Sensible : définition de sensible


Sensible : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

SENSIBLE, adj.

I. − Qui est doué de sensibilité.
A. − [En parlant d'un être vivant, de son organisme ou d'un de ses organes]
1. Qui peut éprouver des sensations, capable de percevoir des impressions. Êtres sensibles; nerfs, neurones, terminaisons sensibles. Commençons par des remarques qui s'appliquent, non à des organes de sensations spéciales, ou aux sens proprement dits, mais au système général de la sensibilité. L'animal reçoit par toutes les parties de son enveloppe sensible les impressions du chaud et du froid (Cournot,Fond. connaiss., 1851, p. 136):
1. J'admets donc que tous les éléments organiques sont inconscients, mais sensibles à des degrés divers aux agents extérieurs. Chaque élément est sensible à sa manière, comme l'être tout entier l'est par le système nerveux. Mais le système nerveux n'est qu'un appareil le perfectionnant. Les êtres vivants sont tous sensibles, même les végétaux. Cl. Bernard, Princ. méd. exp., 1878, p. 155.
[Constr. avec un compl. prép. introd. par à désignant l'objet qui produit la sensation ou la perception] Sensible à la chaleur, au froid, à la douleur, à la lumière. Les nerfs sont moins sensibles à la différence de pression elle-même qu'aux variations brusques de cette différence (H. Poincaré,Valeur sc., 1905, p. 135).V. supra ex. 1.
PHILOS. Qui appartient à la sensibilité. Excitation sensible. L'intuition sensible est en mathématiques l'instrument le plus ordinaire de l'invention (H. Poincaré,Valeur sc., 1905, p. 34).La différence d'orientation des figures symétriques par rapport à un plan dans l'espace ordinaire est apparue à Kant comme une intuition sensible, irréductible à toute détermination conceptuelle, et cette intervention nécessaire de la sensibilité dans la connaissance de la gauche et de la droite est à l'origine de la distinction kantienne entre la sensibilité et l'entendement (Gds cour. pensée math., 1948, p. 54).
2. En partic.
a) Qui peut éprouver certaines sensations à un haut degré, qui a une faculté de percevoir certaines impressions très développée. Odorat, ouïe sensible. C'est la note qui marque le ton, comme c'est la voyelle qui marque la voix. Mais ces différences de ton, qui sont assez grandes dans la musique pour être appréciées par toute oreille sensible et exercée, sont souvent à peine assignables dans le discours, et toujours impossibles à marquer avec exactitude (Destutt de Tr.,Idéol. 2, 1803, p. 327):
2. Pendant plus de vingt minutes, tout le temps que tu insistais pour l'avoir, ce baiser que j'étais bien décidée à te donner, tout le temps que je me faisais prier − parce qu'il fallait te le donner selon les formes − je suis arrivée à m'anesthésier. Complètement. Dieu sait pourtant que j'ai la peau sensible: je n'ai rien senti, jusqu'à ce que nous nous soyons relevés. Sartre,Nausée, 1938, p. 189.
[Constr. avec un compl. prép. introd. par à désignant l'objet qui produit la sensation ou la perception] Être sensible au bruit. On sait qu'ignorer une langue rend l'oreille plus sensible à son harmonie (Baudel.,Paradis artif., 1860, p. 413).L'expérience concrète découvre à l'intérieur de l'oreille, et presque sans rapport avec l'oreille musicale, un œil sonore, sensible aux formes et aux couleurs des sons, et aussi, puisqu'il y a deux oreilles comme deux yeux, au relief de ces sons (Schaeffer,Rech. mus. concr., 1952, p. 194).
b) Qui a une grande sensibilité, qui réagit aux moindres contacts. Blessure demeurée sensible, endroit, point sensible. Le maladroit enfant (...) venait, sans le savoir, sans le vouloir, sans y prétendre le moins du monde, d'enfoncer le doigt à l'endroit le plus sensible de sa plaie (Gobineau,Pléiades, 1874, p. 113).À l'examen clinique le foie est sensible, un peu gros (Quillet Méd.1965, p. 148).
c) Vulnérable, prédisposé à subir certaines atteintes physiques. Synon fragile.Gorge, estomac, peau sensible; reins sensibles. Toutes ces parties [stigmate, style, ovaire] sont très sensibles dans la plupart des fleurs (Bern. de St-P.,Harm. nat., 1814, p. 323).Il était fier de ses pieds sensibles, qui le forçaient à porter, été comme hiver, deux chaussettes de laine superposées (Montherl.,Célibataires, 1934, p. 741).
[Constr. avec un compl. prép. introd. par de désignant l'organe ou l'organisme vulnérable] Sensible de la gorge, des bronches, des poumons. (Dict. xixeet xxes.).
[Constr. avec un compl. prép. introd. par à désignant l'agent de la réaction] Sensible au brouillard, à la chaleur, à l'infection. Les Amérindiens en revanche résistent fort bien à cette maladie [la pneumonie], alors qu'ils sont très sensibles au paludisme des basses régions chaudes (Tiers Monde, 1956, p. 107).Certaines espèces fruitières sont sensibles à la chlorose (Boulay,Arboric. et prod. fruit., 1961, p. 97).
3. Au fig. [En parlant d'une pers., d'un organisme, d'un système, d'un dispositif] Synon. faible, fragile, névralgique, vulnérable.Côté, partie, point sensible. Les réfugiés, encore une fois, ont pesé sur le point sensible, qui est la Bourse (Gobineau,Corresp.[avec Tocqueville], 1850, p. 117).Ne vous inquiétez pas de Lévy, et n'en parlons plus. Il n'est pas digne d'occuper notre pensée une minute. Il m'a profondément blessé dans un endroit sensible, le souvenir de mon pauvre Bouilhet. Cela est irréparable (Flaub.,Corresp., 1872, p. 458).
B. − [En parlant d'une pers. et p. méton. du déterminé]
1. Qui est capable de ressentir profondément des émotions et des sentiments; qui est doué d'une vie affective intense. Synon. émotif.Âme sensible. J'ai, quant à moi, si peu de goût pour le monde vivant, que, pareil à ces femmes sensibles et désœuvrées qui envoient, dit-on, par la poste leurs confidences à des amis imaginaires, volontiers je n'écrirais que pour les morts (Baudel.,Paradis artif., 1860, p. 346).Il y avait de la fierté dans sa voix, quand il déclarait: « C'est cuit. Bouffez! » Et les hommes, qui savaient qu'un cuistot est sensible, n'étaient pas chiches de compliments. La bouche pleine, ils s'arrêtaient de mâcher pour dire: « Ch'est bath... » (Benjamin,Gaspard, 1915, p. 35).
2. En partic.
a) Capable d'éprouver des sentiments de compassion, de pitié, d'affection. La plupart des hommes sont maintenant trop sensibles pour s'intéresser à des malheurs réels; on pleure au spectacle, à la lecture d'un roman: on s'évanouirait à la vue des maux dont la supposition fait verser tant de larmes (Jouy,Hermite, t. 4, 1813, p. 298).Ne m'envoyez pas votre neveu. J'ai le cœur sensible... Tenez, un exemple: quand je vois un pauvre sur le trottoir, je traverse, parce que je sais bien que, si je rencontrais son regard, ce serait plus fort que moi, je lui donnerais. Que va-t-il se passer? Votre neveu va me faire pitié, et je vais me décarcasser pour lui (Montherl.,Célibataires, 1934, p. 814).
Empl. subst. Personne capable d'éprouver des sentiments de compassion, de pitié. On ne s'afflige pas plus d'être devenu un autre, les années ayant passé (...), qu'on ne s'afflige, à une même époque, d'être tour à tour les êtres contradictoires, le méchant, le sensible, le délicat, le mufle, le désintéressé, l'ambitieux qu'on est tour à tour chaque journée (Proust,Fugit., 1922, p. 642).Le malheur est le meilleur moyen que Dieu ait trouvé pour reprendre la générosité aux âmes bonnes, l'éclat aux belles, la pitié aux sensibles (Giraudoux,Sodome, 1943, ii, 7, p. 139).
b) Vx. Qui est capable d'éprouver un sentiment amoureux. Elle avait été sensible autrefois, et même, dans une peine de cœur, avait écrit à Béranger pour en obtenir un conseil. Mais elle s'était aigrie sous les bourrasques de l'existence (Flaub.,Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 248).
3. [Constr. avec un compl. prép. introd. par à désignant ce qui provoque la sensibilité] Qui se laisse toucher par, qui réagit, est impressionné par. Sensible à la flatterie, à la louange, à certains procédés; sensible à la beauté, au charme; sensible à l'éloquence de qqn; sensible à la misère, aux malheurs de qqn. Elle ne s'avouait pas combien elle était bouleversée par sa présence, combien elle était sensible encore au charme câlin de son regard, de son sourire, de ses gestes: il était l'homme de sa vie (Martin du G.,Thib., Cah. gr., 1922, p. 656).Nous laissions l'U.R.S.S. et le Parti faire tout le boulot, nous étions même plutôt trotskistes, nous parlions de la « Révolution permanente », nous étions des « intellectuels en chômage », plus sensibles au pathétique de l'insurrection qu'à la Révolution (Vailland,Drôle de jeu, 1945, p. 14).
C. − [En parlant d'une chose]
1. Qui est susceptible de réaction. Papier, pellicule, plaque, surface sensible; réactif sensible. Le photographe fixe une image fugitive sur la plaque sensible, par un lavage approprié (Bernanos,Joie, 1929, p. 642).L'obtention de couches sensibles de plus en plus rapides permit bientôt la réalisation d'instantanés (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 1, 1961, p. 169).
Corde sensible. V. corde III B 1.
[Constr. avec un compl. prép. introd. par à indiquant l'agent de la réaction] Préparation sensible au froid. Presque tous les colloïdes d'origine animale ou végétale mélangés à un bichromate alcalin ou organique deviennent, après séchage, sensibles à l'action de la lumière (Civilis. écr., 1939, p. 10-2).Inquiétude de l'eau: sensible au moindre changement de la déclivité (Ponge,Parti pris, 1942, p. 42).
En partic. [En parlant d'un mécanisme, d'un appareil] Dont le fonctionnement peut être troublé par. Dispositifs de guidage électroniques (...) assurant une grande précision, mais très sensibles au brouillage (Billotte,Consid. strat., 1957, p. 40-16).
2. [En parlant d'un instrument de mesure ou d'un appareil servant à enregistrer ou capter des signaux] Capable de mesurer, d'enregistrer ou de capter des phénomènes infimes. Balance, thermomètre sensible; micro sensible. Le résonateur de Righi fonctionne à la manière des résonateurs rectilignes de Hertz (...). Cet appareil très sensible se prête facilement aux mesures (H. Poincaré,Théorie Maxwell, 1899, p. 64).La cellule photoélectrique, sensible au flux total qu'elle reçoit, se prête sans difficulté à la comparaison des galaxies aux étoiles (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 549).
3. MUS. Note sensible, ou, p. ell. du déterminé, la sensible. Septième degré de la gamme diatonique. Si l'on retranche le son fondamental dans l'accord de neuvième de dominante, les quatre sons qui restent forment un accord auquel on a donné le nom de septième de sensible parce que la note sensible en devient le son le plus grave par la suppression de la véritable fondamentale (Savard,Harm., t. 1, 1853, p. 159).Prenez l'habitude, en principe, de faire monter la sensible à la tonique, dans les leçons élémentaires du début [de l'harmonie] (Koechlin,Harm., t. 1, 1927, p. 12).
II. − Qui peut être perçu par la sensibilité.
A. − PHILOSOPHE
1. Qui peut être perçu par les sens. Monde sensible; réalité sensible; objets sensibles; apparences, phénomènes sensibles. Le témoignage de la vue ou de l'ouïe, sur les qualités sensibles qui sont de leur ressort, trompe rarement (Ozanam,Philos. Dante, 1838, p. 104).Il faut choisir: ou bien réduire le langage à la seule fonction transitive d'un système de signaux: ou bien souffrir que certains spéculent sur ses propriétés sensibles, en développent les effets actuels, les combinaisons formelles et musicales, − jusqu'à étonner parfois, ou exercer quelque temps les esprits (Valéry,Variété III, 1936, p. 18).
En partic. [P. oppos. à intelligible] Intensité, durée, détermination volontaire, voilà les trois idées qu'il s'agissait d'épurer, en les débarrassant de tout ce qu'elles doivent à l'intrusion du monde sensible (Bergson,Essai donn. imm., 1889, p. 172).Le doute cartésien est une méthode de découverte de l'esprit. (...) une méthode pour nous élever de la nature matérielle à la nature spirituelle ou, suivant la terminologie platonicienne, du monde sensible au monde intelligible (Lacroix,Marxisme, existent., personn., 1949, p. 86).
[Constr. avec un compl. prép. introd. par à désignant l'agent de la perception] Qui peut être perçu par. Sensible au toucher, à la vue. La parole et l'écriture, ou plutôt la pensée exprimée par des signes sensibles à l'oreille ou aux yeux, est le moyen unique de communication entre les intelligences (Bonald,Législ. primit., t. 1, 1802, p. 167).La grande invention de rendre les lois sensibles à l'œil et comme lisibles à vue s'est incorporée à la connaissance, et double en quelque sorte le monde de l'expérience d'un monde visible de courbes, de surfaces, de diagrammes, qui transposent les propriétés en figures (Valéry,Variété III, 1936, p. 181).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui peut être perçu par les sens. Il n'y aurait pas le présent, c'est-à-dire le sensible avec son épaisseur et sa richesse inépuisable, si la perception, pour parler comme Hegel, ne gardait un passé dans sa profondeur présente et ne le contractait en elle (Merleau-Ponty,Phénoménol. perception, 1945, p. 277).
[Chez Aristote et dans la philos. scolast.]
Sensible commun. Qualité qui peut être perçue par plusieurs sens (d'apr. Lal. 1968).
Sensible propre. Qualité qui ne peut être perçue que par un seul sens (d'apr. Lal. 1968).
[P. oppos. à intelligible] Descartes se trouve en présence des augustiniens dans la même situation que saint Augustin vis-à-vis des platoniciens (...). Il leur dit: « Vous avez bien compris l'essence de la philosophie qui est de s'élever du sensible à l'intelligible, du corporel au spirituel. Seulement vous n'avez pas trouvé un moyen suffisamment intellectuel, qui est le doute » (Lacroix,Marxisme, existent., personn., 1949, p. 87).
2. Qui relève, vient des sens; qui provient de la sensibilité. Données sensibles; évidence sensible. Par le concours des sens qui observent et de la raison qui interprète, on peut franchir sans présomption les limites de l'observation sensible, et arriver, sans cercle vicieux, au terme fixe de comparaison (...) dont on a besoin pour asseoir l'édifice de la théorie (Cournot,Fond. connaiss., 1851, p. 143).En substituant progressivement aux expériences sensibles particulières des abstractions généralisées, on a permis le développement de l'intelligence humaine et son dépassement du stade animal (Huyghe,Dialog. avec visible, 1955, p. 58).
[Chez Condillac] Idée sensible. Idée procédant immédiatement des sens. Si aucune de nos idées sensibles ne ressemble et ne peut ressembler à un objet matériel, étendu, figuré, sonore, etc., à plus forte raison nulle idée quelle qu'elle soit ne peut ressembler à un être spirituel (Cousin,Philos. écoss., 1857, p. 279).Des idées sensibles, nous tirons toutes nos idées générales (Cousin,Hist. gén. philos., 1861, p. 173).
B. − En partic.
1. Qui peut être facilement perçu par les sens. Refroidissement sensible; sensible différence de poids. Au centre [de la cour de Trinity College] une fontaine rendait sensible par le mouvement de son jet d'eau l'immobilité du décor (Maurois,Byron, t. 1, 1930, p. 108):
3. ... tout, sujet, ligne, couleur, mouvement, lumière, combine ses instances pour aboutir à un résultat unique qui se résout en nous par un choc sensible. Et cette harmonie profonde et funèbre, cette fanfare lugubre que Baudelaire entendait comme « un soupir étouffé de Weber », est à la fois beauté poignante de la nature, beauté grave des lignes et des tonalités, beauté finalement d'un état d'âme que tout concourt à recréer en nous, écho de l'âme même de Delacroix. Huyghe,Dialog. avec visible, 1955, p. 232.
2. Qui se fait sentir douloureusement, de façon pénible. Douleur sensible. Le mot palpitation du cœur, dans le langage médical usuel, peut être défini un battement du cœur sensible et incommode pour le malade (Laennec,Auscult., t. 2, 1819, p. 227).Le premier regard de miss Simons me causa un ébranlement sensible dans la région du cœur. J'éprouvai une commotion tout à fait inusitée, et qui pourtant n'avait rien de douloureux, et il me sembla que quelque chose s'était brisé dans la boîte osseuse de ma poitrine (About,Roi mont., 1857, p. 53).
3. Dans le domaine affectif ou sentimental.Qui se fait fortement ressentir, qui fait une impression pénible. Savoir que tu es souffrante est une peine sensible pour mon cœur (Napoléon Ier, Lettres Joséph., 1803, p. 81).Je crois que la mort de ton beau-frère a été pour toi une perte peu sensible; aussi, mon cher vieux, n'est-ce pas une lettre de condoléance que je t'écris (Flaub.,Corresp., 1864, p. 14).
C. − P. ext.
1. Qui peut être perçu par une intuition immédiate, qui peut être facilement connu par l'esprit. Synon. évident.Rendre qqc. sensible; distinction, preuve sensible. Tout le monde fantastique de mes contes devenait sensible, évident, et je m'y perdais avec délices (Sand,Hist. vie, t. 2, 1855, p. 274).De vieilles idées qui, jusque-là, pour moi, n'avaient été que purs concepts philosophiques, me devenaient sensibles et présentes comme la lumière, le pain, l'eau et l'air respirable (Duhamel,Suzanne, 1941, p. 179).
[Constr. avec un compl. prép. introd. par à désignant l'agent de la perception] Intuitivement saisi, perçu par. Harmonie sensible à l'intelligence. La vérité qu'il recherche ne peut être saisie que par une adhésion immédiate à une intuition telle, qu'elle rende présente, et comme sensible à l'esprit, la dépendance réciproque des parties et des propriétés du système qu'il considère (Valéry,Variété[I], 1924, p. 127).Proust écrit de l'amour qu'il est « le temps rendu sensible au cœur » et l'amour qu'il vit, cependant, n'est qu'un supplice, un leurre où ce qu'il aime se dérobe sans fin à son étreinte (G. Bataille,Exp. int., 1943, p. 211).
2. Qui est assez grand, intense, important, manifeste pour être perçu, senti; p. ext., remarquable, appréciable. Baisse sensible de la température, des prix; progrès sensibles. Après des années d'efforts, d'insuccès, de recommencements, de grèves légitimes et de violences injustes, les bûcherons avaient obtenu une augmentation sensible des salaires. La journée était bien payée (R. Bazin,Blé, 1907, p. 91).La minute qui suivit parut longue. Elle ne s'était pas écoulée, cependant, que déjà l'amélioration était sensible. Peu à peu, à petits coups, la respiration reprit. Bientôt, il fut manifeste que la face se décongestionnait (Martin du G.,Thib., Mort père, 1929, p. 1290).
REM. 1.
Sensiblard, -arde, adj. et subst.,fam., péj. Qui est d'une sensibilité excessive, geignarde; qui fait preuve de sensiblerie. Je ne suis pas un sensiblard, dit-il (Vialar,Les Invités de la chasse, 1969, p. 115 ds Rob. 1985).
2.
Sensibilisme, subst. masc.Doctrine, système philosophique faisant prévaloir la sensibilité. Les défenseurs du sensibilisme (ce mot, ou tout autre qu'on trouvera meilleur, est devenu nécessaire) (J. de Maistre,Soirées St-Pétersb., t. 1, 1821, p. 156).
Prononc. et Orth.: [sɑ ̃sibl̥]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Adj. A. 1. ca 1265 « qui a la faculté de recevoir les impressions physiques » ame sensible (Brunet Latin, Tresor, éd. F. J. Carmody, II, 30, p. 200); 1314 en parlant d'un nerf (Henri de Mondeville, Chirurgie, éd. Ch. Bos, 275, p. 81); 2. 1559 « facilement accessible à certaines idées » (Amyot, Caton, 18 ds Littré); 3. ca 1590 « qui réagit vivement aux impressions physiques » (Montaigne, Essais, I, 26, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, 153); 4. 1643 « qui est aisément touché, ému » (Corneille, Pomp., IV, 1); 5. a) 1751 mus. accord sensible (Encyclop. t. 1, s.v. accord, p. 78b); 1752 note sensible (D'Alembert, Élémens de mus., art. 77); b) 1751 phys. « qui indique les plus légères différences » (Encyclop. t. 2, p. 77b, s.v. baromètre: on a essayé plusieurs fois s'il étoit possible de rendre les variations du baromètre plus sensibles). B. 1. Ca 1320 « qui fait impression sur les sens » (Quatre filles de Dieu, cinquième version, 10, éd. A. Långfors, Notices et Extraits des mss, t. 42, p. 274); 2. 1559 « qui peut être perçu immédiatement par l'esprit » (Amyot, Lucull., 16 ds Littré); 1670 sensible à « intuitivement senti par » (Pascal, Pensées, éd. L. Lafuma, p. 552, § 424); 3. 1580 « qui se fait douloureusement sentir » (Montaigne, op. cit., II, 12, p. 481). II. Subst. 1. 1680 « ce qui est susceptible d'être ému » (Rich. t. 2); 2. 1695 philos. sensibles communs, sensibles propres (Bossuet, Instruction sur les états d'oraison, X, 17 ds Littré). Empr. au lat. impérialsensibilis, au sens passif « ce qui peut être ressenti », puis sens actif « doué de sensibilité », dér. de sensum, supin de sentire (v. sentir). Fréq. abs. littér.: 6 352. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 10 863, b) 5 795; xxes.: a) 5 767, b) 11 171. Bbg. Europäische Schlüsselwörter. II. 1. München, 1964, pp. 143-151. − Gohin 1903, p. 300. − Grundt (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen-Oslo-Tromsø, 1972, p. 239. − Quem. DDL t. 5 (s.v. sensibilisme). − Sckomm. 1933, pp. 46-47.

Sensible : définition du Wiktionnaire

Adjectif

sensible \sɑ̃.sibl\ masculin et féminin identiques

  1. Qui a la faculté de recevoir les impressions physiques.
    • Les êtres sensibles et les êtres inanimés.
    • Les parties nerveuses sont les plus sensibles.
    • Ce cheval a la bouche fort sensible.
    • Un cheval sensible à l’éperon.
    • être sensible à la douleur.
    • sensible au froid, au chaud.
  2. (Figuré) En parlant des impressions morales.
    • Sensible aux maux d’autrui.
    • Sensible à l’amitié, à l’amour.
    • Sensible à la gloire, à la honte.
    • Il est très sensible aux beautés de la nature.
    • Je suis très sensible à votre attention, à ce que vous faites pour moi.
    • C’est son endroit sensible, sa partie sensible : Se dit en parlant des choses dont quelqu’un est le plus touché.
  3. (Absolument) Qui est aisément ému, touché, attendri.
    • Un homme, une femme sensible.
    • Un cœur, une âme sensible.
    • Il est trop sensible.
  4. Qui se fait sentir ; qui fait impression sur les sens.
    • D'abord pisiformes, durs et peu sensibles, ces boutons grossissent, s’abcèdent, de viennent douloureux et fluctuants. — (G. Marotel, Parasitologie vétérinaire, J.-B. Baillière & fils, 1927, page 520)
    • Des hommes tels que Galilée ou Carnot, qui possédaient à un degré extraordinaire cette Intelligence des Analogies, ont ainsi créé l’Énergétique par généralisations progressives, prudentes et hardies tout ensemble, de relations expérimentales et de réalités sensibles. — (Jean Perrin, Les Atomes, Félix Alcan, 1913, édition 1924, p.I)
  5. (Figuré) En parlant des impressions morales.
    • Et comme l’instrument du sensible troubadour était presque aussi connu que sa personne, que d'ailleurs il n'y avait guère que lui qui jouât de la guitare dans le pays , chacun s'était écrié : « […] ». — (Paul de Kock, L'amant de la lune, Bruxelles : chez Meline, Cans & Cie, 1847, p. 52)
    • Il m’a fait un sensible plaisir, un plaisir très sensible.
    • Cette mort m’a été fort sensible.
    • Plusieurs entreprises, dont Medium, Joyent, PayPal et Stripe ont rompu leurs contrats avec le site. La modération des contenus par les services de paiement est une question sensible, qui gêne ces groupes eux-mêmes, mais semble rester efficace. — (Next INpact, Gab, le Twitter de la droite américaine, « contraint » de fermer, 29 octobre 2018 → lire en ligne)
  6. Qui se fait sentir ou qui se fait remarquer aisément.
    • L’anarchisme s’est surtout manifesté par des grèves dures, conduites dans les secteurs les plus sensibles de l’économie d’exportation : bananeraies de Colombie, compagnies pétrolières du Mexique, […]. — (Pierre Vayssière, Les révolutions d'Amérique latine, Éditions du Seuil, 1991, page 105)
    • C'est un bon métier que celui de prophète, mais à la condition d'y éviter les trop grosses bourdes et de ne pas montrer aux simples mortels combien est peu sensible parfois l’écart entre une prédiction et une bévue. — (Anatole Claveau, Les snobs, dans Sermons laïques, Paris : Paul Ollendorff, 1898, 3e éd., p.39)
  7. (Métrologie) Qui marque les plus légères différences, les plus légères variations.
    • Nous avons déjà vu que les procédés de détection des isotopes sont suffisamment sensibles pour permettre des dilutions très considérables de l'élément marqué. — (Exposés annuels de biochimie médicale, éd. Masson & Cie, 1948, vol. 8-9, page 88)
  8. (Musique)
    • Note sensible : Septième note de la gamme.
    • Dans le ton d’ut, la note sensible est si.
  9. (Renseignement) Qui ne peut être dévoilé sans nuire aux entités qu'elle concerne.
    • Information sensible d’entreprise [...]. (Charles Gengenbre, « Information sensible d’entreprise : une attention de tous les instants », Les Échos, 14 mars 2018)
  10. (Par euphémisme) Mal famé.
    • Un quartier sensible.

Nom commun

sensible \sɑ̃.sibl\ féminin

  1. (Musique) Septième note, ou degré, de la gamme.
    • Dans le ton d’ut, la sensible est le si.
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Sensible : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SENSIBLE. adj. des deux genres
. Qui a la faculté de recevoir les impressions physiques. Les êtres sensibles et les êtres inanimés. Les parties nerveuses sont les plus sensibles. Ce cheval a la bouche fort sensible. Un cheval sensible à l'éperon. Être sensible à la douleur. Sensible au froid, au chaud. Il s'emploie également au figuré, en parlant des Impressions morales. Sensible aux maux d'autrui. Sensible à l'amitié, à l'amour. Sensible à la gloire, à la honte. Il est très sensible aux beautés de la nature. Je suis très sensible à votre attention, à ce que vous faites pour moi. C'est son endroit sensible, sa partie sensible se dit en parlant des Choses dont quelqu'un est le plus touché.

SENSIBLE, employé absolument, signifie Qui est aisément ému, touché, attendri. Un homme sensible. Une femme sensible. Un cœur sensible. Une âme sensible. Il est trop sensible. Il signifie encore Qui se fait sentir, qui fait impression sur les sens. La lumière rend les objets sensibles à la vue. Le froid a été très sensible cette année. Il s'emploie aussi figurément dans un sens analogue, en parlant des Impressions morales. C'est un déplaisir bien sensible. Il m'a fait un sensible plaisir, un plaisir très sensible. Cette mort m'a été fort sensible. Il signifie aussi Qui se fait sentir, qui se fait remarquer aisément. Le flux de la mer n'est sensible que près des côtes. Des progrès sensibles. Cette action fournit un exemple sensible de ce que peut la persévérance. En termes de Physique, Cette balance, ce thermomètre, cet instrument est très sensible, Cette balance, ce thermomètre, cet instrument marque les plus légères différences, les plus légères variations. En termes de Musique, Note sensible ou, substantivement, Sensible, Septième note de la gamme. Dans le ton d'ut, la note sensible est si.

Sensible : définition du Littré (1872-1877)

SENSIBLE (san-si-bl') adj.
  • 1Qui est doué de sensibilité. Les êtres sensibles et les êtres inanimés. Il vaut mieux enlever l'esprit hors de ses réflexions, et traiter l'homme comme sensible, au lieu de le traiter comme raisonnable, Montesquieu, Lett. pers. 33.
  • 2 Par extension, qui jouit d'une sensibilité exquise, plus grande qu'à l'ordinaire. Un cheval qui a la bouche sensible. En voilà pour tuer une oreille sensible, Molière, Femm. sav. II, 6. Jamais oreille ne fut plus sensible à l'harmonie, Voltaire, Mél. litt. Mme du Châtelet.

    Sensible à l'éperon, se dit d'un cheval qui obéit à cette aide.

    Qui reçoit une impression trop vive des objets. L'œil est une partie fort sensible. Il est sensible aux moindres variations du temps.

    Sensible aux mouches, se dit d'un cheval qui craint beaucoup la piqûre de ces insectes.

    Terme de botanique. Se dit des plantes qui ferment leurs feuilles quand on y touche, ou qui ont des feuilles tellement délicates qu'on ne peut y toucher sans les froisser.

  • 3 Fig. Qui reçoit une impression morale. Puisque Rome le veut, puisqu'il est impossible De la rendre une fois à la pitié sensible, Mairet, Mort d'Asdr. I, 4. Vous ne vous montrez point sensible à cet outrage ! Corneille, Hor. II, 5. Aux larmes de sa mère il a paru sensible, Racine, Théb. II, 3. Peu sensible aux charmes d'Hermione, Racine, Andr. I, 1. À mes périls Atalide sensible, Racine, Baj. II, 5. Quels hommes [les Spartiates], s'écria par admiration l'un des seigneurs persans, qui ne sont sensibles qu'à l'honneur et point à l'argent ! Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 231, dans POUGENS. Peu de gens aussi sensibles au mérite sont à portée de le favoriser, ou peu de gens à portée de le favoriser y sont aussi sensibles, Fontenelle, Ozanam.

    On le dit avec à et un infinitif. N'étant guère moins sensible à reconnaître les obligations que j'ai aux autres excellentes personnes…, Voiture, Lett. 50.

    Sensible sur. Vous n'êtes que trop vive et trop sensible sur ma vie et sur ma santé, Sévigné, à Mme de Grignan, 6 mai 1671. Mes parents sont si peu sensibles à ce que je fais pour eux, et le sont tant sur ce que je ne puis faire, que leur commerce ne me donne que du chagrin, Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 1er nov. 1683.

    On a dit, mais on ne le dit plus, sensible en. Trop sensible en ton mal, de regret je me pâme, Régnier, Élég. II.

    Particulièrement. Être sensible à quelque chose, en éprouver un vif déplaisir. Docile à la censure quand elle était juste, Moncrif y était pourtant très sensible, D'Alembert, Éloges, Moncrif.

    Absolument. Un plus sensible que moi se plaindrait du monde ; mais je me contente de l'oublier, Guez de Balzac, liv. V, lett. 25.

    C'est son endroit sensible, sa partie sensible, se dit en parlant des choses dont quelqu'un est le plus touché. Ah ! tu sais me frapper par où je suis sensible, Corneille, Cinna, I, 2. S'il restait encore dans le cœur de Mme la Dauphine quelque endroit sensible, c'était à l'amour de la gloire et plus encore au salut de son époux, Fléchier, Dauphine. C'est l'attaquer par son endroit sensible, Massillon, Pet. carême, Gloire hum.

  • 4 Absolument. Qui est aisément ému, attendri. Son sort que tu plains te doit faire penser Que ton cœur est sensible et qu'on peut le percer, Corneille, Pomp. IV, 1. Ma voix rendrait les bois et les rochers sensibles, Rotrou, St Gen. II, 3. Une personne si sensible et si délicate, qui ne pouvait seulement entendre nommer les maux, a souffert douze ans entiers et presque sans intervalle les plus vives douleurs, Bossuet, Anne de Gonz. Je me croirais un monstre si je cessais de l'aimer passionnément [le duc de Choiseul] ; je suis aussi sensible à l'âge de près de quatre-vingts ans qu'à vingt-cinq, Voltaire, Lett. Mme de St-Julien, 22 janv. 1772. Les âmes sensibles ont plus d'existence que les autres ; les biens et les maux se multiplient à leur égard, Duclos, Consid. mœurs, 4. À la moindre circonstance inopinée, l'homme sensible la perd [la tête] ; il ne sera ni un grand roi, ni un grand ministre, ni un grand capitaine, ni un grand avocat, ni un grand médecin, Diderot, Parad. coméd. Mém. t. IV, p. 12, dans POUGENS. Je me connais sensible, je ne me crois pas faible, Mme Riccoboni, Œuv. t. IV, p. 50, dans POUGENS. Sois homme sensible, mais sois homme sage ; si tu n'es que l'un des deux, tu n'es rien, Rousseau, Ém. IV. Soyez fermes et non pas opiniâtres ; courageux, et non pas tumultueux ; libres, mais non pas indisciplinés ; sensibles, mais non pas enthousiastes, Mirabeau, Collection, I, p. 51. Sensible assez pour être aimante et bienfaisante, mais pas assez pour être le jouet de ses passions, Marmontel, Mém. VIII.

    Particulièrement. Qui reçoit l'impression de l'amour. Hermione est sensible ; Oreste a des vertus, Racine, Andr. II, 1. Hippolyte est sensible et ne sent rien pour moi, Racine, Phèdre, IV, 5.

  • 5Au sens passif. Qui peut être senti, qui fait impression sur les sens. Les objets sensibles. Le monde sensible. Les qualités excessives nous sont ennemies, et non pas sensibles : nous ne les sentons pas, nous les souffrons, Pascal, Pens. I, 1, édit. HAVET.

    Idées sensibles, idées immédiatement fournies par les sens. Une idée abstraite veut être expliquée par une idée moins abstraite, et ainsi successivement, jusqu'à ce qu'on arrive à une idée particulière et sensible, Condillac, Traité des syst. 2.

  • 6Qui cause une impression pénible. Le froid a été très sensible cette année.

    Par extension, douloureux. Le mal de dents est un mal très sensible. Un coup de poignard ne me serait pas plus sensible, Sévigné, 224.

  • 7 Fig. Qui fait une vive impression agréable ou pénible, qui est vivement senti en bien ou en mal. Rome avec une joie et sensible et profonde, Corneille, Cinna, V, 3. Les reproches me sont sensibles ; il faut qu'ils me le soient beaucoup, puisque j'y ferai céder, s'il le faut, mes plus sensibles intérêts, Sévigné, 325. Vous me parlez de la mort de M. de la Rochefoucauld ; elle est encore toute sensible en ce pays-ci, Sévigné, 5 avr. 1680. Ce revers est sensible, il faut le confesser, Th. Corneille, Ariane, IV, 3. C'eût été un soutien sensible à une âme comme la sienne, d'accomplir de grands ouvrages pour le service de Dieu, Bossuet, Anne de Gonz. Encore s'il eût plu à Dieu de lui conserver ce goût sensible de la piété qu'il avait renouvelé dans son cœur au commencement de sa pénitence, Bossuet, ib. Je fais cette lecture avec une sensible consolation, Bossuet, Lett. 96. Ceux qui s'abandonnent à toutes sortes de divertissements très sensibles et très agréables, ne sont pas capables de pénétrer des vérités qui renferment quelque difficulté considérable, Malebranche, Recherche, II, 2e part. ch. 8, 1. Amitiés sensibles qui font une impression plus vive sur le cœur, qui le touchent, qui l'affectionnent, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 255. Laissons aux infidèles ces longues et sensibles douleurs [pour la mort des personnes chères] que la religion ne modère pas, Fléchier, Lamoignon. Ce qui fut le plus sensible au général carthaginois [Annibal], fut de voir Capoue assiégée par les Romains, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 450, dans POUGENS. Ne me serait-il point sensible de vous voir faire une injuste préférence ? Baron, l'Homme à bonnes fortunes, I, 3. Ce n'est pas, grand Dieu ! que ces consolations soient toujours sensibles à une âme fidèle, Massillon, Paraphr. Ps. XV, 5.
  • 8Qui se fait percevoir, remarquer aisément, clairement. Mon malheur m'est visible, Et mon amour en vain voudrait me l'obscurcir ; Mais le détail encor ne m'en est pas sensible, Molière, Amph. II, 2. Pour me servir d'une comparaison qui sera plus sensible, Pascal, Prov. II. C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison ; voilà ce que c'est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison, Pascal, Moyens, 1, édit. FAUGÈRE. Si nos cœurs s'endurcissent après un avertissement si sensible [la mort rapide de Madame], que reste-t-il autre chose à la Providence que de nous frapper nous-mêmes sans miséricorde ? Bossuet, Duch. d'Orl. Le compte est aisé à faire, et la suite le rendra sensible, Bossuet, Hist. I, 8. Dieu se rendit sensible par de continuels miracles, Bossuet, ib. II, 3. Faits qu'il a rendus sensibles aux plus ignorants, Bossuet, ib. II, 13. Le premier sujet de vos plaintes [de Fénelon] regarde l'altération de votre texte imputée à M. de Chartres : En voici, dites-vous, un exemple des plus sensibles…, Bossuet, Rép. d'un théologien, 1. Le silence de la nuit, rendant les échos plus forts et plus sensibles, faisait paraître leurs cris comme des cris d'une troupe beaucoup plus grosse que la leur, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 507, dans POUGENS. Les belles fables de l'antiquité ont encore ce grand avantage sur l'histoire qu'elles présentent une morale sensible, Voltaire, Dict. phil. Fabl. Cet exemple suffit pour rendre ma pensée sensible, Condillac, Conn. hum. II, I, 9.
  • 9Appréciable. Presque toute la nation irritée longtemps contre sa propre félicité qui ne lui était pas encore sensible, Voltaire, Russie, II, 10. En général, l'influence de la nourriture est plus grande et produit des effets plus sensibles sur les animaux qui se nourrissent d'herbes ou de fruits, Buffon, Quadrup. t. VII, p. 207. Il suffit de faire chauffer ou geler de l'eau, pour que l'air qu'elle contient reprenne son élasticité et s'élève en bulles sensibles à la surface, Buffon, Hist. min. 2e part. Œuv. t. VI, p. 137. Il est certain que Saturne éprouve, dans son mouvement, des variations sensibles, et il est fort vraisemblable que Jupiter est la principale cause de ces variations, D'Alembert, Œuv. t. XIV, p. 130. La courbure du globe terrestre est sensible à la surface des mers : le navigateur, en approchant des côtes, aperçoit d'abord leurs points les plus élevés, Laplace, Expos. I, 1.
  • 10 Terme de physique. Qui indique les plus légères différences. Un thermomètre, une balance sensible. M. d'Arci imagina de suspendre un petit canon à un pendule, et de juger de la force de la poudre par l'arc que le recul ferait décrire à ce canon… pour juger de la supériorité d'une poudre sur une autre, on trouverait difficilement un instrument plus sensible ou plus sûr, Condorcet, d'Arci.
  • 11 Terme de musique. Note sensible, ou, substantivement, la sensible, la note qui est à un demi-ton au-dessous de la tonique. Beaucoup de chants populaires, pleins d'expression et de naïveté, sont dépourvus de note sensible, H. Berlioz, à travers chants, p. 13. Il y a deux sensibles : la sensible dure, qui produit un effet si majestueux dans le plain-chant, et qui est un peu délaissée par nos compositeurs modernes, et la sensible proprement dite ; c'est dans les modes 1, 2, 3, 4, 7 et 8 de la tonalité du plain-chant qu'existait la sensible dure ; M. Hector Berlioz, dans son beau mystère l'Enfance du Christ, a employé à plusieurs reprises ce degré, et toujours avec beaucoup de bonheur, A. Loquin, Notions élém. d'harmonie moderne, p. 3.

    Accord sensible ou dominant : les harmonistes de l'école de Rameau appelaient ainsi l'accord de septième de dominante.

  • 12 S. m. Tout ce qui est sensible, susceptible d'être ému. Vous pouvez dire, à coup sûr, de tout ce qui excite le sensible dans les comédies les plus honnêtes, qu'il attaque secrètement la pudeur, Bossuet, Comédie, 5. Saint François de Sales, qui enseigne que les actes de piété, chassés et comme repoussés de tout le sensible, se retirent dans la haute pointe de l'esprit, Bossuet, Ét. d'orais. X, 17.

    Objets des sens. Il y a sensibles communs et sensibles propres : les sensibles propres sont ceux qui sont particuliers à chaque sens ; et les sensibles communs sont ceux qui sont communs à plusieurs sens, Bossuet, Connaiss. I, 3.

HISTORIQUE

XIIIe s. Vertuz morel, qui apartient à l'ame sensible ; vertuz intellectuel, qui appartient à l'ame raisonable, Latini, Trésor, p. 297.

XIVe s. Icelle Marion, qui est non sensible [intelligente], et ainsi comme toute folastre, Du Cange, follis. Nature et je [Vénus] faisons amer Bestes, oisiaus, poissons de mer, D'aigue courant et de paisible, K'il ont en iaus [eux] ame sensible, Jean de Condé, t. III, p. 30. Les nerfz de la teste sont appelez sensibles, et si ne sont ilz pas du tout sans mouvement, Lanfranc, f° 28.

XVIe s. Mon ame ahanne en compaignie d'un corps si tendre, si sensible, Montaigne, I, 165. Si nos facultez intellectuelles et sensibles sont sans fondement, Montaigne, II, 318. Je ne saurois, dit-il, vivre ne converser avec un homme qui ait le palais et la langue plus sensible que le cueur, Amyot, Cat. 18. L'air se fendit soudainement, sans que l'on eust au paravant apperceu aucune sensible mutation de temps, Amyot, Lucull. 16.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

SENSIBLE.
12S. m. Ajoutez : Ses enfants [de la mère du prince de Condé], qui étaient le sensible de son cœur, Mme de Motteville, Mém. p. 361.
13Proverbialement et populairement. C'est comme si vous chantiez femme sensible, se dit d'une demande qui ne doit pas avoir de résultat.

Cette locution vient d'une romance célèbre de l'opéra d'Ariodant (1799), musique de Méhul, paroles d'Hoffmann : Femme sensible, entends-tu le ramage De ces oiseaux qui célèbrent leurs feux ? Pour indiquer une demande vaine, on a dit d'abord : C'est comme si tu chantais femme sensible sur l'air de Malbroug, c'est-à-dire si tu détruisais par l'air ridicule l'effet des paroles sentimentales. Puis la locution s'est abrégée, comme il arrive souvent.

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Sensible : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

SENSIBLE, adj. Voyez les articles Sens, Sensation, & Sensibilité.

Sensible, en Musique, Voyez Accord, Note sensible. (S)

Sensible a l’éperon, (Maréchall.) se dit d’un cheval qui y obéit pour peu qu’il le sente.

Sensible, l’arbre, (Hist. nat. Botan.) arbre des Indes orientales, dont le nom vient de ce que son fruit commence à sauter pour peu qu’on y touche. Il est surprenant que Gautier Schouten soit le seul voyageur qui ait parlé d’un phénomene si singulier, ce qui tenteroit de croire que cet arbre est fabuleux.

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Étymologie de « sensible »

Étymologie de sensible - Wiktionnaire

Du latin sensibilis (« qui peut être ressenti »), puis en bas latin « doué de sensibilité ».
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Étymologie de sensible - Littré

Esp. sensible ; portug. sensivel ; ital. sensibile ; du lat. sensibilis, de sensus, sens. Dans l'anglais, sensible veut dire intelligent ; c'est un sens qu'il tient de l'ancien français.

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Phonétique du mot « sensible »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
sensible sɑ̃sibl play_arrow

Citations contenant le mot « sensible »

  • “La Terre du milieu” sur France 3, ode sensible à la liberté de Camille, paysanne dans la Creuse Télérama, “La Terre du milieu” sur France 3, ode sensible à la liberté de Camille, paysanne dans la Creuse
  • Traverser la jungle et s’y abandonner, se fondre en elle, cohabiter pleinement avec les vivants - humains, animaux - et les esprits, voilà pour l’expérience sensible, engagée. Libération.fr, Expérience sensible - Libération
  • Alors travailler les espaces sensibles est-ce encore de la géographie ? « Les élèves en doutent », nous dit V Estève. « Pour eux, apprendre de la géographie c’est « apprendre des lieux ». Ils ne la voient pas comme une science qui étudie l’interaction entre l’homme et son milieu. Or dans cette optique l’étude des paysages est un outil idéal. , Virginie Estève : Paysages sonores et géographie sensible du confinement
  • Une grande partie de la forêt de Bouconne vient d'être classée espace naturel sensible par le Conseil départemental de la Haute-Garonne. Un moyen de préserver sa biodiversité. France 3 Occitanie, Haute-Garonne : la forêt de Bouconne classée espace naturel sensible
  • Un jeune homme a été retrouvé mort, portant des plaies ouvertes, dans un quartier sensible de Nice samedi au moment même où le Premier ministre Jean Castex effectuait une visite dans la ville sur le thème de l’insécurité, a-t-on appris de source judiciaire. Courrier picard, Un jeune homme retrouvé mort dans un quartier sensible de Nice
  • Nul ne sait si l'homme préhistorique était sensible aux senteurs des fleurs. De Alain Gullino   / Odeurs et saveurs
  • L'homme de ce temps a le coeur dur et la tripe sensible. De Georges Bernanos / Les Grands cimetières sous la lune
  • Si l’on n’est pas sensible, on n’est jamais sublime. De Voltaire / Lettre à M. de la Harpe - 11 Août 1766
  • L'ennemi, lui aussi, fait vibrer notre corde sensible. Pour qu'elle casse. De Stanislaw Jerzy Lec / Nouvelles pensées échevelées
  • Les larmes, la seule musique à laquelle le coeur est sensible. De Marc Gendron / Louise ou la nouvelle Julie
  • La femme, indulgente et sensible, est toujours disposée à pardonner en faveur de la bonne intention. De Antoine Gérin-Lajoie / Jean Rivard
  • Un esprit sensible ne convient pas à qui porte une épée. De William Shakespeare / Le roi Lear
  • Plus l'amour est parfait, plus la folie est grande et le bonheur sensible. De Érasme / Eloge de la folie
  • Nous avons tous un épiderme sensible aux tziganes et aux marches militaires. De Jean Cocteau / Le Rappel à l'ordre
  • Tout homme est sensible quand il est spectateur. Tout homme est insensible quand il agit. De Alain / Vigiles de l’esprit
  • Plus l'homme est sensible, moins le sexe est un muscle ! De Jean Rochefort
  • Celui qui aime va à la chose aimée comme les sens vont à la chose sensible. De Léonard de Vinci
  • L'avenir est la parcelle la plus sensible de l'instant. De Paul Valéry / Mélange
  • La solitude rend sensible, non étranger à autrui. De Mika Waltari / Rapport à l'Académie
  • Sage, le sourire est sensible ; Fou, le rire est insensible. De Alain / Eléments de philosophie

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Traductions du mot « sensible »

Langue Traduction
Corse sensitivu
Basque sentikor
Japonais 敏感な
Russe чувствительный
Portugais sensível
Arabe حساس
Chinois 敏感
Allemand empfindlich
Italien sensibile
Espagnol sensible
Anglais sensitive
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Synonymes de « sensible »

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Antonymes de « sensible »


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