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Emprunter

Définitions de « emprunter »

Trésor de la Langue Française informatisé

EMPRUNTER, verbe trans.

A.− [Le suj. désigne une pers.; le compl. d'obj. désigne une chose concr.; le verbe peut être suivi d'un compl. second. introduit par de (vieilli) ou par à, désignant la pers. à qui on emprunte] Recevoir à titre de prêt. Emprunter de qqn (Ac.) Elle n'avait point de robe. Sa mère emprunta une robe rayée, un fichu, une coiffe de dentelle à la citoyenne Blaise (France, Dieux ont soif,1912, p. 254).Je lui rendais les livres que je lui avais empruntés, il m'en prêtait d'autres (Beauvoir, Mém. jeune fille,1958, p. 201):
1. J'étais un peu étourdi parce qu'il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard. Il a perdu son oncle, il y a quelques mois. Camus, L'Étranger,1942, p. 1125.
En partic. [Le compl. d'obj. désigne une somme d'argent] La question entre nous (...) se réduit à savoir si je vous présente des garanties suffisantes pour la somme que je viens vous emprunter (Balzac, Gobseck,1830, p. 410).J'ai emprunté de mon oncle dix mille francs (Ac.1835, 1878).Disraëli (...) prêtait à des amis de l'argent emprunté pour eux et qu'ils ne lui rendaient jamais (Maurois, Disraëli,1928, p. 103).
[Avec un compl. introduit par sur, désignant un gage, une garantie] Remboursement (...) des sommes que nous avons empruntées sur les titres de Joseph et de Ferdinand (Duhamel, Terre promise,1934, p. 13).
Emploi abs. Être obligé d'emprunter. Il entra dans la voie terrible des usures; il emprunta aux pires bourgeois, hypothéqua ses châteaux, aliéna ses terres (Huysmans, Là-bas,t. 1, 1891, p. 78).Pour reconstruire (...) tout ce qui avait été détruit (...) on avait dû continuellement emprunter, dévaluer la monnaie, renoncer aux dépenses de modernisation (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 235):
2. Donnez vos bronzes à Christie qui les vendra, et empruntez sans crainte. Les bronzes et mes diamants payeront pour le voyage. Sur cette certitude vous pouvez emprunter de l'évêque. Staël, Lettres inédites à L. de Narbonne,1793, p. 156.
[Avec un compl. introduit par sur, désignant un gage, une garantie] On ne la mange pas, la terre! (...) j'ai emprunté dessus, parce que c'est ma façon à moi, d'y faire pousser des pièces de cent sous (Zola, Terre,1887, p. 330).
B.− Au fig.
1. Vieilli ou littér. [Le suj. désigne une pers. ou une manifestation d'une pers.; le compl. d'obj. désigne un attribut, une manifestation d'une pers.; le verbe est suivi d'un compl. second. introduit par de (vieilli) ou par à, désignant la pers. ou la chose à qui on emprunte] Recevoir, tenir de. Ce raisonnement emprunte de la circonstance présente une nouvelle force (Ac.).Les magistrats empruntent leur autorité du pouvoir qui les institue (Ac.1835, 1878).Cette huile sacerdotale et royale qui nous confère notre éminence de chrétiens (...), cette huile à qui nous empruntons notre nom qui propre ment est « oints » (Claudel, Poète regarde Croix,1938, p. 264):
3. ... lorsqu'une classe n'est pas encore prête historiquement, (...) lorsque sa révolution empruntant sa force du mouvement ennemi n'est encore qu'une révolution parasitaire, elle ne peut se promettre quelque succès que si elle tient la révolution ouverte et « en permanence » ... Jaurès, Ét. socialistes,1901, p. XX.
En partic. [Le compl. d'obj. désigne la lumière] Tous les Tartares en général ont le plus grand respect pour le soleil; ils le regardent comme le pere de la lune, qui emprunte de lui sa lumière (Dupuis, Orig. cultes,1796, p. 22).
2. Prendre quelque chose pour se l'approprier, pour l'utiliser ou pour l'imiter.
a) [Le suj. désigne une pers.; le compl. d'obj. désigne un attribut, une manifestation d'une pers.; le compl. second. introduit par de (vieilli) ou par à (ou le compl. du nom du compl. d'obj.) désigne une pers. ou une manifestation d'une pers.] Emprunter l'apparence, la manière de penser de quelqu'un. L'état royal emprunta à l'inquisition beaucoup de ses procédés et suivit presque toujours ses principes (Sorel, Réflex. violence,1908, p. 147).Steeny n'est qu'un faux nom, un sobriquet emprunté par Michelle à son roman anglais favori (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1355):
4. ... je n'éprouve qu'un sentiment très pénible devant ces modernes églises gothiques, bâties par un architecte en redingote, rajustant des fragments de dessins empruntés aux vieux temples. Renan, L'Avenir de la sc.,1890, p. 192.
En partic. [Le compl. d'obj. désigne un fait de lang. ou de discours]
CRIT. LITTÉR. [Le compl. d'obj. désigne un procédé, un fait littér.] Emprunter un exemple, une tournure, un personnage à un auteur, à une œuvre; emprunter une comparaison à la mythologie. Je serais tenté de croire que Schiller a emprunté le beau caractère de Max Piccolomini (...) de celui du comte Maximilien de Wallstein (Constant, Wallstein,1809, p. 196).Paris est vide, il n'y a pas d'idées à emprunter, et j'ai la tête trop malade pour en trouver dans mon propre fonds (Mérimée, Lettres ctesse de Boigne,1870, p. 166):
5. Paris n'a pas été capable de créer un schème dramatique nu, populaire, original : au xviieet au xviiiesiècles il a emprunté Arlequin et Polichinelle à l'Italie, au Guignol à Lyon, au xixeUbu aux collégiens de Rennes. Thibaudet, Réflexions sur la litt.,1936, p. 172.
LING. [Le suj. et le compl. second. désignent une lang.; le compl. d'obj. désigne une unité de lang. en partic. un mot] Soulager les mots empruntés au grec de leurs vaines lettres parasites (Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899, p. 60):
6. Très peu de mots marins appartiennent au français d'origine; ils ont été empruntés aux langues germaniques et scandinaves, au provençal, à l'italien... Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899p. 90.
[Le compl. d'obj. désigne un nom, une dénomination] On a souvent noté que les noms des instruments de force ou des bois de charpente sont empruntés aux animaux (Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899p. 174):
7. Ils nous montrèrent encore et le pic de l'Épée, et plusieurs autres auxquels ils donnent des noms le plus souvent empruntés de leurs ustensiles, de leurs armes, ou de la configuration des lieux les plus frappants. Dusaulx, Voyage à Barège,t. 1, 1796, p. 272.
b) [Le suj., le compl. d'obj. et le compl. second. désignent une chose abstr.] De midi à 3 h, c'est l'heure creuse et calme où le jour emprunte à la nuit son silence (Martin du G., Thib.,Épil., 1940, p. 934).Le sentiment emprunte à l'instinct son masque et son langage, mais n'épouse ses formes que pour mieux libérer son contenu (J. Vuillemin, Essai signif. mort,1949, p. 101):
8. ... les apparences du malheur sont si fréquemment empruntées par la ruse et l'artifice, qu'on est porté à se mettre en garde contre des formes si souvent trompeuses. Constant, Journaux intimes,1805, p. 195.
c) Rare, recherché ou style précieux. [Le suj. désigne une pers. ou une chose; le compl. d'obj. désigne une chose concr.; le verbe est suivi d'un compl. second. introduit par à, désignant la chose à qui on emprunte] Des villages et même des villes, dans les contrées sèches de Chaldée (...) ont emprunté exclusivement à l'argile et aux briques crues leurs matériaux (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 153).Des poisons variés qu'il avait empruntés à son arsenal de chimiste (Maurois, Ariel,1923, p. 34):
9. La porte, bâtie de trois morceaux de planches vermoulues évidemment empruntées aux débris du plancher de la cabane supérieure, n'avait d'autre serrure qu'un loquet de bois... Lamartine, Le Tailleur de pierre de Saint-Point,1851, p. 411.
3. [Le suj. désigne une pers.; le compl. d'obj. désigne un attribut, une manifestation d'une pers.] Avoir recours à, utiliser occasionnellement. Emprunter le langage de la raison. Je suis même obligé d'emprunter la main d'un secrétaire pour vous répondre (Chateaubr., Corresp.,t. 1, 1789-1824, p. 306):
10. ... comme tous les mystiques, ces philosophes parlent volontiers d'une naissance de Dieu en notre âme ou, pour emprunter le langage significatif de Claudel, d'une co-naissance de Dieu et de notre âme. Béguin, L'Âme romantique et le rêve,1939, p. 51.
P. ext., style recherché.
[Le compl. d'obj. désigne une voie de communication] Emprunter une rue. L'itinéraire de Marco Polo, empruntant les vallées et les cols (Giraudoux, Simon,1926, p. 105).Louis VII, renonçant à poursuivre sa route par terre jusqu'en Syrie, décida d'emprunter la voie de mer (Grousset, Croisades,1939, p. 169).
[Le compl. d'obj. désigne un moyen de transport] J'ai décidé d'emprunter le train de 11 h 09 (Bernanos, Joie,1929, p. 708).
Prononc. et Orth. : [ɑ ̃pʀ œ ̃te], (j')emprunte [ɑ ̃pʀ œ ̃:t]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1125-50 « prêter » (Pèl. de Charlemagne, éd. E. Koschwitz, 593); 2. ca 1150 « se faire prêter » (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjo, 731); ca 1200 part. passé « gauche, maladroit » (Raimbert de Paris, Ogier le Danois, 4789 ds T.-L.); 3. p. ext. 1erquart xiiies. « utiliser » (Renclus de Molliens, Charité, 177, 5 ds T.-L.). Du lat. pop. *imprumutuare, altération par assimilation régressive d'un lat. vulg. *impromutuare formé sur le lat. class. jur. promutuari « emprunter ». Fréq. abs. littér. : 1 507. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 506, b) 1 857; xxes. : a) 1 858, b) 2 156. Bbg. Cohen 1946, p. 15. − Gottsch. Redens. 1930, pp. 140-141, 183, 310. − Jordan (L.). « Impromutare » > « emprunter ».

Wiktionnaire

Verbe - français

emprunter \ɑ̃.pʁœ̃.te\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Demander et recevoir en prêt, obtenir à titre de prêt.
    • Emprunter ! l’acte le plus difficile du monde, l’acte impossible pour certains tempéraments ! Emprunter ! cette chose à laquelle l’être moral se refuse, comme à voler ; ce geste physiquement irréalisable, comme de se jeter à l’eau quand on ne sait pas nager ! — (Léon Frapié, La solliciteuse, dans Les contes de la maternelle, 1910, éditions Self, 1945, page 208)
    • En Assyrie, en Égypte, l’intermédiarat existait, et, aussi, le prêt avec intérêt. Les paysans, manquant de blé, empruntaient des lingots d'or ou d'argent pour s'en procurer ; puis, quand il leur fallait rendre ces lingots, ils vendaient la récolte à perte, naturellement, à des trusteurs qui devinrent peu à peu maîtres du marché. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 172)
    • Les entrepreneurs avaient emprunté l’argent de la construction. Le locataire avait hypothéqué l’appartement. Tout le pays spéculait sur la propriété foncière. — (André Maurois, Chantiers américains, 1933)
  2. (Figuré) Utiliser ; se servir de.
    • Tous espèrent atteindre l'autre continent, soit en traversant le détroit de Gibraltar, notamment via les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, soit en empruntant des barques motorisées (pateras ou feloukas) depuis les côtes atlantiques vers les îles Canaries (espagnoles). — (Karine Bennafla, Le Maroc: changements et faux-semblants, L'Harmattan, 2011, page 14)
    • L’État a choisi le dossier Cofiroute et son tunnel de dix kilomètres à deux niveaux de circulation superposés réservé aux seuls véhicules légers : les poids lourds n’emprunteront pas l'ouvrage, ils auront le leur. — (Denis Lemarié, Chroniques de Versailles : Janvier à juillet 2005, Éditions Publibook, 2005, page 181)
  3. (Figuré) Se servir, user, tirer parti de ce qui est à un autre ou de ce qu’un autre fournit.
    • Ce sont donc le lunettes d'Argand que nous emprunterons pour suivre, à cinquante millions d'années de distance, la genèse des Alpes. — (Pierre Rousseau, Histoire de la Terre, vol. 2 : Jeunesse de la Terre, Nouvelles Éditions Latines, 1950, page 63)
    • Sport ludique et convivial, le Padel est un jeu à l'aspect familier car il emprunte sa technicité et son règlement à nombre de jeux que nous connaissons bien : le tennis dont il a hérité du filet, de la balle, et du décompte des points, […]. — (Petit Futé; Vendée, 2009-2010, p.49)
  4. (Linguistique) Introduire un mot d’une autre langue.
    • Cette langue n’a presque rien emprunté aux autres.
    • Ce mot est emprunté au latin.
  5. Suivre une voie, un chemin ou une route.
    • La vieille route est une fondrière que sauf le « piéton », porteur de la gazette ou de lettres, nul étranger n’emprunte plus... — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Après avoir dépassé Mazerny, les véhicules avaient emprunté les chemins de terre et les bois. Le bruit du canon se rapprochait de plus en plus et au loin, Malétras apercevait des rougeurs et des fusées. — (Claude Gounelle, Sedan, mai 1940, Presses de la Cité, 1965, page 221)
    • J’emprunte une allée bordée de fusains et débouche sur la cour centrale où un palefrenier et un maître de manège s'engueulent virilement. — (James Fillol, Une autre gloire : Souviens-toi d'où tu est tombé, Société des Écrivains, 2011, chap. 23)
    • Après avoir garé la voiture près de la gare, empruntez le GR®20 qui longe l’Agnone. En suivant le fléchage, vous parviendrez à la première cascade après 1h de marche. — (GEOguide Corse 2018, Paris, Gallimard Loisirs, 2017)
  6. (Philosophie) Introduire un mot d’un autre.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

EMPRUNTER. v. tr.
Demander et recevoir en prêt. Emprunter de l'argent. Emprunter à gros intérêts. Emprunter sur gages, sur hypothèque. Emprunter un cheval. Emprunter des livres. Emprunter de quelqu'un, à quelqu'un. Il signifie au figuré Recevoir, tirer de, devoir à. Ce raisonnement emprunte de la circonstance présente une nouvelle force. Le lune emprunte sa lumière du soleil; Elle ne luit point d'une lumière qui lui soit propre, elle la reçoit du soleil. Il signifie aussi figurément Se servir, user, tirer parti de ce qui est à un autre ou de ce qu'un autre fournit. Emprunter une pensée à un auteur. Il a emprunté cela d'Homère, de Virgile. Cette langue n'a presque rien emprunté aux autres. Un mot emprunté du latin ou au latin. Emprunter le nom, le bras, la plume, le crédit, le secours de quelqu'un. Le participe passé est souvent employé comme adjectif pour signifier Qui n'est pas propre à la personne ou à la chose dont il s'agit, qui n'est pas naturel. Beauté empruntée. Charmes empruntés. Éclat emprunté. Ornements empruntés. Avoir un air emprunté, des manières empruntées, Avoir un air embarrassé, contraint, des manières peu naturelles, affectées. Ce livre a paru sous un nom emprunté, Il a paru sous un autre nom que celui de son auteur. Conter une histoire sous des noms empruntés, La conter sous des noms déguisés, sous de faux noms.

Littré (1872-1877)

EMPRUNTER (an-prun-té) v. a.
  • 1Obtenir à titre de prêt. Emprunter de l'argent, un cheval, un livre.

    Absolument. Ceux qui empruntent sont bien malheureux, Molière, l'Avare, II, 1. Bientôt, pour subsister, La noblesse sans bien trouva l'art d'emprunter, Boileau, Sat. v. Pour empêcher les emprunts d'où naissent la fainéantise, les fraudes et la chicane, le roi Asychis ne permettait aux Égyptiens d'emprunter qu'à condition d'engager le corps de leur père à celui dont on empruntait, Bossuet, Hist. III, 3. Il emprunte de tous côtés, pour se cacher à lui-même sa misère, Bossuet, la Vallière.

  • 2Tirer de, prendre de, recevoir de. La lune emprunte sa lumière du soleil. Les magistrats empruntent leur autorité du pouvoir qui les institue. Aimez donc la raison, et que tous vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix, Boileau, Art p. I. Virgile a emprunté d'Homère quelques comparaisons, quelques descriptions, Voltaire, Ess. sur la poésie ep. chap. 3. Les Grecs ont emprunté des Égyptiens l'idée et la forme des temples, Barthélemy, Anach. ch. XI. Il [Napoléon] compte sur cette puissance d'illusion que lui donne sa renommée ; jusqu'à ce jour, elle a emprunté de lui une force réelle et immanquable ; il s'efforce donc par des raisonnements spécieux de soutenir la confiance des siens, et peut-être aussi le faible espoir qui lui reste, Ségur, Hist. de Napol. VIII, 11.

    Absolument. Voilà où elle [l'âme] est tombée quand elle a voulu emprunter des sens ; mais ce n'est pas encore là la fin de ses maux ; car ces sens dont elle emprunte, empruntent eux-mêmes de tous côtés, Bossuet, la Vallière.

  • 3Avoir recours à, employer. Sans emprunter ta main pour servir ma colère, Corneille, Cinna, III, 4. J'emprunte du secours et le fais hautement, Corneille, Nic. III, 8. Vos deux filles, seigneur, ont emprunté ma voix, Et leur cœur par ma bouche expliquait leurs misères, Mairet, Mort d'Asdr. III, 1. Ne saurait-il rien voir qu'il n'emprunte vos yeux ? Racine, Brit. I, 2. L'insolent de la force empruntait le secours, Racine, Phèd. IV, 1. Et j'irais pour ma cause emprunter d'autres bras ! Voltaire, Triumv. IV, 2.
  • 4Se couvrir d'une fausse apparence. Emprunter le masque de la vertu, le langage de l'humanité. Il faut d'un suppliant emprunter le visage, Racine, Mithr. III, 1. D'Achille qui l'aimait, j'empruntai le langage, Racine, Iphig. I, 5.
  • 5 V. n. Terme d'organiste. Lorsque, le sommier n'étant pas bien fermé, le vent qui doit aller dans un tuyau entre dans un autre, on dit : ce tuyau emprunte.
  • 6 Terme d'arithmétique. Se dit, dans l'opération de la soustraction, pour prendre une dizaine au chiffre placé à la gauche du chiffre supérieur trop faible pour que la soustraction se fasse.
  • 7S'emprunter, v. réfl. Être obtenu par emprunt. Il y a des choses qui ne peuvent s'emprunter.

REMARQUE

Quand le régime indirect d'emprunter est un nom de chose, il faut de : la lune emprunte sa lumière du soleil ; quand c'est un nom de personne, on met indifféremment à ou de : j'ai emprunté mille francs de mon ami ou à mon ami.

HISTORIQUE

XIIe s. Respondi li prophetes : Va, emprunte de tes veisins vaissels vuidz et mulz, Rois, p. 355.

XIIIe s. Dont emprunterent li message dui cens mars en la ville, et les baillerent au duc, Villehardouin, XX. Adonc avint que li rois de Cypre en ala à Acre et vot emprunter deniers à un bourjois, Chron. de Rains, p. 47. Et s'il n'a nul home [pour un jugement par pairs], il les doit emprunter à son segnor, et li sires y est tenus à prester, Beaumanoir, 46. Li pechierres empruntera et ne soldra mie, Psautier, f° 45. Par foi, Hiamont, trop par as mal erré, Quant sans ton pere t'es à Carlon mellé ; Car ci François ne sunt mie empruté ; Bien nous chalengent la lor grant herité, Agolant, p. 172. Ne semble pas chevalier empruté, ib. p. 163. Au partir que il firent d'Acre, le conte de Poitiers empronta joiaus à ceulz qui ralerent en France, Joinville, 257. Dame, bien soiez venue, Dit li moines, et bien trouvée. Cele ne fut pas empruntée, Ainz tert [essuye] ses ieux, si lui respond, Fabliaux, 2e éd. p. 245.

XIVe s. Furent maintes dames parées, Pas ne sembloient empruntées, Chastelain de Couci, V. 906. Le dit Jehan emprinta de la Maison-Dieu de Bourges huit liz granz, Bibl. des Chartes, 4e série, t. II, p. 68.

XVe s. Quel couleur [du drap] vous semble plus belle ? … Tel que vous le pourrez avoir ; Qui emprunte n'y choysist mye, Patelin. Furent empruntez cinquante mille ducats d'un marchand de Milan, Commines, VII, 4.

XVIe s. Ce sont advantages empruntez, non pas nostres, Montaigne, I, 242.

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Étymologie de « emprunter »

Du latin vulgaire *impromut(u)are, formé sur le latin classique promutuari (« emprunter »).
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Berry, emprêter, empreuter ; wallon, epronter ; ital. improntare. Diez, trouvant le valaque imprumút, emprunt, imprumutá, emprunter, qui paraît venir du latin promutuum, un prêt, regarde le mot français comme ayant même origine. Mais im-promútuum, avec l'accent sur mú aurait donné sans doute comme dans le valaque impromut et non emprunt ; du moins c'est là une grave difficulté. Scheler essaye de la lever en recourant non au substantif, mais au verbe : verbe fictif impromutuare, d'où impromptuare, impromptare. Ce qui gêne un peu, ajoute-t-il, c'est la voyelle u pour le latin o. Cette difficulté de l'u pour l'o subsiste dans l'ancienne étymologie im-promptare, qui en a une autre, c'est que impromptare, qui vient par promptus, de promere, produire, fournir, devrait signifier prêter et non emprunter. Remarquons toutefois que, à côté d'emprunter, se trouve le Berry emprêter et l'ancien français emprest (voy. EMPRUNT, à l'historique) ; ceux-là viennent certainement de en, et praestare. On notera les formes citées à l'historique, empruter, emprinter, qui, réunies au Berry empreuter, semblent indiquer une incertitude entre ces formes. Il faut donc admettre que impraestare, qui, naturellement, signifierait prêter, a pris le sens d'emprunter. Impromptare, de son côté, a reçu dans l'italien inprontar la double acception, celle de prêter qui est directe, et celle d'emprunter qui est inverse. De cette discussion on peut conjecturer qu'une confusion s'est faite entre impromutuare et impromtare ; que l'u de promutuum s'est fait sentir dans emprunt ; que promptare se retrouve dans le wallon epronter et l'italien improntar, et praestare, dans l'ancien français emprest et le Berry emprêter.

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Phonétique du mot « emprunter »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
emprunter ɑ̃prœ̃te

Fréquence d'apparition du mot « emprunter » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « emprunter »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « emprunter »

  • Mieux vaut acheter qu'emprunter.
    Proverbe français
  • Lire, c'est emprunter ; en tirer profit, c'est rembourser sa dette.
    Georg Christoph Lichtenberg — Le miroir de l'âme
  • L’intimité c’est aussi emprunter toujours les mêmes chemins.
    Maryline Desbiolles — Anchise
  • Le chien a beau avoir quatre pattes, il ne peut emprunter deux chemins à la fois.
    Proverbe africain
  • Il faut emprunter les idées du peuple si l'on veut le diriger.
    Eric-Emmanuel Schmitt — L'Evangile selon Pilate
  • Qui va emprunter va regretter.
    Thomas Tusser
  • Le conseil municipal de Gatineau a adopté, mardi soir, une résolution modifiant l’entente de la Ville avec Vision Multisports Outaouais (VMSO) pour permettre au promoteur privé d’emprunter plus d’argent afin de surmonter l'augmentation des coûts de construction du « nouveau Guertin » engendrée par la COVID-19.
    Radio-Canada.ca — Complexe 4 glaces : Gatineau prolonge la durée de l'entente avec VMSO sur 45 ans | Radio-Canada.ca
  • Ne vous mariez pas pour l'argent, vous pouvez emprunter à meilleur marché.
    J. Kelly
  • Au total, la France devrait emprunter cette années pas moins de 260 milliards d'euros, un record absolu, alors qu'elle prévoyait au départ emprunter 205 milliards. "L'Agence France Trésor (AFT), chargée du placement de la dette de la France sur les marchés, n'a guère le choix", souligne le quotidien.
    BFM BUSINESS — La France devrait emprunter 260 milliards d'euros cette année, un record historique
  • Le centre culturel Passe Ouest a rouvert ses portes au public, mais sous certaines conditions, toujours liées à la crise sanitaire. Les abonnés peuvent emprunter livres, CD, DVD et se connecter sur les ordinateurs, uniquement pour des démarches administratives. Quant aux animations, si quelques pistes ont été évoquées par Claudie Le Bihan, adjointe à la culture, et Marie-Claude Le Boulbar, la directrice, aucune activité n’est proposée pour le moment.
    Le Telegramme — Passe Ouest a rouvert ses portes - Ploemeur - Le Télégramme
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Traductions du mot « emprunter »

Langue Traduction
Anglais borrow
Espagnol pedir prestado
Italien prestito
Allemand leihen
Chinois
Arabe اقتراض
Portugais pedir emprestado
Russe заимствовать
Japonais 借りて
Basque maileguan
Corse presti
Source : Google Translate API

Synonymes de « emprunter »

Source : synonymes de emprunter sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « emprunter »

Combien de points fait le mot emprunter au Scrabble ?

Nombre de points du mot emprunter au scrabble : 13 points

Emprunter

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