La langue française

Sauvage

Sommaire

  • Définitions du mot sauvage
  • Étymologie de « sauvage »
  • Phonétique de « sauvage »
  • Citations contenant le mot « sauvage »
  • Images d'illustration du mot « sauvage »
  • Traductions du mot « sauvage »
  • Synonymes de « sauvage »
  • Antonymes de « sauvage »

Définitions du mot sauvage

Trésor de la Langue Française informatisé

SAUVAGE, adj.

I. − Conforme à l'état de nature, qui n'a pas subi l'action de l'homme.
A. − [En parlant d'un animal] Qui vit en liberté dans la nature, à l'écart des influences humaines (v. fauve). Les bêtes sauvages de la jungle. Autrefois, (...) la Thrace (...) était habitée par des animaux sauvages et quelques hommes effrayés (Louÿs, Aphrodite,1896, p. 122).Des crépitements de bois dénoncent la retraite précipitée des bêtes sauvages rôdant aux alentours (Pergaud,De Goupil,1910, p. 95).
En partic. Qui n'est pas domestiqué (par opposition aux individus appartenant à la même espèce qui le sont). Chat, cheval, chien, taureau sauvage; oie sauvage. Les étangs, auprès des manoirs voisins, recélaient, (...) du canard sauvage (Villiers de l'I.-A.,Contes cruels,1883, p. 287).La dépouille d'un bœuf sauvage frais tué (Maran,Batouala,1921, p. 22).
P. ext. Difficile à apprivoiser. Le merle est très sauvage (Lar. Lang. fr.).
B. − [En parlant d'un végétal] Qui pousse naturellement sans être cultivé ni greffé, en particulier quand il s'agit de variétés d'espèces qui le sont généralement. Fleurs, fruits, plantes sauvages; abricotier, cerisier, groseillier, olivier, orchidée sauvage. Ce n'était plus que quelques plantes marines, quelques arbrisseaux sauvages (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 227).Un rosier grimpant furieux de sève et redevenu sauvage et dont les nœuds emmêlés et inextricables retombent du toit et des fenêtres crevés en une lourde masse sombre et parfumée (Cendrars,Bourlinguer,1948, p. 105).
[P. méton.;] [en parlant des fruits de ces végétaux] Un homme à qui il serait interdit (...) d'allumer du feu, de ramasser des baies sauvages, de cueillir des herbes et de les faire bouillir dans un morceau de terre cuite, cet homme-là ne pourrait vivre (Proudhon,Propriété,1840, p. 195).Pommes sauvages découvertes sous la pourriture humide des frondaisons déchues (Pergaud,De Goupil,1910p. 18).
C. − [En parlant d'un lieu, d'un site ou des éléments qui le constituent] Qui n'est pas marqué par l'intervention de l'homme; qui a gardé l'aspect de la nature vierge et présente un aspect peu hospitalier. Campagne, contrée, région, vallée sauvage; jardin sauvage; côtes, étendues, forêts, monts, rives sauvages. Les approvisionnements devenaient toujours plus difficiles dans ces pays sauvages remplis de landes, de broussailles (Erckm.-Chatr.,Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 184).Les vagues rongeaient la roche comme des rats. Tailladées, creusées, frappées de plein fouet, gigantesque et sauvage carrière abandonnée (...) les falaises, à grands pans de pierre, (...) descendaient dans la mer (Queffélec,Recteur,1944, p. 51).
GÉOGR. Eaux sauvages. Eaux de ruissellement abondantes, s'écoulant sur une pente forte. Des contrées où les eaux sauvages, torrentueuses, stagnantes, causes de destruction et d'émanations malfaisantes (...), remplacent ces fleuves, ces ruisseaux, ces lacs, ces eaux aménagées (Cournot,Fond. connaiss.,1851, p. 88).Les eaux sauvages n'agissent que là où le sol est privé de couvert végétal, soit naturellement, soit artificiellement (Plais.-Caill.1958).
D. − [En parlant d'un individu ou d'un groupe hum.] Qui vit à l'écart des formes de civilisation dites évoluées, qui est proche de l'état primitif. Peuple, tribu sauvage; Indiens à moitié sauvages. [Les lois] qu'Orphée, Osiris et les dieux mythologiques avaient établie afin de grouper dans les villes les pasteurs sauvages des montagnes, les chasseurs de la forêt (Adam,Enf. Aust.,1902, p. 192).Guillaume II (...) arme les multitudes sauvages de l'Asie blanche et de l'Afrique noire contre l'Angleterre et la France (Maurras,Kiel et Tanger,1914, p. 206).
Empl. subst. L'écolier que j'étais alors (...) rêvait de longues traversées, de naufrages dans des îles inconnues, d'aventures extraordinaires chez des sauvages armés d'une massue et coiffés d'un diadème de plumes (Coppée,Bonne souffr.,1898, p. 73).Comme les sauvages actuels, les hommes de ce temps [des premiers âges de l'humanité] se pliaient difficilement aux changements de toute sorte, et vivaient entre eux (Vidal de La Bl.,Princ. géogr. hum.,1921, p. 115).
Bon sauvage. [P. réf. à la théorie défendue par J.-J. Rousseau dès ses premiers écrits] Individu qui n'a pas été en contact avec la société et aurait gardé de ce fait certaines qualités considérées comme idéales. Votre bon sauvage m'a fait rire, franchement, quand il est à l'Opéra (Flaub.,Corresp., 1868, p. 392).Malgré sa vie à Taos et au Mexique, Lawrence n'a pas cru niaisement au « bon sauvage ». Je doute qu'il ait rien attendu ni espéré des Indiens (Mauriac,Journal 2, 1937, p. 110).
En partic. Enfant sauvage ou, p. ell., empl. subst. masc. Enfant abandonné, élevé par des animaux ou séquestré et traité comme un animal. Le sauvage de l'Aveyron a certainement la faculté de penser et d'articuler. Depuis deux ans, on l'instruit avec zèle et intelligence (Bonald,Législ. primit., t. 1, 1802, p. 248).Les expériences d'Itard sur le Sauvage de l'Aveyron servirent à fonder l'enseignement des anormaux. − Par la suite on a trouvé d'autres enfants sauvages ou enfants-loups, aux Indes par exemple (Lafon1969).
P. méton. [En parlant d'une chose] Relatif aux hommes sauvages ou aux civilisations primitives. Vie sauvage; mœurs sauvages; art, mélopée sauvage. Un autre [fétiche], de l'île de Pâques, qui est le premier objet sauvage que j'aie possédé (Breton,Nadja,1928, p. 123).
II. − Qui évoque l'état de nature, antérieur aux formes de civilisations dites évoluées.
A. − [En parlant d'une pers.] Qui s'accommode mal de la vie en société, fuit les contacts humains et recherche la solitude. Cet enfant est un peu sauvage. Ce garçon sauvage, accoutumé à se tapir loin du monde et de qui c'était l'unique souci de n'être pas vu (Mauriac,Baiser Lépreux,1922, p. 166):
1. Hier, en arrivant dans la ville où nous devions coucher, j'ai vite demandé ma chambre. − Allez-vous donc encore vous enfermer? m'a-t-elle dit; vous devenez bien sauvage. Elle avait l'air mécontent en disant cela; je l'ai suivie... Krüdener,Valérie,1803, p. 32.
Empl. subst. Personne qui se plaît à vivre seule, retirée. Synon. misanthrope, ours.Gavarni: tourne à l'ours, au sauvage, ne veut plus sortir, s'habiller, porter des souliers neufs ni de chemises amidonnées (...). Impossible de le faire sortir pour rien de sa solitude et de sa sauvagerie (Goncourt,Journal,1865, p. 149).Il n'était jamais question de l'avenir de ma sœur aînée, déjà majeure, mais étrangère à nous, étrangère à tous, volontairement isolée au sein de sa propre famille. − Juliette est une autre espèce de sauvage, soupirait ma mère (Colette,Sido,1929, p. 141).
P. méton. [En parlant d'une chose] Propre aux individus sauvages. Être d'une nature sauvage, d'un caractère sauvage; mener une vie sauvage et retirée. Le comte a paru mécontent de moi; il m'a reproché mon humeur sauvage (Krüdener,Valérie,1803p. 159).Paris m'éreinte (...). Depuis treize ans je ne vais plus dans le monde, je suis un homme de solitude et de plaisirs sauvages (Cocteau,Poés. crit. II,1960, p. 27).
B. − [En parlant d'une pers.] Dont le comportement est farouche, rude, grossier voire brutal. Je la devinai sauvage [sa mère], pleine de fausse gaîté et de malédictions (Colette,Naiss. jour,1928, p. 14):
2. Ces officiers qui cassent des glaces en gants blancs, qui savent le sanscrit et qui se ruent sur le champagne, qui vous volent votre montre et vous envoient ensuite leur carte de visite, cette guerre pour de l'argent, ces civilisés sauvages me font plus horreur que les cannibales. Flaub.,Corresp.,1871, p. 203.
Empl. subst. Individu grossier, inculte. Synon. ostrogoth.Traiter qqn de sauvage. Je me souviens d'avoir connu dans ma jeunesse une célèbre actrice (...) venant redemander ses lettres à un de mes amis; je n'ai jamais depuis retrouvé ce spectacle, cette fureur tranquille, cette impertinente majesté, cette attitude de sauvage (Balzac,Fille Ève,1839, p. 193).Je viens vous parler d'homme à homme. (...) il n'est que de parler pour s'entendre, et j'aime mieux vous voir avant d'aller plus loin. On n'est pas des sauvages, après tout! (Bernanos,Soleil Satan,1926, p. 62).
En partic. Enfant sauvage ou, p. ell., en empl. subst. Enfant dépourvu d'instruction et d'éducation, qui a grandi plus ou moins seul ou à l'écart des influences de la société. Synon. sauvageon (v. ce mot B 1).C'était encore une enfant sauvage, ses pieds étaient nus, sa peau hâlée, malgré son chapeau de paille (Nerval,Filles feu, Sylvie, 1854, p. 614).Je crains qu'un homme tel que vous ne puisse s'accommoder d'un petit sauvage qui, vingt fois le jour, vous offensera malgré lui (Bernanos,Soleil Satan,1926p. 120).
P. méton. [En parlant d'une chose] Propre aux individus sauvages. Manières, mœurs sauvages et farouches; désir, énergie sauvage. Elle me regarda fixement de son regard sauvage, et me dit : − J'ai toujours pensé que tu me tuerais (Mérimée,Carmen,1847, p. 69).Chaque mois, (...) un rapide courrier venait jeter à l'exilé des lambeaux déchirés de sa patrie. Il les rejetait avec ennui, puis se replongeait avec une joie sauvage dans sa solitude (Psichari,Voy. centur.,1914, p. 30).
C. − [En parlant d'une pers.] Qui rappelle les époques barbares de l'humanité par son caractère cruel, violent; qui a quelque chose d'inhumain. Synon. barbare, bestial, féroce.Assassin, ennemi sauvage. L'élégante femme avait disparu pour faire place à une créature sauvage, à une bête fauve qui, ne possédant plus d'autre arme offensive que son regard empoisonné, essayait d'en percer son ennemie (Ponson du Terr.,Rocambole, t. 3, 1859, p. 296).[Ravaillac] entendit en pleine chaire les prêtres (...) demander à grands cris s'il n'y aurait pas quelque cœur généreux, mâle ou femelle, pour délivrer ce pays du tyran, comme cette bonne dame Judith du sauvage Holopherne (Tharaud,Trag. de Ravaillac,1913, p. 18).
Empl. subst. Individu qui commet des actes de cruauté. Envahisseurs qui se conduisent en sauvages. D'une façon ou d'une autre, il fallait en finir, que ce fût gentiment, par des lois, par une entente de bonne amitié, ou que ce fût en sauvages, en brûlant tout et en se mangeant les uns les autres (Zola,Germinal,1885, p. 1256):
3. À quelques minutes d'intervalle, les mêmes personnes traitaient Alban de butor et de névrosé: aimer les taureaux prouvait tantôt qu'on avait trop de sang (...), tantôt qu'on avait le sang pauvre (...); Alban était un sauvage, un primitif, et en même temps une pâle fleur de décadence. Montherl.,Célibataires,1934, p. 390.
P. anal. [En parlant d'une chose] Qui a un caractère violent, cruel, barbare. Destruction, guerre, lutte, meurtre, viol sauvage; fureur, hurlement sauvage; coups sauvages. Le besoin de justice, (...) le culte de vérité, qui d'abord contrebalancent en nous les primitifs instincts de brutalité sauvage (Clemenceau,Vers réparation,1899, p. 200):
4. ... malgré son propre nez en sang qui lui pissait sur la chemise, il se releva dans un état d'exaltation. Il avait l'air sauvage, (...) il n'avait aucunement respecté les règles élémentaires de la boxe et de la savate contre son adversaire qui avait une oreille décollée, et gémissait en se tenant les couilles. Aragon,Beaux quart.,1936, p. 297.
D. − [En parlant d'une chose]
1. Qui évoque le caractère grandiose, farouche de la nature vierge ou des époques primitives. Parfum sauvage. L'odeur sauvage du sapin brûlé s'unissait à ces bruits montagnards (Senancour,Obermann, t. 2, 1840, p. 61).Sublime dernier acte de Carmen! et d'abord, la musique sauvage, haletante, éveillait dans mon sang cette fièvre que nous connaissions tous, d'avant la corrida (Mauriac,Journal 2,1937, p. 126).
2. Qui échappe aux règles établies, qui se fait en dehors de toute organisation officielle, qui a un caractère spontané et incontrôlable. Concurrence, dévaluation, immigration sauvage; architecture, industrialisation, urbanisme sauvage; affichage, grève, vente sauvage; psychanalyse sauvage. Le festival [de la photo, à Arles] sécrète déjà ses signes extérieurs de réussite. Son antifestival, par exemple. Un accrochage pirate sur les parois d'une camionnette, une expo sauvage aux pieds de la statue (Le Nouvel Observateur,26 juill. 1976, p. 39, col. 1):
5. Dans le héros Jean-Christophe luttent les deux éléments qui nous tourmentent et ont éternellement tourmenté le monde: le développement sauvage de l'individu, − et la fidélité humble et fière de l'individu à l'humanité. J.-R. Bloch, Dest. du S.,1931, p. 76.
En partic. Qui se pratique en dehors des endroits spécialement aménagés, à l'écart des circuits traditionnels. Camping, tourisme sauvage. Il reste [à Superdévoluy] des dizaines de km2de neige vierge que les amateurs aventureux de ski sauvage peuvent explorer (Le Point,26 avr. 1976,p. 104, col. 3).7 jours de randonnée sauvage dans les Cévennes méridionales et le Haut Languedoc (Le Nouvel Observateur,26 août 1978, p. 68, col. 4).
REM. 1.
Sauvagesque, adj.,hapax. Brutal, cruel. La mort du prince impérial, qui m'a frappé comme une image d'Épinal, tant elle est violente et sauvagesque, commence à devenir une scie; ne trouvez-vous pas? (Flaub.,Corresp.,1879, p. 283).
2.
Sauvagière, subst. fém.,hapax. Lieu où l'on se retire pour se mettre à l'abri des contacts humains. Elle raconte d'un air malheureux que tu es bien trop heureux dans ta sauvagière pour en sortir, simplement avec l'intention de nous voir (Bosco,Mas Théot.,1945, p. 237).
3.
Sauvagisme, subst. masc.,hapax. Synon. de sauvagerie (v. ce mot E).La barbarie sous ses deux formes, la barbarie voulue, le sauvagisme, et la barbarie souffrante, l'esclavage (Hugo,Corresp.,1867, p. 3).
Prononc. et Orth. : [sova:ʒ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. 1. 1121-34 adj. « (d'un animal) qui vit dans la nature; qui n'est pas domestiqué » Asne salvage (Philippe de Thaon, Bestiaire, 1828 ds T.-L.); 1690 « qui ne s'apprivoise pas facilement » (Fur.); 2. a) 1135 id. « (d'un homme) qui vit à l'écart de certaines formes de civilisation; rude, grossier » en partic. la gent sauvage « les Sarrazins par opposition aux chrétiens » (Couronnement Louis, éd. Y. G. Lepage, rédaction A-B, 384); 1596 subst. « homme, femme appartenant à une population primitive » (Hulsius); b) 1580 « qui est propre aux hommes primitifs » cette vie brutale et sauvage (Montaigne, Essais, éd. Villey-Saulnier, II, XII, 478); 3. a) ca 1160 « inculte, inhabité » päis ... molt salvage (Enéas, 280 ds T.-L.); ca 1165 une terre sauvage (Benoît de Ste-Maure, Troie, 5669, ibid.); b) 1845 eau sauvage (Besch. d'apr. FEW t. 2, p. 617b); 1870 (Littré); 4. ca 1165 « (d'arbres, de plantes) qui vient naturellement, sans culture » De poires, de pumes sauvages ([Chrétien de Troyes], G. d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 432 ds T.-L.). II. 1. a) 1121-34 adj. « étranger; qui ne fait pas partie d'un groupe constitué » (Philippe de Thaon, op. cit., 2040, ibid.); b) ca 1165 id. « qui s'accommode mal de la vie en société; craintif » (Benoît de Ste-Maure, op. cit., 13683, ibid.); 1656 subst. « personne qui aime la solitude et fuit les contacts humains » (Pascal, Provinciales, éd. L. Lafuma, 9elettre, p. 409); c) ca 1265 adj. « au caractère difficile » sauvages et hom de male escole (Brunet Latin, Trésor, éd. Fr. J. Carmody, II, 25, p. 196); d) ca 1650 id. « qui traduit un caractère difficile, rude, voire brutal » style ... sauvage (Balz., Dissert. critiques, 7 ds Littré); 2. a) ca 1208 id. « qui rappelle la violence, la cruauté des peuplades primitives » (Henri de Valenciennes, Hist. de l'empereur Henri de Constantinople, éd. J. Longnon, § 558); 1806 subst. « personne qui par ses actes de sauvagerie évoque les peuplades primitives » on se massacra comme des sauvages (J. de Maistre, Corresp., p. 36); b) fin xives. « (de manières, d'une attitude...) qui rappelle la rudesse de la nature vierge » de sauvage manière (Froissart, Chron., éd. S. Luce, t. I, p. 10); 3. ca 1960 « qui échappe aux règles établies » (d'apr. Gilb. 1980); 1966 profit sauvage (J.-P. Courthéoux, La Pol. des revenus, Paris, P.U.F., p. 62). Du lat. de basse époque salvāticus, ives. (Pelagon, 7, 91; Chiron, [Mulomedicina], 54 ds Z. rom. Philol. t. 64, p. 141) altér. p. assim. vocalique du lat. class. silvaticus (dér. de silva « forêt ») « qui est fait pour le bois » puis à l'époque impériale « sauvage » en parlant d'une plante, qui survit dans le roum. selbatic, l'ital. selvatico, le cat. selvatge (FEW t. 11, p. 620b). Fréq. abs. littér.: 6 180. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 12 024, b) 9 621; xxes.: a) 7 690, b) 6 241. Bbg. Quem. DDL t. 34 (s.v. camping sauvage).

Wiktionnaire

Adjectif 1

sauvage \so.vaʒ\ ou \sɔ.vaʒ\ masculin et féminin identiques

  1. Se dit de certains animaux qui vivent en liberté dans les bois, dans le désert, etc.
    • Le coq de Sonnerat est plein de courage et de résolution; aussi est-il très estimé dans l’Indoustan comme oiseau de combat. Les vrais amateurs indiens ne se servent pas de coqs élevés à l'état domestique, mais bien de sujets sauvages, que du reste ils apprivoisent en assez peu de temps; […]. — (Charles & Édouard Morren, Journal de l'agriculture pratique, […], du Royaume de Belgique, Bruxelles & Liège, 1857, vol.9, p.4)
    • Les derniers mustangs sauvages du Canada, descendants des chevaux des conquistadors, errent encore libres, mais leur survie est menacée. — (L’Actualité, 25 octobre 2005)
    1. (Biologie) D’une espèce ou variété non domestiquée (plante ou animal).
      • Un canard sauvage, un chat sauvage, une oie sauvage.
    2. (Droit) (Spécialement) En droit français, se dit d’un « animal non détenu ou élevé dans une exploitation »[1]. Note : Animal sauvage s’oppose dans ce contexte à animal d’élevage.
    3. (Agriculture) Se dit de certaines plantes, de certains fruits qui poussent naturellement, sans qu’on prenne soin de les greffer ou de les cultiver.
      • Comme hors-d’œuvre, il y avait du poisson crû [sic : cru] macéré dans le jus de citron sauvage et servi avec des sauces savamment aromatisées […] — (Alain Gerbault, À la poursuite du Soleil ; t. 1, de New-York à Tahiti, 1929)
      • Le mot th’alátel, qui, en halkomelem (langue autochtone de Colombie-Britannique), désigne du gingembre sauvage, se traduit littéralement par « un remède pour le cœur ». — (L’Actualité, 27 décembre 2005)
      • Olivier sauvage, figuier sauvage, pommier sauvage.
  2. (Par extension) Qualifie le goût âpre et désagréable de certains fruits ou légumes.
    • Ce fruit a un goût sauvage.
  3. Qui n’a pas été touché par l’action humaine.
    • La dernière rivière sauvage du Québec habité est menacée. — (L’Actualité, 6 février 2006)
    • Dans le ravin du Black Creek — affluent de la Humber —, il y a une autoroute, mais aussi des sentiers qui ont retrouvé un état quasi sauvage grâce aux efforts et aux pressions des Torontois. — (L’Actualité, 13 février 2003)
  4. (Désuet) (Injurieux) Dont le mode de vie, contrairement à celui de la civilisation occidentale, est demeuré très proche de la nature, autochtone.
    • L’homme primitif, […], ne savait mettre en usage que des os, des cailloux, des débris de silex, et c’est avec ces matériaux qu’il fabriquait ses armes grossières et ses rares ustensiles, ainsi que le font encore quelques peuplades sauvages de la Polynésie. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 176)
  5. Qui a quelque chose de rude, de farouche.
    • […] le chat gris, un peu sauvage, nous regardait de loin, à travers la balustrade de l’escalier au fond, sans oser descendre. — (Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813, J. Hetzel, 1864)
    • Cet homme a quelque chose de dur et de sauvage dans toutes ses manières.
    • Air sauvage, manières sauvages.
    • Aubert est né de Tommy, le show des Who vu en 1968 au théâtre des Champs-Élysées, à Paris. Il avait 13 ans. « Toute la violence contenue en moi a trouvé soudain son expression dans cet opéra sauvage donné dans un Opéra de velours rouge. » — (L’Express, 24 novembre 2005)
  6. Qui se fait dans le désordre ou la violence, sans égard pour l’être humain ou pour le long terme.
    • Capitalisme sauvage.
    • Pour prévenir le développement sauvage, les autorités ont préparé un plan d’urbanisme, qui vient d’être approuvé par référendum. — (L’Actualité, 17 septembre 2003)
    • Vue du taxi, cependant, Beyrouth semble être une horreur du deuxième monde : urbanisme sauvage, jungle de béton anarchique, congestionnée, bruyante, chaotique et polluée. — (L’Actualité, 20 juillet 2006)
  7. (Figuré) Qui se plaît à vivre seul et qui, soit par bizarrerie, soit par timidité, soit par indépendance ombrageuse, évite la fréquentation du monde.

Adjectif 2

sauvage \so.vaʒ\ ou \sɔ.vaʒ\

  1. (Spécialement) (Canada) (Désuet) (Injurieux) Qui a rapport à la population, à la culture et au mode de vie des Amérindiens.
    • Canot sauvage.
    • À partir de 1850, le Canada força l’assimilation linguistique des jeunes autochtones, sévèrement punis lorsqu’ils étaient surpris à « parler sauvage » dans les pensionnats. — (L’Actualité, 9 décembre 2003)
    • Les gens de cette localité sont d’un genre type à part. La population est pour moitié anglaise et française, et l’autre, sauvagesse. — (Journal de Lorenzo Létourneau (1898), 17 Eldorado, Qualigram/Linguatech, Montréal, 2006)

Nom commun

sauvage \so.vaʒ\ ou \sɔ.vaʒ\ masculin (pour une femme on dit : sauvagesse) ou masculin et féminin identiques

  1. (Désuet) Personne appartenant à un peuple dont le mode de vie, contrairement à celui des civilisations occidentales, est demeuré proche de la nature.
    • Cependant, le caractère vraiment ornemental et architectural des armoiries, qui ne tolérait pas une représentation des objets sous leur forme parfaitement naturelle, se conserva […] jusqu’au milieu du 16e [siècle]. Depuis, les bonnes traditions allèrent s’affaiblissant, jusqu’au 19e qui a été témoin de la décadence complète de cet art vénérable, dont il semble qu’on eût oublié même les principes les plus élémentaires. Les armoiries qui offrirent le spectacle écœurant de lions pleins de mansuétude dont l’attitude chancelante fit supposer qu’ils étaient pris de vin, de sauvages minés par la phtisie ou bien se pavanant en petits-maîtres sauf le costume, d’aigles à l’air de serins de canarie, de casques en forme de melon ou de bonnet de nuit, inondèrent le monde. — (Johannes Baptist Rietstap, Armorial général : précédé d’un Dictionnaire des termes du blason, tome 1 (A–K), G. B. van Goor Zonen, Gouda, 1884)
    • Les écrivains de ce temps […] attribuaient aux prolétaires des sentiments fort analogues à ceux que les explorateurs du XVIIe et du XVIIIe siècles avaient attribués aux sauvages : bons, naïfs et désireux d’imiter les hommes d’une race supérieure. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap. VII, La Morale des producteurs, 1908, page 323)
    • — Dites donc, Swann, j’aimerais mieux être le mari de cette femme-là que d’être massacré par les sauvages, qu’en dites-vous ? — (Marcel Proust, Un amour de Swann, 1913, réédition Le Livre de Poche, page 201)
    • Quand la hutte a été finie, elle l’a trouvée si jolie qu’elle nous a proposé de jouer aux sauvages, rien que pour avoir le plaisir de dormir dessous. — (Colette Vivier, La maison des petits bonheurs, 1939, éd. Casterman Poche, page 227)
    • – J’ai une autre idée : je serais un génie, et la hutte, elle, serait mon palais !
      – Ton palais ! s’écrie Estelle : oh ! mais pas du tout, c’est une hutte !
      – C’est un palais, vilaine sauvagesse !
      — (Colette Vivier, La maison des petits bonheurs, 1939, éd. Casterman Poche, page 228)
    • Dans son numéro du 6 novembre 1921, la revue Gas Age-Record dresse un portrait extasié du général Fries. On peut y lire que le « chef dynamique » du CWS a « étudié de près la question de l’usage du gaz et des fumées pour affronter les foules et les sauvages. — (Anna Feigenbaum, Gaz lacrymogène, des larmes en or, Le Monde diplomatique, mai 2018)
  2. (Spécialement) (Canada) (Désuet) Appellation par laquelle on désignait les Amérindiens autrefois, du fait qu'ils étaient essentiellement perçus comme vivant dans la forêt. Note : À l'époque des explorateurs (XVIIe-XVIIIe s.), cette appellation n'avait rien de péjoratif. Elle est demeurée vivante au Canada jusqu'au milieu du XXe, avec parfois une connotation péjorative, mais pas nécessairement. Aujourd'hui elle est réinterprétée rétrospectivement comme péjorative. → voir Sauvage
    • « Je suis juste assez âgé pour me souvenir des débuts de la télévision canadienne […] Il n’y avait que trois heures de diffusion, en soirée, mais dès 17 heures, les gens s’assoyaient devant l’écran pour regarder le “sauvage” (la mire de Radio-Canada). Et ils s’émerveillaient ! » — (L’Actualité, 26 juillet 2006)
    • Puis, du jour au lendemain, le petit « sauvage », bientôt suivi de son jeune frère, est transplanté dans un pensionnat catholique, à 500 km au sud de sa communauté. On lui coupe les cheveux, lui interdit de parler cri. — (L’Actualité, 6 février 2006)
    • Mon premier Indien ou sauvage — c’est ainsi qu’on appelait les Amérindiens quand j'étais enfant — s’appelait Bill Wabo. — (Gil Courtemanche, Le Devoir, 14–15 octobre 2006)
  3. (Figuré) Personne qui se plaît à vivre seule et qui, soit par bizarrerie, soit par timidité, soit par indépendance ombrageuse, évite la fréquentation du monde.
    • À votre tour comprenez le sauva­ge, qui vint à Paris comme boursier, et gagna sa vie à enseigner la Libre Pensée. — (Alain, Souvenirs de guerre, Hartmann, 1937, p. 174)
  4. Personne dont les habitudes violentes trahissent un manque de savoir-vivre.
    • As-tu vu dans quel état ils ont laissé la maison ? Des vrais sauvages !
    1. Armoiries avec un sauvage (sens héraldique a)
      (Héraldique) Meuble représentant un homme vêtu de plantes dans les armoiries. Il est généralement représenté simplement vêtu d’un pagne et d’un couvre-chef composé de plantes et souvent armé d’une massue. Cette terminologie n’a pas de sens péjoratif en héraldique.
      • Écartelé : au 1, d’azur, à une harpe d’or ; au 2 du quartier des Barons militaires de l’Empire ; au 3, de gueules, au centaure-sagittaire d’argent, la tête contournée, décochant une flèche vers senestre ; au 4, de sinople, à un sauvage d’or, tenant une massue du même, posée sur son épaule, qui est du Baron Auguste Jean Ameil → voir illustration « armoiries avec un sauvage »
    2. Sauvages comme support d’écu (sens héraldique b)
      (Héraldique) Support de l’écu représentant un homme vêtu de plantes et armé ou non d'une massue dans les ornements extérieurs des armoiries.
      • Tiercé en fasce de sable, d’argent et de gueules ; supports : deux sauvages au naturel appuyés sur leur massue, qui est de la Confédération de l'Allemagne du Nord → voir illustration « sauvages comme support d’écu »

Note : contrairement à une croyance populaire (inspirée du sens (4) ci-dessus), le mot sauvage pour désigner les Amérindiens n’avait pas de connotation péjorative à l’origine. Le mot sauvage signifie seulement « qui vit dans la forêt ». À l’origine (1876), la Loi sur les Indiens du Canada s’appelait Acte des Sauvages (Indian Act en anglais).
Toutefois, depuis les années 1960, environ, ce mot n’est plus utilisé dans ce sens, justement à cause du sens péjoratif qu’il semble dorénavant véhiculer.

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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SAUVAGE. adj. des deux genres
. Il se dit proprement de Certains animaux qui vivent en liberté dans les bois, dans le désert, etc. Les lions, les tigres, les ours sont des animaux sauvages et carnassiers. Les cerfs, les daims, les sangliers sont des animaux sauvages. Il signifie aussi Qui n'est point apprivoisé. En ce sens, il se dit généralement de Tous les animaux qui ne sont point domestiques. Les animaux sauvages et les animaux domestiques. Un canard sauvage. Un chat sauvage. Une oie sauvage. Il se dit également de Certaines plantes, de certains fruits qui poussent naturellement, sans qu'on prenne soin de les greffer, de les cultiver. Olivier sauvage. Figuier sauvage. Pommier sauvage. Laitue sauvage. Prunes sauvages. Chicorée sauvage, Espèce de chicorée verte et amère. Ce fruit a un goût sauvage, Il a un goût âpre et désagréable.

SAUVAGE se dit encore des Peuples qui vivent en dehors des sociétés civilisées. Les peuples sauvages de l'Amérique, de l'Afrique. En ce sens, il s'emploie substantivement et désigne les Hommes qui font partie de ces peuples. Les sauvages de l'Amérique. Il a vécu longtemps parmi les sauvages. On dit au féminin Sauvagesse. Il se dit figurément d'une Personne qui se plaît à vivre seule et qui, soit par bizarrerie, soit par timidité, soit par indépendance ombrageuse, évite la fréquentation du monde. C'est un homme très sauvage, d'une humeur sauvage. En ce sens il s'emploie aussi substantivement. On ne le voit jamais dans le monde : c'est un sauvage. Il signifie également Qui a quelque chose de rude, de farouche. Cet homme a quelque chose de dur et de sauvage dans toutes ses manières. Air sauvage. Manières sauvages. Une vertu sauvage. Il se dit encore des Lieux incultes et inhabités. Un pays sauvage. Ces lieux ont un aspect sauvage. Un site sauvage. Une nature sauvage.

Littré (1872-1877)

SAUVAGE (sô-va-j') adj.
  • 1Se dit des animaux qui vivent dans les bois, dans les déserts. Les cerfs, les daims sont des animaux sauvages. [Dans un désert] un silence affreux et terrible, qui n'était interrompu que par les cris des bêtes sauvages, Bossuet, Panég. St Benoît, 1. Nous appelons sauvages des bêtes qui ne sont pas apprivoisées, et qui s'enfoncent dans les forêts, et de là nous avons donné le nom de sauvage à l'homme qui vit dans les bois, Voltaire, Dial. 8. L'antipathie entre les oiseaux sauvages et domestiques, Buffon, Ois. t. XIII, p. 356.
  • 2Qui n'est pas apprivoisé, se dit par opposition aux animaux domestiques. Un chat sauvage. Les chevaux sauvages de l'Amérique proviennent de chevaux apprivoisés qui y furent abandonnés.
  • 3Il se dit des hommes qui vivent en petites sociétés, dans des huttes, et qui, n'ayant ni agriculture proprement dite ni troupeaux, ne s'entretiennent guère que du produit de la chasse. Le penchant pour la chasse ou la guerre nous est commun avec les animaux : l'homme sauvage ne sait que combattre et chasser, Buffon, Chien. M. Fabry… qui a fait un très long voyage dans la profondeur des terres au nord-ouest du Mississipi où… les nations sauvages n'ont pas été détruites, m'a assuré que cette partie de l'Amérique est si déserte qu'il a souvent fait cent et deux cents lieues sans trouver une face humaine, Buffon, Hist. nat. Hom. Œuvr. t. V, p. 175. Jadis dans les forêts les sauvages humains Souvent l'un contre l'autre avaient armé leurs mains, Saint-Lambert, Sais. IV.
  • 4 Par extension, se dit des lieux incultes et inhabités. Un site sauvage. Venez, fuyez l'aspect de ce climat sauvage, Racine, Mithr. I, 3. Un lieu sauvage plaît par sa mâle âpreté, Delille, Imag. IV. Liberté, liberté, seule amante des sages, C'est toi qui nous rends bons, c'est toi qui nous fais grands ; Tu peuples les déserts, et sur les monts sauvages Tu revêts les rochers de la robe des champs, Masson, Helvét. II.

    Fig. Hélas ! ma fille, que mes lettres sont sauvages ! où est le temps que je parlais de Paris comme les autres ? Sévigné, 57.

  • 5 Fig. Qui se plaît à vivre seul, qui évite la fréquentation du monde. Ne demande donc plus par quelle humeur sauvage, Tout l'été, loin de toi, demeurant au village, J'y passe obstinément les ardeurs du Lion, Boileau, Sat. VI. Mme la Dauphine, naturellement sauvage et sérieuse, Genlis, Mme de Maintenon, t. II, p. 151, dans POUGENS. Dans votre jardin public il y a toujours tant de monde, et je suis si sauvage, Genlis, Théât. d'éduc. Aveugle de Spa, sc. 3.
  • 6Qui a quelque chose de rude, de farouche. Ce Nonnus était un Égyptien, dont le style est sauvage et monstrueux ; c'était un peintre de chimères et d'hippocentaures, Guez de Balzac, Dissert. critiques, 7. De ce gaillard entretien La reine n'entendit rien ; Elle l'eût pris pour outrage ; Car en ce siècle ignorant Le beau sexe était sauvage, La Fontaine, Cand. Et [je] ne suis point du tout pour ces prudes sauvages Dont l'honneur est armé de griffes et de dents, Molière, Tart. IV, 3. Mais pourquoi, dira-t-on, cette vertu sauvage Qui court à l'hôpital et n'est plus en usage ? Boileau, Sat. I. Quelles sauvages mœurs, quelle haine endurcie Pourrait en vous voyant n'être point adoucie ? Racine, Phèdre, II, 2. Comme autrefois David, par ses accords touchants, Calmait d'un roi jaloux la sauvage tristesse ! Racine, Esth. III, 3. Que Joad mette un frein à son zèle sauvage, Racine, Athal. II, 5. Point de variété dans les descriptions, point d'unité dans le dessin ; ce poëme [l'Araucana] est plus sauvage que les nations qui en font le sujet, Voltaire, Ess. poés. ép. 8. On sait que les ennemis de Molière voulurent persuader au duc de Montausier, fameux par sa vertu sauvage, que c'était lui que Molière jouait dans le Misanthrope, Voltaire, Vie de Molière. Cette ville… ne fut longtemps que l'entrepôt des sauvages richesses qu'on y portait de l'intérieur des terres, Raynal, Hist. phil. IX, 16.

    Une façon de parler sauvage, un procédé sauvage, une manière de parler ou d'agir rude, contre l'usage. Vous fuir dès le premier instant ? pourquoi donc, monsieur ? cela serait bien sauvage, Marivaux, Serm. indiscr. III, 7.

  • 7Cruel, barbare. Peu de prudence eurent les pauvres gens [les pigeons] D'accommoder [de concilier] un peuple si sauvage [les vautours], La Fontaine, Fabl. VII, 8. Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage, Racine, Phèdre, V, 6.

    Rigoureux outre mesure. Ces conférences [des Anglais et des Hollandais] ne durèrent pas longtemps après des propositions si sauvages, Saint-Simon, 91, 198.

  • 8En parlant des plantes, des fruits, qui vient sans culture. Pommier sauvage. Il s'attendait qu'elle [une vigne] porterait de bons fruits, et elle n'en a porté que de sauvages, Sacy, Bible, Isaïe, V, 2. Vous [gentils] avez été détachés de l'olivier sauvage où la nature vous avait fait naître, pour être entés dans l'olivier franc contre l'ordre naturel, Bossuet, Hist. II, 7.

    Chicorée sauvage, voy. CHICORÉE.

    Goût sauvage, goût âpre. Ce fruit a un goût sauvage.

    Huile sauvage, huile qui a un petit goût amer, ce qui ne la rend que meilleure.

  • 9 Populairement, feu sauvage, sorte de gale qui vient parfois au visage des petits enfants.
  • 10Eau sauvage, celle qui coule sur la surface du globe immédiatement après y être tombée de l'atmosphère, et sans être contenue dans un lit.

    Filons sauvages, ceux qui sont formés de substances pierreuses, dures.

  • 11 S. m. et f. Celui, celle qui appartient aux populations sauvages. Les sauvages de l'Amérique du Nord disparaissent rapidement devant l'extension des blancs. L'objection à cela [qu'il faut qu'il y ait une véritable religion, puisqu'il y en a de fausses], c'est que les sauvages ont une religion ; mais on répond à cela que c'est qu'ils en ont ouï parler, Pascal, Pens. XXIII, 23, édit. HAVET. On pourrait avancer sans crainte de se tromper, que, dans une seule ville comme Paris, il y a plus d'hommes qu'il n'y a de sauvages dans toute cette partie de l'Amérique septentrionale comprise entre la mer du Nord et la mer du Sud, depuis le golfe de Mexique jusqu'au nord, Buffon, Hist. nat. Hom. Œuvr. t. V, p. 176. L'on n'a trouvé des animaux domestiques que chez les peuples déjà civilisés ; cela ne prouve-t-il pas que l'homme dans l'état de sauvage n'est qu'une espèce d'animal incapable de commander aux autres ? Buffon, Quadrup. t. III, p. 175. De tous les sauvages que j'ai vus dans ma vie, les Pecherais sont les plus dénués de tous ; ils sont exactement dans ce qu'on peut appeler l'état de nature, Bougainville, Voy. t. I, p. 294. Il devint plus sévère avec elle ; cette rigueur effraya la gentille sauvage, Chateaubriand, Natch. 2e part.

    Fig. Les vrais sauvages sont les ennemis des beaux-arts et de la philosophie… ou les vrais sauvages sont les calomniateurs des gens de lettres, Voltaire, Lett. Damilaville, 4 nov. 1765.

  • 12 Fig. Celui, celle qui évite la fréquentation du monde. Son père est un sauvage à qui je ferais peur, Racine, Plaid. I, 5. Oui, je suis un pauvre sauvage Errant dans la société, Béranger, Indép.

SYNONYME

SAUVAGES, BARBARES. Le nom de barbares a été donné par les anciens soit à des races qui, comme les Perses, avaient une civilisation différente de la civilisation gréco-romaine, soit à des populations qui, comme les Gaulois, les Germains, les Scythes, n'avaient qu'une société peu avancée, sans lettres et sans sciences. Les modernes donnent le nom de sauvages, par comparaison aux animaux, à des populations qui vivent dans les forêts en une condition inférieure à celle des barbares

HISTORIQUE

XIIe s. La douce voiz du loussignol sauvage Qu'oi [que j'ouis] nuit et jour cointoier et tentir, Couci, XI. Tant par vous truis [je vous trouve] toz tens sauvage et dure, ib. XI. [Je] Ne vueill morir n'afoler, Quant de la terre sauvage [des Sarrasins] Ne voi nului retorner, ib. Dame de Faiel. À prendre lui convient [il faut] vie d'home sauvage, Et gesir mainte nuit al vent et al orage, Sax. XXVI.

XIIIe s. Biele fille, vous avez un homme pris avec lequel vous vos en alez, qui est auques sauvages, H. de Valenciennes, XII. Li bon baron de France ne vourent arester, En estranges païs s'alerent deserter, Là devinrent sauvage por lor ames sauver, Ch. d'Ant. I, 111. Sire, si vos fustes sauvages Viers moy, je n'i pris mie garde, Du Cange, sylvaticus.

XIVe s. Ptolomée dit que es extremités de la terre habitable sont gens sauvages, Oresme, Eth. 81.

XVe s. Et portoient la litiere deux forts hommes, ordonnés et appareillés très proprement comme hommes sauvages, Froissart, III, IV, 1. Se logerent cette nuit moult à mesaise, sur dure terre et pierres sauvages et toujours armés [les Anglais en Ecosse], Froissart, I, I, 42. Au dernier il y avoit une aventure assez sauvage [une surprise de convoi avec grands combats et pertes de part et d'autre], Froissart, I, I, 156. [Jean de Vienne] se trouvoit hors de tout confort et enclos de la mer, et veoit les Escots de sauvage opinion, Froissart, II, II, 238.

XVIe s. Faute de s'entre-visiter quand les occasions le requierent, fait que nous devenons sauvages les uns aux autres, Lanoue, 60. Le sauvage et le franc [arbre], De Serres, 195.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

SAUVAGE. Ajoutez :
3 Terme de métallurgie. Acier sauvage, nom donné aux fontes de Styrie à cause de la propriété qu'elles ont de se transformer en acier avec une grande facilité, Douanes, Tarif de 1877, note 286.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SAUVAGE, ce mot sert en matiere médicale à distinguer les végétaux qui croissent naturellement dans les champs d’avec ceux que l’on cultive. Sur quoi il faut remarquer que cette distinction est essentielle, d’autant que les plantes sauvages ont pour l’ordinaire plus d’efficacité que celles qui sont cultivées.

Sauvage est encore une épithete dont l’on se sert en matiere médicale, pour désigner les animaux sauvages, & les distinguer de ceux qui sont privés.

Les animaux sauvages fournissent une meilleure nourriture que les domestiques, car les animaux privés ou domestiques sont d’un tempérament humide, nourris dans la mollesse & l’inaction, tandis que les sauvages ont la chair ferme & même grasse.

D’ailleurs si l’exercice contribue à conserver la santé aux hommes, il fait le même effet parmi les animaux : les sels & les huiles sont plus exaltés dans la viande des animaux qui ont été laissés en liberté ; ils sont plus sains & plus robustes, ils fournissent une nourriture meilleure aux personnes qui ont la force de le digérer, car le même exercice qui exalte leur sel & leur huile rend aussi leur chair plus ferme & plus dense.

Les médicamens tirés du regne animal sont comme les alimens plus efficaces & meilleurs lorsqu’ils sont tirés des animaux sauvages, que s’ils sont pris parmi les animaux domestiques. Tel est le bézoard animal, tel est la graisse d’ours ; tels sont d’autres remedes tirés du regne animal, qui sont d’autant plus efficaces, qu’ils sont tirés des animaux les plus féroces & les moins apprivoisés.

Sauvage ou Sauvement, (Marine.) on sousentend faire le : c’est s’employer à recouvrer les marchandises perdues par le naufrage ou jettées à la mer. Le tiers de ces marchandises appartient à ceux qui les sauvent.

On appelle frais du sauvage le payement qu’on donne à ceux qui sauvent quelque chose, ou la part qu’ils ont à ce qu’ils sauvent.

Sauvages, s. m. plur. (Hist. mod.) peuples barbares qui vivent sans lois, sans police, sans religion, & qui n’ont point d’habitation fixe.

Ce mot vient de l’italien salvagio, dérivé de salvaticus, selvaticus & silvaticus, qui signifie la même chose que sylvestris, agreste, ou qui concerne les bois & les forêts, parce que les sauvages habitent ordinairement dans les forêts.

Une grande partie de l’Amérique est peuplée de sauvages, la plûpart encore féroces, & qui se nourrissent de chair humaine. Voyez Antropophages.

Le P. de Charlevoix a traité fort-au-long des mœurs & coutumes des sauvages du Canada dans son journal d’un voyage d’Amérique, dont nous avons fait usage dans plusieurs articles de ce Dictionnaire.

Sauvages, (Géog. mod.) on appelle sauvages tous les peuples indiens qui ne sont point soumis au joug du pays, & qui vivent à-part.

Il y a cette différence entre les peuples sauvages & les peuples barbares, que les premiers sont de petites nations dispersées qui ne veulent point se réunir, au-lieu que les barbares s’unissent souvent, & cela se fait lorsqu’un chef en a soumis d’autres.

La liberté naturelle est le seul objet de la police des sauvages ; avec cette liberté la nature & le climat dominent presque seuls chez eux. Occupés de la chasse ou de la vie pastorale, ils ne se chargent point de pratiques religieuses, & n’adoptent point de religion qui les ordonne.

Il se trouve plusieurs nations sauvages en Amérique, à cause des mauvais traitemens qu’elles ont éprouvés, & qu’elles craignent encore des Espagnols. Retirés dans les forêts & dans les montagnes, elles maintiennent leur liberté, & y trouvent des fruits en abondance. Si elles cultivent autour de leurs cabanes un morceau de terre, le mays y vient d’abord ; enfin la chasse & la pêche achevent de les mettre en état de subsister.

Comme les peuples sauvages ne donnent point de cours aux eaux dans les lieux qu’ils habitent, ces lieux sont remplis de marécages où chaque troupe sauvage se cantonne, vit, multiplie & forme une petite nation. (D. J.)

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Étymologie de « sauvage »

(XVe siècle) Via l’ancien français salvage, du latin silvaticus (« de forêt, forestier »), devenu *salvatǐcus en bas latin.
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Berry et bourg, sauvaige ; wallon, sâvag ; provenç. salvatge, salvage ; esp. salvage ; port. salvagem ; ital. selvaggio ; du lat. silvaticus, de silva, forêt, le même que le grec ὕλη, bois.

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Phonétique du mot « sauvage »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
sauvage sovaʒ

Citations contenant le mot « sauvage »

  • La vengeance est une justice sauvage. De Francis Bacon / Essais
  • La beauté est un jardin sauvage... De Anne Rice / Lestat le Vampire
  • Tout homme abrite en lui une bête sauvage. De Proverbe français
  • L'animal même sauvage, quand on le tient enfermé, oublie son courage. De Tacite / Histoires
  • Le solitaire est un diminutif du sauvage, accepté par la civilisation. De Victor Hugo / L’homme qui rit
  • La joie est un escargot rampant. Le malheur un coursier sauvage. De Vladimir Vladimirovitch Maïakovski / Vladimir Ilitch Lénine
  • Qui se soucie de regarder La fleur de la carotte sauvage Au temps des cerisiers ? De Sode Yamaguchi
  • Aucun peuple n’a fait meilleur usage de ses cinq sens que les enfants de l’état sauvage. De Charles Alexandre Eastman
  • Un homme qui n'aimerait pas la tombe de son père serait pire qu'un animal sauvage. De Joseph
  • La joie de satisfaire un instinct resté sauvage est incomparablement plus intense que celle d'assouvir un instinct dompté. De Sigmund Freud / Malaise dans la civilisation
  • Placés aux deux extrémités du monde moral, le sauvage et le penseur ont également horreur de la propriété. De Honoré de Balzac / La peau de chagrin
  • C'est dans le mois de mars que tente de s'ouvrir L'anémone sauvage aux corolles tremblantes. De Alfred de Musset / A la mi-carême
  • Des hommes d'intelligence supérieure ont parfois, au point de vue sentimental, une mentalité voisine de celle d'un sauvage. De Gustave Le Bon / Hier et demain
  • L'être humain est, au fond, un animal sauvage et effroyable. Nous le connaissons seulement dompté et apprivoisé par ce que nous appelons la civilisation. De Arthur Schopenhauer / Parega et Paralipoména
  • L'agglo de Tulle part en lutte contre les dépôts d'ordures sauvages. Elle a lancé une campagne de sensibilisation notamment via des affiches sur les bus et abri-bus ou sur les réseaux sociaux qui va durer trois mois. Avec des messages détournant des phrases cultes. France Bleu, L'agglo de Tulle lance une campagne humoristique contre le dépôt sauvage de déchets
  • Paysagiste, je m’investis à humaniser le territoire et la ville, à réconcilier leur urbanité et leur naturalité et à convaincre de la responsabilité et de la production collective du paysage, de l’intérêt du sauvage, de la nature profonde de la ville et de l’urbanité de la campagne. Libération.fr, La ville sauvage - Libération
  • Après avoir découvert un dépôt sauvage dans sa commune, un maire de Haute-Garonne a ramené les déchets à son propriétaire.  , Il dépose ses déchets de manière sauvage dans la commune voisine, le maire lui rapporte

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Traductions du mot « sauvage »

Langue Traduction
Anglais wild
Espagnol salvaje
Italien selvaggio
Allemand wild
Chinois 野生
Arabe بري
Portugais selvagem
Russe дикий
Japonais 野生
Basque basa
Corse salvaticu
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Synonymes de « sauvage »

Source : synonymes de sauvage sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « sauvage »

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