La langue française

Mensonge

Définitions du mot « mensonge »

Trésor de la Langue Française informatisé

MENSONGE, subst. masc.

A. − Affirmation contraire à la vérité faite dans l'intention de tromper. Synon. craque (pop.), bobard (fam.), boniments (fam.), histoires (fam.), menterie.Elle prétendit d'abord avoir la migraine; puis elle rougit de ce mensonge et le pallia soudain en disant qu'elle ne me voyait point partir sans regret (Balzac,Lys,1836, p. 152).Il n'est pas possible de dire la vérité, mais on peut faire des mensonges transparents: c'est à vous de voir au travers (Renard,Journal,1902, p. 726).Francillon se penchait sur le livre avec une application pleine de défiance, comme s'il se fût proposé de déceler les mensonges de l'auteur (Sartre,Mort ds âme,1949, p. 54).V. mentir ex. 1.
SYNT. Mensonge calomnieux, diplomatique, grossier, humiliant, hypocrite, inutile, maladroit; affreux, beau, grand, infâme, petit, vilain mensonge; longue suite, tissu de mensonges; faire des mensonges gros comme des montagnes; commettre, conter, dire, fabriquer, faire, forger, inventer, raconter un (des) mensonge(s); aligner des mensonges; être contraint, entraîné au mensonge; s'abaisser jusqu'au mensonge; avoir horreur du mensonge; être accusé, être convaincu de mensonge; aller de mensonge en mensonge.
Père du mensonge. Le diable. Satan, dit l'évangile, est le père du mensonge; le mal ne veut jamais porter son nom et s'offense mortellement de l'entendre prononcer (Amiel,Journal,1866, p.66).
Mensonge joyeux. Mensonge fait par plaisanterie. Depuis 1851, je ne crois pas avoir fait un seul mensonge, excepté naturellement les mensonges joyeux (Renan,Souv. enf.,1883, p. 363).Mensonges officieux. Mensonge fait dans l'intention de rendre service. Obtiens de ta soeur et de ton beau-frère qu'ils prennent sur eux un petit mensonge officieux (Balzac,Splend. et mis.,1844, p. 216).Pieux mensonge. Mensonge fait à quelqu'un dans l'intention de lui épargner quelque chose de pénible. Si Breuil, pour s'excuser de ses pieux mensonges, nous dit que les peintures se sont effacées depuis soixante-quatorze ans qu'on les a découvertes, il faudra que les autres se donnent bien du mal pour nous expliquer comment elles se sont conservées intactes pendant les 53.877 ans qui ont précédé la trouvaille (T'Serstevens,Itinér. esp.,1963, p.308).
Mensonge par omission*.
En partic., au sing. [Avec art. déf.] Fait, habitude de mentir. S'enfoncer dans le mensonge. L'habitude arrangea tout. Ils vécurent l'un et l'autre quelques années assez à l'aise dans le mensonge (Guéhenno,Jean-Jacques,1948, p. 74):
1. À tant de preuves qui corroboraient ma version première, j'avais stupidement préféré de simples affirmations d'Albertine. Pourquoi l'avoir crue? Le mensonge est essentiel à l'humanité. Il y joue peut-être un aussi grand rôle que la recherche du plaisir, et d'ailleurs est commandé par cette recherche. Proust,Fugit.,1922, p. 609.
B. − P. ext.
1. Tromperie, illusion. Synon. erreur, mirage.Dis-moi que tu es sinon heureuse, du moins calme. Le bonheur est un mensonge dont la recherche cause toutes les calamités de la vie (Flaub.,Corresp.,1847, p. 55).
2. Artifice:
2. Lohengrin lui paraissait d'un mensonge à hurler. Il haïssait cette chevalerie de pacotille, cette bondieuserie hypocrite, ce héros sans peur et sans coeur, incarnation d'une vertu égoïste et froide qui s'admire et qui s'aime avec prédilection. Rolland,J.-Chr., Révolte, 1907, p. 392.
REM.
Mensonginet, subst. masc.Petit mensonge. Un joli petit mensonginet vaut souvent mieux qu'une épaisse vérité (Labiche,Misanthr. et Auv.,1852, I, 19, p. 197).
Prononc. et Orth.: [mɑ ̃sɔ ̃:ʒ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 mençunge «affirmation contraire à la vérité» (Roland, éd. J. Bédier, 1760); ca 1160 mençonge (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 1557); 1188 mensonge (Aimon de Varennes, Florimont, 862 ds T.-L.); 1694 mensonges officieux (Ac.); 1826 pieux mensonge (Stendhal, Souvenirs d'un gentilhomme italien ds Romans et nouvelles, éd. H. Martineau, p. 1175); 1874 théol. mensonge joyeux (Lar. 19e); 2. 1remoitié du xiies. «illusion, ce qui est trompeur» (Psautier Cambridge, éd. Fr. Michel, 4, 2). D'un lat. pop. *mentionica, dér. du b. lat. mentio «mensonge» (vies. ds Du Cange et TLL), qui paraît plutôt continuer le lat. class. mentio «mention» (d'où «mention mensongère»: Pensomeni discuntur fallaces qui rem aliquam mentionibus conantur adserere ut diximus de philosophis qui dicunt sidicomentarii et mentitur uerum dico ds CGL, p. 38, 18), qu'être issu par haplologie de *mentitio, de mentitus, part. passé de mentiri «mentir»; un autre type *mentionia est supposé par l'ital. menzogna, a. fr. mensoigne (v. FEW, 6, 1, p. 738b-739). Mensonge est du genre fém. jusqu'au début du xviies., ensuite masc. (on le trouve une 1refois au masc. en 1530, Palsgr., p. 239), peut-être sous l'infl. de songe*, avec lequel il est lié, dans la litt., dès le xiiesiècle. Fréq. abs. littér.: 3 838. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3896, b)3715; xxes.: a) 6827, b) 6900. Bbg. Blumenfeld (R.). Rem. sur songe/mensonge. Romania. 1980, t. 101, pp. 385-390. _ Hasselrot (B.). Pt suppl. de dimin. fr. St. neophilol. 1959, t. 31, p. 38 (s.v. mensonginet). _ Jud (J.). Mensonge,... Vox rom. 1950, t. 11, pp. 101-124. _ Malkiel (Y.). Ancient hispanic vera(s) and mentira(s)... Rom. Philol. 1952, t.6, pp.121-172. _ Quem. DDL t. 20 (s.v. mensonginet).

Wiktionnaire

Nom commun

mensonge \mɑ̃.sɔ̃ʒ\ masculin

  1. Propos contraire à la vérité, tenu avec dessein de tromper.
    • Les mensonges ne mènent pas loin. Avec un mensonge on va loin, mais sans espoir de retour.
    • « Dans un amitié de quarante ans, si on laisse un petit mensonge, c’est comme un pierre pointue dans le soulier du facteur de la poste… André, dis-moi la vérité ! » — (Marcel Pagnol, Le temps des secrets, 1960, collection Le Livre de Poche, page 57)
    • La plupart des auteurs depuis Saint Augustin font une différence entre le mensonge officieux dont la finalité est l'utilité, le mensonge plaisant destiné à faire rire et le mensonge pernicieux toujours condamnable. Certains y ajoutent le mensonge de convenance ou de politesse, le mensonge pédagogique que maints éducateurs croient devoir utiliser dans l'intérêt de la jeunesse, le pieux mensonge etc. qui tous, d'une manière ou d'une autre, se rattachent aux premiers. — (Jean Ferrari, L'année 1797 du Droit de mentir, dans L'année 1797: Kant, La métaphysique des mœurs, sous la direction de Simone Goyard-Fabre & Jean Ferrari, Librairie J. Vrin, 2000, page 104)
    • Puisqu'il ne faut jamais mentir, alors il faut mentir de temps en temps : l'obligation d'être véridique à tout prix contraint à mentir quand la vérité elle-même est plus fallacieuse que le mensonge. — (Raphaël Enthoven, Le Mensonge, Philosophie magazine n°20, novembre 2009)
  2. (Poétique) (Littéraire) Fable, fiction, invention.
    • La poésie vit de mensonges.
    • Les aimables mensonges de la Fable.
  3. (Figuré) Erreur, vanité, illusion.
    • Le monde n’est que mensonge.

Nom commun

mensonge \Prononciation ?\ féminin

  1. Variante de mençonge.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MENSONGE. n. m.
Propos contraire à la vérité, tenu avec dessein de tromper. Un mensonge impudent. Dire, faire, inventer, forger un mensonge. Débiter des mensonges. Soutenir, réfuter, combattre un mensonge. Être dupe d'un mensonge. Discerner le mensonge d'avec la vérité. Mensonge innocent, Mensonge sans conséquence, qui ne peut nuire à personne. Le mensonge que je vous ai fait est bien innocent et ne mérite pas tant de reproches. Mensonge pieux, Mensonge fait dans l'intention d'être utile ou agréable à quelqu'un. Plutôt que de l'alarmer sur son état, j'ai cru devoir lui faire un mensonge pieux. Dans le langage de l'Écriture, L'esprit du mensonge, le père du mensonge, Le diable. Dans le langage poétique, il signifie Fable, fiction, invention. La poésie vit de mensonges. Les aimables mensonges de la Fable.

MENSONGE signifie aussi, figurément, Erreur, vanité, illusion. Le monde n'est que mensonge.

Littré (1872-1877)

MENSONGE (man-son-j') s. m.
  • 1Discours contraire à la vérité, tenu avec dessein de tromper. Le meilleur que j'y voie, c'est que ses mensonges ne feront pas geler les vignes, Malherbe, Lettres, II, 29. Voilà jusqu'à quel point vous charment leurs mensonges [des chrétiens] ! Corneille, Poly. IV, 3. L'homme est de glace aux vérités ; Il est de feu pour le mensonge, La Fontaine, Fabl. IX, 6. Voyons, voyons un peu par quel biais, de quel air Vous voulez soutenir un mensonge si clair, Molière, Mis. IV, 3. Ce qu'ils [les Perses] trouvaient le plus lâche après le mensonge, était de vivre d'emprunt, Bossuet, Hist. III, 5. Celui-ci s'échauffe dans un barreau ; les autres dans leurs boutiques débitent plus de mensonges que de marchandises, Bossuet, Sermons, Quinquag. préambule. Ce commerce continuel de mensonges ingénieux pour se tromper, injurieux pour se nuire, officieux pour se corrompre, Fléchier, Duc de Mont. De nouveau tu semas tes captieux mensonges, Boileau, Sat. XI. D'un mensonge si noir justement irrité, Je devrais faire ici parler la vérité, Racine, Phèdre, IV, 2. Le mensonge jamais n'entra dans tes discours, Racine, Esth. II, 5. Les dieux voient ma sincérité ; c'est à eux à conserver ma vie par leur puissance, s'ils le veulent ; mais je ne veux point la sauver par un mensonge, Fénelon, Tél. III. Il savait taire un secret sans dire aucun mensonge, Fénelon, ib. XVI. Mahomet… Assemblage inouï de mensonge et d'audace, Voltaire, Fanat. II, 5. Nous avons attaché d'autant plus d'infamie au mensonge, que, de toutes les mauvaises actions, c'est la plus facile à cacher et celle qui coûte le moins à commettre, Voltaire, Traité métaph. 9. Un système de mensonges ressemble plus à la vérité qu'un seul mensonge isolé ; plus on voit de choses à contredire à la fois, moins on en contredit, Diderot, Claude et Nér. II, 98. Tout ce qui, contraire à la vérité, blesse la justice en quelque façon que ce soit, c'est mensonge, Rousseau, 4e prom. Et, meublant de Maret la boutique infernale, Ils dînent du mensonge et soupent du scandale, Chénier M. J. Disc. sur la calomnie.

    Mensonge innocent, mensonge sans conséquence, qui ne peut nuire à personne.

    Mensonge officieux, mensonge fait dans l'intention d'être utile ou agréable à quelqu'un. Ne fût-ce que pour réparer le mensonge officieux de votre ami, Maintenon, Lett. à la mar. d'Albret, 1664, t. I, p. 34, dans POUGENS. Ce qu'on appelle mensonges officieux sont de vrais mensonges, parce qu'en imposer à l'avantage soit d'autrui, soit de soi-même, n'est pas moins injuste, que d'en imposer à son détriment, Rousseau, 4e prom.

    Fig. et familièrement. Un mensonge puant, un puant mensonge, un mensonge évident et grossier.

    Le champ du mensonge, lieu en Alsace où Louis le Débonnaire fut trahi par ses fils, en 833.

  • 2 Particulièrement. Une fausse doctrine religieuse. Ô Dieu de vérité, vous n'avez pas créé cet esprit pour le mensonge ; laissez couler sur lui, du sein de votre gloire, un de ces rayons pénétrants de votre grâce…, Fléchier, Duc de Mont. Vous malheureux, assis dans la chaire empestée, Où le mensonge règne et répand son poison, Racine, Ath. III, 4.

    Dans le langage de l'Écriture, l'esprit du mensonge, le père du mensonge, le diable.

  • 3 Poétiquement. Fable, fiction. La poésie vit de mensonges. Le mensonge et les vers de tout temps sont amis, La Fontaine, Fabl. II, 1. Amusez les rois par des songes, Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges, La Fontaine, Fabl. VIII, 14. Quand la Grèce parlait, l'univers en silence Respectait le mensonge ennobli par sa voix, Voltaire, Odes, 5. Que ces agréables mensonges Sont au-dessus des vérités ! Et que votre reine des songes Est la reine des voluptés ! Voltaire, Lett. Cideville, 26 juin 1735.
  • 4Erreur, illusion, vanité. Mes yeux, puis-je vous croire et n'est-ce point un songe Qui sur mes tristes vœux a formé ce mensonge ? Corneille, Pomp. V, 1. C'est une maladie naturelle à l'homme de croire qu'il possède la vérité directement… en effet il ne connaît naturellement que le mensonge, Pascal, Espr. géom. I. L'homme n'est que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soi-même et à l'égard des autres, Pascal, Pens. II, 8, éd. HAVET.

    PROVERBE

    Tous songes sont mensonges, c'est-à-dire il ne faut pas s'arrêter aux songes ni leur accorder aucune foi.

REMARQUE

Mensonge, féminin dans le début, a commencé à devenir indifféremment masculin et féminin dans le XVIe siècle et même plus tard ; aujourd'hui il n'est plus que masculin. D'abord les grammairiens m'appelleront en justice parce que je ne dis point une mensonge, et ne crois pas que la juridiction qu'ils ont sur les mots, puisse faire changer de sexe à celui-ci, Guez de Balzac, liv. IV, lett. 30.

SYNONYME

1. MENSONGE, MENTERIE., Ces deux mots, qui ne diffèrent que par le suffixe, sont très sensiblement synonymes ; mais l'emploi n'en est pas le même. Menterie appartient au style familier, et mensonge est de tous les styles : c'est pourquoi mensonge seul se dit figurément dans le style élevé.

2. FAIRE UN MENSONGE, DIRE UN MENSONGE., Ces deux expressions sont synonymes, et, ici, faire n'a que le sens de dire, bien que Roubaud ait voulu les distinguer, en prétendant que dire un mensonge, c'est le proférer, et faire un mensonge, le composer.

HISTORIQUE

XIe s. S'altre le dist, jà semblast grant mençonge, Ch. de Rol. CXXXI.

XIIe s. Tu perderas tuz celz [ceux] chi parolent menceunge, Liber psalm. p. 4. S'autre le dist, menzoigne fust prouvée, Roncisv. 84. Que Thomas l'arcevesque… Ne seit de ses mençoignes creüz ne escultez, Th. le mart. 54.

XIIIe s. Là me sovint des gens de male guise Qui m'ont mis sus mensoigne à escient, Que j'ai chanté des dames laidement, Quesnes, Romanc. p. 89. Se je vous trouve à mençonge, vous le comperrez [payerez] durement, Chr. de Rains, 140. Nule raison qui soit proposée de l'une partie ne de l'autre, en le [la] quele on voit aperte menchonge, de li meïsme ne doit estre receue en jugement, Beaumanoir, VIII, 16. Et nos orrons bien se tu li diras nule mençonge, Merlin, f° 33, verso.

XIVe s. Or est-il ainsi que mensonge ou mentir est une chose malvese de soy et de sa nature, Oresme, Eth. 134.

XVe s. Et au partir advisa une plus belle mensonge… ce fut qu'il me dit…, Commines, VIII, 12.

XVIe s. Une effrontée et solenne mensonge, Montaigne, I, 37. Si comme la verité le mensonge n'avoit qu'un visage, Montaigne, ib. Vin tant divin, loing de toy est forclose toute mensonge et toute tromperie, Rabelais, Pant. V, 44. M. Bayard m'a envoié une accoustumée mensonge que l'empereur a escripte au pape, dont je suis très aise, car les enfans peuvent estre juges de la verité, Marguerite de Navarre, Lettre CXIV. Encore qu'il soit assez coustumier de fourvoyer de la verité pour escrire des mensonges et comptes faits à plaisir, Amyot, Artax. 7.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MENSONGE, s. m. (Morale) fausseté deshonnête ou illicite. Le mensonge consiste à s’exprimer, de propos délibéré, en paroles ou en signes, d’une maniere fausse, en vûe de faire du mal, ou de causer du dommage, tandis que celui à qui on parle a droit de connoître nos pensées, & qu’on est obligé de lui en fournir les moyens, autant qu’il dépend de nous. Il paroît de-là que l’on ne ment pas toutes les fois qu’on parle d’une maniere qui n’est pas conforme, ou aux choses, ou à nos propres pensées ; & qu’ainsi la vérité logique, qui consiste dans une simple conformité de paroles avec les choses, ne répond pas toujours à la vérité morale. Il s’ensuit encore que ceux-là se trompent beaucoup, qui ne mettent aucune différence entre mentir & dire une fausseté. Mentir est une action deshonnête & condamnable, mais on peut dire une fausseté indifférente ; on en peut dire une qui soit permise, louable & même nécessaire : par conséquent une fausseté que les circonstances rendent telle, ne doit pas être confondue avec le mensonge, qui décele une ame foible, ou un caractere vicieux.

Il ne faut donc point accuser de mensonge, ceux qui emploient des fictions ou des fables ingénieuses pour l’instruction, & pour mettre à couvert l’innocence de quelqu’un, comme aussi pour appaiser une personne furieuse, prête à nous blesser : pour faire prendre quelques remedes utiles à un malade ; pour cacher les secrets de l’état, dont il importe de dérober la connoissance à l’ennemi, & autres cas semblables, dans lesquels on peut se procurer à soi-même, ou procurer aux autres une utilité légitime & entierement innocente.

Mais toutes les fois qu’on est dans une obligation manifeste de découvrir fidélement ses pensées à autrui, & qu’il a droit de les connoître, on ne sauroit sans crime ni supprimer une partie de la vérité, ni user d’équivoques ou de restrictions mentales ; c’est pourquoi Cicéron condamne ce romain qui, après la bataille de Cannes, ayant eu d’Annibal la permission de se rendre à Rome, à condition de retourner dans son camp, ne fut pas plûtôt sorti de ce camp, qu’il y revint sous prétexte d’avoir oublié quelque chose, & se crut quitte par ce stratagème de sa parole donnée.

Concluons que si le mensonge, les équivoques & les restrictions mentales sont odieuses, il y a dans le discours des faussetés innocentes, que la prudence exige ou autorise ; car de ce que la parole est l’interprête de la pensée, il ne s’ensuit pas toujours qu’il faille dire tout ce que l’on pense. Il est au contraire certain que l’usage de cette faculté doit être soumis aux lumieres de la droite raison, à qui il appartient de décider quelles choses il faut découvrir ou non. Enfin pour être tenu de déclarer naïvement ce qu’on a dans l’esprit, il faut que ceux à qui l’on parle, aient droit de connoître nos pensées. (D. J.)

Mensonge officieux : un certain roi, dit Musladin Sadi dans son Rosacium politicum, condamna à la mort un de ses esclaves qui, ne voyant aucune espérance de grace, se mit à le maudire. Ce prince qui n’entendoit point ce qu’il disoit, en demanda l’explication à un de ses courtisans. Celui-ci qui avoit le cœur bon & disposé à sauver la vie au coupable, répondit : « Seigneur, ce misérable dit que le paradis est préparé pour ceux qui moderent leur colere, & qui pardonnent les fautes ; & c’est ainsi qu’il implore votre clémence ». Alors le roi pardonna à l’esclave, & lui accorda sa grace. Sur cela un autre courtisan d’un méchant caractere, s’écria qu’il ne convenoit pas à un homme de son rang de mentir en présence du roi, & se tournant vers ce prince : « Seigneur, dit-il, je veux vous instruire de la vérité ; ce malheureux a proféré contre vous les plus indignes malédictions, & ce seigneur vous a dit un mensonge formel ». Le roi s’appercevant du mauvais caractere de celui qui tenoit ce langage, lui répondit : « Cela se peut ; mais son mensonge vaut mieux que votre vérité, puisqu’il a tâché par ce moyen de sauver un homme, au lieu que vous cherchez à le perdre. Ignorez-vous cette sage maxime, que le mensonge qui procure du bien, vaut mieux que la vérité qui cause du dommage ? » Cependant, auroit dû ajouter le prince, qu’on ne me mente jamais.

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Étymologie de « mensonge »

Provenç. mensonga, mensonja, messonga, messonja, messorga ; anc. cat. mensongia ; ital. menzogna. Dérivation irrégulière du verbe mentir. Il y a deux formes : dans mençoigne, menzogna, vu la finale semblable à vergoigne, vergogna, du latin verecundia, la finale représente undia ; dans mensonge, féminin, vu la finale semblable à chalonge, qui est le latin calumnia, la finale onge représente umnia ; telle est la valeur de ces suffixes ; maintenant, comment se sont-ils agencés à mentir ? On ne le sait.

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(1080) Du latin populaire *mentionica, du latin mentio (« mention, fausse mention, mensonge »), voir mentior (« mentir »).
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Phonétique du mot « mensonge »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
mensonge mɑ̃sɔ̃ʒ

Citations contenant le mot « mensonge »

  • Au-dessous de la Loire, le mensonge est une forme de la sociabilité, et comme une politesse de la race. Abel Hermant, Éloge du mensonge, Hachette
  • Les hommes sont les roturiers du mensonge, les femmes en sont l'aristocratie. Abel Hermant, Éloge du mensonge, Hachette
  • Le mensonge tue l'amour, a-t-on dit. Eh bien, et la franchise, donc ! Abel Hermant, Éloge du mensonge, Hachette
  • Les femmes mentent par le chemin des écoliers. Alfred Jarry, L'Amour absolu, Mercure de France
  • Il y a des circonstances où le mensonge est le plus saint des devoirs. Eugène Labiche, Les Vivacités du capitaine Tic
  • La vraisemblance rend les mensonges sans conséquence, en ôtant le désir de les vérifier. Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses
  • L'homme est de glace aux vérités, Il est de feu pour les mensonges. Jean de La Fontaine, Fables, le Statuaire et la Statue de Jupiter
  • Il n'y a pas moins de reproche à taire une vérité qu'à falsifier un mensonge. Étienne Pasquier, Recherches de la France, I, 1
  • Le mensonge adoucit les mœurs. Georges de Porto-Riche, Le Passé, I, 5, Bracony , Fayard
  • […] Je pense que tous songes Sans rien signifier, ne sont que des mensonges […]. Pierre de Ronsard, Le Bocage royal
  • Un mensonge peut être moins mensonger qu'une vérité bien choisie. Jean Rostand, Pensées d'un biologiste, Stock
  • La vérité a plusieurs visages, le mensonge n'en a qu'un ! Georges Schéhadé, La Soirée des proverbes, Gallimard
  • L'art est sans doute la seule forme de progrès qui utilise aussi bien les voies de la vérité que celles du mensonge. Jean-Marie Gustave Le Clézio, L'Extase matérielle, Gallimard
  • Ne pas produire un beau mensonge, mais une vérité qui serait aussi belle que le plus beau mensonge. Michel Leiris, Fibrilles, Gallimard
  • Tous les hommes mentent et savent qu'ils mentent. La vérité, c'est leur poison. Louis Guilloux, Journal, Gallimard
  • Ne vous mentez plus les uns aux autres. Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements. , Saint Paul, Épître aux Colossiens, III, 9
  • N'importe quel sot peut dire la vérité, mais il faut qu'un homme soit un peu sensé pour savoir bien mentir. Samuel Butler, Notebooks
  • Le mensonge est dangereux parce qu'il se fait prendre pour la vérité. La vérité l'est parce qu'on la prend pour la vérité. Robert Mallet, Apostilles, Gallimard
  • La nature nous est nécessaire comme le mensonge. François Mauriac, Journal, Grasset
  • N'importe qui sait proférer des paroles menteuses ; les mensonges du corps exigent une autre science. François Mauriac, Thérèse Desqueyroux, Grasset
  • Tout gros mensonge a besoin d'un détail bien circonstancié moyennant quoi il passe. Prosper Mérimée, Portraits historiques et littéraires, Alexandre Pouchkine
  • Comme une femme ment mal quand on sait qu'elle ment ! Robert Pellevé de La Motte-Ango, marquis de FlersFrantz Wiener, dit Francis de Croisset, Les Nouveaux Messieurs, L'Illustration
  • Ce n'est pas sans raison qu'on dit que qui ne se sent point assez ferme de mémoire, ne se doit pas mêler d'être menteur. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, I, 9
  • Je me fais plus d'injure* en mentant que je n'en fais à celui à qui je mens. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, II, 17
  • J'aime la vérité. Je crois que l'humanité en a besoin ; mais elle a bien plus grand besoin encore du mensonge […]. Anatole François Thibault, dit Anatole France, La Vie en fleur, Calmann-Lévy
  • Quelle vérité est-ce que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au-delà ? Michel Eyquem de Montaigne, Essais, II, 12
  • Il faut que tous braves menteurs soient gens de bonne mémoire, pour se garder de méprendre. Étienne Pasquier, Recherches de la France, I, 3
  • Les plus détestables mensonges sont ceux qui se rapprochent le plus de la vérité. André Gide, Si le grain ne meurt, Gallimard
  • Le mensonge n'est pas haïssable en lui-même, mais parce qu'on finit par y croire. Marcel Arland, La Route obscure, Gallimard
  • […] Une certaine espèce de menteurs dont chaque mensonge est un enchaînement d'authentiques accès de sincérité. Marcel Aymé, Le Chemin des écoliers, Gallimard
  • Comme ce serait déplaire à Dieu que de respecter la vérité que l'on s'imaginerait être le mensonge, ce serait aussi l'offenser que de ne pas respecter le mensonge que l'on croirait être la vérité. Pierre Bayle, Critique de l'Histoire du calvinisme par le P. Maimbourg
  • La vérité existe. On n'invente que le mensonge. Georges Braque, Le Jour et la Nuit, Gallimard
  • Ma vie est difficile parce que j'ai horreur du mensonge. Henri Calet, Peau d'ours, Gallimard
  • La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule qui met chaque objet en valeur. Albert Camus, La Chute, Gallimard
  • C'est avec leurs mensonges du matin que les femmes font leurs vérités du soir. Jean Giraudoux, Amphitryon 38, II, 5, Mercure , Grasset
  • Le mensonge, ce rêve pris sur le fait. Louis Ferdinand Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Gallimard
  • Ils* dînent du mensonge, et soupent du scandale. Marie-Joseph de Chénier, De la calomnie
  • Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. Jean Cocteau, Opéra, Stock
  • Je ne veux pas que la mort me vienne des hommes, ils mentent trop ! ils ne me donneraient pas l'Infini ! Louis Ferdinand Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline, Féerie pour une autre fois, Gallimard
  • Ce qu'aiment les hommes, ce que tu aimes, ce n'est pas connaître, ce n'est pas savoir : c'est osciller entre deux vérités ou deux mensonges. Jean Giraudoux, Intermezzo, III, 4, le spectre , Grasset
  • Que c'est beau le mensonge, chez une femme vraie ! Jean Giraudoux, Pour Lucrèce, I, 7, Armand , Grasset
  • L'un des mensonges les plus fructueux, les plus intéressants qui soient, et l'un des plus faciles en outre, est celui qui consiste à faire croire à quelqu'un qui vous ment qu'on le croit. Sacha Guitry, Toutes Réflexions faites, Éditions de l'Élan
  • Il faut bonne mémoire après qu'on a menti. Pierre Corneille, Le Menteur, IV, 5, Cliton
  • L'art est le plus beau des mensonges. Claude Debussy, Monsieur Croche, antidilettante, Gallimard
  • Toute habitude nous est pernicieuse ; car elle nous empêche de nous offrir entièrement aux mensonges nouveaux. Marcel Schwob, Le Livre de Monelle, Mercure de France
  • Il en est qui sont véridiques pour n'avoir point de quoi mentir. Paul Valéry, Autres Rhumbs, Gallimard
  • D'un bout du monde à l'autre on ment et l'on mentit. Nos neveux mentiront, comme ont fait nos ancêtres. François Marie Arouet, dit Voltaire, Contes, les Filles de Minée
  • Le mensonge est l'arme des forts. Michel Zévaco, Les Pardaillan, Fayard
  • Il n'est pas possible, Athéniens, non, il n'est pas possible de constituer par l'injustice, par le parjure, par le mensonge, une puissance qui dure. Démosthène, Olynthiennes, II, 10 (traduction M. Croiset)
  • L'homme n'est que mensonge. , Ancien Testament, Psaumes CXVI, 11
  • Vous les hommes, jusques à quand ces cœurs fermés, ce goût du rien, cette course au mensonge ? , Ancien Testament, Psaumes IV, 3
  • L'art se situe dans l'intervalle, mince comme la peau, qui sépare la vérité du mensonge. Sugimori Nobumori, dit Chikamatsu Monzaemon, Entretiens avec Hozumi Ikkan
  • La vie et le mensonge sont synonymes. Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Bobok
  • Le mensonge est la religion des esclaves et des patrons. Alekseï Maksimovitch Pechkov, dit Maksim Gorki, Dans les bas-fonds, IV, 1, Satine
  • Parfois le mensonge explique mieux que la vérité ce qui se passe dans l'âme. Alekseï Maksimovitch Pechkov, dit Maksim Gorki, Les Vagabonds, Konovalov
  • Ne vous servez donc pas de ce terme élevé d'idéal quand nous avons pour cela, dans le langage usuel, l'excellente expression de mensonge. Henrik Ibsen, Le Canard sauvage
  • À moins, bien sûr, d'être un menteur exceptionnel, la meilleure politique est toujours de dire la vérité. Jerome Klapka, dit Jerome K. Jerome, In le journal The Idler 1892
  • À une vérité ténue et plate, je préfère un mensonge exaltant. Aleksandr Sergueïevitch Pouchkine, Récits de Belkine, le Héros
  • Il n'est rien de plus profitable qu'un mensonge habile. Fray Gabriel Téllez, dit Tirso de Molina, El celoso prudente, II, 3
  • Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques. Samuel Langhorne Clemens, dit Mark Twain, Autobiography, I, 246
  • L'humilité consiste à transiger avec le mensonge. Miguel de Unamuno y Jugo, In Vae victoribus !, article publié dans Los Lunes de El Imparcial, 15 décembre 1913
  • Feindre de croire un mensonge est un mensonge exquis. De Maurice Chapelan / Amours, amour
  • Qui dit art, dit mensonge. De Honoré de Balzac
  • La morale est un mensonge. De Thomas Bernhard / L'origine
  • Le mensonge adoucit les moeurs. De Georges de Porto-Riche / Le passé
  • Qui dit un mensonge en dit cent. De Proverbe français
  • Un mensonge en entraîne un autre. De Térence
  • Entre quatre yeux, pas de mensonge. De Proverbe guadeloupéen
  • Une demi-vérité est un mensonge complet. De Anonyme
  • La corde du mensonge est courte. De Proverbe arabe
  • Une excuse est un mensonge fardé. De Jonathan Swift / Toughs on Various Subjects
  • Le tact : une aptitude au mensonge. De Aurélien Scholl
  • Nulle raison ne pourrait justifier le mensonge. De Anton Tchekhov / Lettre - 2 janvier 1900
  • L’art n’est pas un mensonge. De Gustave Flaubert / Correspondance, 1847 - 1852
  • Aujourd'hui, la Classe dirigeante, nos supposées "élites" conquièrent leur poste par le mensonge et consacrent leur vie au seul mensonge, comme l'écrit pour la société américaine Chris Hedges, ancien journaliste vedette du "New York Times". Mais cela vaut malheureusement aussi pour la société française, sa culture structurée par le mensonge. Club de Mediapart, Notre culture est structurée par le Mensonge ! | Le Club de Mediapart
  • Le mensonge serait-il devenu un instrument légitime de la politique économique ? Un mensonge léger, parfois par omission, dont la finalité est d’agir sur les anticipations des agents privés pour relancer la croissance et l’investissement. L'Opinion, «L’art du mensonge au service de la vérité». La tribune de Didier Marteau – Economie | L'Opinion
  • VIDÉO – « C'est pas possible » : Jean-Jacques Bourdin scotché par le mensonge d'un invité Gala.fr, VIDÉO – « C'est pas possible » : Jean-Jacques Bourdin scotché par le mensonge d'un invité - Gala
  • On le sait, le président des États-Unis Donald Trump a un rapport à la vérité très... particulier. Entre "fake news", mensonges éhontés et petits arrangements avec la vérité, une réputation de menteur lui colle à la peau. Une réputation bien objective : le président a prononcé plus de 20.000 fausses informations et affirmations trompeuses depuis le début de son mandat.  RTL.fr, États-Unis : Donald Trump a dépassé la barre des 20.000 mensonges depuis son élection

Images d'illustration du mot « mensonge »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « mensonge »

Langue Traduction
Anglais lie
Espagnol mentira
Italien bugia
Allemand lüge
Chinois 谎言
Arabe راحه
Portugais mentira
Russe ложь
Japonais 横たわる
Basque gezur
Corse minzogna
Source : Google Translate API

Synonymes de « mensonge »

Source : synonymes de mensonge sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « mensonge »

Mensonge

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