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Hautain

Définitions de « hautain »

Trésor de la Langue Française informatisé

HAUTAIN1, -AINE, adj.

A. − Vieilli ou littér. [Sans idée dépréciative]
1. Poét. [En parlant d'une chose] Élevé. [Le sentier] s'élance hardiment vers les roches les plus hautaines (M. de Guérin, Journal,1834, p. 197).Je me retourne encor sur les cimes hautaines, Pour contempler de là son horizon divin Et longtemps m'enivrer de ses grâces lointaines (Barbier, Iambes,1840, p. 182).Le hautain sommet rentre en son ombre altière Et l'on ne voit plus rien que les sanglants autels (Hugo, Légende, t. 3, 1877, p. 95).
2. [Qualifiant un subst. désignant une pers.] Qui montre de la noblesse, de la grandeur d'âme. Synon. altier.V. ambitieux I A 1 ex. 2 :
1. − Sire, C'est Jacques, lord d'Angus. − Soit. Qu'est-ce qu'il désire? − Vous tuer. − Réponds-lui que c'est bien. Peu de temps Suffit pour rapprocher deux hautains combattants Et pour dire à la mort qu'elle se tienne prête (...). Hugo, Légende, t. 4, 1877, p. 457.
[Qualifiant un subst. désignant un trait physique, psychol. ou un comportement] Qui est empreint de noblesse, de grandeur d'âme. Synon. altier.Droite, grande, le front hautain et rayonnant, Majestueuse ainsi qu'une reine, (...) là-bas, une femme à pas lents Glisse (Dierx, Lèvres,1867, p. 157) :
2. C'était une femme grande, majestueuse, et si noble dans tout son air, que je n'ai pas souvenir d'avoir vu sa pareille dans les collections des aristocratiques beautés du passé. Un parfum de hautaine vertu émanait de toute sa personne. Baudel., Poèmes prose,1867, p. 68.
En partic., dans le langage de la crit. artistique, et plus spéc., littér. Synon. élevé, noble.L'auteur [RimskyKorsakoff] a su (...) trouver un thème hautain et triste pour caractériser son héros, le maître du désert (Willy, Mouche des croches,1894, p. 5).Cet art énergique, hautain, que j'ai pressenti un soir, en écoutant des voix alternées dans les ténèbres du monastère au Montserrat (Barrès, Greco,1911, p. 44) :
3. ... dans ces milliers de vers (L'Imitation seule en compte plus de treize mille) beaucoup sentent la besogne imposée, et ce qu'on nommera sans irrespect une pieuse corvée. Le style admirable et hautain, la langue si pure ne sauraient nous faire toujours prendre plaisir à une tâche où ne semblent pas entrer, dès l'abord, beaucoup de sentiments personnels. Et puis, la solennité de Corneille gâche souvent la simplicité du texte qu'il imite... Brasillach, Corneille,1938, p. 318.
B. − [Avec une idée dépréciative]
1. Absolument
a) [Qualifiant un subst. désignant une pers.] Qui manifeste dans son comportement ou son allure extérieure une fierté dédaigneuse et arrogante. C'était un homme de vingt-six ans, d'une taille élevée, d'une grande distinction de manières, un peu hautain, en un mot, le véritable hidalgo (Ponson du Terr., Rocambole, t. 4, 1859, p. 127).On nous croyait hautains, misanthropes ou poseurs. L'idée que simplement le monde ne nous amusait pas, je suppose qu'elle n'effleurait aucun de ceux qui venaient avidement s'ennuyer ici (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 180) :
4. Il retrouvait le marquis et la marquise tels qu'il les avait connus, à l'époque où il crevait la faim sur le pavé de Plassans, hautains, pleins de morgue et d'insolence. Si d'autres lui avaient tenu un si singulier langage, il les aurait certainement jetés à la porte. Mais il resta troublé, blessé, rapetissé; c'était sa jeunesse de pauvreté lâche qui revenait... Zola, E. Rougon,1876, p. 329.
Rem. On relève la loc. faire le hautain : Émile rougit, devinant que c'était le frère d'Henriette; mais il fit le hautain, se retournant de l'autre côté sans répondre (Duranty, Malh. H. Gérard, 1860, p. 255).
b) [Qualifiant un subst. désignant un trait physique, psychol. ou un comportement] Qui dénote une fierté dédaigneuse et arrogante. Un air hautain. Qu'est-ce que je trouve ici? De la vanité sèche et hautaine, toutes les nuances de l'amour-propre et rien de plus (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 300).Il avait cette lèvre hautaine et moqueuse qui donne aux paroles qui s'en échappent ce caractère particulier qui fait qu'elles se gravent profondément dans la mémoire de ceux qui les écoutent (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 526) :
5. Autant l'accueil du duc de Guermantes était, quand il le voulait, aimable, empreint de camaraderie, cordial et familier, autant je trouvai celui du prince compassé, solennel, hautain. Il me sourit à peine, m'appela gravement : « Monsieur ». J'avais souvent entendu le duc se moquer de la morgue de son cousin. Proust, Sodome,1922, p. 655.
P. ext.
[Qualifiant un subst. désignant une manière de penser ou de s'exprimer] Il arrivait insensiblement à avoir une opinion moins ferme et moins hautaine de sa supériorité (Fustel de Coul., Cité antique,1864, p. 389).Il faut que la raison sache se résigner à être primée par les gens qui ont le verbe tranchant et l'affirmation hautaine (Renan, Souv. enf.,1883, p. xviii).V. aussi despotique C ex. 5.
[Qualifiant un subst. désignant un objet en tant qu'indice d'un certain comportement] Girardin est dans la loge de la princesse Mathilde, en vue de tous, la tête haute, le pince-nez hautain, la mine insolente et à claquer (Goncourt, Journal,1865, p. 181).Les trolleys (...) envoient des étincelles au nez des hautaines résidences en forme de temples antiques, avec leurs grands halls, leurs collections de bronzes romains, de papillons ou de sarcophages égyptiens (Morand, Londres,1933, p. 137).
SYNT. Sourire hautain; mépris, refus, silence hautain; allure(s), manières, paroles hautaines.
Rem. Souvent associé aux adj. suivants : arrogant, cassant, dédaigneux, dur, fier, froid, glacial, insolent, méprisant, sec, sévère.
2. [Constr. avec un compl. prép.]
a) Hautain avec, envers (qqn).Qui se comporte de façon arrogante ou dédaigneuse avec (quelqu'un). Plus le comte d'Armagnac voyait croître le mécontentement public, plus il devenait dur et hautain envers tout le monde (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 133).Il porte beau, se rengorge, est familier avec les autorités du pays, obséquieux avec les étrangers, hautain avec les inférieurs (Gide, Journal,1914, p. 405).
b) Hautain de (qqc.) (rare).Synon. imbu, infatué de (qqc.).Voilà ce que l'opinion, l'opinion libre, républicaine par excellence, toute fière, toute hautaine de ses théories de démocratie et d'égalité, trouve ici juste, ordinaire, naturel! Quelle folie barbare, inconséquente, gratuitement inhumaine! (Toepffer, Nouv. genev.,1839, p. 440).
REM.
Hautainerie, subst. fém.Caractère hautain d'une personne, de son comportement. Elle m'a répondu dans une hautainerie, dans une élévation et dans une assurance qui m'a fait rougir de voir un tel caractère d'esprit et une telle vanité dans une religieuse (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 4, 1859, p. 166).
Prononc. et Orth. : [otε ̃], fém. [-εn] init. asp. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 « élevé, haut » tere altaigne (Roland, éd. J. Bédier, 3), en a. et m. fr.; 2. ca 1200 « élevé, noble, qui a de la grandeur » (Godefroy de Bouillon, 98 ds T.-L.); 3. a) ca 1320 « arrogant » orguilleuse et hautaine (Hist. d'Asnath ds Historical French reader Medieval Period, éd. P. Studer et E. G. R. Waters, p. 206); b) 1336 paroles autenes (Girart de Roussillon, éd. E. B. Ham, 3324). Dér. de haut1*; suff. -ain*.
DÉR.
Hautainement, adv.D'une manière hautaine. Ma tante, en quelques paroles hautainement dédaigneuses, (...) me causait une telle confusion que je ressentais une véritable honte d'une peccadille (Goncourt, Journal,1892, p. 304).Les garçons et les maîtres d'hôtel, sommeliers, barmen et portiers (...) sont des princes ou jouent au prince désabusé (...) et méprisent hautainement le client, par principe (Fargue, Piéton Paris,1939, p. 146).[otεnmɑ ̃] avec init. asp. Att. ds Ac. dep. 1762. 1reattest. 1365 [ms.] (Psautier lorrain, éd. F. Apfelstedt, 130, 1 : Ne je ne suis alleiz en grant pompe ne trop hautennement); de hautain étymol. 3, suff. -ment2*. Fréq. abs. littér. : 10.
BBG. Wind 1928, p. 42.

HAUTAIN2, HAUTIN, subst. masc.

,,Vigne à longues tiges attachées à un arbre fruitier ou à un échalas de 1,50 m à 2 m`` (Fén. 1970). Jean Vial, (...) Chorier, Mayousse (...) exécutaient ces travaux par prix faits (...) pour miner une tière, espace de terre, compris entre deux rangées de hautains ou bien d'érables, porteur de vignes (Stendhal, Souv. égotisme, Lausanne, Éditions Rencontre, 1961 [1832], p. 194).
P. méton. Ce mode de culture. Un des appareils qui a été le plus employé pour le badigeonnage des vignes en hautains (...) est le tonneau à pompe (Brunet, Mat. vitic.,1909, p. 330).
Prononc. et Orth. : [otε ̃] init. asp. Formes hautin (ds DG, Rob., Lar. Lang. fr.) et hautain (supra). Étymol. et Hist. 1562 autin, hautin « vigne cultivée sur souche élevée et dont la taille est conduite de façon que les branches à fruits soient à une certaine distance du sol » (Du Pinet, Pline, XVII, 22); 1605 [éd.] hautains (O. de Serres, Théâtre d'agric., III, 4 ds Hug.). Dér. de haut1*, suff. -in, prob. issu du lat. -imen; la forme hautain, sous l'infl. de hautain1*; mot bien attesté en Anjou, hautains (Verr.-On.), prov. mod. autin (Mistral), lyonn. hautains (Du Puitsp.), béarn. hauti(i), hautin (Lespy et Raymond; Palay).
STAT. Hautain1 et 2. Fréq. abs. littér. : 814. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 921, b) 1 643; xxes. : a) 1 463, b) 914.

Wiktionnaire

Nom commun - français

hautain (h aspiré)\o.tɛ̃\ masculin

  1. Bois vivant ou mort, mais beaucoup plus grand que l’échalas, et destiné à supporter la vigne dans certains pays.
    • Vigne sur hautain.
  2. (Par métonymie) Cep de vigne cultivé en hauteur.
  3. (Par métonymie) Champ qui en est planté.

Adjectif - français

hautain (h aspiré)\o.tɛ̃\

  1. Qui affecte la fierté et le dédain pour mieux marquer la distance entre soi et les autres.
    • Juif, continua le hautain vieillard, écoute-moi : il ne sied pas à notre dignité d’avoir avec toi un long entretien […] — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Cette Gourguin était, comme l'on dit chez nous, un vrai chat noir, qui n’avait que la peau et les os ; toutefois, un grand feu d'esprit, et les plus beaux yeux, avec des manières hautaines : dangereuse, artificieuse, accusée de beaucoup de noirceurs ; […]. — (Élémir Bourges, « Prologue : Le mémoire d'Ivan Manès », avril 1871, dans Les Oiseaux s'envolent: et les Fleurs tombent, en feuilleton dans La Revue hebdomadaire : romans, histoire, voyages, Paris : Librairie Plon, novembre 1892 (A1 - T6), page 56 & Éditions Ligaran, 2015)
    • Arrivée à une distance respectueuse des tentes de Si Ahmed, elle se prosterna très bas et déposa son offrande de soieries, après quoi elle fut congédiée d’un geste hautain, sans une parole. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 136)
    • Giselle, petite-fille du roi Charles IX, garda l'attitude pétrifiée des hautaines princesses de jadis. — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, collection « Le Livre populaire » no 31, 1907)
    • Après les premiers refus, il avait souri, hautain et méprisant  ; mais à présent qu’il soupçonnait l’entente secrète et flairait la conspiration, il ne décolérait plus. — (Louis Pergaud, Un petit logement, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

HAUTAIN, AINE. (H est aspirée.) adj.
Qui affecte la fierté et le dédain pour mieux marquer la distance entre soi et les autres. C'est un homme hautain. Une humeur hautaine. Avoir l'air hautain, la mine et les manières hautaines. Paroles hautaines. Ton hautain.

Littré (1872-1877)

HAUTAIN (hô-tin, tè-n') adj.
  • 1Qui s'élève haut par sa fierté et sa magnanimité. Et dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautaines [des rois] Font encore les vaines, Ils sont mangés des vers, Malherbe, I, 3. Avec des qualités, où votre âme hautaine Trouvera mieux de quoi mériter une reine, Corneille, Sertor. V, 4. Nous verrons la vertu de cette âme hautaine, Corneille, Héracl. III, 2. C'est le plus prompt de tous comme le plus certain, Et le plus digne aussi d'un courage hautain, Mairet, Sophon. III, 2. Ces conseils ne plairont qu'à des âmes hautaines, Racine, Alex. I, 2.

    Il se dit aussi des choses en ce sens. En cette hautaine entreprise Commune à tous les beaux esprits, Malherbe, III, 2. Et ce hautain désir qui te fait mépriser Plaisirs, trésors, grandeurs pour t'immortaliser, Régnier, Sat. V. Ainsi mon vol hautain attend un sort funeste, Tristan, Panthée, II, 3.

    Ce sens, qui est le plus près du sens primitif, vieillit.

  • 2Qui pousse la hauteur d'âme jusqu'à l'arrogance et à la superbe. [Le jeune homme] Hautain, audacieux, conseiller de soi-même, Et d'un cœur obstiné se heurte à ce qu'il aime, Régnier, Sat. V. Maintenant que je ne suis plus que l'ombre d'Alexandre, je reconnais qu'Alexandre était trop hautain et trop superbe pour un mortel, Fénelon, Dial. des morts anc. (Alexandre, Aristote). Hautain est toujours pris en mauvaise part ; c'est l'orgueil qui s'annonce par un extérieur arrogant, Voltaire, Dict. phil. Hautain. Les hommes pardonnent quelquefois aux femmes d'être hautaines, parce qu'ils leur passent tout ; mais les femmes ne le leur pardonnent jamais, Voltaire, ib. Quand vous lisez les lettres de Jean Sobiesky, vous le voyez conquérant tracassé par une femme hautaine ; vous le voyez, de la tente du grand vizir, du milieu des trésors qu'il a conquis, écrivant à cette épouse dont il ménage l'orgueil, dont il flatte la coquetterie, et lui promettant les riches dépouilles du harem du vizir, Villemain, Litt. fr. 18e siècle, 2e part. 1re leçon.

    Substantivement. L'insolent est à l'égard du hautain ce qu'est le hautain à l'égard de l'impérieux ; ce sont des nuances qui se suivent, et ces nuances sont ce qui détruit les synonymes, Voltaire, Dict. phil. Hautain.

    Il se dit aussi des choses. Je saurai bien rabattre une humeur si hautaine, Corneille, Cid, II, 6. Leurs enfants ont déjà leur audace hautaine, Racine, Athal. III, 3. Moins piqué d'un discours si hautain Que touché des malheurs où cet État s'expose, Voltaire, Brut. I, 2. Vous voyez cet Assur dont la grandeur hautaine Traîne ici sur ses pas un peuple de flatteurs, Voltaire, Sémiram. I, 3.

HISTORIQUE

XIe s. Très qu'en la mer [il] conquist la tere altaigne, Ch. de Rol. I.

XIIe s. Jusqu'à la mer altagne [la haute mer], Ronc. p. 1. Demain [je] les ferai pendre [les messagers] par dessus cest rivage, Ou saillir de la tour du plus hautain estage, Sax. XXVI. Ou saillir contreval d'une tour moult hautaine, ib. XX.

XIIIe s. Lors [elle] crie de rechef et plore à vois autaine, Audefroi le Bastard, Romanc. p. 14. Douce dame, en despit ne vos veigne Se vos avez mon cuer entierement ; Se je sui bas et vous estes hautaigne [de haut rang], Servirai vos toz jors plus humlement, Mss. de poés. fr. avant 1300, t. I, p. 83, dans LACURNE.

XIVe s. Quant tu veux que ton faulcon soit hautain et prengne son hault, Modus, f° LXXXV. Helas ! dame, je vous asseure Que je ne suis jamais une heure Sans penser à ce haultain bien, Lequel par vous j'entens très bien, l'Alchim. à nat. 139.

XVe s. Il [le comte de Flandre] n'a pas le cœur si dur ni si hautain que, quand il nous verra en tel estat, il ne doie avoir merci [Philippe d'Artevelle aux Gantois], Froissart, II, II, 153. Incontinent que le mary d'icelle Perrine fut couchié, chut auprès d'elle de maladie caduque ; dont icelle print telle paour, qu'elle fut en voye d'en devenir haultaine [épileptique], Du Cange, alteratus.

XVIe s. Il treuve leur route trop haultaine et inaccessible, Montaigne, II, 116. Le rugissement haultain et espovantable de ce lion, Montaigne, II, 192. Ceulx qui prennent mon silence pour une trop haultaine confiance ne m'en veulent gueres moins, Montaigne, IV, 203. Puis, après plusieurs haultaines [brillantes] expeditions, retourna en glorieux triomphe, Yver, p. 541. Il avoit, à ce que l'on dit, la voix plus forte et plus haultaine qu'homme qui fust en toute la ville d'Athenes, Amyot, Alc. 54.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

HAUTAIN, adj. (Gramm.) est le superlatif de haut & d’altier ; ce mot ne se dit que de l’espece humaine. On peut dire en vers :

Un coursier plein de feu levant sa tête altiere.
J’aime mieux ces forêts altieres
Que ces jardins plantés par l’art.

mais on ne peut pas dire, forêt hautaine, tête hautaine d’un coursier. On a blâmé dans Malherbe, & il paroît que c’est à tort, ces vers à jamais célebres :

Et dans ces grands tombeaux où leurs ames hautaines
Font encore les vaines, Ils sont mangés des vers.

On a prétendu que l’auteur a supposé mal-à-propos les ames dans ces sépulcres : mais on pouvoit se souvenir qu’il y avoit deux sortes d’ames chez les poëtes anciens ; l’une étoit l’entendement, & l’autre l’ombre légere, le simulacre du corps. Cette derniere restoit quelquefois dans les tombeaux, ou erroit autour d’eux. La théologie ancienne est toûjours celle des Poëtes, parce que c’est celle de l’imagination. On a crû cette petite observation nécessaire.

Hautain est toûjours pris en mauvaise part ; c’est l’orgueil qui s’annonce par un extérieur arrogant : c’est le plus sûr moyen de se faire haïr, & le défaut dont on doit le plus soigneusement corriger les enfans. On peut être haut dans l’occasion avec bienséance. Un prince peut & doit rejetter avec une hauteur héroïque des propositions humiliantes, mais non pas avec des airs hautains, un ton hautain, des paroles hautaines. Les hommes pardonnent quelquefois aux femmes d’être hautaines, parce qu’ils leur passent tout ; mais les autres femmes ne leur pardonnent pas.

L’ame haute est l’ame grande ; la hautaine est superbe. On peut avoir le cœur haut, avec beaucoup de modestie ; on n’a point l’humeur hautaine sans un peu d’insolence. L’insolent est à l’égard du hautain ce qu’est le hautain à l’impérieux ; ce sont des nuances qui se suivent ; & ces nuances sont ce qui détruit les synonymes.

On a fait cet article le plus court qu’on a pû, par les mêmes raisons qu’on peut voir au mot Habile ; le lecteur sent combien il seroit aisé & ennuyeux de déclamer sur ces matieres.

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Étymologie de « hautain »

Dérivé de haut. Dans l'ancienne langue hautain a son sens propre : une tour hautaine, une voix hautaine, tour, voix élevée.

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(1050) altaigne (La Chanson de Roland, féminin singulier). Dérivé de haut, avec le suffixe -ain.
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Phonétique du mot « hautain »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
hautain otɛ̃

Citations contenant le mot « hautain »

  • Il faut être modeste. Modeste, mais hautain. De Georges Henein / Lettre à Henri Calet
  • Si on abaisse ton front, lève-le fier ; s'il est hautain, baisse-le par humilité. De Jean-Marie Adiaffi / La Carte d'identité
  • Les rois sont ambitieux. La noblesse hautaine. Le peuple tumultueux et ingouvernable. De Edmund Burke / Réflexions sur la Révolution Française, 1790
  • La congratulation de soi-même est comme une tour élevée sur laquelle est juché un vaniteux imbécile. Là, assis dans sa hautaine solitude, il n'est aperçu de nul autre que de lui-même. De Anonyme / Les versets d'or
  • Lui qu'on a connu plus hautain a cette fois avoué des « erreurs », des « maladresses » et son échec patent à réconcilier le pays avec ses dirigeants. « J'ai sans doute laissé paraître quelque chose que je ne crois pas être profondément, mais que les gens se sont mis à détester : ce président qui voudrait tout réformer pour que seuls les meilleurs réussissent, que notre pays s'adapte à la mondialisation. Ce n'est pas mon projet ! » Une confession inédite, énoncée le poing serré, qui sonne comme un adieu à la « start-up nation » et aux fidèles de la première heure qui, de Benjamin Griveaux à Sibeth Ndiaye, l'ont parfois enfermé dans une image trop parisienne et jupitérienne. « On a besoin d'aller à Brive » : la tirade restera dans les annales du macronisme ! Le Point, 14 Juillet : Emmanuel Macron libéré, délivré… - Le Point
  • D'autres regrettent en revanche l'emploi volontaire d'un vocabulaire soulignant un côté hautain du chef d'Etat, ce qui lui est souvent reproché. Moqueurs, certains utilisateurs de Twitter assurent qu'il y a désormais suffisamment d'expressions pour lancer un bingo lors de sa prochaine apparition publique. De quoi pimenter les interviews politiques. CNEWS, In petto : que signifie l'expression employée par Emmanuel Macron ? | CNEWS
  • «Le web est une avenue intéressante pour ce que je veux faire. Mon côté mauvais garçon trouve que le milieu du théâtre peut être d’une prétention épouvantable qui peut rendre des gens mal à l’aise. Il y a un côté parfois chic, hautain et glamour à aller au théâtre. Ça peut être rébarbatif pour des gens qui n’ont jamais eu de contact avec cette forme d’art. Le web peut enlever ça. Je veux que ce soit un espace pour donner le goût aux gens du théâtre», poursuit celui qui souhaite aussi présenter des représentations en extérieur devant de petits publics. L'Hebdo Journal, Du théâtre dans le confort de son salon - L'Hebdo Journal
  • Furieuse par le comportement hautain de Jazz toujours en guerre avec Nabila Vergara, elle dénonce : "Ce qui m'énerve, c'est qu'ils sont là : 'Ouais, la famille, la JLC Family' Et quand ils vous croisent dans la rue, ils nous lâchent pas un regard comme si on était de la m*rde. C'est hallucinant ! C'est grâce à nous si tu en es là. Plus jamais je regarde la JLC Family. Et Eva Queen, ses sons c'est poubelle !" Blasting News, Jazz refuse de faire une photo avec une fan, une abonnée entre en guerre avec elle
  • Jugé comme hautain, méprisant et incapable de garder son calme lors de la défaite d’Arsenal contre Brighton (1-2), Mattéo Guendouzi n’a plus rejoué depuis son dérapage. RMC SPORT, Arsenal: Arteta recadre encore Guendouzi, écarté face à Norwich
  • Un bon livre gothique, c’est, oui, un scénario sans temps mort. Et Malcolm Max, un peu hautain, pourrait être un personnage d’Oscar Wilde, par son sens de l’humour pince-sans-rire, par son regard critique, également, sur le monde de la noblesse et des nantis. Un bon livre « gothique », c’est aussi un dessin qui se révèle d’abord d’ambiance. Et c’est bien le cas, ici… Le dessinateur joue avec les perspectives, avec les proportions, comme dans les meilleurs films de l’expressionnisme allemand, il joue avec les attitudes, il ajoute au mystère la douceur d’un érotisme discret, il attache une importance essentielle aux jeux des regards. Il réussit, ainsi, à donner vie à une des phrases que le scénariste a écrite : « dissimuler son enthousiasme derrière le masque de l’indifférence »… , Malcolm Max - Chapitre 1 : Les Pilleurs de sépultures - ActuaBD

Traductions du mot « hautain »

Langue Traduction
Anglais haughty
Espagnol arrogante
Italien altezzoso
Allemand hochmütig
Chinois 傲慢
Arabe متغطرس
Portugais arrogante
Russe надменный
Japonais 高慢な
Basque harroa
Corse altezza
Source : Google Translate API

Synonymes de « hautain »

Source : synonymes de hautain sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « hautain »

Hautain

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