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Fléchir

Sommaire

Définitions du mot fléchir

Trésor de la Langue Française informatisé

FLÉCHIR, verbe.

I.− Emploi trans. à valeur factitive
A.− Rare, littér. [L'obj. désigne une chose concr. relativement souple] Courber, faire ployer progressivement en exerçant une pression, un effort ou une charge. Fléchir la tige d'un arbre (Ac.1878-1932).Synon. courber, plier, ployer.
B.− Usuel. [L'obj. désigne le corps ou une partie du corps] Plier, incliner en faisant jouer les muscles. Fléchir le buste en avant. Anton. tendre.M. Nègre affolé, les reins fléchis sous le fardeau de sa responsabilité pesante (Courteline, Ronds-de-cuir,1893, 6etabl., I, p. 216).Des cygnes fléchissent le cou par-dessus les bords des ruisselets où ils glissent (Alain-Fournier, Corresp. [avec Rivière], 1908, p. 49):
1. Il suffisait de fléchir l'avant-bras, la jambe, pour que surgît au mollet, au jarret, au biceps, la crampe, la torture de cette espèce de nœud de muscle qu'amène le surmenage. Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 362.
Emploi pronom. à sens passif. Une grenouille décapitée est suspendue, les jambes pendantes. On pince un des orteils. La jambe se fléchit (Carrel, L'Homme,1935, p. 110).
Fléchir le(s) genou(x). Plier le genou ou s'agenouiller en signe d'adoration, de respect, de crainte, de soumission, d'obéissance, etc. Félicité s'agenouilla devant le crucifix, et le pharmacien lui-même fléchit un peu les jarrets (Flaub., MmeBovary,t. 2, 1857, p. 181).Quand Cécile se montra, définitivement parée, Justin fléchit le genou, en un geste charmant qui sentait un peu son théâtre, et il demanda la permission de lui baiser le bout des doigts (Duhamel, Jard. bêtes sauv.,1934, p. 222).
P. métaph. Deux arbres dans un pré. L'un d'eux fléchit le genou, en adoration perpétuelle devant l'autre (Renard, Journal,1898, p. 500).
Au fig. [P. allus. à st Paul, respectivement I Romains 14/11 et Philippiens 2/10] Oui, au nom du réparateur, tout fléchira le genou dans les cieux, dans la terre et dans les enfers (Saint-Martin, Homme désir,1790, p. 207).Lorsque tu prononces le nom de Jésus, tout fléchit le genou, au ciel, sur la terre et dans les enfers (Bloy, Journal,1903, p. 169).
Péj. S'humilier, s'abaisser devant, obéir servilement à. Fléchir les genoux devant les idoles. Que celui qui n'a point fléchi le genou devant Baal fuie du milieu de Babylone! (Barrès, Colline insp.,1913, p. 297).
C.− Au fig.
1. [L'obj. désigne une pers.] Faire céder, faire perdre (à quelqu'un) un sentiment ou une attitude sévère(s), intransigeant(s), inflexible(s). Fléchir un juge, fléchir (qqn) par des prières, à force de prières. Synon. attendrir, émouvoir, toucher.Se sachant découvert à Vienne, il allait se dénoncer au Pape, l'implorer, le fléchir. Il obtint le pardon (Gide, Caves,1914, p. 753).Et Gandhi choisit de ne pas manger pour fléchir son adversaire (Ricœur, Philos. volonté,1949, p. 90):
2. Il ne pouvait dissimuler une sorte de joie âcre et brûlante, à l'idée qu'il était encore victorieux, dans ce duel comme dans l'autre, que Cécile allait céder, que peut-être il arriverait à fléchir cette âme rebelle et si bien défendue. Duhamel, Cécile,1938, p. 245.
Se laisser fléchir. Céder. Et s'il ne fit pas arrêter Céluta, c'est qu'il se laissa fléchir aux larmes d'Adélaïde (Chateaubr., Natchez,1826, p. 390).Peut-être, si je lui parle, se laissera-t-il fléchir. Il est bon, il est tendre (France, Dieux ont soif,1912, p. 226).
2. P. méton., littér. [L'obj. désigne le sentiment ou l'attitude] Faire perdre en rigueur, en intensité, ou faire céder, relâcher. Fléchir la rigueur de (qqn). Synon. adoucir, apaiser, désarmer.Ouvrir le ciel et le fermer, rien de plus barbare. Mais je fléchirai cette résolution (Gautier, Fracasse,1863, p. 258).Et rien ne pouvait le vaincre, rien ne pouvait fléchir sa rigueur (Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Père Amable, 1886, p. 214).
II.− Emploi intrans.
A.− Plier, se courber, généralement sous une charge, une pression, un effort. Fléchir sous le fardeau, sous le poids de. Anton. se redresser.
1. [Le suj. désigne un inanimé concr.] Treilles qui fléchissaient sous leurs grappes mûries (Lamart., Harm.,1830, p. 379).Le plancher est fait de larges planches lavées et qui fléchissent lorsqu'on marche (Malègue, Augustin, t. 1, 1933, p. 46):
3. Sous son poids [de l'écureuil] les branches élastiques fléchissaient et se redressaient, (...) et lui, (...) détendait (...) tous les muscles de ses jarrets et de ses reins pour se projeter plus haut et plus loin encore. Pergaud, De Goupil,1910, p. 135.
En périphrase factitive. Vous ne feriez pas fléchir l'arbuste (...) si vous le pressiez avec un roseau (J. de Maistre, Soirées St-Pétersbourg,t. 1, 1821, p. 402).
P. ext., rare. Prendre une ligne courbe, sinueuse (sans idée d'élasticité). Une route jaune sinueuse (...) bordait un canal bleu. Et le canal fléchissait avec la route et entre les deux un talus vert suivait leurs contours (Schwob, Monelle,1894, p. 107).
2. [Le suj. désigne une pers., un animal ou une partie du corps] À chacun de ses passages devant le tabernacle, il fléchissait à fond, dans une génuflexion qui ne trichait pas, qui heurtait le genou contre le bois (Vercel, Cap. Conan,1934, p. 190):
4. La croix qui était faite de tous les péchés du monde pesait sur l'épaule du Sauveur d'un tel poids que ses genoux fléchirent et qu'il tomba. Un homme de Cyrène passait là, qui aida le Seigneur à la porter. Huysmans, En route,t. 2, 1895, p. 67.
Au fig. [Gén. suivi d'un compl. prép. introduit par devant, sous] Son épine dorsale fléchissait avec une merveilleuse flexibilité devant la noblesse et l'administration pour lesquelles il se faisait petit, humble et complaisant (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 566).[Les] petits contribuables fléchissant sous le poids des impôts (Clemenceau, Iniquité,1899, p. 437).« Détendez-vous, pour l'amour de moi, pour ne pas me fâcher, Marie. » Marie de Ferras cède, fléchit, succombe sous la prière mystérieuse. Puisque Cécile est là, derrière elle, Marie de Ferras va peut-être se tirer du long trait de la troisième page... (Duhamel, Cécile,1938, p. 65).
Loc. verb. fig. Tout fléchit, tout genou fléchit devant. Tout s'incline devant, se soumet à (par obéissance, respect ou adoration). Le gouvernement est alors absolu, et se fait au nom de la doctrine acceptée de tous. Tout fléchit devant elle (Renan, Avenir sc.,1890, p. 346).Je craignais, en levant les paupières, d'apercevoir le visage devant lequel tout genou fléchit (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1197).
Rem. Le compl. prép. introduit par devant indique gén. un sens fig.; la prép. sous accompagne plus souvent le sens propre.
B.− P. anal. Anton. s'affermir.
1. Perdre sa force, son énergie, sa fermeté. Omer sentit fléchir ses jambes à la vue d'un si terrible désespoir (Adam, Enf. Aust.,1902, p. 510).De nouveau, la voix parut fléchir, mais il se raidit (Martin du G., Thib., Consult., 1928, p. 1101).
− Domaine milit.Reculer. La violence de cette attaque fut telle que les lignes de nos alliés fléchirent dès le début (Joffre, Mém.,t. 2, 1931, p. 81).La droite et le centre de l'armée continuaient de fléchir sensiblement sous les coups redoublés de l'adversaire (Foch, Mém.,t. 1, 1929, p. 124).
2. Au fig. Perdre de sa rigueur. Synon. céder.L'Église n'a jamais fléchi dans l'affirmation qu'elle fait de la présence réelle (Claudel, Corresp.[avec Gide], 1912, p. 195).Tant que l'arrière résista, le soldat tint bon. Il fléchit du jour où il connut la misère de ceux qu'il défendait (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 331).
P. méton. [Le suj. désigne l'attitude ou le sentiment] Sa volonté fléchit. Il y a dans la douleur des côtés intimes et obscurs où les plus fiers courages fléchissent (Hugo, Nap. le Pt,1852, p. 239).Il faut un effort pour lire, avec une attention qui ne fléchisse point, un poème de longue haleine (Du Bos, Journal,1922, p. 206).
C.− P. ext. Anton. augmenter.
1. [Le suj. désigne un inanimé concr.] Diminuer de volume, d'intensité, de netteté. Il est un faux silence, quand le vent du nord a fléchi et que l'apparition d'insectes (...) annonce la tempête d'Est porteuse de sable (Saint-Exup., Lett. otage,1943, p. 394).
2. En partic. [Le suj. désigne une valeur, une quantité] Baisser, diminuer (en quantité, en nombre); être en baisse. Tu sais qu'il perd ses cheveux − dès que la cote [de la Bourse] fléchit, dès même qu'elle tarde à monter (Duhamel, Nuit St-Jean,1935, p. 36).Les chefs de cave voyaient de près le rendement du personnel auxiliaire enclin à fléchir (Hamp., Champagne,1909, p. 150).
En périphrase factitive. Faire fléchir (une cote, un cours, un prix, etc.). Provoquer la baisse de. Anton. faire remonter.Six mille titres jetés sur le marché ont fait fléchir le cours jusqu'au-dessous du prix d'émission (Péladan, Vice supr.,1884, p. 258).
Prononc. et Orth. : [fleʃi:ʀ], (je) fléchis [fleʃi]. Voyelle de 1resyll. demi-longue ds Passy 1914. Ds Ac. dep. 1694. Accent aigu pour la 1refois ds Ac. 1740. Étymol. et Hist. Ca 1175 intrans. « ployer, céder » (Horn, éd. M. K. Pope, 1855); ca 1175 « faire céder [une personne] » (B. de Ste-Maure, Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 33023). Issu par substitution de dés. de l'a. fr. flechier « ployer, courber; faire céder » (ca 1160 Eneas, 1812 ds T.-L.), du b. lat. *flecticare, fréquentatif du class. flectere « courber, ployer; fléchir, émouvoir ». Fréq. abs. littér. : 867. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 470, b) 1 151; xxes. : a) 1 102, b) 1 152. Bbg. Rice (C.C.). Romance etymologies and other studies. Chapel Hill, 1946, pp. 29-31.

Wiktionnaire

Verbe

fléchir \fle.ʃiʁ\ transitif 2e groupe (voir la conjugaison)

  1. Faire ployer, courber.
    • Fléchir la tige d’un arbre.
    • Fléchir quelque partie du corps.
    • Le muscle qui fléchit la première phalange du petit doigt.
    • Fléchir le genou, les genoux.
    • Une baguette de fer fléchie et tordue.
    • (Figuré) Fléchir le genou, les genoux devant quelqu’un, s’abaisser, s’humilier devant lui.
    • L’amour ne sourit qu’allié à l’audace. Et celui qui fléchit le genou devant l’objet des désirs de son cœur et s’engage dans la voie des scrupules d’amour s’expose aux pires douleurs. — (René Boylesve, La leçon d’amour dans un parc, Calmann-Lévy, 1920, collection Le Livre de Poche, page 128-129)
  2. (Figuré) Amener à compassion ; toucher de pitié ; attendrir ; adoucir.
    • En vain l’ambassadeur de France tenta de fléchir les négociateurs américains. Ils se montrèrent implacables. Il fallait se soumettre ou faire banqueroute. — (Camille Aymard, Devons-nous payer l'Amérique ?, Éditions Ernest Flammarion, 1932, page 119)
    • Son repentir devrait fléchir les cœurs les plus durs, les plus barbares.
    • Fléchir la dureté, la cruauté d’un tyran, le courroux d’un maître.
  3. (Intransitif) Plier ; se courber.
    • La notion de raideur sur prothèse du genou est relative. Un genou normal fléchit jusqu'à 150° mais la flexion d'un genou prothétique dépasse rarement 120°. — (M. Mathieu, Reconstructions massives par allogreffe osseuse ..., dans Reprises de prothèses totales du genou, sous la direction de Philippe Burdin & ‎Denis Huten, éd. Elsevier, 2003, page 145)
    • (Figuré) L’aile droite de l’armée fléchissait, Elle ne pouvait plus garder sa ligne, sous la poussée de l’ennemi.
  4. (Figuré) Se soumettre, s’abaisser.
    • Tout le monde fléchissait devant lui.
    • Tout doit fléchir sous les lois de la destinée.
    • (Figuré) Fléchir sous le joug, S’y soumettre.
  5. Cesser de persister dans des sentiments de dureté ou de fermeté.
    • Quoi qu’on fasse, je ne fléchirai pas.
    • Il ne sait ce que c’est que fléchir.
    • Il commence à fléchir.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FLÉCHIR. v. tr.
Faire ployer, courber. Fléchir la tige d'un arbre. Fléchir quelque partie du corps. Le muscle qui fléchit la première phalange du petit doigt. Fléchir le genou, les genoux. Une baguette de fer fléchie et tordue. Fig., Fléchir le genou, les genoux devant quelqu'un, S'abaisser, s'humilier devant lui. Il signifie figurément Amener à compassion, toucher de pitié, attendrir, adoucir. Fléchir ses juges. Se laisser fléchir aux prières, par les prières. Il est inexorable, rien ne peut le fléchir. Son repentir devrait fléchir les cœurs les plus durs, les plus barbares. Fléchir la dureté, la cruauté d'un tyran, le courroux d'un maître. Il s'emploie aussi intransitivement et signifie Plier, se courber. Cette poutre commence à fléchir. Ce bois rompra plutôt que de fléchir. Fig., L'aile droite de l'armée fléchissait, Elle ne pouvait plus garder sa ligne, sous la poussée de l'ennemi. Il signifie figurément Se soumettre, s'abaisser. Tout le monde fléchissait devant lui. Tout doit fléchir sous les lois de la destinée. Fig., Fléchir sous le joug, S'y soumettre. Il signifie également Cesser de persister dans des sentiments de dureté ou de fermeté. Quoi qu'on fasse, je ne fléchirai pas. Il ne sait ce que c'est que fléchir. Il commence à fléchir.

Littré (1872-1877)

FLÉCHIR (flé-chir) v. a.
  • 1Donner une inflexion, ployer. Fléchir la tige d'un arbre. On ne doit pas être surpris que le cuivre jaune ou laiton soit quelquefois sensiblement attirable à l'aimant, surtout après avoir été frappé ou fléchi et tordu avec force, Buffon, Min. t. VIII, p. 83, dans POUGENS.

    Donner une direction courbe. Ils [les canards sauvages] fléchissent leur vol, et se lancent obliquement sur la surface de l'eau, qu'ils effleurent et sillonnent, Buffon, Ois. t. XVII, p. 176, dans POUGENS.

  • 2Il se dit de l'action des muscles qui font faire aux membres une inflexion, un angle. Les muscles qui fléchissent le pied sur la jambe, la jambe sur la cuisse.

    Fléchir le genou, s'agenouiller. Il n'a devant Aman pu fléchir les genoux, Racine, Esth. III, 4. On vient fléchir le genou pour s'attirer les regards du prince, Massillon, Carême, Temples.

    Fig. Fléchir le genou, se soumettre. Tout fléchissait le genou et était rampant devant eux [Cambyse et Smerdis], Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 471.

    Fléchir les genoux devant les idoles, adorer les idoles.

    On dit en ce sens : Fléchir le genou devant Baal.

  • 3 Fig. Toucher, attendrir, faire céder. Faites qu'à mes désirs je la puisse fléchir, Corneille, Cinna, III, 3. Il aura peu de peine à fléchir son dédain, Corneille, Sertor. IV, 1. A-t-elle rien fléchir de son humeur altière ? Corneille, Médée, II, 3. L'argent sut donc fléchir ce cœur inexorable, La Fontaine, Coupe. La grâce fléchit les cœurs les plus endurcis, Bossuet, Lett. 249. Dieu veut être fléchi, et il nous en fournit lui-même le moyen le plus efficace, Bourdaloue, Ouvert. du jubilé, Myst. t. II, p. 551. Cette férocité que tu croyais fléchir, De tes faibles liens est prête à s'affranchir, Racine, Brit. III, 2. Je vous crains pour vous-même ; et je viens à genoux Vous prier, ma princesse, et vous fléchir pour vous, Racine, Mithrid. IV, 2. Je fléchis mon orgueil, j'allai trouver Pallas, Racine, Brit. IV, 2. Laissez-vous fléchir à mes vœux, Massillon, Carême, Motifs de conv. Dans la suite, ayant fléchi la colère de Dieu par un sincère et vif repentir, il obtint sa liberté et retourna à Jérusalem, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 65, dans POUGENS. Votre sagesse et votre autorité Ont d'Alzire en effet fléchi la volonté, Voltaire, Alz. I, 2.
  • 4 V. n. Avoir une courbure. M. Edwards observe que le bec de cette barge fléchit en haut, comme celui de l'alouette, caractère dont la plupart des barges portent quelque légère trace, Buffon, Ois. t. XIV, dans POUGENS.
  • 5Plier, céder sous la charge. Cette poutre fléchit. Cette barre de fer rompra plutôt que de fléchir. Les pièces de cette porcelaine ont toujours en dessous trois ou quatre traces de supports, qui ont été mis pour l'empêcher de fléchir dans la cuisson, Raynal, Hist. phil. t. III, liv. 5, ch. 27.

    Le genou fléchit, on s'agenouille ; et fig. on se soumet. Tout genou fléchira devant lui [Jésus-Christ], Bossuet, Hist. II, 4. Et fais à son aspect que tout genou fléchisse, Racine, Esth. II, 5.

  • 6 Fig. Se soumettre, céder. Tout a fléchi sous leur menace, Malherbe, III, 2. Tout fléchit sur la terre et tout tremble sur l'onde, Corneille, Nicom. III, 2. Tout fléchit sous un si grand capitaine, Bossuet, Hist. I, 10. [L'ode] Mène Achille sanglant au bord du Simoïs, Ou fait fléchir l'Escaut sous le joug de Louis, Boileau, Art p. II. Au joug de la raison sans peine elle [la rime] fléchit, Boileau, ib. I. Tout l'univers fléchit à vos genoux, Racine, Bérén. IV, 5. Fléchissons sous un dieu qui veut nous éprouver, Voltaire, Œdipe, I, 2.

    Fléchir sous le joug, s'y soumettre. J'aime, je l'avouerai, cet orgueil généreux Qui n'a jamais fléchi sous le joug amoureux, Racine, Phèd. II, 1.

  • 7Se relâcher de sa sévérité ou de sa fermeté. C'est un homme doux et qui fléchit aisément. S'il se voit en prison, il sera contraint de fléchir, Patru, Plaidoyer 11, dans RICHELET. Il faut fléchir au temps sans obstination, Molière, Mis. I, 1. Le concile si ferme fléchit par violence, Bossuet, Hist. I, 11. Mais de faire fléchir un courage inflexible, Racine, Phèd. II, 1.
  • 8Diminuer, devenir moindre. Depuis quarante ans qu'elle [une liaison] dure, je puis la citer pour exemple d'une amitié que ni les années ni les événements n'ont fait varier ni fléchir, Marmontel, Mém. V.
  • 9Ne plus combattre avec la même vigueur, commencer à céder. L'aile droite commençait à fléchir.
  • 10Se fléchir, v. réfl. Être ployé. Tout genou se fléchit devant lui [Jésus-Christ] dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, Bossuet, Sermons, Ascens. Préambule.

    Fig. Comme si c'était à la règle à se fléchir pour convenir au sujet, Pascal, Prov. 5.

  • 11S'accommoder à, se prêter à. D'autres fois, moins sublime, mais non moins estimable, l'homme s'occupe des arts qui peuvent pourvoir à ses besoins ou augmenter ses commodités ; sa raison se fléchit à tout, Bonnet, Contempl. IV, 7.
  • 12Être touché, apaisé. Qui l'eût cru que pour moi le ciel dût se fléchir ? Boileau, Ép. V.

HISTORIQUE

XIIe s. Cum l'eve [de la Seine] est bloie et arzillose, E pleinteïve et abundose, Cum ele est suvent flechisantz Que la terre en seit plus vaillantz, Benoit de Sainte-Maure, II, 3015. Li prelat sunt serf Deu, li reis les deit cherir ; E il sunt chief des reis, li reis lur deit flechir, Deus est chiés [chef] des prelaz, Th. le mart. 70. Fait li dunc sainz Thumaz : tuz nus estuet murir, Ne pur mort de justise ne me verrez flechir ; E pur l'amur de Deu voil la mort sustenir, ib. 143.

XIIIe s. Dist Renart : dont vos abessiez, Et vos agenoilliez ici : Puis ambedeus ses piez flechi, Et mist sor le piege sa main, Ren. 4798.

XIVe s. Afin que par dons ne par prieres il ne se peust flechir de son propos, Bercheure, f° 28, recto. Ainsi veez vous que le sage homme fleschi son courage pour saulver l'onneur de sa femme, Ménagier, I, 8. Devant le roi Henri le varlet se fleschi, Et puis le salua de Dieu qui mort soufri, Guesclin. 15719.

XVe s. Guillaume de Fermiton flechit, et lui glissa un petit le pied, Froissart, II, II, 81. Vous sçavez que d'armes et d'amours ne doit on pas flechir de dire verité ; or je vous demande, par la foy que vous devez à amors et à chevalerie, lequel des chevaliers de dedans doit avoir le prix, Perceforest, t. I, f° 110.

XVIe s. Ce Genevois parlant au general, Genoux flescis troys fois baisa la terre, Marot, J. V, 33. Je sens mes facultez flechir soubs la charge, Montaigne, I, 155. Il [l'idiome français] succombe ordinairement à une puissante conception ; si vous allez tendu, vous sentez souvent qu'il languit soubs vous et flechit, Montaigne, III, 354. Les muscles qui flechissent et estendent le coulde, Paré, I, 8. On peult flechir une gaulle nouvellement cueillie, Palsgrave, p. 448.

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Étymologie de « fléchir »

Pic. flékir, provenç. flechir ; anc. ital. fiettere ; du latin flectere, d'après Diez, par le changement, rare en français, de ct en ch, et par le changement plus fréquent de la 3e conjugaison en 4e. Mais en même temps il faut admettre pour le français que flechissant (XIIe s.), flechissable et flechissement (XIIIe et XIVe s.) indiquent une dérivation non de la conjugaison latine en ire, car alors on aurait flechant, flechable, flechement, mais une forme allongée par iscere (flexisco, comme florisco, pour je fleuris, fleurissant, etc.). Il faut noter l'analogie de flectere avec falx, la faux.

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Du latin flectere (« courber », « ployer »).
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Phonétique du mot « fléchir »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
fléchir fleʃir

Évolution historique de l’usage du mot « fléchir »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « fléchir »

  • Mais, depuis, des associations américaines de lutte contre le racisme – dont les National Association for the Advancement of Colored People et Anti-Defamation League – ont lancé une campagne visant les annonceurs et les appelant au boycottage. Ont suivi, à parti du 19 juin, des entreprises de taille moyenne, connues pour leur communication sur l’éthique : The North Face, Patagonia, Ben & Jerry’s… Le réseau social a tenté de rassurer, sans toutefois infléchir sa politique. Mais la pression a monté de plusieurs crans, quand l’opérateur de télécoms Verizon a sauté le pas, jeudi 25 juin, avant d’être rejoint par les multinationales Unilever, Levi’s ou Honda, faisant plonger l’action Facebook en Bourse. Le Monde.fr, Haine en ligne : le boycottage d’annonceurs oblige Facebook à fléchir
  • Le roi de Thaïlande n'en finit plus de faire parler de lui, et rarement en bien. Mais finirait-il par fléchir sous le poids des critiques dont il est la cible ? Selon le magazine Nikkei Asian Review, le premier ministre Prayuth Chan-ocha a ouvert, sans forcément le vouloir, un débat sur la loi de lèse-majesté. Dans le pays, la section 112 du code criminel condamne à la prison, entre 3 et 15 ans, toute personne qui "diffamerait, insulterait ou menacerait le roi, la reine, ses héritiers et son régent." Gala.fr, Le redoutable roi de Thaïlande fléchit enfin face aux critiques - Gala
  • Dans sa lettre au président de la République, François Villeroy de Galhau fait part de sa prudence vis-à-vis de la réforme de l'assurance-chômage et de celle des retraites, pour ne pas faire fléchir la confiance des ménages, essentielle à la reprise. Il appelle aussi à ne pas se lancer dans « des baisses d'impôts permanentes non financées ». Les Echos, Retraites, impôts, assurance-chômage : les conseils de politique économique du gouverneur de la Banque de France | Les Echos
  • De bonnes nouvelles pour l'économie ontarienne : près de 377 900 emplois ont été créés en juin dans la province, faisant fléchir le taux de chômage à 12,2 %, selon Statistique Canada. Radio-Canada.ca, Près de 378 000 emplois créés en juin en Ontario | Coronavirus : Ontario | Radio-Canada.ca

Traductions du mot « fléchir »

Langue Traduction
Anglais flex
Espagnol flexionar
Italien flettere
Allemand biegen
Chinois 柔性
Arabe ثني
Portugais flex
Russe сгибать
Japonais フレックス
Basque flex
Corse flessione
Source : Google Translate API

Synonymes de « fléchir »

Source : synonymes de fléchir sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « fléchir »

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