Ravir : définition de ravir


Ravir : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

RAVIR, verbe trans.

A. − Littéraire
1.
a) S'emparer par la force, par ruse de ce qui est à autrui, peut revenir à autrui. Pour ravir un trésor, il a toujours fallu tuer le dragon qui le garde (Giraudoux, Folle,1944, i, p. 47):
1. Le travailleur, capable de fournir sa tâche en six heures, aura-t-il droit, sous prétexte de sa force et de son activité plus grande, d'usurper la tâche du travailleur le moins habile, et de lui ravir ainsi le travail et le pain? Qui oserait le soutenir? Proudhon, Propriété,1840, p. 222.
P. exagér. Remporter. L'enfant prodige de mon collègue Édouard Humbert, aimable physionomie d'éphèbe, intelligent et doux, qui a ravi tous les prix du collège (Amiel, Journal,1866, p. 456).Empl. pronom. passif. Qu'ils [les jeunes] réussissent dans l'art et dans la poésie, s'ils le peuvent (...) il y a sur ce point peu de conseils à donner. Ces palmes-là se ravissent et ne se discutent pas (Sainte-Beuve, Portr. contemp.,t. 3, 1843, p. 390).
Ravir un baiser. Embrasser quelqu'un contre son gré, par surprise. Je n'étais plus maître de moi: j'osai ravir ce baiser qu'elle me refusait (Duras, Édouard,1825, p. 194).
b) Enlever quelqu'un de force. Ce même roi que Triboulet pousse au rapt, ravira sa fille à Triboulet (Hugo, Roi s'amuse,1832, p. 341).La fête delle Marie (des Maries) rappelait les fiançailles, l'enlèvement et la rescousse de douze jeunes filles, lorsqu'en 944 elles furent ravies par des pirates de Trieste (Chateaubr., Mém.,t. 4, 1848, p. 397).
2.
a) Ravir qqc. à qqn.Priver quelqu'un de quelque chose, lui ôter quelque chose. Ravir l'honneur d'une femme. Les amis de M. Necker sentaient avec quel art Mirabeau cherchait à lui ravir la faveur publique (Staël, Consid. Révol. fr.,t. 1, 1817, p. 247).Nul ne saurait nous ravir une liberté dont nous nous sommes dépouillées depuis longtemps (Bernanos, Dialog. Carm.,1948, 5etabl., 12, p. 1710).Empl. pronom. réfl. indir. Qui pourrait se ravir la jouissance suprême de faire du bien à une âme telle que la vôtre! (Staël, Corinne,t. 2, 1807, p. 319).
[Le suj. désigne une chose] Le pauvre Jules, dont, en un seul jour, le malheur avait ravi toutes les amours, toutes les espérances, comme en une nuit un loup affamé emporte tout un troupeau (Flaub., 1reÉduc. sent.,1845, p. 138).Il faut (...) que je vous dise bien, parce que c'est ça qui faisait la force de toute la musique, combien on avait entassé de choses pures là-dedans. Ce qui frappait, ce qui ravissait la volonté de bouger bras et jambes (...), c'était la pureté (Giono, Baumugnes,1929, p. 153).
b) Ravir qqn à qqc.Soustraire quelqu'un à un état, un destin, une action. Oh! c'est toi! toi, mon fils! Toi que leur cruauté ravit à mes tendresses Et que la mort, hélas! rend seule à mes caresses! (Lamart., Chute,1838, p. 936).Voici qu'une nécessité urgente le ravissait aux douceurs de la méditation: il avait promis de voir Lanturlut (...) ou bien son gantier l'attendait (Miomandre, Écrit sur eau,1908, p. 94).Empl. pronom. réfl. Regardez bien ce livre, vous n'y comprenez rien, ni vous, ni beaucoup d'autres, mais vous y verrez un jour ce que nul n'y saurait voir. Il ne dépend plus d'eux de se ravir à cette contemplation (Breton, Manif. Surréal.,2eManif., 1930, p. 165).
c) Ravir qqn à qqn
α) Enlever quelqu'un à l'affection de quelqu'un en privant de la vie. Un jour, le même assassin qui lui ravit son époux la trouva digne de le suivre (Staël, Corinne,t. 2, 1807, p. 335).Elle n'avait que vingt-huit ans lorsque Dieu la ravit à sa famille, à sa patrie, et à l'ordre qui s'en enorgueillissait (Montalembert, Ste Élisabeth,1836, p. 337).
β) Ravir une femme à qqn. Supplanter quelqu'un dans le cœur d'une femme. Oscar, lui dit Dermide, abrège ma souffrance; Tu connais mes tourments; tu sais que dans mon cœur De te ravir Nina je garde l'espérance (Baour-Lormian, Ossian,1827, p. 111).Ravir la femme de qqn. La séduire. Elle me répondit que je n'étais qu'un pharisien; qu'il est d'autres larcins plus graves que des perles, dont le commun fait assez bon marché, ne serait-ce que de ravir les femmes d'autrui (Jammes, Robinsons,1925, p. 205).
B. − Domaine relig., mystique
1. Transporter au ciel, enlever de terre, par l'effet d'une puissance surnaturelle. Ravir au ciel. On croit, dans le pays, que chaque nuit l'esprit de Dieu la ravissait sur ces sommets sublimes, qu'un ange invisible la portait sur ces escarpements (Sand, Lélia,1839, p. 492):
2. Le nœud de tout le poème [de Dante] est à la fin du Purgatoire, dans les chants où Béatrix lui apparaît triomphante, le force à rougir et à confesser ses torts, et les lui pardonne en le ravissant après elle jusque dans les Cieux. Sainte-Beuve, Caus. lundi,t. 11, 1854, p. 210.
P. plaisant. Un bétail qu'on embarque meugle, l'un des siens gigotant dans l'espace, ravi tout vif au ciel, par la sangle et la grue, d'un trait (Valéry, Mauv. pens.,1942, p. 138).
2. Souvent au passif. Ravir (en esprit). Soustraire à l'influence des sens, du monde extérieur sous l'effet d'une vision qui fait communiquer avec Dieu, avec le monde surnaturel. Le Saint-Père ne voyait rien, n'entendait rien; ravi en esprit, sa pensée était loin de la terre (Chateaubr., Mém.,t. 3, 1848, p. 375).Les yeux clos, la bouche pincée, la coiffe serrée aux tempes et bouchant ses oreilles, rien ne la pouvait distraire d'une vision béatifique à sa mesure, qui sans doute la ravissait [sœur Marie-Henriette] (Mauriac, Robe prétexte,1914, p. 113).
Être ravi en Dieu. Être en union spirituelle avec Dieu. Souviens-toi de cette parole de Ruysbroeck l'Admirable, un Flamand comme moi: « Quand tu serais ravi en Dieu, si un malade te réclame une tasse de bouillon, descends du septième ciel, et donne-lui ce qu'il demande » (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1102).
[Avec compl. prép. désignant l'état lié à un phénomène] Être ravi en extase (devant Dieu). Le Christ l'écoutait, venait la voir avec ses anges, la communiait de sa main, la ravissait en de célestes extases (Huysmans, En route,t. 1, 1895, p. 74).
C. − P. anal. Synon. transporter.
1. Élever au-dessus de l'état d'esprit et des réalités ordinaires, généralement sous l'effet de l'enthousiasme, d'une admiration ou d'une joie extrême. Les beautés de Corneille, celles qui ravissent, qui enlèvent et qui font passer sur tous ses défauts (Sainte-Beuve, Nouv. lundis,t. 7, 1864, p. 216).Déjà, enfant, l'orage me ravissait comme une caresse du ciel (...). La foudre me jetait dans une extase (Cocteau, Poés. crit. II,1960, p. 49).
[Le suj. désigne le sentiment éprouvé] L'enthousiasme nous ravit au-dessus et hors de nous-mêmes vers des objets qui nous échauffent sans nous enivrer (Cousin, Hist. philos. mod.,t. 3, 1847, p. 17).
Ravir en/dans + subst. indiquant l'état que l'on atteint.Ravir dans un songe. Tout le présent éconduit, ravi en vision, je vivais à nouveau entre Cardamine, Mariette, Maldious (Arnoux, Écoute, 1923, p. 52):
3. Mon attention excessive à suivre mes idées intérieures, à demi formées et dont le rêve m'enchantait déjà, me forçait à demeurer quelquefois sans mouvement, l'œil fixe attaché en avant comme celui d'un chien d'arrêt sur un objet que je ne voyais pas, ravi dans une sorte de distraction voisine de l'extase. Vigny, Mém. inéd.,1863, p. 54.
Littér. Nids purs, écluses d'herbe, ombres des vagues creuses, Bercez l'enfant ravie en un poreux sommeil! (Valéry, Alb. vers anc.,1900, p. 85).
Ravir de + subst. précisant le sentiment éprouvé (le sens paraissant moins fort).Ravir d'aise, de joie. Je vous recommande Canterbury. C'est une cathédrale à vous remuer et à vous ravir d'enthousiasme (Hugo, Corresp.,1828, p. 448).Ces gestes inhabiles qui ravissent d'amour et de pitié le cœur des mères (Bernanos, Joie,1929, p. 682).[Parfois avec un subst. exprimant un état affectif normalement pénible] Autour de moi tout conspirait à me noyer l'âme d'une terreur exquise (...). Les murs, les parquets, les meubles, les ustensiles avaient des voix, des formes inattendues qui me ravissaient d'effroi (Bloy, Femme pauvre,1897, p. 153).
[Le compl. d'obj. désigne un attribut de la pers.] Je n'éprouvai jamais un tel enchantement, jamais si douce harmonie ne frappa mes oreilles et ne ravit mes sens; où suis-je? Ce n'est plus ici le même palais, ce n'est plus le même air que je respire; tout est changé quand je la vois (Cottin, Mathilde,t. 1, 1805, p. 221).
2. [Sens affaibli] Procurer un vif plaisir. Synon. charmer, enchanter, plaire.
a) [Le suj. désigne une chose] Elle courait avec une grâce qui ravit Julien (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 321).Un bout de jardin dans Paris ravit plus qu'un parc en province (Proust, Temps retr.,1922, p. 733).
[Avec compl. prép. indiquant un point partic.] Tout ce que tu dis de Laforgue et de Rimbaud m'a ravi par sa justesse (Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1906, p. 72).
[Le compl. d'obj. désigne un attribut, une faculté de la pers.] Ravir les oreilles, le regard, l'intelligence. Mais le grandement beau de Paris, ce sont les édifices, les églises, l'admirable et antique Notre-Dame, Saint-Eustache, la Sainte-Chapelle, qui vous ravissent les yeux et l'âme (E. de Guérin, Lettres,1838, p. 200).Des costumes multicolores, qui ravissaient le goût puéril et barbare de la petite cour de Wahnfried (Rolland, J.-Chr.,Révolte, 1907, p. 445).
b) [Le suj. désigne une pers., le verbe est gén. suivi d'un compl. prép., d'un gérondif indiquant la particularité, le fait qui procure le plaisir] Elle redoutait la solitude, et on la ravissait en la venant voir sans façon (Zola, Page amour,1878, p. 880).La petite princesse montait sans façon sur la charrette d'une paysanne qu'elle ravissait par son babil (Barrès, Cahiers,t. 7, 1908, p. 94).
c) [P. méton.; le compl. d'obj. désigne une période de la vie] Celle que j'aime est une enchanteresse (...) Compagne et sœur, ma muse et ma maîtresse, Elle ravit mes soirs et mes matins (Rollinat, Névroses,1883, p. 125).Ces merveilleux décors de Jusseaume pour Pelléas qui ravissaient mes vingt ans (Green, Journal,1944, p. 116).
d) Loc. adv.
α) À ravir. De manière à charmer; admirablement. Chapeau, robe qui va à ravir; chanter, danser, dessiner à ravir; se porter à ravir; être habillée, coiffée à ravir; être belle à ravir; pittoresque à ravir. Elle était grande, mince, svelte, faite à ravir, délicate, souple (Gobineau, Pléiades,1874, p. 256).Cette voix admirable qui la sert si bien et dont elle joue à ravir, je serais presque tenté de dire en musicienne! (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 457).P. ell., avec valeur d'adj. Deux petits tableaux d'un laisser aller, d'une exécution à ravir (Balzac, Cous. Pons,1847, p. 36).Vous aurez du succès, car vous êtes à ravir (Duhamel, Nuit St-Jean, 1935, p. 186).
β) Moins cour. À ravir + subst. indiquant la pers. intéressée, le sens, la faculté touchés.Mon regard découvrit au plus creux de son sein Des choses à ravir les yeux d'un séraphin (M. de Guérin, Poés.,1839, p. 106).Je l'ai vue [Yvonne de Bray] blonde à ravir, − à ravir les autres − je l'ai vue cultivée par Bataille (Colette, Pays. et portr.,1954, p. 133).V. délicatesse ex. 2.
Prononc. et Orth.: [ʀavi:ʀ], (il) ravit [-vi]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Déb. xiies. « enlever de force » (Benoit, Voyage St Brendan, 1322 ds T.-L.); b) 1422 (Alain Chartier, Le Quadrilogue Invectif, éd. E. Droz, p. 18, 23: ilz se efforcent d'oster et ravir par force la vie et la substance de voz femmes et enfans); 1690 « arracher quelqu'un à l'affection de ses proches » (Fur.); 2. ca 1170 relig. « transporter au ciel » (Quatre Livre des Rois, éd. E. R. Curtius, p. 175); 1319 être ravi en extase*; 1636 se ravir (Monet: Pansant an Dieu, il se ravit soudain); 3. 1200-20 « mettre hors de soi dans un mouvement d'enthousiasme » (Pseudo-Turpin, I, 38, 4 ds T.-L.); 1576-1628 se ravir de (Malherbe, II, 385); 4. 1645 à ravir (Scarron, Jodel. ou le maître valet, I, 1 ds Littré). Du lat. pop. *rapι ̄re (cf. ital. rapire, roum. rapi), altér. du lat. rapere « entraîner avec soi; enlever de force ». Fréq. abs. littér.: 1 172. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 2 436, b) 1 595; xxes.: a) 1 279, b) 1 280. Bbg. Duch. Beauté 1960, pp. 82-84. − Dumonceaux (P.). Lang. et sensibilité au xviies. Genève, 1975, pp. 72-108. − Meier (H.). Lateinisch-romanische Etymologien. Wiesbaden, 1981, p. 4.

Ravir : définition du Wiktionnaire

Verbe

ravir \ʁa.viʁ\ transitif 2e groupe (voir la conjugaison)

  1. Enlever de force, emporter avec violence.
    • Si les pages qui vont suivre voient un jour la lumière du soleil, c’est qu’elle m’aura été ravie. — (Pierre Benoit, L’Atlantide, Albin Michel, 1920, p. 9-14)
    • Ravir une femme.
    • Ravir le bien d’autrui.
  2. (Figuré) Enlever, ôter, priver de.
    • Ravir l’honneur à une jeune fille.
    • Ravir à un général la gloire d’une action.
  3. Charmer l’esprit ou le cœur de quelqu’un, faire éprouver un transport d’admiration, de plaisir, etc.
    • […]: c’est qu'on mesure mal l’état de divertissement où sont ravis tant de jeunes gens qui découvrent à la fois les livres et les femmes. — (Paul Nizan, La Conspiration, 1938, p.44)
    • Les merveilles que vous me racontez me ravissent.
    • C’est une beauté qui ravit tous ceux qui la voient, qui ravit tous les cœurs.
    • Cette musique a ravi tous ceux qui l’ont entendue.
    • Ce prédicateur, cet avocat a ravi tout son auditoire.
    • Un homme ravi de joie, ravi d’admiration, Un homme transporté de joie, d’admiration.
  4. (Par hyperbole) (Familier) En éprouver un vif plaisir, en être bien aise.
    • Je suis ravi de vous voir.
    • Je suis ravi de vos succès.
    • Je suis ravi qu’il ait gagné son procès.
    • J’apprends que vous avez fait un heureux mariage, j’en suis ravi.
  5. (Religion) Transporter au ciel.
    • Saint Paul fut ravi jusqu’au troisième ciel.
  6. (Mysticisme) Être transporté hors de soi par une forte contemplation et par l’effet d’une grâce particulière.
    • Ce saint a été plusieurs fois ravi en extase.
  7. (Figuré) Être transporté hors de soi par un sentiment très vif d’admiration.
    • À la vue de ce grand monument, il fut ravi en extase.
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Ravir : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RAVIR. v. tr.
Enlever de force, emporter avec violence. Ravir une femme. Ravir le bien d'autrui. Il s'emploie aussi figurément et signifie Enlever, ôter, priver de. Ravir l'honneur à une jeune fille. Ravir à un général la gloire d'une action.

RAVIR signifie encore Charmer l'esprit ou le cœur de quelqu'un, faire éprouver un transport d'admiration, de plaisir, etc. Les merveilles que vous me racontez me ravissent. C'est une beauté qui ravit tous ceux qui la voient, qui ravit tous les cœurs. Cette musique a ravi tous ceux qui l'ont entendue. Ce prédicateur, cet avocat a ravi tout son auditoire. Un homme ravi de joie, ravi d'admiration, Un homme transporté de joie, d'admiration. Par exagération et fam., Être ravi de quelque chose, En éprouver un vif plaisir, en être bien aise. Je suis ravi de vous voir. Je suis ravi de vos succès. Je suis ravi qu'il ait gagné son procès. J'apprends que vous avez fait un heureux mariage, j'en suis ravi.

RAVIR, dans le langage religieux, signifie Transporter au ciel. Saint Paul fut ravi jusqu'au troisième ciel. Dans le langage mystique, Être ravi en extase, Être transporté hors de soi par une forte contemplation et par l'effet d'une grâce particulière. Ce saint a été plusieurs fois ravi en extase. Fig., Être ravi en extase, Être transporté hors de soi par un sentiment très vif d'admiration. À la vue de ce grand monument, il fut ravi en extase.

À RAVIR, loc. adv. De façon admirable. Elle chante à ravir. Cette femme est belle à ravir. Elle est mise à ravir, coiffée à ravir.

Ravir : définition du Littré (1872-1877)

RAVIR (ra-vir) v. a.
  • 1Enlever de force, par violence. Ravir le bien d'autrui. Notre Seigneur a dit que… le royaume de Dieu souffre violence, et que les violents le ravissent, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 4. À quoi bon ravir l'or au sein du nouveau monde ? Boileau, Épître V. Pâris le Troyen, retournant chez lui avec Hélène qu'il avait ravie, Rollin, Hist. anc. Œuv. t, I, p. 138, dans POUGENS. Ce sont des gens qui ravissent le ciel plutôt qu'ils ne l'obtiennent, Montesquieu, Lett. pers. 57.

    Fig. Et ces ailes de feu qui ravissent une âme Au céleste séjour, Rousseau J.-B. Odes, III, 1.

  • 2 Fig. Ôter, priver de. Il n'a pas tenu à toi que tu ne m'aies ravi cette gloire, Vaugelas, Q. C VIII S. Et dans un si beau temps jamais l'air en fureur A-t-il si tôt ravi l'espoir du laboureur ? Rotrou, Bélis. II, 5. Défendez-vous par la grandeur ; Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse ; La mort ravit tout sans pudeur, La Fontaine, Fabl. VIII, 1. Ni les affaires ni les compagnies n'étaient capables de lui ravir le temps qu'elle destinait aux choses divines, Bossuet, Yol. de Monterby. La mort a plus de prise sur une princesse qui a tant à perdre ; que d'années elle va ravir à cette jeunesse ! Bossuet, Duch. d'Orl. Heureux si j'avais pu ravir à la mémoire Cette indigne moitié d'une si belle histoire ! Racine, Phèdre, I, 1. Jérusalem, objet de ma douleur, Quelle main en un jour t'a ravi tous tes charmes ! Racine, Athal. III, 7. César nous a ravi jusques à nos vertus, Voltaire, Mort de César, II, 2.

    Se ravir, ravir à soi-même. Ô mon fils, cher espoir que je me suis ravi ! Racine, Phèdre, V, 6.

  • 3Il se dit de la destinée, de la volonté divine qui prive de la vie. Princesse, le digne lien des deux plus grands rois du monde, pourquoi leur avez-vous été sitôt ravie ? Bossuet, Duch. d'Orl. Ô Seigneur, nous ravissez-vous Henriette par un effet du même jugement qui abrégea les jours de la reine Marie ? Bossuet, ib. La Parque, ravissant ou son fils ou sa fille, A-, t-elle moissonné l'espoir de sa famille ? Boileau, Sat. X. Ô dieux ! pourquoi me le ravir avant que j'aie pu le forcer de m'aimer ? Fénelon, Tél. XVII. Il [Baratier, un enfant célèbre] n'avait que dix-neuf ans lorsqu'il fut ravi au monde, Voltaire, Louis XIV, Écriv. Baratier.
  • 4 Fig. Charmer, faire éprouver un transport d'admiration, de joie. Toutes vos actions me ravissent, Voiture, Lett. 78. Vous me ravissez d'aimer les Essais de morale [de Nicole], Sévigné, 12 janv. 1676. Cette face autrefois si majestueuse [de Jésus], qui ravissait en admiration le ciel et la terre, Bossuet, 1er sermon, Passion, 2. Ils [les grands hommes] pourront bien forcer les respects et ravir l'admiration, comme font les objets extraordinaires, Bossuet, Louis de Bourbon. Je me souviens qu'il nous ravissait en racontant comme en Catalogne…, Bossuet, ib. Que tu sais bien, Racine, à l'aide d'un acteur Émouvoir, étonner, ravir un spectateur ! Boileau, Ép. VII. La jeunesse d'Iole, sur le visage de laquelle les grâces étaient peintes, ravit son cœur [d'Hercule], Fénelon, Tél. X.

    Ravir à, entraîner à. Et se laissant ravir à l'amour maternelle, Corneille, Hor. I, 1.

    Absolument. Tantôt elle [l'imagination] amuse par des propos riants, d'autres fois elle ravit par la hardiesse de ses saillies, Condillac, Conn. hum. II, 10.

  • 5À ravir, loc. adv. Admirablement bien. Sans doute mon portrait Envers mon Isabelle aura fait son effet, J'y suis peint à ravir, Scarron, Jodelet ou le maître valet, I, 1. Vous êtes à ravir, et votre figure est à peindre, Molière, l'Av. II, 6. Mlle Clairon, qui déclame des vers à ravir, Voltaire, Dict. phil. Torture. Prenez vos ciseaux ; coupent-ils bien ? - à ravir, Diderot, Mém. Rêve d'Alembert.

HISTORIQUE

XIIe s. Penre disons nos à la fois [parfois] por tolir, dont cil oiseal [ces oiseaux] ki les altres ravissent ont non, solunc lo latin, prendeor, Job, p. 507. Sez-tu que nostre sires ravirat tun seignur à cest jur de vie ? Rois, p. 347. Cume urs à ki sunt raviz si ursetel [oursons], ib. 181.

XIIIe s. Seignor, oï avez maint conte, Que maint conteres vos aconte, Coment Paris ravi Helayne, Ren. 3. Soustrere c'est tolir. …ausit com se aucuns ravisoit aucun par force, et le destorbast qu'il ne venist à jor, Liv. de just. 86. Et en tel maniere [les autours] les entrelaissent [leurs petits] à norrir, porce qu'il apraignent à ravir, Latini, Trésor, p. 197. Dieux ravi la moie ame d'emmi les chaiaus [les petits] des lions, Psautier, f° 67. Il laissent les chevax ravir [courir impetueusement], Si se vont fort entreferir, Partonop. ms. de St-Germ. f° 170, dans LACURNE. Tant ai dedans mon cuer de joie, Qu'il est touz en deduit ravis, Jubinal, t. II, p. 191. Sa parole est prophecie, S'ele rit, c'est compaignie ; S'ele pleure, devocion ; S'ele dort, ele est ravie ; S'ele songe, c'est vision, Rutebeuf, 187.

XIVe s. Les tirans qui par violence desolent et gastent les cités, et qui ravissent et pillent les choses saintes ordenées pour le divin honneur, Oresme, Eth. 111. Vous maintenez que les esbas Et les deduis et les soulas, Qui par l'ueil au cuer sont ravis [portés], Sont plus plaisans, à vostre advis, Que ceulx qu'on reçoit par l'oÿe, Modus, f° CIX.

XVe s. D'eulx regarder [je] fu de joye ravis, Deschamps, Poésies mss. f° 219. Avoit son amour en icelle si profondement mis, que bien souvent il apparoissoit comme ravy, Perceforest, t. VI, f° 33.

XVIe s. Nul n'a voulu estre ainsi nommé, nul ne s'est ravi ce nom temeraire, Calvin, Instit. 899. Un prebstre qui ravissoit son ame en telle extase. que…, Montaigne, I, 93. Sa facilité et ses inventions [d'Ovide] m'ont ravi aultrefois, Montaigne, II, 101. Si fut le peuple espandu tout à l'environ ravy d'esbahissement, Amyot, Pomp. 32.

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Ravir : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

RAVIR, v. act. enlever de force. Voyez l’article Rapt. On ravit une fille à ses parens. Les oiseaux voraces ravissent leur proie. Les historiens & les grands poëtes ravissent les noms des grands hommes & le leur à l’oubli. Le médecin ravit l’homme à la mort. Ravir est aussi quelquefois synonyme à enchanter : vous me ravissez : c’est à ravir ; vous m’enchantez. La beauté ravit tous les cœurs. Il y a des saints qui ont été ravis en extase. On fit croire aux Romains que Romulus avoit été ravi au ciel. S. Paul fut ravi au troisieme ciel.

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Étymologie de « ravir »

Étymologie de ravir - Littré

Wallon, rây, raûy ; poitevin, ripir ; ital. rapire ; du lat. rapere, par changement de conjugaison. Rapere, est pour harpere ; comparez ἁρπάζω, sanscr. har, porter, prendre. Ravir s'est dit pour gravir (XVe s. : Ravir aux murs par crocs de fer, Hist. de Loys 3 de Bourbon, p. 106, dans LACURNE) ; mais en ce sens c'est une autre forme de gravir.

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Étymologie de ravir - Wiktionnaire

Du latin populaire rapire, altération du latin rapere (« entraîner avec soi, enlever de force »).
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Phonétique du mot « ravir »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
ravir ravir play_arrow

Conjugaison du verbe « ravir »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe ravir

Citations contenant le mot « ravir »

  • Pour Jérôme Bloch, directeur d’IDGarages.com interrogé par L’argus, cette hausse des tarifs peut s’expliquer par “des prestations de plus en plus techniques car les voitures sont plus complexes”. Selon cette étude, l’Île-de-France (où les prix ont baissé en moyenne de 12% entre 2019 et 2020) n’est plus la région où les réparations coûtent le plus cher. Elle se fait ravir ce titre peu enviable par la Bourgogne - Franche-Comté (+9%), où les prix sont en moyenne plus élevés de 6 points par rapport à la moyenne nationale qui devance la Bretagne (+4%, +4 points par rapport à la moyenne nationale) au classement. C’est dans les Hauts-de-France (-6 points par rapport à la moyenne nationale) que ces réparations sont par contre les moins chères. Capital.fr, Les réparations auto qui ont le plus flambé ces dernières années - Capital.fr
  • Pour les sportifs ou les amateurs de balades plus tranquilles, les falaises du cap Blanc-Nez ont de quoi ravir les amoureux du littoral. Classé Grand Site avec son voisin Gris-Nez, le cap, bien que très prisé des touristes en été, satisfera ses visiteurs en quête de décors naturels majestueux et de bouffées d’air frais. La Voix du Nord, Au sommet du cap Blanc-Nez, une balade synonyme de bouffée d’air frais
  • "Netflix : une mini-série qui va ravir les Geeks arrive prochainement"Par "geeks" on parle bien des gens qui se prennent pour des joueurs parce qu'ils ne jouent qu'à Minecraft/Call of Duty/Fortnite ? , Netflix : une mini-série qui va ravir les Geeks arrive prochainement
  • Ces derniers mois, les dirigeants de Huawei ne cachaient plus leurs ambitions. Mais ces résultats - qui permettent à Huawei de ravir une pôle position que se partageaient Samsung et Apple sans conteste depuis neuf ans - sont davantage le reflet d'un marché du smartphone chamboulé par l'épidémie de Covid-19 que celui d'une stratégie chinoise victorieuse. Les Echos, Smartphones : l'épidémie permet à Huawei de ravir à Samsung la place de numéro un mondial | Les Echos
  • J'ai toujours considéré que l'indépendance du caractère est le seul bien qu'on ne puisse ravir à un homme. De Eugène Viollet-le-Duc / 1877
  • La mort n'est pas si cruelle à nous ravir ce qu'on aime ; non pas si cruelle que l'oubli. De Paul-Jean Toulet / Les trois impostures
  • La liberté est l'ensemble des droits, qu'aucune société régulière ne peut ravir à ses membres, sans violer la justice et la raison. De Henri Lacordaire / Pensées
  • La nature est éternellement jeune, belle et généreuse. Elle possède le secret du bonheur, et nul n'a su le lui ravir. De George Sand / La mare au diable
  • Pour moi c'est ravir au monde le soleil que d'ôter de la vie l'amitié. De Cicéron

Images d'illustration du mot « ravir »

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Traductions du mot « ravir »

Langue Traduction
Corse piacè
Basque gozamenerako
Japonais 喜び
Russe восторг
Portugais deleite
Arabe بهجة
Chinois
Allemand freude
Italien diletto
Espagnol deleite
Anglais delight
Source : Google Translate API

Synonymes de « ravir »

Source : synonymes de ravir sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « ravir »


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