La langue française

Accroissement

Sommaire

  • Définitions du mot accroissement
  • Étymologie de « accroissement »
  • Phonétique de « accroissement »
  • Évolution historique de l’usage du mot « accroissement »
  • Citations contenant le mot « accroissement »
  • Traductions du mot « accroissement »
  • Synonymes de « accroissement »
  • Antonymes de « accroissement »

Définitions du mot accroissement

Trésor de la Langue Française informatisé

ACCROISSEMENT, subst. masc.

Action d'accroître ou de s'accroître; résultat de cette action.
A.− Au propre
1. [En parlant d'un être biol.]
a) Synon. de croissance :
1. L'origine par génération, l'accroissement par nutrition, la fin par une véritable mort, tels sont donc les caractères généraux et communs à tous les corps organisés... G. Cuvier, Leçons d'anatomie comparée,t. 1, 1805, p. 10.
2. La butte contribue puissamment à l'augmentation du volume de l'asperge. La terre apportée sur la couronne de l'asperge nous permet de récolter des asperges de 40 centimètres de longueur, mais encore elle apporte à l'ascencion de la sève une résistance qui, ralentissant l'accroissement en longueur, augmente forcément celui en diamètre. Gressent, Le Potager moderne,1863.
3. Les plantes ne donnent de beaux résultats que lorsque leur germination a été prompte et leur accroissement rapide. Gressent, Traité complet de la création des parcs et des jardins,1891, p. 693.
b) Résultat de cette croissance :
4. Les siècles qui ont concouru à la formation harmonieuse de Paris se laissent encore discerner, comme les anneaux concentriques marquant l'accroissement annuel se dessinent sur le tronc coupé d'un grand arbre. P. Vidal de La Blache, Principes de géographie humaine,1921, p. 294.
P. anal., MINER. ,,Accroissement des cristaux, propriété des cristaux de se grossir sans changer de forme.`` (Littré).
2. En partic. Augmentation
Augmentation en nombre :
5. ... me crottant, m'échinant pour la gloire de votre famille; vous, daignant concourir à l'accroissement de la mienne! P.-A. Beaumarchais, Le Mariage de Figaro,t. 1, 1785, p. 2.
6. C'est sur leur accroissement [des troupes supplétives] que portera l'effort de cette année. (G. Macey). Forces armées d'Indochine, Le Figaro,19-20 janv. 1952, p. 9, col. 2.
Augmentation en superficie :
7. Le pouvoir du roi d'Angleterre en pays de France s'étant accru à proportion de nos accroissements loin de France, ces territoires exotiques forment son gage matériel... Ch. Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. 133.
8. Je doute qu'on trouve encore sous la plume d'un théologien moderne un texte aussi brutalement réprobateur de la guerre d'accroissement que celui-ci... J. Benda, La Trahison des clercs,1927, p. 138.
Augmentation en valeur économique :
9. Quel que soit le taux de l'intérêt, qu'on l'élève à 3, 5, ou 10 pour cent (...), sa loi d'accroissement reste la même. (...). Tout capital évalué en numéraire peut être considéré comme un terme de progression arithmétique qui a pour raison 100... P.-J. Proudhon, Qu'est-ce que la propriété?,1840, p. 246.
10. Qu'on dise un peu si les travailleurs avaient eu leur part raisonnable, dans l'extraordinaire accroissement de la richesse et du bien-être, depuis cent ans? On s'était fichu d'eux en les déclarant libres : Oui, libres de crever de faim, ce dont ils ne se privaient guère. É. Zola, Germinal,1885, p. 1256.
11. La création d'un pôle de développement augmente dynamiquement le taux d'accroissement de la productivité dans un ensemble d'activités du pays qui en bénéficie. Si les prix sont abaissés proportionnellement aux coûts, la puissance de concurrence extérieure du pays est accrue. F. Perroux, L'Économie du XXesiècle,1964, p. 605.
Augmentation en durée, en spatialité :
12. Je crois avoir suffisamment parlé de l'accroissement monstrueux du temps et de l'espace, deux idées toujours connexes, mais que l'esprit affronte alors sans tristesse et sans peur. Ch. Baudelaire, Paradis artificiels,1860, p. 377.
Augmentation en vitesse :
13. [Sur] la pente de glissement (...) [la vitesse] d'un véhicule laissé libre en repos (...) s'accroîtra avec une accélération constante (...) On a souvent la ressource de modérer, et souvent même d'annuler cet accroissement, en embarrant une ou plusieurs roues... J.-N. Haton de La Goupillière, Cours d'exploitation des mines,t. 2, 1905, p. 697.
14. Les chemins de fer obéissent à une loi de multiplication qui rappelle l'accroissement de vitesse dû à la pesanteur. Lentement d'abord, puis de plus en plus rapidement, ils étendent leurs ramifications sur la surface du globe. P. Vidal de La Blache, Principes de géographie humaine,1921, p. 244.
Augmentation en intensité :
15. ... les Égyptiens, regardant le soleil comme un grand Dieu, architecte et modérateur de l'univers, expliquaient non-seulement la fable d'Osiris, mais encore toutes leurs fables religieuses généralement par les astres et par le jeu de leurs mouvemens, par leur apparition, les accroissemens ou la diminution de sa lumière, par la marche progressive du soleil, par les divisions du ciel et du tems dans leurs deux grandes parties, l'une affectée au jour et l'autre à la nuit... Ch.-F. Dupuis, Abrégé de l'origine de tous les cultes, préf., 1796, p. 13.
16. Voici quelques procédés de redoublement propres à la technique moderne. (...) les instruments à vent chantent (...) tous le melos (...) Un pareil accroissement d'ampleur et d'intensité ne convient qu'à des thèmes significatifs... Gevaert, Cours méthodique d'orchestration,1885, p. 225.
Rem. Peut être suivi d'un compl. déterminatif qui spécifie l'idée de nombre, de surface, d'intensité... : l'accroissement du nombre de...
Absol. L'accroissement en nombre :
17. [dans l'appareil de mesure de l'eau entraînée] (...) aussitôt que toute l'eau est vaporisée, le moindre accroissement de volume dans la boîte (...) est accompagné d'une dépression... L. Ser, Traité de physique industrielle,t. 2, 1890, p. 215.
3. DR. ,,En parlant d'une chose, d'une valeur, d'un fonds territorial, action par laquelle cela accroît au profit du possesseur. Les terres que l'atterrissement ajoute à un rivage appartiennent au propriétaire par droit d'accroissement.`` (Littré) :
18. ... il utilisa tous les stratagèmes, fut bientôt célèbre chez les notaires du pays, prêta sur hypothèques, acheta des parcelles dans tous les coins pour les troquer contre celles qu'il lui fallait, mena toute sa vie durant une espèce de guerre patiente et sourde, de politique féodale d'accroissement et d'acquêts, d'alliances, d'échanges, d'encerclements. M. Van der Meersch, Invasion 14,1935, p. 35.
B.− Au fig. Augmentation en intensité, en étendue, en force...
1. [En parlant d'une qualité] :
19. grenneville (souriant). − « C'est un procédé qui peut avoir de grands avantages... il suffit pour le justifier qu'il nous vaille un accroissement de courage. » R. Martin du Gard, Jean Barois,1913, p. 514.
20. Dans ce contact mystique, il y a un accroissement de chaleur, de poésie, une élévation de notre ton vital qui nous mettent en goût et en pouvoir de mieux disposer de ce que nous savons déjà. M. Barrès, Mes cahiers,t. 14, févr.-juill. 1922, p. 25.
21. Satisfaction vaniteuse et sentiment de supériorité, soudain accroissement de vitalité, et détente après contrainte (...) voilà les principaux procédés d'explication [du Comique]. G. Dumas, Traité de psychologie,1923-1924, p. 329.
22. L'ordre phonétique embrasse (...) dans la musique vocale, les différences de timbre des voyelles, dont les combinaisons (...) peuvent apporter au rythme un accroissement de charme et de beauté. A. Mocquereau, Le Nombre musical grégorien,1908-1927, p. 29.
2. [En parlant d'un syst. pol., relig.] :
23. ... nous venons de passer en revue les tyrans d'Athènes, Denys à Syracuse, Agis à Sparte, les philosophes grecs, leur influence politique et religieuse, l'histoire de la naissance, de l'accroissement et de la chute du polythéisme... F.-R. de Chateaubriand, Essai sur les Révolutions, t. 2, 1797, p. 397.
3. [En parlant des fac., des connaissances, d'une activité] :
24. On verra que ce n'est pas l'accroissement des lumières, mais leur décadence, qui a produit les vices des peuples policés; et qu'enfin, loin de jamais corrompre les hommes, les lumières les ont adoucis, lorsqu'elles n'ont pu les corriger ou les changer. A. de Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain,1794, p. 26.
25. La doctrine du Christ qui n'est que paix, joie, règle, promesse, lumière, accroissement du caractère et de la raison, chacun l'abandonne comme il l'avait prédit. « Je suis venu au nom de mon père et vous ne m'avez pas accueilli... » P. Claudel, A. Gide, Correspondance,lettre de P. C. à A. G., Noël 1906, p. 69.
26. Tout l'énorme accroissement, toute l'énorme acquisition de culture de la Renaissance, notamment de la Renaissance française, cette acquisition que l'on croyait acquise, tout ce trésor, toute cette deffense et illustration, toute cette éminente dignité... Ch. Péguy, Victor-Marie, comte Hugo,t. 2, 1910, p. 812.
27. Vous êtes celui qui vit incessamment sans déchet et sans accroissement de votre être. Tout périt, tout se change, tout se corrompt, et ne demeure pas un seul moment en même consistance. H. Bremond, Hist. littéraire du sentiment religieux en France,t. 3, 1921, p. 470.
28. Quelle est du reste, ajoutais-je, la fonction particulière reliant expérimentalement l'une à l'autre, dans leurs développements respectifs, les deux énergies radiale et tangentielle du monde? Évidemment l'arrangement : L'arrangement, dont les progrès successifs se doublent intérieurement, nous pouvons le constater, d'un accroissement et d'un approfondissement continus de conscience. P. Teilhard de Chardin, Le Phénomène humain,1955, p. 155.
4. [En parlant d'un sentiment] :
29. La comparaison du thème et de la 4evariation [dans l'Andante Cantabile du quatuor N. V op. 18 de Beethoven] (...) fait ressortir un accroissement continu d'émotion et d'ardeur intime. J. de Marliave, Les Quatuors de Beethoven,1925, p. 38-39.
30. C'était une singulière dérision que cet accroissement de la joie chez l'un par la diminution du désir chez l'autre. M. Druon, Les Grandes familles,t. 2, 1948, p. 233.
5. [En parlant d'une pers. envisagée du point de vue d'un des attributs précédents] Épanouissement intellectuel ou moral, influence plus étendue :
31. « Je ne sais pas si tout mon passé pèse autant que ce litre dans la balance de ma cervelle. Dire : « Nous sommes gris! », c'est ne rien dire. De quel mot nommer cet accroissement de nous-même, cette extension soudaine de notre empire et de notre vertu? » J. Romains, Les Copains,1913, p. 131.
32. Ceci résulte immédiatement de ce que nous disions, il y a un instant, sur l'interliaison des actions naturelle et surnaturelle dans le monde. Tout accroissement que je me donne, ou que je donne aux choses, se chiffre par quelque augmentation de mon pouvoir d'aimer, et quelque progrès dans la bienheureuse mainmise du Christ sur l'univers. P. Teilhard de Chardin, Le Milieu divin,1955, p. 52.
Rem. 1. Accroissement peut s'employer au sens le plus abstr. d'« augmentation » sans être suivi d'un compl. déterminatif :
33. En toutes choses, gardons-nous de fouiller sous les fondements. Il n'y a de bon dans les innovations, que ce qui est développement, accroissement, achèvement. En poésie, en éloquence, en politique, rien de nouveau, s'il n'est évidemment meilleur et par conséquent éprouvé par la pratique et l'examen. J. Joubert, Pensées,t. 1, 1824, p. 346.
34. ... Dieu est essentiellement une chose qui s'accroît; sa loi est « incessant changement », « incessante nouveauté », « incessante création »; son principe est essentiellement un principe d'accroissement : volonté, tension, poussée vitale; s'il est intelligence, comme chez Hegel, il est une intelligence qui « se développe », qui « se réalise » de plus en plus; l'être posé d'emblée dans toute sa perfection et ne connaissant pas la conquête est un objet de mépris; il représente (Bergson) « une éternité de mort ». J. Benda, La Trahison des clercs,1927, p. 1940.
35. La vie dans l'espèce, en son être vrai, est désormais libérée de la finitude, que semblait lui imposer de l'intérieur la forme organique. On pourra donc justement la décrire comme un procès d'accroissement, de devenir et de mouvements perpétuels. J. Vuillemin, Essai sur la signification de la mort,1949, p. 275.
Rem. 2. De nombreux ex. offrent des séries associatives dans lesquelles l'accroissement constitue seulement un moment d'une évolution. L'étape suiv. se trouve être soit la décroissance, la dégénérescence, la chute; soit l'achèvement ou la perfection. 3. Les ex. 27 et 34 qui rapportent l'idée d'accroissement à la conception de la nature de Dieu, montrent le pouvoir d'extension du mot.
Prononc. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [akʀwasmã]. Passy 1914 et Barbeau-Rodhe 1930 transcrivent la 2esyllabe avec [ɑ] post. Harrap's 1963 et Warn. 1968 donnent la possibilité des 2 prononc. Enq. : /akʀwasmã/. 2. Hist. − Fér. 1768 transcrit : akrèce-mɑn; Fér. Crit. t. 1 1787, préconise la prononc. actuelle mais propose l'orth. avec un seul c.
Étymol. ET HIST. − 1. 1150 « progression, augmentation (domaine moral) » (La vie de St Evroult, 2355, éd. F. Danne ds Rom. Forsch., 32, p. 833 : Donc entre ces aournemens De vertuz en acreissemens, Le baron, trés bien esprouvé, S'est si bien envers dieu prouvé...); 1181 « amélioration d'une situation, prospérité (de qqn) » (Statuts de Roger de Molins ds Statuts d'hotel Dieu, éd. L. Le Grand, 12 ds Barb. Misc. 2, 94 : A l'onor de Dieu, et à l'aornement de religion, et l'acreissement et utilité des povres malades). − 1680 (Rich. t. 1, s.v. : augmentation, prospérité : faire des vœux pour l'acroissement de l'Empire); 1239 « action de s'accroître (d'un bien) » terme jur. médiév. (Acte ds Notices et extraits des mss. de la Bibl. Nat., XXVIII, 27 ds Barb., op. cit., ibid. : en acressement de son fié); 1690 dr., Fur. : accroissement est un certain profit casuel qui arrive à un collègue, aux membres d'une Compagnie, par la mort ou l'absence d'un associé, d'un confrère. Une chose léguée à deux légataires, appartient pour le total à celuy qui survit le testateur par droit d'accroissement. Il y a des titres exprès dans le Digeste qui traittent du droit d'accroissement; 2. 1235 « fait d'ajouter » (Cart. de Notre-Dame des Voisins, 152 ds Quem. : Pour accroissement d'un service Notre Seigneur en ladite abbaye) attest. isolée; 3. 1267-68 « augmentation graduelle d'un être jusqu'à la limite de son développement » (Brunetto Latini, Li Livres dou tresor, 149, éd. Chabaille ds T.-L. : accroissemens est cele euvre de nature qui fait croistre un petit enfant ou autre chose de sa generacion jusqu'a tant que ele doit croistre). Dér. du thème du part. prés. de accroître*; suff. -ment*.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 894. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 1 769, b) 420; xxes. : a) 855, b) 1 552.
BBG. − Bar 1960. − Barr. 1967. − Bénac 1956. − Brard 1838. − Cap. 1936. − Dainv. 1964. − Dupin-Lab. 1846. − Éd. 1913. − Fromh.-King 1968. − Lew. 1960, p. 122. − Littré-Robin 1865 − Nysten 1814-20. − Privat-Foc. 1870. − Réau-Rond. 1951 − Ritter (E.). Les Quatre dictionnaires français. Remarques lexicographiques. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 340. − Romeuf t. 1 1956.

Wiktionnaire

Nom commun

accroissement \ak.ʁwas.mɑ̃\ masculin

  1. Action de croître, de se développer.
    • Le développement de cette espèce est de type hétérométabole : l’accroissement de la taille se fait progressivement au cours de quatre mues juvéniles et d'une mue imaginale et s'accompagne de changements dans les proportions du corps. — (Archives de zoologie expérimentale et générale, vol.116, page 175, CNRS, 1975)
    • [...] hélas ! tes vingt ans rendront paisible le sommeil des parvenus sexagénaires, à moins que ton sang n’aille, dans les pays équatoriaux, engraisser le territoire enlevé par violence aux peuples indigènes, pour l’accroissement des larrons, prêtres, soudards ou financiers. — (Laurent Tailhade, Discours pour la Paix, Lettre aux conscrits, L’Idée libre, 1928, p. 21-30)
  2. L’augmentation que reçoit la personne ou l’objet qui s’accroît.
    • L’accroissement des rivières.
    • L’accroissement d’un état.
    • Un accroissement, des accroissements de biens, d’honneurs, de fortune.
  3. (Spécialement) Droit par lequel une chose accroît à quelque personne ou à quelque fonds.
    • La loi attribue aux héritiers et aux légataires survivants, capables et acceptants, la part des cohéritiers morts, devenus incapables ou renonçants en vertu d’un droit d’accroissement.
    • Les terres que l’eau ajoute peu à peu au bord des fleuves ou des rivières appartiennent aux riverains par droit d’accroissement.
  4. En termes de législation fiscale, droit établi dans une société civile sur la part des membres ayant cessé de faire partie de la société, qui augmente la part des membres restants.
  5. (Sylviculture) Augmentation du volume de bois ou de la surface terrière d’un peuplement du fait de la croissance naturelle des arbres.
    • En effet, outre cette approche individuelle des arbres lors du martelage, le niveau de prélèvement est guidé par le capital sur pied (existant et souhaité) et l’accroissement courant du peuplement, évalués de plus en plus souvent en surface terrière, mais qui peuvent l’être aussi en volume. — (Thierry Sardin, Chênaies continentales, Office national des forêts, 2008, ISBN 978-2-84207-321-3 → lire en ligne)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ACCROISSEMENT. n. m.
Action de croître, de se développer. L'accroissement des plantes. L'accroissement du corps. Il signifie aussi l'Augmentation que reçoit la personne ou l'objet qui s'accroît. L'accroissement des rivières. L'accroissement d'un État. Un accroissement, des accroissements de biens, d'honneurs, de fortune. Il désigne aussi spécialement le Droit par lequel une chose accroît à quelque personne ou à quelque fonds. La loi attribue aux héritiers et aux légataires survivants, capables et acceptants, la part des cohéritiers morts, devenus incapables ou renonçants en vertu d'un droit d'accroissement. Les terres que l'eau ajoute peu à peu au bord des fleuves ou des rivières appartiennent aux riverains par droit d'accroissement. En termes de Législation fiscale, il désigne particulièrement le Droit établi dans une société civile sur la part des membres ayant cessé de faire partie de la société, qui augmente la part des membres restants.

Littré (1872-1877)

ACCROISSEMENT (a-kroi-se-man) s. m.
  • 1Action de croître, de pousser. L'accroissement de nos corps. L'accroissement des plantes. Pendant que Bernard plante et arrose, Dieu donne l'accroissement, Fénelon, t. XVII, p. 237. Plantons, arrosons, et laissons au Seigneur l'accroissement, Massillon, Incarn. Plus ces membres croissent et se fortifient, plus le corps prend d'accroissement et acquiert de force, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 314. Le faon ne quitte pas sa mère dans les premiers temps, quoiqu'il prenne un assez prompt accroissement, Buffon, Cerf.
  • 2Augmentation, agrandissement, extension. L'accroissement du fleuve. Un conquérant enflé de l'accroissement de son empire. De perpétuels accroissements d'honneur et de gloire. Les accroissements successifs de la Russie. Les soucis accompagnent l'accroissement de la fortune. La gloire de Turenne reçut un nouvel accroissement. Une reine, si grande par tant de titres, le devenait tous les jours par les grandes actions du roi et par le continuel accroissement de sa gloire, Bossuet, Marie-Thérèse. Le Seigneur, éloigné de ce lieu saint par vos profanations, ne donne plus l'accroissement à nos travaux, Massillon, Car. Respect, temples. L'indulgence d'Auguste en fait l'accroissement [de ce mal], Tristan, Mort de Chrisp. IV, 1. Tant cette doctrine reçoit d'accroissement par le temps, Pascal, Prov. 13. Demandons à l'esprit de Dieu qu'il anime nos discours et qu'il nous porte par sa grâce à un accroissement de vertus que nous remarquons dans ce saint, Fléchier, Panég. II, 180. En voyant les accroissements de ces pernicieuses doctrines, Fléchier, ib. II, 217. Ces accroissements de charité que la grâce produit dans les cœurs dociles, Fléchier, ib. II, 469.
  • 3 Terme de droit. En parlant d'une chose, d'une valeur, d'un fonds territorial, action par laquelle cela accroît au profit du possesseur. Les terres que l'atterrissement ajoute à un rivage appartiennent au propriétaire par droit d'accroissement.
  • 4En minéralogie, accroissement des cristaux, propriété des cristaux de se grossir sans changer de forme.

HISTORIQUE

XIIIe s. Tels miracles comme vous avez oï, et tel acroissement à l'empire de Constantinople fist nostre Sires as chrestiens à celui termine, H. de Valenciennes, X.

XIVe s. La congnoissance de ceste fin donne grant aide et grant acroissement de bien à vie humaine, Oresme, Eth. 2. Une de celles puissances ou vertus est cause de nourissement et de acroissement, Oresme, Eth. 30. Par convivre et converser avecques les bons est faitte une exercitation et accroissement de vertu, si comme disoit le poete Theognis, Oresme, Eth. 284. Puissance augmentative par quoy est fait acroissement, Oresme, ib. IX, 15.

XVIe s. Arminius qui seul empeschoit l'accroissement de la domination en ces contrées-là, Montaigne, III, 236. Ce n'estoit pas un petit accroissement de forces et d'authorité, Amyot, Phil. 25.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

ACCROISSEMENT, s. m. en Droit, est l’adjection & la réunion d’une portion devenue vacante à celle qui est déja possédée par quelqu’un. Voyez Accession.

Dans le Droit civil un legs fait à deux personnes conjointes tam re quam verbis, tombe tout entier par droit d’accroissement à celui des deux légataires qui survit au testateur, si l’un des deux est mort auparavant. L’alluvion est une autre espece d’accroissement. Voyez Alluvion. (H)

Accroissement, en Physique, se dit de l’augmentation d’un corps organisé qui croît par de nouvelles parties qui s’y ajoûtent.

L’accroissement est de deux sortes : l’un consiste dans une simple apposition extérieure de nouvelle matiere ; c’est ce qu’on nomme autrement juxta-position, & c’est ainsi, selon plusieurs Physiciens, que croissent les pierres, les coquilles, &c. V. Pierre & Coquille.

L’autre se fait par un fluide qui est reçû dans des vaisseaux, & qui y étant porté peu à peu, s’attache à leurs parois, c’est ce qu’on appelle intus-susception, & c’est ainsi, selon les mêmes Auteurs, que croissent les animaux & les plantes. V. Plante, Animal ; voyez aussi Végétation & Nutrition. (O)

Accroissement, action par laquelle les pertes du corps sont plus que compensées par la nutrition. Voyez Nutrition.

Il y a quelque chose d’assez remarquable dans l’accroissement du corps humain : le fœtus dans le sein de la mere croît toûjours de plus en plus jusqu’au moment de la naissance ; l’enfant au contraire croît toûjours de moins en moins jusqu’à l’âge du puberté, auquel il croît pour ainsi dire tout à coup, & arrive en fort peu de tems à la hauteur qu’il doit avoir pour toûjours. Il ne s’agit pas ici du premier tems après la conception, ni de l’accroissement qui succede immédiatement à la formation du fœtus ; on prend le fœtus à un mois, lorsque toutes ses parties sont développées ; il a un pouce de hauteur alors ; à deux mois deux pouces un quart, à trois mois trois pouces & demi, à quatre mois cinq pouces & plus, à cinq mois six pouces & demi ou sept pouces, à six mois huit pouces & demi ou neuf pouces, à sept mois onze pouces & plus, à huit mois quatorze pouces, à neuf mois dix-huit pouces. Toutes ces mesures varient beaucoup dans les différens sujets, & ce n’est qu’en prenant les termes moyens qu’on les a déterminées. Par exemple, il naît des enfans de vingt-deux pouces & de quatorze ; on a pris dix-huit pouces pour le terme moyen, il en est de même des autres mesures : mais quand il y auroit des variétés dans chaque mesure particuliere, cela seroit indifférent à ce que M. de Buffon, d’où ces observations sont tirées, en veut conclurre. Le résultat sera toûjours que le fœtus croît de plus en plus en longueur tant qu’il est dans le sein de la mere : mais s’il a dix-huit pouces en naissant, il ne grandira pendant les douze mois suivans que de six ou sept pouces au plus ; c’est-à-dire, qu’à la fin de la premiere année il aura vingt-quatre ou vingt-cinq pouces ; à deux ans, il n’en aura que vingt-huit ou vingt-neuf ; à trois ans, trente ou trente-deux au plus, & ensuite il ne grandira guere que d’un pouce & demi ou deux pouces par an jusqu’à l’âge de puberté : ainsi le fœtus croît plus en un mois sur la fin de son séjour dans la matrice, que l’enfant ne croît en un an jusqu’à cet âge de puberté, où la nature semble faire un effort pour achever de développer & de perfectionner son ouvrage en le portant, pour ainsi dire, tout à coup au dernier degré de son accroissement.

Le fœtus n’est dans son principe qu’une goutte de liqueur limpide, comme on le verra ailleurs ; un mois après toutes les parties qui dans la suite doivent devenir osseuses, ne sont encore que des cellules remplies d’une espece de colle très-déliée. Le fœtus passe promptement du néant, ou d’un état si petit que la vûe la plus fine ne peut rien appercevoir, à un état d’accroissement si considérable au moyen de la nourriture qu’il reçoit du suc laiteux ; qu’il acquiert dans l’espace de neuf mois la pesanteur de douze livres environ, poids dont le rapport est certainement infini avec celui de son premier état. Au bout de ce terme, exposé à l’air, il croît plus lentement, & il devient dans l’espace de vingt ans environ douze fois plus pesant qu’il n’étoit, & trois ou quatre fois plus grand. Examinons la cause & la vîtesse de cet accroissement dans les premiers tems, & pourquoi il n’est pas aussi considérable dans la suite. La facilité surprenante qu’a le fœtus pour être étendu, se concevra si on fait attention à la nature visqueuse & muqueuse des parties qui le composent, au peu de terre qu’elles contiennent, à l’abondance de l’eau dont elles sont chargées, enfin au nombre infini de leurs vaisseaux, que les yeux & l’injection découvrent dans les os, dans les membranes, dans les cartilages, dans les tuniques des vaisseaux, dans la peau, dans les tendons, &c. Au lieu de ces vaisseaux, on n’observe dans l’adulte qu’un tissu cellulaire épais, ou un suc épanché : plus il y a de vaisseaux, plus l’accroissement est facile. En effet le cœur alors porte avec une vîtesse beaucoup plus grande les liquides ; ceux qui sont épanchés dans le tissu cellulaire s’y meuvent lentement, & ils ont moins de force pour étendre les parties. Il doit cependant y avoir une autre cause ; savoir, la plus grande force & le plus grand mouvement du cœur qui soit dans le rapport des fluides & des premiers vaisseaux : ce point saillant déjà vivifié dans le tems que tous les autres visceres dans le fœtus, & tous les autres solides, ne sont pas encore sensibles, la fréquence du pouls dans les jeunes animaux, & la nécessité nous le font voir. Effectivement l’animal pourroit-il croître si le rapport du cœur du tendre fœtus à ses autres parties, étoit le même que celui du cœur de l’adulte à toutes les siennes. La force inconnue, quelle qu’elle puisse être, qui met les parties des corps animés en mouvement, paroît produire un plus grand effet dans le fœtus que dans l’adulte, dans lequel tous les organes des sensations s’endurcissent, tandis qu’ils sont extrèmement tendres & sensibles dans le fœtus. Telles sont l’œil, l’oreille, la peau, le cerveau même. Ceci ne peut-il pas encore s’expliquer, en ce que le fœtus a la tête plus grosse, par le rapport plus grand des nerfs des jeunes animaux au reste de leurs parties ?

Ne doit-il donc pas arriver que le cœur faisant effort contre les vaisseaux muqueux il les étende aisément, de même que le tissu cellulaire qui les environne, & les fibres musculaires arrosées par des vaisseaux ? Or toutes ces parties cedent facilement,parce qu’elles renferment peu de terre, & qu’au contraire elles sont chargées de beaucoup de gluten qui s’unit & qui se prête aisément. L’ossification doit donc se faire lorsque le suc gelatineux renfermé entre deux vaisseaux paralleles, devient osseux à la suite du battement réiteré de ces vaisseaux. Les os s’accroissent lorsque les vaisseaux placés le long de leurs fibres viennent à être étendus par le cœur ; ces vaisseaux en effet entraînent alors avec eux les fibres osseuses, ils les allongent, & elles repoussent les cartilages qui limitent les os & toutes les autres parties qui, quoique cellulaires, sont cependant élastiques. Ces fibres s’étendent entre leurs épiphyses, de sorte qu’elles les rendent plus courtes, mais plus solides. Tel est le méchanisme par lequel les parties du corps s’allongent, & par lequel il se forme des intervalles entre les fibres osseuses, cellulaires & terreuses qui se sont allongées. Ces intervalles sont remplis par les liquides, qui sont plus visqueux & plus gelatineux dans les jeunes animaux que les adultes. Ces liquides contractent donc plus facilement des adhérences, & se moulent sur les petites cavités dans lesquelles ils entrent. La souplesse des os dans le fœtus, la facilité avec laquelle ils se consolident, la plus grande abondance du suc glutineux & de l’humeur gelatineuse dans les membres des jeunes animaux, & le rapport des cartilages aux grands os, font voir que les os dans les jeunes sujets sont d’une nature plus visqueuse que dans les vieillards : mais plus l’animal approche de l’adolescence, & plus l’accroissement se fait lentement. La roideur des parties qui étoient souples & flexibles dans le fœtus ; la plus grande partie des os qui auparavant n’étoient que des cartilages, en sont des preuves. En effet, plusieurs vaisseaux s’affaissant à la suite du battement des gros troncs qui leur sont voisins, ou dans les membranes desquels ils se distribuent, ces vaisseaux sont remplacés par des parties solides qui ont beaucoup plus de consistance. Effectivement le suc osseux s’écoule entre les fibres osseuses ; toutes les membranes & les tuniques des vaisseaux sont formées d’un tissu cellulaire plus épais : d’ailleurs, une grande quantité d’eau s’évaporant de toutes les parties, les filets cellulaires se rapprochent, ils s’attirent avec plus de force, ils s’unissent plus étroitement, ils résistent davantage à leur séparation ; l’humeur glaireuse, qui est adhérente aux os & aux parties solides, se seche ; la compression des arteres & des muscles dissipe le principe aqueux : les parties terreuses sont en conséquence dans un plus grand rapport avec les autres.

Toutes ces choses se passent ainsi jusqu’à ce que les forces du cœur ne soient plus suffisantes pour étendre les solides au-delà. Ceci a lieu lorsque les épiphyses cartilagineuses dans les os longs, se sont insensiblement diminuées au point qu’elles ne peuvent l’être davantage, & que devenues extrèmement minces & très-dures, elles se résistent à elles-mêmes, & au cœur en même tems. Or comme la même cause agit de même sur toutes les parties du corps, si on en excepte un petit nombre, tout le tissu cellulaire, toutes les membranes des arteres, les fibres musculaires, les nerfs, doivent acquérir insensiblement la consistance qu’ils ont par la suite, & devenir tels que la force du cœur ne soit plus capable de les étendre.

Cependant le tissu cellulaire lâche & entrecoupé de plusieurs cavités, se prête dans différens endroits à la graisse qui s’y insinue, & quelquefois au sang : ce tissu se gonfle dans différentes parties ; ainsi quoiqu’on ne croisse plus, on ne laisse pas de grossir. Il paroît que cela arrive, parce que l’accroissement n’ayant plus lieu, il se sépare du sang une plus petite quantité de sucs nourriciers, il reste plus de matiere pour les secrétions ; la résistance que trouve le sang dans les plus petits vaisseaux, devient plus grande par leur endurcissement : les secrétions lentes doivent alors être plus abondantes, le rapport de la force du cœur étant moindre, puisque la roideur des parties augmente la résistance, & que d’ailleurs la force du cœur ne paroît pas devenir plus grande. En effet, le cœur est un muscle qui tire principalement sa force de sa souplesse, de la grande quantité du suc nerveux qui s’y distribue, eu égard à la solidité de la partie rouge du sang, (comme nous le dirons ailleurs). Or bien loin que la vieillesse augmente toutes ces choses, elle les diminue certainement : ainsi le corps humain n’a point d’état fixe, comme on le pourroit penser. Quelques vaisseaux sont continuellement détruits & se changent en fibres d’autant plus solides, que la pression du poids des muscles & du cœur a plus de force dans différentes parties : c’est pour cela que les parties dont les ouvriers se servent plus fréquemment se roidissent ; le tissu cellulaire devient aussi continuellement plus épais, plus dur ; l’humeur glutineuse plus seche & plus terreuse ; les os des vieillards deviennent en conséquence roides ; les cartilages s’ossifient. Lorsque le gluten, dont toutes les parties tiennent leur souplesse, vient à être détruit, elles deviennent dures, le tissu cellulaire même du cerveau, du cœur, des arteres, sont dans ce cas ; la pesanteur spécifique des différentes parties du corps devient plus grande, & même celle du crystallin : enfin la force attractive des particules glutineuses des liqueurs du corps humain diminue par les alimens salés dont on a fait usage, par les boissons inflammables, par les excès de tout genre. Le sang dégénere donc en une masse friable,acre, & qui n’est point gelatineuse : c’est ce que font voir la lenteur des cicatrices des plaies & des fractures, la mauvaise odeur de l’haleine, de l’urine, la plus grande quantité des sels du sang, la diminution de sa partie aqueuse, & l’opacité des humeurs qui étoient autrefois transparentes.

C’est pourquoi les ligamens intervertébraux venant à se sécher, à se durcir, & à s’ossifier, ils rapprochent insensiblement en devant les vertebres les unes des autres ; on devient plus petit & tout courbé. Les tendons deviennent très-transparens, très durs & cartilagineux, lorsque le gluten qui étoit dans l’interstice de leurs fibres est presque détruit. Les fibres musculaires, les vaisseaux, & surtout les arteres, deviennent plus dures, l’eau qui les rendoit molles étant dissipée : elles s’ossifient même quelquefois. Le tissu cellulaire lâche se contracte, forme des membranes d’une tissure plus serrée : les vaisseaux excréteurs sont en conséquence comprimés de part & d’autre, & leurs petits orifices se ferment : la sécheresse des parties diminue donc les secrétions nécessaires du sang, les parties se roidissent, la température du sang devient plus seche & plus terreuse ; de maniere qu’au lieu de l’humeur que le sang déposoit auparavant dans toutes les parties du corps, il n’y porte plus qu’une vraie terre, comme on le sait par les endurcissemens qui arrivent, par les croûtes osseuses répandues dans les arteres, dans les membranes, dans la superficie de la plûpart des os, surtout des vertebres, & quelquefois dans les parties les plus molles, comme on l’a observé dans toutes les parties du corps.

C’est la voie naturelle qui conduit à la mort, & cela doit arriver lorsque le cœur devient plus compact ; que sa force n’augmente pas à proportion des résistances qu’il rencontre ; & que par conséquent il succombe sous la charge. Lorsque le poumon, qui est moins susceptible de dilatation, résiste au ventricule droit du cœur, de même que tout le système des arteres capillaires, qui d’ailleurs font beaucoup de résistance au cœur, le mouvement du sang se ralentit insensiblement, il s’arrête, & le sang s’accumule surtout dans le ventricule droit, parce qu’il ne trouve plus de passage libre par le poumon, jusqu’à ce qu’enfin le cœur palpitant pendant quelque tems, le sang s’arrête, se coagule, & le mouvement du cœur cesse.

La nature a presque marqué le terme auquel tous les animaux doivent arriver : on n’en sait pas bien les raisons. L’homme qui vit long-tems vit naturellement deux fois plus que le bœuf & que le cheval, & il s’en est trouvé assez fréquemment qui ont vécû cent ans, & d’autres qui sont parvenus à 150. Les oiseaux vivent plus long-tems que les hommes ; les poissons vivent plus que les oiseaux, parce qu’au lieu d’os ils n’ont que des cartilages, & ils croissent continuellement.

La durée totale de la vie peut se mesurer en quelque façon par celle du tems de l’accroissement. Un arbre ou un animal qui prend en peu de tems son accroissement, périt beaucoup plûtôt qu’un autre auquel il faut plus de tems pour croître. Dans les animaux comme dans les végétaux, l’accroissement en hauteur est celui qui est achevé le premier. Un chêne cesse de grandir long-tems avant qu’il cesse de grossir. L’homme croît en hauteur jusqu’à seize ou dix-huit ans, & cependant le développement entier de toutes les parties de son corps en grosseur, n’est achevé qu’à trente ans. Les chiens prennent en moins d’un an leur accroissement en longueur ; & ce n’est que dans la seconde année qu’ils achevent de prendre leur grosseur. L’homme qui est trente ans à croitre, vit quatre-vingts-dix ans ou cent ans ; le chien qui ne croît que pendant deux ou trois ans, ne vit aussi que dix ou douze ans : il en est de même de la plûpart des autres animaux. Les poissons qui ne cessent de croître qu’au bout d’un très-grand nombre d’années, vivent des siecles, &c. comme nous l’avons déjà insinué. Cette longue durée de leur vie doit dépendre de la constitution particuliere de leurs arrêtes, qui ne prennent jamais autant de solidité que les os des animaux terrestres.

Les animaux qui ne produisent qu’un petit nombre de fœtus, prennent la plus grande partie de leur accroissement, & même leur accroissement tout entier, avant que d’être en état d’engendrer ; au lieu que les animaux qui multiplient beaucoup, engendrent avant même que leur corps ait pris la moitié, ou même le quart de son accroissement. L’homme, le cheval, le bœuf, l’âne, le bouc, le belier, ne sont capables d’engendrer que quand ils ont pris la plus grande partie de leur accroissement, il en est de même des pigeons & des autres oiseaux qui ne produisent qu’un petit nombre d’œufs : mais ceux qui en produisent un grand nombre, comme les coqs, les poules, les poissons, &c. engendrent bien plûtôt. Un coq est capable d’engendrer à l’âge de trois mois, & il n’a pas alors pris plus d’un tiers de son accroissement ; un poisson qui doit au bout de vingt ans peser trente livres, engendre dès la premiere ou la seconde année, & cependant il ne pese peut-être pas alors une demi-livre. Mais il y auroit des observations particulieres à faire sur l’accroissement & la durée de la vie des poissons : on peut reconnoître à peu près leur âge en examinant avec une loupe ou un microscope les couches annuelles dont sont composées leurs écailles : mais on ignore jusqu’où il peut s’étendre. On voit des carpes chez M. le Comte de Maurepas, dans les fossés de son château de Pontchartrain, qui ont au moins cent cinquante ans bien avérés, & elles paroissent aussi agiles & aussi vives que des carpes ordinaires. Il ne faut pas dire avec Leuwenhoek, que les poissons sont immortels, ou du moins qu’ils ne peuvent mourir de vieillesse. Tout doit périr avec le tems ; tout ce qui a eu une origine, une naissance, un commencement, doit arriver à un but, à une mort, à une fin : mais il est vrai que les poissons vivant dans un élément uniforme, & qu’étant à l’abri des grandes vicissitudes & de toutes les injures de l’air, ils doivent se conserver plus long-tems dans le même état que les autres animaux : & si ces vicissitudes de l’air sont, comme le prétend un grand Philosophe (le Chancelier Bacon) (Voyez son traité de la vie & de la mort) les principales causes de la destruction des êtres vivans, il est certain que les poissons étant de tous les animaux ceux qui y sont les moins exposés, ils doivent durer beaucoup plus long-tems que les autres. Mais ce qui doit contribuer encore plus à la longue durée de leur vie, c’est que leurs os sont d’une substance plus molle que ceux des autres animaux, & qu’ils ne se durcissent pas, & ne changent presque point du tout avec l’âge. Les arrêtes des poissons s’allongent, grossissent, & prennent de l’accroissement sans prendre plus de solidité, du moins sensiblement ; au lieu que les os des autres animaux, aussi bien que toutes les autres parties solides de leurs corps, prennent toujours plus de dureté & de solidité : & enfin lorsqu’elles sont absolument remplies & obstruées, le mouvement cesse, & la mort suit. Dans les arrêtes au contraire cette augmentation de solidité, cette replétion, cette obstruction qui est la cause de la mort naturelle, ne se trouve pas, ou du moins ne se fait que par degrés beaucoup plus lents & plus insensibles, & il faut peut-être beaucoup de tems pour que les poissons arrivent à la vieillesse.

La mort est donc d’une nécessité indispensable suivant les lois des corps qui nous sont connues, quoique la differente proportion de la force du cœur aux parties solides, la coction des alimens, le caractere du sang, la chaleur de l’air extérieur, puissent plus ou moins en éloigner le terme. En conséquence de ces lois, les vaisseaux les plus petits devoient être comprimés par les plus gros, le gluten devoit s’épaissir insensiblement, les parties aqueuses s’evaporer, & par conséquent les filets du tissu cellulaire s’approcher de plus en plus. Au reste, un régime de vie tranquille, qui n’est point troublé par les passions de l’ame & par les mouvemens violens du corps ; une nourriture tirée de végétaux ; la tempérance & la fraîcheur extérieure, peuvent empêcher les solides de devenir sitôt roides, suspendre la secheresse & l’acreté du sang.

Est-il croyable qu’il naisse ou renaisse de nouvelles parties dans le corps humain ? La maniere dont les polypes, & presque toute la famille des testacées se reproduisent ; la régénération des vers, des chenilles, des serres des écrevisses ; tous les différens changemens qui arrivent à l’estomac, la reproduction des queues des lésards, & des os qui occupent la place de ceux que l’on a perdus, prouvent-ils qu’ils se fait une pareille régénération dans toutes les parties des corps animés ? doit-on lui attribuer la réparation naturelle des cheveux (qui sont des parties organiques) des ongles, des plumes, la production des nouvelles chairs dans les plaies, celle de la peau, la réduction du scrotum, le cal des os ? La question est difficile à décider. Ceci a néanmoins lieu dans les insectes, dont la structure est simple & gelatineuse, & dont les humeurs lentes ne s’écoulent point, mais restent adhérentes aux autres parties du corps. Les membranes dans lesquelles se forment les hydatides dans l’homme, la génération des chairs dans les blessures, le cal qui fortifie non-seulement les os fracturés, mais qui encore tient lieu des os entiers, se forment d’une liqueur gelatineuse rendue compacte par la pulsation des arteres voisines prolongées : on n’a cependant jamais observé que de grandes parties organiques se soient régénérées. La force du cœur dans l’homme, & la tendance que les humeurs qui y séjournent ont à la pourriture, la structure composée du corps, qui est fort différente de celle des insectes, s’opposent à de pareilles régénérations.

Il y a une autre espece d’accroissement qui a paru merveilleux quand le hasard l’a découvert : on remarqua en Angleterre que nos corps étoient constamment plus grands le matin que le soir, & que cet accroissement montoit à six & sept lignes ; on examina ce nouveau phénomene, & on en donna l’explication dans les Transactions Philosophiques. Un esprit qui n’auroit pû étendre ses vûes que sur des objets déjà découverts, auroit vérifié grossierement ce phénomene, l’auroit étalé aux yeux du public sous une autre forme, l’auroit paré de quelque explication physique mal ajustée, auroit promis de dévoiler de nouvelles merveilles : mais M. l’Abbé de Fontenu s’est rendu maître de cette nouvelle découverte ; il a laissé si loin ceux qui l’avoient donnée au public, qu’ils n’ont osé publier leurs idées ; il est fâcheux que l’ouvrage où il a rassemblé ses observations n’ait pas été imprimé. Nous ne donnerons pas ici le détail de toutes les découvertes qu’il a faites sur cette matiere : mais nous allons donner des principes dont on pourra les déduire. 1°. L’épine est une colonne composée de parties osseuses séparées par des cartilages épais, compressibles & élastiques ; les autres cartilages qui se trouvent à la tête des os, & dans les jointures, ne paroissent pas avoir la même élasticité. 2°. Tout le poids du tronc, c’est-à-dire, le poids de cent livres au moins, porte sur l’épine ; les cartilages qui sont entre les vertebres sont donc comprimés quand le corps est debout : mais quand il est couché, ils ne portent plus le même poids ; ils doivent se dilater, & par conséquent éloigner les vertebres ; ainsi le tronc doit devenir plus long, mais ce sera là précisément une force élastique qui augmentera le volume des cartilages. Les fluides sont poussés continuellement par le cœur, & ils trouvent moins de résistance dans les cartilages lorsqu’ils ne sont pas comprimés par le poids du tronc, ils doivent donc y entrer en plus grande quantité & dilater les vaisseaux : mais ces vaisseaux ne peuvent se dilater sans augmenter le volume des cartilages, & sans écarter les vertebres : d’abord les cartilages extrèmement comprimés se rétablissent avec plus de force ; ensuite cette force diminuera par degrés, comme dans les bâtons fléchis, qui se restituent ; il est donc évident que l’accroissement qui se fait quand on est couché demande un certain espace de tems, parce que les cartilages, toûjours pressés, ne peuvent se rétablir dans un instant. De plus, supposons que l’accroissement soit de six lignes, chaque ligne d’augmentation ne se fait pas dans le même espace de tems ; les dernieres lignes demanderont un tems beaucoup plus long, parce que les cartilages ont moins de force dans le dernier tems de la restitution ; de même qu’un ressort qui se débande a moins de force sur la fin de sa détente. 3°. L’accroissement dans les cartilages, doit produire une augmentation dans le diametre de la poitrine ; car les côtes en général sont plus éloignées sur l’épine que sur le sternum, ou dans leur marche. Suivant cette idée, prenons-en deux du même côté, regardons-les comme formant un angle dont une vertebre & un cartilage sont la base. Il est certain que de deux triangles qui ont les côtés égaux & les bases inégales, celui qui a la base plus petite a plus de hauteur perpendiculaire : or la base de l’angle que forment ces deux côtés le soir, est plus petite que la base de l’angle qu’ils forment le matin ; il faut donc que le soir il y ait plus de distance de l’épine au sternum, ou bien il faut que les côtés se soient voutés, & par conséquent la poitrine aura plus de distance le soir que le matin. 4°. Après le repas les vaisseaux sont plus pleins, le cœur pousse le sang & les autres fluides avec plus de force, les vaisseaux agissent donc plus fortement sur les cartilages ; ils doivent donc porter dans leur intérieur plus de fluide, & par conséquent les dilater ; les vertebres doivent donc s’éloigner, & par conséquent il y aura un accroissement après le repas, & il se fera en plus ou moins de tems, selon la force des vaisseaux, ou selon la situation du corps ; car si le corps est appuyé sur le dossier d’une chaise, le poids du tronc portera moins sur les cartilages, ils seront donc moins pressés ; l’action des vaisseaux qui arrivent dans les cartilages trouvera donc moins de résistance, elle pourra donc mieux les dilater : mais quand l’action des vaisseaux commencera à diminuer, le décroissement arrivera, parce que la pesanteur du corps l’emportera alors sur l’action des vaisseaux, laquelle ne sera plus aussi vigoureuse quand la digestion sera faite, & quand la transpiration, qui est très-abondante trois heures après le repas, aura diminué le volume, & par conséquent l’action des vaisseaux, & la chaleur qui porte partout la raréfaction. 5°. Il y a un accroissement & un décroissement auquel toutes ces causes n’ont pas la même part ; quand on est couché on devient plus long d’un demi pouce, même davantage : mais cette augmentation disparoît dès qu’on est levé. Deux faits expliqueront ce phénomene. 1°. L’épine est plus droite quand on est couché, que lorsque le corps est sur ses piés. 2°. Le talon se gonfle, & ce gonflement disparoît par le poids du corps ; au reste cet accroissement & ce décroissement sont plus considérables dans la jeunesse, que dans l’âge avancé. M. Senac, Essais de Physique. (L)

Accroissement, se dit, en Medecine, de l’augmentation d’une maladie. Le tems de l’accroissement est un tems fâcheux ; c’est celui où les accidens augmentent en nombre, en durée & en violence ; si l’on saisit la maladie dès son commencement, on pourra prévenir la force de l’accroissement. Voyez Maladie. (N)

Accroissement, en Jardinage, se dit des plantes lorsqu’elles ont fait un grand progrès, & de belles pousses. Voyez Végétation. (K)

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Étymologie de « accroissement »

(1150) acreissemens ; (1680) acroissement ; du radical fléchi de accroître et -ment.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Accroître ; provenç. acreisemen ; espag. acrecimiento ; ital. accrescimento.

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Phonétique du mot « accroissement »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
accroissement akrwasmɑ̃

Évolution historique de l’usage du mot « accroissement »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « accroissement »

  • Plaisir : sensation d’un accroissement de puissance. De Friedrich Nietzsche / La volonté de puissance
  • Il n'est pas impossible que la prolifération des automobiles entraîne un accroissement de la lecture. De Bernard Pivot / Le Métier de lire
  • Le nombre de nos ennemis croît en proportion de l’accroissement de notre importance. Il en est de même du nombre de nos amis. De Paul Valéry / Tel quel
  • Vérité sociale profonde : il n'y a d'accroissement de la force d'un pays, que si les efforts des générations s'additionnent. De Paul Bourget / L'émigré
  • Au mois de mai, le chômage a augmenté de 0,8% dans les Hauts-de-France avec 586 560 demandeurs d'emplois selon les chiffres publiés jeudi. Un accroissement beaucoup plus faible qu'au mois d'avril (+2,3%). France Bleu, Hauts-de-France : le chômage en hausse au mois de mai, mais moins qu'en avril
  • Berne (awp/ats) - En comparaison à l'année 2018, la Suisse a connu moins de naissances et plus de décès en 2019. L'accroissement naturel atteint toutefois 18'400 personnes. Les mariages ont été moins nombreux, mais pas les divorces. , Moins de naissances et plus de décès au cours de l'année 2019
  • (AOF) - Aux États-Unis, l’Administration de l’information de l’énergie (EIA) a fait état d'une hausse hebdomadaire de 120 milliards de pieds cubes des stocks souterrains de gaz naturel contre un accroissement de 85 milliards de pieds cubes la semaine précédente. Les analystes tablaient sur une augmentation de 106 milliards. Il s'agit de la douzième semaine consécutive de hausse. Le pied cube (cubic foot), vaut 28,31685 litres. Capital.fr, USA : hausse des stocks de gaz naturel supérieure aux attentes - Capital.fr
  • Les catégories B et C, celles des chômeurs ayant travaillé plus ou moins de 78 heures en mai, ont en revanche progressé de plus de 13 % chacune. C'est le résultat d'un important accroissement de "l'acticvité réduite", autrement dit du très fort recours au chômage partiel, encouragé par l'effort d'indemnisation de la part du gouvernement. France 3 Occitanie, Chômage : en Occitanie les chiffres du mois de mai 2020 en légère amélioration, après le choc du confinement
  • Donc, parle-t-il de la population, ou tout simplement de son accroissement, comme le prétend le journaliste Assma Maad dans le quotidien Le Monde ? Plus tard cette année-là, lors du Sommet mHealth, Bill Gates a préconisé l’enregistrement de chaque naissance par téléphone portable pour assurer la vaccination et contrôler davantage la population. Club de Mediapart, TED2010 : Bill Gates dévoilait sa vision sur l’accroissement de la population | Le Club de Mediapart
  • La mutualité socialiste craint un accroissement des inégalités sociales de santé à la suite de la crise sanitaire provoquée par l'épidémie de coronavirus. Le nombre de contacts au cabinet d'un médecin généraliste a diminué de 62% en moyenne sur la période de confinement. Cette baisse a néanmoins pu être compensée en partie par les téléconsultations, avec 80.000 contacts à distance par semaine en moyenne. Grâce aux téléconsultations, la diminution nette des contacts avec la médecine générale a ainsi été limitée à 26%. , Accroissement des inégalités sociales de santé: depuis la crise, les jeunes et les précarisés se rendent moins chez le médecin - DH Les Sports+

Traductions du mot « accroissement »

Langue Traduction
Anglais increase
Espagnol aumento
Italien aumento
Allemand zunahme
Portugais aumento
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Synonymes de « accroissement »

Source : synonymes de accroissement sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « accroissement »

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