La langue française

Couler

Définitions du mot « couler »

Trésor de la Langue Française informatisé

COULER1, verbe.

[En réf. avec un liquide considéré dans son mouvement]
I.− Emploi intrans.
A.− [Le suj. ou l'agent désigne un liquide]
1. Se déplacer (en pente) d'un mouvement continu et naturel. Le fleuve coule; le sang coule dans les veines. L'eau coule avec bruit sur le zinc des gouttières (Bousquet, Trad. du silence,1935-36, p. 172):
1. C'est un grand ambitieux et un illuminé et en même temps c'est un paysan dans les veines de qui coule le même sang que dans les veines de son frère, l'affreux Quirin Baillard. Barrès, Mes cahiers,t. 8, 1909-11, p. 236.
[Avec évocation explicite ou tacite de l'orig. du mouvement] S'échapper hors de, s'épancher. Laisser couler ses larmes. Épancher ses pleurs. Le sang coule d'une blessure. On n'aperçoit d'autre arbre que le pin avec son entaille d'où coule la résine (Gautier, Tra los montes,1843, p. 14).
Expressions
Faire couler le sang. Causer un massacre. Le sang a coulé. Il y a eu des blessés.
Faire couler beaucoup d'encre. Faire écrire beaucoup à son sujet :
2. Depuis lors, les auteurs qui ont traité d'intégration se sont partagés entre ces deux points de vue, non sans entrer dans des débats qui ont fait couler beaucoup d'encre sinon beaucoup de sang. Bourbaki, Éléments d'hist. des math.,1960, p. 258.
2. P. anal.
a) [En parlant d'une chose dont le mouvement ressemble à celui d'un liquide] Se déverser d'un mouvement continu; glisser, tomber en glissant. Le sable coule; un nœud coule le long d'une corde. On a entendu couler du sable et tomber des pierres (Giono, Regain,1930, p. 18).
b) [En parlant d'un fruit] Avorter sous l'effet d'agents atmosphériques défavorables et tomber avant maturation (cf. coulure) :
3. Les vallées humides qui reçoivent un cours d'eau sont sujettes à des brouillards froids qui font couler les fleurs... A. du Breuil, Cult. des arbres et arbrisseaux à fruits de table,1876, p. 16.
3. P. ext., au fig. [Avec une idée soit d'abondance, soit de continuité, soit d'agilité, d'habileté] Les bougainvillers coulent en nappes cuivrées de la pergola sous laquelle joue l'orchestre (Morand, Route Indes,1936, p. 142).
a) [Le suj. désigne une foule en mouvement] :
4. ... le pressoir des bombardiers, qui pèse lourdement sur les villes, a fait couler un peuple entier le long des routes, comme un jus noir. Saint-Exupéry, Pilote de guerre,1942, p. 315.
b) [Le suj. désigne le temps] :
5. Ils [les promeneurs du dimanche] sentaient les minutes couler entre leurs doigts; auraient-ils le temps d'amasser assez de jeunesse pour repartir à neuf le lundi matin? Sartre, La Nausée,1938, p. 74.
c) [Le suj. désigne un mode d'expression] :
6. Homère a l'éloquence des discours, un pathétique qui coule par torrents, cette voix qui sort des entrailles... Sainte-Beuve, Étude sur Virgile,1857, p. 169.
Loc. fig. Couler de source. Se produire de façon naturelle, spontanée, logique :
7. Tout ce qu'écrit M. Guizot est ferme et spécieux, d'une médiocrité élevée. Cela lui coule de source. Nul effort : c'est son niveau. Sainte-Beuve, Pensées et maximes,1869, p. 92.
B.− [Le suj. désigne le contenant d'un liquide]
1. Laisser échapper un liquide. Le récipient coule. Un stylo qui coule. Qui laisse échapper l'encre de son réservoir, de sa cartouche.
2. P. anal.
a) Nez qui coule. Duquel s'écoulent des humeurs.
b) La chandelle coule. La cire fond et glisse le long de la bougie. Embarrassé par son cierge qui coulait et menaçait de le cribler de taches, il remuait doucement sur place (Huysmans, En route,t. 1, 1895, p. 99).
c) [En parlant du fromage] Devenir liquide, partiellement ou totalement; perdre de sa consistance :
8. La planète est, parce que ses courses sont réglées (...) Mais, du dedans, l'homme coule comme un fromage; il n'est pas. Il ne sera que s'il se connaît. Sartre, Situations I,1947, p. 218.
II.− Emploi (factitif) trans.
A.− [Le compl. d'obj. dir. désigne un liquide ou toute autre matière pouvant se mettre en mouvement comme un liquide]
1. Faire passer dans un mouvement continu un liquide d'un lieu à un autre. Couler un sirop sur un gâteau :
9. ... c'est une lave en ébullition que la ménagère dompte et coule orgueilleusement dans les pots [de confiture]. S. de Beauvoir, Le Deuxième sexe,1949, p. 241.
Spécialement
Couler le lait. Filtrer le lait.
Couler la lessive. Verser de l'eau chaude sur le linge que l'on fait bouillir dans une lessiveuse. Elle [Félicité] se rappela sa lessive; l'ayant coulée la veille, il fallait aujourd'hui la rincer (Flaub., Trois contes,Un Cœur simple, 1877, p. 39).
Rem. On rencontre, en Suisse romande, couleuse, subst. fém., vieilli. Récipient dans lequel on coule la lessive. Synon. lessiveuse. Ces couleuses en zinc, qui sont maintenant si communes partout (A. Reymond ds Almanach du Messager boiteux de Neuchâtel, 1919, p. 74).
2. Verser dans un moule une matière en fusion. Couler du bronze. Le plomb est facile à couler (cf. Alvin, Artillerie, Matériel, 1908, p. 202).
P. métaph. Couler sa pensée dans des mots. La mettre en forme comme dans un moule :
10. À mesure que le prosateur expose des sentiments, il les éclaircit; pour le poète, au contraire, s'il coule ses passions dans son poème, il cesse de les reconnaître... Sartre, Situations II,1948, p. 69.
Spéc., TYPOGR. Couler une matière dans l'empreinte d'une forme (cf. clicher1).
P. anal. Couler du béton. Remplir les coffrages de béton frais. Couler une pierre. La sceller avec du plâtre, du mortier ou du ciment gâchés clairs.
3. Emploi pronom. réfl.
a) [Le suj. désigne une pers.]
Se fondre dans, se mouler dans :
11. ... tandis que le conformisme est pour l'homme tout naturel (...) il faudra que la femme qui est elle aussi sujet, activité, se coule dans un monde qui l'a vouée à la passivité. S. de Beauvoir, Le Deuxième sexe,1949, p. 525.
S'introduire ou s'échapper furtivement, se glisser :
12. ... elle [Madeleine] vit Lobrichon qui s'était coulé à côté d'elle et qui cherchait à la serrer contre lui. Zola, Madeleine Férat,1868, p. 36.
13. La naine sourit, puis, se coulant hors de la pièce, alla rejoindre la vieille. F. Carco, À voix basse,1938, p. 109.
b) [Le suj. désigne une chose; en parlant d'un regard, d'une voix] Se glisser furtivement, s'insinuer :
14. Paquita parut honteuse; elle baissa les yeux pour ne pas revoir les yeux d'Henri, mais son regard se coula par en-dessous... Balzac, La Fille aux yeux d'or,1835, p. 363.
15. Sa voix surtout [d'Armand], cette voix dont elle [Hélène] connaissait les moindres nuances, cette voix qui se coulait toujours dans les moindres replis de son cœur, − ah! cette voix avait une dureté cruelle, presque métallique. P. Bourget, Un Crime d'amour,1886, p. 199.
B.− P. ext. Fabriquer un objet en métal fondu. Couler une cloche :
16. ... Saint Dustan (...) qui coula de sa propre main deux cloches pour l'abbaye d'Abbington... G. Schmitt, C. Simon, J. Guédon, Nouv. Manuel complet de l'organiste,1905, p. 53.
III.− [Le compl. d'obj. dir. désigne autre chose qu'un liquide]
A.− Faire passer quelque chose d'un endroit à un autre furtivement, doucement :
17. Le général désire que l'auberge du Général reconnaissant restât ouverte à tous les voyageurs militaires, et lui-même se plaisait à les servir et à couler des pièces d'or dans leurs poches. Ctesse de Ségur, L'Auberge de l'ange gardien,1863, p. 367.
Au fig. Couler un mot à l'oreille de qqn. Murmurer. Couler un mot dans la conversation. Glisser, insinuer, risquer.
Rem. Selon Dupré 1972 ,,aujourd'hui, on emploie de préférence l'express. glisser dans la main plutôt que couler dans la main``.
B.− [En parlant d'un mouvement] CHORÉGR. Couler un pas de danse (cf. coulé B 1).MUS. Couler des notes (cf. lier).Terme de billard.Couler une bille (cf. coulé, subst. masc., B 2).
P. ext. Couler un regard. Regarder en dessous, à la dérobée. Elle lui coula un regard si naïvement provoquant qu'il fut déconcerté (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 53).
C.− [Le compl. d'obj. dir. désigne une durée] Couler une vie, des jours heureux.
Emploi pronom., fam. Se la couler douce. Mener une vie agréable. Absol. Se la couler. Ne pas se faire de souci.
Prononc. et Orth. : [kule], (je) coule [kul]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. Cf. couler2.

COULER2, verbe.

[En réf. avec une masse d'eau considérée comme porteuse]
A.− Emploi intrans. [Le suj. désigne une embarcation qui ne se maintient plus à la surface de l'eau] S'engloutir, aller au fond de. Le navire coule.
Couler à pic. Tomber au fond de l'eau; et en parlant d'une personne, se noyer. Je me débattais entre mille rêves fabuleux, comme un noyé qui coule à pic (Duhamel, Confess. min.,1920, p. 85).
P. métaph. [En parlant d'un tout organisé : civilisation, entreprise, etc.] Sombrer, péricliter jusqu'à la ruine, jusqu'à l'effondrement :
1. Dans une brève lucidité, elle vit l'Universelle suer l'argent de toutes parts, un lac, un océan d'argent, au milieu duquel, avec un craquement effroyable, tout d'un coup, la maison coulait à pic. Ah! l'argent, l'horrible argent, qui salit et dévore! Zola, L'Argent,1891, p. 237.
[En parlant d'une pers.] Fam. Se ruiner (en affaires) (cf. coulé, part., II B 2). Pop. Mourir.
B.− Emploi (factitif) trans. [Le compl. d'obj. dir. désigne une embarcation, bateau, navire, etc.] Envoyer au fond de l'eau. Couler bas. Provoquer un naufrage :
2. ... les deux bateaux rivaux (...) luttent de vitesse; il y en a un qui est parvenu à couler bas son adversaire tout récemment. Nerval, Voyage en Orient,t. 1, 1851, p. 4.
Au fig. Ruiner quelqu'un ou quelque chose. Couler qqn, couler une entreprise. Nous pouvons avec cette folie couler en un soir une réputation de quinze ans (Anouilh, Répét.,1950, I, p. 27).
Prononc. et Orth. : [kule], (je) coule [kul]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1remoitié xiies. trans. « filtrer, épurer (ici de l'argent) » (Psautier Cambridge, 11, 6 ds T.-L.); 1511 couller buee (Exéc. test. de Katherine Mesquin, A. Tournai ds Gdf. Compl.); 2. 1131 intrans. « se déplacer, se mouvoir naturellement (d'un liquide) » (Couronnement Louis, éd. E. Langlois, 771); 1176 trans. « faire glisser, verser dans (ici du plomb fondu) » (Chr. de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 5922); 1680 couler le cuivre, couler l'étain (Rich.); d'où 1754 un coulé (Encyclop. t. 4 : Il se dit de tout ouvrage jetté en moule); une coulée « endroit par où s'échappe la fonte » (ibid.); 1829 « masse de matière en fusion » (Balzac, Corresp., p. 380 : ... comme si on dérangeait le fondeur de cloches au moment de la coulée); 3. 1154-73 pronom. « se glisser dans » (B. de Ste-Maure, Troie, 21358 ds T.-L.); 1176 trans. « faire glisser, faire pénétrer (ici une épée dans un corps) » (Chr. de Troyes, op. cit., 3697); 1177-80 intrans. « glisser (ici en parlant d'une porte qui coulisse) » porte colant (Chr. de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 3633); 1690 nœud coulant (Fur.); 4. 1572 coulé à bas (d'un navire) (Amyot, De la tranq. d'âme, 9 ds Littré); 1616-20 armée coulée à fonds (D'Aub., Hist. II, 209, ibid.); 1738 fig. couler qqn à fond (Piron, Métrom., IV, 1, ibid.); 5. 1440-75 intrans. « s'écouler (du temps) » (G. Chastellain, Chron., éd. K. de Lettenhove, t. 3, p. 81 : le temps couloit ... avant); 1464-98 trans. « laisser passer du temps » couler quinze ou vingt jours (Commynes, I, 231 ds IGLF); 6. 1440-75 intrans. « laisser échapper un liquide » (G. Chastellain, op. cit., t. 3, p. 444 : une jambe qui toudis couloit et rendoit matères incessamment); 7. 1611 intrans. « avorter sous l'effet de la pluie (en parlant d'une fleur, d'un fruit) » (Cotgr.). Du lat. colare « passer, filtrer, épurer ».
STAT. − Couler1 et 2. Fréq. abs. littér. : 5 447. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 7 450, b) 8 065; xxes. : a) 9 244, b) 6 926.
BBG. − Gohin 1903, p. 371, 373. − Gottsch. Redens. 1930, p. 15, 249, 263. − La Landelle (G. de). Le Lang. des marins. Paris, 1859, pp. 335-336, 383. − Rog. 1965, p. 63, 98.

Wiktionnaire

Verbe

couler \ku.le\ intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Mécanique des fluides) Se déverser, aller d’un endroit à un autre, en parlant des liquides.
    • L’oued En-Nedja coule à nos pieds dans un ravin verdoyant et se perd dans un paysage rocheux au Sud-Ouest. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 111)
    • La sueur lui coulait le long du visage.
    • (Figuré) Les vers coulent de sa plume sans effort.
    • La persuasion coulait de ses lèvres.
    • Cette période, ce vers, etc., coule bien, Il ne s’y trouve rien qui blesse l’oreille.
    • Faire couler le sang, être cause d’une guerre ou d’une rixe sanglante.
    • Le sang a coulé, Il y a eu des personnes blessées dans cet engagement, dans cette rixe.
    • Quand on est enrhumé, la morve coule du nez.
    1. (Par analogie) Laisser échapper un liquide.
      • Une fontaine qui ne jaillissait, de mémoire d’homme, qu’à la fonte des neiges, avait coulé sans interruption depuis. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
      • Ce tonneau, ce baril coule de toutes parts.
      • La vigne était belle, mais elle a coulé ; les melons ont coulé. (La vigne, les melons ont eu le germe noyé par la pluie.)
      • Il a le nez qui coule.
    2. (Par extension) (Granulométrie) (Mécanique) Glisser.
      • Les différents éléments se séparent naturellement : le charbon flotte et les autres minerais, appelés stériles, coulent au fond. — (planète énergie)
  2. Descendre insensiblement au fond de l’eau.
    • Ce navire a coulé à pic.
    • Ce bâtiment a coulé à fond.
  3. (Figuré) Se passer paisiblement, sans secousse.
    • Ses jours coulaient dans l’innocence.
    • Ce temps a coulé doucement.
  4. (Régionalisme) Maigrir de manière importante en peu de temps.
    • «[...] prendre de l'exercice afin de perdre un peu de poids. J'ai coulé, je crois, de deux ou trois livres... — (Claude Cénac, Le Tonnerre de Madrazès, Éd. Hachette, 1992)

couler transitif

  1. Faire passer un liquide d’un lieu dans un autre.
    • Couler la lessive, verser à plusieurs reprises de l’eau chaude sur le linge qui est dans un cuvier.
  2. (Vieilli) (En particulier) Faire passer un liquide à travers un linge.
    • Couler du lait, du bouillon.
  3. (En particulier) Verser un solide fondu dans un moule.
    • Couler du bronze.
    • Couler une statue, une cloche.
  4. (Par extension) Faire passer insensiblement d’un lieu dans un autre.
    • Il a coulé la main dans sa poche.
    • Il lui coula un billet dans la main.
    • Il s’est coulé dans la foule.
    • (Figuré) Je lui en ai coulé deux mots à l’oreille.
  5. Exécuter quelque chose avec grâce, comme en glissant.
    • Couler un pas de danse, l’exécuter en glissant.
    • Couler plusieurs notes, les lier d’un même coup de gosier.
  6. (Billard) Pousser une bille sur une autre de manière à la mettre à sa place sans secousse.
  7. (Figuré) Passer paisiblement, sans secousse.
    • Couler des jours heureux.
  8. (Marine) Faire sombrer un navire, naufrager, saborder.
    • Couler une embarcation.
    • Ce navire a été coulé.
  9. (Québec) Rater, échouer, en parlant d’un cours.
    • Mais comme nous sommes en session d'automne et que le cours 102 régulier se donner l'hiver, vos élèves seront des étudiants qui ont coulé ce cours à la dernière session... — (Patrick Senécal, Malphas 1: Le cas des casiers carnassiers, Éditions Alire, Montréal, 2011, page 9.)
  10. (Verrerie) Éteindre un four verrier.
    • Ils tournent jour et nuit, sept jours sur sept. Le verre doit y rester en fusion à une température de 1 400 °C. « Un four verrier se démarre pour dix ans », rappelle M. Borne. Dès lors, l’option de « couler les fours », c’est-à-dire de les éteindre à l’aide de lances à eau, a été écartée. — (Juliette Garnier, « Une catastrophe nucléaire » : La verrerie d’Arc ralentit sa production pour ne pas éteindre ses fours, Le Monde. Mis en ligne le 19 mars 2020)
  11. (Figuré) (Par analogie) Ruiner, conduire à la faillite.
    • Couler une entreprise.
    • Couler quelqu'un.
    • C’est un homme coulé.
    • Couler à fond quelqu’un, ruiner son crédit, sa fortune.
    • Il est coulé à fond.
    • Ce serait couler le livre que de le présenter comme l’œuvre posthume d’un Georges Galard, d’un inconnu !... — (Henri Troyat, Le mort saisit le vif, 1942, réédition Le Livre de Poche, page 24)

se couler intransitif

  1. Passer d’un lieu dans un autre sans faire de bruit, pour éviter d’être aperçu.
    • Coulez-vous vite le long de cette muraille.
    • Le lièvre s’est coulé le long de la haie.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

COULER. v. intr.
Se mouvoir, passer d'un endroit à un autre, en parlant des Liquides. Cette fontaine coule doucement, lentement, coule dans la prairie, coule sur des cailloux, sur des graviers, etc. La rivière coule le long des murailles, coule à l'entour, tout autour de la ville, coule vers le midi, vers le nord. La sueur lui coulait le long du visage, coulait abondamment. Les larmes lui coulent des yeux. Le sang coulait de sa blessure. Fig., Les vers coulent de sa plume sans effort. La persuasion coulait de ses lèvres. Cette période, ce vers, etc., coule bien, Il ne s'y trouve rien qui blesse l'oreille. Faire couler le sang, Être cause d'une guerre ou d'une rixe sanglante. On dit de même Le sang a coulé, Il y a eu des personnes blessées dans cet engagement, dans cette rixe. Fam., Cela coule de source, se dit en parlant de Tout ce qu'une personne dit ou écrit d'une manière naturelle, facile, ou d'abondance de cœur, ou conformément à son genre d'esprit, à son caractère. Il connaît à fond son sujet : tout ce qu'il dit coule de source. Par analogie, il signifie Laisser échapper un liquide. Ce tonneau, ce baril coule de toutes parts. La vigne était belle, mais elle a coulé ; les melons ont coulé, La vigne, les melons ont eu le germe noyé par la pluie. On l'applique, même dans ce sens analogue, aux Choses qui glissent. Ce sable a coulé. Une tuile a coulé du toit. L'échelle n'était pas sûre : elle a coulé. On dit aussi Se laisser couler au bas d'un arbre. Le nez lui coule, Des sérosités, des humeurs lui coulent du nez. Quand on est enrhumé du cerveau, le nez coule. Il signifie aussi Descendre insensiblement au fond de l'eau. Ce navire a coulé à pic. Ce bâtiment a coulé à fond. Par extension,

SE COULER signifie Passer d'un lieu dans un autre sans faire de bruit, pour éviter d'être aperçu. Coulez-vous vite le long de cette muraille. Le lièvre s'est coulé le long de la haie. Il s'emploie aussi transitivement et signifie au propre Faire passer un liquide d'un lieu dans un autre. Couler la lessive, Verser à plusieurs reprises de l'eau chaude sur le linge qui est dans un cuvier. Il signifie particulièrement Faire passer Un liquide à travers un linge. Couler du lait, du bouillon. On dit plus ordinairement PASSER. Par extension, Couler une glace, En faire couler la matière fondue sur une table préparée pour cette opération. Couler une statue. Couler des dalles, Verser du plomb fondu dans les joints. Par analogie, il signifie Faire descendre au fond de l'eau. Ce navire a été coulé. Fig., Couler à fond quelqu'un dans la dispute, Le réduire à ne savoir que répondre. Couler à fond quelqu'un signifie aussi Ruiner son crédit sa fortune. Il est coulé à fond, ou simplement Il s'est coulé. C'est un homme coulé. Il signifie par extension Faire passer insensiblement d'un lieu dans un autre. Il a coulé la main dans sa poche. Il lui coula un billet dans la main. Il s'est coulé dans la foule. Fig., Je lui en ai coulé deux mots à l'oreille. En termes de Calligraphie, L'écriture coulée, Voyez COULÉE. Couler un pas de danse, L'exécuter en glissant. Couler plusieurs notes, Les lier d'un même coup de gosier. En termes de jeu de Billard,

COULER signifie Pousser une bille sur une autre de manière à la mettre à sa place sans secousse. Fig., Couler des jours heureux, Les passer paisiblement, sans secousse. On dit de même intransitivement Ses jours coulaient dans l'innocence. Ce temps a coulé doucement.

Littré (1872-1877)

COULER (kou-lé) v. n.
  • 1Se mouvoir, en parlant des liquides. Ce ruisseau, cette fontaine coule lentement. Malc aimait un ruisseau coulant entre des roches, La Fontaine, Captivité de St Malc. Épargnez-moi des pleurs qui coulent à ma honte, Corneille, Poly. II, 2. Voyez couler nos pleurs sans y mêler vos larmes, Corneille, Hor. III, 6. L'Inde et l'Hydaspe entier vont couler sous vos lois, Racine, Alex. IV, 2. Moi qui… Par d'austères conseils ai fait couler vos larmes, Racine, Iphig. V, 6. J'ai pris, j'ai fait couler dans mes brûlantes veines Un poison que Médée apporta dans Athènes, Racine, Phèd. V, 7. Tant qu'un reste de sang coulera dans mes veines, Racine, Iph. IV, 6. De vos yeux attendris je vois des pleurs couler, Voltaire, Orph. I, 6. S'il faut mon sang pour la victoire, Agnès, tout mon sang coulera, Béranger, Charles VII. L'union de deux rivières en une les fait couler plus vite, parce que, au lieu du frottement des quatre rives, elles n'ont plus que celui de deux à surmonter, Fontenelle, Guglielmini. L'acier, l'or et l'argent coulent en longs ruisseaux, Delille, Énéide, VIII.

    Par analogie. On appelait faire couler l'Eucharistie, la donner détrempée dans une liqueur, Bossuet, Comm.

    Faire couler le sang, engager une lutte, une bataille. Le sang à votre gré coule trop lentement, Racine, Athal. II, 5.

  • 2 Fig. Quand l'âge dans mes nerfs a fait couler sa glace, Corneille, Cid, I, 7. Aucun espoir n'y coule [dans mon cœur], où j'ose persister, Corneille, Poly. III, 1. Elle sentit la flamme qui coulait déjà dans son sein, Fénelon, Tél. VII. Il était convenable qu'il coulât dans son sein quelque étincelle de cet amour, Bossuet, III, Nativ. 2. Henri voit ces beaux lieux, et soudain à leur vue Sent couler dans son âme une joie inconnue, Voltaire, Henr. VII. Heureux, dit-on, le peuple florissant Sur qui ces biens coulent en abondance ! Racine, Esth. II, 9. Par quelle adresse il fit couler jusqu'à vous ses assistances imprévues, Fléchier, M. de Mont. La douce persuasion coulait de ses lèvres, Fénelon, Tél. X. Des provinces les plus éloignées par les soins des hommes apostoliques coulaient des fleuves de charité, Massillon, Carême, Aumône. Sentant couler dans son âme un détachement secret de toutes les choses créées et une sensible confiance que ses vœux seraient exaucés, Fléchier, Panég. Ste Thérèse.
  • 3 Par extension, laisser échapper, en parlant d'un vase, d'un tonneau. Ce tonneau coule. Quand on est enrhumé du cerveau, le nez coule.

    La chandelle coule, c'est-à-dire du suif qui ne brûle pas avec la mèche, coule et se répand le long de la chandelle.

  • 4Être plus ou moins fluide. Cette encre ne coule pas assez.
  • 5Passer, en parlant du temps. Elle aurait vu couler sans crainte et sans envie, Chez un prince allié, les restes de sa vie, Corneille, Nicom. I, 5. Il coulera du temps avant qu'il s'établisse, Tristan, M. de Chrispe, IV, 11. Le temps coule trop vite à son gré, Fléchier, Panég. I, 242. Seize années d'une prospérité accomplie qui coulèrent sans interruption, Bossuet, Reine d'Anglet. 9. Je voyais près d'Iris couler mes heureux jours, Boileau, Poésies div. 6. Vos jours toujours sereins coulent dans les plaisirs, Racine, Brit. II, 3. Mes jours moins agités coulaient dans l'innocence, Racine, Phèd. I, 3. Tous les siècles qui ont coulé jusqu'à nous, vous les regarderiez comme des instants fugitifs, Massillon, Carême, Mort. Jusqu'à quand verrai-je couler les jours rapides de ma carrière ? Massillon, Carême, Faus. confi. Le torrent des siècles, qui entraîne tous les hommes, coule devant ses yeux, Massillon, Carême, Mort. Le siècle d'or coula sous ses auspices, Le siècle d'or ne vit que des heureux, Malfilâtre, Narcisse, ch. I. Laissons revenir en foule Mensonge, erreurs, passions ; Sur ce peu de temps qui coule Faut-il des réflexions ? Chaulieu, à la duchesse de Bouillon.
  • 6Découler, résulter. C'est de lui que coulent ses autres vices, Massillon, Petit carême, Tent. d. gr. Si je puis une fois établir ce principe, on en verra couler les lois comme de leur source, Montesquieu, Esp. I, 3. C'étaient des effets différents, puisqu'ils coulaient de principes divers, Montesquieu, Esp. XXVII, ch. unique.
  • 7Avoir une facile et heureuse abondance, en parlant du style. Un style qui coule de source. Cette harmonie ravissante fait que, dans la plupart de ses ouvrages [de Sapho], ses vers coulent avec plus de grâce et de mollesse que ceux d'Anacréon et de Simonide, Barthélemy, Anach. ch. 3.
  • 8 Terme de fondeur. Cette cloche a coulé, le métal s'est échappé par quelque fente du moule.
  • 9 Terme d'agriculture. Ne pas venir à bien, en parlant des fleurs qui ne nouent pas et tombent sans se former en fruit. Ou quelque longue pluie, inondant vos vallons, A-t-elle fait couler vos vins et vos melons ? Boileau, Sat. III. Les pluies ou les brouillards qui surviennent dans le temps de la floraison et qui font couler les fruits en empêchant l'action des poussières sur les embryons, Bonnet, Lett. div. Œuvres, t. XII, p. 274, dans POUGENS. Nous voilà saufs de la Saint-Anicet, temps critique pour nos bourgeons ; si la vigne peut passer fleur et ne point couler, on ne saura où mettre tout le vin cette année, Courier, Gaz. du village, IV.

    Couler, se dit aussi d'une chienne qui paraît pleine et ne fait pas de petits.

  • 10Glisser, s'échapper. L'échelle avait trop de pied, elle coula. Cette divinité ne touche point du pied à terre ; elle coule légèrement dans l'air comme un oiseau le fend de ses ailes, Fénelon, Tél. XXIV.

    Ce rasoir coule bien, il coupe sans gratter.

    Terme de billard. Jouer de telle façon que la bille du joueur, au lieu de faire un angle après le choc, suive la bille atteinte, en ligne droite ou légèrement oblique, pour toucher l'autre bille un peu masquée. Couler après, faire entrer sa bille dans une blouse après la bille de son adversaire.

    Terme de manége. Rendre la bride au cheval, afin qu'il aille un peu plus vite, quand il galope autour du manége.

    Couler au galop, se dit lorsque le cheval va un galop uni et qui avance.

  • 11Glisser le long d'une chose. Il saisit la corde et se laisse couler jusqu'à terre. Je voudrais couler sur une rivière tranquille, je suis entraîné par un torrent, Montesquieu, Esp. XX, 1.

    Passer sans bruit et à la dérobée. Coulez vite le long de cette muraille. L'ennemi commençait à couler sur la droite le long du camp.

    Fig. Couler sur quelque chose, en parler à peine, ne pas s'y arrêter. Cet endroit était délicat ; il a coulé dessus adroitement. Il me reproche que je coule doucement sur la transsubstantiation, Bossuet, Euch. 2. Coulant légèrement sur ces sujets, Pascal, 2e conv. Plutarque, qui le regarde [Philopémen] avec raison comme un des plus grands capitaines de la Grèce, coule légèrement sur cette action et n'en dit qu'un mot, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. VIII, p. 455, dans POUGENS.

  • 12Aller au fond de l'eau, en parlant des barques et navires qui s'emplissent d'eau. Il a vu couler à fond l'amiral, Sévigné, 478. Maintenant que… ma nacelle coule bas, irai-je me remettre en mer ? Bernardin de Saint-Pierre, Socrate.
  • 13 V. a. Passer au filtre. Couler un bouillon. Après que cette substance a été délayée dans l'eau, on la coule à travers une espèce de tamis qui retient les parties les plus grossières, Raynal, Hist. phil. I, 17.

    Couler la lessive, mettre dans un cuvier le linge qu'on veut blanchir, le couvrir d'un morceau de toile dit charrier, sur lequel on met de la cendre ; puis jeter de l'eau à peine tiède, et reprendre cette eau ; la faire chauffer, la jeter de nouveau, et ainsi de suite jusqu'à ce que le linge, très échauffé, laisse l'eau, qui est alors lessive, couler presque bouillante.

    Terme de maçon. Couler de la chaux, la délayer après l'avoir éteinte et la verser dans un bassin. Couler une pierre, la sceller en plâtre. Couler les joints, les dalles, y verser du plomb fondu.

  • 14 Terme de fondeur. Fondre et mouler. Couler une statue, un bronze, une pièce de canon.

    Fig. Il [le christianisme] coule la pensée En bronze palpable et vivant, Lamartine, Harm. IV, 13.

    Couler une glace, en faire couler la matière fondue sur une table préparée à cet effet.

  • 15Couler bas, ou, simplement, couler un vaisseau, le faire aller au fond de l'eau, en le perçant. Un boulet perça la barque et la coula.

    Fig. Couler une question à fond, la traiter sans rien omettre. Couler une affaire à fond, la conclure définitivement. Le prince de Conti coulait tout avec lui [M. le duc] et l'accablait de devoirs et de prévenances, Saint-Simon, 220, 217.

    Couler quelqu'un à fond, le confondre dans une discussion, ruiner son crédit, son influence. Qu'avant la fin du jour l'autre le coule à fond, Piron, Métrom. IV, 1.

  • 16Passer, en parlant du temps que l'on passe. Que ne coule-t-il ses jours comme la bête ? Massillon, Carême, Avenir. Apprends que ton ami plein de gloire et d'années Coule ici près de moi ses douces destinées, Voltaire, Alz. II, 2. La douce chose de couler ses jours dans le sein d'une tranquille amitié, à l'abri de l'orage des passions impétueuses ! Rousseau, Hél. IV, 10. Ces barbares coulent des jours inutiles dans une inaction entière, Raynal, Hist. phil. I, 17.
  • 17 Terme de musique. Exécuter des notes en les liant. Couler un trait, un passage.

    Terme de danse. Exécuter en glissant. Couler un pas.

    Terme de graveur. Conduire des coups de burin en lignes assez droites pour former des tailles. Couler une taille.

  • 18Faire glisser, faire arriver furtivement. Il a coulé quelques pièces de mauvais drap parmi celles qu'il m'a livrées. Tu sais adroitement couler ta flatterie, Corneille, Suite du Menteur, II, 6. Je ne sais quel malheur aujourd'hui me menace Et coule dans ma joie une secrète glace, Corneille, Rodog. I, 7. … Me coulant en main quelques pistoles, Scarron, Jodelet, II, 1. Dans la main, en passant, coulons-lui ce papier, Rotrou, Bélis. IV, 2. Je coulai mes avis dans ce libre murmure, Rotrou, Vencesl. I, 1. Dans les lettres nouvelles d'érection de Piney [en duché-pairie] on fit adroitement couler : " En tant que besoin serait, ", Saint-Simon, 16, 190. Ah ! les discours de Dieu fatiguent alors le pécheur au lit de la mort ; il faut ménager sa faiblesse en ne coulant que quelques mots à propos, Massillon, Avent, Mort du pécheur. Et, faisant succéder les effets aux paroles, Il m'a voulu couler dans la main cent pistoles, La Fontaine, Florentin, 3.
  • 19 Terme de chasse. Couler la queue, se dit du cerf qui fuit.
  • 20Se couler, v. réfl. S'introduire à la dérobée ; s'avancer furtivement. En son quartier souvent je me coulais sans bruit, Corneille, le Ment. II, 5. Ils furent enveloppés d'une troupe qui s'était coulée entre deux eaux, Vaugelas, Q. C. 488. Je vous ai vu dans ce lieu vous couler, La Fontaine, Mari conf. Par malheur il se trouva là un enfant qui s'y était coulé, Fontenelle, Parménisque. Viens alors, viens ; qu'au travers de la foule De son côté chacun de nous se coule Adroitement et trompe tous les yeux, Malfilâtre, Narcisse, ch. IV.

    Par analogie. Leurs gens se coulaient furtivement dans les ordinations de l'Église romaine, Bossuet, Var. 11. Voilà un traître, un scélérat, qui a violé tous les droits les plus saints, qui s'est coulé chez moi sous le titre de domestique, pour me dérober mon argent et pour me suborner ma fille, Molière, l'Avare, V, 5.

    Fig. Un faux bruit s'y coula touchant la mort du roi, Corneille, Rodog. I, 1. Ces sentiments se coulaient insensiblement parmi le peuple, Bossuet, Hist. II, 5. Toutes sortes d'erreurs se coulaient insensiblement dans l'Angleterre, Bossuet, Variat. VII, § 71. Elle se coulait dans le sein de l'Église sous prétexte de piété, Bossuet, Or. I.

  • 21 Fig. et familièrement. Se couler, se perdre de réputation ou de fortune.

SYNONYME

COULER, GLISSER. Il lui coula dans la main, il lui glissa dans la main quelques pièces d'or ; il se coula, il se glissa derrière la muraille. Ces expressions sont absolument synonymes pour exprimer une action furtive, à la dérobée ; elles ne diffèrent que par la nature de la métaphore ; couler, c'est faire aller comme une eau qui s'écoule ; glisser, c'est faire aller comme sur la glace.

HISTORIQUE

XIIe s. Aval la face [l'eau] lui est clere colée, Ronc. p. 48. Li brans cola sur la sele dorée, ib. p. 66. Li sans vermex [vermeils] jusqu'as piés lui cola, ib. p. 80. Sur l'espaule senestre l'espée li cula, Li mantel e les dras tresqu'al cuir encisa, E le braz maistre Edward près tut en dous colpa, Th. le mart. 150.

XIIIe s. L'espié jusqu'à la croix [il] lui fait au cors couler, Berte, III. Non por quant li cos [coup] li coula sour le bras diestre, si que poi s'en failli que il ne li eslossa [brisât], H. de Valenciennes, XXVI. Et maintenant qu'il furent tout ens, les portes furent fermées et toutes les barres coulées, Chr. de Rains, 205. Vers le rendu [moine] s'en est alez, Entre ses jambes s'est coulez, Ren. 28712. Par deriere l'a assailli, Ferir le cuida, si failli, Le coup li cola en travers, Et dant Costant chaï envers, ib. 1235.

XVe s. Mes paroles se vont et viennent ; et quant à moy, j'en laisse beaucoup couler, Chastelain, Chr. des ducs de Bourg. p. II, ch. 15. Six grans bateaulx et plusieurs petis à couler l'artillerie pour les servir à ce passage, Commines, I, 9. Atant il haussa son coustel, et en ferit le premier que il trouva, en telle maniere que il luy coulla la lumelle au travers du corps, Perceforest, t. IV, f° 28.

XVIe s. Pource que cest argument sera traité ci-après plus au long, je le coule pour ceste heure, Calvin, Instit. 21. Et qui de loing coules tes cleres eaux En l'Ocean d'une assez vive course, Du Bellay, J. II, 8, verso. De loing quelquefois reluit Une estoille espoinçonnée, Qui coule ou semble couler, Du Bellay, J. II, 48, recto. Le miel qui les oreilles touche, à Nestor couloit de la bouche, Du Bellay, J. III, 18, recto. Nostre leçon se coulera sans se faire sentir, Montaigne, I, 182. L'orage debvra couler par dessus leur teste sans offense, Montaigne, III, 240. Scevola s'estant coulé dans le camp ennemi, Montaigne, I, 307. Il les laissa couler [fuir] en liberté, Montaigne, I, 352. Coulant le long des files, il enhortoit les soldats, Montaigne, III, 94. Une sueur mortelle luy couloit tout le long du corps, Montaigne, IV, 322. Ilz se couloient dedans les jardins le plus finement et le plus cautement qu'ilz pouvoient, Amyot, Lyc. 36. D'entre les vœus et offrandes qui sont pendues aux voultes du santuaire, il coula un bandeau, qui tumba droittement sur la teste de Timoleon, Amyot, Timol. 10. Il passa et coula par un tamis les cendres du feu, Amyot, C. d'Utiq. 16. Ayant nouvelles que sa navire estoit perie, charge et tout coulés à bas en pleine mer, Amyot, De la tranq. d'âme, 9. Trouverez-vous mauvais de vostre fidelle moitié si avec plus de franchise que de respect elle coule ses pleurs et ses pensées dans vostre sein ? D'Aubigné, Hist. I, 132. Le reste de son armée coulée à fonds avec perte de 30 vaisseaux et plus de 2000 hommes, D'Aubigné, ib. II, 209. La premiere decoction faite, coulée et passée, Paré, XVI, 8.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

COULER.
12Ajoutez :

Couler bas d'eau, se dit d'un navire qui coule bas par l'effet d'une voie d'eau. On écrit du Tréport :… quelques minutes après, le navire en perdition coulait bas d'eau… il se trouvait dans cette situation critique depuis la veille au soir, à neuf heures, par suite d'une voie d'eau résultant de…, Journ. offic. 21 nov. 1874, p. 7733, 3e col.

15

Fig. Couler une question à fond… Ajoutez : J'ai été interrompu dans la séance que j'ai eue avec lui, et je n'ai pas coulé à fond les accessoires et le principal, dont nous avons parlé, Corresp. du gén. Klinglin, Paris, pluviôse an VI, t. I, p. 223.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

* COULER, v. n. terme qui marque le mouvement de tous les fluides, & même de tous les corps solides réduits en poudre impalpable. Rouler, c’est se mouvoir en tournant sur soi-même. Glisser, c’est se mouvoir en conservant la même surface appliquée au corps sur lequel on se meut. Voyez Fluide.

Couler bas, Couler à fond, (Marine.) c’est faire périr un vaisseau en l’enfonçant dans l’eau.

Dans un combat, on coule bas son ennemi, lorsqu’on lui tire assez de coups de canon pour que l’eau y entre en si grande quantité qu’elle le fasse enfoncer dans l’eau.

Un vaisseau coule bas, lorsqu’il se fait quelque voie d’eau très-considérable, à laquelle on ne puisse remédier. (Z)

Couler, (Chimie.) c’est extraire des sels en versant de l’eau sur les substances, telles que des terres, ou des cendres, qui en contiennent, & dont elles sont dépouillées par l’eau qui les dissout & les entraîne. C’est ainsi qu’on obtient le salpetre. On coule aussi la lessive.

Couler, v. act. dans le Commerce, se dit des mauvaises marchandises qu’on fait passer à la faveur des bonnes. Ce marchand, dit-on, m’a trompé, il a coulé quelques pieces de drap médiocres parmi celles qu’il m’a livrées. Dictionn. de Comm. (G)

Couler, (Danse.) c’est porter la jambe doucement & legerement, & raser la terre de la pointe du pié d’un mouvement presqu’uniforme & sans marquer de cadence.

Couler en plomb, (Archit.) c’est remplir de plomb les joints des dales de pierre & les marches des perrons exposées à l’air, ou sceller avec du plomb les crampons de fer ou de bronze : précaution qu’on doit prendre dans les bâtimens d’importance, ainsi qu’on l’a observé aux Invalides, au Val-de-Grace, &c. (P)

Couler, en termes de Boutonnier, c’est l’action d’entortiller un brin de soie ou d’or, sur plusieurs autres enfilés dans la même aiguille, en faisant tourner le bouton comme une piroüette, au moyen d’un fil un peu gros attaché au pié du bouton ; ce qui se fait en rostant un bouton façonné. Voyez Roster.

Couler, v. n. terme de Chandelier ; il se dit d’une chandelle dont le suif fondant trop vîte, se répand sur sa surface.

Couler, en terme d’Epinglier, se dit proprement du second tirage qu’ils donnent au laiton, en le faisant passer par des trous de filiere, comme on fait l’or & l’argent que la premiere main n’a fait que dégrossir.

Couler, terme de Fondeur : on dit couler une piece de canon, quand le métal en est fondu, & qu’on lui permet d’entrer dans le moule. Voyez Fonderie.

Couler, se dit particulierement du verjus, du chasselas, & de la vigne, lorsque le suc contenu dans le fruit s’en échappe par quelque accident de la saison, qui nuit toûjours à l’abondance.

Couler le bouton, (Man.) voyez Bouton. Le maître d’académie dit quelquefois à l’écolier, quand il galoppe autour du manege, coulez, coulez ; ce qui veut dire, ne retenez pas tant votre cheval, & allez un peu plus vîte. Un cheval qui coule au galop, est celui qui va au galop uni, ou qui avance. Voyez Galop.

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Étymologie de « couler »

Bourguig. côlai ; provenç. et espagn. colar ; ital. colare ; du latin colare, filtrer, de colum, filtre.

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(Date à préciser) Du latin colare (« passer, filtrer, épurer ») ; on retrouve ce sens initial dans l'expression vieillie « couler le lait ».
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « couler »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
couler kule

Évolution historique de l’usage du mot « couler »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « couler »

  • Les eaux ont beau couler dans tous les sens le sable restera toujours au fond. De Proverbe géorgien
  • Cible. En marketing, ce qu'il faut toucher pour ne pas couler. De Marie-Anne Dujarier / Il faut réduire les affectifs !
  • Inutile de tirer votre épée pour couper de l'eau ; l'eau continuera à couler. De Li Po
  • J'aimerais mieux être un opportuniste et flotter, que couler à pic, mes principes autour du cou. De Stanley Baldwin
  • Celui qui ajourne le moment de bien vivre, attend comme les paysans que la rivière ait fini de couler. De Horace / Epîtres
  • J'aime à lire comme une poule boit, en relevant fréquemment la tête, pour faire couler. De Jules Renard
  • Il ne faut pas tenter de couler le capital : il est insubmersible ; il faut l'arraisonner. De Gilbert Cesbron / Mourir étonné
  • Rien de fastidieux comme des larmes qu'on n'a pas fait couler à dessein. De Jean Rostand / De la vanité
  • La femme est meilleure qu'on le dit : elle ne blague les larmes des hommes que si elle les a elle-même fait couler. De Georges Courteline / La Philosophie de Georges Courteline
  • 🔴 Le propriétaire du voilier ne s'est pas arrêté, laissant couler le caseyeur avec son propriétaire à bord... ⬇️https://t.co/LbSFMjCj7C , Faits divers : un bateau coule après avoir été percuté par un voilier dans la Manche
  • Inutile de dire qu’un seul Ghadir en une seule frappe n’a jamais pu couler cinq navires. Breakingnews.fr, Pourrait-il couler un porte-avions de la marine américaine?
  • Une seule fente peut couler un bateau. De Proverbe chinois
  • Ça soulage le coeur de couler tous ensemble. De Publius Syrus / Sentences
  • Le sang humain n'a qu'une manière de couler. De Pierre Jean Jouve / Les noces
  • On a fait couler tellement d'encre sur Venise qu'elle se noie. De Sylvain Tesson
  • La nature apprend à l’homme à nager lorsqu’elle fait couler son bateau. De Saït Faïk Abasiyanik / Un point sur la carte
  • Gargouille qui ne cesse de couler, un jour de pluie, et femme acariâtre sont pareilles ! De La Bible
  • Dans ce contexte, le bombardier stratégique autrefois moribond – qui apparaissait autrefois comme un vestige de la stratégie nucléaire de la guerre froide – a refait surface. C’est parce que les distances qui s’étendent à travers le Pacifique exigent de gros avions avec la gamme correspondante. Et l’un de leurs rôles principaux sera l’un des plus anciens bombardiers lourds: couler des navires ennemis. Breakingnews.fr, L'Air Force veut couler votre «cuirassé»
  • Une famille de l’Indiana a perdu deux SUV en tentant de sauver un bateau à 300.000 dollars. Voyant que ce dernier commençait à couler, son propriétaire n’a pas réfléchi et a tenté de l’atteindre en conduisant deux de ses véhicules droit dans le lac, lequel était vraisemblablement trop profond. , Il tente de sauver son luxueux bateau en train de couler, mais perd deux SUV – vidéo - Sputnik France
  • L'inverse n'a jamais fait couler d'encre, mais la composition quasi exclusivement féminine du conseil municipal de Saint-Point-Lac élu ce dimanche 28 juin défit la chronique. 8 élues sur 9 colistiers. Et une femme maire : Patricia Fagiani. Une équipe qui revient de loin.  France 3 Bourgogne-Franche-Comté, Saint-Point-Lac : un conseil municipal presque entièrement féminin

Images d'illustration du mot « couler »

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Traductions du mot « couler »

Langue Traduction
Anglais sink
Espagnol lavabo
Italien lavello
Allemand sinken
Chinois 水槽
Arabe مكتب المدير
Portugais pia
Russe раковина
Japonais シンク
Basque konketa
Corse scundite
Source : Google Translate API

Synonymes de « couler »

Source : synonymes de couler sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « couler »

Couler

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