché. Il va les épaules serrées, le chapeau abaissé sur les yeux pour n'être point vu, La Bruyère, VI.

    Terme d'histoire naturelle. Se dit de parties qui sont dressées et rapprochées les unes des autres ou d'un axe commun.

    Terme de vénerie. Tête serrée, celle dont les perches sont rapprochées, en parlant du cerf.

  • 3Étroit. La retraite leur était difficile et par un lieu fort serré, Pellisson, Lett. hist. t. III, p. 227. Voyez comme la vertu est contrainte de marcher dans des voies serrées ; on la méprise, on l'accable, Bossuet, Sermons, Devoirs des rois, 2.

    Terme hippique. Un cheval serré du devant, du derrière, cheval étroit par le devant, par le derrière.

    Qui est à l'étroit. Ce fougueux l'Angeli [Alexandre] qui, de sang altéré, Maître du monde entier, s'y trouvait trop serré, Boileau, Sat. VIII.

    Resserré. Le chemin, serré entre l'Arve et le pied de la montagne, Saussure, Voy. Alpes, t. II, p. 145.

  • 4Dont les communications sont coupées. Quand les Gaulois, après avoir brûlé leur ville [des Romains], inondaient tout leur pays, et les tenaient serrés dans la capitale, Bossuet, Hist. III, 6.
  • 5Qui est mis près à près. Ils marcheront serrés dans leurs rangs, sans que jamais ils quittent leur route, Sacy, Bible, Joel, II, 7. Restait cette redoutable infanterie espagnole, dont les gros bataillons serrés… demeuraient inébranlables au milieu de tout le reste en déroute, Bossuet, Louis de Bourbon. Les Parthes, se séparant, se mirent de tous les côtés à tirer de loin, sans qu'il leur fût possible, quand ils l'auraient voulu, de manquer leurs coups ; tant le bataillon des Romains était serré, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IX, p. 501, dans POUGENS. Ô mes philosophes, il faudrait marcher serrés comme la phalange macédonienne ; elle ne fut vaincue que parce qu'elle combattit dispersée, Voltaire, Lett. d'Alemb. 23 juill. 1769. Ils volent serrés [les pinsons d'Ardenne], se posent et partent de même, Buffon, Ois. t. VII, p. 183.

    Terme d'architecture. Ordonnance serrée, se dit en parlant de colonnes plus serrées que de coutume.

  • 6Au trictrac, jeu serré, jeu qui n'est pas étendu, et où l'on ne se découvre point.
  • 7 Terme de médecine. Pouls serré, pouls dont les battements sont séparés par de courts intervalles, et se présentent durs et tendus. Le malade se plaignait de froid ; le pouls redevint serré, précipité, et la respiration laborieuse, Des Essartz, Instit. Mém. scienc. t. I, p. 443.

    Avoir le ventre serré, ne pas aller facilement à la garde-robe.

  • 8Poursuivi de manière à être près d'être saisi. Il se vit si serré, qu'il fut contraint de combattre sur le sommet de la montagne, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 459.
  • 9 Fig. Qui est concis, précis, qui n'a rien de trop, en parlant du style. Perse, en ses vers obscurs, mais serrés et pressants, Affecta d'enfermer moins de mots que de sens, Boileau, Art p. II. Lecteurs sages, remarquez que Pascal, ce coryphée des jansénistes, n'a dit dans tout ce livre sur la religion chrétienne que ce qu'ont dit les jésuites ; il l'a dit seulement avec une éloquence plus serrée et plus mâle, Voltaire, Pensées de Pascal, avertiss. Il [milord Tirconel, ambassadeur] a le discours serré et caustique, je ne sais quoi de franc que les Anglais ont, et que les gens de son métier n'ont guère, Voltaire, Lett. Mme Denis, 12 janv. 1751. En quoi consiste le style serré ? à mettre chaque idée à sa véritable place, D'Alembert, Œuv. t. III, p. 268. Cette langue forte et serrée qui semble indiquer bien plus de sentiments encore qu'elle n'en exprime, Staël, Corinne, XVI, 4.

    Il se dit aussi de l'écrivain lui-même. L'auteur est serré dans ses preuves, Bossuet, Expos. doctr. avert. Lettres. Quelque soin qu'on apporte à être serré et concis, et quelque réputation qu'on ait d'être tel, ils vous trouvent diffus, La Bruyère, I. Chilon était fort court et fort serré dans tous ses discours, Fénelon, Chilon.

  • 10 Fig. Un cœur serré, un cœur qui ne se dilate pas. Sentiez-vous cette douce paix sans laquelle le cœur demeure toujours serré et flétri au milieu des délices ? Fénelon, Tél. XVIII.

    Avoir le cœur serré de douleur, de tristesse, et, absolument, avoir le cœur serré, être très affligé. J'ai le cœur si serré que je ne puis parler, Tristan, Mariane, II, 1. J'ai le cœur serré de ma petite fille [Marie-Blanche] ; elle sera au désespoir de vous avoir quittée [pou être mise au couvent], Sévigné, à Mme de Grignan, 6 mai 1676. Nulle parole ne sortait de sa bouche [de Phérécyde] ; car son cœur était trop serré [à cause de la mort d'Hippias qu'il avait élevé], Fénelon, Tél. XVII. Il s'était retiré dans sa maison, le cœur serré de tristesse, Montesquieu, Lett. pers. 14.

    Avoir le gosier serré, ne pouvoir parler, à cause de l'émotion qu'on éprouve. Mme de Chaulnes avait les grosses larmes aux yeux, en me disant adieu avec un gosier serré, Sévigné, 25 mai 1689.

  • 11 Fig. et familièrement. Un homme serré, un homme avare, qui a de la peine à donner, à dépenser Les discours de son confesseur forcèrent Monsieur de vivre d'une manière qui pouvait passer pour serrée à son égard [quant à lui], Saint-Simon, 93, 219. On appelle ordinairement ces avares qui ne donnent pas, des gens serrés, des vilains, des ladres, Champagne, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. III, p. 100.
  • 12 Fig. Fortune serrée, situation où l'on est à l'étroit quant à l'argent. Une mère et un fils dans la fortune la plus serrée, Voltaire, Pol. et lég. Déclaration de M. de Voltaire.
  • 13Mis dans quelque lieu pour être gardé. Ses habits sont confiés à Bertrande, ses joyaux serrés par la bonne femme, Riccoboni, Œuv. t. V, p. 301, dans POUGENS.
  • 14 Adv. D'une manière serrée, près à près. M. d'Humières, quoiqu'il ait marché aussi serré qu'il a pu, a perdu deux cent quarante cavaliers, qui sont prisonniers à Mons, pour s'être écartés, tantôt les uns, tantôt les autres, Pellisson, Lett. hist. t. II, p. 83.
  • 15 Fig. Sans se compromettre, sans se découvrir. On s'était écouté l'un l'autre paisiblement ; on parlait de part et d'autre assez serré, Bossuet, Confér. avec Claude, 2.
  • 16Bien fort. Il gèle serré. Quand un coup il a desserré, Il en reçoit un bien serré, Scarron, Virg. VI. Je dormais bien serré, Dancourt, Sancho Pança, I, 12. Adieu, le vieux malade de Ferney vous embrasse bien serré, Voltaire, Lett. la Harpe, 22 janv. 1773. Je ne peux vous écrire de ma main ; j'ai la fièvre bien serré à Châlons, Voltaire, Lett. d'Argental, 12 sept. 1748. Il [le rat de Madagascar] mord assez serré, et ne s'apprivoise pas, Buffon, Quadrup. t. VIII, p. 216. Lorsqu'on voulait prendre ces oiseaux [des goëlands], ils cherchaient à mordre et pinçaient très serré, Buffon, Ois. t. XVI, p. 184.

    Mentir serré, bien serré, mentir effrontément.

    Jouer serré, ne point se hasarder, ne jouer qu'à beau jeu. Iras-tu à notre société demain ? je n'irai plus, moi ; on y joue trop petit jeu, et puis ils y ont admis des artistes ; cela joue serré, Picard, Manie de briller, I, 13.

    Fig. Jouer serré, agir avec prudence, avec réserve, de manière à ne pas se compromettre. Figaro : Voyons-le venir et jouons serré, Beaumarchais, Mar. de Fig. III, 5.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. SERRÉ.
2Ajoutez :

Les dents serrées, se dit quand on rapproche les mâchoires de manière que les dents d'en bas appuient fortement contre les dents d'en haut ; ce qui indique d'ordinaire un état spasmodique, une colère concentrée. Il avait le poing fermé, le visage en contraction, les dents serrées, Letourneur, Trad. de Clarisse Harlowe, lettre LXXVIII.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SERRE cheval, (Manege.) on nomme cheval serré un cheval qui s’étrécit, & ne s’étend pas assez d’une main à l’autre, qui ne prend pas assez de terrein. Quelquefois un cheval marche trop large, & quelquefois trop serré. Serrer la demi-volte, c’est faire revenir le cheval sur le même terrein où il a commencé la demi-volte. Ecole de cavalerie. (D. J.)

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Étymologie de « serré »

(Adjectif 1) Participe passé du verbe serrer.
(Adjectif 2) : Du latin serratus (« dentélé »).
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Phonétique du mot « serré »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
serré sɛre

Citations contenant le mot « serré »

  • « C’est le cœur serré que nous sommes contraints de reporter cette édition à 2021 ». , " C’est le cœur serré que nous sommes contraints de reporter cette édition" - Champagne FM
  • Tout le monde s'attend à une victoire assez facile du Club de Bruges en finale de la coupe de Belgique. Mais dans les faits cela pourrait être plus serré. Walfoot.be, Croky Cup: un duel plus serré qu'annoncé - Tout le foot | Walfoot.be

Images d'illustration du mot « serré »

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Traductions du mot « serré »

Langue Traduction
Anglais tight
Espagnol apretado
Italien stretto
Allemand fest
Chinois
Arabe ضيق
Portugais justa
Russe плотно
Japonais タイト
Basque estuak
Corse strettu
Source : Google Translate API

Synonymes de « serré »

Source : synonymes de serré sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « serré »

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