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Lutte

Définitions du mot « lutte »

Trésor de la Langue Française informatisé

LUTTE, subst. fém.

A. −
1. Action de deux adversaires qui luttent, se battent ou combattent corps à corps pour répondre à une attaque, pour triompher l'un de l'autre, par jeu, dans la pratique d'un sport ou pour régler un différend. Je me gardai bien de répondre. Deux poignets furieux me saisirent. À mon tour, j'enlaçai quelqu'un et une lutte effroyable commença. Nous nous roulions, renversant les meubles, heurtant les murs (Maupass.,Contes et nouv.,t. 1, Ma femme, 1882, p. 671).Ensemble, tellement ils étaient appareillés dans cette lutte, cette danse, cet embrassement, le taureau et l'homme s'arrêtèrent. Et chacun d'eux faisait son souffle contre l'autre (Montherl.,Bestiaires,1926, p. 560):
1. Leurs mains tordues s'ouvrent et changent adroitement de place sur la longueur du poignard; leur genou droit plie, leur jambe gauche s'étend en arrière (...). Tout à coup se redressant, les adversaires s'approchent poitrine contre poitrine, front contre front: leurs bras tendus s'élèvent au-dessus de leurs têtes, et leurs muscles se dessinent comme ceux d'Hercule et d'Antée. Dans cette lutte, leur haleine devient courte et bruyante; ils se couvrent de poussière, de sang et de sueur... Chateaubr., Natchez,1826, p. 163.
SYNT. Lutte singulière; lutte corps à corps; lutte au couteau; lutte à mort; lutte de boxeurs, de gladiateurs; lutte d'un bestiaire contre un animal; les luttes des cirques; abattre, culbuter, vaincre qqn à la lutte.
P. métaph. Tout devait ramener Maxence à cette lutte ardente, à ce corps à corps de l'homme avec lui-même, dans l'azur de l'espace intérieur (Psichari,Voy. centur.,1914, p. 131).V. aussi infra ex. 8.
[P. allus. biblique, Gen. XXXII, 23-33, où Jacob lutte contre un ange qui ne peut l'emporter sur lui mais le blesse à la cuisse: symbole du triomphe de la force morale ou, parfois, de la meurtrissure laissée par une épreuve] Lutte contre l'Ange, lutte de Jacob avec l'Ange, etc. Il songeait à ce tendon que toucha l'ange dans sa lutte avec Jacob: lui, boitait du coeur. Il avait détruit la dualité de son être (Péladan,Vice supr.,1884, p. 127).La seule vie, c'est celle-là, celle que nous donne notre lutte pour notre âme, le combat contre l'ange. Les hommes d'aujourd'hui méconnaissent cette vérité essentielle de l'être qui se vainc, qui se surpasse (Daniel-Rops,Mort,1934, p. 172).V. lutteur ex. de Cocteau, Clair-obscur, 1954, p. 31.
SPORTS. Exercice soumis à certaines règles consistant en un combat corps à corps et sans armes, comportant certaines prises, et dont le but final est de terrasser l'adversaire. Là où l'athlète s'appuie pour courir, c'est là que l'acteur s'appuie pour lancer une imprécation (...). Toutes les surprises de la lutte, du pancrace, du cent mètres, du saut en hauteur, trouvent dans le mouvement des passions des bases organiques analogues, elles ont les mêmes points physiques de sustentation (Artaud,Théâtre et son double,1938, p. 155):
2. Il a songé à quelque chose de nouveau, d'original,... à la lutte, − oui, à la lutte à main plate, qui, au fond, est du massage. Et le voilà, le critique ventripotent, en position, comme s'il palpait les muscles d'un adversaire de baraque... Goncourt, Journal,1883, p. 280.
SYNT. Salle de lutte; s'exercer à la lutte; pratiquer la lutte; lutte antique, moderne; luttes folkloriques, olympiques; lutte gréco-romaine; lutte libre; lutte à terre; lutte debout.
2. P. métaph. [Dans les jeux de l'amour] On dirait que l'amour (...) veut, pour ses luttes ardentes, des coeurs tout neufs et des corps aguerris (Flaub.,Éduc. sent.,1845, p. 51):
3. Ils s'aimaient comme ils ne s'étaient jamais aimés. Il ne savait plus s'il se jetait sur elle pour la détruire ou pour la posséder. Il la possédait dans une lutte qui la lui faisait plier sous lui et terrasser... Ramuz, A. Pache,1911, p. 251.
ÉLEV. Accouplement du bélier avec la brebis. Les résultats font apparaître, pour l'une et l'autre race [Hampshire et Suffolk], la résistance à la chaleur, une aptitude à la lutte en toutes saisons, avec une très bonne ardeur sexuelle, tant chez le mâle que chez la femelle (Pâtre,avr. 1981, no283, p. 25).
3. P. anal. Action violente mettant aux prises deux groupes ennemis. Luttes armées; luttes civiles. Les bergers (...) préparaient déjà leurs armes, et l'on put craindre un moment qu'une lutte générale ne s'engageât sur la place (Mérimée,Colomba,1840, p. 149).Tous ces bruits dans la ville, ce n'était ni lutte ni fusillade, mais les bourgeois qui s'exerçaient au pistolet dans leurs jardins (Giraudoux,Siegfried et Lim.,1922, p. 243).
ARM. Opération militaire; guerre, engagement, combat. Lutte décisive, suprême; luttes coloniales; lutte à la baïonnette, lutte d'artillerie, lutte anti-sous-marine; entrer en lutte; engager, continuer, reprendre la lutte; cesser, abandonner la lutte. En 1863, après une lutte longue et meurtrière, les Maoris occupaient une grande position fortifiée sur le haut Waikato (Verne,Enf. cap. Grant,t. 3, 1868, p. 83).La lutte d'artillerie, pas plus que le combat de cavalerie, ne constitue (...) un acte décisif qui fixe définitivement l'issue de la lutte (Foch,Princ. guerre,1911, p. 214):
4. À tous les échelons, armée, corps d'armée, division et brigade, le commandement soutient la lutte qui s'étend du bois Fumin au fond de la Gayette, alimente le combat, prépare des contre-attaques. Bordeaux,Fort de Vaux,1916, p. 235.
P. métaph. Il y avait un groupe de baissiers [à la Bourse] qui prenaient position, engageant la lutte, timides encore, dans de simples combats d'avant-poste (Zola,Argent,1891, p. 282).V. aussi infra ex. sous B 1 a.
B. − Au fig.
1.
a) Opposition vive, conflit entre deux personnes ou deux groupes de personnes cherchant à faire triompher leurs intérêts, leurs idées, leur cause, à imposer leur volonté, leur suprématie. Le jour où dans le monde paraîtra la vérité absolue, il n'y aura plus de contradictions et de lutte; tout combat cessera; car c'est la vertu de la vérité de rallier à elle tous les esprits (Cousin,Hist. philos. XVIIIes.,t. 1, 1829, p. 25).Cet anticléricalisme des petites villes françaises est toujours, plus ou moins, un épisode de la guerre des ménages, une forme sournoise de cette lutte sourde et âpre entre maris et femmes (Rolland,J.-Chr.,Antoinette, 1908, p. 832).V. aussi Zola, Argent 1891, p. 282 :
5. Il existe une lutte continuelle entre les maîtres et les écoliers, lutte sans trêve, à laquelle rien n'est comparable dans la société, si ce n'est le combat de l'Opposition contre le Ministère dans un gouvernement représentatif. Mais les journalistes et les orateurs de l'Opposition sont peut-être moins prompts à profiter d'un avantage... Balzac,Lambert,1832, p. 57.
SYNT. Luttes vives, violentes, homériques; luttes économiques, politiques, sociales, idéologiques, religieuses; lutte électorale, parlementaire; lutte d'idées, de doctrines, d'intérêts; lutte d'influence, de prestige; lutte de famille, des générations; lutte des factions, des partis, des pays, des puissances; lutte entre la majorité et l'opposition; lutte des protestants et des catholiques, des jésuites contre les jansénistes; être, entrer en lutte (ouverte) avec qqn, contre qqn; aimer la lutte; avoir l'esprit de lutte, le goût de la lutte.
PHILOS., en partic. dans la philos. marxiste.Lutte des classes, lutte de classe(s). V. classe I C 2.
Loc. adv.
[Avec des verbes marquant le succès] De haute lutte et littér. de vive lutte. Par force, d'autorité, en faisant de grands efforts. Enlever, conquérir, gagner, obtenir qqc. de haute lutte. Les esprits entêtés regimbent contre l'insistance; auprès d'eux on gâte tout en voulant tout emporter de haute lutte (Chateaubr.,Mém.,t. 4, 1848, p. 227).Il [le diable] sait qu'il est certaines âmes qu'il n'emportera pas de vive lutte et qu'il importe de persuader (Gide,Journal,1916, p. 608).
Vieilli. De bonne lutte. ,,Faire quelque chose de bonne lutte. Sans employer de fraude`` (Ac. 1835-1878).
b) P. anal. Action en sens contraire (de deux forces, de deux principes); opposition, conflit, antagonisme. Cette rivalité spontanée et continue (...) entre l'esprit théologique et l'esprit métaphysique, dont la lutte (...) constitue la source première de notre intime perturbation (Comte,Philos. posit.,t. 5, 1839-42, p. 89).Quoi de plus tragique que la lutte de l'invisible contre tout le visible? Le chrétien ne vit pas comme le sage antique à l'état d'équilibre, mais à l'état de conflit (Claudel,Corresp.[avec Gide], 1909, p.106).V. affronter ex. 37:
6. Je ne le comprends pas encore [Baudelaire], en ce sens que je passe d'une impression à l'impression opposée et sur les mêmes pièces. Il y a quelque chose en moi qui l'attire, quelque chose qui le repousse. C'est la lutte entre mon goût de l'artificiel et ma passion de la nature. Rivière,Corresp.[avec Fournier], 1906, p. 186.
SYNT. Lutte des éléments; lutte de l'ombre et de la lumière, du jour et de la nuit; lutte des contraires; lutte du bien et du mal, du vice et de la vertu; lutte entre le coeur et la raison; lutte du droit contre la force, de la passion contre les instincts; lutte de conscience; luttes intimes; luttes intérieures.
2. Action de rivaliser, d'entrer en concurrence avec quelqu'un pour l'emporter sur lui (dans une épreuve physique ou intellectuelle, dans un domaine quelconque). Synon. compétition, concours, match, tournoi.Lutte de vitesse; lutte d'érudition, d'éloquence, d'esprit; lutte de courtoisie, de politesse. Après la messe à l'église, les luttes d'adresse et la distribution des prix, les vainqueurs avaient été conviés à un repas (Nerval,Filles feu,Sylvie, 1854, p. 599).En voiture ou à cheval c'est une course de vitesse, une lutte à qui, le premier, apportera le feu sacré à ses coreligionnaires (Tharaud,An prochain,1924, p. 24):
7. Pourquoi ne reverrait-on pas autour de ce grand objet de l'amour et de la haine de tous [Napoléon] une nouvelle lutte de rhapsodes ou de trouvères? Après avoir si bien combattu par le glaive, il semble que ce ne serait pas aujourd'hui une moins noble émulation pour les peuples que de s'engager ainsi dans cette lutte de poésie et de souvenirs nationaux. Quinet, Napoléon,1836, p. 144.
3. Effort individuel ou collectif énergiquement soutenu pour vaincre quelque chose (un obstacle, une difficulté, un mal), ou pour obtenir, faire triompher quelque chose. L'adaptation de leur thorax, de leurs poumons [des individus acclimatés à la montagne] (...) à la lutte contre le froid, à l'effort incessant de tout le corps qui est demandé par l'ascension quotidienne des montagnes (Carrel,L'Homme,1935, p. 260).V. aussi supra ex. de Psichari, Voy. centur., 1914, p. 131:
8. Entre tous les grands systèmes encore vivants de philosophie sociale, seule la doctrine du Christ fait une place pour l'énergie virile de la lutte contre soi-même, pour l'héroïque effort de la volonté; elle établit la suprématie de l'âme sur les attractions du dehors. Barrès,Voy. Sparte,1906, p. 17.
SYNT. Mener la lutte pour, contre qqc.; lutte pour l'amour, le bien, la bonne cause, la justice, la paix; lutte contre le monde, la matière, la nature; lutte contre le mal, la tyrannie, la bêtise, l'ignorance; lutte contre le péché, la tentation, les passions.
La dernière lutte, la lutte suprême. Le combat contre la mort, l'agonie. Non seulement vous l'avez veillée et suivie dans la lutte suprême; mais après avoir fermé les yeux de notre amie, vous l'avez conduite à sa dernière demeure (M. de Guérin,Corresp.,1835, p. 196).V. agonisant ex. 34.
En partic.
a) Dans le domaine de la santé, de l'économie.Action organisée en vue de venir à bout de certains fléaux par l'emploi de méthodes appropriées. Deux méthodes de lutte [contre le phylloxéra] naquirent: la médicale, la botanique. La première voulait tuer la bête par injection ou par immersion; la seconde défendre la plante par la plante elle-même transformée (Pesquidoux,Livre raison,1925, p. 74).En dehors de ces organisations de masse, on recense de multiples associations féminines se consacrant, avec des moyens divers, à la lutte contre le taudis, l'immoralité publique, l'alcoolisme (Meynaud,Groupes pression Fr.,1958, p. 78).
SYNT. Lutte contre la maladie, le cancer, la tuberculose; lutte contre le mildiou, le phylloxéra; lutte contre l'incendie, les cataclysmes; lutte contre l'analphabétisme, l'inflation, le chômage; lutte antituberculeuse, antiparasitaire, anti-inflationniste; lutte anti-pollution.
Lutte biologique. ,,Ensemble de moyens de destruction des ennemis des cultures ou de réduction de leurs populations par leurs antagonistes naturels: maladies, prédateurs, parasites`` (Agric. 1977).
Lutte chimique. ,,Utilisation de substances chimiques pour tuer des organismes nuisibles ou diminuer leur nocivité`` (Méd. Biol. t. 2 1971).
Lutte génétique. ,,Emploi de toute condition ou méthode de traitement susceptible de réduire le potentiel reproductif des organismes nuisibles par altération ou remplacement de leur matériel héréditaire`` (Méd. Biol. t. 2 1971).
Lutte physique. ,,Méthode qui vise à réduire les populations d'animaux ou de végétaux nuisibles par utilisation d'agents physiques tels que température, humidité, courant électrique, rayonnements, etc.`` (Envir. 1976).
b) BIOL. Lutte pour la vie, pour l'existence. Lutte menée par chaque individu, chaque espèce en concurrence avec les autres individus ou les autres espèces, pour assurer sa propre survie. Chaque individu est en concurrence avec ses semblables; dans cette lutte pour la vie, les variations nuisibles seront condamnées et détruites; en revanche, les individus porteurs de variations avantageuses persisteront et légueront leurs avantages. Cette persistance des meilleures formes correspond à une sorte de tri, de sélection naturelle qui aboutit à la survivance du plus apte (Hist. gén. sc.,t. 3, vol. 1, 1961, p. 546).
En partic., dans la lang. cour. Efforts pour vivre ou survivre, parfois au prix d'une concurrence impitoyable. Il leur accordait un tant pour cent sur (...) le moindre objet vendu par eux: mécanisme qui avait bouleversé les nouveautés, qui créait entre les commis une lutte pour l'existence, dont les patrons bénéficiaient (Zola,Bonh. dames,1883, p. 421).La section de pédagogie musicale (...) permet (...) de mieux «armer» au seuil d'une difficile lutte pour la vie, les jeunes gens et les jeunes filles qui ne seraient pas destinés aux grands succès publics (Enseign. mus.,t. 1, 1950, p. 14):
9. Les imbéciles! ce qu'ils appellent la lutte pour la vie, ils croient depuis toujours que ce ne peut être que la lutte contre l'homme. Nous les contraindrons à voir que c'est la lutte pour l'homme, pour les hommes, envers et contre tout ce qui n'est pas les hommes. Guéhenno,Journal «Révol.»,1938, p. 182.
Prononc. et Orth.: [lyt]. Att. ds Ac. dep. 1694. Homon. lut, luth. Étymol. et Hist. 1. 1155 «effort que font, pour se renverser l'un l'autre, deux individus qui se prennent corps à corps» (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 1109); 2. ca 1175 «opposition violente, combat physique entre deux ou plus de deux personnes ou groupes» (Benoît de Ste-Maure, Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 16881); 3. 1176-84 «effort, tension, peine pour obtenir un résultat» (Gautier d'Arras, Eracle, éd. G. Raynaud de Lage, 3476); 1626 [éd.] de haute lute (D'Aubigné, Hist. universelle, III, 16, 393 ds Œuvres compl., Glossaire, éd. A. Legouëz, p. 323); 4. 1797 «affrontement, conflit, guerre» la lutte des puissances (Sénac de Meilhan, Émigré, p. 1696); en partic. 1828 lutte des classes (Guizot, Hist. civilisation, leçon 7, p. 29); 5. 1801 «action en sens contraire de deux ou plusieurs forces» (Crèvecoeur, Voyage, t.2, p.266: cette lutte entre les ombres de la nuit et la lumière naissante); 6. 1801 «effort d'un groupe d'hommes pour obtenir quelque chose, ou lutter contre un mal» (W. Dupré, Lexicographia-neologica gallica ds Quem. DDL t.20); 7. 1835 «accouplement de l'espèce ovine» lute (J. Beugnot, Dict. usuel de chir. et de méd. vétér., I, 14b[s.v. accouplement] ds Quem. DDL t.8). Déverbal de lutter*. Fréq. abs. littér.: 5 436. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5 720, b) 7 811; xxes.: a) 8 432, b) 8 980. Bbg. Herbillon (J.), Lechanteur (J.), Mélon (N.). Batellerie liégeoise. Dial. belgo-rom. 1969, t. 25, no3/4, p. 127.

Wiktionnaire

Nom commun

lutte \lyt\ féminin

  1. (Arts martiaux) Sorte d’exercice, de combat, où deux hommes se prennent corps à corps et cherchent à se terrasser l’un l’autre.
    • Nous voici à l'automne 1966. Cela fait trois ans et demi […] que le roi Constantin s’initie aux secrets de la lutte japonaise. Il a commencé par le jiu-jitsu, a continué avec le judo et maintenant, depuis un an, il s’adonne aux secrets de l'extraordinaire karaté. — (Vassilis Vassilikos, Z, 1966, traduit du grec par Pierre Comberousse, NRF Gallimard, 1967, page 66)
    • S’exercer à la lutte. — Être fort adroit à la lutte.
  2. (Figuré) Guerre ; dispute ; controverse ; conflit.
    • Plus la lutte contre les schismatiques s'aggrave, plus l’Église s’acharne contre les juifs, qu’elle soupçonne d’être de connivence avec les hérétiques. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
    • Au moment des luttes politiques, les électeurs du Léon, encadrés par leurs prêtres, font, grâce à leur discipline, échec aux aspirations sociales des populations citadines. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • La lutte des intérêts matériels et des principes moraux, de l’utilité et du devoir, du matérialisme et du spiritualisme, se représente ici avec une nouvelle force, et sous un point de vue encore plus important. — (Pellegrino Rossi, Traité de droit pénal, 1829, page 180)
    • […] l’Assemblée de Versailles, […], consuma toute une année en controverses stériles, en discussions puériles, en luttes bysantines. — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
    • Les rois norvégiens cessèrent de s’intéresser à la lointaine colonie ; la discorde survint ; des luttes naquirent, soit intestines, soit entre colons et esquimaux. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • La laïcité est engagée dans une lutte âpre et décisive contre le cléricalisme. L’État se bat contre l'Église. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Si profond était le fossé entre la bourgeoisie manufacturière et les ouvriers du textile que les luttes révolutionnaires, dans Sedan, prirent comme nulle part ailleurs le caractère d’un conflit entre classes. — (Henri Manceau, Des luttes ardennaises, 1969)
    • Cette transformation générale de la société ne se fera pas par la prise du pouvoir d’État par une majorité de gauche ; elle suppose une myriade de luttes locales et globales. — (Jean-Paul Russier, Plutôt Proudhon que Marx, 2005)
  3. (Agriculture) (Élevage) Action d'éradication des ravageurs des cultures ou des parasites des animaux.
    • La lutte contre les thrips peut être réalisée à l’aide d’insecticide tels que diméthoate ou thiométon. — (P. Silvestre & M. Arraudeau, Le manioc, 1983)
    • Le fénarimol est un fongicide largement utilisé dans la lutte contre l’oïdium. — (Christina Ferreira, Effets des perturbateurs endocriniens sur la fertilité mâle, thèse de doctorat vétérinaire, 4 février 2010)
  4. (Québec) Catch.
    • Tout ne s'était pas déroulé comme prévu, mais rien ne se déroule jamais comme prévu, sauf à la lutte. — (David Goudreault, La bête à sa mère, Stanké, 2015, p. 179.)

Forme de verbe

lutte \lyt\

  1. De lutter.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

LUTTE. n. f.
Sorte d'exercice, de combat, où deux hommes se prennent corps à corps et cherchent à se terrasser l'un l'autre. S'exercer à la lutte. Être fort adroit à la lutte. Lutte à main plate. Voyez MAIN. Il signifie, au figuré, Guerre, dispute, controverse, conflit. La paix mit fin à la lutte sanglante qui existait depuis vingt ans entre les deux nations. La doctrine de Luther occasionna une lutte violente entre les théologiens. La lutte du jour et de l'ombre. Aimer, redouter la lutte. Fig. et fam., Emporter quelque chose de haute lutte, Venir à bout de quelque chose par autorité, par force.

Littré (1872-1877)

LUTTE (lu-t') s. f.
  • 1Sorte d'exercice, où l'on cherche à se terrasser en se prenant corps à corps. Le premier combat fut celui de la lutte ; un Rhodien d'environ trente-cinq ans surmonta tous les autres qui osèrent se présenter à lui, Fénelon, Tél. V.

    Lutte au sac suspendu. Le lutteur se place devant un sac rempli de sable et suspendu ; il saisit les parois du sac, l'entraîne en arrière avec lui, puis va au-devant du sac, quand il revient, pour l'arrêter brusquement. Cette lutte demande de l'attention, et le sac doit être proportionné à la force du lutteur.

  • 2Rixe dans laquelle on se prend corps à corps. Enfin, pour arrêter cette lutte barbare, De nouveau l'on s'efforce, on crie, on les sépare, Boileau, Sat. III.
  • 3 Fig. Guerre, dispute, controverse, conflit. Sa vie entière fut une lutte, et il fut infatigable, Marmontel, Mém. X. La douleur me tuerait ; il y a trop de lutte en moi contre elle, Staël, Corinne, XIV, 3. On ne m'abuse point ; et la lutte est prochaine, Ancelot, Fiesque, IV, 1. Sentais-tu la lutte éternelle Du bonheur et de la vertu, Et la lutte encor plus cruelle Du cœur par le cœur combattu ? Lamartine, Harm. I, 1.
  • 4 Fig. De haute lutte, par force, par autorité. Mme de Guise voulait enlever M. de Nemours à sa parole [d'épouser Mlle de la Gamache] de haute lutte, Saint-Simon, 57, 205.

    Faire quelque chose de bonne lutte, le faire sans employer de fraude.

  • 5Dans un style léger et même un peu libre. La lutte amoureuse, les ébats et les plaisirs de l'amour.
  • 6Accouplement des béliers avec les brebis.

HISTORIQUE

XIIe s. Cum que lor seit l'ovre contraire, Mettre covendra peine et luite, Qu'il [le roi] quit [croie que] tote seit sue quite Normandie senz parçonnier, Benoit de Sainte-Maure, II, 14703.

XIIIe s. Tant sot renart d'engins plusors, De luite, de jambet [croc en jambe], de tors, Ren. 14560. Quant toute la gent fu assemblée, dont il y avoit assez pour veoir celle luite…, si prirent l'un l'autre à bras, Marc Pol, p. 729.

XVIe s. Qu'il n'entre en discours et contestations que où il verra un champion digne de sa luicte, Montaigne, I, 167. Ce que l'empereur n'avoit peu par surprise, il l'essaya de haute luitte, D'Aubigné, I, 21. Comme un bon et gentil champion de lucte, Amyot, Caton, 10. À trois fois voit-on la lutte ; à trompeur trompeur et demi, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 231.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

LUTTE, s. f. (Art gymnastique.) combat de deux hommes corps à corps, pour éprouver leur force & voir qui terrassera son adversaire.

C’étoit un des plus illustres exercices palestriques des anciens. Les Grecs, qui l’ont cultivé avec le plus de soin & qui l’ont porté à la plus haute perfection, le nommoient πάλη, mot que nos Grammairiens modernes dérivent de πάλλειν, secouer, agiter, ou de πάλος, de la boue, à cause de la poussiere dont se frottoient les lutteurs : du-moins les autres étymologies rapportées par Plutarque ne sont pas plus heureuses. Quant au mot lucta des Latins, on ne sait s’il vient de lucere pris au sens de solvere, résoudre, relâcher, ou de luxare, démettre, déboëter, ou de quelqu’autre source.

Mais sans nous arrêter à ces futilités, recherchons l’origine de la lutte & ses préparatifs : après cela nous indiquerons les principales especes de luttes & les descriptions qui nous en restent ; ensuite nous déterminerons en quel tems les lutteurs furent admis aux jeux publics de la Grece ; enfin nous repasserons en revûe ceux qui s’y sont le plus distingués. Les auteurs latins de l’art gymnastique ont épuisé cette matiere ; mais M. Burette en particulier l’a traitée dans les mémoires de Littérature avec le plus de netteté & l’érudition la plus agréable : il va nous prêter ses lumieres.

La lutte chez les Grecs, de même que chez les autres peuples, ne se montra dans ses commencemens qu’un exercice grossier, où la pesanteur du corps & la force des muscles avoient la meilleure part. Les hommes les plus robustes & de la taille la plus avantageuse, étoient presque sûrs d’y vaincre, & l’on ne connoissoit point encore la supériorité que pouvoit donner dans cette espece de combat beaucoup de souplesse & de dextérité jointes à une force médiocre.

La lutte considérée dans cette premiere simplicité, peut passer pour un des plus anciens exercices ou des premieres manieres de se battre ; car il est à croire que les hommes devenus ennemis les uns des autres, ont commencé par se colleter & s’attaquer à coups de poings, avant que de mettre en œuvre des armes plus offensives. Telle étoit la lutte dans les siecles héroïques & fabuleux de la Grece, dans ces tems feconds en hommes féroces, qui n’avoient d’autres lois que celle du plus fort.

On reconnoît à ce portrait ces fameux scélérats qui infestoient, par leurs brigandages, les provinces de la Grece, & dont quelques-uns contraignoient les voyageurs à lutter contr’eux, malgré l’inégalité de leurs forces, & les tuoient après les avoir vaincus. Hercule & Thésée travaillerent successivement à purger la terre de ces monstres, employant d’ordinaire pour les vaincre & pour les punir, les mêmes moyens dont ces barbares s’étoient servis pour immoler tant de victimes à leur cruauté. C’est ainsi que ces deux héros vainquirent à la lutte Antée & Cercyon, inventeurs de ce combat, selon Platon, & auxquels il en coûta la vie pour avoir osé se mesurer contre de si redoutables adversaires.

Thésée fut le premier, au rapport de Pausanias, qui joignit l’adresse à la force dans la lutte, & qui établit des écoles publiques appellées palestres, où des maîtres l’enseignoient aux jeunes gens. Comme cet exercice fit partie des jeux isthmiques, rétablis par ce héros, & qu’il fut admis dans presque tous ceux que l’on célébroit en Grece & ailleurs, les athletes n’oublierent rien pour s’y rendre habiles ; & le desir de remporter les prix les rendit ingénieux à imaginer de nouvelles ruses & de nouveaux mouvemens, qui en perfectionnant la lutte les missent en état de s’y distinguer. Ce n’est donc que depuis Thésée que la lutte, qui avoit été jusqu’alors un exercice informe, fut réduite en art, & se trouva dans tout son lustre.

Les frictions & les onctions, si communes dans les gymnases, parurent être dans l’art athlétique des préparatifs admirables pour ce combat en particulier. Comme il étoit question dans la lutte de faire valoir toute la force & toute la souplesse des membres, on eut recours aux moyens les plus efficaces pour réunir ces deux qualités. Les frictions en ouvrant les pores & en facilitant la transpiration, rendent la circulation du sang plus rapide, & procurent en même tems une distribution plus abondante des esprits animaux dans tous les muscles du corps. Or l’on sait que la force de ces organes dépend de cette abondance, jointe à la fermeté du tissu des fibres ; d’un autre côté, les onctions qui succédoient aux frictions produisoient deux bons effets : l’un d’empêcher, en bouchant les pores, une trop grande dissipation d’esprits, qui eût bientôt mis les athletes hors de combat ; l’autre de donner aux muscles, à leurs tendons, & aux ligamens des jointures, une plus grande flexibilité, & par-là de prévenir la rupture de quelques-unes de ces parties dans les extensions outrées auxquelles la lutte les exposoit.

Mais comme ces onctions, en rendant la peau des lutteurs trop glissante, leur ôtoit la facilité de se colleter & de se prendre au corps avec succès, ils remédioient à cet inconvénient, tantôt en se roulant dans la poussiere de la palestre, ce que Lucien exprime plaisamment en disant, les uns se vautrent dans la boue comme des pourceaux, tantôt en se couvrant réciproquement d’un sable très-fin, reservé pour cet usage dans les xistes & sous les portiques des gymnases. Ceux-ci, ajoute le même Lucien & dans le même style, prenant le sable qui est dans cette fosse, se le jettent les uns aux autres comme des coqs. Ils se frottoient aussi de poussiere après les onctions, pour essuyer & sécher la sueur dont ils se trouvoient tout trempés au fort de la lutte, & qui leur faisoit quitter prise trop facilement. Ce moyen servoit encore à les préserver des impressions du froid ; car cet enduit de poussiere mêlé d’huile & de sueur, empêchoit l’air de les saisir, & mettoit par-là ces athletes à couvert des maladies ordinaires à ceux qui se refroidissent trop promptement après s’être fort échauffés.

Les lutteurs ainsi préparés en venoient aux mains. On les apparioit deux à deux, & il se faisoit quelquefois plusieurs luttes en même tems. A Sparte, les personnes de différent sexe luttoient les unes contre les autres ; & Athénée observe que la même chose se pratiquoit dans l’île de Chio.

Le but que l’on se proposoit dans la lutte, où l’on combattoit de pié ferme, étoit de renverser son adversaire, de le terrasser, en grec καταϐάλλειν ; de-là vient que la lutte s’appelloit καταϐλητικὴ, l’art de jetter par terre.

Pour y parvenir, ils employoient la force, l’adresse & la ruse ; ces moyens de force & d’adresse se réduisoient à s’empoigner réciproquement les bras, en grec θράσσειν ; à se retirer en avant, ἀπάγειν ; à se pousser & à se renverser en arriere, ὠθεῖν & ἀνατρέπειν ; à se donner des contorsions & à s’entrelacer les membres, λυγίζειν ; à se prendre au collet, & à se serrer la gorge jusqu’à s’ôter la respiration, ἄγχειν & ἀποπνίγειν ; à s’embrasser étroitement & se secouer, ἀγκοινίζειν ; à se plier obliquement & sur les côtés, πλαγιάζειν ; à se prendre au corps & à s’élever en l’air, à se heurter du front comme des béliers, συναράττειν τὰ μέτωπα ; enfin à se tordre le cou, τραχηλίζειν.

Tous ces mots grecs qu’on peut se dispenser de lire, & plusieurs autres que je supprime pour ne pas ennuyer le lecteur, étoient consacrés à la lutte, & se trouvent dans Pollux & dans Hésychius.

Parmi les tours de souplesse & les ruses ordinaires aux lutteurs, nommées en grec παλαίσματα, je ne dois pas oublier celui qui consistoit à se rendre maître des jambes de son antagoniste ; cela s’exprimoit en grec par différens verbes, ὑποσκελίζειν, πτερνίζειν, ἀγκυρίζειν, qui reviennent aux mots françois, supplanter, donner le croc en jambe ; Dion, ou plutôt Xiphilin son abréviateur, remarque dans la vie d’Adrien, que cette adresse ne fut pas inutile aux soldats romains, dans un de leurs combats contre les Jaziges.

Telle étoit la lutte dans laquelle les athlètes combattoient debout, & qui se terminoit par la chûte ou le renversement à terre de l’un des deux combattans. Mais lorsqu’il arrivoit que l’athlete terrassé entraînoit dans sa chûte son antagoniste, soit par adresse, soit autrement, le combat recommençoit de nouveau, & ils luttoient couchés sur le sable, se roulant l’un sur l’autre, & s’entrelaçant en mille façons jusqu’à ce que l’un des deux gagnant le dessus, contraignît son adversaire à demander quartier & à se confesser vaincu.

Une troisieme espece de lutte se nommoit ἀκροχειρισμὸς, parce que les athletes n’y employoient que l’extrémité de leurs mains sans se prendre au corps, comme dans les deux autres especes. Il paroît que l’ἀκροχειρισμὸς étoit un prélude de la véritable lutte, par lequel les athletes essayoient réciproquement leurs forces, & commençoient à dénouer leurs bras.

En effet, cet exercice consistoit à se croiser les doigts, en se les serrant fortement, à se pousser en joignant les paumes des mains, à se tordre les poignets & les jointures des bras, sans seconder ces divers efforts par le secours d’aucun autre membre ; & la victoire demeuroit à celui qui obligeoit son concurrent à demander quartier. Pausanias parle de l’athlete léontisque, qui ne terrassoit jamais son adversaire dans cette sorte de combat, mais le contraignoit seulement en lui serrant les doigts de se confesser vaincu.

Cette sorte de lutte, qui faisoit aussi partie du pancrace, étoit connue d’Hipocrate, lequel, dans le II. livre du régime, l’appelle ἀκροχειρίν, & lui attribue la vertu d’exténuer le reste du corps & de rendre les bras plus charnus.

Comme nous ne pouvons plus voir ces sortes de combats, & que le tems des spectacles de la lutte est passé, le seul moyen d’y suppléer à quelques égards, c’est de consulter pour nous en faire une idée, ce que la gravure & la sculpture nous ont conservé de monumens qui nous représentent quelques parties de l’ancienne gymnastique, & sur-tout de recourir aux descriptions que les poëtes nous en ont laissées, & qui sont autant de peintures parlantes, propres à mettre sous les yeux de notre imagination les choses que nous ne pouvons envisager d’une autre maniere.

La description que fait Homere, Iliade, l. XXIII. vers. 708 & suivans, de la lutte d’Ajax & d’Ulysse, l’emporte sur tous les autres pour la force, pour le naturel & pour la précision. La lutte d’Hercule & d’Achéloüs, si fameuse dans la fable, a servi de matiere au tableau poétique qu’Ovide en a fait dans le neuvieme de ses métamorphoses. On peut voir aussi de quelle maniere Lucain dans sa pharsale, l. IV. vers. 610. & suivans, décrit la lutte d’Hercule & d’Antée. La lutte de Tydée & d’Agyllée, peinte par Stace dans sa Thébaïde, liv. VI. vers. 847. est sur-tout remarquable par la disproportion des combattans, dont l’un est d’une taille gigantesque, & l’autre d’une taille petite & ramassée.

Ces quatre portraits méritent d’autant mieux d’être consultés sur la lutte, qu’en nous présentant tous ce même objet dont le spectacle étoit autrefois si célebre, ils le montrent à notre imagination par différens côtés, & par-là servent à nous le faire connoître plus parfaitement ; de sorte qu’en rassemblant ce que chacun renferme de plus particulier, on trouve presque toutes les circonstances qui caracterisoient cette espece d’exercice.

Le lecteur est encore le maître d’y joindre une cinquieme description, laquelle, quoiqu’en prose, peut figurer avec la poësie. Elle se trouve au XVI. livre de l’histoire éthiopique d’Héliodore, ingénieux & aimable romancier grec du iv. siecle. Cette peinture représente une lutte qui tient, en quelque sorte, du Pancrace, & qui se passe entre Théagene le héros du roman, & une espece de géant éthiopien.

Après avoir considéré la lutte en elle-même, & renvoyé les curieux à la lecture des descriptions qui nous en restent, indiquons dans quel tems on a commencé d’admettre cet exercice dans la solemnité des jeux publics, dont il faisoit un des principaux spectacles.

Nous apprenons de Pausanias que la lutte faisoit partie des jeux olympiques dès le tems de l’Hercule de Thebes, puisque ce héros en remporta le prix. Mais Iphitus ayant rétabli la cérémonie de ces jeux qui, depuis Hercule, avoit été fort négligée ; les différentes especes de combats n’y rentrerent que successivement, en sorte que ce ne fut que dans la xviij. olympiade qu’on y vit paroître des lutteurs ; & le lacédémonien Eurybate fut le premier qu’on y déclara vainqueur à la lutte. On n’y proposa des prix pour la lutte des jeunes gens que dans la xxxvij. olympiade, & le lacédémonien Hiposthene y reçut la premiere couronne. Les lutteurs & les pancratiens n’eurent entrée dans les jeux pythiques que beaucoup plus tard, c’est-à-dire dans la xlviij. olympiade. A l’égard des jeux Néméens & des Isthmiques, Pausanias ni aucun auteur ne nous apprennent, de ma connoissance, en quel tems la lutte commença de s’y introduire.

Les prix que l’on proposoit aux lutteurs dans ces jeux publics, ne leur étoient accordés qu’à certaines conditions. Il falloit combattre trois fois de suite, & terrasser au-moins deux fois son antagoniste pour être digne de la palme. Un lutteur pouvoit donc sans honte être renversé une fois, mais il ne le pouvoit être une seconde, sans perdre l’espérance de la victoire.

Entre les fameux Athletes, qui furent plusieurs fois couronnés aux jeux de la Grece, l’histoire a immortalisé les noms de Milon, de Chilon, de Polydamas & de Théagene.

Milon étoit de Crotone, & fleurissoit du tems des Tarquins. Sa force étonnante & ses victoires athlétiques ont été célébrées par Diodore, Strabon, Athénée, Philostrate, Galien, Elien, Eustathe, Cicéron, Valere-Maxime, Pline, Solin, & plusieurs autres. Mais Pausanias est celui qui paroît s’être le plus intéressé à la gloire de cet illustre athlete, par le détail dans lequel il est entré dans le second livre de ses éliaques, sur ce qui le concerne. Il nous apprend entr’autres particularités, que Milon remporta six palmes aux jeux olympiques, toutes à la lutte, l’une desquelles lui fut adjugée lorsqu’il n’étoit encore qu’enfant ; qu’il en gagna une en luttant contre les jeunes gens, & six en luttant contre des hommes faits aux jeux pythiens ; que s’étant présenté une septieme fois à Olympie pour la lutte, il ne put y combattre, faute d’y trouver un antagoniste qui voulût se mesurer à lui.

Le même Historien raconte ensuite plusieurs exemples de la force incomparable de cet athlete. Il portoit sur ses épaules sa propre statue, faite par le sculpteur Daméas son compatriote. Il empoignoit une grenade, de maniere que, sans l’écraser, il la serroit suffisamment pour la retenir, malgré les efforts de ceux qui tâchoient de la lui arracher. Il n’y avoit que sa maîtresse, dit Elien en badinant, qui pût, en cette occasion, lui faire quitter prise.

Pausanias ajoute que Milon se tenoit si ferme sur un disque qu’on avoit huilé, pour le rendre plus glissant, qu’il étoit comme impossible de l’y ébranler. Lorsqu’appuyant son coude sur son côté, il présentoit la main droite ouverte, les doigts serrés l’un contre l’autre, à l’exception du pouce qu’il élevoit, il n’y avoit presque force d’homme qui pût lui écarter le petit doigt des trois autres. Cet athlete si robuste, ce vainqueur des Sybarites, fut néanmoins obligé de reconnoître que sa force étoit inférieure à celle du berger Titorme, qu’il rencontra sur les bords d’Evenus, s’il en faut croire Elien.

Le lutteur Chilon, natif de Patras en Achaïe, n’est guere moins fameux que Milon, par le nombre de ses victoires à la lutte. Il fut couronné deux fois à Olympie, une fois à Delphes, quatre fois aux jeux isthmiques, & trois fois aux néméens. Sa statue faite des mains de Lysippe, se voyoit encore à Olympie du tems de Pausanias. Il fut tué dans une bataille, & les Achéens lui éleverent un tombeau à leurs dépens, avec une inscription simple, qui contenoit les faits que je viens de rapporter.

Pausanias parle du pancratiaste Polydamas, non-seulement comme du plus grand homme de son siecle pour la taille, mais il raconte encore de ce célebre athlete des choses presque aussi surprenantes que celles qu’on attribue à Milon. Il mourut, comme lui, par trop de confiance en ses forces. Etant entré avec quelques camarades dans une caverne, pour s’y mettre à couvert de l’excessive chaleur, la voûte de la caverne prête à fondre sur eux, s’entr’ouvrit en plusieurs endroits. Les compagnons de Polydamas prirent la fuite ; mais lui moins craintif, ou plus téméraire, éleva ses deux mains, prétendant soutenir la hauteur de pierres qui s’écrouloit, & qui l’accabla de ses ruines.

Je finis ma liste des célebres lutteurs par l’athlete Théagene de Thasos, vainqueur au pancrace, au pugilat & à la course, une fois aux jeux olympiques, trois fois aux pythiens, neuf fois aux néméens, & dix fois aux isthmiques. Il remporta tant de prix aux autres jeux de la Grece, que ses couronnes alloient jusqu’au nombre de quatorze cens, selon Pausanias, ou de douze cens, selon Plutarque. (D. J.)

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Étymologie de « lutte »

Déverbal sans suffixe de lutter.
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Provenç. lucha, locha, loita ; anc. catal. lluyta ; espagn. lucha ; portug. luta ; ital. lutta, lotta ; du lat. lucta, lutte.

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Phonétique du mot « lutte »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
lutte lyt

Citations contenant le mot « lutte »

  • La lutte de l’homme contre le pouvoir, c’est la lutte de la mémoire contre l’oubli. De Milan Kundera
  • Une lutte pour tout est forcément une lutte contre tout et ne peut se terminer tôt ou tard que par un massacre général. De Vaclav Havel / L'anatomie du gag
  • Celui qui n’a pas lutté est fort à la lutte. De Proverbe toucouleur
  • Dans la lutte, on descend au niveau de l'adversaire. De Sénèque
  • La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, Gallimard
  • L'homme qui lutte pour autrui est meilleur que celui qui lutte pour lui-même. De Clarence Darrow / Plaidoyer à un procès communiste
  • La lutte contre l'idéalisation est la lutte contre la rationalité. De Noam Chomsky / Dialogues avec Mitsou Ronat
  • Même sans espoir, la lutte est encore un espoir. De Romain Rolland / L’Ame enchantée
  • La civilisation est une lutte contre la peur. De Gaston Bouthoul / La paix
  • La lutte des classes est une construction pyramidale. De Sahar Khalifa / L'impasse de Bab Essaha
  • La lutte est sévère, entre les ténèbres et la lumière. De Martine Le Coz / Céleste
  • Cimetière. Ultime étape de la lutte des classes. De Jacques Mailhot / La politique d'en rire
  • On ne lutte pas contre la force du destin. De Eschyle / Promethée enchaîné
  • Le talent c’est la lutte contre l’oubli. De Andrew O'Hagan / Personnalité
  • La lutte pour le pouvoir se mène contre lui. De Stanislaw Jerzy Lec / Nouvelles pensées échevelées
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Traductions du mot « lutte »

Langue Traduction
Anglais fight
Espagnol lucha
Italien combattimento
Allemand kampf
Chinois 斗争
Arabe يقاتل
Portugais luta
Russe борьба
Japonais 戦い
Basque borroka
Corse lotta
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Synonymes de « lutte »

Source : synonymes de lutte sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « lutte »

Lutte

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