Majesté : définition de majesté


Majesté : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

MAJESTÉ, subst. fém.

A. − Caractère de grandeur qui impose le respect, la vénération. Synon. gloire, grandeur.
1. [À propos d'une puissance divine] Insulte à la majesté de Dieu; majesté céleste, divine, suprême. Les dieux, dit le Centaure, ont habité parfois Les bruyantes cités et les monts et les bois, Alors que de l'Olympe abandonnant l'enceinte, Ils dérobaient l'éclat de leur majesté sainte (Leconte de Lisle, Poèmes ant., 1852, p. 248).L'appétit du divin se jette en pâture même les pierres; il agrée ce qui paraît le plus éloigné de la majesté infinie (Blondel, Action, 1893, p. 308):
1. L'«idée» que Dieu connaît et pénètre toutes choses, jusqu'aux replis les plus secrets de notre coeur, a été regardée par les saints comme tout (...) autrement efficace pour contenir les hommes dans le respect et dans la crainte de la majesté de Dieu. Bremond, Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 563.
ICONOGR. [En parlant du Christ ou d'un saint] En majesté, loc. adj. Assis sur un trône dans une attitude hiératique. La chasuble de Naintré (...), où l'on voit Marie, assise en majesté, les pieds chaussés, tenant l'enfant nu sur ses genoux (Zola, Rêve, 1888, p. 96).Un Christ en majesté, sur un vitrail latéral, rappela à Lewis son premier conseil d'administration (Morand, Lewis, 1924, p. 6).
2. [À propos d'un souverain] Majesté de l'empereur; majesté impériale, princière. Il fut un temps où le nom seul d'Agamemnon ouvrait en moi de secrètes écluses, tant me pénétrait de respect et d'appréhension mythologique la majesté du roi des rois (Gide, Si le grain, 1924, p. 611).Corneille et Louis XIV sont d'accord sur ce point, comme ils le sont sur l'importance de la majesté royale, sur la dictature royale, sur l'absolutisme royal, sur l'exaltation du nationalisme français contre les entreprises de l'empire (Brasillach, Corneille, 1938, p. 297).
[P. méton. du compl.] Majesté de l'empire. Commencez par réformer ce faste, cette vaine pompe qui n'ajoutent rien à la majesté du trône, à la dignité du monarque (Marat, Pamphlets, Suppl. Offrande à la Patrie, 1789, p. 51).
P. méton.
Dignité, pouvoir (royal ou impérial). Respect de la majesté et des lois. Le trône avoit été à demi renversé, la majesté royale avilie; la puissance souveraine avait cédé à la violence populaire (Sénac de Meilhan, Émigré, 1797, p. 1588).Le peuple sans frein, foulant aux pieds les lois, Se plaît à mépriser la majesté des rois (Constant, Wallstein, 1809, III, 3, p. 92).
HIST. ROMAINE. Loi de majesté. ,,Loi punissant tout attentat contre le peuple romain et appliquée par les empereurs à tout délit contre le prince`` (Littré; dict. xixeet xxes.).
Personne du souverain. Majesté déchue. Au cours de ma carrière, plus diplomatique, hélas, que soldatesque, pas mal de majestés m'ont déjà accueilli (Farrère, Homme qui assass., 1907, p. I).
Lèse-majesté*.
3. [Titre donné aux souverains héréditaires lorsqu'on parle d'eux ou que l'on s'adresse à eux]
a) Sa Majesté (S.M.); Votre Majesté (V.M.), Vos Majestés (VV.MM.), Leurs Majestés (LL. MM.). Hommage, offense, outrage à Sa Majesté; demander, présenter qqc. à Sa Majesté; supplier Sa Majesté; audience, lettre de Sa Majesté; au nom, aux ordres, au service de Sa Majesté; ambassadeur, gouvernement de Sa Majesté; Sa Majesté britannique. Nous n'osons pas supposer, pour l'honneur de M. Henri Scheffer, que le portrait de Sa Majesté ait été fait d'après nature. − Il y a dans l'histoire contemporaine peu de têtes aussi accentuées que celle de Louis-Philippe (Baudel., Salon, 1845, p. 46).Le mouvement de la France libre, à présent prépondérant en France même, était, plus que jamais, un élément capital de la politique britannique et (...) le gouvernement de Sa Majesté était décidé à le soutenir au maximum (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 556):
2. ... mille nobles et domestiques couvraient de leurs corps les pavés, les escaliers, les planchers du château, ou brûlaient sous les décombres de la caserne, et Sa Majesté Louis XVI, au lieu d'aller soutenir ses défenseurs, restait dans sa cachette à l'Assemblée nationale. Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 11.
Sa Majesté Très Chrétienne. [Titre du souverain de France] Voici (...) la capitulation de Paris entre les mains de Sa Majesté Très Chrétienne (Claudel, Otage, 1911, III, 2, p. 280).
Sa Majesté Catholique. [Titre du souverain d'Espagne] Les Espagnols prirent possession du pays au nom de Sa Majesté Catholique (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 136).
Sa (Très) Gracieuse Majesté. [Titre du souverain d'Angleterre] Cette Institution des Arts et des Sciences réunis (...) est placée sous le patronage direct de Sa Gracieuse Majesté (Verne, Tour monde, 1873, p. 2).
Rem. 1. Majesté exige l'accord au fém. de l'adj., du part., du pron., sauf lorsque ce titre est suivi d'un nom (Sa Majesté le roi, la reine), auquel cas l'accord se fait avec le nom. 2. Le nom en appos. ou attribut prend le genre de la pers. désignée (Votre Majesté est le maître).
b) [Avec personnification] Frédéric II déclarait que la seule divinité qu'il reconnût était Sa sacrée Majesté le Hasard (Barrès, Cahiers, t. 10, 1913, p. 15).Sa Majesté l'Orgueil, Sa Majesté la Bêtise, Sa Majesté l'Avarice, Sa Majesté la Luxure, ces Majestés ne changent pas de place, elles restent toujours avec nous (Claudel, J. d'Arc, 1939, 6, p. 1211).
4. [À propos d'un inanimé] Majesté des lois. La majesté et les droits des nations doivent être immolés à la satisfaction et à l'orgueil des princes (Robesp., Discours, Contre veto, t. 6, 1789, P. 91).Ils plantèrent contre la porte leurs douze faisceaux, des baguettes reliées par une courroie avec une hache dans le milieu. Alors, tous frémirent devant la majesté du peuple romain (Flaub., Hérodias, 1877, p. 158).
5. GRAMM. Pluriel de majesté. ,,Pluriel du pronom de la première personne utilisé à la place de je dans le style officiel par les personnes revêtues d'un caractère d'autorité`` (Ling. 1972). Avec l'avènement de ce pape polonais, le pluriel de majesté a sombré en même temps que la «Sedia Gestatoria» (L'Est Républicain, 14 mai 1981, p.15, col.7).
B. − Caractère de grandeur, de noblesse dans l'apparence, les manières, qui suscite une admiration mêlée de respect. Majesté sereine, sombre, tranquille; avec, sans majesté; plein de majesté.
1. [À propos d'une pers. ou d'un trait extérieur de cette pers.] Majesté d'un geste, d'un mouvement, d'un regard. C'étoit un air de majesté répandu sur sa figure, dans ses traits, et qui indiquoit un homme né pour le commandement, et qui a en effet commandé (Balzac, Annette, t. 1, 1824, p. 103).La raideur de ses jambes nuisait à la rapidité de son allure mais ajoutait à la majesté de sa démarche. Comme il ne pliait les genoux ni le cou, son approche évoquait: «Messieurs, le Roy» (Hamp, Marée, 1908, p. 62):
3. Des voix d'une majesté infinie, en même temps mouvementées, sûres d'elles, criant au ciel, s'élevèrent en un choeur d'une incroyable force. G. Bataille, Exp. int., 1943, p. 118.
2. [À propos d'inanimés concr., notamment d'une oeuvre d'art, d'un spectacle] Majesté d'un cloître, d'un monument, d'un paysage:
4. Piero Della Francesca, Uccello eussent-ils, sans leur amour passionné pour la géométrie, découvert dans la structure humaine, l'un ces formes monumentales, ces crânes sphériques, ces visages purs et solides, ces torses, ces membres pareils à des colonnes, toute cette majesté formidable qui fait songer à un peuple de dieux descendus dans la prière et la lutte... Faure, Espr. formes, 1927, p. 157.
En partic. [À propos du style, d'une oeuvre littér.] Majesté des hymnes liturgiques. On sait avec quel génie dans l'oraison funèbre de la princesse Palatine, il [Bossuet] est descendu, sans blesser la majesté de l'art oratoire, jusqu'à l'interprétation naïve d'un songe, en même temps qu'il a déployé dans ce même discours, sa haute capacité pour les abstractions philosophiques (Chateaubr., Génie, t. 2, 1803, p. 127).La poésie peut s'exprimer en prose, elle est seulement plus parfaite sous la grâce et la majesté du vers (Hugo, Lettres fiancée, 1821, p. 90).Il [Voltaire] avouait que «la majesté des écritures l'étonnait», que «la sainteté de l'Évangile parlait à son coeur» (Guéhenno, Jean-Jacques, 1952, p. 41).
3. [À propos d'inanimés abstr.] La majesté des souffrances humaines est un témoignage rendu à ce que souffre l'impatiente famille des hommes (Vigny, Journal poète, 1845, p. 1231).[Les frivoles] échappent à la tendre majesté de l'agonie, réussissent à faire de leur propre mort une chose impure (Bernanos, Mauv. rêve, 1948, p. 903).
Prononc. et Orth. [maʒ εste]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1120 majested «caractère de grandeur qui imprime le respect» (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 542); ca 1120 reis de majestet désigne ici Jésus-Christ (ibid., 1245); spéc. ca 1140 «représentation de saints» (Pélerinage Charlemagne, éd. G. Favati, 125), sens mentionné par Trév. 1771 et subsistant comme terme d'iconogr.; 2. ca 1180 sa majete «dénomination de souverain» (Jean Le Nevelon, Vengeance Alexandre, éd. E. Billings Ham, 118); 3. 1365 royalle majesté «dignité souveraine» (Oresme, Traictié des monnoies, éd. L. Wolowski, p.74); 4. 1547 majesté «ce qui a de la grandeur, attire l'admiration» (J.Martin, Architecture, trad. de Vitruve, p. 80 vo). Empr. au lat. majestas «grandeur, dignité» et au fig. «dignité, noblesse (d'une personne, d'un style, d'un lieu)», «souveraineté de l'État, du peuple romain» d'où le sens gén. de «souveraineté» en lat. médiév. (996 ds Nierm.). Le mot est également attesté comme titre honorifique d'un empereur, roi, pape en b. lat. (506-538, ibid.) et au sens de «image du Christ en trône» (ca 1031, ibid.), le lat. majestas est dér. de major, compar. de magnus «grand», v. majeur. Fréq. abs. littér.: 2929. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 6941, b) 3627; xxes.: a) 2791, b) 2909. Bbg. Duch. Beauté. 1960, pp.123-124.

Majesté : définition du Wiktionnaire

Nom commun

majesté \ma.ʒɛs.te\ féminin

  1. Grandeur suprême, caractère auguste qui imprime le respect.
    • L'administration romaine était extrêmement dure pour […] tout accusé qui bravait sa majesté. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.VI, La moralité de la violence, 1908, p.260)
    • La majesté des lois. — La majesté des peuples souverains.
  2. (Par extension) Air de grandeur propre à inspirer de l’admiration, du respect.
    • […]; flétrissez aussi le charlatanisme de ces pseudo-virtuoses qui ont obtenu des succès apocryphes à New-York ou en Californie, et qui, […], viennent défigurer sur nos grandes scènes lyriques des partitions dont elles ridiculisent la majesté par les exagérations de leur style exotique. — (Stéphen de La Madelaine, Études pratiques de style vocal, T.1, 1868, page 18)
    • La profusion de détails gracieux ne nuit en rien à l'ensemble qui conserve toute sa majesté. — (Gustave Fraipont; Les Vosges, 1923)
    • Son corps, son visage, conservaient une sorte de splendeur qui s'éloignait de plus en plus de la grâce féminine pour se rapprocher chaque jour de la majesté. — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
  3. Titre que l’on donne aux empereurs, aux rois, aux impératrices, aux reines.
    • Votre Majesté, sire, a ordonné.
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Majesté : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MAJESTÉ. n. f.
Grandeur suprême, caractère auguste qui imprime le respect. La majesté divine. La majesté royale. La majesté des lois. La majesté des autels. La majesté du trône. La majesté de l'empire romain, du peuple romain. Il se dit, par extension, en parlant des Personnes et des choses qui ont un air de grandeur propre à inspirer de l'admiration, du respect. Elle a un air de majesté. N'admirez-vous pas la majesté de cet édifice? Il est aussi un Titre particulier qu'on donne aux empereurs, aux rois, aux impératrices, aux reines. On dit, en leur parlant, Votre Majesté, Vos Majestés; et en parlant d'eux, Sa Majesté, Leurs Majestés, Votre Majesté, sire, a ordonné. Par abréviation, on écrit, V. M., VV. MM., S. M., LL. MM. Sa Majesté Impériale, Qualification donnée aux empereurs. Sa Majesté Très Chrétienne, Le roi de France. Sa Majesté Catholique, Le roi d'Espagne. Sa Majesté Très Fidèle, Le roi de Portugal. Sa Majesté Britannique, Sa Majesté Suédoise, Sa Majesté Danoise, Le roi ou la reine d'Angleterre, le roi de Suède, le roi de Danemark; on dit aussi Sa Majesté le roi d'Angleterre, Sa Majesté le roi des Belges.

Majesté : définition du Littré (1872-1877)

MAJESTÉ (ma-jè-sté) s. f.
  • 1Caractère extérieur de grandeur, apparence auguste. Un prince épouvanté De voir tant de colère et tant de majesté, Corneille, Pomp. III, 2. Une majesté douce épand sur son visage De quoi s'assujettir le plus noble courage, Corneille, ib. III, 3. On dit que le cardinal [de Richelieu], le voyant [Vaugelas] entrer dans sa chambre, s'avança vers lui avec cette majesté douce et riante, qui l'accompagnait presque toujours, Pellisson, Hist. Acad. III. Une reine portant sur son visage la majesté de tant de rois, conservant dans son cœur l'humilité du fils de Dieu, Fléchier, Marie-Thérèse. Seigneur, je n'ai jamais contemplé qu'avec crainte L'Auguste majesté sur votre front empreinte, Racine, Esth. II, 7. Quel ton, quel ascendant ne prennent-ils pas [les riches] sur les savants ? quelle majesté n'observent-ils pas à l'égard de ces hommes chétifs que leur mérite n'a ni placés ni enrichis ! La Bruyère, VI. Il est nécessaire que vous ayez une certaine majesté dans votre extérieur, Fénelon, Tél. XI.
  • 2 Fig. Grandeur imprimant le respect. La majesté du peuple romain. La majesté du sénat. Ont-ils [les rois] rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière Que cette majesté si pompeuse et si fière, Dont l'éclat orgueilleux étonnait l'univers, Malherbe, I, 3. Il [Dieu] leur [aux rois] fait voir en leur retirant sa puissance que toute leur majesté est empruntée, Bossuet, Reine d'Anglet. Il [Charles 1er] a montré qu'il n'est pas permis aux rebelles de faire perdre la majesté à un roi qui sait se connaître, Bossuet, ib. La majesté est l'image de la grandeur de Dieu dans le prince, Bossuet, Polit. V, IV, 1. Les rois, non plus que le soleil, n'ont pas reçu en vain l'éclat qui les environne ; il est nécessaire au genre humain ; et ils doivent, pour le repos autant que pour la décoration de l'univers, soutenir une majesté qui n'est qu'un rayon de celle de Dieu, Bossuet, Mar.-Thér. Il [Condé] apprit à l'Espagne, trop dédaigneuse, quelle était cette majesté que la mauvaise fortune ne pouvait ravir à de si grands princes [les Stuarts détrônés], Bossuet, Louis de Bourbon. C'est l'esprit du christianisme de faire respecter les rois avec une espèce de religion que le même Tertullien appelle très bien la religion de la seconde majesté ; cette seconde majesté n'est qu'un écoulement de la première, c'est-à-dire de la divine, Bossuet, Polit. III, II, 3. La majesté des rois inspire plus de respect que de tendresse ; c'est une espèce de religion civile et de culte politique, qui nous fait révérer ces traits que la main de Dieu a gravés sur le front de ceux à qui il daigne communiquer sa puissance, Fléchier, Mme de Mont. Au fond de leur palais leur majesté terrible [des rois de Perse] Affecte à leurs sujets de se rendre invisible, Racine, Esth. I, 3. Être heureux comme un roi, dit le peuple hébété ; Hélas ! pour le bonheur que fait la majesté ? Voltaire, 1er disc.

    Il se dit de Dieu. Dieu y parut dans sa majesté, Bossuet, Hist. II, 4. Elle voudrait disparaître tout entière devant la majesté du roi des rois, Bossuet, Mar.-Thér. Celui qui règne dans les cieux, à qui seul appartient la gloire, la majesté, l'indépendance, Bossuet, Reine d'Angl. Le terme de majesté n'est attribué à Jésus-Christ dans l'Évangile que lorsqu'il s'agit du jugement universel, Bourdaloue, Jugem. dern. 1er avent, p. 47. Il ordonnait [à ceux qui n'étaient pas suffisamment respectueux durant le service divin] qu'on fléchît le genou et qu'on se tût devant la majesté présente qui, pour être cachée, n'en était pas moins redoutable, Fléchier, Duc de Mont. Et vous, sous sa majesté sainte, Cieux, abaissez-vous, Racine, Esth. III, 9. Viens-tu du Dieu vivant braver la majesté ? Racine, Athal. II, 2. Lorsque, prosternée sous la majesté de ses regards [de Dieu], la vile créature reconnaît qu'elle n'est que cendre et poussière en sa présence, Massillon, Carême, Prière 2.

    Il se dit aussi des choses qui impriment le respect. La majesté du trône. La majesté de l'empire romain. [La paix] Donne aux champs les moissons fertiles, Et, de la majesté des lois Appuyant les pouvoirs suprêmes, Fait demeurer les diadèmes Fermes sur la tête des rois, Malherbe, III, 2. Les bassesses de la flatterie, indignes de la majesté du lieu où je parle, et du ministère sacré que j'exerce, Bossuet, Gornay. Ainsi puisse être rendue la majesté à vos tribunaux ! Bossuet, le Tellier. Les prêtres de l'Oratoire… y donnèrent [dans la chapelle royale] par leur piété, aux autels leur véritable décoration, et au service divin sa majesté naturelle, Bossuet, Reine d'Anglet. Quoi ! vous pourriez, seigneur, par cette indignité De l'empire à vos pieds fouler la majesté ? Racine, Bérén. IV, 8. Ô grandeur des Romains, ô majesté flétrie ! Voltaire, Catil. IV, 6.

  • 3Le pouvoir royal même. La majesté des rois d'Angleterre serait demeurée plus inviolable, si, contente de ses droits sacrés, elle n'avait point voulu attirer à soi les droits et l'autorité de l'Église, Bossuet, Reine d'Anglet. Il ne faut point s'étonner s'ils [les Anglais] perdirent le respect de la majesté et des lois, et s'ils devinrent factieux, rebelles et opiniâtres, Bossuet, ib. [Dans la révolution anglaise] nul frein à la licence, la majesté violée par des attentats jusqu'alors inconnus, Bossuet, ib.
  • 4Titre particulier qui se donne aux empereurs, aux rois et à leurs épouses (avec une M majuscule). Votre Majesté, Sire, a ordonné. Je rendrai compte à Sa Majesté. Le zèle que vous [religieuses du Val-de-Grâce] avez pour votre Époux, vous faisait voir avec plaisir ces Majestés [Anne et Marie-Thérèse] humiliées en sa présence, Fléchier, Marie-Thér. Le prince d'Orange ne se mêla point aux compliments, parce qu'il n'aurait point eu de Sire, ni de Majesté, Saint-Simon, 31, 101. Louis XI fut le premier roi de France à qui on donna quelquefois le titre de Majesté, que jusque-là l'empereur seul avait porté, Voltaire, Mœurs, 94. Il n'y avait autrefois que l'empereur qui eût le titre de Majesté ; les autres rois s'appelaient Votre Altesse, Votre Sérénité, Votre Grâce, Voltaire, Dict. phil. Cérémonies. Ce n'est que depuis 1741 que la chancellerie impériale traite les rois de Majestés dans le protocole de l'empire, Voltaire, Suppl. au Siècle de Louis XIV, 1re part. L'empereur ne voulait point donner le titre de Majesté aux rois ses vainqueurs ; son ministre Lutzau, dans le premier acte de 1641, qui établissait les saufs-conduits et les conférences, parle des préliminaires entre sa sacrée Majesté césarienne et le sérénissime roi très chrétien, Voltaire, Ann. Emp. Ferdinand III, 1648.

    Votre Majesté se dit quand on adresse la parole au souverain ou à la souveraine. Sa Majesté se dit quand on parle du souverain ou de la souveraine. Vos Majestés se dit quand on parle à plusieurs têtes couronnées. Leurs Majestés se dit quand on parle de plusieurs têtes couronnées.

    Par abréviation on écrit V. M. [Votre Majesté], VV. MM. [Vos Majestés], S. M. [Sa Majesté], LL. MM. [Leurs Majestés].

    Sa Majesté impériale, l'empereur des Français, l'empereur d'Autriche, que l'on qualifie aussi de Sacrée Majesté, mais seulement quand on lui parle, l'empereur de Russie, l'empereur du Brésil. Sa Majesté très chrétienne, le roi de France. Sa Majesté catholique, le roi d'Espagne. Sa Majesté très fidèle, le roi de Portugal. Sa Majesté britannique, le roi d'Angleterre. Sa Majesté suédoise, Sa Majesté danoise, le roi de Suède, le roi de Danemark.

    On dit aussi Sa Majesté le roi d'Angleterre. Sa Majesté le roi de Suède, etc.

    Fig. Voilà comme les hommes sont ballottés par la fortune ; Sa Sacrée Majesté le hasard décide de tout, Voltaire, Lett. Mariott. 26 fév. 1767.

  • 5Dans les temps anciens, Majesté n'était pas particulier aux souverains, et se disait d'autres grands personnages. Il y a encore une lettre de lui [Charles IV] au cardinal Colombier, doyen du sacré collége, datée de l'an 1355, dans laquelle il appelle ce doyen Votre Majesté, Voltaire, Mœurs, 70.
  • 6 Terme de littérature. Caractère de pompe et de grandeur. La majesté du style. On a pris pour de la majesté la pesanteur des vers qui se tiennent comme enchaînés deux à deux, et qui se retardent l'un l'autre ; mais la majesté consiste dans le nombre, le coloris, l'éclat et la pompe du style, Marmontel, Élém. litt. Œuv. t. X, p. 467, dans POUGENS.
  • 7 Terme d'histoire romaine. Loi de majesté, loi punissant tout attentat contre le peuple romain, et appliquée par les empereurs à tout délit contre le prince. Il y avait une loi de majesté contre ceux qui commettaient quelque attentat contre le peuple romain ; Tibère se saisit de cette loi et l'appliqua, non pas aux cas pour lesquels elle avait été faite, mais à tout ce qui put servir sa haine ou ses défiances, Montesquieu, Rom. 14.

    Jugement de majesté, jugement prononcé en vertu de la loi de majesté.

  • 8 Terme de diplomatique. Sceau de majesté, sceau des empereurs d'Allemagne.

    S'est dit aussi du grand sceau féodal de l'électeur de Mayence.

REMARQUE

1. Faut-il dire, en parlant à un roi : Votre Majesté est maître ou maîtresse ? Quand il s'agit d'un adjectif, la règle n'est pas douteuse, l'adjectif s'accorde avec Majesté : Votre Majesté peut être assurée… Mais avec des substantifs, lors même que les substantifs ont des féminins, il vaut mieux donner le genre masculin. Du moins tel est l'usage constaté par Bouhours dans ses Nouvelles remarques : Je l'ai assuré que Votre Majesté était le maître, DUC DE SAVOIE, dans BOUHOURS ; Cette acquisition ne donnerait à Sa Majesté aucun avantage solide, puisqu'aussi bien elle serait maître de ses États, MAZARIN, dans BOUHOURS.

2. Faut-il dire : Votre Majesté est le plus éclairé des rois ou la plus éclairée des rois ? Il serait mieux de changer de tournure ; mais, si on tenait à suivre celle-ci, on dirait, vu que l'idée de roi et du masculin est celle qui domine : Votre majesté est le plus éclairé des rois.

HISTORIQUE

XIIe s. E lors nostre Sire le demostrera, et lors parra [paraîtra] la majestez de Deu, Machab. II, 2. Plein sunt li ciel et la terre de la majestet de ta gloire, Liber psalm. p. 250.

XIIIe s. Or en ait Diex pitié, li rois de majesté, Berte, X.

XIVe s. Pour les rebellions et malefices perpetrez encontre la magesté royal, en soy armant…, Lettre de Charles V, Bibl. des chartes, 4e série, t. III, p. 425. Je croy qu'il a ou monde si noblement resgné, Qu'il a acquis l'amour de Dieu de maysté, Guesclin. Variantes du vers 1732.

XVe s. Seoit le roi en majesté royale, Froissart, II, II, 74. Mais la grant benignité De ta royal majesté, Deschamps, Lay du roy. Gens de petit estat qui ne desiroient que de troubler les besongnes, pour eux augmenter et avoir majesté sur les plus riches, Monstrelet, t. II, p. 142, dans LACURNE.

XVIe s. Pour excuser son maistre envers Sa Majesté [le roi], Montaigne, I, 38. Il avoit l'esprit prompt et subtil, le langage et la grace avec de la majesté, et le naturel actif et vigilant, Casteln. 2. En ce temps (1575) n'estoit tenu pour bon courtisan qui disoit : le roy ; ains falloit dire leurs majestés à la mode de la cour ; sur quoi, par derision, fut fait le sonnet fles majestés [le pluriel fut commandé par un règlement de Henri III, peu après son retour de Pologne], Journal de l'Estoile, t. XLV, p. 118, collection Petitot, 1re série.

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Majesté : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

MAJESTÉ, s. f. (Hist.) titre qu’on donne aux rois vivans, & qui leur sert souvent de nom pour les distinguer. Louis XI. fut le premier roi de France qui prit le titre de majesté, que l’empereur seul portoit, & que la chancellerie allemande n’a jamais donné à aucun roi jusqu’à nos derniers tems. Dans le xij. siecle les rois de Hongrie & de Pologne étoient qualifiés d’excellence ; dans le xv. siecle, les rois d’Arragon, de Castille & de Portugal avoient encore les titres d’altesse. On disoit à celui d’Angleterre votre grace, on auroit pu dire à Louis XI. votre despotisme. Le titre même de majesté s’établit fort lentement ; il y a plusieurs lettres du sire de Bourdeille dans lesquelles on appelle Henri III. votre altesse ; & quand les états accorderent à Catherine de Médicis l’administration du royaume, ils ne l’honorerent point du titre de majesté.

Sous la république romaine le titre de majesté appartenoit à tout le corps du peuple & au sénat réuni : d’où vient que majestatem minuere, diminuer, blesser la majesté, c’étoit manquer de respect pour l’état. La puissance étant passée dans la main d’un seul, la flatterie transporta le titre de majesté à ce seul maître & à la famille impériale, majestas augusti, majestas divinæ domus.

Enfin le mot de majesté s’employa figurément dans la langue latine, pour peindre la grandeur des choses qui attirent de l’admiration, l’éclat que les grandes actions répandent sur le visage des héros, & qui inspirent du respect & de la crainte au plus hardi. Silius Italicus a employé ce mot merveilleusement en ce dernier sens, dans la description d’une conspiration formée par quelques jeunes gens de Capouë. Il fait parler ainsi un des conjurés : « Tu te trompes si tu crois trouver Annibal désarmé à table : la majesté qu’il s’est acquise par tant de batailles, ne le quitte jamais ; & si tu l’approches, tu verras autour de lui les journées de Cannes, de Trébie & de Trasymène, avec l’ombre du grand Paulus ».

Fallit te mensas inter quod credis inermem,
Tot bellis quæsita viro, tot cædibus armat
Majestas æterna ducem : si admoveris ora,
Cannas & Trebiam ante oculos, Trasimenaque busta,
Et Pauli stare ingentem miraberis umbram.

(D. J.)

Majesté, (Jurispr.) crime de lese-majesté. Voyez l’article Lese-majesté.

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Étymologie de « majesté »

Étymologie de majesté - Littré

Provenç. majestat, maiestat ; espagn. magestad ; ital. magestà ; du latin majestatem, qui vient de majus pour magius, plus grand (voy. MAJEUR), et le suffixe tat qui fait des noms abstraits.

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Étymologie de majesté - Wiktionnaire

(XIIe siècle) Du latin majestas (« majesté »).
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Phonétique du mot « majesté »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
majesté maʒɛste play_arrow

Citations contenant le mot « majesté »

  • Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, l'écrivain Bernard Werber pour son livre "Sa majesté les chats" chez Albin Michel. Franceinfo, "Sa majesté les chats" de Bernard Werber : "Je suis heureux car je me réalise dans ma passion"
  • Soyez assis avec toute la majesté inaltérable et inébranlable de la montagne. Laissez votre esprit s'élever, prendre son essor et planer dans le ciel. De Sogyal Rinpoché
  • Le peuple est un souverain qui ne demande qu’à manger : sa majesté est tranquille, quand elle digère. De Antoine de Rivarol / Rivaroliana
  • La majesté et l'amour n'habitent pas la même demeure. De Ovide / Métamorphoses
  • La beauté est circassienne, la richesse est française, mais la majesté est osmanlie. De Proverbe turc
  • L'O donne de la majesté à tous les mots en les rendant plus sonores. De Bernardin de Saint-Pierre
  • J'aime la majesté des souffrances humaines […]. Alfred, comte de Vigny, Les Destinées, la Maison du berger
  • Il n'y a point de majesté qui tienne devant les certitudes de la raison comme devant les règles du goût. Charles Maurras, De Démos à César, Le Capitole

Images d'illustration du mot « majesté »

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Traductions du mot « majesté »

Langue Traduction
Corse maestà
Basque dotorezia
Japonais 威厳
Russe величественность
Portugais majestade
Arabe جلالة
Chinois 威严
Allemand majestät
Italien maestà
Espagnol majestad
Anglais majesty
Source : Google Translate API

Synonymes de « majesté »

Source : synonymes de majesté sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « majesté »



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