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Guerre

Variantes Singulier Pluriel
Féminin guerre guerres

Définitions de « guerre »

Trésor de la Langue Française informatisé

GUERRE, subst. fém.

Situation conflictuelle entre deux ou plusieurs pays, états, groupes sociaux, individus, avec ou sans lutte armée. Art, dieu, symbole de la guerre; guerre et paix :
1. Cette guerre à la guerre est guerre sans fin; je le comprends. Eh bien donc la paix d'abord dans mon proche gouvernement. Je signe d'abord ma paix avec les hommes; s'ils ne la signent point eux, avec moi et entre eux, qu'y puis-je? Et si je me mets en guerre contre eux, parce qu'ils ne veulent point faire la paix, voilà une guerre de plus. Alain, Propos,1923, p. 465.
2. Que craignons-nous? La guerre? La mort? Mais si nous avons Dieu, nous avons tout et ces craintes s'évanouissent. Dieu, c'est la paix à jamais, la paix avec soi-même (et la guerre avec le monde, mais dans cette guerre-là, il y a malgré tout la paix, une paix profonde que le monde ne peut nous ôter et qui est, je pense, une ombre de la béatitude sans fin). Green, Journal,1953, p. 230.
A. − Rapports conflictuels qui se règlent par une lutte armée, en vue de défendre un territoire, un droit ou de les conquérir, ou de faire triompher une idée. Guerre meurtrière, guerre à outrance; déclencher, entreprendre, faire, gagner, perdre, terminer la guerre; menacer de guerre; droit(s) de la guerre. L'Allemagne de 1914, lancée dans la Weltpolitik, n'eût jamais déclaré la guerre si elle avait posément compris son intérêt (Foch, Mém., t. 1, 1929, p. 3).Au matin on repartait, groupe de la liaison, tous les cinq pour le quartier du général Des Entrayes, pour continuer la guerre (Céline, Voyage,1932, p. 31) :
3. Un ministre (Louvois) l'engagea dans une guerre sanglante, pour avoir été tourmenté par lui sur les fenêtres d'un bâtiment; et, pendant soixante-huit années de règne, Louis XIV, bien qu'il n'eût aucun talent comme général, a pourtant fait cinquante-six ans la guerre. Staël, Consid. Révol. fr., t. 1, 1817, p. 31.
Guerre chaude (p. oppos. à guerre froide, cf. infra B) :
4. L'ennemi peut prendre le visage de l'ennemi réel et concret de la guerre, celui de l'ennemi virtuel de la diplomatie ou celui de l'ennemi absolu de l'idéologie. L'ennemi n'est pas exclusivement celui que l'on combat au cours d'une guerre chaude. J. Freund, L'Essence du politique,1965, ds Gilb. 1971.
1. [Le déterminant évoque les puissances ou les groupes d'une même puissance entre lesquels s'exercent les rapports conflictuels] Guerre étrangère, locale, planétaire, raciale. Une plaie s'ouvrait : Pékin, Port-Arthur, Moukden, Tachataldja. Guerres continentales, guerres coloniales. L'homme blanc accomplissait sa mission (Guéhenno, Journal homme 40 ans,1934, p. 94).
[En parlant d'un conflit particulier] Drôle de guerre; Grande Guerre; guerre médique, punique; guerre de succession. Il paraît utile de procéder à une mise au point en partant d'une période de référence, caractérisée par sa stabilité, et qui a pris fin avec la guerre de 1914 (M. Benoist, F. Pettier, Trans. mar.,1961, p. 20).Une amélioration depuis la deuxième guerre mondiale. Les prêteurs de capitaux (Lesourd, Gérard, Hist. écon.,1968, p. 111).
En partic.
Guerre civile. Lutte armée entre citoyens d'un même pays. La famille royale, qui aurait plongé la France dans les horreurs des guerres civiles (Marat, Pamphlets, Nouv. dénonciation contre Necker, 1790, p. 113).
Guerre intestine. Mais les guerres intestines qui la déchiroient, faisoient trembler tous les Chrétiens sur le sort qui lui étoit réservé (MmeCottin, Mathilde, t. 1, 1805, p. 116).
Guerre de religion ou guerre(s) religieuse(s), guerre sainte. Lutte armée entre partisans de religions différentes. Sans parler ici des barbares sacrifices (...), ni des guerres religieuses des Anciens (Dupuis, Orig. cultes,1796, p. 457).
Rem. En France, guerres de religion s'applique aux guerres qui ont opposé les catholiques aux protestants durant le xvies.
2. [Le déterminant indique les formes différentes que peut prendre cette lutte armée] Guerre atomique, bactériologique, chimique, sous-marine, terrestre, totale; guerre de mouvement, de tranchées, d'usure. En cas de guerre continentale, un décret peut autoriser l'acceptation, comme engagés pour la durée de la guerre, des jeunes Français ayant dix-sept ans (J.O., Loi rel. recrut. arm., 1928, p. 3820).Dans la zone européenne, l'intérêt principal de la guerre navale se concentra surtout sur la dure bataille de l'Atlantique (Le Masson, Mar.,1951, p. 11) :
5. Et ces quelques chiffres montrent mieux que de longs discours quels progrès nous avions faits dans l'ordre matériel au cours de cette première année de guerre de position. Joffre, Mém., t. 2, 1931, p. 94.
6. ... ces conclusions, qui ne s'appliquent qu'aux formes de la guerre aérienne classique ou nucléaire sub-limitée, sont à réviser entièrement dans le cas de la guerre [it. ds le texte] nucléaire contrôlée... Beaufre, Dissuasion et strat.,1964, p. 135.
3. [Le déterminant indique s'il s'agit d'un conflit défensif ou offensif] Guerre d'agression, de conquête, de libération. Je ne fis jamais de guerre préventive ni d'expédition punitive (Sartre, Mots,1964, p. 93) :
7. La guerre défensive est la seule légitime; et quand on peut accepter la paix ou l'offrir, une déclaration de guerre est le plus horrible des crimes... Genlis, Chev. Cygne, t. 2, 1795, p. 304.
4. Expressions
La guerre pour la guerre. Ces hommes alors aiment la guerre pour la guerre (Constant, Wallstein,1809, p. viii).
À la guerre comme à la guerre. Il faut s'accommoder des inconvénients liés à cette situation. Mais les formalités... − On a tout simplifié. À la guerre comme à la guerre (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 668).
Rem. Peut aussi se dire au figuré.
La guerre fraîche et joyeuse. V. frais1C 4 a.
[P. réf. au proverbe lat. si vis pacem, para bellum] Si tu veux la paix, prépare la guerre.
Loc. cour.
En guerre. Entrer, être en guerre; états, nations en guerre. Et réciproquement, ces Indiens ne pouvant être en guerre, puisqu'ils n'ont pas de voisins, n'ont pas besoin d'un chef qui ait une autorité un peu étendue (Voy. La Pérouse,t. 2, 1797, p. 88).
De (la) guerre. Butin, cas, char, cheval, correspondant, cri, dommage, fait, foudre, flotte, gens, homme, indemnité, industrie, journal, machine, marine, méthode, menace, munitions, navire, note, opération, port, prise, prisonnier, risque, souvenir, stratégie, tir, trésor, vaisseau, veuve de guerre; honneur(s), morts de la guerre. Il se rappelle ce qu'une infirmière lui a raconté de ce grand blessé de guerre qui arrachait ses médailles (Montherl., Lépreuses,1939, p. 1490).Raoul a descendu son deuxième Messerschmidt : croix de guerre, peut-être légion d'honneur (Abellio, Pacifiques,1946, p. 295) :
8. Tout le matériel de guerre et approvisionnements de toute nature, qui ne pourront être évacués par les troupes allemandes dans les délais fixés, devront être laissés sur place... Foch, Mém., t. 2, 1929, p. 271.
9. Commission des pensions (pensions civiles et militaires et victimes de la guerre et de l'oppression). Lidderdale, Parlement fr.,1954, p. 176.
Crime de guerre. Crime contre la paix (par la préparation d'une guerre d'agression), crime contre l'humanité.
Nom de guerre. Pseudonyme utilisé en temps de guerre et, p. ext., dans d'autres circonstances. Listolier adorait Dahlia, qui avait pris pour nom de guerre un nom de fleur (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 154).
5. P. méton.
a) Période limitée dans l'espace et le temps, pendant laquelle a lieu le conflit. Après la guerre, depuis la guerre, lendemain de guerre, pendant la guerre, période de guerre, veille de guerre. [Malvyl] au début de la guerre, en compagnie de sa maîtresse Nelly Béryl, avait fait scandale (L. Daudet, Brév. journ.,1936, p. 172) :
10. Il est évident que des racines d'une valeur négative se trouvent dans les atrocités de la dernière guerre et dans les doctrines barbares des nazis et des fascistes. Déclar. univ. Dr. Homme,1949, p. 14.
11. Ils ont attendu le courrier, les permes, l'attaque allemande et c'était leur manière d'attendre la fin de la guerre. Sartre, Mort ds âme,1949, p. 213.
Avant guerre. En France il n'y avait, avant guerre, que 35 000 tracteurs environ et 46 000 en 1946 (Industr. fr. caoutch.,1965, p. 45).
b) Institutions politiques et militaires qui se rattachent au domaine de la guerre. M. le duc de Bellune venait d'être obligé de quitter le portefeuille de la guerre (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 230).L'École de guerre (Foch, Mém., t. 1, 1929, p. xvi) :
12. Environ ce temps, le ministre de la guerre, se rendant auprès de son chef d'état-major, vit... A. France, Île ping.,1908, p. 282.
13. En faisant des réserves sur la nécessité d'augmenter ces forces au-delà de l'effectif fixé par le Conseil supérieur de guerre. Foch, Mém., t. 2, 1929, p. 196.
c) Au fig. Le nerf de la guerre. L'argent. Ce qui nous manque, (...) c'est le nerf de la guerre, parbleu! c'est l'argent (A. France, Bergeret,1901, p. 182).
B. − Rapports conflictuels qui ne prennent pas la forme d'une lutte armée. Faire la guerre à; guerre idéologique, larvée, ouverte, sourde; guerre des ondes. En échange de ses colonies, en échange de garanties qui lui éviteront une guerre économique après la paix, elle [l'Allemagne] peut bien consentir à prendre de son plein gré des territoires (Barrès, Cahiers, t. 11, 1917, p. 289).
Guerre froide (p. oppos. à guerre chaude, cf. supra A) :
14. L'échec de la négociation avec l'Union Soviétique sur la cessation des explosions nucléaires et la recrudescence de la guerre froide devraient, semble-t-il, amener le Congrès à revoir prochainement sa position vis-à-vis de la France et avant le prochain coup de théâtre politique mondial... Goldschmidt, Avent. atom.,1962, p. 204.
Guerre tiède. ,,État intermédiaire entre la guerre froide et la guerre chaude`` (Gilb. 1971).
1. Lutte qui est dirigée dans des domaines variés contre une personne, un ou plusieurs groupes. Guerre poétique; guerre de plume. C'est une querelle de pure littérature que je vous fais, une guerre de mots, une chicane sur les expressions (Sand, Corresp.,1843, p. 248).Il fallait renoncer à la guerre économique ou bien forcer la Flandre à servir la politique française (Bainville, Hist. Fr.,1924, p. 78) :
15. En effet, l'industrie tout entière y gagnerait, en établissant à l'intérieur ce bon marché si nécessaire à l'extérieur pour soutenir victorieusement la guerre industrielle avec l'étranger; bataille tout aussi meurtrière que celle des armes. Balzac, Député d'Arcis,1847, p. 321.
16. La traduction de l'Iliade par madame Dacier (...) amena une des guerres littéraires les plus vives et les plus curieuses qu'on ait vues, et comme il s'en produit quelquefois en France quand les esprits sont reposés et qu'on n'a rien de mieux à faire. Sainte-Beuve, Caus. lundi,1851-62, p. 495.
Guerre des nerfs. Méthode de guerre tendant à briser la résistance nerveuse de l'adversaire. Synon. guerre psychologique.Qui sait mal attendre, sait mal agir : tout le secret de la « guerre des nerfs » est là (Mounier, Traité caract.,1946, p. 424).
P. plaisant. La guerre en dentelles. V. dentelle A 2 loc.
Expr. et proverbes
Qui terre a, guerre a. La propriété est cause d'hostilité. V. Balzac, Paysans, 1844, p. 3.
De bonne guerre. [En parlant d'un procédé adroit consistant à mettre l'adversaire en difficulté] Elle laissa deviner les calomnies dites par Hélène (...). − Ces coups de langue, dit-il, sont de bonne guerre dans le grand monde (Balzac, Modeste Mignon,1844, p. 232).
De guerre lasse. En abandonnant toute résistance. À force de m'obséder, je me rendis, de guerre lasse (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 265).
Être, se mettre sur le pied de guerre. Être toujours prêt à réagir :
18. Aussi (...) Madame Moreau se mettait-elle sur le pied de guerre et faisait-elle le pied de grue. Un artiste qui devait être son commensal (...) exigeait des frais. Balzac, Début vie,1842, p. 398.
2. P. ext. et au fig. [La guerre peut s'exercer contre quelque chose, traduisant la volonté de destruction de l'homme] Action menée contre toute chose à laquelle on attribue une valeur nocive. Faire la guerre aux abus, à la drogue, au laisser aller, au tabac. On me dira que je fais la guerre aux titres, mais je n'aime pas ce titre d'Épaves qui affiche le naufrage (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 2, 1862, p. 253) :
19. ... il s'accommodait mal de l'extrême licence, souvent affectée, du milieu littéraire qu'il fréquentait. Il partait en guerre, contre les vers alexandrins, contre Mendès, contre les mœurs, contre l'époque, et terminait souvent un récit par cette phrase, qu'accompagnait un grand rire amusé (car il s'amusait de son indignation même) : − Mais enfin, Gide! Où allons-nous? Gide, Si le grain,1924, p. 537.
Rem. 1. Faire la guerre à qqn (fam.). L'attaquer, le réprimander. « Voyons, qui as-tu vu? Adèle? Alexandrine? » Je ne savais pas encore distinguer mes deux cousines par leur nom. Je répondis « la jolie » (...) on rit beaucoup; celle qui n'était pas la jolie (...) me fit « la guerre » toute la soirée (Renan, Feuilles dét., 1892, p. 84). 2. Avoir guerre. Ne pas pouvoir s'accorder avec. Lui-même [le Cid] on le voit d'abord au service de Sanche, roi de Castille, lequel avait guerre contre son frère Alphonse (Sainte-Beuve, op. cit., t. 7, 1864, p. 226).
REM.
Guéguerre, subst. fém.Petite guerre jugée sans importance par celui qui parle. On ne peut avoir tous les ans une guéguerre, la Der-des-Ders à annoncer comme vacances (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 303).
Prononc. et Orth. : [gε:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1100 « lutte armée entre groupes humains ou entre États » (Roland, éd. J. Bédier, 235); b) ca 1100 la/une guerre [limitée dans l'espace et le temps] (ibid., 242); 2. ca 1150 « inimitié; acte d'inimitié; dissension entre particuliers » (Wace, S. Nicolas, éd. E. Ronsjö, 644); 3. 1680 « les questions militaires; l'organisation des armées » (Rich. : conseil de guerre); 4. av. 1755 de guerre lasse (Saint-Simon, Mémoires, X, 395 ds Adam, p. 72). De l'a. b. frq. *werra « troubles, désordres; querelle », cf. l'a.h. all. werra « scandale; querelle », m. néerl. werre « confusion, désordre; querelle, guerre ». Attesté en lat. médiév. au ixes. (Du Cange; Nierm.), *werra a éliminé le lat. class. bellum « guerre ». Pour l'explication de de guerre lasse, v. Goug. Syst. gramm. 1925, p. 125, note 1. Fréq. abs. littér. : 20 850. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 26 561, b) 16 877; xxes. : a) 22 151, b) 43 649. Bbg. Brüch 1913, p. 174. - Colomb. 1952/53, p. 341 - Dub. Pol. 1962, p. 314 - Fabre-Luce (A.). Les Mots qui bougent. [Paris, 1970], p. 109 - Hasselrot 20es. 1972, p. 101 (s.v. gueguerre). - Launay (M.). Le Vocab. pol. de J.-J. Rousseau Genève-Paris, 1977, p. 113. - Quem. DDL t. 15, 16, 18. - Rohlfs (G.). Die lexikalische Differenzierung der romanischen Sprachen. München, 1974, p. 60.

Wiktionnaire

Nom commun - français

guerre \ɡɛʁ\ féminin

  1. (Politique) Conflit entre deux nations, qui se vide par la voie des armes ; action d’un peuple qui en attaque un autre, ou qui résiste à une agression, à une invasion.
    • La dernière grande guerre qu’avait soutenue l’Angleterre, la guerre contre les Boers, était oubliée, et le public avait perdu l’habitude de la critique militaire experte. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 54 de l’édition de 1921)
    • La guerre n’engendre que la plus détestable violence et la plus morne stupidité. La guerre n’est pas belle, elle est hideuse. Elle est l’excitatrice des vices sans nombre et sans frein. Elle est la mère de tous les crimes. — (Victor Margueritte; Au bord du Gouffre, 1919)
    • À vrai dire, la République romaine n’était qu’une oligarchie despotique et pillarde dont les chefs s’enrichissaient en dépouillant le monde par les guerres et les rapines. — (Alfred Naquet, Vers l’union libre, E. Juven, Paris, 1908)
    • Douce soirée où l’on pouvait encore croire — à la rigueur, le calcul des probabilités cédant à une chance inouïe — Qu’il n'y aurait pas de morts pendant la guerre. — (Jean Giraudoux, Retour d’Alsace - Août 1914, 1916)
    • Ah ! la bougresse ! Elle est maintenant entretenue par un banquier tchécoslovaque qui a réalisé une fortune colossale pendant la guerre dans les fournitures aux armées. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 180)
    • Le Général De Gaulle aimait à dire que la guerre est une chose morale. II ne voulait bien-sûr nullement « justifier » la guerre en général. — (Didier Saint-Georges, Le libéralisme est une chose morale, 2008, page 7)
    • Ce conflit dynastique dégénérerait en guerre européenne. C’est pourquoi Dubois se pose en apôtre de la paix. — (Évelyne Lever, La Diplomatie secrète du mystérieux abbé Dubois, dans Marianne (magazine) n° 765, 17 décembre 2011)
  2. (Militaire) Art militaire, stratégie, polémologie, tactique.
    • L’art de la guerre, le métier de la guerre.
    • La guerre de campagne, la guerre de siège. Guerre de mouvements, de tranchées, d’usure.
    • (Par extension) Suite d'affrontements armés.
    • J’aimais à relire la vie des flibustiers, […] maîtres de ces parages au XVIIe et au XVIIIe siècle, avant que l’entente franco-anglaise mît fin à cette guerre de pillage et de course. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil ; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
  3. (Par extension) Action de grande ampleur pour une cause ou contre un phénomène.
    • Il faut faire aux méchants guerre continuelle.
      La paix est fort bonne de soi ;
      J’en conviens : mais de quoi sert-elle
      Avec des ennemis sans foi ?
      — (Jean de la Fontaine, Fables, Les Loups et les Brebis)
    • Le véritable et profond caractère du Djehad fut, à son origine, d’être une guerre de propagande et d’envahissement. — (M. de Saint-Anthoine, Du Djehad ou de la Guerre sacrée des Musulmans, dans Journal des travaux de la Société française de statistique, vols. 16 à 19, 1846, page 363)
    • Les tripots de Nantes étaient célèbres ; la police avait beau multiplier ses enquêtes et la municipalité faire une guerre acharnée à ceux qui favorisaient le jeu, on ne pouvait empêcher ni les ruines, ni les scandales. — (Étienne Dupont, Le Vieux Saint-Malo - Les Corsaires chez eux, éd. Honoré Champion, 1925, p. 116)
  4. (Par extension) Affrontement sociopolitique, intellectuel ou professionnel dans le but d'obtenir un avantage matériel ou intangible.
    • Par exemple il soutenait, et toujours colérique­ment, que tout est guerre, que la lutte pour le salaire est guerre, que toute rivalité est guerre, et qu’ainsi la guerre sera toujours. — (Alain, Souvenirs de guerre, Hartmann, 1937, page 215)
    • Sans l'avoir voulu, je venais de lui déclarer la guerre. La guerre était pour lui une sorte de second métier. — (Amina Danton, La tangente, Gallimard (NRF), 2009, p. 180)
  5. (Figuré) Action violente et continue, en parlant des prédateurs sur leurs proies.
    • Le loup fait la guerre aux brebis.
    • Le renard fait la guerre aux poules.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

GUERRE. n. f.
Conflit entre deux nations, qui se vide par la voie des armes; action d'un peuple qui en attaque un autre, ou qui résiste à une agression, à une invasion, etc. Guerre offensive. Guerre défensive. Les guerres Médiques. La guerre de Cent Ans. Les guerres d'Italie. Les lois de la guerre. Gens de guerre. Ruse de guerre. Préparatifs de guerre. Déclaration de guerre. Vaisseau de guerre. Bâtiment armé en guerre. Les malheurs, les ravages, les horreurs de la guerre. Des aventures de guerre. En temps de guerre. Une guerre à feu et à sang. Avoir la guerre. Être en guerre. En guerre et en paix. Déclarer la guerre. État de guerre. Cette province devint le théâtre de la guerre. Conseil de guerre. Voyez CONSEIL. Il désigne aussi l'Art militaire, la connaissance des moyens que l'on doit employer pour faire la guerre avec avantage. L'art de la guerre, le métier de la guerre. La guerre de campagne, la guerre de siège. Guerre de mouvements, de tranchées, d'usure. Guerre aérienne. Guerre des gaz. Un homme de guerre. Avoir le génie de la guerre. Guerre civile, guerre intestine, Guerre entre les citoyens d'un même État. Guerre étrangère, Guerre contre les étrangers. Le double fléau de la guerre civile et de la guerre étrangère. Guerres de religion, Celles que les dissensions religieuses allument dans un pays. Guerre sainte se dit de la Guerre qui s'est faite autrefois contre les infidèles pour reconquérir la Terre sainte. Guerre sainte désigne aussi le Soulèvement religieux ordonné contre les chrétiens par les chefs de l'Islam. Proclamer la guerre sainte. Guerre à mort, Guerre dans laquelle on ne fait aucun quartier. On dit à peu près de même Guerre d'extermination, guerre à outrance. Petite guerre, Celle qui se fait par détachements ou par partis, dans le dessein d'observer les démarches de l'ennemi, de l'incommoder, de le harceler. Faire la petite guerre. Il se dit aussi d'un Simulacre de guerre, dans lequel des corps d'une même armée manœuvrent et feignent de combattre les uns contre les autres. Obtenir les honneurs de la guerre se dit d'une Garnison assiégée qui obtient, avant de quitter la place, de garder ses armes en totalité ou en partie. Fig. et fam., Sortir d'un procès, d'une querelle, d'une discussion avec les honneurs de la guerre, En sortir honorablement, à son avantage. Fig. et poétiq., Foudre de guerre. Voyez FOUDRE. Cela est de bonne guerre, Cela est conforme aux lois et aux usages de la guerre. On le dit figurément en parlant de Toutes les actions de la vie civile où l'on prend ses avantages, sans recourir à aucun moyen déloyal. Usez hardiment de ce moyen, il est de bonne guerre. Ce procédé ne me semble pas de bonne guerre. Faire la guerre avec quelqu'un, Servir avec lui en temps de guerre dans les armées de la même nation, du même parti. Il a fait avec moi la guerre de Crimée. Nous avons fait la guerre ensemble. Nom de guerre, Nom que prenait autrefois un soldat en s'enrôlant, tel que La Tulipe, Sans-Quartier, Va-de-bon-cœur, et que, dans certains cas, il prend encore aujourd'hui en s'engageant. Il se dit surtout, maintenant, d'un Nom supposé que l'on prend en littérature, au théâtre, etc. Prov. et fig., La guerre nourrit la guerre, Ce qu'on prend sur les ennemis sert à entretenir les armées. Prov. et fig., À la guerre comme à la guerre, Il faut s'accommoder au temps, aux circonstances, quelque fâcheuses qu'elles puissent être. Guerre à.... Ellipse pour Faites la guerre, faisons la guerre à... Guerre aux tyrans! Guerre à l'envahisseur! Il se dit, par extension, tant au propre qu'au figuré, de Toute espèce de débat, de démêlé, d'attaque, de lutte. Cet homme est toujours en guerre avec ses voisins. Déclarer, faire la guerre aux abus, aux préjugés, aux vices. Une guerre de plume. Guerre économique. Guerre de tarifs. Prov. et fig., Qui terre a guerre a, Qui a du bien est sujet à avoir des procès. Être en guerre ouverte avec quelqu'un, Être avec lui sur le pied d'ennemi déclaré. Fig. et fam., Faire la guerre à quelqu'un, Lui faire constamment des réprimandes, des observations sur quelque chose. Faire la guerre à quelqu'un sur son étourderie, sur son imprudence, sur le laisser aller de ses manières, sur la négligence de sa tenue. Fig. et fam., Faire la guerre aux mots, Critiquer minutieusement le style et les mots dans un écrit. Fig. et fam., Faire la guerre au couteau, Employer tous les moyens pour triompher de l'adversaire. Fig. et fam., Faire quelque chose de guerre lasse, Le faire après avoir longtemps résisté. Je lui ai cédé de guerre lasse. Il s'est longtemps refusé à cet arrangement; enfin, de guerre lasse, il y a consenti. Il se dit aussi en parlant des Bêtes qui en attaquent d'autres pour en faire leur proie. Le loup fait la guerre aux brebis. Le renard fait la guerre aux poules.

Littré (1872-1877)

GUERRE (ghê-r') s. f.
  • 1La voie des armes employée de peuple à peuple, de prince à prince, pour vider un différend. Avoir guerre. Avoir la guerre. La guerre, la peste et la famine sont les trois fléaux de Dieu. Vous portâtes soudain la guerre dans la Perse, Corneille, Héracl. IV, 4. Petits princes, videz vos débats entre vous : De recourir aux rois vous seriez de grands fous ; Il ne les faut jamais engager dans vos guerres, Ni les faire entrer sur vos terres, La Fontaine, Fabl. IV, 4. La guerre est une chose si horrible que je m'étonne comment le seul nom n'en donne pas de l'horreur, Bossuet, Pensées chrét. 36. La guerre a ses faveurs ainsi que ses disgrâces, Racine, Mithr. III, 1. Marchons, et dans son sein [de Rome] rejetons cette guerre Que sa fureur envoie aux deux bouts de la terre, Racine, ib. Dans la guerre la distinction entre le héros et le grand homme est délicate, La Bruyère, II. La guerre est un mal qui déshonore le genre humain, Fénelon, Dial. des morts anc. dial. 16. Il n'est permis de faire la guerre que malgré soi, à la dernière extrémité, pour repousser la violence de l'ennemi, Fénelon, ib. Le nombre infini de maladies qui nous tuent est assez grand, et notre vie est assez courte pour qu'on puisse se passer du fléau de la guerre, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 27 fév. 1775. Vous alliez faire la guerre aux jésuites, allons la faire pour eux, Voltaire, Candide, 14. Le plus déterminé des flatteurs conviendra sans peine que la guerre traîne toujours à sa suite la peste et la famine, pour peu qu'il ait vu les hôpitaux des armées d'Allemagne, et qu'il ait passé dans quelques villages où il se sera fait quelque grand exploit de guerre, Voltaire, Dict. phil. Guerre. La guerre est une loi de sang et de rigueur, Saurin, Spart. I, 2. Obéir, à la guerre, est le premier devoir, Saurin, ib. III, 1. Toutefois, dans ces moyens irréguliers, il y en avait que l'importance du but pouvait excuser ; il s'agissait de surprendre l'armée russe, ensemble ou dispersée, de faire un coup de main avec quatre cent mille hommes ; la guerre, le pire des fléaux, en eût été plus courte, Ségur, Hist. de Nap. III, 2. On regardait le duc de Trévise [laissé à Moscou] comme un homme sacrifié ; les autres chefs, ses vieux compagnons de gloire, l'avaient quitté les larmes aux yeux, et l'empereur en lui disant qu'il comptait sur sa fortune, mais qu'au reste, à la guerre, il fallait bien faire une part au feu, Ségur, ib. IX, 6.

    Guerre de mer, guerre maritime, guerre qui se fait sur mer. Que deviendrait-elle si à la guerre de mer où elle est engagée, une guerre de terre se joignait encore ? D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 15 déc. 1780.

    Guerre civile, guerre intestine, guerre entre les citoyens d'un même État. La guerre civile est le règne du crime, Corneille, Sertor. I, 1. Quelle guerre intestine avons-nous allumée ? Racine, Esth. III, 4. La guerre civile qui désolait alors l'Angleterre et qui fit tomber sous la hache d'un bourreau la tête de Charles 1er, avait commencé par un impôt de deux shellings par tonneau de marchandise, Voltaire, Hist. parlem. ch. 55. Les guerres civiles prennent leur esprit des causes qui les ont fait naître, Raynal, Hist. phil. VII, 7.

    Guerre étrangère, guerre contre une nation étrangère.

    Guerre de religion, guerre qui se fait à cause de la religion. Les guerres de religion désolèrent la France sous François II, Charles IX et Henri III.

    Fig. Guerres de religion, querelles religieuses sur des points de doctrine. Plût à Dieu que ces guerres de religion fussent aussi près de leur fin que celle qui divise les princes de l'Europe ! Maintenon, Lett. à Mme de St-Géran, 24 août 1696.

    Guerre sainte, guerre qui se faisait autrefois contre les infidèles pour conquérir la terre sainte.

    Guerre sacrée, guerre que les Thébains et leurs alliés firent aux Phocéens qui s'étaient emparés d'une terre appartenant au temple de Delphes.

    Fig. et par plaisanterie. Guerre sacrée, querelle entre gens d'Église. Pendant que tout conspire à la guerre sacrée, Boileau, Lutr. VI.

    Guerre à mort, guerre dans laquelle on ne fait aucun quartier.

    On dit dans le même sens : guerre d'extermination, guerre à outrance.

    Terme de féodalité. Guerre du roi, guerre déclarée par le roi à un prince étranger ; elle suspendait toutes les guerres particulières.

    Obtenir les honneurs de la guerre, voy. HONNEUR.

    Conseil de guerre, assemblée d'officiers généraux d'une armée. Le lion dans sa tête avait une entreprise : Il tint conseil de guerre, envoya ses prévôts…, La Fontaine, Fabl. V, 19.

    Conseil de guerre, tribunal qui exerce la justice militaire.

    Fruit ou fruits de la guerre, les pays désolés, les gens estropiés et tout ce qui est l'effet des désastres de la guerre ; particulièrement les blessures et les maladies que fait contracter l'état militaire, et, par extension plaisante, les maux qui sont la suite d'excès en tout genre, de l'ivrognerie, de la débauche, du jeu, etc.

    Poétiquement, un foudre de guerre, grand homme de guerre qui a remporté de grandes victoires et qui est terrible par sa valeur. Comment ! des animaux qui tremblent devant moi ! Je suis donc un foudre de guerre ! La Fontaine, Fabl. II, 14.

    Faire la guerre à l'œil, observer attentivement les démarches de l'ennemi. M. de Turenne, très habile et qui savait faire la guerre à l'œil, n'avait pas manqué d'y jeter un corps, Mém. pour servir à l'hist. univ. de l'Europe, t. I. p. 389.

    Fig. Faire la guerre à l'œil, observer avec soin ce qui se fait afin de profiter des conjonctures. Dieu sait comme ils firent la guerre, J'entends à l'œil ; car autrement Je parlerais peu nettement, Scarron, Virg. VI. Nous ferons guerre à l'œil, Th. Corneille, Geôl. de soi-même, IV, 4. Il n'importe, elle est amoureuse, je te réponds de tout ; tu n'as qu'à faire la guerre à l'œil et à nous seconder, Champagne et moi, Dancourt, la Folle enchère, sc. 4.

    De guerre lasse, quand on est las de la guerre. Quand toutes les intrigues, les finesses italiennes sont épuisées et déconcertées, les partis, assez forts pour combattre et trop faibles pour vaincre, font la paix de guerre lasse, Duclos, Voy. Ital. Œuv. t. VII, p. 56, dans POUGENS.

    Fig. Faire quelque chose de guerre lasse, le faire après avoir longtemps résisté. Je lui ai cédé de guerre lasse.

    Faire la guerre à ses dépens, voy. DÉPENS.

  • 2De bonne guerre, se dit de ce qui se fait selon les lois et usages de la guerre. Le comte de Pas m'avait obligé en me renvoyant pour rien tout le bétail de Commercy qui était à lui de bonne guerre, Retz, IV, 19.

    Fig. De bonne guerre, de bonne prise, légitimement. Persuadé qu'en amour on gagne toujours de bonne guerre ce qu'on peut obtenir par adresse, on ne voit pas qu'il ait jamais témoigné le moindre repentir de cette supercherie, Hamilton, Gramm. 4.

    Faire bonne guerre, user de toute l'humanité, de tous les ménagements que les lois de la guerre permettent. Je n'ai pour ennemis que ceux du bien commun, Je leur fais bonne guerre et n'en proscris pas un, Corneille, Sertor. III, 2.

    Fig. Faire bonne guerre, en user honnêtement dans une discussion d'intérêts ; prendre ses avantages sans blesser aucune des bienséances et des règles de l'honnêteté. Ils [Luther et Carlostad] touchèrent en la main l'un de l'autre, en se promettant de se faire bonne guerre, Bossuet, Var. 2.

  • 3On personnifie quelquefois la guerre dans le langage mythologique et poétique. Bientôt ils défendront… De figurer aux yeux la Guerre au front d'airain, Boileau, Art poét. III.
  • 4Expédition, campagne. Dans les premières guerres, il n'avait qu'une seule vie à offrir ; maintenant il en a une autre [son fils] qui lui est plus chère que la sienne, Bossuet, Louis de Bourbon. Suivant son usage, il se promène devant les rangs ; il sait quelles sont les guerres que chaque régiment a faites avec lui, Ségur, Hist. de Nap. III, 3.

    Faire la guerre avec quelqu'un, servir avec lui dans le même corps.

    En guerre, durant le temps de guerre. Vous devez en guerre être habillés de fer, La Bruyère, XII.

    S'en aller en guerre, partir pour une expédition. Le lion s'en allant en guerre, La Fontaine, Fabl. V, 19. Ces temps où la France s'en allait en guerre contre les mécréants et les infidèles, Chateaubriand, Génie, II, I, 5.

    Ruse de guerre, stratagème employé dans la guerre.

    Fig. Tour de vieille guerre, ruses, adresses qui sont à la disposition d'un vieux chasseur, d'un homme expérimenté. Nous en savons plus d'un, dit-il, en les gobant ; C'est tour de vieille guerre…, La Fontaine, Fabl. III, 18.

  • 5L'art militaire. la connaissance des moyens employés pour faire la guerre. Non content de lui enseigner la guerre [à son fils], comme il a fait jusqu'à la fin par ses discours, le prince le mène aux leçons vivantes et à la pratique, Bossuet, Louis de Bourbon. Il savait faire la guerre, Bossuet, Hist. II, 2. Quant à lui [Napoléon], sa tête est son conseil, tout part de là ; mais Alexandre, qui le conseillera ? qui opposera-t-il ? il n'a que trois généraux, Kutusof, qu'il n'aime pas parce qu'il est Russe ; Beningsen, trop vieux il y a six ans, aujourd'hui en enfance ; et Barclay ; celui-ci manœuvrera, il est brave, il sait la guerre ; mais c'est un général de retraite, Ségur, Hist. de Nap. IV, 5.

    Homme de guerre, homme qui sait la guerre. Je dois craindre Licine, il est homme de guerre, Tristan, M. de Chrispe, II, 7.

    Gens de guerre, militaires, soldats. J'ai vu des gens de guerre épandus par la ville, Corneille, Rodog. III, 2.

  • 6Ensemble d'attaques, de défenses, d'opérations. Ainsi la guerre était partout, devant, sur nos flancs, derrière nous ; l'armée s'affaiblissait ; l'ennemi devenait chaque jour plus entreprenant, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 10.

    Petite guerre, celle qui se fait par détachements ou par partis, dans le dessein d'incommoder, de harceler l'ennemi dans sa marche.

    Petite guerre, simulacre de combat pour faire manœuvrer et exercer les troupes.

    Anciennement. La petite guerre, la maraude, la picorée. Une poule et un oison, qui avaient bien la mine d'avoir été pris à la petite guerre, Scarron, Rom. com. I, 1.

  • 7 Absolument. Le département de la guerre, le ministère, les bureaux de ce département. Ministre de la guerre. Il travaille à la guerre. Chef de bureau à la guerre.
  • 8Guerre ouverte, hostilité déclarée. Le mauvais vouloir de cette puissance finit par se changer en guerre ouverte.

    Fig. Inimitié, agression, qui ne se cache pas. Mais sans discrétion tu vas à guerre ouverte, Régnier, Élég. II. Quoi qu'il en soit enfin, je ne t'abuse pas ; Je fais la guerre ouverte…, Regnard, le Joueur, I, 2.

  • 9Nom de guerre, nom que chaque soldat prenait autrefois en s'enrôlant ; par exemple : la Tulipe, Sans-Quartier. Louis [le dauphin fils de Louis XIV] le bien nommé, c'est Louis le Hardi ; D'un pareil nom de guerre on traitait les neuf preux, La Fontaine, Poésies mêlées, LXIV (ballade sur le nom de Louis le Hardi)

    Fig. Sobriquet donné par plaisanterie. Le Magnifique était un nom de guerre, La Fontaine, Magn.

    Prendre un nom de guerre, changer son nom véritable, prendre un nom de fantaisie.

  • 10Il se dit en parlant des animaux qui en attaquent d'autres pour en faire leur proie. Le loup fait la guerre aux brebis. Les lions ne font point la guerre aux lions, Fénelon, Tél. XVII. Tous les animaux sont perpétuellement en guerre ; chaque espèce est née pour en dévorer une autre, Voltaire, Dict. phil. Guerre.

    État de guerre, état d'hostilité de tous contre tous. Hobbes… voulant prouver que les hommes naissent tous en état de guerre, et que la première loi naturelle est la guerre de tous contre tous, Montesquieu, Défense de l'Esprit des lois, I, 1.

    Poétiquement. Faire la guerre aux habitants de l'air, aux habitants des forêts, chasser. Je vais faire la guerre aux habitants de l'air, Boileau, Ép. VI.

  • 11 Fig. Toute espèce de débat, de démêlé, de lutte. Cet homme est toujours en guerre avec ses voisins. Cela [saisir l'occasion] s'entend principalement à la guerre et des actions militaires ; mais il y a de la guerre, qui le croira ? même dans les actions paisibles et désarmées ; il faut combattre partout de façon ou d'autre, Guez de Balzac, De la cour, 4e disc. Deux coqs vivaient en paix : une poule survint, Et voilà la guerre allumée, La Fontaine, Fabl. VII, 13. Il faut faire aux méchants guerre continuelle ; La paix est fort bonne de soi ; J'en conviens, mais de quoi sert-elle Avec des ennemis sans foi ? La Fontaine, ib. III, 13. Tenez entre eux divisés les méchants ; La sûreté du reste de la terre Dépend de là : semez entre eux la guerre, Ou vous n'aurez avec eux nulle paix, La Fontaine, ib. VII, 8. Hircan et Aristobule eurent guerre pour le sacerdoce, Bossuet, Hist. II, 5. Cette Eglise à laquelle il avait fait une si longue guerre, Bossuet, ib. III, 10.

    Familièrement. Faire la guerre à quelqu'un, lui faire souvent des réprimandes, lui chercher querelle. Ne lui faites point la guerre sur tout ceci, Sévigné, 453. Mme de Pontchartrain, à qui je fais la guerre sur le jansénisme, dit qu'on verrait comme vous en useriez avec son confesseur, Maintenon, Lett. au cardin. de Noailles, 12 oct. 1695. Elle ne cessait de lui faire la guerre sur sa méchante humeur, Hamilton, Gramm. 4. Je lui fis la guerre de ce caprice, Rousseau, Ém. v. Un manque de civilité dont mon oncle ne cesse de me faire la guerre depuis ce matin, Picard, Petite ville, III, 13.

    Faire la guerre à quelque chose, s'en prendre à cette chose, l'attaquer, la détruire. Elle fait la guerre à ses beaux cheveux, Sévigné, 55.

    Faire la guerre au pain, en manger beaucoup.

    Faire la guerre à, combattre, lutter contre. Notre société [les jésuites] a pour but de travailler à établir les vertus, de faire la guerre aux vices, et de servir un grand nombre d'âmes, Pascal, Prov. x. Le vice audacieux, des hommes avoué, à la triste innocence en tous lieux fit la guerre, Boileau, Sat. X.

    Faire la guerre à ses passions, combattre, réprimer ses passions.

    Faire la guerre aux mots, critiquer minutieusement le style.

  • 12Guerre de plume, discussion, dispute par des écrits entre des hommes de différents partis. Je m'intéresse plus à la guerre des Russes contre les Ottomans qu'à la guerre de plume du parlement, Voltaire, Lett. à la marquise du Deffant, 6 janv. 1771. À quoi bon rendre guerre pour guerre ? Bonnet, Lett. div. Œuv. t. XII, p. 185, dans POUGENS.
  • 13 Fig. Guerre se dit des choses qui combattent, qui attaquent, qui sont en lutte. Les éléments en guerre. Dont l'air intempéré fait guerre aux animaux, Régnier, Sat. XI. Mon esprit agité fait guerre à mes pensées, Régnier, Élég. II. Allez, honneurs, plaisirs, qui me livrez la guerre, Corneille, Poly. IV, 2. Si de tels souvenirs ne me faisaient la guerre, Corneille, Tite et Bér. II, 1. Un mal qui répand la terreur,… La peste, puisqu'il faut l'appeler par son nom, Faisait aux animaux la guerre, La Fontaine, Fabl. VII, 1. Elle a dans la tête une philosophie Qui déclare la guerre au conjugal lien, Et vous traite l'Amour de déité de rien, Molière, Princ. d'Él. I, 2. Où l'honneur a toujours guerre avec la fortune, Boileau, Sat. I.
  • 14Nom d'un jeu qui se joue sur un billard.

PROVERBES

À la guerre comme à la guerre, c'est-à-dire il faut souffrir la fatigue ou prendre du bon temps selon les occasions.

La guerre nourrit la guerre, une armée subsiste aux dépens du pays où elle se trouve.

Guerre et pitié ne s'accordent pas ensemble, à la guerre on a peu de pitié et il serait dangereux d'en avoir.

Qui terre a guerre a, celui qui possède de la terre est sujet à avoir des procès. Par allusion à ce proverbe Voltaire a dit (Lett. d'Argental, 4 oct. 1748) : « Je ne m'attendais pas à ce nouveau trait de calomnie ; mais qui plume a guerre a », c'est-à-dire les gens de lettres sont exposés à être attaqués.

La guerre est bien forte quand les loups se mangent l'un l'autre, se dit quand on voit deux personnes de même profession avoir querelle.

On ne fait la guerre que pour faire enfin la paix, c'est-à-dire il faut toujours finir par s'accorder.

REMARQUE

La locution de guerre lasse a été trouvée par plusieurs grammaticalement inexplicable ; faire quelque chose de guerre lasse, étant faire une chose las de la guerre ; aussi des grammairiens ont-ils voulu la corriger et dire : de guerre las. D'autres ont dit qu'il fallait écrire de guerre las quand il s'agissait d'un homme, et de guerre lasse quand il s'agissait d'une femme ; et que l'erreur était née de la prononciation de l's dans las, comme plusieurs la font sentir dans hélas (hé-las'). Il nous semble qu'il n'y a rien à changer, que lasse se rapporte bien à guerre, et que la locution représente une figure hardie où la lassitude est transportée de la personne à la guerre : de guerre lasse, la guerre étant lasse, c'est-à-dire les gens qui font la guerre étant las de la faire.

HISTORIQUE

XIe s. Faites la guerre com vous l'avez emprise, Ch. de Rol. XI. N'aurez mais guerre en tute vostre vie, ib. XLIII.

XIIe s. À la mort [je] sui, se la guerre m'i [en cet amour] dure, Couci, p. 126. Nus [nul] ne nous faisoit guerre ne ne menoit dangier, Sax. XVI. As parenz saint Thomas [le roi] ad prise si grant guerre, Que tuz les fist chacier hors de tute sa terre, Th. le mart. 63.

XIIIe s. À Pepin [ils] orent guerre qu'avez oui conter, Berte, III. Nus marcheant ne vit aese : Car son cuer a mis en tel guerre, Qu'il art [brûle] tous jors de plus acquerre, la Rose, 5090. S'il prent à tout le monde guerre, Il n'a pooir de vivre en terre, ib. 8643.

XIVe s. Moult gens crient maintes fois guerre, guerre, qui ne sçaivent que guerre monte ; en son commencement est large et a si grant entrée que chascun puet entrer, et l'a puet l'en trouver legierement ; mais à grant peine puet l'en sçavoir à quel fin l'on en puet venir, Le Chev. de la Tour, Instruct. à ses filles, f° 13, dans LACURNE.

XVe s. Et on dit, et voir est, qu'il n'e t si felle [cruelle] guerre que de voisins et d'amis, Froissart, I, I, 118. Il avoit dès sa jeunesse forfait le royaume [était banni du royaume] pour guerre d'amis et d'un homicide qu'il avoit fait à St-Omer, Froissart, liv. I, p. 195, dans LACURNE. Or faut pour la guerre civile Advocat clerc qui soit habile Pour le droit des gens demonstrer Aux juges en chascune ville, Deschamps, Poés. mss. f° 79. Regret m'assault, et pitié me fait guerre, Pleure, gemis, et n'est homme qui l'oye, Chartier, Ball. sur la mort de sa dame. Messeigneurs, y [il] fault adviser, Que guerre n'est pas peu de chose, Myst. du siége d'Orléans, p. 734. Item mon corps j'ordonne et laisse à nostre grandmere la terre, Les vers n'y trouveront grand graisse ; Trop luy a faict faim dure guerre, Villehardouin, Double ball. Testam.

XVIe s. Avoir guerre contre les Escossois, Montaigne, I, 15. Le mareschal [prisonnier] le pria de luy faire bonne guerre, et qu'il ne se souvint du passé, Carloix, VIII, 38. Les Suisses, irritez de cest outrage, demanderent à monsieur l'admiral qu'il leur permist de faire la mauvaise guerre [guerre à mort] ; mais les Espagnols ne cesserent de pratiquer jusques à ce que la bonne guerre [à merci] fut accordée, Du Bellay, M. 100. Je veux seulement parler des fortunes qui advinrent au bon chevalier durant la guerre guerroyable qu'eurent ensemble François et Espaignols, Vie du chev. Bayard par le loyal serviteur, chap. XVIII. Aussi dict-on qu'il fault faire la guerre à l'œil ; et qui la faict bien les yeux fermés, ou en absence et bien loing, est fort à louer, Brantôme, Philippe II. La guerre engendre pauvreté, Pauvreté humilité, D'humilité revient la paix, Ainsi retournent les humains, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 366. Homme mort ne fait guerre, Cotgrave Mieux vaut en paix un œuf qu'en guerre un bœuf, Cotgrave

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Étymologie de « guerre »

Bourguig. gare ; provenç. guerra, gerra ; espagn. portug. et ital. guerra ; bas-lat. werra, mot qu'on trouve dans des textes du temps de Charles le Chauve, mais qui est plus ancien ; du germanique : anc. h. allem. werra, querelle ; anc. angl. werre ; angl. mod. war, guerre.

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(1080) Du vieux-francique *werra (« querelle »), qui supplanta, en latin populaire, le latin classique bellum (« guerre »), confondu avec l’adjectif bellus (« beau »), devenu très fréquent après avoir lui-même supplanté le classique pulcher (« beau »). Le francique est apparenté à l’anglais war, l’allemand Wehr (« défense ») et dérive dernièrement de la même racine indo-européenne que le latin versus (« opposé, vers »).
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Phonétique du mot « guerre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
guerre gɛr

Fréquence d'apparition du mot « guerre » dans le journal Le Monde

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Évolution historique de l’usage du mot « guerre »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « guerre »

  • Je dois m’attendre à tout – ayant été l’homme le plus haï et le plus adoré du XVIIIe siècle !… Avec de la gaieté – et même de la bonhomie, j’ai eu des ennemis sans nombre – et n’ai pourtant croisé la route de personne. Or, j’ai trouvé la cause de tant d’inimitiés. Dès ma folle jeunesse, j’ai joué de tous les instruments, mais je n’appartenais à aucun corps de musiciens – les musiciens m’ont détesté. J’ai inventé quelques bonnes machines, mais je n’étais pas du corps des mécaniciens – et l’on a dit du mal de moi. Je faisais des vers et des chansons, mais qui m’eût reconnu pour poète ? – j’étais le fils d’un horloger ! N’aimant pas le jeu de loto, j’ai fait des pièces de théâtre, mais on disait : “De quoi se mêle-t-il ? Ce n’est pas un auteur, car il fait d’immenses affaires”. Faute de rencontrer qui voulût me défendre, j’ai imprimé de grands mémoires pour gagner des procès qu’on m’avait intentés. Les avocats se sont écriés : “Peut-on souffrir qu’un pareil homme prouve sans nous qu’il a raison !” J’ai traité avec les ministres de grands points de réformation dont nos finances avaient besoin, mais l’on disait encore : “De quoi se mêle-t-il, puisqu’il n’est point financier ?” Luttant contre tous les pouvoirs, j’ai relevé l’art de l’imprimerie française par les superbes éditions de Voltaire – mais je n’étais pas imprimeur et j’ai eu tous les marchands pour adversaires. J’ai fait le haut commerce dans les quatre parties du monde – mais je ne m’étais point déclaré négociant. J’ai eu quarante navires à la fois sur la mer – mais, n’étant pas un armateur, on m’a dénigré dans nos ports. Un vaisseau de guerre à moi de cinquante-deux canons a eu l’honneur de combattre en ligne avec ceux de Sa Majesté, mais regardé comme un intrus, j’y ai gagné de perdre ma flottille ! De tous les Français, quels qu’ils soient, je suis celui qui a fait le plus pour la liberté de l’Amérique – mais je n’étais point classé parmi les négociateurs…
    Sacha Guitry — Beaumarchais
  • Il y a des guerres justes, il n'y a pas d'armées justes.
    André Malraux — L'Espoir, Gallimard
  • Les monuments aux morts des guerres que l'on perd sont moins laids que les monuments aux morts des guerres que l'on gagne.
    Nicole Vedrès — Suite parisienne, Mercure de France
  • Pourquoi me tuez-vous ? - Et quoi, ne demeurez-vous pas de l'autre côté de l'eau ? Mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais un assassin et cela serait injuste de vous tuer de la sorte ; mais puisque vous demeurez de l'autre côté, je suis un brave, et cela est juste.
    Blaise Pascal — Pensées, 293 Pensées
  • Jamais le christianisme, si vous y regardez de près, ne vous paraîtra plus sublime, plus digne de Dieu, et plus fait pour l'homme qu'à la guerre.
    comte Joseph de Maistre — Les Soirées de Saint-Pétersbourg
  • Un roi c'est de la guerre, un dieu c'est de la nuit.
    Victor Hugo — La Légende des siècles, le Satyre
  • Bref, nul ne peut (soit par feu, sang ou mine) Gagner profit en guerre féminine.
    Clément Marot — Épîtres, Pour le capitaine Raisin audit seigneur de la Rocque
  • et les guerres abhorrées des femmes.
    Horace en latin Quintus Horatius Flaccus — Odes, I, I, 24-25
  • La France se perdra par les gens de guerre.
    Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu — Mes pensées
  • La mobilisation n'est pas la guerre.
    Raymond Poincaré
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Traductions du mot « guerre »

Langue Traduction
Anglais war
Espagnol guerra
Italien guerra
Allemand krieg
Chinois 战争
Arabe الحرب
Portugais guerra
Russe война
Japonais 戦争
Basque gerra
Corse guerra
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Synonymes de « guerre »

Source : synonymes de guerre sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « guerre »

Combien de points fait le mot guerre au Scrabble ?

Nombre de points du mot guerre au scrabble : 7 points

Guerre

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